MPSI · Chapitre 18 · Second semestre

Devoir surveillé — Espaces préhilbertiens réels

Sujet type, 180 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.

Sujet type DS — 180 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (2,5 points) — Trois mises en route

Les cinq exercices sont indépendants et peuvent être traités dans l'ordre de votre choix. La calculatrice n'est pas autorisée, et aucune valeur numérique approchée n'est exigée. Un résultat non justifié ne rapporte aucun point, et la qualité de la rédaction entre pour une part importante dans l'appréciation des copies. Sauf mention contraire, Rn est muni de son produit scalaire canonique.

Les trois questions de cet exercice sont indépendantes. On rappelle que l'angle entre deux vecteurs non nuls x et y d'un espace préhilbertien réel est l'unique réel θ[0,π] tel que cosθ=x,yxy.

1. (1 pt) On munit M2(R) du produit scalaire A,B=tr(tAB), et l'on pose

T=(0110),K=(1111),N=(0110).

a. Calculer l'angle entre I2 et chacune des matrices T, K et N.

b. Exhiber une matrice AM2(R) de norme 1 faisant un angle de π3 avec I2.

2. (0,75 pt) Soit E un espace préhilbertien réel, soient x, y deux vecteurs unitaires de E, et soit θ l'angle qu'ils forment.

a. Démontrer que xy=2sinθ2.

b. En déduire que xy2, avec égalité si et seulement si y=x.

3. (0,75 pt) On munit R2[X] du produit scalaire P,Q=11P(t)Q(t)dt. Déterminer {X}, en donner une base et la dimension, puis décomposer P0=1+2X+3X2 dans la somme directe Vect(X){X}.

Exercice 2 (3,5 points) — Une inégalité de Cauchy-Schwarz en cascade

Dans la question 1. seulement, n1 est un entier, a1,,an sont des réels quelconques et b1,,bn des réels strictement positifs ; les questions suivantes utilisent leurs propres notations.

1. (1,25 pt) Démontrer l'inégalité

()k=1nak2bk  (k=1nak)2k=1nbk,

et démontrer qu'il y a égalité si et seulement s'il existe un réel μ tel que ak=μbk pour tout k.

2. (0,75 pt) Soient x, y, z trois réels strictement positifs de somme 1. Démontrer que

x21x+y21y+z21z  12,

et déterminer le cas d'égalité.

3. (1 pt) Soient a, b, c trois réels strictement positifs. Démontrer l'inégalité de Nesbitt

ab+c+bc+a+ca+b  32,

et déterminer le cas d'égalité. (On pourra commencer par écrire chaque terme sous la forme d'un quotient dont le numérateur est un carré.)

4. (0,5 pt) On note S(a,b,c) le membre de gauche de l'inégalité de Nesbitt. Déterminer l'ensemble des valeurs prises par S lorsque (a,b,c) décrit (R+)3.

Exercice 3 (4 points) — Le produit scalaire des lignes brisées

Soit n2 un entier. Pour x=(x1,,xn) et y=(y1,,yn) dans Rn, on pose

x,y=x1y1+k=1n1(xk+1xk)(yk+1yk).

On voit x comme la ligne brisée qui joint les points de hauteurs successives x1,x2,,xn : le premier terme retient l'altitude de départ, la somme retient les dénivelés. On note la norme associée, lorsqu'elle existe, et l'on pose J=(1,1,,1) et D=Vect(J).

1. (1 pt) Démontrer que , est un produit scalaire sur Rn. On soignera le caractère défini.

2. (0,75 pt) Calculer J,y pour yRn quelconque. En déduire J, puis démontrer que

D={yRn : y1=0},

l'orthogonal étant pris pour ,. Vérifier la relation attendue entre dimD et dimD.

3. (1 pt) En déduire, pour tout xRn, l'expression du projeté orthogonal pD(x) et celle de la distance d(x,D). Commenter : quelle est la ligne brisée constante la plus proche de x, et que mesure la distance obtenue ? Traiter le cas n=4 et x=(2,5,3,4), en contrôlant le résultat par le théorème de Pythagore.

4. (1,25 pt) Soit A={xRn : x1=0  et  xn=1}. Déterminer

minxA k=1n1(xk+1xk)2

ainsi que l'ensemble des x qui le réalisent. Interpréter le résultat sur les lignes brisées.

Exercice 4 (3 points) — Le produit scalaire d'évaluation et la base de Lagrange

On pose a1=3, a2=1, a3=1, a4=3, et l'on munit E=R3[X] de

P,Q=k=14P(ak)Q(ak).

On admet que c'est un produit scalaire sur E. Pour k{1,2,3,4}, on note Lk l'unique polynôme de E vérifiant Lk(aj)=1 si j=k et Lk(aj)=0 sinon (polynômes interpolateurs de Lagrange associés aux nœuds a1,,a4).

Ce produit scalaire ne retient d'un polynôme que ses quatre valeurs aux nœuds. L'exercice montre qu'il contrôle pourtant sa valeur ailleurs, et donne la meilleure constante de ce contrôle.

1. (0,75 pt) Démontrer, sans calculer les Lk, que (L1,L2,L3,L4) est une base orthonormée de E. En déduire que tout PE s'écrit P=k=14P(ak)Lk.

2. (0,75 pt) Démontrer qu'il existe un unique polynôme ΛE tel que

PE,P(0)=P,Λ,

et l'exprimer dans la base de Lagrange. En déduire que Λ2=Λ(0).

3. (0,75 pt) Calculer k=14akm pour m{0,1,,6}. En écrivant Λ=α+βX+γX2+δX3 et en traduisant la question 2. pour P=1, X, X2 puis X3, déterminer Λ explicitement. Contrôler le résultat à l'aide de la relation Λ2=Λ(0).

4. (0,75 pt) En déduire la plus petite constante C telle que

PR3[X],P(0)Ck=14P(ak)2,

et déterminer tous les polynômes qui réalisent l'égalité. Un tel contrôle subsiste-t-il sur R4[X] ?

Exercice 5 (7 points) — Problème : le simplexe régulier

Combien peut-on placer de directions deux à deux « écartées » dans un espace euclidien de dimension n ? Deux vecteurs unitaires orthogonaux font un angle droit, et l'on n'en trouve pas plus de n deux à deux orthogonaux. Ce problème construit une famille de n+1 vecteurs unitaires faisant tous le même angle, obtus, et démontre qu'on ne peut pas faire mieux.

Soit n2 un entier. On munit Rn+1 de son produit scalaire canonique et de sa base canonique (ε1,,εn+1). On pose

J=(1,1,,1)Rn+1,H={xRn+1 : k=1n+1xk=0},

puis, pour i{1,,n+1},

ui=εi1n+1J.

Partie A — Une famille remarquable de l'hyperplan H

1. (0,5 pt) Démontrer que H={J}, que H est un hyperplan de Rn+1, et préciser dimH.

2. (0,75 pt) Démontrer que uiH pour tout i, puis que

ui,uj={nn+1si i=j,1n+1si ij.

3. (0,25 pt) Démontrer que i=1n+1ui=0. Que peut-on en conclure sur la famille (u1,,un+1) ?

4. (0,75 pt) Démontrer que (u1,,un) est une base de H. En déduire que la famille (u1,,un+1) engendre H.

Partie B — Le simplexe régulier

On pose désormais vi=n+1n ui pour i{1,,n+1}.

5. (0,5 pt) Démontrer que les vi sont unitaires et que vi,vj=1n pour ij. En déduire que deux vecteurs distincts de la famille font toujours le même angle θn, que l'on exprimera.

6. (0,25 pt) Démontrer que vivj2=2+2n pour tous ij. Commenter la terminologie « simplexe régulier ».

7. (0,25 pt) Expliciter v1, v2 et v3 dans le cas n=2, et vérifier sur ces trois vecteurs les résultats des questions 3., 5. et 6.

8. (0,5 pt) Démontrer que θn]π2,π[ pour tout n2, et déterminer limn+θn. Interpréter ce résultat.

Partie C — Une famille trop grande, et pourtant maximale

9. (0,75 pt) Démontrer que, pour tout xH, i=1n+1x,uiui=x. En déduire que

xH,i=1n+1x,vivi=n+1nxeti=1n+1x,vi2=n+1nx2.

10. (0,5 pt) Comparer ces formules à celles qui valent pour une base orthonormée de H, et à l'inégalité de Bessel. Commenter la présence du facteur n+1n.

11. (0,75 pt) Soit F un espace euclidien et soient w1,,wp des vecteurs unitaires de F tels que wi,wj=c pour tous ij, où c est un réel strictement négatif fixé. Démontrer que p11c, et que l'égalité entraîne i=1pwi=0. En déduire que la famille (v1,,vn+1) est maximale pour cette propriété.

12. (1,25 pt) Soit m1 et soit F un espace euclidien de dimension m. On dit qu'une famille (w1,,wp) de vecteurs non nuls de F est obtusangle lorsque wi,wj<0 pour tous ij. Démontrer par récurrence sur m qu'une telle famille vérifie pm+1. (Pour l'hérédité, avec p3, on projettera w1,,wp1 sur l'hyperplan {wp} et l'on vérifiera que les projetés forment encore une famille obtusangle de vecteurs non nuls.)

Bloqué sur « Espaces préhilbertiens réels » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.