MPSI · Chapitre 18 · Second semestre
Espaces préhilbertiens réels
Produit scalaire, norme, inégalité de Cauchy-Schwarz, orthogonalité, bases orthonormées, procédé de Gram-Schmidt, projection orthogonale.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Produit scalaire
- Norme
- Inégalité de Cauchy-Schwarz
- Orthogonalité
- Bases orthonormées
- Procédé de Gram-Schmidt
- Projection orthogonale
Le cours
Depuis le collège, la géométrie repose sur trois mots : longueur, angle droit, distance. On mesure un segment, on reconnaît un angle droit au théorème de Pythagore, on calcule la distance d'un point à une droite. Tout cela vit dans le plan ou dans l'espace, où les coordonnées fournissent des formules explicites. Mais l'algèbre linéaire de première année a construit des espaces vectoriels où ces trois mots n'ont, en l'état, aucun sens. Quelle est la « longueur » du polynôme X2−3X+1 ? Quel « angle » séparent les fonctions t↦t et t↦t2 sur [0,1] ? À quelle « distance » la matrice (1134) se trouve-t-elle de l'ensemble des matrices symétriques ? Ces questions n'ont pas de réponse tant qu'on n'a rien ajouté à la structure d'espace vectoriel : la structure linéaire seule ne sait ni mesurer, ni comparer.
Ce chapitre installe une géométrie dans un espace vectoriel réel quelconque, et il le fait avec une seule donnée supplémentaire : un produit scalaire, c'est-à-dire une façon de multiplier deux vecteurs pour obtenir un nombre, soumise à quatre exigences. C'est peu, et pourtant tout en découle. La norme se lit sur le produit scalaire d'un vecteur avec lui-même, la distance sur la norme de la différence, l'orthogonalité sur l'annulation du produit scalaire, et le théorème de Pythagore devient un calcul de deux lignes. Le fait remarquable, et c'est la leçon du chapitre, est que le vocabulaire géométrique reste pertinent bien au-delà du plan et de l'espace : on parlera sans rougir de la projection orthogonale d'une fonction sur l'espace des polynômes de degré au plus 1.
Trois résultats dominent, et ils sont tous les trois d'un usage constant. L'inégalité de Cauchy-Schwarz est une machine à fabriquer des inégalités : appliquée aux sommes finies, aux intégrales ou aux matrices, elle produit en une ligne des majorations qu'aucun calcul direct n'atteindrait, et son cas d'égalité fournit en prime l'information « les deux vecteurs sont colinéaires ». Le procédé de Gram-Schmidt est une fabrique de repères : partant d'une base quelconque, il construit mécaniquement une base orthonormée, dans laquelle tous les calculs se simplifient — les coordonnées d'un vecteur s'y lisent par un simple produit scalaire, et le produit scalaire y reprend sa forme canonique. La projection orthogonale, enfin, répond à la question « quel est le point le plus proche ? » : parmi tous les vecteurs d'un sous-espace F, il en existe un et un seul qui minimise la distance à un vecteur donné x, et c'est le projeté orthogonal de x sur F. C'est le principe des moindres carrés : ajuster une droite à un nuage de points, approcher une fonction compliquée par un polynôme de petit degré, ce sont des problèmes de projection orthogonale déguisés, et le théorème de la meilleure approximation les résout tous d'un coup.
Le plan suit cet ordre. On définit d'abord le produit scalaire et l'on traite en détail les quatre exemples fondamentaux qui reviendront sans cesse : Rn, les matrices, les fonctions continues sur un segment, les polynômes. On en déduit la norme et ses identités de calcul, puis l'inégalité de Cauchy-Schwarz et ses conséquences, dont l'inégalité triangulaire. Vient ensuite l'orthogonalité : Pythagore, familles orthogonales, orthogonal d'une partie. Les bases orthonormées et le procédé de Gram-Schmidt occupent la cinquième section, la projection orthogonale et la distance à un sous-espace la sixième, les hyperplans la septième. Une synthèse des méthodes clôt le chapitre.
Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes. La lettre E désigne un espace vectoriel sur R ; tous les espaces de ce chapitre sont réels, sans aucune exception. Le produit scalaire de deux vecteurs x et y se note ⟨x,y⟩ (la notation (x∣y), courante dans d'autres ouvrages, désigne exactement la même chose ; nous ne l'emploierons pas). La norme associée se note ∥x∥=⟨x,x⟩, la distance d(x,y)=∥x−y∥, et la distance d'un vecteur à un sous-espace d(x,F). L'orthogonal d'une partie A se note A⊥, et le projeté orthogonal sur un sous-espace F se note pF. Les familles de vecteurs sont écrites (u1,…,up) lorsqu'elles sont quelconques, et (e1,…,ep) lorsqu'elles sont orthonormées : cette convention typographique sera respectée partout, et elle évite bien des erreurs. Enfin, Vect(A) désigne le sous-espace engendré par A, Mn(R) l'espace des matrices carrées réelles d'ordre n, tA la transposée de A, tr(A) sa trace, et C([a,b],R) l'espace des fonctions continues de [a,b] dans R.
Produit scalaire
Formes bilinéaires symétriques définies positives
Un produit scalaire est une application qui à deux vecteurs associe un nombre réel, en respectant quatre exigences. Détaillons-les une à une, car chacune joue un rôle précis dans la suite.
Définition
Soit E un espace vectoriel réel. Une application φ:E×E→R est appelée produit scalaire sur E lorsqu'elle vérifie les quatre propriétés suivantes.
- Bilinéarité. Pour tout y∈E, l'application x↦φ(x,y) est linéaire, et pour tout x∈E, l'application y↦φ(x,y) est linéaire.
- Symétrie. Pour tous x,y∈E, φ(x,y)=φ(y,x).
- Positivité. Pour tout x∈E, φ(x,x)⩾0.
- Caractère défini. Pour tout x∈E, si φ(x,x)=0 alors x=0E.
On note alors φ(x,y)=⟨x,y⟩.
Remarque
Ce que dit chaque axiome.
- La bilinéarité est la compatibilité avec la structure d'espace vectoriel : elle permet de développer ⟨λx+μx′,y⟩=λ⟨x,y⟩+μ⟨x′,y⟩ exactement comme on développe un produit de nombres. C'est elle qui rend tous les calculs du chapitre possibles. Attention : bilinéaire ne veut pas dire linéaire sur E×E ; l'application (x,y)↦⟨x,y⟩ n'est pas linéaire, elle est linéaire en chaque variable, l'autre étant figée.
- La symétrie dit qu'il n'y a pas d'ordre privilégié entre les deux arguments. Combinée à la bilinéarité, elle divise le travail par deux : la linéarité à gauche entraîne la linéarité à droite, puisque ⟨x,λy+μy′⟩=⟨λy+μy′,x⟩=λ⟨y,x⟩+μ⟨y′,x⟩=λ⟨x,y⟩+μ⟨x,y′⟩.
- La positivité est ce qui autorise à poser ∥x∥=⟨x,x⟩ : sans elle, la racine carrée n'aurait pas de sens.
- Le caractère défini est ce qui empêche un vecteur non nul d'être de longueur nulle. C'est l'axiome le plus délicat à vérifier en pratique, et c'est presque toujours celui que l'on oublie.
Propriété
Soit ⟨⋅,⋅⟩ un produit scalaire sur E. Alors, pour tout x∈E, ⟨x,0E⟩=⟨0E,x⟩=0. De plus, la propriété 4 se renforce en une équivalence :
⟨x,x⟩=0⟺x=0E.Démonstration. L'application y↦⟨x,y⟩ est linéaire, donc elle envoie le vecteur nul sur le réel 0 : ⟨x,0E⟩=0, et la symétrie donne l'autre égalité.
Pour l'équivalence, le sens direct est l'axiome 4. Réciproquement, si x=0E, ce que l'on vient d'écrire donne ⟨0E,0E⟩=0. □
Remarque
Une conséquence utilisée en permanence. Si x∈E vérifie ⟨x,y⟩=0 pour tout y∈E, alors x=0E : il suffit de prendre y=x. Autrement dit, le seul vecteur orthogonal à tout le monde est le vecteur nul. C'est la méthode standard pour prouver qu'un vecteur est nul dans ce chapitre, et nous l'affinerons en section 4 : il suffira de tester sur une famille génératrice.
Espaces préhilbertiens et espaces euclidiens
Définition
On appelle espace préhilbertien réel tout couple (E,⟨⋅,⋅⟩) formé d'un espace vectoriel réel E et d'un produit scalaire sur E.
Lorsque, de plus, E est de dimension finie, on dit que (E,⟨⋅,⋅⟩) est un espace euclidien.
Remarque
Trois précisions de vocabulaire.
- Un espace euclidien est donc un espace préhilbertien réel de dimension finie : tout ce qui est démontré pour les préhilbertiens vaut pour les euclidiens, mais pas l'inverse. Dans les énoncés ci-dessous, il faudra faire très attention à l'hypothèse de dimension : plusieurs résultats de la section 6 sont faux en dimension infinie.
- Un même espace vectoriel peut être muni de plusieurs produits scalaires différents, qui donnent des géométries différentes. Parler de « l'espace euclidien Rn » sans autre précision signifie qu'on l'a muni du produit scalaire canonique décrit ci-dessous ; toute autre convention doit être annoncée.
- L'espace nul {0} est euclidien (de dimension 0), avec l'unique application φ(0,0)=0. Ce cas dégénéré n'a aucun intérêt, mais il évite des exceptions dans les énoncés.
Propriété
Soient (E,⟨⋅,⋅⟩) un espace préhilbertien réel et F un sous-espace vectoriel de E. Alors la restriction de ⟨⋅,⋅⟩ à F×F est un produit scalaire sur F. En particulier, si F est de dimension finie, (F,⟨⋅,⋅⟩) est un espace euclidien.
Démonstration. Les quatre axiomes sont des propriétés vérifiées pour tous les vecteurs de E ; elles restent donc vraies lorsqu'on se restreint aux vecteurs de F. La bilinéarité et la symétrie s'héritent immédiatement, la positivité aussi, et si x∈F vérifie ⟨x,x⟩=0, alors x=0E, qui appartient bien à F et en est le vecteur nul. □
Remarque
Pourquoi cette remarque anodine est capitale. Elle permet de dire : « soit F un sous-espace de dimension finie d'un préhilbertien E ; F est un espace euclidien, donc il possède une base orthonormée ». C'est l'articulation exacte de toute la section 6, où E pourra être de dimension infinie (un espace de fonctions, par exemple) alors que F sera de dimension finie (un espace de polynômes de degré borné).
Les quatre exemples fondamentaux
Ces quatre exemples reviendront dans chaque exercice du chapitre. Il faut savoir les énoncer sans hésiter et refaire la vérification des axiomes.
Exemple
Le produit scalaire canonique de Rn. Pour x=(x1,…,xn) et y=(y1,…,yn) dans Rn, on pose
⟨x,y⟩=i=1∑nxiyi=x1y1+x2y2+⋯+xnyn.Bilinéarité. Fixons y. Pour x,x′∈Rn et λ,μ∈R, la i-ième coordonnée de λx+μx′ vaut λxi+μxi′, donc
⟨λx+μx′,y⟩=i=1∑n(λxi+μxi′)yi=λi=1∑nxiyi+μi=1∑nxi′yi=λ⟨x,y⟩+μ⟨x′,y⟩.La linéarité à droite s'en déduit par symétrie.
Symétrie. Le produit de deux réels est commutatif : xiyi=yixi pour tout i, donc les deux sommes coïncident.
Positivité et caractère défini. On a ⟨x,x⟩=∑i=1nxi2⩾0 comme somme de carrés. Et si cette somme est nulle, chacun de ses termes, qui sont tous positifs ou nuls, est nul : xi2=0 pour tout i, donc xi=0 pour tout i, c'est-à-dire x=0.
En identifiant Rn à Mn,1(R) par les matrices colonnes, ce produit scalaire s'écrit ⟨x,y⟩=tXY, où l'on identifie la matrice 1×1 obtenue à son unique coefficient.
Exemple
Le produit scalaire canonique de Mn(R). Pour A=(aij) et B=(bij) dans Mn(R), on pose
⟨A,B⟩=tr(tAB).Le calcul décisif. Le coefficient diagonal d'indice j de la matrice tAB vaut
(tAB)jj=i=1∑n(tA)jibij=i=1∑naijbij,donc, en sommant sur j,
⟨A,B⟩=j=1∑ni=1∑naijbij=1⩽i,j⩽n∑aijbij.Autrement dit, c'est le produit scalaire canonique de Rn2 lu sur les coefficients des matrices. Les quatre axiomes s'en déduisent aussitôt : bilinéarité et symétrie par le même calcul que dans Rn, puis
⟨A,A⟩=1⩽i,j⩽n∑aij2⩾0,avec nullité si et seulement si tous les aij sont nuls, c'est-à-dire A=0.
Une autre preuve de la symétrie. Une matrice et sa transposée ont même trace, donc
⟨A,B⟩=tr(tAB)=tr(t(tAB))=tr(tBA)=⟨B,A⟩.Norme associée. ∥A∥=∑i,jaij2 : c'est la racine de la somme des carrés de tous les coefficients.
Exemple
Le produit scalaire intégral sur C([a,b],R). Soit [a,b] un segment avec a<b. Pour f,g∈C([a,b],R), on pose
⟨f,g⟩=∫abf(t)g(t)dt.Bonne définition. Le produit fg est continu sur le segment [a,b], donc son intégrale existe : l'application est bien à valeurs dans R.
Bilinéarité. C'est la linéarité de l'intégrale : ∫ab(λf+μh)g=λ∫abfg+μ∫abhg.
Symétrie. Immédiate, car f(t)g(t)=g(t)f(t) pour tout t.
Positivité. La fonction f2 est continue et positive sur [a,b] avec a<b, donc ⟨f,f⟩=∫abf(t)2dt⩾0 par positivité de l'intégrale.
Caractère défini. C'est le point délicat, et il repose sur un théorème du chapitre d'intégration : une fonction continue et positive sur un segment, d'intégrale nulle, est identiquement nulle. Ici, f2 est continue et positive, et ∫abf2=0 : donc f2 est la fonction nulle, puis f(t)2=0 pour tout t, donc f=0.
Remarque
Pourquoi la continuité est indispensable. Si l'on remplaçait C([a,b],R) par l'espace des fonctions continues par morceaux, la même formule ne définirait plus un produit scalaire : la fonction f nulle partout sauf en un point, où elle vaut 1, est non nulle et vérifie pourtant ∫abf2=0. Le caractère défini tombe. Retenez le mécanisme : c'est toujours l'axiome 4 qui casse en premier, et c'est toujours lui qu'il faut regarder de près.
Exemple
Deux produits scalaires sur les polynômes.
Version intégrale. Sur R[X] tout entier, posons
⟨P,Q⟩=∫01P(t)Q(t)dt.Bilinéarité, symétrie et positivité se traitent comme ci-dessus. Le caractère défini demande une étape de plus. Supposons ∫01P(t)2dt=0. La fonction polynomiale associée à P2 est continue et positive sur [0,1], donc elle est nulle sur [0,1] : la fonction t↦P(t) s'annule en tout point de [0,1]. Le polynôme P a donc une infinité de racines, et un polynôme ayant une infinité de racines est le polynôme nul. Donc P=0. On ne peut pas se contenter d'écrire « P est nulle sur [0,1] donc P=0 » : c'est l'argument sur les racines qui fait passer de la fonction au polynôme.
Version discrète. Fixons n∈N et n+1 réels deux à deux distincts a0,a1,…,an. Sur Rn[X], posons
⟨P,Q⟩=i=0∑nP(ai)Q(ai).La bilinéarité vient de ce que P↦P(ai) est linéaire, la symétrie est évidente, et ⟨P,P⟩=∑i=0nP(ai)2⩾0. Pour le caractère défini : si cette somme de carrés est nulle, alors P(ai)=0 pour tout i∈{0,…,n}, donc P admet n+1 racines deux à deux distinctes. Or degP⩽n : un polynôme de degré au plus n ayant n+1 racines distinctes est nul. Donc P=0.
Remarque
Le piège de la version discrète. L'hypothèse degP⩽n est essentielle. Sur R[X] tout entier, la même formule n'est pas un produit scalaire : le polynôme
P=i=0∏n(X−ai),de degré n+1, est non nul et vérifie ⟨P,P⟩=0. Il faut donc systématiquement vérifier que le nombre de points d'évaluation dépasse strictement le degré maximal autorisé. Avec n+1 points, on travaille sur Rn[X], pas au-delà.
Reconnaître un produit scalaire
Méthode
Montrer qu'une application φ:E×E→R est un produit scalaire. Toujours dans cet ordre, pour minimiser le travail.
- Vérifier que φ(x,y) est bien un réel défini pour tous x,y : une intégrale doit exister (fonction continue sur un segment), une somme doit être finie, une trace doit porter sur une matrice carrée.
- Établir la symétrie en premier. Elle est en général immédiate, et elle divise par deux le travail sur la bilinéarité.
- Établir la linéarité par rapport à la première variable, la seconde s'en déduisant par symétrie. Le rédiger avec une combinaison linéaire λx+μx′, en une seule fois.
- Calculer φ(x,x) et le mettre sous forme de somme de carrés, d'intégrale d'un carré, ou d'une expression manifestement positive. C'est ici qu'un regroupement astucieux est parfois nécessaire.
- Traiter le caractère défini, en partant de φ(x,x)=0 et en descendant jusqu'à x=0. Les trois arguments récurrents sont : une somme de carrés nulle a tous ses termes nuls ; une fonction continue positive d'intégrale nulle est nulle ; un polynôme ayant strictement plus de racines que son degré est nul.
Exemple
Un produit scalaire non canonique sur R2. Posons, pour x=(x1,x2) et y=(y1,y2),
φ(x,y)=2x1y1+x1y2+x2y1+x2y2.La symétrie est claire : l'expression est inchangée quand on échange les rôles de x et y, les deux termes croisés se permutant. La bilinéarité vient de ce que chaque terme est de la forme cxiyj. Reste le point délicat :
φ(x,x)=2x12+2x1x2+x22=x12+(x12+2x1x2+x22)=x12+(x1+x2)2.Cette écriture, obtenue par mise sous forme canonique, rend la positivité évidente. Et si φ(x,x)=0, alors x1=0 et x1+x2=0, d'où x2=0 : le caractère défini est acquis. C'est donc un produit scalaire, différent du produit scalaire canonique.
Exemple
Deux applications qui n'en sont pas.
Défaut de positivité. Sur R2, l'application φ(x,y)=x1y1−x2y2 est bilinéaire et symétrique, mais φ((0,1),(0,1))=−1<0 : elle n'est pas positive.
Défaut du caractère défini. Sur R2, l'application φ(x,y)=x1y1 est bilinéaire, symétrique et positive, puisque φ(x,x)=x12⩾0. Mais le vecteur x=(0,1) est non nul et vérifie φ(x,x)=0 : l'axiome 4 tombe. Géométriquement, cette application « ne voit pas » la seconde coordonnée : elle mesure la longueur de la projection sur le premier axe, pas celle du vecteur.
Défaut de bilinéarité. Sur R2, l'application φ(x,y)=x1y1+x2y2+1 est symétrique et vérifie φ(x,x)>0 pour tout x, mais elle n'est pas linéaire en x : φ(0,y)=1=0, alors qu'une application linéaire envoie 0 sur 0.
Norme associée
Norme et distance
Définition
Soit (E,⟨⋅,⋅⟩) un espace préhilbertien réel. Pour x∈E, on appelle norme de x le réel positif
∥x∥=⟨x,x⟩.Pour x,y∈E, on appelle distance de x à y le réel positif d(x,y)=∥x−y∥.
La définition a un sens grâce à la positivité du produit scalaire, et elle donne immédiatement l'identité fondamentale ⟨x,x⟩=∥x∥2, qu'on utilisera dans les deux sens sans le signaler.
Propriété
Soient x,y∈E et λ∈R.
- Séparation. ∥x∥⩾0, et ∥x∥=0 si et seulement si x=0E.
- Homogénéité. ∥λx∥=∣λ∣∥x∥.
- Inégalité triangulaire. ∥x+y∥⩽∥x∥+∥y∥.
Démonstration. Point 1. La positivité de la racine carrée donne ∥x∥⩾0. De plus ∥x∥=0 équivaut à ⟨x,x⟩=0, c'est-à-dire à x=0E par le caractère défini.
Point 2. Par bilinéarité, ⟨λx,λx⟩=λ2⟨x,x⟩, donc
∥λx∥=λ2∥x∥2=λ2∥x∥=∣λ∣∥x∥,en n'oubliant pas que λ2=∣λ∣ et non λ.
Point 3. Cette inégalité repose sur l'inégalité de Cauchy-Schwarz : elle sera démontrée à la section suivante, où elle porte le nom d'inégalité de Minkowski. □
Propriété
L'application d vérifie, pour tous x,y,z∈E :
d(x,y)=0⟺x=y,d(x,y)=d(y,x),d(x,z)⩽d(x,y)+d(y,z).Démonstration. La première équivalence est la séparation appliquée à x−y. La symétrie vient de ∥y−x∥=∥−(x−y)∥=∣−1∣∥x−y∥=∥x−y∥. Enfin, en écrivant x−z=(x−y)+(y−z) et en appliquant l'inégalité triangulaire pour la norme,
d(x,z)=∥(x−y)+(y−z)∥⩽∥x−y∥+∥y−z∥=d(x,y)+d(y,z).□Définition
Un vecteur u∈E est dit unitaire (ou normé) lorsque ∥u∥=1.
Si x=0E, le vecteur ∥x∥x est unitaire : on l'appelle le normalisé de x, et l'opération qui le fabrique s'appelle la normalisation.
Démonstration. Comme x=0E, on a ∥x∥=0 et l'écriture a un sens. L'homogénéité donne alors
∥x∥x=∥x∥1∥x∥=1.□Remarque
Le réflexe de la normalisation. Chaque fois qu'un énoncé demande une famille orthonormée, une base orthonormée ou un vecteur normal unitaire, la dernière étape du calcul consiste à diviser par la norme. C'est mécanique, et c'est l'oubli le plus fréquent du chapitre. Notez aussi que x et ∥x∥x engendrent la même droite vectorielle : normaliser ne change jamais la direction.
Identités remarquables
Propriété
Pour tous x,y∈E :
∥x+y∥2=∥x∥2+2⟨x,y⟩+∥y∥2et∥x−y∥2=∥x∥2−2⟨x,y⟩+∥y∥2.Plus généralement, pour une famille finie (x1,…,xp) de vecteurs de E et des réels λ1,…,λp :
i=1∑pλixi2=i=1∑pλi2∥xi∥2+21⩽i<j⩽p∑λiλj⟨xi,xj⟩.Démonstration. Pour la première identité, la bilinéarité permet de développer comme un produit remarquable :
⟨x+y,x+y⟩=⟨x,x⟩+⟨x,y⟩+⟨y,x⟩+⟨y,y⟩=∥x∥2+2⟨x,y⟩+∥y∥2,les deux termes croisés étant égaux par symétrie. La seconde s'obtient en remplaçant y par −y, ce qui change ⟨x,y⟩ en −⟨x,y⟩ et laisse ∥−y∥2=∥y∥2 inchangé.
Pour le cas général, la bilinéarité donne
⟨i=1∑pλixi, j=1∑pλjxj⟩=i=1∑pj=1∑pλiλj⟨xi,xj⟩.Dans cette double somme, on isole les termes diagonaux i=j, qui valent λi2∥xi∥2, puis on regroupe deux par deux les termes (i,j) et (j,i) avec i<j : par symétrie ils sont égaux, ce qui produit le facteur 2. □
Méthode
Développer une norme au carré. Le réflexe est toujours le même : ne jamais manipuler ∥⋅∥ directement, mais passer au carré pour retrouver un produit scalaire, développer par bilinéarité, puis revenir à la norme à la fin. Trois consignes.
- Écrire ∥u∥2=⟨u,u⟩ et développer comme un produit de polynômes, en n'oubliant aucun terme croisé.
- Utiliser la symétrie pour regrouper ⟨x,y⟩ et ⟨y,x⟩.
- Ne jamais écrire ∥x+y∥=∥x∥+∥y∥ : c'est faux en général, et c'est précisément ce que l'inégalité triangulaire remplace par une inégalité.
Exemple
Un calcul type. Soient x et y deux vecteurs unitaires vérifiant ⟨x,y⟩=31. Calculons ∥2x−3y∥. On développe :
∥2x−3y∥2=4∥x∥2−12⟨x,y⟩+9∥y∥2=4−12×31+9=4−4+9=9,donc ∥2x−3y∥=3. Le calcul n'utilise que la bilinéarité : à aucun moment on n'a besoin de savoir dans quel espace on travaille.
Polarisation et parallélogramme
Les identités précédentes se lisent aussi dans l'autre sens : elles permettent de reconstituer le produit scalaire à partir de la seule norme.
Propriété
Identités de polarisation. Pour tous x,y∈E :
⟨x,y⟩=21(∥x+y∥2−∥x∥2−∥y∥2)=21(∥x∥2+∥y∥2−∥x−y∥2)=41(∥x+y∥2−∥x−y∥2).Démonstration. Les deux premières formules s'obtiennent en isolant ⟨x,y⟩ dans les deux identités remarquables. Pour la troisième, on soustrait la seconde identité de la première :
∥x+y∥2−∥x−y∥2=(∥x∥2+2⟨x,y⟩+∥y∥2)−(∥x∥2−2⟨x,y⟩+∥y∥2)=4⟨x,y⟩.□Remarque
Ce que disent les identités de polarisation. Le produit scalaire et la norme portent exactement la même information : la norme se calcule à partir du produit scalaire par définition, et réciproquement le produit scalaire se calcule à partir de la norme par polarisation. En pratique, ces identités servent chaque fois qu'un énoncé fournit des normes et demande un produit scalaire, ou impose une condition du type « ∥x+y∥=∥x−y∥ » : cette dernière égalité équivaut, d'après la troisième formule, à ⟨x,y⟩=0, c'est-à-dire à l'orthogonalité de x et y.
Propriété
Identité du parallélogramme. Pour tous x,y∈E :
∥x+y∥2+∥x−y∥2=2(∥x∥2+∥y∥2).Démonstration. Il suffit d'additionner les deux identités remarquables : les termes ±2⟨x,y⟩ se compensent, et il reste 2∥x∥2+2∥y∥2. □
Remarque
Interprétation géométrique. Construisons le parallélogramme de sommets 0, x, x+y et y. Ses quatre côtés ont pour longueurs ∥x∥, ∥y∥, ∥x∥ et ∥y∥ ; ses deux diagonales ont pour longueurs ∥x+y∥ et ∥x−y∥. L'identité affirme donc que la somme des carrés des deux diagonales égale la somme des carrés des quatre côtés. Dans le cas particulier du rectangle, où ⟨x,y⟩=0, les deux diagonales ont même longueur et l'on retrouve le théorème de Pythagore.
Cette identité est une contrainte forte, et elle sert à disqualifier des candidats. Sur R2, considérons l'application N(x)=∣x1∣+∣x2∣ : avec x=(1,0) et y=(0,1), on obtient N(x+y)2+N(x−y)2=4+4=8, alors que 2(N(x)2+N(y)2)=2(1+1)=4. L'identité du parallélogramme n'est pas vérifiée : il n'existe aucun produit scalaire sur R2 dont N soit la norme associée.
Inégalité de Cauchy-Schwarz
L'inégalité et son cas d'égalité
C'est le théorème central du chapitre, et l'un des plus utilisés de tout le programme.
Propriété
Inégalité de Cauchy-Schwarz. Soit (E,⟨⋅,⋅⟩) un espace préhilbertien réel. Pour tous x,y∈E :
∣⟨x,y⟩∣ ⩽ ∥x∥∥y∥.De plus, il y a égalité si et seulement si la famille (x,y) est liée, c'est-à-dire si et seulement si l'un des deux vecteurs est multiple de l'autre.
Démonstration. Cas y=0E. Alors ⟨x,y⟩=0 et ∥y∥=0 : l'inégalité s'écrit 0⩽0, elle est vraie, avec égalité. Et la famille (x,0E) est liée, puisqu'elle contient le vecteur nul. Les deux membres de l'équivalence sont donc vrais simultanément.
Cas y=0E. Considérons la fonction P:R→R définie par
P(t)=∥x+ty∥2.Par positivité de la norme, P(t)⩾0 pour tout réel t. En développant par bilinéarité,
P(t)=∥y∥2t2+2⟨x,y⟩t+∥x∥2.Comme y=0E, on a ∥y∥2>0 : P est un trinôme du second degré de coefficient dominant strictement positif, qui ne prend que des valeurs positives ou nulles. Un tel trinôme a un discriminant négatif ou nul :
Δ=4⟨x,y⟩2−4∥y∥2∥x∥2⩽0,c'est-à-dire ⟨x,y⟩2⩽∥x∥2∥y∥2. Les deux membres étant positifs, on prend la racine carrée, croissante sur R+, et il vient ∣⟨x,y⟩∣⩽∥x∥∥y∥.
Cas d'égalité, sens direct. Supposons ∣⟨x,y⟩∣=∥x∥∥y∥ avec y=0E. Alors Δ=0, donc le trinôme P admet une racine double t0=−∥y∥2⟨x,y⟩. En ce point, P(t0)=∥x+t0y∥2=0, donc x+t0y=0E par séparation de la norme, c'est-à-dire x=−t0y : la famille (x,y) est liée.
Cas d'égalité, réciproque. Supposons (x,y) liée avec y=0E. Alors x=λy pour un réel λ, et
∣⟨x,y⟩∣=∣λ∣∣⟨y,y⟩∣=∣λ∣∥y∥2=(∣λ∣∥y∥)∥y∥=∥λy∥∥y∥=∥x∥∥y∥.□Remarque
Trois commentaires sur la démonstration.
- Le ressort est l'introduction d'un paramètre réel : on ne compare pas x et y directement, on regarde toute la droite {x+ty, t∈R} et l'on exploite le fait que la norme y reste positive. C'est un raisonnement à connaître, car il se réutilise tel quel dans de nombreux exercices.
- La positivité de la norme suffit à obtenir l'inégalité ; c'est le caractère défini qui donne le cas d'égalité, via l'implication ∥u∥=0⇒u=0E. Les deux axiomes travaillent à des endroits différents.
- Si x et y sont tous deux non nuls, la conclusion du cas d'égalité s'écrit plus simplement : x et y sont colinéaires.
Remarque
Ce que Cauchy-Schwarz autorise à dire. Lorsque x et y sont non nuls, l'inégalité se réécrit
−1 ⩽ ∥x∥∥y∥⟨x,y⟩ ⩽ 1.Ce quotient est donc le cosinus d'un unique réel de [0,π], ce qui légitime le vocabulaire géométrique employé dans tout le chapitre : dans le plan usuel, on retrouve exactement le cosinus de l'angle géométrique entre les deux vecteurs. La valeur 0 correspond à l'orthogonalité, les valeurs ±1 à la colinéarité, c'est-à-dire au cas d'égalité.
Inégalité triangulaire
Propriété
Inégalité de Minkowski, ou inégalité triangulaire. Pour tous x,y∈E :
∥x+y∥ ⩽ ∥x∥+∥y∥,avec égalité si et seulement si x et y sont positivement colinéaires, c'est-à-dire si et seulement si l'un des deux vecteurs est le produit de l'autre par un réel positif ou nul.
Démonstration. Développons le carré du membre de gauche et majorons le terme croisé par Cauchy-Schwarz :
∥x+y∥2=∥x∥2+2⟨x,y⟩+∥y∥2⩽∥x∥2+2∥x∥∥y∥+∥y∥2=(∥x∥+∥y∥)2,en utilisant ⟨x,y⟩⩽∣⟨x,y⟩∣⩽∥x∥∥y∥. Les deux membres extrêmes étant positifs, la croissance de la racine carrée donne l'inégalité annoncée.
Cas d'égalité. La chaîne de calcul montre que l'égalité ∥x+y∥=∥x∥+∥y∥ équivaut à
⟨x,y⟩=∥x∥∥y∥,c'est-à-dire à la conjonction de deux conditions : ∣⟨x,y⟩∣=∥x∥∥y∥ (cas d'égalité de Cauchy-Schwarz) et ⟨x,y⟩⩾0.
Supposons cette égalité réalisée. Si y=0E, alors y=0×x et la conclusion est acquise. Sinon, le cas d'égalité de Cauchy-Schwarz fournit λ∈R tel que x=λy, et alors ⟨x,y⟩=λ∥y∥2⩾0 impose λ⩾0 : les deux vecteurs sont positivement colinéaires.
Réciproquement, si x=λy avec λ⩾0, alors ⟨x,y⟩=λ∥y∥2=∥x∥∥y∥ puisque ∥x∥=λ∥y∥ ; l'égalité a bien lieu. Le cas où y est un multiple positif de x se traite de même. □
Propriété
Inégalité triangulaire renversée. Pour tous x,y∈E :
∥x∥−∥y∥ ⩽ ∥x−y∥.Démonstration. En écrivant x=(x−y)+y et en appliquant l'inégalité triangulaire,
∥x∥⩽∥x−y∥+∥y∥,d’ouˋ∥x∥−∥y∥⩽∥x−y∥.En échangeant les rôles de x et y, on obtient de même ∥y∥−∥x∥⩽∥y−x∥=∥x−y∥. Un réel dont l'opposé et lui-même sont majorés par A vérifie ∣⋅∣⩽A : c'est la conclusion. □
Remarque
À quoi sert la version renversée. Elle minore une norme de différence, là où l'inégalité triangulaire la majore. C'est l'outil des raisonnements du type « si ∥x∥ et ∥y∥ sont très différentes, alors x et y sont loin l'un de l'autre ». On la retrouve à l'identique pour la valeur absolue sur R, qui est la norme associée au produit scalaire ⟨x,y⟩=xy sur l'espace préhilbertien R.
Les trois formes concrètes
Appliquée aux trois produits scalaires usuels, l'inégalité de Cauchy-Schwarz prend trois visages qu'il faut savoir écrire de mémoire.
Propriété
Forme discrète. Pour tous réels a1,…,an et b1,…,bn :
(i=1∑naibi)2 ⩽ (i=1∑nai2)(i=1∑nbi2),avec égalité si et seulement si les deux familles (a1,…,an) et (b1,…,bn) sont proportionnelles.
Forme intégrale. Pour toutes fonctions f,g continues sur un segment [a,b] avec a<b :
(∫abf(t)g(t)dt)2 ⩽ (∫abf(t)2dt)(∫abg(t)2dt),avec égalité si et seulement si f et g sont proportionnelles.
Forme matricielle. Pour toutes matrices A,B∈Mn(R) :
tr(tAB)2 ⩽ tr(tAA)tr(tBB),avec égalité si et seulement si A et B sont proportionnelles.
Démonstration. Chacune des trois est l'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée au produit scalaire correspondant : le produit scalaire canonique de Rn, le produit scalaire intégral sur C([a,b],R), et le produit scalaire canonique de Mn(R). Dans chaque cas, on a élevé l'inégalité ∣⟨x,y⟩∣⩽∥x∥∥y∥ au carré, ce qui est licite puisque les deux membres sont positifs, et le cas d'égalité « famille liée » se traduit par « proportionnelles ». □
Remarque
Une extension gratuite de la forme intégrale. L'inégalité reste vraie pour des fonctions seulement continues par morceaux : la démonstration par le trinôme n'utilise que la positivité de ∫(f+tg)2, qui subsiste. En revanche le cas d'égalité, lui, tombe, exactement pour la même raison qui empêche ∫fg d'être un produit scalaire sur cet espace.
Choisir les bons vecteurs
Méthode
Appliquer Cauchy-Schwarz. L'inégalité ne sert à rien tant qu'on n'a pas décidé quels sont les deux vecteurs. Trois stratégies couvrent la quasi-totalité des exercices.
- Prendre l'un des deux vecteurs constant. Avec b=(1,1,…,1), la forme discrète donne (∑ai)2⩽n∑ai2 ; avec g=1, la forme intégrale donne (∫abf)2⩽(b−a)∫abf2. C'est le réflexe dès qu'on veut relier une somme à une somme de carrés.
- Couper chaque terme en deux facteurs. Pour faire apparaître ∑ai et ∑ai1 avec des ai>0, on écrit 1=ai×ai1 et l'on applique l'inégalité aux familles (ai) et (ai1). Même idée avec une fonction : 1=f×f1 lorsque f>0.
- Lire la quantité à majorer comme un produit scalaire. Une expression de la forme ∫abf(t)w(t)dt ou ∑aibi est un produit scalaire : on l'écrit comme tel, puis on majore par le produit des normes, que l'on calcule séparément.
Dans les trois cas, ne pas oublier d'examiner le cas d'égalité lorsque l'énoncé demande quand l'inégalité obtenue est optimale : il s'agit toujours de la proportionnalité des deux familles choisies.
Exemple
Trois inégalités classiques.
Somme et somme de carrés. Pour tous réels a, b, c, l'inégalité appliquée à (a,b,c) et (1,1,1) donne
(a+b+c)2⩽3(a2+b2+c2),avec égalité si et seulement si (a,b,c) est proportionnel à (1,1,1), c'est-à-dire si et seulement si a=b=c.
L'inégalité des inverses. Soient a,b,c>0. Appliquons l'inégalité aux familles (a,b,c) et (a1,b1,c1) : leur produit scalaire vaut 1+1+1=3, donc
9⩽(a+b+c)(a1+b1+c1),avec égalité si et seulement si a=b=c. En particulier, si a+b+c=1, alors a1+b1+c1⩾9.
Version intégrale. Soit f continue et strictement positive sur [a,b]. En écrivant 1=f×f1, il vient
(b−a)2=(∫abf(t)f(t)1dt)2⩽(∫abf(t)dt)(∫abf(t)dt),avec égalité si et seulement si f et f1 sont proportionnelles, c'est-à-dire si et seulement si f est constante.
Exemple
Un problème de minimisation. Cherchons le minimum de ∫01f(t)2dt lorsque f décrit l'ensemble des fonctions continues sur [0,1] vérifiant ∫01f(t)dt=1.
L'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée à f et à la fonction constante 1 donne
1=(∫01f(t)dt)2⩽(∫01f(t)2dt)(∫011dt)=∫01f(t)2dt.Le minimum cherché est donc au moins 1. Il vaut exactement 1, car la fonction constante f=1 satisfait la contrainte et donne ∫01f2=1. Le cas d'égalité montre de plus que c'est la seule fonction qui réalise ce minimum : l'égalité impose f proportionnelle à la fonction constante 1, donc f constante, et la contrainte force la valeur 1.
Exemple
Une majoration avec un poids. Soit f continue sur [0,1]. Majorons ∫01tf(t)dt. On lit l'intégrale comme le produit scalaire de f et de t↦t :
∫01tf(t)dt⩽∫01t2dt ∫01f(t)2dt=31∫01f(t)2dt,puisque ∫01t2dt=31. La constante 31 est optimale : elle est atteinte pour f(t)=t, cas où les deux fonctions sont proportionnelles.
Orthogonalité
Vecteurs orthogonaux et théorème de Pythagore
Définition
Soient x,y∈E. On dit que x et y sont orthogonaux, et l'on note x⊥y, lorsque
⟨x,y⟩=0.Remarque
Deux observations immédiates. La relation est symétrique : x⊥y équivaut à y⊥x. Le vecteur nul est orthogonal à tous les vecteurs de E, et c'est le seul vecteur orthogonal à lui-même, puisque ⟨x,x⟩=0 entraîne x=0E.
Attention. L'égalité ⟨x,y⟩=0 n'entraîne pas que x ou y soit nul : dans R2, les vecteurs (1,0) et (0,1) sont orthogonaux et tous deux non nuls. Le produit scalaire n'est pas un produit de nombres, et la règle « un produit nul entraîne un facteur nul » n'a pas cours ici.
Propriété
Théorème de Pythagore. Soient x,y∈E. Alors
x⊥y⟺∥x+y∥2=∥x∥2+∥y∥2.Démonstration. L'identité remarquable donne ∥x+y∥2=∥x∥2+2⟨x,y⟩+∥y∥2. L'égalité annoncée équivaut donc à 2⟨x,y⟩=0, c'est-à-dire à ⟨x,y⟩=0. □
Remarque
Une équivalence, pas seulement une implication. Dans le cadre réel, le théorème de Pythagore et sa réciproque sont un seul et même énoncé, obtenu par une équivalence de deux lignes. C'est un cas rare où un théorème célèbre se démontre plus vite que son énoncé ne s'écrit ; toute la difficulté a été absorbée par les axiomes du produit scalaire.
Définition
Une famille finie (x1,…,xp) de vecteurs de E est dite orthogonale lorsque ses vecteurs sont deux à deux orthogonaux :
∀(i,j)∈{1,…,p}2,i=j ⟹ ⟨xi,xj⟩=0.Elle est dite orthonormale (ou orthonormée) lorsqu'elle est orthogonale et que tous ses vecteurs sont unitaires, ce qui se résume en
∀(i,j)∈{1,…,p}2,⟨xi,xj⟩=δij={10si i=j,si i=j.Propriété
Théorème de Pythagore, version famille finie. Si (x1,…,xp) est une famille orthogonale de vecteurs de E, alors
i=1∑pxi2=i=1∑p∥xi∥2.Démonstration. Reprenons le développement général établi à la section 2, avec tous les λi égaux à 1 :
i=1∑pxi2=i=1∑p∥xi∥2+21⩽i<j⩽p∑⟨xi,xj⟩.La famille étant orthogonale, chaque terme de la seconde somme est nul, et il ne reste que la première. □
Remarque
La réciproque est fausse dès que p⩾3. Dans R2 muni du produit scalaire canonique, prenons
x1=(1,0),x2=(0,1),x3=(1,−1).Alors x1+x2+x3=(2,0), donc ∥x1+x2+x3∥2=4, tandis que ∥x1∥2+∥x2∥2+∥x3∥2=1+1+2=4. L'égalité de Pythagore est vérifiée, et pourtant la famille n'est pas orthogonale : ⟨x1,x3⟩=1=0. Ce qui se produit ici est une compensation, ⟨x1,x3⟩+⟨x2,x3⟩=1−1=0. Seul le cas p=2 fournit une équivalence.
Familles orthogonales et liberté
Propriété
Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre. En particulier, toute famille orthonormale est libre.
Démonstration. Soit (x1,…,xp) une famille orthogonale dont tous les vecteurs sont non nuls, et soient λ1,…,λp des réels tels que
i=1∑pλixi=0E.Fixons j∈{1,…,p} et prenons le produit scalaire des deux membres avec xj. Par bilinéarité,
0=⟨i=1∑pλixi, xj⟩=i=1∑pλi⟨xi,xj⟩=λj∥xj∥2,tous les termes d'indice i=j étant nuls par orthogonalité. Comme xj=0E, on a ∥xj∥2=0, d'où λj=0. Ceci valant pour tout j, la famille est libre.
Une famille orthonormale est orthogonale et formée de vecteurs de norme 1, donc non nuls : elle est libre. □
Remarque
L'hypothèse « non nuls » ne peut pas sauter. La famille ((1,0),(0,0)) de R2 est orthogonale, car ⟨(1,0),(0,0)⟩=0, et pourtant elle est liée : toute famille contenant le vecteur nul est liée. Dans une famille orthonormale, le problème ne se pose pas, la norme 1 excluant le vecteur nul.
La conséquence pratique. Dans un espace euclidien de dimension n, une famille orthonormale a au plus n vecteurs, et toute famille orthonormale de n vecteurs est une base : c'est une famille libre de cardinal dimE. On économise ainsi la vérification du caractère générateur, ce qui est un gain considérable.
Méthode
Le geste fondamental : tester par produit scalaire. Devant une relation vectorielle à exploiter (typiquement une combinaison linéaire nulle, ou une décomposition à identifier), le réflexe est de prendre le produit scalaire des deux membres avec un vecteur bien choisi, en général l'un des vecteurs d'une famille orthogonale. Par bilinéarité, tous les termes sauf un disparaissent, et l'on isole le coefficient cherché. Cette technique donne la liberté des familles orthogonales, les coordonnées dans une base orthonormée, la formule du projeté orthogonal, et l'unicité dans Gram-Schmidt : c'est le même geste, répété.
L'orthogonal d'une partie
Définition
Soit A une partie non vide de E. On appelle orthogonal de A l'ensemble
A⊥={x∈E ∣ ∀a∈A, ⟨x,a⟩=0},c'est-à-dire l'ensemble des vecteurs de E orthogonaux à tous les éléments de A.
Propriété
Pour toute partie non vide A de E, l'ensemble A⊥ est un sous-espace vectoriel de E, y compris lorsque A n'en est pas un.
Démonstration. Pour a∈E, notons φa:E→R l'application x↦⟨x,a⟩ : c'est une forme linéaire sur E, par linéarité du produit scalaire en sa première variable. Or
A⊥=a∈A⋂Kerφa,puisque dire que x est orthogonal à tous les a∈A, c'est dire que x appartient au noyau de chaque φa. Le noyau d'une forme linéaire est un sous-espace vectoriel de E, et une intersection quelconque de sous-espaces vectoriels est un sous-espace vectoriel : A⊥ en est un.
On peut aussi le vérifier directement : 0E∈A⊥ car ⟨0E,a⟩=0 pour tout a ; et si x,x′∈A⊥ et λ,μ∈R, alors pour tout a∈A,
⟨λx+μx′,a⟩=λ⟨x,a⟩+μ⟨x′,a⟩=0,donc λx+μx′∈A⊥. □
Propriété
Soient A et B deux parties non vides de E, et soit F un sous-espace vectoriel de E.
- {0E}⊥=E et E⊥={0E}.
- Si A⊂B, alors B⊥⊂A⊥ : l'orthogonal décroît pour l'inclusion.
- A⊂(A⊥)⊥.
- Vect(A)⊥=A⊥.
- F∩F⊥={0E}, donc la somme F+F⊥ est directe.
Démonstration. Point 1. Tout vecteur est orthogonal à 0E, donc {0E}⊥=E. Réciproquement, si x∈E⊥, alors x est orthogonal à tous les vecteurs de E, en particulier à lui-même : ⟨x,x⟩=0, donc x=0E.
Point 2. Soit x∈B⊥. Alors x est orthogonal à tout élément de B, donc en particulier à tout élément de A, qui est inclus dans B : x∈A⊥.
Point 3. Soit a∈A. Pour tout x∈A⊥, on a ⟨x,a⟩=0, donc ⟨a,x⟩=0 par symétrie. Ceci valant pour tout x∈A⊥, le vecteur a appartient à (A⊥)⊥.
Point 4. L'inclusion Vect(A)⊥⊂A⊥ résulte du point 2 appliqué à A⊂Vect(A). Réciproquement, soit x∈A⊥ et soit v∈Vect(A) : il existe des vecteurs a1,…,ap de A et des réels λ1,…,λp tels que v=∑i=1pλiai. Alors
⟨x,v⟩=i=1∑pλi⟨x,ai⟩=0,donc x∈Vect(A)⊥.
Point 5. Soit x∈F∩F⊥. Comme x∈F⊥, il est orthogonal à tout vecteur de F, en particulier à lui-même puisque x∈F. Donc ⟨x,x⟩=0 et x=0E. Une somme de deux sous-espaces d'intersection réduite au vecteur nul est directe. □
Méthode
Déterminer un orthogonal en pratique. Le point 4 est l'outil de calcul : pour décrire F⊥ lorsque F=Vect(u1,…,up), il suffit d'écrire que x est orthogonal aux générateurs, et non à tous les vecteurs de F. On obtient un système linéaire de p équations :
x∈F⊥⟺⟨x,u1⟩=0 et ⋯ et ⟨x,up⟩=0.Sa résolution donne F⊥ sous forme paramétrée, donc une base.
Symétriquement, pour prouver qu'un vecteur x est nul, il suffit de montrer qu'il est orthogonal à tous les vecteurs d'une famille génératrice de E : on conclut alors x∈E⊥={0E}.
Exemple
Un calcul dans R4. Soit F=Vect(u1,u2) avec u1=(1,1,0,0) et u2=(0,1,1,0), dans R4 muni du produit scalaire canonique. Un vecteur x=(x1,x2,x3,x4) appartient à F⊥ si et seulement si
{x1+x2=0x2+x3=0Ce système donne x1=−x2 et x3=−x2, les paramètres libres étant x2 et x4 :
x=x2(−1,1,−1,0)+x4(0,0,0,1).Donc F⊥=Vect((−1,1,−1,0), (0,0,0,1)), de dimension 2. On vérifie la cohérence : dimF+dimF⊥=2+2=4=dimR4, conformément au théorème de la section 6.
Remarque
En dimension infinie, tout peut mal se passer. L'inclusion F⊂(F⊥)⊥ du point 3 peut être stricte, et F⊥ peut être réduit à {0E} alors que F=E.
Voici un exemple entièrement élémentaire. Soit E l'espace des suites réelles nulles à partir d'un certain rang, muni de ⟨u,v⟩=∑n∈Nunvn : cette somme n'a qu'un nombre fini de termes non nuls, c'est donc une somme finie, et l'on vérifie sans peine que c'est un produit scalaire. Soit
F={u∈E n∈N∑un=0},qui est un hyperplan de E comme noyau d'une forme linéaire non nulle. Soit x∈F⊥. Pour tous entiers i=j, la suite ei−ej (où ek vaut 1 au rang k et 0 ailleurs) appartient à F, donc ⟨x,ei−ej⟩=xi−xj=0. Tous les termes de x sont donc égaux ; comme x est nulle à partir d'un certain rang, cette valeur commune est 0, donc x=0. Ainsi F⊥={0}, d'où F⊕F⊥=F=E et (F⊥)⊥=E=F.
La morale. Tous les résultats de la section 6 exigeront une hypothèse de dimension finie sur F. Ce n'est pas une précaution d'écriture, c'est une nécessité.
Sous-espaces orthogonaux
Définition
Deux sous-espaces vectoriels F et G de E sont dits orthogonaux, ce que l'on note F⊥G, lorsque
∀x∈F, ∀y∈G,⟨x,y⟩=0.Une famille (F1,…,Fp) de sous-espaces est dite deux à deux orthogonale lorsque Fi⊥Fj dès que i=j.
Propriété
Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E.
- F⊥G si et seulement si F⊂G⊥, si et seulement si G⊂F⊥.
- Si F=Vect(u1,…,up) et G=Vect(v1,…,vq), alors F⊥G si et seulement si ⟨ui,vj⟩=0 pour tous i et j.
- Si F⊥G, alors la somme F+G est directe.
Démonstration. Point 1. Dire que tout x∈F est orthogonal à tout y∈G, c'est dire que tout x∈F appartient à G⊥, c'est-à-dire F⊂G⊥. La symétrie du produit scalaire donne l'autre équivalence.
Point 2. Le sens direct est clair, les ui et vj appartenant respectivement à F et G. Réciproquement, supposons ⟨ui,vj⟩=0 pour tous i,j. Chaque vj est alors orthogonal à tous les générateurs de F, donc vj∈F⊥ d'après le point 4 de la propriété précédente. Ainsi G=Vect(v1,…,vq)⊂F⊥, ce dernier étant un sous-espace vectoriel ; le point 1 conclut.
Point 3. Soit x∈F∩G. Alors x∈F et x∈G, donc ⟨x,x⟩=0 par orthogonalité des deux sous-espaces, d'où x=0E. □
Propriété
Si (F1,…,Fp) est une famille de sous-espaces vectoriels de E deux à deux orthogonaux, alors la somme F1+F2+⋯+Fp est directe.
Démonstration. Soient x1∈F1,…,xp∈Fp tels que x1+⋯+xp=0E ; il s'agit de montrer que tous les xi sont nuls. Fixons j et prenons le produit scalaire avec xj :
0=⟨i=1∑pxi, xj⟩=i=1∑p⟨xi,xj⟩=∥xj∥2,car pour i=j on a xi∈Fi, xj∈Fj et Fi⊥Fj, donc ⟨xi,xj⟩=0. Il vient xj=0E, et ceci pour tout j. La somme est donc directe. □
Exemple
Matrices symétriques et antisymétriques. Munissons Mn(R) de son produit scalaire canonique, et notons Sn(R) et An(R) les sous-espaces des matrices symétriques et antisymétriques. Montrons qu'ils sont orthogonaux.
Soient S∈Sn(R) et A∈An(R). D'une part,
⟨S,A⟩=tr(tSA)=tr(SA),puisque tS=S. D'autre part, par symétrie du produit scalaire,
⟨S,A⟩=⟨A,S⟩=tr(tAS)=tr(−AS)=−tr(AS)=−tr(SA),en utilisant tA=−A puis tr(AS)=tr(SA). En comparant les deux expressions, tr(SA)=−tr(SA), donc tr(SA)=0 et ⟨S,A⟩=0.
Comme on sait déjà que Mn(R)=Sn(R)⊕An(R), via la décomposition
M=2M+tM+2M−tM,ces deux sous-espaces sont supplémentaires orthogonaux l'un de l'autre : An(R)=Sn(R)⊥. Nous en tirerons en section 6 la projection orthogonale sur les matrices symétriques.
Bases orthonormées
Coordonnées dans une base orthonormée
Définition
Soit E un espace euclidien de dimension n⩾1. On appelle base orthonormée (ou base orthonormale) de E toute base (e1,…,en) de E qui est une famille orthonormale, c'est-à-dire vérifiant ⟨ei,ej⟩=δij.
Propriété
Soit (e1,…,en) une base orthonormée de l'espace euclidien E. Pour tous x,y∈E :
- Coordonnées. x=i=1∑n⟨x,ei⟩ei.
- Produit scalaire. ⟨x,y⟩=i=1∑n⟨x,ei⟩⟨y,ei⟩.
- Norme. ∥x∥2=i=1∑n⟨x,ei⟩2.
Démonstration. Point 1. La famille (e1,…,en) est une base, donc il existe des réels x1,…,xn, uniques, tels que x=∑i=1nxiei. Prenons le produit scalaire avec ej :
⟨x,ej⟩=i=1∑nxi⟨ei,ej⟩=xj,tous les termes d'indice i=j étant nuls et ⟨ej,ej⟩ valant 1. La j-ième coordonnée de x est donc ⟨x,ej⟩.
Point 2. Notons xi=⟨x,ei⟩ et yj=⟨y,ej⟩. En développant par bilinéarité,
⟨x,y⟩=⟨i=1∑nxiei, j=1∑nyjej⟩=i=1∑nj=1∑nxiyj⟨ei,ej⟩=i=1∑nxiyi,seuls les termes i=j survivant.
Point 3. C'est le point 2 avec y=x. □
Remarque
Ce que ce théorème signifie vraiment. Dans une base orthonormée, les coordonnées d'un vecteur se lisent par un produit scalaire, sans résoudre le moindre système linéaire : c'est l'avantage décisif de ces bases. Et le produit scalaire y reprend sa forme la plus simple, celle de Rn : en notant X et Y les matrices colonnes des coordonnées de x et y dans la base orthonormée,
⟨x,y⟩=tXYet∥x∥2=tXX.Autrement dit, tout espace euclidien de dimension n se calcule comme Rn canonique, pourvu qu'on ait pris la peine de fabriquer une base orthonormée. C'est exactement ce que va permettre le procédé de Gram-Schmidt.
Attention. Ces formules sont fausses dans une base quelconque. Si (u1,…,un) n'est pas orthonormée, écrire x=∑⟨x,ui⟩ui est une erreur grave, et l'une des plus fréquentes du chapitre.
Le procédé de Gram-Schmidt
Propriété
Théorème d'orthonormalisation de Gram-Schmidt. Soient E un espace préhilbertien réel et (u1,…,up) une famille libre de vecteurs de E. Il existe une unique famille orthonormale (e1,…,ep) de E vérifiant les deux conditions suivantes :
- pour tout k∈{1,…,p}, Vect(e1,…,ek)=Vect(u1,…,uk) ;
- pour tout k∈{1,…,p}, ⟨uk,ek⟩>0.
Démonstration. Raisonnons par récurrence sur k, en montrant à chaque étape l'existence et l'unicité de ek une fois e1,…,ek−1 fixés.
Initialisation. La famille étant libre, u1=0E. Posons e1=∥u1∥u1 : c'est un vecteur unitaire, Vect(e1)=Vect(u1) puisque e1 est un multiple non nul de u1, et
⟨u1,e1⟩=∥u1∥⟨u1,u1⟩=∥u1∥>0.Pour l'unicité, soit f un vecteur unitaire tel que Vect(f)=Vect(u1) et ⟨u1,f⟩>0. La première condition donne f=λu1 pour un réel λ=0 ; la condition ∥f∥=1 impose ∣λ∣=∥u1∥1 ; enfin ⟨u1,f⟩=λ∥u1∥2>0 impose λ>0. Donc λ=∥u1∥1 et f=e1.
Hérédité. Soit k∈{1,…,p−1}, et supposons construite une famille orthonormale (e1,…,ek) vérifiant les deux conditions jusqu'au rang k. Posons
vk+1=uk+1−i=1∑k⟨uk+1,ei⟩ei.Le vecteur vk+1 est orthogonal à e1,…,ek. En effet, pour j∈{1,…,k},
⟨vk+1,ej⟩=⟨uk+1,ej⟩−i=1∑k⟨uk+1,ei⟩⟨ei,ej⟩=⟨uk+1,ej⟩−⟨uk+1,ej⟩=0,puisque ⟨ei,ej⟩ vaut 1 si i=j et 0 sinon.
Le vecteur vk+1 est non nul. Si l'on avait vk+1=0E, alors uk+1 appartiendrait à Vect(e1,…,ek)=Vect(u1,…,uk), ce qui contredirait la liberté de la famille (u1,…,uk+1).
Construction de ek+1. Posons ek+1=∥vk+1∥vk+1. La famille (e1,…,ek+1) est orthonormale d'après les deux points précédents. Elle vérifie la condition 2 au rang k+1 :
⟨uk+1,ek+1⟩=⟨vk+1+i=1∑k⟨uk+1,ei⟩ei, ek+1⟩=⟨vk+1,ek+1⟩=∥vk+1∥∥vk+1∥2=∥vk+1∥>0,car ek+1 est orthogonal à e1,…,ek. Enfin, la condition 1 : par construction, ek+1 est combinaison linéaire de uk+1 et de e1,…,ek, donc de u1,…,uk+1, d'où l'inclusion Vect(e1,…,ek+1)⊂Vect(u1,…,uk+1) ; les deux sous-espaces ont pour dimension k+1, la famille de gauche étant orthonormale donc libre et celle de droite libre par hypothèse. Une inclusion entre sous-espaces de même dimension finie est une égalité.
Unicité. Soit f un vecteur unitaire tel que (e1,…,ek,f) soit orthonormale, que Vect(e1,…,ek,f)=Vect(u1,…,uk+1) et que ⟨uk+1,f⟩>0. Comme (e1,…,ek+1) est une base orthonormée de Vect(u1,…,uk+1) et que f appartient à ce sous-espace, on peut écrire f=∑i=1k+1ciei avec ci=⟨f,ei⟩. Or f est orthogonal à e1,…,ek, donc c1=⋯=ck=0 et f=ck+1ek+1. La condition ∥f∥=1 donne ck+1=±1, et
⟨uk+1,f⟩=ck+1⟨uk+1,ek+1⟩=ck+1∥vk+1∥>0impose ck+1=1, c'est-à-dire f=ek+1. La récurrence est achevée. □
Remarque
À quoi servent les deux conditions. La condition 1, dite condition de drapeau, dit que le procédé respecte l'ordre des vecteurs : les k premiers vecteurs orthonormés engendrent le même sous-espace que les k premiers vecteurs de départ. Elle est ce qui rend le procédé algorithmique : on traite les vecteurs un par un, sans jamais revenir en arrière. La condition 2, dite de positivité, sert uniquement à lever l'ambiguïté de signe : sans elle, chaque ek pourrait être remplacé par −ek, et il y aurait 2p familles solutions.
Conséquence importante. Si l'on change l'ordre des vecteurs ui, on obtient en général une famille orthonormée différente : le procédé n'est pas symétrique en ses arguments.
L'algorithme en pratique
Méthode
Le procédé de Gram-Schmidt, mode d'emploi. Partant d'une famille libre (u1,…,up), on calcule successivement, pour k allant de 1 à p :
vk=uk−i=1∑k−1⟨uk,ei⟩eipuisek=∥vk∥vk,la somme étant vide (donc nulle) pour k=1, ce qui donne v1=u1.
Comment le lire. À l'étape k, on retranche à uk tout ce qu'il « contient déjà » des directions précédentes : le vecteur ∑i<k⟨uk,ei⟩ei est exactement le projeté orthogonal de uk sur Vect(e1,…,ek−1), comme la section 6 le confirmera. Ce qui reste, vk, est orthogonal à tout ce qui précède ; il ne reste plus qu'à le normaliser.
Trois conseils de calcul.
- Vérifier l'orthogonalité au fur et à mesure : après avoir calculé vk, contrôler que ⟨vk,ei⟩=0 pour i<k. C'est deux lignes de calcul et cela évite de propager une erreur.
- Retarder les racines carrées. On peut travailler avec la famille orthogonale non normée (w1,…,wp) définie par
puis normaliser tout à la fin. Les calculs restent alors en nombres rationnels, ce qui est nettement plus confortable. 3. Ne jamais oublier la normalisation finale. Une famille orthogonale n'est pas une famille orthonormée, et toutes les formules de la section précédente exigent des vecteurs unitaires.
Exemple
Gram-Schmidt dans R3. Orthonormalisons la base (u1,u2,u3) de R3 euclidien canonique définie par
u1=(1,1,1),u2=(1,1,0),u3=(1,0,0).Étape 1. ∥u1∥2=1+1+1=3, donc
e1=31(1,1,1).Étape 2. On calcule ⟨u2,e1⟩=31+1+0=32, puis
v2=u2−32e1=(1,1,0)−32(1,1,1)=(31,31,−32).Contrôle : ⟨v2,u1⟩=31+31−32=0. Ensuite ∥v2∥2=91+91+94=96=32, donc ∥v2∥=36 et
e2=63(31,31,−32)=61(1,1,−2).Étape 3. On calcule ⟨u3,e1⟩=31 et ⟨u3,e2⟩=61, puis
v3=u3−31e1−61e2=(1,0,0)−31(1,1,1)−61(1,1,−2)=(21,−21,0).Contrôle : ce vecteur est bien orthogonal à (1,1,1) et à (1,1,−2). Enfin ∥v3∥2=41+41=21, donc ∥v3∥=21 et
e3=2(21,−21,0)=21(1,−1,0).Bilan. La base orthonormée obtenue est
e1=31(1,1,1),e2=61(1,1,−2),e3=21(1,−1,0).On vérifie que ⟨uk,ek⟩>0 pour k=1,2,3, comme le théorème l'annonce : ces valeurs sont respectivement 3, 36 et 21, c'est-à-dire les normes ∥vk∥.
Exemple
Gram-Schmidt dans R2[X]. Munissons R2[X] du produit scalaire
⟨P,Q⟩=∫−11P(t)Q(t)dt,et orthonormalisons la base canonique (1,X,X2).
Étape 1. ∥1∥2=∫−11dt=2, donc e1=21.
Étape 2. ⟨X,e1⟩=21∫−11tdt=0, l'intégrande étant impair sur un intervalle symétrique. Donc v2=X, et ∥X∥2=∫−11t2dt=32, d'où
e2=23X=26X.Étape 3. On calcule ⟨X2,e1⟩=21∫−11t2dt=322=32, et ⟨X2,e2⟩=0 par imparité de t↦t3. Donc
v3=X2−32×21=X2−31.Calculons sa norme :
∥v3∥2=∫−11(t2−31)2dt=∫−11(t4−32t2+91)dt=52−32×32+92=52−92=458.Ainsi ∥v3∥=458=15210, et
e3=21015(X2−31)=410(3X2−1).Contrôle. ∥3X2−1∥2=∫−11(9t4−6t2+1)dt=518−4+2=58, et (410)2×58=1610×58=1. La famille (e1,e2,e3) est bien orthonormée.
Existence de bases orthonormées
Propriété
Tout espace euclidien E de dimension n⩾1 admet une base orthonormée.
Démonstration. L'espace E étant de dimension finie n⩾1, il admet une base (u1,…,un), qui est en particulier une famille libre. Le procédé de Gram-Schmidt lui associe une famille orthonormale (e1,…,en) vérifiant Vect(e1,…,en)=Vect(u1,…,un)=E. Cette famille est génératrice et libre, c'est donc une base orthonormée de E. □
Propriété
Théorème de la base orthonormée incomplète. Soit E un espace euclidien de dimension n. Toute famille orthonormale (e1,…,ep) de E, avec p⩽n, peut être complétée en une base orthonormée (e1,…,ep,ep+1,…,en) de E.
Démonstration. La famille (e1,…,ep) est orthonormale, donc libre. Le théorème de la base incomplète, vu en algèbre linéaire, permet de la compléter en une base (e1,…,ep,up+1,…,un) de E.
Appliquons le procédé de Gram-Schmidt à cette base, et notons (f1,…,fn) la famille orthonormale obtenue. Je dis que fi=ei pour i⩽p. En effet, la famille (e1,…,ep) est orthonormale, elle vérifie Vect(e1,…,ek)=Vect(e1,…,ek) pour tout k⩽p ainsi que ⟨ek,ek⟩=1>0 : elle satisfait donc les deux conditions du théorème de Gram-Schmidt appliqué aux p premiers vecteurs. Par unicité, elle coïncide avec (f1,…,fp).
La famille (e1,…,ep,fp+1,…,fn) est ainsi une base orthonormée de E complétant la famille de départ. □
Remarque
Le mécanisme à retenir. Gram-Schmidt ne touche pas aux vecteurs déjà orthonormés situés en tête de la famille : c'est une conséquence directe de la partie unicité du théorème, et c'est ce qui rend le théorème de la base orthonormée incomplète immédiat. En pratique, pour compléter une famille orthonormale, on complète d'abord en une base quelconque, puis on applique Gram-Schmidt en laissant les premiers vecteurs en place.
Projection orthogonale
Le supplémentaire orthogonal
Voici le théorème qui met en marche toute la section : il donne un supplémentaire canonique, et une seule hypothèse est requise.
Propriété
Théorème du supplémentaire orthogonal. Soient E un espace préhilbertien réel et F un sous-espace vectoriel de E de dimension finie. Alors
E=F⊕F⊥.Démonstration. Nous savons déjà que la somme est directe, puisque F∩F⊥={0E}. Il reste à montrer que F+F⊥=E.
Cas F={0E}. Alors F⊥={0E}⊥=E et l'égalité est claire.
Cas général. Notons p=dimF⩾1. Le sous-espace F, muni de la restriction du produit scalaire, est un espace euclidien : il possède donc une base orthonormée (e1,…,ep).
Soit x∈E. Posons
y=i=1∑p⟨x,ei⟩eietz=x−y.Par construction, y∈F comme combinaison linéaire des ei, et x=y+z. Montrons que z∈F⊥. Pour j∈{1,…,p},
⟨z,ej⟩=⟨x,ej⟩−i=1∑p⟨x,ei⟩⟨ei,ej⟩=⟨x,ej⟩−⟨x,ej⟩=0.Le vecteur z est donc orthogonal à tous les vecteurs de la famille (e1,…,ep), qui engendre F : d'après la caractérisation par une famille génératrice, z∈F⊥.
Tout x∈E s'écrit donc comme somme d'un élément de F et d'un élément de F⊥, ce qui achève la démonstration. □
Remarque
Où l'hypothèse sert. Elle sert à une seule chose : garantir l'existence d'une base orthonormée finie de F, dont la démonstration a besoin pour fabriquer explicitement y. Sans elle, l'énoncé est faux, comme le montre le contre-exemple des suites presque nulles donné à la section 4. Notez que E, lui, peut parfaitement être de dimension infinie : c'est le cas d'usage principal, où E est un espace de fonctions et F un espace de polynômes de degré borné.
Propriété
Soit E un espace euclidien de dimension n, et soit F un sous-espace vectoriel de E. Alors
dimF⊥=n−dimFet(F⊥)⊥=F.Démonstration. Le sous-espace F est de dimension finie, donc E=F⊕F⊥ et la formule des dimensions d'une somme directe donne n=dimF+dimF⊥, d'où la première égalité.
Pour la seconde, nous savons que F⊂(F⊥)⊥. Appliquons la formule des dimensions à F⊥, qui est lui aussi de dimension finie :
dim(F⊥)⊥=n−dimF⊥=n−(n−dimF)=dimF.Une inclusion entre deux sous-espaces de même dimension finie est une égalité : (F⊥)⊥=F. □
Remarque
Un outil de démonstration. L'égalité (F⊥)⊥=F sert à transformer une question sur F en une question sur F⊥, souvent plus simple lorsque F⊥ est de petite dimension. Elle donne aussi un critère commode : pour deux sous-espaces F et G d'un espace euclidien, F=G si et seulement si F⊥=G⊥.
Le projeté orthogonal
Définition
Soient E un espace préhilbertien réel et F un sous-espace vectoriel de dimension finie de E. On appelle projection orthogonale sur F la projection sur F parallèlement à F⊥, associée à la décomposition E=F⊕F⊥. On la note pF.
Pour x∈E, le vecteur pF(x) est appelé projeté orthogonal de x sur F : c'est l'unique vecteur de F tel que x−pF(x)∈F⊥.
Propriété
Caractérisation et calcul du projeté orthogonal. Soient F un sous-espace de dimension finie de E et x∈E.
- Caractérisation. Pour y∈E, on a y=pF(x) si et seulement si
- Formule dans une base orthonormée. Si (e1,…,ep) est une base orthonormée de F, alors
- Caractérisation par une famille génératrice. Si (u1,…,up) engendre F, alors y=pF(x) si et seulement si y∈F et ⟨x−y,ui⟩=0 pour tout i∈{1,…,p}.
Démonstration. Point 1. C'est la définition d'une projection associée à une somme directe : x s'écrit de manière unique x=y+z avec y∈F et z∈F⊥, et pF(x)=y.
Point 2. La démonstration du théorème du supplémentaire orthogonal a construit exactement cette décomposition : y=∑i=1p⟨x,ei⟩ei appartient à F et z=x−y appartient à F⊥. Par unicité de la décomposition, pF(x)=y. En particulier, la valeur obtenue ne dépend pas de la base orthonormée choisie.
Point 3. Un vecteur est orthogonal à F si et seulement s'il est orthogonal à une famille génératrice de F, d'après l'égalité Vect(A)⊥=A⊥. Le point 3 est donc une reformulation du point 1. □
Propriété
Soit F un sous-espace de dimension finie de E. La projection orthogonale pF vérifie :
- pF est un endomorphisme de E ;
- pF∘pF=pF ;
- ImpF=F et KerpF=F⊥ ;
- pF(x)=x si et seulement si x∈F ;
- si F⊥ est aussi de dimension finie (par exemple si E est de dimension finie), pF+pF⊥=idE ;
- ∥pF(x)∥⩽∥x∥ pour tout x∈E.
Démonstration. Points 1 à 4. Ce sont les propriétés générales d'une projection associée à une décomposition en somme directe E=F⊕F⊥, établies dans le chapitre d'algèbre linéaire : la projection sur F parallèlement à G est linéaire, idempotente, d'image F et de noyau G, et elle laisse fixes exactement les vecteurs de F.
Point 5. Pour x∈E, écrivons x=y+z avec y∈F et z∈F⊥. Alors pF(x)=y. Comme (F⊥)⊥=F en dimension finie, la décomposition x=z+y est la décomposition de x suivant E=F⊥⊕(F⊥)⊥=F⊥⊕F, donc pF⊥(x)=z. Il vient pF(x)+pF⊥(x)=y+z=x.
Point 6. Avec les mêmes notations, y∈F et z∈F⊥ sont orthogonaux, donc le théorème de Pythagore donne
∥x∥2=∥y∥2+∥z∥2⩾∥y∥2=∥pF(x)∥2,et l'on conclut par croissance de la racine carrée. □
Exemple
Projection sur les matrices symétriques. Dans Mn(R) muni du produit scalaire canonique, on a vu que Sn(R) et An(R) sont supplémentaires et orthogonaux, donc An(R)=Sn(R)⊥. La décomposition
M=∈ Sn(R)2M+tM + ∈ An(R)2M−tMest donc exactement la décomposition suivant Sn(R)⊕Sn(R)⊥, ce qui donne sans le moindre calcul
pSn(R)(M)=2M+tMetpAn(R)(M)=2M−tM.Application numérique. Prenons M=(1134) dans M2(R). Alors tM=(1314), donc
pS2(R)(M)=21(2448)=(1224)etM−pS2(R)(M)=(0−110).La distance de M à l'espace des matrices symétriques vaut donc
d(M,S2(R))=(0−110)=02+12+(−1)2+02=2.Distance à un sous-espace et meilleure approximation
Définition
Soient x∈E et F un sous-espace vectoriel de E. On appelle distance de x à F le réel
d(x,F)=y∈Finf ∥x−y∥.Propriété
Théorème de la meilleure approximation. Soient E un espace préhilbertien réel, F un sous-espace vectoriel de dimension finie de E, et x∈E. Alors la borne inférieure définissant d(x,F) est atteinte en un unique point, à savoir pF(x) :
∀y∈F,∥x−pF(x)∥ ⩽ ∥x−y∥,avec égalité si et seulement si y=pF(x). En particulier,
d(x,F)=∥x−pF(x)∥.Démonstration. Notons q=pF(x) et soit y∈F quelconque. Décomposons
x−y=∈ F⊥(x−q) + ∈ F(q−y),la première appartenance venant de la caractérisation du projeté orthogonal, la seconde du fait que q et y sont tous deux dans le sous-espace F. Ces deux vecteurs sont donc orthogonaux, et le théorème de Pythagore donne
∥x−y∥2=∥x−q∥2+∥q−y∥2 ⩾ ∥x−q∥2.En passant à la racine carrée, ∥x−q∥⩽∥x−y∥ pour tout y∈F : le minimum est atteint en q, et la borne inférieure vaut ∥x−q∥.
Unicité. L'inégalité ci-dessus est une égalité si et seulement si ∥q−y∥2=0, c'est-à-dire si et seulement si y=q par séparation de la norme. □
Remarque
Pourquoi ce théorème est le cœur du chapitre. Il transforme un problème de minimisation, a priori difficile puisqu'il porte sur une infinité de candidats, en un problème de calcul algébrique : il suffit de calculer pF(x), ce qu'une base orthonormée de F ou un système linéaire fournit en quelques lignes. C'est le principe des moindres carrés, et c'est pourquoi les énoncés d'exercice se présentent souvent sous une forme qui ne mentionne ni projection ni orthogonalité :
- « déterminer (a,b)∈R2min∫01(f(t)−a−bt)2dt » est le calcul de d(f,R1[X])2 ;
- « quelle est la matrice symétrique la plus proche de M ? » est le calcul de pSn(R)(M) ;
- « minimiser ∑k=1n(yk−a−bxk)2 » est l'ajustement affine d'un nuage de points.
Le réflexe. Devant un minimum d'une somme ou d'une intégrale de carrés, chercher l'espace préhilbertien et le sous-espace F cachés derrière l'énoncé.
Propriété
Inégalité de Bessel. Soit (e1,…,ep) une famille orthonormale de E. Alors, pour tout x∈E,
i=1∑p⟨x,ei⟩2 ⩽ ∥x∥2,avec égalité si et seulement si x∈Vect(e1,…,ep).
Démonstration. Posons F=Vect(e1,…,ep), dont (e1,…,ep) est une base orthonormée puisque cette famille est libre et génératrice de F. Le projeté orthogonal de x sur F vaut pF(x)=∑i=1p⟨x,ei⟩ei, et sa norme se calcule par la formule de la norme dans une base orthonormée :
∥pF(x)∥2=i=1∑p⟨x,ei⟩2.Le théorème de Pythagore appliqué à x=pF(x)+(x−pF(x)), somme de deux vecteurs orthogonaux, donne
∥x∥2=∥pF(x)∥2+∥x−pF(x)∥2 ⩾ ∥pF(x)∥2=i=1∑p⟨x,ei⟩2,ce qui est l'inégalité annoncée. Il y a égalité si et seulement si ∥x−pF(x)∥=0, c'est-à-dire x=pF(x), c'est-à-dire x∈F. □
Propriété
Formule de la distance. Avec les notations précédentes, si (e1,…,ep) est une base orthonormée de F et x∈E, alors
d(x,F)2=∥x∥2−i=1∑p⟨x,ei⟩2.Plus généralement, sans base orthonormée, d(x,F)2=∥x∥2−⟨x,pF(x)⟩.
Démonstration. La première formule est la relation de Pythagore ci-dessus, réécrite sous la forme ∥x−pF(x)∥2=∥x∥2−∥pF(x)∥2.
Pour la seconde, notons q=pF(x) et observons que ⟨x−q,q⟩=0, puisque x−q∈F⊥ et q∈F. Alors
d(x,F)2=⟨x−q,x−q⟩=⟨x−q,x⟩−= 0⟨x−q,q⟩=∥x∥2−⟨q,x⟩.□Calculer une distance à un sous-espace
Méthode
Calculer d(x,F) : trois voies. Le choix se fait sur la taille des objets en présence.
Voie A — base orthonormée de F. À privilégier si F est de petite dimension ou si une base orthonormée saute aux yeux (par exemple grâce à des arguments de parité).
- Construire une base orthonormée (e1,…,ep) de F, au besoin par Gram-Schmidt.
- Calculer pF(x)=∑i=1p⟨x,ei⟩ei.
- Conclure par d(x,F)=∥x−pF(x)∥, ou plus vite par d(x,F)2=∥x∥2−∑i⟨x,ei⟩2.
Voie B — système linéaire dans une base quelconque. À privilégier quand Gram-Schmidt produirait des racines carrées désagréables.
- Prendre une base (u1,…,up) de F, pas nécessairement orthonormée, et poser y=∑j=1pλjuj avec des inconnues λj.
- Écrire les p équations ⟨x−y,ui⟩=0, soit
- Résoudre ce système linéaire de p équations à p inconnues, ce qui donne pF(x), puis calculer ∥x−pF(x)∥.
Voie C — passer par l'orthogonal. À privilégier quand dimF⊥ est nettement plus petite que dimF, typiquement lorsque F est un hyperplan.
- Déterminer une base orthonormée (f1,…,fq) de F⊥, avec q=dimE−dimF.
- Utiliser x−pF(x)=pF⊥(x), donc
Exemple
Une distance dans R3, calculée de deux façons. Dans R3 euclidien canonique, soient
F=Vect(u1,u2)avecu1=(1,1,0), u2=(0,1,1),etx=(1,0,0).Voie B : le système linéaire. Cherchons pF(x)=au1+bu2. Les produits scalaires utiles sont
⟨u1,u1⟩=2,⟨u1,u2⟩=1,⟨u2,u2⟩=2,⟨x,u1⟩=1,⟨x,u2⟩=0.Le système ⟨x−pF(x),ui⟩=0 s'écrit
{2a+b=1a+2b=0La seconde équation donne a=−2b, que l'on reporte dans la première : −4b+b=1, donc b=−31 et a=32. Ainsi
pF(x)=32(1,1,0)−31(0,1,1)=(32,31,−31),puis
x−pF(x)=(31,−31,31)etd(x,F)=91+91+91=31=33.Voie C : par l'orthogonal. Le sous-espace F est de dimension 2 dans R3, donc F⊥ est une droite. Un vecteur a=(a1,a2,a3) y appartient si et seulement si a1+a2=0 et a2+a3=0, c'est-à-dire a=a2(−1,1,−1). Prenons donc n=(1,−1,1), de norme 3, et normalisons : f1=31(1,−1,1). Alors
d(x,F)=∣⟨x,f1⟩∣=3∣1−0+0∣=31.Les deux voies concordent, et la seconde tient en trois lignes : c'est le bon réflexe dès que F est un hyperplan.
Exemple
Meilleure approximation d'une fonction par un polynôme. Munissons C([−1,1],R) du produit scalaire ⟨f,g⟩=∫−11fg, et cherchons
m=(a,b)∈R2min∫−11(t2−a−bt)2dt.C'est le carré de la distance de la fonction t↦t2 au sous-espace F=R1[X], de dimension 2. Nous disposons déjà d'une base orthonormée de F, calculée plus haut :
e1=21,e2=26X.Les coefficients valent ⟨X2,e1⟩=32 et ⟨X2,e2⟩=0 (intégrande impair), donc
pF(X2)=32×21=31.Le polynôme de degré au plus 1 le plus proche de X2 est donc la constante 31, et
m=X2−312=458,valeur déjà calculée lors de l'orthonormalisation. Le minimum est atteint pour a=31 et b=0, et pour ce seul couple.
Exemple
Le même problème par la voie B. Munissons cette fois C([0,1],R) du produit scalaire ⟨f,g⟩=∫01fg, et cherchons
m′=(a,b)∈R2min∫01(t3−a−bt)2dt=d(X3,R1[X])2.La base (1,X) de R1[X] n'est pas orthonormée pour ce produit scalaire ; utilisons le système linéaire. Les produits scalaires utiles sont
⟨1,1⟩=1,⟨1,X⟩=21,⟨X,X⟩=31,⟨X3,1⟩=41,⟨X3,X⟩=51.En posant p=a+bX, les équations ⟨X3−p,1⟩=0 et ⟨X3−p,X⟩=0 donnent
⎩⎨⎧a+2b=412a+3b=51De la première, a=41−2b ; en reportant dans la seconde, 81−4b+3b=51, soit 12b=51−81=403, d'où b=109 puis a=41−209=−51. Le polynôme cherché est
p=−51+109X.Pour la distance, utilisons la formule d2=∥x∥2−⟨x,pF(x)⟩, qui évite de développer un carré :
m′=X32−⟨X3,p⟩=71−(−51×41+109×51)=71−(−201+509)=71−10013=7009.Le minimum vaut donc 7009, atteint pour le seul couple (a,b)=(−51,109).
Hyperplans d'un espace euclidien
Vecteur normal à un hyperplan
Rappelons qu'un hyperplan d'un espace vectoriel E de dimension n est un sous-espace de dimension n−1, ou de façon équivalente le noyau d'une forme linéaire non nulle. Dans un espace euclidien, ces objets admettent une description particulièrement simple.
Propriété
Soit E un espace euclidien de dimension n⩾1.
- Pour tout vecteur a∈E non nul, l'ensemble {a}⊥ est un hyperplan de E.
- Réciproquement, pour tout hyperplan H de E, le sous-espace H⊥ est une droite vectorielle, et H={a}⊥ pour tout vecteur a non nul de H⊥.
Démonstration. Point 1. L'application φa:x↦⟨x,a⟩ est une forme linéaire sur E, et elle est non nulle puisque φa(a)=∥a∥2=0. Son noyau est donc un hyperplan, et ce noyau est exactement {a}⊥.
Point 2. Soit H un hyperplan, de dimension n−1. La formule des dimensions donne dimH⊥=n−(n−1)=1 : c'est une droite vectorielle. Soit a un vecteur non nul de H⊥, de sorte que H⊥=Vect(a). Alors, en utilisant successivement (H⊥)⊥=H et Vect(A)⊥=A⊥,
H=(H⊥)⊥=Vect(a)⊥={a}⊥.□Définition
Soit H un hyperplan d'un espace euclidien E. On appelle vecteur normal à H tout vecteur non nul de H⊥, c'est-à-dire tout vecteur a=0E tel que H={a}⊥.
Remarque
Unicité à un facteur près. Comme H⊥ est une droite, deux vecteurs normaux à un même hyperplan sont colinéaires : le vecteur normal est unique à un facteur multiplicatif non nul près. Il existe exactement deux vecteurs normaux unitaires, opposés l'un de l'autre. Dans les formules ci-dessous, le choix entre les deux est sans importance, la valeur absolue effaçant le signe.
Exemple
Lire le vecteur normal sur une équation. Dans Rn euclidien canonique, soit H l'hyperplan d'équation
a1x1+a2x2+⋯+anxn=0,où (a1,…,an)=(0,…,0). Cette équation s'écrit ⟨x,a⟩=0 avec a=(a1,…,an) : les coefficients de l'équation sont exactement les coordonnées d'un vecteur normal. C'est la lecture immédiate à faire dans tout exercice.
Dans Mn(R) muni du produit scalaire canonique, l'hyperplan H={M ∣ tr(M)=0} admet In pour vecteur normal, puisque ⟨M,In⟩=tr(tMIn)=tr(tM)=tr(M).
Distance à un hyperplan
Propriété
Distance d'un vecteur à un hyperplan. Soient E un espace euclidien, H un hyperplan de E et a un vecteur normal à H. Alors, pour tout x∈E,
d(x,H)=∥a∥∣⟨a,x⟩∣,et le projeté orthogonal de x sur H vaut
pH(x)=x−∥a∥2⟨a,x⟩a.Démonstration. Le sous-espace H⊥ est la droite Vect(a), dont (∥a∥a) est une base orthonormée. La formule du projeté orthogonal dans une base orthonormée donne donc
pH⊥(x)=⟨x,∥a∥a⟩∥a∥a=∥a∥2⟨a,x⟩a.Comme pH+pH⊥=idE, on obtient l'expression annoncée de pH(x), puis
d(x,H)=∥x−pH(x)∥=∥pH⊥(x)∥=∥a∥2∣⟨a,x⟩∣∥a∥=∥a∥∣⟨a,x⟩∣.□Propriété
Formule dans Rn. Soit H l'hyperplan de Rn euclidien canonique d'équation a1x1+⋯+anxn=0, avec (a1,…,an) non nul. Alors, pour tout x=(x1,…,xn),
d(x,H)=a12+a22+⋯+an2∣a1x1+a2x2+⋯+anxn∣.Démonstration. C'est la formule précédente appliquée au vecteur normal a=(a1,…,an), dont la norme vaut ∑iai2 et pour lequel ⟨a,x⟩=∑iaixi. □
Exemple
Trois calculs.
Dans R3. Soit H le plan d'équation x+2y−2z=0 et x=(1,1,1). Le vecteur a=(1,2,−2) est normal à H, avec ∥a∥=1+4+4=3, et ⟨a,x⟩=1+2−2=1. Donc
d(x,H)=31.Le projeté vaut pH(x)=(1,1,1)−91(1,2,−2)=(98,97,911), et l'on contrôle qu'il appartient bien à H : 98+914−922=0.
Dans R4. Soit H l'hyperplan d'équation x1+x2+x3+x4=0 et x=(1,2,3,4). Ici a=(1,1,1,1), ∥a∥=2 et ⟨a,x⟩=10, donc
d(x,H)=210=5.Le projeté vaut pH(x)=x−410(1,1,1,1)=(−23,−21,21,23), dont la somme des coordonnées est bien nulle, et x−pH(x)=(25,25,25,25) est de norme 5.
Dans M2(R). Soit H={M∈M2(R) ∣ tr(M)=0} et M=(1134). Le vecteur normal est I2, de norme 2, et ⟨I2,M⟩=tr(M)=5, donc
d(M,H)=25=252.La matrice de trace nulle la plus proche de M est M−25I2=(−231323).
Méthode
Reconnaître qu'on est face à un hyperplan. Dès qu'un sous-espace est décrit par une seule équation linéaire — une somme de coordonnées nulle, une trace nulle, une valeur d'évaluation nulle, une intégrale nulle — c'est un hyperplan, et la formule de la distance s'applique directement. Il suffit d'identifier le vecteur a tel que l'équation s'écrive ⟨a,x⟩=0 : ce vecteur est le normal, et le calcul tient en deux lignes. C'est toujours plus rapide que de chercher une base de l'hyperplan puis d'appliquer Gram-Schmidt à n−1 vecteurs.
Méthodes du chapitre
Le tableau des réflexes
| Situation rencontrée | Outil à mobiliser |
|---|---|
| Prouver qu'une application est un produit scalaire | Les quatre axiomes, dans l'ordre de la méthode |
| Majorer une somme, une intégrale, une trace | Cauchy-Schwarz, avec le bon second vecteur |
| Savoir quand une majoration est optimale | Cas d'égalité : familles proportionnelles |
| Calculer une norme de combinaison linéaire | Développement par bilinéarité |
| Reconnaître une orthogonalité cachée | Polarisation, ou identité de Pythagore |
| Montrer qu'une famille est libre | Orthogonale et sans vecteur nul |
| Décrire l'orthogonal d'un sous-espace | Système linéaire sur une famille génératrice |
| Fabriquer une base orthonormée | Procédé de Gram-Schmidt |
| Lire les coordonnées d'un vecteur | Base orthonormée, puis produits scalaires |
| Minimiser une somme ou une intégrale de carrés | Projection orthogonale, meilleure approximation |
| Calculer une distance à un sous-espace | Base orthonormée, système linéaire, ou orthogonal |
| Traiter un sous-espace d'équation unique | Hyperplan et vecteur normal |
Les erreurs classiques
- Oublier le caractère défini. Une forme bilinéaire symétrique positive n'est pas un produit scalaire. C'est l'axiome 4 qui distingue ⟨x,y⟩=x1y1 d'un vrai produit scalaire sur R2, et c'est lui qui interdit la formule ∑i=0nP(ai)Q(ai) sur R[X] tout entier.
- Traiter le produit scalaire comme un produit de nombres. L'égalité ⟨x,y⟩=0 n'entraîne ni x=0 ni y=0. De même, ⟨x,y⟩=⟨x,z⟩ n'entraîne pas y=z ; elle entraîne seulement x⊥(y−z).
- Écrire ∥x+y∥=∥x∥+∥y∥. C'est faux sauf si x et y sont positivement colinéaires. Pour toute norme de somme, passer au carré et développer.
- Croire à la réciproque de Pythagore pour trois vecteurs ou plus. L'égalité ∥∑xi∥2=∑∥xi∥2 n'entraîne l'orthogonalité deux à deux que dans le cas p=2.
- Utiliser la formule x=∑⟨x,ui⟩ui dans une base non orthonormée. Cette formule, comme celle du projeté orthogonal, exige une base orthonormée. Dans une base quelconque, il faut résoudre un système linéaire.
- Oublier de normaliser à la fin de Gram-Schmidt. Le procédé produit d'abord une famille orthogonale ; sans division par les normes, toutes les formules ultérieures sont fausses.
- Appliquer E=F⊕F⊥ sans hypothèse de dimension. Le théorème exige que F soit de dimension finie. En dimension infinie, F⊥ peut être réduit à {0E} pour un F strictement inclus dans E, et (F⊥)⊥ peut être strictement plus grand que F.
- Confondre projeté et distance. Le projeté pF(x) est un vecteur de F ; la distance d(x,F) est le réel ∥x−pF(x)∥. Une réponse à une question de distance qui est un vecteur est nécessairement fausse.
- Chercher une base de F quand F est un hyperplan. Passer par F⊥, qui est une droite : la formule d(x,H)=∥a∥∣⟨a,x⟩∣ économise tout le travail.
- Ne pas vérifier ses calculs de Gram-Schmidt. Contrôler l'orthogonalité de chaque vecteur construit avec tous les précédents, et vérifier que les normes valent bien 1 : deux lignes de calcul qui sauvent un exercice entier.
Les exercices
36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Reconnaître un produit scalaire
Produit scalaire, espace préhilbertien réel, espace euclidien
Dans tout l'exercice, x=(x1,x2) et y=(y1,y2) désignent deux vecteurs de R2, et x=(x1,x2,x3), y=(y1,y2,y3) deux vecteurs de R3.
1. Pour chacune des applications ci-dessous, dire si elle définit un produit scalaire sur l'espace indiqué. Si oui, vérifier les axiomes ; si non, nommer précisément l'axiome en défaut et donner un contre-exemple explicite.
a. φa(x,y)=x1y1+2x2y2 sur R2
b. φb(x,y)=x1y1+x1y2+x2y2 sur R2
c. φc(x,y)=x1y1−x2y2 sur R2
d. φd(x,y)=(x1+x2)(y1+y2) sur R2
e. φe(x,y)=x1y1+x2y2+x32y32 sur R3
f. φf(P,Q)=P(0)Q(0)+P(1)Q(1) sur R1[X]
2. Soient a et b deux réels. Montrer que l'application φ(x,y)=ax1y1+bx2y2 est un produit scalaire sur R2 si et seulement si a>0 et b>0.
Exercice 2 ★★★★ — Calculs dans les produits scalaires usuels
Produits scalaires usuels : vecteurs, matrices, fonctions continues, polynômesProduit scalaire, espace préhilbertien réel, espace euclidien
1. On munit R4 de son produit scalaire canonique et l'on pose x=(1,2,−1,3) et y=(2,0,1,−1).
a. Calculer ⟨x,y⟩, ∥x∥ et ∥y∥.
b. Calculer la distance d(x,y), puis retrouver le résultat en développant ∥x−y∥2.
2. On munit M2(R) du produit scalaire ⟨A,B⟩=tr(tAB) et l'on pose
A=(102−1),B=(32−14).a. Calculer la matrice tAB, puis ⟨A,B⟩.
b. Montrer que pour A=(aij) et B=(bij) dans Mn(R), on a ⟨A,B⟩=∑1⩽i,j⩽naijbij. Retrouver le résultat du a., puis calculer ∥A∥ et ∥B∥.
3. On munit C([0,1],R) du produit scalaire ⟨f,g⟩=∫01f(t)g(t)dt, et l'on pose f(t)=t et g(t)=et. Calculer ⟨f,g⟩, ∥f∥ et ∥g∥, puis vérifier numériquement l'inégalité de Cauchy-Schwarz.
4. On munit R2[X] de ⟨P,Q⟩=P(0)Q(0)+P(1)Q(1)+P(2)Q(2), et l'on pose P=X2 et Q=X+1.
a. Calculer ⟨P,Q⟩, ∥P∥ et ∥Q∥.
b. Justifier en une ligne que cette application est bien définie positive sur R2[X], et expliquer pourquoi l'argument tombe en défaut sur R3[X].
Exercice 3 ★★★★ — Norme, distance et identités de polarisation
Norme associée, distance, identités remarquables et de polarisation
Soit E un espace préhilbertien réel et soient x, y deux vecteurs de E tels que
∥x∥=3,∥y∥=5,⟨x,y⟩=−4.1. Calculer les quantités suivantes.
a. ∥x+y∥
b. ∥x−y∥ et d(x,y)
c. ∥2x−3y∥
2. Vérifier sur ces valeurs les deux identités de polarisation
⟨x,y⟩=41(∥x+y∥2−∥x−y∥2)et⟨x,y⟩=21(∥x+y∥2−∥x∥2−∥y∥2).3. Énoncer et vérifier l'identité du parallélogramme sur ces mêmes valeurs.
4. Soit z∈E tel que ∥z∥=2, ⟨x,z⟩=1 et ⟨y,z⟩=0. Développer ∥x+y+z∥2 dans le cas général, puis calculer ∥x+y+z∥.
Exercice 4 ★★★★ — Premières majorations par Cauchy-Schwarz
Inégalité de Cauchy-Schwarz et cas d'égalitéInégalité triangulaire, inégalité de Minkowski et cas d'égalité
1. Soient a, b, c trois réels.
a. Montrer que ∣a+2b+3c∣⩽14a2+b2+c2.
b. En déduire un majorant de ∣a+2b+3c∣ lorsque a2+b2+c2=7.
c. Déterminer tous les triplets (a,b,c) tels que a2+b2+c2=7 et a+2b+3c=72.
2. On munit C([0,1],R) du produit scalaire ⟨f,g⟩=∫01f(t)g(t)dt et de la norme associée. Soit f une fonction continue sur [0,1].
a. Montrer que ∫01f(t)dt⩽∥f∥.
b. Montrer que ∫01tf(t)dt⩽3∥f∥.
c. Préciser le cas d'égalité dans b. et vérifier la majoration sur un exemple qui la réalise.
3. Soient x et y deux vecteurs d'un espace préhilbertien réel tels que ∥x∥=3 et ∥y∥=5. Encadrer ∥x+y∥, préciser les deux cas d'égalité, et situer dans cet encadrement la valeur obtenue lorsque ⟨x,y⟩=−4.
Exercice 5 ★★★★ — Orthogonalité et théorème de Pythagore
Vecteurs orthogonaux, théorème de Pythagore, familles orthogonales
Dans les questions 1. et 2., l'espace R3 est muni de son produit scalaire canonique.
1. On pose u=(1,2,−1) et, pour λ∈R, vλ=(3,λ,1).
a. Déterminer la valeur de λ pour laquelle u et vλ sont orthogonaux.
b. Pour cette valeur de λ, vérifier le théorème de Pythagore en calculant ∥u+vλ∥2 de deux façons.
2. On pose a=(1,1,0), b=(1,−1,0) et c=(0,0,1). Montrer que ces trois vecteurs sont deux à deux orthogonaux, en déduire que (a,b,c) est une base de R3, puis calculer ∥a+b+c∥ par le théorème de Pythagore et vérifier le résultat par un calcul direct.
3. On munit C([−1,1],R) du produit scalaire ⟨f,g⟩=∫−11f(t)g(t)dt. Montrer que les fonctions f:t↦t et g:t↦t2 sont orthogonales, puis en déduire ∥f+g∥.
4. Soient x et y deux vecteurs d'un espace préhilbertien réel. Montrer que ∥x+y∥=∥x−y∥ si et seulement si x et y sont orthogonaux.
Exercice 6 ★★★★ — Familles orthonormales et coordonnées dans une base orthonormée
Familles orthonormales, liberté, coordonnées dans une base orthonorméeBases orthonormées : existence, base orthonormée incomplète, expression du produit scalaire
On munit R3 de son produit scalaire canonique et l'on pose
e1=21(1,−1,0),e2=31(1,1,1).1. Montrer que la famille (e1,e2) est orthonormale. Qu'en déduit-on immédiatement quant à sa liberté ?
2. Déterminer tous les vecteurs e3 de R3 tels que B=(e1,e2,e3) soit une base orthonormée de R3. On retiendra dans la suite e3=61(1,1,−2).
3. Soit x=(1,2,3). Calculer les coordonnées de x dans la base B à l'aide de la formule x=i=1∑3⟨x,ei⟩ei, puis vérifier le résultat en recomposant x.
4. Vérifier sur cet exemple que ∥x∥2=i=1∑3⟨x,ei⟩2.
Exercice 7 ★★★★ — Orthonormaliser une base de l'espace par Gram-Schmidt
Procédé d'orthonormalisation de Gram-Schmidt
On munit R3 de son produit scalaire canonique et l'on pose
u1=(1,1,0),u2=(1,0,1),u3=(0,1,1).1. Vérifier que (u1,u2,u3) est une base de R3.
2. Appliquer le procédé d'orthonormalisation de Gram-Schmidt à cette base, en détaillant les trois étapes : construction de e1, puis de e2, puis de e3.
3. Vérifier que la famille (e1,e2,e3) obtenue est bien orthonormée.
4. Vérifier que Vect(e1,e2)=Vect(u1,u2).
Exercice 8 ★★★★ — Déterminer l'orthogonal d'un sous-espace
Orthogonal d'une partie, sous-espaces orthogonauxHyperplans, vecteur normal et distance à un hyperplan
Dans les questions 1. et 2., l'espace Rn est muni de son produit scalaire canonique ⟨x,y⟩=k=1∑nxkyk.
1. Dans R3, on pose u=(1,2,−1) et D=Vect(u).
a. Déterminer une équation cartésienne de D⊥, puis une base de D⊥.
b. Vérifier que dimD+dimD⊥=3.
2. Dans R4, on pose v1=(1,1,0,0), v2=(0,1,1,1) et F=Vect(v1,v2).
a. Écrire le système caractérisant F⊥, puis le résoudre.
b. En déduire une base de F⊥ et vérifier que dimF+dimF⊥=4.
3. Soient E un espace préhilbertien réel et A une partie de E.
a. Déterminer {0E}⊥.
b. Déterminer E⊥.
c. Montrer que Vect(A)⊥=A⊥.
Exercice 9 ★★★★ — Projeté orthogonal sur une droite et distance
Projection orthogonale sur un sous-espace de dimension finieDistance à un sous-espace, minimisation et inégalité de Bessel
1. Soient E un espace préhilbertien réel, u un vecteur non nul de E et D=Vect(u). Montrer que le projeté orthogonal d'un vecteur x de E sur D est
pD(x)=∥u∥2⟨x,u⟩u,et rappeler comment s'exprime la distance d(x,D).
2. Dans R3 muni du produit scalaire canonique, on prend x=(1,2,3), u=(1,1,1) et D=Vect(u).
a. Calculer pD(x) et le vecteur résiduel x−pD(x), puis vérifier que ce dernier est orthogonal à u.
b. En déduire d(x,D), et contrôler le résultat par le théorème de Pythagore.
3. On munit E=C([0,1],R) du produit scalaire ⟨f,g⟩=∫01f(t)g(t)dt. On note 1 la fonction constante égale à 1 et D=Vect(1).
a. Montrer que pour toute f∈E, pD(f) est la fonction constante égale à la valeur moyenne de f sur [0,1].
b. Pour f:t↦t2, calculer pD(f), vérifier que f−pD(f) est orthogonale à 1, puis calculer d(f,D).
Exercice 10 ★★★★ — Un produit scalaire sur les polynômes
Produit scalaire, espace préhilbertien réel, espace euclidienProduits scalaires usuels : vecteurs, matrices, fonctions continues, polynômes
Soit n∈N avec n⩾2. Pour P,Q∈Rn[X], on pose ⟨P,Q⟩=∫01P(t)Q(t)dt.
1. Montrer que ⟨⋅,⋅⟩ est un produit scalaire sur Rn[X]. On soignera particulièrement le caractère défini.
2. Calculer les quantités suivantes.
a. ∥1∥ et ∥X∥
b. ⟨1,X⟩ et ⟨X,X2⟩
c. Vérifier l'inégalité de Cauchy-Schwarz pour le couple (1,X) et dire si elle est stricte.
3. On pose maintenant, pour P,Q∈R[X], φ(P,Q)=k=0∑nP(k)Q(k).
a. Montrer que la restriction de φ à Rn[X] est un produit scalaire.
b. Montrer que φ n'est pas un produit scalaire sur R[X], en exhibant un polynôme non nul P0 tel que φ(P0,P0)=0. Quelle propriété est exactement en défaut ?
Exercice 11 ★★★★ — Le produit scalaire canonique des matrices
Produits scalaires usuels : vecteurs, matrices, fonctions continues, polynômesNorme associée, distance, identités remarquables et de polarisation
Soit n⩾1. Pour A=(aij) et B=(bij) dans Mn(R), on pose ⟨A,B⟩=tr(tAB).
1. Montrer que ⟨A,B⟩=i=1∑nj=1∑naijbij.
2. En déduire que ⟨⋅,⋅⟩ est un produit scalaire sur Mn(R), puis que tr(tAA)=0 entraîne A=0.
3. Calculer ∥A∥ et ∥B∥ pour
A=(1−123)∈M2(R)etB=1−10013201∈M3(R),et contrôler la valeur de ∥A∥ en calculant la matrice tAA.
4. Montrer que la base canonique (Eij)1⩽i,j⩽n de Mn(R) est orthonormale, puis calculer ∥In∥.
5. Montrer que ⟨A,B⟩=⟨tA,tB⟩ pour toutes matrices A et B.
Exercice 12 ★★★★ — Inégalités numériques classiques par Cauchy-Schwarz
Inégalité de Cauchy-Schwarz et cas d'égalité
Dans tout l'exercice, n⩾1 et Rn est muni de son produit scalaire canonique.
1. Soient a1,…,an des réels. Montrer que (k=1∑nak)2⩽nk=1∑nak2, et préciser le cas d'égalité.
2. Soient a1,…,an des réels strictement positifs. Montrer que (k=1∑nak)(k=1∑nak1)⩾n2, et préciser le cas d'égalité.
3. Montrer que k=1∑nk⩽n2n+1, puis vérifier numériquement l'inégalité pour n=4.
4. Soient a,b,c trois réels tels que a+b+c=1.
a. Montrer que a2+b2+c2⩾31, et déterminer le cas d'égalité.
b. On suppose de plus a,b,c strictement positifs. Montrer que a1+b1+c1⩾9.
Exercice 13 ★★★★ — Cauchy-Schwarz pour les intégrales et cas d'égalité
Inégalité de Cauchy-Schwarz et cas d'égalitéProduits scalaires usuels : vecteurs, matrices, fonctions continues, polynômes
Soient a<b deux réels. On munit E=C([a,b],R) de ⟨f,g⟩=∫abf(t)g(t)dt.
1. Justifier que ⟨⋅,⋅⟩ est un produit scalaire sur E, puis énoncer l'inégalité de Cauchy-Schwarz et son cas d'égalité dans ce cadre.
2. Montrer que pour toute fonction f continue sur [0,1], (∫01f(t)dt)2⩽∫01f(t)2dt, et caractériser le cas d'égalité.
3. Soit f continue et strictement positive sur [0,1]. Montrer que (∫01f(t)dt)(∫01f(t)dt)⩾1, et préciser le cas d'égalité.
4. Majorer ∫01tetdt par l'inégalité de Cauchy-Schwarz. Calculer exactement les deux membres obtenus, puis les comparer à 10−2 près. L'inégalité est-elle stricte ?
Exercice 14 ★★★★ — Inégalité triangulaire, distance et cas d'égalité
Inégalité triangulaire, inégalité de Minkowski et cas d'égalitéNorme associée, distance, identités remarquables et de polarisation
Soit E un espace préhilbertien réel, dont la norme est définie par ∥x∥=⟨x,x⟩.
1.a. Démontrer, à partir de l'inégalité de Cauchy-Schwarz, que ∥x+y∥⩽∥x∥+∥y∥ pour tous x,y∈E.
1.b. Montrer qu'il y a égalité si et seulement si l'un des deux vecteurs est un multiple positif de l'autre.
2. En déduire l'inégalité triangulaire renversée : ∥x∥−∥y∥⩽∥x−y∥.
3. On pose d(x,y)=∥x−y∥. Montrer que d(x,z)⩽d(x,y)+d(y,z) pour tous x,y,z∈E, et que d(x,y)=0 équivaut à x=y.
4. On munit C([0,1],R) du produit scalaire ⟨f,g⟩=∫01f(t)g(t)dt, et l'on pose f:t↦t et g:t↦1−t. Calculer ∥f∥ et ∥g∥, en déduire la majoration de ∥f+g∥ fournie par la question 1.a, puis calculer la valeur exacte de ∥f+g∥. Expliquer pourquoi l'inégalité est stricte.
Exercice 15 ★★★★ — Identité du parallélogramme et applications
Norme associée, distance, identités remarquables et de polarisationVecteurs orthogonaux, théorème de Pythagore, familles orthogonales
Dans tout l'exercice, E désigne un espace préhilbertien réel, de produit scalaire ⟨⋅,⋅⟩ et de norme associée ∥⋅∥.
1. Démontrer que, pour tous vecteurs x et y de E,
∥x+y∥2+∥x−y∥2=2∥x∥2+2∥y∥2.2. Interpréter cette égalité dans le parallélogramme de sommets 0, x, x+y et y. Que devient-elle lorsque x et y sont orthogonaux ?
3. Soient a et b deux vecteurs de E, et m=2a+b. Démontrer le théorème de la médiane : pour tout x∈E,
∥x−a∥2+∥x−b∥2=2x−2a+b2+2∥a−b∥2.4. Soit k un réel. On pose Sk={x∈E ∥x−a∥2+∥x−b∥2=k}.
a. Déterminer Sk en discutant selon la valeur de k.
b. Dans E=R3 muni du produit scalaire canonique, avec a=(1,2,0) et b=(3,0,2) : préciser Sk selon k, puis vérifier directement que x0=(2+7,1,1) appartient à S20.
Exercice 16 ★★★★ — Gram-Schmidt dans un espace de dimension quatre
Procédé d'orthonormalisation de Gram-SchmidtBases orthonormées : existence, base orthonormée incomplète, expression du produit scalaire
L'espace R4 est muni de son produit scalaire canonique. On pose
u1=(1,1,0,0),u2=(1,0,1,0),u3=(0,1,1,1),et l'on note F=Vect(u1,u2,u3).
1. Montrer que la famille (u1,u2,u3) est libre et préciser dimF.
2. Appliquer le procédé de Gram-Schmidt à (u1,u2,u3) pour construire une base orthonormée (e1,e2,e3) de F.
3. Déterminer F⊥, puis en donner un vecteur unitaire e4.
4. Justifier que B=(e1,e2,e3,e4) est une base orthonormée de R4, et vérifier explicitement toutes les relations d'orthogonalité.
Exercice 17 ★★★★ — Orthonormaliser une base de polynômes
Procédé d'orthonormalisation de Gram-SchmidtProduits scalaires usuels : vecteurs, matrices, fonctions continues, polynômes
Sur E=R2[X], on pose
⟨P,Q⟩=∫−11P(t)Q(t)dt.1. Vérifier que ⟨⋅,⋅⟩ est un produit scalaire sur E, et calculer ∫−11tndt pour n∈{0,1,2,3,4}.
2. Appliquer le procédé de Gram-Schmidt à la base canonique (1,X,X2) de E. On note (L0,L1,L2) la base orthonormée obtenue.
3. Constater que chaque Lk a la parité de son degré, et expliquer ce phénomène sans refaire les calculs.
4. Déterminer les coordonnées de P=X2+X+1 dans la base (L0,L1,L2), puis contrôler le résultat en calculant ∥P∥2 de deux manières.
Exercice 18 ★★★★ — Supplémentaire orthogonal et dimension
Supplémentaire orthogonal d'un sous-espace de dimension finieOrthogonal d'une partie, sous-espaces orthogonaux
Soit E un espace préhilbertien réel et F un sous-espace vectoriel de E de dimension finie.
1. On suppose F={0} et l'on note (ε1,…,εp) une base orthonormée de F.
a. Démontrer que F∩F⊥={0}.
b. Soit x∈E. On pose y=i=1∑p⟨x,εi⟩εi. Démontrer que x−y∈F⊥, puis conclure que E=F⊕F⊥.
2. On suppose de plus E euclidien de dimension n. Démontrer que dimF⊥=n−dimF, puis que (F⊥)⊥=F.
3. Dans R4 muni du produit scalaire canonique, on considère
F={x=(x1,x2,x3,x4)∈R4 x1+x2+x3+x4=0 et x1−x2+x3−x4=0}.a. Déterminer une base de F et dimF.
b. Déterminer F⊥ et vérifier la relation entre les dimensions.
c. Décomposer x=(1,2,3,4) sous la forme x=xF+xF⊥, et contrôler le résultat par le théorème de Pythagore.
4. Vigilance. Sur E=R[X], on pose ⟨P,Q⟩=k=0∑npkqk, où n majore les degrés de P=∑pkXk et Q=∑qkXk (c'est un produit scalaire, on l'admet). Soit F={P∈R[X]∣P(1)=0}. Montrer que F est un sous-espace vectoriel de E vérifiant F⊥={0} et F=E. Quelle hypothèse du théorème de la question 1 est ici mise en défaut ?
Exercice 19 ★★★★ — Projeté orthogonal sur un plan par trois méthodes
Projection orthogonale sur un sous-espace de dimension finieBases orthonormées : existence, base orthonormée incomplète, expression du produit scalaireDistance à un sous-espace, minimisation et inégalité de Bessel
L'espace R3 est muni de son produit scalaire canonique. On pose
u1=(1,1,0),u2=(1,0,1),P=Vect(u1,u2),x=(1,2,3).1. Justifier que P est un plan vectoriel et en donner une équation cartésienne.
2. Première méthode. Construire une base orthonormée (e1,e2) de P par le procédé de Gram-Schmidt, puis calculer pP(x).
3. Deuxième méthode. Chercher pP(x) sous la forme y=αu1+βu2 en écrivant que ⟨x−y,u1⟩=⟨x−y,u2⟩=0. Comparer avec la question 2.
4. Troisième méthode. Déterminer P⊥, puis utiliser la relation pP=id−pP⊥.
5. Calculer d(x,P) et contrôler le résultat par le théorème de Pythagore.
Exercice 20 ★★★★ — La projection orthogonale vue comme endomorphisme
Projection orthogonale sur un sous-espace de dimension finieSupplémentaire orthogonal d'un sous-espace de dimension finie
Soit E un espace euclidien et F un sous-espace vectoriel de E. Tout vecteur x de E se décompose de manière unique en x=xF+x⊥ avec xF∈F et x⊥∈F⊥, et l'on pose pF(x)=xF.
1. Démontrer les propriétés suivantes.
a. pF est un endomorphisme de E.
b. pF∘pF=pF, ImpF=F et kerpF=F⊥.
c. pF+pF⊥=idE.
2. Démontrer que ∥pF(x)∥⩽∥x∥ pour tout x∈E, et déterminer le cas d'égalité.
3. Démontrer que ⟨pF(x),y⟩=⟨x,pF(y)⟩ pour tous x,y∈E.
4. Dans R3 muni du produit scalaire canonique, on prend pour F le plan d'équation x1+x2+x3=0. Écrire la matrice M de pF dans la base canonique, vérifier que M2=M, et calculer pF((1,2,3)).
Exercice 21 ★★★★ — Hyperplan, vecteur normal et distance d'un point à un hyperplan
Hyperplans, vecteur normal et distance à un hyperplanDistance à un sous-espace, minimisation et inégalité de Bessel
Soit E un espace euclidien de dimension n⩾1 et H un hyperplan de E, c'est-à-dire un sous-espace vectoriel de dimension n−1.
1. a. Démontrer que H⊥ est une droite vectorielle, et que H={a}⊥ pour tout vecteur non nul a de H⊥. Un tel vecteur a est appelé vecteur normal à H.
b. Démontrer que deux vecteurs normaux à H sont colinéaires : le vecteur normal est unique à un facteur non nul près.
2. a. Démontrer que, pour tout x∈E, d(x,H)=∥a∥∣⟨a,x⟩∣.
b. Préciser l'unique vecteur de H qui réalise cette distance, et justifier son unicité.
3. Applications numériques.
a. Dans R3 : distance de x=(1,2,3) au plan H1 d'équation 2x1−x2+2x3=0, et point de H1 le plus proche de x.
b. Dans R4 : distance de x=(1,1,1,1) à l'hyperplan H2 d'équation x1+2x2−x3+3x4=0.
4. Variante affine. Dans R3, soit P le plan affine d'équation ax1+bx2+cx3=d, avec (a,b,c)=(0,0,0). Démontrer que la distance d'un point x0=(x10,x20,x30) à P vaut a2+b2+c2ax10+bx20+cx30−d, puis l'appliquer au point A=(1,1,1) et au plan d'équation 2x1−x2+2x3=6.
Exercice 22 ★★★★ — La meilleure approximation affine d'une fonction
Projection orthogonale sur un sous-espace de dimension finieDistance à un sous-espace, minimisation et inégalité de Bessel
L'espace E=C([0,1],R) est muni du produit scalaire ⟨f,g⟩=∫01f(t)g(t)dt. On note u0:t↦1, u1:t↦t, F=Vect(u0,u1) et f:t↦et. On cherche
m=(a,b)∈R2min∫01(et−a−bt)2dt.1. Justifier que ce minimum existe et qu'il vaut d(f,F)2.
2. Calculer les six produits scalaires ⟨u0,u0⟩, ⟨u0,u1⟩, ⟨u1,u1⟩, ⟨f,u0⟩, ⟨f,u1⟩ et ⟨f,f⟩.
3. Déterminer le couple (a,b) optimal en écrivant que f−(au0+bu1) est orthogonal à F.
4. En déduire la valeur exacte de m, puis une valeur approchée.
5. Contrôler le résultat en construisant une base orthonormée de F, et expliquer ce que signifie « meilleure approximation au sens des moindres carrés » en comparant avec l'approximation affine t↦1+t issue de la formule de Taylor en 0.
Exercice 23 ★★★★ — Matrices symétriques et antisymétriques : projection et distance
Orthogonal d'une partie, sous-espaces orthogonauxSupplémentaire orthogonal d'un sous-espace de dimension finieProjection orthogonale sur un sous-espace de dimension finie
Soit n⩾2. On munit Mn(R) de l'application
⟨A,B⟩=tr(tAB),et l'on note Sn(R)={M∈Mn(R)∣tM=M} et An(R)={M∈Mn(R)∣tM=−M}.
1. Montrer que ⟨A,B⟩=1⩽i,j⩽n∑aijbij, puis que ⟨ ⋅ , ⋅ ⟩ est un produit scalaire sur Mn(R).
2. Montrer que Mn(R)=Sn(R)⊕An(R).
3. Montrer que tout élément de Sn(R) est orthogonal à tout élément de An(R), puis en déduire que An(R)=Sn(R)⊥.
4. En déduire, pour M∈Mn(R), l'expression du projeté orthogonal pSn(M) de M sur Sn(R), puis celle de la distance d(M,Sn(R)) en fonction de M−tM.
5. Application : calculer pS3(M) et d(M,S3(R)) pour
M=147258369,et vérifier le résultat par le théorème de Pythagore.
6. Déterminer dimAn(R) en exhibant une base, puis en déduire dimSn(R).
Exercice 24 ★★★★ — Inégalités matricielles par Cauchy-Schwarz
Inégalité de Cauchy-Schwarz et cas d'égalitéProduits scalaires usuels : vecteurs, matrices, fonctions continues, polynômes
Soit n⩾1. On munit Mn(R) du produit scalaire canonique ⟨A,B⟩=tr(tAB) et l'on note ∥A∥=tr(tAA) la norme associée, dite norme de Frobenius.
1. Montrer que ⟨A,B⟩=1⩽i,j⩽n∑aijbij, et en déduire que ⟨ ⋅ , ⋅ ⟩ est bien un produit scalaire. Vérifier que ∥tA∥=∥A∥.
2. Démontrer que pour toute A∈Mn(R), (trA)2⩽ntr(tAA), et déterminer le cas d'égalité.
3. Démontrer que pour toutes A,B∈Mn(R), (tr(tAB))2⩽tr(tAA)tr(tBB).
4. Démontrer que ∣tr(AB)∣⩽∥A∥∥B∥, puis en déduire que tr(A2)⩽tr(tAA).
5. Application : comparer les deux membres de chacune de ces inégalités pour
A=(1324)etB=(01−12).Exercice 25 ★★★★ — L'inégalité de Bessel
Familles orthonormales, liberté, coordonnées dans une base orthonorméeProjection orthogonale sur un sous-espace de dimension finieDistance à un sous-espace, minimisation et inégalité de Bessel
Soit E un espace préhilbertien réel et (e1,…,ep) une famille orthonormée finie de E. On pose F=Vect(e1,…,ep).
1. Montrer que la famille (e1,…,ep) est libre, puis que le projeté orthogonal de x∈E sur F est pF(x)=k=1∑p⟨x,ek⟩ek.
2. En déduire l'inégalité de Bessel : pour tout x∈E, k=1∑p⟨x,ek⟩2⩽∥x∥2. Exprimer au passage d(x,F)2.
3. Déterminer le cas d'égalité.
4. Application dans R4 muni du produit scalaire canonique : vérifier que e1=21(1,1,1,1) et e2=21(1,1,−1,−1) forment une famille orthonormée, puis vérifier l'inégalité de Bessel pour x=(1,2,3,4) et calculer d(x,F).
5. Application dans C([−π,π],R) muni de ⟨f,g⟩=∫−ππf(t)g(t)dt : montrer que les fonctions u:t↦π1cost et v:t↦π1sint forment une famille orthonormée, et en déduire une inégalité portant sur ∫−ππf(t)costdt et ∫−ππf(t)sintdt. Tester cette inégalité sur f:t↦t.
Exercice 26 ★★★★ — Le calcul des orthogonaux
Orthogonal d'une partie, sous-espaces orthogonauxSupplémentaire orthogonal d'un sous-espace de dimension finie
Soit E un espace préhilbertien réel, et soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E.
1. Démontrer que si F⊂G, alors G⊥⊂F⊥.
2. Démontrer que (F+G)⊥=F⊥∩G⊥.
3. Démontrer que F⊂(F⊥)⊥, puis que l'égalité a lieu dès que F est de dimension finie.
4. Démontrer que F⊥+G⊥⊂(F∩G)⊥, puis que l'égalité a lieu lorsque E est de dimension finie.
5. Application. Dans R4 muni du produit scalaire canonique, on pose
F=Vect((1,1,0,0), (0,0,1,1))etG=Vect((1,0,1,0), (0,1,0,1)).Déterminer F⊥, G⊥, F∩G et F+G, puis vérifier sur cet exemple chacune des formules des questions 2, 3 et 4.
Exercice 27 ★★★★ — Cette norme provient-elle d'un produit scalaire
Norme associée, distance, identités remarquables et de polarisationProduit scalaire, espace préhilbertien réel, espace euclidien
Soit E un R-espace vectoriel. On dit qu'une norme N sur E provient d'un produit scalaire lorsqu'il existe un produit scalaire φ sur E tel que N(x)=φ(x,x) pour tout x∈E.
1. Démontrer que si N provient d'un produit scalaire, alors elle vérifie l'identité du parallélogramme :
∀(x,y)∈E2,N(x+y)2+N(x−y)2=2(N(x)2+N(y)2).Quel critère de rejet en déduit-on ?
2. Sur R2, on pose N1(x)=∣x1∣+∣x2∣. Démontrer que N1 ne provient d'aucun produit scalaire.
3. Même question pour N∞(x)=max(∣x1∣,∣x2∣).
4. Sur C([0,1],R), on pose ∥f∥∞=t∈[0,1]sup∣f(t)∣. Démontrer, à l'aide des fonctions f:t↦t et g:t↦1−t, que cette norme ne provient d'aucun produit scalaire.
5. Dans l'autre sens. Sur R2, on pose N(x)=x12+3x22+2x1x2. Démontrer que cette expression a bien un sens, qu'elle définit une norme provenant d'un produit scalaire que l'on exhibera, et vérifier l'identité du parallélogramme sur un exemple numérique.
Exercice 28 ★★★★ — Conserver la norme, c'est conserver le produit scalaire
Norme associée, distance, identités remarquables et de polarisationVecteurs orthogonaux, théorème de Pythagore, familles orthogonales
Soit E un espace euclidien de dimension n⩾1, et soit f un endomorphisme de E vérifiant
∀x∈E,∥f(x)∥=∥x∥.1. Démontrer l'identité de polarisation ⟨x,y⟩=21(∥x+y∥2−∥x∥2−∥y∥2), puis en déduire que
∀(x,y)∈E2,⟨f(x),f(y)⟩=⟨x,y⟩.2. Démontrer que f est injectif, puis bijectif.
3. Démontrer que l'image par f d'une base orthonormée de E est une base orthonormée de E.
4. Réciproquement, soit g un endomorphisme de E tel qu'il existe une base orthonormée (e1,…,en) de E dont l'image (g(e1),…,g(en)) soit encore une base orthonormée. Démontrer que g conserve la norme.
5. Application. Dans R2 muni du produit scalaire canonique, déterminer tous les couples (a,b)∈R2 tels que l'endomorphisme u de matrice (ab−ba) dans la base canonique conserve la norme. Retrouver le résultat par un calcul direct sur ∥u(x)∥2.
Exercice 29 ★★★★ — Minimiser une intégrale par projection orthogonale
Projection orthogonale sur un sous-espace de dimension finieDistance à un sous-espace, minimisation et inégalité de BesselProcédé d'orthonormalisation de Gram-Schmidt
On munit R3[X] de ⟨P,Q⟩=∫01P(t)Q(t)dt, et l'on cherche à calculer
m=(a,b,c)∈R3min∫01(t3−at2−bt−c)2dt.1. Démontrer que ⟨ ⋅ , ⋅ ⟩ est un produit scalaire sur R3[X].
2. Démontrer que la borne inférieure ci-dessus est atteinte en un unique triplet (a,b,c), et qu'elle vaut d(X3,R2[X])2.
3. Écrire le système linéaire caractérisant le projeté orthogonal de X3 sur R2[X], puis le résoudre. On donnera a, b et c sous forme de fractions exactes.
4. En déduire la valeur exacte de m.
5. Vérifier ce résultat en recalculant directement l'intégrale avec les valeurs trouvées.
6. Quel est le lien entre le polynôme X3−aX2−bX−c obtenu et le procédé d'orthonormalisation de Gram-Schmidt appliqué à (1,X,X2,X3) ?
Exercice 30 ★★★★ — Distance à un sous-espace et système normal
Distance à un sous-espace, minimisation et inégalité de BesselProjection orthogonale sur un sous-espace de dimension finie
On munit R4 de son produit scalaire canonique ⟨x,y⟩=∑k=14xkyk et de la norme associée. On pose
u1=(1,1,0,1),u2=(1,0,1,1),x=(1,2,3,4),F=Vect(u1,u2).1. Montrer que (u1,u2) est une base de F, puis justifier que pF(x) est l'unique vecteur y∈F vérifiant le système normal
⟨x−y,u1⟩=0et⟨x−y,u2⟩=0.2. Résoudre ce système, en déduire pF(x) puis d(x,F).
3. Déterminer une base de F⊥, calculer pF⊥(x) par la même méthode, et vérifier que ∥pF⊥(x)∥ redonne la valeur de d(x,F) obtenue à la question 2.
4. Vérifier numériquement l'égalité ∥x∥2=∥pF(x)∥2+d(x,F)2 et nommer le théorème dont il s'agit.
5. Méthode générale. Dans Rn, on cherche la distance d'un vecteur à un sous-espace F de dimension p. Dans quels cas vaut-il mieux projeter sur F, dans quels cas sur F⊥ ?
Exercice 31 ★★★★ — Un produit scalaire défini par une matrice
Produit scalaire, espace préhilbertien réel, espace euclidienNorme associée, distance, identités remarquables et de polarisation
Pour x=(x1,x2,x3) et y=(y1,y2,y3) dans R3, on note X et Y les colonnes de leurs coordonnées dans la base canonique (e1,e2,e3). Étant donnée A∈M3(R) symétrique, on pose
⟨x,y⟩A=tXAYetq(x)=⟨x,x⟩A.Dans tout l'exercice, sauf à la dernière question,
A=210121012.1. Montrer que pour toute matrice symétrique A, l'application ⟨⋅,⋅⟩A est une forme bilinéaire symétrique sur R3. Expliciter q(x) pour la matrice ci-dessus.
2. Écrire q(x) comme une somme de carrés à coefficients strictement positifs (méthode de Gauss : on élimine successivement les variables). En déduire que ⟨⋅,⋅⟩A est un produit scalaire sur R3.
3. Calculer ∥e1∥A, ∥e2∥A, ∥e3∥A et ⟨e1,e2⟩A. Comparer avec la norme euclidienne usuelle.
4. Orthonormaliser la base canonique (e1,e2,e3) par le procédé de Gram-Schmidt, pour le produit scalaire ⟨⋅,⋅⟩A.
5. Donner un exemple de matrice symétrique B pour laquelle ⟨⋅,⋅⟩B n'est pas un produit scalaire, en précisant quel axiome échoue. Traiter les deux façons d'échouer.
Exercice 32 ★★★★ — La matrice de Gram d'une famille de vecteurs
Familles orthonormales, liberté, coordonnées dans une base orthonorméeDistance à un sous-espace, minimisation et inégalité de BesselProcédé d'orthonormalisation de Gram-Schmidt
Soit E un espace préhilbertien réel. Pour une famille (u1,…,up) de vecteurs de E, on appelle matrice de Gram de la famille la matrice
G(u1,…,up)=(⟨ui,uj⟩)1⩽i,j⩽p∈Mp(R).Pour Λ=t(λ1,…,λp)∈Mp,1(R), on note uΛ=j=1∑pλjuj. On écrit G pour G(u1,…,up).
1. Montrer que G est symétrique, puis établir les deux identités
(GΛ)i=⟨ui,uΛ⟩(1⩽i⩽p)ettΛGΛ=∥uΛ∥2.2. Démontrer que la famille (u1,…,up) est libre si et seulement si detG=0. (Pour le sens « detG=0 entraîne liée », on partira d'un vecteur non nul du noyau de G.)
3. On suppose la famille libre et l'on note F=Vect(u1,…,up). Montrer qu'il existe M∈Mp(R) telle que G=tMM, et en déduire detG>0.
4. La famille étant toujours libre, soit x∈E. Démontrer la formule
d(x,F)2=detG(u1,…,up)detG(u1,…,up,x).(On effectuera une opération sur la dernière colonne de G(u1,…,up,x).)
5. Dans R3 euclidien canonique, on pose u1=(1,1,0), u2=(0,1,1) et x=(1,0,0). Calculer d(x,F) par la formule de la question 4, puis la retrouver par la projection orthogonale directe.
Exercice 33 ★★★★ — L'inégalité de Hadamard
Procédé d'orthonormalisation de Gram-SchmidtInégalité de Cauchy-Schwarz et cas d'égalité
On munit Rn, identifié à Mn,1(R), de son produit scalaire canonique et de la norme associée ∥⋅∥. Soit M∈Mn(R), de colonnes C1,…,Cn. On veut démontrer l'inégalité de Hadamard
∣detM∣⩽j=1∏n∥Cj∥.1. Traiter le cas où la famille (C1,…,Cn) est liée.
2. Mise en jambes en dimension 2. Pour M=(acbd), établir l'identité de Lagrange
(detM)2+⟨C1,C2⟩2=∥C1∥2∥C2∥2,et en déduire, d'un seul coup, l'inégalité de Hadamard pour n=2 et l'inégalité de Cauchy-Schwarz pour le couple (C1,C2).
3. On suppose désormais (C1,…,Cn) libre. En appliquant Gram-Schmidt à cette famille, construire P et R dans Mn(R) telles que M=PR, où les colonnes de P forment une base orthonormée de Rn et où R est triangulaire supérieure à coefficients diagonaux rjj>0. Montrer que ∣detP∣=1, puis que rjj⩽∥Cj∥, et conclure.
4. Caractériser le cas d'égalité.
5. Application numérique. Comparer ∣detM∣ et ∏j∥Cj∥ pour
M=120211012,puis pourM′=1101−10003.6. En déduire que si tous les coefficients de M vérifient ∣mij∣⩽1, alors ∣detM∣⩽nn/2. Cette majoration est-elle atteinte pour n=2 ?
Exercice 34 ★★★★ — Polynômes orthogonaux : racines et relation de récurrence
Procédé d'orthonormalisation de Gram-SchmidtFamilles orthonormales, liberté, coordonnées dans une base orthonorméeProduits scalaires usuels : vecteurs, matrices, fonctions continues, polynômes
On munit R[X] du produit scalaire
⟨P,Q⟩=∫−11P(t)Q(t)dt.Pour n⩾1, on pose Pn=Xn−pRn−1[X](Xn), et P0=1. Le sous-espace Rn−1[X] étant de dimension finie, la projection orthogonale a bien un sens : tous les calculs se font en degré borné.
1. Vérifier que ⟨⋅,⋅⟩ est un produit scalaire. Montrer que Pn est unitaire de degré n et orthogonal à Rn−1[X], que (Pn) est la famille obtenue en orthogonalisant (1,X,X2,…) par Gram-Schmidt sans normaliser, et que Pn est l'unique polynôme unitaire de degré n orthogonal à Rn−1[X].
2. Calculer P0, P1, P2, P3 ainsi que ∥Pn∥2 pour n⩽3.
3. Démontrer que Pn(−X)=(−1)nPn(X) : Pn a la parité de n.
4. Démontrer que Pn possède n racines réelles simples, toutes situées dans ]−1,1[.
5. Démontrer qu'il existe des réels cn>0 tels que, pour n⩾1,
Pn+1=XPn−cnPn−1,cn=∥Pn−1∥2∥Pn∥2,puis retrouver P2 et P3 par cette formule. Vérifier enfin la question 4 sur P2 et P3.
Exercice 35 ★★★★ — Inégalités fonctionnelles par Cauchy-Schwarz
Inégalité de Cauchy-Schwarz et cas d'égalitéProduits scalaires usuels : vecteurs, matrices, fonctions continues, polynômes
Pour a<b, l'espace C([a,b],R) est muni du produit scalaire ⟨u,v⟩=∫abu(t)v(t)dt. Dans tout l'exercice, f est de classe C1 sur [0,1].
1. On suppose f(0)=0. Démontrer que, pour tout x∈[0,1],
f(x)2⩽x∫0xf′(t)2dt.2. En déduire ∫01f2⩽21∫01f′2, puis déterminer tous les cas d'égalité.
3. On suppose de plus f(1)=0. En coupant l'intervalle en son milieu, améliorer la constante 21 : mener le calcul et donner la constante obtenue.
4. Démontrer que (∫01f)2⩽∫01f2 pour toute f continue, préciser le cas d'égalité, et écrire ce que devient cette inégalité pour f=exp.
5. Dégager la méthode générale utilisée dans tout l'exercice.
Exercice 36 ★★★★ — Distance d'une matrice à l'hyperplan des matrices de trace nulle
Orthogonal d'une partie, sous-espaces orthogonauxProjection orthogonale sur un sous-espace de dimension finieDistance à un sous-espace, minimisation et inégalité de BesselHyperplans, vecteur normal et distance à un hyperplan
On munit E=Mn(R) de ⟨A,B⟩=tr(tAB) et de la norme associée. On pose
H=kertr={M∈Mn(R):trM=0}.1. Montrer que ⟨A,B⟩=∑i,jaijbij et que c'est un produit scalaire. Montrer que H est un hyperplan de E et que ⟨In,M⟩=trM pour toute M : autrement dit, In est un vecteur normal à H.
2. En déduire H⊥, le projeté orthogonal pH(M), puis
d(M,H)=n∣trM∣.3. Application numérique. Traiter le cas n=3 et A=1042310−12, et contrôler le résultat par le théorème de Pythagore.
4. Soit A∈Mn(R). Retrouver M∈Hmin∥A−M∥ et le point où ce minimum est atteint sans invoquer le théorème de projection, en démontrant directement existence et unicité. Traiter ensuite la variante affine : min{∥A−M∥:trM=c} pour c∈R fixé.
5. En déduire, par un argument de distance, l'inégalité
(trM)2⩽ntr(tMM),et discuter le cas d'égalité.
Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (4 points) — Autour de la définition du produit scalaire
Les questions sont indépendantes. Sauf mention contraire, Rn est muni de son produit scalaire canonique, et les vecteurs y sont notés x=(x1,…,xn).
1. (0,75 pt) Les deux applications suivantes sont-elles des produits scalaires ? Justifier, et pour celle qui n'en est pas un, préciser exactement quel axiome est en défaut.
a. φ(x,y)=x1y1−x1y2−x2y1+3x2y2 sur R2 ; b. ψ(x,y)=x1y1+x2y2+x3y3−x1y2−x2y1 sur R3.
2. (0,5 pt) Soit E un espace préhilbertien réel, et soient x,y∈E tels que ∥x∥=3, ∥y∥=4 et ∥x+y∥=6. Calculer ⟨x,y⟩, puis ∥x−y∥. Contrôler la cohérence du résultat.
3. (0,75 pt) Soient n⩾1 et a1,…,an des réels strictement positifs. Démontrer que
(k=1∑nak)(k=1∑nak1)⩾n2,et préciser le cas d'égalité. En déduire que si a,b,c sont trois réels strictement positifs de somme 1, alors a1+b1+c1⩾9.
4. (0,5 pt) Déterminer tous les réels λ pour lesquels les vecteurs u=(λ,2,1) et v=(λ,−1,−2) de R3 sont orthogonaux.
5. (0,75 pt) Dans R4, on pose u1=(1,2,0,−1), u2=(0,1,1,1) et F=Vect(u1,u2). Déterminer une base de F⊥, et vérifier la relation attendue entre dimF et dimF⊥.
6. (0,75 pt) Dans R3, soient a=(1,2,2), D=Vect(a) et x=(3,1,−1). Calculer le projeté orthogonal pD(x), puis la distance d(x,D). Vérifier le résultat par le théorème de Pythagore.
Exercice 2 (5 points) — Géométrie euclidienne dans $\mathbb{R}^4$
L'espace R4 est muni de son produit scalaire canonique et de sa base canonique (ε1,ε2,ε3,ε4). On pose
u1=(1,1,1,1),u2=(1,1,0,0),F=Vect(u1,u2),x=(1,2,3,4).1. (0,75 pt) Justifier que dimF=2, puis construire par le procédé de Gram-Schmidt une base orthonormée (e1,e2) de F.
2. (0,75 pt) Déterminer F⊥ et en donner une base orthonormée (e3,e4). Justifier que (e1,e2,e3,e4) est une base orthonormée de R4.
3. (0,5 pt) Calculer pF(x), puis écrire la décomposition x=pF(x)+z avec z∈F⊥.
4. (0,5 pt) En déduire d(x,F), et vérifier le théorème de Pythagore ainsi que l'égalité de Parseval ∥x∥2=∑k=14⟨x,ek⟩2.
5. (0,75 pt) Déterminer le couple (a,b)∈R2 qui réalise (a,b)∈R2min∥x−au1−bu2∥, ainsi que la valeur de ce minimum.
6. (1 pt) Déterminer la matrice M de pF dans la base canonique. Vérifier que M2=M, que tM=M et que trM=dimF, puis retrouver pF(x) par un produit matriciel.
7. (0,75 pt) Soit H={y∈R4 : y1+2y2−2y3+4y4=0}. Justifier que H est un hyperplan, en donner un vecteur normal, puis calculer d(x,H) et pH(x).
Exercice 3 (6 points) — L'espace euclidien des matrices
Soit n⩾2 un entier. Pour A=(aij) et B=(bij) dans Mn(R), on pose
⟨A,B⟩=tr(tAB).On note Sn(R) le sous-espace des matrices symétriques et An(R) celui des matrices antisymétriques.
1. a. (0,75 pt) Démontrer que ⟨A,B⟩=i=1∑nj=1∑naijbij, puis que ⟨⋅,⋅⟩ est un produit scalaire sur Mn(R).
b. (0,5 pt) En déduire que la base canonique (Eij)1⩽i,j⩽n est orthonormée, puis calculer ∥In∥.
2. (0,75 pt) Démontrer que Sn(R) et An(R) sont deux sous-espaces supplémentaires orthogonaux, c'est-à-dire que An(R)=Sn(R)⊥.
3. (0,75 pt) En déduire, pour toute matrice M, l'expression de pSn(R)(M) et celle de d(M,Sn(R)).
4. (0,75 pt) Application numérique : calculer pS3(R)(M0) et d(M0,S3(R)) pour
M0=2341−10021.Contrôler le résultat par le théorème de Pythagore.
5. (0,75 pt) On pose H=kertr. Justifier que H est un hyperplan de Mn(R) et déterminer H⊥.
6. (0,75 pt) En déduire pH(M) puis d(M,H)=n∣trM∣, et appliquer ces formules à la matrice M0 de la question 4.
7. (1 pt) En déduire que, pour toute matrice M∈Mn(R),
(trM)2⩽ntr(tMM),et déterminer le cas d'égalité. Vérifier l'inégalité sur M0.
Exercice 4 (5 points) — Meilleure approximation d'une fonction
On note E=C([0,1],R) et, pour f,g∈E,
⟨f,g⟩=∫01f(t)g(t)dt.On note enfin F le sous-espace de E formé des fonctions affines, c'est-à-dire F=Vect(f0,f1) où f0:t↦1 et f1:t↦t.
1. (0,75 pt) Démontrer que ⟨⋅,⋅⟩ est un produit scalaire sur E. On justifiera le caractère défini avec le plus grand soin.
2. (0,5 pt) Orthonormaliser la famille (f0,f1) par le procédé de Gram-Schmidt. On notera (g0,g1) la base orthonormée de F obtenue.
3. a. (1 pt) Soit h:t↦t2. Déterminer le couple (a,b)∈R2 qui rend minimale la quantité ∫01(t2−a−bt)2dt.
b. (0,5 pt) Donner la valeur exacte de ce minimum, ainsi que d(h,F). Vérifier le résultat par le théorème de Pythagore.
4. (0,75 pt) Démontrer que, pour toute fonction f∈E,
(∫01f(t)dt)2+3(∫01(2t−1)f(t)dt)2⩽∫01f(t)2dt,et préciser le cas d'égalité. Vérifier l'inégalité pour f=h.
5. a. (0,75 pt) Soient x et y deux vecteurs d'un espace préhilbertien réel quelconque. Démontrer que ∣⟨x,y⟩∣=∥x∥∥y∥ si et seulement si la famille (x,y) est liée.
b. (0,75 pt) Soit f une fonction continue et strictement positive sur [0,1]. Démontrer que
(∫01f(t)dt)(∫01f(t)dt)⩾1,avec égalité si et seulement si f est constante. Appliquer ce résultat à f:t↦1+t, et en déduire une minoration de ln2.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.