MPSI · Chapitre 17 · Second semestre
Probabilités
Univers fini, événements, conditionnement, formule de Bayes, indépendance, lois usuelles, espérance, variance, covariance, inégalités probabilistes.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Univers fini
- Événements
- Conditionnement
- Formule de Bayes
- Indépendance
- Lois usuelles
- Espérance
- Variance
- Covariance
- Inégalités probabilistes
Le cours
Il y a des expériences dont on ne sait pas prédire le résultat, et pourtant on sait en dire quelque chose. Personne ne peut annoncer la face que montrera un dé, mais tout le monde sait que sur un grand nombre de lancers le six sortira à peu près une fois sur six. Personne ne peut dire si tel patient est malade, mais un laboratoire sait qu'un test se trompe dans deux cas sur cent. Cette double situation, incertitude sur l'issue et régularité sur la masse, est exactement ce que ce chapitre se propose de mettre en équations. L'objet mathématique que nous allons construire ne cherche pas à deviner le résultat d'une expérience : il cherche à répartir une masse totale égale à 1 entre tous les résultats possibles, et à en tirer des conséquences chiffrées.
Le mot « probabilité » va donc changer de sens. Dans le langage courant, il désigne un degré de croyance, plus ou moins argumenté. Ici, il désignera une application : une application qui, à chaque partie de l'ensemble des résultats possibles, associe un nombre compris entre 0 et 1, avec une seule exigence de fond, l'additivité sur les événements qui ne peuvent pas se produire ensemble. Rien de plus. Toute la théorie que vous allez lire sort de cette unique exigence, et c'est l'un des faits les plus remarquables du chapitre : deux axiomes d'une ligne suffisent à produire la formule de Bayes, l'espérance, la variance et la loi des grands nombres. Nous ne dirons jamais ce qu'est le hasard ; nous dirons comment se calcule une masse.
Une restriction gouverne tout le chapitre : l'ensemble des résultats possibles est fini. Ce choix n'est pas une commodité de rédaction, c'est ce qui rend la théorie élémentaire. Sur un ensemble fini, toute somme est une somme finie, donc elle se calcule sans discussion, et l'on peut affecter une masse à toutes les parties sans exception, sans avoir à trier celles auxquelles on aurait le droit d'en attribuer une. Le prix à payer doit être annoncé franchement, car il est réel : nous ne saurons pas modéliser dans ce chapitre l'expérience « je lance une pièce jusqu'à obtenir pile », dont les résultats possibles forment un ensemble infini, ni aucune grandeur qui varie continûment comme une durée d'attente ou une taille. Ces situations existent, elles se traitent, mais elles demandent des outils que vous n'avez pas encore, et elles seront reprises en seconde année.
Le lien avec le chapitre précédent est immédiat. Lorsque toutes les issues jouent le même rôle, ce qui est le cas d'un dé équilibré, d'un tirage de cartes bien battues ou d'un choix « au hasard » dans une population, la masse se répartit uniformément, et calculer une probabilité revient exactement à compter : nombre de cas favorables sur nombre de cas possibles. Tous les outils du dénombrement, listes, arrangements, combinaisons, principe d'addition et de multiplication, deviennent donc des outils de calcul de probabilités. La difficulté ne change pas de nature pour autant : elle reste le choix du modèle, et vous verrez qu'une même question admet souvent un modèle ordonné et un modèle non ordonné, tous deux corrects, à condition de ne pas les mélanger en cours de route.
La vraie rupture du chapitre est ailleurs, et elle intervient au milieu : c'est la variable aléatoire. Jusque-là, nous regardons des issues et des événements, c'est-à-dire des objets de nature ensembliste, souvent encombrants à décrire. À partir de la quatrième section, nous cessons de regarder les issues et nous regardons les nombres qu'on en tire : le gain d'un joueur, le nombre de succès dans une série d'essais, la durée d'un trajet, la somme de deux dés. Une variable aléatoire n'est rien d'autre qu'une application de l'univers dans R, mais ce changement de point de vue est décisif, car les nombres, eux, s'additionnent, se multiplient et se comparent. On peut faire de l'algèbre sur les variables aléatoires, alors qu'on ne peut pas faire d'algèbre sur les issues.
Cette algèbre culmine dans une propriété d'apparence anodine, et qui est en réalité l'outil le plus puissant que vous rencontrerez ici : l'espérance est linéaire. L'espérance d'une somme est la somme des espérances, toujours, sans aucune hypothèse d'indépendance, même lorsque les variables sont fortement liées entre elles. Cette absence d'hypothèse est ce qui rend la propriété si efficace. Elle donne naissance à une méthode générale, la méthode des indicatrices : pour calculer la valeur moyenne d'un nombre d'objets vérifiant une condition, on écrit ce nombre comme une somme de variables valant 1 ou 0 selon que la condition est remplie ou non, et l'espérance cherchée devient une simple somme de probabilités. Vous verrez cette méthode répondre en trois lignes à des questions dont le calcul direct de la loi serait décourageant.
Le plan suit cette progression. Les trois premières sections construisent le cadre : espaces probabilisés finis et propriétés d'une probabilité, puis conditionnement, avec les trois formules qui l'accompagnent, enfin indépendance. Les trois suivantes installent les variables aléatoires : définition et loi, lois usuelles, couples de variables. Les deux dernières sections théoriques sont consacrées aux deux nombres qui résument une variable, l'espérance et la variance, puis aux inégalités qui les relient à des probabilités, ce qui débouche sur la loi faible des grands nombres, seul théorème du chapitre à justifier l'intuition fréquentiste dont nous sommes partis. Une section de méthodes ferme le chapitre.
Les notations sont fixées une fois pour toutes. L'univers est noté Ω, ses éléments, les issues, sont notés ω, et les événements reçoivent les lettres A, B, C ; l'événement contraire de A est A, l'événement impossible est ∅, et P(Ω) désigne l'ensemble des parties de Ω. La probabilité est notée P, et la probabilité conditionnelle de B sachant A est notée PA(B) ; signalons une fois pour toutes que de nombreux ouvrages écrivent P(B∣A) pour la même quantité, notation que nous n'utiliserons plus ensuite. Un système complet d'événements est noté (Ai)1⩽i⩽n, l'intervalle d'entiers de 1 à n est [[1,n]], le cardinal d'un ensemble fini A est card(A), et le coefficient binomial est (kn). Une variable aléatoire est notée par une majuscule X, Y, Z, son ensemble de valeurs est X(Ω), et l'événement « X prend la valeur k » s'écrit (X=k), sa probabilité P(X=k) ; l'indicatrice d'un événement A est 1A. Les trois lois usuelles se notent X∼U(E) pour la loi uniforme sur un ensemble fini E, X∼B(p) pour la loi de Bernoulli de paramètre p et X∼B(n,p) pour la loi binomiale de paramètres n et p. Enfin l'espérance est notée E(X), la variance V(X), l'écart-type σ(X), la covariance Cov(X,Y) et le coefficient de corrélation ρ(X,Y). Les inégalités larges sont écrites ⩽ et ⩾, et chaque démonstration se termine par le symbole □.
Espaces probabilisés finis
Univers, issues, événements
Définition
On appelle expérience aléatoire une expérience dont on connaît à l'avance tous les résultats possibles, mais dont on ne peut pas prédire lequel se produira.
L'ensemble des résultats possibles est appelé univers de l'expérience et noté Ω. Dans tout ce chapitre, Ω est un ensemble fini et non vide. Ses éléments ω sont appelés les issues, ou résultats élémentaires.
Définition
Soit Ω un univers fini. On appelle événement toute partie A de Ω, c'est-à-dire tout élément de P(Ω). On dit que l'issue ω réalise l'événement A lorsque ω∈A.
Un événement élémentaire est un événement réduit à un singleton {ω}. L'événement Ω est dit certain, l'événement ∅ est dit impossible.
Le vocabulaire probabiliste n'est qu'une traduction du vocabulaire ensembliste, et il est indispensable de savoir passer instantanément de l'un à l'autre : c'est ce passage qui transforme un énoncé rédigé en français en un calcul.
| Écriture ensembliste | Traduction probabiliste |
|---|---|
| ω∈Ω | une issue, un résultat possible de l'expérience |
| A⊂Ω | un événement |
| {ω} | l'événement élémentaire « le résultat est ω » |
| Ω | l'événement certain |
| ∅ | l'événement impossible |
| A∩B | « A et B » sont réalisés tous les deux |
| A∪B | « A ou B » : l'un au moins est réalisé |
| A | l'événement contraire : « A n'est pas réalisé » |
| A∩B=∅ | A et B sont incompatibles |
| A⊂B | la réalisation de A entraîne celle de B |
| B∖A=B∩A | « B est réalisé mais pas A » |
Définition
Soient A et B deux événements. On dit qu'ils sont incompatibles lorsque A∩B=∅ : aucune issue ne les réalise simultanément.
Une famille (Ai)1⩽i⩽n d'événements est dite deux à deux incompatibles lorsque Ai∩Aj=∅ pour tous i=j.
Définition
Une famille (Ai)1⩽i⩽n d'événements est un système complet d'événements lorsque :
- les Ai sont deux à deux incompatibles ;
- leur réunion est l'univers tout entier : i=1⋃nAi=Ω.
Autrement dit, quelle que soit l'issue de l'expérience, un et un seul des événements Ai est réalisé.
Exemple
Trois systèmes complets à connaître.
Pour tout événement A, la famille (A,A) est un système complet à deux éléments : c'est le plus utilisé de tous.
La famille des événements élémentaires ({ω})ω∈Ω est un système complet, puisque toute issue appartient à un unique singleton.
Pour un dé à six faces, en notant A1 l'événement « le résultat est 1 ou 2 », A2 « le résultat est 3 ou 4 » et A3 « le résultat est 5 ou 6 », la famille (A1,A2,A3) est un système complet.
Remarque
Certains ouvrages exigent d'un système complet que ses événements soient non vides, d'autres non. La convention retenue ici est la plus souple : on autorise des Ai vides, ce qui ne change rien aux formules puisqu'un événement vide contribuera toujours pour 0. En revanche, dès qu'un conditionnement interviendra, il faudra exiger P(Ai)>0, et cette hypothèse sera alors écrite explicitement dans l'énoncé.
Probabilité sur un univers fini
Définition
Soit Ω un univers fini. On appelle probabilité sur Ω toute application
P:P(Ω)⟶[0,1]vérifiant les deux conditions suivantes :
- P(Ω)=1 ;
- pour tous événements A et B incompatibles, P(A∪B)=P(A)+P(B).
Le couple (Ω,P) est alors appelé espace probabilisé fini.
Propriété
Soit (Ω,P) un espace probabilisé fini et soit (Ai)1⩽i⩽n une famille d'événements deux à deux incompatibles. Alors
P(i=1⋃nAi)=i=1∑nP(Ai).En particulier, si (Ai)1⩽i⩽n est un système complet d'événements, alors i=1∑nP(Ai)=1.
Démonstration. Par récurrence sur n. Pour n=1 l'égalité est triviale, et pour n=2 c'est exactement l'axiome d'additivité.
Soit n⩾2 ; supposons la propriété vraie pour toute famille de n événements deux à deux incompatibles, et soit (A1,…,An+1) une famille de n+1 tels événements. Posons B=⋃i=1nAi. Les événements B et An+1 sont incompatibles : si une issue ω appartenait à B∩An+1, elle appartiendrait à un certain Ai avec i⩽n et à An+1, donc à Ai∩An+1=∅, ce qui est absurde. L'axiome d'additivité donne alors
P(i=1⋃n+1Ai)=P(B∪An+1)=P(B)+P(An+1),et l'hypothèse de récurrence, appliquée à (A1,…,An), donne P(B)=∑i=1nP(Ai). D'où le résultat au rang n+1.
Enfin, si la famille est un système complet, sa réunion est Ω et la somme des P(Ai) vaut P(Ω)=1. □
Propriété
Soit (Ω,P) un espace probabilisé fini et soient A et B deux événements. Alors :
- P(∅)=0 ;
- P(A)=1−P(A) ;
- P(B∖A)=P(B)−P(A∩B) ;
- si A⊂B, alors P(A)⩽P(B) (croissance) ;
- P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B) ;
- P(A∪B)⩽P(A)+P(B) (sous-additivité).
Démonstration. Point 1. Les événements Ω et ∅ sont incompatibles et leur réunion vaut Ω, donc l'additivité donne P(Ω)=P(Ω)+P(∅), d'où P(∅)=0. Point 2. Les événements A et A sont incompatibles et leur réunion est Ω, donc P(A)+P(A)=P(Ω)=1. Point 3. Décomposons B selon que A est réalisé ou non :
B=(B∩A)∪(B∩A)=(A∩B)∪(B∖A),et ces deux événements sont incompatibles, puisque le premier est inclus dans A et le second dans A. L'additivité donne P(B)=P(A∩B)+P(B∖A), d'où le résultat. Point 4. Si A⊂B, alors A∩B=A, et le point 3 donne P(B∖A)=P(B)−P(A) ; or P(B∖A)⩾0 puisque P est à valeurs dans [0,1], donc P(A)⩽P(B).
Point 5. Décomposons cette fois la réunion en A∪B=A∪(B∖A), réunion de deux événements incompatibles, le second étant inclus dans A. Donc P(A∪B)=P(A)+P(B∖A), et le point 3 permet de conclure :
P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B).Point 6. C'est le point 5 auquel on retranche la quantité positive P(A∩B). □
Propriété
Soit (Ω,P) un espace probabilisé fini et soit (Ai)1⩽i⩽n une famille quelconque d'événements. Alors
P(i=1⋃nAi)⩽i=1∑nP(Ai).Démonstration. Par récurrence sur n. Le cas n=1 est une égalité. Supposons l'inégalité vraie au rang n et posons B=⋃i=1nAi. La sous-additivité pour deux événements donne
P(i=1⋃n+1Ai)=P(B∪An+1)⩽P(B)+P(An+1)⩽i=1∑nP(Ai)+P(An+1),la dernière inégalité venant de l'hypothèse de récurrence. C'est l'inégalité au rang n+1. □
Remarque
La sous-additivité est une inégalité, jamais une égalité : les issues comptées dans plusieurs Ai à la fois sont comptées plusieurs fois dans le membre de droite. Pour deux événements, on sait corriger exactement l'écart, c'est le point 5 ci-dessus. Pour trois événements ou plus, la correction exacte n'est pas au programme et vous n'aurez pas à l'écrire : soit vous vous ramenez à des événements deux à deux incompatibles, soit vous passez au contraire, soit vous vous contentez de la majoration.
Une probabilité est déterminée par ses valeurs sur les événements élémentaires
Propriété
Soit Ω={ω1,…,ωN} un univers fini.
- Si P est une probabilité sur Ω, alors pour tout événement A,
avec la convention que la somme vide vaut 0. 2. Réciproquement, si (p1,…,pN) est une famille de réels positifs de somme 1, il existe une unique probabilité P sur Ω telle que P({ωi})=pi pour tout i∈[[1,N]].
Démonstration. Point 1. Si A=∅, les deux membres valent 0. Sinon, écrivons A={ωi1,…,ωir} avec des issues deux à deux distinctes. Alors
A=k=1⋃r{ωik},et ces r singletons sont deux à deux incompatibles, puisque deux singletons distincts sont disjoints. L'additivité finie établie plus haut donne exactement P(A)=∑k=1rP({ωik}), c'est-à-dire la formule annoncée.
Point 2, unicité. Si P et P′ sont deux probabilités prenant les mêmes valeurs sur les singletons, le point 1 donne, pour tout événement A, P(A)=∑ω∈AP({ω})=∑ω∈AP′({ω})=P′(A) : les deux applications coïncident.
Point 2, existence. Définissons P sur P(Ω) par
P(A)=i:ωi∈A∑pi.Cette somme est finie, à termes positifs, donc P(A)⩾0 ; et comme les termes omis sont eux aussi positifs, P(A)⩽∑i=1Npi=1. Ainsi P est bien à valeurs dans [0,1], et P(Ω)=∑i=1Npi=1. Vérifions enfin l'additivité. Soient A et B incompatibles, et notons I et J les ensembles d'indices i tels que ωi∈A et ωi∈B respectivement. Comme A∩B=∅, les ensembles I et J sont disjoints, et l'ensemble des indices associés à A∪B est exactement I∪J. La somme sur I∪J se scinde donc en la somme sur I plus la somme sur J :
P(A∪B)=i∈I∪J∑pi=i∈I∑pi+i∈J∑pi=P(A)+P(B).L'application P est donc une probabilité, et P({ωi})=pi par construction. □
Remarque
Ce théorème est le mode d'emploi de tout le chapitre : définir une probabilité, c'est répartir une masse totale 1 sur les issues, et rien d'autre. Chaque fois qu'un énoncé décrit une expérience, votre premier travail consiste à écrire Ω et à donner les N nombres P({ω}), ou une règle qui les donne ; tout le reste du calcul en découle mécaniquement par addition. La famille (P({ω}))ω∈Ω s'appelle d'ailleurs la distribution de la probabilité. Un même univers porte évidemment une infinité de probabilités différentes : Ω décrit ce qui peut arriver, P décrit avec quel poids.
Probabilité uniforme et dénombrement
Définition
Soit Ω un univers fini non vide, de cardinal N. La probabilité uniforme sur Ω est l'unique probabilité qui donne la même valeur à tous les événements élémentaires, c'est-à-dire celle associée à la distribution pω=N1 pour toute issue ω. On dit alors qu'il y a équiprobabilité.
Propriété
Si P est la probabilité uniforme sur Ω, alors pour tout événement A,
P(A)=card(Ω)card(A),formule que l'on énonce : « nombre de cas favorables sur nombre de cas possibles ».
Démonstration. Le théorème précédent, point 1, donne
P(A)=ω∈A∑P({ω})=ω∈A∑N1=Ncard(A),puisque la somme comporte exactement card(A) termes tous égaux à 1/N. Il faut encore vérifier que la distribution constante pω=1/N est admissible : ses termes sont positifs et leur somme vaut N×N1=1. □
Remarque
L'équiprobabilité est une hypothèse de modélisation, jamais une conséquence. Elle se justifie par la symétrie physique du dispositif (dé équilibré, pièce non truquée, cartes bien battues, tirage « au hasard ») et l'énoncé doit l'indiquer ; s'il ne dit rien, il faut la poser explicitement en rédaction. Attention enfin à une erreur classique : l'équiprobabilité dépend du choix de Ω. Pour le lancer de deux dés, les 36 couples de [[1,6]]2 sont équiprobables, mais les 11 sommes possibles ne le sont pas du tout, puisque la somme 7 est réalisée par six couples et la somme 8 par cinq seulement, d'où P(somme=7)=366=61 et P(somme=8)=365.
Exemple
Un calcul par dénombrement. On tire simultanément 5 cartes dans un jeu de 32 cartes bien battues. On prend pour univers l'ensemble des parties à 5 éléments du jeu, muni de la probabilité uniforme, de sorte que
card(Ω)=(532)=5×4×3×2×132×31×30×29×28=201376.Exactement deux as. Une telle main se construit en choisissant 2 as parmi les 4, puis 3 cartes parmi les 28 qui ne sont pas des as, ce qui donne (24)(328)=6×3276=19656 mains, d'où
P(exactement deux as)=20137619656=3596351≈0,098.Au moins un as. Le passage au contraire est bien plus rapide qu'un décompte direct : les mains sans aucun as sont les parties à 5 éléments des 28 cartes restantes, au nombre de (528)=98280. Donc
P(au moins un as)=1−20137698280=1−35961755=35961841≈0,512.Avec seulement quatre as dans le paquet, on en reçoit tout de même au moins un plus d'une fois sur deux.
Probabilités conditionnelles
Définition
Définition
Soient (Ω,P) un espace probabilisé fini et A un événement tel que P(A)>0. Pour tout événement B, on appelle probabilité conditionnelle de B sachant A le réel
PA(B)=P(A)P(A∩B).Remarque
L'idée est de changer d'univers. Savoir que A est réalisé revient à décider que les issues extérieures à A n'existent plus, donc à redistribuer la masse totale 1 à l'intérieur de A seulement, proportionnellement aux masses initiales ; la division par P(A) est exactement la renormalisation qui rend la nouvelle masse totale égale à 1. La condition P(A)>0 n'est pas une précaution de rédaction, c'est une nécessité : conditionner par un événement de probabilité nulle n'a aucun sens dans ce cadre. Vérifiez-la avant d'écrire PA, et signalez-la.
Propriété
Soit A un événement tel que P(A)>0. L'application PA:P(Ω)→[0,1] est une probabilité sur Ω.
En conséquence, toutes les formules de la section précédente lui sont applicables ; par exemple PA(B)=1−PA(B).
Démonstration. Vérifions d'abord que PA est bien à valeurs dans [0,1]. Pour tout événement B, on a A∩B⊂A, donc 0⩽P(A∩B)⩽P(A) par croissance ; en divisant par P(A)>0, il vient 0⩽PA(B)⩽1.
Ensuite PA(Ω)=P(A)P(A∩Ω)=P(A)P(A)=1.
Enfin, soient B et C deux événements incompatibles. Les événements A∩B et A∩C sont alors eux aussi incompatibles, puisque (A∩B)∩(A∩C)⊂B∩C=∅, et l'on a A∩(B∪C)=(A∩B)∪(A∩C) par distributivité. Donc
PA(B∪C)=P(A)P((A∩B)∪(A∩C))=P(A)P(A∩B)+P(A∩C)=PA(B)+PA(C).Les deux axiomes sont vérifiés : PA est une probabilité. □
Remarque
Une erreur très répandue consiste à écrire PA(B)=1−PA(B), ou à croire que PA(B) et PB(A) sont égaux. Ni l'un ni l'autre. Ce qui est vrai, et qui découle de la propriété ci-dessus, c'est que le passage au contraire est licite sur l'événement conditionné, celui de droite, jamais sur l'événement conditionnant. Le lien entre PA(B) et PB(A) existe, mais il porte un nom et un facteur correctif : c'est la formule de Bayes.
Les trois formules du conditionnement
Propriété
Formule des probabilités composées. Soient A1,…,An des événements tels que P(A1∩⋯∩An−1)>0. Alors
P(A1∩A2∩⋯∩An)=P(A1)PA1(A2)PA1∩A2(A3)⋯PA1∩⋯∩An−1(An).Démonstration. Observons d'abord que toutes les probabilités conditionnelles écrites ont un sens : pour k⩽n−1, on a A1∩⋯∩An−1⊂A1∩⋯∩Ak, donc par croissance P(A1∩⋯∩Ak)⩾P(A1∩⋯∩An−1)>0. Raisonnons ensuite par récurrence sur n⩾2.
Initialisation. Pour n=2, l'hypothèse est P(A1)>0 et la définition de PA1 donne directement P(A1)PA1(A2)=P(A1)P(A1)P(A1∩A2)=P(A1∩A2).
Hérédité. Soit n⩾2 ; supposons la formule vraie pour toute famille de n événements vérifiant l'hypothèse, et soient A1,…,An+1 tels que P(A1∩⋯∩An)>0. Posons B=A1∩⋯∩An. Comme P(B)>0, la définition de PB donne
P(A1∩⋯∩An+1)=P(B∩An+1)=P(B)PB(An+1).Par ailleurs, la famille A1,…,An vérifie P(A1∩⋯∩An−1)⩾P(B)>0, donc l'hypothèse de récurrence s'applique et fournit l'expression de P(B) comme produit des n premiers facteurs. En reportant, on obtient la formule au rang n+1. □
Propriété
Formule des probabilités totales. Soit (Ai)1⩽i⩽n un système complet d'événements tel que P(Ai)>0 pour tout i. Alors, pour tout événement B,
P(B)=i=1∑nP(Ai)PAi(B).Démonstration. Décomposons B suivant le système complet. Comme la réunion des Ai vaut Ω, on a
B=B∩Ω=B∩(i=1⋃nAi)=i=1⋃n(B∩Ai),par distributivité de l'intersection sur la réunion. Ces n événements sont deux à deux incompatibles : pour i=j, (B∩Ai)∩(B∩Aj)⊂Ai∩Aj=∅. L'additivité finie donne donc
P(B)=i=1∑nP(B∩Ai).Enfin, chaque P(Ai) étant strictement positif, la définition du conditionnement s'écrit P(B∩Ai)=P(Ai)PAi(B), ce qui achève la démonstration. □
Remarque
La formule reste vraie si certains Ai sont de probabilité nulle, sous la forme P(B)=∑i=1nP(B∩Ai), qui ne fait intervenir aucun conditionnement : les termes correspondants sont simplement nuls, car B∩Ai⊂Ai. C'est cette forme qu'il faut employer si l'on n'est pas certain de la stricte positivité. Le cas particulier le plus fréquent est celui du système complet (A,A) :
P(B)=P(A)PA(B)+P(A)PA(B).Propriété
Formule de Bayes. Soient A et B deux événements de probabilités strictement positives. Alors
PB(A)=P(B)P(A)PA(B).Si de plus (Ai)1⩽i⩽n est un système complet d'événements de probabilités strictement positives et si P(B)>0, alors pour tout k,
PB(Ak)=i=1∑nP(Ai)PAi(B)P(Ak)PAk(B).Démonstration. Les deux conditionnements sont licites puisque P(A) et P(B) sont non nuls. Écrivons deux fois l'intersection :
P(A∩B)=P(B)PB(A)etP(A∩B)=P(A)PA(B).Ces deux quantités sont égales, et en divisant par P(B)>0 on obtient la première formule. Pour la seconde, on l'applique à A=Ak, puis on remplace le dénominateur P(B) par son expression donnée par la formule des probabilités totales appliquée au système complet (Ai). □
Méthode
Utiliser un arbre pondéré. Un arbre traduit une expérience à plusieurs étapes ; il ne se dessine pas ici, il se décrit, mais sa lecture obéit à trois règles fixes.
- Les branches issues d'un même nœud portent les événements d'un système complet : leurs poids ont donc pour somme 1.
- Le poids d'une branche est une probabilité conditionnée par tout ce qui la précède sur le chemin. Seules les branches du premier niveau portent des probabilités non conditionnelles.
- La probabilité d'un chemin complet est le produit des poids rencontrés : c'est la formule des probabilités composées.
- La probabilité d'un événement est la somme des probabilités des chemins qui le réalisent : c'est la formule des probabilités totales.
Un arbre se lit toujours dans le sens de sa construction. Remonter le temps, c'est-à-dire calculer la probabilité d'une cause connaissant l'effet, demande la formule de Bayes.
Exemple
Tirages successifs sans remise. Une urne contient 5 boules blanches et 3 boules noires. On tire successivement 3 boules sans remise. Notons Bk l'événement « la k-ième boule tirée est blanche ».
L'arbre a trois niveaux. Au premier, la branche B1 porte le poids 85. Sachant B1, il reste 7 boules dont 4 blanches, donc la branche B2 porte le poids 74. Sachant B1∩B2, il reste 6 boules dont 3 blanches, donc la branche B3 porte le poids 63. La formule des probabilités composées donne
P(B1∩B2∩B3)=85×74×63=33660=285.Contrôle par un autre modèle : en tirant les 3 boules simultanément, on trouve (38)(35)=5610=285. Les deux modèles, l'un ordonné, l'autre non, donnent bien la même réponse.
Exemple
Un test de dépistage. Une maladie touche une personne sur mille dans une population. Un test de dépistage possède les caractéristiques suivantes : il est positif chez 99% des malades, et négatif chez 98% des personnes saines. Une personne choisie au hasard subit le test, qui se révèle positif. Quelle est la probabilité qu'elle soit malade ?
Notons M l'événement « la personne est malade » et T l'événement « le test est positif ». Les données se traduisent par
P(M)=10001=0,001,PM(T)=0,99,PM(T)=0,98,d'où PM(T)=1−0,98=0,02, en utilisant que PM est une probabilité. La famille (M,M) est un système complet d'événements de probabilités non nulles, donc la formule des probabilités totales donne
P(T)=P(M)PM(T)+P(M)PM(T)=0,001×0,99+0,999×0,02=0,00099+0,01998=0,02097.La formule de Bayes fournit alors la réponse :
PT(M)=P(T)P(M)PM(T)=0,020970,00099=209799=23311≈0,047.Remarque
Le résultat précédent est contre-intuitif, et c'est pour cela qu'il faut l'avoir traité une fois : un test réputé fiable à 99% ne rend malade qu'une personne positive sur vingt et une. Le mieux est de raisonner sur une population de 100000 personnes. Elle compte 100 malades, dont 99 seront détectés, et 99900 personnes saines, dont 2%, soit 1998, seront positives à tort. Sur les 2097 tests positifs, seuls 99 correspondent à un vrai malade, ce qui redonne bien la fraction 209799. Ce que le calcul met en évidence, c'est le poids de la prévalence : quand la maladie est rare, le réservoir de personnes saines est si grand qu'une petite proportion de faux positifs écrase en nombre les vrais positifs. Le mécanisme se reproduit à l'identique dans tous les problèmes de détection, de contrôle qualité ou de reconnaissance.
Indépendance
Indépendance de deux événements
Définition
Deux événements A et B d'un espace probabilisé fini sont dits indépendants lorsque
P(A∩B)=P(A)P(B).Propriété
Soient A et B deux événements avec P(A)>0. Alors
A et B sont indeˊpendants⟺PA(B)=P(B).Démonstration. Comme P(A)>0, l'égalité P(A∩B)=P(A)P(B) équivaut, après division par P(A), à P(A)P(A∩B)=P(B), c'est-à-dire à PA(B)=P(B). □
Remarque
C'est la lecture intuitive de l'indépendance : savoir que A est réalisé ne modifie pas la probabilité de B. On préfère néanmoins la définition par le produit, pour deux raisons. Elle est symétrique en A et B, alors que l'écriture conditionnelle ne l'est pas ; et elle garde un sens lorsque P(A)=0, cas où tout événement est indépendant de A, puisque A∩B⊂A entraîne P(A∩B)=0=P(A)P(B).
Propriété
Si A et B sont indépendants, alors A et B sont indépendants. Il en va de même de A et B, ainsi que de A et B.
Démonstration. Décomposons A selon que B est réalisé ou non :
A=(A∩B)∪(A∩B),réunion de deux événements incompatibles. L'additivité donne P(A)=P(A∩B)+P(A∩B), d'où
P(A∩B)=P(A)−P(A∩B)=P(A)−P(A)P(B)=P(A)(1−P(B))=P(A)P(B),en utilisant successivement l'indépendance de A et B, puis la probabilité du contraire. Donc A et B sont indépendants.
Le deuxième énoncé s'obtient en échangeant les rôles de A et B, la définition étant symétrique. Le troisième s'obtient en appliquant le premier résultat au couple (A,B), déjà connu comme indépendant. □
Remarque
Indépendants et incompatibles sont deux notions sans rapport, et même presque contraires. Si A et B sont incompatibles avec P(A)>0 et P(B)>0, alors P(A∩B)=P(∅)=0 tandis que P(A)P(B)>0 : ils ne sont pas indépendants. C'est logique, savoir que A est réalisé interdit alors complètement B, ce qui est une information maximale. Notez enfin que ∅ et Ω sont indépendants de tout événement.
Indépendance mutuelle d'une famille finie
Définition
Une famille (Ai)1⩽i⩽n d'événements est dite mutuellement indépendante lorsque, pour toute partie I de [[1,n]] contenant au moins deux éléments,
P(i∈I⋂Ai)=i∈I∏P(Ai).On dit qu'elle est deux à deux indépendante lorsque Ai et Aj sont indépendants pour tous i=j, c'est-à-dire lorsque la condition ci-dessus est vérifiée pour les seules parties I à deux éléments.
Remarque
L'indépendance mutuelle est donc une condition beaucoup plus forte que l'indépendance deux à deux : pour n événements, elle impose 2n−n−1 égalités, contre (2n) seulement. Pour n=3, cela fait quatre égalités au lieu de trois : les trois égalités deux à deux, plus l'égalité portant sur l'intersection des trois. C'est cette dernière qui manque dans le contre-exemple ci-dessous.
Propriété
L'indépendance deux à deux n'entraîne pas l'indépendance mutuelle.
Démonstration par contre-exemple. On lance deux fois une pièce équilibrée et l'on prend Ω={P,F}2 muni de la probabilité uniforme, chacune des quatre issues ayant donc la probabilité 41. Considérons les trois événements
A=« le premier lancer donne pile »,B=« le second lancer donne pile »,C=« les deux lancers donnent le meˆme reˊsultat ».En écrivant les issues, A={PP,PF}, B={PP,FP} et C={PP,FF}, chacun de cardinal 2, donc de probabilité 21. Les intersections deux à deux valent toutes {PP} : en effet A∩B={PP}, et A∩C={PP} puisque la seule issue commençant par pile et formée de deux résultats identiques est PP, et de même B∩C={PP}. Chacune a donc pour probabilité 41=21×21 : les trois événements sont deux à deux indépendants. Pourtant A∩B∩C={PP}, de probabilité 41, alors que P(A)P(B)P(C)=81. Comme 41=81, la famille (A,B,C) n'est pas mutuellement indépendante. □
Remarque
L'exemple est parlant : la connaissance de deux de ces trois événements détermine complètement le troisième, puisque connaître les deux lancers dit évidemment s'ils sont égaux. Il y a donc une dépendance très forte, invisible sur les seules égalités deux à deux. Signalons enfin, sans démonstration, un résultat de stabilité qui prolonge celui de la section précédente : si une famille est mutuellement indépendante, la famille obtenue en remplaçant certains de ses événements par leurs contraires l'est encore.
Remarque
L'indépendance est presque toujours une hypothèse, pas un résultat. Dans la pratique, on ne vérifie pas l'égalité P(A∩B)=P(A)P(B) : on la pose, parce que le dispositif expérimental la justifie. Lancer une pièce dix fois de suite, tirer une boule et la remettre dans l'urne, interroger dix personnes choisies indépendamment les unes des autres : dans tous ces cas, l'indépendance mutuelle des résultats successifs fait partie de la description du modèle, au même titre que l'équiprobabilité. C'est ce qui donne son statut à la phrase « on répète n fois de façon indépendante la même expérience » : elle ne se démontre pas, elle définit la probabilité sur l'univers produit, en posant que la probabilité d'une suite de résultats est le produit des probabilités de ces résultats. Nous nous en servirons dans un instant pour construire la loi binomiale. En revanche, lorsque l'énoncé fournit les probabilités et demande si deux événements sont indépendants, c'est un calcul : on compare P(A∩B) à P(A)P(B), et l'on conclut par l'égalité ou par l'inégalité stricte.
Variables aléatoires
Définition et événements associés
Définition
Soit (Ω,P) un espace probabilisé fini. On appelle variable aléatoire réelle sur Ω toute application
X:Ω⟶R.L'ensemble X(Ω)={X(ω) : ω∈Ω} des valeurs prises par X est fini, comme image d'un ensemble fini.
Définition
Soient X une variable aléatoire et x un réel. On note
(X=x)={ω∈Ω : X(ω)=x},qui est un événement. On définit de même (X⩽x), (X<x), (X⩾x), et plus généralement, pour une partie A de R, l'événement (X∈A)={ω∈Ω:X(ω)∈A}.
Remarque
La notation (X=x) est une abréviation, et c'est la plus importante du chapitre : derrière l'écriture d'apparence algébrique se cache un ensemble d'issues. Écrire P(X=3), c'est écrire la probabilité de l'événement formé des issues que X envoie sur 3. Gardez cette lecture en tête chaque fois qu'un calcul vous semble opaque : il suffit de revenir aux issues. Notez aussi que (X=x)=∅ dès que x∈/X(Ω), et que dans ce cas P(X=x)=0.
Propriété
Soit X une variable aléatoire sur Ω. La famille ((X=x))x∈X(Ω) est un système complet d'événements.
Démonstration. Ces événements sont deux à deux incompatibles : si x=y et si une issue ω appartenait à (X=x)∩(X=y), on aurait X(ω)=x et X(ω)=y, donc x=y, contradiction. Leur réunion est Ω : pour toute issue ω, le réel X(ω) appartient par définition à X(Ω), donc ω appartient à l'événement (X=X(ω)), qui fait partie de la famille. □
Loi d'une variable aléatoire
Définition
On appelle loi de la variable aléatoire X l'application
X(Ω)⟶[0,1],x⟼P(X=x).Deux variables aléatoires ont même loi lorsqu'elles ont le même ensemble de valeurs et que ces valeurs sont atteintes avec les mêmes probabilités ; on note alors X∼Y.
Propriété
Soit X une variable aléatoire, d'ensemble de valeurs X(Ω)={x1,…,xr}, les xi étant deux à deux distincts. Alors
i=1∑rP(X=xi)=1,et, pour toute partie A de R,
P(X∈A)=x∈A∩X(Ω)∑P(X=x).Démonstration. La famille ((X=xi))1⩽i⩽r est un système complet d'événements d'après la propriété précédente, donc la somme de ses probabilités vaut 1. Pour la seconde égalité, décomposons l'événement (X∈A) :
(X∈A)=x∈A∩X(Ω)⋃(X=x).En effet, si X(ω)∈A, alors X(ω) appartient aussi à X(Ω), donc ω figure dans le membre de droite ; la réciproque est immédiate. Cette réunion est formée d'événements deux à deux incompatibles, et l'additivité finie conclut. □
Remarque
Cette propriété a une conséquence pratique constante : la loi de X contient toute l'information utile sur X. Une fois la loi connue, on n'a plus besoin de Ω, et l'on peut oublier complètement l'expérience qui a produit la variable ; c'est ce qui explique que l'on parle de « la » loi binomiale sans jamais préciser l'univers sous-jacent. En pratique, on présente une loi sous forme de tableau, la première ligne donnant les valeurs, la seconde leurs probabilités, et le contrôle à faire systématiquement est que la somme de la seconde ligne vaut 1 : c'est la vérification la plus rentable du chapitre, elle détecte la plupart des erreurs.
Loi d'une fonction d'une variable aléatoire
Propriété
Soient X une variable aléatoire et f une application définie sur X(Ω) et à valeurs réelles. Alors f(X), définie par ω↦f(X(ω)), est une variable aléatoire, d'ensemble de valeurs f(X(Ω)), et pour tout y de cet ensemble,
P(f(X)=y)=x∈X(Ω)f(x)=y∑P(X=x).Démonstration. L'application f∘X va bien de Ω dans R, c'est donc une variable aléatoire, et son ensemble de valeurs est f(X(Ω)). Fixons y et décomposons l'événement (f(X)=y) suivant la valeur prise par X :
(f(X)=y)=x∈X(Ω)f(x)=y⋃(X=x).L'inclusion de droite à gauche est claire ; réciproquement, si f(X(ω))=y, alors ω appartient à (X=x) pour x=X(ω), qui vérifie bien f(x)=y. Cette réunion est formée d'événements deux à deux incompatibles, et l'additivité finie donne la formule. □
Exemple
Soit X∼U([[1,6]]), résultat d'un dé équilibré, et posons Y=(X−3)2. Les valeurs prises par Y sont 4, 1, 0, 1, 4, 9 selon que X vaut 1, 2, 3, 4, 5, 6. Donc Y(Ω)={0,1,4,9}, et en regroupant les antécédents,
P(Y=0)=P(X=3)=61,P(Y=1)=P(X=2)+P(X=4)=62=31,P(Y=4)=P(X=1)+P(X=5)=31,P(Y=9)=P(X=6)=61.Contrôle : 61+31+31+61=1. Notez que Y n'est pas uniforme, bien que X le soit : la fonction f n'étant pas injective, elle regroupe des valeurs.
Fonction de répartition et loi d'un maximum
Définition
On appelle fonction de répartition de la variable aléatoire X l'application
x⟼P(X⩽x).Méthode
Calculer la loi d'un maximum. Lorsque la variable étudiée est un maximum, le calcul direct de P(X=k) est pénible, car il faut décrire quelle coordonnée réalise le maximum et éviter les doubles comptages. Le calcul de P(X⩽k), lui, est immédiat, car « le maximum est inférieur ou égal à k » signifie « tous les termes sont inférieurs ou égaux à k ». On procède donc en trois temps.
- Calculer P(X⩽k) pour tout k de X(Ω), en traduisant l'événement par une condition portant sur toutes les coordonnées.
- Écrire la décomposition (X⩽k)=(X⩽k−1)∪(X=k), réunion de deux événements incompatibles.
- En déduire P(X=k)=P(X⩽k)−P(X⩽k−1).
La même méthode s'applique à un minimum, en passant au contraire : « le minimum est supérieur ou égal à k » signifie « tous les termes le sont ».
Exemple
On lance deux dés équilibrés discernables, Ω=[[1,6]]2 muni de la probabilité uniforme, et l'on note M le plus grand des deux résultats.
Pour k∈[[1,6]], l'événement (M⩽k) est réalisé exactement par les couples dont les deux coordonnées appartiennent à [[1,k]], au nombre de k2, donc P(M⩽k)=36k2. En retranchant, on obtient pour tout k∈[[1,6]]
P(M=k)=36k2−36(k−1)2=362k−1.La loi de M est donc donnée par 361,363,365,367,369,3611 pour k allant de 1 à 6. Contrôle : la somme vaut 361+3+5+7+9+11=3636=1.
Lois usuelles
Loi uniforme
Définition
Soit E un ensemble fini non vide de réels, de cardinal n. On dit que X suit la loi uniforme sur E, et l'on note X∼U(E), lorsque X(Ω)=E et
∀x∈E,P(X=x)=n1.Le cas le plus fréquent est E=[[1,n]] : dès qu'un objet est choisi au hasard parmi n objets numérotés, son numéro suit la loi U([[1,n]]). Ainsi le résultat d'un dé équilibré à six faces suit la loi U([[1,6]]).
Loi de Bernoulli et indicatrices
Définition
Soit p∈[0,1]. On dit que X suit la loi de Bernoulli de paramètre p, et l'on note X∼B(p), lorsque X(Ω)⊂{0,1} avec
P(X=1)=petP(X=0)=1−p.On dit que X code une épreuve de Bernoulli, l'événement (X=1) étant appelé succès et (X=0) échec.
Définition
Soit A un événement. On appelle indicatrice de A la variable aléatoire 1A définie par
1A(ω)={10si ω∈A,si ω∈/A.Propriété
Soient A et B deux événements. Alors :
- 1A∼B(P(A)), et toute variable de Bernoulli est l'indicatrice de l'événement (X=1) ;
- 1A=1−1A et 1A∩B=1A1B ;
- 1A2=1A.
Démonstration. Point 1. L'indicatrice ne prend que les valeurs 0 et 1, et l'événement (1A=1) est exactement A, de probabilité P(A). Réciproquement, si X ne prend que les valeurs 0 et 1, alors X et 1(X=1) coïncident en toute issue. Point 2. Pour toute issue ω, on a 1A(ω)=1 si et seulement si ω∈/A, c'est-à-dire si et seulement si 1A(ω)=0 : les deux applications 1A et 1−1A coïncident. Pour la seconde égalité, le produit 1A(ω)1B(ω) vaut 1 si et seulement si les deux facteurs valent 1, c'est-à-dire si et seulement si ω∈A∩B. Point 3. C'est le point 2 appliqué à B=A, puisque A∩A=A. □
Remarque
Le point 3, d'apparence anecdotique, servira deux fois : pour calculer la variance d'une loi de Bernoulli en une ligne, et dans toutes les applications de la méthode des indicatrices. Retenez la formule sous la forme parlante : une indicatrice est égale à son carré.
Loi binomiale
Définition
Soient n∈N∗ et p∈[0,1]. On appelle schéma de Bernoulli de paramètres n et p la répétition de n épreuves de Bernoulli identiques et mutuellement indépendantes, chacune ayant la probabilité p de succès.
La variable aléatoire X égale au nombre de succès obtenus suit alors la loi binomiale de paramètres n et p, ce que l'on note X∼B(n,p).
Propriété
Si X∼B(n,p), alors X(Ω)=[[0,n]] et
∀k∈[[0,n]],P(X=k)=(kn)pk(1−p)n−k.Démonstration. Construisons d'abord le modèle. Une répétition de n épreuves se décrit par la suite de ses résultats, donc on prend
Ω={0,1}n,où la i-ième coordonnée vaut 1 en cas de succès à la i-ième épreuve et 0 sinon. Pour une issue ω=(ω1,…,ωn), notons s(ω)=ω1+⋯+ωn le nombre de succès qu'elle réalise. Posons q=1−p et définissons la distribution
P({ω})=ps(ω)qn−s(ω),ce qui traduit exactement l'indépendance mutuelle des épreuves : la probabilité d'une suite de résultats est le produit des probabilités de ces résultats, soit un facteur p pour chaque succès et un facteur q pour chaque échec.
Vérifions qu'il s'agit bien d'une distribution admissible. Ces nombres sont positifs, et pour calculer leur somme, regroupons les issues selon leur nombre de succès. Pour k fixé, les issues ω telles que s(ω)=k sont les suites de n chiffres 0 ou 1 comportant exactement k fois le chiffre 1 : une telle suite est entièrement déterminée par l'ensemble des positions occupées par les 1, c'est-à-dire par une partie à k éléments de [[1,n]]. Il y en a donc exactement (kn), et chacune a la même probabilité pkqn−k. D'où
ω∈Ω∑P({ω})=k=0∑n(kn)pkqn−k=(p+q)n=1n=1,par la formule du binôme de Newton, et le théorème de la section 1 assure l'existence d'une unique probabilité P sur Ω ayant cette distribution. Il ne reste plus qu'à lire le résultat : la variable X est ici l'application ω↦s(ω), dont l'ensemble des valeurs est [[0,n]], et l'événement (X=k) est formé des (kn) issues comptées ci-dessus, chacune de probabilité pkqn−k, donc
P(X=k)=(kn)pkqn−k=(kn)pk(1−p)n−k.□Remarque
La démonstration se retient par sa structure, qui est celle de tous les calculs de loi binomiale : le facteur pk(1−p)n−k est la probabilité d'une suite particulière de résultats comportant k succès, et le coefficient (kn) compte le nombre de suites possibles, c'est-à-dire les places où les succès peuvent tomber. Probabilité d'un chemin, multipliée par le nombre de chemins. Le calcul fait au passage la vérification obligatoire : la somme des P(X=k) vaut 1, par le binôme de Newton, et c'est de là que la loi tire son nom.
Propriété
Cas particuliers utiles. Si X∼B(n,p), alors
P(X=0)=(1−p)n,P(X=n)=pn,P(X⩾1)=1−(1−p)n.De plus B(1,p) n'est autre que B(p).
Démonstration. Les deux premières égalités sont la formule générale avec k=0 et k=n, en utilisant (0n)=(nn)=1. La troisième est le passage au contraire, puisque (X⩾1) est le contraire de (X=0). Enfin, pour n=1, la formule donne P(X=1)=p et P(X=0)=1−p, ce qui est la loi de Bernoulli. □
Exemple
On lance 5 fois un dé équilibré et l'on note X le nombre de 6 obtenus. Les cinq lancers sont identiques et indépendants, chacun donnant un 6 avec la probabilité 61, donc X∼B(5,61).
La probabilité d'obtenir exactement deux 6 vaut
P(X=2)=(25)(61)2(65)3=10×361×216125=77761250=3888625≈0,161.La probabilité d'obtenir au moins un 6 vaut
P(X⩾1)=1−(65)5=1−77763125=77764651≈0,598.Remarque
Reconnaître un schéma binomial demande trois vérifications, et elles sont éliminatoires. Le nombre n d'épreuves doit être fixé à l'avance ; les épreuves doivent être identiques, donc avoir toutes la même probabilité de succès ; elles doivent être mutuellement indépendantes. Le contre-exemple à connaître est le tirage sans remise. Si l'on tire 5 cartes une à une sans remise dans un jeu de 32 et que l'on compte les as obtenus, la deuxième épreuve ne suit plus la même loi conditionnellement au résultat de la première : la composition du paquet a changé. Le nombre d'as n'est donc pas binomial, et écrire (k5)(81)k(87)5−k serait une faute. Avec remise, en revanche, le schéma est binomial de paramètres 5 et 81.
Couples de variables aléatoires
Loi conjointe, lois marginales, lois conditionnelles
Définition
Soient X et Y deux variables aléatoires sur le même espace probabilisé fini (Ω,P). On appelle loi conjointe du couple (X,Y) l'application
X(Ω)×Y(Ω)⟶[0,1],(x,y)⟼P((X=x)∩(Y=y)),quantité que l'on note plus simplement P(X=x, Y=y).
Les lois de X et de Y prises séparément s'appellent alors les lois marginales du couple.
Propriété
Formule des lois marginales. Pour tout x∈X(Ω) et tout y∈Y(Ω),
P(X=x)=y∈Y(Ω)∑P(X=x, Y=y)etP(Y=y)=x∈X(Ω)∑P(X=x, Y=y).Démonstration. La famille ((Y=y))y∈Y(Ω) est un système complet d'événements. En décomposant l'événement (X=x) suivant ce système, comme dans la démonstration de la formule des probabilités totales, on obtient
(X=x)=y∈Y(Ω)⋃((X=x)∩(Y=y)),réunion d'événements deux à deux incompatibles puisque les (Y=y) le sont. L'additivité finie donne la première formule ; la seconde s'obtient en échangeant les rôles de X et Y. □
Remarque
La formule porte bien son nom : lorsqu'on présente la loi conjointe dans un tableau à double entrée, une ligne par valeur de X et une colonne par valeur de Y, les lois marginales s'obtiennent en sommant chaque ligne et chaque colonne, et s'écrivent traditionnellement en marge du tableau, la somme totale devant valoir 1. Attention au sens de l'implication : la loi conjointe détermine les deux lois marginales, mais la réciproque est fausse. Deux couples de variables peuvent avoir exactement les mêmes marginales et des lois conjointes différentes ; c'est précisément parce que les marginales ne disent rien du lien entre X et Y.
Définition
Soient X et Y deux variables aléatoires et x∈X(Ω) tel que P(X=x)>0. On appelle loi conditionnelle de Y sachant (X=x) l'application
y⟼P(X=x)(Y=y)=P(X=x)P(X=x, Y=y).C'est la loi d'une variable aléatoire : la somme de ses valeurs sur Y(Ω) vaut 1.
Exemple
Un couple explicite. Une urne contient 12 jetons, chacun portant un couple d'entiers : un jeton porte (0,0), deux jetons portent (0,1), trois jetons portent (0,2), trois jetons portent (1,0), deux jetons portent (1,1) et un jeton porte (1,2). On tire un jeton au hasard et l'on note X le premier nombre inscrit, Y le second.
| Y=0 | Y=1 | Y=2 | loi de X | |
|---|---|---|---|---|
| X=0 | 121 | 61 | 41 | 21 |
| X=1 | 41 | 61 | 121 | 21 |
| loi de Y | 31 | 31 | 31 | 1 |
Les marges se lisent directement : P(X=0)=121+61+41=121+2+3=21 et P(Y=0)=121+41=124=31, les autres se calculant de même. La loi conditionnelle de Y sachant (X=0) vaut
P(X=0)(Y=0)=1/21/12=61,P(X=0)(Y=1)=1/21/6=31,P(X=0)(Y=2)=1/21/4=21,de somme 1 comme annoncé. Elle diffère de la loi marginale de Y, qui est uniforme : savoir que X=0 modifie donc la loi de Y.
Indépendance de variables aléatoires
Définition
Deux variables aléatoires X et Y sur le même espace probabilisé fini sont dites indépendantes lorsque
∀(x,y)∈X(Ω)×Y(Ω),P(X=x, Y=y)=P(X=x)P(Y=y).On note parfois cette situation X⊥Y.
Propriété
Les variables X et Y sont indépendantes si et seulement si, pour toutes parties A et B de R,
P((X∈A)∩(Y∈B))=P(X∈A)P(Y∈B),c'est-à-dire si et seulement si les événements (X∈A) et (Y∈B) sont indépendants.
Démonstration. Le sens réciproque est immédiat : il suffit d'appliquer l'hypothèse à A={x} et B={y}. Sens direct : supposons X et Y indépendantes et fixons A et B. En décomposant selon les valeurs prises, comme plus haut, puis en utilisant l'additivité sur les événements deux à deux incompatibles ((X=x)∩(Y=y)), on obtient
P((X∈A)∩(Y∈B))=x∈A∩X(Ω)∑ y∈B∩Y(Ω)∑P(X=x, Y=y)=x∈A∩X(Ω)∑ y∈B∩Y(Ω)∑P(X=x)P(Y=y)=x∈A∩X(Ω)∑P(X=x)y∈B∩Y(Ω)∑P(Y=y),la dernière égalité étant la factorisation d'une somme double dont le terme général est un produit d'un facteur ne dépendant que de x par un facteur ne dépendant que de y. Les deux sommes obtenues valent respectivement P(X∈A) et P(Y∈B). □
Propriété
Si X et Y sont indépendantes, alors pour toutes applications f et g définies respectivement sur X(Ω) et Y(Ω), les variables f(X) et g(Y) sont indépendantes.
Démonstration. Soient u une valeur de f(X) et v une valeur de g(Y). Posons A={x∈R:f(x)=u} et B={y∈R:g(y)=v}, en convenant que f et g sont prolongées arbitrairement hors de leurs ensembles de définition. Alors (f(X)=u)=(X∈A) et (g(Y)=v)=(Y∈B), et la propriété précédente donne
P(f(X)=u, g(Y)=v)=P(X∈A)P(Y∈B)=P(f(X)=u)P(g(Y)=v).□Définition
Une famille (X1,…,Xn) de variables aléatoires sur le même espace probabilisé fini est dite mutuellement indépendante lorsque, pour tout n-uplet (x1,…,xn) de réels,
P((X1=x1)∩⋯∩(Xn=xn))=i=1∏nP(Xi=xi).On dit alors simplement que les variables X1,…,Xn sont indépendantes.
Propriété
Lemme des coalitions. Soient X1,…,Xn des variables aléatoires mutuellement indépendantes et soit m∈[[1,n−1]]. Alors, pour toutes applications f définie sur les m premières coordonnées et g définie sur les n−m dernières, les variables aléatoires
f(X1,…,Xm)etg(Xm+1,…,Xn)sont indépendantes. Plus généralement, des variables construites à partir de blocs d'indices deux à deux disjoints sont mutuellement indépendantes.
Ce résultat est ADMIS : sa démonstration n'est pas exigible au programme.
Remarque
Le lemme des coalitions est d'un usage constant, et il est très souvent utilisé sans être nommé. C'est lui qui autorise, dans un schéma de Bernoulli à 10 épreuves, à dire que le nombre de succès des trois premières épreuves et le nombre de succès des sept dernières sont indépendants, ou que X1+X2 et X3X4 sont indépendantes dès que X1,X2,X3,X4 le sont mutuellement. L'hypothèse essentielle est la disjonction des blocs : dès qu'un même indice apparaît dans les deux groupes, la conclusion tombe, et ainsi X1+X2 et X2+X3 n'ont aucune raison d'être indépendantes.
Exemple
Un couple non indépendant. Reprenons l'urne de 12 jetons ci-dessus. On a
P(X=0, Y=0)=121alors queP(X=0)P(Y=0)=21×31=61.Comme 121=61, les variables X et Y ne sont pas indépendantes. Un point de méthode important apparaît ici : il aurait été insuffisant de tester le couple (0,1), pour lequel on trouve P(X=0, Y=1)=61 et P(X=0)P(Y=1)=21×31=61, donc une égalité. L'indépendance exige l'égalité pour tous les couples de valeurs ; une seule égalité ne prouve rien, alors qu'un seul contre-exemple suffit à conclure à la non-indépendance.
Espérance
Définition et premières propriétés
Définition
Soit X une variable aléatoire sur un espace probabilisé fini. On appelle espérance de X le réel
E(X)=x∈X(Ω)∑xP(X=x).Une variable aléatoire est dite centrée lorsque E(X)=0.
Remarque
L'espérance est la moyenne des valeurs prises par X, pondérée par les probabilités. Ce n'est pas une valeur que X prend nécessairement : l'espérance du résultat d'un dé vaut 27, qui n'est pas une face. Ce n'est pas non plus la valeur la plus probable. C'est le centre de gravité de la distribution, et c'est aussi la valeur autour de laquelle la moyenne d'un grand nombre de répétitions se stabilise, ce que la dernière section du chapitre démontrera.
Propriété
Soit X une variable aléatoire sur (Ω,P). Alors
E(X)=ω∈Ω∑X(ω)P({ω}).Démonstration. Partons du membre de droite et regroupons les issues suivant la valeur que X leur attribue. Comme la famille ((X=x))x∈X(Ω) est un système complet d'événements, chaque issue appartient à un et un seul de ces événements, et la somme sur Ω se scinde en une somme de sommes :
ω∈Ω∑X(ω)P({ω})=x∈X(Ω)∑ ω∈(X=x)∑X(ω)P({ω}).Dans la somme intérieure, toutes les issues vérifient X(ω)=x, donc le facteur X(ω) est la constante x, que l'on sort : ∑ω∈(X=x)X(ω)P({ω})=x∑ω∈(X=x)P({ω})=xP(X=x), la dernière égalité étant le théorème de la section 1 appliqué à l'événement (X=x). En reportant, on obtient exactement ∑xxP(X=x)=E(X). □
Propriété
Formule de transfert. Soient X une variable aléatoire et f une application définie sur X(Ω). Alors
E(f(X))=x∈X(Ω)∑f(x)P(X=x).De même, pour un couple (X,Y) et une application g de deux variables,
E(g(X,Y))=x∈X(Ω)∑ y∈Y(Ω)∑g(x,y)P(X=x, Y=y).Démonstration. Appliquons la propriété précédente à la variable aléatoire f(X) :
E(f(X))=ω∈Ω∑f(X(ω))P({ω}).Regroupons de nouveau les issues suivant la valeur de X : sur l'événement (X=x), le facteur f(X(ω)) vaut la constante f(x), donc
E(f(X))=x∈X(Ω)∑f(x)ω∈(X=x)∑P({ω})=x∈X(Ω)∑f(x)P(X=x).Pour la version à deux variables, on procède exactement de même, en regroupant cette fois les issues suivant la valeur du couple, c'est-à-dire selon le système complet ((X=x)∩(Y=y))(x,y). □
Remarque
Mesurez ce que la formule de transfert évite : pour calculer E(f(X)), il n'est pas nécessaire de déterminer la loi de f(X). On garde la loi de X, qui est connue, et l'on transporte f à l'intérieur de la somme, ce qui rend le calcul de E(X2), donc de la variance, immédiat. Ne confondez jamais pour autant E(f(X)) et f(E(X)) : ces deux quantités sont différentes en général. Pour X le résultat d'un dé, E(X)2=449=12,25 alors que E(X2)=61+4+9+16+25+36=691≈15,17.
Linéarité, positivité, indicatrices
Propriété
Soient X et Y deux variables aléatoires sur le même espace probabilisé fini et a,b deux réels. Alors :
- linéarité : E(aX+bY)=aE(X)+bE(Y) ;
- espérance d'une constante : si X est constante égale à c, alors E(X)=c ; en particulier E(X−E(X))=0 ;
- positivité : si X⩾0, c'est-à-dire si X(ω)⩾0 pour toute issue, alors E(X)⩾0 ;
- croissance : si X⩽Y, alors E(X)⩽E(Y) ;
- E(1A)=P(A) pour tout événement A.
Démonstration. Point 1. C'est ici que l'expression de l'espérance sur les issues montre toute son utilité, car la somme y porte sur un ensemble d'indices, Ω, qui ne dépend pas de la variable considérée. Les trois variables X, Y et aX+bY sont définies sur le même Ω, et pour toute issue ω on a (aX+bY)(ω)=aX(ω)+bY(ω). Donc
E(aX+bY)=ω∈Ω∑(aX(ω)+bY(ω))P({ω})=aω∈Ω∑X(ω)P({ω})+bω∈Ω∑Y(ω)P({ω})=aE(X)+bE(Y),par linéarité de la somme finie. Aucune hypothèse d'indépendance n'a été utilisée, et c'est le point capital.
Point 2. Si X est constante égale à c, alors X(Ω)={c} et P(X=c)=1, donc E(X)=c. En appliquant le point 1 à X et à la variable constante E(X), avec a=1 et b=−1, on obtient E(X−E(X))=E(X)−E(X)=0. Point 3. Si X⩾0, toutes les valeurs x∈X(Ω) sont positives, et les probabilités P(X=x) aussi : E(X) est une somme de termes positifs. Point 4. La variable Y−X est positive, donc E(Y−X)⩾0 par le point 3, et la linéarité donne E(Y)−E(X)⩾0. Point 5. L'indicatrice suit la loi B(P(A)), donc
E(1A)=0×P(1A=0)+1×P(1A=1)=P(A).□Remarque
Le point 1 s'étend immédiatement par récurrence à une combinaison linéaire de n variables aléatoires :
E(i=1∑naiXi)=i=1∑naiE(Xi).Insistons une dernière fois, car c'est l'énoncé le plus utile du chapitre : cette formule ne demande aucune hypothèse sur les liens entre les Xi. Elles peuvent être fortement dépendantes, voire égales, la formule tient.
Espérance des lois usuelles
Propriété
- Si X∼U([[1,n]]), alors E(X)=2n+1.
- Si X∼B(p), alors E(X)=p.
- Si X∼B(n,p), alors E(X)=np.
Démonstration. Point 1. La loi étant uniforme,
E(X)=k=1∑nk×n1=n1k=1∑nk=n1×2n(n+1)=2n+1.Point 2. Directement, E(X)=0×(1−p)+1×p=p.
Point 3, première méthode : le pivot. Posons q=1−p. Par définition,
E(X)=k=0∑nk(kn)pkqn−k=k=1∑nk(kn)pkqn−k,le terme k=0 étant nul. La formule du pivot, établie au chapitre de dénombrement, donne k(kn)=n(k−1n−1) pour k⩾1. Donc
E(X)=k=1∑nn(k−1n−1)pkqn−k=npk=1∑n(k−1n−1)pk−1qn−k,où l'on a sorti un facteur n et un facteur p. Le changement d'indice j=k−1, licite car j décrit [[0,n−1]] quand k décrit [[1,n]], donne
E(X)=npj=0∑n−1(jn−1)pjq(n−1)−j=np(p+q)n−1=np,par la formule du binôme et p+q=1.
Point 3, seconde méthode : la somme d'indicatrices. Reprenons le modèle Ω={0,1}n de la construction de la loi binomiale, et notons Xi la i-ième coordonnée, c'est-à-dire l'indicatrice de l'événement « la i-ième épreuve est un succès ». Chaque Xi suit la loi B(p), donc E(Xi)=p, et par construction
X=X1+X2+⋯+Xn.La linéarité de l'espérance donne alors immédiatement E(X)=∑i=1np=np. □
Remarque
Comparez les deux démonstrations du point 3. La première est un calcul de somme, correct mais technique, avec un pivot et un changement d'indice. La seconde tient en deux lignes et n'utilise que la linéarité. C'est exactement le rapport de force entre le calcul direct d'une loi et la méthode qui suit.
La méthode des indicatrices
Méthode
Décomposer en somme d'indicatrices. Cette méthode est la plus puissante du chapitre. Elle s'applique dès que la variable étudiée compte le nombre d'objets vérifiant une certaine condition.
- Identifier ce qui est compté et indexer les objets : i∈[[1,n]].
- Poser Ai l'événement « l'objet numéro i vérifie la condition », et Xi=1Ai.
- Justifier l'écriture X=X1+⋯+Xn, en vérifiant qu'elle est vraie issue par issue : chaque objet comptabilisé ajoute exactement 1.
- Appliquer la linéarité : E(X)=∑i=1nP(Ai).
Il reste alors à calculer les n probabilités P(Ai), ce qui est en général immédiat, et souvent la même pour tous les i par symétrie. À aucun moment on n'a besoin de la loi de X, ni d'une quelconque hypothèse d'indépendance entre les Ai.
Exemple
Le nombre de points fixes d'une permutation. On tire au hasard une permutation σ de [[1,n]], c'est-à-dire que l'on munit Ω=Sn de la probabilité uniforme, et l'on note X le nombre de points fixes de σ, c'est-à-dire le nombre d'entiers i tels que σ(i)=i.
Le calcul direct de la loi de X est délicat, alors que la méthode des indicatrices donne la réponse en trois lignes. Posons Ai l'événement « σ(i)=i » ; par construction X=∑i=1n1Ai, puisque chaque point fixe contribue pour 1. Or les permutations qui fixent i sont en bijection avec les permutations de [[1,n]]∖{i}, il y en a donc (n−1)!, d'où P(Ai)=n!(n−1)!=n1. La linéarité de l'espérance donne alors
E(X)=i=1∑nP(Ai)=n×n1=1.En moyenne, une permutation tirée au hasard possède exactement un point fixe, et ce quel que soit n. Notez que les Ai ne sont pas indépendants, ce qui n'a gêné en rien le calcul.
Exemple
Un tirage sans remise. Une urne contient N boules dont B blanches. On tire n boules successivement et sans remise, avec n⩽N, et l'on note X le nombre de boules blanches obtenues. La loi de X n'est pas binomiale, et son calcul demanderait un dénombrement ; l'espérance, elle, s'obtient sans loi.
Posons Ak l'événement « la k-ième boule tirée est blanche », de sorte que X=∑k=1n1Ak. Prenons pour univers l'ensemble des n-uplets de boules deux à deux distinctes, de cardinal N(N−1)⋯(N−n+1), muni de l'équiprobabilité. Pour former un tirage réalisant Ak, on choisit la boule de rang k parmi les B blanches, puis les n−1 autres rangs parmi les N−1 boules restantes, ce qui donne B×(N−1)(N−2)⋯(N−n+1) tirages. En simplifiant,
P(Ak)=N(N−1)⋯(N−n+1)B(N−1)(N−2)⋯(N−n+1)=NB,valeur indépendante de k, ce qui traduit le fait que toutes les positions du tirage jouent le même rôle. D'où E(X)=nNB. Application chiffrée : dans une main de 5 cartes tirées d'un jeu de 32, le nombre moyen d'as vaut 5×324=85=0,625. Remarquez que c'est la même espérance que pour un tirage avec remise, alors que les lois, elles, diffèrent.
Espérance d'un produit
Propriété
Si X et Y sont deux variables aléatoires indépendantes, alors
E(XY)=E(X)E(Y).Démonstration. Appliquons la formule de transfert au couple (X,Y) avec g(x,y)=xy :
E(XY)=x∈X(Ω)∑ y∈Y(Ω)∑xyP(X=x, Y=y).L'indépendance permet de remplacer P(X=x,Y=y) par P(X=x)P(Y=y), d'où
E(XY)=x∈X(Ω)∑ y∈Y(Ω)∑(xP(X=x))(yP(Y=y)).Le terme général est le produit d'un facteur ne dépendant que de x par un facteur ne dépendant que de y : la somme double se factorise en
E(XY)=x∈X(Ω)∑xP(X=x)y∈Y(Ω)∑yP(Y=y)=E(X)E(Y).□Remarque
La réciproque est fausse : l'égalité E(XY)=E(X)E(Y) n'entraîne pas l'indépendance de X et Y, et un contre-exemple sera construit à la section suivante, où cette égalité prendra le nom de « covariance nulle ». Attention également au sens de l'énoncé : contrairement à la linéarité, cette propriété exige l'indépendance, et écrire E(XY)=E(X)E(Y) sans l'avoir justifiée est l'une des fautes les plus lourdes du chapitre. Notez d'ailleurs qu'en général E(X2)=E(X)2, ce qui est le cas Y=X : une variable n'est presque jamais indépendante d'elle-même.
Variance, écart-type, covariance
Variance et écart-type
Définition
Soit X une variable aléatoire sur un espace probabilisé fini. On appelle variance de X le réel
V(X)=E((X−E(X))2),et écart-type de X le réel σ(X)=V(X).
Remarque
La variance est l'espérance du carré de l'écart à la moyenne : elle mesure la dispersion de X autour de E(X), et elle est toujours positive, comme espérance d'une variable positive, ce qui donne un sens à la racine carrée définissant l'écart-type. Le carré n'est pas là par hasard : on souhaite mesurer un écart sans que les écarts positifs compensent les négatifs, or l'écart moyen E(X−E(X)) est toujours nul. Élever au carré résout le problème et, contrairement à la valeur absolue, conduit à des calculs algébriques agréables. Le prix à payer est un changement d'unité, que l'écart-type corrige : si X est une longueur en mètres, V(X) s'exprime en mètres carrés et σ(X) en mètres.
Propriété
Formule de Koenig-Huygens. Pour toute variable aléatoire X,
V(X)=E(X2)−E(X)2.Démonstration. Posons m=E(X), qui est un réel fixé. Développons le carré, ce qui est licite issue par issue :
(X−m)2=X2−2mX+m2.La linéarité de l'espérance, appliquée à cette combinaison linéaire des variables X2, X et de la variable constante 1, donne
V(X)=E(X2)−2mE(X)+m2=E(X2)−2m2+m2=E(X2)−m2.□Remarque
C'est toujours cette formule que l'on utilise pour calculer une variance : elle ne demande que E(X) et E(X2), ce dernier s'obtenant par transfert sans connaître la loi de X2, alors que le calcul direct à partir de la définition est presque toujours plus long. Une conséquence à retenir : E(X2)=V(X)+E(X)2⩾E(X)2, avec égalité si et seulement si la variance est nulle.
Propriété
Soient X une variable aléatoire et a, b deux réels. Alors
V(aX+b)=a2V(X)etσ(aX+b)=∣a∣σ(X).Démonstration. La linéarité donne E(aX+b)=aE(X)+b, donc
(aX+b)−E(aX+b)=aX+b−aE(X)−b=a(X−E(X)).En élevant au carré, il vient ((aX+b)−E(aX+b))2=a2(X−E(X))2, et l'espérance, qui est linéaire, laisse sortir la constante a2 :
V(aX+b)=a2E((X−E(X))2)=a2V(X).En prenant la racine carrée, et puisque a2=∣a∣, on obtient l'expression de l'écart-type. □
Remarque
Deux lectures. D'une part, une translation ne change pas la variance : ajouter une constante déplace la distribution sans la disperser davantage. D'autre part, une dilatation de rapport a multiplie la variance par a2 et l'écart-type par ∣a∣, ce qui confirme que l'écart-type est la bonne unité de dispersion. Ne perdez jamais le carré : V(2X)=4V(X), et non 2V(X) ; et attention, V(−X)=V(X).
Propriété
Soit X une variable aléatoire. Alors V(X)⩾0, et
V(X)=0⟺P(X=E(X))=1.Lorsque σ(X)>0, la variable X∗=σ(X)X−E(X) est appelée variable centrée réduite associée à X, et vérifie E(X∗)=0 et V(X∗)=1.
Démonstration. La positivité résulte de celle de l'espérance, appliquée à la variable (X−E(X))2, qui est un carré donc positive. Posons m=E(X) et utilisons la formule de transfert :
V(X)=x∈X(Ω)∑(x−m)2P(X=x).C'est une somme finie de termes positifs. Elle est donc nulle si et seulement si chacun de ses termes l'est, c'est-à-dire si et seulement si, pour tout x∈X(Ω), on a x=m ou P(X=x)=0. Dans ce cas, la somme des P(X=x) pour x=m est nulle, et comme la somme totale vaut 1, il reste P(X=m)=1. Réciproquement, si P(X=m)=1, tous les autres termes sont nuls et celui d'indice m aussi, donc V(X)=0. Enfin, X∗ est de la forme aX+b avec a=σ(X)1 et b=−σ(X)m, donc E(X∗)=σ(X)m−m=0 et V(X∗)=σ(X)21V(X)=1. □
Variance des lois usuelles
Propriété
- Si X∼U([[1,n]]), alors V(X)=12n2−1.
- Si X∼B(p), alors V(X)=p(1−p).
- Si X∼B(n,p), alors V(X)=np(1−p).
Démonstration. Point 1. Par transfert, puis avec la somme des carrés des n premiers entiers,
E(X2)=k=1∑nk2×n1=n1×6n(n+1)(2n+1)=6(n+1)(2n+1).La formule de Koenig-Huygens et E(X)=2n+1 donnent alors
V(X)=6(n+1)(2n+1)−4(n+1)2=12n+1(2(2n+1)−3(n+1))=12(n+1)(n−1)=12n2−1.Point 2. Comme X ne prend que les valeurs 0 et 1, on a X2=X, donc E(X2)=E(X)=p et V(X)=p−p2=p(1−p).
Point 3. Posons q=1−p et calculons d'abord E(X(X−1)) par transfert. Pour k⩾2, deux applications de la formule du pivot donnent
k(k−1)(kn)=(k−1)n(k−1n−1)=n(n−1)(k−2n−2).Les termes d'indices k=0 et k=1 étant nuls, il vient
E(X(X−1))=k=2∑nn(n−1)(k−2n−2)pkqn−k=n(n−1)p2j=0∑n−2(jn−2)pjq(n−2)−j=n(n−1)p2,après le changement d'indice j=k−2 et la formule du binôme. La linéarité donne alors E(X2)=E(X(X−1))+E(X)=n(n−1)p2+np, d'où
V(X)=n(n−1)p2+np−(np)2=n2p2−np2+np−n2p2=np(1−p).□Remarque
Pour un dé équilibré, ces formules donnent E(X)=27=3,5 et V(X)=1236−1=1235, soit un écart-type σ(X)=35/12≈1,71. Notez que la variance d'une loi de Bernoulli est maximale pour p=21, où elle vaut 41, ce qui est bien l'épreuve la plus imprévisible, et qu'elle est nulle pour p=0 et p=1, cas où le résultat est certain. Nous réutiliserons la majoration p(1−p)⩽41 dans la dernière section.
Covariance
Définition
Soient X et Y deux variables aléatoires sur le même espace probabilisé fini. On appelle covariance de X et Y le réel
Cov(X,Y)=E((X−E(X))(Y−E(Y))).Propriété
Soient X, Y, Z des variables aléatoires et a, b des réels. Alors :
- Cov(X,Y)=E(XY)−E(X)E(Y) ;
- Cov(X,X)=V(X) et Cov(X,Y)=Cov(Y,X) ;
- Cov(aX+bY,Z)=aCov(X,Z)+bCov(Y,Z), et de même par rapport à la seconde variable : la covariance est bilinéaire symétrique ;
- si X et Y sont indépendantes, alors Cov(X,Y)=0.
Démonstration. Point 1. Posons m=E(X) et m′=E(Y), deux réels. Développons le produit issue par issue :
(X−m)(Y−m′)=XY−m′X−mY+mm′.La linéarité de l'espérance donne
Cov(X,Y)=E(XY)−m′E(X)−mE(Y)+mm′=E(XY)−m′m−mm′+mm′=E(XY)−mm′.Point 2. Avec Y=X, la définition redonne exactement celle de la variance, et la symétrie est évidente sur la définition, le produit de deux réels étant commutatif. Point 3. Utilisons la forme du point 1 et la linéarité de l'espérance :
Cov(aX+bY, Z)=E((aX+bY)Z)−E(aX+bY)E(Z)=aE(XZ)+bE(YZ)−(aE(X)+bE(Y))E(Z)=a(E(XZ)−E(X)E(Z))+b(E(YZ)−E(Y)E(Z))=aCov(X,Z)+bCov(Y,Z).La linéarité par rapport à la seconde variable s'en déduit par symétrie. Point 4. Si X et Y sont indépendantes, alors E(XY)=E(X)E(Y), et le point 1 donne une covariance nulle. □
Remarque
La réciproque du point 4 est fausse. Deux variables de covariance nulle, que l'on dit non corrélées, ne sont pas nécessairement indépendantes. Le contre-exemple de référence, entièrement traité en exercice, consiste à prendre X de loi uniforme sur {−1,0,1} et Y=X2 : on vérifie que E(X)=0 et que XY=X3=X, d'où E(XY)=0=E(X)E(Y) et une covariance nulle, alors que Y est une fonction de X, donc entièrement déterminée par elle. Ce que mesure la covariance est en réalité la seule dépendance affine entre X et Y : elle est positive quand les deux variables ont tendance à s'écarter de leur moyenne dans le même sens, négative dans le cas contraire, et une dépendance non affine comme Y=X2 lui échappe complètement.
Variance d'une somme
Propriété
Soient X1,…,Xn des variables aléatoires sur le même espace probabilisé fini. Alors
V(i=1∑nXi)=i=1∑nV(Xi)+21⩽i<j⩽n∑Cov(Xi,Xj).En particulier, pour deux variables, V(X+Y)=V(X)+V(Y)+2Cov(X,Y).
Si les variables X1,…,Xn sont deux à deux indépendantes, alors
V(i=1∑nXi)=i=1∑nV(Xi).Démonstration. Posons S=∑i=1nXi. D'après le point 2 de la propriété précédente, V(S)=Cov(S,S), et la bilinéarité permet de développer cette covariance comme on développerait un produit :
V(S)=Cov(i=1∑nXi, j=1∑nXj)=i=1∑nj=1∑nCov(Xi,Xj).Séparons les termes diagonaux des autres. Pour i=j, on obtient Cov(Xi,Xi)=V(Xi), ce qui donne la première somme. Pour i=j, les couples (i,j) et (j,i) apparaissent tous les deux et contribuent de façon égale, par symétrie de la covariance : leur contribution totale est 2Cov(Xi,Xj) pour chaque paire {i,j} avec i<j. D'où la formule. Si enfin les variables sont deux à deux indépendantes, toutes les covariances d'indices distincts sont nulles, et il ne reste que la somme des variances. □
Remarque
Une hypothèse mérite d'être soulignée : l'indépendance deux à deux suffit, l'indépendance mutuelle n'est pas nécessaire. C'est un des rares endroits du programme où la distinction joue en notre faveur, et un énoncé qui exigerait l'indépendance mutuelle serait inutilement fort. Retenez surtout que, contrairement à l'espérance, la variance n'est pas linéaire : sans hypothèse, V(X+Y)=V(X)+V(Y), le terme correctif étant la covariance. Cas extrême : V(X+X)=V(2X)=4V(X), alors que V(X)+V(X)=2V(X).
Exemple
La variance de la loi binomiale, en deux lignes. Reprenons X=X1+⋯+Xn, somme des n indicatrices de succès d'un schéma de Bernoulli. Ces variables sont mutuellement indépendantes par construction du modèle, donc en particulier deux à deux indépendantes, et chacune a pour variance p(1−p). D'où
V(X)=i=1∑np(1−p)=np(1−p),ce qui redonne, sans aucun calcul de somme, le résultat obtenu plus haut par la formule du pivot.
Exemple
Retour aux points fixes d'une permutation. Reprenons Ω=Sn muni de l'équiprobabilité, avec n⩾2, et X=∑i=1n1Ai le nombre de points fixes, où Ai est l'événement « σ(i)=i ». Ici les indicatrices ne sont pas indépendantes, il faut donc les covariances.
Pour i=j, les permutations fixant à la fois i et j sont en bijection avec les permutations des n−2 autres entiers, d'où P(Ai∩Aj)=n!(n−2)!=n(n−1)1. Comme 1Ai1Aj=1Ai∩Aj, on obtient
Cov(1Ai,1Aj)=P(Ai∩Aj)−P(Ai)P(Aj)=n(n−1)1−n21=n2(n−1)n−(n−1)=n2(n−1)1.Chaque indicatrice a pour variance n1(1−n1), et il y a (2n)=2n(n−1) paires {i,j} avec i<j. La formule de la variance d'une somme donne donc
V(X)=n×n1(1−n1)+2×2n(n−1)×n2(n−1)1=1−n1+n1=1.Le nombre de points fixes d'une permutation aléatoire a donc pour espérance 1 et pour variance 1, quel que soit n⩾2. Aucune loi n'a été calculée.
Coefficient de corrélation
Propriété
Soient X et Y deux variables aléatoires de variances non nulles. Alors
Cov(X,Y)⩽σ(X)σ(Y),et l'on appelle coefficient de corrélation de X et Y le réel
ρ(X,Y)=σ(X)σ(Y)Cov(X,Y)∈[−1,1].Démonstration. Pour tout réel t, la variable X+tY a une variance positive, et la formule de la variance d'une somme donne
0⩽V(X+tY)=V(X)+2tCov(X,Y)+t2V(Y),en utilisant V(tY)=t2V(Y) et Cov(X,tY)=tCov(X,Y). Le membre de droite est un trinôme du second degré en t, de coefficient dominant V(Y)>0, qui reste positif ou nul pour toute valeur de t. Son discriminant est donc négatif ou nul :
4Cov(X,Y)2−4V(X)V(Y)⩽0,c'est-à-dire Cov(X,Y)2⩽V(X)V(Y)=σ(X)2σ(Y)2. En prenant la racine carrée, on obtient l'inégalité annoncée, et la définition de ρ donne alors ∣ρ(X,Y)∣⩽1. □
Remarque
Le coefficient de corrélation est la covariance rendue sans unité : il ne change pas si l'on multiplie X ou Y par une constante positive, alors que la covariance, elle, est multipliée. C'est donc lui, et non la covariance, qui permet de comparer l'intensité du lien affine entre deux couples de variables différents. Deux variables indépendantes ont un coefficient de corrélation nul ; la réciproque reste fausse, pour la même raison que pour la covariance.
Inégalités et loi faible des grands nombres
Inégalité de Markov
Propriété
Inégalité de Markov. Soit X une variable aléatoire positive sur un espace probabilisé fini. Alors, pour tout réel a>0,
P(X⩾a)⩽aE(X).Démonstration. Toutes les valeurs de X sont positives. Partageons la somme définissant l'espérance selon que la valeur est ou non supérieure ou égale à a :
E(X)=x∈X(Ω)∑xP(X=x)=x∈X(Ω)x<a∑xP(X=x) +x∈X(Ω)x⩾a∑xP(X=x).La première somme est positive, comme somme de termes positifs, donc on la minore par 0, ce qui donne E(X)⩾∑x⩾axP(X=x). Dans la somme restante, chaque valeur x vérifie x⩾a, donc chaque terme se minore par aP(X=x) :
E(X)⩾ax∈X(Ω)x⩾a∑P(X=x)=aP(X⩾a),la dernière égalité étant la décomposition de l'événement (X⩾a) suivant les valeurs de X. Comme a>0, on peut diviser. □
Remarque
L'hypothèse de positivité est essentielle : sans elle, la première somme pourrait être négative et la minoration par 0 tomberait. Notez aussi que l'inégalité n'a d'intérêt que si a>E(X), faute de quoi le majorant dépasse 1 et ne dit rien. L'énoncé se retient sous forme parlante : une variable positive ne peut pas dépasser souvent plusieurs fois sa moyenne. Si le nombre moyen de pièces défectueuses produites en une journée est 3, la probabilité d'en produire au moins 10 est majorée par 103, et ce sans rien savoir d'autre sur la production.
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev
Propriété
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Soit X une variable aléatoire sur un espace probabilisé fini. Alors, pour tout réel a>0,
P(X−E(X)⩾a)⩽a2V(X).Démonstration. Posons Y=(X−E(X))2. C'est une variable aléatoire positive, d'espérance E(Y)=V(X) par définition de la variance. Comme a>0, l'équivalence ∣u∣⩾a⟺u2⩾a2, valable pour tout réel u, donne l'égalité d'événements
(X−E(X)⩾a)=(Y⩾a2),et l'inégalité de Markov appliquée à Y et au seuil a2>0 donne alors
P(X−E(X)⩾a)=P(Y⩾a2)⩽a2E(Y)=a2V(X).□Remarque
En écrivant a=kσ(X) avec k>0 et σ(X)>0, l'inégalité prend une forme universelle :
P(X−E(X)⩾kσ(X))⩽k21.Autrement dit, quelle que soit la loi, une variable s'écarte de sa moyenne de plus de deux écarts-types avec une probabilité inférieure à 41, et de plus de trois écarts-types avec une probabilité inférieure à 91. Pour k⩽1, l'inégalité ne dit rien.
Exemple
Une majoration grossière mais universelle. Soit X∼B(100,21), par exemple le nombre de piles obtenus en 100 lancers d'une pièce équilibrée. Alors E(X)=50 et V(X)=100×21×21=25, donc σ(X)=5, et l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev donne
P(∣X−50∣⩾20)⩽40025=161=0,0625etP(∣X−50∣⩾10)⩽10025=41.La vraie valeur de la première probabilité est très inférieure à 161, mais son calcul exact exige la somme d'une soixantaine de coefficients binomiaux. C'est tout l'intérêt de l'inégalité : elle est grossière, mais elle ne demande que l'espérance et la variance, et elle s'applique à n'importe quelle loi, connue ou non.
Loi faible des grands nombres
Propriété
Loi faible des grands nombres. Soient n∈N∗ et X1,…,Xn des variables aléatoires sur un même espace probabilisé fini, deux à deux indépendantes et de même loi, d'espérance commune m et de variance commune v. Posons
Xn=n1i=1∑nXi.Alors E(Xn)=m, V(Xn)=nv, et pour tout réel ε>0,
P(Xn−m⩾ε)⩽nε2v.Démonstration. Notons Sn=∑i=1nXi, de sorte que Xn=n1Sn. Espérance. Par linéarité, E(Sn)=∑i=1nE(Xi)=nm, donc E(Xn)=n1×nm=m. Variance. Les variables étant deux à deux indépendantes, toutes les covariances sont nulles et la variance de la somme est la somme des variances : V(Sn)=nv. La formule V(aX)=a2V(X) avec a=n1 donne alors
V(Xn)=n21V(Sn)=n2nv=nv.Majoration. Appliquons l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev à la variable Xn, dont l'espérance vaut m, avec le seuil a=ε>0 :
P(Xn−m⩾ε)⩽ε2V(Xn)=nε2v.□Remarque
Voici enfin justifiée l'intuition dont ce chapitre est parti. Pour ε fixé, le majorant nε2v tend vers 0 quand n grandit : la probabilité que la moyenne observée s'écarte de plus de ε de l'espérance devient aussi petite que l'on veut, pourvu que l'on répète l'expérience assez de fois. C'est ce que l'on appelle la convergence en probabilité de Xn vers m. Le cas des indicatrices donne l'interprétation fréquentiste. Si Xi=1Ai où Ai est la réalisation d'un même événement de probabilité p à la i-ième répétition, alors Xn est la fréquence d'apparition de l'événement au cours des n répétitions, m=p et v=p(1−p). L'inégalité devient
P(Xn−p⩾ε)⩽nε2p(1−p)⩽4nε21,la dernière majoration venant de p(1−p)⩽41. La fréquence observée se rapproche donc de la probabilité, ce qui ferme la boucle : la théorie construite à partir de deux axiomes redonne bien le phénomène empirique qu'elle prétendait modéliser.
Exemple
Un sondage. On souhaite estimer la proportion inconnue p d'électeurs favorables à une mesure, en interrogeant n personnes choisies indépendamment les unes des autres. La fréquence observée Xn estime p, et l'on veut que l'erreur dépasse 3 points, soit ε=0,03, avec une probabilité inférieure à 5%. La majoration ci-dessus donne une condition suffisante :
4nε21⩽0,05⟺n⩾4×0,05×(0,03)21=0,000181=950000≈5555,6,donc n⩾5556 suffit. À l'inverse, avec l'échantillon de 1000 personnes qu'utilisent réellement les instituts, l'inégalité ne garantit que
P(∣Xn−p∣⩾0,03)⩽4×1000×0,00091=3,61=185≈0,278.Une majoration à 28% n'est évidemment pas ce qu'annoncent les instituts : c'est le signe que Bienaymé-Tchebychev, universelle, est très pessimiste dès que l'on connaît la loi. Obtenir une majoration réaliste demande des outils plus fins, hors de portée de ce cours.
Méthodes à retenir
Méthode
1. Poser l'univers et choisir son modèle.
Avant tout calcul, écrire explicitement Ω et dire quelle probabilité on met dessus, puis trancher deux questions.
L'ordre compte-t-il ? Un tirage « successif » impose un modèle ordonné, un tirage « simultané » un modèle non ordonné. Les deux sont souvent licites et donnent la même réponse ; l'interdit absolu est de compter les cas favorables dans un modèle et les cas possibles dans l'autre. Y a-t-il équiprobabilité ? Elle se justifie par la symétrie du dispositif et doit être posée. Le réflexe qui sauve : choisir le modèle qui la rend vraie, quitte à rendre les objets discernables artificiellement, par exemple en numérotant des boules de même couleur.
Méthode
2. Décomposer selon un système complet.
Dès qu'une expérience se déroule en étapes, ou qu'un paramètre inconnu conditionne la suite, appliquer la formule des probabilités totales avec le système complet des cas possibles à la première étape.
Rédaction type, à reproduire : « La famille (A,A) est un système complet d'événements de probabilités non nulles, donc P(B)=P(A)PA(B)+P(A)PA(B). » Puis on remplace par les données de l'énoncé. Contrôle : la somme des poids issus d'un même nœud de l'arbre doit valoir 1, et la somme des probabilités de tous les chemins aussi.
Méthode
3. Retourner un conditionnement par Bayes.
Signalement : l'énoncé donne les probabilités des causes et les probabilités des effets sachant la cause, puis demande la probabilité d'une cause sachant l'effet observé. C'est exactement la situation de Bayes.
Marche à suivre : nommer les événements, écrire ce que l'on cherche sous la forme PB(A), écrire PB(A)=P(B)P(A)PA(B), calculer le dénominateur P(B) par les probabilités totales, conclure. Ne jamais confondre PA(B) et PB(A) : c'est l'erreur que le calcul du dépistage sanctionne, et l'écart entre les deux peut être d'un facteur vingt.
Méthode
4. Reconnaître, ou réfuter, un schéma binomial.
Trois conditions, toutes nécessaires : un nombre n d'épreuves fixé à l'avance ; des épreuves identiques, donc de même probabilité de succès ; des épreuves mutuellement indépendantes.
Rédaction type : « Les n épreuves sont identiques et indépendantes, chacune ayant la probabilité p de succès, et X compte les succès : donc X∼B(n,p). » Les deux réfutations classiques sont le tirage sans remise, qui casse l'identité des épreuves, et l'expérience répétée « jusqu'à obtenir un succès », dont le nombre d'épreuves n'est pas fixé et qui sort d'ailleurs du cadre fini de ce chapitre.
Méthode
5. Décomposer en somme d'indicatrices.
À employer dès que la variable compte quelque chose, et en particulier chaque fois que le calcul de la loi paraît hors de portée. Pour l'espérance : écrire X=∑i=1n1Ai, vérifier l'égalité issue par issue, puis E(X)=∑i=1nP(Ai). Aucune indépendance requise.
Pour la variance : utiliser V(X)=∑iV(1Ai)+2∑i<jCov(1Ai,1Aj), avec V(1Ai)=P(Ai)(1−P(Ai)) et Cov(1Ai,1Aj)=P(Ai∩Aj)−P(Ai)P(Aj), cette dernière formule venant de 1Ai1Aj=1Ai∩Aj. Ici, en revanche, il faut calculer les probabilités des intersections.
Méthode
6. Calculer une loi en passant par P(X⩽k).
Signalement : X est un maximum, ou plus généralement une variable pour laquelle l'événement (X⩽k) se traduit par une condition simple portant sur toutes les composantes.
Procédé : calculer P(X⩽k), puis P(X=k)=P(X⩽k)−P(X⩽k−1), en justifiant par la décomposition (X⩽k)=(X⩽k−1)∪(X=k), réunion incompatible. Pour un minimum, passer au contraire : P(X⩾k) se traduit aussi par une condition sur toutes les composantes, et P(X=k)=P(X⩾k)−P(X⩾k+1). Contrôle final obligatoire : la somme des P(X=k) doit valoir 1.
Méthode
7. Majorer une probabilité sans connaître la loi.
Si la variable est positive et que l'on ne dispose que de son espérance : inégalité de Markov, P(X⩾a)⩽aE(X). Si l'on dispose de l'espérance et de la variance, et que l'événement s'écrit comme un écart à la moyenne : inégalité de Bienaymé-Tchebychev, P(∣X−E(X)∣⩾a)⩽a2V(X). Si la question porte sur une moyenne de n variables de même loi, deux à deux indépendantes : loi faible des grands nombres, c'est-à-dire Bienaymé-Tchebychev appliquée à Xn, dont la variance vaut nv.
Deux réflexes de rédaction. D'abord, vérifier le signe de la variable avant d'invoquer Markov. Ensuite, si le majorant obtenu dépasse 1, ne pas conclure : l'inégalité est vraie mais vide, il faut un autre seuil ou une autre méthode.
Méthode
8. Le tableau des trois lois usuelles.
| Loi | X(Ω) | P(X=k) | E(X) | V(X) |
|---|---|---|---|---|
| U([[1,n]]) | [[1,n]] | n1 | 2n+1 | 12n2−1 |
| B(p) | {0,1} | p si k=1, 1−p si k=0 | p | p(1−p) |
| B(n,p) | [[0,n]] | (kn)pk(1−p)n−k | np | np(1−p) |
Ces cinq colonnes doivent être sues sans hésitation, ainsi que les trois situations qui les produisent : un choix au hasard parmi n objets, une épreuve à deux issues, et le comptage des succès dans n épreuves identiques et indépendantes. Contrôles de cohérence utiles : B(1,p) redonne B(p) ; la variance de B(n,p) est maximale pour p=21 et nulle pour p∈{0,1} ; l'espérance d'une loi uniforme est le milieu de l'intervalle des valeurs.
Les exercices
36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Décrire un univers et des événements
Expérience aléatoire, univers fini, événements, systèmes complets d'événements
On lance deux dés cubiques équilibrés discernables : l'un est rouge, l'autre est vert. On note le résultat sous la forme d'un couple, le premier nombre désignant le résultat du dé rouge et le second celui du dé vert.
-
Décrire l'univers Ω associé à cette expérience et donner card(Ω).
-
Écrire en extension les événements A : « la somme des deux dés vaut 5 » et B : « les deux dés donnent le même résultat », puis donner leur cardinal.
-
Décrire A∩B, A∪B et A, et donner le cardinal de chacun. Les événements A et B sont-ils incompatibles ?
-
Donner deux systèmes complets d'événements différents associés à cette expérience, en vérifiant à chaque fois la définition.
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On note R : « le dé rouge donne 6 » et V : « le dé vert donne 6 ». Traduire en langage ensembliste les trois phrases suivantes, puis donner le cardinal de l'événement obtenu : « au moins un des deux dés donne 6 » ; « aucun des deux dés ne donne 6 » ; « exactement un des deux dés donne 6 ».
Exercice 2 ★★★★ — Calculer avec une distribution de probabilité
Probabilité sur un univers fini, distribution, propriétés et calculs
On considère l'univers Ω={ω1,ω2,ω3,ω4,ω5}, que l'on souhaite munir d'une probabilité P définie par la distribution suivante, où a désigne un réel :
| Issue | ω1 | ω2 | ω3 | ω4 | ω5 |
|---|---|---|---|---|---|
| Probabilité | 81 | 41 | a | 81 | 2a |
On pose A={ω1,ω2,ω3}, B={ω3,ω4,ω5} et C={ω1,ω3}.
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Déterminer la valeur de a pour laquelle ce tableau définit bien une probabilité sur Ω.
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Calculer P(A) et P(B).
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Calculer P(A) de deux façons différentes.
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Calculer P(A∪B) à l'aide de la formule P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B), puis contrôler le résultat par un calcul direct.
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Démontrer que si deux événements E et F vérifient E⊂F, alors P(E)⩽P(F). Illustrer cette propriété avec les événements C et A.
Exercice 3 ★★★★ — Dés, cartes et équiprobabilité
Probabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrement
-
On lance deux dés cubiques équilibrés discernables. Après avoir décrit l'univers et justifié l'équiprobabilité, calculer la probabilité des événements suivants :
a. la somme des deux dés vaut 8
b. les deux dés donnent des résultats différents
-
On tire simultanément 5 cartes dans un jeu de 32 cartes bien battu (les couleurs sont pique, cœur, carreau et trèfle ; chaque couleur comporte les hauteurs 7, 8, 9, 10, valet, dame, roi et as). Une telle main est appelée une donne. Calculer la probabilité des événements suivants, en donnant la valeur exacte sous forme de fraction irréductible puis une valeur approchée à 10−3 près :
a. la main contient exactement deux cœurs
b. la main contient au moins un as
c. la main contient exactement un roi et exactement une dame
d. la main n'est composée que de figures (valets, dames et rois)
Exercice 4 ★★★★ — Premiers calculs de probabilités conditionnelles
Probabilités conditionnelles, formule des probabilités composées
Une urne contient 10 boules indiscernables au toucher : 4 boules blanches et 6 boules noires. On tire successivement et sans remise deux boules de l'urne. On note A l'événement « la première boule tirée est blanche » et B l'événement « la deuxième boule tirée est noire ».
-
Décrire l'univers associé à cette expérience, donner son cardinal et calculer P(A).
-
Calculer PA(B) en raisonnant directement sur l'univers réduit, c'est-à-dire sur le contenu de l'urne après le premier tirage.
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En déduire P(A∩B) par la formule des probabilités composées, puis retrouver ce résultat par un dénombrement direct.
-
Calculer P(B), puis PB(A). Comparer PB(A) et PA(B), et interpréter la valeur obtenue pour PB(A).
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Question de cours : pourquoi la probabilité conditionnelle PA n'est-elle pas définie lorsque P(A)=0 ?
Exercice 5 ★★★★ — Un arbre pondéré et la formule des probabilités totales
Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérés
On dispose de deux urnes. L'urne U1 contient 3 boules blanches et 2 boules noires ; l'urne U2 contient 1 boule blanche et 4 boules noires. On lance une pièce truquée, qui tombe sur pile avec la probabilité 32 : si elle donne pile, on tire une boule au hasard dans U1, sinon on tire une boule au hasard dans U2.
On note U1 l'événement « la boule est tirée dans l'urne U1 », U2 l'événement « la boule est tirée dans l'urne U2 », et B l'événement « la boule tirée est blanche ».
-
Décrire en toutes lettres l'arbre pondéré associé à cette expérience, et vérifier que (U1,U2) est un système complet d'événements.
-
Calculer P(B) à l'aide de la formule des probabilités totales. Contrôler le résultat en calculant de même la probabilité de tirer une boule noire.
-
La boule tirée est blanche. Quelle est la probabilité qu'elle provienne de l'urne U1 ?
-
Calculer de même PB(U2), et vérifier que PB(U1)+PB(U2)=1. Pourquoi ce résultat était-il prévisible ?
Exercice 6 ★★★★ — Deux événements sont-ils indépendants
Indépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille
On lance un dé cubique équilibré à six faces et on note le résultat. On considère les événements
A:« le reˊsultat est pair »,B:« le reˊsultat est un multiple de 3 »,D:« le reˊsultat est infeˊrieur ou eˊgal aˋ 3 ».-
Décrire l'univers, justifier l'équiprobabilité, puis écrire A, B et D en extension et donner leur probabilité.
-
Pour chacun des trois couples (A,B), (A,D) et (B,D), dire s'il s'agit d'événements indépendants, en appliquant le critère P(A∩B)=P(A)P(B) et en concluant à chaque fois.
-
On note S : « le résultat vaut 1 » et T : « le résultat vaut 2 ». Montrer que S et T sont incompatibles mais non indépendants. Démontrer plus généralement que deux événements incompatibles de probabilité non nulle ne sont jamais indépendants.
-
Démontrer que si deux événements A et B sont indépendants, alors A et B le sont aussi. Vérifier la propriété sur le couple (A,B) de la question 2.
Exercice 7 ★★★★ — Lire et vérifier la loi d'une variable aléatoire
Variable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction
Soit X une variable aléatoire définie sur un univers fini Ω, telle que X(Ω)={−1,0,1,2,3} et dont la loi est donnée par le tableau suivant, où a est un réel :
| k | −1 | 0 | 1 | 2 | 3 |
|---|---|---|---|---|---|
| P(X=k) | 121 | 41 | a | 31 | a |
-
Déterminer a.
-
Calculer P(X⩽2) et P(X⩾3), et vérifier la cohérence des deux résultats.
-
Déterminer la loi de la variable aléatoire Y=X2, et vérifier que la somme des probabilités obtenues vaut 1.
-
Déterminer la loi de la variable aléatoire Z=∣X−2∣.
Exercice 8 ★★★★ — Reconnaître une loi uniforme, de Bernoulli ou binomiale
Lois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomiale
-
Pour chacune des quatre situations suivantes, préciser X(Ω) et déterminer la loi de X avec ses paramètres, en justifiant soigneusement le modèle. Si X ne suit aucune des trois lois usuelles du cours, le dire et l'expliquer.
a. On lance un dé équilibré à douze faces numérotées de 1 à 12, et X désigne le numéro obtenu.
b. On tire une carte au hasard dans un jeu de 32 cartes bien battu ; X vaut 1 si la carte tirée est un cœur, et 0 sinon.
c. On lance 10 fois de suite une pièce truquée qui tombe sur pile avec la probabilité 31, les lancers étant indépendants, et X désigne le nombre de piles obtenus.
d. Une urne contient 10 boules indiscernables au toucher, dont 4 blanches. On en tire 3 simultanément et X désigne le nombre de boules blanches obtenues.
-
Pour la variable aléatoire de la situation c., calculer P(X=0) et P(X=3), sous forme exacte puis avec une valeur approchée à 10−3 près.
Exercice 9 ★★★★ — Espérance et variance d'une loi donnée par un tableau
Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart-type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme
Soit X une variable aléatoire définie sur un univers fini, dont la loi est donnée par le tableau suivant.
| k | −1 | 0 | 1 | 2 | 3 |
|---|---|---|---|---|---|
| P(X=k) | 101 | 102 | 103 | 103 | 101 |
-
Vérifier que ce tableau définit bien une loi de probabilité, puis calculer E(X).
-
Calculer E(X2) à l'aide de la formule de transfert.
-
En déduire V(X) par la formule de Koenig-Huygens, puis retrouver ce résultat en appliquant la définition V(X)=E((X−E(X))2).
-
Calculer σ(X), sous forme exacte puis avec une valeur approchée à 10−3 près.
-
Calculer E(3X−2) et V(3X−2) à l'aide des propriétés du cours, puis contrôler ces deux valeurs par un calcul direct sur la loi de 3X−2.
Exercice 10 ★★★★ — La somme de deux dés
Variable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonctionEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart-type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme
On lance deux dés équilibrés à six faces, discernables l'un de l'autre. On note X le résultat du premier dé, Y celui du second, et l'on pose S=X+Y.
-
Décrire l'univers Ω et la probabilité retenue. Justifier que X et Y suivent la loi uniforme sur [[1,6]] et qu'elles sont indépendantes.
-
Établir que S(Ω)=[[2,12]] et que, pour tout s∈[[2,12]],
Vérifier que la somme de ces probabilités vaut 1.
-
Calculer E(S) par linéarité, puis V(S) et σ(S) en utilisant l'indépendance.
-
Retrouver la valeur de E(S) par le calcul direct s=2∑12sP(S=s).
-
Calculer P(S⩾10).
Exercice 11 ★★★★ — Tirages avec remise et tirages sans remise
Probabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementLois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomiale
Une urne contient 10 boules indiscernables au toucher, dont 4 blanches et 6 noires. On y prélève 3 boules, selon deux protocoles différents.
-
Protocole avec remise. On tire successivement 3 boules, en remettant chaque boule dans l'urne après l'avoir observée. On note X le nombre de boules blanches obtenues. Reconnaître la loi de X en justifiant chaque hypothèse, puis calculer P(X=2).
-
Protocole sans remise. On tire simultanément 3 boules de l'urne. On note Y le nombre de boules blanches obtenues. Déterminer la loi de Y par dénombrement, puis calculer P(Y=2).
-
Vérifier que les deux lois obtenues somment bien à 1.
-
Comparer numériquement les deux lois, et en particulier P(X=2) et P(Y=2). Expliquer le sens de l'écart observé.
-
Calculer E(X) et E(Y). Commenter.
Exercice 12 ★★★★ — Un test de dépistage et la formule de Bayes
Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérés
Dans une population donnée, une personne sur mille est atteinte d'une certaine maladie. On dispose d'un test de dépistage dont on connaît les performances : il est positif chez 99 % des personnes malades, et négatif chez 98 % des personnes saines. On choisit une personne au hasard dans la population.
-
Introduire les événements utiles, préciser le système complet d'événements employé, et traduire les trois données de l'énoncé.
-
Calculer la probabilité que le test soit positif.
-
Calculer la probabilité qu'une personne dont le test est positif soit effectivement malade. Donner la valeur exacte sous forme de fraction irréductible, puis une valeur approchée.
-
Le test se trompe pourtant très rarement. Commenter ce paradoxe apparent, par exemple en raisonnant sur une population de 100000 personnes.
-
Calculer la probabilité qu'une personne dont le test est négatif soit effectivement saine.
-
On cherche à améliorer le test. Les autres données restant inchangées, jusqu'à quelle valeur faudrait-il abaisser le taux de faux positifs pour que la probabilité d'être malade sachant que le test est positif dépasse 21 ?
Exercice 13 ★★★★ — Un bit transmis dans un canal bruité
Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérésProbabilités conditionnelles, formule des probabilités composées
Une source émet un bit, qui vaut 1 avec la probabilité 53 et 0 avec la probabilité 52. Ce bit traverse un canal binaire symétrique : lors de la transmission, il est inversé avec la probabilité p∈ ]0,1[ et transmis correctement avec la probabilité 1−p, indépendamment de tout le reste. On note E1 et E0 les événements « le bit émis vaut 1 » et « le bit émis vaut 0 », R1 et R0 les événements analogues pour le bit reçu.
-
Calculer P(R1) en fonction de p.
-
Calculer PR1(E1) en fonction de p, puis donner sa valeur pour p=0,1.
-
Étudier le cas p=21 : montrer que E1 et R1 sont alors indépendants, et interpréter.
-
Pour fiabiliser la transmission, on utilise un code de répétition : la source émet trois fois le même bit, chaque bit étant inversé indépendamment avec la probabilité p, et le récepteur décide à la majorité. Calculer la probabilité que le décodage soit erroné, puis comparer cette probabilité à p pour p=0,1.
-
Démontrer que le code de répétition améliore la transmission si et seulement si p<21.
Exercice 14 ★★★★ — Tirages successifs et urne de Polya
Probabilités conditionnelles, formule des probabilités composées
Une urne contient initialement b boules blanches et r boules rouges, avec b⩾1 et r⩾1. On effectue des tirages successifs selon le protocole suivant : on tire une boule au hasard, on note sa couleur, on la remet dans l'urne et on ajoute en plus c boules de la même couleur, où c∈N est fixé ; puis on recommence. À chaque tirage, toutes les boules présentes dans l'urne ont la même probabilité d'être choisies.
Pour k∈[[1,3]], on note Bk l'événement « la k-ième boule tirée est blanche » et Rk=Bk.
-
Dans cette question, b=3, r=2 et c=2. Calculer P(B1∩B2∩R3) à l'aide de la formule des probabilités composées.
-
Dans le cas général, démontrer que P(B2)=P(B1).
-
Vérifier ce résultat sur l'exemple numérique de la question 1, et comparer P(B1∩B2) à P(B1)P(B2).
-
Commenter : le protocole renforce pourtant la couleur qui vient de sortir. Comment concilier ce renforcement avec le résultat de la question 2 ?
Exercice 15 ★★★★ — Indépendance deux à deux sans indépendance mutuelle
Indépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille
On lance deux pièces équilibrées, discernables l'une de l'autre. On considère les événements
A=« la premieˋre pieˋce donne pile »,B=« la seconde pieˋce donne pile », C=« les deux pieˋces donnent le meˆme reˊsultat ».-
Décrire l'univers et la probabilité choisie, puis calculer P(A), P(B), P(C) ainsi que les probabilités des trois intersections deux à deux. Conclure que A, B et C sont deux à deux indépendants.
-
Calculer P(A∩B∩C) et comparer à P(A)P(B)P(C). Que peut-on en conclure ?
-
Expliquer pourquoi ces deux résultats ne sont pas contradictoires.
-
Réciproquement, on lance un dé équilibré à six faces et l'on pose A′={1,2,3}, B′={2,3,4} et C′={1,2,5,6}. Vérifier que P(A′∩B′∩C′)=P(A′)P(B′)P(C′) alors que A′ et B′ ne sont pas indépendants.
-
Énoncer la définition correcte de l'indépendance mutuelle d'une famille finie d'événements, et dire ce que les deux exemples précédents démontrent.
Exercice 16 ★★★★ — Épreuves répétées et loi binomiale
Lois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomialeIndépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille
Un tireur atteint la cible avec la probabilité 0,3 à chaque tir. Il effectue 10 tirs, dans des conditions identiques et de façon mutuellement indépendante. On note X le nombre de tirs qui atteignent la cible. Les valeurs approchées seront données à 10−4 près.
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Justifier précisément que X suit une loi binomiale dont on donnera les paramètres, en explicitant les hypothèses utilisées.
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Calculer les probabilités suivantes, en passant par l'événement contraire pour la deuxième :
a. P(X=3)
b. P(X⩾1)
c. P(2⩽X⩽4)
-
Calculer E(X), V(X) et σ(X).
-
Le tireur se fatigue en réalité, et sa probabilité de réussite baisse à chaque tir. Expliquer quelle hypothèse du modèle est alors violée, et ce qui subsiste malgré tout.
Exercice 17 ★★★★ — Le nombre de faces différentes en trois lancers
Variable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonctionEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatrices
On lance trois fois de suite un dé équilibré à six faces et l'on note X le nombre de faces différentes obtenues, c'est-à-dire le nombre de valeurs distinctes apparaissant dans le triplet des résultats. Les valeurs approchées seront données à 10−4 près.
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Décrire l'univers et la probabilité choisie, puis justifier que X(Ω)={1,2,3}.
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Calculer P(X=1) et P(X=3) par dénombrement.
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En déduire P(X=2), retrouver cette valeur par un dénombrement direct, et vérifier que la loi de X somme à 1.
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Calculer E(X), puis retrouver le résultat en écrivant X comme une somme d'indicatrices.
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Calculer V(X) et σ(X).
-
Généralisation : pour un dé équilibré à n faces avec n⩾3, donner P(X=3) et contrôler la cohérence avec la question 2.
Exercice 18 ★★★★ — Loi conjointe, lois marginales et loi conditionnelle
Couples de variables aléatoires, loi conjointe, marginales, indépendance
Soit (X,Y) un couple de variables aléatoires définies sur un même univers fini Ω, avec X(Ω)={1,2,3} et Y(Ω)={0,1,2}. La loi conjointe du couple est donnée par le tableau suivant, où la case située à l'intersection de la ligne X=x et de la colonne Y=y contient P((X=x)∩(Y=y)) :
| Y=0 | Y=1 | Y=2 | |
|---|---|---|---|
| X=1 | 204 | 202 | 202 |
| X=2 | 201 | 203 | 202 |
| X=3 | 201 | 201 | 204 |
-
Vérifier que ce tableau définit bien la loi d'un couple de variables aléatoires.
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Déterminer les lois marginales de X et de Y.
-
Les variables X et Y sont-elles indépendantes ? Justifier à l'aide d'une seule case du tableau.
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Déterminer la loi conditionnelle de Y sachant (X=1), vérifier qu'elle somme à 1, et la comparer à la loi de Y.
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Calculer E(XY) et E(X)E(Y), puis en déduire Cov(X,Y). Que retrouve-t-on ?
-
Peut-on rendre X et Y indépendantes en modifiant une seule ligne du tableau, les deux autres restant inchangées ? Justifier.
Exercice 19 ★★★★ — Compter les succes avec des indicatrices
Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatrices
Pour un événement A d'un univers fini Ω, on note 1A la variable aléatoire définie sur Ω par 1A(ω)=1 si ω∈A, et 1A(ω)=0 sinon. L'objectif de l'exercice est de calculer des espérances sans jamais déterminer la loi de la variable étudiée.
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Déterminer la loi de 1A et démontrer que E(1A)=P(A).
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On lance n dés équilibrés à six faces, discernables, les lancers étant indépendants. On note X le nombre de six obtenus. Écrire X comme une somme d'indicatrices, en déduire E(X), puis reconnaître la loi de X et contrôler le résultat.
-
On tire au hasard une main de 5 cartes dans un jeu de 32 cartes, toutes les mains étant équiprobables. On note Y le nombre de cœurs de la main. Écrire Y comme une somme de 8 indicatrices, calculer la probabilité de chacun des événements associés, puis E(Y). Ces 8 événements sont-ils indépendants ? Le calcul en est-il affecté ?
-
On lance n⩾2 fois une pièce équilibrée. On note Z le nombre d'indices i∈[[1,n−1]] tels que les lancers numéros i et i+1 donnent le même résultat. Calculer E(Z), puis donner sa valeur pour n=100.
-
Résumer en une phrase la méthode employée dans les trois situations précédentes.
Exercice 20 ★★★★ — Esperance et variance des lois usuelles
Lois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomialeEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart-type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme
Toutes les variables aléatoires considérées sont définies sur un univers fini Ω. On rappelle les sommes usuelles
k=1∑nk=2n(n+1),k=1∑nk2=6n(n+1)(2n+1),ainsi que la formule du pivot k(kn)=n(k−1n−1), valable pour 1⩽k⩽n.
-
Soit X∼U([[1,n]]). Calculer E(X), puis E(X2), et en déduire V(X).
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Soit X∼B(p) avec p∈[0,1]. Calculer E(X) et V(X).
-
Soit X∼B(n,p), où l'on pose q=1−p. Calculer E(X) puis V(X) par le calcul direct, en utilisant la formule du pivot.
-
Retrouver ces deux résultats par la méthode des indicatrices, en écrivant X comme une somme de n variables de Bernoulli indépendantes.
-
Comparer l'efficacité des deux méthodes. Application numérique : donner E(X), V(X) et σ(X) pour X∼B(20;0,25).
Exercice 21 ★★★★ — Le paradoxe des anniversaires
Probabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrement
On réunit n personnes, avec 2⩽n⩽365. On suppose que l'année compte 365 jours, que la date d'anniversaire d'une personne est uniformément répartie sur ces 365 jours, et que les dates des n personnes sont indépendantes. On note pn la probabilité qu'au moins deux personnes du groupe aient le même anniversaire.
-
Décrire un univers Ω adapté, donner card(Ω) et justifier que la probabilité uniforme convient.
-
Exprimer 1−pn à l'aide d'un arrangement, puis sous la forme d'un produit ∏k=0n−1(1−365k).
-
Calculer une valeur approchée de p23 et de p50.
-
Démontrer que 1−x⩽e−x pour tout x réel, puis en déduire l'encadrement
-
En déduire une valeur de n garantissant pn⩾0,99.
-
Commenter le « paradoxe » en comparant n au nombre de paires de personnes du groupe.
Exercice 22 ★★★★ — Markov et Bienayme-Tchebychev, premieres majorations
Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombres
Toutes les variables aléatoires sont définies sur un univers fini Ω.
- Soit X une variable aléatoire positive et a>0. Démontrer l'inégalité de Markov :
-
On lance 10 fois une pièce équilibrée et l'on note X le nombre de piles obtenus. Majorer P(X⩾8) par l'inégalité de Markov, puis calculer la valeur exacte de P(X⩾8). Commenter l'écart.
-
Soit X une variable aléatoire quelconque et ε>0. Déduire de la question 1 l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev :
-
Soit X∼B(100,1/2). Majorer P(∣X−50∣⩾20) par l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev. On admet que la valeur exacte de cette probabilité est environ 0,0000785. Commenter l'écart.
-
Montrer qu'il existe une variable aléatoire pour laquelle l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev est une égalité. On cherchera une variable ne prenant que trois valeurs.
Exercice 23 ★★★★ — Le probleme de Monty Hall
Probabilités conditionnelles, formule des probabilités composéesFormule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérés
Un jeu télévisé propose trois portes numérotées de 1 à 3. Derrière l'une d'elles, tirée au hasard de façon uniforme, se trouve une voiture ; derrière chacune des deux autres, une chèvre. Le candidat désigne une porte sans l'ouvrir. Le présentateur, qui connaît l'emplacement de la voiture, ouvre alors une porte selon des règles strictes : la porte ouverte est toujours perdante, et toujours différente de celle désignée par le candidat ; lorsque ces deux conditions lui laissent le choix entre deux portes, il tire au sort celle qu'il ouvre, chacune avec la probabilité 21. Le candidat décide enfin de garder sa porte ou de prendre l'autre porte encore fermée.
Les règles étant symétriques, on suppose que le candidat a désigné la porte numéro 1. Pour i∈[[1,3]], on note Gi l'événement « la voiture est derrière la porte numéro i » et, pour j∈{2,3}, Oj l'événement « le présentateur ouvre la porte numéro j ».
-
Justifier que (Gi)1⩽i⩽3 est un système complet d'événements, donner P(Gi), puis traduire les règles du présentateur en probabilités conditionnelles PGi(Oj).
-
Calculer, par la formule des probabilités totales, la probabilité de gagner en gardant sa porte, puis la probabilité de gagner en changeant.
-
Le candidat objecte : « la porte 3 est ouverte, il reste deux portes fermées, donc une chance sur deux ». Calculer P(O3), puis PO3(G1) et PO3(G2) par la formule de Bayes. Que répondre au candidat ?
-
Généraliser à n⩾3 portes, le présentateur ouvrant n−2 portes perdantes, toutes différentes de celle du candidat.
-
Commenter le cas n=100.
-
Vigilance. On suppose maintenant que le présentateur ignore l'emplacement de la voiture : il ouvre la porte 2 ou la porte 3 au hasard, chacune avec la probabilité 21, indépendamment de la position de la voiture. Sachant qu'il a ouvert la porte 3 et que celle-ci s'est révélée perdante, calculer la probabilité que la voiture soit derrière la porte 1. Conclure.
Exercice 24 ★★★★ — Les points fixes d une permutation aleatoire
Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart-type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme
Soit n⩾2. On choisit une permutation σ au hasard, de façon uniforme, dans le groupe symétrique Sn : l'univers est Ω=Sn muni de la probabilité uniforme. On note X le nombre de points fixes de σ, c'est-à-dire
X(σ)=card{i∈[[1,n]] ; σ(i)=i},et, pour i∈[[1,n]], Ai l'événement (σ(i)=i).
-
Justifier que X=∑i=1n1Ai, calculer P(Ai) et en déduire E(X). Commenter le résultat.
-
Calculer P(Ai∩Aj) pour i=j.
-
En déduire que, pour i=j, Cov(1Ai,1Aj)=n2(n−1)1.
-
En déduire V(X).
-
Vérifier entièrement les résultats pour n=3, en énumérant les six permutations de S3.
-
Les indicatrices 1Ai sont-elles indépendantes ? Pourquoi le calcul de E(X) ne s'en est-il pas soucié, contrairement à celui de V(X) ?
Exercice 25 ★★★★ — Un tirage sans remise et la loi du nombre de blanches
Variable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonctionEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatrices
Une urne contient N boules indiscernables au toucher mais numérotées, dont b blanches et N−b noires, avec 1⩽b⩽N. On en tire simultanément n boules, avec 1⩽n⩽N, tous les tirages étant équiprobables. On note X le nombre de boules blanches obtenues.
- Décrire l'univers, préciser X(Ω) et démontrer que
-
Vérifier que la somme de ces probabilités vaut 1, en invoquant la formule de Vandermonde.
-
Calculer E(X) par la méthode des indicatrices : on posera, pour i∈[[1,b]], 1i l'indicatrice de l'événement « la boule blanche numéro i figure dans le tirage », dont on montrera qu'il a pour probabilité Nn.
-
Comparer avec l'espérance du même comptage effectué avec remise, et commenter.
-
Application numérique : un lot de 50 pièces contient 5 pièces défectueuses ; on en prélève 10 au hasard. Calculer l'espérance du nombre de pièces défectueuses prélevées, puis la probabilité d'en détecter au moins une.
-
Que devient la loi de X lorsque N devient très grand, la proportion Nb=p restant fixée ? Réponse qualitative attendue.
Exercice 26 ★★★★ — Une covariance nulle sans independance
Variance, écart-type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une sommeCouples de variables aléatoires, loi conjointe, marginales, indépendance
Toutes les variables aléatoires sont définies sur un même univers fini Ω.
-
Démontrer que si X et Y sont indépendantes, alors Cov(X,Y)=0.
-
Soit X∼U({−1,0,1}) et Y=X2. Donner la loi conjointe du couple (X,Y) et les deux lois marginales, puis calculer Cov(X,Y).
-
Démontrer que X et Y ne sont pas indépendantes. Que conclure sur la réciproque de la question 1 ?
-
Calculer Cov(X,aX+b) pour a,b réels. Qu'est-ce que la covariance mesure réellement ?
-
Soit X∼U([[1,4]]) et Y=1(X pair). Calculer Cov(X,Y) et conclure quant à l'indépendance.
-
Soient enfin X∼B(p) et Y∼B(q) telles que Cov(X,Y)=0. Démontrer que X et Y sont indépendantes.
Exercice 27 ★★★★ — La valeur la plus probable d une loi binomiale
Lois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomiale
Soient n∈N∗ et p∈]0,1[. On pose q=1−p et l'on considère X∼B(n,p). Pour k∈[[0,n]], on note uk=P(X=k). On cherche la ou les valeurs de k pour lesquelles uk est maximal : ce sont les valeurs les plus probables, ou modes, de la loi.
-
Justifier que uk>0 pour tout k∈[[0,n]], puis calculer et simplifier le rapport ukuk+1 pour k∈[[0,n−1]].
-
Démontrer que, pour k∈[[0,n−1]], uk+1⩾uk si et seulement si k+1⩽(n+1)p. En déduire le sens de variation de la suite finie (uk)0⩽k⩽n.
-
On pose k0=⌊(n+1)p⌋. Démontrer que uk0 est le maximum de (uk), qu'il y a exactement deux valeurs les plus probables lorsque (n+1)p est un entier, et une seule sinon.
-
Applications numériques : déterminer le ou les modes et la probabilité maximale pour (n,p)=(10;0,3), puis (9;0,5), puis (5,61).
-
Comparer le mode et l'espérance np. Démontrer que ∣k0−np∣<1.
Exercice 28 ★★★★ — La somme de deux binomiales independantes
Couples de variables aléatoires, loi conjointe, marginales, indépendanceLois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomiale
Soient n,m∈N∗ et p∈]0,1[. Sur un même univers fini Ω, on considère deux variables aléatoires indépendantes X∼B(n,p) et Y∼B(m,p), de même paramètre p.
-
Déterminer (X+Y)(Ω).
-
Soit k∈[[0,n+m]]. En appliquant la formule des probabilités totales au système complet d'événements ((X=i))0⩽i⩽n, écrire P(X+Y=k) sous forme d'une somme, puis conclure à l'aide de la formule de Vandermonde que X+Y∼B(n+m,p).
-
Retrouver ce résultat en une ligne, en décomposant X et Y en sommes d'indicatrices dans un schéma d'épreuves répétées.
-
Contrôler la cohérence du résultat sur les espérances, puis sur les variances.
-
On suppose maintenant n=m=1, avec X∼B(p1) et Y∼B(p2) indépendantes et p1=p2. Montrer que X+Y ne suit aucune loi binomiale B(2,r) : on déterminera d'abord la seule valeur possible de r grâce à l'espérance, puis on comparera P(X+Y=2) à ce que cette loi imposerait. Illustrer avec p1=21 et p2=41.
Exercice 29 ★★★★ — L esperance par la formule de la queue
Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction
Soit X une variable aléatoire définie sur un univers fini Ω, à valeurs dans [[0,n]].
- Démontrer la formule de la queue :
On explicitera soigneusement le domaine de la somme double avant d'intervertir.
-
Vérifier cette formule lorsque X∼U([[0,n]]).
-
Une urne contient N⩾2 boules numérotées de 1 à N. On en tire deux simultanément, et l'on note M le plus grand des deux numéros obtenus. Déterminer P(M⩽k) pour k∈[[0,N]], puis P(M⩾k).
-
En déduire, à l'aide de la question 1, que
On établira au passage l'identité j=0∑N−1(2j)=(3N). Vérifier le résultat pour N=2 et N=3 en énumérant les tirages.
- Dans quelles situations la formule de la queue est-elle plus économique que le calcul direct de E(X) à partir de la loi de X ?
Exercice 30 ★★★★ — Une chaine a deux etats et une suite arithmetico-geometrique
Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérés
Une puce occupe, à chaque top d'horloge, l'une des deux positions A ou B. À chaque top :
- si elle est en A, elle saute en B avec la probabilité a, et reste en A avec la probabilité 1−a ;
- si elle est en B, elle saute en A avec la probabilité b, et reste en B avec la probabilité 1−b,
avec 0<a<1 et 0<b<1. On observe les n premiers déplacements : l'univers est l'ensemble fini des trajectoires possibles. On note An l'événement « la puce est en A à l'instant n », pn=P(An), et l'on se donne p0∈[0,1].
- Justifier, par la formule des probabilités totales appliquée au système complet (An,An), que pour tout n∈N
-
Réécrire cette relation sous la forme pn+1=αpn+β et vérifier que ∣α∣<1.
-
Déterminer l'unique point fixe ℓ de la relation, puis donner l'expression explicite de pn en fonction de n, a, b et p0.
-
Étudier la limite de (pn) et montrer qu'elle ne dépend pas de p0.
-
Application numérique : a=0,3, b=0,2 et p0=1. Donner p1, p2, p3, p4 et la limite.
-
Commenter : que se passe-t-il si p0=ℓ ? Comment la vitesse de convergence dépend-elle de a et b ?
Exercice 31 ★★★★ — Un sondage et la taille de l echantillon
Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombres
On interroge n personnes, indépendamment les unes des autres. Chacune répond « oui » avec la même probabilité p∈[0,1], inconnue. On note Sn le nombre de réponses « oui » et
Fn=nSnla fréquence observée de « oui » dans l'échantillon.
-
Donner la loi de Sn, puis calculer E(Fn) et V(Fn).
-
Démontrer que V(Fn)⩽4n1, et souligner pourquoi cette majoration est précieuse ici.
-
Soit ε>0. À l'aide de l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, majorer P(∣Fn−p∣⩾ε) par une quantité qui ne dépend pas de p.
-
En déduire une taille d'échantillon n garantissant
Donner le plus petit entier fourni par cette méthode.
-
Commenter la dépendance en ε21 : quel est le coût d'une division de l'erreur par 2 ?
-
Énoncer la loi faible des grands nombres dans ce cadre. Que garantit-elle exactement, et que ne garantit-elle pas ?
Exercice 32 ★★★★ — La variance minimise l ecart quadratique moyen
Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart-type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme
Soit X une variable aléatoire réelle définie sur un univers fini Ω. Pour a∈R, on pose
f(a)=E((X−a)2),appelé écart quadratique moyen entre X et la constante a.
-
Montrer que f est une fonction polynomiale du second degré de la variable a, et expliciter ses trois coefficients en fonction de E(X) et de E(X2).
-
Mettre f sous forme canonique. En déduire que f atteint son minimum en un unique point, que ce point est a=E(X), et que ce minimum vaut V(X).
-
Retrouver au passage la formule de Koenig-Huygens.
-
Application numérique. La variable X a pour loi
| x | −1 | 0 | 2 |
|---|---|---|---|
| P(X=x) | 41 | 21 | 41 |
Expliciter f, retrouver son minimum, et vérifier directement la valeur de f(0) et de f(E(X)).
-
Interpréter le résultat : en quel sens E(X) est-elle la « meilleure approximation constante » de X ?
-
Montrer que V(X)=0 si et seulement si X est constante sur tous les événements élémentaires de probabilité non nulle.
Exercice 33 ★★★★ — Jamais deux piles consecutifs
Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérésProbabilités conditionnelles, formule des probabilités composées
Soit n⩾1. On lance exactement n fois une pièce équilibrée, les lancers étant mutuellement indépendants. On code le résultat par un mot de longueur n sur l'alphabet {0,1}, le chiffre 1 signifiant « pile » et le chiffre 0 « face » : l'univers est donc l'ensemble fini Ωn={0,1}n, de cardinal 2n, muni de la probabilité uniforme.
On note An l'événement « la suite obtenue ne contient jamais deux piles consécutifs », c'est-à-dire « le mot obtenu ne contient pas le facteur 11 », et un=card(An).
-
Déterminer u1, u2 et u3 en énumérant les mots favorables.
-
Démontrer que pour tout n⩾1,
en partitionnant les mots favorables de longueur n+2 selon le résultat du premier lancer. Relire cette relation comme une formule des probabilités totales.
-
Reconnaître la suite de Fibonacci, puis donner l'expression explicite de un en résolvant la récurrence linéaire d'ordre 2.
-
En déduire P(An), et calculer sa valeur pour n=5 et n=10.
-
Déterminer un équivalent de P(An) quand n→+∞. En déduire que P(An)→0, et préciser à quelle vitesse.
Exercice 34 ★★★★ — Cauchy-Schwarz, correlation et cas d egalite
Variance, écart-type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une sommeCouples de variables aléatoires, loi conjointe, marginales, indépendance
Soient X et Y deux variables aléatoires réelles définies sur un même univers fini Ω. Pour t∈R, on pose
g(t)=V(X+tY).-
Montrer que g est une fonction polynomiale de degré au plus 2 en t, à coefficients exprimés à l'aide de V(X), V(Y) et Cov(X,Y), et que g est positive ou nulle sur R.
-
En discutant selon la nullité de V(Y) et en utilisant le discriminant, démontrer l'inégalité de Cauchy-Schwarz :
-
On suppose désormais σ(X)>0 et σ(Y)>0. Définir le coefficient de corrélation ρ(X,Y) et montrer que −1⩽ρ(X,Y)⩽1.
-
Étudier le cas d'égalité : démontrer que ρ(X,Y)=1 si et seulement s'il existe des réels α=0 et β tels que Y=αX+β presque sûrement, et préciser le signe de α.
-
Application. La loi conjointe du couple (X,Y) est donnée par le tableau suivant.
| P(X=x,Y=y) | y=0 | y=1 | y=2 |
|---|---|---|---|
| x=0 | 61 | 61 | 61 |
| x=1 | 0 | 61 | 31 |
Déterminer les lois marginales, puis calculer Cov(X,Y) et ρ(X,Y).
- Soient a=0 et b deux réels. Que vaut ρ(X,aX+b) selon le signe de a ?
Exercice 35 ★★★★ — Les records d une permutation aleatoire
Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart-type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une sommeIndépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille
Soit n⩾1. On choisit une permutation σ uniformément dans le groupe symétrique Sn : l'univers est Ω=Sn, de cardinal n!, muni de la probabilité uniforme.
On dit que l'indice i∈[[1,n]] est un record de σ lorsque
σ(i)>σ(j)pour tout j∈[[1,i−1]],condition vide pour i=1 : l'indice 1 est toujours un record. On note Ci l'événement « l'indice i est un record », Ri=1Ci son indicatrice, et R=∑i=1nRi le nombre de records de σ.
-
Traiter entièrement le cas n=3 : énumérer les six permutations, donner la loi de R, puis E(R) et V(R).
-
Démontrer que pour tout i∈[[1,n]],
On remarquera que Ci signifie « le maximum de σ(1),…,σ(i) est atteint en position i », et l'on utilisera un argument de symétrie entre les i premières positions.
-
En déduire E(R), et vérifier le résultat sur le cas n=3.
-
Par comparaison somme-intégrale, démontrer que E(R)∼lnn quand n→+∞.
-
On admet que la famille d'événements (C1,C2,…,Cn) est mutuellement indépendante. En déduire
et vérifier cette formule sur le cas n=3.
- Commenter le contraste avec le nombre de points fixes d'une permutation aléatoire.
Exercice 36 ★★★★ — La loi faible des grands nombres et le theoreme de Weierstrass
Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombresEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatrices
Soit f une fonction continue sur le segment [0,1], à valeurs réelles. Pour n⩾1 et x∈[0,1], on définit le n-ième polynôme de Bernstein de f :
Bn(x)=k=0∑nf(nk)(kn)xk(1−x)n−k.- Justifier que Bn est une fonction polynomiale de degré au plus n. Puis, x∈[0,1] étant fixé et Sn désignant une variable aléatoire de loi B(n,x), montrer que
-
Rappeler E(nSn) et V(nSn), et démontrer que V(nSn)⩽4n1.
-
Soit δ>0. Majorer P(nSn−x⩾δ) par une quantité indépendante de x.
-
Soit ε>0. En utilisant la continuité uniforme de f sur [0,1] et le fait que f est bornée, découper la somme donnant ∣Bn(x)−f(x)∣ selon que nk−x est petit ou grand, et exhiber un entier N explicite tel que
-
Énoncer le théorème ainsi démontré.
-
Application : expliciter B2 pour f(x)=x2 et calculer l'écart maximal avec f.
Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (4 points) — Trois lignes de conditionnement
Une chocolaterie conditionne ses ballotins sur trois lignes automatisées. Sur la production d'une journée, la première ligne fournit la moitié des ballotins, la deuxième trois dixièmes, la troisième le reste. Un ballotin est dit défectueux lorsqu'il est mal scellé : c'est le cas d'un ballotin sur cent parmi ceux issus de la première ligne, de deux sur cent parmi ceux issus de la deuxième et de cinq sur cent parmi ceux issus de la troisième.
On prélève au hasard un ballotin dans la production de la journée, tous les ballotins ayant la même probabilité d'être prélevés. On note Ω l'univers associé, D l'événement « le ballotin prélevé est défectueux » et, pour i∈[[1,3]], Li l'événement « le ballotin prélevé provient de la i-ième ligne ».
1. (0,5 pt) Justifier que (Li)1⩽i⩽3 est un système complet d'événements de Ω, puis traduire l'énoncé en donnant P(Li) et PLi(D) pour tout i∈[[1,3]].
2. (0,75 pt) Calculer P(D).
3. (0,75 pt) Le ballotin prélevé est défectueux. Calculer PD(L1) et PD(L3), puis commenter.
4. (0,5 pt) Calculer PD(L2) et vérifier que PD(L1)+PD(L2)+PD(L3)=1. Expliquer pourquoi ce résultat était prévisible sans calcul.
5. (0,75 pt) La troisième ligne est révisée : son taux de défaut devient t∈[0,1], les autres données de l'énoncé étant inchangées. Toutes les probabilités des questions 5. et 6. sont relatives à ce nouveau modèle. Exprimer PD(L3) en fonction de t, puis déterminer la valeur de t pour laquelle PD(L1)=PD(L3).
6. (0,75 pt) On note f(t)=PD(L3). Démontrer que f est strictement croissante sur [0,1], puis déterminer les valeurs de t pour lesquelles la troisième ligne est responsable de plus de la moitié des ballotins défectueux. Contrôler la cohérence avec la question 3.
Exercice 2 (5 points) — Deux dés : maximum et minimum
On lance deux dés équilibrés à six faces, discernables et indépendants. On note D1 et D2 les numéros obtenus, puis
X=max(D1,D2)etY=min(D1,D2).On travaille sur Ω=[[1,6]]2 muni de la probabilité uniforme. On rappelle k=1∑6k=21, k=1∑6k2=91 et k=1∑6k3=441.
1. (0,75 pt) Déterminer P(X⩽k) pour k∈[[1,6]], en déduire la loi de X et vérifier que la somme des probabilités obtenues vaut 1.
2. (1 pt) Calculer E(X), puis V(X) à l'aide de la formule de Koenig-Huygens.
3. (1 pt) On répète cinq fois, dans les mêmes conditions et de façon indépendante, l'expérience consistant à lancer les deux dés, et l'on note S le nombre de lancers pour lesquels le maximum obtenu vaut 6. Justifier que S suit une loi binomiale dont on précisera les paramètres, puis donner E(S) et V(S). Démontrer en revanche que X−1 ne suit aucune loi binomiale.
4. (0,75 pt) Déterminer la loi conjointe du couple (X,Y) et vérifier que la somme de ses valeurs vaut 1. Les variables X et Y sont-elles indépendantes ?
5. (0,75 pt) Calculer Cov(X,Y) ; on remarquera que X+Y=D1+D2 et XY=D1D2. Interpréter le signe obtenu, puis contrôler le résultat en calculant V(X+Y) de deux façons.
6. (0,75 pt) On pose Z=∣X−4∣. Déterminer la loi de Z, puis E(Z).
Exercice 3 (5 points) — Boîtes vides : la méthode des indicatrices
Soit n⩾2. On répartit au hasard n boules discernables, numérotées de 1 à n, dans n boîtes discernables, numérotées de 1 à n : chaque boule choisit sa boîte selon la loi uniforme sur [[1,n]], indépendamment des autres boules. On note X le nombre de boîtes restées vides et, pour i∈[[1,n]], Ai l'événement « la boîte i est vide », d'indicatrice 1Ai.
1. (0,5 pt) Décrire l'univers Ω, justifier qu'il est muni de la probabilité uniforme, et donner X(Ω).
2. (0,75 pt) Calculer P(Ai) pour i∈[[1,n]] et justifier l'égalité X=i=1∑n1Ai.
3. (0,5 pt) En déduire E(X).
4. (0,75 pt) Soient i=j dans [[1,n]]. Calculer P(Ai∩Aj), puis Cov(1Ai,1Aj). Démontrer que cette covariance est strictement négative et interpréter ce signe.
5. (1 pt) En déduire V(X).
6. (0,75 pt) Donner E(X) et V(X) pour n=2 et n=3. Pour n=2, retrouver ces valeurs en déterminant directement la loi de X.
7. (0,75 pt) Déterminer n→+∞limnE(X) et interpréter le résultat.
Exercice 4 (6 points) — Problème : estimer un effectif inconnu
Une urne contient N jetons numérotés de 1 à N, l'entier N⩾2 étant inconnu. On effectue n tirages avec remise (n⩾1) et l'on note X1,…,Xn les numéros obtenus, puis
M=max(X1,…,Xn).L'objectif du problème est d'estimer l'effectif inconnu N à partir des numéros observés.
Partie A. Loi de M
1. (0,25 pt) Décrire l'univers Ω et la probabilité dont on le munit, justifier que X1,…,Xn sont mutuellement indépendantes de loi uniforme sur [[1,N]], et donner M(Ω).
2. (0,75 pt) Démontrer que P(M⩽k)=(Nk)n pour tout k∈[[1,N]].
3. (0,75 pt) En déduire la loi de M, puis vérifier par télescopage que la somme des probabilités obtenues vaut 1.
Partie B. Espérance de M
4. (0,75 pt) Démontrer que E(M)=k=1∑NP(M⩾k).
5. (0,5 pt) En déduire que E(M)=N−Nn1k=0∑N−1kn.
6. (0,75 pt) Par comparaison d'une somme et d'une intégrale, démontrer l'encadrement
n+1nN ⩽ E(M) ⩽ n+1nN+1.7. (0,25 pt) En déduire un estimateur naturel de N construit à partir de M, et majorer l'écart entre son espérance et N.
Partie C. Contrôle de l'erreur
8. (0,75 pt) Dans cette question n=2. Calculer E(M) explicitement en fonction de N, contrôler le résultat pour N=2 par un calcul direct, et vérifier la cohérence avec la question 6.
9. (0,5 pt) Pour n quelconque, démontrer que P(M⩽2N)⩽2n1. Application numérique pour n=10, puis commentaire sur la fiabilité de l'estimateur.
Partie D. Un estimateur concurrent
10. (0,25 pt) On pose X=n1i=1∑nXi. Calculer E(X) et en déduire E(2X−1).
11. (0,5 pt) Calculer V(2X−1), puis, à l'aide de l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, majorer P(2X−1−N⩾εN) pour ε>0. Conclure sur la qualité de cet estimateur et le comparer à celui de la partie B.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.