MPSI · Chapitre 19 · Second semestre
Procédés sommatoires discrets
Séries numériques, séries à termes positifs, convergence absolue, séries alternées, familles sommables.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Séries numériques
- Séries à termes positifs
- Convergence absolue
- Séries alternées
- Familles sommables
Le cours
Depuis le début de l'année, la limite d'une suite est un objet familier : on sait ce que signifie un→ℓ, on sait le démontrer, on sait s'en servir. Additionner une infinité de nombres, en revanche, n'a aucun sens a priori. L'addition est une opération à deux termes ; par associativité, on sait l'étendre à trois, à quatre, à un nombre fini quelconque de termes, mais rien dans cette construction ne dit ce que vaudrait 1+21+41+81+⋯, et rien ne dit non plus que la question soit légitime. Le fait que l'intuition suggère 2 pour cette somme-là n'est pas une démonstration, et l'intuition se trompe : à la question « que vaut 1−1+1−1+1−⋯ ? », on peut répondre 0 en groupant les termes deux par deux à partir du premier, ou 1 en les groupant à partir du second. Une écriture qui autorise deux réponses est une écriture qui n'a pas de sens.
Ce chapitre donne à ce geste un sens précis, et il n'y a qu'une seule façon raisonnable de procéder : ramener l'infini au fini, puis passer à la limite. On additionne les n+1 premiers termes, ce qui est licite, on obtient un nombre Sn, et l'on regarde si la suite (Sn) converge. Si oui, sa limite est ce qu'on appellera la somme ; si non, la somme n'existe pas, et l'écriture reste interdite. Toute la théorie des séries tient dans ce déplacement : une série n'est pas une addition infinie, c'est une suite — celle de ses sommes partielles — regardée sous un angle particulier.
Il faut prendre acte tout de suite d'un changement d'objectif. La question centrale du chapitre n'est presque jamais « combien vaut la somme ? », mais « la somme existe-t-elle ? ». On dira qu'on étudie la nature de la série : convergente ou divergente. Cela peut surprendre, mais c'est exactement ce que l'on fait déjà pour les suites : le théorème de la limite monotone affirme qu'une suite croissante majorée converge, sans livrer sa limite ; les suites adjacentes encadrent un nombre qu'on ne sait pas nommer. De même ici, on décidera de la convergence de ∑n21 sans être capable, avec les outils de MPSI, de démontrer que sa somme vaut 6π2. Les séries dont on sait calculer la somme se comptent sur les doigts de deux mains : les géométriques, les télescopiques, l'exponentielle, et quelques cas obtenus par astuce. Toutes les autres, on les classe.
L'outil décisif pour classer est déjà en main : c'est l'analyse asymptotique du chapitre précédent. L'idée est simple et elle gouverne tout ce qui suit. Une série converge quand son terme général devient petit assez vite ; le mot important est « assez vite », car n1 tend vers 0 sans que ∑n1 converge, tandis que n21 tend vers 0 et que ∑n21 converge. Pour trancher, on ne calcule rien : on compare le terme général à celui d'une série dont la nature est connue, à l'aide d'un O ou d'un équivalent. Les développements limités, les croissances comparées, la formule de Stirling deviennent ainsi des instruments de décision, et l'on comprendra rétrospectivement pourquoi le chapitre précédent insistait tant sur la notion de vitesse.
Le chapitre est bâti à deux étages. Le premier étage est celui des séries : les termes y sont indexés par les entiers, et l'ordre dans lequel on les additionne est imposé par l'indice. C'est un cadre confortable, mais rigide, et cette rigidité a un prix — sur certaines séries, changer l'ordre des termes change la somme. Le second étage lève cette contrainte : les familles sommables permettent de sommer « en vrac » une famille indexée par un ensemble quelconque, sans ordre privilégié, à condition de payer un droit d'entrée qui s'appelle la sommabilité. On y gagne deux outils considérables, la sommation par paquets et l'interversion de deux sommations, qui serviront massivement en deuxième année et, dès cette année, en probabilités.
Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes, et la première est la plus importante. La série de terme général un se note ∑un : c'est un objet, pas un nombre. Ses sommes partielles sont les Sn=k=0∑nuk (ou k=1∑nuk lorsque la série démarre à l'indice 1, ce qui sera toujours précisé). Lorsque la série converge, et seulement dans ce cas, on note n=0∑+∞un sa somme, qui est un nombre, et Rn=k=n+1∑+∞uk son reste d'ordre n. La lettre K désigne indifféremment R ou C. On écrit Hn=k=1∑nk1 pour la somme harmonique. Retenez dès maintenant l'interdit qui structure toute la rédaction du chapitre : l'écriture n=0∑+∞un n'a de sens qu'après que la convergence a été prouvée. Écrire cette somme pour démontrer ensuite qu'elle existe, c'est se servir d'un objet dont on ignore s'il existe ; c'est la faute la plus fréquente du chapitre, et elle invalide une copie.
Séries numériques
Définitions
Tout part d'une suite. On ne fabrique pas un objet nouveau : on regarde une suite donnée à travers ses sommes cumulées.
Définition
Soit (un)n∈N une suite d'éléments de K. On appelle série de terme général un, et l'on note ∑un, la suite (Sn)n∈N définie par
Sn=k=0∑nuk.Le nombre Sn est la somme partielle d'ordre n de la série.
On dit que la série ∑un converge lorsque la suite (Sn) converge. Dans ce cas, la limite de (Sn) s'appelle la somme de la série et se note
n=0∑+∞un=n→+∞limSn.Dans le cas contraire, on dit que la série diverge.
Déterminer la nature d'une série, c'est dire si elle converge ou si elle diverge.
Trois conséquences immédiates de cette définition doivent être comprises avant d'aller plus loin.
D'abord, une série est une suite. Il n'y a pas d'objet nouveau dans ce chapitre : ∑un désigne la suite (Sn), et tous les théorèmes sur les suites — limite monotone, suites adjacentes, opérations sur les limites, suites extraites — s'appliquent donc sans réserve. C'est même la seule source de démonstrations dont nous disposions.
Ensuite, il y a deux suites en présence, et il ne faut jamais les confondre : la suite (un) des termes, et la suite (Sn) des sommes partielles. Dire « la série ∑un converge » est une affirmation sur (Sn), pas sur (un).
Enfin, une série peut parfaitement démarrer à un autre indice que 0 : si (un)n⩾n0 n'est définie qu'à partir du rang n0 — c'est le cas de n1 à partir de 1, de lnn1 à partir de 2 — on note ∑n⩾n0un la série correspondante et Sn=k=n0∑nuk ses sommes partielles. Tout ce qui suit s'y transpose mot pour mot.
Exemple
Les deux suites en présence, sur un cas concret. Prenons un=2n1. La formule de la somme géométrique finie donne, pour tout n∈N,
Sn=k=0∑n2k1=1−211−(21)n+1=2−2n1.Les deux suites sont donc
(un):1, 21, 41, 81, …et(Sn):1, 23, 47, 815, …La première tend vers 0, la seconde vers 2. C'est la seconde qui décide : la série ∑2n1 converge, et n=0∑+∞2n1=2. Le reste vaut Rn=2−Sn=2n1, et l'on vérifie qu'il tend bien vers 0.
Comparons avec un=1 : cette fois Sn=n+1→+∞, la série ∑1 diverge. Dans les deux cas, c'est le comportement de (Sn) que l'on étudie, jamais celui de (un) pour lui-même.
Remarque
Deux notations à ne jamais mélanger. L'écriture ∑un, sans bornes, désigne la série, c'est-à-dire un objet dont on peut demander la nature. L'écriture n=0∑+∞un, avec ses bornes, désigne un nombre, la somme, et elle n'est définie que si la série converge.
La faute classique consiste à écrire la somme avant d'avoir prouvé la convergence, typiquement sous la forme : « posons S=n=0∑+∞un ; montrons que S est fini ». Cette phrase n'a pas de sens : elle nomme un objet dont l'existence est précisément la question posée. On peut construire des absurdités à partir de là. Notons S=1−1+1−1+⋯, c'est-à-dire S=n=0∑+∞(−1)n, en supposant que ce nombre existe. Alors
S=1−(1−1+1−⋯)=1−S,doncS=21,ce qui est difficile à défendre pour une somme de nombres entiers. Le raisonnement est formellement correct ; c'est l'hypothèse d'existence qui est fausse, et la série ∑(−1)n diverge, comme on le verra à la section suivante. Toujours prouver la convergence d'abord, manipuler la somme ensuite.
La nature ne dépend pas des premiers termes. Soient (un) et (un′) deux suites qui coïncident à partir d'un rang N. Pour n⩾N, les sommes partielles diffèrent d'une constante :
Sn′−Sn=k=0∑N−1(uk′−uk),quantité indépendante de n. Les suites (Sn) et (Sn′) sont donc de même nature : les deux séries convergent ou divergent simultanément. En revanche leurs sommes diffèrent, précisément de cette constante. Retenez la formule : modifier un nombre fini de termes ne change pas la nature, mais change la somme. C'est ce qui autorise, dans toute la suite, les hypothèses « à partir d'un certain rang ».
Définition
Soit ∑un une série convergente, de somme S. Pour tout n∈N, on appelle reste d'ordre n le nombre
Rn=S−Sn=k=n+1∑+∞uk,de sorte que
S=Sn+Rn.L'écriture Rn=k=n+1∑+∞uk est légitime : la série ∑k⩾n+1uk converge, puisqu'elle ne diffère de ∑uk que par ses premiers termes, et sa somme vaut bien S−Sn. On lit la relation S=Sn+Rn ainsi : Sn est ce que l'on a calculé, Rn est ce que l'on a laissé de côté, autrement dit l'erreur commise en arrêtant le calcul au rang n. Estimer un reste, c'est estimer une erreur d'approximation, et c'est pour cela que les restes occupent une place importante dans le chapitre.
Propriété
Si la série ∑un converge, alors la suite (Rn) de ses restes tend vers 0.
Démonstration. Notons S la somme de la série. Par définition de la convergence, Sn→S. Or Rn=S−Sn pour tout n, donc, par différence de limites,
Rn=S−Snn→+∞S−S=0.□Remarque
Ce résultat est à la fois évident et essentiel. Évident, parce qu'il n'est qu'une réécriture de la définition. Essentiel, parce qu'il légitime la pratique du calcul approché : puisque Rn→0, la somme partielle Sn approche la somme S d'aussi près que l'on veut, pourvu que n soit assez grand. Reste à savoir à quelle vitesse, c'est-à-dire à majorer ∣Rn∣ ; c'est un problème nettement plus difficile, et nous y consacrerons deux outils, l'encadrement par des intégrales (section 2.3) et la majoration alternée (section 3.2).
Propriété
Linéarité. Soient ∑un et ∑vn deux séries convergentes d'éléments de K, et λ,μ∈K. Alors la série ∑(λun+μvn) converge et
n=0∑+∞(λun+μvn)=λn=0∑+∞un+μn=0∑+∞vn.Autrement dit, l'ensemble des suites de KN dont la série converge est un sous-espace vectoriel de KN, et la somme est une forme linéaire sur cet espace.
Démonstration. Notons Sn=k=0∑nuk, Tn=k=0∑nvk et Wn=k=0∑n(λuk+μvk) les sommes partielles des trois séries. La somme portant sur un nombre fini de termes, la linéarité de la somme finie donne, pour tout n,
Wn=λSn+μTn.Par hypothèse, (Sn) converge vers S=n=0∑+∞un et (Tn) converge vers T=n=0∑+∞vn. Les opérations sur les limites donnent alors Wn→λS+μT. La suite (Wn) converge : la série ∑(λun+μvn) converge, et sa somme vaut λS+μT. □
Remarque
Ce que la linéarité permet, et ce qu'elle ne permet pas. L'énoncé ci-dessus suppose que les deux séries convergent. Dès qu'une seule diverge, il faut raisonner autrement, et deux situations bien distinctes se présentent.
Convergente + divergente = divergente. Supposons ∑un convergente et ∑vn divergente, et raisonnons par l'absurde en supposant que ∑(un+vn) converge. Alors, en appliquant la linéarité aux deux séries convergentes ∑(un+vn) et ∑un avec les coefficients 1 et −1, la série de terme général
(un+vn)−un=vnserait convergente, ce qui contredit l'hypothèse. Donc ∑(un+vn) diverge. C'est un argument que l'on réutilisera constamment, en particulier au dernier paragraphe du chapitre.
Divergente + divergente : on ne peut rien dire. Les deux cas se produisent. Avec un=1 et vn=−1, les deux séries divergent (leurs termes généraux ne tendent pas vers 0), pourtant un+vn=0 et ∑(un+vn) converge, de somme nulle. Avec un=vn=1, les deux séries divergent et ∑(un+vn)=∑2 diverge aussi. Aucune conclusion générale n'est donc possible : il faut étudier la série somme pour elle-même.
La condition nécessaire de convergence
Voici le premier théorème du chapitre, le plus simple à démontrer et le plus utile en pratique, à condition de ne pas se tromper sur son sens.
Propriété
Théorème — condition nécessaire de convergence. Si la série ∑un converge, alors
unn→+∞0.Démonstration. Supposons ∑un convergente et notons S sa somme, c'est-à-dire Sn→S. Pour tout n⩾1,
un=k=0∑nuk−k=0∑n−1uk=Sn−Sn−1.La suite (Sn−1)n⩾1 est extraite de (Sn) — plus simplement, c'est la même suite décalée d'un rang — donc elle converge également vers S. Par différence de limites,
un=Sn−Sn−1n→+∞S−S=0.□Définition
Lorsque la suite (un) ne tend pas vers 0 — soit qu'elle admette une limite non nulle, finie ou infinie, soit qu'elle n'admette pas de limite — on dit que la série ∑un diverge grossièrement.
D'après le théorème précédent, une série qui diverge grossièrement diverge.
Remarque
La réciproque est FAUSSE, et c'est le fait le plus important du chapitre. Il n'est pas vrai que un→0 entraîne la convergence de ∑un. Le contre-exemple est la série harmonique ∑n⩾1n1 : son terme général tend vers 0, et pourtant elle diverge, comme nous le démontrerons de deux façons à la section 1.5.
Conséquence directe sur la rédaction : la condition un→0 ne démontre jamais une convergence. Écrire « un→0 donc la série converge » est une faute grave, et c'est celle que les correcteurs voient le plus souvent. Le théorème ne se lit que dans un sens, la contraposée : si un→0, la série diverge.
Exemple
Quatre divergences grossières. Dans chaque cas, il suffit de calculer la limite du terme général et de constater qu'elle n'est pas nulle.
a. ∑(−1)n : la suite ((−1)n) n'a pas de limite, puisque ses termes de rang pair valent 1 et ceux de rang impair −1. Elle ne tend donc pas vers 0 : la série diverge grossièrement.
b. n⩾0∑n+1n : le terme général tend vers 1=0. La série diverge grossièrement.
c. n⩾1∑nsinn1 : en posant x=n1→0 et grâce à sinx∼x, on obtient nsinn1→1=0. La série diverge grossièrement.
d. n⩾1∑(1+n1)n : on écrit (1+n1)n=enln(1+n1), et nln(1+n1)→1, donc le terme général tend vers e=0. La série diverge grossièrement.
Méthode
Le premier réflexe, devant n'importe quelle série. Avant tout calcul, avant toute recherche d'équivalent, avant tout théorème de comparaison : regarder si le terme général tend vers 0.
- S'il ne tend pas vers 0 : c'est fini, la série diverge grossièrement, et l'on rédige en une ligne. C'est le cas le plus rapide à traiter, et il faut le repérer immédiatement.
- S'il tend vers 0 : on n'a rien démontré du tout, et le vrai travail commence. Il faut alors mesurer à quelle vitesse un tend vers 0, ce qui est l'objet des sections 2 et 3.
Ce réflexe est particulièrement rentable sur les termes généraux exponentiels ou trigonométriques, où la limite se lit vite. Une rédaction correcte : « Comme un→1=0, la série ∑un diverge grossièrement. »
Lien suite-série et séries télescopiques
Une série est une suite ; réciproquement, toute suite peut être vue comme une série. Ce va-et-vient est le sujet de la présente section, et c'est l'un des outils théoriques les plus utiles du chapitre.
Propriété
Théorème — lien suite-série. Soit (un)n∈N une suite d'éléments de K. La suite (un) et la série télescopique ∑(un+1−un) sont de même nature.
De plus, en cas de convergence, en notant ℓ=n→+∞limun,
n=0∑+∞(un+1−un)=ℓ−u0.Démonstration. Notons Sn la somme partielle d'ordre n de la série ∑(un+1−un). Le calcul est immédiat, car la somme se télescope : chaque terme uk+1 écrit dans le crochet k est effacé par le terme −uk+1 du crochet k+1. Précisément, en séparant la somme en deux et en décalant l'indice dans la première,
Sn=k=0∑n(uk+1−uk)=k=0∑nuk+1−k=0∑nuk=j=1∑n+1uj−k=0∑nuk=un+1−u0.La conclusion se lit sur cette égalité. La suite (Sn) converge si et seulement si la suite (un+1)n∈N converge, puisque Sn et un+1 ne diffèrent que de la constante u0. Or (un+1)n∈N converge si et seulement si (un) converge, et vers la même limite : les deux suites sont identiques à un décalage d'indice près. La série et la suite sont donc bien de même nature.
En cas de convergence, avec un→ℓ, le passage à la limite dans Sn=un+1−u0 donne Sn→ℓ−u0, c'est-à-dire l'égalité annoncée. □
Méthode
Le télescopage, en pratique. Devant une série ∑un dont on soupçonne qu'elle se télescope, la manœuvre se fait en trois temps.
1. Reconnaître la forme. Chercher une suite (vn) telle que un=vn+1−vn (ou un=vn−vn+1, ce qui revient au même au signe près). Les deux situations où cela marche presque toujours : un quotient de polynômes dont on fait la décomposition en éléments simples, et un logarithme d'un quotient, que l'on coupe en ln(⋅)−ln(⋅).
2. Calculer la somme partielle en écrivant explicitement le télescopage. Ne jamais se contenter d'écrire « par télescopage » : on pose la somme, on la coupe en deux, on décale un indice, on simplifie. C'est ce que fait la démonstration ci-dessus, et c'est la rédaction attendue.
3. Passer à la limite sur l'expression obtenue. On obtient d'un seul coup la nature et, en cas de convergence, la valeur exacte de la somme — ce qui est rarissime dans ce chapitre. Ne laissez jamais passer un télescopage sans en tirer la somme.
Exemple
Une série télescopique convergente. Étudions n⩾1∑n(n+1)1 et calculons sa somme.
Décomposition. Cherchons a et b réels tels que n(n+1)1=na+n+1b. En réduisant au même dénominateur, a(n+1)+bn=1 pour tout n, soit (a+b)n+a=1 ; par identification, a=1 et b=−1. Donc, pour tout n⩾1,
n(n+1)1=n1−n+11.Somme partielle. Pour n⩾1, en posant vk=k1, le terme général vaut vk−vk+1, et
Sn=k=1∑n(k1−k+11)=k=1∑nk1−k=2∑n+1k1=11−n+11=1−n+11.Conclusion. La suite (Sn) converge vers 1. La série converge et
n=1∑+∞n(n+1)1=1.Exemple
Une série télescopique divergente, dont le terme général tend vers 0. Étudions n⩾1∑ln(1+n1).
Le piège. Le terme général tend vers ln1=0, et même ln(1+n1)∼n1. Rien de tout cela ne prouve quoi que ce soit : la condition nécessaire est satisfaite, c'est tout.
Le télescopage. Pour n⩾1, on écrit 1+n1=nn+1, d'où
ln(1+n1)=ln(n+1)−lnn.C'est exactement la forme vn+1−vn avec vn=lnn. Donc
Sn=k=1∑n(ln(k+1)−lnk)=ln(n+1)−ln1=ln(n+1).Conclusion. Sn=ln(n+1)→+∞ : la série diverge, bien que son terme général tende vers 0.
Gardez ce contre-exemple en tête, il est plus parlant que la série harmonique parce que l'on y voit la somme partielle explicitement. Et notez la morale : le terme général vaut environ n1, il tend vers 0, mais il ne tend pas vers 0 assez vite pour que l'accumulation s'arrête.
Remarque
L'intérêt théorique du lien suite-série. Le théorème ci-dessus est une équivalence, et il se lit donc dans les deux sens.
- De la série vers la suite : pour montrer qu'une suite (un) converge, il suffit de montrer que la série ∑(un+1−un) converge. On y gagne toute l'artillerie du chapitre — comparaison, équivalents, séries de référence — pour un problème de suites. C'est souvent la seule méthode disponible quand (un) n'est pas monotone.
- De la suite vers la série : réciproquement, une somme partielle qui se calcule explicitement livre la nature de la série, comme dans les deux exemples ci-dessus.
C'est ce pont qu'emprunte l'exercice consacré à la constante d'Euler γ : la suite un=Hn−lnn n'a aucune raison évidente de converger, mais la série ∑(un+1−un) est, elle, parfaitement contrôlable par un développement limité, et sa convergence donne celle de la suite. On aboutit alors à Hn=lnn+γ+o(1), qui est le résultat fin sur la somme harmonique.
Séries de référence : géométriques et exponentielle
Comparer suppose d'avoir des étalons. Voici les deux premiers, auxquels s'ajouteront les séries de Riemann à la section 2.3. Ce sont aussi, avec les télescopiques, les seules séries dont nous saurons calculer la somme.
Propriété
Théorème — série géométrique. Soit q∈C. La série ∑qn converge si et seulement si ∣q∣<1, et dans ce cas
n=0∑+∞qn=1−q1.De plus, pour tout p∈N,
n=p∑+∞qn=1−qqp,et le reste vautRn=k=n+1∑+∞qk=1−qqn+1.Démonstration. Cas ∣q∣⩾1. Alors ∣qn∣=∣q∣n⩾1 pour tout n, donc la suite (qn) ne tend pas vers 0. La série diverge grossièrement.
Cas ∣q∣<1. On a en particulier q=1, ce qui autorise la formule de la somme géométrique finie :
Sn=k=0∑nqk=1−q1−qn+1.Comme ∣q∣<1, on a ∣qn+1∣=∣q∣n+1→0, donc qn+1→0. Par opérations sur les limites,
Snn→+∞1−q1−0=1−q1.La série converge et sa somme vaut 1−q1.
Somme à partir du rang p. Toujours pour ∣q∣<1, factorisons qp dans les sommes partielles : pour n⩾p,
k=p∑nqk=qpj=0∑n−pqjn→+∞qp⋅1−q1=1−qqp.Reste. Il suffit d'appliquer ce qui précède avec p=n+1 :
Rn=k=n+1∑+∞qk=1−qqn+1.□Remarque
Comment retenir la somme d'une géométrique. La formule 1−qqp se retient sous la forme
somme=1−raisonpremier terme,valable dès que ∣q∣<1. C'est la version « infinie » de la formule finie 1−raisonpremier−premier absent, le terme « premier absent » ayant disparu à la limite. Attention à ne pas écrire mécaniquement 1−q1 quand la somme ne commence pas à n=0.
Notez enfin la vitesse : le reste Rn=1−qqn+1 décroît géométriquement, donc extrêmement vite. Deux ou trois termes suffisent souvent à obtenir une bonne valeur approchée. C'est un comportement bien plus favorable que celui des séries de Riemann, dont les restes décroissent en puissance de n.
Exemple
Deux sommes géométriques, dont une complexe.
a. Calculons n⩾2∑5n3. La raison est q=51, de module 51<1 : la série converge. En sortant la constante par linéarité et en appliquant la formule à partir du rang p=2,
n=2∑+∞5n3=3n=2∑+∞(51)n=3×1−51(51)2=3×54251=3×201=203.On retrouve la règle « premier terme sur un moins la raison » : le premier terme effectivement présent est 253, et 4/53/25=203.
b. Calculons n⩾0∑(1+i)n1. La raison est q=1+i1, de module
∣q∣=∣1+i∣1=21<1,donc la série converge. Sa somme vaut
n=0∑+∞(1+i)n1=1−1+i11=(1+i)−11+i=i1+i=i×(−i)(1+i)×(−i)=1−i.Le critère de convergence porte bien sur le module de la raison, jamais sur la raison elle-même : la comparaison q<1 n'aurait aucun sens dans C.
Propriété
Théorème — série exponentielle. Pour tout z∈C, la série ∑n!zn converge absolument, et
n=0∑+∞n!zn=ez.Démonstration de la convergence. Cette démonstration utilise deux résultats des sections suivantes : le théorème de comparaison des séries à termes positifs (section 2.2) et le théorème « absolue convergence entraîne convergence » (section 3.1). Nous l'écrivons ici pour garder ensemble les séries de référence, et rien n'y est circulaire : aucun de ces deux théorèmes ne fait appel à la série exponentielle.
Si z=0, tous les termes sont nuls sauf celui d'indice 0 : la série converge trivialement, de somme 1=e0.
Supposons z=0 et posons an=n!∣z∣n>0. Choisissons un entier N⩾1 tel que N⩾2∣z∣. Pour tout n⩾N,
anan+1=(n+1)!∣z∣n+1⋅∣z∣nn!=n+1∣z∣⩽N∣z∣⩽2∣z∣∣z∣=21,où l'on a utilisé n+1>n⩾N pour la première inégalité.
Montrons alors par récurrence sur n⩾N que an⩽aN(21)n−N. L'inégalité est une égalité pour n=N. Si elle est vraie au rang n⩾N, alors, la majoration du quotient donnant an+1⩽21an,
an+1⩽21⋅aN(21)n−N=aN(21)n+1−N,ce qui est l'inégalité au rang n+1.
Posons C=aN2N>0. On a donc, pour tout n⩾N,
0⩽an⩽C(21)n.La série ∑(21)n est géométrique de raison 21, de module strictement inférieur à 1 : elle converge. Par linéarité, ∑C(21)n converge aussi. Le théorème de comparaison des séries à termes positifs, appliqué à partir du rang N, donne la convergence de ∑an, c'est-à-dire de ∑n!zn.
La série ∑n!zn est donc absolument convergente, donc convergente. □
Remarque
Le statut de l'égalité avec ez : soyons précis. La convergence vient d'être démontrée ; l'identification de la somme à ez est une autre affaire, et il faut distinguer deux cas.
- Pour z réel, la fonction exponentielle est déjà définie, et l'égalité est un théorème : elle s'obtient par la formule de Taylor avec reste intégral appliquée à exp entre 0 et z, en montrant que le reste ∫0zn!(z−t)netdt tend vers 0 quand n→+∞. Cette démonstration relève du chapitre d'intégration et n'est pas refaite ici.
- Pour z complexe, la question ne se pose même pas dans ces termes : l'écriture ez n'a de sens que si l'on a préalablement défini l'exponentielle complexe, et c'est précisément cette somme qui sert de définition. Ce que l'on doit alors démontrer, c'est que la fonction ainsi définie mérite son nom, c'est-à-dire qu'elle vérifie ez+z′=ezez′. Ce sera fait en fin de chapitre, par le produit de Cauchy de deux séries absolument convergentes.
Dans toute la suite, nous admettons donc l'égalité n=0∑+∞n!zn=ez et nous l'utilisons librement.
Exemple
Trois valeurs à connaître. Elles s'obtiennent en spécialisant z dans la formule ci-dessus.
a. z=1 donne n=0∑+∞n!1=e.
b. z=−1 donne n=0∑+∞n!(−1)n=e−1.
c. z=21 donne n=0∑+∞2nn!1=e.
Pour le point c, on remarque que 2nn!1=n!(1/2)n, donc la somme vaut e1/2=e. La convergence est très rapide : le facteur n! écrase tout, l'erreur commise en s'arrêtant aux six premiers termes de e est déjà inférieure à 3×10−5.
La série harmonique
C'est le contre-exemple fondateur du chapitre. Il mérite deux démonstrations, parce que chacune enseigne une technique différente.
Propriété
Théorème — divergence de la série harmonique. La série n⩾1∑n1 diverge, bien que son terme général tende vers 0. Plus précisément, en notant Hn=k=1∑nk1, on a Hn→+∞, et même
∀n⩾1,Hn⩾ln(n+1).Première démonstration — les paquets d'Oresme. L'idée, due à Nicole Oresme au quatorzième siècle, consiste à regrouper les termes par paquets dont la somme reste minorée.
Fixons n⩾1 et évaluons l'écart entre les rangs n et 2n :
H2n−Hn=k=n+1∑2nk1.Cette somme comporte exactement 2n−(n+1)+1=n termes. Chacun d'eux vérifie k⩽2n, donc k1⩾2n1. En minorant les n termes par le plus petit,
H2n−Hn⩾n×2n1=21.Cette minoration est valable pour tout n⩾1.
Raisonnons maintenant par l'absurde : supposons que la série converge, c'est-à-dire que (Hn) converge vers un réel ℓ. La suite (H2n)n⩾1 est extraite de (Hn), donc elle converge vers la même limite ℓ. Par différence de limites,
H2n−Hnn→+∞ℓ−ℓ=0.Or nous venons de voir que H2n−Hn⩾21 pour tout n⩾1. Le passage à la limite dans une inégalité large conserve celle-ci, donc 0⩾21, ce qui est absurde.
La suite (Hn) ne converge donc pas. Comme elle est croissante (Hn+1−Hn=n+11>0), le théorème de la limite monotone impose Hn→+∞. □
Seconde démonstration — par comparaison logarithmique. Partons de l'inégalité de concavité ln(1+x)⩽x, valable pour tout x>−1. Appliquée à x=k1 avec k⩾1, elle donne
ln(1+k1)⩽k1,c’est-aˋ-direln(k+1)−lnk⩽k1.Sommons ces inégalités pour k allant de 1 à n. Le membre de gauche se télescope, comme au paragraphe 1.3 :
k=1∑n(ln(k+1)−lnk)=ln(n+1)−ln1=ln(n+1).On obtient donc, pour tout n⩾1,
ln(n+1)⩽Hn.Comme ln(n+1)→+∞, le théorème de minoration donne Hn→+∞ : la série diverge. □
Remarque
Deux démonstrations, deux enseignements. La première est un modèle de raisonnement par l'absurde sur les suites extraites : quand deux extractions d'une même suite convergente sont écartées d'une quantité qui ne tend pas vers 0, il y a contradiction. Retenez le mécanisme, il sert ailleurs.
La seconde donne davantage : elle ne se contente pas de dire « ça diverge », elle fournit une minoration quantitative, Hn⩾ln(n+1). On apprend au passage que la divergence est extraordinairement lente : pour dépasser 10, il faut 12367 termes ; pour dépasser 20, plus de 272 millions. C'est précisément cette lenteur qui rend l'intuition inopérante et qui exige une démonstration.
La moralité du chapitre, en une phrase. La condition un→0 ne suffit jamais : ce qui décide, c'est la vitesse à laquelle un tend vers 0. La série harmonique établit le seuil : n1 ne va pas assez vite. Toute la section 2 consiste à installer les instruments qui mesurent cette vitesse et à situer le seuil exactement, ce que fera le théorème sur les séries de Riemann.
Séries à termes positifs
Lorsque tous les termes sont positifs, la suite des sommes partielles est croissante, et le théorème de la limite monotone s'applique. C'est un avantage énorme : la nature de la série se ramène à une question de majoration, et toute la théorie de la comparaison en découle. Dans toute cette section, les suites considérées sont réelles.
Le critère fondamental
Propriété
Théorème — critère de majoration. Soit (un) une suite réelle telle que un⩾0 pour tout n (ou seulement à partir d'un certain rang). Alors la série ∑un converge si et seulement si la suite (Sn) de ses sommes partielles est majorée.
En cas de divergence, Sn→+∞.
Démonstration. Pour tout n,
Sn+1−Sn=un+1⩾0,donc la suite (Sn) est croissante. Le théorème de la limite monotone s'applique alors et donne exactement l'alternative annoncée :
- si (Sn) est majorée, elle converge (vers sa borne supérieure), donc la série converge ;
- si (Sn) n'est pas majorée, alors Sn→+∞, donc la série diverge.
Réciproquement, une suite convergente étant bornée, la convergence de la série entraîne que (Sn) est majorée. Les deux assertions sont donc équivalentes, et le second cas fournit la précision sur la divergence. □
Exemple
La convergence de n⩾1∑n21, à mains nues. Ce résultat sera un cas particulier du théorème sur les séries de Riemann, mais il s'obtient dès maintenant avec le seul critère de majoration, et la démonstration mérite d'être connue.
Majoration du terme général. Pour k⩾2, on a k−1⩾1 donc k(k−1)⩽k2, d'où
k21⩽k(k−1)1=k−11−k1,la dernière égalité étant la décomposition en éléments simples déjà rencontrée à la section 1.3.
Majoration des sommes partielles. Pour n⩾2, isolons le terme d'indice 1 et sommons la majoration précédente, qui se télescope :
Sn=k=1∑nk21=1+k=2∑nk21⩽1+k=2∑n(k−11−k1)=1+(1−n1)=2−n1.Conclusion. La série est à termes positifs et ses sommes partielles sont majorées par 2. D'après le critère de majoration, elle converge, et sa somme vérifie n=1∑+∞n21⩽2. La valeur exacte, 6π2≈1,6449, est hors d'atteinte des outils de MPSI : on constate une fois de plus qu'établir la nature d'une série est un problème bien plus abordable que calculer sa somme.
Remarque
Une série à termes positifs ne peut diverger que d'une seule façon. Pour une série quelconque, la divergence peut prendre des formes variées : oscillation (∑(−1)n), explosion, absence de limite. Pour une série à termes positifs, il n'y a qu'un seul mode de divergence : les sommes partielles tendent vers +∞. C'est ce qui rend le cadre si confortable, et c'est ce qui justifie la convention ci-dessous.
Définition
La convention dans [0,+∞]. On travaille dans l'ensemble [0,+∞]=R+∪{+∞}, muni des conventions suivantes :
- Ordre : a⩽+∞ pour tout a∈[0,+∞]. Toute partie non vide de [0,+∞] admet une borne supérieure dans [0,+∞] : c'est la borne supérieure usuelle si la partie est majorée dans R, et +∞ sinon.
- Addition : a+(+∞)=(+∞)+a=+∞ pour tout a∈[0,+∞].
- Multiplication : λ⋅(+∞)=+∞ pour tout réel λ>0, et 0⋅(+∞)=0.
Avec ces conventions, pour une série ∑un à termes positifs, on pose
n=0∑+∞un=n→+∞limSn∈[0,+∞],et l'on écrit n=0∑+∞un=+∞ lorsque la série diverge. La série converge si et seulement si n=0∑+∞un<+∞.
Remarque
Le confort que cela procure. Pour une série à termes positifs, et pour elle seule, l'écriture n=0∑+∞un a toujours un sens : elle désigne un élément de [0,+∞], éventuellement +∞. On peut donc l'écrire avant de connaître la nature de la série, ce qui allège considérablement les rédactions ; « la série converge » se dit alors simplement n=0∑+∞un<+∞.
Cette liberté est réservée aux termes positifs, et il ne faut surtout pas l'étendre. Pour une série à termes de signe variable, l'écriture n=0∑+∞un reste interdite tant que la convergence n'est pas établie : il n'y a pas de valeur +∞ à laquelle se raccrocher, il n'y a rien du tout.
Ces conventions ne sont pas un caprice de notation : ce sont exactement celles dans lesquelles vivront les familles sommables de la section 4, dont la somme sera définie comme une borne supérieure dans [0,+∞].
Comparaison
Voici le cœur opératoire du chapitre : trois énoncés, de plus en plus souples, qui permettent de transférer la nature d'une série de référence à la série étudiée.
Propriété
Théorème de comparaison. Soient (un) et (vn) deux suites réelles telles que
0⩽un⩽vnaˋ partir d’un certain rang n0.Alors :
- si ∑vn converge, alors ∑un converge ;
- si ∑un diverge, alors ∑vn diverge.
Si de plus l'encadrement est valable pour tout n∈N et si ∑vn converge, alors on peut comparer les sommes et les restes :
n=0∑+∞un⩽n=0∑+∞vnet∀n∈N,k=n+1∑+∞uk⩽k=n+1∑+∞vk.Démonstration. Point 1. Supposons ∑vn convergente. Comme la nature d'une série ne dépend pas de ses premiers termes, il suffit de travailler à partir du rang n0. Pour n⩾n0, posons
An=k=n0∑nuketBn=k=n0∑nvk.La somme portant sur un nombre fini de termes, la croissance de la somme finie donne An⩽Bn. Par ailleurs, la suite (Bn) est croissante (les vk sont positifs pour k⩾n0, car vk⩾uk⩾0) et convergente, donc elle est majorée par sa limite B. Ainsi
∀n⩾n0,An⩽Bn⩽B.La suite (An) des sommes partielles de la série à termes positifs ∑n⩾n0un est donc majorée : d'après le critère de majoration, cette série converge, et ∑un aussi.
Point 2. C'est la contraposée du point 1. Si ∑un diverge, alors ∑vn ne peut pas converger, sans quoi le point 1 forcerait la convergence de ∑un.
Comparaison des sommes. Supposons maintenant 0⩽un⩽vn pour tout n, et ∑vn convergente. Les deux séries convergent d'après le point 1, et pour tout n on a k=0∑nuk⩽k=0∑nvk. Le passage à la limite dans une inégalité large conserve celle-ci :
n=0∑+∞un⩽n=0∑+∞vn.Comparaison des restes. Fixons n. Pour tout N>n, on a k=n+1∑Nuk⩽k=n+1∑Nvk ; en faisant tendre N vers +∞, les deux membres convergent (vers les restes respectifs) et l'inégalité large passe à la limite. □
Remarque
Le sens de lecture. Le théorème se retient par une image : la « petite » série est écrasée par la « grande ». Si la grande converge, la petite ne peut pas exploser ; si la petite explose, la grande explose a fortiori. En revanche, la convergence de la petite ne dit rien sur la grande, et la divergence de la grande ne dit rien sur la petite. Sur ce point, une erreur de sens est fatale.
L'hypothèse de positivité n'est pas décorative. Sans elle, l'énoncé s'effondre : avec un=−1 et vn=0, on a bien un⩽vn, la série ∑vn converge, et ∑un diverge. C'est la croissance des sommes partielles, donc la positivité, qui fait fonctionner l'argument.
Exemple
Une convergence et une divergence par comparaison directe. On n'utilise ici que les deux références déjà établies : la série géométrique et la série harmonique.
a. n⩾0∑2n+n1. Pour tout n⩾0, le dénominateur vérifie 2n+n⩾2n>0, donc en passant aux inverses (ce qui renverse l'inégalité entre quantités strictement positives)
0⩽2n+n1⩽2n1=(21)n.La série géométrique de raison 21 converge, car 21<1. Le point 1 du théorème de comparaison donne la convergence de ∑2n+n1.
b. n⩾1∑n1. Pour tout n⩾1, on a n⩽n, donc
0⩽n1⩽n1.La série harmonique ∑n1 diverge. Le point 2 du théorème de comparaison donne la divergence de ∑n1.
Notez le sens de lecture dans chaque cas : en a on majore par une série convergente, en b on minore par une série divergente. Majorer par une série divergente, ou minorer par une série convergente, n'apprend strictement rien.
Propriété
Théorème de comparaison, version O et o. Soient (un) et (vn) deux suites positives à partir d'un certain rang, avec un=O(vn). Si ∑vn converge, alors ∑un converge.
Le même énoncé vaut a fortiori si un=o(vn), puisque o(vn) entraîne O(vn).
Démonstration. Par caractérisation de la domination, il existe M⩾0 et un rang n1 tels que
∀n⩾n1,∣un∣⩽M∣vn∣.Soit n0⩾n1 un rang à partir duquel un⩾0 et vn⩾0. Pour n⩾n0, les valeurs absolues tombent et
0⩽un⩽Mvn.La série ∑Mvn converge par linéarité, puisque ∑vn converge. Le théorème de comparaison appliqué au couple (un,Mvn) à partir du rang n0 donne la convergence de ∑un. □
Propriété
Théorème d'équivalence. Soient (un) et (vn) deux suites réelles positives à partir d'un certain rang, telles que
unn→+∞∼vn.Alors les séries ∑un et ∑vn sont de même nature.
Démonstration. Par définition de l'équivalence, il existe une suite (θn) de limite 1 et un rang n1 tels que un=θnvn pour tout n⩾n1. Appliquons la définition de la limite à θn→1 avec ε=21 : il existe un rang n2 tel que
∀n⩾n2,∣θn−1∣⩽21,donc21⩽θn⩽23.Soit enfin n3 un rang à partir duquel un⩾0 et vn⩾0, et posons n0=max(n1,n2,n3). Pour tout n⩾n0, en multipliant l'encadrement de θn par le réel positif vn (ce qui conserve le sens des inégalités) :
0⩽21vn⩽un⩽23vn.Concluons par double implication.
- Si ∑vn converge, alors ∑23vn converge par linéarité, et l'inégalité de droite jointe au théorème de comparaison donne la convergence de ∑un.
- Si ∑vn diverge, alors ∑21vn diverge (sinon, par linéarité, ∑vn=∑2⋅21vn convergerait), et l'inégalité de gauche jointe au point 2 du théorème de comparaison donne la divergence de ∑un.
Les deux séries sont donc de même nature. □
Remarque
AVERTISSEMENT capital : l'hypothèse de signe est indispensable. Le théorème d'équivalence est l'outil le plus employé du chapitre, et c'est aussi celui que l'on applique le plus souvent à tort. Sa conclusion est fausse sans l'hypothèse de positivité (ou, ce qui revient au même, de signe constant à partir d'un certain rang).
Le contre-exemple canonique sera développé en détail à la fin de la section 3 : avec
un=n+(−1)n(−1)netvn=n(−1)n,on a un∼vn, la série ∑vn converge et la série ∑un diverge. Deux séries équivalentes de natures différentes : c'est possible dès que le signe varie.
Conséquence pratique sur la rédaction : avant d'écrire « les deux séries sont de même nature », il faut avoir écrit que les termes sont positifs à partir d'un certain rang. Une copie qui invoque l'équivalence sans vérifier le signe perd les points, même quand la conclusion se trouve être exacte.
Deuxième mise en garde, plus bénigne. Deux séries de même nature n'ont évidemment aucune raison d'avoir la même somme. De n2+11∼n21 on déduit que les deux séries convergent, certainement pas que leurs sommes sont égales — elles ne le sont pas. L'équivalence transporte la nature, jamais la valeur.
Comparaison série-intégrale (méthode des rectangles)
Comparer une série à une autre série suppose de disposer d'une référence. Pour construire ces références, il faut un outil d'un autre type : on compare une somme à une intégrale, que l'on sait calculer par primitive. C'est la méthode des rectangles, déjà croisée au chapitre d'analyse asymptotique.
Propriété
Théorème — comparaison série-intégrale. Soient n0∈N et f une fonction continue par morceaux, positive et décroissante sur [n0,+∞[. Alors :
- pour tout entier k⩾n0,
- pour tout entier n>n0, en sommant,
- la série ∑f(n) converge si et seulement si la suite (∫n0nf(t)dt)n⩾n0 est majorée.
Démonstration. Point 1. Soit k⩾n0 un entier. Pour tout t∈[k,k+1], la décroissance de f donne
f(k+1)⩽f(t)⩽f(k).Ces trois fonctions de t sont continues par morceaux sur le segment [k,k+1], de longueur 1. La croissance de l'intégrale sur un segment donne
∫kk+1f(k+1)dt⩽∫kk+1f(t)dt⩽∫kk+1f(k)dt,et les deux intégrales extrêmes, dont l'intégrande est constant sur un intervalle de longueur 1, valent respectivement f(k+1) et f(k). D'où l'encadrement annoncé.
Point 2. Soit n>n0. Sommons d'abord l'inégalité de gauche du point 1 pour k allant de n0 à n−1 : le membre de gauche donne k=n0∑n−1f(k+1)=j=n0+1∑nf(j) après le changement d'indice j=k+1, et le membre de droite se recolle par la relation de Chasles :
k=n0∑n−1∫kk+1f(t)dt=∫n0nf(t)dt.On obtient k=n0+1∑nf(k)⩽∫n0nf(t)dt. Sommons ensuite l'inégalité de droite du point 1 pour k allant de n0 à n−1 : le même recollement donne ∫n0nf(t)dt⩽k=n0∑n−1f(k).
Point 3. Posons Sn=k=n0∑nf(k) et In=∫n0nf(t)dt pour n⩾n0. Comme f⩾0, la suite (Sn) est croissante et la suite (In) l'est aussi (par la relation de Chasles, In+1−In=∫nn+1f⩾0).
Supposons ∑f(n) convergente, de somme S. La suite croissante (Sn) est majorée par S, et le point 2 donne In⩽k=n0∑n−1f(k)=Sn−1⩽S pour n>n0 : la suite (In) est majorée.
Réciproquement, supposons (In) majorée par un réel M. Le point 2 donne, pour n>n0,
Sn=f(n0)+k=n0+1∑nf(k)⩽f(n0)+In⩽f(n0)+M.La suite des sommes partielles de la série à termes positifs ∑n⩾n0f(n) est majorée : d'après le critère de majoration, la série converge. □
Sur la figure, la courbe décroissante est celle de f. Sur la base [k,k+1], le rectangle plein a pour hauteur f(k+1) : il est sous la courbe, donc son aire f(k+1) est inférieure à ∫kk+1f(t)dt. Le rectangle complété en pointillés monte jusqu'à la hauteur f(k) : il contient la portion sous la courbe, donc ∫kk+1f(t)dt⩽f(k). Tout le théorème est dans cette lecture, et il est vivement conseillé de refaire ce dessin au brouillon chaque fois qu'on l'utilise : c'est le moyen le plus sûr de ne pas se tromper de sens ni décaler un indice.
Remarque
Une interdiction de notation. On n'écrit jamais ∫n0+∞f(t)dt dans ce chapitre : les intégrales sur un intervalle non borné (dites impropres, ou généralisées) ne sont pas au programme de première année et n'ont pas encore de sens. Toutes les intégrales écrites ici portent sur un segment [a,b], et l'on fait ensuite tendre la borne supérieure vers +∞ en raisonnant sur la suite (In). La formulation du point 3, « la suite des intégrales est majorée », est exactement la traduction correcte, dans le cadre de MPSI, de ce que l'on appellera plus tard la convergence de l'intégrale impropre.
Remarque
Le cas d'une fonction croissante. Le théorème a été énoncé pour f décroissante, parce que c'est le cas utile pour les questions de convergence : une série ∑f(n) à termes positifs dont le terme général ne tend pas vers 0 diverge grossièrement, et f croissante positive ne tend pas vers 0. Mais la méthode elle-même vaut pour toute fonction monotone, et elle sert alors à estimer des sommes partielles qui divergent.
Si f est continue par morceaux, positive et croissante sur [n0,+∞[, la même démonstration, avec l'encadrement f(k)⩽f(t)⩽f(k+1) pour t∈[k,k+1], donne cette fois
f(k)⩽∫kk+1f(t)dt⩽f(k+1),c'est-à-dire l'inverse du cas décroissant, puis en sommant, pour n>n0,
k=n0∑n−1f(k)⩽∫n0nf(t)dt⩽k=n0+1∑nf(k).C'est ce que l'on utilise, par exemple, pour encadrer k=1∑nlnk=ln(n!) par des intégrales de ln et retrouver l'ordre de grandeur nlnn−n de la formule de Stirling. Ne jamais appliquer l'une des deux formules de mémoire : on repart de la monotonie, on écrit l'encadrement de f(t), on intègre.
Méthode
La méthode des rectangles, en trois temps. C'est la technique à sortir dès que le terme général est de la forme f(n) avec f monotone, et qu'aucun équivalent simple ne se présente. Typiquement : présence d'un ln, d'une puissance non entière, ou demande d'un encadrement plutôt que d'une nature.
1. Encadrer f(k) par deux intégrales. Vérifier d'abord les hypothèses sur f (continue par morceaux, positive, monotone), puis écrire, pour t dans le bon segment, l'encadrement issu de la monotonie et l'intégrer. Pour f décroissante et k⩾n0+1 :
∫kk+1f(t)dt⩽f(k)⩽∫k−1kf(t)dt.Si f est croissante, les deux inégalités s'inversent : ne jamais appliquer la formule de mémoire, la redémontrer en une ligne à partir de la monotonie.
2. Sommer et recoller par Chasles. Additionner sur les valeurs de k utiles, en surveillant les bornes — c'est là que se logent les erreurs. Les intégrales adjacentes se recollent en une seule intégrale sur un grand segment.
3. Conclure. Soit on cherche la nature, et l'on regarde si la suite des intégrales est majorée. Soit on cherche un équivalent ou un encadrement de Sn (ou du reste Rn), et l'on calcule les intégrales par primitive avant d'exploiter l'encadrement obtenu.
Propriété
Théorème — séries de Riemann. Soit α∈R. La série n⩾1∑nα1 converge si et seulement si α>1.
Démonstration. Cas α⩽0. On a nα1=n−α avec −α⩾0, donc nα1⩾1 pour tout n⩾1. Le terme général ne tend pas vers 0 : la série diverge grossièrement.
Cas α=1. C'est la série harmonique, dont la divergence a été établie à la section 1.5.
Cas α>0, α=1. Posons f(t)=tα1=t−α pour t⩾1. La fonction f est continue, positive et décroissante sur [1,+∞[ (sa dérivée −αt−α−1 est strictement négative). Le théorème de comparaison série-intégrale s'applique avec n0=1 : la série ∑f(n) converge si et seulement si la suite (In) est majorée, où
In=∫1nt−αdt=[1−αt1−α]1n=1−αn1−α−1.- Si α>1, alors 1−α<0, donc n1−α→0 et In→1−α−1=α−11. Convergente, la suite (In) est majorée : la série converge.
- Si 0<α<1, alors 1−α>0, donc n1−α→+∞ et In→+∞. La suite (In) n'est pas majorée : la série diverge.
Dans tous les cas, la série converge si et seulement si α>1. □
Remarque
Le seuil, et la notation ζ. Les séries de Riemann fournissent l'échelle de référence de tout le chapitre, et le seuil est en α=1, exclu. Retenez que ∑n1 diverge, que ∑n1 diverge (c'est α=21), et que ∑n1,011 converge, si peu que ce soit au-dessus du seuil.
Pour s>1, on note traditionnellement
ζ(s)=n=1∑+∞ns1,fonction dite zêta de Riemann. Presque aucune de ses valeurs ne s'exprime simplement. On admet ici, à titre d'illustration seulement, la plus célèbre d'entre elles, ζ(2)=6π2 : elle ne se démontre pas avec les outils de MPSI, et l'on ne s'en sert jamais dans un raisonnement de ce chapitre.
Exemple
Encadrement de la somme harmonique, et équivalent. Montrons que
∀n⩾1,ln(n+1)⩽Hn⩽1+lnn,puis queHnn→+∞∼lnn.Mise en place. Posons f(t)=t1 sur [1,+∞[ : continue, positive, décroissante. L'encadrement de base du théorème donne, pour tout entier k⩾1,
∫kk+1tdt⩽k1et, pour k⩾2,k1⩽∫k−1ktdt.Minoration. Sommons la première inégalité pour k de 1 à n ; par Chasles,
ln(n+1)=∫1n+1tdt⩽k=1∑nk1=Hn.Majoration. Sommons la seconde pour k de 2 à n (pour n⩾2) ; par Chasles,
Hn−1=k=2∑nk1⩽∫1ntdt=lnn,d’ouˋHn⩽1+lnn.Pour n=1, l'inégalité H1=1⩽1+ln1=1 est vraie aussi : l'encadrement vaut pour tout n⩾1.
Équivalent. Soit n⩾2, de sorte que lnn>0. En divisant l'encadrement par lnn :
lnnln(n+1)⩽lnnHn⩽lnn1+1.Le membre de droite tend vers 1. Pour celui de gauche, écrivons ln(n+1)=lnn+ln(1+n1), d'où
lnnln(n+1)=1+lnnln(1+n1)n→+∞1,le numérateur tendant vers 0 et le dénominateur vers +∞. Le théorème d'encadrement donne lnnHn→1, c'est-à-dire Hn∼lnn.
Exemple
Estimation du reste d'une série de Riemann convergente. Soit α>1. La série ∑n⩾1nα1 converge ; notons Rn=k=n+1∑+∞kα1 son reste. Montrons que
Rnn→+∞∼(α−1)nα−11.Encadrement à N fini. Avec f(t)=t−α, continue positive décroissante sur [1,+∞[, l'encadrement de base donne pour tout entier k⩾2
∫kk+1f(t)dt⩽f(k)⩽∫k−1kf(t)dt.Fixons n⩾1 et sommons pour k allant de n+1 à N, avec N>n+1. Par Chasles,
∫n+1N+1f(t)dt⩽k=n+1∑Nkα1⩽∫nNf(t)dt.Passage à la limite en N. Les primitives se calculent : pour a⩾1 et b>a,
∫abt−αdt=1−αb1−α−a1−α=α−1a1−α−b1−α.Comme α>1, on a b1−α→0 quand b→+∞. Faisons donc tendre N vers +∞ dans l'encadrement précédent : le terme central tend vers Rn, et les deux intégrales tendent respectivement vers α−1(n+1)1−α et α−1n1−α. Les inégalités larges se conservent :
(α−1)(n+1)α−11⩽Rn⩽(α−1)nα−11.Conclusion. Multiplions cet encadrement par le réel positif (α−1)nα−1 :
(n+1n)α−1⩽(α−1)nα−1Rn⩽1.Or (n+1n)α−1=(1+n11)α−1→1, l'exposant α−1 étant une constante. Le théorème d'encadrement donne (α−1)nα−1Rn→1, c'est-à-dire l'équivalent annoncé.
Pour α=2, cela s'écrit Rn∼n1 : pour calculer ζ(2) à 10−3 près, il faut donc de l'ordre de mille termes. La comparaison avec la géométrique de la section 1.4, dont le reste s'effondre exponentiellement, est instructive.
Méthode : déterminer la nature d'une série à termes positifs
Méthode
L'algorithme complet. Devant une série ∑un à termes positifs (ou dont on a vérifié qu'ils sont positifs à partir d'un certain rang), suivre cet ordre. Il est conçu pour que le cas le plus rapide soit traité en premier.
1. Le terme général tend-il vers 0 ? Sinon, c'est terminé : divergence grossière, une ligne de rédaction. Ce test coûte quelques secondes.
2. Chercher un équivalent SIMPLE de un. C'est l'étape décisive, et c'est là que tout le chapitre d'analyse asymptotique sert. On factorise par le terme dominant, on remplace chaque facteur par son équivalent usuel, on écrit un développement limité si des termes se compensent. L'objectif est d'aboutir à une expression de la forme nαC ou Cqn, sans somme ni différence.
3. Comparer à une série de référence. Une fois l'équivalent obtenu, vérifier explicitement la positivité des deux suites, invoquer le théorème d'équivalence, puis conclure par le théorème de Riemann (α>1 : converge) ou par la série géométrique (∣q∣<1 : converge). Si l'on n'a qu'une majoration et pas un équivalent, utiliser le théorème de comparaison ou sa version O.
4. En dernier recours, la comparaison série-intégrale. À sortir quand aucun équivalent de référence ne se présente — typiquement quand un lnn traîne au dénominateur, ou quand l'énoncé réclame un encadrement de Sn plutôt qu'une nature.
Le réflexe « nαun ». Il permet souvent de sauter les étapes 2 et 3, et il se justifie en une ligne.
- S'il existe α>1 tel que nαun→ℓ avec ℓ fini, alors ∑un converge. En effet, la suite (nαun) étant convergente donc bornée, on a un=O(nα1), et ∑nα1 converge puisque α>1 : la version O du théorème de comparaison conclut.
- Si nun→ℓ avec ℓ>0 ou ℓ=+∞, alors ∑un diverge. En effet, il existe alors un rang n0 à partir duquel nun⩾c, où c est un réel strictement positif (prendre c=2ℓ si ℓ est fini, c=1 si ℓ=+∞). Donc un⩾nc pour n⩾n0, et comme ∑nc diverge, le théorème de comparaison donne la divergence de ∑un.
En pratique, on teste α=2, puis α=23, puis α=1.
Exemple
Quatre séries entièrement traitées.
a. n⩾1∑n3+1n+lnn.
Le terme général est positif pour tout n⩾1 (numérateur et dénominateur le sont). Cherchons un équivalent. Par croissances comparées, lnn=o(n), donc n+lnn∼n ; par ailleurs n3+1∼n3. Le quotient d'équivalents étant licite (le dénominateur ne s'annule pas),
un=n3+1n+lnnn→+∞∼n3n=n21.Les deux suites sont positives, donc le théorème d'équivalence s'applique : ∑un est de même nature que ∑n21, série de Riemann d'exposant 2>1, convergente. Donc ∑un converge.
b. n⩾1∑(1−cosn1), puis n⩾1∑(1−cosn1).
Pour n⩾1, on a n1∈]0,1], donc cosn1<1 et le terme général est strictement positif. L'équivalent usuel 1−cosx0∼2x2, composé avec x=n1→0, donne
1−cosn1n→+∞∼2n21.Termes positifs, théorème d'équivalence, série de Riemann d'exposant 2>1 : la série converge.
Le même calcul avec x=n1→0 donne en revanche
1−cosn1n→+∞∼2n1,et cette fois la série de référence est ∑n1, qui diverge. Donc n⩾1∑(1−cosn1) diverge. Deux termes généraux qui se ressemblent, deux natures opposées : c'est bien la vitesse qui décide, et elle seule.
c. n⩾2∑nlnn.
Le terme général est positif pour n⩾2. Ici, aucun équivalent de référence ne se présente, mais une minoration suffit : pour n⩾3, on a n⩾e donc lnn⩾1, d'où
0⩽n1⩽nlnn.La série ∑n1 diverge ; le point 2 du théorème de comparaison donne la divergence de ∑nlnn.
On aurait aussi pu invoquer le réflexe « nun » : nun=lnn→+∞, donc la série diverge.
d. n⩾1∑n2e−n.
Le terme général est positif. Aucun équivalent en puissance de n ne peut fonctionner, l'exponentielle écrasant tout : c'est le terrain du réflexe « nαun ». Prenons α=2 et posons x=n→+∞ :
n2un=n4e−n=x8e−xx→+∞0par croissances comparées (l'exponentielle l'emporte sur toute puissance). La suite (n2un) tend vers 0, donc elle est bornée, donc un=O(n21). Comme ∑n21 converge, la version O du théorème de comparaison donne la convergence de ∑n2e−n.
Séries à termes quelconques
Les termes ne sont plus supposés positifs, et les suites peuvent être complexes. Tout ce qui reposait sur la croissance des sommes partielles s'effondre : plus de critère de majoration, plus de théorème d'équivalence. Il ne reste que deux portes d'entrée, et le programme s'y tient strictement. La première, la convergence absolue, ramène le problème au cas positif. La seconde, le théorème spécial des séries alternées, traite le cas où les signes alternent régulièrement.
Convergence absolue
Définition
Soit (un) une suite d'éléments de K. On dit que la série ∑un est absolument convergente, ou que la suite (un) est sommable, lorsque la série à termes positifs ∑∣un∣ converge.
Cette condition s'écrit aussi, avec la convention de la section 2.1,
n=0∑+∞∣un∣<+∞.L'écriture n=0∑+∞∣un∣<+∞ est parfaitement licite avant toute preuve de convergence : la série ∑∣un∣ est à termes positifs, sa somme est donc toujours définie dans [0,+∞]. C'est là tout l'intérêt de la convention posée plus haut. Le mot « sommable » est celui qui survivra à la section 4 : il désignera bientôt la même chose pour une famille indexée par un ensemble quelconque.
Propriété
Théorème — la convergence absolue entraîne la convergence. Soit (un) une suite d'éléments de K. Si la série ∑un est absolument convergente, alors elle est convergente.
Démonstration. Premier cas : (un) est réelle. Posons, pour tout n,
vn=un+∣un∣.Encadrons vn. D'une part un⩾−∣un∣, donc vn⩾0 ; d'autre part un⩽∣un∣, donc vn⩽2∣un∣. Ainsi
∀n∈N,0⩽vn⩽2∣un∣.Par hypothèse ∑∣un∣ converge, donc ∑2∣un∣ converge par linéarité. Le théorème de comparaison des séries à termes positifs, dont les hypothèses viennent d'être vérifiées, donne la convergence de ∑vn.
Il ne reste qu'à revenir à un : par construction,
un=vn−∣un∣,différence de deux suites dont les séries convergent. Par linéarité, ∑un converge.
Second cas : (un) est complexe. Notons an=Re(un) et bn=Im(un), de sorte que un=an+ibn. Les inégalités classiques
∣an∣=∣Re(un)∣⩽∣un∣et∣bn∣=∣Im(un)∣⩽∣un∣jointes à la convergence de ∑∣un∣ et au théorème de comparaison (les suites (∣an∣), (∣bn∣) et (∣un∣) sont positives) donnent la convergence de ∑∣an∣ et de ∑∣bn∣. Les séries réelles ∑an et ∑bn sont donc absolument convergentes, donc convergentes d'après le premier cas.
Enfin, pour tout n,
k=0∑nuk=k=0∑nak+ik=0∑nbk.Une suite complexe converge si et seulement si ses parties réelle et imaginaire convergent ; les deux sommes partielles du membre de droite convergent, donc (k=0∑nuk) converge : la série ∑un converge. □
Remarque
Pourquoi cette démonstration, et pas une autre. Vous trouverez souvent, dans la littérature ou en ligne, une démonstration de ce théorème fondée sur un critère de convergence qui n'est pas au programme de MPSI : ne la recopiez pas : le résultat sur lequel elle s'appuie n'est pas citable en MPSI, et la démonstration ne vaudrait rien. La démonstration ci-dessus n'utilise, elle, que des outils disponibles.
Retenez son ressort, car il se reproduit ailleurs : l'astuce vn=un+∣un∣ fabrique, à partir d'une série de signe variable, une série à termes positifs encadrée par une série connue. Le problème est ainsi ramené dans le cadre de la section 2, où le critère de majoration fonctionne. On revient ensuite à un par une simple différence.
Propriété
Inégalité triangulaire pour les sommes. Soit ∑un une série absolument convergente d'éléments de K. Alors
n=0∑+∞un⩽n=0∑+∞∣un∣.Démonstration. Les deux sommes existent : celle de droite par hypothèse, celle de gauche par le théorème précédent. L'inégalité triangulaire, appliquée à une somme finie, donne pour tout n
k=0∑nuk⩽k=0∑n∣uk∣.Faisons tendre n vers +∞. À gauche, la suite (k=0∑nuk) converge vers n=0∑+∞un, et la fonction module étant continue, le membre de gauche converge vers n=0∑+∞un. À droite, le membre converge vers n=0∑+∞∣un∣. Le passage à la limite conserve l'inégalité large. □
Propriété
Théorème de domination. Soient (un) une suite d'éléments de K et (vn) une suite positive. Si
un=O(vn)et si∑vn converge,alors la série ∑un est absolument convergente, donc convergente.
Démonstration. L'hypothèse un=O(vn) fournit M⩾0 et un rang n0 tels que ∣un∣⩽M∣vn∣=Mvn pour n⩾n0, la dernière égalité venant de la positivité de vn. Les suites (∣un∣) et (Mvn) sont positives et ∑Mvn converge par linéarité : le théorème de comparaison donne la convergence de ∑∣un∣. La série ∑un est donc absolument convergente, donc convergente d'après le théorème précédent. □
Exemple
Quatre séries traitées par convergence absolue. Dans chaque cas, on majore le module du terme général par le terme d'une série de référence convergente.
a. n⩾1∑n2cosn. Pour tout n⩾1, n2cosn⩽n21, terme général d'une série de Riemann convergente (α=2>1). La série converge absolument, donc converge. On ne sait rien de sa somme, et ce n'est pas la question.
b. n⩾1∑n2(−1)n. Ici n2(−1)n=n21 exactement : la série converge absolument, donc converge. Inutile de sortir le théorème des séries alternées, la convergence absolue suffit et se rédige plus vite.
c. n⩾0∑n!zn, pour z∈C fixé. C'est le théorème de la section 1.4, dont la démonstration établissait précisément la convergence de ∑n!∣z∣n.
d. n⩾0∑2nsin(n2). On majore 2nsin(n2)⩽(21)n, terme général d'une série géométrique de raison 21∈[0,1[, convergente. La série converge absolument.
Le point commun des quatre : le numérateur oscille de façon incontrôlable, mais il est borné, et c'est le dénominateur seul qui décide. C'est la situation type où la convergence absolue est la bonne porte d'entrée.
Remarque
La réciproque est fausse. Une série peut converger sans converger absolument : on le verra au paragraphe suivant avec n⩾1∑n(−1)n, qui converge alors que n⩾1∑n1 diverge. On nomme parfois cette situation semi-convergence.
Le mot est lâché une fois, il n'ira pas plus loin : le programme de MPSI limite l'étude de ces séries aux exemples fournis par le théorème de la section suivante. Il n'y a donc rien à théoriser au-delà, et aucun outil général à attendre. En pratique, devant une série de signe variable, on dispose exactement de deux méthodes — la convergence absolue, le théorème des séries alternées — et d'un troisième recours, le découpage du terme général en une somme de séries dont on connaît la nature.
Le théorème spécial des séries alternées
Définition
Une série ∑un est dite alternée lorsque son terme général s'écrit
un=(−1)nanavecan⩾0 pour tout n(ou un=(−1)n+1an, ce qui revient à changer le signe global). Autrement dit, les termes de la série sont alternativement positifs et négatifs.
Propriété
Théorème spécial des séries alternées (TSSA). Soit (an)n∈N une suite réelle positive, décroissante et de limite nulle. Alors la série ∑(−1)nan converge. Notons S sa somme et Sn ses sommes partielles. On a de plus, pour tout n∈N :
- Encadrement. S2n+1⩽S⩽S2n ; plus généralement, S est toujours comprise entre deux sommes partielles consécutives Sn et Sn+1.
- Signe du reste. Le reste Rn=S−Sn est du signe de son premier terme, c'est-à-dire du signe de (−1)n+1an+1.
- Majoration du reste. ∣Rn∣⩽an+1.
- Signe de la somme. 0⩽S⩽a0 : la somme est du signe de son premier terme a0.
Démonstration. Posons Sn=k=0∑n(−1)kak et considérons les deux suites extraites (S2n) et (S2n+1).
La suite (S2n) est décroissante. Pour tout n,
S2n+2−S2n=(−1)2n+1a2n+1+(−1)2n+2a2n+2=a2n+2−a2n+1⩽0,la dernière inégalité venant de la décroissance de (an).
La suite (S2n+1) est croissante. Pour tout n,
S2n+3−S2n+1=(−1)2n+2a2n+2+(−1)2n+3a2n+3=a2n+2−a2n+3⩾0,pour la même raison.
Leur différence tend vers 0. Pour tout n,
S2n+1−S2n=(−1)2n+1a2n+1=−a2n+1n→+∞0,puisque an→0.
Les suites (S2n) et (S2n+1) sont donc adjacentes : l'une décroît, l'autre croît, et leur différence tend vers 0. Le théorème des suites adjacentes affirme qu'elles convergent vers une même limite, que nous notons S, et que pour tout n
S2n+1⩽S⩽S2n.Convergence de la série. Les deux suites extraites (S2n) et (S2n+1) convergent vers la même limite S, et tout entier est pair ou impair : la suite (Sn) converge donc vers S. La série ∑(−1)nan converge, de somme S. Le point 1 est démontré, dans sa première forme.
Points 2 et 3 : le reste. Distinguons la parité de n.
Si n=2p est pair, l'encadrement S2p+1⩽S⩽S2p donne d'abord R2p=S−S2p⩽0. Ensuite, comme S2p+1=S2p−a2p+1, l'inégalité de gauche s'écrit S2p−a2p+1⩽S, soit R2p=S−S2p⩾−a2p+1. Au total
−a2p+1⩽R2p⩽0,donc R2p est négatif, ce qui est bien le signe de (−1)2p+1a2p+1=−a2p+1, et ∣R2p∣⩽a2p+1.
Si n=2p+1 est impair, l'encadrement S2p+1⩽S⩽S2p+2 donne d'abord R2p+1=S−S2p+1⩾0. Ensuite, comme S2p+2=S2p+1+a2p+2, l'inégalité de droite s'écrit S⩽S2p+1+a2p+2, soit R2p+1⩽a2p+2. Au total
0⩽R2p+1⩽a2p+2,donc R2p+1 est positif, ce qui est le signe de (−1)2p+2a2p+2=a2p+2, et ∣R2p+1∣⩽a2p+2.
Dans les deux cas, Rn est du signe de (−1)n+1an+1 et ∣Rn∣⩽an+1.
Fin du point 1. Les encadrements ci-dessus se relisent ainsi : S est comprise entre S2p et S2p+1, et entre S2p+1 et S2p+2. Autrement dit, pour tout n, S est comprise entre Sn et Sn+1.
Point 4. Prenons n=0 dans l'encadrement S1⩽S⩽S0 : comme S0=a0 et S1=a0−a1, il vient
a0−a1⩽S⩽a0.Or a0⩾a1 par décroissance, donc a0−a1⩾0 et finalement 0⩽S⩽a0. □
La figure représente les sommes partielles de n⩾0∑n+1(−1)n. Les points ronds sont les sommes de rang pair : elles décroissent. Les points carrés sont celles de rang impair : elles croissent. La droite horizontale en pointillés est la somme S, prise en tenaille entre les deux suites, qui se resserrent l'une vers l'autre puisque leur écart S2n−S2n+1=a2n+1 tend vers 0. On lit directement sur le dessin les trois informations du théorème : la convergence, l'encadrement de S par deux sommes partielles consécutives, et le fait que l'erreur commise en s'arrêtant au rang n est plus petite que le premier terme négligé.
Remarque
Les séries qui ne commencent pas à 0. Si (an)n⩾n0 est positive, décroissante et de limite nulle, le TSSA s'applique à n⩾n0∑(−1)nan : il suffit de poser bp=an0+p pour p∈N, ce qui donne une suite positive décroissante de limite nulle, et d'écrire
n⩾n0∑(−1)nan=(−1)n0p⩾0∑(−1)pbp.Les conclusions sur le reste et sur l'encadrement se transportent telles quelles, au facteur global (−1)n0 près. En particulier la majoration ∣Rn∣⩽an+1 reste valable pour tout n⩾n0.
Méthode
Vérifier les TROIS hypothèses, toujours. Le TSSA en demande trois, et l'oubli de l'une d'elles est la faute classique. Avant d'écrire le nom du théorème, écrire noir sur blanc que la suite (an) est :
1. positive — le plus souvent évident, mais à dire ;
2. décroissante — c'est le point à démontrer réellement. Étudier le signe de an+1−an, ou le quotient anan+1, ou dériver la fonction x↦a(x) associée. Attention : la décroissance n'a aucune raison d'être vraie dès le rang 0, il suffit qu'elle le soit à partir d'un certain rang ;
3. de limite nulle — sans quoi la série diverge d'ailleurs grossièrement.
Une suite qui tend vers 0 sans être monotone ne relève pas du TSSA, même si son terme général alterne. Dans ce cas, passer à la méthode générale ci-dessous.
Se servir du TSSA pour une valeur approchée. La majoration ∣Rn∣⩽an+1 est un contrôle d'erreur explicite, ce qui est rare et précieux : pour obtenir S à ε près, il suffit de calculer Sn pour un rang n tel que an+1⩽ε. Et l'on connaît en prime le sens de l'erreur, grâce au signe du reste : on sait si Sn surestime ou sous-estime S.
Exemple
Trois séries alternées.
a. n⩾1∑n(−1)n. Posons an=n1 pour n⩾1 : la suite est positive, décroissante (an+1−an=n+11−n1=n(n+1)−1<0) et de limite nulle. Le TSSA s'applique : la série converge. Elle ne converge pas absolument, puisque n⩾1∑n1 est la série harmonique, divergente.
Sa somme vaut −ln2. Il faut être attentif au signe et à l'indice de départ : la série n⩾1∑n(−1)n commence par −1+21−31+⋯, alors que la somme classique est
n=1∑+∞n(−1)n−1=1−21+31−41+⋯=ln2,les deux ne différant que du signe global. Cette valeur est admise ici ; elle se démontre en exercice, en intégrant l'identité 1+t1=k=0∑n−1(−t)k+1+t(−t)n entre 0 et 1, puis en majorant le terme d'erreur.
Valeur approchée. Pour obtenir ln2 à 10−2 près par cette série, il faut an+1=n+11⩽10−2, soit n⩾99. Cent termes pour deux décimales : la convergence est très lente, ce qui est le lot des séries alternées non absolument convergentes.
b. n⩾1∑n(−1)n. La suite an=n1 est positive, décroissante (la fonction x↦x−1/2 est décroissante sur ]0,+∞[) et de limite nulle. Le TSSA donne la convergence. En revanche n⩾1∑n1 est une série de Riemann d'exposant 21<1, divergente : la convergence n'est pas absolue.
c. n⩾2∑lnn(−1)n. La suite an=lnn1, définie pour n⩾2, est positive (lnn⩾ln2>0), décroissante (car ln est croissante) et de limite nulle. Le TSSA donne la convergence. Elle n'est pas absolue : de lnn⩽n on tire lnn1⩾n1 pour n⩾2, et le théorème de comparaison, appliqué à ces suites positives, donne la divergence de ∑lnn1.
Remarque
PIÈGE — hors du signe constant, l'équivalence ne conserve pas la nature. C'est le paragraphe le plus important de la section, et il faut le connaître par cœur, contre-exemple compris. Posons, pour n⩾2,
un=n+(−1)n(−1)netvn=n(−1)n.Ces expressions ont bien un sens : pour n⩾2, n+(−1)n⩾n−1⩾2−1>0.
Premier fait : un∼vn. Les deux suites ne s'annulent pas, et
vnun=n+(−1)nn=1+n(−1)n1n→+∞1,puisque n(−1)n→0. Donc un∼vn.
Deuxième fait : ∑vn converge. C'est l'exemple b ci-dessus : le TSSA s'applique à an=n1.
Troisième fait : ∑un diverge. Développons un. Posons xn=n(−1)n, qui tend vers 0. En factorisant n au dénominateur,
un=n(1+xn)(−1)n=n(−1)n⋅1+xn1.Utilisons l'identité exacte 1+x1=1−x+1+xx2, valable pour x=−1 :
1+xn1=1−xn+1+xnxn2.Le dernier terme est un O(xn2)=O(n1), car 1+xn1→1 donc cette quantité est bornée. En reportant, et en utilisant (−1)n×(−1)n=1 :
un=n(−1)n(1−n(−1)n+O(n1))=n(−1)n−n1+O(n3/21).Notons wn le terme en O(n−3/2), c'est-à-dire wn=un−n(−1)n+n1, de sorte que
un=vn−n1+wn.Examinons les trois séries du membre de droite.
- ∑vn converge (TSSA, deuxième fait).
- ∑n1 diverge (série harmonique).
- ∑wn converge, par le théorème de domination : wn=O(n3/21), la suite (n3/21) est positive et ∑n3/21 converge, série de Riemann d'exposant 23>1.
Raisonnons par l'absurde en supposant ∑un convergente. L'égalité ci-dessus se réécrit
n1=vn+wn−un.Le membre de droite est une combinaison linéaire de trois suites dont les séries convergent : par linéarité, ∑n1 convergerait. C'est faux. Donc ∑un diverge.
Bilan. On a bien un∼vn, ∑vn convergente et ∑un divergente. Le théorème d'équivalence de la section 2.2 est mis en défaut, et pour une raison précise : son hypothèse de signe constant n'est pas satisfaite ici. Concrètement, l'équivalent vn ne capture que le terme principal n(−1)n ; il jette le terme −n1, qui est pourtant celui qui décide de tout, parce qu'il est de signe constant et que sa série diverge. Un terme négligeable devant le terme principal peut donc, à lui seul, changer la nature de la série. Retenez la règle : face à une série de signe variable, on n'écrit jamais un équivalent pour conclure ; on écrit un développement asymptotique.
Méthode
Méthode générale pour une série de signe variable. Trois étapes, dans cet ordre, sans jamais en sauter une.
1. Tester la convergence absolue. Majorer ∣un∣ et comparer à une série de référence. Si ∑∣un∣ converge, c'est terminé : la série converge, et c'est la conclusion la plus forte, la plus rapide et la plus robuste. C'est le cas dès que le numérateur est borné et le dénominateur assez gros (cosn, sin(n2), (−1)n sur nα avec α>1, ou sur 2n).
2. Si la convergence absolue échoue, chercher une série alternée. Écrire le terme général sous la forme (−1)nan et vérifier les trois hypothèses du TSSA : an⩾0, (an) décroissante, an→0. Si les trois sont vérifiées, conclure — et penser à la majoration du reste si l'énoncé demande une valeur approchée.
3. Si le TSSA ne s'applique pas, faire un développement asymptotique et découper. C'est le cas quand an n'est pas monotone, ou quand le terme général n'est pas exactement de la forme (−1)nan. On écrit alors un développement asymptotique de un à un ordre suffisant — c'est-à-dire jusqu'à ce que le reste soit le terme général d'une série absolument convergente — puis on découpe :
un=TSSA(termes alterneˊs)+Riemann(termes de signe constant)+domination(reste).On conclut ensuite par linéarité, en se souvenant que la somme d'une série convergente et d'une série divergente diverge. Il suffit donc qu'un seul morceau diverge pour que tout diverge, et c'est presque toujours le morceau de signe constant qui décide.
À quel ordre s'arrêter ? Jusqu'à ce que le reste soit un O(nα1) avec α>1, ce qui garantit sa convergence absolue par domination. Aller plus loin est inutile ; s'arrêter avant laisse un terme dont on ignore la nature, et le raisonnement ne conclut pas.
Familles sommables
Les trois premières sections partagent une hypothèse restée invisible : l'ensemble des indices y est toujours N, et N est ordonné. Une série n'est rien d'autre qu'un procédé de sommation dans un ordre imposé : on ajoute u0, puis u1, puis u2, et l'on regarde où va la suite des sommes partielles. Tant que les nombres à additionner se présentent comme une suite, ce point de vue suffit. Il devient inopérant dès que ce n'est plus le cas, et c'est très vite le cas.
Première situation : un tableau infini. Considérons les nombres 2i3j1, où i et j décrivent N. Ils forment un tableau à double entrée, infini dans les deux directions, indexé par N2. On aimerait parler de « la somme de tous les termes du tableau ». Mais N2 ne porte aucun ordre naturel : on peut parcourir le tableau ligne par ligne, colonne par colonne, diagonale par diagonale, en spirale, et rien ne privilégie l'un de ces parcours. Définir la somme à partir d'un parcours reviendrait à faire un choix arbitraire, qu'il faudrait ensuite justifier.
Deuxième situation : intervertir deux signes somme. Pour un tableau fini de nombres, la somme par lignes et la somme par colonnes coïncident : c'est un théorème du premier semestre, et il est sans hypothèse. Pour deux sommes infinies, l'écriture
i=0∑+∞(j=0∑+∞ui,j) = j=0∑+∞(i=0∑+∞ui,j)est fausse en général. Nous en construirons plus loin un contre-exemple d'une simplicité déconcertante, où le membre de gauche vaut 0 et celui de droite vaut 1. L'interversion est donc un geste qui réclame un théorème, et ce théorème réclame une hypothèse.
Troisième situation : sommer par paquets. Il est souvent commode de regrouper les termes avant de les additionner, en choisissant les paquets pour leur commodité de calcul. Le produit de deux séries en donne l'exemple type : les termes apbq sont indexés par N2, et le regroupement utile est celui des diagonales p+q=n. Là encore, regrouper les termes d'une somme infinie n'a rien d'automatique.
La théorie qui répond à ces trois besoins se construit en deux temps, et il faut retenir cette architecture avant tout le reste. On traite d'abord les familles de termes positifs. Là, rien ne peut se compenser : la somme se définit sans aucun ordre, comme la borne supérieure des sommes finies, elle existe toujours dans [0,+∞], et tous les regroupements sont licites sans la moindre vérification préalable. On transporte ensuite la théorie aux familles de nombres complexes en passant par le module — et là tout repose sur une unique hypothèse, la sommabilité, dont l'oubli fait s'effondrer l'ensemble.
Familles de réels positifs
Dans toute cette section, I désigne un ensemble d'indices. Dans la pratique du programme, I est l'un des ensembles concrets suivants : N, N∗, Z, N2, N∗×N∗, le « triangle » {(i,j)∈N2∣i⩽j}, ou une partie de l'un d'eux. Se donner une famille (ui)i∈I d'éléments de [0,+∞], c'est se donner, pour chaque indice i∈I, un élément ui de [0,+∞]. On note F(I) l'ensemble des parties finies de I ; il n'est jamais vide, puisqu'il contient la partie vide.
Rappelons les conventions de calcul dans [0,+∞], déjà rencontrées à la section 2. L'ordre est prolongé par x⩽+∞ pour tout x ; l'addition par x+(+∞)=+∞ ; la multiplication par λ×(+∞)=+∞ si λ>0, et 0×(+∞)=0. Le point décisif est le suivant : toute partie non vide de [0,+∞] admet une borne supérieure dans [0,+∞]. En effet, si cette partie est majorée par un réel, elle admet une borne supérieure réelle d'après la propriété fondamentale de R ; sinon, sa borne supérieure est +∞. C'est ce qui va permettre de définir une somme sans jamais avoir à supposer quoi que ce soit.
Définition
Soit (ui)i∈I une famille d'éléments de [0,+∞]. On appelle somme de la famille l'élément de [0,+∞] défini par
i∈I∑ui = sup{i∈F∑ui ∣ F partie finie de I}.La borne supérieure porte sur l'ensemble de toutes les sommes finies extraites de la famille. Cet ensemble est non vide, car il contient la somme indexée par la partie vide, qui vaut 0 par convention : la définition a donc toujours un sens. En particulier, pour I=∅, on obtient i∈∅∑ui=0.
Un fait élémentaire sera utilisé dans toutes les démonstrations de cette section, et il vaut la peine d'être isolé : si F et G sont deux parties finies de I avec F⊂G, alors
i∈F∑ui ⩽ i∈G∑ui,puisque ∑i∈Gui=∑i∈Fui+∑i∈G∖Fui et que le second terme est positif. Autrement dit, agrandir la partie finie ne peut qu'augmenter la somme : c'est la positivité des termes qui le garantit, et c'est exactement ce qui rend la borne supérieure pertinente.
Définition
La famille (ui)i∈I d'éléments de [0,+∞] est dite sommable lorsque
i∈I∑ui < +∞,c'est-à-dire lorsque l'ensemble des sommes finies ∑i∈Fui, pour F∈F(I), est majoré par un réel.
Remarque
Aucun ordre n'intervient. Relisez la définition : elle ne fait appel qu'à la notion de partie finie de I et à la somme d'un nombre fini de termes. À aucun moment on ne range les indices, on ne les numérote, on ne choisit un premier terme. C'est le contraire du procédé « série », qui repose entièrement sur l'ordre de N.
Cette absence d'ordre est tout l'intérêt du procédé, et elle a une conséquence immédiate : la somme ne change pas quand on renomme les indices. C'est la propriété suivante, dont la démonstration tient en deux lignes précisément parce que la définition a été bien choisie.
Propriété
Invariance par permutation. Soient (ui)i∈I une famille d'éléments de [0,+∞] et σ:J→I une bijection. Alors
j∈J∑uσ(j) = i∈I∑ui.En particulier, la famille (uσ(j))j∈J est sommable si et seulement si (ui)i∈I l'est.
Démonstration. Notons vj=uσ(j) pour j∈J. Si F est une partie finie de J, alors σ(F) est une partie finie de I, de même cardinal, et le changement d'indice dans une somme finie donne
j∈F∑vj = i∈σ(F)∑ui.Réciproquement, si G est une partie finie de I, alors σ−1(G) est une partie finie de J et ∑j∈σ−1(G)vj=∑i∈Gui. Les deux ensembles de sommes finies, celui de la famille (vj)j∈J et celui de la famille (ui)i∈I, sont donc le même ensemble de nombres. Ils ont par conséquent la même borne supérieure. □
Propriété
Théorème — les deux cas de référence.
- Cas où I est fini. Si I est une partie finie, la somme de la famille au sens ci-dessus coïncide avec la somme usuelle des Card(I) termes.
- Cas I=N. Soit (un)n∈N une famille de réels positifs, et SN=n=0∑Nun ses sommes partielles. Alors
et la famille (un)n∈N est sommable si et seulement si la série ∑un converge ; dans ce cas les deux sommes coïncident :
n∈N∑un = n=0∑+∞un.Le même énoncé vaut pour I=N∗, ou pour toute partie de N.
Démonstration. Point 1. L'ensemble I est lui-même une partie finie de I : la quantité ∑i∈Iui, au sens usuel, appartient donc à l'ensemble dont on prend la borne supérieure. Par ailleurs, toute partie finie F de I vérifie F⊂I, donc ∑i∈Fui⩽∑i∈Iui d'après la remarque de croissance ci-dessus. La borne supérieure est ainsi atteinte en F=I, et vaut la somme usuelle.
Point 2. Notons S=n∈N∑un la somme de la famille et Σ=supNSN. La suite (SN) est croissante, puisque SN+1−SN=uN+1⩾0 ; le théorème de la limite monotone assure qu'elle converge vers Σ si elle est majorée, et tend vers +∞ sinon. Dans les deux cas limNSN=Σ dans [0,+∞], ce qui justifie la deuxième égalité de l'énoncé. Reste à voir que S=Σ, et l'on procède par double inégalité.
Inégalité Σ⩽S. Pour tout N, l'ensemble [[0,N]] est une partie finie de N et SN=∑n∈[[0,N]]un est donc l'une des sommes finies intervenant dans la définition de S : ainsi SN⩽S. Comme S majore tous les SN, il majore leur borne supérieure : Σ⩽S.
Inégalité S⩽Σ. Soit F une partie finie de N. Si F=∅, alors ∑n∈Fun=0⩽Σ. Sinon, F est une partie finie non vide de N, donc elle admet un plus grand élément N=maxF, et F⊂[[0,N]]. La croissance des sommes finies donne
n∈F∑un ⩽ n∈[[0,N]]∑un = SN ⩽ Σ.Toutes les sommes finies sont donc majorées par Σ, et en passant à la borne supérieure, S⩽Σ.
Ainsi S=Σ. Enfin, la famille est sommable si et seulement si S<+∞, c'est-à-dire si et seulement si la suite croissante (SN) est majorée, c'est-à-dire — critère de majoration des séries à termes positifs, section 2 — si et seulement si la série ∑un converge ; sa somme est alors limNSN=S. □
Remarque
Ce théorème est le pont entre les deux moitiés du chapitre. Il dit que la notion de famille sommable prolonge celle de série convergente à termes positifs, sans la contredire : sur N, les deux procédés donnent le même nombre. Il autorise donc à calculer une somme de famille indexée par N avec tous les outils de la section 2 (comparaison, équivalents, séries de Riemann, méthode des rectangles), ce dont nous ne nous priverons pas.
Propriété
Opérations. Soient (ui)i∈I et (vi)i∈I deux familles d'éléments de [0,+∞] et λ∈R+.
- Croissance. Si ui⩽vi pour tout i∈I, alors i∈I∑ui⩽i∈I∑vi. En particulier, si (vi) est sommable, (ui) l'est aussi.
- Sous-famille. Si J⊂I, alors j∈J∑uj⩽i∈I∑ui. En particulier, toute sous-famille d'une famille sommable est sommable.
- Somme. i∈I∑(ui+vi)=i∈I∑ui+i∈I∑vi, égalité dans [0,+∞].
- Multiplication par un réel positif. i∈I∑λui=λi∈I∑ui, avec la convention 0×(+∞)=0.
Démonstration. Point 1. Pour toute partie finie F de I, la croissance de la somme finie donne ∑i∈Fui⩽∑i∈Fvi⩽∑i∈Ivi. Le nombre ∑i∈Ivi majore donc toutes les sommes finies extraites de (ui), donc leur borne supérieure.
Point 2. Toute partie finie de J est une partie finie de I : l'ensemble des sommes finies relatif à J est inclus dans celui relatif à I, donc sa borne supérieure est plus petite.
Point 3. Pour toute partie finie F, ∑i∈F(ui+vi)=∑i∈Fui+∑i∈Fvi⩽∑i∈Iui+∑i∈Ivi, ce qui donne l'inégalité ⩽ par passage à la borne supérieure. Pour l'inégalité inverse, soient F et G deux parties finies de I et H=F∪G, qui est finie et contient les deux. La croissance des sommes finies donne
i∈F∑ui+i∈G∑vi ⩽ i∈H∑ui+i∈H∑vi = i∈H∑(ui+vi) ⩽ i∈I∑(ui+vi).(⋆)Si l'un des deux nombres ∑Iui ou ∑Ivi vaut +∞ — disons le premier — il suffit de prendre G=∅ dans (⋆) : toutes les sommes finies ∑i∈Fui sont majorées par ∑i∈I(ui+vi), qui vaut donc +∞, et l'égalité annoncée est vraie, les deux membres étant infinis. Sinon les deux sommes sont finies : dans (⋆), on fixe G et l'on passe à la borne supérieure sur F, puis on passe à la borne supérieure sur G, ce qui donne ∑Iui+∑Ivi⩽∑I(ui+vi).
Point 4. Si λ=0, les deux membres sont nuls avec la convention indiquée. Si λ>0, l'application x↦λx est une bijection croissante de [0,+∞] sur lui-même, donc elle transforme borne supérieure en borne supérieure ; comme ∑i∈Fλui=λ∑i∈Fui pour toute partie finie F, l'égalité passe au passage à la borne supérieure. □
Nous arrivons au théorème central de la section : il autorise à regrouper les termes d'une famille positive de la façon que l'on veut. Sa démonstration est explicitement hors programme ; nous l'admettons, en donnant l'idée.
Propriété
Sommation par paquets, cas positif. Soient (ui)i∈I une famille d'éléments de [0,+∞] et (Ij)j∈J une famille de parties de I deux à deux disjointes dont la réunion est I (on dit que (Ij)j∈J est une partition de I, en tolérant des paquets vides). Alors
i∈I∑ui = j∈J∑i∈Ij∑ui,l'égalité ayant lieu dans [0,+∞] : elle est vraie en particulier lorsque les deux membres valent +∞. En conséquence, la famille (ui)i∈I est sommable si et seulement si chaque sous-famille (ui)i∈Ij est sommable et si la famille des sommes partielles par paquets, (∑i∈Ijui)j∈J, est elle-même sommable.
Démonstration admise (hors programme).
Remarque
L'idée de la démonstration, en deux phrases. Dans un sens, toute somme finie ∑i∈Fui ne fait intervenir qu'un nombre fini d'indices, donc ne rencontre qu'un nombre fini de paquets ; en la découpant selon ces paquets on la majore par le membre de droite, et en passant à la borne supérieure on obtient ⩽. Dans l'autre sens, une somme finie de sommes finies prises dans un nombre fini de paquets deux à deux disjoints se recolle en une seule somme finie sur I, ce qui majore le membre de droite par le membre de gauche.
Pourquoi la définition a été posée dans [0,+∞] et pas dans R+. Regardez le membre de droite : la famille que l'on y somme est (∑i∈Ijui)j∈J, dont les termes sont des sommes de familles positives, donc des éléments de [0,+∞] susceptibles de valoir +∞. Sans la convention, l'énoncé n'aurait même pas de sens. C'est le prix, très modeste, de la généralité totale du théorème : aucune hypothèse.
Sur la figure, chaque point du quadrillage représente un indice (i,j) de N2, l'abscisse portant i et l'ordonnée j. La bande horizontale en trait plein, notée Ij, est le paquet « une ligne » : l'indice j y est fixé et i décrit N. La bande verticale en pointillés, notée Ji, est le paquet « une colonne » : l'indice i y est fixé et j décrit N. Les lignes forment une partition de N2, les colonnes en forment une autre : le théorème de sommation par paquets, appliqué successivement à ces deux partitions, donne deux expressions de la même somme. C'est exactement le théorème suivant.
Propriété
Théorème de Fubini positif. Soient A et B deux ensembles d'indices et (ua,b)(a,b)∈A×B une famille d'éléments de [0,+∞]. Alors, dans [0,+∞],
(a,b)∈A×B∑ua,b = a∈A∑(b∈B∑ua,b) = b∈B∑(a∈A∑ua,b).Aucune hypothèse n'est requise : l'égalité vaut y compris si tous les membres valent +∞.
Démonstration. Posons, pour a∈A, La={a}×B. Ces ensembles sont deux à deux disjoints (deux couples de premières coordonnées différentes ne peuvent être égaux) et leur réunion est A×B : c'est une partition de l'ensemble d'indices. Le théorème de sommation par paquets donne
(a,b)∈A×B∑ua,b = a∈A∑(a′,b)∈La∑ua′,b.Or l'application b↦(a,b) est une bijection de B sur La, donc l'invariance par permutation donne ∑(a′,b)∈Laua′,b=∑b∈Bua,b : c'est la première égalité. La seconde s'obtient de la même façon avec la partition Cb=A×{b}, b∈B, à seconde coordonnée figée. □
Méthode
Sommer une famille de réels positifs. La procédure est purement calculatoire, et c'est là son grand confort.
- Choisir la partition qui rend le calcul possible : les lignes, les colonnes, les diagonales i+j=n, les paquets sur lesquels le terme général se simplifie. C'est le seul endroit où il faut réfléchir.
- Calculer la somme intérieure sur un paquet, sous forme close et en fonction du paramètre du paquet. Le plus souvent, un paquet est fini (on somme alors une somme finie) ou indexé par N (on somme alors une série à termes positifs, avec les outils de la section 2).
- Calculer la somme extérieure de la famille des résultats obtenus, à nouveau comme une somme de famille positive.
- Conclure : la valeur trouvée est la somme de la famille dans [0,+∞] ; si elle est finie, la famille est sommable, si elle vaut +∞, elle ne l'est pas.
Le point capital. Pour des termes positifs, il n'y a rien à vérifier avant de couper en paquets. On ne suppose pas la sommabilité : on la découvre. Le calcul est licite dans [0,+∞] quoi qu'il arrive, et il fournit d'un même mouvement la nature de la famille et la valeur de sa somme. C'est ce privilège qui disparaîtra à la section suivante, dès que les termes changeront de signe.
Exemple
Une famille produit : (i,j)∈N2∑2i3j1.
Sommation à i fixé. Fixons i∈N et sommons sur j. La famille (2i3j1)j∈N est indexée par N et positive : sa somme est celle de la série géométrique correspondante, de raison 31∈[0,1[, multipliée par la constante positive 2i1 :
j∈N∑2i3j1 = 2i1j=0∑+∞(31)j = 2i1×1−311 = 23×2i1.Le théorème de Fubini positif donne alors
(i,j)∈N2∑2i3j1 = i∈N∑(23×2i1) = 23i=0∑+∞(21)i = 23×1−211 = 23×2 = 3.Contrôle à j fixé. Fixons cette fois j et sommons sur i :
i∈N∑2i3j1 = 3j1×1−211 = 3j2,puisj∈N∑3j2 = 2×1−311 = 2×23 = 3.On retrouve bien 3, comme le théorème le prévoit. La somme étant finie, la famille est sommable, et
(i,j)∈N2∑2i3j1 = 3.Ce n'est pas un hasard si le résultat est le produit 2×23 des deux sommes : la famille est de la forme aibj, cas que nous érigerons en théorème à la section 4.2.
Exemple
Une somme par diagonales : (i,j)∈N2∑(i+j)!1.
Ici la sommation à i fixé est possible mais désagréable : ∑j∈N(i+j)!1 est un reste de la série exponentielle, sans forme close. Le terme général ne dépend que de i+j : c'est cette quantité qui doit indexer les paquets.
La partition. Pour n∈N, posons Dn={(i,j)∈N2∣i+j=n}. Tout couple (i,j) appartient à exactement un Dn, celui d'indice n=i+j : la famille (Dn)n∈N est bien une partition de N2. De plus Dn est fini, de cardinal n+1, puisque ses éléments sont exactement les couples (0,n),(1,n−1),…,(n,0).
La somme d'un paquet. Sur Dn, le terme général vaut constamment n!1, donc
(i,j)∈Dn∑(i+j)!1 = n!n+1.La somme extérieure. Il reste à calculer n∈N∑n!n+1, somme d'une famille positive indexée par N, c'est-à-dire somme de la série ∑n!n+1. Séparons les deux morceaux : pour n⩾1, n!n=(n−1)!1, et ce terme est nul pour n=0. Donc, pour N⩾1,
n=0∑Nn!n+1 = n=1∑N(n−1)!1 + n=0∑Nn!1 = m=0∑N−1m!1 + n=0∑Nn!1,après le changement d'indice m=n−1 dans la première somme. Les deux sommes partielles tendent vers e quand N→+∞, d'après la relation ez=∑n=0+∞n!zn prise en z=1 (section 1). Par somme de limites,
n=0∑+∞n!n+1 = e+e = 2e.Conclusion. La famille ((i+j)!1)(i,j)∈N2 est sommable, de somme
(i,j)∈N2∑(i+j)!1 = 2e ≈ 5,4366.Retenez la leçon de méthode : le paquet se choisit sur la forme du terme général, pas par habitude. Ici, la partition à i fixé existe et est licite, mais elle ne mène nulle part ; la partition en diagonales donne le résultat en trois lignes.
Exemple
Une famille non sommable : (i,j)∈N2∑i+j+11.
La méthode ne sert pas qu'à calculer des sommes finies : appliquée telle quelle, elle détecte aussi la non-sommabilité, sans changer un mot de la rédaction. Reprenons la partition en diagonales Dn={(i,j)∣i+j=n}. Sur Dn, le terme général est constant égal à n+11, et le paquet compte n+1 éléments : sa somme vaut donc
(i,j)∈Dn∑i+j+11 = (n+1)×n+11 = 1.La sommation par paquets, licite sans hypothèse puisque les termes sont positifs, donne alors
(i,j)∈N2∑i+j+11 = n∈N∑1 = +∞,la dernière somme valant +∞ car les sommes finies ∑n∈[[0,N]]1=N+1 ne sont pas majorées. La famille n'est pas sommable. Notez qu'aucune des deux sommations itérées n'aurait été plus rapide : à i fixé, ∑j∈Ni+j+11 est le reste d'une série harmonique, donc vaut déjà +∞, et l'on obtient une somme de termes tous infinis — ce que la convention de calcul dans [0,+∞] permet précisément d'écrire sans embarras.
Exemple
Un ensemble d'indices triangulaire : (i,j)∈T∑2j1, où T={(i,j)∈N2∣i⩽j}.
Par colonnes, c'est-à-dire à i fixé. Le paquet est Ti′={(i,j)∣j⩾i}, indexé par les entiers j⩾i, et
j⩾i∑2j1 = 2i1k=0∑+∞2k1 = 2i2,par le changement d'indice k=j−i et la somme d'une série géométrique de raison 21. La somme extérieure vaut alors
i∈N∑2i2 = 2×2 = 4.Par lignes, c'est-à-dire à j fixé. Le paquet est Tj={(i,j)∣0⩽i⩽j}, fini de cardinal j+1, et le terme général y est constant égal à 2j1 : la somme du paquet vaut 2jj+1.
Le sous-produit. Les deux calculs portent sur la même famille positive : le théorème de sommation par paquets impose qu'ils donnent le même résultat. On en tire, sans aucun autre effort,
j=0∑+∞2jj+1 = 4,ce qui n'était pas immédiat par les seuls outils de la section 2. Bien choisir sa partition ne sert pas qu'à conclure : cela calcule des sommes que l'on ne savait pas atteindre.
Remarque
Le cas I=Z. Il n'y a pas de « série indexée par Z » : il faudrait choisir par où commencer. Les familles, elles, s'en accommodent sans rien ajouter à la théorie. L'ensemble Z est en effet la réunion disjointe de N et de l'ensemble des entiers strictement négatifs, et la sommation par paquets appliquée à cette partition en deux morceaux donne, pour toute famille (un)n∈Z de réels positifs,
n∈Z∑un = n∈N∑un + n∈N∗∑u−n,le second terme s'obtenant par invariance par permutation, via la bijection n↦−n de N∗ sur les entiers strictement négatifs. La famille est donc sommable si et seulement si les deux séries ∑n⩾0un et ∑n⩾1u−n convergent toutes les deux.
Par exemple, la famille (1+n21)n∈Z est sommable : les deux séries obtenues sont à termes positifs et de terme général équivalent à n21, terme général d'une série de Riemann convergente puisque 2>1.
Familles de nombres complexes
Tout ce qui précède repose sur la positivité : c'est elle qui rend les sommes finies croissantes, donc la borne supérieure pertinente. Dès que les termes peuvent se compenser, la borne supérieure des sommes finies n'a plus aucun sens — pour la famille constante égale à (−1) indexée par N, elle vaudrait 0, ce qui ne veut rien dire. La stratégie est donc celle de la section 3, transposée : on teste la famille sur ses modules, qui forment une famille positive, et l'on ne définit la somme que dans le cas favorable.
Définition
Soit (ui)i∈I une famille de nombres complexes. On dit qu'elle est sommable lorsque la famille positive (∣ui∣)i∈I l'est, c'est-à-dire lorsque
i∈I∑∣ui∣ < +∞.L'ensemble des familles sommables indexées par I se note ℓ1(I).
Remarque
Le cas I=N est déjà connu. Pour une suite complexe (un), le théorème du cas I=N de la section 4.1, appliqué à la famille positive (∣un∣), montre que
(un)n∈N∈ℓ1(N)⟺la seˊrie ∑∣un∣ converge⟺la seˊrie ∑un est absolument convergente.Le vocabulaire de la section 3 était donc déjà celui des familles sommables : « la suite (un) est sommable » et « la série ∑un converge absolument » sont deux façons de dire la même chose. Ce que la théorie des familles apporte, ce n'est pas une nouvelle condition, c'est la liberté de sommer dans le désordre.
Reste à définir la somme d'une famille sommable. On ne peut plus prendre une borne supérieure ; on se ramène au cas positif en découpant chaque terme en morceaux positifs.
Définition
Somme d'une famille sommable.
Cas réel. Soit (ui)i∈I une famille réelle sommable. Pour i∈I, posons
ui+=max(ui,0)etui−=max(−ui,0),de sorte que ui+⩾0, ui−⩾0, ui=ui+−ui− et ∣ui∣=ui++ui−. Les familles (ui+) et (ui−) sont positives et majorées terme à terme par (∣ui∣) : elles sont donc sommables, et leurs sommes sont des réels. On pose
i∈I∑ui = i∈I∑ui+ − i∈I∑ui− ∈ R.Cas complexe. Soit (ui)i∈I une famille complexe sommable. Comme ∣Re(ui)∣⩽∣ui∣ et ∣Im(ui)∣⩽∣ui∣, les familles réelles (Re(ui)) et (Im(ui)) sont sommables, et l'on pose
i∈I∑ui = i∈I∑Re(ui) + ii∈I∑Im(ui) ∈ C.Propriété
Cohérence de la définition.
- Si (ui)i∈I est une famille positive sommable, la nouvelle définition redonne la somme de la section 4.1.
- Si I=N et si la série ∑un est absolument convergente, alors
la somme de la famille et la somme de la série coïncident.
Démonstration. Point 1. Si ui⩾0 pour tout i, alors ui+=ui et ui−=0 ; la famille nulle a une somme nulle, donc la nouvelle somme vaut ∑i∈Iui au sens de la section 4.1.
Point 2, cas réel. Notons SN=∑n=0Nun. Pour tout N, la décomposition un=un+−un− et la linéarité de la somme finie donnent
SN = n=0∑Nun+ − n=0∑Nun−.Les familles (un+) et (un−) sont positives et sommables, donc les séries ∑un+ et ∑un− convergent, de sommes respectives ∑n∈Nun+ et ∑n∈Nun− (théorème du cas I=N). En passant à la limite quand N→+∞,
n=0∑+∞un = n∈N∑un+−n∈N∑un− = n∈N∑un.Point 2, cas complexe. Une série complexe converge si et seulement si les séries de ses parties réelle et imaginaire convergent, et sa somme est alors ∑Re(un)+i∑Im(un) : on applique le cas réel à chacune des deux. □
Propriété
Propriétés de la somme. Soient (ui)i∈I et (vi)i∈I deux familles sommables de nombres complexes et λ∈C.
- Domination. Soit (xi)i∈I une famille complexe quelconque. S'il existe une famille positive sommable (wi)i∈I telle que ∣xi∣⩽wi pour tout i∈I, alors (xi)i∈I est sommable.
- Sous-famille. Pour toute partie J⊂I, la sous-famille (uj)j∈J est sommable.
- Linéarité. La famille (ui+λvi) est sommable et
Autrement dit, ℓ1(I) est un sous-espace vectoriel de l'espace des familles complexes indexées par I, et la somme y est une forme linéaire. 4. Croissance (familles réelles). Si (ui) et (vi) sont réelles avec ui⩽vi pour tout i, alors ∑i∈Iui⩽∑i∈Ivi. 5. Inégalité triangulaire. i∈I∑ui ⩽ i∈I∑∣ui∣. 6. Invariance par permutation. Pour toute bijection σ:J→I, la famille (uσ(j))j∈J est sommable et j∈J∑uσ(j)=i∈I∑ui.
Démonstration. Points 1 et 2. Ce sont les points 1 et 2 des opérations sur les familles positives, appliqués à la famille (∣ui∣).
Point 3, sommabilité. L'inégalité triangulaire dans C donne ∣ui+λvi∣⩽∣ui∣+∣λ∣∣vi∣ ; le membre de droite est le terme général d'une famille positive sommable (somme et multiplication par le réel positif ∣λ∣), donc la croissance conclut.
Point 3, additivité, cas réel. Soient (ui) et (vi) réelles sommables et wi=ui+vi. De wi+−wi−=ui+−ui−+vi+−vi− on tire, en ne gardant que des termes positifs de chaque côté,
wi++ui−+vi− = wi−+ui++vi+.Ce sont deux familles positives égales terme à terme ; sommons-les grâce à l'additivité du cas positif :
i∈I∑wi++i∈I∑ui−+i∈I∑vi− = i∈I∑wi−+i∈I∑ui++i∈I∑vi+.Les six sommes sont des réels (chaque famille est majorée par ∣wi∣, ∣ui∣ ou ∣vi∣), on peut donc les déplacer d'un membre à l'autre :
i∈I∑wi+−i∈I∑wi− = (i∈I∑ui+−i∈I∑ui−)+(i∈I∑vi+−i∈I∑vi−),c'est-à-dire ∑I(ui+vi)=∑Iui+∑Ivi.
Point 3, homogénéité. Pour λ⩾0 réel, (λu)±=λu± et l'homogénéité du cas positif conclut ; pour λ=−1, (−u)+=u− et (−u)−=u+, donc ∑I(−ui)=−∑Iui. La linéarité réelle en découle. Pour λ=α+iβ complexe et ui=ai+ibi, posons A=∑Iai et B=∑Ibi. Comme λui=(αai−βbi)+i(αbi+βai), la définition de la somme complexe et la linéarité réelle donnent
i∈I∑λui = (αA−βB)+i(αB+βA) = (α+iβ)(A+iB) = λi∈I∑ui.Point 4. La famille (vi−ui) est positive et sommable, donc sa somme est positive (point 1 de la cohérence) ; la linéarité donne ∑Ivi−∑Iui⩾0.
Point 5. Posons S=∑i∈Iui. Si S=0, l'inégalité est évidente puisque le membre de droite est positif. Sinon, écrivons S=reiθ avec r=∣S∣>0 et θ∈R. Par linéarité, r=e−iθS=∑i∈Ie−iθui. Ce nombre étant réel, il est égal à sa partie réelle, et la définition de la somme complexe donne
r = Re(i∈I∑e−iθui) = i∈I∑Re(e−iθui).Or Re(z)⩽∣z∣ pour tout complexe z, et e−iθui=∣ui∣ : la croissance du point 4, appliquée aux deux familles réelles sommables (Re(e−iθui)) et (∣ui∣), donne r⩽∑i∈I∣ui∣.
Point 6. L'invariance par permutation vaut pour les quatre familles positives (Re(ui))± et (Im(ui))± d'après la section 4.1 ; on recompose ensuite par la définition de la somme. □
Le point 6 mérite d'être traduit dans le langage des séries, où il énonce un fait qui n'a rien d'évident : on peut changer l'ordre des termes d'une série absolument convergente sans changer sa somme.
Propriété
Permutation des termes d'une série absolument convergente. Soient ∑un une série complexe absolument convergente et σ:N→N une bijection. Alors la série ∑uσ(n) est absolument convergente et
n=0∑+∞uσ(n) = n=0∑+∞un.Démonstration. La série ∑un étant absolument convergente, la famille (un)n∈N est sommable et sa somme coïncide avec celle de la série. L'invariance par permutation, appliquée à la famille positive (∣un∣), montre que ∑n∈N∣uσ(n)∣=∑n∈N∣un∣<+∞, donc que la série ∑uσ(n) converge absolument ; appliquée à la famille (un) elle-même, elle donne l'égalité des sommes. Il ne reste qu'à repasser du langage des familles à celui des séries, ce qu'autorise la propriété de cohérence. □
C'est un privilège de la convergence absolue, et de rien d'autre : pour une série qui converge sans converger absolument, permuter les termes peut modifier la somme. On ne s'aventurera pas plus loin sur ce terrain, mais retenez que l'énoncé ci-dessus n'est pas une évidence de bon sens — c'est un théorème, avec une hypothèse.
Voici maintenant le théorème qui donne tout son intérêt à la théorie. Sa démonstration est, comme dans le cas positif, hors programme : nous l'admettons.
Propriété
Sommation par paquets, cas complexe. Soient (ui)i∈I une famille de nombres complexes sommable et (Ij)j∈J une partition de I (parties deux à deux disjointes, de réunion I). Alors :
- pour tout j∈J, la sous-famille (ui)i∈Ij est sommable ; notons sj=i∈Ij∑ui la somme du paquet d'indice j ;
- la famille (sj)j∈J est sommable ;
- on a l'égalité
Démonstration admise (hors programme).
Remarque
L'hypothèse de sommabilité n'est pas décorative. Dans le cas positif, le théorème de sommation par paquets était vrai sans aucune hypothèse : au pire les deux membres valaient +∞. Ici, la sommabilité de (ui)i∈I est indispensable, et elle ne se déduit pas du fait que chaque paquet donne une somme finie, ni du fait que la somme des paquets « converge ». Le contre-exemple donné plus bas est construit exactement là-dessus : chaque ligne et chaque colonne y a une somme parfaitement définie, chacun des deux calculs itérés aboutit à un nombre, et pourtant ces deux nombres diffèrent.
Retenez la hiérarchie : positif, on calcule d'abord et on conclut ensuite ; complexe, on justifie d'abord et on calcule ensuite.
Propriété
Théorème de Fubini. Soient A et B deux ensembles d'indices et (ua,b)(a,b)∈A×B une famille complexe sommable. Alors :
- pour tout a∈A, la famille (ua,b)b∈B est sommable, et pour tout b∈B, la famille (ua,b)a∈A est sommable ;
- les familles (b∈B∑ua,b)a∈A et (a∈A∑ua,b)b∈B sont sommables ;
- les trois sommes coïncident :
Démonstration. On applique le théorème de sommation par paquets à la partition La={a}×B, a∈A, à première coordonnée figée. Son point 1 donne la sommabilité de la sous-famille indexée par La, qui est celle de (ua,b)b∈B après la bijection b↦(a,b) ; son point 2 donne la sommabilité de la famille des sommes de paquets, c'est-à-dire de (∑b∈Bua,b)a∈A ; son point 3 donne la première égalité. On recommence avec la partition Cb=A×{b}, b∈B, ce qui donne la seconde. □
Méthode
La procédure en deux temps. C'est le mode d'emploi de toute la fin du chapitre, et de tout ce qui suivra dans l'année dès qu'une somme double apparaîtra.
Temps 1 — prouver la sommabilité, avec les modules. On travaille sur la famille positive (∣ui∣)i∈I. Comme les termes sont positifs, on peut immédiatement couper en paquets, intervertir, sommer ligne par ligne ou colonne par colonne, sans aucune justification préalable : tout calcul est licite dans [0,+∞]. On choisit donc la partition la plus commode et l'on calcule ∑i∈I∣ui∣. Si le résultat est fini, la famille est sommable ; on l'écrit noir sur blanc.
Temps 2 — calculer la somme, sur les termes eux-mêmes. La sommabilité étant acquise, les théorèmes de sommation par paquets et de Fubini s'appliquent : on refait le calcul sur les ui, avec la partition la plus commode — qui n'est pas nécessairement celle du temps 1 — en intervertissant librement les signes somme.
Rédaction. La phrase « la famille (ui)i∈I est sommable car ∑i∈I∣ui∣=…<+∞, on peut donc appliquer le théorème de Fubini » doit figurer explicitement entre les deux calculs. Sans elle, le second calcul ne démontre rien du tout : il manipule des symboles dont on n'a pas établi qu'ils désignent des nombres.
Exemple
La méthode en action : (i,j)∈N2∑(i+j)!(−1)i+j.
Temps 1 : sommabilité. Le module du terme général vaut (i+j)!1, et nous avons calculé à la section 4.1, par sommation selon les diagonales,
(i,j)∈N2∑(i+j)!(−1)i+j = (i,j)∈N2∑(i+j)!1 = 2e < +∞.La famille est donc sommable, et le théorème de sommation par paquets s'applique.
Temps 2 : la valeur. Reprenons la partition en diagonales Dn={(i,j)∣i+j=n}, avec Card(Dn)=n+1. Sur Dn, le terme général est constant égal à n!(−1)n, donc la somme du paquet vaut n!(−1)n(n+1), et
(i,j)∈N2∑(i+j)!(−1)i+j = n∈N∑n!(−1)n(n+1).Cette dernière famille est sommable (ses modules ont pour somme 2e), donc la série ∑n!(−1)n(n+1) converge absolument et sa somme se calcule comme précédemment :
n=0∑+∞n!(−1)n(n+1) = n=1∑+∞(n−1)!(−1)n + n=0∑+∞n!(−1)n = −m=0∑+∞m!(−1)m + e−1 = −e−1+e−1 = 0,le changement d'indice m=n−1 faisant apparaître (−1)m+1=−(−1)m. Finalement
(i,j)∈N2∑(i+j)!(−1)i+j = 0.Notez la structure de la rédaction : un calcul sur les modules, une phrase de conclusion sur la sommabilité, puis le même calcul sur les termes. C'est exactement le schéma attendu en devoir.
Remarque
Le contre-exemple à connaître : sans sommabilité, l'interversion est fausse. Définissons une famille (ui,j)(i,j)∈N2 par
ui,i=1pour tout i∈N,ui,i+1=−1pour tout i∈N,ui,j=0sinon.Décrivons les premières valeurs en disposant la famille comme un tableau, et en convenant pour cette seule lecture que i numérote les lignes et j les colonnes. Sur la ligne i=0 : le terme de colonne j=0 vaut 1, celui de colonne j=1 vaut −1, tous les autres sont nuls. Sur la ligne i=1 : le terme de colonne j=1 vaut 1, celui de colonne j=2 vaut −1, les autres sont nuls. Et ainsi de suite : la famille porte des 1 sur la diagonale et des −1 juste à droite de la diagonale, tout le reste étant nul.
Somme par lignes. À i fixé, la ligne ne comporte que deux termes non nuls, 1 et −1 : c'est une somme finie, qui vaut 0. Donc
i∈N∑j∈N∑ui,j = i∈N∑0 = 0.Somme par colonnes. À j fixé, les termes non nuls de la colonne sont uj,j=1 et, lorsque j⩾1, uj−1,j=−1. Pour j=0, le terme −1 exigerait l'indice de ligne i=−1, qui n'existe pas : la colonne j=0 a pour somme 1. Pour j⩾1, la colonne a pour somme 1−1=0. Donc
j∈N∑(i∈N∑ui,j) = 1+0+0+⋯ = 1.Conclusion. Les deux sommations itérées sont parfaitement définies — toutes les sommes intérieures sont des sommes finies — et pourtant elles donnent 0 et 1. Il n'y a pas de paradoxe : la famille n'est pas sommable. En effet, en prenant la partie finie Fn={(0,0),(1,1),…,(n,n)}, on obtient ∑(i,j)∈Fn∣ui,j∣=n+1, et ces sommes finies ne sont pas majorées : ∑(i,j)∈N2∣ui,j∣=+∞.
C'est ce contre-exemple qu'il faut avoir en tête chaque fois que la tentation d'intervertir deux signes somme se présente. Un −1 placé au bon endroit suffit à faire mentir le calcul.
Propriété
Produit de deux familles sommables. Soient (ai)i∈I et (bj)j∈J deux familles sommables de nombres complexes. Alors la famille (aibj)(i,j)∈I×J est sommable et
(i,j)∈I×J∑aibj = (i∈I∑ai)j∈J∑bj.Démonstration. Sommabilité. La famille (∣aibj∣)=(∣ai∣∣bj∣) est positive : le théorème de Fubini positif s'applique sans hypothèse et donne
(i,j)∈I×J∑∣ai∣∣bj∣ = i∈I∑j∈J∑∣ai∣∣bj∣ = i∈I∑∣ai∣j∈J∑∣bj∣ = (i∈I∑∣ai∣)j∈J∑∣bj∣,en sortant deux fois une constante positive de la somme (homogénéité du cas positif). Les deux facteurs étant finis par hypothèse, le produit l'est : la famille (aibj) est sommable.
Valeur. La sommabilité acquise, le théorème de Fubini s'applique, et la linéarité permet à nouveau de sortir le facteur ai, qui ne dépend pas de j :
(i,j)∈I×J∑aibj = i∈I∑j∈J∑aibj = i∈I∑aij∈J∑bj = j∈J∑bji∈I∑ai.□Produit de Cauchy
Comment multiplier deux séries ? Si l'on développe formellement le produit (∑pap)(∑qbq), on obtient tous les produits apbq, indexés par N2. Pour les réorganiser en une série, il faut les grouper par paquets finis, et le groupement naturel est celui qui rassemble les termes de même « degré total » p+q : c'est le regroupement que l'on ferait pour multiplier deux polynômes. On obtient ainsi la définition suivante.
Définition
Soient ∑an et ∑bn deux séries numériques. On appelle produit de Cauchy de ces deux séries la série ∑cn de terme général
cn = k=0∑nakbn−k = a0bn+a1bn−1+⋯+anb0.Propriété
Produit de Cauchy de deux séries absolument convergentes. Si les séries ∑an et ∑bn sont absolument convergentes, alors leur produit de Cauchy ∑cn est absolument convergent et
n=0∑+∞cn = (n=0∑+∞an)(n=0∑+∞bn).Démonstration. Étape 1 : une famille sommable. Les séries ∑an et ∑bn étant absolument convergentes, les familles (ap)p∈N et (bq)q∈N sont sommables, de sommes respectives A=∑n=0+∞an et B=∑n=0+∞bn. D'après le théorème sur le produit de deux familles sommables, la famille (apbq)(p,q)∈N2 est sommable, de somme AB.
Étape 2 : la partition en diagonales. Pour n∈N, posons Dn={(p,q)∈N2∣p+q=n}. Tout couple (p,q) appartient au seul ensemble Dp+q : la famille (Dn)n∈N est une partition de N2, et chaque Dn est fini, formé des couples (k,n−k) pour k∈[[0,n]].
Étape 3 : la sommation par paquets. La famille (apbq) étant sommable, le théorème de sommation par paquets s'applique à la partition (Dn). La somme sur le paquet Dn est une somme finie :
(p,q)∈Dn∑apbq = k=0∑nakbn−k = cn.Le théorème affirme alors que la famille (cn)n∈N est sommable — c'est-à-dire que la série ∑cn converge absolument — et que
n∈N∑cn = (p,q)∈N2∑apbq = AB.Enfin, la somme de la famille (cn)n∈N coïncide avec la somme de la série ∑cn, d'où le résultat annoncé. □
Exemple
Le carré de la série géométrique. Soit x∈R avec ∣x∣<1, et prenons an=bn=xn. La série ∑xn est absolument convergente puisque ∑∣x∣n est une série géométrique de raison ∣x∣∈[0,1[, et sa somme vaut 1−x1. Le terme général du produit de Cauchy vaut
cn = k=0∑nxkxn−k = k=0∑nxn = (n+1)xn,puisque les n+1 termes de la somme sont tous égaux à xn. Le théorème donne donc, pour tout x tel que ∣x∣<1 : la série ∑(n+1)xn converge absolument et
n=0∑+∞(n+1)xn = (1−x)21.Contrôle. Pour x=21, le dénominateur vaut (1−21)2=41 et la formule donne
n=0∑+∞2nn+1 = 4,ce qui est bien la valeur obtenue à la section 4.1 en sommant la famille triangulaire dans les deux sens. Deux chemins entièrement différents, le même nombre : c'est le genre de recoupement qu'il faut chercher systématiquement.
Exemple
L'exponentielle complexe est un morphisme. Soient z et z′ deux nombres complexes, et posons an=n!zn, bn=n!z′n.
Convergence absolue. La série ∑n!zn=∑n!∣z∣n converge, de somme e∣z∣ : la série ∑an est absolument convergente, de somme ez, et de même pour ∑bn, de somme ez′.
Le terme général du produit de Cauchy. En faisant apparaître un coefficient binomial :
cn = k=0∑nk!zk⋅(n−k)!z′n−k = n!1k=0∑nk!(n−k)!n!zkz′n−k = n!1k=0∑n(kn)zkz′n−k = n!(z+z′)n,la dernière égalité étant la formule du binôme de Newton, licite puisque z et z′ commutent.
Conclusion. Le théorème du produit de Cauchy donne
ezez′ = n=0∑+∞n!(z+z′)n = ez+z′.En particulier, pour tout z∈C, eze−z=e0=1, donc ez=0 et (ez)−1=e−z. L'application exp:z↦ez est donc un morphisme de groupes de (C,+) dans (C∗,×). C'est la propriété fondamentale de l'exponentielle complexe, et elle vient d'être démontrée à partir de la seule définition par la série.
Remarque
L'hypothèse de convergence absolue ne se relâche pas. Il existe des séries convergentes dont le produit de Cauchy diverge : c'est le cas de ∑n+1(−1)n multipliée par elle-même, qui converge par le TSSA, alors que le terme général cn de son produit de Cauchy vérifie ∣cn∣⩾1 pour tout n, d'où une divergence grossière. La convergence absolue est donc bien l'hypothèse à vérifier, et non une commodité de démonstration.
Méthodes
Cette dernière section ne contient aucun résultat nouveau : elle range les précédents dans l'ordre où l'on s'en sert. Une remarque préalable, qui vaut pour tout le chapitre : l'énorme majorité des points perdus vient non pas d'un calcul faux, mais d'un théorème appliqué sans ses hypothèses. Avant chaque geste, demandez-vous de quel signe sont les termes et si la convergence est déjà acquise.
Méthode
1. Déterminer la nature d'une série ∑un. L'arbre de décision se parcourt toujours dans cet ordre.
- Le terme général tend-il vers 0 ? S'il ne tend pas vers 0, ou s'il n'a pas de limite, la série diverge grossièrement : c'est terminé en une ligne. S'il tend vers 0, on n'a strictement rien démontré, et l'on passe à la suite.
- Est-ce une série de référence ? Géométrique ∑qn (converge si et seulement si ∣q∣<1), Riemann ∑nα1 (converge si et seulement si α>1), exponentielle ∑n!zn, ou télescopique ∑(vn+1−vn) (même nature que la suite (vn)).
- Quel est le signe de un à partir d'un certain rang ? Toute la suite en dépend, et c'est la question que l'on oublie.
- Cas des termes positifs (à partir d'un certain rang). Chercher un équivalent simple un∼vn avec vn de référence : les deux séries sont alors de même nature. À défaut, majorer par le terme général d'une série convergente, ou minorer par celui d'une série divergente. Si un=f(n) avec f monotone, utiliser la méthode des rectangles.
- Cas du signe variable. Commencer par la convergence absolue : majorer ∣un∣ par le terme général d'une série positive convergente, ou invoquer la domination un=O(vn) avec ∑vn convergente à termes positifs. Si ∑∣un∣ converge, la série converge, et c'est fini.
- Si ∑∣un∣ diverge, chercher la structure alternée un=(−1)nan et vérifier les trois hypothèses du TSSA : an⩾0, (an) décroissante, an→0.
- Si la décroissance est en défaut, ou si le terme n'est pas exactement alterné, écrire un développement asymptotique de un : une partie alternée relevant du TSSA, une partie absolument convergente, et éventuellement une partie de nature connue. Conclure par linéarité, en séparant les séries une fois établie la nature de chacune.
Ce dernier point mérite une insistance. La linéarité affirme que si ∑vn et ∑wn convergent, alors ∑(vn+wn) converge, de somme la somme des sommes. Elle ne dit rien dans l'autre sens : d'une série convergente on ne peut pas conclure que ses morceaux convergent. Un développement asymptotique se lit donc de la droite vers la gauche, jamais l'inverse.
Méthode
2. Calculer la somme d'une série. Le calcul exact d'une somme n'est possible que dans un petit nombre de situations, qu'il faut reconnaître.
- Télescopage. Écrire un=vn+1−vn ; alors k=0∑nuk=vn+1−v0, et il ne reste qu'une limite à calculer. Pour une fraction rationnelle, la décomposition en éléments simples produit ce découpage.
- Série géométrique et ses variantes : n=0∑+∞qn=1−q1 pour ∣q∣<1 ; n=0∑+∞(n+1)xn=(1−x)21 pour ∣x∣<1 (produit de Cauchy). Attention aux bornes : une série qui commence à n=1 vaut la somme complète moins son terme d'indice 0.
- Série exponentielle : n=0∑+∞n!zn=ez, et ses dérivées combinatoires du type n=0∑+∞n!n+1=2e, que l'on obtient en écrivant le numérateur en fonction de n! et (n−1)! puis en décalant l'indice.
- Produit de Cauchy : reconnaître dans cn une somme ∑k=0nakbn−k, vérifier la convergence absolue des deux facteurs, conclure.
- Passage par une famille sommable : si le terme général est lui-même une somme, écrire la série comme la somme d'une famille indexée par N2 ou par un triangle, prouver la sommabilité avec les modules, puis intervertir pour se ramener à des sommes calculables.
Méthode
3. Estimer un reste ou une somme partielle. Quand la somme exacte est inaccessible, on en cherche un encadrement ou un équivalent.
- Série alternée (TSSA). Le reste Rn est du signe de son premier terme et vérifie ∣Rn∣⩽an+1 : la majoration est immédiate et souvent suffisante, y compris pour un calcul numérique à précision donnée.
- Comparaison série-intégrale. Pour f continue, positive et décroissante sur [n0,+∞[, et pour n⩾n0 et N>n :
Si la série converge, on fait tendre N vers +∞ dans cet encadrement pour encadrer le reste. Exemple : avec f(t)=t21, on obtient n+11⩽k=n+1∑+∞k21⩽n1, d'où Rn∼n1. 3. Encadrement par une géométrique. Si ∣uk∣⩽Mqk pour k>n, avec 0⩽q<1, alors ∣Rn∣⩽1−qMqn+1 : la décroissance est très rapide, c'est la situation la plus confortable. 4. Somme partielle d'une série divergente. Même technique, appliquée cette fois à Sn : encadrer par des intégrales, puis diviser par le terme principal pour obtenir l'équivalent (modèle : Hn∼lnn).
Méthode
4. Sommer une famille (ui)i∈I, ou intervertir deux sommes.
- Termes positifs : aucun préalable. On choisit la partition, on calcule les sommes intérieures, puis la somme extérieure, dans [0,+∞]. Le calcul donne à la fois la sommabilité et la valeur.
- Termes de signe variable ou complexes : procédure en deux temps. D'abord ∑i∈I∣ui∣, calculé librement puisque positif ; si le résultat est fini, on énonce la sommabilité ; ensuite seulement, on refait le calcul sur les ui en intervertissant.
- Choix de la partition : par lignes ou par colonnes si le terme général se factorise en un produit d'un facteur en i et d'un facteur en j ; par diagonales i+j=n si le terme ne dépend que de i+j ; par tranches adaptées à la contrainte si l'ensemble d'indices est un triangle {i⩽j}. Une partition mal choisie ne rend pas le calcul faux, elle le rend impossible.
- Contrôle : quand les deux partitions sont praticables, les mener toutes les deux. Trouver deux fois le même nombre est la meilleure vérification de calcul dont on dispose.
Une dernière liste, à relire avant chaque devoir. Ces cinq erreurs se retrouvent dans presque toutes les copies, et chacune invalide la question entière, pas seulement une ligne.
Méthode
5. Les cinq fautes qui coûtent le plus de points.
- Écrire n=0∑+∞un avant d'avoir prouvé la convergence. Ce symbole désigne un nombre : tant que la convergence n'est pas établie, il ne désigne rien, et tout ce qu'on en déduit est nul et non avenu. On travaille sur les sommes partielles jusqu'à la conclusion.
- Utiliser un équivalent sur une série de signe variable. Le théorème d'équivalence exige des séries à termes positifs (au moins à partir d'un certain rang). Sans cette hypothèse il est faux, et les contre-exemples classiques sont bâtis exactement là-dessus.
- Oublier de vérifier la décroissance dans le TSSA. Les trois hypothèses — positivité, décroissance, limite nulle — se vérifient explicitement, la décroissance par étude du quotient, de la différence ou d'une fonction associée. « La série est alternée donc elle converge » est faux.
- Intervertir deux sommes sans sommabilité. Sur des termes positifs, l'interversion est gratuite ; sur des termes de signe variable, elle exige la sommabilité, établie avant, sur les modules. Le contre-exemple de la section 4.2 donne 0 d'un côté et 1 de l'autre.
- Conclure « un→0 donc la série converge ». La condition est nécessaire, jamais suffisante : la série harmonique ∑n1 est là pour le rappeler. Sa contraposée, en revanche, est un outil puissant : si un ne tend pas vers 0, la série diverge, et c'est le premier réflexe de tout exercice.
Les exercices
32 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Sommes partielles, convergence et somme
Séries numériques : sommes partielles, convergence, somme et resteSéries géométriques et série exponentielle
1. Pour chacune des séries suivantes, calculer explicitement la somme partielle Sn, puis en déduire la nature de la série et, en cas de convergence, la valeur de sa somme.
a. ∑n⩾02n1
b. ∑n⩾2(31)n
c. ∑n⩾1n(n+1)1
d. ∑n⩾0(−1)n
e. ∑n⩾1ln(1+n1)
f. ∑n⩾05n2n+3n
2. Pour la série a., donner l'expression du reste Rn et vérifier qu'il tend vers 0.
Exercice 2 ★★★★ — Divergence grossière : ce que le terme général suffit à dire
Condition nécessaire de convergence et divergence grossièreSéries numériques : sommes partielles, convergence, somme et reste
1. Pour chacune des séries suivantes, étudier la limite du terme général, puis dire si cette seule étude permet de conclure quant à la nature de la série.
a. ∑n⩾0n+1n
b. ∑n⩾0(−1)n2n+1n
c. ∑n⩾1(1+n1)n
d. ∑n⩾1nnn!
e. ∑n⩾1cosn1
f. ∑n⩾1nlnn
g. ∑n⩾1nsinn1
h. ∑n⩾1(n+1−n)
2. Pour la série h., calculer la somme partielle Sn et conclure.
3. Expliquer en deux phrases pourquoi le fait que un tende vers 0 ne permet jamais de conclure à la convergence de ∑un, en citant l'exemple de référence du cours.
Exercice 3 ★★★★ — Lien suite-série et séries télescopiques
Lien suite-série et séries télescopiquesCalcul de la somme d'une série et estimation des restesSéries numériques : sommes partielles, convergence, somme et reste
1. Énoncer le théorème du lien suite-série.
2. Déterminer la nature et, le cas échéant, la somme des séries suivantes.
a. ∑n⩾1(n1−n+11)
b. ∑n⩾1lnnn+1
c. ∑n⩾0(Arctan(n+1)−Arctann)
d. ∑n⩾1(n+11−n1)
e. ∑n⩾0(n+2n+1−n+1n)
Exercice 4 ★★★★ — Nature d'une série à termes positifs par équivalent
Théorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positivesSéries à termes positifs : majoration des sommes partielles
1. Déterminer la nature des séries suivantes.
a. ∑n⩾1n3+2n+1
b. ∑n⩾15n4−32n2+1
c. ∑n⩾1n2+1n
d. ∑n⩾12n2+nn+3
e. ∑n⩾1sinn21
f. ∑n⩾1(1−cosn1)
g. ∑n⩾1n2+n1
h. ∑n⩾1(e1/n−1)
2. Rappeler en une phrase pourquoi l'hypothèse « termes positifs » est indispensable dans le théorème d'équivalence, en s'appuyant sur le contre-exemple du cours.
Exercice 5 ★★★★ — Séries de Riemann et comparaison directe
Comparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de RiemannThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positivesSéries à termes positifs : majoration des sommes partielles
1. Déterminer la nature des séries suivantes, en précisant à chaque fois le théorème utilisé.
a. ∑n⩾1n3/21
b. ∑n⩾1n0,991
c. ∑n⩾1n2lnn
d. ∑n⩾1n2+lnn1
e. ∑n⩾1n22+sinn
f. ∑n⩾1n2+3n+1
g. ∑n⩾12nn2
h. ∑n⩾1n(n+1)1
2. Énoncer précisément le théorème des séries de Riemann.
Exercice 6 ★★★★ — Convergence absolue : premières séries à termes quelconques
Convergence absolue, domination et suites sommablesThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positives
1. Pour chacune des séries suivantes, étudier la convergence absolue, puis conclure quant à la convergence lorsque c'est possible.
a. ∑n⩾1n2(−1)n
b. ∑n⩾1n3cosn
c. ∑n⩾02nsin(n2)
d. ∑n⩾1n(−1)n
e. ∑n⩾0n!zn, où z∈C est fixé
f. ∑n⩾1n2+1(−1)nn
g. ∑n⩾1n2einθ, où θ∈R est fixé
h. ∑n⩾03n(−2)n
2. Pour les séries d. et f., indiquer quel outil du cours permettra de conclure, sans faire l'étude.
Exercice 7 ★★★★ — Le théorème spécial des séries alternées en application directe
Théorème spécial des séries alternées : signe et majoration du reste
1. Pour chacune des séries suivantes, vérifier les trois hypothèses du théorème spécial des séries alternées, puis conclure.
a. ∑n⩾1n(−1)n
b. ∑n⩾1n(−1)n
c. ∑n⩾2lnn(−1)n
d. ∑n⩾1n2+1(−1)nn
e. ∑n⩾02n(−1)n
2. Que dire de la série ∑n⩾1(−1)nn+1n ?
3. Pour la série a., combien de termes faut-il sommer pour approcher la somme à 10−2 près ?
Exercice 8 ★★★★ — Premiers pas avec les familles sommables positives
Familles sommables de réels positifs : sommation par paquets, Fubini positif
1. Les familles suivantes, indexées par N2, sont-elles sommables ? Calculer leur somme.
a. (2i3j1)(i,j)∈N2
b. (2i+j1)(i,j)∈N2
c. (i!j!1)(i,j)∈N2
2. Montrer que la famille (i+j1)(i,j)∈(N∗)2 n'est pas sommable. On pourra la minorer par une seule de ses lignes.
3. Soit (un)n∈N∗ une suite de réels positifs. Énoncer le lien entre la sommabilité de la famille (un)n∈N∗ et la convergence de la série ∑un, puis l'illustrer sur un=n21 et sur un=n1.
Exercice 9 ★★★★ — Les sommes du type n x puissance n
Calcul de la somme d'une série et estimation des restesSéries géométriques et série exponentielleFamilles sommables de réels positifs : sommation par paquets, Fubini positif
1. Soit x∈]−1,1[. Pour N⩾1, on pose TN=n=1∑Nnxn. Calculer (1−x)TN, en déduire une expression close de TN, puis montrer que la série ∑nxn converge et que
n=1∑+∞nxn=(1−x)2x.2. En déduire la valeur de n=1∑+∞2nn.
3. Retrouver le résultat de 1. pour x∈]0,1[ par sommation par paquets. On écrira n=k=1∑n1 et l'on considérera la famille positive (xn)(k,n)∈I indexée par I={(k,n)∈N∗×N∗∣k⩽n}, sommée d'abord à k fixé.
4. Soit x∈]−1,1[. Par la méthode de la question 1., calculer n=2∑+∞n(n−1)xn, puis en déduire n=1∑+∞n2xn.
5. Application numérique : calculer n=1∑+∞3nn2.
Exercice 10 ★★★★ — Sommes par décomposition en éléments simples
Calcul de la somme d'une série et estimation des restesLien suite-série et séries télescopiques
Justifier la convergence, puis calculer la somme de chacune des séries suivantes.
a. n⩾1∑n(n+1)(n+2)1
b. n⩾2∑n2−11
c. n⩾1∑n(n+2)1
d. n⩾1∑n2(n+1)22n+1
e. n⩾2∑ln(1−n21)
Exercice 11 ★★★★ — Le grand tri : la nature de douze séries
Théorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positivesConvergence absolue, domination et suites sommablesComparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de RiemannSéries à termes positifs : majoration des sommes partielles
Déterminer la nature de chacune des séries suivantes. On précisera à chaque fois le théorème utilisé et l'on vérifiera ses hypothèses.
a. n⩾1∑n3+n+1n2+1
b. n⩾2∑n3/2lnn
c. n⩾2∑n1+1/n1
d. n⩾1∑(n+1n)n2
e. n⩾0∑n2+1(−1)n
f. n⩾1∑nnn!
g. n⩾1∑n1sinn1
h. n⩾1∑(e1/n−1−n1)
i. n⩾1∑nncosn
j. n⩾2∑(lnn)lnn1
k. n⩾0∑n!3n
l. n⩾1∑(3n3+1−n)
Exercice 12 ★★★★ — Comparaison série-intégrale : encadrer une somme partielle
Comparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de Riemann
1. Montrer que pour tout entier n⩾1,
2n+1−2⩽k=1∑nk1⩽2n−1,puis en déduire que k=1∑nk1n→+∞∼2n.
2. Encadrer ln(n!)=k=1∑nlnk par deux intégrales et en déduire que ln(n!)n→+∞∼nlnn.
3. Montrer que k=2∑nklnk1n→+∞∼ln(lnn), puis conclure sur la nature de la série n⩾2∑nlnn1.
4. Montrer que k=2∑nklnkn→+∞∼2(lnn)2.
Exercice 13 ★★★★ — La série harmonique diverge : trois démonstrations
Séries à termes positifs : majoration des sommes partiellesComparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de RiemannLien suite-série et séries télescopiques
Pour tout entier n⩾1, on pose Hn=k=1∑nk1. On se propose d'établir de trois façons différentes que la série harmonique n⩾1∑n1 diverge.
1. Démonstration d'Oresme. Montrer que pour tout n⩾1, H2n−Hn⩾21. En raisonnant par l'absurde, supposer que la suite (Hn) converge et utiliser la suite extraite (H2n) pour aboutir à une contradiction. Conclure.
2. Démonstration par télescopage. Montrer que ln(1+x)⩽x pour tout x>−1, en déduire que Hn⩾ln(n+1) pour tout n⩾1, puis conclure.
3. Démonstration par comparaison série-intégrale. Établir que pour tout n⩾1, ln(n+1)⩽Hn⩽1+lnn, puis en déduire Hnn→+∞∼lnn.
4. Applications. Déterminer la nature des séries n⩾0∑2n+11 et n⩾1∑n+n1.
Exercice 14 ★★★★ — Équivalent du reste d'une série de Riemann
Comparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de RiemannCalcul de la somme d'une série et estimation des restes
Soit α>1. Pour n⩾1, on pose Rn=k=n+1∑+∞kα1.
1. Justifier l'existence de Rn.
2. Par comparaison série-intégrale, établir que pour tout n⩾1,
(α−1)(n+1)α−11⩽Rn⩽(α−1)nα−11.3. En déduire un équivalent de Rn quand n→+∞.
4. Cas α=2. Donner l'équivalent de Rn, puis déterminer combien de termes il faut sommer pour obtenir une valeur approchée de n⩾1∑n21 à 10−3 près.
5. Reste de la série exponentielle. Montrer que pour tout n⩾0,
k=n+1∑+∞k!1⩽(n+1)!2.Exercice 15 ★★★★ — Valeur approchée d'une somme alternée
Théorème spécial des séries alternées : signe et majoration du resteCalcul de la somme d'une série et estimation des restes
1. Soit S=n⩾1∑n2(−1)n. Justifier l'existence de S, encadrer S entre deux sommes partielles consécutives, donner le signe de S, puis déterminer un nombre de termes suffisant pour en obtenir une valeur approchée à 10−3 près.
2. Mêmes questions pour n⩾0∑n!(−1)n, dont on précisera la somme. Comparer le nombre de termes nécessaires avec celui de la question 1.
3. Mêmes questions pour n⩾0∑2n+1(−1)n, dont on admet que la somme vaut 4π. Montrer que la majoration du TSSA n'assure une précision de 10−2 qu'à partir de 50 termes, et commenter cette lenteur.
4. Synthèse. Pourquoi la majoration ∣Rn∣⩽an+1 est-elle propre aux séries alternées, et fausse en général pour les séries à termes positifs ?
Exercice 16 ★★★★ — Le piège des équivalents pour les séries de signe variable
Théorème spécial des séries alternées : signe et majoration du resteThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positivesConvergence absolue, domination et suites sommables
1. Montrer que la série n⩾2∑n(−1)n converge.
2. Pour n⩾2, on pose un=n+(−1)n(−1)n. Vérifier que un est bien défini, puis montrer que
unn→+∞∼n(−1)n.3. Établir le développement un=n(−1)n−n1+O(n3/21) et en déduire que la série ∑un diverge.
4. Quelle conclusion en tirer sur le théorème d'équivalence ?
5. Étudier de la même façon la nature de la série n⩾2∑ln(1+n(−1)n).
Exercice 17 ★★★★ — Convergence absolue par domination
Convergence absolue, domination et suites sommablesThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positives
1. Déterminer la nature des séries suivantes.
a. ∑n⩾1n2cos(nθ), où θ est un réel fixé.
b. ∑n⩾02nP(n), où P est un polynôme à coefficients réels.
2. Soit (an) une suite bornée de nombres complexes et soit z∈C tel que ∣z∣<1. Montrer que la série ∑anzn converge absolument.
3. Soient (un) et (vn) deux suites réelles telles que les séries ∑un2 et ∑vn2 convergent. Montrer que la série ∑∣unvn∣ converge. On pourra partir de l'inégalité 2∣ab∣⩽a2+b2.
4. Montrer que si la série ∑un converge absolument, alors la série ∑un2 converge.
5. Montrer, en considérant la suite définie par un=n(−1)n pour n⩾1, que la conclusion de la question 4. tombe en défaut si l'on suppose seulement que la série ∑un converge.
Exercice 18 ★★★★ — Développement limité du terme général et nature de la série
Théorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positivesConvergence absolue, domination et suites sommablesThéorème spécial des séries alternées : signe et majoration du reste
Déterminer la nature des séries suivantes. Dans chaque cas, on écrira un développement asymptotique du terme général et l'on justifiera soigneusement le théorème utilisé pour conclure.
a. ∑n⩾1(e1/n−1−n1)
b. ∑n⩾1(ln(1+n1)−n1)
c. ∑n⩾1((1+n1)n−e)
d. ∑n⩾2n+(−1)n(−1)n
e. ∑n⩾1(n+1−n−2n1)
f. ∑n⩾1(n1−lnnn+1)
Exercice 19 ★★★★ — Sommation par paquets d'une famille double positive
Familles sommables de réels positifs : sommation par paquets, Fubini positifCalcul de la somme d'une série et estimation des restes
1. Calculer (i,j)∈N2∑3i+j1 en sommant par diagonales, c'est-à-dire en regroupant les couples selon la valeur de i+j. Retrouver le résultat en sommant par lignes, c'est-à-dire à i fixé.
2. On pose I={(n,k)∈(N∗)2∣1⩽k⩽n} et un,k=n21 pour (n,k)∈I. La famille (un,k)(n,k)∈I est-elle sommable ?
3. Montrer que tout entier n⩾1 s'écrit de manière unique sous la forme n=2p(2q+1) avec p∈N et q∈N. En déduire, par sommation par paquets, que
ζ(2)=34q=0∑+∞(2q+1)21,ouˋ ζ(2)=n=1∑+∞n21.4. En admettant que ζ(2)=6π2, en déduire la valeur de q=0∑+∞(2q+1)21.
Exercice 20 ★★★★ — Théorème de Fubini positif : sommer par lignes ou par colonnes
Familles sommables de réels positifs : sommation par paquets, Fubini positifCalcul de la somme d'une série et estimation des restes
Pour s>1, on note ζ(s)=n=1∑+∞ns1.
1. Montrer que la famille (i2j31)(i,j)∈(N∗)2 est sommable et que sa somme vaut ζ(2)ζ(3).
2. On pose I={(i,j)∈(N∗)2∣i⩽j}. Montrer que la famille (j31)(i,j)∈I est sommable et calculer sa somme.
3. Montrer que la famille (i2+j21)(i,j)∈(N∗)2 n'est pas sommable.
4. Question de méthode. Rédiger en trois lignes la procédure générale « sommabilité d'abord, valeur ensuite » pour une famille de réels positifs, et expliquer pourquoi elle est plus simple que dans le cas d'une famille de nombres complexes.
Exercice 21 ★★★★ — Le critère du quotient, démontré à la main
Séries à termes positifs : majoration des sommes partiellesThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positives
Le critère étudié ici, parfois appelé règle de d'Alembert, n'est pas un résultat du cours de MPSI : il est donc interdit de le citer tel quel dans une copie. Il se redémontre à chaque usage par comparaison avec une série géométrique, et c'est exactement l'objet de cet exercice, dont la rédaction est à savoir reproduire.
Soit (un) une suite de réels strictement positifs telle que unun+1n→+∞ℓ∈[0,+∞].
1. On suppose ℓ<1. On pose q=21+ℓ. Montrer qu'il existe un rang N tel que un+1⩽qun pour tout n⩾N, en déduire que un⩽uNqn−N pour tout n⩾N, puis conclure que la série ∑un converge.
2. On suppose ℓ>1, le cas ℓ=+∞ étant inclus. Montrer que la suite (un) ne tend pas vers 0, et conclure.
3. Montrer, à l'aide des deux exemples un=n1 et un=n21, que le cas ℓ=1 ne permet aucune conclusion.
4. Déterminer la nature des séries suivantes.
a. ∑n⩾1nnn!
b. ∑n⩾1nn2nn!
c. ∑n⩾1nn3nn!
d. ∑n⩾0(2n)!(n!)2
Exercice 22 ★★★★ — Les séries de Bertrand par comparaison série-intégrale
Comparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de RiemannThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positives
Le résultat démontré dans cet exercice, connu sous le nom de critère des séries de Bertrand, n'est pas un résultat du cours de MPSI : il ne peut jamais être cité tel quel. Il doit être redémontré à chaque usage, et c'est ce que l'on fait ici une fois pour toutes, avec la rédaction attendue.
Soient α et β deux réels. On étudie la série n⩾2∑nα(lnn)β1, dont on note un le terme général.
1. On suppose α>1. Montrer que la série converge, en la comparant à une série de Riemann ∑nλ1 avec 1<λ<α.
2. On suppose α<1. Montrer, par la même technique, que la série diverge.
3. On suppose α=1. Montrer, par comparaison série-intégrale avec la fonction t↦t(lnt)β1, que la série converge si et seulement si β>1. On traitera séparément les cas β⩽0, 0<β<1, β=1 et β>1.
4. Déterminer la nature des séries suivantes.
a. ∑n⩾2nlnn1
b. ∑n⩾2n(lnn)21
c. ∑n⩾2nlnn
d. ∑n⩾2n1,01lnn1
Exercice 23 ★★★★ — La constante d'Euler et le développement asymptotique de Hn
Comparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de RiemannLien suite-série et séries télescopiquesCalcul de la somme d'une série et estimation des restes
Pour n⩾1, on pose Hn=k=1∑nk1 et un=Hn−lnn.
1. Montrer que un+1−un=n+11−ln(1+n1), puis que un+1−un=O(n21).
2. En déduire, par le lien suite-série, que la suite (un) converge. On note γ sa limite, appelée constante d'Euler. Écrire le développement asymptotique de Hn qui en résulte.
3. Montrer que ln(n+1)⩽Hn⩽1+lnn pour tout n⩾1, et en déduire que 0⩽γ⩽1.
4. Déterminer n→+∞limk=n+1∑2nk1.
5. En déduire la somme de la série harmonique alternée n⩾1∑n(−1)n−1, en passant par sa somme partielle d'indice pair S2n=H2n−Hn.
6. On pose vn=un−γ. Montrer que vn=−k=n∑+∞(uk+1−uk), puis que vnn→+∞∼2n1, c'est-à-dire Hn=lnn+γ+2n1+o(n1).
Exercice 24 ★★★★ — Le critère de condensation
Séries à termes positifs : majoration des sommes partiellesThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positives
Le critère établi dans cet exercice est un résultat classique, mais il ne figure pas au programme de MPSI : il ne peut pas être cité tel quel et doit être redémontré à chaque usage. Sa démonstration ne repose que sur le regroupement des termes par paquets de longueurs 1,2,4,8,… et sur la majoration des sommes partielles.
Soit (un)n⩾1 une suite positive et décroissante.
1. Montrer que pour tout entier p⩾0 :
2pu2p+1⩽k=2p∑2p+1−1uk⩽2pu2p.2. En déduire que les séries ∑n⩾1un et ∑p⩾02pu2p sont de même nature.
3. Retrouver le critère de convergence des séries de Riemann ∑n⩾1nα1, pour α réel.
4. Retrouver, dans le cas α=1, le résultat des séries de Bertrand : pour β réel, la série ∑n⩾2n(lnn)β1 converge si et seulement si β>1.
Exercice 25 ★★★★ — Si la série converge et le terme décroît, alors n un tend vers zéro
Séries à termes positifs : majoration des sommes partiellesSéries numériques : sommes partielles, convergence, somme et resteThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positives
Soit (un)n⩾1 une suite positive et décroissante telle que la série ∑un converge. On note Sn=k=1∑nuk ses sommes partielles.
1. Montrer que k=n+1∑2nukn→+∞0.
2. En déduire que 2nu2n→0, puis que nun→0.
3. Application. Redémontrer la divergence de la série harmonique ∑n1.
4. Montrer que l'hypothèse de décroissance est indispensable : construire une suite positive (un) telle que ∑un converge et que (nun) ne tende pas vers 0.
5. La réciproque est-elle vraie ? Autrement dit, si (un) est positive décroissante et si nun→0, la série ∑un converge-t-elle nécessairement ?
Exercice 26 ★★★★ — La somme de la série harmonique alternée vaut ln 2
Théorème spécial des séries alternées : signe et majoration du resteCalcul de la somme d'une série et estimation des restesSéries géométriques et série exponentielle
L'objectif est d'établir de deux façons indépendantes que
n=1∑+∞n(−1)n−1=ln2.On note Sn=k=1∑nk(−1)k−1 et Hn=k=1∑nk1.
Partie A. Par les sommes partielles.
1. Justifier la convergence de la série ∑n(−1)n−1.
2. Montrer que pour tout n⩾1, S2n=H2n−Hn.
3. En utilisant le développement Hn=lnn+γ+o(1) établi à l'exercice 23, conclure.
Partie B. Par une intégrale.
4. Établir, pour tout réel t=−1 et tout n⩾1, l'identité k=0∑n−1(−1)ktk=1+t1−(−t)n.
5. Intégrer cette identité sur [0,1] et en déduire que Sn=ln2−(−1)n∫011+ttndt.
6. Majorer ∫011+ttndt par n+11 et conclure.
7. En déduire la valeur de n=1∑+∞n(−1)n, et commenter le rapport entre ce calcul et le développement asymptotique de Hn.
Exercice 27 ★★★★ — Produit de Cauchy : premiers calculs
Familles sommables de complexes, théorème de Fubini et produit de CauchySéries géométriques et série exponentielleCalcul de la somme d'une série et estimation des restes
On rappelle le théorème du produit de Cauchy : si les séries ∑an et ∑bn sont absolument convergentes, alors la série ∑cn de terme général cn=k=0∑nakbn−k est absolument convergente et
n=0∑+∞cn=(n=0∑+∞an)(n=0∑+∞bn).Dans tout l'exercice, x désigne un réel (ou un complexe) tel que ∣x∣<1. À chaque question, on vérifiera explicitement l'hypothèse de convergence absolue avant d'appliquer le théorème.
1. Calculer le produit de Cauchy de ∑xn par elle-même, et en déduire n=0∑+∞(n+1)xn=(1−x)21.
2. En recommençant l'opération, montrer que n=0∑+∞2(n+1)(n+2)xn=(1−x)31.
3. Calculer le produit de Cauchy de ∑(−1)nxn par ∑xn et retrouver ainsi 1−x21.
4. Calculer le produit de Cauchy de ∑n!1 par elle-même et en déduire n=0∑+∞n!2n=e2.
5. Montrer que n=0∑+∞(k=0∑nk!1)xn=1−xex.
Exercice 28 ★★★★ — Interversion de sommes et somme des valeurs de zêta
Familles sommables de réels positifs : sommation par paquets, Fubini positifFamilles sommables de complexes, théorème de Fubini et produit de CauchyCalcul de la somme d'une série et estimation des restes
Pour s>1 on pose ζ(s)=n=1∑+∞ns1 (série de Riemann convergente). On note
I={(k,n)∈N2∣k⩾2 et n⩾2}.1. Montrer que la famille (kn1)(k,n)∈I est sommable (on sommera d'abord en n, à k fixé).
2. En déduire, par interversion, que n=2∑+∞(ζ(n)−1)=1.
3. Montrer de même que n=2∑+∞(−1)n(ζ(n)−1)=21.
4. Question de rigueur. Expliquer précisément où la sommabilité a été utilisée, et ce qui pourrait se passer si l'on omettait de la vérifier.
Exercice 29 ★★★★ — L'irrationalité du nombre e
Calcul de la somme d'une série et estimation des restesSéries géométriques et série exponentielleConvergence absolue, domination et suites sommables
On admet la relation du cours e=k=0∑+∞k!1, et on note, pour n∈N,
Rn=e−k=0∑nk!1le reste d'ordre n de cette série.
1. Montrer que Rn>0 pour tout n∈N.
2. Montrer que Rn⩽n!n1 pour tout n⩾1. On pourra majorer (n+j)!1 par n!(n+1)j1, puis sommer une série géométrique.
3. En déduire que 0<n!Rn⩽n1, et donc que n!Rn∈]0,1[ pour tout n⩾2.
4. Supposons e=qp avec p∈Z et q∈N∗, et posons n=max(q,2). Montrer que n!e et n!k=0∑nk!1 sont des entiers, puis conclure à une contradiction.
5. Rédiger la conclusion.
Exercice 30 ★★★★ — Un réarrangement qui change la somme
Théorème spécial des séries alternées : signe et majoration du resteCalcul de la somme d'une série et estimation des restesFamilles sommables de complexes, théorème de Fubini et produit de Cauchy
Cet exercice construit un exemple explicite et entièrement guidé. Aucun théorème général de réarrangement n'est au programme, et il n'en sera énoncé aucun : tout se démontre ici à la main, sur cet exemple.
On sait (exercice 26) que n=1∑+∞n(−1)n−1=ln2. On réécrit les mêmes termes dans un autre ordre, en énumérant, pour m=1,2,3,…, les trois termes
4m−31,4m−11,−2m1dans cet ordre, ce qui produit la suite de termes
1+31−21+51+71−41+91+111−61+⋯On note TN la somme des N premiers termes ainsi énumérés, et Hn=k=1∑nk1.
1. Vérifier que chaque terme de la série harmonique alternée apparaît une fois et une seule dans cette énumération, puis montrer que pour tout n⩾1,
T3n=k=1∑2n2k−11−21Hn.2. Montrer que k=1∑2n2k−11=H4n−21H2n.
3. À l'aide du développement Hn=lnn+γ+o(1), en déduire la limite de T3n.
4. Montrer que (T3n+1) et (T3n+2) ont la même limite, et conclure.
5. Expliquer pourquoi un tel phénomène est impossible pour une famille sommable, et ce que l'on en déduit sur la famille (n(−1)n−1)n⩾1.
Exercice 31 ★★★★ — La série de Lambert et le nombre de diviseurs
Familles sommables de réels positifs : sommation par paquets, Fubini positifFamilles sommables de complexes, théorème de Fubini et produit de CauchyCalcul de la somme d'une série et estimation des restes
Soit x∈]0,1[. Pour n∈N∗, on note d(n) le nombre de diviseurs positifs de n et σ(n) la somme des diviseurs positifs de n. Par exemple d(6)=4 et σ(6)=1+2+3+6=12.
1. Montrer que la famille (xij)(i,j)∈(N∗)2 est sommable. On sommera à i fixé, puis on majorera 1−xixi par 1−xxi.
2. En sommant par paquets suivant la valeur du produit n=ij, montrer que
n=1∑+∞d(n)xn=i=1∑+∞1−xixi.3. Adapter la méthode à la famille (ixij)(i,j)∈(N∗)2 pour montrer que n=1∑+∞σ(n)xn=i=1∑+∞1−xiixi.
4. Application numérique. Montrer que n=1∑+∞2nd(n)=i=1∑+∞2i−11, puis en donner un encadrement à 10−2 près, en majorant le reste par une série géométrique (calculatrice autorisée pour l'application numérique).
5. Justifier que le nombre de couples (i,j)∈(N∗)2 tels que ij=n vaut bien d(n).
Exercice 32 ★★★★ — L'exponentielle complexe par le produit de Cauchy
Familles sommables de complexes, théorème de Fubini et produit de CauchyConvergence absolue, domination et suites sommablesCalcul de la somme d'une série et estimation des restesSéries géométriques et série exponentielle
Pour z∈C, on pose E(z)=n=0∑+∞n!zn.
1. Montrer que la série ∑n!zn converge absolument pour tout z∈C, par comparaison avec une série géométrique à partir du rang n⩾2∣z∣. L'application E est donc bien définie sur C.
2. À l'aide du produit de Cauchy et de la formule du binôme, montrer que E(z)E(z′)=E(z+z′) pour tous z,z′∈C.
3. En déduire que E(z)=0 pour tout z, que E(−z)=E(z)1, et que E est un morphisme du groupe (C,+) dans le groupe (C∗,×).
4. Montrer que E(z)=E(z), et en déduire que ∣E(it)∣=1 pour tout t∈R.
5. Application. Pour θ∈R, montrer que
n=0∑+∞n!cos(nθ)=ecosθcos(sinθ).Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (4 points) — Questions courtes indépendantes
Les questions sont indépendantes. Dans la question 1., toutes les séries sont indexées par n⩾1.
1. Déterminer la nature des séries suivantes, en justifiant brièvement mais complètement.
a. (0,25 pt) ∑(−1)n2n+1n+1
b. (0,25 pt) ∑(1−cosn1)
c. (0,25 pt) ∑nn1/31
d. (0,25 pt) ∑n(1+(lnn)2)1
e. (0,25 pt) ∑n2+1cosn
f. (0,25 pt) ∑n+lnn(−1)n
Pour l'item d., une comparaison série-intégrale est attendue.
2. a. (0,5 pt) Démontrer que la série ∑n(n+2)1 converge et calculer n=1∑+∞n(n+2)1.
b. (0,5 pt) Démontrer que la série ∑2nn+1 converge et calculer n=0∑+∞2nn+1. On pourra calculer SN−21SN, où SN désigne la somme partielle d'indice N.
3. (0,5 pt) Justifier la convergence de ∑n2(−1)n, puis déterminer le plus petit entier n⩾1 pour lequel la majoration du reste fournie par le cours garantit
k=1∑+∞k2(−1)k−Sn⩽10−3,ouˋSn=k=1∑nk2(−1)k.4. (1 pt) Question de cours. Soit (un) une suite de nombres complexes. Énoncer le théorème reliant la convergence de ∑∣un∣ à celle de ∑un, puis le démontrer.
Exercice 2 (5 points) — Comparaison série-intégrale
Pour n∈N∗, on pose
Sn=k=1∑nk1,et l’on notef:t⟼t1sur ]0,+∞[.1. (0,75 pt) Démontrer que, pour tout entier k⩾2,
∫kk+1f(t)dt⩽k1⩽∫k−1kf(t)dt,et que l'inégalité de gauche vaut encore pour k=1.
2. (0,75 pt) En déduire que, pour tout n⩾1,
2n+1−2⩽Sn⩽2n−1,puis que Snn→+∞∼2n.
3. (0,75 pt) On pose wn=Sn−2n pour n⩾1. Démontrer que
wn+1−wn=−n+1(n+1+n)21,puis que∣wn+1−wn∣⩽4n3/21.4. (1 pt) En déduire, à l'aide du lien suite-série, qu'il existe un réel C tel que
Sn=2n+C+o(1),et démontrer que −2⩽C⩽−1.
Les questions 5. et 6. sont indépendantes des précédentes : elles réutilisent la même méthode sur d'autres séries.
5. (0,75 pt) Déterminer la nature de n⩾2∑nlnn1 par la méthode des rectangles.
6. (1 pt) Déterminer la nature de n⩾2∑n(lnn)21, et majorer sa somme.
Exercice 3 (5 points) — Une suite récurrente et les séries associées
Soit u0>0. On définit la suite (un) par la relation
un+1=ln(1+un),n∈N.1. a. (0,5 pt) Démontrer que la suite (un) est bien définie et que un>0 pour tout n∈N.
b. (0,5 pt) Démontrer que ln(1+x)<x pour tout x>0, en déduire que (un) est strictement décroissante, puis que un→0.
2. (0,75 pt) Démontrer que
un+11−un1n→+∞21.3. a. (0,75 pt) Soit (vn) une suite réelle et ℓ∈R tels que vn+1−vn→ℓ. Démontrer que nvn→ℓ. On pourra fixer ε>0, choisir un rang N à partir duquel ∣vk+1−vk−ℓ∣⩽ε, puis sommer ces inégalités de k=N à k=n−1.
b. (0,5 pt) En déduire que un1∼2n, puis que un∼n2.
4. Déterminer la nature des séries suivantes.
a. (0,25 pt) ∑un
b. (0,25 pt) ∑un2
c. (0,25 pt) ∑(−1)nun
d. (0,25 pt) ∑nun (pour n⩾1)
5. (1 pt) Démontrer que
k=0∑nukn→+∞∼2lnn.On pourra poser εk=2kuk−1 pour k⩾1 et utiliser Hn=k=1∑nk1∼lnn.
Exercice 4 (6 points) — Familles sommables et produit de Cauchy
Partie A. Soit α>0. On considère la famille de réels positifs
((p+q)α1)(p,q)∈(N∗)2.1. a. (0,5 pt) Pour n⩾2, on pose In={(p,q)∈(N∗)2∣p+q=n}. Démontrer que la famille (In)n⩾2 est une partition de (N∗)2 et que In possède exactement n−1 éléments.
b. (1,25 pt) Démontrer que la famille est sommable si et seulement si α>2.
2. (1,25 pt) On suppose α=3. Calculer (p,q)∈(N∗)2∑(p+q)31 en fonction de ζ(2) et ζ(3).
Partie B. Soit (an)n∈N et (bn)n∈N deux suites complexes telles que les séries ∑an et ∑bn convergent absolument. On pose
cn=k=0∑nakbn−k,n∈N.3. a. (0,75 pt) Démontrer que la famille (apbq)(p,q)∈N2 est sommable et que
(p,q)∈N2∑apbq=(p=0∑+∞ap)(q=0∑+∞bq).b. (1,25 pt) En sommant par paquets suivant les diagonales p+q=n, démontrer que la série ∑cn converge absolument et que
n=0∑+∞cn=(n=0∑+∞an)(n=0∑+∞bn).4. (1 pt) Application : soit x un réel tel que ∣x∣<1. Démontrer que la série n⩾0∑(k=0∑nk!1)xn converge et calculer sa somme.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.