MPSI · Chapitre 19 · Second semestre

Procédés sommatoires discrets

Séries numériques, séries à termes positifs, convergence absolue, séries alternées, familles sommables.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Séries numériques
  • Séries à termes positifs
  • Convergence absolue
  • Séries alternées
  • Familles sommables

Le cours

Depuis le début de l'année, la limite d'une suite est un objet familier : on sait ce que signifie , on sait le démontrer, on sait s'en servir. Additionner une infinité de nombres, en revanche, n'a aucun sens a priori. L'addition est une opération à deux termes ; par associativité, on sait l'étendre à trois, à quatre, à un nombre fini quelconque de termes, mais rien dans cette construction ne dit ce que vaudrait , et rien ne dit non plus que la question soit légitime. Le fait que l'intuition suggère pour cette somme-là n'est pas une démonstration, et l'intuition se trompe : à la question « que vaut ? », on peut répondre en groupant les termes deux par deux à partir du premier, ou en les groupant à partir du second. Une écriture qui autorise deux réponses est une écriture qui n'a pas de sens.

Ce chapitre donne à ce geste un sens précis, et il n'y a qu'une seule façon raisonnable de procéder : ramener l'infini au fini, puis passer à la limite. On additionne les premiers termes, ce qui est licite, on obtient un nombre , et l'on regarde si la suite converge. Si oui, sa limite est ce qu'on appellera la somme ; si non, la somme n'existe pas, et l'écriture reste interdite. Toute la théorie des séries tient dans ce déplacement : une série n'est pas une addition infinie, c'est une suite — celle de ses sommes partielles — regardée sous un angle particulier.

Il faut prendre acte tout de suite d'un changement d'objectif. La question centrale du chapitre n'est presque jamais « combien vaut la somme ? », mais « la somme existe-t-elle ? ». On dira qu'on étudie la nature de la série : convergente ou divergente. Cela peut surprendre, mais c'est exactement ce que l'on fait déjà pour les suites : le théorème de la limite monotone affirme qu'une suite croissante majorée converge, sans livrer sa limite ; les suites adjacentes encadrent un nombre qu'on ne sait pas nommer. De même ici, on décidera de la convergence de sans être capable, avec les outils de MPSI, de démontrer que sa somme vaut . Les séries dont on sait calculer la somme se comptent sur les doigts de deux mains : les géométriques, les télescopiques, l'exponentielle, et quelques cas obtenus par astuce. Toutes les autres, on les classe.

L'outil décisif pour classer est déjà en main : c'est l'analyse asymptotique du chapitre précédent. L'idée est simple et elle gouverne tout ce qui suit. Une série converge quand son terme général devient petit assez vite ; le mot important est « assez vite », car tend vers sans que converge, tandis que tend vers et que converge. Pour trancher, on ne calcule rien : on compare le terme général à celui d'une série dont la nature est connue, à l'aide d'un ou d'un équivalent. Les développements limités, les croissances comparées, la formule de Stirling deviennent ainsi des instruments de décision, et l'on comprendra rétrospectivement pourquoi le chapitre précédent insistait tant sur la notion de vitesse.

Le chapitre est bâti à deux étages. Le premier étage est celui des séries : les termes y sont indexés par les entiers, et l'ordre dans lequel on les additionne est imposé par l'indice. C'est un cadre confortable, mais rigide, et cette rigidité a un prix — sur certaines séries, changer l'ordre des termes change la somme. Le second étage lève cette contrainte : les familles sommables permettent de sommer « en vrac » une famille indexée par un ensemble quelconque, sans ordre privilégié, à condition de payer un droit d'entrée qui s'appelle la sommabilité. On y gagne deux outils considérables, la sommation par paquets et l'interversion de deux sommations, qui serviront massivement en deuxième année et, dès cette année, en probabilités.

Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes, et la première est la plus importante. La série de terme général se note : c'est un objet, pas un nombre. Ses sommes partielles sont les (ou lorsque la série démarre à l'indice , ce qui sera toujours précisé). Lorsque la série converge, et seulement dans ce cas, on note sa somme, qui est un nombre, et son reste d'ordre . La lettre désigne indifféremment ou . On écrit pour la somme harmonique. Retenez dès maintenant l'interdit qui structure toute la rédaction du chapitre : l'écriture n'a de sens qu'après que la convergence a été prouvée. Écrire cette somme pour démontrer ensuite qu'elle existe, c'est se servir d'un objet dont on ignore s'il existe ; c'est la faute la plus fréquente du chapitre, et elle invalide une copie.

Séries numériques

Définitions

Tout part d'une suite. On ne fabrique pas un objet nouveau : on regarde une suite donnée à travers ses sommes cumulées.

Définition

Soit une suite d'éléments de . On appelle série de terme général , et l'on note , la suite définie par

Le nombre est la somme partielle d'ordre de la série.

On dit que la série converge lorsque la suite converge. Dans ce cas, la limite de s'appelle la somme de la série et se note

Dans le cas contraire, on dit que la série diverge.

Déterminer la nature d'une série, c'est dire si elle converge ou si elle diverge.

Trois conséquences immédiates de cette définition doivent être comprises avant d'aller plus loin.

D'abord, une série est une suite. Il n'y a pas d'objet nouveau dans ce chapitre : désigne la suite , et tous les théorèmes sur les suites — limite monotone, suites adjacentes, opérations sur les limites, suites extraites — s'appliquent donc sans réserve. C'est même la seule source de démonstrations dont nous disposions.

Ensuite, il y a deux suites en présence, et il ne faut jamais les confondre : la suite des termes, et la suite des sommes partielles. Dire « la série converge » est une affirmation sur , pas sur .

Enfin, une série peut parfaitement démarrer à un autre indice que : si n'est définie qu'à partir du rang — c'est le cas de à partir de , de à partir de — on note la série correspondante et ses sommes partielles. Tout ce qui suit s'y transpose mot pour mot.

Exemple

Les deux suites en présence, sur un cas concret. Prenons . La formule de la somme géométrique finie donne, pour tout ,

Les deux suites sont donc

La première tend vers , la seconde vers . C'est la seconde qui décide : la série converge, et . Le reste vaut , et l'on vérifie qu'il tend bien vers .

Comparons avec : cette fois , la série diverge. Dans les deux cas, c'est le comportement de que l'on étudie, jamais celui de pour lui-même.

Remarque

Deux notations à ne jamais mélanger. L'écriture , sans bornes, désigne la série, c'est-à-dire un objet dont on peut demander la nature. L'écriture , avec ses bornes, désigne un nombre, la somme, et elle n'est définie que si la série converge.

La faute classique consiste à écrire la somme avant d'avoir prouvé la convergence, typiquement sous la forme : « posons ; montrons que est fini ». Cette phrase n'a pas de sens : elle nomme un objet dont l'existence est précisément la question posée. On peut construire des absurdités à partir de là. Notons , c'est-à-dire , en supposant que ce nombre existe. Alors

ce qui est difficile à défendre pour une somme de nombres entiers. Le raisonnement est formellement correct ; c'est l'hypothèse d'existence qui est fausse, et la série diverge, comme on le verra à la section suivante. Toujours prouver la convergence d'abord, manipuler la somme ensuite.

La nature ne dépend pas des premiers termes. Soient et deux suites qui coïncident à partir d'un rang . Pour , les sommes partielles diffèrent d'une constante :

quantité indépendante de . Les suites et sont donc de même nature : les deux séries convergent ou divergent simultanément. En revanche leurs sommes diffèrent, précisément de cette constante. Retenez la formule : modifier un nombre fini de termes ne change pas la nature, mais change la somme. C'est ce qui autorise, dans toute la suite, les hypothèses « à partir d'un certain rang ».

Définition

Soit une série convergente, de somme . Pour tout , on appelle reste d'ordre le nombre

de sorte que

L'écriture est légitime : la série converge, puisqu'elle ne diffère de que par ses premiers termes, et sa somme vaut bien . On lit la relation ainsi : est ce que l'on a calculé, est ce que l'on a laissé de côté, autrement dit l'erreur commise en arrêtant le calcul au rang . Estimer un reste, c'est estimer une erreur d'approximation, et c'est pour cela que les restes occupent une place importante dans le chapitre.

Propriété

Si la série converge, alors la suite de ses restes tend vers .

Démonstration. Notons la somme de la série. Par définition de la convergence, . Or pour tout , donc, par différence de limites,

Remarque

Ce résultat est à la fois évident et essentiel. Évident, parce qu'il n'est qu'une réécriture de la définition. Essentiel, parce qu'il légitime la pratique du calcul approché : puisque , la somme partielle approche la somme d'aussi près que l'on veut, pourvu que soit assez grand. Reste à savoir à quelle vitesse, c'est-à-dire à majorer ; c'est un problème nettement plus difficile, et nous y consacrerons deux outils, l'encadrement par des intégrales (section 2.3) et la majoration alternée (section 3.2).

Propriété

Linéarité. Soient et deux séries convergentes d'éléments de , et . Alors la série converge et

Autrement dit, l'ensemble des suites de dont la série converge est un sous-espace vectoriel de , et la somme est une forme linéaire sur cet espace.

Démonstration. Notons , et les sommes partielles des trois séries. La somme portant sur un nombre fini de termes, la linéarité de la somme finie donne, pour tout ,

Par hypothèse, converge vers et converge vers . Les opérations sur les limites donnent alors . La suite converge : la série converge, et sa somme vaut .

Remarque

Ce que la linéarité permet, et ce qu'elle ne permet pas. L'énoncé ci-dessus suppose que les deux séries convergent. Dès qu'une seule diverge, il faut raisonner autrement, et deux situations bien distinctes se présentent.

Convergente divergente divergente. Supposons convergente et divergente, et raisonnons par l'absurde en supposant que converge. Alors, en appliquant la linéarité aux deux séries convergentes et avec les coefficients et , la série de terme général

serait convergente, ce qui contredit l'hypothèse. Donc diverge. C'est un argument que l'on réutilisera constamment, en particulier au dernier paragraphe du chapitre.

Divergente divergente : on ne peut rien dire. Les deux cas se produisent. Avec et , les deux séries divergent (leurs termes généraux ne tendent pas vers ), pourtant et converge, de somme nulle. Avec , les deux séries divergent et diverge aussi. Aucune conclusion générale n'est donc possible : il faut étudier la série somme pour elle-même.

La condition nécessaire de convergence

Voici le premier théorème du chapitre, le plus simple à démontrer et le plus utile en pratique, à condition de ne pas se tromper sur son sens.

Propriété

Théorème — condition nécessaire de convergence. Si la série converge, alors

Démonstration. Supposons convergente et notons sa somme, c'est-à-dire . Pour tout ,

La suite est extraite de — plus simplement, c'est la même suite décalée d'un rang — donc elle converge également vers . Par différence de limites,

Définition

Lorsque la suite ne tend pas vers — soit qu'elle admette une limite non nulle, finie ou infinie, soit qu'elle n'admette pas de limite — on dit que la série diverge grossièrement.

D'après le théorème précédent, une série qui diverge grossièrement diverge.

Remarque

La réciproque est FAUSSE, et c'est le fait le plus important du chapitre. Il n'est pas vrai que entraîne la convergence de . Le contre-exemple est la série harmonique : son terme général tend vers , et pourtant elle diverge, comme nous le démontrerons de deux façons à la section 1.5.

Conséquence directe sur la rédaction : la condition ne démontre jamais une convergence. Écrire « donc la série converge » est une faute grave, et c'est celle que les correcteurs voient le plus souvent. Le théorème ne se lit que dans un sens, la contraposée : si , la série diverge.

Exemple

Quatre divergences grossières. Dans chaque cas, il suffit de calculer la limite du terme général et de constater qu'elle n'est pas nulle.

a. : la suite n'a pas de limite, puisque ses termes de rang pair valent et ceux de rang impair . Elle ne tend donc pas vers : la série diverge grossièrement.

b. : le terme général tend vers . La série diverge grossièrement.

c. : en posant et grâce à , on obtient . La série diverge grossièrement.

d. : on écrit , et , donc le terme général tend vers . La série diverge grossièrement.

Méthode

Le premier réflexe, devant n'importe quelle série. Avant tout calcul, avant toute recherche d'équivalent, avant tout théorème de comparaison : regarder si le terme général tend vers .

  • S'il ne tend pas vers : c'est fini, la série diverge grossièrement, et l'on rédige en une ligne. C'est le cas le plus rapide à traiter, et il faut le repérer immédiatement.
  • S'il tend vers : on n'a rien démontré du tout, et le vrai travail commence. Il faut alors mesurer à quelle vitesse tend vers , ce qui est l'objet des sections 2 et 3.

Ce réflexe est particulièrement rentable sur les termes généraux exponentiels ou trigonométriques, où la limite se lit vite. Une rédaction correcte : « Comme , la série diverge grossièrement. »

Lien suite-série et séries télescopiques

Une série est une suite ; réciproquement, toute suite peut être vue comme une série. Ce va-et-vient est le sujet de la présente section, et c'est l'un des outils théoriques les plus utiles du chapitre.

Propriété

Théorème — lien suite-série. Soit une suite d'éléments de . La suite et la série télescopique sont de même nature.

De plus, en cas de convergence, en notant ,

Démonstration. Notons la somme partielle d'ordre de la série . Le calcul est immédiat, car la somme se télescope : chaque terme écrit dans le crochet est effacé par le terme du crochet . Précisément, en séparant la somme en deux et en décalant l'indice dans la première,

La conclusion se lit sur cette égalité. La suite converge si et seulement si la suite converge, puisque et ne diffèrent que de la constante . Or converge si et seulement si converge, et vers la même limite : les deux suites sont identiques à un décalage d'indice près. La série et la suite sont donc bien de même nature.

En cas de convergence, avec , le passage à la limite dans donne , c'est-à-dire l'égalité annoncée.

Méthode

Le télescopage, en pratique. Devant une série dont on soupçonne qu'elle se télescope, la manœuvre se fait en trois temps.

1. Reconnaître la forme. Chercher une suite telle que (ou , ce qui revient au même au signe près). Les deux situations où cela marche presque toujours : un quotient de polynômes dont on fait la décomposition en éléments simples, et un logarithme d'un quotient, que l'on coupe en .

2. Calculer la somme partielle en écrivant explicitement le télescopage. Ne jamais se contenter d'écrire « par télescopage » : on pose la somme, on la coupe en deux, on décale un indice, on simplifie. C'est ce que fait la démonstration ci-dessus, et c'est la rédaction attendue.

3. Passer à la limite sur l'expression obtenue. On obtient d'un seul coup la nature et, en cas de convergence, la valeur exacte de la somme — ce qui est rarissime dans ce chapitre. Ne laissez jamais passer un télescopage sans en tirer la somme.

Exemple

Une série télescopique convergente. Étudions et calculons sa somme.

Décomposition. Cherchons et réels tels que . En réduisant au même dénominateur, pour tout , soit ; par identification, et . Donc, pour tout ,

Somme partielle. Pour , en posant , le terme général vaut , et

Conclusion. La suite converge vers . La série converge et

Exemple

Une série télescopique divergente, dont le terme général tend vers . Étudions .

Le piège. Le terme général tend vers , et même . Rien de tout cela ne prouve quoi que ce soit : la condition nécessaire est satisfaite, c'est tout.

Le télescopage. Pour , on écrit , d'où

C'est exactement la forme avec . Donc

Conclusion. : la série diverge, bien que son terme général tende vers .

Gardez ce contre-exemple en tête, il est plus parlant que la série harmonique parce que l'on y voit la somme partielle explicitement. Et notez la morale : le terme général vaut environ , il tend vers , mais il ne tend pas vers assez vite pour que l'accumulation s'arrête.

Remarque

L'intérêt théorique du lien suite-série. Le théorème ci-dessus est une équivalence, et il se lit donc dans les deux sens.

  • De la série vers la suite : pour montrer qu'une suite converge, il suffit de montrer que la série converge. On y gagne toute l'artillerie du chapitre — comparaison, équivalents, séries de référence — pour un problème de suites. C'est souvent la seule méthode disponible quand n'est pas monotone.
  • De la suite vers la série : réciproquement, une somme partielle qui se calcule explicitement livre la nature de la série, comme dans les deux exemples ci-dessus.

C'est ce pont qu'emprunte l'exercice consacré à la constante d'Euler : la suite n'a aucune raison évidente de converger, mais la série est, elle, parfaitement contrôlable par un développement limité, et sa convergence donne celle de la suite. On aboutit alors à , qui est le résultat fin sur la somme harmonique.

Séries de référence : géométriques et exponentielle

Comparer suppose d'avoir des étalons. Voici les deux premiers, auxquels s'ajouteront les séries de Riemann à la section 2.3. Ce sont aussi, avec les télescopiques, les seules séries dont nous saurons calculer la somme.

Propriété

Théorème — série géométrique. Soit . La série converge si et seulement si , et dans ce cas

De plus, pour tout ,

Démonstration. Cas . Alors pour tout , donc la suite ne tend pas vers . La série diverge grossièrement.

Cas . On a en particulier , ce qui autorise la formule de la somme géométrique finie :

Comme , on a , donc . Par opérations sur les limites,

La série converge et sa somme vaut .

Somme à partir du rang . Toujours pour , factorisons dans les sommes partielles : pour ,

Reste. Il suffit d'appliquer ce qui précède avec :

Remarque

Comment retenir la somme d'une géométrique. La formule se retient sous la forme

valable dès que . C'est la version « infinie » de la formule finie , le terme « premier absent » ayant disparu à la limite. Attention à ne pas écrire mécaniquement quand la somme ne commence pas à .

Notez enfin la vitesse : le reste décroît géométriquement, donc extrêmement vite. Deux ou trois termes suffisent souvent à obtenir une bonne valeur approchée. C'est un comportement bien plus favorable que celui des séries de Riemann, dont les restes décroissent en puissance de .

Exemple

Deux sommes géométriques, dont une complexe.

a. Calculons . La raison est , de module : la série converge. En sortant la constante par linéarité et en appliquant la formule à partir du rang ,

On retrouve la règle « premier terme sur un moins la raison » : le premier terme effectivement présent est , et .

b. Calculons . La raison est , de module

donc la série converge. Sa somme vaut

Le critère de convergence porte bien sur le module de la raison, jamais sur la raison elle-même : la comparaison n'aurait aucun sens dans .

Propriété

Théorème — série exponentielle. Pour tout , la série converge absolument, et

Démonstration de la convergence. Cette démonstration utilise deux résultats des sections suivantes : le théorème de comparaison des séries à termes positifs (section 2.2) et le théorème « absolue convergence entraîne convergence » (section 3.1). Nous l'écrivons ici pour garder ensemble les séries de référence, et rien n'y est circulaire : aucun de ces deux théorèmes ne fait appel à la série exponentielle.

Si , tous les termes sont nuls sauf celui d'indice : la série converge trivialement, de somme .

Supposons et posons . Choisissons un entier tel que . Pour tout ,

où l'on a utilisé pour la première inégalité.

Montrons alors par récurrence sur que . L'inégalité est une égalité pour . Si elle est vraie au rang , alors, la majoration du quotient donnant ,

ce qui est l'inégalité au rang .

Posons . On a donc, pour tout ,

La série est géométrique de raison , de module strictement inférieur à : elle converge. Par linéarité, converge aussi. Le théorème de comparaison des séries à termes positifs, appliqué à partir du rang , donne la convergence de , c'est-à-dire de .

La série est donc absolument convergente, donc convergente.

Remarque

Le statut de l'égalité avec : soyons précis. La convergence vient d'être démontrée ; l'identification de la somme à est une autre affaire, et il faut distinguer deux cas.

  • Pour réel, la fonction exponentielle est déjà définie, et l'égalité est un théorème : elle s'obtient par la formule de Taylor avec reste intégral appliquée à entre et , en montrant que le reste tend vers quand . Cette démonstration relève du chapitre d'intégration et n'est pas refaite ici.
  • Pour complexe, la question ne se pose même pas dans ces termes : l'écriture n'a de sens que si l'on a préalablement défini l'exponentielle complexe, et c'est précisément cette somme qui sert de définition. Ce que l'on doit alors démontrer, c'est que la fonction ainsi définie mérite son nom, c'est-à-dire qu'elle vérifie . Ce sera fait en fin de chapitre, par le produit de Cauchy de deux séries absolument convergentes.

Dans toute la suite, nous admettons donc l'égalité et nous l'utilisons librement.

Exemple

Trois valeurs à connaître. Elles s'obtiennent en spécialisant dans la formule ci-dessus.

a. donne .

b. donne .

c. donne .

Pour le point c, on remarque que , donc la somme vaut . La convergence est très rapide : le facteur écrase tout, l'erreur commise en s'arrêtant aux six premiers termes de est déjà inférieure à .

La série harmonique

C'est le contre-exemple fondateur du chapitre. Il mérite deux démonstrations, parce que chacune enseigne une technique différente.

Propriété

Théorème — divergence de la série harmonique. La série diverge, bien que son terme général tende vers . Plus précisément, en notant , on a , et même

Première démonstration — les paquets d'Oresme. L'idée, due à Nicole Oresme au quatorzième siècle, consiste à regrouper les termes par paquets dont la somme reste minorée.

Fixons et évaluons l'écart entre les rangs et :

Cette somme comporte exactement termes. Chacun d'eux vérifie , donc . En minorant les termes par le plus petit,

Cette minoration est valable pour tout .

Raisonnons maintenant par l'absurde : supposons que la série converge, c'est-à-dire que converge vers un réel . La suite est extraite de , donc elle converge vers la même limite . Par différence de limites,

Or nous venons de voir que pour tout . Le passage à la limite dans une inégalité large conserve celle-ci, donc , ce qui est absurde.

La suite ne converge donc pas. Comme elle est croissante (), le théorème de la limite monotone impose .

Seconde démonstration — par comparaison logarithmique. Partons de l'inégalité de concavité , valable pour tout . Appliquée à avec , elle donne

Sommons ces inégalités pour allant de à . Le membre de gauche se télescope, comme au paragraphe 1.3 :

On obtient donc, pour tout ,

Comme , le théorème de minoration donne : la série diverge.

Remarque

Deux démonstrations, deux enseignements. La première est un modèle de raisonnement par l'absurde sur les suites extraites : quand deux extractions d'une même suite convergente sont écartées d'une quantité qui ne tend pas vers , il y a contradiction. Retenez le mécanisme, il sert ailleurs.

La seconde donne davantage : elle ne se contente pas de dire « ça diverge », elle fournit une minoration quantitative, . On apprend au passage que la divergence est extraordinairement lente : pour dépasser , il faut termes ; pour dépasser , plus de millions. C'est précisément cette lenteur qui rend l'intuition inopérante et qui exige une démonstration.

La moralité du chapitre, en une phrase. La condition ne suffit jamais : ce qui décide, c'est la vitesse à laquelle tend vers . La série harmonique établit le seuil : ne va pas assez vite. Toute la section 2 consiste à installer les instruments qui mesurent cette vitesse et à situer le seuil exactement, ce que fera le théorème sur les séries de Riemann.

Séries à termes positifs

Lorsque tous les termes sont positifs, la suite des sommes partielles est croissante, et le théorème de la limite monotone s'applique. C'est un avantage énorme : la nature de la série se ramène à une question de majoration, et toute la théorie de la comparaison en découle. Dans toute cette section, les suites considérées sont réelles.

Le critère fondamental

Propriété

Théorème — critère de majoration. Soit une suite réelle telle que pour tout (ou seulement à partir d'un certain rang). Alors la série converge si et seulement si la suite de ses sommes partielles est majorée.

En cas de divergence, .

Démonstration. Pour tout ,

donc la suite est croissante. Le théorème de la limite monotone s'applique alors et donne exactement l'alternative annoncée :

  • si est majorée, elle converge (vers sa borne supérieure), donc la série converge ;
  • si n'est pas majorée, alors , donc la série diverge.

Réciproquement, une suite convergente étant bornée, la convergence de la série entraîne que est majorée. Les deux assertions sont donc équivalentes, et le second cas fournit la précision sur la divergence.

Exemple

La convergence de , à mains nues. Ce résultat sera un cas particulier du théorème sur les séries de Riemann, mais il s'obtient dès maintenant avec le seul critère de majoration, et la démonstration mérite d'être connue.

Majoration du terme général. Pour , on a donc , d'où

la dernière égalité étant la décomposition en éléments simples déjà rencontrée à la section 1.3.

Majoration des sommes partielles. Pour , isolons le terme d'indice et sommons la majoration précédente, qui se télescope :

Conclusion. La série est à termes positifs et ses sommes partielles sont majorées par . D'après le critère de majoration, elle converge, et sa somme vérifie . La valeur exacte, , est hors d'atteinte des outils de MPSI : on constate une fois de plus qu'établir la nature d'une série est un problème bien plus abordable que calculer sa somme.

Remarque

Une série à termes positifs ne peut diverger que d'une seule façon. Pour une série quelconque, la divergence peut prendre des formes variées : oscillation (), explosion, absence de limite. Pour une série à termes positifs, il n'y a qu'un seul mode de divergence : les sommes partielles tendent vers . C'est ce qui rend le cadre si confortable, et c'est ce qui justifie la convention ci-dessous.

Définition

La convention dans . On travaille dans l'ensemble , muni des conventions suivantes :

  • Ordre : pour tout . Toute partie non vide de admet une borne supérieure dans : c'est la borne supérieure usuelle si la partie est majorée dans , et sinon.
  • Addition : pour tout .
  • Multiplication : pour tout réel , et .

Avec ces conventions, pour une série à termes positifs, on pose

et l'on écrit lorsque la série diverge. La série converge si et seulement si .

Remarque

Le confort que cela procure. Pour une série à termes positifs, et pour elle seule, l'écriture a toujours un sens : elle désigne un élément de , éventuellement . On peut donc l'écrire avant de connaître la nature de la série, ce qui allège considérablement les rédactions ; « la série converge » se dit alors simplement .

Cette liberté est réservée aux termes positifs, et il ne faut surtout pas l'étendre. Pour une série à termes de signe variable, l'écriture reste interdite tant que la convergence n'est pas établie : il n'y a pas de valeur à laquelle se raccrocher, il n'y a rien du tout.

Ces conventions ne sont pas un caprice de notation : ce sont exactement celles dans lesquelles vivront les familles sommables de la section 4, dont la somme sera définie comme une borne supérieure dans .

Comparaison

Voici le cœur opératoire du chapitre : trois énoncés, de plus en plus souples, qui permettent de transférer la nature d'une série de référence à la série étudiée.

Propriété

Théorème de comparaison. Soient et deux suites réelles telles que

Alors :

  1. si converge, alors converge ;
  2. si diverge, alors diverge.

Si de plus l'encadrement est valable pour tout et si converge, alors on peut comparer les sommes et les restes :

Démonstration. Point 1. Supposons convergente. Comme la nature d'une série ne dépend pas de ses premiers termes, il suffit de travailler à partir du rang . Pour , posons

La somme portant sur un nombre fini de termes, la croissance de la somme finie donne . Par ailleurs, la suite est croissante (les sont positifs pour , car ) et convergente, donc elle est majorée par sa limite . Ainsi

La suite des sommes partielles de la série à termes positifs est donc majorée : d'après le critère de majoration, cette série converge, et aussi.

Point 2. C'est la contraposée du point 1. Si diverge, alors ne peut pas converger, sans quoi le point 1 forcerait la convergence de .

Comparaison des sommes. Supposons maintenant pour tout , et convergente. Les deux séries convergent d'après le point 1, et pour tout on a . Le passage à la limite dans une inégalité large conserve celle-ci :

Comparaison des restes. Fixons . Pour tout , on a ; en faisant tendre vers , les deux membres convergent (vers les restes respectifs) et l'inégalité large passe à la limite.

Remarque

Le sens de lecture. Le théorème se retient par une image : la « petite » série est écrasée par la « grande ». Si la grande converge, la petite ne peut pas exploser ; si la petite explose, la grande explose a fortiori. En revanche, la convergence de la petite ne dit rien sur la grande, et la divergence de la grande ne dit rien sur la petite. Sur ce point, une erreur de sens est fatale.

L'hypothèse de positivité n'est pas décorative. Sans elle, l'énoncé s'effondre : avec et , on a bien , la série converge, et diverge. C'est la croissance des sommes partielles, donc la positivité, qui fait fonctionner l'argument.

Exemple

Une convergence et une divergence par comparaison directe. On n'utilise ici que les deux références déjà établies : la série géométrique et la série harmonique.

a. . Pour tout , le dénominateur vérifie , donc en passant aux inverses (ce qui renverse l'inégalité entre quantités strictement positives)

La série géométrique de raison converge, car . Le point 1 du théorème de comparaison donne la convergence de .

b. . Pour tout , on a , donc

La série harmonique diverge. Le point 2 du théorème de comparaison donne la divergence de .

Notez le sens de lecture dans chaque cas : en a on majore par une série convergente, en b on minore par une série divergente. Majorer par une série divergente, ou minorer par une série convergente, n'apprend strictement rien.

Propriété

Théorème de comparaison, version et . Soient et deux suites positives à partir d'un certain rang, avec . Si converge, alors converge.

Le même énoncé vaut a fortiori si , puisque entraîne .

Démonstration. Par caractérisation de la domination, il existe et un rang tels que

Soit un rang à partir duquel et . Pour , les valeurs absolues tombent et

La série converge par linéarité, puisque converge. Le théorème de comparaison appliqué au couple à partir du rang donne la convergence de .

Propriété

Théorème d'équivalence. Soient et deux suites réelles positives à partir d'un certain rang, telles que

Alors les séries et sont de même nature.

Démonstration. Par définition de l'équivalence, il existe une suite de limite et un rang tels que pour tout . Appliquons la définition de la limite à avec : il existe un rang tel que

Soit enfin un rang à partir duquel et , et posons . Pour tout , en multipliant l'encadrement de par le réel positif (ce qui conserve le sens des inégalités) :

Concluons par double implication.

  • Si converge, alors converge par linéarité, et l'inégalité de droite jointe au théorème de comparaison donne la convergence de .
  • Si diverge, alors diverge (sinon, par linéarité, convergerait), et l'inégalité de gauche jointe au point 2 du théorème de comparaison donne la divergence de .

Les deux séries sont donc de même nature.

Remarque

AVERTISSEMENT capital : l'hypothèse de signe est indispensable. Le théorème d'équivalence est l'outil le plus employé du chapitre, et c'est aussi celui que l'on applique le plus souvent à tort. Sa conclusion est fausse sans l'hypothèse de positivité (ou, ce qui revient au même, de signe constant à partir d'un certain rang).

Le contre-exemple canonique sera développé en détail à la fin de la section 3 : avec

on a , la série converge et la série diverge. Deux séries équivalentes de natures différentes : c'est possible dès que le signe varie.

Conséquence pratique sur la rédaction : avant d'écrire « les deux séries sont de même nature », il faut avoir écrit que les termes sont positifs à partir d'un certain rang. Une copie qui invoque l'équivalence sans vérifier le signe perd les points, même quand la conclusion se trouve être exacte.

Deuxième mise en garde, plus bénigne. Deux séries de même nature n'ont évidemment aucune raison d'avoir la même somme. De on déduit que les deux séries convergent, certainement pas que leurs sommes sont égales — elles ne le sont pas. L'équivalence transporte la nature, jamais la valeur.

Comparaison série-intégrale (méthode des rectangles)

Comparer une série à une autre série suppose de disposer d'une référence. Pour construire ces références, il faut un outil d'un autre type : on compare une somme à une intégrale, que l'on sait calculer par primitive. C'est la méthode des rectangles, déjà croisée au chapitre d'analyse asymptotique.

Propriété

Théorème — comparaison série-intégrale. Soient et une fonction continue par morceaux, positive et décroissante sur . Alors :

  1. pour tout entier ,
  1. pour tout entier , en sommant,
  1. la série converge si et seulement si la suite est majorée.

Démonstration. Point 1. Soit un entier. Pour tout , la décroissance de donne

Ces trois fonctions de sont continues par morceaux sur le segment , de longueur . La croissance de l'intégrale sur un segment donne

et les deux intégrales extrêmes, dont l'intégrande est constant sur un intervalle de longueur , valent respectivement et . D'où l'encadrement annoncé.

Point 2. Soit . Sommons d'abord l'inégalité de gauche du point 1 pour allant de à : le membre de gauche donne après le changement d'indice , et le membre de droite se recolle par la relation de Chasles :

On obtient . Sommons ensuite l'inégalité de droite du point 1 pour allant de à : le même recollement donne .

Point 3. Posons et pour . Comme , la suite est croissante et la suite l'est aussi (par la relation de Chasles, ).

Supposons convergente, de somme . La suite croissante est majorée par , et le point 2 donne pour : la suite est majorée.

Réciproquement, supposons majorée par un réel . Le point 2 donne, pour ,

La suite des sommes partielles de la série à termes positifs est majorée : d'après le critère de majoration, la série converge.

Méthode des rectangles pour une fonction décroissante

Sur la figure, la courbe décroissante est celle de . Sur la base , le rectangle plein a pour hauteur : il est sous la courbe, donc son aire est inférieure à . Le rectangle complété en pointillés monte jusqu'à la hauteur : il contient la portion sous la courbe, donc . Tout le théorème est dans cette lecture, et il est vivement conseillé de refaire ce dessin au brouillon chaque fois qu'on l'utilise : c'est le moyen le plus sûr de ne pas se tromper de sens ni décaler un indice.

Remarque

Une interdiction de notation. On n'écrit jamais dans ce chapitre : les intégrales sur un intervalle non borné (dites impropres, ou généralisées) ne sont pas au programme de première année et n'ont pas encore de sens. Toutes les intégrales écrites ici portent sur un segment , et l'on fait ensuite tendre la borne supérieure vers en raisonnant sur la suite . La formulation du point 3, « la suite des intégrales est majorée », est exactement la traduction correcte, dans le cadre de MPSI, de ce que l'on appellera plus tard la convergence de l'intégrale impropre.

Remarque

Le cas d'une fonction croissante. Le théorème a été énoncé pour décroissante, parce que c'est le cas utile pour les questions de convergence : une série à termes positifs dont le terme général ne tend pas vers diverge grossièrement, et croissante positive ne tend pas vers . Mais la méthode elle-même vaut pour toute fonction monotone, et elle sert alors à estimer des sommes partielles qui divergent.

Si est continue par morceaux, positive et croissante sur , la même démonstration, avec l'encadrement pour , donne cette fois

c'est-à-dire l'inverse du cas décroissant, puis en sommant, pour ,

C'est ce que l'on utilise, par exemple, pour encadrer par des intégrales de et retrouver l'ordre de grandeur de la formule de Stirling. Ne jamais appliquer l'une des deux formules de mémoire : on repart de la monotonie, on écrit l'encadrement de , on intègre.

Méthode

La méthode des rectangles, en trois temps. C'est la technique à sortir dès que le terme général est de la forme avec monotone, et qu'aucun équivalent simple ne se présente. Typiquement : présence d'un , d'une puissance non entière, ou demande d'un encadrement plutôt que d'une nature.

1. Encadrer par deux intégrales. Vérifier d'abord les hypothèses sur (continue par morceaux, positive, monotone), puis écrire, pour dans le bon segment, l'encadrement issu de la monotonie et l'intégrer. Pour décroissante et :

Si est croissante, les deux inégalités s'inversent : ne jamais appliquer la formule de mémoire, la redémontrer en une ligne à partir de la monotonie.

2. Sommer et recoller par Chasles. Additionner sur les valeurs de utiles, en surveillant les bornes — c'est là que se logent les erreurs. Les intégrales adjacentes se recollent en une seule intégrale sur un grand segment.

3. Conclure. Soit on cherche la nature, et l'on regarde si la suite des intégrales est majorée. Soit on cherche un équivalent ou un encadrement de (ou du reste ), et l'on calcule les intégrales par primitive avant d'exploiter l'encadrement obtenu.

Propriété

Théorème — séries de Riemann. Soit . La série converge si et seulement si .

Démonstration. Cas . On a avec , donc pour tout . Le terme général ne tend pas vers : la série diverge grossièrement.

Cas . C'est la série harmonique, dont la divergence a été établie à la section 1.5.

Cas , . Posons pour . La fonction est continue, positive et décroissante sur (sa dérivée est strictement négative). Le théorème de comparaison série-intégrale s'applique avec : la série converge si et seulement si la suite est majorée, où

  • Si , alors , donc et . Convergente, la suite est majorée : la série converge.
  • Si , alors , donc et . La suite n'est pas majorée : la série diverge.

Dans tous les cas, la série converge si et seulement si .

Remarque

Le seuil, et la notation . Les séries de Riemann fournissent l'échelle de référence de tout le chapitre, et le seuil est en , exclu. Retenez que diverge, que diverge (c'est ), et que converge, si peu que ce soit au-dessus du seuil.

Pour , on note traditionnellement

fonction dite zêta de Riemann. Presque aucune de ses valeurs ne s'exprime simplement. On admet ici, à titre d'illustration seulement, la plus célèbre d'entre elles, : elle ne se démontre pas avec les outils de MPSI, et l'on ne s'en sert jamais dans un raisonnement de ce chapitre.

Exemple

Encadrement de la somme harmonique, et équivalent. Montrons que

Mise en place. Posons sur : continue, positive, décroissante. L'encadrement de base du théorème donne, pour tout entier ,

Minoration. Sommons la première inégalité pour de à ; par Chasles,

Majoration. Sommons la seconde pour de à (pour ) ; par Chasles,

Pour , l'inégalité est vraie aussi : l'encadrement vaut pour tout .

Équivalent. Soit , de sorte que . En divisant l'encadrement par :

Le membre de droite tend vers . Pour celui de gauche, écrivons , d'où

le numérateur tendant vers et le dénominateur vers . Le théorème d'encadrement donne , c'est-à-dire .

Exemple

Estimation du reste d'une série de Riemann convergente. Soit . La série converge ; notons son reste. Montrons que

Encadrement à fini. Avec , continue positive décroissante sur , l'encadrement de base donne pour tout entier

Fixons et sommons pour allant de à , avec . Par Chasles,

Passage à la limite en . Les primitives se calculent : pour et ,

Comme , on a quand . Faisons donc tendre vers dans l'encadrement précédent : le terme central tend vers , et les deux intégrales tendent respectivement vers et . Les inégalités larges se conservent :

Conclusion. Multiplions cet encadrement par le réel positif :

Or , l'exposant étant une constante. Le théorème d'encadrement donne , c'est-à-dire l'équivalent annoncé.

Pour , cela s'écrit : pour calculer à près, il faut donc de l'ordre de mille termes. La comparaison avec la géométrique de la section 1.4, dont le reste s'effondre exponentiellement, est instructive.

Méthode : déterminer la nature d'une série à termes positifs

Méthode

L'algorithme complet. Devant une série à termes positifs (ou dont on a vérifié qu'ils sont positifs à partir d'un certain rang), suivre cet ordre. Il est conçu pour que le cas le plus rapide soit traité en premier.

1. Le terme général tend-il vers ? Sinon, c'est terminé : divergence grossière, une ligne de rédaction. Ce test coûte quelques secondes.

2. Chercher un équivalent SIMPLE de . C'est l'étape décisive, et c'est là que tout le chapitre d'analyse asymptotique sert. On factorise par le terme dominant, on remplace chaque facteur par son équivalent usuel, on écrit un développement limité si des termes se compensent. L'objectif est d'aboutir à une expression de la forme ou , sans somme ni différence.

3. Comparer à une série de référence. Une fois l'équivalent obtenu, vérifier explicitement la positivité des deux suites, invoquer le théorème d'équivalence, puis conclure par le théorème de Riemann ( : converge) ou par la série géométrique ( : converge). Si l'on n'a qu'une majoration et pas un équivalent, utiliser le théorème de comparaison ou sa version .

4. En dernier recours, la comparaison série-intégrale. À sortir quand aucun équivalent de référence ne se présente — typiquement quand un traîne au dénominateur, ou quand l'énoncé réclame un encadrement de plutôt qu'une nature.

Le réflexe « ». Il permet souvent de sauter les étapes 2 et 3, et il se justifie en une ligne.

  • S'il existe tel que avec fini, alors converge. En effet, la suite étant convergente donc bornée, on a , et converge puisque : la version du théorème de comparaison conclut.
  • Si avec ou , alors diverge. En effet, il existe alors un rang à partir duquel , où est un réel strictement positif (prendre si est fini, si ). Donc pour , et comme diverge, le théorème de comparaison donne la divergence de .

En pratique, on teste , puis , puis .

Exemple

Quatre séries entièrement traitées.

a. .

Le terme général est positif pour tout (numérateur et dénominateur le sont). Cherchons un équivalent. Par croissances comparées, , donc ; par ailleurs . Le quotient d'équivalents étant licite (le dénominateur ne s'annule pas),

Les deux suites sont positives, donc le théorème d'équivalence s'applique : est de même nature que , série de Riemann d'exposant , convergente. Donc converge.

b. , puis .

Pour , on a , donc et le terme général est strictement positif. L'équivalent usuel , composé avec , donne

Termes positifs, théorème d'équivalence, série de Riemann d'exposant : la série converge.

Le même calcul avec donne en revanche

et cette fois la série de référence est , qui diverge. Donc diverge. Deux termes généraux qui se ressemblent, deux natures opposées : c'est bien la vitesse qui décide, et elle seule.

c. .

Le terme général est positif pour . Ici, aucun équivalent de référence ne se présente, mais une minoration suffit : pour , on a donc , d'où

La série diverge ; le point 2 du théorème de comparaison donne la divergence de .

On aurait aussi pu invoquer le réflexe « » : , donc la série diverge.

d. .

Le terme général est positif. Aucun équivalent en puissance de ne peut fonctionner, l'exponentielle écrasant tout : c'est le terrain du réflexe « ». Prenons et posons :

par croissances comparées (l'exponentielle l'emporte sur toute puissance). La suite tend vers , donc elle est bornée, donc . Comme converge, la version du théorème de comparaison donne la convergence de .

Séries à termes quelconques

Les termes ne sont plus supposés positifs, et les suites peuvent être complexes. Tout ce qui reposait sur la croissance des sommes partielles s'effondre : plus de critère de majoration, plus de théorème d'équivalence. Il ne reste que deux portes d'entrée, et le programme s'y tient strictement. La première, la convergence absolue, ramène le problème au cas positif. La seconde, le théorème spécial des séries alternées, traite le cas où les signes alternent régulièrement.

Convergence absolue

Définition

Soit une suite d'éléments de . On dit que la série est absolument convergente, ou que la suite est sommable, lorsque la série à termes positifs converge.

Cette condition s'écrit aussi, avec la convention de la section 2.1,

L'écriture est parfaitement licite avant toute preuve de convergence : la série est à termes positifs, sa somme est donc toujours définie dans . C'est là tout l'intérêt de la convention posée plus haut. Le mot « sommable » est celui qui survivra à la section 4 : il désignera bientôt la même chose pour une famille indexée par un ensemble quelconque.

Propriété

Théorème — la convergence absolue entraîne la convergence. Soit une suite d'éléments de . Si la série est absolument convergente, alors elle est convergente.

Démonstration. Premier cas : est réelle. Posons, pour tout ,

Encadrons . D'une part , donc ; d'autre part , donc . Ainsi

Par hypothèse converge, donc converge par linéarité. Le théorème de comparaison des séries à termes positifs, dont les hypothèses viennent d'être vérifiées, donne la convergence de .

Il ne reste qu'à revenir à : par construction,

différence de deux suites dont les séries convergent. Par linéarité, converge.

Second cas : est complexe. Notons et , de sorte que . Les inégalités classiques

jointes à la convergence de et au théorème de comparaison (les suites , et sont positives) donnent la convergence de et de . Les séries réelles et sont donc absolument convergentes, donc convergentes d'après le premier cas.

Enfin, pour tout ,

Une suite complexe converge si et seulement si ses parties réelle et imaginaire convergent ; les deux sommes partielles du membre de droite convergent, donc converge : la série converge.

Remarque

Pourquoi cette démonstration, et pas une autre. Vous trouverez souvent, dans la littérature ou en ligne, une démonstration de ce théorème fondée sur un critère de convergence qui n'est pas au programme de MPSI : ne la recopiez pas : le résultat sur lequel elle s'appuie n'est pas citable en MPSI, et la démonstration ne vaudrait rien. La démonstration ci-dessus n'utilise, elle, que des outils disponibles.

Retenez son ressort, car il se reproduit ailleurs : l'astuce fabrique, à partir d'une série de signe variable, une série à termes positifs encadrée par une série connue. Le problème est ainsi ramené dans le cadre de la section 2, où le critère de majoration fonctionne. On revient ensuite à par une simple différence.

Propriété

Inégalité triangulaire pour les sommes. Soit une série absolument convergente d'éléments de . Alors

Démonstration. Les deux sommes existent : celle de droite par hypothèse, celle de gauche par le théorème précédent. L'inégalité triangulaire, appliquée à une somme finie, donne pour tout

Faisons tendre vers . À gauche, la suite converge vers , et la fonction module étant continue, le membre de gauche converge vers . À droite, le membre converge vers . Le passage à la limite conserve l'inégalité large.

Propriété

Théorème de domination. Soient une suite d'éléments de et une suite positive. Si

alors la série est absolument convergente, donc convergente.

Démonstration. L'hypothèse fournit et un rang tels que pour , la dernière égalité venant de la positivité de . Les suites et sont positives et converge par linéarité : le théorème de comparaison donne la convergence de . La série est donc absolument convergente, donc convergente d'après le théorème précédent.

Exemple

Quatre séries traitées par convergence absolue. Dans chaque cas, on majore le module du terme général par le terme d'une série de référence convergente.

a. . Pour tout , , terme général d'une série de Riemann convergente (). La série converge absolument, donc converge. On ne sait rien de sa somme, et ce n'est pas la question.

b. . Ici exactement : la série converge absolument, donc converge. Inutile de sortir le théorème des séries alternées, la convergence absolue suffit et se rédige plus vite.

c. , pour fixé. C'est le théorème de la section 1.4, dont la démonstration établissait précisément la convergence de .

d. . On majore , terme général d'une série géométrique de raison , convergente. La série converge absolument.

Le point commun des quatre : le numérateur oscille de façon incontrôlable, mais il est borné, et c'est le dénominateur seul qui décide. C'est la situation type où la convergence absolue est la bonne porte d'entrée.

Remarque

La réciproque est fausse. Une série peut converger sans converger absolument : on le verra au paragraphe suivant avec , qui converge alors que diverge. On nomme parfois cette situation semi-convergence.

Le mot est lâché une fois, il n'ira pas plus loin : le programme de MPSI limite l'étude de ces séries aux exemples fournis par le théorème de la section suivante. Il n'y a donc rien à théoriser au-delà, et aucun outil général à attendre. En pratique, devant une série de signe variable, on dispose exactement de deux méthodes — la convergence absolue, le théorème des séries alternées — et d'un troisième recours, le découpage du terme général en une somme de séries dont on connaît la nature.

Le théorème spécial des séries alternées

Définition

Une série est dite alternée lorsque son terme général s'écrit

(ou , ce qui revient à changer le signe global). Autrement dit, les termes de la série sont alternativement positifs et négatifs.

Propriété

Théorème spécial des séries alternées (TSSA). Soit une suite réelle positive, décroissante et de limite nulle. Alors la série converge. Notons sa somme et ses sommes partielles. On a de plus, pour tout :

  1. Encadrement. ; plus généralement, est toujours comprise entre deux sommes partielles consécutives et .
  2. Signe du reste. Le reste est du signe de son premier terme, c'est-à-dire du signe de .
  3. Majoration du reste. .
  4. Signe de la somme. : la somme est du signe de son premier terme .

Démonstration. Posons et considérons les deux suites extraites et .

La suite est décroissante. Pour tout ,

la dernière inégalité venant de la décroissance de .

La suite est croissante. Pour tout ,

pour la même raison.

Leur différence tend vers . Pour tout ,

puisque .

Les suites et sont donc adjacentes : l'une décroît, l'autre croît, et leur différence tend vers . Le théorème des suites adjacentes affirme qu'elles convergent vers une même limite, que nous notons , et que pour tout

Convergence de la série. Les deux suites extraites et convergent vers la même limite , et tout entier est pair ou impair : la suite converge donc vers . La série converge, de somme . Le point 1 est démontré, dans sa première forme.

Points 2 et 3 : le reste. Distinguons la parité de .

Si est pair, l'encadrement donne d'abord . Ensuite, comme , l'inégalité de gauche s'écrit , soit . Au total

donc est négatif, ce qui est bien le signe de , et .

Si est impair, l'encadrement donne d'abord . Ensuite, comme , l'inégalité de droite s'écrit , soit . Au total

donc est positif, ce qui est le signe de , et .

Dans les deux cas, est du signe de et .

Fin du point 1. Les encadrements ci-dessus se relisent ainsi : est comprise entre et , et entre et . Autrement dit, pour tout , est comprise entre et .

Point 4. Prenons dans l'encadrement : comme et , il vient

Or par décroissance, donc et finalement .

Sommes partielles d'une série alternée

La figure représente les sommes partielles de . Les points ronds sont les sommes de rang pair : elles décroissent. Les points carrés sont celles de rang impair : elles croissent. La droite horizontale en pointillés est la somme , prise en tenaille entre les deux suites, qui se resserrent l'une vers l'autre puisque leur écart tend vers . On lit directement sur le dessin les trois informations du théorème : la convergence, l'encadrement de par deux sommes partielles consécutives, et le fait que l'erreur commise en s'arrêtant au rang est plus petite que le premier terme négligé.

Remarque

Les séries qui ne commencent pas à . Si est positive, décroissante et de limite nulle, le TSSA s'applique à : il suffit de poser pour , ce qui donne une suite positive décroissante de limite nulle, et d'écrire

Les conclusions sur le reste et sur l'encadrement se transportent telles quelles, au facteur global près. En particulier la majoration reste valable pour tout .

Méthode

Vérifier les TROIS hypothèses, toujours. Le TSSA en demande trois, et l'oubli de l'une d'elles est la faute classique. Avant d'écrire le nom du théorème, écrire noir sur blanc que la suite est :

1. positive — le plus souvent évident, mais à dire ;

2. décroissante — c'est le point à démontrer réellement. Étudier le signe de , ou le quotient , ou dériver la fonction associée. Attention : la décroissance n'a aucune raison d'être vraie dès le rang , il suffit qu'elle le soit à partir d'un certain rang ;

3. de limite nulle — sans quoi la série diverge d'ailleurs grossièrement.

Une suite qui tend vers sans être monotone ne relève pas du TSSA, même si son terme général alterne. Dans ce cas, passer à la méthode générale ci-dessous.

Se servir du TSSA pour une valeur approchée. La majoration est un contrôle d'erreur explicite, ce qui est rare et précieux : pour obtenir à près, il suffit de calculer pour un rang tel que . Et l'on connaît en prime le sens de l'erreur, grâce au signe du reste : on sait si surestime ou sous-estime .

Exemple

Trois séries alternées.

a. . Posons pour : la suite est positive, décroissante () et de limite nulle. Le TSSA s'applique : la série converge. Elle ne converge pas absolument, puisque est la série harmonique, divergente.

Sa somme vaut . Il faut être attentif au signe et à l'indice de départ : la série commence par , alors que la somme classique est

les deux ne différant que du signe global. Cette valeur est admise ici ; elle se démontre en exercice, en intégrant l'identité entre et , puis en majorant le terme d'erreur.

Valeur approchée. Pour obtenir à près par cette série, il faut , soit . Cent termes pour deux décimales : la convergence est très lente, ce qui est le lot des séries alternées non absolument convergentes.

b. . La suite est positive, décroissante (la fonction est décroissante sur ) et de limite nulle. Le TSSA donne la convergence. En revanche est une série de Riemann d'exposant , divergente : la convergence n'est pas absolue.

c. . La suite , définie pour , est positive (), décroissante (car est croissante) et de limite nulle. Le TSSA donne la convergence. Elle n'est pas absolue : de on tire pour , et le théorème de comparaison, appliqué à ces suites positives, donne la divergence de .

Remarque

PIÈGE — hors du signe constant, l'équivalence ne conserve pas la nature. C'est le paragraphe le plus important de la section, et il faut le connaître par cœur, contre-exemple compris. Posons, pour ,

Ces expressions ont bien un sens : pour , .

Premier fait : . Les deux suites ne s'annulent pas, et

puisque . Donc .

Deuxième fait : converge. C'est l'exemple b ci-dessus : le TSSA s'applique à .

Troisième fait : diverge. Développons . Posons , qui tend vers . En factorisant au dénominateur,

Utilisons l'identité exacte , valable pour :

Le dernier terme est un , car donc cette quantité est bornée. En reportant, et en utilisant :

Notons le terme en , c'est-à-dire , de sorte que

Examinons les trois séries du membre de droite.

  • converge (TSSA, deuxième fait).
  • diverge (série harmonique).
  • converge, par le théorème de domination : , la suite est positive et converge, série de Riemann d'exposant .

Raisonnons par l'absurde en supposant convergente. L'égalité ci-dessus se réécrit

Le membre de droite est une combinaison linéaire de trois suites dont les séries convergent : par linéarité, convergerait. C'est faux. Donc diverge.

Bilan. On a bien , convergente et divergente. Le théorème d'équivalence de la section 2.2 est mis en défaut, et pour une raison précise : son hypothèse de signe constant n'est pas satisfaite ici. Concrètement, l'équivalent ne capture que le terme principal ; il jette le terme , qui est pourtant celui qui décide de tout, parce qu'il est de signe constant et que sa série diverge. Un terme négligeable devant le terme principal peut donc, à lui seul, changer la nature de la série. Retenez la règle : face à une série de signe variable, on n'écrit jamais un équivalent pour conclure ; on écrit un développement asymptotique.

Méthode

Méthode générale pour une série de signe variable. Trois étapes, dans cet ordre, sans jamais en sauter une.

1. Tester la convergence absolue. Majorer et comparer à une série de référence. Si converge, c'est terminé : la série converge, et c'est la conclusion la plus forte, la plus rapide et la plus robuste. C'est le cas dès que le numérateur est borné et le dénominateur assez gros (, , sur avec , ou sur ).

2. Si la convergence absolue échoue, chercher une série alternée. Écrire le terme général sous la forme et vérifier les trois hypothèses du TSSA : , décroissante, . Si les trois sont vérifiées, conclure — et penser à la majoration du reste si l'énoncé demande une valeur approchée.

3. Si le TSSA ne s'applique pas, faire un développement asymptotique et découper. C'est le cas quand n'est pas monotone, ou quand le terme général n'est pas exactement de la forme . On écrit alors un développement asymptotique de à un ordre suffisant — c'est-à-dire jusqu'à ce que le reste soit le terme général d'une série absolument convergente — puis on découpe :

On conclut ensuite par linéarité, en se souvenant que la somme d'une série convergente et d'une série divergente diverge. Il suffit donc qu'un seul morceau diverge pour que tout diverge, et c'est presque toujours le morceau de signe constant qui décide.

À quel ordre s'arrêter ? Jusqu'à ce que le reste soit un avec , ce qui garantit sa convergence absolue par domination. Aller plus loin est inutile ; s'arrêter avant laisse un terme dont on ignore la nature, et le raisonnement ne conclut pas.

Familles sommables

Les trois premières sections partagent une hypothèse restée invisible : l'ensemble des indices y est toujours , et est ordonné. Une série n'est rien d'autre qu'un procédé de sommation dans un ordre imposé : on ajoute , puis , puis , et l'on regarde où va la suite des sommes partielles. Tant que les nombres à additionner se présentent comme une suite, ce point de vue suffit. Il devient inopérant dès que ce n'est plus le cas, et c'est très vite le cas.

Première situation : un tableau infini. Considérons les nombres , où et décrivent . Ils forment un tableau à double entrée, infini dans les deux directions, indexé par . On aimerait parler de « la somme de tous les termes du tableau ». Mais ne porte aucun ordre naturel : on peut parcourir le tableau ligne par ligne, colonne par colonne, diagonale par diagonale, en spirale, et rien ne privilégie l'un de ces parcours. Définir la somme à partir d'un parcours reviendrait à faire un choix arbitraire, qu'il faudrait ensuite justifier.

Deuxième situation : intervertir deux signes somme. Pour un tableau fini de nombres, la somme par lignes et la somme par colonnes coïncident : c'est un théorème du premier semestre, et il est sans hypothèse. Pour deux sommes infinies, l'écriture

est fausse en général. Nous en construirons plus loin un contre-exemple d'une simplicité déconcertante, où le membre de gauche vaut et celui de droite vaut . L'interversion est donc un geste qui réclame un théorème, et ce théorème réclame une hypothèse.

Troisième situation : sommer par paquets. Il est souvent commode de regrouper les termes avant de les additionner, en choisissant les paquets pour leur commodité de calcul. Le produit de deux séries en donne l'exemple type : les termes sont indexés par , et le regroupement utile est celui des diagonales . Là encore, regrouper les termes d'une somme infinie n'a rien d'automatique.

La théorie qui répond à ces trois besoins se construit en deux temps, et il faut retenir cette architecture avant tout le reste. On traite d'abord les familles de termes positifs. Là, rien ne peut se compenser : la somme se définit sans aucun ordre, comme la borne supérieure des sommes finies, elle existe toujours dans , et tous les regroupements sont licites sans la moindre vérification préalable. On transporte ensuite la théorie aux familles de nombres complexes en passant par le module — et là tout repose sur une unique hypothèse, la sommabilité, dont l'oubli fait s'effondrer l'ensemble.

Familles de réels positifs

Dans toute cette section, désigne un ensemble d'indices. Dans la pratique du programme, est l'un des ensembles concrets suivants : , , , , , le « triangle » , ou une partie de l'un d'eux. Se donner une famille d'éléments de , c'est se donner, pour chaque indice , un élément de . On note l'ensemble des parties finies de ; il n'est jamais vide, puisqu'il contient la partie vide.

Rappelons les conventions de calcul dans , déjà rencontrées à la section 2. L'ordre est prolongé par pour tout ; l'addition par ; la multiplication par si , et . Le point décisif est le suivant : toute partie non vide de admet une borne supérieure dans . En effet, si cette partie est majorée par un réel, elle admet une borne supérieure réelle d'après la propriété fondamentale de ; sinon, sa borne supérieure est . C'est ce qui va permettre de définir une somme sans jamais avoir à supposer quoi que ce soit.

Définition

Soit une famille d'éléments de . On appelle somme de la famille l'élément de défini par

La borne supérieure porte sur l'ensemble de toutes les sommes finies extraites de la famille. Cet ensemble est non vide, car il contient la somme indexée par la partie vide, qui vaut par convention : la définition a donc toujours un sens. En particulier, pour , on obtient .

Un fait élémentaire sera utilisé dans toutes les démonstrations de cette section, et il vaut la peine d'être isolé : si et sont deux parties finies de avec , alors

puisque et que le second terme est positif. Autrement dit, agrandir la partie finie ne peut qu'augmenter la somme : c'est la positivité des termes qui le garantit, et c'est exactement ce qui rend la borne supérieure pertinente.

Définition

La famille d'éléments de est dite sommable lorsque

c'est-à-dire lorsque l'ensemble des sommes finies , pour , est majoré par un réel.

Remarque

Aucun ordre n'intervient. Relisez la définition : elle ne fait appel qu'à la notion de partie finie de et à la somme d'un nombre fini de termes. À aucun moment on ne range les indices, on ne les numérote, on ne choisit un premier terme. C'est le contraire du procédé « série », qui repose entièrement sur l'ordre de .

Cette absence d'ordre est tout l'intérêt du procédé, et elle a une conséquence immédiate : la somme ne change pas quand on renomme les indices. C'est la propriété suivante, dont la démonstration tient en deux lignes précisément parce que la définition a été bien choisie.

Propriété

Invariance par permutation. Soient une famille d'éléments de et une bijection. Alors

En particulier, la famille est sommable si et seulement si l'est.

Démonstration. Notons pour . Si est une partie finie de , alors est une partie finie de , de même cardinal, et le changement d'indice dans une somme finie donne

Réciproquement, si est une partie finie de , alors est une partie finie de et . Les deux ensembles de sommes finies, celui de la famille et celui de la famille , sont donc le même ensemble de nombres. Ils ont par conséquent la même borne supérieure.

Propriété

Théorème — les deux cas de référence.

  1. Cas où est fini. Si est une partie finie, la somme de la famille au sens ci-dessus coïncide avec la somme usuelle des termes.
  2. Cas . Soit une famille de réels positifs, et ses sommes partielles. Alors

et la famille est sommable si et seulement si la série converge ; dans ce cas les deux sommes coïncident :

Le même énoncé vaut pour , ou pour toute partie de .

Démonstration. Point 1. L'ensemble est lui-même une partie finie de : la quantité , au sens usuel, appartient donc à l'ensemble dont on prend la borne supérieure. Par ailleurs, toute partie finie de vérifie , donc d'après la remarque de croissance ci-dessus. La borne supérieure est ainsi atteinte en , et vaut la somme usuelle.

Point 2. Notons la somme de la famille et . La suite est croissante, puisque ; le théorème de la limite monotone assure qu'elle converge vers si elle est majorée, et tend vers sinon. Dans les deux cas dans , ce qui justifie la deuxième égalité de l'énoncé. Reste à voir que , et l'on procède par double inégalité.

Inégalité . Pour tout , l'ensemble est une partie finie de et est donc l'une des sommes finies intervenant dans la définition de : ainsi . Comme majore tous les , il majore leur borne supérieure : .

Inégalité . Soit une partie finie de . Si , alors . Sinon, est une partie finie non vide de , donc elle admet un plus grand élément , et . La croissance des sommes finies donne

Toutes les sommes finies sont donc majorées par , et en passant à la borne supérieure, .

Ainsi . Enfin, la famille est sommable si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si la suite croissante est majorée, c'est-à-dire — critère de majoration des séries à termes positifs, section 2 — si et seulement si la série converge ; sa somme est alors .

Remarque

Ce théorème est le pont entre les deux moitiés du chapitre. Il dit que la notion de famille sommable prolonge celle de série convergente à termes positifs, sans la contredire : sur , les deux procédés donnent le même nombre. Il autorise donc à calculer une somme de famille indexée par avec tous les outils de la section 2 (comparaison, équivalents, séries de Riemann, méthode des rectangles), ce dont nous ne nous priverons pas.

Propriété

Opérations. Soient et deux familles d'éléments de et .

  1. Croissance. Si pour tout , alors . En particulier, si est sommable, l'est aussi.
  2. Sous-famille. Si , alors . En particulier, toute sous-famille d'une famille sommable est sommable.
  3. Somme. , égalité dans .
  4. Multiplication par un réel positif. , avec la convention .

Démonstration. Point 1. Pour toute partie finie de , la croissance de la somme finie donne . Le nombre majore donc toutes les sommes finies extraites de , donc leur borne supérieure.

Point 2. Toute partie finie de est une partie finie de : l'ensemble des sommes finies relatif à est inclus dans celui relatif à , donc sa borne supérieure est plus petite.

Point 3. Pour toute partie finie , , ce qui donne l'inégalité par passage à la borne supérieure. Pour l'inégalité inverse, soient et deux parties finies de et , qui est finie et contient les deux. La croissance des sommes finies donne

Si l'un des deux nombres ou vaut — disons le premier — il suffit de prendre dans : toutes les sommes finies sont majorées par , qui vaut donc , et l'égalité annoncée est vraie, les deux membres étant infinis. Sinon les deux sommes sont finies : dans , on fixe et l'on passe à la borne supérieure sur , puis on passe à la borne supérieure sur , ce qui donne .

Point 4. Si , les deux membres sont nuls avec la convention indiquée. Si , l'application est une bijection croissante de sur lui-même, donc elle transforme borne supérieure en borne supérieure ; comme pour toute partie finie , l'égalité passe au passage à la borne supérieure.

Nous arrivons au théorème central de la section : il autorise à regrouper les termes d'une famille positive de la façon que l'on veut. Sa démonstration est explicitement hors programme ; nous l'admettons, en donnant l'idée.

Propriété

Sommation par paquets, cas positif. Soient une famille d'éléments de et une famille de parties de deux à deux disjointes dont la réunion est (on dit que est une partition de , en tolérant des paquets vides). Alors

l'égalité ayant lieu dans : elle est vraie en particulier lorsque les deux membres valent . En conséquence, la famille est sommable si et seulement si chaque sous-famille est sommable et si la famille des sommes partielles par paquets, , est elle-même sommable.

Démonstration admise (hors programme).

Remarque

L'idée de la démonstration, en deux phrases. Dans un sens, toute somme finie ne fait intervenir qu'un nombre fini d'indices, donc ne rencontre qu'un nombre fini de paquets ; en la découpant selon ces paquets on la majore par le membre de droite, et en passant à la borne supérieure on obtient . Dans l'autre sens, une somme finie de sommes finies prises dans un nombre fini de paquets deux à deux disjoints se recolle en une seule somme finie sur , ce qui majore le membre de droite par le membre de gauche.

Pourquoi la définition a été posée dans et pas dans . Regardez le membre de droite : la famille que l'on y somme est , dont les termes sont des sommes de familles positives, donc des éléments de susceptibles de valoir . Sans la convention, l'énoncé n'aurait même pas de sens. C'est le prix, très modeste, de la généralité totale du théorème : aucune hypothèse.

Sommer une famille double par paquets

Sur la figure, chaque point du quadrillage représente un indice de , l'abscisse portant et l'ordonnée . La bande horizontale en trait plein, notée , est le paquet « une ligne » : l'indice y est fixé et décrit . La bande verticale en pointillés, notée , est le paquet « une colonne » : l'indice y est fixé et décrit . Les lignes forment une partition de , les colonnes en forment une autre : le théorème de sommation par paquets, appliqué successivement à ces deux partitions, donne deux expressions de la même somme. C'est exactement le théorème suivant.

Propriété

Théorème de Fubini positif. Soient et deux ensembles d'indices et une famille d'éléments de . Alors, dans ,

Aucune hypothèse n'est requise : l'égalité vaut y compris si tous les membres valent .

Démonstration. Posons, pour , . Ces ensembles sont deux à deux disjoints (deux couples de premières coordonnées différentes ne peuvent être égaux) et leur réunion est : c'est une partition de l'ensemble d'indices. Le théorème de sommation par paquets donne

Or l'application est une bijection de sur , donc l'invariance par permutation donne : c'est la première égalité. La seconde s'obtient de la même façon avec la partition , , à seconde coordonnée figée.

Méthode

Sommer une famille de réels positifs. La procédure est purement calculatoire, et c'est là son grand confort.

  1. Choisir la partition qui rend le calcul possible : les lignes, les colonnes, les diagonales , les paquets sur lesquels le terme général se simplifie. C'est le seul endroit où il faut réfléchir.
  2. Calculer la somme intérieure sur un paquet, sous forme close et en fonction du paramètre du paquet. Le plus souvent, un paquet est fini (on somme alors une somme finie) ou indexé par (on somme alors une série à termes positifs, avec les outils de la section 2).
  3. Calculer la somme extérieure de la famille des résultats obtenus, à nouveau comme une somme de famille positive.
  4. Conclure : la valeur trouvée est la somme de la famille dans ; si elle est finie, la famille est sommable, si elle vaut , elle ne l'est pas.

Le point capital. Pour des termes positifs, il n'y a rien à vérifier avant de couper en paquets. On ne suppose pas la sommabilité : on la découvre. Le calcul est licite dans quoi qu'il arrive, et il fournit d'un même mouvement la nature de la famille et la valeur de sa somme. C'est ce privilège qui disparaîtra à la section suivante, dès que les termes changeront de signe.

Exemple

Une famille produit : .

Sommation à fixé. Fixons et sommons sur . La famille est indexée par et positive : sa somme est celle de la série géométrique correspondante, de raison , multipliée par la constante positive :

Le théorème de Fubini positif donne alors

Contrôle à fixé. Fixons cette fois et sommons sur :

On retrouve bien , comme le théorème le prévoit. La somme étant finie, la famille est sommable, et

Ce n'est pas un hasard si le résultat est le produit des deux sommes : la famille est de la forme , cas que nous érigerons en théorème à la section 4.2.

Exemple

Une somme par diagonales : .

Ici la sommation à fixé est possible mais désagréable : est un reste de la série exponentielle, sans forme close. Le terme général ne dépend que de : c'est cette quantité qui doit indexer les paquets.

La partition. Pour , posons . Tout couple appartient à exactement un , celui d'indice : la famille est bien une partition de . De plus est fini, de cardinal , puisque ses éléments sont exactement les couples .

La somme d'un paquet. Sur , le terme général vaut constamment , donc

La somme extérieure. Il reste à calculer , somme d'une famille positive indexée par , c'est-à-dire somme de la série . Séparons les deux morceaux : pour , , et ce terme est nul pour . Donc, pour ,

après le changement d'indice dans la première somme. Les deux sommes partielles tendent vers quand , d'après la relation prise en (section 1). Par somme de limites,

Conclusion. La famille est sommable, de somme

Retenez la leçon de méthode : le paquet se choisit sur la forme du terme général, pas par habitude. Ici, la partition à fixé existe et est licite, mais elle ne mène nulle part ; la partition en diagonales donne le résultat en trois lignes.

Exemple

Une famille non sommable : .

La méthode ne sert pas qu'à calculer des sommes finies : appliquée telle quelle, elle détecte aussi la non-sommabilité, sans changer un mot de la rédaction. Reprenons la partition en diagonales . Sur , le terme général est constant égal à , et le paquet compte éléments : sa somme vaut donc

La sommation par paquets, licite sans hypothèse puisque les termes sont positifs, donne alors

la dernière somme valant car les sommes finies ne sont pas majorées. La famille n'est pas sommable. Notez qu'aucune des deux sommations itérées n'aurait été plus rapide : à fixé, est le reste d'une série harmonique, donc vaut déjà , et l'on obtient une somme de termes tous infinis — ce que la convention de calcul dans permet précisément d'écrire sans embarras.

Exemple

Un ensemble d'indices triangulaire : , où .

Par colonnes, c'est-à-dire à fixé. Le paquet est , indexé par les entiers , et

par le changement d'indice et la somme d'une série géométrique de raison . La somme extérieure vaut alors

Par lignes, c'est-à-dire à fixé. Le paquet est , fini de cardinal , et le terme général y est constant égal à : la somme du paquet vaut .

Le sous-produit. Les deux calculs portent sur la même famille positive : le théorème de sommation par paquets impose qu'ils donnent le même résultat. On en tire, sans aucun autre effort,

ce qui n'était pas immédiat par les seuls outils de la section 2. Bien choisir sa partition ne sert pas qu'à conclure : cela calcule des sommes que l'on ne savait pas atteindre.

Remarque

Le cas . Il n'y a pas de « série indexée par » : il faudrait choisir par où commencer. Les familles, elles, s'en accommodent sans rien ajouter à la théorie. L'ensemble est en effet la réunion disjointe de et de l'ensemble des entiers strictement négatifs, et la sommation par paquets appliquée à cette partition en deux morceaux donne, pour toute famille de réels positifs,

le second terme s'obtenant par invariance par permutation, via la bijection de sur les entiers strictement négatifs. La famille est donc sommable si et seulement si les deux séries et convergent toutes les deux.

Par exemple, la famille est sommable : les deux séries obtenues sont à termes positifs et de terme général équivalent à , terme général d'une série de Riemann convergente puisque .

Familles de nombres complexes

Tout ce qui précède repose sur la positivité : c'est elle qui rend les sommes finies croissantes, donc la borne supérieure pertinente. Dès que les termes peuvent se compenser, la borne supérieure des sommes finies n'a plus aucun sens — pour la famille constante égale à indexée par , elle vaudrait , ce qui ne veut rien dire. La stratégie est donc celle de la section 3, transposée : on teste la famille sur ses modules, qui forment une famille positive, et l'on ne définit la somme que dans le cas favorable.

Définition

Soit une famille de nombres complexes. On dit qu'elle est sommable lorsque la famille positive l'est, c'est-à-dire lorsque

L'ensemble des familles sommables indexées par se note .

Remarque

Le cas est déjà connu. Pour une suite complexe , le théorème du cas de la section 4.1, appliqué à la famille positive , montre que

Le vocabulaire de la section 3 était donc déjà celui des familles sommables : « la suite est sommable » et « la série converge absolument » sont deux façons de dire la même chose. Ce que la théorie des familles apporte, ce n'est pas une nouvelle condition, c'est la liberté de sommer dans le désordre.

Reste à définir la somme d'une famille sommable. On ne peut plus prendre une borne supérieure ; on se ramène au cas positif en découpant chaque terme en morceaux positifs.

Définition

Somme d'une famille sommable.

Cas réel. Soit une famille réelle sommable. Pour , posons

de sorte que , , et . Les familles et sont positives et majorées terme à terme par : elles sont donc sommables, et leurs sommes sont des réels. On pose

Cas complexe. Soit une famille complexe sommable. Comme et , les familles réelles et sont sommables, et l'on pose

Propriété

Cohérence de la définition.

  1. Si est une famille positive sommable, la nouvelle définition redonne la somme de la section 4.1.
  2. Si et si la série est absolument convergente, alors

la somme de la famille et la somme de la série coïncident.

Démonstration. Point 1. Si pour tout , alors et ; la famille nulle a une somme nulle, donc la nouvelle somme vaut au sens de la section 4.1.

Point 2, cas réel. Notons . Pour tout , la décomposition et la linéarité de la somme finie donnent

Les familles et sont positives et sommables, donc les séries et convergent, de sommes respectives et (théorème du cas ). En passant à la limite quand ,

Point 2, cas complexe. Une série complexe converge si et seulement si les séries de ses parties réelle et imaginaire convergent, et sa somme est alors : on applique le cas réel à chacune des deux.

Propriété

Propriétés de la somme. Soient et deux familles sommables de nombres complexes et .

  1. Domination. Soit une famille complexe quelconque. S'il existe une famille positive sommable telle que pour tout , alors est sommable.
  2. Sous-famille. Pour toute partie , la sous-famille est sommable.
  3. Linéarité. La famille est sommable et

Autrement dit, est un sous-espace vectoriel de l'espace des familles complexes indexées par , et la somme y est une forme linéaire. 4. Croissance (familles réelles). Si et sont réelles avec pour tout , alors . 5. Inégalité triangulaire. . 6. Invariance par permutation. Pour toute bijection , la famille est sommable et .

Démonstration. Points 1 et 2. Ce sont les points 1 et 2 des opérations sur les familles positives, appliqués à la famille .

Point 3, sommabilité. L'inégalité triangulaire dans donne ; le membre de droite est le terme général d'une famille positive sommable (somme et multiplication par le réel positif ), donc la croissance conclut.

Point 3, additivité, cas réel. Soient et réelles sommables et . De on tire, en ne gardant que des termes positifs de chaque côté,

Ce sont deux familles positives égales terme à terme ; sommons-les grâce à l'additivité du cas positif :

Les six sommes sont des réels (chaque famille est majorée par , ou ), on peut donc les déplacer d'un membre à l'autre :

c'est-à-dire .

Point 3, homogénéité. Pour réel, et l'homogénéité du cas positif conclut ; pour , et , donc . La linéarité réelle en découle. Pour complexe et , posons et . Comme , la définition de la somme complexe et la linéarité réelle donnent

Point 4. La famille est positive et sommable, donc sa somme est positive (point 1 de la cohérence) ; la linéarité donne .

Point 5. Posons . Si , l'inégalité est évidente puisque le membre de droite est positif. Sinon, écrivons avec et . Par linéarité, . Ce nombre étant réel, il est égal à sa partie réelle, et la définition de la somme complexe donne

Or pour tout complexe , et : la croissance du point 4, appliquée aux deux familles réelles sommables et , donne .

Point 6. L'invariance par permutation vaut pour les quatre familles positives et d'après la section 4.1 ; on recompose ensuite par la définition de la somme.

Le point 6 mérite d'être traduit dans le langage des séries, où il énonce un fait qui n'a rien d'évident : on peut changer l'ordre des termes d'une série absolument convergente sans changer sa somme.

Propriété

Permutation des termes d'une série absolument convergente. Soient une série complexe absolument convergente et une bijection. Alors la série est absolument convergente et

Démonstration. La série étant absolument convergente, la famille est sommable et sa somme coïncide avec celle de la série. L'invariance par permutation, appliquée à la famille positive , montre que , donc que la série converge absolument ; appliquée à la famille elle-même, elle donne l'égalité des sommes. Il ne reste qu'à repasser du langage des familles à celui des séries, ce qu'autorise la propriété de cohérence.

C'est un privilège de la convergence absolue, et de rien d'autre : pour une série qui converge sans converger absolument, permuter les termes peut modifier la somme. On ne s'aventurera pas plus loin sur ce terrain, mais retenez que l'énoncé ci-dessus n'est pas une évidence de bon sens — c'est un théorème, avec une hypothèse.

Voici maintenant le théorème qui donne tout son intérêt à la théorie. Sa démonstration est, comme dans le cas positif, hors programme : nous l'admettons.

Propriété

Sommation par paquets, cas complexe. Soient une famille de nombres complexes sommable et une partition de (parties deux à deux disjointes, de réunion ). Alors :

  1. pour tout , la sous-famille est sommable ; notons la somme du paquet d'indice ;
  2. la famille est sommable ;
  3. on a l'égalité

Démonstration admise (hors programme).

Remarque

L'hypothèse de sommabilité n'est pas décorative. Dans le cas positif, le théorème de sommation par paquets était vrai sans aucune hypothèse : au pire les deux membres valaient . Ici, la sommabilité de est indispensable, et elle ne se déduit pas du fait que chaque paquet donne une somme finie, ni du fait que la somme des paquets « converge ». Le contre-exemple donné plus bas est construit exactement là-dessus : chaque ligne et chaque colonne y a une somme parfaitement définie, chacun des deux calculs itérés aboutit à un nombre, et pourtant ces deux nombres diffèrent.

Retenez la hiérarchie : positif, on calcule d'abord et on conclut ensuite ; complexe, on justifie d'abord et on calcule ensuite.

Propriété

Théorème de Fubini. Soient et deux ensembles d'indices et une famille complexe sommable. Alors :

  1. pour tout , la famille est sommable, et pour tout , la famille est sommable ;
  2. les familles et sont sommables ;
  3. les trois sommes coïncident :

Démonstration. On applique le théorème de sommation par paquets à la partition , , à première coordonnée figée. Son point 1 donne la sommabilité de la sous-famille indexée par , qui est celle de après la bijection ; son point 2 donne la sommabilité de la famille des sommes de paquets, c'est-à-dire de ; son point 3 donne la première égalité. On recommence avec la partition , , ce qui donne la seconde.

Méthode

La procédure en deux temps. C'est le mode d'emploi de toute la fin du chapitre, et de tout ce qui suivra dans l'année dès qu'une somme double apparaîtra.

Temps 1 — prouver la sommabilité, avec les modules. On travaille sur la famille positive . Comme les termes sont positifs, on peut immédiatement couper en paquets, intervertir, sommer ligne par ligne ou colonne par colonne, sans aucune justification préalable : tout calcul est licite dans . On choisit donc la partition la plus commode et l'on calcule . Si le résultat est fini, la famille est sommable ; on l'écrit noir sur blanc.

Temps 2 — calculer la somme, sur les termes eux-mêmes. La sommabilité étant acquise, les théorèmes de sommation par paquets et de Fubini s'appliquent : on refait le calcul sur les , avec la partition la plus commode — qui n'est pas nécessairement celle du temps 1 — en intervertissant librement les signes somme.

Rédaction. La phrase « la famille est sommable car , on peut donc appliquer le théorème de Fubini » doit figurer explicitement entre les deux calculs. Sans elle, le second calcul ne démontre rien du tout : il manipule des symboles dont on n'a pas établi qu'ils désignent des nombres.

Exemple

La méthode en action : .

Temps 1 : sommabilité. Le module du terme général vaut , et nous avons calculé à la section 4.1, par sommation selon les diagonales,

La famille est donc sommable, et le théorème de sommation par paquets s'applique.

Temps 2 : la valeur. Reprenons la partition en diagonales , avec . Sur , le terme général est constant égal à , donc la somme du paquet vaut , et

Cette dernière famille est sommable (ses modules ont pour somme ), donc la série converge absolument et sa somme se calcule comme précédemment :

le changement d'indice faisant apparaître . Finalement

Notez la structure de la rédaction : un calcul sur les modules, une phrase de conclusion sur la sommabilité, puis le même calcul sur les termes. C'est exactement le schéma attendu en devoir.

Remarque

Le contre-exemple à connaître : sans sommabilité, l'interversion est fausse. Définissons une famille par

Décrivons les premières valeurs en disposant la famille comme un tableau, et en convenant pour cette seule lecture que numérote les lignes et les colonnes. Sur la ligne : le terme de colonne vaut , celui de colonne vaut , tous les autres sont nuls. Sur la ligne : le terme de colonne vaut , celui de colonne vaut , les autres sont nuls. Et ainsi de suite : la famille porte des sur la diagonale et des juste à droite de la diagonale, tout le reste étant nul.

Somme par lignes. À fixé, la ligne ne comporte que deux termes non nuls, et : c'est une somme finie, qui vaut . Donc

Somme par colonnes. À fixé, les termes non nuls de la colonne sont et, lorsque , . Pour , le terme exigerait l'indice de ligne , qui n'existe pas : la colonne a pour somme . Pour , la colonne a pour somme . Donc

Conclusion. Les deux sommations itérées sont parfaitement définies — toutes les sommes intérieures sont des sommes finies — et pourtant elles donnent et . Il n'y a pas de paradoxe : la famille n'est pas sommable. En effet, en prenant la partie finie , on obtient , et ces sommes finies ne sont pas majorées : .

C'est ce contre-exemple qu'il faut avoir en tête chaque fois que la tentation d'intervertir deux signes somme se présente. Un placé au bon endroit suffit à faire mentir le calcul.

Propriété

Produit de deux familles sommables. Soient et deux familles sommables de nombres complexes. Alors la famille est sommable et

Démonstration. Sommabilité. La famille est positive : le théorème de Fubini positif s'applique sans hypothèse et donne

en sortant deux fois une constante positive de la somme (homogénéité du cas positif). Les deux facteurs étant finis par hypothèse, le produit l'est : la famille est sommable.

Valeur. La sommabilité acquise, le théorème de Fubini s'applique, et la linéarité permet à nouveau de sortir le facteur , qui ne dépend pas de :

Produit de Cauchy

Comment multiplier deux séries ? Si l'on développe formellement le produit , on obtient tous les produits , indexés par . Pour les réorganiser en une série, il faut les grouper par paquets finis, et le groupement naturel est celui qui rassemble les termes de même « degré total » : c'est le regroupement que l'on ferait pour multiplier deux polynômes. On obtient ainsi la définition suivante.

Définition

Soient et deux séries numériques. On appelle produit de Cauchy de ces deux séries la série de terme général

Propriété

Produit de Cauchy de deux séries absolument convergentes. Si les séries et sont absolument convergentes, alors leur produit de Cauchy est absolument convergent et

Démonstration. Étape 1 : une famille sommable. Les séries et étant absolument convergentes, les familles et sont sommables, de sommes respectives et . D'après le théorème sur le produit de deux familles sommables, la famille est sommable, de somme .

Étape 2 : la partition en diagonales. Pour , posons . Tout couple appartient au seul ensemble : la famille est une partition de , et chaque est fini, formé des couples pour .

Étape 3 : la sommation par paquets. La famille étant sommable, le théorème de sommation par paquets s'applique à la partition . La somme sur le paquet est une somme finie :

Le théorème affirme alors que la famille est sommable — c'est-à-dire que la série converge absolument — et que

Enfin, la somme de la famille coïncide avec la somme de la série , d'où le résultat annoncé.

Exemple

Le carré de la série géométrique. Soit avec , et prenons . La série est absolument convergente puisque est une série géométrique de raison , et sa somme vaut . Le terme général du produit de Cauchy vaut

puisque les termes de la somme sont tous égaux à . Le théorème donne donc, pour tout tel que : la série converge absolument et

Contrôle. Pour , le dénominateur vaut et la formule donne

ce qui est bien la valeur obtenue à la section 4.1 en sommant la famille triangulaire dans les deux sens. Deux chemins entièrement différents, le même nombre : c'est le genre de recoupement qu'il faut chercher systématiquement.

Exemple

L'exponentielle complexe est un morphisme. Soient et deux nombres complexes, et posons , .

Convergence absolue. La série converge, de somme : la série est absolument convergente, de somme , et de même pour , de somme .

Le terme général du produit de Cauchy. En faisant apparaître un coefficient binomial :

la dernière égalité étant la formule du binôme de Newton, licite puisque et commutent.

Conclusion. Le théorème du produit de Cauchy donne

En particulier, pour tout , , donc et . L'application est donc un morphisme de groupes de dans . C'est la propriété fondamentale de l'exponentielle complexe, et elle vient d'être démontrée à partir de la seule définition par la série.

Remarque

L'hypothèse de convergence absolue ne se relâche pas. Il existe des séries convergentes dont le produit de Cauchy diverge : c'est le cas de multipliée par elle-même, qui converge par le TSSA, alors que le terme général de son produit de Cauchy vérifie pour tout , d'où une divergence grossière. La convergence absolue est donc bien l'hypothèse à vérifier, et non une commodité de démonstration.

Méthodes

Cette dernière section ne contient aucun résultat nouveau : elle range les précédents dans l'ordre où l'on s'en sert. Une remarque préalable, qui vaut pour tout le chapitre : l'énorme majorité des points perdus vient non pas d'un calcul faux, mais d'un théorème appliqué sans ses hypothèses. Avant chaque geste, demandez-vous de quel signe sont les termes et si la convergence est déjà acquise.

Méthode

1. Déterminer la nature d'une série . L'arbre de décision se parcourt toujours dans cet ordre.

  1. Le terme général tend-il vers ? S'il ne tend pas vers , ou s'il n'a pas de limite, la série diverge grossièrement : c'est terminé en une ligne. S'il tend vers , on n'a strictement rien démontré, et l'on passe à la suite.
  2. Est-ce une série de référence ? Géométrique (converge si et seulement si ), Riemann (converge si et seulement si ), exponentielle , ou télescopique (même nature que la suite ).
  3. Quel est le signe de à partir d'un certain rang ? Toute la suite en dépend, et c'est la question que l'on oublie.
  4. Cas des termes positifs (à partir d'un certain rang). Chercher un équivalent simple avec de référence : les deux séries sont alors de même nature. À défaut, majorer par le terme général d'une série convergente, ou minorer par celui d'une série divergente. Si avec monotone, utiliser la méthode des rectangles.
  5. Cas du signe variable. Commencer par la convergence absolue : majorer par le terme général d'une série positive convergente, ou invoquer la domination avec convergente à termes positifs. Si converge, la série converge, et c'est fini.
  6. Si diverge, chercher la structure alternée et vérifier les trois hypothèses du TSSA : , décroissante, .
  7. Si la décroissance est en défaut, ou si le terme n'est pas exactement alterné, écrire un développement asymptotique de : une partie alternée relevant du TSSA, une partie absolument convergente, et éventuellement une partie de nature connue. Conclure par linéarité, en séparant les séries une fois établie la nature de chacune.

Ce dernier point mérite une insistance. La linéarité affirme que si et convergent, alors converge, de somme la somme des sommes. Elle ne dit rien dans l'autre sens : d'une série convergente on ne peut pas conclure que ses morceaux convergent. Un développement asymptotique se lit donc de la droite vers la gauche, jamais l'inverse.

Méthode

2. Calculer la somme d'une série. Le calcul exact d'une somme n'est possible que dans un petit nombre de situations, qu'il faut reconnaître.

  1. Télescopage. Écrire ; alors , et il ne reste qu'une limite à calculer. Pour une fraction rationnelle, la décomposition en éléments simples produit ce découpage.
  2. Série géométrique et ses variantes : pour ; pour (produit de Cauchy). Attention aux bornes : une série qui commence à vaut la somme complète moins son terme d'indice .
  3. Série exponentielle : , et ses dérivées combinatoires du type , que l'on obtient en écrivant le numérateur en fonction de et puis en décalant l'indice.
  4. Produit de Cauchy : reconnaître dans une somme , vérifier la convergence absolue des deux facteurs, conclure.
  5. Passage par une famille sommable : si le terme général est lui-même une somme, écrire la série comme la somme d'une famille indexée par ou par un triangle, prouver la sommabilité avec les modules, puis intervertir pour se ramener à des sommes calculables.

Méthode

3. Estimer un reste ou une somme partielle. Quand la somme exacte est inaccessible, on en cherche un encadrement ou un équivalent.

  1. Série alternée (TSSA). Le reste est du signe de son premier terme et vérifie : la majoration est immédiate et souvent suffisante, y compris pour un calcul numérique à précision donnée.
  2. Comparaison série-intégrale. Pour continue, positive et décroissante sur , et pour et :

Si la série converge, on fait tendre vers dans cet encadrement pour encadrer le reste. Exemple : avec , on obtient , d'où . 3. Encadrement par une géométrique. Si pour , avec , alors : la décroissance est très rapide, c'est la situation la plus confortable. 4. Somme partielle d'une série divergente. Même technique, appliquée cette fois à : encadrer par des intégrales, puis diviser par le terme principal pour obtenir l'équivalent (modèle : ).

Méthode

4. Sommer une famille , ou intervertir deux sommes.

  1. Termes positifs : aucun préalable. On choisit la partition, on calcule les sommes intérieures, puis la somme extérieure, dans . Le calcul donne à la fois la sommabilité et la valeur.
  2. Termes de signe variable ou complexes : procédure en deux temps. D'abord , calculé librement puisque positif ; si le résultat est fini, on énonce la sommabilité ; ensuite seulement, on refait le calcul sur les en intervertissant.
  3. Choix de la partition : par lignes ou par colonnes si le terme général se factorise en un produit d'un facteur en et d'un facteur en ; par diagonales si le terme ne dépend que de ; par tranches adaptées à la contrainte si l'ensemble d'indices est un triangle . Une partition mal choisie ne rend pas le calcul faux, elle le rend impossible.
  4. Contrôle : quand les deux partitions sont praticables, les mener toutes les deux. Trouver deux fois le même nombre est la meilleure vérification de calcul dont on dispose.

Une dernière liste, à relire avant chaque devoir. Ces cinq erreurs se retrouvent dans presque toutes les copies, et chacune invalide la question entière, pas seulement une ligne.

Méthode

5. Les cinq fautes qui coûtent le plus de points.

  1. Écrire avant d'avoir prouvé la convergence. Ce symbole désigne un nombre : tant que la convergence n'est pas établie, il ne désigne rien, et tout ce qu'on en déduit est nul et non avenu. On travaille sur les sommes partielles jusqu'à la conclusion.
  2. Utiliser un équivalent sur une série de signe variable. Le théorème d'équivalence exige des séries à termes positifs (au moins à partir d'un certain rang). Sans cette hypothèse il est faux, et les contre-exemples classiques sont bâtis exactement là-dessus.
  3. Oublier de vérifier la décroissance dans le TSSA. Les trois hypothèses — positivité, décroissance, limite nulle — se vérifient explicitement, la décroissance par étude du quotient, de la différence ou d'une fonction associée. « La série est alternée donc elle converge » est faux.
  4. Intervertir deux sommes sans sommabilité. Sur des termes positifs, l'interversion est gratuite ; sur des termes de signe variable, elle exige la sommabilité, établie avant, sur les modules. Le contre-exemple de la section 4.2 donne d'un côté et de l'autre.
  5. Conclure « donc la série converge ». La condition est nécessaire, jamais suffisante : la série harmonique est là pour le rappeler. Sa contraposée, en revanche, est un outil puissant : si ne tend pas vers , la série diverge, et c'est le premier réflexe de tout exercice.

Les exercices

32 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.

Exercice 1 ★★★Sommes partielles, convergence et somme

Séries numériques : sommes partielles, convergence, somme et resteSéries géométriques et série exponentielle

1. Pour chacune des séries suivantes, calculer explicitement la somme partielle , puis en déduire la nature de la série et, en cas de convergence, la valeur de sa somme.

a.

b.

c.

d.

e.

f.

2. Pour la série a., donner l'expression du reste et vérifier qu'il tend vers .

Exercice 2 ★★★Divergence grossière : ce que le terme général suffit à dire

Condition nécessaire de convergence et divergence grossièreSéries numériques : sommes partielles, convergence, somme et reste

1. Pour chacune des séries suivantes, étudier la limite du terme général, puis dire si cette seule étude permet de conclure quant à la nature de la série.

a.

b.

c.

d.

e.

f.

g.

h.

2. Pour la série h., calculer la somme partielle et conclure.

3. Expliquer en deux phrases pourquoi le fait que tende vers ne permet jamais de conclure à la convergence de , en citant l'exemple de référence du cours.

Exercice 3 ★★★Lien suite-série et séries télescopiques

Lien suite-série et séries télescopiquesCalcul de la somme d'une série et estimation des restesSéries numériques : sommes partielles, convergence, somme et reste

1. Énoncer le théorème du lien suite-série.

2. Déterminer la nature et, le cas échéant, la somme des séries suivantes.

a.

b.

c.

d.

e.

Exercice 4 ★★★Nature d'une série à termes positifs par équivalent

Théorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positivesSéries à termes positifs : majoration des sommes partielles

1. Déterminer la nature des séries suivantes.

a.

b.

c.

d.

e.

f.

g.

h.

2. Rappeler en une phrase pourquoi l'hypothèse « termes positifs » est indispensable dans le théorème d'équivalence, en s'appuyant sur le contre-exemple du cours.

Exercice 5 ★★★Séries de Riemann et comparaison directe

Comparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de RiemannThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positivesSéries à termes positifs : majoration des sommes partielles

1. Déterminer la nature des séries suivantes, en précisant à chaque fois le théorème utilisé.

a.

b.

c.

d.

e.

f.

g.

h.

2. Énoncer précisément le théorème des séries de Riemann.

Exercice 6 ★★★Convergence absolue : premières séries à termes quelconques

Convergence absolue, domination et suites sommablesThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positives

1. Pour chacune des séries suivantes, étudier la convergence absolue, puis conclure quant à la convergence lorsque c'est possible.

a.

b.

c.

d.

e. , où est fixé

f.

g. , où est fixé

h.

2. Pour les séries d. et f., indiquer quel outil du cours permettra de conclure, sans faire l'étude.

Exercice 7 ★★★Le théorème spécial des séries alternées en application directe

Théorème spécial des séries alternées : signe et majoration du reste

1. Pour chacune des séries suivantes, vérifier les trois hypothèses du théorème spécial des séries alternées, puis conclure.

a.

b.

c.

d.

e.

2. Que dire de la série ?

3. Pour la série a., combien de termes faut-il sommer pour approcher la somme à près ?

Exercice 8 ★★★Premiers pas avec les familles sommables positives

Familles sommables de réels positifs : sommation par paquets, Fubini positif

1. Les familles suivantes, indexées par , sont-elles sommables ? Calculer leur somme.

a.

b.

c.

2. Montrer que la famille n'est pas sommable. On pourra la minorer par une seule de ses lignes.

3. Soit une suite de réels positifs. Énoncer le lien entre la sommabilité de la famille et la convergence de la série , puis l'illustrer sur et sur .

Exercice 9 ★★★★Les sommes du type n x puissance n

Calcul de la somme d'une série et estimation des restesSéries géométriques et série exponentielleFamilles sommables de réels positifs : sommation par paquets, Fubini positif

1. Soit . Pour , on pose . Calculer , en déduire une expression close de , puis montrer que la série converge et que

2. En déduire la valeur de .

3. Retrouver le résultat de 1. pour par sommation par paquets. On écrira et l'on considérera la famille positive indexée par , sommée d'abord à fixé.

4. Soit . Par la méthode de la question 1., calculer , puis en déduire .

5. Application numérique : calculer .

Exercice 10 ★★★★Sommes par décomposition en éléments simples

Calcul de la somme d'une série et estimation des restesLien suite-série et séries télescopiques

Justifier la convergence, puis calculer la somme de chacune des séries suivantes.

a.

b.

c.

d.

e.

Exercice 11 ★★★★Le grand tri : la nature de douze séries

Théorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positivesConvergence absolue, domination et suites sommablesComparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de RiemannSéries à termes positifs : majoration des sommes partielles

Déterminer la nature de chacune des séries suivantes. On précisera à chaque fois le théorème utilisé et l'on vérifiera ses hypothèses.

a.

b.

c.

d.

e.

f.

g.

h.

i.

j.

k.

l.

Exercice 12 ★★★★Comparaison série-intégrale : encadrer une somme partielle

Comparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de Riemann

1. Montrer que pour tout entier ,

puis en déduire que .

2. Encadrer par deux intégrales et en déduire que .

3. Montrer que , puis conclure sur la nature de la série .

4. Montrer que .

Exercice 13 ★★★★La série harmonique diverge : trois démonstrations

Séries à termes positifs : majoration des sommes partiellesComparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de RiemannLien suite-série et séries télescopiques

Pour tout entier , on pose . On se propose d'établir de trois façons différentes que la série harmonique diverge.

1. Démonstration d'Oresme. Montrer que pour tout , . En raisonnant par l'absurde, supposer que la suite converge et utiliser la suite extraite pour aboutir à une contradiction. Conclure.

2. Démonstration par télescopage. Montrer que pour tout , en déduire que pour tout , puis conclure.

3. Démonstration par comparaison série-intégrale. Établir que pour tout , , puis en déduire .

4. Applications. Déterminer la nature des séries et .

Exercice 14 ★★★★Équivalent du reste d'une série de Riemann

Comparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de RiemannCalcul de la somme d'une série et estimation des restes

Soit . Pour , on pose .

1. Justifier l'existence de .

2. Par comparaison série-intégrale, établir que pour tout ,

3. En déduire un équivalent de quand .

4. Cas . Donner l'équivalent de , puis déterminer combien de termes il faut sommer pour obtenir une valeur approchée de à près.

5. Reste de la série exponentielle. Montrer que pour tout ,

Exercice 15 ★★★★Valeur approchée d'une somme alternée

Théorème spécial des séries alternées : signe et majoration du resteCalcul de la somme d'une série et estimation des restes

1. Soit . Justifier l'existence de , encadrer entre deux sommes partielles consécutives, donner le signe de , puis déterminer un nombre de termes suffisant pour en obtenir une valeur approchée à près.

2. Mêmes questions pour , dont on précisera la somme. Comparer le nombre de termes nécessaires avec celui de la question 1.

3. Mêmes questions pour , dont on admet que la somme vaut . Montrer que la majoration du TSSA n'assure une précision de qu'à partir de termes, et commenter cette lenteur.

4. Synthèse. Pourquoi la majoration est-elle propre aux séries alternées, et fausse en général pour les séries à termes positifs ?

Exercice 16 ★★★★Le piège des équivalents pour les séries de signe variable

Théorème spécial des séries alternées : signe et majoration du resteThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positivesConvergence absolue, domination et suites sommables

1. Montrer que la série converge.

2. Pour , on pose . Vérifier que est bien défini, puis montrer que

3. Établir le développement et en déduire que la série diverge.

4. Quelle conclusion en tirer sur le théorème d'équivalence ?

5. Étudier de la même façon la nature de la série .

Exercice 17 ★★★★Convergence absolue par domination

Convergence absolue, domination et suites sommablesThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positives

1. Déterminer la nature des séries suivantes.

a. , où est un réel fixé.

b. , où est un polynôme à coefficients réels.

2. Soit une suite bornée de nombres complexes et soit tel que . Montrer que la série converge absolument.

3. Soient et deux suites réelles telles que les séries et convergent. Montrer que la série converge. On pourra partir de l'inégalité .

4. Montrer que si la série converge absolument, alors la série converge.

5. Montrer, en considérant la suite définie par pour , que la conclusion de la question 4. tombe en défaut si l'on suppose seulement que la série converge.

Exercice 18 ★★★★Développement limité du terme général et nature de la série

Théorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positivesConvergence absolue, domination et suites sommablesThéorème spécial des séries alternées : signe et majoration du reste

Déterminer la nature des séries suivantes. Dans chaque cas, on écrira un développement asymptotique du terme général et l'on justifiera soigneusement le théorème utilisé pour conclure.

a.

b.

c.

d.

e.

f.

Exercice 19 ★★★★Sommation par paquets d'une famille double positive

Familles sommables de réels positifs : sommation par paquets, Fubini positifCalcul de la somme d'une série et estimation des restes

1. Calculer en sommant par diagonales, c'est-à-dire en regroupant les couples selon la valeur de . Retrouver le résultat en sommant par lignes, c'est-à-dire à fixé.

2. On pose et pour . La famille est-elle sommable ?

3. Montrer que tout entier s'écrit de manière unique sous la forme avec et . En déduire, par sommation par paquets, que

4. En admettant que , en déduire la valeur de .

Exercice 20 ★★★★Théorème de Fubini positif : sommer par lignes ou par colonnes

Familles sommables de réels positifs : sommation par paquets, Fubini positifCalcul de la somme d'une série et estimation des restes

Pour , on note .

1. Montrer que la famille est sommable et que sa somme vaut .

2. On pose . Montrer que la famille est sommable et calculer sa somme.

3. Montrer que la famille n'est pas sommable.

4. Question de méthode. Rédiger en trois lignes la procédure générale « sommabilité d'abord, valeur ensuite » pour une famille de réels positifs, et expliquer pourquoi elle est plus simple que dans le cas d'une famille de nombres complexes.

Exercice 21 ★★★Le critère du quotient, démontré à la main

Séries à termes positifs : majoration des sommes partiellesThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positives

Le critère étudié ici, parfois appelé règle de d'Alembert, n'est pas un résultat du cours de MPSI : il est donc interdit de le citer tel quel dans une copie. Il se redémontre à chaque usage par comparaison avec une série géométrique, et c'est exactement l'objet de cet exercice, dont la rédaction est à savoir reproduire.

Soit une suite de réels strictement positifs telle que .

1. On suppose . On pose . Montrer qu'il existe un rang tel que pour tout , en déduire que pour tout , puis conclure que la série converge.

2. On suppose , le cas étant inclus. Montrer que la suite ne tend pas vers , et conclure.

3. Montrer, à l'aide des deux exemples et , que le cas ne permet aucune conclusion.

4. Déterminer la nature des séries suivantes.

a.

b.

c.

d.

Exercice 22 ★★★Les séries de Bertrand par comparaison série-intégrale

Comparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de RiemannThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positives

Le résultat démontré dans cet exercice, connu sous le nom de critère des séries de Bertrand, n'est pas un résultat du cours de MPSI : il ne peut jamais être cité tel quel. Il doit être redémontré à chaque usage, et c'est ce que l'on fait ici une fois pour toutes, avec la rédaction attendue.

Soient et deux réels. On étudie la série , dont on note le terme général.

1. On suppose . Montrer que la série converge, en la comparant à une série de Riemann avec .

2. On suppose . Montrer, par la même technique, que la série diverge.

3. On suppose . Montrer, par comparaison série-intégrale avec la fonction , que la série converge si et seulement si . On traitera séparément les cas , , et .

4. Déterminer la nature des séries suivantes.

a.

b.

c.

d.

Exercice 23 ★★★La constante d'Euler et le développement asymptotique de Hn

Comparaison série-intégrale, méthode des rectangles et séries de RiemannLien suite-série et séries télescopiquesCalcul de la somme d'une série et estimation des restes

Pour , on pose et .

1. Montrer que , puis que .

2. En déduire, par le lien suite-série, que la suite converge. On note sa limite, appelée constante d'Euler. Écrire le développement asymptotique de qui en résulte.

3. Montrer que pour tout , et en déduire que .

4. Déterminer .

5. En déduire la somme de la série harmonique alternée , en passant par sa somme partielle d'indice pair .

6. On pose . Montrer que , puis que , c'est-à-dire .

Exercice 24 ★★★Le critère de condensation

Séries à termes positifs : majoration des sommes partiellesThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positives

Le critère établi dans cet exercice est un résultat classique, mais il ne figure pas au programme de MPSI : il ne peut pas être cité tel quel et doit être redémontré à chaque usage. Sa démonstration ne repose que sur le regroupement des termes par paquets de longueurs et sur la majoration des sommes partielles.

Soit une suite positive et décroissante.

1. Montrer que pour tout entier :

2. En déduire que les séries et sont de même nature.

3. Retrouver le critère de convergence des séries de Riemann , pour réel.

4. Retrouver, dans le cas , le résultat des séries de Bertrand : pour réel, la série converge si et seulement si .

Exercice 25 ★★★Si la série converge et le terme décroît, alors n un tend vers zéro

Séries à termes positifs : majoration des sommes partiellesSéries numériques : sommes partielles, convergence, somme et resteThéorèmes de comparaison et d'équivalence pour les séries positives

Soit une suite positive et décroissante telle que la série converge. On note ses sommes partielles.

1. Montrer que .

2. En déduire que , puis que .

3. Application. Redémontrer la divergence de la série harmonique .

4. Montrer que l'hypothèse de décroissance est indispensable : construire une suite positive telle que converge et que ne tende pas vers .

5. La réciproque est-elle vraie ? Autrement dit, si est positive décroissante et si , la série converge-t-elle nécessairement ?

Exercice 26 ★★★La somme de la série harmonique alternée vaut ln 2

Théorème spécial des séries alternées : signe et majoration du resteCalcul de la somme d'une série et estimation des restesSéries géométriques et série exponentielle

L'objectif est d'établir de deux façons indépendantes que

On note et .

Partie A. Par les sommes partielles.

1. Justifier la convergence de la série .

2. Montrer que pour tout , .

3. En utilisant le développement établi à l'exercice 23, conclure.

Partie B. Par une intégrale.

4. Établir, pour tout réel et tout , l'identité .

5. Intégrer cette identité sur et en déduire que .

6. Majorer par et conclure.

7. En déduire la valeur de , et commenter le rapport entre ce calcul et le développement asymptotique de .

Exercice 27 ★★★Produit de Cauchy : premiers calculs

Familles sommables de complexes, théorème de Fubini et produit de CauchySéries géométriques et série exponentielleCalcul de la somme d'une série et estimation des restes

On rappelle le théorème du produit de Cauchy : si les séries et sont absolument convergentes, alors la série de terme général est absolument convergente et

Dans tout l'exercice, désigne un réel (ou un complexe) tel que . À chaque question, on vérifiera explicitement l'hypothèse de convergence absolue avant d'appliquer le théorème.

1. Calculer le produit de Cauchy de par elle-même, et en déduire .

2. En recommençant l'opération, montrer que .

3. Calculer le produit de Cauchy de par et retrouver ainsi .

4. Calculer le produit de Cauchy de par elle-même et en déduire .

5. Montrer que .

Exercice 28 ★★★Interversion de sommes et somme des valeurs de zêta

Familles sommables de réels positifs : sommation par paquets, Fubini positifFamilles sommables de complexes, théorème de Fubini et produit de CauchyCalcul de la somme d'une série et estimation des restes

Pour on pose (série de Riemann convergente). On note

1. Montrer que la famille est sommable (on sommera d'abord en , à fixé).

2. En déduire, par interversion, que .

3. Montrer de même que .

4. Question de rigueur. Expliquer précisément où la sommabilité a été utilisée, et ce qui pourrait se passer si l'on omettait de la vérifier.

Exercice 29 ★★★★L'irrationalité du nombre e

Calcul de la somme d'une série et estimation des restesSéries géométriques et série exponentielleConvergence absolue, domination et suites sommables

On admet la relation du cours , et on note, pour ,

le reste d'ordre de cette série.

1. Montrer que pour tout .

2. Montrer que pour tout . On pourra majorer par , puis sommer une série géométrique.

3. En déduire que , et donc que pour tout .

4. Supposons avec et , et posons . Montrer que et sont des entiers, puis conclure à une contradiction.

5. Rédiger la conclusion.

Exercice 30 ★★★★Un réarrangement qui change la somme

Théorème spécial des séries alternées : signe et majoration du resteCalcul de la somme d'une série et estimation des restesFamilles sommables de complexes, théorème de Fubini et produit de Cauchy

Cet exercice construit un exemple explicite et entièrement guidé. Aucun théorème général de réarrangement n'est au programme, et il n'en sera énoncé aucun : tout se démontre ici à la main, sur cet exemple.

On sait (exercice 26) que . On réécrit les mêmes termes dans un autre ordre, en énumérant, pour , les trois termes

dans cet ordre, ce qui produit la suite de termes

On note la somme des premiers termes ainsi énumérés, et .

1. Vérifier que chaque terme de la série harmonique alternée apparaît une fois et une seule dans cette énumération, puis montrer que pour tout ,

2. Montrer que .

3. À l'aide du développement , en déduire la limite de .

4. Montrer que et ont la même limite, et conclure.

5. Expliquer pourquoi un tel phénomène est impossible pour une famille sommable, et ce que l'on en déduit sur la famille .

Exercice 31 ★★★★La série de Lambert et le nombre de diviseurs

Familles sommables de réels positifs : sommation par paquets, Fubini positifFamilles sommables de complexes, théorème de Fubini et produit de CauchyCalcul de la somme d'une série et estimation des restes

Soit . Pour , on note le nombre de diviseurs positifs de et la somme des diviseurs positifs de . Par exemple et .

1. Montrer que la famille est sommable. On sommera à fixé, puis on majorera par .

2. En sommant par paquets suivant la valeur du produit , montrer que

3. Adapter la méthode à la famille pour montrer que .

4. Application numérique. Montrer que , puis en donner un encadrement à près, en majorant le reste par une série géométrique (calculatrice autorisée pour l'application numérique).

5. Justifier que le nombre de couples tels que vaut bien .

Exercice 32 ★★★★L'exponentielle complexe par le produit de Cauchy

Familles sommables de complexes, théorème de Fubini et produit de CauchyConvergence absolue, domination et suites sommablesCalcul de la somme d'une série et estimation des restesSéries géométriques et série exponentielle

Pour , on pose .

1. Montrer que la série converge absolument pour tout , par comparaison avec une série géométrique à partir du rang . L'application est donc bien définie sur .

2. À l'aide du produit de Cauchy et de la formule du binôme, montrer que pour tous .

3. En déduire que pour tout , que , et que est un morphisme du groupe dans le groupe .

4. Montrer que , et en déduire que pour tout .

5. Application. Pour , montrer que

Le devoir surveillé

Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (4 points) — Questions courtes indépendantes

Les questions sont indépendantes. Dans la question 1., toutes les séries sont indexées par .

1. Déterminer la nature des séries suivantes, en justifiant brièvement mais complètement.

a. (0,25 pt)

b. (0,25 pt)

c. (0,25 pt)

d. (0,25 pt)

e. (0,25 pt)

f. (0,25 pt)

Pour l'item d., une comparaison série-intégrale est attendue.

2. a. (0,5 pt) Démontrer que la série converge et calculer .

b. (0,5 pt) Démontrer que la série converge et calculer . On pourra calculer , où désigne la somme partielle d'indice .

3. (0,5 pt) Justifier la convergence de , puis déterminer le plus petit entier pour lequel la majoration du reste fournie par le cours garantit

4. (1 pt) Question de cours. Soit une suite de nombres complexes. Énoncer le théorème reliant la convergence de à celle de , puis le démontrer.

Exercice 2 (5 points) — Comparaison série-intégrale

Pour , on pose

1. (0,75 pt) Démontrer que, pour tout entier ,

et que l'inégalité de gauche vaut encore pour .

2. (0,75 pt) En déduire que, pour tout ,

puis que .

3. (0,75 pt) On pose pour . Démontrer que

4. (1 pt) En déduire, à l'aide du lien suite-série, qu'il existe un réel tel que

et démontrer que .

Les questions 5. et 6. sont indépendantes des précédentes : elles réutilisent la même méthode sur d'autres séries.

5. (0,75 pt) Déterminer la nature de par la méthode des rectangles.

6. (1 pt) Déterminer la nature de , et majorer sa somme.

Exercice 3 (5 points) — Une suite récurrente et les séries associées

Soit . On définit la suite par la relation

1. a. (0,5 pt) Démontrer que la suite est bien définie et que pour tout .

b. (0,5 pt) Démontrer que pour tout , en déduire que est strictement décroissante, puis que .

2. (0,75 pt) Démontrer que

3. a. (0,75 pt) Soit une suite réelle et tels que . Démontrer que . On pourra fixer , choisir un rang à partir duquel , puis sommer ces inégalités de à .

b. (0,5 pt) En déduire que , puis que .

4. Déterminer la nature des séries suivantes.

a. (0,25 pt)

b. (0,25 pt)

c. (0,25 pt)

d. (0,25 pt) (pour )

5. (1 pt) Démontrer que

On pourra poser pour et utiliser .

Exercice 4 (6 points) — Familles sommables et produit de Cauchy

Partie A. Soit . On considère la famille de réels positifs

1. a. (0,5 pt) Pour , on pose . Démontrer que la famille est une partition de et que possède exactement éléments.

b. (1,25 pt) Démontrer que la famille est sommable si et seulement si .

2. (1,25 pt) On suppose . Calculer en fonction de et .

Partie B. Soit et deux suites complexes telles que les séries et convergent absolument. On pose

3. a. (0,75 pt) Démontrer que la famille est sommable et que

b. (1,25 pt) En sommant par paquets suivant les diagonales , démontrer que la série converge absolument et que

4. (1 pt) Application : soit un réel tel que . Démontrer que la série converge et calculer sa somme.

Bloqué sur « Procédés sommatoires discrets » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.