MP · Chapitre 09

Devoir surveillé — Variables aléatoires discrètes

Sujet type, 330 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.

Sujet type DS — 330 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Ce que la fonction de répartition sait de la loi

On associe à une variable aléatoire réelle une fonction d'une variable réelle, et on lit sur elle tout ce qui concerne la loi. L'outil unique est la continuité monotone, appliquée à des suites d'événements que l'on doit fabriquer soi-même. L'exercice se termine sur l'existence d'une médiane, qui est exactement le point où les deux continuités, à droite et à gauche, servent ensemble.

Soit X une variable aléatoire discrète définie sur (Ω,A,P) et à valeurs réelles : X(Ω) est une partie au plus dénombrable de R et (X=x)A pour tout réel x. On appelle fonction de répartition de X l'application

F:RR,F(x)=P(Xx).

1. (0,5 pt) Justifier que (Xx) est un événement pour tout réel x, puis que F est croissante et à valeurs dans [0,1].

2. (0,5 pt) On admet que limx+F(x)=1. Démontrer que limxF(x)=0, en construisant explicitement la suite d'événements utilisée et en précisant sa monotonie. En déduire que, pour tout α]0,1[, l'ensemble

Sα={xR  ;  F(x)α}

est non vide, minoré, et non majoré.

3. (0,75 pt) Soit xR. On pourra utiliser les suites d'événements Cn=(Xx+1n) et Dn=(Xx1n), définies pour n1.

a. Démontrer que F est continue à droite en x.

b. Démontrer que F admet une limite à gauche en x, notée F(x), et que F(x)=P(X<x).

c. En déduire que F(x)F(x)=P(X=x), puis décrire l'ensemble des points de discontinuité de F.

4. (0,25 pt) En déduire que deux variables aléatoires discrètes réelles ayant la même fonction de répartition ont la même loi.

5. (0,5 pt) On appelle médiane de X tout réel μ vérifiant simultanément

P(Xμ)12etP(Xμ)12.

Démontrer que X admet au moins une médiane. On considérera μ=infS1/2, dont la question 2 garantit l'existence.

6. (0,5 pt) Soit X une variable aléatoire discrète réelle de fonction de répartition

F(x)={0si x<016si 0x<112si 1x<356si 3x<41si x4

Déterminer la loi de X, puis vérifier que E(X)=2 et σ(X)=2. Démontrer enfin que l'ensemble des médianes de X est le segment [1,3] : la médiane est-elle unique ?

Exercice 2 (3,5 points) — L'urne qui se renforce

Une urne dans laquelle chaque tirage rend la couleur tirée plus probable. Le premier résultat est que chaque tirage donne blanc avec la probabilité 12, exactement comme si l'urne ne changeait pas ; le second est que la composition de l'urne, elle, ne se stabilise pas du tout. L'exercice montre donc sur un exemple précis ce que la loi faible des grands nombres exige vraiment, et ce qui se passe quand on retire cette exigence.

Une urne contient au départ une boule blanche et une boule noire. On répète indéfiniment l'expérience suivante : on tire une boule au hasard, uniformément parmi celles que contient l'urne, on note sa couleur, puis on la remet dans l'urne en y ajoutant une boule neuve de la même couleur. Après n tirages, l'urne contient donc n+2 boules.

Pour n1, on note Xn la variable aléatoire valant 1 si la n-ième boule tirée est blanche et 0 sinon. Pour n0, on note Wn le nombre de boules blanches contenues dans l'urne après le n-ième tirage, de sorte que W0=1.

1. (0,25 pt) Déterminer Wn(Ω), exprimer Wn en fonction de X1,,Xn, et donner P(X1=1).

2. (0,5 pt) Calculer P(X1=1,X2=1) et P(X1=0,X2=1), puis en déduire P(X2=1). Commenter la valeur obtenue.

3. (0,25 pt) Les variables X1 et X2 sont-elles indépendantes ? Calculer Cov(X1,X2) et interpréter son signe.

4. (1 pt) Démontrer par récurrence que, pour tout nN, la variable Wn suit la loi uniforme sur {1,2,,n+1}.

5. (0,25 pt) En déduire que P(Xn=1)=12 pour tout n1.

6. (0,5 pt) On note Fn=Wnn+2 la proportion de boules blanches dans l'urne après n tirages. Calculer E(Fn) et V(Fn), puis déterminer limn+V(Fn). On admettra que la loi uniforme sur {1,,N} a pour espérance N+12 et pour variance N2112.

7. (0,5 pt) Démontrer que P(Fn34)n+14. On introduira cn=3(n+2)4 et l'on encadrera le résultat. Comparer ensuite avec ce que donnerait la loi faible des grands nombres pour la fréquence de succès d'une suite i.i.d. de loi B(12), et dire précisément quelle hypothèse fait défaut ici.

8. (0,25 pt) Les trois premiers tirages ont donné une boule blanche. Quelle est la probabilité que le quatrième la donne aussi ?

Exercice 3 (2,5 points) — Un jeu dont aucun prix n'est équitable

Une variable aléatoire positive, à valeurs entières, parfaitement explicite, et qui n'a pas d'espérance. Le cours affirme qu'une telle chose existe et qu'il faut donc justifier la sommabilité avant d'écrire toute espérance ; cet exercice en construit un exemple et en tire les conséquences pratiques, jusqu'à ce qui reste vrai quand on renonce à l'espérance.

Une pièce équilibrée est lancée indéfiniment, les lancers étant indépendants. On note T le rang du premier pile obtenu, de sorte que TG(12), et l'on considère la variable aléatoire

X=2T,

que l'on interprète comme le gain, en euros, d'un joueur qui reçoit 2 euros si le premier pile sort au premier lancer, 4 euros s'il sort au deuxième, 8 euros au troisième, et ainsi de suite.

1. (0,5 pt) Justifier que X est une variable aléatoire discrète, déterminer X(Ω) et la loi de X, et vérifier que la somme des probabilités obtenues vaut 1.

2. (0,5 pt) Démontrer que X n'est pas d'espérance finie. Que peut-on en conclure quant à l'existence d'une mise équitable pour ce jeu ?

3. (0,5 pt) Soit α>0. Démontrer que Xα est d'espérance finie si et seulement si α<1, et calculer E(Xα) dans ce cas. Donner la valeur exacte puis approchée à 104 près de E(X).

4. (0,75 pt) Un casino plafonne le gain à 2n euros, où nN est fixé : le joueur reçoit Yn=min(X,2n). Démontrer que

E(Yn)=n+1.

Combien le casino doit-il accepter de payer au maximum pour qu'une mise de 21 euros soit équitable ? Commenter.

5. (0,25 pt) Calculer P(X2m) pour mN. Expliquer pourquoi l'inégalité de Markov ne permet ici aucune majoration de cette quantité, et dire ce qu'elle donne si on l'applique à X.

Exercice 4 (3,5 points) — Une inégalité de concentration meilleure d'un côté

L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev majore la probabilité d'un écart des DEUX côtés de la moyenne. Quand on ne s'intéresse qu'à un seul côté, elle devient nettement améliorable, et l'exercice construit l'inégalité optimale. La méthode, un décalage libre puis une optimisation, est celle de toutes les inégalités de concentration. On en tire pour finir un résultat de comparaison entre moyenne et médiane que rien, dans l'énoncé de départ, ne laisse deviner.

Dans tout l'exercice, X est une variable aléatoire discrète réelle définie sur (Ω,A,P), telle que X2 soit d'espérance finie. On pose m=E(X) et σ=σ(X), et l'on suppose σ>0. On fixe enfin un réel ε>0.

1. (0,75 pt) Soit u0.

a. Justifier que (Xm+u)2 est d'espérance finie et démontrer que E((Xm+u)2)=σ2+u2.

b. Démontrer l'inclusion d'événements (Xmε)((Xm+u)2(ε+u)2), puis en déduire que

P(Xmε)σ2+u2(ε+u)2.

Décrire enfin l'événement ((Xm+u)2(ε+u)2) comme réunion de deux événements, et dire ce que la présence du paramètre u apporte.

2. (0,75 pt) Démontrer que, pour tout réel u0,

(σ2+u2)(σ2+ε2)σ2(ε+u)2=(σ2εu)2.

En déduire l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev unilatérale

P(Xmε)σ2σ2+ε2,

et préciser l'unique valeur de u pour laquelle la majoration de la question 1.b coïncide avec ce majorant.

3. (0,5 pt) Version bilatérale. En appliquant la question 2 à X puis à X, démontrer que

P(Xmε)2σ2σ2+ε2.

Déterminer les ε>0 pour lesquels cette majoration est meilleure que celle de Bienaymé-Tchebychev, puis démontrer que sur ce domaine les deux majorations valent au moins 1. Où se situe donc réellement le gain apporté par la question 2 ?

4. (0,75 pt) Optimalité. Soient σ>0 et ε>0 fixés. On pose p=σ2σ2+ε2 et l'on considère une variable aléatoire Z telle que

P(Z=ε)=petP(Z=σ2ε)=1p.

Vérifier que p]0,1[, puis calculer E(Z), V(Z) et P(Zε). Que peut-on en conclure sur l'inégalité de la question 2 ?

5. (0,75 pt) On appelle médiane de X tout réel μ vérifiant P(Xμ)12 et P(Xμ)12. Démontrer que toute médiane μ de X vérifie

μmσ.

On traitera d'abord le cas μ>m, puis on s'y ramènera par le changement de variable X=X déjà utilisé à la question 3.

Exercice 5 (7,5 points) — Problème : combien de temps attend-on un motif ?

On lance une pièce indéfiniment et l'on attend d'y voir apparaître deux Piles consécutifs. Le sujet demande la loi complète de ce temps d'attente, par deux voies qui se répondent : une récurrence linéaire sur la queue en partie A, une équation fonctionnelle sur la fonction génératrice en partie B. La partie C reprend la même méthode pour le motif « Pile puis Face », et confronte les deux réponses. Le résultat final n'est pas celui qu'on attend : deux motifs de même longueur, et de même probabilité 14 d'apparaître à une position donnée quand la pièce est équilibrée, ne s'attendent pas le même temps.

Une pièce est lancée indéfiniment, les lancers étant indépendants. Pour n1, on note An l'événement « le n-ième lancer donne Pile », et l'on pose P(An)=p avec p]0,1[ et q=1p. On s'intéresse au premier instant où deux Piles consécutifs se produisent :

T=min{n2  ;  An1An est reˊaliseˊ},

avec la convention T=+ si aucun couple de Piles consécutifs ne se produit jamais. On pose enfin, pour nN,

an=P(T>n),

probabilité qu'aucun couple de Piles consécutifs ne figure parmi les n premiers lancers.

Partie A. La queue de la loi de T

A.1 (0,5 pt) Justifier que (T>n) est un événement, et calculer a0, a1 et a2.

A.2 (0,75 pt) En appliquant la formule des probabilités totales au système complet d'événements (A1, A1A2, A1A2), démontrer que

n2,an=qan1+pqan2.

On justifiera avec soin l'indépendance utilisée à chaque étape, ainsi que le fait que la suite des lancers 2,3, se comporte comme la suite des lancers 1,2,, et l'on vérifiera la relation obtenue pour n=2.

A.3 (0,75 pt) On note χ(r)=r2qrpq et r1, r2 ses racines. Démontrer que ces racines sont réelles et vérifient r2<0<r1<1 et r2<r1 ; pour majorer r1, on calculera χ(1). En déduire l'existence de deux réels A et B tels que an=Ar1n+Br2n pour tout nN, puis que A>0 et anAr1n.

A.4 (0,25 pt) En déduire que T est presque sûrement finie, puis qu'elle est d'espérance finie.

Dans toute la suite, on convient de poser T=2 sur l'événement négligeable (T=+), ce qui ne modifie ni la loi de T sur N, ni ses moments, et permet de la traiter comme une variable aléatoire à valeurs dans N.

Partie B. La fonction génératrice de T

B.1 (0,5 pt) Démontrer que P(T=2)=p2, que P(T=n)=0 pour n1, et que

n3,P(T=n)=qP(T=n1)+pqP(T=n2).

B.2 (0,75 pt) On pose ψ(t)=1qtpqt2. Démontrer que ψ ne s'annule pas sur [1,1], puis que

t[1,1],GT(t)=p2t21qtpqt2.

B.3 (1 pt) Justifier que GT est de classe C au voisinage de 1, puis démontrer que

E(T)=1+pp2=1p+1p2etV(T)=q(1+3p+p2)p4.

On dérivera l'identité ψ(t)GT(t)=p2t2 plutôt que le quotient, et l'on utilisera ψ(1)=p2, ψ(1)=q(1+2p) et ψ(1)=2pq. Pour la régularité, on remarquera que ψ(t)=t2χ ⁣(1t) pour t0.

B.4 (0,5 pt) Application numérique pour une pièce équilibrée, p=12 : donner E(T), V(T) et σ(T), cette dernière sous forme exacte. Un élève raisonne ainsi : « chaque couple de lancers consécutifs donne deux Piles avec la probabilité 14, donc on attend en moyenne 4 lancers ». Le résultat obtenu invalide ce raisonnement : dire précisément quelle hypothèse implicite y est fausse.

Partie C. Un autre motif de même longueur

On s'intéresse maintenant au premier instant où un Pile est immédiatement suivi d'un Face :

T=min{n2  ;  An1An est reˊaliseˊ}.

On admet, la démonstration étant identique à celle de la partie A, que T est presque sûrement finie et d'espérance finie, et on la traite comme une variable à valeurs dans N. On note enfin U=min{n1  ;  An est reˊaliseˊ} le rang du premier Face, et K=GU.

C.1 (0,75 pt) Reconnaître la loi de U et donner K(t) pour t[1,1]. Démontrer ensuite, en conditionnant par le premier lancer et en distinguant les deux cas A1 et A1, que P(T=n)=qP(T=n1)+pP(U=n1) pour tout n2, puis en déduire que

t[1,1],GT(t)=pqt2(1qt)(1pt).

C.2 (0,5 pt) Reconnaître dans GT un produit de deux fonctions génératrices usuelles. En déduire que T a la même loi que la somme de deux variables aléatoires indépendantes dont on précisera les lois, puis donner E(T) et V(T). On admet enfin que la décomposition en éléments simples de GT conduit, lorsque p12, à

n2,P(T=n)=pqpq(pn1qn1);

vérifier cette formule pour n=2 et n=3 par un dénombrement direct sur les lancers, et commenter l'égalité obtenue.

C.3 (0,75 pt) Démontrer que

E(T)E(T)=1pp2p2q,

et en déduire que E(T)>E(T) si et seulement si p<p0, où p0 est l'unique racine dans ]0,1[ du trinôme x2+x1, dont on admettra la valeur p0=5120,618. Chiffrer les deux espérances pour p=12 puis pour p=45.

C.4 (0,5 pt) On revient au cas p=12. Démontrer que 2nan est le nombre de mots de longueur n sur l'alphabet {P,F} ne contenant pas deux P consécutifs, et que cette suite d'entiers vérifie la récurrence de Fibonacci. Calculer r1 dans ce cas. Quel lien avec le seuil p0 de la question C.3 ?

Bloqué sur « Variables aléatoires discrètes » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.