MP · Chapitre 10

Équations différentielles linéaires

Théorème de Cauchy linéaire, structure de l'espace des solutions, exponentielle de matrice, systèmes à coefficients constants, variation des constantes.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Théorème de Cauchy linéaire
  • Structure de l'espace des solutions
  • Exponentielle de matrice
  • Systèmes à coefficients constants
  • Variation des constantes

Le cours

Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction, et dont l'énoncé relie cette fonction à ses dérivées. C'est le langage naturel de toute la physique : une loi qui décrit comment une quantité varie en fonction de son état actuel est une équation différentielle. En toute généralité, on ne sait presque rien dire de tels objets. On ne sait pas résoudre , on ne sait même pas décider si les solutions restent bornées. Il existe pourtant une classe d'équations, et une seule à ce niveau, où l'on sait absolument tout dire : les équations linéaires. Ce chapitre est l'histoire de cette exception.

Ce qui rend le cas linéaire miraculeux tient en un mot : la structure. Si et sont deux solutions d'une même équation homogène, leur somme en est encore une, et leurs multiples aussi ; l'ensemble des solutions est donc un sous-espace vectoriel d'un espace de fonctions. Ce n'est pas une remarque décorative, c'est le levier de tout le chapitre : dès qu'un ensemble est un espace vectoriel de dimension finie connue, décrire toutes ses solutions revient à en exhiber une base, c'est-à-dire un nombre fini de fonctions. Un problème d'analyse, potentiellement infini, se transforme ainsi en un problème d'algèbre linéaire, entièrement fini. Toute la difficulté est déplacée vers un seul énoncé : quelle est la dimension de cet espace ?

La réponse est donnée par le théorème de Cauchy linéaire, et il faut mesurer à quel point il est fort. Il affirme que, pour toute condition initiale, il existe une solution et une seule. Mais il affirme surtout que cette solution est définie sur l'intervalle tout entier, celui-là même sur lequel les coefficients de l'équation sont continus. Rien de tel n'a lieu hors du cadre linéaire : la solution de valant en explose en et n'existe pas au-delà, alors que le second membre est pourtant défini partout. Cette globalité n'est pas un détail technique, c'est elle qui permet de parler de « l'espace des solutions sur » sans se demander où chacune est définie, et c'est elle qui rend l'application « valeur en » bijective. On en déduit immédiatement que l'espace des solutions de l'équation homogène est isomorphe à l'espace d'arrivée , donc de dimension . Tout le reste du chapitre exploite ce seul fait.

Reste alors à calculer. Là encore, un cas se détache : celui des coefficients constants, . L'analogie avec l'équation scalaire , dont les solutions sont les , est si tentante qu'il faut lui donner un sens : c'est l'objet de l'exponentielle de matrice, définie par la même série que l'exponentielle usuelle, mais évaluée en une matrice. On montrera qu'elle converge toujours, qu'elle se dérive comme on l'espère, et que la solution du problème de Cauchy s'écrit littéralement . C'est l'aboutissement du chapitre : une formule close, valable en toute dimension, qui contient à elle seule l'existence, l'unicité et la globalité.

Le programme n'exige pas pour autant de savoir résoudre explicitement n'importe quel système : le calcul effectif d'une exponentielle de matrice sert d'entraînement à la réduction, pas de fin en soi. Ce qui est réellement exigible, ce sont les structures (dimension, système fondamental, wronskien), les théorèmes (Cauchy, Liouville, dérivation de ) et les méthodes (variation des constantes, recollement, abaissement de l'ordre, séries entières). Le plan suit cet ordre : d'abord le cadre et le théorème fondamental, puis la structure de l'ensemble des solutions, puis les techniques scalaires du premier ordre, puis l'exponentielle et les systèmes à coefficients constants, enfin l'ordre deux et les séries entières.

Notations valables dans tout le chapitre. La lettre désigne ou . La lettre désigne un -espace vectoriel normé de dimension finie , dont la norme est notée ; rappelons que sur un tel espace toutes les normes sont équivalentes, de sorte qu'aucun énoncé de convergence ne dépendra du choix effectué. La lettre désigne un intervalle de non réduit à un point, et un point de . Les notations d'algèbre linéaire sont celles des chapitres précédents : pour les endomorphismes de , pour les matrices carrées, pour les colonnes, pour les matrices inversibles, pour l'identité, pour la trace, pour le rang, pour le sous-espace engendré. Enfin désigne la base de l'exponentielle, et l'espace des fonctions de classe de dans .

Le cadre général

Équations différentielles linéaires résolues

Définition

Soient et deux applications continues. On appelle équation différentielle linéaire résolue du premier ordre l'équation

d'inconnue une fonction . L'application s'appelle le second membre de l'équation. Lorsque est la fonction nulle, l'équation est dite homogène, ou sans second membre.

Une solution de sur est une fonction dérivable sur telle que

On note l'ensemble des solutions de sur , et l'ensemble des solutions sur de l'équation homogène associée

Remarque

Le mot résolue signifie que l'équation est écrite sous la forme « égale quelque chose » : la dérivée est isolée, avec le coefficient . C'est une hypothèse de fond et non de forme. Nous verrons à la section sur les recollements qu'une équation du type , où s'annule, sort du cadre du théorème de Cauchy en les points d'annulation, et que son ensemble de solutions peut alors avoir n'importe quelle dimension.

Le mot linéaire signifie que, pour chaque , l'application est un endomorphisme de : la dépendance en est linéaire. La dépendance en , elle, est quelconque, du moment qu'elle est continue.

Propriété

Régularité automatique des solutions. Soit une solution de sur . Alors est de classe sur . Plus généralement, si et sont de classe sur pour un entier , alors est de classe sur .

Démonstration. L'application , , est bilinéaire entre espaces de dimension finie : elle est donc continue, et le chapitre des fonctions vectorielles nous dit que si deux fonctions et sont de classe , alors l'est aussi.

Soit une solution. Elle est dérivable, donc continue. Par continuité de et de , la fonction est continue sur : c'est exactement , donc est continue et est de classe .

Supposons maintenant et de classe et montrons par récurrence sur la propriété « est de classe ». Le cas vient d'être traité. Supposons la propriété vraie au rang avec : la fonction est de classe . Alors est de classe (produit bilinéaire de deux fonctions de classe , puisque ), et aussi. Donc est de classe , c'est-à-dire que est de classe . La récurrence est établie, et le cas donne la conclusion.

Remarque

Ce résultat est typique du linéaire : on ne suppose que la dérivabilité, on récolte toute la régularité disponible. Il est constamment utilisé sans être cité, par exemple pour dériver une seconde fois une équation d'ordre , ou pour appliquer une formule de Taylor à une solution. En particulier, si et sont de classe , toute solution l'est ; c'est le cas, notamment, des systèmes à coefficients constants.

Écriture matricielle

Définition

Fixons une base de . Pour , notons et la colonne des coordonnées de dans . À une fonction on associe la fonction colonne de ses coordonnées. L'équation s'écrit alors

appelée système différentiel linéaire associé à dans la base .

Propriété

Avec les notations ci-dessus, les applications et sont continues, et est solution de sur si et seulement si est solution sur du système .

Démonstration. L'application est un isomorphisme entre les espaces de dimension finie et ; toute application linéaire entre espaces de dimension finie étant continue, est continue, et de même pour . La dérivation se lisant coordonnée par coordonnée, est dérivable si et seulement si l'est, et la colonne des coordonnées de est . Enfin, la colonne des coordonnées de est , par définition de la matrice d'un endomorphisme. Les deux égalités entre vecteurs sont donc équivalentes, coordonnée par coordonnée.

Remarque

Les deux points de vue sont donc rigoureusement équivalents, et nous passerons de l'un à l'autre sans prévenir. Le point de vue intrinsèque () est le bon pour les énoncés de structure : il ne dépend d'aucun choix. Le point de vue matriciel () est le bon pour les calculs, et c'est le seul praticable dès qu'il faut réduire une matrice. En dimension , une équation linéaire résolue s'écrit simplement avec et à valeurs dans : c'est le cas , traité en détail plus loin.

Le problème de Cauchy et le théorème fondamental

Définition

Soient et . On appelle problème de Cauchy associé à et à la condition initiale la recherche des solutions de sur vérifiant de plus .

Propriété

Théorème de Cauchy linéaire (admis). Soient et continues, et . Le problème de Cauchy

admet une unique solution, et cette solution est définie sur l'intervalle tout entier.

Ce théorème est admis : sa démonstration repose sur une construction itérative dont la convergence n'est pas au programme de la filière. Il faut en revanche en connaître l'énoncé exact, car tout le chapitre en découle, et savoir en lire les deux affirmations distinctes.

Remarque

Première affirmation : l'unicité. Deux solutions qui coïncident en un seul point coïncident partout. Autrement dit, une solution est entièrement déterminée par sa valeur en un point : l'état initial contient toute l'information. C'est cette affirmation qui rendra injective l'application « valeur en ».

Seconde affirmation : la globalité. La solution est définie sur tout entier, c'est-à-dire aussi loin que les coefficients et sont continus. Aucune solution ne « meurt » à l'intérieur de . C'est spécifique au cadre linéaire, et c'est faux en général : l'équation , dont le second membre est pourtant défini sur tout entier, admet pour solution de condition initiale la fonction , qui tend vers en et ne se prolonge pas au-delà. Cette équation n'est pas linéaire, et l'étude générale des équations non linéaires n'est pas au programme : l'exemple est ici pour faire sentir ce que la linéarité apporte, rien de plus.

Troisième lecture, la plus utile en pratique. Par chaque point passe une solution et une seule. Les graphes des solutions d'une même équation linéaire ne se coupent donc jamais, et ils recouvrent tout le « cylindre » .

Propriété

Corollaire fondamental. Soit une solution de l'équation homogène sur . S'il existe tel que , alors est identiquement nulle sur .

Démonstration. La fonction nulle est solution de sur : elle est dérivable, de dérivée nulle, et par linéarité de . Les fonctions et sont donc deux solutions de prenant la même valeur en . Par unicité dans le théorème de Cauchy appliqué à la condition initiale , elles sont égales sur .

Remarque

Ce corollaire est utilisé en permanence, sous la forme contraposée suivante : une solution non nulle de l'équation homogène ne s'annule jamais. Attention, cela ne signifie pas qu'aucune coordonnée ne s'annule : c'est le vecteur tout entier qui ne s'annule pas. Ainsi, pour le système associé à , la solution a bien une première coordonnée qui s'annule, mais jamais les deux à la fois.

Équation scalaire d'ordre deux et système associé

Définition

Soient , , trois fonctions continues de dans . On appelle équation différentielle linéaire scalaire du second ordre résolue l'équation

dont une solution sur est une fonction deux fois dérivable vérifiant cette égalité en tout point de .

Propriété

Équivalence avec un système d'ordre . Posons, pour ,

Une fonction est solution de sur si et seulement si la fonction est bien définie, dérivable, et solution sur du système .

Démonstration. Supposons solution de . Alors et sont dérivables, donc l'est, et

Réciproquement, si est une solution du système, la première ligne donne et la seconde . Donc est deux fois dérivable, avec , c'est-à-dire que est solution de , et .

Propriété

Théorème de Cauchy à l'ordre deux. Soient , , continues sur , et . Il existe une unique solution de sur telle que

et cette solution est définie sur tout entier. De plus, elle est de classe , et de classe si , et sont de classe .

Démonstration. C'est le théorème de Cauchy linéaire appliqué au système équivalent, avec et la condition initiale : les applications et ci-dessus sont continues puisque , , le sont. L'équivalence démontrée à l'instant transporte existence et unicité d'un problème à l'autre. La régularité découle de la propriété de régularité automatique appliquée au système.

Remarque

La condition initiale, à l'ordre deux, comporte deux nombres : la valeur et la pente. C'est l'erreur classique que de croire que suffit à déterminer la solution ; il en existe alors une infinité, une par valeur de . Retenez la règle générale : le nombre de conditions initiales scalaires est égal à la dimension de l'espace des solutions de l'équation homogène, soit pour un système de taille et pour une équation scalaire d'ordre deux.

Structure de l'ensemble des solutions

L'espace des solutions de l'équation homogène

Propriété

Théorème (structure de ). L'ensemble des solutions sur de l'équation homogène est un sous-espace vectoriel de . De plus, pour tout , l'application d'évaluation

est un isomorphisme d'espaces vectoriels. En particulier,

Démonstration. Structure d'espace vectoriel. Toute solution est de classe , donc . La fonction nulle appartient à , qui est donc non vide. Soient et dans et . La fonction est dérivable et, pour tout , la linéarité de donne

Donc : c'est bien un sous-espace vectoriel.

Linéarité de . Pour et , on a , ce qui est exactement la linéarité de l'évaluation.

Injectivité. Soit , c'est-à-dire avec . Le corollaire du théorème de Cauchy affirme alors que est identiquement nulle sur . Donc et est injective.

Surjectivité. Soit . Le théorème de Cauchy, appliqué à l'équation homogène et à la condition initiale , fournit une solution définie sur tout entier, donc un élément de , vérifiant , c'est-à-dire . Donc est surjective.

Ainsi est un isomorphisme de sur , et deux espaces isomorphes ont même dimension : .

Remarque

Cette démonstration est le cœur du chapitre, et elle est exigible. Observez la répartition des rôles : l'unicité de Cauchy donne l'injectivité, l'existence globale donne la surjectivité. Chacune des deux affirmations du théorème admis sert exactement une fois.

Notez aussi que est un sous-espace de dimension finie à l'intérieur de , qui est de dimension infinie. C'est proprement remarquable : parmi toutes les fonctions imaginables, les solutions forment un espace aussi petit qu'un espace de colonnes. Enfin, l'isomorphisme dépend du point choisi, mais sa seule existence, pour un quelconque, suffit à donner la dimension.

L'équation avec second membre

Propriété

Théorème (structure de ). L'ensemble des solutions sur de est non vide, et si est l'une quelconque de ses solutions, alors

Autrement dit, est un sous-espace affine de , de direction , donc de dimension .

Démonstration. Non-vacuité. Le théorème de Cauchy appliqué à la condition initiale fournit une solution de sur .

Inclusion . Soit . La fonction est dérivable et, pour ,

par linéarité de . Donc .

Inclusion . Soit et posons . Alors est dérivable et

donc et . Les deux inclusions donnent l'égalité.

Méthode

Résoudre une équation linéaire avec second membre : le plan en trois temps. Ce plan est celui de tout le chapitre, quelle que soit la technique employée.

  1. Résoudre l'équation homogène associée, c'est-à-dire trouver une base de . On sait d'avance qu'il faut trouver exactement solutions indépendantes, ni plus ni moins.
  2. Trouver une solution particulière de l'équation complète, par n'importe quel moyen : solution évidente, forme calquée sur le second membre, variation des constantes.
  3. Conclure : l'ensemble des solutions est , puis, si une condition initiale est imposée, déterminer les en résolvant un système linéaire.

Contrôle de cohérence à ne jamais sauter : le nombre de constantes arbitraires dans la réponse finale doit valoir exactement (ou pour une équation scalaire d'ordre deux).

Propriété

Principe de superposition. Soient des fonctions continues de dans et des scalaires. Si, pour chaque , la fonction est solution de , alors est solution de

Démonstration. La fonction est dérivable et, par linéarité de la dérivation puis de ,

Remarque

Le principe de superposition sert surtout à découper un second membre compliqué en morceaux simples. Il a une seconde application, très fréquente : si est à valeurs réelles et si est une solution complexe de , où est cette fois à valeurs complexes, alors et sont solutions des équations de seconds membres et . On passe donc par les complexes pour calculer, puis on revient au réel en prenant partie réelle ou partie imaginaire. C'est exactement ce que l'on fera pour les systèmes à valeurs propres complexes conjuguées.

Système fondamental de solutions et wronskien

Définition

On appelle système fondamental de solutions de l'équation homogène toute base de l'espace , c'est-à-dire toute famille de solutions linéairement indépendantes.

Dans l'écriture matricielle , si sont solutions, on appelle matrice wronskienne de la famille la fonction matricielle

dont la -ème colonne est , et wronskien la fonction scalaire , c'est-à-dire

Propriété

Théorème (caractérisation d'un système fondamental). Soient des solutions de sur , de wronskien . Les trois assertions suivantes sont équivalentes :

  1. la famille est un système fondamental de solutions ;
  2. il existe tel que ;
  3. pour tout , .

En particulier, le wronskien de solutions est soit partout nul, soit jamais nul : c'est du tout ou rien.

Démonstration. Fixons et rappelons que , , est un isomorphisme. Une famille de vecteurs de est une base de si et seulement si son image par l'isomorphisme est une base de , c'est-à-dire si et seulement si est une base de , ce qui équivaut à , soit .

Nous avons donc démontré, pour tout , l'équivalence entre « la famille est un système fondamental » et « ». L'assertion 1 équivaut donc à la fois à l'assertion 3 (l'équivalence vaut pour chaque ) et à l'assertion 2 (l'intervalle étant non vide, il suffit d'un ). Les trois assertions sont donc équivalentes. Comme la négation de 2 est « est identiquement nulle », le wronskien est bien soit partout nul, soit partout non nul.

Remarque

C'est un énoncé d'une efficacité redoutable : pour vérifier que solutions forment une base de , il suffit de calculer un seul déterminant, en un seul point, choisi le plus commode possible. On choisit évidemment le point où les expressions sont les plus simples, souvent .

Attention à ne pas généraliser hors du cadre : pour des fonctions quelconques, un wronskien nul n'entraîne pas la liaison de la famille. C'est parce que ce sont des solutions d'une même équation linéaire que l'équivalence a lieu. Une famille de solutions est liée en tant que famille de fonctions si et seulement si elle l'est en tant que famille de valeurs, en un point quelconque.

Propriété

Si est la matrice wronskienne de solutions de , alors est de classe sur et vérifie l'équation matricielle

Réciproquement, toute solution de cette équation matricielle a pour colonnes des solutions du système.

Démonstration. Les colonnes de sont de classe , donc l'est, et la dérivation se fait colonne par colonne. La -ème colonne de est , qui est exactement la -ème colonne du produit (le produit d'une matrice par une matrice se calcule colonne par colonne). Les deux matrices ont donc les mêmes colonnes. La réciproque se lit de la même manière, colonne par colonne.

La formule de Liouville

Propriété

Théorème (formule de Liouville). Soient des solutions de sur et leur wronskien. Alors est de classe sur et vérifie l'équation différentielle scalaire

Par conséquent, pour tous et dans ,

Démonstration. Commençons par un lemme d'algèbre linéaire.

Lemme. Soit un -espace vectoriel de dimension muni d'une base , soit le déterminant dans cette base et soit . Alors, pour tous vecteurs de ,

Preuve du lemme. Notons le membre de gauche. Chacun des termes est -linéaire en , car est -linéaire et est linéaire ; donc est -linéaire. Montrons que est alternée. Supposons avec . Dans la somme, tout terme d'indice contient deux arguments égaux (aux places et ) et est donc nul. Restent les deux termes d'indices et : le premier a à la place et à la place , le second a à la place et à la place , tous les autres arguments étant identiques. Le second s'obtient donc du premier en échangeant les arguments des places et , ce qui multiplie le déterminant par : leur somme est nulle. Ainsi est une forme -linéaire alternée sur un espace de dimension , donc proportionnelle à :

Il reste à calculer la constante. Écrivons . Par -linéarité, , où occupe la place ; tous ces déterminants sont nuls sauf celui d'indice , qui vaut . Il reste , et en sommant sur on trouve . Le lemme est démontré.

Démonstration du théorème. Le déterminant est une application -linéaire des colonnes, et les colonnes sont de classe . Le théorème de dérivation d'une application multilinéaire, vu au chapitre des fonctions vectorielles, donne alors que est de classe avec

Or pour tout . En appliquant le lemme à l'endomorphisme de , dont la matrice dans la base canonique est , et donc de trace , il vient

Intégration de cette équation. La fonction est continue sur l'intervalle ; notons sa primitive nulle en . Posons . Cette fonction est de classe et

Comme est un intervalle, est constante, égale à . D'où , ce qui est la formule annoncée.

Remarque

La formule de Liouville redémontre au passage l'alternative « tout ou rien » du paragraphe précédent : l'exponentielle ne s'annulant jamais, et sont simultanément nuls ou non nuls. C'est un contrôle de cohérence agréable, mais la démonstration directe par l'isomorphisme reste la bonne à citer, car elle ne demande aucun calcul.

Cette démonstration est un classique d'oral. Les deux points sur lesquels on est attendu sont la dérivation du déterminant colonne par colonne (justifiée par la multilinéarité) et le lemme de la trace, que l'on peut redémontrer en trois lignes comme ci-dessus.

Propriété

Cas de l'équation scalaire d'ordre deux. Soient et deux solutions de sur . Leur wronskien est

et il vérifie , donc . En particulier, si le terme en est absent (c'est-à-dire si ), le wronskien est constant.

Démonstration. La matrice du système associé est , de trace , et les colonnes de la matrice wronskienne sont et , d'où l'expression du déterminant. La formule de Liouville donne , et la formule intégrée suit. Si , alors sur l'intervalle , donc est constante.

Exemple

Un wronskien constant. Les fonctions et sont solutions de sur , équation où le terme en est absent. Leur wronskien vaut

constant et non nul, conformément à la formule de Liouville. Le couple est donc un système fondamental de , ce qui redonne le résultat connu : les solutions réelles sont les .

Équations scalaires du premier ordre

Dans toute cette section, : les fonctions et sont continues de dans , et l'inconnue est une fonction de dans .

Résolution de l'équation homogène

Propriété

Théorème (résolution de ). Soit continue et soit une primitive de sur . L'ensemble des solutions sur de l'équation est la droite vectorielle

Démonstration. La fonction étant continue sur l'intervalle , elle y admet des primitives : existe bien.

Ce sont des solutions. Pour , la fonction est dérivable et .

Il n'y en a pas d'autres (facteur intégrant). Soit une solution quelconque sur . Posons ; cette fonction est dérivable sur et

Comme est un intervalle, est constante, égale à un scalaire , et .

Remarque

Deux points de vigilance. D'abord, l'hypothèse « est un intervalle » est essentielle au moment où l'on conclut qu'une fonction de dérivée nulle est constante : sur une réunion de deux intervalles disjoints, on obtiendrait deux constantes indépendantes. C'est précisément ce qui produira les phénomènes de recollement.

Ensuite, la solution s'écrit avec quelconque, y compris nul : on n'écrit jamais avec des valeurs absolues, artefact de la méthode de séparation des variables qui n'a pas lieu d'être ici. Enfin, ce théorème est cohérent avec la théorie générale : .

L'équation avec second membre

Propriété

Théorème (variation de la constante à l'ordre un). Soient continues, une primitive de sur et . Alors la fonction

est une solution de sur , et l'ensemble des solutions est . De plus, l'unique solution vérifiant est

Démonstration. Cherchons une solution sous la forme , où est une fonction dérivable inconnue : c'est licite car ne s'annule pas, si bien que toute fonction s'écrit ainsi avec , qui est dérivable dès que l'est. On a alors

de sorte que est solution si et seulement si , c'est-à-dire

La fonction est continue sur ; le choix convient et donne la solution particulière annoncée. La description de résulte alors du théorème de structure, étant la droite engendrée par .

Pour la condition initiale : , donc la solution cherchée est avec , soit . En reportant et en faisant entrer dans l'intégrale (ce qui est licite, y étant une constante vis-à-vis de la variable ), on obtient la formule annoncée.

Méthode

Résoudre sur un intervalle . On suppose et continues sur .

  1. Écrire l'équation sous forme résolue , et vérifier la continuité de et sur . Si l'équation initiale a un coefficient devant , la diviser d'abord, en précisant l'intervalle sur lequel ce coefficient ne s'annule pas.
  2. Résoudre l'équation homogène : calculer une primitive de sur , les solutions homogènes sont les .
  3. Chercher une solution particulière. Si le second membre est simple (polynôme, exponentielle, combinaison de et ), essayer une solution de la même forme : c'est beaucoup plus rapide. Sinon, appliquer la variation de la constante : poser , ce qui conduit toujours à , puis primitiver.
  4. Écrire la solution générale , avec une seule constante arbitraire.
  5. Déterminer la constante si une condition initiale est donnée, et vérifier en reportant dans l'équation, ou au moins en contrôlant la valeur en .

Exemple

Une variation de la constante entièrement menée. Résolvons sur l'équation

Étape 1. L'équation est déjà résolue : , avec et , toutes deux continues sur car .

Étape 2. Une primitive de est . Les solutions homogènes sont donc les , .

Étape 3. Le second membre n'a pas de forme reconnaissable : on fait varier la constante. Posons . La condition est

Le numérateur est la dérivée du dénominateur, donc convient (le logarithme est licite car ). D'où la solution particulière

Étape 4. L'ensemble des solutions sur est

Étape 5 (vérification). Dérivons :

ce qui est bien l'équation. Si l'on impose de plus , il vient , donc et .

Exemple

Un cas où la solution particulière se devine. Résolvons sur . Comme ne s'annule pas, l'équation est équivalente à

Une primitive de est , donc les solutions homogènes sont les . Pour la solution particulière, remarquons que le membre de gauche de l'équation initiale est exactement la dérivée du produit : l'équation s'écrit , d'où et

On retrouve bien la structure attendue : une solution particulière , plus la droite des solutions homogènes.

Équations non résolues et recollement

Définition

On appelle équation linéaire non résolue du premier ordre une équation de la forme

, , sont continues sur et où s'annule en un ou plusieurs points de , appelés points singuliers de l'équation.

Remarque

En un point singulier , le théorème de Cauchy ne s'applique pas : on ne peut pas diviser par , l'équation n'est pas résolue, et rien ne garantit ni l'existence ni l'unicité d'une solution de condition initiale donnée. Toutes les conclusions structurelles du chapitre tombent : l'ensemble des solutions sur est vide, ou reste un espace affine de direction l'espace des solutions homogènes (la linéarité, elle, subsiste), mais sa dimension n'est plus nécessairement . Elle peut valoir , ou , et il faut la déterminer à la main dans chaque cas.

L'origine du phénomène est claire : sur , qui est une réunion de deux intervalles, on obtient deux constantes indépendantes, soit deux degrés de liberté. Les conditions de raccordement en viennent ensuite éliminer , ou de ces degrés de liberté, voire interdire toute solution lorsqu'il y a un second membre.

Méthode

Recollement : les quatre étapes. Soit un point singulier intérieur à , et supposons pour simplifier que ne s'annule qu'en dans . On note et les deux intervalles ouverts que délimite dans .

  1. Résoudre séparément sur et sur . Sur chacun de ces intervalles, ne s'annule pas : on divise par et on applique la méthode standard. On obtient deux familles de solutions, avec deux constantes indépendantes, disons sur et sur .
  2. Continuité en . Une solution sur est en particulier continue en . Calculer et : ces deux limites doivent exister, être finies et égales, et cette valeur commune est . Toute condition sur et obtenue ici est retenue ; si une limite est infinie, la branche correspondante est éliminée.
  3. Dérivabilité en . Une solution doit être dérivable en . Calculer les deux limites de à droite et à gauche : elles doivent exister, être finies et égales. Nouvelle condition éventuelle sur et .
  4. Vérifier l'équation au point . Écrire , c'est-à-dire, puisque , la condition . Elle n'est pas automatique : elle peut être impossible (aucune solution) ou déjà vérifiée.

Conclure en donnant la dimension de l'ensemble des solutions sur , et en écrivant les solutions par morceaux. Ne jamais annoncer « la solution est » sans avoir mené les quatre étapes.

Exemple

Recollement complet : sur . Le coefficient de est , qui s'annule en . Posons et .

Étape 1. Sur , l'équation se met sous forme résolue : . Une primitive de sur est , donc les solutions sont les . Sur , une primitive de est , donc les solutions sont les . Une solution éventuelle sur est donc de la forme

avec a priori quelconque.

Étape 2 (continuité). On a quand et quand . Les deux limites existent, sont finies et égales à quels que soient et . La continuité impose donc seulement , et aucune relation entre et .

Étape 3 (dérivabilité). Pour , . Pour , de même, . Les deux taux d'accroissement tendent vers : la fonction est dérivable en avec , là encore sans condition sur et .

Étape 4 (équation en ). Elle s'écrit , soit : vérifiée.

Conclusion. Les solutions sur sont exactement les fonctions

les deux expressions coïncidant en . L'ensemble des solutions est un espace vectoriel de dimension , engendré par et . C'est deux fois plus que ce que prédirait le théorème de Cauchy, qui ne s'applique pas en : par le point passe une infinité de solutions.

Remarque

Les trois dimensions possibles, sur trois exemples voisins. Le même travail mené sur donne sur et sur ; la continuité impose , mais la dérivabilité impose cette fois (les taux d'accroissement valent et ). L'espace des solutions est de dimension , engendré par .

Sur , la variation de la constante donne sur ; le taux d'accroissement en vaut : aucune solution n'est dérivable en . L'ensemble des solutions sur est vide : il ne contient aucune fonction, ce qui est encore autre chose qu'un espace affine de dimension , lequel contiendrait exactement une solution.

Moralité : à un point singulier, tout est possible, et seul le calcul tranche.

L'exponentielle d'une matrice

Définition et convergence

Propriété

Théorème (convergence de la série exponentielle). Soit . La série de matrices est absolument convergente, donc convergente.

Démonstration. Munissons de la norme , qui est sous-multiplicative : , comme vu au chapitre des séries vectorielles. Une récurrence immédiate donne alors pour tout . Par homogénéité de la norme, il vient donc, pour tout ,

La série numérique converge, de somme : c'est la série exponentielle réelle privée de son premier terme. Par comparaison de séries à termes positifs, la série converge, et l'ajout du terme d'indice , qui vaut , ne change évidemment pas la nature de la série. Donc est absolument convergente. Or est un espace vectoriel normé de dimension finie, et dans un tel espace toute série absolument convergente est convergente : la série converge.

Définition

Pour , on pose

avec la convention . De même, pour , on pose , avec ; la convergence s'obtient en transportant l'énoncé matriciel par l'isomorphisme , qui transforme la composition en produit.

Remarque

La norme n'intervient que pour prouver la convergence : la somme , elle, ne dépend d'aucun choix, puisque toutes les normes sont équivalentes en dimension finie et que la limite d'une suite ne dépend pas de la norme choisie. On peut donc choisir la norme la plus commode, et c'est ce que l'on fait en prenant une norme sous-multiplicative.

En revanche, la sous-multiplicativité est indispensable à la majoration : c'est elle qui ramène tout à la série exponentielle réelle. Un détail de vigilance, souvent passé sous silence : cette majoration ne vaut que pour , car pour la norme choisie ci-dessus, alors que . Le terme d'indice se traite donc toujours à part, ce qui est sans conséquence puisqu'un terme isolé ne change ni la nature d'une série ni sa convergence absolue.

Propriété

Majoration de l'exponentielle. Soit une norme d'algèbre sur , c'est-à-dire une norme sous-multiplicative vérifiant de plus (par exemple une norme subordonnée). Alors, pour toute matrice ,

Démonstration. Notons la somme partielle. Puisque pour et que , la majoration vaut cette fois pour tout , et l'inégalité triangulaire donne

La suite converge vers et la norme est continue, donc . Le passage à la limite dans une inégalité large conserve celle-ci : .

Remarque

L'hypothèse n'est pas une coquetterie : avec la norme , qui est bien sous-multiplicative mais vérifie , on n'obtiendrait que . C'est pourquoi on énonce cette majoration avec une norme subordonnée, pour laquelle , comme vu au chapitre de topologie. Pour la seule convergence, en revanche, n'importe quelle norme sous-multiplicative suffit.

Exemple

Trois exponentielles immédiates. D'abord , car tous les termes de la série sont nuls sauf celui d'indice .

Ensuite, si est diagonale, alors , et la convergence dans équivalant à la convergence coefficient par coefficient,

Enfin, si est nilpotente d'indice , c'est-à-dire et , la série est une somme finie :

Par exemple, pour , on a et .

Propriétés

Propriété

Théorème (exponentielle d'une somme de matrices qui commutent). Soient et dans telles que . Alors

Démonstration. Munissons d'une norme sous-multiplicative. Les séries et sont absolument convergentes. Le théorème sur le produit de Cauchy de deux séries absolument convergentes, énoncé en première année pour les séries numériques, s'étend mot pour mot aux séries à valeurs dans muni d'une norme sous-multiplicative : la démonstration ne fait intervenir que l'inégalité triangulaire et la majoration . Il vient donc

Transformons en faisant apparaître les coefficients binomiaux :

Comme et commutent, la formule du binôme de Newton est valable dans l'anneau pour ce couple de matrices, et donne . Donc , et en sommant,

L'hypothèse étant symétrique en et , on obtient de même .

Propriété

Conséquences et règles de calcul. Soient et .

  1. .
  2. est inversible, d'inverse . En particulier .
  3. Pour tous , , et commute avec .
  4. .
  5. .
  6. Si est diagonale par blocs, alors .

Démonstration. Le point 1 a déjà été vu. Pour le point 2, les matrices et commutent, donc , et de même dans l'autre sens : est inversible d'inverse . Le point 3 s'obtient de même, et commutant toujours ; et commute avec chaque somme partielle , donc avec leur limite par continuité du produit matriciel.

Pour le point 4, notons . C'est une application linéaire de dans lui-même, donc continue car l'espace est de dimension finie. Une récurrence immédiate donne , donc

En faisant tendre vers et en utilisant la continuité de , on obtient .

Le point 5 se démontre exactement de la même manière avec l'application linéaire continue , en utilisant . Le point 6 aussi, en remarquant que et que la convergence dans se lit coefficient par coefficient.

Exemple

Contre-exemple : en général. Prenons les deux matrices nilpotentes

Elles ne commutent pas : tandis que .

Comme , les exponentielles se calculent en deux termes :

d'où

Calculons maintenant . La matrice vérifie , donc et pour tout . En séparant les indices pairs et impairs, ce qui est licite par convergence absolue,

Or et , donc le coefficient en haut à gauche vaut environ et non :

On vérifie au passage que l'ordre compte aussi, puisque . L'hypothèse de commutation n'est donc pas une précaution rédactionnelle : c'est le cœur du théorème.

Dérivation

Propriété

Théorème (dérivation de ). Soit . L'application

est de classe sur et vérifie

Démonstration. Posons, pour , . Chaque est de classe sur (c'est un monôme en à coefficient matriciel), avec et, pour ,

La série converge simplement sur , de somme , d'après le théorème de convergence de la série exponentielle appliqué à .

Montrons que la série des dérivées converge normalement sur tout segment. Soit et . Avec une norme sous-multiplicative ,

majoration indépendante de et terme général d'une série convergente (série exponentielle). La convergence est donc normale sur , donc uniforme.

Le théorème de dérivation terme à terme des séries de fonctions, vu au chapitre des suites et séries de fonctions, s'applique : est de classe sur tout segment , donc sur puisque est arbitraire, et

par le changement d'indice et la factorisation par (licite : la multiplication à gauche par est linéaire continue, elle passe donc à la limite des sommes partielles). Comme commute avec chaque , on peut tout aussi bien factoriser à droite, d'où .

Enfin, montre que est de classe dès que l'est ; une récurrence immédiate donne de classe avec .

Remarque

Si l'on préfère éviter le théorème vectoriel de dérivation terme à terme, on peut raisonner coefficient par coefficient : chacun des coefficients de est la somme d'une série de fonctions numériques dont la série des dérivées converge normalement sur tout segment, par la même majoration. On applique alors le théorème scalaire de première année, fois. Les deux rédactions sont acceptées.

Ce théorème est le résultat qui relie l'exponentielle aux équations différentielles : il dit exactement que les colonnes de sont solutions de . Tout le paragraphe suivant en découle.

Calcul pratique

Méthode

Calculer : trois situations. Devant une matrice concrète, on identifie d'abord laquelle des trois situations suivantes s'applique.

  1. est diagonalisable. Écrire avec . Alors et

Ne calculer que si l'on veut vraiment la matrice ; pour résoudre un système, la réduction suffit et est inutile. 2. avec nilpotente d'indice . Les matrices et commutent (une matrice scalaire commute avec tout), donc

somme finie. On reconnaît cette situation quand a une unique valeur propre : poser et calculer ses puissances jusqu'à obtenir la matrice nulle. 3. On dispose d'un polynôme annulateur de , de degré (par exemple , grâce au théorème de Cayley-Hamilton, ou un polynôme deviné sur la matrice). Alors appartient à : on la cherche sous la forme

et l'on détermine les fonctions en écrivant que le polynôme vérifie, pour chaque racine de , la condition ; si est racine d'ordre , on ajoute les conditions obtenues en dérivant par rapport à :

On obtient ainsi équations pour inconnues.

Contrôles finaux, systématiques : la valeur en doit être , et la dérivée en doit être .

Justifions rapidement la troisième situation. Pour chaque entier , la division euclidienne de par s'écrit avec . En évaluant en , comme , on obtient ; en évaluant en une racine de , on obtient . Ainsi toutes les puissances de vivent dans le sous-espace , qui est de dimension finie donc fermé : la somme de la série y reste. Les conditions imposées aux racines proviennent de ce que le même polynôme « représente » à la fois et les nombres ; le cas d'une racine multiple s'obtient en dérivant la relation , les premières dérivées de s'annulant en .

Exemple

Situation 1 : matrice diagonalisable. Soit . Son polynôme caractéristique est

qui a deux racines simples : est diagonalisable. Pour , le système s'écrit , d'où le vecteur propre . Pour , le système s'écrit , d'où . Posons

Alors

Contrôles. En , on trouve . En dérivant puis en évaluant en , on trouve . Les deux contrôles passent.

Exemple

Situation 2 : une seule valeur propre. Soit . Elle est triangulaire, donc sa seule valeur propre est . Posons . On calcule

donc est nilpotente d'indice . Comme et commutent,

Contrôles. En on obtient . La dérivée en vaut . Notez que la matrice n'est pas diagonalisable (son sous-espace propre associé à est de dimension ), et que la méthode 1 aurait échoué : la situation 2 la remplace avantageusement, sans aucun calcul de changement de base.

Exemple

Situation 3 : polynôme annulateur, racines simples. Soit . On calcule directement , donc est un polynôme annulateur de degré , de racines et , simples. Cherchons

Les conditions aux racines s'écrivent

En additionnant, , donc . En soustrayant, , donc . Finalement

On reconnaît la matrice de la rotation d'angle , ce qui est cohérent : traduit exactement que la composée de deux rotations est la rotation dont l'angle est la somme. Contrôles : valeur en , dérivée en .

Exemple

Situation 3 bis : racine double. Soit . Alors , donc annule (théorème de Cayley-Hamilton, admis au programme). La racine est double, : on cherche avec les deux conditions

Comme , la seconde donne , puis la première donne . D'où

Contrôles : en , on trouve ; la dérivée en vaut .

Déterminant de l'exponentielle

Propriété

Théorème. Pour toute matrice ,

En particulier, : on retrouve que .

Démonstration. Traitons d'abord le cas . Le polynôme caractéristique de est scindé sur , donc est trigonalisable : il existe et triangulaire supérieure telles que . Notons les coefficients diagonaux de , qui sont les valeurs propres de comptées avec multiplicité. Nous utilisons seulement l'existence d'une telle écriture : à aucun moment nous ne calculons ni .

Le produit de deux matrices triangulaires supérieures est triangulaire supérieure, de diagonale le produit terme à terme des diagonales ; donc est triangulaire supérieure de diagonale . Les sommes partielles sont donc triangulaires supérieures, de -ème coefficient diagonal . La convergence dans se lisant coefficient par coefficient, on en déduit que est triangulaire supérieure de diagonale . Le déterminant d'une matrice triangulaire étant le produit de ses coefficients diagonaux,

Enfin, , donc , et par invariance de la trace par similitude. D'où le résultat sur .

Si , il suffit de considérer comme un élément de : la série définissant est la même, son déterminant et sa trace aussi. La formule reste donc valable, les deux membres étant réels.

Remarque

Deux mises en garde. Cette démonstration utilise le théorème de trigonalisation, ce qui est parfaitement licite puisqu'il est au programme ; en revanche, la pratique de la trigonalisation, elle, n'est pas un objectif du programme, et aucun exercice ne vous demandera de calculer et pour appliquer cette formule.

Par ailleurs, l'application n'est pas surjective sur : la formule montre que pour réelle, donc aucune matrice réelle de déterminant négatif n'est une exponentielle réelle.

Systèmes différentiels à coefficients constants

Dans toute cette section, est une matrice constante et l'on étudie le système , éventuellement avec un second membre. L'intervalle de résolution est tout entier, puisque les coefficients y sont continus (ils sont constants).

Résolution du problème de Cauchy

Propriété

Théorème (solution du problème de Cauchy à coefficients constants). Soient , et . L'unique solution sur du problème de Cauchy

est la fonction

Démonstration. Existence. Posons . D'après le théorème de dérivation de l'exponentielle, appliqué à composée avec , la fonction est de classe et

et : c'est bien une solution du problème de Cauchy.

Unicité. Soit une solution quelconque sur et posons . La fonction est dérivable comme produit de fonctions dérivables, et la dérivation d'un produit matriciel (application bilinéaire) donne

Or commute avec , donc les deux termes sont opposés et sur . Ainsi est constante, égale à , d'où

la dernière égalité utilisant que et commutent. Donc .

Remarque

Cette démonstration est autonome : elle ne fait appel qu'au théorème de dérivation de l'exponentielle, et redémontre au passage le théorème de Cauchy dans le cas des coefficients constants, existence, unicité et globalité comprises. C'est la rédaction à privilégier, plus élégante que l'invocation du théorème admis. L'astuce, à retenir, est de considérer : c'est le facteur intégrant du cas scalaire, transposé aux matrices.

Observons enfin que la fonction matricielle est exactement la matrice wronskienne du système fondamental « canonique » en : sa -ème colonne est , c'est-à-dire la solution valant en . Son déterminant vaut d'après le théorème sur , ce qui est précisément ce que prédit la formule de Liouville pour une matrice constante, avec . Les deux théorèmes se recoupent.

Résolution par réduction

Méthode

Résoudre lorsque est diagonalisable.

  1. Diagonaliser : calculer , ses racines (avec multiplicité) et, pour chacune, un vecteur propre. On obtient avec et la matrice des vecteurs propres en colonnes.
  2. Changer d'inconnue : poser , c'est-à-dire . Alors équivaut à , donc à (on simplifie par inversible).
  3. Résoudre le système découplé : s'écrit pour chaque , équations scalaires indépendantes, de solutions .
  4. Revenir à : , où est la -ème colonne de . On n'a jamais eu besoin de .
  5. Cas d'une valeur propre complexe pour une matrice réelle. Si est réelle et (avec ) est valeur propre de vecteur propre , alors est valeur propre de vecteur propre . Les deux solutions complexes conjuguées et se remplacent, pour obtenir une base de solutions réelles, par

qui font apparaître les fonctions et . C'est le principe de superposition appliqué à une équation à coefficients réels. 6. Contrôler que le nombre de constantes vaut , et vérifier que le wronskien en est non nul.

Exemple

Un système . Résolvons avec , déjà diagonalisée plus haut : valeurs propres et , vecteurs propres et . Les solutions réelles sont donc

c'est-à-dire, coordonnée par coordonnée, et . Le wronskien en vaut : c'est bien un système fondamental, et l'on retrouve la matrice calculée précédemment en imposant les conditions initiales puis .

Exemple

Un système avec valeurs propres complexes. Résolvons sur avec

Valeurs propres. En développant par rapport à la dernière ligne, . Les valeurs propres sont donc , et : elles sont distinctes, donc est diagonalisable sur .

Vecteur propre pour . Le système s'écrit

La troisième équation donne , la première donne , et la deuxième est alors automatiquement vérifiée puisque . On prend .

Vecteur propre pour . Le système s'écrit et ; par différence , puis . On prend , et l'on vérifie .

Passage aux solutions réelles. La solution complexe associée à est

en utilisant . Ses parties réelle et imaginaire donnent deux solutions réelles indépendantes :

Vérification de : , tandis que : les deux coïncident.

Conclusion. Avec , la solution générale réelle est

Contrôle. Le wronskien en vaut : c'est bien un système fondamental, et il y a bien trois constantes.

Remarque

Répétons-le : « la pratique de la résolution explicite des systèmes linéaires à coefficients constants n'est pas un objectif du programme ». Ces calculs sont d'excellents exercices de réduction, et ils tombent régulièrement aux oraux sur des matrices de taille ou , mais ce que le programme exige vraiment, ce sont les énoncés de structure et la formule . Ne consacrez pas votre temps à des calculs de taille ou à des réductions exotiques.

Second membre : la formule de Duhamel

Propriété

Théorème (formule de Duhamel, ou variation des constantes à coefficients constants). Soient , continue, et une colonne. L'unique solution sur du problème de Cauchy , , est

Démonstration. Posons , c'est-à-dire : c'est un changement de fonction inconnue licite, puisque est inversible pour tout , et est de classe si et seulement si l'est. En dérivant le produit,

Donc est solution de si et seulement si , c'est-à-dire, en multipliant à gauche par ,

Le second membre est continu sur , donc est déterminée à une constante près :

En multipliant par et en utilisant ainsi que , on obtient la formule annoncée. La matrice , indépendante de , entre dans l'intégrale par linéarité de celle-ci.

Exemple

Un cas de résonance, entièrement calculé. Résolvons avec

Nous avons calculé . La formule de Duhamel avec et donne

Linéarisons avec les formules de produit. D'une part , et le changement de variable affine donne . Donc

D'autre part , et par imparité. Donc

Finalement

Vérification. Avec et , on a et , ce qui est bien le système. La présence du facteur traduit la résonance : le second membre oscille à la fréquence propre du système, et l'amplitude de la réponse croît linéairement.

Variation des constantes dans le cas général

Propriété

Théorème (variation des constantes). Soit un système fondamental de solutions de sur , de matrice wronskienne . Alors toute solution de sur s'écrit , où est de classe et vérifie le système de Cramer

Réciproquement, toute fonction de cette forme est solution.

Démonstration. Le changement de fonction inconnue est licite. Pour tout , la matrice est inversible puisque son déterminant, le wronskien, ne s'annule jamais. Posons . Les coefficients de sont des fractions rationnelles en les coefficients de , de dénominateur qui ne s'annule pas : ce sont donc des fonctions de classe de . Ainsi est de classe , et .

Le calcul. En dérivant le produit matriciel et en utilisant ,

Par conséquent, est solution de si et seulement si pour tout . Comme est inversible, ce système linéaire de équations à inconnues est un système de Cramer : il détermine de façon unique, égal à . Cette fonction étant continue, elle admet des primitives sur l'intervalle , et le choix de la primitive correspond au choix de la solution particulière.

Remarque

Cette méthode contient toutes les précédentes. Avec , et l'on retrouve . Avec constante et , on retrouve la formule de Duhamel. Le mot d'ordre est toujours le même : on remplace les constantes de la solution homogène par des fonctions, et le miracle est que les termes en non dérivé disparaissent, précisément parce que les colonnes de sont solutions de l'équation homogène.

En pratique, on ne calcule jamais en entier : on résout le système par les formules de Cramer ou par pivot, ce qui est plus rapide.

Comportement asymptotique

Propriété

Propriété (stabilité, cas diagonalisable). Soit diagonalisable sur , de valeurs propres .

  1. Si pour toute valeur propre, alors toute solution de tend vers quand .
  2. Si pour toute valeur propre, alors toute solution est bornée sur .

Démonstration. Comme est diagonalisable sur , il existe une base de formée de vecteurs propres, et toute solution complexe s'écrit . Or, pour tout ,

Dans le cas 1, chaque tend vers en , donc . Dans le cas 2, chaque est majoré par sur , donc , majoration indépendante de . Les solutions réelles étant en particulier des solutions complexes, la conclusion vaut pour elles.

Remarque

Le cas général, sans hypothèse de diagonalisabilité. Les coefficients de sont alors des combinaisons de fonctions du type , où parcourt les valeurs propres et où est strictement inférieur à la multiplicité de . La conclusion 1 subsiste sans changement, car dès que , la croissance comparée l'emportant sur la puissance.

La conclusion 2, en revanche, demande une précaution : si une valeur propre de partie réelle nulle n'est pas « semi-simple », c'est-à-dire si la dimension de son sous-espace propre est strictement inférieure à sa multiplicité, un facteur apparaît et les solutions ne sont plus bornées. L'exemple minimal est , dont l'unique valeur propre est mais qui n'est pas diagonalisable : et la solution de condition initiale est , non bornée. L'énoncé correct est donc : les solutions sont bornées sur si et seulement si toutes les valeurs propres sont de partie réelle négative ou nulle et si celles de partie réelle nulle sont semi-simples. Nous nous contenterons de le signaler.

Équations scalaires du second ordre

On considère ici , avec , , continues sur à valeurs dans .

Structure

Propriété

Récapitulatif. L'ensemble des solutions sur de est un espace vectoriel de dimension . Une base de s'appelle un système fondamental. Le wronskien de deux solutions est

et est un système fondamental si et seulement si ne s'annule pas, ce qui équivaut à pour un seul bien choisi. Enfin . L'ensemble des solutions de l'équation complète est le plan affine .

Démonstration. Tout a déjà été démontré : la dimension vient du théorème de structure appliqué au système équivalent, où ; la caractérisation par le wronskien vient du théorème correspondant sur les systèmes, la matrice wronskienne étant ici ; l'équation est la formule de Liouville, la trace de la matrice du système valant .

Remarque

Attention à un piège classique. Pour deux fonctions quelconques et , le fait que soit identiquement nul n'entraîne pas que soit liée : prendre et sur . L'équivalence n'est vraie que pour deux solutions d'une même équation linéaire du second ordre résolue ; sur l'exemple précédent, aucune équation résolue à coefficients continus n'admet ces deux fonctions pour solutions.

Variation des constantes à l'ordre deux

Méthode

Variation des constantes pour . On suppose connu un système fondamental de l'équation homogène.

  1. Chercher la solution particulière sous la forme , où et sont des fonctions de classe inconnues.
  2. Imposer la contrainte supplémentaire . On se la donne a priori, pour éviter l'apparition de et ; elle ne fait qu'utiliser le degré de liberté surnuméraire du problème, et l'on démontre plus bas qu'elle ne fait perdre aucune solution.
  3. Écrire le système obtenu, dont les inconnues sont et :

Son déterminant est exactement le wronskien , qui ne s'annule pas : c'est un système de Cramer. 4. Résoudre par les formules de Cramer :

  1. Primitiver et (n'importe quelle primitive convient), puis écrire et conclure : .

Démonstration de la validité de la méthode. Soient et de classe vérifiant la contrainte , et posons . Alors

grâce à la contrainte, puis

En reportant dans l'équation et en regroupant,

Donc est solution si et seulement si , ce qui, joint à la contrainte, forme bien le système annoncé. Son déterminant vaut , d'où l'existence et l'unicité de et les formules de Cramer.

Reste à justifier qu'on n'a perdu aucune solution en imposant la contrainte. C'est la variation des constantes générale appliquée au système d'ordre associé : pour toute solution , la matrice wronskienne étant inversible, il existe une unique colonne de classe telle que , et la première ligne de est précisément , puisque la première composante du second membre est nulle. La contrainte n'est donc pas une restriction : c'est une conséquence.

Exemple

Résolution complète de sur .

Équation homogène. Un système fondamental de est , de wronskien , constant et non nul, comme prévu puisque le terme en est absent.

Système de Cramer. Le second membre est , continu sur l'intervalle ouvert considéré car y est vérifié. Les formules donnent

Primitivation. Sur , on a , donc sans valeur absolue. On prend

Solution particulière et conclusion.

et l'ensemble des solutions sur est

Vérification. Dérivons : , puis

En ajoutant , les termes en et les termes en se simplifient et il reste . L'équation est bien vérifiée.

Une solution connue : abaissement de l'ordre

Méthode

Abaissement de l'ordre. On suppose connue une solution de l'équation homogène , ne s'annulant pas sur un sous-intervalle de .

  1. Poser , où est une fonction deux fois dérivable inconnue. Ce changement est licite sur puisque n'y est pas nulle : toute fonction s'écrit ainsi avec .
  2. Reporter dans l'équation : les termes en non dérivé disparaissent, car est solution, et il reste
  1. Poser : on obtient une équation linéaire du premier ordre en , à savoir , que l'on résout par la méthode du facteur intégrant. On trouve
  1. Primitiver pour obtenir , puis écrire et vérifier que est un système fondamental en calculant le wronskien.

Démonstration du point 2. Avec , on a et . En reportant,

ce qui est bien l'équation annoncée.

Exemple

Abaissement de l'ordre sur , sur .

Solution évidente. Essayons : alors , donc est bien solution, et elle ne s'annule pas sur .

Mise sous forme résolue. Sur , l'équation s'écrit , donc et .

Abaissement. Posons . L'équation devient , soit

Avec , on obtient sur , d'où .

Primitivation. Une primitive de est . En prenant , il vient et

Vérification et conclusion. On contrôle que est solution : , donc . Le wronskien vaut

constant, ce qui est cohérent avec la formule de Liouville puisque . Les solutions sur sont donc les

Nous retrouverons ce résultat en une ligne au paragraphe suivant : c'est une équation d'Euler.

Changements de variable

Propriété

Élimination du terme en (forme normale). Supposons de classe sur et soit une primitive de . Le changement de fonction inconnue

transforme l'équation en l'équation sans terme du premier ordre

Démonstration. Posons , qui ne s'annule pas, de sorte que et . Avec ,

Donc

Comme ne s'annule pas, l'équation équivaut à avec comme annoncé.

Définition

On appelle équation d'Euler toute équation de la forme

et sont des constantes, résolue sur (ou sur , par le changement ).

Propriété

Résolution de l'équation d'Euler. Sur , le changement de variable , c'est-à-dire , transforme l'équation d'Euler en l'équation à coefficients constants

d'équation caractéristique . Selon le discriminant de cette équation du second degré, dont les racines sont notées ou :

RacinesSolutions en Solutions en sur
réelles
double

Démonstration. L'application est un -difféomorphisme de sur : le changement de variable est donc réversible et ne perd aucune solution. Posons ; par dérivation composée,

en posant . On en tire et . En reportant dans l'équation d'Euler,

Son équation caractéristique est , que l'on écrit sous la forme mnémotechnique . Les trois cas sont ceux, connus, des équations linéaires du second ordre à coefficients constants, et l'on revient à par , ce qui transforme en et en .

Exemple

Une équation d'Euler à racines complexes. Résolvons sur . Ici et , donc l'équation caractéristique est

de racines et , soit et . Les solutions réelles sont donc

Vérification pour : et , donc

Contrôle croisé. Reprenons l'équation du paragraphe précédent : c'est une équation d'Euler avec et , d'équation caractéristique , de racines et . On retrouve immédiatement les solutions obtenues par abaissement de l'ordre.

Recollement à l'ordre deux

Méthode

Recollement à l'ordre deux. Le principe est identique à celui de l'ordre un, avec une étape supplémentaire. Après avoir résolu séparément de part et d'autre du point singulier (deux constantes de chaque côté, soit quatre degrés de liberté), on impose successivement : la continuité de en , l'existence et l'égalité des dérivées à droite et à gauche, l'existence et l'égalité des dérivées secondes, et enfin la vérification de l'équation au point lui-même. Chaque condition élimine zéro, un ou deux degrés de liberté, et la dimension finale de l'espace des solutions sur se lit à la fin ; elle peut valoir de à .

Remarque

La nuance par rapport à l'ordre un est qu'il faut raccorder deux fonctions, et , et non une seule : c'est exactement dire que le vecteur d'état doit se raccorder, ce qui est cohérent avec le système d'ordre associé. Sur , dont les solutions sur chaque demi-droite sont les (équation d'Euler de racines et ), on vérifie que la continuité et la dérivabilité en imposent l'égalité des coefficients de , puis la dérivabilité seconde celle des coefficients de : l'espace des solutions sur est de dimension , engendré par et .

Solutions développables en série entière

Méthode

Chercher les solutions développables en série entière : les cinq étapes.

  1. Poser l'hypothèse de travail : supposer qu'il existe une solution de rayon de convergence . Tout ce qui suit est une analyse : on raisonne sous cette hypothèse, qui n'est pas encore justifiée.
  2. Reporter dans l'équation en dérivant terme à terme, ce qui est licite sur d'après le théorème de dérivation des séries entières :
  1. Réindexer pour tout ramener à une unique série en , puis identifier les coefficients à zéro : c'est licite par unicité du développement en série entière d'une fonction, qui est le point clé de la méthode.
  2. Résoudre la relation de récurrence obtenue sur la suite , en distinguant si besoin les indices pairs et impairs, et exprimer en fonction des premiers termes (typiquement et , qui restent libres).
  3. Synthèse, étape indispensable : calculer le rayon de convergence de la série obtenue et vérifier qu'il est strictement positif. Alors, et seulement alors, la somme est effectivement une solution sur : les calculs de l'étape 2 se relisent à l'envers. Omettre cette étape, c'est n'avoir rien démontré, puisque l'analyse partait d'une hypothèse d'existence.

Exemple

Résolution complète de .

Étape 1. Cherchons une solution de rayon .

Étape 2. Sur , on peut dériver terme à terme :

Étape 3. Dans la première somme, on réindexe en posant , ce qui donne . Les autres sommes commencent effectivement en (les termes ajoutés sont nuls). Le coefficient de dans le membre de gauche vaut donc

Or , si bien que la condition s'écrit, pour tout ,

Étape 4. Comme , la relation de récurrence est simplement . Une récurrence immédiate donne, pour tout ,

les coefficients et restant libres.

Étape 5 (synthèse). La série obtenue est

Ces deux séries géométriques de raison convergent exactement pour : le rayon de convergence vaut , ce qui valide la démarche. Leurs sommes sont connues :

Vérification. Pour , on calcule puis , d'où

Conclusion, et un mot de plus. La fonction est en fait définie et solution sur tout entier, comme le montre la vérification ci-dessus, qui n'utilise nulle part . Comme l'équation est résolue sur (le coefficient ne s'annule jamais), son espace de solutions y est de dimension : les fonctions et , dont le wronskien en vaut , en forment donc un système fondamental. La méthode des séries entières a livré toutes les solutions, alors même que le rayon de convergence n'était que de .

Remarque

Ce dernier point ne doit pas être généralisé. La méthode ne fournit, par construction, que les solutions développables en série entière au voisinage de , c'est-à-dire analytiques en ; rien ne dit qu'il y en ait assez pour engendrer tout l'espace des solutions.

Le cas typique d'échec est celui d'une équation non résolue en . Considérons : c'est une équation d'Euler de racines et , dont les solutions sur sont les . Une recherche en série entière ne peut retrouver que la droite engendrée par , la fonction n'étant pas développable en série entière en , ni même bornée au voisinage de . L'espace obtenu est alors strictement plus petit que l'espace des solutions, et il faut le dire dans la conclusion : « les solutions développables en série entière sont… », et non « les solutions sont… ».

Synthèse : quelle méthode pour quelle équation

ÉquationMéthodeRésultat attendu
Primitive de Droite
Variation de la constante
, nulle en Recollement en quatre étapesAucune solution, ou dimension , ou
, constante, ou réduction constantes
Formule de DuhamelIntégrale de convolution
Variation des constantes, Système de Cramer
, une solution connueAbaissement de l'ordre, Second élément du système fondamental
, système fondamental connuVariation des constantes à l'ordre deux par deux primitives
Euler, , , ou
Coefficients polynomiauxSérie entière, cinq étapesRécurrence, puis rayon

Conseils pour l'oral. Trois réflexes vous distingueront immédiatement. Le premier est d'annoncer l'intervalle avant de calculer, et de justifier que l'équation y est résolue à coefficients continus : c'est ce qui autorise à invoquer le théorème de Cauchy, donc à annoncer la dimension. Le deuxième est de compter les constantes : si votre réponse finale à un problème d'ordre deux ne contient pas exactement deux constantes arbitraires, vous avez perdu ou inventé des solutions. Le troisième est de vérifier : reporter la solution particulière dans l'équation coûte trois lignes et évite la moitié des erreurs de calcul.

Sur le fond, l'examinateur attend surtout que vous sachiez distinguer ce qui relève de la théorie et ce qui relève de la technique. La théorie tient en trois énoncés : le théorème de Cauchy linéaire (existence, unicité, globalité sur ), l'isomorphisme qui donne , et la dérivation . Tout le reste, variation des constantes comprise, en découle par le calcul. Si vous ne deviez retenir qu'une phrase de ce chapitre, prenez celle-ci : une équation différentielle linéaire est un problème d'algèbre linéaire déguisé, et le déguisement s'appelle le théorème de Cauchy.

Les exercices

36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.

Exercice 1 ★★★Reconnaître une équation différentielle linéaire et son cadre

Équation différentielle linéaire résolue, problème de Cauchy, théorème de Cauchy linéaire

On rappelle qu'une équation différentielle linéaire résolue d'ordre est une équation de la forme

est un intervalle de , un espace vectoriel normé de dimension finie, et deux applications continues. Elle est dite homogène lorsque est l'application nulle. Lorsque , l'application s'identifie à une matrice .

1. Pour chacune des six équations ci-dessous, répondre à trois questions : est-elle linéaire ? est-elle résolue ? est-elle homogène ?

a.

b.

c.

d.

e.

f. le système

2. Pour celles qui sont linéaires et résolues, préciser un intervalle de travail, l'espace , l'application (ou la matrice ) et le second membre . Écrire explicitement la mise sous forme d'un système du premier ordre lorsque c'est nécessaire, puis énoncer précisément ce que le théorème de Cauchy linéaire garantit.

3. Pour les autres, expliquer pourquoi le théorème de Cauchy linéaire ne s'applique pas.

4. L'équation c mérite un traitement particulier. Déterminer l'ensemble de ses solutions sur tout entier, puis exhiber un problème de Cauchy associé qui n'a aucune solution et un autre qui en a une infinité. Que devient la situation si l'on se place sur ?

5. Rédiger en quelques lignes la différence de nature entre « équation non résolue » et « équation non linéaire ».

Exercice 2 ★★★Équations scalaires du premier ordre

Équations scalaires du premier ordre : résolution, problèmes de recollement

1. Résoudre les équations différentielles suivantes sur l'intervalle indiqué. On donnera à chaque fois l'ensemble complet des solutions.

a. sur

b. sur

c. sur

d. sur

e. sur

f. sur

2. Pour l'équation e, on demande de reconnaître le membre de gauche comme la dérivée d'un produit, et de résoudre ainsi sans aucun calcul de primitive du coefficient.

3. Vérifier par le calcul direct que la fonction obtenue à la question 1.f est bien solution.

Exercice 3 ★★★Problèmes de Cauchy du premier ordre

Équations scalaires du premier ordre : résolution, problèmes de recollementÉquation différentielle linéaire résolue, problème de Cauchy, théorème de Cauchy linéaire

1. Résoudre le problème de Cauchy

sur .

2. Résoudre le problème de Cauchy

sur . On justifiera au passage pourquoi on ne travaille pas sur .

3. On considère le problème de Cauchy

sur .

a. Résoudre ce problème. On exprimera la solution à l'aide d'une intégrale, sans chercher à la calculer.

b. Déterminer le signe de la solution sur , ainsi que son sens de variation au voisinage de .

4. Pour chacun des trois problèmes précédents, énoncer précisément ce que le théorème de Cauchy linéaire garantissait avant tout calcul : existence, unicité, et intervalle de définition de la solution.

Exercice 4 ★★★Premiers calculs d'exponentielles de matrices

Exponentielle d'une matrice ou d'un endomorphisme : définition, propriétés, calcul

On rappelle que, pour , l'exponentielle de est la somme de la série

avec la convention .

1. Justifier brièvement que cette série converge pour toute matrice .

2. Calculer , puis pour , pour chacune des matrices suivantes.

a.

b.

c.

d.

e.

3. Dans le cas de la matrice , on a séparé la série en indices pairs et indices impairs. Rédiger soigneusement la justification de ce découpage.

4. Vérifier, sur chacun des cinq résultats, que la fonction est dérivable sur et que sa dérivée vaut .

5. En déduire, pour la matrice , la solution du problème de Cauchy , , et en donner une interprétation géométrique.

Exercice 5 ★★★Dimension et description de l'espace des solutions

Structure de l'ensemble des solutions : sous-espace vectoriel de dimension n, sous-espace affineÉquation différentielle linéaire résolue, problème de Cauchy, théorème de Cauchy linéaire

On considère les quatre équations différentielles suivantes, chacune sur l'intervalle indiqué.

1. sur .

2. sur .

3. sur , où est à valeurs dans et

4. sur .

Pour chacune d'elles, répondre aux trois questions suivantes.

a. Quelle est la dimension de l'espace des solutions de l'équation homogène associée ?

b. Quelle est la nature de l'ensemble des solutions de l'équation complète ?

c. Soit un point de l'intervalle. Décrire l'application d'évaluation qui, à une solution, associe sa donnée initiale en : quel est son espace d'arrivée, et est-elle bijective ?

On explicitera de plus les solutions dans les cas 1 et 4, où le calcul est faisable.

5. Soit un intervalle, un espace vectoriel normé de dimension finie , et continue.

a. Montrer qu'une solution de l'équation homogène qui s'annule en un point de est identiquement nulle sur .

b. En déduire que deux solutions distinctes d'une même équation complète ne prennent jamais la même valeur.

c. Cette dernière conclusion signifie-t-elle que les graphes de deux solutions distinctes d'une équation scalaire du second ordre ne se croisent jamais ? Justifier.

Exercice 6 ★★★Un système à coefficients constants diagonalisable

Systèmes différentiels à coefficients constants

On considère la matrice

et le système différentiel , où est une fonction inconnue de dans .

1. Déterminer les valeurs propres et les sous-espaces propres de . En déduire une matrice et une matrice diagonale telles que , et calculer .

2. Résoudre le système sur , en effectuant le changement de fonction inconnue . On donnera séparément les expressions de et .

3. Résoudre le problème de Cauchy associé à la condition initiale , et vérifier le résultat.

4. Calculer , et vérifier la cohérence avec la question 3.

5. Contrôler le résultat de la question 4 de trois manières : valeur en , calcul du déterminant, et écriture à l'aide des fonctions hyperboliques.

6. Décrire le comportement des solutions quand . Existe-t-il des solutions non nulles qui tendent vers ?

Exercice 7 ★★★Reconnaître un système fondamental de solutions

Système fondamental de solutions, matrice wronskienne, wronskien

Partie A. Une équation scalaire du second ordre.

On considère l'équation

1. Mettre l'équation sous forme résolue sur et préciser la dimension de son espace de solutions.

2. Vérifier que et sont solutions sur .

3. Calculer le wronskien de . En déduire que est un système fondamental de solutions, puis décrire toutes les solutions sur .

4. Retrouver l'expression de sans utiliser les expressions de et , en établissant l'équation différentielle satisfaite par .

5. Résoudre le problème de Cauchy , .

Partie B. Un système .

On considère le système sur , où

6. Vérifier que les deux fonctions suivantes sont solutions sur :

7. Calculer leur wronskien et conclure. Vérifier au passage la relation .

Partie C. Une question de discernement.

8. Deux fonctions dont le wronskien s'annule en un point sont-elles nécessairement liées ? On distinguera soigneusement deux situations, et on donnera un contre-exemple explicite là où la réponse est négative.

Exercice 8 ★★★La variation de la constante à l'ordre un

Méthode de variation des constantesÉquations scalaires du premier ordre : résolution, problèmes de recollement

Résoudre les trois équations suivantes par la méthode de variation de la constante. Dans chaque cas, on détaillera les trois temps de la méthode : résolution de l'équation homogène, détermination de la fonction , puis conclusion.

1. sur .

2. sur .

3. sur . Pour le calcul de la primitive, on pourra poser .

4. Parmi les solutions de l'équation 3, lesquelles sont bornées sur ? Lesquelles sont -périodiques ?

5. Justification de la méthode. Soient et continues sur un intervalle , et une primitive de sur .

a. Montrer que l'application est une bijection de sur lui-même. Pourquoi cela garantit-il que la méthode ne « perd » aucune solution ?

b. Montrer que, pour toute de classe sur , la fonction vérifie . À quoi tient la disparition des termes en ?

Exercice 9 ★★★★Propriétés algébriques de l'exponentielle de matrice

Exponentielle d'une matrice ou d'un endomorphisme : définition, propriétés, calcul

Dans tout l'exercice, est un entier naturel non nul et désigne ou . On munit d'une norme sous-multiplicative , et l'on rappelle que pour toute matrice la série est absolument convergente, de somme .

1. Soient et deux matrices de telles que .

a. Justifier la formule du binôme de Newton pour , en indiquant précisément où l'hypothèse de commutation intervient. En déduire que

b. On note , et les sommes partielles d'ordre des séries définissant respectivement , et . Exprimer comme une somme indexée par une partie de que l'on décrira.

c. Majorer et conclure que .

2. En déduire que est inversible pour toute matrice , et préciser son inverse. Que vaut pour ?

3. Soit . Montrer que .

4. On pose

a. Calculer et . Ces matrices commutent-elles ?

b. Calculer , , puis et .

c. Calculer .

d. Conclure quant à l'hypothèse de commutation de la question 1.

5. a. Montrer que pour toute matrice .

b. En déduire que l'exponentielle d'une matrice antisymétrique réelle est une matrice orthogonale.

c. Montrer de plus que son déterminant vaut .

Exercice 10 ★★★★Le déterminant d'une exponentielle de matrice

Exponentielle d'une matrice ou d'un endomorphisme : définition, propriétés, calcul

Pour , on rappelle que la série converge dans et que l'on note sa somme. L'objectif est d'établir la formule et d'en tirer quelques conséquences.

1. Soit et . Montrer que .

2. On suppose dans cette question que est diagonalisable dans . Montrer que .

3. On admet désormais le résultat suivant : toute matrice de est semblable à une matrice triangulaire supérieure. Soit triangulaire supérieure, de coefficients diagonaux .

a. Montrer que pour tout , la matrice est triangulaire supérieure, de coefficients diagonaux .

b. En déduire que est triangulaire supérieure, de coefficients diagonaux .

c. Conclure que pour toute matrice .

4. En déduire que est inversible et préciser son inverse.

5. Soit maintenant .

a. Quel est le signe de ?

b. En déduire que l'application n'est pas surjective de sur .

c. Un élève écrit : « la matrice n'est l'exponentielle d'aucune matrice réelle, car son déterminant est strictement négatif ». Critiquer cette phrase. On calculera ensuite , où et , puis on conclura.

6. Application. Soient et une fonction dérivable sur , à valeurs dans , vérifiant

Calculer et en déduire son signe. Une telle solution peut-elle cesser d'être inversible ?

Exercice 11 ★★★★Exponentielle d'une matrice de rang un

Exponentielle d'une matrice ou d'un endomorphisme : définition, propriétés, calcul

Soit . On se donne deux vecteurs colonnes non nuls et de et l'on pose

où l'on identifie la matrice au réel qu'elle contient.

1. Montrer que , puis que pour tout . Vérifier que .

2. Calculer pour , en distinguant les cas et .

3. Application numérique : on prend , et .

a. Écrire , calculer et expliciter la matrice .

b. Résoudre le système différentiel avec la condition initiale .

c. Retrouver la solution générale en réduisant .

4. Vérifier sur cet exemple la formule .

5. Reprendre les questions 3. a et 4 avec et , et décrire le comportement des solutions de quand .

Exercice 12 ★★★★L'exponentielle par un polynôme annulateur

Exponentielle d'une matrice ou d'un endomorphisme : définition, propriétés, calcul

Dans tout l'exercice, désigne ou et .

Partie A. Le principe

On suppose que est annulée par un polynôme de degré , scindé sur et à racines simples .

1. Montrer que pour tout , la matrice appartient à . En déduire qu'il existe des fonctions de dans telles que

2. Soit fixé et soit l'unique polynôme de degré au plus vérifiant pour tout . Montrer que .

Partie B. Deux exemples

3. On pose .

a. Vérifier que le polynôme annule .

b. En déduire sous la forme , avec et explicites, puis expliciter la matrice.

c. Retrouver le résultat en diagonalisant .

4. Cas d'une racine multiple. On pose .

a. Vérifier que annule . Pourquoi la partie A ne s'applique-t-elle pas ?

b. Soit et telle que . Montrer que pour tout polynôme de degré au plus ,

c. Calculer et en déduire les conditions d'interpolation que doit vérifier le polynôme de degré au plus tel que . Conclure sur l'exemple.

Exercice 13 ★★★★Un système différentiel d'ordre trois

Systèmes différentiels à coefficients constants

On considère la matrice

et le système différentiel , d'inconnue fonction de dans .

1. Calculer le polynôme caractéristique de et justifier que est diagonalisable.

2. Déterminer les trois sous-espaces propres de et vérifier chaque vecteur propre obtenu.

3. Résoudre sur : on donnera la solution générale sous forme vectorielle, puis les expressions de , et .

4. Résoudre le problème de Cauchy associé à la condition initiale , et vérifier le résultat.

5. Décrire le comportement des solutions quand . Quelles sont les solutions bornées sur ? Celles qui tendent vers ? Que peut-on dire de la direction de pour une solution « générique » ?

Exercice 14 ★★★★Un système avec second membre par variation des constantes

Systèmes différentiels à coefficients constantsMéthode de variation des constantes

On considère le système différentiel

d'inconnue fonction de dans .

1. Résoudre le système homogène .

2. Écrire la matrice wronskienne du système fondamental de solutions obtenu, calculer et vérifier qu'il ne s'annule pas. Retrouver ce déterminant par la formule de Liouville.

3. Méthode de variation des constantes. On cherche une solution de sous la forme , où est de classe . Montrer que est solution de si et seulement si , puis résoudre ce système et en déduire une solution particulière.

4. Donner la solution générale de , puis la solution vérifiant .

5. Vérifier la solution particulière obtenue au 3 par substitution directe dans .

6. Le second membre est ici résonant. Retrouver la solution particulière en la cherchant sous la forme , avec et vecteurs constants. Que se passerait-il si le second membre était ?

Exercice 15 ★★★★Variation des constantes pour une équation d'ordre deux

Méthode de variation des constantesÉquations scalaires du second ordre à coefficients variables

1. Soient , , des fonctions continues sur un intervalle et un système fondamental de solutions de l'équation homogène . On cherche une solution particulière de

sous la forme , où et sont de classe sur et soumises à la condition supplémentaire . Montrer que est alors solution de si et seulement si , puis exprimer et à l'aide du wronskien .

2. Résoudre par cette méthode chacune des trois équations suivantes, sur l'intervalle indiqué.

a. sur

b. sur

c. sur

Exercice 16 ★★★★Abaissement de l'ordre à partir d'une solution évidente

Résolution à partir d'une solution connue, abaissement de l'ordreÉquations scalaires du second ordre à coefficients variables

Partie A. Un exemple

On considère l'équation différentielle

1. Vérifier que la fonction est solution de sur .

2. On pose , où est deux fois dérivable sur . Montrer que est solution de si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si est solution d'une équation du premier ordre.

3. En déduire la solution générale de sur , en précisant un système fondamental de solutions. Résoudre ensuite le problème de Cauchy , .

Partie B. Le cas général

Soient et continues sur un intervalle , et soit une solution de

qui ne s'annule pas sur .

4. Montrer que est solution de si et seulement si .

5. Résoudre cette équation en , en déduire une seconde solution sous forme intégrale, et montrer que est un système fondamental de solutions de .

6. Calculer le wronskien des deux solutions obtenues et retrouver la formule .

7. Appliquer la méthode générale à l'équation de la partie A et retrouver le résultat de la question 3.

Exercice 17 ★★★★L'équation d'Euler

Changements de variable et de fonction inconnue, équations d'EulerÉquations scalaires du second ordre à coefficients variables

Soient et deux réels. On appelle équation d'Euler l'équation différentielle

1. Soit deux fois dérivable sur . On pose pour . Calculer et en fonction de et , puis montrer que est solution de si et seulement si est solution d'une équation linéaire à coefficients constants que l'on précisera. Vérifier que son équation caractéristique s'écrit .

2. Résoudre sur les trois équations suivantes.

a.

b.

c.

3. Résoudre sur l'équation avec second membre .

4. Comment obtenir les solutions d'une équation d'Euler sur ?

Exercice 18 ★★★★De l'équation scalaire d'ordre deux au système associé

Équations scalaires du second ordre à coefficients variablesStructure de l'ensemble des solutions : sous-espace vectoriel de dimension n, sous-espace affine

Soit un intervalle de non réduit à un point, soit ou , et soient , , trois fonctions continues de dans . On considère

et l'on note l'ensemble des solutions de sur .

1. Pour une fonction deux fois dérivable sur , on pose . Montrer que est solution de si et seulement si est solution d'un système différentiel que l'on explicitera. Énoncer précisément ce que le théorème de Cauchy linéaire fournit alors pour .

2. Montrer que est un -espace vectoriel et que, pour tout , l'application est un isomorphisme de sur . En déduire la dimension de .

3. Soit non nulle. Montrer que n'admet aucun zéro double, puis que ses zéros sont isolés. En déduire que n'a qu'un nombre fini de zéros sur tout segment inclus dans .

4. Soient et deux éléments de et leur wronskien. Montrer que , puis que est soit identiquement nulle, soit partout non nulle. Montrer enfin que ne s'annule pas si et seulement si est un système fondamental de solutions.

5. En déduire que deux solutions non proportionnelles de ne peuvent pas s'annuler en un même point. Illustrer sur l'exemple de .

Exercice 19 ★★★★Le wronskien et la formule de Liouville

Système fondamental de solutions, matrice wronskienne, wronskien

Soit un intervalle de , soit ou et soit une application continue. On considère le système différentiel linéaire homogène

d'inconnue . Soit une famille de solutions de . On note la matrice de dont les colonnes sont , et l'on pose : la fonction s'appelle le wronskien de la famille .

1. Rappeler que le déterminant est une forme -linéaire des colonnes et en déduire que est de classe sur , avec

En décomposant la colonne dérivée sur les colonnes de , établir que sur .

2. En déduire la formule de Liouville : pour tous et de ,

Montrer que est soit identiquement nul sur , soit partout non nul, et interpréter en termes de système fondamental de solutions.

3. Application au second ordre scalaire. Soit et deux fonctions continues sur et . Pour deux solutions et de , on pose . Montrer que , puis que est constant lorsque est la fonction nulle.

4. Application numérique. On travaille sur et l'on considère

Montrer que le wronskien de deux solutions de est proportionnel à . Vérifier ensuite que et sont solutions de , calculer leur wronskien et conclure.

Exercice 20 ★★★★Un problème de recollement au premier ordre

Équations scalaires du premier ordre : résolution, problèmes de recollement

On étudie sur tout entier les trois équations différentielles suivantes, d'inconnue une fonction dérivable sur :

Pour chacune d'elles, on suivra le plan suivant.

1. Résoudre l'équation sur , puis sur .

2. Déterminer toutes les solutions définies et dérivables sur entier, en examinant successivement la continuité en , la dérivabilité en , puis la validité de l'équation au point .

3. Préciser la structure de l'ensemble des solutions sur (dimension de l'espace vectoriel des solutions de l'équation homogène associée, description de l'ensemble des solutions).

4. Expliquer pourquoi ces résultats ne contredisent pas le théorème de Cauchy linéaire.

Exercice 21 ★★★★Solutions développables en série entière, premier exemple

Recherche de solutions développables en série entière

On considère l'équation différentielle

1. Vérifier que est solution de sur .

2. On cherche les solutions de développables en série entière au voisinage de . Soit donc , de rayon de convergence , solution de sur . Après report dans l'équation et réindexation, montrer que

puis simplifier cette relation en .

3. Séparer les indices pairs et les indices impairs et calculer explicitement tous les coefficients en fonction de et .

4. Déterminer le rayon de convergence de la série obtenue, selon les valeurs de .

5. Identifier la somme de la série. On pourra utiliser le développement en série entière de sur .

6. Comparer l'espace vectoriel des solutions ainsi obtenues à l'espace des solutions de sur , dont on rappellera la dimension. Commenter ce que la méthode a effectivement trouvé.

Exercice 22 ★★★★L'équation matricielle M prime égale A M

Exponentielle d'une matrice ou d'un endomorphisme : définition, propriétés, calculSystèmes différentiels à coefficients constantsÉquation différentielle linéaire résolue, problème de Cauchy, théorème de Cauchy linéaire

Soit , soit ou et soit une matrice fixée. On s'intéresse à l'équation différentielle matricielle

d'inconnue une fonction dérivable.

1. Justifier que est un espace vectoriel normé de dimension finie, que y est une équation différentielle linéaire homogène du premier ordre, puis montrer que est l'unique solution de vérifiant .

2. En déduire, par un argument d'unicité, que

En déduire que est inversible, d'inverse .

3. Soit telle que . Montrer, de deux façons différentes (par la série, puis par unicité), que commute avec pour tout réel .

4. Soit et . Montrer que l'unique solution du problème de Cauchy , est

en rédigeant soigneusement l'argument fondé sur la dérivée de .

Exercice 23 ★★★Un changement de fonction inconnue à l'ordre deux

Changements de variable et de fonction inconnue, équations d'EulerÉquations scalaires du second ordre à coefficients variables

Soit un intervalle de , soit , soit une fonction de classe sur et une fonction continue sur , toutes deux à valeurs réelles. On considère

et l'on pose

1. Montrer que le changement de fonction inconnue transforme en une équation de la forme

et exprimer en fonction de , et . L'équation s'appelle la forme normale de : le terme en a disparu.

2. Applications sur .

a. Mettre l'équation sous forme normale, puis la résoudre complètement.

b. Même travail pour .

3. Zéros et oscillation.

a. Montrer que et ont exactement les mêmes zéros sur .

b. On suppose sur . Montrer que toute solution non nulle de admet au plus un zéro sur , et en déduire le même énoncé pour . Vérifier la conclusion sur l'exemple de la question 2.a.

c. Expliquer pourquoi la forme normale est le cadre naturel pour étudier l'oscillation des solutions.

Exercice 24 ★★★Comportement asymptotique des solutions d'un système constant

Systèmes différentiels à coefficients constantsÉtude qualitative : solutions bornées, périodiques, zéros, comportement asymptotique

Soit et soit une matrice diagonalisable. On considère le système différentiel

d'inconnue . On note les valeurs propres de , répétées selon leur multiplicité. L'espace étant de dimension finie, toutes ses normes sont équivalentes : les propriétés « tendre vers » et « être bornée » ne dépendent pas de la norme choisie, et l'on en fixe une, notée .

1. Montrer que toute solution de tend vers en si et seulement si toutes les valeurs propres de ont une partie réelle strictement négative.

2. Montrer que toute solution de est bornée sur si et seulement si toutes les valeurs propres de ont une partie réelle négative ou nulle.

3. Étudier les trois exemples suivants, en illustrant chacun des trois régimes possibles :

a.

b.

c.

4. Question de discernement. Les résultats des questions 1 et 2 subsistent-ils sans l'hypothèse de diagonalisabilité ? On traitera le cas en calculant , puis le cas .

Exercice 25 ★★★Solutions périodiques d'une équation du premier ordre

Équations scalaires du premier ordre : résolution, problèmes de recollementÉtude qualitative : solutions bornées, périodiques, zéros, comportement asymptotique

Soit et soit et deux fonctions continues sur , à valeurs réelles et -périodiques. On considère

et l'on pose

1. Montrer que si est solution de sur , alors la fonction l'est aussi.

2. En déduire qu'une solution de est -périodique si et seulement si .

3. Écrire la solution du problème de Cauchy et montrer que

est une constante indépendante de que l'on explicitera.

4. En déduire la discussion suivante : si , l'équation admet une unique solution -périodique ; si , elle en admet une infinité lorsque et aucune lorsque .

5. Illustrer avec les trois équations suivantes, en calculant dans chaque cas et en cherchant les solutions -périodiques :

a.

b.

c.

Exercice 26 ★★★Le lemme de Gronwall

Étude qualitative : solutions bornées, périodiques, zéros, comportement asymptotique

1. Le lemme. Soit , soit continue et positive, et soit et tels que

Montrer que pour tout . On posera , on montrera que , puis que est décroissante.

2. Variante à coefficient variable. Reprendre la méthode précédente lorsque la constante est remplacée par une fonction continue et positive sur : si pour tout , alors

Dans les deux questions suivantes, est un intervalle de , est continue, et l'on munit d'une norme ainsi que de la norme subordonnée associée, notée de la même façon.

3. Application à l'unicité. Soit et soit et deux solutions sur de telles que . En majorant à l'aide de sur un segment, montrer que sur . On retrouve ainsi, par un argument élémentaire, l'unicité du théorème de Cauchy linéaire.

4. Application à une majoration. Soit . Montrer que toute solution de vérifie

Exercice 27 ★★★L'équation d'Airy par les séries entières

Recherche de solutions développables en série entière

On étudie sur l'équation d'Airy

1. On cherche les solutions développables en série entière au voisinage de . Soit une telle série, de rayon , solution de sur . Montrer que

et en déduire que les coefficients se répartissent en trois familles suivant le reste de l'indice modulo .

2. Expliciter les coefficients : montrer que pour tout , et que pour tout

3. Montrer que le rayon de convergence de la série obtenue est infini.

4. En déduire que l'on obtient ainsi toutes les solutions de sur .

5. Étude qualitative.

a. Une solution non nulle de peut-elle être paire ? impaire ?

b. Soit une solution de et tels que et . Montrer que est strictement croissante et convexe sur , et qu'elle tend vers .

Exercice 28 ★★★Un système non diagonalisable et la décomposition D plus N

Exponentielle d'une matrice ou d'un endomorphisme : définition, propriétés, calculSystèmes différentiels à coefficients constants

On considère la matrice

et le système différentiel , d'inconnue .

1. Écrire , où est une matrice que l'on précisera. Calculer et , et vérifier que les matrices et commutent.

2. Calculer explicitement pour tout .

3. Résoudre le problème de Cauchy , , et contrôler le résultat en reportant dans le système.

4. Décrire le comportement de cette solution lorsque , puis lorsque . Expliquer la compétition entre le facteur polynomial et le facteur exponentiel.

5. Généralisation. Soient , nilpotente d'indice (c'est-à-dire et ) et . Donner , puis une condition nécessaire et suffisante portant sur pour que toute solution de tende vers en .

6. La matrice de l'énoncé est-elle diagonalisable ? Répondre de deux façons : par un argument de rang, puis par un argument qui n'exige aucun calcul.

Exercice 29 ★★★Entrelacement des zéros de deux solutions

Étude qualitative : solutions bornées, périodiques, zéros, comportement asymptotiqueSystème fondamental de solutions, matrice wronskienne, wronskien

Soient un intervalle non trivial de , et deux fonctions continues sur , et

On note l'espace des solutions de sur et l'on rappelle que . Pour , on note le wronskien du couple.

1. (Préliminaire.) Montrer que sur , en déduire que est soit identiquement nulle, soit partout non nulle, et que est un système fondamental de solutions si et seulement si ne s'annule pas.

2. Soit une solution non nulle de . Montrer que les zéros de sont isolés, puis que n'a qu'un nombre fini de zéros sur tout segment inclus dans .

3. Soit un système fondamental de solutions. Montrer que et n'ont aucun zéro commun.

4. (Théorème d'entrelacement, ou théorème de séparation de Sturm.) Soient un système fondamental et deux zéros consécutifs de dans . Montrer que s'annule exactement une fois sur . On raisonnera par l'absurde en considérant la fonction et le théorème de Rolle, puis on échangera les rôles de et pour l'unicité.

5. Retrouver comme cas particulier que les zéros de et ceux de sont entrelacés.

6. Soit continue sur et . Montrer que deux solutions non proportionnelles de ont, sur tout segment de , le même nombre de zéros à une unité près.

Exercice 30 ★★★Une équation fonctionnelle résolue par une équation différentielle

Équations scalaires du premier ordre : résolution, problèmes de recollementÉquations scalaires du second ordre à coefficients variables

Les deux problèmes sont indépendants.

Problème A. On cherche toutes les fonctions dérivables telles que

1. Soit une solution de . Montrer que est deux fois dérivable sur et qu'elle vérifie .

2. En déduire l'existence de tel que , puis reporter dans pour obtenir la relation exacte liant et . Montrer que l'ensemble des solutions de est une droite vectorielle et en donner un générateur aussi simple que possible.

3. Vérifier directement que le générateur obtenu est bien solution de .

Problème B. On cherche toutes les fonctions continues telles que

4. Soit une solution de . En écrivant l'intégrale sous la forme , montrer que est de classe , puis de classe .

5. Montrer que pour tout , en déduire une équation différentielle vérifiée par ainsi que deux conditions initiales, et déterminer .

6. Vérifier la réciproque et conclure.

Exercice 31 ★★★La résolvante d'un système linéaire

Système fondamental de solutions, matrice wronskienne, wronskienStructure de l'ensemble des solutions : sous-espace vectoriel de dimension n, sous-espace affine

Soient ou , un intervalle non trivial de et une application continue. On considère le système homogène

dont on note l'ensemble des solutions sur . Pour , on appelle résolvante du système la matrice telle que la solution de valant à l'instant prenne la valeur à l'instant ; la question 1 en établit l'existence et l'unicité.

1. Justifier l'existence et l'unicité de , en utilisant l'isomorphisme d'évaluation de sur .

2. Montrer qu'à fixé, l'application est l'unique solution du problème de Cauchy matriciel , .

3. Démontrer les relations

4. Montrer que , et retrouver ainsi que . On établira d'abord que, pour et dans , on a .

5. Soit continue, et . Exprimer à l'aide de la solution du problème de Cauchy , , et le démontrer par la méthode de variation des constantes. C'est la formule de Duhamel générale.

6. Que vaut lorsque est constante ? Et lorsque les matrices , , commutent deux à deux ? Dans ce second cas, on vérifiera que résout bien le problème de Cauchy de la question 2.

Exercice 32 ★★★★Solutions bornées d'une équation d'ordre deux

Étude qualitative : solutions bornées, périodiques, zéros, comportement asymptotiqueÉquations scalaires du second ordre à coefficients variables

On étudie l'équation

est continue sur . D'après le théorème de Cauchy linéaire, toutes les solutions de sont définies sur tout entier et forment un plan vectoriel. Les questions 1 et 2 supposent , les questions 5 et 6 supposent ; les questions 3 et 4 sont indépendantes.

1. On suppose sur . Soit une solution non nulle de s'annulant en , avec . Montrer que ne s'annule plus après , puis que et pour tout . En déduire qu'une solution non nulle de s'annule au plus une fois.

2. Toujours avec : montrer que possède une solution non bornée sur , avec une minoration explicite. Montrer ensuite, sur l'exemple , que certaines solutions non nulles peuvent malgré tout rester bornées : quelle est alors la forme de ces solutions ?

3. On suppose lorsque . Montrer que toute solution non nulle possède une infinité de zéros. On établira le résultat de comparaison suivant : si sur , alors toute solution non nulle s'annule dans tout segment de longueur inclus dans ; on comparera pour cela à en étudiant . Peut-on en déduire que les solutions sont bornées ?

4. Cas explicite. Résoudre sur (équation d'Euler : poser ), puis décrire le comportement des solutions en et en .

5. On suppose maintenant sur . Soit une solution de telle que ET soient bornées sur , et telle que converge. Calculer , en déduire que converge, puis que tend vers en . Montrer, sur l'exemple et , que l'hypothèse de convergence est indispensable.

6. Sous les hypothèses de la question 5, on suppose de plus bornée sur . Montrer que lorsque .

Exercice 33 ★★★★L'équation de Tchebychev en séries entières

Recherche de solutions développables en série entièreÉquations scalaires du second ordre à coefficients variables

Soit . On étudie sur l'équation de Tchebychev

1. Chercher les solutions de développables en série entière au voisinage de . Établir que, si est une telle solution, alors

2. Montrer que la famille de coefficients de même parité que fournit un polynôme de degré exactement , de même parité que . C'est, à une constante multiplicative près, le -ième polynôme de Tchebychev.

3. Montrer que la série issue de l'autre parité a un rayon de convergence égal à . En déduire un système fondamental de solutions de sur formé de deux séries entières.

4. Vérifier, pour , , et , que s'exprime comme un polynôme en . Montrer ensuite directement que est solution de sur , en passant par le changement de variable .

5. Soit . Montrer que est également solution de sur , puis que en est un système fondamental de solutions, en calculant le wronskien. Pourquoi faut-il exclure ?

Exercice 34 ★★★★Perturbation intégrable d'un système à coefficients constants

Étude qualitative : solutions bornées, périodiques, zéros, comportement asymptotiqueExponentielle d'une matrice ou d'un endomorphisme : définition, propriétés, calcul

On munit d'une norme et de la norme subordonnée, encore notée , de sorte que et .

Soit telle que

et soit continue et intégrable, c'est-à-dire telle que converge. On étudie le système perturbé

1. Justifier que toute solution de est définie sur tout entier.

2. Soit une solution de . En traitant comme un second membre, montrer que

3. En déduire que pour tout .

4. Énoncer et démontrer la version du lemme de Gronwall adaptée (avec un coefficient dépendant de ), puis conclure que toute solution de est bornée sur .

5. Application. Montrer que toutes les solutions de

sont bornées sur , ainsi que leurs dérivées.

Exercice 35 ★★★★Recollement des solutions d'une équation d'ordre deux

Équations scalaires du second ordre à coefficients variablesRésolution à partir d'une solution connue, abaissement de l'ordre

On étudie sur tout entier l'équation

On appelle solution de sur un intervalle toute fonction deux fois dérivable sur y vérifiant l'égalité en tout point.

1. Vérifier que est solution de sur , puis résoudre sur et sur par abaissement de l'ordre, à l'aide du changement de fonction inconnue .

2. Déterminer toutes les solutions de sur tout entier. On partira de la solution générale à quatre paramètres obtenue à la question 1, et l'on écrira successivement la continuité, la dérivabilité, puis la dérivabilité seconde en , sans oublier de vérifier l'équation en .

3. En déduire la dimension de l'espace des solutions sur . Montrer que cette valeur ne provient PAS du théorème de Cauchy : on étudiera l'application d'évaluation et l'on précisera ce qui tombe en défaut en . Que se passe-t-il en un point ?

4. Reprendre le même travail pour , dont on remarquera la solution évidente . Comparer les deux situations.

5. Question de synthèse. Soit , , continues sur , avec ne s'annulant qu'en un seul point . Que peut valoir la dimension de l'espace des solutions sur de ? On majorera d'abord cette dimension, puis on illustrera par des exemples du type Euler.

Exercice 36 ★★★★Systèmes à coefficients périodiques et matrice de monodromie

Système fondamental de solutions, matrice wronskienne, wronskienÉtude qualitative : solutions bornées, périodiques, zéros, comportement asymptotiqueStructure de l'ensemble des solutions : sous-espace vectoriel de dimension n, sous-espace affine

Soient et continue et -périodique. On considère

dont on note l'espace des solutions sur . On note l'unique solution du problème de Cauchy matriciel , , et l'on pose

appelée matrice de monodromie du système.

1. Montrer que si , alors appartient encore à .

2. En déduire que pour tout , puis que pour tout .

3. Montrer que est inversible pour tout , puis que

4. Montrer que admet une solution -périodique non nulle si et seulement si est valeur propre de .

5. Plus généralement, montrer que admet une solution non nulle vérifiant pour tout si et seulement si est valeur propre de . Ces sont les multiplicateurs de Floquet du système. Qu'en déduit-on sur l'existence d'au moins une telle solution ?

6. On suppose que toutes les valeurs propres de sont de module strictement inférieur à . Montrer que toute solution de tend vers en . On utilisera , le fait que est bornée sur , et le résultat admis suivant : si toutes les valeurs propres de sont de module strictement inférieur à , alors lorsque .

7. Exemple. Traiter le cas , où est une fonction scalaire continue et -périodique : calculer et , puis interpréter les questions 4 à 6. Illustrer par et , avec .

Le devoir surveillé

Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Vrai ou faux

Dans tout l'exercice, désigne un intervalle de non réduit à un point et un entier naturel non nul. Pour chacune des cinq assertions suivantes, dire si elle est vraie ou fausse. Une assertion vraie sera démontrée, une assertion fausse sera réfutée par un contre-exemple entièrement explicité. Une réponse sans justification ne rapporte aucun point.

1. (0,6 pt) Soit une application continue et soit un sous-intervalle de non réduit à un point. Toute solution de sur est la restriction à d'une solution de cette même équation définie sur tout entier.

2. (0,6 pt) Pour toutes matrices et de , si , alors .

3. (0,6 pt) Soient et deux fonctions de classe de dans , et soit leur wronskien. La famille est liée si et seulement si est identiquement nulle sur .

4. (0,6 pt) Soient une fonction continue de dans et un point de . L'ensemble des solutions sur de qui s'annulent en est une droite vectorielle de .

5. (0,6 pt) Soient deux réels, une fonction continue de dans et une solution sur de . Si s'annule en une infinité de points de , alors est la fonction nulle.

Exercice 2 (4 points) — Exponentielle d'une matrice antisymétrique et rotation de l'espace

L'espace est muni de son produit scalaire canonique, noté , de la norme euclidienne associée et de son orientation canonique ; on identifie librement un vecteur et la matrice colonne de ses coordonnées dans la base canonique. Soit un vecteur unitaire de , c'est-à-dire tel que . On pose

1. (0,5 pt) Vérifier que pour tout . En déduire que , et justifier que puis que .

2. (1 pt) Calculer et montrer que , puis que . En déduire, en revenant à la série définissant l'exponentielle, que pour tout réel

3. (1 pt) On pose . Montrer que est une matrice orthogonale, puis que . Vérifier la cohérence de ce résultat avec la formule .

4. (1 pt) Soit . Résoudre le problème de Cauchy , sur . En écrivant avec et orthogonal à , décrire géométriquement le mouvement du point . Traiter complètement le cas et .

5. (0,5 pt) Montrer, par un calcul direct de la dérivée de , que ne dépend pas de . Commenter au vu de la question précédente.

Exercice 3 (5 points) — L'équation d'Hermite et l'orthogonalité des polynômes d'Hermite

Pour , on considère sur l'équation différentielle

1. (1 pt) Soit la somme d'une série entière de rayon de convergence . Montrer que est solution de sur si et seulement si

Justifier que la donnée de détermine alors entièrement la suite , et que les coefficients d'indice pair et ceux d'indice impair se calculent indépendamment les uns des autres.

2. (1 pt) Soit . Montrer que, si est pair, tous les coefficients d'indice pair supérieur ou égal à sont nuls, et que si est impair il en va de même des coefficients d'indice impair supérieur ou égal à . En déduire que admet une solution polynomiale de degré exactement . On note celle qui est normalisée par un coefficient dominant égal à ; expliciter , , et , et vérifier directement que est solution de .

3. (0,75 pt) On suppose maintenant que la suite associée à la parité opposée à celle de démarre par un coefficient non nul. Montrer qu'aucun de ses termes n'est nul, puis que le rayon de convergence de la série entière correspondante vaut . En déduire que toutes les solutions de sur sont développables en série entière sur , et que les solutions polynomiales forment une droite vectorielle.

4. (0,75 pt) Soit une solution de sur . Calculer la dérivée de la fonction et en déduire la forme dite auto-adjointe de l'équation :

5. (1,5 pt) Soient et deux entiers naturels distincts. Justifier d'abord que la fonction est intégrable sur . Montrer ensuite que la fonction

vérifie . En intégrant sur puis en faisant tendre vers , en déduire que

Contrôler ce résultat sur le couple , en admettant l'intégrale de Gauss .

Exercice 4 (4 points) — Un système en cascade et l'exponentielle d'une matrice non diagonalisable

On considère sur le système différentiel

d'inconnue le triplet de fonctions de classe de dans . On pose .

Lecture du système. On peut voir comme une chaîne de trois compartiments : le premier reçoit un apport extérieur et se déverse dans le deuxième au taux , le deuxième se déverse dans le troisième au taux , et le troisième se vide vers l'extérieur au taux . Cette lecture n'intervient dans aucun calcul ; elle ne sert qu'à interpréter les résultats de la dernière question.

1. (0,5 pt) Écrire sous la forme , en précisant et , et justifier que le théorème de Cauchy linéaire s'applique sur . Déterminer le polynôme caractéristique de , ses valeurs propres et leurs multiplicités, puis chacun de ses sous-espaces propres. En déduire que n'est pas diagonalisable.

2. (0,75 pt) Résoudre le système homogène sur en traitant les trois équations l'une après l'autre, de la première vers la troisième. On donnera un système fondamental de solutions , on vérifiera par report que chacune de ses trois fonctions est bien solution, et l'on contrôlera le wronskien obtenu par la formule de Liouville.

3. (1 pt) On pose . Calculer et , et justifier que n'est pas nilpotente. Établir que pour tout entier , puis en déduire, en sommant la série exponentielle, que pour tout réel

Expliciter la matrice , puis contrôler le résultat de trois façons : valeur en , cohérence avec la question 2., et calcul de .

4. (1,25 pt) Résoudre le système complet par la méthode de variation des constantes appliquée à : on cherchera les solutions sous la forme avec de classe à valeurs dans . On donnera une solution particulière , que l'on vérifiera par report dans , puis l'ensemble des solutions de sur , et enfin la solution du problème de Cauchy .

5. (0,5 pt) Déterminer la limite de lorsque , pour toute solution de , et relier le résultat au spectre de . Étudier ensuite le comportement en : montrer qu'aucune solution de n'est bornée sur , et que la seule solution du système homogène bornée sur est la solution nulle. Interpréter.

Exercice 5 (4 points) — Abaissement de l'ordre, wronskien et factorisation d'une équation du second ordre

On étudie, sur l'intervalle , l'équation différentielle

1. (0,5 pt) Justifier que peut être mise sous forme résolue sur et préciser la dimension de son espace de solutions. Expliquer pourquoi ce raisonnement ne s'étend pas à un intervalle contenant .

2. (1 pt) Déterminer toutes les solutions affines de sur , c'est-à-dire les fonctions de la forme ; on note celle qui correspond à . On pose ensuite , où est une fonction de classe sur . Montrer que est solution de si et seulement si

Résoudre cette équation du premier ordre d'inconnue , en décomposant en éléments simples, puis en déduire , l'ensemble des solutions de sur et un système fondamental .

3. (0,5 pt) Calculer le wronskien du système fondamental obtenu et vérifier qu'il satisfait la formule de Liouville.

4. (0,5 pt) Déterminer la solution du problème de Cauchy , .

5. (0,75 pt) Soit une solution non nulle de sur . Déterminer la limite de en et en déduire qu'aucune solution non nulle n'est bornée sur . Déterminer ensuite, en fonction du couple , le nombre de zéros de sur ; on étudiera les variations de , dont on remarquera le lien avec le wronskien. Contrôler le résultat sur la solution de la question 4.

6. (0,75 pt) Vérifier que, pour toute fonction de classe sur ,

En posant , en déduire, par la résolution de deux équations du premier ordre, l'ensemble des solutions sur de

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.