MP · Chapitre 11

Calcul différentiel et optimisation

Dérivée selon un vecteur, différentielle, gradient, règle de la chaîne, fonctions de classe Cᵏ, vecteurs tangents, optimisation aux premier et second ordres.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Dérivée selon un vecteur
  • Différentielle
  • Gradient
  • Règle de la chaîne
  • Fonctions de classe Cᵏ
  • Vecteurs tangents
  • Optimisation aux premier et second ordres

Le cours

Pendant deux ans, vous avez dérivé des fonctions d'une seule variable réelle. Le chapitre sur les fonctions vectorielles a élargi le décor, mais d'un seul côté : l'arrivée était devenue un espace vectoriel, alors que le départ restait un intervalle de . Le taux d'accroissement gardait donc un sens littéral, puisqu'on divisait un vecteur par un scalaire. Ici, tout bascule de l'autre côté : c'est le départ qui devient vectoriel. Une fonction prend en entrée un point d'un espace de dimension finie, et l'accroissement est maintenant un vecteur. On ne peut plus diviser par , et la définition de première année ne se recopie pas. Il faut inventer autre chose.

Le premier réflexe, celui de tout le monde, consiste à figer toutes les variables sauf une et à dériver comme avant : ce sont les dérivées partielles. C'est utile, c'est calculatoire, et c'est ce que vous ferez cent fois. Mais c'est aussi terriblement insuffisant, et il faut le comprendre dès la première page du chapitre. Connaître les dérivées partielles de en , c'est connaître le comportement de le long de droites seulement, celles qui sont dirigées par les vecteurs de base. Or on peut s'approcher de par une infinité d'autres chemins, en particulier par des chemins courbes. Nous verrons une fonction qui admet en l'origine une dérivée dans toutes les directions et qui n'y est pourtant même pas continue : elle tend vers le long de chaque droite passant par l'origine, et vaut le long d'une parabole. Les dérivées partielles, seules, ne contrôlent rien.

La bonne notion tient en une phrase, et c'est le fil directeur de tout le chapitre : différentier, c'est approcher par une application linéaire. Dire que est différentiable en , c'est dire qu'il existe une application linéaire telle que , c'est-à-dire que l'accroissement de est linéaire en , à un terme négligeable près. C'est exactement le développement limité d'ordre de première année, écrit avec des vecteurs. L'objet nouveau, et il faut s'y habituer, c'est que la « dérivée » de en n'est plus un nombre ni un vecteur : c'est une application linéaire de dans . Une seule condition, mais globale, qui contrôle d'un coup toutes les directions et tous les chemins.

De cette définition découle toute la mécanique du calcul. Les dérivées partielles réapparaissent comme les valeurs de sur les vecteurs de base, ce qui donne la matrice jacobienne ; la composition devient un produit de matrices, c'est la règle de la chaîne ; et un théorème central, admis par le programme, retourne enfin la situation en notre faveur : si les dérivées partielles existent et sont continues sur un ouvert, alors la fonction est différentiable en tout point. C'est ce théorème qui rend le chapitre praticable, car il permet de conclure à la différentiabilité par un simple argument d'opérations, sans jamais revenir à la définition.

Vient ensuite la géométrie. Lorsque est numérique et que l'espace de départ est euclidien, la différentielle, qui est une forme linéaire, se représente par un vecteur : le gradient, défini par . Ce vecteur porte deux informations que rien d'autre ne donne aussi simplement : sa direction est celle de la plus forte pente, et il est orthogonal aux lignes ou surfaces de niveau. C'est ainsi qu'on écrit une équation de plan tangent sans aucun outil sophistiqué, en dérivant le long d'un arc tracé sur la surface.

Le dernier tiers du chapitre est le but de tout le reste : l'optimisation. Chercher le minimum d'une fonction de plusieurs variables, c'est le problème que posent la physique, l'économie, la statistique et une bonne moitié des problèmes de concours. La stratégie est en deux temps, exactement comme en première année. Au premier ordre, un extremum atteint en un point intérieur annule la différentielle : on obtient les points critiques, qui sont des candidats et rien de plus. Au second ordre, la matrice hessienne et le signe de ses valeurs propres décident, quand ils ne sont pas dégénérés. Et l'existence même d'un extremum, elle, ne vient jamais du calcul : elle vient de la compacité, ou de la coercivité, deux arguments de topologie qu'il faut produire avant de dériver quoi que ce soit.

Une remarque de méthode, enfin, qui vous évitera de perdre du temps. Trois théorèmes célèbres du calcul différentiel sont hors programme en MP : le théorème des fonctions implicites, le théorème d'inversion locale, et les multiplicateurs de Lagrange. Aucun exercice de concours de la filière ne peut donc exiger leur emploi, et aucun résultat de ce chapitre n'en a besoin. Une contrainte se traite par paramétrage ou par substitution, une tangente s'obtient en dérivant un arc explicite, un extremum sur un fermé borné s'obtient par compacité. Il en va de même de la différentielle seconde comme application bilinéaire : elle n'existe pas dans ce programme, et l'ordre s'écrit uniquement avec les dérivées partielles secondes et la matrice hessienne. Sachez-le, et n'allez pas chercher ailleurs ce que ces outils élémentaires suffisent à faire.

Fixons les notations, valables partout dans le chapitre. Les lettres , , désignent des -espaces vectoriels normés de dimension finie, la norme étant notée sans indice quand aucune confusion n'est possible ; désigne toujours un ouvert de , et un point de . Lorsqu'une base de est fixée, les coordonnées d'un vecteur y sont notées . On note la dérivée de en selon le vecteur , ou les dérivées partielles, la différentielle, la matrice jacobienne, le gradient et la matrice hessienne. Les classes de régularité s'écrivent , , . Le produit scalaire d'un espace euclidien est noté , et le gradient n'est défini que dans ce cadre : une fonction numérique sur un espace euclidien. Enfin, toutes les normes de étant équivalentes puisque est de dimension finie, aucune des notions de ce chapitre ne dépend du choix des normes, et l'on ne les précisera donc jamais.

Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles

Dérivée selon un vecteur

Définition

Soient un ouvert de , , et . Comme est ouvert, il existe tel que pour tout , ce qui donne un sens à la définition suivante.

On dit que admet une dérivée en selon le vecteur lorsque la limite

existe dans . Cette limite se note alors .

Remarque

La justification de l'existence de mérite d'être écrite une fois pour toutes. Si , tout convient. Sinon, étant ouvert, il existe tel que ; il suffit de poser , car alors pour . C'est le premier rôle de l'hypothèse « ouvert » : elle garantit qu'on peut bouger un peu dans n'importe quelle direction sans sortir de l'ensemble de définition. Cette hypothèse ne sera jamais décorative dans ce chapitre.

Posons , définie sur et à valeurs dans . C'est une fonction vectorielle d'une variable réelle, exactement l'objet du chapitre précédent, et par définition

Tout le calcul des dérivées selon un vecteur se ramène donc à de la dérivation en une variable : c'est le point de vue à adopter dans les exercices.

Propriété

Soient , , et . Si existe, alors existe et

En particulier .

Démonstration. Si , le taux d'accroissement est nul pour tout , donc la limite existe et vaut , ce qui est bien .

Si , posons . Pour assez petit,

Quand , on a avec , donc le membre de droite tend vers par composition de limites.

Remarque

Retenez bien ce que cette propriété ne dit pas. Elle affirme l'homogénéité de , et rien d'autre. L'additivité, c'est-à-dire , est fausse en général : nous en donnons un contre-exemple explicite à la fin de cette section. Autrement dit, l'application n'a aucune raison d'être linéaire, et c'est précisément ce défaut que la différentiabilité viendra corriger.

Dérivées partielles dans une base

Définition

Soit une base de . Pour et , la -ième dérivée partielle de en relativement à est, lorsqu'elle existe, la dérivée de en selon le vecteur :

On la note aussi .

Remarque

Concrètement, si dans la base , alors

on dérive par rapport à la -ième variable en figeant toutes les autres. C'est une dérivation en une variable, avec toutes les règles de première année (produit, quotient, composée), les autres variables jouant le rôle de constantes.

Pour , on écrit et ; pour , on ajoute . Un point de vocabulaire à ne pas négliger : la notation ne mentionne pas la base, alors que la notion en dépend. Changez de base, et les dérivées partielles changent. Ce n'est pas le cas de la différentielle, qui est un objet intrinsèque : c'est un argument de plus en sa faveur.

Voici quatre calculs de dérivées partielles. Dans chaque cas, on dérive par rapport à une variable en traitant les autres comme des constantes.

a. : et .

b. sur : et .

c. sur : et .

d. : , , .

Pour b., on écrit avant de dériver en . Pour c., la dérivation en donne .

Exemple

Une dérivée selon un vecteur quelconque. Soient , et . Posons . Alors

On remarquera que et , et que : la dérivée selon est ici la combinaison des dérivées partielles avec les coordonnées de . Ce n'est pas un hasard, mais ce n'est pas non plus une loi générale : cela vaudra exactement pour les fonctions différentiables, et c'est tout l'objet de la section suivante.

Ce que les dérivées selon un vecteur ne disent pas

C'est le passage le plus important de cette section, et celui que les candidats oublient le plus vite. L'existence des dérivées partielles, et même l'existence de la dérivée selon tout vecteur, n'entraîne ni la continuité, ni la différentiabilité.

Exemple

Le contre-exemple de référence. Soit définie par

Toutes les dérivées selon un vecteur existent en l'origine. Soit . Pour ,

Si , ce quotient tend vers quand . Si , le numérateur est nul, donc le quotient est nul pour tout et la limite vaut . Dans tous les cas la limite existe :

En particulier et .

La fonction n'est pourtant pas continue en l'origine. Approchons-nous par la parabole : pour ,

Ainsi quand , alors que . La fonction n'a donc pas de limite égale à en l'origine : elle n'y est pas continue, donc a fortiori elle n'y est pas différentiable (nous verrons que la différentiabilité entraîne la continuité).

Pourquoi cela ne contredit rien. Une dérivée selon un vecteur ne regarde que le long d'une droite. Ici, est nulle en l'origine et tend vers le long de chaque droite passant par l'origine, mais elle vaut constamment le long d'une parabole. Aucune information sur des droites ne peut détecter ce comportement : il faut une condition qui contrôle tous les chemins à la fois, et c'est exactement ce que fait le développement limité d'ordre .

Le défaut d'additivité. Sur cet exemple, et , tandis que . Or : l'application n'est pas additive, donc pas linéaire.

Remarque

Un second exemple, plus court, mérite d'être connu car il tient en deux lignes. Soit

Comme et , les deux dérivées partielles existent en l'origine et y sont nulles. Pourtant pour , donc n'est pas continue en . Deux dérivées partielles, c'est deux droites : il en reste une infinité.

Applications différentiables

La définition

Définition

Soient un ouvert de , et . On dit que est différentiable en lorsqu'il existe une application linéaire et une application , définie sur un voisinage de , à valeurs dans , de limite en , telles que

pour tout assez petit pour que .

L'application est alors unique (voir ci-dessous) : on l'appelle la différentielle de en et on la note . On écrit

Remarque

Trois commentaires, à lire lentement.

D'abord, la notation désigne exactement une fonction de la forme avec . C'est la traduction vectorielle du « petit o » de première année ; on ne peut pas diviser par un , on peut seulement le majorer.

Ensuite, l'objet est une application linéaire de dans , pas un nombre ni un vecteur. L'écriture est donc l'image du vecteur par cette application, et l'écriture se rencontre aussi. Ne confondez jamais , qui est une application linéaire, avec , qui est un vecteur de .

Enfin, on n'a pas eu besoin d'exiger la continuité de : les espaces étant de dimension finie, toute application linéaire de dans est automatiquement continue. C'est un résultat du chapitre de topologie, et il sera utilisé sans commentaire dans toutes les démonstrations qui suivent. De même, comme toutes les normes de (et de ) sont équivalentes, la différentiabilité et la valeur de ne dépendent pas des normes choisies.

Unicité de la différentielle

Théorème

Soient et . Si est différentiable en , l'application linéaire de la définition est unique.

Démonstration. Supposons que deux applications linéaires et conviennent, avec des fonctions et de limite nulle. En soustrayant les deux développements, on obtient, pour tout assez petit,

Posons , qui est linéaire, et , de limite en .

Fixons un vecteur non nul et appliquons cette égalité à avec assez petit :

par linéarité de et parce que pour . En divisant par , il vient

Le membre de gauche ne dépend pas de , et le membre de droite tend vers quand , puisque . Donc .

Ceci valant pour tout , et par linéarité, on conclut , c'est-à-dire .

Remarque

La démonstration mérite d'être retenue pour sa mécanique, qui resservira : pour identifier une application linéaire dans un développement limité, on teste sur un vecteur fixé et on fait tendre vers le long de la droite . C'est ce même mouvement qui donnera, deux propriétés plus loin, l'égalité .

Différentiabilité et continuité

Théorème

Si est différentiable en , alors est continue en .

Démonstration. Écrivons le développement limité : avec . L'application linéaire est continue puisque est de dimension finie, donc il existe tel que pour tout . Par inégalité triangulaire,

Le majorant tend vers quand , donc : la fonction est continue en .

Remarque

La réciproque est évidemment fausse : la fonction est continue sur et n'est pas différentiable en l'origine, comme la valeur absolue en ne l'est pas. Nous le vérifierons plus loin.

Ce théorème est surtout utile par contraposée : pour montrer qu'une fonction n'est pas différentiable en un point, le premier réflexe est de tester la continuité. Si elle échoue, tout est dit en trois lignes, et c'est ainsi qu'on liquide le contre-exemple de la section précédente.

Différentiabilité et dérivées selon un vecteur

Théorème

Si est différentiable en , alors admet en une dérivée selon tout vecteur , et

En particulier, l'application est linéaire, et pour toute base de .

Démonstration. Soit . Si , les deux membres sont nuls. Supposons et prenons assez petit pour que . Le développement limité appliqué à donne

en utilisant la linéarité de et l'homogénéité de la norme. En divisant par ,

Le quotient vaut , donc le second terme est majoré en norme par , qui tend vers quand . Ainsi le taux d'accroissement tend vers , ce qui signifie exactement que existe et vaut .

Remarque

Ce théorème est la réparation annoncée au début du chapitre. Pour une fonction différentiable, l'application est linéaire, donc entièrement déterminée par les dérivées partielles. Le contre-exemple se relit maintenant ainsi : ses dérivées selon un vecteur existent toutes mais ne dépendent pas linéairement de , donc la fonction ne peut pas être différentiable en l'origine, indépendamment même de l'argument de continuité.

Retenez la hiérarchie, dans le bon sens et dans le bon ordre :

et aucune des deux implications réciproques n'est vraie, même les deux réunies.

Les exemples de référence

Ces exemples sont à connaître par cœur : ils servent de briques dans presque tous les calculs de différentielle des concours.

Propriété

Application constante. Si est constante, alors est différentiable en tout point de et .

Démonstration. On a pour tout admissible. Le développement limité est donc vérifié en prenant pour l'application linéaire nulle et pour la fonction nulle. Par unicité, .

Propriété

Application linéaire. Si est linéaire, alors est différentiable en tout point et

Démonstration. Par linéarité, exactement, sans aucun reste. Le développement limité est donc vérifié avec la fonction identiquement nulle, et l'unicité donne .

Remarque

C'est l'analogue de « la dérivée de est », et c'est le point où l'on comprend la philosophie du chapitre : une application linéaire est sa propre approximation linéaire, en tout point. Notez que ne dépend pas de , ce qui est très particulier.

Propriété

Application affine. Si s'écrit avec linéaire et fixé, alors est différentiable en tout point et .

Démonstration. On a , sans reste.

Théorème

Application bilinéaire. Soient , , des espaces vectoriels normés de dimension finie et une application bilinéaire. Alors est différentiable en tout point de , et

Démonstration. Munissons de la norme , ce qui est licite puisque toutes les normes de cet espace de dimension finie sont équivalentes. Développons par bilinéarité :

Posons . C'est bien une application linéaire en : la linéarité en chacune des deux variables de donne l'additivité et l'homogénéité de .

Il reste à voir que le terme est un . Comme est de dimension finie et bilinéaire, est continue et il existe tel que

Donc , c'est-à-dire , où le second facteur tend vers quand . Le développement limité d'ordre est établi, et l'unicité de la différentielle donne la formule annoncée.

Remarque

La formule est la version « différentielle » de la formule de dérivation d'un produit : on dérive un facteur à la fois. On la reconnaît sous ses innombrables déguisements : produit de deux fonctions numériques, produit scalaire, produit matriciel, produit vectoriel. Attention à l'ordre des arguments quand n'est pas symétrique : pour le produit matriciel, , et l'on n'a pas le droit de commuter.

Exemple

Le produit de deux fonctions numériques. Soient différentiables en . L'application étant bilinéaire de dans , on obtient, en anticipant sur la règle de la chaîne,

égalité entre formes linéaires sur , c'est-à-dire pour tout .

Théorème

La forme quadratique associée à un endomorphisme. Soit un espace euclidien et un endomorphisme de (que l'on identifiera à sa matrice dans une base orthonormée). L'application

est différentiable en tout point de et

Si est symétrique, cela se simplifie en .

Démonstration. Développons par bilinéarité du produit scalaire et linéarité de :

Or par définition de l'adjoint et symétrie du produit scalaire. Donc

Le premier terme après est linéaire en . Quant au dernier, l'inégalité de Cauchy-Schwarz donne

majore la norme de l'application linéaire continue . C'est donc bien un , et l'unicité conclut.

Exemple

La norme euclidienne au carré. En prenant dans le théorème précédent, la fonction est différentiable sur et

On peut aussi le voir directement : , et .

Exemple

Un calcul à la main. Soit et . Pour ,

Le reste est majoré, pour , par , donc c'est un . Ainsi est différentiable en et

On retrouve les dérivées partielles et comme coefficients : c'est le contenu de la section suivante.

Coordonnées et matrice jacobienne

La différentielle se lit sur les dérivées partielles

Théorème

Soient une base de , différentiable en , et un vecteur de . Alors

Démonstration. L'application est linéaire, donc

la dernière égalité étant le théorème précédent appliqué à .

Remarque

Cette formule est le pont entre la théorie et le calcul. Elle dit que, pour une fonction différentiable, la donnée des dérivées partielles suffit à reconstituer toute la différentielle. Elle explique aussi pourquoi les dérivées partielles restent l'outil de calcul quotidien : elles sont faciles à obtenir (dérivation en une variable), et elles portent toute l'information une fois la différentiabilité acquise. Tout le problème, et c'est le sujet de la section suivante, est d'acquérir cette différentiabilité.

Pour , la formule s'écrit

Matrice jacobienne

Définition

Soient une base de , une base de , et différentiable en . Notons les fonctions coordonnées de dans la base , c'est-à-dire les fonctions numériques telles que .

La matrice jacobienne de en est la matrice de l'application linéaire dans les bases et : son coefficient situé à la ligne et à la colonne est , autrement dit

Remarque

Deux points de vigilance, et ce sont des sources d'erreurs de signe et de format en copie.

La matrice a lignes (dimension de l'arrivée) et colonnes (dimension du départ) : c'est le format d'une matrice d'application linéaire de dans . La -ième colonne est le vecteur , écrit dans la base de ; la -ième ligne rassemble les dérivées partielles de la -ième coordonnée.

En termes de coordonnées, si est la colonne des coordonnées de et celle de , alors . La différentielle, objet abstrait, redevient un produit matriciel : c'est sous cette forme qu'on la manipule dans les calculs.

Propriété

Cas d'une fonction numérique. Si , la matrice jacobienne est la matrice ligne

et est une forme linéaire sur .

Remarque

C'est ce cas qui donnera naissance au gradient : une forme linéaire sur un espace euclidien se représente par un vecteur, et ce vecteur, une fois écrit dans une base orthonormée, a pour coordonnées les dérivées partielles. Autrement dit, le gradient sera la « transposée » de la matrice jacobienne, mais uniquement dans une base orthonormée et uniquement pour une fonction numérique. Nous y reviendrons avec les précautions nécessaires.

Exemple

Trois matrices jacobiennes.

Une application de dans . Soit . Ses trois coordonnées sont polynomiales, donc (nous le justifierons proprement dans la section suivante) est différentiable en tout point et

L'application polaire. Soit , de dans . Alors

Une fonction numérique. Pour , on a .

Fonctions de classe

Définition et théorème fondamental

Définition

Soient un ouvert de et . On dit que est de classe sur lorsque, dans une base de , les dérivées partielles existent en tout point de et sont continues sur .

Théorème

Théorème fondamental (admis). Soit de classe sur l'ouvert . Alors :

  1. est différentiable en tout point de , et pour tous et ,
  1. l'application , , est continue sur ;
  2. la notion ne dépend pas de la base choisie : si les dérivées partielles relatives à une base sont continues, celles relatives à toute autre base le sont aussi.

Réciproquement, si est différentiable sur et si est continue sur , alors est de classe .

Remarque

Ce théorème est le théorème du chapitre du point de vue pratique, et sa démonstration n'est pas exigible. Mesurez ce qu'il apporte. La différentiabilité, telle qu'elle est définie, est une condition de nature globale, coûteuse à vérifier : il faut exhiber une application linéaire et contrôler un reste. Le théorème dit qu'un simple calcul de dérivées partielles, suivi d'un argument de continuité, suffit. Or les dérivées partielles se calculent avec les règles de première année, et leur continuité s'obtient presque toujours par opérations sur les fonctions continues.

C'est donc ainsi que, dans 95 % des exercices, on justifie la différentiabilité : on ne la démontre pas, on la déduit de la classe .

Deux avertissements l'accompagnent. Le premier : l'hypothèse de continuité des dérivées partielles est indispensable, l'existence seule ne suffit pas (nous en avons vu deux contre-exemples). Le second : l'implication ne se renverse pas, il existe des fonctions différentiables en tout point qui ne sont pas de classe (contre-exemple à la fin de cette section).

Opérations

Théorème

Soient un ouvert de et un ouvert de .

  1. Combinaison linéaire. Si sont de classe et , alors est de classe et .
  2. Produit. Si sont de classe , alors l'est et .
  3. Quotient. Si de plus ne s'annule pas sur , alors est de classe sur et
  1. Composée. Si est de classe avec et si est de classe , alors est de classe sur .

En conséquence, l'ensemble est un -espace vectoriel, et est une -algèbre.

Remarque

Ces règles se démontrent en revenant aux dérivées partielles, qui obéissent aux règles de dérivation d'une variable, puis en invoquant la continuité par opérations. Le point 4 sera précisé dans la section suivante, où la différentielle de la composée est calculée : c'est la règle de la chaîne.

Ajoutons deux cas très fréquents, conséquences immédiates de la section précédente : toute application linéaire et toute application bilinéaire entre espaces de dimension finie sont de classe (et même ), et il en va de même de toute fonction polynomiale en les coordonnées, comme .

Méthode

Comment justifier proprement qu'une fonction est de classe . En copie, la rédaction tient en trois temps, et il ne faut en sauter aucun.

  1. Identifier l'ouvert de travail : préciser et dire pourquoi c'est un ouvert (souvent tout entier, ou un ensemble défini par des inégalités strictes entre fonctions continues, ou un complémentaire de fermé).
  2. Invoquer les opérations : « les fonctions coordonnées et sont de classe sur ; par somme, produit, quotient à dénominateur ne s'annulant pas et composition avec des fonctions usuelles de classe , est de classe sur . »
  3. Conclure : « donc est différentiable en tout point de , de différentielle . »

Ce qu'il ne faut pas faire : calculer les dérivées partielles, constater qu'elles existent, et en déduire la différentiabilité. C'est le raisonnement faux typique, et il est sanctionné, car l'existence des dérivées partielles ne donne rien sans continuité.

Quatre fonctions de classe par opérations, à traiter chacune avec la phrase type ci-dessus.

a. sur : le dénominateur ne s'annule jamais.

b. sur , ouvert comme complémentaire d'un fermé.

c. sur : composée et somme de fonctions usuelles.

d. sur , ouvert comme image réciproque de par une fonction continue.

Dans chacun des quatre cas, la justification est la même. Le seul travail spécifique consiste à décrire l'ouvert et à vérifier que les dénominateurs ne s'y annulent pas.

Différentiable ne signifie pas de classe

Exemple

Une fonction différentiable partout, non de classe . Soit définie par

Notons , de sorte que hors de l'origine.

Différentiabilité hors de l'origine. Sur l'ouvert , la fonction est de classe et ne s'annule pas, donc est de classe par opérations, donc différentiable.

Différentiabilité en l'origine. Pour , en notant ,

Le quotient par tend vers , donc est différentiable en avec .

Mais les dérivées partielles ne sont pas continues en l'origine. Hors de l'origine, en dérivant par rapport à (avec ) :

Prenons et , de sorte que :

Le premier terme tend vers , mais n'a pas de limite quand . Donc n'a pas de limite en , alors que : la dérivée partielle existe partout mais n'est pas continue en l'origine.

Conclusion. La fonction est différentiable en tout point de sans être de classe sur . L'implication « de classe implique différentiable » est donc strictement plus forte que sa réciproque, et l'on ne peut pas remplacer l'une par l'autre dans un énoncé.

Remarque

Voici, pour finir, la carte complète des implications de ce chapitre. Elles se lisent de gauche à droite, et aucune flèche ne se renverse :

et, tout à droite, l'existence des dérivées partielles n'implique rigoureusement rien. Un exercice mal rédigé est presque toujours un exercice qui remonte une de ces flèches.

Règle de la chaîne

Différentielle d'une composée

Théorème

Règle de la chaîne. Soient un ouvert de , un ouvert de , avec , et . Si est différentiable en et si est différentiable en , alors est différentiable en et

En termes de matrices jacobiennes, dans des bases fixées de , et :

Démonstration. Écrivons les deux développements limités. Il existe et telles que, pour et assez petits,

Posons , de sorte que .

Majoration de . L'application est linéaire continue, donc il existe tel que . Pour assez petit, , d'où

En particulier quand .

Composition des développements. En reportant,

Or est linéaire, donc

Ainsi

Le reste est négligeable. D'une part, est linéaire continue et , donc : le premier morceau est bien de la forme . D'autre part,

et puisque et est de limite nulle en . Donc .

Comme est linéaire (composée de deux applications linéaires), l'unicité de la différentielle donne la formule. La traduction matricielle est celle de la composition des applications linéaires.

Dérivation le long d'un arc

C'est le cas particulier le plus utilisé du chapitre : celui où l'espace de départ est , c'est-à-dire où l'on suit le long d'un chemin.

Théorème

Dérivation le long d'un arc. Soient un intervalle de , dérivable en avec , et différentiable en . Alors est dérivable en et

Si de plus est euclidien et est numérique, cela s'écrit

Démonstration. Notons et écrivons les deux développements limités, celui de en (fonction vectorielle d'une variable réelle, chapitre précédent) et celui de en :

avec quand et quand .

Posons . Pour assez petit, , donc

et en particulier quand . En reportant et en utilisant la linéarité de :

Divisons par :

Le deuxième terme tend vers car est linéaire continue et . Le troisième est majoré en norme par , qui tend vers . Le taux d'accroissement converge donc vers , ce qui est le résultat.

La seconde formule est la définition du gradient, , appliquée à .

Exemple

Le long du cercle unité. Soient de classe et . Alors et

Cette formule est l'outil de base pour étudier une fonction sur un cercle, donc sur la frontière d'un disque : nous nous en servirons en optimisation.

Dérivées partielles d'une composée

Propriété

Soient un ouvert de , de classe à valeurs dans un ouvert de , et de classe . Notons et . Alors est de classe sur et, pour tout ,

Démonstration. C'est la règle de la chaîne appliquée au vecteur de la base canonique de : d'une part , d'autre part

est la base canonique de , car les coordonnées de forment la -ième colonne de . Par linéarité de et puisque , on obtient la formule annoncée.

Remarque

Cette formule est celle que l'on applique mécaniquement dans les changements de variables. Elle se retient sous la forme mnémotechnique

à condition de se souvenir que les dérivées de sont évaluées au point image , et pas en . C'est l'oubli numéro un dans les copies : on écrit au lieu de , et tout le calcul suivant devient faux.

Changement de variables : les coordonnées polaires

Méthode

Le mécanisme du changement de variables. On dispose d'une fonction inconnue , de classe sur un ouvert , et l'on pose est une application de classe explicite, choisie pour simplifier le problème. On exprime alors les dérivées partielles de en fonction de celles de par la règle de la chaîne, on inverse le système obtenu, et l'on traduit l'équation de départ dans les nouvelles variables.

Traitons complètement le cas le plus utile, celui des coordonnées polaires.

Propriété

Passage en polaires. Soient un ouvert de et de classe . Posons, pour tel que ,

Alors est de classe et

les dérivées de étant prises au point . Réciproquement, pour ,

Démonstration. L'application est de classe (ses coordonnées le sont), donc l'est par composition. La formule des dérivées partielles d'une composée donne, avec et :

Pour inverser, on résout ce système linéaire de deux équations aux inconnues et . Sa matrice est transposée, de déterminant , donc le système est inversible dès que . Concrètement, on calcule

et de même

Exemple

Les fonctions invariantes par rotation. Cherchons toutes les fonctions de classe sur vérifiant

Posons pour , qui est un ouvert. D'après la propriété précédente,

L'équation dit donc exactement que . À fixé, la fonction est dérivable sur l'intervalle , de dérivée nulle : elle est constante. Il existe donc une fonction telle que , et est de classe puisque .

En revenant à , pour tout , en écrivant sous forme polaire :

Réciproquement, une telle fonction convient : en posant , on a et , donc .

Les solutions sont donc exactement les fonctions radiales, ce qui était géométriquement prévisible : l'équation exprime que la dérivée de le long des cercles centrés à l'origine est nulle.

Une équation aux dérivées partielles du premier ordre

Exemple

Résolution complète par changement de variables affine. Cherchons toutes les fonctions de classe telles que

Choix du changement de variables. L'équation dit que la dérivée de selon le vecteur est nulle : . On choisit donc un couple de nouvelles variables dont l'une est constante le long de la direction . Le vecteur étant orthogonal à , la quantité est constante le long des droites dirigées par . Posons

Traduction de l'équation. Définissons , qui est de classe sur par composition. La règle de la chaîne donne

les dérivées de étant prises au point . Ainsi

Résolution. À fixé, est dérivable sur l'intervalle de dérivée nulle, donc constante. Il existe donc telle que pour tout , et est de classe car .

Retour à . Comme , on obtient

Vérification de la réciproque. Soit de classe sur et . Alors est de classe par composition,

donc . L'ensemble des solutions de est donc

Remarque

Trois réflexes à retenir de cet exemple, car ils valent pour toutes les EDP linéaires du premier ordre à coefficients constants rencontrées aux concours.

Le changement de variables se choisit en regardant la direction portée par les coefficients : ici . Une bonne nouvelle variable est une quantité constante dans cette direction.

L'étape « dérivée nulle donc fonction constante » exige que la variable parcoure un intervalle : c'est pour cela qu'on prend garde à ce que le nouvel ouvert soit un produit d'intervalles, ou au moins convexe. Sur un ouvert quelconque, une dérivée partielle nulle n'entraîne pas la constance (pensez à une réunion de deux disques disjoints).

La réciproque doit être vérifiée et rédigée. Le raisonnement direct montre que toute solution est de la forme voulue ; il faut encore s'assurer que toutes ces fonctions conviennent, ce qui, ici, prend deux lignes.

Propriété

Une différentielle nulle sur un ouvert convexe donne une fonction constante. Soient un ouvert convexe de et différentiable sur avec pour tout . Alors est constante sur .

Démonstration. Soient . Comme est convexe, le segment est inclus dans , donc on peut poser pour . L'arc est dérivable, de dérivée constante , donc par dérivation le long d'un arc, est dérivable sur et

Une fonction vectorielle dérivable de dérivée nulle sur un intervalle est constante, donc , c'est-à-dire .

Remarque

Le résultat s'étend aux ouverts connexes par arcs, en découpant un chemin en petits morceaux contenus dans des boules (qui sont convexes). Nous ne l'utiliserons que sous la forme convexe ci-dessus, qui suffit à tous les exercices d'EDP du programme. En revanche, la conclusion est fausse si l'ouvert n'est pas connexe : sur la réunion de deux boules disjointes, une fonction peut valoir sur l'une et sur l'autre avec une différentielle identiquement nulle.

Gradient

Définition et existence

Dans toute cette section, est un espace euclidien de produit scalaire , un ouvert de et une fonction numérique.

Théorème

Représentation des formes linéaires en dimension finie. Soit un espace euclidien. Pour toute forme linéaire sur , il existe un unique vecteur tel que

Démonstration. Existence. Soit une base orthonormée de , qui existe par le procédé de Gram-Schmidt. Posons . Pour , la bilinéarité du produit scalaire et l'orthonormalité donnent

la deuxième égalité étant la linéarité de .

Unicité. Si et conviennent tous les deux, alors pour tout . En prenant , il vient , donc .

Définition

Soient euclidien, un ouvert de , différentiable en . La forme linéaire se représente de manière unique par un vecteur, appelé gradient de en et noté :

Remarque

Insistons sur les hypothèses, car c'est une source d'erreurs constante.

Le gradient n'a de sens que pour une fonction à valeurs réelles : si n'est pas , la différentielle n'est pas une forme linéaire et il n'y a pas de gradient (on parle alors de matrice jacobienne).

Le gradient dépend du produit scalaire choisi. Changez de produit scalaire sur , et le vecteur change, alors que la forme linéaire , elle, ne bouge pas. Le gradient n'est donc pas un objet plus intrinsèque que la différentielle : c'est sa traduction dans une structure supplémentaire.

Enfin, est un vecteur de , du même espace que et . On peut le dessiner, le comparer à d'autres vecteurs, en prendre la norme : c'est tout l'intérêt.

Expression en base orthonormée

Propriété

Soit une base orthonormée de . Si est différentiable en , alors

c'est-à-dire que les coordonnées du gradient dans une base orthonormée sont les dérivées partielles. Pour muni du produit scalaire canonique,

Démonstration. Notons . Pour , l'orthonormalité de la base donne , qui vaut d'après l'expression de la différentielle sur les coordonnées. Par unicité du vecteur représentant , on a .

Remarque

L'hypothèse « orthonormée » n'est pas décorative. Dans une base quelconque, les coordonnées du gradient ne sont pas les dérivées partielles : la formule fait intervenir l'inverse de la matrice de Gram de la base. Aux concours, on travaille presque toujours dans avec le produit scalaire canonique et la base canonique, qui est orthonormée, d'où l'habitude d'écrire simplement « le gradient, c'est le vecteur des dérivées partielles ». C'est vrai dans ce cadre, et faux en général.

Quatre gradients de référence, sur un espace euclidien , à connaître par cœur.

a. avec fixé : pour tout .

b. : .

c. avec symétrique : .

d. sur : .

Exemple

Détail des cas a., c. et d.

Pour a., l'application est linéaire, donc , c'est-à-dire : le vecteur représentant est .

Pour c., nous avons montré , donc , qui vaut lorsque est symétrique. Pour quelconque, retenez la formule générale : écrire sans hypothèse de symétrie est une erreur classique.

Pour d., posons et , de sorte que sur , où . La fonction racine carrée est de classe sur , donc par composition est différentiable et, pour tout ,

Donc , vecteur unitaire dirigé par . En , la fonction n'est pas différentiable : pour , le taux d'accroissement vaut si et si , donc n'existe pour aucun , exactement comme la valeur absolue en n'est pas dérivable.

Direction de plus forte pente

Théorème

Soient euclidien, différentiable en , et supposons . Alors

et ce maximum est atteint pour le seul vecteur unitaire

De même, le minimum de sur les vecteurs unitaires vaut et est atteint pour .

Démonstration. Pour unitaire, . L'inégalité de Cauchy-Schwarz donne

donc pour tout unitaire : le majorant est établi.

Il est atteint en , qui est bien unitaire, car

Enfin, le cas d'égalité dans Cauchy-Schwarz impose que soit colinéaire à ; parmi les deux vecteurs unitaires colinéaires, seul donne une valeur positive, l'autre donnant . Le maximum est donc atteint uniquement en , et le minimum uniquement en .

Remarque

C'est l'interprétation que tout le monde retient du gradient, et elle est juste à condition de la formuler correctement : parmi toutes les directions unitaires, celle du gradient est celle où croît le plus vite, et la vitesse de croissance correspondante est . La direction opposée est celle de plus forte descente : c'est le principe des algorithmes de descente de gradient, où l'on se déplace de vers pour faire décroître .

Notez le cas exclu : si , toutes les dérivées directionnelles sont nulles et il n'y a plus de direction privilégiée. Ce sont exactement les points critiques, ceux qui gouvernent l'optimisation.

Vecteurs tangents, lignes et surfaces de niveau

Vecteurs tangents à une partie

Définition

Soient une partie de et . Un vecteur est tangent à en lorsqu'il existe et un arc tels que :

  1. pour tout (l'arc est tracé sur ) ;
  2. ;
  3. est dérivable en et .

Remarque

La définition est purement cinématique : un vecteur tangent est un vecteur vitesse en d'un mobile qui reste sur . Le vecteur nul est toujours tangent (prendre l'arc constant), et si est tangent alors l'est aussi pour tout (reparamétrer par ). En revanche, l'ensemble des vecteurs tangents n'a aucune raison d'être un sous-espace vectoriel pour une partie quelconque : prenez la réunion de deux droites sécantes, où les vecteurs tangents au point d'intersection forment la réunion des deux directions, pas leur somme.

Cette définition a un mérite décisif dans notre programme : elle ne demande aucun théorème d'existence. On ne suppose pas que est une « surface » au sens savant, on ne paramètre rien globalement, on regarde simplement les arcs qui existent.

Le gradient est orthogonal aux lignes de niveau

Définition

Soient et . L'ensemble de niveau de est

Pour on parle de ligne de niveau (les isobares d'une carte météo, les courbes d'altitude d'une carte IGN), pour de surface de niveau.

Théorème

Soient euclidien, différentiable en , et . Alors tout vecteur tangent en à l'ensemble de niveau vérifie

Autrement dit, est orthogonal à tous les vecteurs tangents en à la ligne (ou surface) de niveau passant par .

Démonstration. Soit un vecteur tangent à en : il existe un arc , tracé sur , avec et , dérivable en .

Comme est à valeurs dans , on a pour tout : la fonction est constante. Elle est par ailleurs dérivable en par dérivation le long d'un arc, et

Remarque

La démonstration tient en trois lignes et elle est le modèle de toutes les questions de tangence de ce chapitre : on dérive une relation constante le long d'un arc. Aucun théorème des fonctions implicites n'intervient, et il ne faut surtout pas en chercher un.

Ce que le théorème dit exactement : tout vecteur tangent est orthogonal au gradient. Ce qu'il ne dit pas : que tout vecteur orthogonal au gradient est tangent. Cette réciproque est vraie sous de bonnes hypothèses, mais sa démonstration générale utilise le théorème des fonctions implicites, hors programme. Quand on en a besoin dans un cas concret, on l'obtient à la main en exhibant un arc, comme nous le ferons pour la sphère.

Exemple

Deux lignes de niveau.

Les cercles. Pour , la ligne de niveau est le cercle de rayon , et est le vecteur radial : il est bien orthogonal au cercle, comme on le sait depuis la classe de troisième.

Une hyperbole. Pour , la ligne de niveau est l'hyperbole d'équation , et . En , le gradient vaut . Vérifions le théorème à la main : la branche de l'hyperbole se paramètre, au voisinage de , par

arc tracé sur la ligne de niveau, avec et . Et l'on a bien . La tangente à l'hyperbole en est donc la droite passant par et dirigée par , d'équation .

Plan tangent au graphe d'une fonction de deux variables

Théorème

Soient un ouvert de , de classe et . Notons

le graphe de , et . Alors l'ensemble des vecteurs tangents à en est exactement le plan vectoriel

et le plan tangent à en , c'est-à-dire le plan affine , a pour équation

Démonstration. Tout élément de est tangent. Soit . Comme est ouvert, il existe tel que pour . Posons

qui est un arc tracé sur avec . Ses deux premières coordonnées sont affines, donc dérivables ; la troisième est dérivable en par dérivation le long d'un arc, de dérivée . Donc est dérivable en et

qui est le vecteur générique de .

Tout vecteur tangent appartient à . Soit un arc tracé sur , dérivable en , avec . Être tracé sur signifie pour tout . Les fonctions et sont dérivables en (coordonnées d'une fonction vectorielle dérivable), donc l'arc plan l'est aussi, et la dérivation le long d'un arc donne

Ainsi avec et .

Équation du plan affine. Un point appartient à si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si .

Remarque

Cette équation est la traduction géométrique du développement limité d'ordre : le plan tangent est le graphe de l'application affine qui approche au premier ordre au voisinage de . C'est la version en dimension de la tangente de première année, et elle se retient exactement de la même façon.

Notez qu'ici l'ensemble des vecteurs tangents est exactement un plan, et que nous l'avons prouvé dans les deux sens, sans aucun théorème hors programme : la double inclusion s'obtient en exhibant des arcs d'un côté, en dérivant la relation de l'autre.

Exemple

Le paraboloïde. Soit et , qui appartient bien au graphe puisque . On a et , donc . Le plan tangent en a pour équation

Vérification de bon sens : le point vérifie bien .

Plan tangent à une surface de niveau

Définition

Soient un ouvert de , de classe , et . Soit tel que . Le plan tangent à en est le plan affine passant par et orthogonal à , c'est-à-dire l'ensemble des points tels que

soit, en coordonnées, avec :

Remarque

Pourquoi une définition et non un théorème ? Parce que le théorème démontré plus haut donne une seule inclusion : tout vecteur tangent à en est orthogonal à , donc appartient à la direction de ce plan. L'inclusion réciproque, qui dirait que tout vecteur orthogonal au gradient est effectivement la vitesse d'un arc tracé sur , réclamerait le théorème des fonctions implicites, hors programme.

En pratique, cela ne gêne jamais : dans un exercice concret on sait exhiber les arcs à la main (voir la sphère ci-dessous), et l'énoncé du concours définit lui-même le plan tangent par la formule ci-dessus. La condition , elle, est essentielle : si le gradient est nul, la formule dégénère en et ne définit plus un plan. Un tel point est dit singulier, et l'étude locale y sort du programme.

Exemple

La sphère. Soit la sphère de centre et de rayon dans euclidien, c'est-à-dire l'ensemble de niveau de . On a , qui est non nul sur . Le plan tangent en est donc défini par , c'est-à-dire

C'est le résultat attendu : le plan tangent à une sphère est orthogonal au rayon.

Vérifions à la main que tout vecteur orthogonal à est bien tangent, ce qui montre que sur cet exemple l'inclusion réciproque est vraie, et se prouve sans aucun outil hors programme. Soit avec . Posons

Comme et sont orthogonaux, , donc est bien définie et de classe sur , et elle est tracée sur puisque . De plus . Enfin, en posant , on a et (la dérivée de en est nulle), donc

Le vecteur est donc bien tangent à la sphère en .

Dérivées partielles d'ordre supérieur

Définition et classe

Définition

Soient un ouvert de muni d'une base , et admettant des dérivées partielles en tout point de . Chaque est alors une application de dans , et l'on peut recommencer : lorsqu'elle existe, la dérivée partielle seconde d'indices est

Lorsque , on écrit .

Plus généralement, pour , on dit que est de classe sur lorsque toutes les dérivées partielles de jusqu'à l'ordre existent et sont continues sur . On dit que est de classe lorsqu'elle est de classe pour tout .

Remarque

Attention à l'ordre de lecture des indices : dans , on dérive d'abord par rapport à , puis par rapport à . C'est la convention cohérente avec la notation , qui se lit de droite à gauche comme une composition. Le théorème de Schwarz rendra cette question sans conséquence pour les fonctions de classe , mais la convention doit être fixée pour que l'énoncé ait un sens.

Comme pour la classe , la définition ne dépend pas de la base choisie, et les opérations se comportent bien : combinaison linéaire, produit, quotient à dénominateur non nul et composée de fonctions de classe sont de classe . C'est ce qui permet de conclure d'un mot que est de classe sur .

Le théorème de Schwarz

Théorème

Théorème de Schwarz (admis). Soient un ouvert de et de classe sur . Alors, pour tous indices et et tout ,

Plus généralement, pour une fonction de classe , le résultat d'une dérivation d'ordre ne dépend pas de l'ordre dans lequel les dérivations sont effectuées.

Remarque

La démonstration n'est pas exigible, mais l'énoncé doit être compris. Ce que dit Schwarz est que, pour une fonction suffisamment régulière, les dérivations partielles commutent : dériver en puis en donne le même résultat que dériver en puis en . C'est ce qui permet, dans la pratique, de choisir l'ordre le plus commode et de ne calculer qu'une seule des deux dérivées croisées.

Ce que Schwarz ne dit pas, c'est que ce serait vrai sans hypothèse. L'hypothèse est réellement nécessaire, comme le montre le contre-exemple suivant.

Exemple

L'hypothèse n'est pas décorative. Soit définie par

On admet que est de classe sur (elle est de classe hors de l'origine par opérations, et un calcul de majoration montre la continuité des dérivées partielles en l'origine).

Calcul de sur l'axe des ordonnées. Pour fixé et ,

lorsque , et le quotient est nul si . Donc pour tout .

Calcul de sur l'axe des abscisses. Symétriquement, pour fixé et ,

donc pour tout .

Les dérivées croisées en l'origine. En dérivant les deux fonctions obtenues :

Les deux dérivées croisées existent en l'origine et diffèrent : . La conclusion de Schwarz est donc en défaut, ce qui prouve que n'est pas de classe au voisinage de l'origine, si régulière qu'elle paraisse.

Matrice hessienne

Définition

Soient un ouvert de , de classe et . La matrice hessienne de en est la matrice carrée d'ordre

Propriété

Si est de classe sur , la matrice est symétrique pour tout .

Démonstration. Le coefficient d'indice est et celui d'indice est : ils sont égaux par le théorème de Schwarz.

Remarque

Cette symétrie n'est pas un détail esthétique : c'est elle qui donnera accès au théorème spectral. Une matrice symétrique réelle est diagonalisable en base orthonormée, à valeurs propres réelles, et c'est le signe de ces valeurs propres qui décidera de la nature d'un point critique. Toute la section d'optimisation au second ordre repose sur ce fait.

Exemple

Trois hessiennes. Pour , on a et , d'où

Pour , on obtient .

Pour avec , on a , dont les dérivées partielles donnent , constante.

Formule de Taylor-Young à l'ordre 2

Théorème

Formule de Taylor-Young à l'ordre (admise). Soient un ouvert de , de classe sur et . Alors, pour tendant vers ,

Avec les notations matricielles, en identifiant à une colonne et en munissant du produit scalaire canonique :

Remarque

La différentielle seconde est hors programme. Dans d'autres cursus, on introduit un objet , application bilinéaire symétrique, et l'on écrit le terme d'ordre sous la forme . Cet objet n'existe pas dans le programme de MP, et il ne faut ni l'utiliser ni l'invoquer dans une copie. L'ordre s'écrit exclusivement avec les dérivées partielles secondes, la matrice hessienne et la formule ci-dessus, en coordonnées.

Notez aussi le domaine d'application : la fonction est numérique (à valeurs dans ) et l'espace de départ est (ou un espace euclidien rapporté à une base orthonormée). C'est le seul cadre dont nous aurons besoin, puisque l'optimisation concerne des fonctions à valeurs réelles.

Exemple

Un développement à l'ordre 2. Soit , de classe sur , et . On a ,

La formule de Taylor-Young donne donc

Contrôle par les développements limités d'une variable : et , d'où en multipliant et en ne gardant que les termes de degré au plus : . Les deux méthodes concordent, et la seconde est souvent la plus rapide en pratique.

Optimisation

Vocabulaire

Définition

Soient une partie de , et .

On dit que admet en un maximum global sur lorsque pour tout , et un minimum global lorsque pour tout .

On dit que admet en un maximum local lorsqu'il existe tel que pour tout , et de même pour un minimum local.

Un extremum est un maximum ou un minimum. L'extremum est dit strict lorsque l'inégalité est stricte pour .

Remarque

Trois précisions de vocabulaire qui coûtent des points quand elles sont négligées.

Un extremum global est en particulier local ; la réciproque est fausse. Un extremum local est une propriété au voisinage du point, et rien n'interdit à la fonction de prendre ailleurs des valeurs bien plus grandes.

L'extremum est la valeur , le point est le point où il est atteint. On demande souvent « en quels points l'extremum est-il atteint » : il peut y en avoir plusieurs, et il faut tous les donner.

Enfin, l'existence d'un extremum n'est jamais acquise : n'a ni maximum ni minimum sur , et n'a pas de minimum sur bien qu'elle soit minorée par . Il faudra donc systématiquement produire un argument d'existence, ou bien conclure par un calcul complet.

Condition nécessaire du premier ordre

Définition

Soient un ouvert de et différentiable sur . Un point est un point critique de lorsque , c'est-à-dire, si est euclidien, lorsque , ou encore lorsque toutes les dérivées partielles de s'annulent en .

Théorème

Condition nécessaire du premier ordre. Soient un ouvert de , et . Si admet un extremum local en et si est différentiable en , alors

c'est-à-dire que est un point critique de .

Démonstration. Supposons par exemple que admette un maximum local en : il existe tel que (car est ouvert, quitte à diminuer ) et pour tout .

Soit non nul. Posons et, pour ,

La fonction est bien définie car , et elle est dérivable en avec , d'après la propriété liant différentielle et dérivée selon un vecteur.

Par ailleurs, pour tout : la fonction , d'une variable réelle, admet un maximum en , qui est un point intérieur à son intervalle de définition. Le théorème de première année s'applique : .

Ainsi pour tout , et aussi pour par linéarité. Donc . Le cas d'un minimum local se traite de même, ou en appliquant ce qui précède à .

Remarque

Deux hypothèses, deux pièges.

L'ouvert. Le théorème est faux si n'est pas intérieur. Sur , la fonction atteint son maximum en , et pourtant . Le maximum est « bloqué par le bord », et la dérivée n'a aucune raison de s'annuler. C'est pour cette raison que la recherche d'extremums sur un fermé se fait toujours en deux temps : l'intérieur, puis la frontière.

La condition est nécessaire, pas suffisante. Un point critique est un candidat, rien de plus, exactement comme en première année où a un point critique en sans y avoir d'extremum. En plusieurs variables, le phénomène est même plus riche : il apparaît des points selle (ou points col), où la fonction croît dans une direction et décroît dans une autre.

Exemple

Le point selle modèle. Soit sur . On a , donc l'unique point critique est l'origine. Pourtant, pour ,

Dans tout voisinage de l'origine, prend donc des valeurs strictement supérieures et strictement inférieures à : il n'y a aucun extremum local en . La surface d'équation a la forme d'une selle de cheval, d'où le nom.

Existence d'un extremum global par compacité

Théorème

Théorème des bornes atteintes. Soient une partie compacte non vide de (c'est-à-dire, étant de dimension finie, une partie fermée et bornée non vide) et continue. Alors est bornée sur et atteint ses bornes : il existe tels que

Remarque

C'est un théorème du chapitre de topologie, rappelé ici parce qu'il est le pivot de toute la section. Retenez la logique : le calcul différentiel ne prouve jamais l'existence d'un extremum, il ne fait que localiser les candidats. L'existence vient de la topologie, par compacité ou par coercivité.

La vérification que est compact doit être écrite : « est fermé comme image réciproque d'un fermé par une application continue, et borné car inclus dans une boule », voilà la phrase type. Elle prend deux lignes et elle est exigée.

Méthode

Recherche des extremums d'une fonction continue sur un compact. La stratégie ne varie jamais.

  1. Existence : vérifier que est fermé borné non vide et que est continue, puis conclure que atteint son maximum et son minimum sur . À ce stade, on sait que les extremums existent, sans savoir où.
  2. Points intérieurs : si un extremum est atteint en un point de l'intérieur de et si y est différentiable, alors est un point critique. On résout donc le système dans l'intérieur, et l'on retient les solutions comme candidats.
  3. Frontière : la condition du premier ordre ne s'y applique pas. On paramètre la frontière (cercle par , segments d'un carré par une variable, etc.) et l'on étudie la fonction d'une variable obtenue, avec les outils de première année.
  4. Comparaison : on calcule en tous les candidats (intérieurs et frontière) et l'on compare les valeurs. La plus grande est le maximum, la plus petite le minimum.

Ne cherchez jamais de multiplicateur de Lagrange pour traiter l'étape 3 : c'est hors programme, et le paramétrage suffit à tous les exercices du programme.

Exemple

Extremums sur le disque unité fermé. Soit

Étape 1 : existence. L'ensemble est fermé (image réciproque du fermé par la fonction continue ), borné (inclus dans la boule de centre l'origine et de rayon ) et non vide. La fonction est polynomiale donc continue. Elle atteint donc son maximum et son minimum sur .

Étape 2 : l'intérieur. L'intérieur de est le disque ouvert . La fonction y est de classe et

Le système et a pour unique solution : en effet, en soustrayant, puis . Le seul point critique intérieur est donc l'origine, avec .

Étape 3 : la frontière. C'est le cercle unité, que l'on paramètre par pour . Alors

Comme décrit quand décrit , la fonction décrit . Le minimum est atteint pour modulo , c'est-à-dire aux points , et le maximum pour modulo , c'est-à-dire aux points .

Étape 4 : comparaison. Les valeurs candidates sont (à l'intérieur), et (sur le bord). Donc

Vérification du maximum : . Tout concorde.

Remarque

Si la frontière est un carré ou un triangle plutôt qu'un cercle, l'étape 3 se découpe : on étudie séparément chaque côté (fonction d'une variable sur un segment) sans oublier de traiter les sommets, qui appartiennent à deux côtés à la fois et où les études par côté peuvent ne pas donner de dérivée nulle. Pour , cela fait quatre segments et quatre sommets.

Conditions du second ordre

Théorème

Nature d'un point critique par la hessienne. Soient un ouvert de , de classe et un point critique de . Notons les valeurs propres de la matrice symétrique .

  1. Si toutes les valeurs propres sont strictement positives (hessienne définie positive), alors admet en un minimum local strict.
  2. Si toutes les valeurs propres sont strictement négatives (hessienne définie négative), alors admet en un maximum local strict.
  3. S'il existe deux valeurs propres de signes opposés (une strictement positive et une strictement négative), alors n'admet pas d'extremum local en : c'est un point selle.
  4. Si est valeur propre et que les autres valeurs propres sont toutes de même signe (au sens large), on ne peut rien conclure : le cas est dit dégénéré, et il faut une étude directe.

Démonstration du cas 1. Supposons définie positive et notons sa plus petite valeur propre. La matrice étant symétrique réelle, le théorème spectral fournit une base orthonormée de vecteurs propres, associée aux valeurs propres . Pour , on a alors

la dernière égalité venant de l'orthonormalité de la base.

Écrivons maintenant la formule de Taylor-Young à l'ordre en , en tenant compte de :

D'après la minoration précédente,

Comme , il existe tel que et pour . Pour un tel non nul,

Donc pour tout non nul de norme inférieure à : la fonction admet en un minimum local strict.

Démonstration du cas 2. Appliquer le cas 1 à , dont la hessienne en est , de valeurs propres .

Démonstration du cas 3. Soient un vecteur propre unitaire associé à une valeur propre et un vecteur propre unitaire associé à une valeur propre . Taylor-Young appliqué à donne, pour ,

car et . Pour assez petit et non nul, la parenthèse est strictement positive, donc .

De même, pour assez petit non nul. Dans tout voisinage de , la fonction prend donc des valeurs strictement supérieures et strictement inférieures à : il n'y a pas d'extremum local en .

Remarque

Sur le cas 4, il faut être catégorique : lorsque est valeur propre de la hessienne, le théorème ne dit rien, et écrire « la hessienne est positive donc c'est un minimum » est une faute. Voici trois fonctions ayant en l'origine un point critique et la même hessienne , dégénérée, et trois comportements différents.

Pour , l'origine est un minimum global strict, car partout ailleurs.

Pour , il n'y a pas d'extremum : tandis que .

Pour , il n'y a pas non plus d'extremum, car change de signe.

Dans les trois cas, il a fallu regarder la fonction elle-même, et non sa hessienne.

Remarque

Un piège plus subtil, à connaître. Il ne suffit pas d'étudier le long des droites passant par le point critique. Considérons

Son gradient est , nul en l'origine, qui est donc un point critique, et est dégénérée.

Le long de toute droite passant par l'origine, admet un minimum strict en : pour avec , au voisinage de ; pour , ; pour , .

Et pourtant l'origine n'est pas un minimum local : le long de la parabole ,

pour tout . On retrouve, en optimisation, la leçon de la première section du chapitre : les droites ne suffisent pas.

Le cas de deux variables : notations , ,

Propriété

Soient un ouvert de , de classe et un point critique. Posons (notations de Monge)

Le déterminant vaut et la trace vaut , ce qui donne le tableau suivant.

DiscriminantSigne de Nature du point critique
minimum local strict
maximum local strict
quelconquepoint selle, pas d'extremum
quelconquecas dégénéré, étude directe nécessaire

Démonstration. Le produit des deux valeurs propres de vaut , leur somme vaut .

Si , les deux valeurs propres sont non nulles et de même signe. De plus , donc et sont non nuls et de même signe, et le signe commun des valeurs propres est celui de leur somme , donc celui de . Si les deux valeurs propres sont strictement positives (cas 1 du théorème), si elles sont strictement négatives (cas 2).

Si , le produit des valeurs propres est strictement négatif : elles sont de signes opposés, c'est le cas 3.

Si , l'une des valeurs propres est nulle : c'est le cas dégénéré.

Exemple

Étude complète sur un ouvert. Cherchons les extremums locaux de sur .

Points critiques. La fonction est polynomiale donc de classe , et

Le système s'écrit et . En substituant, , donc , d'où ou . Les points critiques sont donc et .

Nature. La hessienne est .

En : , , , donc : point selle, pas d'extremum.

En : , , , donc et : minimum local strict, de valeur .

Pas d'extremum global. La fonction n'est pas minorée : quand . Elle n'est pas majorée non plus. Le minimum local en n'est donc pas global, ce qui rappelle que les deux notions sont indépendantes.

Coercivité

Sur un ouvert non borné comme , la compacité est indisponible. L'argument de remplacement est le suivant, et il est très fréquent aux concours.

Théorème

Existence d'un minimum global par coercivité. Soit continue et coercive, au sens où

c'est-à-dire : pour tout , il existe tel que implique . Alors admet un minimum global sur , atteint en au moins un point.

Démonstration. Posons . Par coercivité appliquée à ce réel , il existe tel que

Considérons la boule fermée . C'est une partie fermée, bornée et non vide de (elle contient ), donc une partie compacte puisque la dimension est finie. La fonction y est continue, donc elle atteint son minimum sur : il existe tel que

En particulier, comme , on a .

Montrons que réalise le minimum sur tout entier. Soit . Si , alors et par définition de . Si , alors . Dans les deux cas , donc admet un minimum global en .

Remarque

La démonstration mérite d'être sue par cœur : c'est un raisonnement en deux zones (la boule, où l'on utilise la compacité ; l'extérieur, où l'on utilise la coercivité), et il est réclamé tel quel dans de nombreux sujets. Le point technique à ne pas rater est le choix du seuil : on compare à la valeur , ou à la valeur de en n'importe quel point fixé, ce qui garantit que le minimum sur la boule est bien inférieur aux valeurs de l'extérieur.

Pour montrer qu'une fonction est coercive, on cherche presque toujours une minoration de la forme avec quand .

Exemple

Une étude complète avec coercivité. Soit sur .

Coercivité. Comme (inégalité ) et (par convexité, ou en développant ), on obtient, en posant :

La fonction est donc coercive, et continue car polynomiale : elle admet un minimum global, atteint en un point de .

Localisation. Ce minimum global est en particulier un minimum local atteint en un point de l'ouvert , donc en un point critique. Or

et le système s'écrit et , d'où , soit , donc . Les points critiques sont , et , de valeurs respectives

Conclusion. Le minimum global vaut donc , atteint exactement en et .

Nature des points critiques, pour compléter. La hessienne est . En , : point selle. En et en , et : minimums locaux stricts, ce qui est cohérent avec ce qui précède.

Contraintes : le paramétrage, pas Lagrange

Remarque

Les multiplicateurs de Lagrange sont hors programme en MP. Aucun exercice de la filière ne peut donc exiger cette technique, et l'utiliser dans une copie n'apporte rien (au mieux le correcteur l'ignore, au pire il sanctionne un résultat non justifié). Les trois techniques autorisées, et suffisantes, sont les suivantes.

Le paramétrage. Si la contrainte se paramètre explicitement, on substitue et l'on se ramène à une fonction d'une variable de moins. Le cercle se paramètre par , une droite par , un segment par .

La substitution. Si la contrainte permet d'exprimer une variable en fonction des autres, on remplace. Sous la contrainte , on écrit et l'on étudie une fonction de deux variables sur .

La compacité. Si la contrainte définit un fermé borné, l'existence des extremums est acquise, et il ne reste qu'à comparer un nombre fini de candidats.

Exemple

Extremums sous contrainte, par paramétrage. Cherchons les extremums de sur le cercle d'équation .

Le cercle est compact (fermé borné) et est continue, donc les extremums existent. Paramétrons : pour ,

en utilisant la formule d'addition. Comme le sinus décrit quand parcourt un intervalle de longueur , on obtient

Vérification : . Le tout en cinq lignes, sans aucun outil hors programme.

Méthodes à retenir

Méthode

Justifier qu'une fonction est de classe (et donc différentiable). C'est la première phrase de presque tous les exercices, et elle vaut des points.

  1. Décrire l'ouvert de travail et justifier qu'il est ouvert : tout entier, un ensemble d'inégalités strictes entre fonctions continues, ou le complémentaire d'un fermé.
  2. Invoquer les opérations : les fonctions coordonnées sont de classe , et somme, produit, quotient à dénominateur ne s'annulant pas, composition avec les fonctions usuelles préservent la classe .
  3. Conclure : est de classe sur , donc différentiable en tout point de , avec .

Cas particulier fréquent : en un point où la formule change (souvent l'origine d'une fonction définie par morceaux), les opérations ne s'appliquent pas. Il faut alors une étude séparée, à la main, par la définition.

Méthode

Montrer qu'une fonction n'est pas différentiable en un point. Par ordre de coût croissant, essayer dans cet ordre.

  1. La continuité : si n'est pas continue en , elle n'y est pas différentiable. Pour montrer la discontinuité, exhiber deux chemins donnant des limites différentes (droites , paraboles , coordonnées polaires).
  2. La linéarité des dérivées directionnelles : calculer pour quelconque ; si n'est pas linéaire, n'est pas différentiable.
  3. Le développement limité : si les dérivées partielles existent, la seule différentielle possible est . Poser

et montrer que ne tend pas vers , en choisissant un chemin bien adapté.

Modèle du point 3 : en l'origine. Ses deux dérivées partielles y sont nulles car , donc la seule candidate est la différentielle nulle. Or, le long de la droite avec ,

Donc n'est pas différentiable en , bien qu'elle y soit continue et y admette des dérivées partielles.

Méthode

Calculer une différentielle en algèbre. Deux calculs classiques reviennent sans cesse, et se traitent tous les deux par un développement limité matriciel.

Le déterminant. L'application est polynomiale en les coefficients, donc de classe . En développant par la formule de Leibniz, le terme de la permutation identité vaut , et toute autre permutation déplace au moins deux indices, donc contribue un produit contenant au moins deux coefficients hors diagonale, de degré au moins . D'où

En un point inversible, on factorise : , d'où

L'inverse. L'ensemble est un ouvert de (image réciproque de par , continue). Pour inversible et de norme assez petite,

en utilisant le développement , qui provient de la série géométrique de matrices pour avec une norme sous-multiplicative. D'où

On retrouve, pour , la dérivée de , qui vaut .

Méthode

Résoudre une EDP linéaire du premier ordre par changement de variables. Le schéma est invariable.

  1. Choisir le changement de variables. Pour , prendre une nouvelle variable constante le long de la direction , par exemple , et compléter par une seconde variable indépendante, par exemple . Pour une invariance par rotation, passer en polaires.
  2. Poser en composant avec le changement de variables inverse, écrit explicitement, et vérifier que est de classe sur un ouvert convexe (ou un produit d'intervalles).
  3. Traduire l'équation avec la règle de la chaîne, en n'oubliant pas que les dérivées de sont évaluées au point image.
  4. Intégrer : une dérivée partielle nulle sur un produit d'intervalles signifie que la fonction ne dépend pas de cette variable ; on introduit alors une fonction arbitraire d'une variable, de classe .
  5. Revenir à et vérifier la réciproque par un calcul direct. Cette dernière étape n'est pas facultative.

Méthode

Chercher les extremums d'une fonction sur un ouvert. Attention, sur un ouvert, rien ne garantit l'existence d'un extremum.

  1. Justifier que est de classe (voire ) sur l'ouvert .
  2. Résoudre le système pour trouver tous les points critiques. Les résolutions se font par substitution, factorisation, ou en soustrayant les équations quand le système est symétrique.
  3. Pour chaque point critique, calculer la hessienne et conclure par le signe des valeurs propres, ou par le discriminant en dimension .
  4. Si la hessienne est dégénérée, étudier directement le signe de , en factorisant ou en testant des chemins bien choisis (dont des paraboles, pas seulement des droites).
  5. Pour un extremum global, il faut un argument supplémentaire : coercivité, ou minoration explicite du type valable partout, ou étude du comportement à l'infini pour conclure qu'il n'y en a pas.

Méthode

Chercher les extremums d'une fonction sur un fermé borné. C'est la méthode détaillée plus haut, résumée pour mémoire.

  1. Existence par compacité : fermé, borné, non vide, continue.
  2. Intérieur : les extremums qui y sont atteints sont des points critiques ; résoudre sur l'intérieur.
  3. Frontière : paramétrer et étudier une fonction d'une variable, sans oublier les points anguleux (sommets d'un carré ou d'un triangle).
  4. Comparer toutes les valeurs candidates et conclure en donnant à la fois la valeur de l'extremum et le ou les points où il est atteint.

Erreurs classiques

Confondre dérivées partielles et différentiabilité. C'est l'erreur numéro un, et elle est éliminatoire dans une question de cours. Écrire « les dérivées partielles existent donc est différentiable » est faux : la fonction prolongée par admet deux dérivées partielles nulles en l'origine et n'y est même pas continue. Ce qui est vrai, c'est le théorème avec l'hypothèse de continuité des dérivées partielles sur un ouvert. Le mot « continue » n'est pas une formalité de rédaction : c'est l'hypothèse.

Croire que l'existence de toutes les dérivées directionnelles suffit. Version savante de l'erreur précédente, et tout aussi fausse. La fonction admet en l'origine une dérivée dans toutes les directions et n'y est pas continue. Les droites ne voient pas les paraboles.

Chercher un extremum sur un fermé en oubliant la frontière. On résout , on trouve deux points critiques, on compare leurs valeurs et l'on annonce le maximum. Mais si le domaine est un disque fermé ou un carré, le maximum peut très bien être atteint au bord, là où le gradient ne s'annule pas. La recherche sur un compact comporte toujours deux volets, l'intérieur et la frontière, et un devoir qui n'en traite qu'un est incomplet.

Appliquer la condition du premier ordre en un point qui n'est pas intérieur. Le théorème exige que soit un point intérieur au domaine. Sur , la fonction atteint son maximum en sans que la dérivée s'y annule. Écrire « le maximum est atteint sur le bord donc le gradient y est nul » est un contresens complet.

Conclure quand la hessienne est dégénérée. Si , ou si est valeur propre de la hessienne, le critère du second ordre ne conclut pas. Il ne dit pas « ce n'est pas un extremum », il ne dit rien du tout. Les trois exemples , et ont la même hessienne dégénérée et trois comportements différents. Dans ce cas, il faut revenir au signe de .

Oublier que le gradient exige un produit scalaire. Le gradient n'existe que pour une fonction numérique définie sur un espace euclidien, et il dépend du produit scalaire. Parler du gradient d'une application de dans n'a aucun sens : c'est une matrice jacobienne. Et écrire que les coordonnées du gradient sont les dérivées partielles n'est licite que dans une base orthonormée.

Se tromper de point d'évaluation dans une composée. Dans la formule , les dérivées de sont prises au point image . Écrire dans un changement de variables polaires, alors qu'il faut , fausse tout le calcul qui suit et rend les résultats incohérents.

Oublier un terme dans la dérivation d'une composée. Quand la même variable apparaît à plusieurs endroits, tous les chemins comptent. Pour , la dérivée est , avec deux termes. La règle de la chaîne est une somme sur toutes les variables intermédiaires, jamais une dérivée isolée.

Utiliser un outil hors programme. Théorème des fonctions implicites, théorème d'inversion locale, multiplicateurs de Lagrange, différentielle seconde comme application bilinéaire : rien de tout cela n'est au programme de MP, et rien de tout cela n'est nécessaire. Une contrainte se paramètre, une tangente se calcule en dérivant un arc, l'ordre s'écrit avec la hessienne. Un candidat qui invoque ces théorèmes signale surtout qu'il n'a pas vu la solution simple.

Confondre « la différentielle est nulle » et « la fonction est constante ». L'implication est vraie sur un ouvert convexe (ou connexe par arcs), et fausse sinon : sur la réunion de deux boules disjointes, une fonction localement constante peut prendre deux valeurs différentes. Dans les exercices d'EDP, cette précaution se traduit par le choix d'un nouvel ouvert qui est un produit d'intervalles.

Les exercices

36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.

Exercice 1 ★★★Dérivées partielles et dérivée selon un vecteur

Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles dans une base

1. Préciser l'ouvert de définition, puis calculer toutes les dérivées partielles premières des fonctions suivantes.

a.

b.

c.

d.

e. sur

f.

2. On pose , et .

a. Calculer en revenant à la définition, c'est-à-dire comme limite d'un taux d'accroissement.

b. Retrouver ce nombre par la formule , en justifiant que l'on a le droit de l'employer. Comparer.

c. Calculer de la même façon pour , , , puis pour , , .

3. On pose sur .

a. Montrer que existe et la calculer.

b. Étudier l'existence de , puis celle de pour .

c. Conclure : est-elle de classe sur ?

Exercice 2 ★★★Les différentielles de référence

Application différentiable en un point : développement limité d'ordre 1, unicité de la différentielle, continuitéCalcul différentiel en algèbre : applications bilinéaires, déterminant, inversion, formes quadratiques

Dans tout l'exercice, , et désignent des -espaces vectoriels normés de dimension finie. On rappelle qu'une application définie sur un ouvert de , à valeurs dans , est dite différentiable en s'il existe une application linéaire telle que

Une telle application est alors unique : on la note .

Déterminer, en revenant à cette définition, la différentielle en tout point des applications suivantes.

a. constante égale à

b.

c. , avec et

d. bilinéaire

e. ,

f. , pour la norme euclidienne

Pour la question e, on précisera pourquoi la réponse n'est pas .

Exercice 3 ★★★Matrices jacobiennes

Expression de la différentielle sur les coordonnées, matrice jacobienneApplication différentiable en un point : développement limité d'ordre 1, unicité de la différentielle, continuité

Toutes les applications de cet exercice sont de classe sur l'ouvert indiqué (on ne demande pas de le justifier ici). Pour chacune, écrire la matrice jacobienne en un point courant, en précisant sa taille et les bases utilisées.

1. , . Donner aussi .

2. Le passage en coordonnées polaires , . Calculer et dire en quels points il s'annule.

3. Le passage en coordonnées sphériques défini par

Calculer .

4. , . Quelle est la taille de ? On l'explicitera en un point quelconque, puis au point . Quel lien avec ?

5. Soit définie par . Vérifier que est linéaire, puis que est, en tout point , la matrice de dans les bases canoniques.

Exercice 4 ★★★Gradient et plan tangent au graphe

Gradient d'une fonction numérique sur un espace euclidien, base orthonormée, direction de plus forte penteVecteurs tangents à une partie, lignes et surfaces de niveau, plan tangent

On munit de son produit scalaire canonique. Soit une fonction de classe sur un ouvert de et . On note le graphe de , c'est-à-dire la surface d'équation pour , et le point de au-dessus de .

1. Rappeler l'équation du plan tangent à en , et la justifier à partir du développement limité d'ordre de en .

2. Pour chacune des trois fonctions suivantes, calculer le gradient au point indiqué, écrire l'équation du plan tangent au graphe en , puis en déduire l'approximation affine de la fonction au voisinage de et l'appliquer à la valeur numérique proposée. On comparera à la valeur exacte.

a. , , valeur à approcher : .

b. , , valeur à approcher : .

c. , , valeur à approcher : .

Exercice 5 ★★★Recherche de points critiques

Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire du premier ordre, extremums sur un fermé borné

1. Rappeler la définition d'un point critique d'une fonction de classe sur un ouvert, puis énoncer précisément la condition nécessaire du premier ordre.

2. Déterminer tous les points critiques des fonctions suivantes, définies et de classe sur . On rédigera à chaque fois le système et on le résoudra complètement.

a.

b.

c.

d.

3. La réciproque de la condition nécessaire du premier ordre est-elle vraie ? Justifier par un exemple.

Exercice 6 ★★★Dérivées secondes, théorème de Schwarz et hessienne

Dérivées partielles d'ordre supérieur, classe Ck, théorème de Schwarz, matrice hessienne, Taylor-Young à l'ordre 2

On note : on dérive d'abord par rapport à la variable , puis par rapport à la variable . La matrice hessienne de en est .

Pour chacune des fonctions suivantes : calculer toutes les dérivées partielles premières puis toutes les dérivées partielles secondes, vérifier explicitement l'égalité des dérivées croisées, et écrire la matrice hessienne au point indiqué.

1. , au point .

2. , au point .

3. , au point .

4. Justifier proprement, et avant tout calcul, que ces trois fonctions sont de classe sur leur ouvert de définition. Énoncer le théorème de Schwarz avec ses hypothèses et dire ce qu'il garantit sur la matrice hessienne.

Exercice 7 ★★★Dériver le long d'un arc

Différentielle d'une composée, règle de la chaîne, dérivation le long d'un arc

On munit de son produit scalaire canonique. Soient une fonction de classe sur , un intervalle de et un arc dérivable.

1. Montrer que est dérivable sur et que, pour tout ,

On reviendra au développement limité d'ordre de .

2. Appliquer cette formule dans les deux cas suivants.

a. et sur .

b. et sur .

c. Vérifier les deux résultats en calculant d'abord l'expression de , puis en la dérivant comme une fonction d'une variable.

3. On suppose que est constante sur l'image de . Montrer que est orthogonal à pour tout . Illustrer avec et le cercle unité.

Exercice 8 ★★★Reconnaître une fonction de classe C1

Fonctions de classe C1 sur un ouvert, caractérisation par les dérivées partielles, opérationsApplication différentiable en un point : développement limité d'ordre 1, unicité de la différentielle, continuité

1. Pour chacune des fonctions suivantes : décrire précisément un ouvert sur lequel elle est définie et justifier que c'en est bien un, justifier qu'elle y est de classe en invoquant les théorèmes du cours, puis calculer ses dérivées partielles.

a.

b.

c.

d.

2. On définit sur par

a. Justifier que est de classe sur et y calculer .

b. Montrer que est continue en .

c. Montrer que et existent, et les calculer.

d. La fonction est-elle de classe sur ?

Exercice 9 ★★★★Dérivées partielles en coordonnées polaires

Différentielle d'une composée, règle de la chaîne, dérivation le long d'un arcExpression de la différentielle sur les coordonnées, matrice jacobienne

On note l'application définie par

Soit de classe . On pose , c'est-à-dire .

1. Justifier que est de classe sur , écrire la matrice jacobienne de , puis exprimer et à l'aide des dérivées partielles de .

2. Soit . Inverser le système précédent : exprimer et au point à l'aide de et .

3. Déterminer toutes les fonctions de classe sur l'ouvert vérifiant

4. Vérifier le résultat sur l'exemple .

Exercice 10 ★★★★La différentielle du déterminant

Calcul différentiel en algèbre : applications bilinéaires, déterminant, inversion, formes quadratiquesApplication différentiable en un point : développement limité d'ordre 1, unicité de la différentielle, continuité

On munit , avec , d'une norme sous-multiplicative , et on considère l'application . On note le coefficient générique, la base canonique de et la comatrice de .

1. Justifier que est de classe sur , calculer , et en déduire que pour toutes matrices et ,

2. Retrouver directement le cas : développer en puissances de à l'aide de la formule de Leibniz, et en déduire .

3. Soit . En écrivant , démontrer que

4. Application numérique. On pose et . Calculer en par la formule de la question 3, puis vérifier par le calcul direct du polynôme .

5. Montrer que n'admet aucun extremum local sur .

Exercice 11 ★★★★La différentielle de l'inversion matricielle

Calcul différentiel en algèbre : applications bilinéaires, déterminant, inversion, formes quadratiquesDifférentielle d'une composée, règle de la chaîne, dérivation le long d'un arc

On munit d'une norme sous-multiplicative vérifiant , par exemple la norme subordonnée à la norme euclidienne de . On considère l'application

1. Justifier que est un ouvert de .

2. Soit et telle que . Établir que est inversible et que

On pourra écrire et développer en série géométrique matricielle.

3. En déduire que est différentiable en tout point de et donner . Retrouver, pour , la dérivée de .

4. Autre méthode. Soit un intervalle de et un arc de classe sur à valeurs dans . En dérivant l'identité , calculer la dérivée de .

5. Application. On pose pour . Calculer la dérivée de par la formule précédente, puis la retrouver par un calcul direct.

Exercice 12 ★★★★Fonctions homogènes et relation d'Euler

Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles dans une baseDifférentielle d'une composée, règle de la chaîne, dérivation le long d'un arc

On munit de son produit scalaire canonique et de la norme euclidienne associée. On appelle cône ouvert de tout ouvert tel que pour tous et ; par exemple , ou le demi-plan .

Soit . Une fonction définie sur un cône ouvert est dite homogène de degré lorsque

1. Pour chacune des fonctions suivantes, dire si elle est homogène et préciser son degré le cas échéant.

a. sur

b. sur

c. sur , où

d. sur

2. Relation d'Euler. Soit de classe sur un cône ouvert, homogène de degré . Démontrer que

3. Démontrer la réciproque : si est de classe sur et vérifie la relation d'Euler en tout point, alors est homogène de degré . On pourra étudier à fixé.

4. Montrer que les dérivées partielles d'une fonction homogène de degré et de classe sont homogènes de degré .

5. Vérifier la relation d'Euler par le calcul sur la fonction de la question 1.b. Montrer ensuite qu'une fonction homogène de degré et de classe ne peut avoir de point critique qu'en un point où elle s'annule, et en déduire que la fonction n'a aucun point critique.

Exercice 13 ★★★★Des dérivées partielles sans continuité

Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles dans une baseApplication différentiable en un point : développement limité d'ordre 1, unicité de la différentielle, continuité

On définit par

1. Montrer que admet des dérivées partielles en tout point de et les calculer. On précisera la valeur de et .

2. Montrer que n'est pas continue en . Qu'en déduit-on quant à la différentiabilité de en ce point ?

3. Soit un vecteur non nul de . Étudier l'existence de , et montrer qu'elle a lieu si et seulement si .

4. On définit maintenant par

Montrer que existe pour tout vecteur , et la calculer. Montrer néanmoins que n'est pas continue en . Conclure.

5. Rédiger en deux phrases la morale de l'exercice.

Exercice 14 ★★★★Les gradients à connaître par coeur

Gradient d'une fonction numérique sur un espace euclidien, base orthonormée, direction de plus forte penteCalcul différentiel en algèbre : applications bilinéaires, déterminant, inversion, formes quadratiques

On munit de son produit scalaire canonique et de la norme euclidienne associée . On rappelle que si est différentiable en , son gradient en est l'unique vecteur tel que

Calculer le gradient des fonctions suivantes en tout point où elles sont différentiables, en revenant à la définition plutôt qu'en passant par les coordonnées. Dans ce qui suit, et sont des vecteurs fixés de et .

a.

b.

c. sur

d.

e. , avec quelconque

f.

Synthèse. On suppose symétrique. En quels points le gradient de est-il colinéaire à ? Que reconnaît-on ?

Exercice 15 ★★★★La nature des points critiques par la hessienne

Conditions du second ordre : hessienne, points selle, extremums d'une fonction de classe C2Dérivées partielles d'ordre supérieur, classe Ck, théorème de Schwarz, matrice hessienne, Taylor-Young à l'ordre 2

Soit un ouvert de et de classe . En un point , on note selon l'usage

1. Énoncer et démontrer le critère du second ordre permettant de reconnaître la nature d'un point critique de à partir du signe de et de . On précisera pourquoi la matrice est symétrique, et ce que l'on peut dire lorsque .

2. Pour chacune des fonctions suivantes, définies sur : déterminer les points critiques, écrire la hessienne en chacun d'eux, appliquer le critère, et préciser à chaque fois s'il s'agit d'un extremum local, d'un extremum global, ou d'aucun des deux.

a.

b.

c.

d.

3. Illustrer le cas sur les trois fonctions , et .

Exercice 16 ★★★★Une équation aux dérivées partielles du premier ordre

Résolution d'équations aux dérivées partielles par changement de variablesDifférentielle d'une composée, règle de la chaîne, dérivation le long d'un arc

Toutes les fonctions inconnues sont à valeurs réelles et de classe sur l'ouvert indiqué. On note les variables de départ et les variables obtenues après changement de variables.

1. On cherche toutes les fonctions de classe sur telles que

a. Vérifier que est une bijection de sur , de classe ainsi que sa réciproque, et expliciter .

b. On pose , c'est-à-dire . Exprimer et en fonction des dérivées partielles de , en passant par les matrices jacobiennes.

c. En déduire l'ensemble des solutions, puis vérifier la réponse par un calcul direct.

2. Reprendre la méthode pour l'équation sur l'ouvert , avec le changement de variables , .

3. Résoudre sur l'équation avec second membre . On pourra poser et .

4. Expliquer pourquoi la méthode exige que le changement de variables soit une bijection de classe dont la réciproque est de classe , et dire ce qui rend cette vérification immédiate dans les trois cas ci-dessus.

Exercice 17 ★★★★Extremums d'une fonction sur un compact

Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire du premier ordre, extremums sur un fermé borné

1. On pose et on note le disque fermé de centre l'origine et de rayon .

a. Justifier que admet un maximum global et un minimum global sur .

b. Déterminer les points critiques de dans le disque ouvert .

c. Étudier sur le cercle unité en le paramétrant par .

d. Conclure : donner les valeurs exactes du minimum et du maximum de sur , ainsi que les points où ils sont atteints.

2. On pose et on note le triangle plein fermé de sommets , et , c'est-à-dire

Déterminer le minimum et le maximum de sur , en traitant séparément l'intérieur et les trois côtés.

3. Rédiger en cinq lignes le plan type d'une recherche d'extremums sur un compact, puis expliquer pourquoi la condition « gradient nul » n'a aucune raison d'être vérifiée en un point de la frontière où le maximum est atteint.

Exercice 18 ★★★★Différentielle nulle sur un ouvert connexe par arcs

Fonctions de classe C1 sur un ouvert, caractérisation par les dérivées partielles, opérationsDifférentielle d'une composée, règle de la chaîne, dérivation le long d'un arc

Dans tout l'exercice, désigne un ouvert non vide de et une fonction de classe telle que pour tout .

1. On suppose ici convexe. Soient et deux points de . Montrer que est bien définie et de classe sur , calculer , et en déduire que est constante sur .

2. On suppose maintenant connexe par arcs. On admet que deux points quelconques de peuvent être reliés par un arc de classe par morceaux tracé dans . Montrer que est encore constante.

3. Donner un exemple d'ouvert de et de fonction de classe sur , de différentielle nulle en tout point et pourtant non constante. Justifier que l'ouvert construit n'est pas connexe par arcs.

4. Déterminer toutes les fonctions de classe sur telles que

5. Soit une fonction de classe sur telle que en tout point.

a. Montrer qu'il existe une fonction de classe sur telle que pour tout .

b. Montrer que la conclusion tombe en défaut si l'on remplace par le complémentaire de l'axe des ordonnées, et identifier précisément ce qui manque.

Exercice 19 ★★★★Lignes de niveau et orthogonalité du gradient

Vecteurs tangents à une partie, lignes et surfaces de niveau, plan tangentGradient d'une fonction numérique sur un espace euclidien, base orthonormée, direction de plus forte pente

On munit de son produit scalaire canonique, noté , et de la norme euclidienne associée.

1. Soient un ouvert de , de classe , et la ligne de niveau de . Soit .

a. Rappeler la définition d'un vecteur tangent en à une partie de .

b. Montrer que est orthogonal à tout vecteur tangent en à .

2. Soit et soit l'ellipse d'équation .

a. Vérifier que est un arc de classe tracé sur , et que tout point de est atteint.

b. Calculer et , puis vérifier directement l'orthogonalité.

c. Écrire une équation de la tangente à au point de paramètre , de deux façons : par le point et le vecteur directeur , puis par le point et le vecteur normal . Traiter le cas .

3. Mêmes questions pour la branche de l'hyperbole d'équation contenue dans le quart de plan , , paramétrée par avec .

4. Soit de classe sur un ouvert de et tel que .

a. Montrer que , et préciser le vecteur unitaire qui réalise ce maximum.

b. En déduire pourquoi, sur une carte topographique, la direction de plus forte pente est perpendiculaire aux courbes de niveau.

Exercice 20 ★★★★Taylor-Young à l'ordre deux

Dérivées partielles d'ordre supérieur, classe Ck, théorème de Schwarz, matrice hessienne, Taylor-Young à l'ordre 2

1. Soient un ouvert de , de classe et . Énoncer précisément la formule de Taylor-Young à l'ordre en , d'abord en coordonnées, puis sous forme matricielle à l'aide de la matrice hessienne . Préciser le rôle du théorème de Schwarz.

2. Écrire le développement limité à l'ordre en des trois fonctions suivantes, par deux méthodes : le calcul des dérivées partielles d'une part, la composition et le produit de développements limités d'une variable d'autre part. Vérifier que l'on trouve la même chose.

a.

b.

c.

3. Déterminer les réels et tels que la fonction

soit un au voisinage de l'origine.

4. Donner une valeur approchée de à l'aide du développement limité obtenu en 2.c, comparer à la valeur exacte et commenter la qualité de l'approximation.

Exercice 21 ★★★★Dériver une fonction à valeurs matricielles

Calcul différentiel en algèbre : applications bilinéaires, déterminant, inversion, formes quadratiquesDifférentielle d'une composée, règle de la chaîne, dérivation le long d'un arc

Dans tout l'exercice, et est muni d'une norme quelconque (toutes sont équivalentes, l'espace étant de dimension finie). On rappelle que si est une application bilinéaire entre espaces de dimension finie et si et sont deux arcs dérivables, alors est dérivable, de dérivée .

1. Soient et deux matrices de .

a. Calculer et .

b. Expliquer pourquoi les réponses ne sont pas et en général, et donner un contre-exemple explicite dans .

c. Démontrer la formule générale, pour : .

2. Soit un arc de classe sur un intervalle . Montrer que est de classe et calculer sa dérivée.

3. Avec les mêmes notations, montrer que est de classe sur , et exprimer sa dérivée en un instant est inversible. On admet que la différentielle du déterminant en une matrice inversible est donnée par .

4. Appliquer ce qui précède à l'arc , et vérifier le résultat en calculant directement .

5. Soit un arc de classe défini sur un intervalle contenant , à valeurs dans le groupe orthogonal , tel que . Montrer que est antisymétrique.

Exercice 22 ★★★★Étude complète des extremums d'un polynôme de degré trois

Conditions du second ordre : hessienne, points selle, extremums d'une fonction de classe C2Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire du premier ordre, extremums sur un fermé borné

On considère la fonction définie sur par

1. Justifier que est de classe sur et déterminer ses points critiques.

2. Calculer la matrice hessienne de en chaque point critique et en déduire la nature de ces points. On montrera aussi « à la main » que l'origine n'est pas un extremum local, en comparant et au voisinage de .

3. Montrer que n'admet ni minimum global ni maximum global sur .

4. Déterminer le minimum et le maximum globaux de sur le carré , en traitant l'intérieur puis les quatre côtés.

5. Rédiger un bilan : que dit la matrice hessienne, et surtout que ne dit-elle pas ?

Exercice 23 ★★★L'inégalité des accroissements finis en plusieurs variables

Fonctions de classe C1 sur un ouvert, caractérisation par les dérivées partielles, opérationsDifférentielle d'une composée, règle de la chaîne, dérivation le long d'un arc

Dans tout l'exercice, et sont munis de normes toutes deux notées . On rappelle que si est linéaire, sa norme subordonnée est

On rappelle également l'inégalité des accroissements finis pour les fonctions vectorielles d'une variable réelle : si est de classe et si pour tout , alors .

1. Soient un ouvert convexe de , de classe et tels que pour tout . Soient et deux points de . On pose .

a. Montrer que est définie et de classe sur un ouvert de contenant , et calculer .

b. En déduire l'inégalité des accroissements finis : .

2. Soit de classe dont la différentielle est bornée. Montrer que est lipschitzienne, puis uniformément continue sur .

3. On veut montrer que la convexité n'est pas une hypothèse gratuite. On note la demi-droite fermée des abscisses négatives, , et pour on pose et

a. Montrer que est bien définie et de classe sur , puis vérifier que et : la fonction est donc une mesure de l'angle polaire, à valeurs dans .

b. Montrer que , et en déduire pour la norme euclidienne.

c. On pose , un « fer à cheval ». Montrer que est un ouvert connexe par arcs non convexe de , et que la restriction de à vérifie en tout point.

d. En considérant les points et pour petit, montrer qu'il n'existe aucune constante telle que pour tous . Où exactement la convexité est-elle intervenue dans la démonstration de la question 1 ?

4. On munit de sa norme euclidienne et on pose

a. Justifier que est de classe sur et écrire sa matrice jacobienne.

b. Montrer que pour tous et , puis que est -lipschitzienne sur .

c. Montrer que , et que est compact et stable par .

d. En étudiant la fonction sur , montrer que admet un unique point fixe dans . On n'invoquera aucun théorème de point fixe.

Exercice 24 ★★★Équation des ondes et laplacien en coordonnées polaires

Résolution d'équations aux dérivées partielles par changement de variablesDérivées partielles d'ordre supérieur, classe Ck, théorème de Schwarz, matrice hessienne, Taylor-Young à l'ordre 2

Deux changements de variables classiques, à savoir refaire sans hésitation. Dans tout l'exercice, désigne un réel strictement positif, et on note le laplacien d'une fonction de classe de deux variables.

Partie A. L'équation des ondes

On cherche toutes les fonctions de classe , de variables notées , vérifiant sur

On pose et , ce qui revient au changement de variables , .

1. Vérifier que est une bijection de classe de sur , préciser sa réciproque, et justifier que est de classe sur .

2. Calculer , puis en fonction des dérivées partielles secondes de . On signalera précisément l'endroit où intervient le théorème de Schwarz.

3. En déduire que vérifie si et seulement si sur .

4. Résoudre cette dernière équation, puis conclure : déterminer toutes les solutions de . Vérifier la réciproque par un calcul direct.

Partie B. Le laplacien en coordonnées polaires

Soient et de classe . On pose, pour ,

5. Justifier que est de classe sur , puis calculer et .

6. Calculer et .

7. En déduire la formule du laplacien en polaires :

8. Une fonction de classe sur est dite harmonique si sur , et radiale s'il existe de classe telle que . Déterminer toutes les fonctions harmoniques radiales sur .

9. Vérifier le résultat obtenu par un calcul cartésien direct sur .

Exercice 25 ★★★Un contre-exemple au théorème de Schwarz

Dérivées partielles d'ordre supérieur, classe Ck, théorème de Schwarz, matrice hessienne, Taylor-Young à l'ordre 2

On considère la fonction définie par

L'objectif est de montrer que ses deux dérivées partielles secondes croisées à l'origine existent mais ne sont pas égales. On notera .

1. Vérifier que pour tout .

2. Montrer que est de classe sur , puis établir que pour tout

On pourra déduire la seconde formule de la première grâce à la question 1.

3. Écrire en coordonnées polaires et en déduire que est différentiable en , avec .

4. En revenant à la définition, calculer pour tout et pour tout .

5. En déduire que et .

6. Montrer que est cependant de classe sur tout entier, puis conclure : que peut-on dire de la classe de en , et que faut-il en retenir sur le théorème de Schwarz ?

Exercice 26 ★★★Coercivité et existence d'un minimum global

Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire du premier ordre, extremums sur un fermé borné

Sur un fermé borné, une fonction continue atteint ses bornes : c'est le théorème des bornes atteintes. Sur tout entier, ce n'est plus vrai, et il faut une hypothèse de remplacement. C'est l'objet de cet exercice.

Définition. Une fonction est dite coercive si quand , c'est-à-dire

1. (Le théorème.) Soit continue et coercive. Montrer que est minorée sur et qu'elle y atteint sa borne inférieure. On pourra appliquer la définition ci-dessus à .

2. On pose sur .

a. Montrer que est coercive. On pourra minorer par une expression ne dépendant que de .

b. Déterminer tous les points critiques de .

c. En déduire le minimum global de et les points où il est atteint.

d. Le point est-il un extremum local de ?

3. (La coercivité est indispensable.) On pose . Montrer que est minorée par , que , mais que cette borne inférieure n'est pas atteinte. Que dire de la coercivité de et de ses points critiques ?

4. (Synthèse.) Une fonction polynomiale de deux variables peut-elle être coercive alors que l'un de ses termes de plus haut degré est affecté d'un coefficient négatif ? Pour répondre, on étudiera la coercivité des quatre fonctions suivantes.

a.

b.

c.

d.

On dégagera ensuite une condition suffisante générale portant sur la partie homogène de plus haut degré, et l'on discutera si elle est nécessaire.

Exercice 27 ★★★Le quotient de Rayleigh

Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire du premier ordre, extremums sur un fermé bornéGradient d'une fonction numérique sur un espace euclidien, base orthonormée, direction de plus forte penteCalcul différentiel en algèbre : applications bilinéaires, déterminant, inversion, formes quadratiques

Un classique absolu des oraux (Mines, Centrale) : on va caractériser les valeurs propres extrêmes d'une matrice symétrique réelle comme des extremums d'une fonction sur la sphère unité, et retrouver au passage l'existence d'un vecteur propre.

L'espace () est muni de son produit scalaire canonique et de la norme euclidienne associée. On fixe , c'est-à-dire une matrice symétrique réelle, et on pose

1. Montrer que est une partie compacte non vide de et que y atteint son maximum, noté , et son minimum, noté .

2. Montrer que est de classe sur et que pour tout .

3. Soit un point où atteint son maximum sur . Soit un vecteur unitaire orthogonal à . On pose

a. Vérifier que est un arc de classe tracé sur , avec et .

b. En dérivant en , montrer que .

c. En déduire que est un vecteur propre de , associé à la valeur propre .

4. En déduire que est la plus grande valeur propre de et la plus petite, puis établir l'encadrement

5. Application numérique. On prend et

Exprimer sous une forme faisant apparaître , en déduire et ainsi que les points de où ils sont atteints, et retrouver le spectre de .

6. Expliquer comment ce qui précède permet de redémontrer, sans aucun calcul de polynôme caractéristique, qu'une matrice symétrique réelle admet un vecteur propre, et esquisser la récurrence menant au théorème spectral.

Exercice 28 ★★★Le problème des moindres carrés

Conditions du second ordre : hessienne, points selle, extremums d'une fonction de classe C2Gradient d'une fonction numérique sur un espace euclidien, base orthonormée, direction de plus forte penteCalcul différentiel en algèbre : applications bilinéaires, déterminant, inversion, formes quadratiques

Un système linéaire sans solution reste un problème utile : à défaut de l'annuler, on cherche à rendre l'erreur la plus petite possible. C'est le problème des moindres carrés, et il se résout entièrement avec les outils du calcul différentiel.

Soient et deux entiers naturels non nuls, et . Les espaces et sont munis de leur produit scalaire canonique et de la norme euclidienne associée. On définit

1. Montrer que est de classe sur , puis, en développant , établir que

2. En déduire que les points critiques de sont exactement les solutions de l'équation normale

Montrer ensuite que , puis que , et conclure que admet toujours au moins une solution.

3. Montrer que tout point critique de est un minimum global, par un argument direct.

4. Calculer la matrice hessienne . Montrer qu'elle est symétrique positive, et qu'elle est définie positive si et seulement si . En déduire, dans ce cas, l'unicité du minimum.

5. (Application : la régression linéaire.) On veut ajuster une droite d'équation au nuage des quatre points , , et , au sens des moindres carrés : on cherche à minimiser

Écrire ce problème sous la forme , résoudre l'équation normale, donner les valeurs exactes de et de , et interpréter le résultat.

Exercice 29 ★★★Distance à un fermé et projection

Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire du premier ordre, extremums sur un fermé bornéVecteurs tangents à une partie, lignes et surfaces de niveau, plan tangent

Dans tout l'exercice, est muni de son produit scalaire canonique et de la norme euclidienne associée . Pour une partie non vide de et un point , on pose

1. On suppose fermée et non vide. Montrer que cette borne inférieure est atteinte : il existe tel que . On pourra fixer un point et remplacer par son intersection avec une boule fermée bien choisie.

2.a. Donner un exemple de partie fermée et de point pour lesquels le point n'est pas unique, puis un second exemple où il en existe une infinité.

2.b. Montrer qu'en revanche, si est un sous-espace vectoriel de , le point est unique et vaut , projeté orthogonal de sur .

3. Dans , on note le plan d'équation et .

a. Vérifier que , pour , décrit exactement . Déterminer les points critiques de et justifier que le point critique obtenu réalise un minimum global de . En déduire .

b. Retrouver ce résultat par la projection orthogonale.

c. Vérifier que le vecteur joignant au point le plus proche est normal au plan.

4. Soit la parabole d'équation dans et .

a. Justifier l'existence d'un point de le plus proche de .

b. Déterminer tous ces points en étudiant , et donner .

c. Vérifier qu'en un tel point le vecteur joignant au point trouvé est orthogonal au vecteur tangent à , et expliquer pourquoi ce n'est pas un hasard.

Exercice 30 ★★★Différentiable en un point sans être de classe C1

Application différentiable en un point : développement limité d'ordre 1, unicité de la différentielle, continuitéFonctions de classe C1 sur un ouvert, caractérisation par les dérivées partielles, opérations

On considère la fonction définie par

On notera et, pour , .

1. Montrer que est de classe sur et calculer et pour .

2. Montrer que est différentiable en et que .

3. Montrer que n'admet pas de limite en , en exhibant deux suites de points de tendant vers l'origine le long de l'axe des abscisses et sur lesquelles prend des valeurs distinctes. Qu'en conclure sur la classe de ?

4. Comparer avec la situation en une variable, pour prolongée par , et dégager la morale.

5. Dire si chacune des affirmations suivantes est vraie ou fausse, désignant un ouvert de , une fonction quelconque et un point de .

a. Si admet des dérivées partielles en , alors est continue en .

b. Si est différentiable en , alors admet des dérivées partielles en .

c. Si est différentiable en tout point de , alors est de classe sur .

d. Si les dérivées partielles de existent au voisinage de et sont continues en , alors est différentiable en .

6. Énoncer précisément le théorème du cours (admis) qui caractérise les fonctions de classe par leurs dérivées partielles, puis démontrer la version ponctuelle affirmée au d. de la question précédente.

Exercice 31 ★★★Quand la hessienne ne conclut pas

Conditions du second ordre : hessienne, points selle, extremums d'une fonction de classe C2

Toutes les fonctions de l'exercice sont polynomiales, donc de classe sur l'ouvert : on ne le redémontrera pas. Pour de classe et point critique de , on note la matrice hessienne de en .

1. Rappeler la condition du second ordre du cours. Que conclure dans chacun des cas suivants, où est un point critique de ?

a.

b.

c.

d.

2. On pose , et .

a. Montrer que est l'unique point critique de chacune de ces trois fonctions, et que les trois hessiennes en sont égales et dégénérées.

b. Déterminer, par une étude directe, la nature de pour chacune des trois fonctions. Que peut-on en déduire sur la portée du critère du second ordre ?

3. Soit .

a. Montrer que est un point critique de et que est dégénérée.

b. Montrer que la restriction de à toute droite passant par l'origine admet en un minimum local strict.

c. Montrer que n'est pourtant pas un minimum local de , en étudiant sur la parabole d'équation . Décrire le signe de pour comprendre le phénomène.

4. Soit . Déterminer l'ensemble de ses points critiques, et la nature de chacun d'eux.

5. Rédiger en cinq lignes le bilan méthodologique de l'exercice.

Exercice 32 ★★★Surfaces de niveau et plan tangent dans l'espace

Vecteurs tangents à une partie, lignes et surfaces de niveau, plan tangentGradient d'une fonction numérique sur un espace euclidien, base orthonormée, direction de plus forte pente

Dans tout l'exercice, est muni de son produit scalaire canonique et de la norme euclidienne associée. Toutes les fonctions introduites sont polynomiales, donc de classe sur .

1.a. Rappeler la définition d'un vecteur tangent en un point à une partie de .

1.b. Soient un ouvert de , de classe , et la surface de niveau de passant par . Démontrer que est orthogonal à tout vecteur tangent en à .

1.c. En déduire la définition du plan tangent à en lorsque , et une équation cartésienne de ce plan.

2. Pour chacune des surfaces suivantes, donner une fonction dont elle est une surface de niveau, et calculer .

a. La sphère d'équation

b. Le paraboloïde d'équation

c. L'hyperboloïde d'équation

d. Le cône d'équation

3. Déterminer l'ensemble des vecteurs tangents à au point en construisant explicitement des arcs, donner une équation cartésienne du plan tangent, et vérifier qu'il est orthogonal au rayon .

4. Déterminer le plan tangent à au point de deux façons : en voyant comme le graphe d'une fonction de deux variables, puis comme une surface de niveau. Constater que l'on trouve le même plan.

5.a. Déterminer le plan tangent à au point , et exhiber deux arcs tracés sur réalisant deux vecteurs tangents indépendants.

5.b. Montrer que s'annule à l'origine pour le cône , déterminer l'ensemble des vecteurs tangents à en , et en déduire qu'il n'y a pas de plan tangent en ce point.

6. Déterminer tous les points de la sphère unité en lesquels le plan tangent est parallèle au plan d'équation .

Exercice 33 ★★★★La différentielle de l'exponentielle de matrices

Calcul différentiel en algèbre : applications bilinéaires, déterminant, inversion, formes quadratiquesApplication différentiable en un point : développement limité d'ordre 1, unicité de la différentielle, continuité

Dans tout l'exercice, est un entier et est muni d'une norme sous-multiplicative, c'est-à-dire vérifiant pour toutes matrices et , ainsi que (par exemple une norme subordonnée à une norme de ). Comme est de dimension finie, toutes les normes y sont équivalentes : les notions de limite, de continuité et de différentiabilité ne dépendent pas de ce choix.

1. L'exponentielle est bien définie.

a. Rappeler la définition de pour , et justifier que la série qui la définit converge.

b. Montrer que .

2. Différentiabilité en la matrice nulle.

a. Établir, pour toute matrice , la majoration

b. En déduire que est différentiable en et que est l'application identité de .

3. Matrices qui commutent. Soient et deux matrices telles que .

a. Montrer que .

b. En déduire que est inversible, et préciser son inverse.

c. Montrer que est dérivable sur et calculer sa dérivée.

4. Le déterminant de l'exponentielle. On admet le résultat suivant, démontré dans l'exercice 10 de cette fiche : l'application est de classe sur et, pour et ,

Soit fixée. On pose pour .

a. Justifier que est dérivable sur , et montrer que .

b. Résoudre cette équation différentielle, et en déduire que .

5. En déduire que pour toute matrice , puis exhiber une matrice inversible qui n'est l'exponentielle d'aucune matrice réelle.

6. Vérifications. Contrôler la formule du 4 en calculant explicitement l'exponentielle des deux matrices

Exercice 34 ★★★★Optimiser sous contrainte par paramétrage

Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire du premier ordre, extremums sur un fermé bornéVecteurs tangents à une partie, lignes et surfaces de niveau, plan tangent

La condition « » n'est une condition nécessaire d'extremum que sur un ouvert. Or un cercle, une sphère ou une surface n'ont pas de point intérieur : on ne peut donc pas y « chercher les points critiques ». Cet exercice construit les trois techniques autorisées pour contourner l'obstacle : le paramétrage (qui ramène le problème à un ouvert), l'inégalité bien choisie, et la compacité (qui garantit l'existence d'un extremum avant tout calcul). Dans tout l'exercice, est muni de son produit scalaire canonique.

1. Le produit maximal sur le cercle unité. On pose et , et l'on note .

a. Justifier que atteint un maximum et un minimum sur .

b. À l'aide du paramétrage , déterminer ces deux extremums et tous les points où ils sont atteints.

c. Retrouver la valeur du maximum à l'aide de l'inégalité , en discutant le cas d'égalité.

d. Calculer et aux quatre points optimaux, et constater qu'ils y sont colinéaires. Démontrer ce constat directement, sans invoquer aucun théorème d'extremum sous contrainte.

2. Une forme linéaire sur la sphère. On pose et .

a. Déterminer par l'inégalité de Cauchy-Schwarz, en précisant le cas d'égalité.

b. Retrouver ce maximum par la méthode générale : compacité pour l'existence, puis paramétrage local de la sphère au voisinage du point optimal et condition du premier ordre.

c. Comparer les deux méthodes : coût, généralité, ce que chacune démontre.

3. La boîte d'aire minimale. Soit fixé. Parmi tous les pavés droits de volume , on cherche celui dont l'aire totale est minimale.

a. Mettre le problème sous la forme de la minimisation d'une fonction de deux variables sur l'ouvert .

b. On pose . Montrer que l'ensemble est un compact inclus dans : c'est la traduction rigoureuse de « tend vers au bord de et à l'infini ».

c. En déduire que atteint un minimum global sur , puis déterminer les points critiques de et conclure.

d. Contrôler la nature du point trouvé à l'aide de la matrice hessienne.

4. Question de rédaction. Expliquer en quelques lignes pourquoi « chercher les points critiques » sur un ensemble contraint n'a aucun sens tant qu'on n'a pas paramétré, et ce que garantit exactement la condition du premier ordre.

Exercice 35 ★★★★Un problème d'optimisation géométrique

Conditions du second ordre : hessienne, points selle, extremums d'une fonction de classe C2Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire du premier ordre, extremums sur un fermé bornéGradient d'une fonction numérique sur un espace euclidien, base orthonormée, direction de plus forte pente

L'espace est muni de son produit scalaire canonique et de la norme euclidienne associée .

1. Le point qui minimise la somme des carrés des distances. Soient et des points de , non nécessairement distincts. On pose

a. Montrer que est de classe sur .

b. Calculer en revenant au développement limité d'ordre .

c. Montrer que admet un unique point critique, et l'identifier.

d. Établir l'identité est ce point critique, et en déduire la nature exacte de l'extremum.

2. Variante pondérée. Soient des réels strictement positifs, de somme . Reprendre la question 1 pour .

3. Un extremum sur un ouvert non borné. On pose, sur ,

a. Justifier que est de classe sur , puis déterminer tous ses points critiques.

b. Calculer la matrice hessienne au point critique et en déduire la nature locale de ce point.

c. Démontrer qu'il s'agit d'un minimum global sur , et donner sa valeur exacte. La fonction admet-elle un maximum sur ?

4. Interpréter géométriquement ou physiquement les résultats des questions 1, 2 et 3.

Exercice 36 ★★★★Fonctions harmoniques et principe du maximum

Résolution d'équations aux dérivées partielles par changement de variablesDérivées partielles d'ordre supérieur, classe Ck, théorème de Schwarz, matrice hessienne, Taylor-Young à l'ordre 2Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire du premier ordre, extremums sur un fermé borné

Soit un ouvert de . Une fonction de classe est dite harmonique sur si son laplacien est identiquement nul :

1. Vérifier que les fonctions suivantes sont harmoniques sur l'ouvert indiqué.

a. sur

b. sur

c. sur

d. sur le demi-plan

2. Pas d'extremum non dégénéré.

a. Soient un ouvert, de classe et un maximum local de . Montrer que et que pour tout .

b. En déduire qu'une fonction harmonique ne peut pas avoir de maximum local en un point où sa hessienne est définie négative. Montrer même qu'en un extremum local d'une fonction harmonique, la hessienne est nulle.

c. Préciser la portée exacte de l'argument : que reste-t-il possible quand la hessienne est dégénérée ? On regardera .

3. Principe du maximum, version faible. Soit un compact de d'intérieur non vide, et continue sur , de classe et harmonique sur . On note la frontière de .

a. Montrer que est un compact non vide.

b. Pour , on pose . Calculer sur et montrer que atteint son maximum sur en un point de .

c. En faisant tendre vers , en déduire que .

4. Application. Déterminer et , en n'étudiant que la frontière de . Vérifier le résultat par une étude directe, et donner de même le minimum.

5. Sur tout entier. Soit harmonique sur , majorée, et atteignant un maximum global en un point . On note .

a. Montrer que pour tout , la valeur est encore atteinte en un point du cercle de centre et de rayon . Qu'en déduire sur l'ensemble ?

b. On admet la propriété de la moyenne : pour tout ,

En déduire que est constante sur .

c. Discuter : qu'a-t-on réellement démontré avec les outils du programme, et qu'a-t-on admis ?

Le devoir surveillé

Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Un raccordement au bord d'un ouvert

Une fraction rationnelle de deux variables dont le dénominateur s'annule à l'origine peut parfois s'y prolonger par continuité. Toutes les pentes existent alors en ce point, dans toutes les directions ; mais rien ne garantit qu'elles s'organisent en une application linéaire, c'est-à-dire que le raccordement soit différentiable. On étudie ici un tel prolongement de bout en bout.

On note et l'on considère la fonction définie par

1. (0,5 pt) Justifier que est de classe sur l'ouvert . Puis, en écrivant avec , montrer que . En déduire la majoration pour tout , puis la continuité de en .

2. (0,5 pt) Calculer, pour tout réel non nul, les quantités suivantes.

a.

b.

c.

d.

En déduire, en revenant à la définition, que admet des dérivées partielles en et donner les valeurs de et de .

3. (0,5 pt) Soit un vecteur non nul de . Montrer que admet en une dérivée selon le vecteur , et que . Retrouver ainsi les résultats de la question 2.

4. (0,5 pt) Établir que pour tout réel et tout . En supposant différentiable en , montrer qu'alors coïnciderait sur tout entier avec une application linéaire. Conclure à l'absurde en comparant , et .

5. (0,5 pt) Reprendre la question précédente par un calcul direct : écrire la fonction affine candidate , puis étudier le quotient

le long de la droite d'équation , c'est-à-dire pour avec .

6. (0,5 pt) Calculer pour . Montrer que cette fonction n'admet pas de limite en en comparant ses valeurs sur les deux axes. Conclure : sur quels ouverts est-elle de classe ? En quoi cet exemple illustre-t-il que la réciproque de « différentiable donc dérivées partielles » est fausse ?

Exercice 2 (4 points) — Une trajectoire dans un champ de température

Une sonde autonome s'éloigne de sa base en décrivant une spirale, dans une pièce dont la température n'est pas uniforme. Le calcul différentiel permet de prévoir, sans jamais résoudre d'équation, à quel instant la sonde cesse de se réchauffer, et dans quelle direction elle devrait partir pour se réchauffer le plus vite possible.

Le plan est muni de sa structure euclidienne canonique, de produit scalaire et de norme . La température au point est donnée par

et la sonde occupe à l'instant le point . On pose , c'est-à-dire : c'est la température lue par la sonde à l'instant .

1. (0,5 pt) Justifier que est de classe sur et que est de classe sur . Calculer , puis vérifier que pour tout réel .

2. (0,5 pt) Montrer que le gradient de au point est

3. (1 pt) Justifier que est de classe sur et que . Développer entièrement ce produit scalaire et montrer que

Retrouver ce résultat par un calcul direct, en commençant par établir que .

4. (0,5 pt) On s'intéresse à l'instant initial. Calculer , et . En déduire que la sonde traverse à l'instant la ligne de niveau perpendiculairement, et préciser la direction du vecteur tangent à en l'origine.

5. (0,75 pt) On pose , de sorte que . Calculer et montrer, en utilisant , que sur . Calculer et , puis en déduire qu'il existe un unique instant auquel la vitesse de la sonde est tangente à la ligne de niveau de passant par .

6. (0,25 pt) En déduire les variations de sur et la nature du nombre .

7. (0,5 pt) Soit tel que . Montrer, à l'aide de l'inégalité de Cauchy-Schwarz, que la quantité , où décrit l'ensemble des vecteurs unitaires de , est maximale pour un unique vecteur que l'on déterminera, et donner la valeur de ce maximum. Appliquer au point .

Exercice 3 (4 points) — Une équation de transport avec dérive

Un traceur dilué est emporté par un courant dont la vitesse horizontale est constante et dont la vitesse verticale croît avec l'abscisse. Ses lignes de courant ne sont donc pas des droites, mais des paraboles. Un changement de variables bien choisi redresse ces paraboles et ramène l'équation de transport à une simple dérivée partielle nulle.

Dans tout l'exercice, désigne une fonction définie sur et à valeurs réelles. On s'intéresse aux équations aux dérivées partielles

posées pour tout , l'inconnue étant de classe sur . On pose

1. (0,5 pt) Montrer que est une bijection de sur , de réciproque , et que et sont de classe sur (on ne fera appel à aucun théorème d'inversion). Écrire les matrices jacobiennes et .

2. (0,5 pt) Soit de classe sur . On pose , c'est-à-dire . Justifier que est de classe sur et établir, par la règle de la chaîne,

3. (0,75 pt) Déterminer toutes les solutions de de classe sur . On veillera à justifier soigneusement le passage de « » à « ne dépend pas de », puis à vérifier la réciproque.

4. (0,5 pt) Déterminer l'unique solution de de classe sur vérifiant de plus pour tout réel . Développer l'expression obtenue et vérifier directement qu'elle est solution.

5. (0,75 pt) Déterminer toutes les solutions de de classe sur , et vérifier la réciproque. Quelle structure l'ensemble des solutions de possède-t-il par rapport à celui de ?

6. (0,75 pt) On passe à l'ordre . Soit de classe sur telle que

Montrer, par intégrations successives soigneusement justifiées, qu'il existe deux fonctions et de classe sur telles que pour tout , et expliciter et à l'aide de . Où le théorème de Schwarz intervient-il ?

7. (0,25 pt) En déduire toutes les fonctions de classe sur telles que sur .

Exercice 4 (5 points) — Répartition optimale d'une ressource

Un atelier dispose d'une puissance électrique limitée qu'il répartit entre deux machines. Chaque machine produit d'autant plus qu'on l'alimente, mais les deux se gênent mutuellement, et chacune sature quand on la pousse. Le rendement total n'est donc pas maximal quand on consomme toute la puissance disponible : c'est ce que l'optimisation va montrer.

On note et les puissances, exprimées en kilowatts, allouées respectivement à la première et à la seconde machine, et la puissance totale disponible est de kilowatts. Le domaine admissible est donc le triangle

de sommets , et . Le rendement total de l'atelier, exprimé en unités arbitraires, est modélisé par

1. (0,5 pt) Montrer que est une partie compacte de et en déduire que admet sur un maximum et un minimum, tous deux atteints.

2. (0,75 pt) Déterminer l'intérieur de . Calculer , puis montrer que admet sur un unique point critique, que l'on notera , et vérifier qu'il appartient bien à .

3. (0,75 pt) Écrire la matrice hessienne de en . Déterminer son déterminant et sa trace, en déduire le signe de ses valeurs propres, puis la nature du point critique . Calculer .

4. (1,25 pt) On étudie le bord de . Calculer d'abord les quatre valeurs de repère suivantes.

a.

b.

c.

d.

Puis, en paramétrant successivement les trois côtés , et , déterminer le maximum de sur chacun d'eux ainsi que le point où il est atteint.

5. (0,75 pt) Comparer toutes les valeurs obtenues et conclure : donner le maximum global de sur , le point où il est atteint, puis le minimum global de sur et le point où il est atteint (on justifiera que le minimum est nécessairement atteint sur le bord).

6. (0,5 pt) Vérifier l'identité

et en déduire, sans aucun calcul différentiel, que admet sur tout entier un maximum global, atteint en un unique point. Retrouver ainsi le résultat de la question 5. Quelle est la nature géométrique des lignes de niveau de ?

7. (0,5 pt) Interpréter les résultats pour l'atelier : la puissance disponible est-elle entièrement consommée à l'optimum ? Que coûterait, en rendement, la contrainte de tout consommer, c'est-à-dire de se placer sur le côté ?

Exercice 5 (4 points) — Une matrice qui minimise un écart

Une mesure fournit un tableau de coefficients qui devrait, en théorie, être symétrique, ou de trace nulle. Le bruit de mesure fait que la matrice obtenue ne l'est pas. On cherche alors, parmi les matrices admissibles, celle qui s'écarte le moins des données : c'est un problème de minimisation, et le calcul différentiel en donne la solution.

Soit un entier. On munit de l'application

et l'on note le sous-espace des matrices symétriques, celui des matrices antisymétriques et . Une matrice est fixée et l'on pose

désigne la norme associée à .

1. (0,5 pt) Montrer que , puis que est un produit scalaire sur .

2. (0,5 pt) Montrer que est de classe sur et que . Quel est l'unique point critique de sur , et que vaut alors ?

3. (0,5 pt) Montrer que et que cette somme est orthogonale pour . Préciser les dimensions.

4. (1 pt) On note et l'on admet que la famille formée des matrices pour et des matrices pour est une base orthonormée de . On pose

Montrer que est polynomiale, calculer ses dérivées partielles et sa matrice hessienne, en déduire qu'elle admet un unique point critique et que c'est un minimum global strict. Montrer enfin, à l'aide de la question 3, que la matrice correspondante est et que le minimum de sur vaut .

5. (0,5 pt) Montrer que . En déduire le minimum de sur , la matrice où il est atteint, et la valeur de ce minimum en fonction de et de .

6. (0,75 pt) Application numérique avec et

Déterminer la matrice symétrique la plus proche de , la matrice de trace nulle la plus proche de , et les deux distances correspondantes. Contrôler les calculs à l'aide du théorème de Pythagore.

7. (0,25 pt) Toujours pour la matrice de la question 6, déterminer la matrice symétrique de trace nulle la plus proche de ainsi que la distance correspondante.

Bloqué sur « Calcul différentiel et optimisation » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.