MP · Chapitre 08
Intégration sur un intervalle quelconque
Intégrales généralisées, fonctions intégrables, intégration des relations de comparaison, théorème de convergence dominée, intégration terme à terme, intégrales à paramètre.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Intégrales généralisées
- Fonctions intégrables
- Intégration des relations de comparaison
- Théorème de convergence dominée
- Intégration terme à terme
- Intégrales à paramètre
Le cours
En première année, l'intégrale portait toujours sur un segment [a,b], et la fonction intégrée était continue par morceaux sur ce segment. Ces deux hypothèses n'étaient pas décoratives : elles garantissaient que la fonction était bornée, que le domaine était de longueur finie, et donc que l'aire sous la courbe était un nombre réel parfaitement défini. Toute la théorie de MPSI, sommes de Darboux comprises, reposait sur cette double finitude.
Or les intégrales qui apparaissent en deuxième année, en probabilités, en physique, en analyse de Fourier ou dans les fonctions spéciales, ne rentrent presque jamais dans ce cadre. On veut donner un sens à ∫0+∞e−t2dt, dont le domaine n'est pas borné ; à ∫01lntdt, dont la fonction n'est pas bornée au voisinage de 0 ; à ∫0+∞tx−1e−tdt, qui cumule les deux difficultés. Ce chapitre construit exactement cela : une intégrale sur un intervalle quelconque, borné ou non, ouvert ou non.
Le procédé est d'une simplicité désarmante et tient en une phrase : on intègre sur un segment, puis on fait tendre le segment vers l'intervalle et on regarde si l'on obtient une limite finie. Autrement dit, l'objet nouveau se définit comme une limite d'objets anciens, et rien de ce que vous savez sur les intégrales de segment n'est perdu. La contrepartie est qu'une intégrale généralisée peut ne pas exister : la première question posée par tout exercice de ce chapitre n'est plus « combien vaut cette intégrale ? » mais « cette intégrale converge-t-elle ? ». Le vocabulaire, les critères de comparaison, les intégrales de référence : tout ce début de chapitre est le décalque exact de ce que vous avez fait sur les séries numériques, et cette analogie est votre meilleure alliée.
Une distinction s'installe alors, qui n'existait pas en première année et que les correcteurs de concours traquent sans pitié : convergence de l'intégrale et intégrabilité de la fonction sont deux notions différentes. La seconde est plus forte : elle demande la convergence de ∫I∣f∣, pas seulement celle de ∫If. Sur un segment, les deux coïncident ; sur un intervalle quelconque, non, et l'exemple t↦tsint sur [1,+∞[ est là pour le rappeler à chaque colle. Toute la théorie sérieuse, à partir de la moitié du chapitre, ne parle plus que de fonctions intégrables : c'est la bonne classe, celle qui forme un espace vectoriel, celle sur laquelle les grands théorèmes s'énoncent.
Ces grands théorèmes, justement, sont trois, et ils constituent le cœur du programme de MP. Le théorème de convergence dominée permet d'échanger une limite et une intégrale ; le théorème d'intégration terme à terme permet d'échanger une somme de série et une intégrale ; les théorèmes de régularité des intégrales à paramètre permettent d'échanger une dérivation et une intégrale. Les trois reposent sur la même idée, la domination : on majore toutes les fonctions en jeu, uniformément, par une seule fonction intégrable indépendante du paramètre. Retenez ce mot, il structure la seconde moitié du chapitre. Les deux premiers théorèmes sont admis (leur démonstration relève de la théorie de la mesure, hors programme) ; le troisième, lui, se démontre entièrement à partir du premier, et cette démonstration est exigible.
Les notations suivantes valent partout. La lettre K désigne R ou C ; la lettre I désigne un intervalle de R non vide et non réduit à un point, souvent écrit ]a,b[ avec −∞⩽a<b⩽+∞. L'ensemble des fonctions continues par morceaux de I dans K est noté Cpm0(I,K), celui des fonctions intégrables L1(I,K). On écrit systématiquement ex pour l'exponentielle, i pour l'unité imaginaire et dt pour l'élément différentiel. La phrase « l'intégrale ∫abf(t)dt converge » et la phrase « f est intégrable sur I » ne sont jamais employées l'une pour l'autre. La fonction dominante d'un théorème de domination s'appelle toujours φ. Enfin, Γ désigne la fonction d'Euler Γ(x)=∫0+∞tx−1e−tdt, étudiée en fin de chapitre.
Cadre : fonctions continues par morceaux sur un intervalle quelconque
Ce que l'on sait déjà : l'intégrale sur un segment
Propriété
Rappels de première année. Soit [a,b] un segment de R avec a⩽b. Toute fonction f continue par morceaux sur [a,b] à valeurs dans K admet une intégrale ∫abf(t)dt∈K, et l'on dispose des propriétés suivantes.
- Linéarité : pour f,g continues par morceaux sur [a,b] et λ,μ∈K, ∫ab(λf+μg)=λ∫abf+μ∫abg.
- Relation de Chasles : pour tous u,v,w dans [a,b], ∫uwf=∫uvf+∫vwf, avec la convention ∫vuf=−∫uvf.
- Positivité et croissance : si K=R, a⩽b et f⩾0, alors ∫abf⩾0 ; si f⩽g, alors ∫abf⩽∫abg.
- Inégalité triangulaire : si a⩽b, ∫abf⩽∫ab∣f∣.
- Théorème fondamental : si f est continue sur un intervalle J et a∈J, la fonction F:x↦∫axf(t)dt est l'unique primitive de f sur J s'annulant en a ; elle est de classe C1 et F′=f.
- Nullité : si f est continue, positive sur [a,b] avec a<b et si ∫abf=0, alors f est identiquement nulle sur [a,b].
- Invariance : modifier une fonction continue par morceaux en un nombre fini de points ne change pas son intégrale.
Ces sept énoncés sont le socle. Tout ce que nous allons construire s'obtiendra en les appliquant sur un segment, puis en passant à la limite. Aucun d'eux ne sera redémontré.
Continuité par morceaux sur un intervalle quelconque
Définition
Soit I un intervalle de R. Une fonction f:I→K est dite continue par morceaux sur I lorsque sa restriction à tout segment inclus dans I est continue par morceaux au sens de la première année.
L'ensemble de ces fonctions est noté Cpm0(I,K).
Remarque
La définition est locale : on ne demande rien de global, seulement que la situation soit raisonnable sur chaque morceau borné. Trois conséquences immédiates, souvent mal comprises.
D'abord, une fonction continue par morceaux sur un intervalle non borné peut avoir une infinité de points de discontinuité. La fonction partie entière t↦⌊t⌋ est continue par morceaux sur [0,+∞[ : sur chaque segment [0,n] elle n'a que n discontinuités, ce qui est fini. Ce qui est interdit, c'est une infinité de discontinuités sur un même segment.
Ensuite, une fonction continue par morceaux sur un intervalle quelconque peut être non bornée : t↦t1 est continue, donc continue par morceaux, sur ]0,1], alors qu'elle n'est bornée sur aucun voisinage de 0. C'est impossible sur un segment, où toute fonction continue par morceaux est bornée.
Enfin, la définition n'exige aucune limite aux bornes de I : la fonction t↦sin(t1) est continue sur ]0,1], donc continue par morceaux, bien qu'elle n'ait pas de limite en 0.
Propriété
Soit I un intervalle de R.
- Cpm0(I,K) est un K-espace vectoriel, stable par produit.
- Si f∈Cpm0(I,K), alors ∣f∣∈Cpm0(I,R) ; si de plus K=C, alors Re(f) et Im(f) sont continues par morceaux sur I.
- Si f,g∈Cpm0(I,R), alors max(f,g) et min(f,g) le sont aussi.
Démonstration. Chacune de ces affirmations est vraie sur un segment, par les théorèmes de première année. Or être continue par morceaux sur I, c'est l'être sur chaque segment de I. Soit donc [α,β]⊂I un segment : les restrictions de f et de g à [α,β] sont continues par morceaux, donc λf+μg, fg, ∣f∣, Re(f), Im(f), max(f,g) et min(f,g) le sont également sur [α,β]. Le segment étant quelconque, la conclusion vaut sur I. Enfin, la fonction nulle appartient à Cpm0(I,K), qui est donc un sous-espace vectoriel de l'espace de toutes les fonctions de I dans K. □
Remarque
On utilisera constamment l'identité, valable pour f à valeurs réelles :
max(f,0)=2∣f∣+f,max(−f,0)=2∣f∣−f.Elle montre d'un coup que les parties positive et négative d'une fonction continue par morceaux sont continues par morceaux, sans invoquer le point 3.
Pourquoi l'intégrale sur un segment ne suffit plus
Soit f∈Cpm0(I,K). Si I est un segment, ∫If est déjà définie et il n'y a rien à faire. Dans tous les autres cas, deux obstructions, et exactement deux, empêchent d'appliquer directement la théorie de première année.
Première obstruction : l'intervalle n'est pas borné. Sur I=[1,+∞[, la fonction f(t)=t21 est parfaitement continue et bornée, mais I n'est pas un segment : la « somme de Riemann » sur I n'a aucun sens en première année. L'aire sous la courbe est pourtant intuitivement finie, et l'on voudrait pouvoir l'écrire ∫1+∞t2dt.
Seconde obstruction : la fonction n'est pas bornée au voisinage d'une borne finie. Sur I=]0,1], la fonction f(t)=t1 est continue, l'intervalle est borné, mais f n'est pas prolongeable en une fonction continue par morceaux sur [0,1], car f(t)→+∞ quand t→0+. Une fonction continue par morceaux sur un segment est toujours bornée : f n'entre donc pas dans le cadre de première année.
Remarque
Ces deux obstructions peuvent coexister, et il faudra alors les traiter séparément. Sur I=]0,+∞[, la fonction t↦tα1 pose un problème en 0 (elle explose si α>0) et un problème en +∞ (l'intervalle n'est pas borné). Nous verrons que ces deux problèmes s'excluent mutuellement : aucune valeur de α ne les résout tous les deux.
À l'inverse, une borne finie où f admet une limite finie n'est pas un problème du tout : la fonction t↦tsint sur ]0,1] se prolonge par continuité en posant f(0)=1, et son intégrale est celle du prolongement sur le segment [0,1]. On parle alors d'intégrale faussement impropre, et un exercice bien rédigé le signale en une phrase au lieu de perdre dix lignes à étudier une convergence acquise d'avance.
Intégrales généralisées
Définition sur un intervalle semi-ouvert
Définition
Soient a∈R, b∈R∪{+∞} avec a<b, et f∈Cpm0([a,b[,K). Pour tout x∈[a,b[, le segment [a,x] est inclus dans [a,b[, donc l'intégrale ∫axf(t)dt est bien définie.
On dit que l'intégrale généralisée (ou impropre) ∫abf(t)dt converge lorsque la fonction
F:[a,b[⟶K,F(x)=∫axf(t)dtadmet une limite finie quand x tend vers b par valeurs inférieures. On pose alors
∫abf(t)dt=x→b−lim∫axf(t)dt.Dans le cas contraire, on dit que l'intégrale diverge.
Définition symétrique sur ]a,b] avec a∈R∪{−∞} : on étudie la limite de x↦∫xbf(t)dt quand x→a+.
Remarque
Trois précisions de vocabulaire et de rédaction.
La nature d'une intégrale, c'est sa convergence ou sa divergence. Dire que deux intégrales « sont de même nature » signifie qu'elles convergent toutes les deux ou divergent toutes les deux ; cela ne dit rien de leurs valeurs.
Le symbole ∫abf ne doit jamais être manipulé avant que sa convergence ne soit établie. Écrire une égalité entre deux intégrales dont on ignore la nature est la faute la plus fréquente du chapitre : c'est écrire une égalité entre deux objets qui n'existent peut-être pas. La bonne rédaction commence toujours sur le segment [a,x], où tout est licite, et ne passe à la limite qu'à la fin.
Seule la borne « à problème » compte. La convergence de ∫abf ne dépend en rien de ce qui se passe près de a : pour tout c∈[a,b[, les intégrales ∫abf et ∫cbf sont de même nature, puisque ∫axf=∫acf+∫cxf et que ∫acf est une constante. La convergence est une question locale au voisinage de la borne.
Propriété
Cas d'un faux problème. Soient a<b deux réels et f∈Cpm0([a,b[,K). Si f admet une limite finie en b−, alors ∫abf(t)dt converge, et sa valeur est l'intégrale sur le segment [a,b] du prolongement de f.
Démonstration. Notons ℓ=limt→b−f(t) et f~ le prolongement de f à [a,b] défini par f~(b)=ℓ. La fonction f~ est continue par morceaux sur le segment [a,b] : sur tout segment [a,x] avec x<b elle l'est par hypothèse, et elle admet une limite finie en b−, ce qui achève de vérifier la définition de première année. Pour x∈[a,b[, on a ∫axf=∫axf~, et la fonction x↦∫axf~ est continue sur [a,b] (elle est même lipschitzienne, de rapport sup[a,b]∣f~∣, qui est fini). Donc ∫axf→∫abf~ quand x→b−. □
Propriété
Dérivation de l'intégrale fonction de sa borne. Soient I un intervalle, f∈Cpm0(I,K) et a∈I. La fonction F:x↦∫axf(t)dt est définie et continue sur I. Si f est continue en un point x0 de I, alors F est dérivable en x0 et F′(x0)=f(x0).
En particulier, si f est continue sur I, alors F est de classe C1 sur I et F′=f : c'est la primitive de f qui s'annule en a.
Démonstration. C'est le théorème fondamental de première année, appliqué sur chaque segment de I contenant a et x0 : les deux propriétés énoncées (continuité de F, dérivabilité aux points de continuité de f) sont locales, donc se lisent sur un segment. □
Propriété
Critère par les primitives. Soient f continue sur [a,b[ et F une primitive quelconque de f sur [a,b[. Alors ∫abf(t)dt converge si et seulement si F admet une limite finie en b−, et dans ce cas
∫abf(t)dt=x→b−limF(x)−F(a),que l'on note [F(t)]ab.
Démonstration. Pour x∈[a,b[, le théorème fondamental donne ∫axf=F(x)−F(a). La fonction x↦∫axf admet donc une limite finie en b− si et seulement si F en admet une, et les deux limites diffèrent de la constante F(a). □
Remarque
C'est l'outil de calcul numéro un du chapitre : dès qu'on sait primitiver, l'étude de la convergence devient une étude de limite, c'est-à-dire un exercice de première année. Les critères de comparaison des sections suivantes ne servent que lorsque la primitive n'est pas accessible.
Intégrale sur un intervalle ouvert
Définition
Soient −∞⩽a<b⩽+∞ et f∈Cpm0(]a,b[,K). On dit que ∫abf(t)dt converge lorsqu'il existe c∈]a,b[ tel que les deux intégrales
∫acf(t)dtet∫cbf(t)dtconvergent toutes les deux. On pose alors
∫abf(t)dt=∫acf(t)dt+∫cbf(t)dt.Propriété
Indépendance du découpage. Cette définition ne dépend pas du point c choisi : si les deux intégrales convergent pour un c∈]a,b[, elles convergent pour tout c′∈]a,b[, et la somme obtenue est la même.
Démonstration. Soient c,c′∈]a,b[ ; quitte à échanger leurs rôles, supposons c⩽c′. Le segment [c,c′] est inclus dans ]a,b[, donc K=∫cc′f(t)dt est un nombre bien défini.
Convergence en a. Pour tout x∈]a,c[, la relation de Chasles sur le segment [x,c′] donne
∫xc′f(t)dt=∫xcf(t)dt+K.Le nombre K ne dépend pas de x : la fonction x↦∫xc′f admet donc une limite finie en a+ si et seulement si x↦∫xcf en admet une, et dans ce cas les deux limites diffèrent de K. Ainsi ∫ac′f et ∫acf sont de même nature, et en cas de convergence
∫ac′f=∫acf+K.Convergence en b. De même, pour y∈]c′,b[, Chasles donne ∫cyf=K+∫c′yf, donc ∫cbf et ∫c′bf sont de même nature, et en cas de convergence
∫cbf=K+∫c′bf.Conclusion. Les deux intégrales relatives à c convergent si et seulement si les deux intégrales relatives à c′ convergent, et alors
∫ac′f+∫c′bf=(∫acf+K)+(∫cbf−K)=∫acf+∫cbf.La valeur ne dépend donc pas de c. □
Définition
Soit f∈Cpm0(]a,b[,K) et soit c∈]a,b[. On dit que ∫abf converge en la borne b lorsque ∫cbf converge — ce qui, d'après ce qui précède, ne dépend pas de c. Définition analogue en a.
Ainsi : ∫abf converge si et seulement si elle converge en chacune de ses deux bornes.
Remarque
C'est la règle d'or de la rédaction : on découpe, puis on traite chaque borne séparément. Une intégrale sur ]0,+∞[ se coupe en ∫01 et ∫1+∞ (le point de coupure est arbitraire, 1 est commode), et l'on mène deux études indépendantes. Un exercice qui compare tα1 à une référence valable « en l'infini » alors qu'on étudie la borne 0 est un exercice faux.
Il ne faut pas non plus multiplier les découpages inutiles : ∫1+∞t2dt n'a qu'une seule borne problématique, la borne +∞. En 1, la fonction est continue : il n'y a rien à dire.
Remarque
Une fausse bonne idée à bannir. Sur R tout entier, il est tentant de définir ∫−∞+∞f comme la limite de ∫−xxf quand x→+∞. Ce n'est pas la définition, et cette quantité peut exister alors que l'intégrale diverge.
Prenons f(t)=t, continue sur R. Pour tout x>0, par imparité,
∫−xxtdt=[2t2]−xx=2x2−2x2=0,donc cette quantité tend vers 0. Pourtant ∫0xtdt=2x2→+∞ : l'intégrale ∫0+∞tdt diverge, donc ∫−∞+∞tdt diverge.
La raison de fond est que la définition correcte exige que les deux bornes soient traitées indépendamment l'une de l'autre : on ne s'autorise aucune compensation entre ce qui se passe en −∞ et ce qui se passe en +∞. C'est exactement l'analogue de l'interdiction, pour les séries, de regrouper les termes d'une série non absolument convergente.
Cas d'une fonction positive : la notation +∞
Propriété
Soit f∈Cpm0([a,b[,R) positive. Alors F:x↦∫axf est croissante sur [a,b[, et il n'y a que deux cas possibles :
- F est majorée, et alors ∫abf converge, de valeur supx∈[a,b[F(x) ;
- F n'est pas majorée, et alors F(x)→+∞ quand x→b−.
Dans le second cas on écrit, par convention, ∫abf(t)dt=+∞.
Démonstration. Pour a⩽x⩽y<b, on a F(y)−F(x)=∫xyf⩾0 par positivité de l'intégrale sur le segment [x,y] : F est croissante. Le théorème de la limite monotone conclut ; sa démonstration est rappelée dans la section consacrée au critère de majoration. □
Remarque
La notation ∫abf=+∞ est réservée aux fonctions de signe constant. Pour une fonction qui change de signe une infinité de fois, la divergence peut être une simple absence de limite, sans que la quantité tende vers ±∞ : c'est le cas de ∫0xcostdt=sinx, qui oscille entre −1 et 1.
Les intégrales de référence
Tout ce chapitre repose sur une poignée d'intégrales dont la nature doit être connue instantanément. Elles se démontrent toutes par le critère des primitives.
Propriété
Intégrales de Riemann en +∞. Soit α∈R. L'intégrale ∫1+∞tαdt converge si et seulement si α>1, et dans ce cas
∫1+∞tαdt=α−11.Démonstration. La fonction t↦t−α est continue sur [1,+∞[ ; seule la borne +∞ pose problème. Soit x>1.
Cas α=1. Une primitive de t↦t−α est t↦1−αt1−α, donc
∫1xtαdt=[1−αt1−α]1x=1−αx1−α−1.Si α>1, alors 1−α<0 et x1−α→0 quand x→+∞ : l'intégrale converge et vaut 1−α−1=α−11. Si α<1, alors 1−α>0 et x1−α→+∞ : l'intégrale diverge.
Cas α=1. On a ∫1xtdt=lnxx→+∞+∞ : l'intégrale diverge. □
Propriété
Intégrales de Riemann en une borne finie. Soit α∈R. L'intégrale ∫01tαdt converge si et seulement si α<1, et dans ce cas
∫01tαdt=1−α1.Démonstration. La fonction t↦t−α est continue sur ]0,1] ; seule la borne 0 pose problème (et si α⩽0, la fonction se prolonge par continuité en 0, donc l'intégrale converge trivialement — ce que le calcul va confirmer). Soit x∈]0,1[.
Cas α=1. Comme ci-dessus,
∫x1tαdt=[1−αt1−α]x1=1−α1−x1−α.Si α<1, alors 1−α>0 et x1−α→0 quand x→0+ : l'intégrale converge et vaut 1−α1. Si α>1, alors 1−α<0 et x1−α→+∞ : l'intégrale diverge.
Cas α=1. On a ∫x1tdt=−lnxx→0++∞ : l'intégrale diverge. □
Propriété
Riemann en une borne finie quelconque. Soient a<b deux réels et α∈R. L'intégrale ∫ab(x−a)αdx converge si et seulement si α<1, et dans ce cas elle vaut 1−α(b−a)1−α.
De même, ∫ab(b−x)αdx converge si et seulement si α<1, avec la même valeur.
Démonstration. La fonction x↦(x−a)−α est continue sur ]a,b] ; le problème est en a. Pour ε∈]0,b−a[, le changement de variable affine u=x−a sur le segment [a+ε,b] (licite : il s'agit du changement de variable de première année, avec u de classe C1) donne
∫a+εb(x−a)αdx=∫εb−auαdu.Quand ε→0+, le membre de droite converge si et seulement si α<1, d'après l'étude précédente menée sur ]0,b−a], et sa limite vaut alors 1−α(b−a)1−α.
Pour la seconde intégrale, le changement de variable affine u=a+b−x échange les deux bornes et transforme (b−x)−α en (u−a)−α : on est ramené au cas précédent. □
Propriété
Intégrale exponentielle. Soit a∈R. L'intégrale ∫0+∞e−atdt converge si et seulement si a>0, et dans ce cas
∫0+∞e−atdt=a1.Démonstration. La fonction t↦e−at est continue sur [0,+∞[.
Cas a=0. Pour x>0,
∫0xe−atdt=[−ae−at]0x=a1−e−ax.Si a>0, alors −ax→−∞, donc e−ax→0 et l'intégrale converge, de valeur a1. Si a<0, alors −ax→+∞, donc e−ax→+∞ ; le numérateur tend vers −∞ et le dénominateur est un réel strictement négatif fixe, donc le quotient tend vers +∞ : l'intégrale diverge.
Cas a=0. On a ∫0x1dt=x→+∞ : l'intégrale diverge. □
Propriété
Intégrale du logarithme. L'intégrale ∫01lntdt converge et vaut −1.
Démonstration. La fonction ln est continue sur ]0,1] et tend vers −∞ en 0+ : la borne 0 est un vrai problème. Une primitive de ln sur ]0,1] est t↦tlnt−t, car (tlnt−t)′=lnt+t⋅t1−1=lnt. Donc, pour x∈]0,1[,
∫x1lntdt=[tlnt−t]x1=(0−1)−(xlnx−x)=−1−xlnx+x.Par croissances comparées, xlnx→0 quand x→0+, et x→0. La limite existe donc et vaut −1. □
Remarque
Voici la synthèse à mémoriser. Les deux lignes de Riemann sont inverses l'une de l'autre, et c'est la source d'erreur numéro un du chapitre.
| Intégrale | Nature |
|---|---|
| ∫1+∞tαdt | converge si et seulement si α>1 |
| ∫01tαdt | converge si et seulement si α<1 |
| ∫0+∞e−atdt | converge si et seulement si a>0 |
Le moyen mnémotechnique : en +∞, il faut décroître vite (l'exposant doit être grand) ; en une borne finie, il faut exploser lentement (l'exposant doit être petit). Et comme les deux conditions sont incompatibles, ∫0+∞tαdt diverge pour tout α∈R : quelle que soit la valeur de α, au moins une des deux bornes est fautive.
Quatre natures à lire instantanément, sans le moindre calcul.
a. ∫1+∞t3/2dt converge, car α=23>1.
b. ∫01tdt converge, car α=21<1.
c. ∫1+∞tdt diverge, car α=21⩽1.
d. ∫01t2dt diverge, car α=2⩾1.
Les cas b et c portent sur la même fonction : seule la borne étudiée change, et la nature bascule. C'est tout le message du tableau ci-dessus.
Propriétés et calcul des intégrales généralisées
Dans toute cette section, I=]a,b[ désigne un intervalle de R avec −∞⩽a<b⩽+∞. Tous les énoncés valent aussi bien sur [a,b[ ou ]a,b] : il suffit d'oublier la borne qui ne pose pas de problème.
Linéarité
Propriété
Linéarité. Soient f,g∈Cpm0(]a,b[,K) telles que ∫abf et ∫abg convergent, et soient λ,μ∈K. Alors ∫ab(λf+μg) converge et
∫ab(λf(t)+μg(t))dt=λ∫abf(t)dt+μ∫abg(t)dt.Autrement dit, l'ensemble des fonctions continues par morceaux sur ]a,b[ dont l'intégrale converge est un K-espace vectoriel, et f↦∫abf y est une forme linéaire.
Démonstration. Fixons c∈]a,b[. Pour x∈[c,b[, la linéarité de l'intégrale sur le segment [c,x] donne
∫cx(λf+μg)=λ∫cxf+μ∫cxg.Quand x→b−, les deux intégrales du membre de droite admettent des limites finies par hypothèse ; par opérations sur les limites, le membre de gauche admet donc une limite finie, égale à λ∫cbf+μ∫cbg. L'intégrale ∫cb(λf+μg) converge donc, avec la valeur annoncée. Le même raisonnement en a, puis la relation de Chasles de la définition, donnent le résultat sur ]a,b[. □
Remarque
Avertissement capital : la réciproque est fausse. La convergence de ∫ab(f+g) n'entraîne pas celle de ∫abf ni celle de ∫abg. Sur [1,+∞[, prenons f(t)=t1 et g(t)=−t+11. Pour x>1,
∫1x(t1−t+11)dt=[lnt−ln(t+1)]1x=ln(x+1x)−ln(21)x→+∞0+ln2=ln2.L'intégrale de la somme converge donc, et vaut ln2. Pourtant ∫1+∞tdt et ∫1+∞t+1dt divergent toutes les deux (Riemann avec α=1).
Conséquence pratique : on ne coupe jamais une intégrale en deux morceaux avant de savoir que chacun converge. Écrire ∫1+∞(t1−t+11)=∫1+∞tdt−∫1+∞t+1dt est une faute : le membre de droite n'existe pas.
Propriété
Si ∫abf converge et si ∫abg diverge, alors ∫ab(f+g) diverge.
Démonstration. Par l'absurde. Si ∫ab(f+g) convergeait, alors, ∫abf convergeant aussi, la linéarité appliquée à g=(f+g)+(−1)⋅f donnerait la convergence de ∫abg, ce qui contredit l'hypothèse. □
Chasles, positivité, croissance
Propriété
Relation de Chasles. Soient f∈Cpm0(]a,b[,K) et c∈]a,b[. Alors ∫abf converge si et seulement si ∫acf et ∫cbf convergent, et dans ce cas
∫abf(t)dt=∫acf(t)dt+∫cbf(t)dt.Démonstration. C'est exactement la définition de la convergence sur un intervalle ouvert, jointe à l'indépendance du découpage démontrée plus haut. □
Propriété
Positivité et croissance. Soient f,g∈Cpm0(]a,b[,R) dont les intégrales sur ]a,b[ convergent.
- Si f⩾0 sur ]a,b[, alors ∫abf(t)dt⩾0.
- Si f⩽g sur ]a,b[, alors ∫abf(t)dt⩽∫abg(t)dt.
Démonstration. Fixons c∈]a,b[ et soient y∈]a,c] et x∈[c,b[. Sur le segment [y,x], la positivité de l'intégrale de première année donne ∫yxf⩾0. En faisant tendre y vers a+ puis x vers b−, et en utilisant le passage à la limite dans les inégalités larges, on obtient ∫abf⩾0. Le point 2 s'en déduit en appliquant le point 1 à g−f, dont l'intégrale converge par linéarité et vaut ∫abg−∫abf. □
Remarque
Le passage à la limite conserve les inégalités larges mais détruit les inégalités strictes. De f<g sur ]a,b[ on ne peut conclure que ∫abf⩽∫abg. L'inégalité stricte s'obtient bien, mais elle demande le théorème de nullité démontré dans la section sur les fonctions intégrables, dont l'hypothèse est la CONTINUITÉ : il faut donc supposer ici g−f continue sur ]a,b[, et non seulement continue par morceaux.
Fonctions à valeurs complexes
Propriété
Soit f∈Cpm0(]a,b[,C). L'intégrale ∫abf converge si et seulement si les deux intégrales ∫abRe(f) et ∫abIm(f) convergent, et dans ce cas
∫abf(t)dt=∫abRe(f(t))dt+i∫abIm(f(t))dt.On a de plus ∫abf(t)dt=∫abf(t)dt.
Démonstration. Sur un segment [y,x]⊂]a,b[, la linéarité donne ∫yxf=∫yxRe(f)+i∫yxIm(f), les deux intégrales du membre de droite étant réelles. Or une fonction à valeurs complexes admet une limite finie en un point si et seulement si sa partie réelle et sa partie imaginaire en admettent une, et la limite est alors la somme correspondante. On applique ce résultat en b− puis en a+. La dernière égalité s'obtient en changeant i en −i. □
Exemple
L'exponentielle complexe. Soit z∈C avec Re(z)>0. Pour x>0, une primitive de t↦e−zt est t↦−ze−zt (la dérivation des exponentielles complexes de la variable réelle est celle de première année), donc
∫0xe−ztdt=z1−e−zx.Or ∣e−zx∣=e−xRe(z)→0 quand x→+∞, puisque Re(z)>0. L'intégrale converge donc et
∫0+∞e−ztdt=z1.Écrivons z=α+iβ avec α>0 et β∈R. Alors e−zt=e−αtcos(βt)−ie−αtsin(βt), et
z1=α+iβ1=α2+β2α−iβ.En identifiant parties réelle et imaginaire, on obtient deux intégrales classiques, gratuitement :
∫0+∞e−αtcos(βt)dt=α2+β2α,∫0+∞e−αtsin(βt)dt=α2+β2β.Le passage par les complexes évite deux intégrations par parties croisées : c'est le réflexe à avoir dès qu'un produit « exponentielle fois fonction trigonométrique » apparaît.
Intégration par parties
Propriété
Intégration par parties sur un intervalle ouvert. Soient −∞⩽a<b⩽+∞ et u,v deux fonctions de classe C1 sur ]a,b[ à valeurs dans K. Considérons les trois objets suivants :
- le crochet [uv]ab, c'est-à-dire l'existence simultanée des deux limites finies t→a+limu(t)v(t) et t→b−limu(t)v(t) ;
- l'intégrale ∫abu′(t)v(t)dt ;
- l'intégrale ∫abu(t)v′(t)dt.
Si deux de ces trois objets existent (limites finies pour le premier, convergence pour les deux autres), alors le troisième existe aussi, et
∫abu′(t)v(t)dt=[u(t)v(t)]ab−∫abu(t)v′(t)dt,où l'on a posé [u(t)v(t)]ab=t→b−limu(t)v(t)−t→a+limu(t)v(t).
Démonstration. Fixons c∈]a,b[ et traitons d'abord la borne b. Pour x∈[c,b[, les fonctions u et v sont de classe C1 sur le segment [c,x] : l'intégration par parties de première année s'y applique et donne
∫cxu′(t)v(t)dt=u(x)v(x)−u(c)v(c)−∫cxu(t)v′(t)dt.(⋆)Cette identité relie trois quantités dépendant de x : A(x)=∫cxu′v, B(x)=u(x)v(x) et C(x)=∫cxuv′, par la relation A(x)=B(x)−u(c)v(c)−C(x). Si deux d'entre elles admettent une limite finie en b−, la troisième aussi, puisqu'elle s'exprime comme somme des deux autres et d'une constante. On raisonne de même en a, avec y∈]a,c] et l'identité
∫ycu′(t)v(t)dt=u(c)v(c)−u(y)v(y)−∫ycu(t)v′(t)dt.Supposons maintenant que deux des trois objets de l'énoncé existent. Chacun d'eux est la conjonction d'une condition en a et d'une condition en b ; par ce qui précède, la troisième condition est satisfaite en a comme en b, donc le troisième objet existe. Il ne reste qu'à passer à la limite dans (⋆) quand x→b−, puis dans la seconde identité quand y→a+, et à sommer les deux résultats :
∫abu′v=(t→b−limu(t)v(t)−t→a+limu(t)v(t))−∫abuv′,les termes u(c)v(c) se simplifiant. □
Remarque
Le piège, et la seule rédaction acceptable. On n'intègre jamais par parties directement sur l'intervalle ouvert. La rédaction correcte est toujours en deux temps :
- écrire l'intégration par parties sur le segment [c,x], où les trois quantités existent sans discussion ;
- faire tendre x vers la borne, en justifiant que deux des trois termes convergent.
La raison est que la formule ∫abu′v=[uv]ab−∫abuv′ relie trois objets dont aucun n'est garanti d'exister a priori : l'écrire d'emblée, c'est manipuler des symboles qui n'ont peut-être pas de sens. En particulier, un crochet dont on n'a pas prouvé que les limites sont finies n'est pas un nombre.
Exemple
Un calcul modèle. Montrons que ∫0+∞te−tdt converge et vaut 1.
La fonction t↦te−t est continue sur [0,+∞[, seule la borne +∞ pose problème. Posons u(t)=−e−t et v(t)=t, toutes deux de classe C1 sur [0,+∞[, avec u′(t)=e−t et v′(t)=1. Sur le segment [0,x] :
∫0xte−tdt=∫0xu′(t)v(t)dt=[−te−t]0x+∫0xe−tdt=−xe−x+(1−e−x).Par croissances comparées, xe−x→0, et e−x→0. Le membre de droite tend donc vers 1 :
∫0+∞te−tdt=1.On retiendra ce résultat, il resservira plusieurs fois : c'est Γ(2).
Exemple
Retrouver ∫01lntdt par parties. Posons u(t)=t et v(t)=lnt sur ]0,1], de classe C1. Le crochet est [tlnt]01=0−0=0, la limite en 0+ valant 0 par croissances comparées : le premier objet existe. L'intégrale ∫01uv′=∫01t⋅t1dt=∫011dt=1 existe aussi (intégrale sur un segment d'une fonction constante). Deux des trois objets existent : le théorème s'applique et donne
∫01lntdt=∫01u′v=[tlnt]01−∫011dt=0−1=−1,ce qui confirme le calcul par primitive fait plus haut. Noter que le théorème a servi ici à prouver la convergence de ∫01lntdt, pas seulement à la calculer : c'est son intérêt principal.
Changement de variable
Propriété
Changement de variable. Soient −∞⩽a<b⩽+∞ et −∞⩽α<β⩽+∞. Soient f une fonction continue sur ]a,b[ à valeurs dans K, et
φ: ]α,β[ ⟶ ]a,b[une bijection de classe C1 et strictement monotone. Alors les deux intégrales
∫abf(t)dtet∫αβf(φ(u))φ′(u)dusont de même nature, et elles sont égales en cas de convergence.
Démonstration. Supposons d'abord φ strictement croissante. C'est une bijection continue strictement croissante de ]α,β[ sur ]a,b[, donc
u→α+limφ(u)=a,u→β−limφ(u)=b,et sa réciproque φ−1:]a,b[→]α,β[ est continue, strictement croissante, avec φ−1(x)→β quand x→b− et φ−1(x)→α quand x→a+.
Fixons u0∈]α,β[ et posons t0=φ(u0). Pour u∈]α,β[, la fonction φ est de classe C1 sur le segment d'extrémités u0 et u, à valeurs dans ]a,b[ où f est continue : le théorème de changement de variable de première année s'applique sur ce segment et donne
∫u0uf(φ(s))φ′(s)ds=∫t0φ(u)f(t)dt.Notons G(u) le membre de gauche et F(x)=∫t0xf(t)dt pour x∈]a,b[ : l'identité s'écrit G=F∘φ.
Sens direct. Si F admet une limite finie ℓ en b−, alors, comme φ(u)→b avec φ(u)<b quand u→β−, la composition des limites donne G(u)=F(φ(u))→ℓ.
Sens réciproque. Si G admet une limite finie ℓ en β−, on écrit F=G∘φ−1 : comme φ−1(x)→β avec φ−1(x)<β quand x→b−, la composition des limites donne F(x)→ℓ.
Les deux intégrales sont donc de même nature en la borne b, avec la même valeur. Le raisonnement est identique en α et a, et la relation de Chasles permet de recoller les deux moitiés. Enfin ∣φ′∣=φ′ puisque φ est croissante, ce qui est bien la formule annoncée.
Supposons maintenant φ strictement décroissante. Alors φ(u)→b quand u→α+ et φ(u)→a quand u→β−, et ∣φ′∣=−φ′. L'identité sur les segments devient, pour u>u0,
∫u0uf(φ(s))φ′(s)ds=−∫t0φ(u)f(t)dt=∫φ(u)t0f(t)dt,et φ(u)→a+ quand u→β− : on conclut exactement comme ci-dessus, les deux bornes s'échangeant. □
Remarque
Ce que le théorème dispense de faire, et ce qu'il exige. Il dispense de toute étude préalable de convergence : les deux intégrales étant de même nature, on a le droit de faire le changement de variable avant de savoir si l'intégrale converge, puis de conclure sur la forme la plus simple. C'est une différence de taille avec l'intégration par parties, où la convergence de deux des trois termes doit être établie d'abord.
En revanche, les hypothèses sont strictes et doivent être vérifiées à l'écrit : φ doit être une bijection de l'intervalle ouvert de départ sur l'intervalle ouvert d'arrivée, de classe C1, et strictement monotone. Le changement u=t2 sur ]−1,1[ est illégal (pas injectif) ; le changement t=sinu sur ]0,2π[ aussi.
En pratique, quand φ est croissante, on écrit simplement « on pose t=φ(u), dt=φ′(u)du », et les bornes se correspondent dans le même ordre. Quand φ est décroissante, les bornes s'échangent, et c'est ce renversement qui produit la valeur absolue.
Exemple
Le changement u=1/t : les deux Riemann n'en font qu'un. Soit α∈R. Posons φ(u)=u1, qui réalise une bijection de classe C1 strictement décroissante de ]1,+∞[ sur ]0,1[, avec φ′(u)=−u21, donc ∣φ′(u)∣=u21. Pour f(t)=t−α, continue sur ]0,1[, on a f(φ(u))=uα, d'où
∫01tαdt=∫1+∞uαu2du=∫1+∞u2−αdu.Cette dernière converge si et seulement si 2−α>1, c'est-à-dire α<1 : on retrouve exactement le critère de la borne finie. Les deux intégrales de Riemann ne sont donc qu'un seul et même énoncé, vu à travers l'inversion t↦1/t. C'est aussi le changement de variable qui transforme systématiquement un problème en 0 en un problème en +∞, et réciproquement.
Exemple
Le changement u=t. Étudions ∫0+∞te−tdt. La fonction intégrée est continue sur ]0,+∞[ ; les deux bornes posent problème. Posons t=φ(u)=u2, bijection de classe C1 strictement croissante de ]0,+∞[ sur ]0,+∞[, avec φ′(u)=2u>0. Alors
φ(u)e−φ(u)φ′(u)=ue−u×2u=2e−u,donc les deux intégrales sont de même nature et
∫0+∞te−tdt=2∫0+∞e−udu=2.Une intégrale doublement impropre s'est transformée en une intégrale de référence : c'est l'effet recherché.
Exemple
Le changement u=et. Calculons ∫0+∞1+etdt. Posons t=φ(u)=lnu, bijection de classe C1 strictement croissante de ]1,+∞[ sur ]0,+∞[, avec φ′(u)=u1. La fonction intégrée devient
1+elnu1×u1=u(1+u)1=u1−1+u1,la dernière égalité étant la décomposition en éléments simples. Pour x>1,
∫1x(u1−1+u1)du=[ln(1+uu)]1x=ln(1+xx)+ln2x→+∞ln2.Donc ∫0+∞1+etdt=ln2.
Exemple
Le changement t=tanu. Posons φ(u)=tanu, bijection de classe C1 strictement croissante de ]0,2π[ sur ]0,+∞[, avec φ′(u)=1+tan2u.
Pour f(t)=1+t21, on obtient f(φ(u))φ′(u)=1+tan2u1+tan2u=1, donc
∫0+∞1+t2dt=∫0π/21du=2π,ce que confirme le calcul direct [Arctant]0+∞=2π−0.
Le procédé prend tout son sens sur une puissance. Pour f(t)=(1+t2)21,
f(φ(u))φ′(u)=(1+tan2u)21+tan2u=1+tan2u1=cos2u,d'où, par linéarisation cos2u=21+cos(2u),
∫0+∞(1+t2)2dt=∫0π/2cos2udu=[2u+4sin(2u)]0π/2=4π.Aucune primitive de (1+t2)21 n'était à trouver : le changement de variable a fait tout le travail.
Critère de majoration et fonctions positives
Le calcul explicite d'une primitive est un luxe rare. Dès que la fonction résiste, on renonce à calculer et l'on se contente de comparer. Toute la théorie de la comparaison repose sur un unique théorème, valable pour les fonctions positives seulement.
Le critère de majoration
Propriété
Critère de majoration. Soient b∈R∪{+∞} et f∈Cpm0([a,b[,R) une fonction positive. Alors
∫abf(t)dt converge⟺la fonction x↦∫axf(t)dt est majoreˊe sur [a,b[.En cas de convergence, ∫abf(t)dt=x∈[a,b[sup∫axf(t)dt. En cas de divergence, ∫axfx→b−+∞.
Démonstration. Posons F(x)=∫axf(t)dt pour x∈[a,b[. Pour a⩽x⩽y<b, la relation de Chasles et la positivité de l'intégrale sur le segment [x,y] donnent
F(y)−F(x)=∫xyf(t)dt⩾0,donc F est croissante sur [a,b[. Il suffit maintenant de démontrer le théorème de la limite monotone, que nous rédigeons pour être complets.
Cas où F est majorée. L'ensemble {F(x);x∈[a,b[} est une partie non vide et majorée de R : elle admet donc une borne supérieure L∈R. Soit ε>0. Par caractérisation de la borne supérieure, L−ε ne majore pas cet ensemble : il existe x0∈[a,b[ tel que F(x0)>L−ε. Par croissance de F, pour tout x∈[x0,b[,
L−ε<F(x0)⩽F(x)⩽L,donc ∣F(x)−L∣<ε. Cela vaut pour tout ε>0 : F(x)→L quand x→b−, et l'intégrale converge, de valeur L=supF.
Cas où F n'est pas majorée. Soit M∈R. Comme M ne majore pas F, il existe x0∈[a,b[ tel que F(x0)>M, donc, par croissance, F(x)>M pour tout x∈[x0,b[. Cela vaut pour tout M : F(x)→+∞ quand x→b−, et l'intégrale diverge. □
Remarque
C'est l'exact analogue du critère des séries à termes positifs : une série à termes positifs converge si et seulement si la suite de ses sommes partielles est majorée. Toute la suite du chapitre exploite cette dichotomie : pour une fonction positive, il n'y a que deux possibilités, converger ou tendre vers +∞. Aucune oscillation n'est possible. C'est pourquoi on écrit sans risque ∫abf=+∞ dans le second cas.
Propriété
Théorème de comparaison. Soient f,g∈Cpm0([a,b[,R) telles que
0⩽f(t)⩽g(t)pour tout t∈[a,b[.- Si ∫abg converge, alors ∫abf converge, et ∫abf⩽∫abg.
- Si ∫abf diverge, alors ∫abg diverge.
Démonstration. Supposons ∫abg convergente et notons J sa valeur. Pour tout x∈[a,b[, la croissance de l'intégrale sur le segment [a,x] donne
∫axf(t)dt⩽∫axg(t)dt⩽J,la seconde inégalité venant de ce que x↦∫axg est croissante (car g⩾0) et converge vers J, donc est majorée par J. La fonction x↦∫axf est donc majorée par J : par le critère de majoration, ∫abf converge, et sa valeur, qui est le sup des ∫axf, est inférieure ou égale à J.
Le point 2 est la contraposée du point 1. □
Remarque
Ces deux énoncés sont FAUX sans hypothèse de signe. Deux contre-exemples suffisent à s'en convaincre définitivement.
Le critère de majoration tombe. Sur [0,+∞[, prenons f(t)=cost. Alors ∫0xcostdt=sinx, qui est bornée par 1 en valeur absolue. Pourtant sinx n'a pas de limite quand x→+∞ : ∫0+∞costdt diverge. La majoration des intégrales partielles n'entraîne donc rien du tout sans hypothèse de signe.
Le théorème de comparaison tombe. Sur [1,+∞[, prenons f(t)=−t1 et g(t)=0. On a bien f⩽g, et ∫1+∞g=0 converge. Pourtant ∫1xf=−lnx→−∞ : ∫1+∞f diverge. L'hypothèse manquante n'est pas f⩽g, c'est 0⩽f.
Retenez la formulation : le théorème de comparaison s'énonce avec un encadrement 0⩽f⩽g, pas avec une simple inégalité. Le 0 de gauche est aussi important que le g de droite.
Deux réflexes sur les fonctions positives
Propriété
Divergence grossière. Soit f∈Cpm0([a,+∞[,R). Si f(t)→ℓ quand t→+∞ avec ℓ=0 (ou ℓ=±∞), alors ∫a+∞f(t)dt diverge.
Démonstration. Traitons le cas ℓ>0 (les autres s'y ramènent en changeant f en −f, ou sont plus simples encore). Par définition de la limite appliquée avec ε=2ℓ>0, il existe A⩾a tel que f(t)⩾2ℓ pour tout t⩾A. Alors, pour x⩾A,
∫Axf(t)dt⩾∫Ax2ℓdt=2ℓ(x−A)x→+∞+∞.Donc ∫A+∞f diverge, et ∫a+∞f aussi, puisque les deux ont même nature. □
Remarque
Mais attention : la réciproque est archi-fausse, et c'est une différence majeure avec les séries. Pour une série ∑un convergente, le terme général tend nécessairement vers 0. Pour une intégrale, rien de tel : une fonction continue positive peut avoir une intégrale convergente sans tendre vers 0, et même en étant non bornée.
Voici la construction. Pour n⩾1, considérons le « pic » de sommet (n,n) et de base [n−4−n, n+4−n]. Comme 4−n⩽41, ces bases sont deux à deux disjointes. Soit f:[0,+∞[→R la fonction continue, affine par morceaux, nulle en dehors de la réunion de ces bases, valant n au point n et affine sur chacune des deux moitiés du pic numéro n.
Cette fonction f est continue et positive sur [0,+∞[. Le pic numéro n est un triangle de base 2×4−n et de hauteur n : son aire vaut 21×2×4−n×n=n4−n. Pour tout x⩾0,
∫0xf(t)dt⩽n=1∑+∞n4−n=(1−1/4)21/4=94,en utilisant la somme classique ∑n⩾1nxn=(1−x)2x pour ∣x∣<1. La fonction x↦∫0xf est donc majorée : par le critère de majoration, ∫0+∞f converge. Et pourtant f(n)=n→+∞ : f n'est pas bornée, et ne tend certainement pas vers 0.
Conclusion à retenir : « ∫a+∞f converge » n'implique jamais « f(t)→0 ». Écrire le contraire dans une copie est une faute classique.
Exemple
Trois convergences par comparaison directe.
Première. ∫1+∞te−tdt converge. En effet, pour t⩾1, on a t1⩽1, donc 0⩽te−t⩽e−t, et ∫1+∞e−tdt converge (intégrale exponentielle avec a=1>0).
Deuxième. ∫1+∞t+tdt diverge. Pour t⩾1, on a t⩽t, donc t+t⩽2t, d'où
t+t1⩾2t1⩾0.Comme ∫1+∞2tdt diverge (Riemann, α=1), le théorème de comparaison, appliqué avec f(t)=2t1 et g(t)=t+t1, donne la divergence annoncée.
Troisième. ∫0+∞e−t2dt converge. La fonction est continue sur [0,+∞[, donc il n'y a de problème qu'en +∞. Pour t⩾1, on a t2⩾t, donc 0⩽e−t2⩽e−t ; et ∫1+∞e−tdt converge. Par comparaison, ∫1+∞e−t2dt converge, et ∫01e−t2dt est une intégrale sur un segment. La relation de Chasles conclut.
Fonctions intégrables
Définition et vocabulaire
Définition
Soient I un intervalle de R et f∈Cpm0(I,K). On dit que f est intégrable sur I lorsque l'intégrale
∫I∣f(t)∣dtconverge. On dit alors aussi que l'intégrale ∫If(t)dt est absolument convergente.
L'ensemble des fonctions intégrables de I dans K est noté L1(I,K).
Remarque
La fonction ∣f∣ étant positive, sa nature s'étudie avec les outils de la section précédente : f est intégrable sur [a,b[ si et seulement si la fonction x↦∫ax∣f∣ est majorée. C'est la seule chose à retenir sur le plan technique, et c'est pour cela que l'intégrabilité est bien plus commode à manipuler que la simple convergence.
Deux formulations équivalentes, à connaître : « f est intégrable sur I », « ∫I∣f∣<+∞ ». Elles disent la même chose.
Propriété
La convergence absolue implique la convergence. Soient I un intervalle et f∈Cpm0(I,K) intégrable sur I. Alors ∫If(t)dt converge.
Démonstration. Quitte à découper I en deux à l'aide de la relation de Chasles, il suffit de traiter le cas I=[a,b[.
Cas réel. Introduisons les parties positive et négative de f :
f+=max(f,0)=2∣f∣+f,f−=max(−f,0)=2∣f∣−f.Ces deux fonctions sont continues par morceaux sur [a,b[ (combinaisons linéaires de f et ∣f∣ qui le sont), positives, et vérifient
f=f+−f−,∣f∣=f++f−,0⩽f+⩽∣f∣,0⩽f−⩽∣f∣.Comme ∫ab∣f∣ converge par hypothèse, le théorème de comparaison appliqué aux encadrements 0⩽f±⩽∣f∣ montre que ∫abf+ et ∫abf− convergent. Par linéarité, ∫abf=∫abf+−∫abf− converge.
Variante. On peut aussi remarquer que 0⩽f+∣f∣⩽2∣f∣, ce qui donne la convergence de ∫ab(f+∣f∣) par comparaison, puis celle de ∫abf=∫ab(f+∣f∣)−∫ab∣f∣ par linéarité.
Cas complexe. Supposons K=C. Les inégalités ∣Re(f)∣⩽∣f∣ et ∣Im(f)∣⩽∣f∣ et le théorème de comparaison montrent que les fonctions réelles Re(f) et Im(f) sont intégrables sur [a,b[. Par le cas réel, ∫abRe(f) et ∫abIm(f) convergent, donc ∫abf converge, avec ∫abf=∫abRe(f)+i∫abIm(f). □
Propriété
Si f est de signe constant sur I (par exemple positive), alors les deux notions coïncident : ∫If converge si et seulement si f est intégrable sur I.
Démonstration. Si f⩾0, alors ∣f∣=f et les deux énoncés sont littéralement identiques. Si f⩽0, alors ∣f∣=−f et l'on conclut par linéarité. □
Remarque
C'est pour cela que la distinction entre les deux notions ne se voit jamais tant qu'on manipule des fonctions positives — et c'est un piège, car on prend l'habitude de les confondre. Dès qu'une fonction change de signe une infinité de fois, la distinction devient réelle, comme le montre l'exemple suivant.
Le contre-exemple fondamental : la fonction sinus cardinal
Exemple
L'intégrale ∫1+∞tsintdt converge, mais t↦tsint n'est PAS intégrable sur [1,+∞[.
Première partie : la convergence. La fonction t↦tsint est continue sur [1,+∞[. Posons u(t)=−cost et v(t)=t1, de classe C1 sur [1,+∞[, avec u′(t)=sint et v′(t)=−t21. Sur le segment [1,x], l'intégration par parties donne
∫1xtsintdt=[t−cost]1x−∫1xt2costdt=−xcosx+cos1−∫1xt2costdt.Examinons les deux termes qui dépendent de x. D'une part xcosx⩽x1→0. D'autre part, pour tout t⩾1,
0⩽t2cost⩽t21,et ∫1+∞t2dt converge : par comparaison, t↦t2cost est intégrable sur [1,+∞[, donc ∫1+∞t2costdt converge d'après le théorème précédent. Le membre de droite admet donc une limite finie quand x→+∞ :
∫1+∞tsintdt=cos1−∫1+∞t2costdt.L'intégrale converge. Signalons au passage que sur ]0,1], tsint→1 quand t→0+ : la borne 0 est un faux problème, et ∫0+∞tsintdt converge également.
Seconde partie : la non-intégrabilité. Montrons que ∫1+∞t∣sint∣dt diverge. Commençons par une minoration sur une demi-période. Pour n⩾1 et t∈[nπ,(n+1)π], on a t⩽(n+1)π, donc t1⩾(n+1)π1, d'où
∫nπ(n+1)πt∣sint∣dt⩾(n+1)π1∫nπ(n+1)π∣sint∣dt.Or, par le changement de variable affine t=s+nπ sur ce segment, et puisque ∣sin(s+nπ)∣=∣sins∣,
∫nπ(n+1)π∣sint∣dt=∫0π∣sins∣ds=∫0πsinsds=[−coss]0π=1+1=2.On obtient donc, pour tout n⩾1,
∫nπ(n+1)πt∣sint∣dt⩾(n+1)π2.Sommons ces minorations. Pour N⩾1, la fonction t∣sint∣ étant positive et [π,(N+1)π]⊂[1,(N+1)π], la relation de Chasles donne
∫1(N+1)πt∣sint∣dt⩾∫π(N+1)πt∣sint∣dt=n=1∑N∫nπ(n+1)πt∣sint∣dt⩾π2n=1∑Nn+11=π2k=2∑N+1k1.La série harmonique diverge, donc le membre de droite tend vers +∞ quand N→+∞. La fonction croissante x↦∫1xt∣sint∣dt n'est donc pas majorée : par le critère de majoration, ∫1+∞t∣sint∣dt diverge.
Conclusion. L'intégrale ∫1+∞tsintdt converge, mais la fonction t↦tsint n'est pas intégrable sur [1,+∞[. Les deux notions sont donc bien distinctes, et la réciproque du théorème précédent est fausse.
Remarque
La discipline de vocabulaire. À partir d'ici, chaque phrase doit dire exactement ce qu'elle veut dire.
- « L'intégrale ∫If converge » : la limite des intégrales sur les segments existe et est finie.
- « f est intégrable sur I » : c'est ∫I∣f∣ qui converge.
La seconde implique la première, jamais l'inverse. Et surtout : tous les grands théorèmes de la fin du chapitre (convergence dominée, intégration terme à terme, intégrales à paramètre) exigent l'intégrabilité, pas la simple convergence. Une copie qui écrit « l'intégrale converge donc on peut appliquer le théorème de convergence dominée » est sanctionnée.
L'espace L1(I,K)
Propriété
Soit I un intervalle de R.
- L1(I,K) est un sous-espace vectoriel de Cpm0(I,K).
- L'application f⟼∫If(t)dt est une forme linéaire sur L1(I,K).
Démonstration. La fonction nulle est intégrable, donc L1(I,K) est non vide. Soient f,g∈L1(I,K) et λ∈K. La fonction f+λg est continue par morceaux sur I, et pour tout t∈I,
0⩽f(t)+λg(t)⩽∣f(t)∣+∣λ∣∣g(t)∣.Le membre de droite est une fonction positive continue par morceaux dont l'intégrale converge, par linéarité appliquée à ∫I∣f∣ et ∫I∣g∣. Par le théorème de comparaison, ∫I∣f+λg∣ converge : f+λg∈L1(I,K). Donc L1(I,K) est un sous-espace vectoriel.
Pour le point 2 : toute fonction de L1(I,K) a une intégrale convergente, et la linéarité des intégrales convergentes a déjà été établie. □
Remarque
Attention, L1(I,K) n'est pas stable par produit. Sur I=]0,1], la fonction f(t)=t1 est intégrable (Riemann, α=21<1), mais f(t)2=t1 ne l'est pas (Riemann, α=1). L'espace L1 est un espace vectoriel, pas une algèbre.
En revanche, si f est intégrable sur I et si g est bornée et continue par morceaux sur I, alors fg est intégrable : il suffit d'écrire ∣fg∣⩽∥g∥∞∣f∣ et d'appliquer le théorème de comparaison. C'est le cas d'usage le plus fréquent.
Propriété
Inégalité triangulaire. Soit f∈L1(I,K). Alors
∫If(t)dt⩽∫I∣f(t)∣dt.Démonstration. Cas réel. Les trois fonctions −∣f∣, f et ∣f∣ sont continues par morceaux sur I, d'intégrales convergentes, et vérifient −∣f∣⩽f⩽∣f∣. Par croissance de l'intégrale,
−∫I∣f∣⩽∫If⩽∫I∣f∣,ce qui est exactement l'inégalité annoncée.
Cas complexe. Notons J=∫If(t)dt∈C. Si J=0, l'inégalité est évidente puisque le membre de droite est positif. Supposons J=0 et écrivons J sous forme trigonométrique : J=∣J∣eiθ avec θ∈R. Alors, par linéarité,
∣J∣=e−iθJ=∫Ie−iθf(t)dt.Le membre de gauche est un réel : le membre de droite est donc égal à sa propre partie réelle, ce qui donne
∣J∣=Re(∫Ie−iθf(t)dt)=∫IRe(e−iθf(t))dt.Or, pour tout nombre complexe z, Re(z)⩽∣z∣ ; donc, pour tout t∈I,
Re(e−iθf(t))⩽e−iθf(t)=∣f(t)∣.Les deux membres sont des fonctions continues par morceaux d'intégrale convergente sur I : la croissance de l'intégrale donne ∣J∣⩽∫I∣f∣. □
Remarque
L'astuce de la rotation par e−iθ est à connaître : elle transforme un problème complexe en un problème réel en « alignant » l'intégrale sur l'axe réel positif. On la retrouve chaque fois qu'il faut majorer le module d'une somme ou d'une intégrale complexe par la somme ou l'intégrale des modules.
Une fonction continue positive d'intégrale nulle est nulle
Propriété
Soient I un intervalle non réduit à un point et f:I→R une fonction continue, positive et intégrable sur I. Si
∫If(t)dt=0,alors f est identiquement nulle sur I.
Démonstration. Raisonnons par l'absurde et supposons qu'il existe t0∈I tel que f(t0)>0.
La fonction f est continue en t0. Appliquons la définition de la continuité avec ε=2f(t0)>0 : il existe η>0 tel que, pour tout t∈I vérifiant ∣t−t0∣⩽η,
∣f(t)−f(t0)∣⩽2f(t0),doncf(t)⩾f(t0)−2f(t0)=2f(t0).Comme I est un intervalle non réduit à un point, l'ensemble I∩[t0−η,t0+η] est un intervalle contenant t0 et non réduit à ce point : il contient donc un segment [α,β] avec α<β.
Sur ce segment, f⩾2f(t0), donc, par croissance de l'intégrale sur un segment,
∫αβf(t)dt⩾2f(t0)(β−α)>0.Par ailleurs, f étant positive et intégrable sur I, la relation de Chasles donne
∫If=⩾0∫I∩]−∞,α]f+∫αβf+⩾0∫I∩[β,+∞[f ⩾ ∫αβf > 0,ce qui contredit l'hypothèse ∫If=0. Donc f(t)=0 pour tout t∈I. □
Remarque
Les deux hypothèses sont indispensables.
La continuité. Sur I=[0,1], la fonction valant 1 en 0 et 0 ailleurs est continue par morceaux, positive, d'intégrale nulle, et n'est pas la fonction nulle. Le théorème est faux pour les fonctions seulement continues par morceaux.
La positivité. Sur I=[−1,1], la fonction f(t)=t est continue, d'intégrale nulle par imparité, et non nulle.
Conséquence. Sur l'espace vectoriel des fonctions continues et intégrables de I dans K, l'application N1(f)=∫I∣f(t)∣dt est une norme : l'homogénéité et l'inégalité triangulaire sont immédiates, et la séparation est exactement le théorème que l'on vient de démontrer, appliqué à ∣f∣. C'est la norme de la convergence en moyenne du chapitre de topologie, transportée sur un intervalle quelconque.
Corollaire utile. Si f et g sont continues et intégrables sur I avec f⩽g et ∫If=∫Ig, alors f=g : appliquer le théorème à g−f.
Translations, symétries, dilatations
Propriété
Soient I un intervalle, f∈Cpm0(I,K), c∈R et λ∈R∗.
- Translation. f est intégrable sur I si et seulement si t↦f(t+c) est intégrable sur I−c, et alors
- Symétrie. f est intégrable sur I si et seulement si t↦f(−t) est intégrable sur −I, et alors
- Dilatation. f est intégrable sur I si et seulement si t↦f(λt) est intégrable sur λ1I, et alors
Démonstration. Les trois énoncés sont des cas particuliers du théorème de changement de variable, appliqué à l'application affine φ(u)=λu+c, qui est une bijection de classe C1 strictement monotone de λ1(I−c) sur l'intérieur de I, avec ∣φ′(u)∣=∣λ∣ constant. On applique le théorème à ∣f∣ pour obtenir l'équivalence des intégrabilités, puis à f pour l'égalité des intégrales. □
Propriété
Parité. Soit f intégrable sur R.
- Si f est impaire, alors ∫−∞+∞f(t)dt=0.
- Si f est paire, alors ∫−∞+∞f(t)dt=2∫0+∞f(t)dt.
Démonstration. Par la relation de Chasles, ∫Rf=∫−∞0f+∫0+∞f, les deux intégrales convergeant puisque f est intégrable sur R donc sur chaque moitié. La symétrie t↦−t transforme ∫−∞0f(t)dt en ∫0+∞f(−t)dt, qui vaut −∫0+∞f si f est impaire et +∫0+∞f si f est paire. On somme. □
Remarque
L'hypothèse d'intégrabilité n'est pas facultative. La fonction f(t)=t est impaire sur R, et pourtant ∫−∞+∞tdt diverge : on n'a pas le droit d'écrire qu'elle vaut 0. C'est le même contre-exemple qu'au début du chapitre, et il illustre la même erreur : on ne compense jamais entre les deux bornes sans avoir prouvé au préalable que chacune se comporte bien.
Comparaison et intégrabilité
Nous disposons maintenant d'une bonne classe de fonctions, L1(I,K), et d'un critère pour les fonctions positives. Il reste à transformer ce critère en une méthode applicable sans réfléchir : comparer ∣f∣ à une fonction de référence au voisinage de chaque borne.
Les relations de comparaison au voisinage d'une borne
Définition
Soient b∈R∪{+∞}, f∈Cpm0([a,b[,K) et g∈Cpm0([a,b[,R) avec g positive. On dit que, au voisinage de b :
- f=O(g) lorsqu'il existe M⩾0 et c∈[a,b[ tels que ∣f(t)∣⩽Mg(t) pour tout t∈[c,b[ ;
- f=o(g) lorsque, pour tout ε>0, il existe cε∈[a,b[ tel que ∣f(t)∣⩽εg(t) pour tout t∈[cε,b[ ;
- f∼g lorsque f−g=o(g) au voisinage de b.
Remarque
Ces définitions « quantifiées » sont volontairement écrites sans quotient : elles restent valables si g s'annule, ce qui évite les ennuis. Lorsque g ne s'annule pas au voisinage de b, elles redonnent les définitions usuelles : f=O(g) signifie que gf est bornée au voisinage de b, f=o(g) que gf→0, et f∼g que gf→1.
Notons tout de suite que f=o(g)⟹f=O(g) (prendre ε=1 dans la définition), et que f∼g⟹f=O(g).
Les deux théorèmes de comparaison
Propriété
Comparaison par domination. Soient f∈Cpm0([a,b[,K) et g∈Cpm0([a,b[,R) positive. On suppose que f=O(g) au voisinage de b (ce qui est en particulier le cas si f=o(g) ou si f∼g).
Si g est intégrable sur [a,b[, alors f est intégrable sur [a,b[.
Démonstration. Par définition de la domination, il existe M⩾0 et c∈[a,b[ tels que
0⩽∣f(t)∣⩽Mg(t)pour tout t∈[c,b[.L'intégrale ∫cbMg converge, car ∫abg converge et M est une constante. Par le théorème de comparaison des fonctions positives, ∫cb∣f∣ converge : f est intégrable sur [c,b[.
Sur [a,c], la fonction ∣f∣ est continue par morceaux sur un segment, donc son intégrale existe au sens de la première année. La relation de Chasles donne alors la convergence de ∫ab∣f∣, c'est-à-dire l'intégrabilité de f sur [a,b[. □
Propriété
Comparaison par équivalence. Soient f,g∈Cpm0([a,b[,R) deux fonctions réelles, avec g positive au voisinage de b. On suppose f∼g au voisinage de b. Alors :
- f est de signe constant au voisinage de b (elle y est positive) ;
- f est intégrable sur [a,b[ si et seulement si g l'est ;
- les intégrales ∫abf et ∫abg sont de même nature.
Démonstration. Appliquons la définition de f−g=o(g) avec ε=21 : il existe c∈[a,b[ tel que, pour tout t∈[c,b[,
∣f(t)−g(t)∣⩽21g(t),c'est-à-dire, en développant la valeur absolue,
21g(t) ⩽ f(t) ⩽ 23g(t).(⋆⋆)Le point 1 en découle : f(t)⩾21g(t)⩾0 sur [c,b[, donc f y est positive. En particulier, pour f comme pour g, intégrabilité et convergence de l'intégrale coïncident sur [c,b[, et il suffit de raisonner sur la convergence.
Supposons g intégrable sur [a,b[. L'encadrement 0⩽f⩽23g sur [c,b[ et le théorème de comparaison donnent la convergence de ∫cbf, donc celle de ∫abf par Chasles. Réciproquement, si f est intégrable, l'encadrement 0⩽g⩽2f sur [c,b[ (obtenu en multipliant par 2 l'inégalité de gauche de (⋆⋆)) donne la convergence de ∫cbg, donc celle de ∫abg. Les points 2 et 3 sont établis.
□
L'énoncé suppose g positive au voisinage de b ; il s'étend aussitôt au cas où g y est négative, en lui appliquant ce qui précède avec −f et −g. Ce qui compte, c'est que g soit de SIGNE CONSTANT.
Remarque
Le mot « positive » n'est pas décoratif. L'énoncé « f∼g entraîne que ∫f et ∫g sont de même nature » est faux si l'on retire l'hypothèse de signe constant sur la fonction de référence. Voici un contre-exemple complet.
Sur [1,+∞[, posons
f(t)=t(−1)⌊t⌋,g(t)=t(−1)⌊t⌋+t1.Ces deux fonctions sont continues par morceaux sur [1,+∞[ (sur chaque segment, la partie entière ne saute qu'un nombre fini de fois), et f ne s'annule jamais.
Elles sont équivalentes. En effet f(t)g(t)=1+(−1)⌊t⌋/t1/t=1+t(−1)⌊t⌋t→+∞1.
L'intégrale de f converge. Pour N⩾2 entier, en découpant sur les intervalles [k,k+1] où ⌊t⌋=k,
∫1Nf(t)dt=k=1∑N−1(−1)k∫kk+1tdt=k=1∑N−1(−1)kak,ak=2(k+1−k)=k+1+k2.La suite (ak) est positive, décroissante et de limite nulle : le critère spécial des séries alternées assure que ∑(−1)kak converge ; notons S sa somme. Pour x⩾1 réel, en posant N=⌊x⌋,
∫1xf−∫1Nf=∫Nxf⩽∫Nxtdt⩽Nx−N⩽N1x→+∞0,donc ∫1xf→S : l'intégrale ∫1+∞f converge.
L'intégrale de g diverge. Si elle convergeait, alors par linéarité ∫1+∞(g−f)=∫1+∞tdt convergerait, ce qui est faux.
Deux fonctions équivalentes, l'une d'intégrale convergente, l'autre d'intégrale divergente : le théorème est bien en défaut. La faille est que ni f ni g n'est de signe constant au voisinage de +∞. Aucune théorie générale de ce phénomène n'est au programme ; il faut simplement vérifier le signe avant d'invoquer un équivalent, toujours.
La règle pratique « en tα »
Propriété
Règle de Riemann en +∞. Soit f∈Cpm0([a,+∞[,K) avec a>0.
- S'il existe α>1 tel que tαf(t) admette une limite finie quand t→+∞, alors f est intégrable sur [a,+∞[.
- Si f est positive et s'il existe ℓ∈]0,+∞] tel que tf(t)→ℓ quand t→+∞, alors ∫a+∞f diverge.
Démonstration. Point 1. Si tαf(t)→L∈K, la fonction t↦tαf(t) est bornée au voisinage de +∞ : il existe M⩾0 et A⩾a tels que ∣tαf(t)∣⩽M pour t⩾A, c'est-à-dire
∣f(t)∣⩽tαMpour t⩾A.Ainsi f=O(tα1) au voisinage de +∞, et t↦t−α est intégrable sur [A,+∞[ puisque α>1. Le théorème de comparaison par domination conclut.
Point 2. Supposons d'abord ℓ fini, donc ℓ>0. Il existe A⩾a tel que tf(t)⩾2ℓ pour t⩾A, soit f(t)⩾2tℓ⩾0. Comme ∫A+∞tdt diverge, le théorème de comparaison des fonctions positives donne la divergence de ∫A+∞f, donc de ∫a+∞f. Si ℓ=+∞, il existe A tel que tf(t)⩾1 pour t⩾A, et l'on conclut de même avec f(t)⩾t1. □
Propriété
Règle de Riemann en une borne finie. Soient b∈R et f∈Cpm0([a,b[,K). S'il existe α<1 tel que (b−t)αf(t) admette une limite finie quand t→b−, alors f est intégrable sur [a,b[.
Énoncé symétrique en la borne a avec (t−a)αf(t).
Démonstration. Identique à celle du point 1 précédent : la limite finie fournit une majoration ∣f(t)∣⩽(b−t)αM au voisinage de b, et t↦(b−t)−α est intégrable sur [a,b[ car α<1. □
Remarque
Comment choisir α en pratique. On ne le choisit pas au hasard : on prend α strictement entre l'exposant naturel du problème et l'exposant critique 1.
Par exemple, pour montrer que t↦e−tlnt est intégrable sur [1,+∞[, on écrit t2e−tlnt→0 par croissances comparées, avec α=2>1 : c'est fini. Pour t↦t3/2lnt, on prend α=45, qui est bien dans ]1,23[ : t5/4t3/2lnt=t1/4lnt→0, donc intégrabilité.
Et le raccourci exponentiel, très fréquent : s'il existe λ>0 tel que f(t)=O(e−λt) en +∞, alors f est intégrable en +∞. Toute décroissance exponentielle bat toutes les puissances.
La méthode complète
Méthode
Étudier l'intégrabilité d'une fonction sur un intervalle. Six étapes, dans cet ordre, sans en sauter aucune.
- Écrire l'intervalle ouvert de travail et vérifier que f y est continue par morceaux. Le plus souvent f est continue comme composée et quotient de fonctions usuelles, et une phrase suffit — mais elle doit être écrite.
- Repérer les bornes à problème. Une borne est problématique si elle est infinie, ou si elle est finie et que f n'y admet pas de limite finie. Une borne finie où f a une limite finie est un faux problème : le dire en une ligne et passer.
- Découper l'intervalle de sorte que chaque morceau n'ait qu'une seule borne problématique. Sur ]0,+∞[ on découpe en ]0,1] et [1,+∞[.
- En chaque borne problématique, chercher un équivalent simple de ∣f(t)∣, ou une domination. Les outils sont ceux de première année : développements limités, équivalents usuels, croissances comparées.
- Comparer à une intégrale de référence : Riemann en +∞ (α>1), Riemann en une borne finie (α<1), exponentielle. Vérifier le signe avant tout usage d'un équivalent.
- Conclure borne par borne, puis globalement : f est intégrable sur I si et seulement si elle l'est au voisinage de chacune des bornes problématiques. Un seul échec suffit à faire tomber l'intégrabilité globale.
Les trois pièges. Comparer à la référence de la mauvaise borne. Utiliser un équivalent sans avoir constaté le signe. Oublier une borne, en particulier une borne finie où la fonction explose discrètement (un ln, un ⋅1).
Exemple
Un logarithme sur ]0,+∞[. Étudions l'intégrabilité de f(t)=1+t2lnt sur ]0,+∞[.
Régularité. f est continue sur ]0,+∞[ comme quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas.
Bornes. Les deux bornes posent problème : en 0+, lnt→−∞ ; en +∞, l'intervalle n'est pas borné. On découpe en ]0,1] et [1,+∞[.
En 0+. Prenons α=21<1. Alors
t1/2∣f(t)∣=1+t2t∣lnt∣t→0+0,par croissances comparées (tlnt→0) et car 1+t2→1. La règle de Riemann en une borne finie s'applique : f est intégrable sur ]0,1].
En +∞. Prenons α=23>1. Alors
t3/2∣f(t)∣=1+t2t3/2lnt∼tlntt→+∞0,par croissances comparées. La règle de Riemann en +∞ s'applique : f est intégrable sur [1,+∞[.
Conclusion. f est intégrable sur ]0,+∞[.
Bonus : la valeur de l'intégrale. Posons J=∫0+∞1+t2lntdt, qui existe donc. Le changement de variable t=φ(u)=u1, bijection de classe C1 strictement décroissante de ]0,+∞[ sur lui-même avec ∣φ′(u)∣=u21, donne
f(φ(u))∣φ′(u)∣=1+u21ln(1/u)×u21=u2+1−lnu×u2×u21=1+u2−lnu,d'où J=−J, c'est-à-dire J=0. Un exemple où l'intégrale d'une fonction non triviale est nulle pour une raison de symétrie, et non de parité.
Exemple
Un exemple à paramètres. Soient a∈R et b>0. Pour quels couples (a,b) la fonction
f(t)=1+tbtaest-elle intégrable sur ]0,+∞[ ?
Régularité. Pour t>0, 1+tb⩾1>0 : la fonction f est continue et positive sur ]0,+∞[. Comme elle est de signe constant, intégrabilité et convergence de l'intégrale sont ici synonymes.
En 0+. Puisque b>0, on a tb→0, donc 1+tb→1 et
f(t)∼ta=t−a1(t→0+).Les deux fonctions sont positives : le théorème de comparaison par équivalence s'applique. L'intégrale ∫01tadt converge si et seulement si −a<1, c'est-à-dire a>−1.
En +∞. Puisque b>0, on a tb→+∞, donc 1+tb∼tb et
f(t)∼tbta=tb−a1(t→+∞).Là encore les fonctions sont positives, et ∫1+∞tb−adt converge si et seulement si b−a>1, c'est-à-dire a<b−1.
Conclusion. f est intégrable sur ]0,+∞[ si et seulement si −1<a<b−1. En particulier une telle condition ne peut être satisfaite que si b>0, ce que l'on avait supposé. Vérification sur un cas connu : pour a=0 et b=2, la condition −1<0<1 est remplie, et l'on retrouve l'intégrabilité de t↦1+t21 sur ]0,+∞[.
Exemple
Quand les puissances ne suffisent plus. Les règles en tα ont une limite : certaines fonctions se glissent entre toutes les puissances. Sur [2,+∞[, comparons
∫2+∞tlntdtet∫2+∞t(lnt)2dt.Aucun exposant α ne tranche : pour tout α>1, tαtlnt1→+∞, et pour α=1, t×tlnt1→0. Il faut donc revenir aux primitives.
Première intégrale. Une primitive de t↦tlnt1 sur [2,+∞[ est t↦ln(lnt), car (ln(lnt))′=lnt1/t. Comme ln(lnx)→+∞ quand x→+∞, l'intégrale diverge.
Seconde intégrale. Une primitive de t↦t(lnt)21 est t↦−lnt1, car (−lnt1)′=(lnt)21/t. Comme −lnx1→0, l'intégrale converge et
∫2+∞t(lnt)2dt=0−(−ln21)=ln21.Morale. Le logarithme est un « réglage fin » qui échappe à l'échelle des puissances. Devant un ln au dénominateur avec un exposant critique, on cherche la primitive, on ne cherche pas un α.
Quelques natures à établir de tête, pour fixer les réflexes.
a. ∫0+∞t(1+t)dt : en 0, ∼t−1/2 ; en +∞, ∼t−3/2. Converge.
b. ∫011−t2dt : en 1−, ∼21−t1. Converge.
c. ∫0+∞1+t∣sint∣dt : la fonction ne tend pas vers 0 le long de t=kπ, mais ce n'est pas un argument ; en revanche 1+t∣sint∣1⩾1+t1, donc diverge.
d. ∫1+∞t2+tdt : ∼t−2 en +∞. Converge.
e. ∫01tlntdt : t3/4t∣lnt∣=t1/4∣lnt∣→0. Converge.
f. ∫0+∞t2sin2tdt : en 0, limite finie 1 ; en +∞, ⩽t−2. Converge.
Exemple
Le détail du cas c. Il mérite d'être rédigé, car l'argument naturel est faux. On ne peut pas dire « la fonction ne tend pas vers 0, donc l'intégrale diverge » : on a vu qu'une fonction peut avoir une intégrale convergente sans tendre vers 0.
L'argument correct est une minoration. Pour tout t⩾0, ∣sint∣⩽1, donc 1+t∣sint∣⩽1+t, d'où
1+t∣sint∣1⩾1+t1⩾0.Or ∫0x1+tdt=ln(1+x)→+∞ : l'intégrale ∫0+∞1+tdt diverge. Par le théorème de comparaison des fonctions positives, ∫0+∞1+t∣sint∣dt diverge.
Intégration des relations de comparaison
Les théorèmes précédents comparent des natures. Ceux de cette section vont plus loin : ils comparent des valeurs asymptotiques, en transportant une relation de comparaison entre les fonctions vers une relation de comparaison entre leurs intégrales. C'est l'outil des développements asymptotiques d'intégrales, très demandé aux concours.
Dans toute la section, f,g∈Cpm0([a,b[,K) avec −∞<a<b⩽+∞, et g est positive. Deux situations, et deux seulement.
Cas convergent : comparaison des restes
Propriété
Intégration des relations de comparaison, cas convergent. On suppose g intégrable sur [a,b[. Alors, au voisinage de b :
- si f=o(g), alors f est intégrable sur [a,b[ et ∫xbf(t)dt=o(∫xbg(t)dt) quand x→b− ;
- si f=O(g), alors f est intégrable sur [a,b[ et ∫xbf(t)dt=O(∫xbg(t)dt) quand x→b− ;
- si f est à valeurs réelles et f∼g, alors f est intégrable sur [a,b[ et ∫xbf(t)dt∼∫xbg(t)dt quand x→b−.
Démonstration du point 1. Soit ε>0. Par définition de f=o(g) au voisinage de b, il existe c∈[a,b[ tel que
∣f(t)∣⩽εg(t)pour tout t∈[c,b[.Intégrabilité. Cette majoration dit en particulier que f=O(g) ; comme g est intégrable, le théorème de comparaison par domination donne l'intégrabilité de f sur [a,b[. En particulier, pour tout x∈[a,b[, les deux intégrales ∫xbf et ∫xbg convergent.
Majoration du reste. Soit x∈[c,b[. L'inégalité triangulaire pour les intégrales, puis la croissance de l'intégrale appliquée sur [x,b[ à ∣f∣⩽εg, donnent
∫xbf(t)dt ⩽ ∫xb∣f(t)∣dt ⩽ ε∫xbg(t)dt.Nous avons donc montré : pour tout ε>0, il existe c∈[a,b[ tel que ∫xbf⩽ε∫xbg pour tout x∈[c,b[. C'est exactement la définition de
∫xbf(t)dt=o(∫xbg(t)dt)(x→b−).□Démonstration du point 2. Identique, avec une constante M à la place de ε : il existe M⩾0 et c tels que ∣f∣⩽Mg sur [c,b[, d'où ∫xbf⩽M∫xbg pour x∈[c,b[. □
Démonstration du point 3. Posons h=f−g, continue par morceaux sur [a,b[ et à valeurs réelles. L'hypothèse f∼g signifie h=o(g) ; le point 1 s'applique donc à h et donne l'intégrabilité de h, puis
∫xbf(t)dt−∫xbg(t)dt=∫xbh(t)dt=o(∫xbg(t)dt),la première égalité venant de la linéarité (les trois intégrales convergent). C'est précisément la définition de ∫xbf∼∫xbg. L'intégrabilité de f=g+h résulte de celle de g et de h. □
Cas divergent : comparaison des intégrales partielles
Propriété
Intégration des relations de comparaison, cas divergent. On suppose que ∫abg(t)dt diverge, c'est-à-dire, g étant positive, que ∫axgx→b−+∞. Alors, au voisinage de b :
- si f=o(g), alors ∫axf(t)dt=o(∫axg(t)dt) quand x→b− ;
- si f=O(g), alors ∫axf(t)dt=O(∫axg(t)dt) quand x→b− ;
- si f est à valeurs réelles et f∼g, alors ∫abf diverge et ∫axf(t)dt∼∫axg(t)dt quand x→b−.
Démonstration du point 1. Notons G(x)=∫axg(t)dt, qui tend vers +∞ quand x→b−. Soit ε>0.
Étape 1 : la majoration locale. Puisque f=o(g), il existe c∈[a,b[ tel que ∣f(t)∣⩽εg(t) pour tout t∈[c,b[.
Étape 2 : le découpage. Posons K=∫acf(t)dt, qui est un nombre réel fixe (intégrale sur le segment [a,c] d'une fonction continue par morceaux). Pour x∈[c,b[, la relation de Chasles et l'inégalité triangulaire donnent
∫axf ⩽ ∫acf+∫cxf ⩽ K+∫cx∣f∣ ⩽ K+ε∫cxg ⩽ K+εG(x),la dernière inégalité utilisant ∫cxg⩽∫axg=G(x), valable car g⩾0.
Étape 3 : absorber la constante. Comme G(x)→+∞, il existe c′∈[c,b[ tel que G(x)⩾εK pour tout x∈[c′,b[, c'est-à-dire K⩽εG(x). Alors, pour tout x∈[c′,b[,
∫axf(t)dt ⩽ εG(x)+εG(x)=2εG(x).Le réel ε>0 étant arbitraire, cela signifie exactement ∫axf=o(G(x)) quand x→b−. □
Démonstration du point 2. Même schéma, avec ∣f∣⩽Mg sur [c,b[ : on obtient ∫axf⩽K+MG(x), puis, pour x assez proche de b pour que G(x)⩾K, la majoration ∫axf⩽(M+1)G(x), qui est la domination annoncée. □
Démonstration du point 3. Posons de nouveau h=f−g, de sorte que h=o(g). Le point 1 appliqué à h donne
∫axf(t)dt−∫axg(t)dt=∫axh(t)dt=o(G(x))(x→b−),c'est-à-dire ∫axf=G(x)+o(G(x))=G(x)(1+o(1)). Comme G(x)→+∞, on en déduit d'une part que ∫axf→+∞, donc que ∫abf diverge, et d'autre part que ∫axf∼G(x)=∫axg. □
Remarque
Comment retenir lequel des deux théorèmes utiliser. La règle est mécanique : on regarde la nature de l'intégrale de la fonction de référence g.
- g intégrable : les intégrales convergent, la quantité qui « tend vers quelque chose d'intéressant » est le reste ∫xb, et c'est lui que l'on compare.
- ∫abg divergente : les restes n'existent pas, la quantité intéressante est l'intégrale partielle ∫ax, et c'est elle que l'on compare.
C'est exactement la dichotomie « restes / sommes partielles » des séries, et pour la même raison.
Remarque
On n'intègre JAMAIS un équivalent sans signe constant. L'hypothèse « g positive » figure dans les deux théorèmes, et elle n'est pas négociable : le contre-exemple de la section précédente, avec f(t)=t(−1)⌊t⌋, montre que même la conclusion la plus faible (« même nature ») tombe sans elle.
Deuxième avertissement, plus subtil : un équivalent ne se dérive pas, et il ne s'intègre que dans le cadre exact de ces deux théorèmes, c'est-à-dire en comparant des restes à des restes ou des intégrales partielles à des intégrales partielles, au voisinage de la même borne. Écrire « f∼g donc ∫abf∼∫abg » entre deux intégrales convergentes, avec des bornes fixes, n'a aucun sens : les deux membres sont des constantes.
Trois exemples de calcul asymptotique
Exemple
Équivalent d'un reste. Déterminons un équivalent, quand x→+∞, de
R(x)=∫x+∞1+t4dt.Existence. La fonction t↦1+t41 est continue et positive sur [0,+∞[, et 1+t41∼t41 en +∞, avec 4>1 : elle est intégrable en +∞. Donc R(x) est bien défini pour tout x⩾0.
Comparaison. Posons f(t)=1+t41 et g(t)=t41 sur [1,+∞[. La fonction g est positive et intégrable sur [1,+∞[, et f∼g au voisinage de +∞. Le théorème d'intégration des relations de comparaison, cas convergent, point 3, donne
R(x)=∫x+∞f(t)dt ∼ ∫x+∞t4dt(x→+∞).Calcul du reste de référence. Pour x>0,
∫x+∞t4dt=[−3t−3]x+∞=0+3x31=3x31.Conclusion. ∫x+∞1+t4dt ∼ 3x31 quand x→+∞.
Exemple
Équivalent d'une intégrale partielle. Déterminons un équivalent, quand x→+∞, de
F(x)=∫1xtetdt.Divergence. Pour t⩾1, et⩾1, donc tet⩾t1⩾0, et ∫1xtdt=lnx→+∞. Par comparaison, F(x)→+∞ : l'intégrale ∫1+∞tetdt diverge. Nous sommes dans le cas divergent.
Intégration par parties. Sur le segment [1,x], avec u(t)=t1 et v(t)=et de classe C1,
F(x)=∫1xt1etdt=[tet]1x+∫1xt2etdt=xex−e+∫1xt2etdt.Comparaison du terme résiduel. Posons g(t)=tet, positive sur [1,+∞[, d'intégrale divergente, et h(t)=t2et. On a
g(t)h(t)=t1t→+∞0,donc h=o(g) en +∞.Le théorème du cas divergent, point 1, donne
∫1xt2etdt=o(∫1xtetdt)=o(F(x))(x→+∞).Résolution. En reportant, F(x)=xex−e+o(F(x)), c'est-à-dire, en notant ε(x)→0 la fonction telle que le terme résiduel vaille ε(x)F(x),
F(x)(1−ε(x))=xex−e.Comme 1−ε(x)→1 et xex−e∼xex (car xex→+∞), on conclut
∫1xtetdt ∼ xex(x→+∞).Exemple
Le reste gaussien. Montrons que, quand x→+∞,
∫x+∞e−t2dt ∼ 2xe−x2.Ici aucun équivalent simple de e−t2 n'est disponible : il faut d'abord faire apparaître la bonne quantité par une intégration par parties, puis comparer.
Intégration par parties. Pour 0<x<X, écrivons e−t2=2t1×2te−t2 et posons u(t)=2t1, v(t)=−e−t2, de classe C1 sur [x,X], avec v′(t)=2te−t2 et u′(t)=−2t21. Alors
∫xXe−t2dt=[−2te−t2]xX−∫xX2t2e−t2dt.Quand X→+∞, le crochet tend vers 0+2xe−x2, et l'intégrale de droite converge (la fonction 2t2e−t2 est positive et majorée par 2x2e−t2 sur [x,+∞[, avec e−t2 intégrable). On obtient donc
R(x)=∫x+∞e−t2dt=2xe−x2−S(x),S(x)=∫x+∞2t2e−t2dt.Comparaison. La fonction g(t)=e−t2 est positive et intégrable sur [1,+∞[, et e−t2e−t2/(2t2)=2t21→0 : la fonction intégrée dans S est un o(g) en +∞. Le théorème du cas convergent, point 1, donne S(x)=o(R(x)) quand x→+∞.
Résolution. Il vient R(x)=2xe−x2−o(R(x)), soit R(x)(1+o(1))=2xe−x2, d'où le résultat annoncé.
Méthode à retenir. Devant un reste ou une intégrale partielle sans équivalent évident, on fait apparaître le terme dominant par une intégration par parties, et l'on montre que le terme résiduel est négligeable devant l'inconnue elle-même grâce au théorème d'intégration des relations de comparaison. L'équation R=A+o(R) se résout ensuite en R∼A.
Théorème de convergence dominée
Voici le premier des trois grands théorèmes du chapitre. La question qu'il résout est la suivante : si une suite de fonctions (fn) converge vers une fonction f, a-t-on
n→+∞lim∫Ifn(t)dt=∫I(n→+∞limfn(t))dt ?Autrement dit, peut-on échanger la limite et l'intégrale ? La réponse est non en général, et les contre-exemples de cette section le montrent brutalement. Le théorème de convergence dominée donne une condition suffisante remarquablement maniable : il suffit de coincer toutes les fn sous une seule fonction intégrable.
L'énoncé
Propriété
Théorème de convergence dominée. Soient I un intervalle de R et (fn)n∈N une suite de fonctions de I dans K. On suppose :
- régularité : pour tout n∈N, fn est continue par morceaux sur I ;
- convergence simple : la suite (fn) converge simplement sur I vers une fonction f, et f est continue par morceaux sur I ;
- domination : il existe une fonction φ:I→R, positive, continue par morceaux et intégrable sur I, indépendante de n, telle que
Alors toutes les fonctions fn et la fonction f sont intégrables sur I, et
n→+∞lim∫Ifn(t)dt=∫If(t)dt.La démonstration de ce théorème est hors programme : elle repose sur la théorie de la mesure de Lebesgue. Le théorème est donc admis.
Remarque
Ce qui est admis, et ce qui ne l'est pas. L'interversion de la limite et de l'intégrale est admise, mais les conclusions d'intégrabilité, elles, se démontrent en deux lignes avec les outils du chapitre, et il est utile de savoir le faire.
Intégrabilité des fn. Pour chaque n, fn est continue par morceaux et ∣fn∣⩽φ avec φ intégrable : le théorème de comparaison donne l'intégrabilité de fn.
Intégrabilité de f. Fixons t∈I. En passant à la limite quand n→+∞ dans l'inégalité large ∣fn(t)∣⩽φ(t), et en utilisant la continuité du module, on obtient ∣f(t)∣⩽φ(t). Comme f est continue par morceaux par hypothèse, le théorème de comparaison donne son intégrabilité.
Seule l'égalité des limites est réellement admise.
Propriété
Version renforcée, gratuite. Sous les hypothèses du théorème de convergence dominée, on a même
∫Ifn(t)−f(t)dtn→+∞0.Démonstration. Posons gn=∣fn−f∣. Chaque gn est continue par morceaux sur I ; la suite (gn) converge simplement vers la fonction nulle, qui est continue par morceaux ; et pour tous n et t,
gn(t)=∣fn(t)−f(t)∣⩽∣fn(t)∣+∣f(t)∣⩽2φ(t),la fonction 2φ étant positive, continue par morceaux, intégrable et indépendante de n. Le théorème de convergence dominée appliqué à (gn) donne ∫Ign→∫I0=0. □
Remarque
Cette version renforcée implique la conclusion du théorème, puisque
∫Ifn−∫If=∫I(fn−f)⩽∫I∣fn−f∣n→+∞0.Elle est parfois exactement ce que demande un énoncé de concours (« montrer que ∥fn−f∥1→0 »), et il faut savoir qu'elle s'obtient en réappliquant le théorème à ∣fn−f∣, pas en invoquant directement le théorème initial.
Une remarque de confort, mais qui sert souvent : les hypothèses n'ont besoin d'être vérifiées qu'à partir d'un certain rang n0. Une suite d'intégrales ayant même limite que la suite décalée, on remplace au besoin (fn)n⩾0 par (fn)n⩾n0.
Trois contre-exemples : chaque hypothèse est indispensable
Exemple
Contre-exemple 1 : la bosse glissante (la domination manque). Sur I=[0,+∞[, posons
fn=1[n,n+1],c’est-aˋ-direfn(t)={10si n⩽t⩽n+1,sinon.Régularité. Chaque fn est continue par morceaux sur [0,+∞[ : sur tout segment elle ne présente qu'au plus deux discontinuités.
Convergence simple. Fixons t⩾0. Dès que n>t, on a t<n, donc fn(t)=0. Ainsi fn(t)→0 : la suite converge simplement vers la fonction nulle f=0, qui est continue par morceaux.
Les intégrales. Pour tout n, ∫0+∞fn(t)dt=∫nn+11dt=1, tandis que ∫0+∞f(t)dt=0. Donc
n→+∞lim∫0+∞fn=1 = 0=∫0+∞f.L'interversion est fausse.
Quelle hypothèse manque ? La domination. Supposons qu'il existe φ positive intégrable sur [0,+∞[ avec ∣fn∣⩽φ pour tout n. Soit t⩾0 et posons n=⌊t⌋ : alors n⩽t⩽n+1, donc fn(t)=1, donc φ(t)⩾1. Cela vaut pour tout t⩾0 : la fonction φ minore constamment 1 sur [0,+∞[, et ∫0xφ⩾x→+∞. Aucune fonction dominante intégrable n'existe.
La morale. La masse 1 ne disparaît pas : elle s'échappe vers l'infini. La domination est exactement ce qui interdit cette fuite. Noter au passage que la convergence n'est même pas uniforme ici, puisque ∥fn∥∞=1 ne tend pas vers 0. Mais l'uniformité n'aurait rien changé : si l'on remplace la hauteur 1 par n1 sur [n,n+1], la convergence devient uniforme et les intégrales valent n1→0 ; tandis qu'avec une largeur n et une hauteur n1, c'est-à-dire fn=n11[n,2n], la convergence uniforme subsiste et les intégrales valent toujours 1. La convergence uniforme sur un intervalle non borné ne suffit donc pas : c'est le point qui distingue ce chapitre de celui des suites de fonctions.
Exemple
Contre-exemple 2 : le pic (la domination manque encore, sur un intervalle borné). Sur I=]0,1], posons
fn(t)=ne−nt,n⩾1.Régularité. Chaque fn est continue sur ]0,1].
Convergence simple. Fixons t∈]0,1]. Alors ne−nt=entn→0 par croissances comparées, puisque t>0 est fixé. La suite converge simplement vers f=0, continue par morceaux.
Les intégrales. Pour tout n⩾1,
∫01ne−ntdt=[−e−nt]01=1−e−nn→+∞1 = 0=∫01f.L'interversion est fausse, sur un intervalle pourtant borné.
Quelle hypothèse manque ? Encore la domination. Supposons ∣fn∣⩽φ pour tout n⩾1, avec φ intégrable sur ]0,1]. Soit t∈]0,1] et posons n=⌈t1⌉, qui est un entier ⩾1. On a d'une part n⩾t1, et d'autre part n<t1+1⩽t2 (car t⩽1 entraîne 1⩽t1). Donc 1⩽nt⩽2, d'où
φ(t) ⩾ fn(t)=ne−nt ⩾ t1e−2.Comme ∫01tdt diverge, le théorème de comparaison montre que φ n'est pas intégrable sur ]0,1]. Aucune dominante n'existe.
La morale. Ici la masse ne s'échappe pas à l'infini : elle se concentre en 0. Le pic devient de plus en plus haut et de plus en plus étroit, à aire constante. La domination interdit également ce phénomène.
Exemple
Contre-exemple 3 : une limite simple qui n'est pas continue par morceaux. Sur I=[0,1], l'ensemble Q∩[0,1] est dénombrable : notons (rk)k⩾1 une énumération de ses éléments. Posons, pour n⩾1,
fn=1{r1,…,rn}.Régularité. Chaque fn est nulle sauf en un nombre fini de points : elle est continue par morceaux sur [0,1], et ∫01fn=0 (modifier une fonction en un nombre fini de points ne change pas son intégrale).
Domination. Pour tous n et t, ∣fn(t)∣⩽1, et la fonction constante φ=1 est positive, continue et intégrable sur le segment [0,1]. L'hypothèse de domination est donc parfaitement satisfaite.
Convergence simple. Fixons t∈[0,1]. Si t est rationnel, t=rk pour un certain k, et fn(t)=1 dès que n⩾k. Si t est irrationnel, fn(t)=0 pour tout n. La suite converge donc simplement vers
f=1Q∩[0,1].Ce qui coince. Cette fonction limite n'est continue en aucun point de [0,1]. En effet, tout intervalle ouvert non vide contient à la fois un rationnel et un irrationnel (densité de Q et de R∖Q dans R), donc f prend les deux valeurs 0 et 1 dans tout voisinage de tout point : elle n'a de limite en aucun point. Elle n'est donc continue par morceaux sur aucun segment, et l'écriture ∫01f(t)dt n'a aucun sens dans le cadre du programme.
La morale. L'hypothèse « f est continue par morceaux » n'est pas une commodité technique : sans elle, la conclusion du théorème ne peut même pas être énoncée. C'est pourquoi il faut la vérifier explicitement dans toute rédaction, et pourquoi les correcteurs la cherchent.
Remarque
En revanche, la limite n'a aucune obligation d'être continue. Sur [0,1], la suite fn(t)=tn converge simplement vers
f(t)={01si t∈[0,1[,si t=1,qui est discontinue en 1 mais parfaitement continue par morceaux sur [0,1]. La domination par φ=1, intégrable sur le segment [0,1], est immédiate. Le théorème s'applique donc et donne
∫01tndtn→+∞∫01f(t)dt=0,ce que confirme le calcul direct ∫01tndt=n+11→0. C'est là un avantage décisif du théorème de convergence dominée sur les théorèmes de convergence uniforme : il tolère les discontinuités de la limite, et la convergence uniforme n'est jamais exigée.
Extension aux familles à paramètre continu
Propriété
Version « famille ». Soient I un intervalle de R, J une partie de R et x0 un point adhérent à J (éventuellement x0=±∞). Soit (fx)x∈J une famille de fonctions de I dans K. On suppose :
- pour tout x∈J, fx est continue par morceaux sur I ;
- il existe f continue par morceaux sur I telle que, pour tout t∈I, fx(t)→f(t) quand x→x0 ;
- il existe φ positive, continue par morceaux et intégrable sur I, indépendante de x, telle que ∣fx(t)∣⩽φ(t) pour tous x∈J et t∈I.
Alors toutes les fx et f sont intégrables sur I et
x→x0lim∫Ifx(t)dt=∫If(t)dt.Démonstration. Elle se déduit du théorème de convergence dominée par la caractérisation séquentielle des limites, et ne coûte que quelques lignes.
Soit (xn)n∈N une suite quelconque d'éléments de J convergeant vers x0. Posons fn=fxn pour n∈N, et vérifions les trois hypothèses du théorème de convergence dominée.
- Chaque fn=fxn est continue par morceaux sur I, par l'hypothèse 1.
- Soit t∈I fixé. Par l'hypothèse 2, fx(t)→f(t) quand x→x0 ; par caractérisation séquentielle des limites appliquée à la fonction x↦fx(t), la suite fxn(t) converge vers f(t). Donc (fn) converge simplement vers f sur I, et f est continue par morceaux.
- Pour tous n et t, ∣fn(t)∣=∣fxn(t)∣⩽φ(t), avec φ positive intégrable indépendante de n.
Le théorème de convergence dominée s'applique et donne ∫Ifxn→∫If.
Ceci vaut pour toute suite (xn) d'éléments de J de limite x0. Par caractérisation séquentielle des limites appliquée cette fois à la fonction x↦∫Ifx, on conclut que ∫Ifx→∫If quand x→x0. □
Remarque
Cette version est celle que l'on utilise pour étudier le comportement d'une intégrale à paramètre aux bornes de son domaine : limite quand x→0+, quand x→+∞, etc. La rédaction est identique à celle du cas des suites, à ceci près qu'on remplace « pour tout n » par « pour tout x∈J » et qu'on précise vers quoi tend le paramètre.
Comment rédiger une application du théorème
Méthode
Rédaction type d'une application du théorème de convergence dominée. Cinq blocs, toujours dans cet ordre, toujours tous présents.
- Poser la suite. « Pour n∈N et t∈I, posons fn(t)=… », en précisant l'intervalle I, qui doit être fixe, indépendant de n.
- Régularité. « Pour tout n, fn est continue (par morceaux) sur I », avec la raison (opérations sur les fonctions usuelles).
- Convergence simple. « Soit t∈I fixé. » Puis le calcul de limnfn(t), à t figé. Puis : « la suite (fn) converge simplement sur I vers f, qui est continue par morceaux sur I. » Ne jamais oublier cette dernière proposition.
- Domination. « Pour tout n et tout t∈I, ∣fn(t)∣⩽φ(t) », avec φ écrite explicitement et sans n, puis la justification de l'intégrabilité de φ par comparaison à une intégrale de référence.
- Conclusion. « Le théorème de convergence dominée s'applique : ∫Ifn→∫If. » Puis le calcul effectif de ∫If.
Les quatre pièges.
- Une dominante qui dépend de n : ∣fn(t)∣⩽t2Cn ne vaut rien, même si chaque Cn est fini.
- Oublier de dire que la limite simple est continue par morceaux (voir le contre-exemple 3).
- Croire que la convergence uniforme suffit sur un intervalle non borné (voir le contre-exemple 1).
- Un intervalle d'intégration qui dépend de n : il faut d'abord le rendre fixe, ce qui est l'objet de l'astuce ci-dessous.
Méthode
L'astuce de la fonction indicatrice. Lorsque le domaine d'intégration dépend de n, on le rend fixe en multipliant par une indicatrice. Concrètement, on écrit
∫0ngn(t)dt=∫0+∞gn(t)1[0,n](t)dt,et l'on applique le théorème sur l'intervalle fixe I=[0,+∞[ à la suite fn=gn1[0,n].
Deux points de vigilance : la fonction fn ainsi construite doit rester continue par morceaux (c'est automatique, l'indicatrice d'un segment n'ajoute qu'au plus deux discontinuités), et la convergence simple doit être établie à t fixé, en remarquant que 1[0,n](t)=1 dès que n⩾t.
Exemple
Un domaine qui varie avec n. Calculons n→+∞lim∫0n(1−nt)ndt.
Mise en place. Posons I=[0,+∞[ et, pour n⩾1 et t∈I,
fn(t)=(1−nt)n1[0,n](t),de sorte que ∫0n(1−nt)ndt=∫Ifn(t)dt.
Régularité. Sur [0,n], fn coïncide avec la fonction polynomiale t↦(1−nt)n, qui vaut 0 en t=n ; sur [n,+∞[, fn est nulle. La fonction fn est donc continue sur [0,+∞[, en particulier continue par morceaux.
Convergence simple. Soit t⩾0 fixé. Pour n>t, on a 0⩽nt<1 et
fn(t)=exp(nln(1−nt)).Or ln(1−nt)=−nt+o(n1) quand n→+∞, donc nln(1−nt)→−t, et par continuité de l'exponentielle fn(t)→e−t. La suite converge donc simplement sur I vers f:t↦e−t, qui est continue sur I, donc continue par morceaux.
Domination. Pour tout u∈[0,1[, on a ln(1−u)⩽−u (l'inégalité de concavité ln(1+v)⩽v avec v=−u). Donc, pour 0⩽t<n,
nln(1−nt)⩽n×(−nt)=−t,d’ouˋ0⩽(1−nt)n⩽e−t.Pour t=n les deux membres valent respectivement 0 et e−n⩾0, et pour t>n on a fn(t)=0. Finalement
fn(t)⩽φ(t)=e−tpour tout n⩾1 et tout t∈I,et φ est positive, continue et intégrable sur [0,+∞[ (intégrale exponentielle avec a=1>0), indépendante de n.
Conclusion. Le théorème de convergence dominée s'applique :
∫0n(1−nt)ndtn→+∞∫0+∞e−tdt=1.Vérification. Le calcul direct est possible ici : le changement de variable affine u=1−nt sur le segment [0,n] donne ∫0n(1−nt)ndt=n∫01undu=n+1n, qui tend bien vers 1.
Exemple
Une limite qui ne se calcule pas directement. Déterminons
n→+∞lim∫0+∞t(1+t2)nsin(t/n)dt.Mise en place. Posons I=]0,+∞[ et fn(t)=t(1+t2)nsin(t/n) pour n⩾1.
Régularité. Chaque fn est continue sur ]0,+∞[ comme quotient de fonctions continues à dénominateur non nul.
Convergence simple. Soit t>0 fixé. Quand n→+∞, nt→0 et sin(nt)∼nt, donc nsin(nt)→t. Ainsi
fn(t)n→+∞t(1+t2)t=1+t21=:f(t),et f est continue sur ]0,+∞[, donc continue par morceaux.
Domination. Pour tout réel u⩾0, ∣sinu∣⩽u. Appliqué à u=nt>0, cela donne nsin(nt)⩽n×nt=t, d'où, pour tous n⩾1 et t>0,
fn(t)⩽t(1+t2)t=1+t21=φ(t).La fonction φ est positive, continue sur ]0,+∞[, indépendante de n, et intégrable : ∫0+∞1+t2dt=2π a été calculée plus haut.
Conclusion. Le théorème de convergence dominée s'applique :
∫0+∞t(1+t2)nsin(t/n)dtn→+∞∫0+∞1+t2dt=2π.Aucune primitive n'était calculable : c'est le cas typique où le théorème est le seul outil disponible.
Exemple
Une domination par morceaux. Déterminons n→+∞lim∫0+∞1+tndt.
Régularité. Pour n⩾1, fn(t)=1+tn1 est continue et positive sur [0,+∞[.
Convergence simple. Soit t⩾0 fixé. Si 0⩽t<1, alors tn→0 et fn(t)→1. Si t=1, fn(1)=21 pour tout n. Si t>1, alors tn→+∞ et fn(t)→0. La limite simple est donc
f(t)=⎩⎨⎧1210si 0⩽t<1,si t=1,si t>1,qui est continue par morceaux sur [0,+∞[ (une seule discontinuité, en 1).
Domination. Elle demande un découpage. Pour t∈[0,2], on majore brutalement fn(t)⩽1. Pour t>2 et n⩾2, on a tn⩾t2, donc
fn(t)=1+tn1⩽tn1⩽t21.Posons donc
φ(t)=⎩⎨⎧1t21si 0⩽t⩽2,si t>2.Cette fonction est positive, continue par morceaux sur [0,+∞[, indépendante de n, et intégrable : sur le segment [0,2] elle est constante, et sur [2,+∞[ c'est une intégrale de Riemann avec α=2>1. La domination ∣fn∣⩽φ vaut pour tout n⩾2, ce qui suffit.
Conclusion. Le théorème de convergence dominée s'applique et
∫0+∞1+tndtn→+∞∫0+∞f(t)dt=∫011dt=1,la valeur ponctuelle f(1)=21 ne changeant rien à l'intégrale.
Intégration terme à terme
Deuxième grand théorème. La question est la même que précédemment, avec une somme de série à la place d'une limite : sous quelles conditions a-t-on
∫I(n=0∑+∞fn(t))dt=n=0∑+∞∫Ifn(t)dt ?Comme une somme de série est une limite de sommes partielles, on pourrait espérer que le théorème de convergence dominée règle tout ; il faudrait pour cela dominer les sommes partielles, ce qui n'est en général pas commode. Les deux énoncés ci-dessous fournissent des conditions directement vérifiables sur les fn.
Les deux énoncés du programme
Propriété
Intégration terme à terme, cas des fonctions positives. Soient I un intervalle et (fn)n∈N une suite de fonctions de I dans R telles que :
- chaque fn est continue par morceaux, positive et intégrable sur I ;
- la série de fonctions ∑fn converge simplement sur I, et sa somme f=∑n=0+∞fn est continue par morceaux sur I.
Alors f est intégrable sur I si et seulement si la série numérique n∑∫Ifn converge, et dans ce cas
∫If(t)dt=n=0∑+∞∫Ifn(t)dt.Dans le cas contraire, f n'est pas intégrable sur I et l'on écrit ∫If=∑n∫Ifn=+∞.
Démonstration hors programme : le théorème est admis.
Propriété
Intégration terme à terme, cas général. Soient I un intervalle et (fn)n∈N une suite de fonctions de I dans K telles que :
- chaque fn est continue par morceaux et intégrable sur I ;
- la série de fonctions ∑fn converge simplement sur I, et sa somme f=∑n=0+∞fn est continue par morceaux sur I ;
- la série numérique n∑∫Ifn(t)dt converge.
Alors f est intégrable sur I, la série ∑n∫Ifn est absolument convergente, et
∫If(t)dt=n=0∑+∞∫Ifn(t)dt.On a de plus la majoration ∫I∣f∣⩽n=0∑+∞∫I∣fn∣.
Démonstration hors programme : le théorème est admis.
Remarque
Le parallèle avec les familles sommables. L'hypothèse décisive du second énoncé,
n∑∫I∣fn∣<+∞,est exactement la condition de sommabilité absolue d'une famille double. Rappelons l'énoncé du chapitre sur les familles sommables : si (an,p) est une famille de scalaires telle que ∑n∑p∣an,p∣<+∞, alors on peut sommer dans l'ordre que l'on veut :
n∑p∑an,p=p∑n∑an,p.Ici, l'une des deux sommations est remplacée par une intégrale, mais la philosophie est identique : c'est la finitude de la masse totale des valeurs absolues qui autorise l'interversion. Et de même que la sommabilité par paquets est automatique pour une famille de réels positifs (où seule la valeur +∞ peut apparaître, sans ambiguïté), le premier énoncé se passe d'hypothèse supplémentaire dès que les fn sont positives.
Retenez la hiérarchie : pour des fonctions positives, l'interversion est toujours licite, quitte à ce que les deux membres vaillent +∞ ; en général, il faut payer le prix de la convergence de ∑n∫I∣fn∣.
Remarque
Un point de vigilance sur l'hypothèse 2. La convergence simple de la série de fonctions signifie : pour chaque t∈I fixé, la série numérique ∑nfn(t) converge. Ce n'est pas la même chose que la convergence de ∑n∫Ifn, ni que la convergence normale. Et il faut, là encore, vérifier que la somme f est continue par morceaux : c'est parfois immédiat (on reconnaît une fonction usuelle), parfois cela demande un argument de convergence uniforme locale.
Un exemple complet dans le cas positif
Exemple
Calcul de ∫01t−1lntdt. Montrons que cette intégrale converge et vaut n⩾1∑n21.
Mise en place. Posons g(t)=t−1lnt pour t∈]0,1[. La fonction g est continue sur ]0,1[, et elle y est positive : pour 0<t<1, on a lnt<0 et t−1<0, donc le quotient est strictement positif. Notons au passage que g(t)→1 quand t→1−, puisque lnt∼t−1 : la borne 1 est un faux problème. Seule la borne 0 est en jeu, où g(t)∼−lnt→+∞.
Développement en série. Pour t∈]0,1[, on a 0<t<1, donc la série géométrique de raison t converge et ∑n=0+∞tn=1−t1. Par conséquent
g(t)=t−1lnt=1−t−lnt=(−lnt)n=0∑+∞tn=n=0∑+∞(−tnlnt).Posons donc fn(t)=−tnlnt pour n⩾0 et t∈]0,1[.
Vérification des hypothèses.
(i) Chaque fn est continue sur ]0,1[, et positive puisque lnt<0 sur ]0,1[.
(ii) Chaque fn est intégrable sur ]0,1[. En effet fn(t)→0 quand t→1− (faux problème), et en 0+ on a, avec α=21<1,
t1/2fn(t)=−tn+1/2lntt→0+0par croissances comparées : la règle de Riemann en une borne finie s'applique.
(iii) La série ∑fn converge simplement sur ]0,1[ vers g, par le calcul ci-dessus, et g est continue sur ]0,1[, donc continue par morceaux.
Calcul de ∫01fn. Soit n⩾0. Intégrons par parties sur le segment [x,1] avec x∈]0,1[, en posant u(t)=lnt et v(t)=n+1tn+1, de classe C1 sur ]0,1] :
∫x1tnlntdt=[n+1tn+1lnt]x1−∫x1n+1tn+1×t1dt=−n+1xn+1lnx−n+11∫x1tndt.Or ∫x1tndt=n+11−xn+1, et xn+1lnx→0 quand x→0+ par croissances comparées. En passant à la limite,
∫01tnlntdt=−(n+1)21,donc∫01fn(t)dt=(n+1)21.Nature de la série des intégrales. La série n⩾0∑(n+1)21=k⩾1∑k21 est une série de Riemann d'exposant 2>1 : elle converge.
Conclusion. Le théorème d'intégration terme à terme, version positive, s'applique : la fonction g est intégrable sur ]0,1[ et
∫01t−1lntdt=n=0∑+∞(n+1)21=k=1∑+∞k21.Cette somme vaut 6π2, résultat classique établi par ailleurs.
Exemple
Une variante sur un intervalle non borné. Montrons de même que
∫0+∞et−1tdt=n=1∑+∞n21.Mise en place. La fonction g(t)=et−1t est continue et positive sur ]0,+∞[ (le dénominateur est strictement positif pour t>0). En 0+, et−1∼t donc g(t)→1 : faux problème.
Développement en série. Pour t>0, on a 0<e−t<1, donc
et−1t=1−e−tte−t=te−tk=0∑+∞e−kt=n=1∑+∞te−nt,après le changement d'indice n=k+1. Posons fn(t)=te−nt pour n⩾1 et t>0.
Hypothèses. Chaque fn est continue et positive sur ]0,+∞[, et intégrable : t2fn(t)=t3e−nt→0 en +∞ par croissances comparées, et fn se prolonge par continuité en 0. La série ∑fn converge simplement vers g, continue sur ]0,+∞[.
Calcul de ∫0+∞fn. Le changement de variable u=nt, bijection de classe C1 strictement croissante de ]0,+∞[ sur lui-même, donne
∫0+∞te−ntdt=∫0+∞nue−undu=n21∫0+∞ue−udu=n21,en utilisant ∫0+∞ue−udu=1, calculée par parties au début du chapitre.
Conclusion. La série ∑n⩾1n21 converge, donc g est intégrable sur ]0,+∞[ et ∫0+∞et−1tdt=∑n⩾1n21=6π2.
Quand aucun des deux théorèmes ne s'applique
Remarque
Il arrive, et c'est fréquent avec les séries alternées, qu'aucun des deux énoncés ne convienne : les fn ne sont pas positives, et ∑n∫I∣fn∣ diverge. L'interversion peut néanmoins être vraie ; il faut alors la justifier à la main, et la technique officielle du programme consiste à appliquer le théorème de convergence dominée aux sommes partielles.
Le principe est le suivant. On note SN=∑n=0Nfn la somme partielle d'ordre N, dont l'intégrale se calcule par simple linéarité (c'est une somme finie) :
∫ISN(t)dt=n=0∑N∫Ifn(t)dt.Il suffit alors de montrer que ∫ISN→∫If, ce qui est exactement une interversion limite-intégrale, donc un problème de convergence dominée appliqué à la suite (SN)N∈N. Le point clé est de savoir dominer les sommes partielles, ce qui est faisable quand on dispose d'une forme close, typiquement quand ∑fn est une série géométrique.
Exemple
L'exemple canonique : ∫011+tdt=n=0∑+∞n+1(−1)n.
Le développement en série. Pour t∈[0,1[, la série géométrique de raison −t converge et
1+t1=n=0∑+∞(−1)ntn.Posons donc I=[0,1[ et fn(t)=(−1)ntn.
Pourquoi aucun des deux théorèmes ne s'applique. Les fonctions fn ne sont pas positives (leur signe alterne), donc la première version est exclue. Quant à la seconde, elle demande la convergence de
n∑∫01∣fn(t)∣dt=n∑∫01tndt=n⩾0∑n+11,qui est la série harmonique : elle diverge. Les deux énoncés du programme sont donc tous les deux inutilisables, alors même que l'interversion va se révéler exacte.
La forme close des sommes partielles. Pour N∈N et t∈[0,1[, la somme géométrique de raison −t=1 donne
SN(t)=n=0∑N(−1)ntn=n=0∑N(−t)n=1+t1−(−t)N+1.C'est cette expression explicite qui va tout permettre : elle sépare la limite 1+t1 du reste 1+t−(−t)N+1.
Application du théorème de convergence dominée à (SN).
Régularité. Pour tout N, SN est une fonction polynomiale, donc continue sur [0,1[.
Convergence simple. Soit t∈[0,1[ fixé. Alors ∣−t∣N+1=tN+1→0 puisque 0⩽t<1, donc
SN(t)N→+∞1+t1=:f(t),et f est continue sur [0,1[, donc continue par morceaux.
Domination. Pour tout N et tout t∈[0,1[,
SN(t)=1+t1−(−t)N+1⩽1+t1+tN+1⩽1+t2⩽2=:φ(t),en utilisant tN+1⩽1 et 1+t⩾1. La fonction constante φ=2 est positive, continue, indépendante de N, et intégrable sur l'intervalle borné [0,1[, d'intégrale 2.
Conclusion du théorème. ∫01SN(t)dtN→+∞∫011+tdt=[ln(1+t)]01=ln2.
Identification. Par linéarité de l'intégrale sur une somme finie,
∫01SN(t)dt=n=0∑N(−1)n∫01tndt=n=0∑Nn+1(−1)n.La suite des sommes partielles de la série ∑n+1(−1)n converge donc vers ln2 :
n=0∑+∞n+1(−1)n=∫011+tdt=ln2.Variante sans le théorème de convergence dominée : la majoration directe du reste. La même forme close permet de conclure encore plus vite, et il est bon de connaître les deux rédactions. Par linéarité sur le segment,
n=0∑Nn+1(−1)n=∫01SN(t)dt=∫011+tdt−∫011+t(−t)N+1dt,et le dernier terme, qui est le reste de la série géométrique intégré, se majore directement :
∫011+t(−t)N+1dt⩽∫011+ttN+1dt⩽∫01tN+1dt=N+21N→+∞0.On retrouve ∑n⩾0n+1(−1)n=ln2, avec en prime une vitesse : l'écart entre la somme partielle et ln2 est majoré par N+21.
Méthode à retenir. Devant une série alternée dont ∑n∫I∣fn∣ diverge, on ne cherche pas à forcer les théorèmes d'intégration terme à terme : on écrit la somme partielle sous forme close, on isole le reste, et l'on conclut soit par le théorème de convergence dominée appliqué à (SN), soit par une majoration directe du reste. C'est la technique explicitement attendue par le programme.
Intégrales à paramètre
Troisième et dernier grand théorème, et le plus utilisé aux concours. On se donne une fonction de deux variables f(x,t) et l'on intègre par rapport à t, ce qui produit une fonction de la seule variable x :
g:x⟼∫If(x,t)dt.Une foule de fonctions importantes se présentent sous cette forme : la fonction Γ, les transformées intégrales, les solutions d'équations différentielles. La question est de savoir si g hérite de la régularité de f : est-elle continue ? dérivable ? de classe C∞ ? Et si oui, peut-on dériver sous le signe intégrale ?
Dans toute la section, A et I sont deux intervalles de R, et f:A×I→K. La variable x∈A est le paramètre, la variable t∈I est celle d'intégration.
Continuité
Propriété
Théorème de continuité sous le signe intégrale. On suppose :
- régularité en t : pour tout x∈A, la fonction t↦f(x,t) est continue par morceaux sur I ;
- régularité en x : pour tout t∈I, la fonction x↦f(x,t) est continue sur A ;
- domination locale : pour tout segment [α,β]⊂A, il existe une fonction φ[α,β]:I→R positive, continue par morceaux et intégrable sur I, indépendante de x, telle que
Alors, pour tout x∈A, la fonction t↦f(x,t) est intégrable sur I, et la fonction
g:x⟼∫If(x,t)dtest définie et continue sur A.
Démonstration. Bonne définition. Soit x∈A. Comme A est un intervalle, il existe un segment [α,β]⊂A contenant x. La domination donne ∣f(x,⋅)∣⩽φ[α,β] avec φ[α,β] intégrable, et f(x,⋅) est continue par morceaux : par le théorème de comparaison, t↦f(x,t) est intégrable sur I, donc g(x) est bien défini.
Réduction à un segment. La continuité est une propriété locale. Soit x0∈A ; choisissons un segment [α,β]⊂A qui soit un voisinage de x0 relativement à A. C'est toujours possible : si x0 est intérieur à A, on prend α<x0<β dans A ; si x0 est une extrémité de A appartenant à A, disons la borne gauche, on prend α=x0 et β∈A avec β>x0. Dans les deux cas, toute suite d'éléments de A convergeant vers x0 est, à partir d'un certain rang, à valeurs dans [α,β]. Notons φ=φ[α,β].
Caractérisation séquentielle. Pour montrer que g est continue en x0, il suffit de montrer que, pour toute suite (xn) d'éléments de A convergeant vers x0, on a g(xn)→g(x0). Fixons une telle suite ; quitte à supprimer les premiers termes, on peut supposer xn∈[α,β] pour tout n. Posons
fn:I→K,fn(t)=f(xn,t).Vérifions les hypothèses du théorème de convergence dominée.
- Régularité. Pour tout n, fn=f(xn,⋅) est continue par morceaux sur I, par l'hypothèse 1.
- Convergence simple. Soit t∈I fixé. La fonction x↦f(x,t) est continue en x0 par l'hypothèse 2, et xn→x0 : par caractérisation séquentielle de la continuité, f(xn,t)→f(x0,t). Autrement dit, (fn) converge simplement sur I vers t↦f(x0,t), qui est continue par morceaux sur I par l'hypothèse 1.
- Domination. Pour tout n et tout t∈I, ∣fn(t)∣=∣f(xn,t)∣⩽φ(t) puisque xn∈[α,β] ; et φ est positive, continue par morceaux, intégrable sur I et indépendante de n.
Le théorème de convergence dominée s'applique et donne
g(xn)=∫Ifn(t)dtn→+∞∫If(x0,t)dt=g(x0).Ceci valant pour toute suite (xn)→x0, la caractérisation séquentielle de la continuité donne la continuité de g en x0. Le point x0∈A étant quelconque, g est continue sur A. □
Remarque
Pourquoi une domination LOCALE, et pourquoi cela suffit. La continuité en un point ne fait intervenir que ce qui se passe près de ce point : on peut donc se restreindre à un segment [α,β] autour de x0 et n'y utiliser qu'une dominante valable sur ce segment. C'est ce qui rend le théorème utilisable en pratique.
Car une domination globale sur A tout entier est souvent inexistante. L'exemple à garder en tête est la fonction Γ : pour f(x,t)=tx−1e−t avec A=]0,+∞[, on a, pour t⩾1 fixé, supx>0tx−1e−t=+∞ dès que t>1. Aucune fonction φ ne peut dominer la famille sur A entier. Sur un segment [α,β]⊂]0,+∞[, en revanche, tout se passe bien, comme on le verra.
Réflexe de rédaction : on écrit systématiquement « soit [α,β]⊂A un segment ; pour tout x∈[α,β] et tout t∈I, … ». Une copie qui cherche une dominante sur A tout entier se bloque neuf fois sur dix.
Dérivation : la formule de Leibniz
Propriété
Théorème de dérivation sous le signe intégrale (formule de Leibniz). On suppose :
- pour tout x∈A, la fonction t↦f(x,t) est continue par morceaux et intégrable sur I ;
- pour tout t∈I, la fonction x↦f(x,t) est de classe C1 sur A ;
- pour tout x∈A, la fonction t↦∂x∂f(x,t) est continue par morceaux sur I ;
- domination locale de la dérivée : pour tout segment [α,β]⊂A, il existe φ[α,β] positive, continue par morceaux et intégrable sur I, indépendante de x, telle que
Alors g:x↦∫If(x,t)dt est de classe C1 sur A, et
g′(x)=∫I∂x∂f(x,t)dtpour tout x∈A.Démonstration. Bonne définition. L'hypothèse 1 assure directement que g(x) existe pour tout x∈A.
Choix du segment. Soit x0∈A. Comme dans la démonstration précédente, choisissons un segment [α,β]⊂A qui soit un voisinage de x0 relativement à A, et notons φ=φ[α,β].
Le taux d'accroissement. Soit (xn) une suite d'éléments de [α,β]∖{x0} convergeant vers x0. Pour t∈I, posons
hn(t)=xn−x0f(xn,t)−f(x0,t).Comme t↦f(xn,t) et t↦f(x0,t) sont intégrables sur I, la linéarité donne
∫Ihn(t)dt=xn−x01(∫If(xn,t)dt−∫If(x0,t)dt)=xn−x0g(xn)−g(x0).Le taux d'accroissement de g est donc lui-même une intégrale, et il s'agit d'y passer à la limite.
Vérification des hypothèses du théorème de convergence dominée.
- Régularité. Chaque hn est une combinaison linéaire de deux fonctions continues par morceaux sur I : elle est continue par morceaux sur I.
- Convergence simple. Soit t∈I fixé. La fonction x↦f(x,t) est de classe C1 sur A par l'hypothèse 2, donc dérivable en x0 ; comme xn→x0 avec xn=x0, la caractérisation séquentielle de la limite donne
La suite (hn) converge donc simplement sur I vers t↦∂x∂f(x0,t), qui est continue par morceaux sur I par l'hypothèse 3.
- Domination. Soit t∈I fixé. La fonction s↦f(s,t) est de classe C1 sur le segment [α,β], donc, pour tout n,
Cette intégrale porte sur un segment inclus dans [α,β], où la domination s'applique : ∂x∂f(s,t)⩽φ(t). L'inégalité triangulaire sur un segment donne donc
f(xn,t)−f(x0,t)⩽∫x0xn∂x∂f(s,t)ds⩽φ(t)xn−x0,c'est-à-dire, en divisant par ∣xn−x0∣=0,
hn(t)⩽φ(t)pour tout n et tout t∈I.C'est bien une domination par une fonction positive, continue par morceaux, intégrable et indépendante de n. (C'est ici, et uniquement ici, que sert l'inégalité des accroissements finis, sous sa forme intégrale, valable aussi pour K=C.)
Conclusion partielle. Le théorème de convergence dominée s'applique :
xn−x0g(xn)−g(x0)=∫Ihn(t)dtn→+∞∫I∂x∂f(x0,t)dt.Ceci vaut pour toute suite (xn) de [α,β]∖{x0} tendant vers x0 : par caractérisation séquentielle des limites, g est dérivable en x0 et
g′(x0)=∫I∂x∂f(x0,t)dt.Continuité de la dérivée. Il reste à voir que g′ est continue sur A. Appliquons le théorème de continuité à la fonction (x,t)↦∂x∂f(x,t) : elle est continue par morceaux en t à x fixé (hypothèse 3) ; elle est continue en x à t fixé, car x↦f(x,t) est de classe C1, donc sa dérivée est continue (hypothèse 2) ; et elle est dominée sur tout segment de A (hypothèse 4). Le théorème de continuité s'applique donc et montre que x↦∫I∂x∂f(x,t)dt=g′(x) est continue sur A.
Ainsi g est de classe C1 sur A. □
Remarque
L'hypothèse 1 n'est pas redondante. La domination porte sur ∂x∂f, pas sur f : elle ne dit rien de l'intégrabilité de t↦f(x,t), qui doit donc être supposée à part. C'est l'oubli le plus fréquent dans les copies, et il est fatal : sans elle, g n'est même pas définie.
En pratique, cette hypothèse est presque toujours celle qui a servi à déterminer le domaine A au début de l'exercice. Il suffit d'y renvoyer explicitement.
Propriété
Extension à la classe Ck. Soit k∈N∗. On suppose :
- pour tout t∈I, la fonction x↦f(x,t) est de classe Ck sur A ;
- pour tout j∈{0,…,k} et tout x∈A, la fonction t↦∂xj∂jf(x,t) est continue par morceaux sur I ;
- pour tout j∈{0,…,k−1} et tout x∈A, la fonction t↦∂xj∂jf(x,t) est intégrable sur I ;
- pour tout segment [α,β]⊂A, il existe φ positive, continue par morceaux et intégrable sur I telle que ∂xk∂kf(x,t)⩽φ(t) pour tous x∈[α,β] et t∈I.
Alors g:x↦∫If(x,t)dt est de classe Ck sur A et, pour tout j∈{0,…,k},
g(j)(x)=∫I∂xj∂jf(x,t)dt.Si les hypothèses sont vérifiées pour tout k∈N, alors g est de classe C∞ sur A.
Démonstration. Par récurrence sur k. Le cas k=1 est le théorème précédent. Supposons le résultat acquis au rang k−1 pour k⩾2.
Les hypothèses au rang k entraînent celles au rang k−1, sauf pour la domination : au rang k−1, il faudrait dominer ∂xk−1∂k−1f sur tout segment [α,β]⊂A. Or, pour x∈[α,β] et t∈I, l'écriture intégrale de la dérivée (k−1)-ième donne
∂xk−1∂k−1f(x,t)=∂xk−1∂k−1f(α,t)+∫αx∂xk∂kf(s,t)ds,d'où, avec l'hypothèse 4,
∂xk−1∂k−1f(x,t)⩽∂xk−1∂k−1f(α,t)+(β−α)φ(t)=:ψ(t),et ψ est positive, continue par morceaux, intégrable (l'hypothèse 3 donne l'intégrabilité du premier terme, l'hypothèse 4 celle du second) et indépendante de x. L'hypothèse de récurrence s'applique donc : g est de classe Ck−1 sur A avec g(j)(x)=∫I∂xj∂jf(x,t)dt pour j⩽k−1.
Il reste à dériver une fois de plus g(k−1). On applique pour cela le théorème de dérivation à la fonction (x,t)↦∂xk−1∂k−1f(x,t) : elle est intégrable en t (hypothèse 3), de classe C1 en x (hypothèse 1), sa dérivée en x est ∂xk∂kf, continue par morceaux en t (hypothèse 2) et dominée sur tout segment (hypothèse 4). Donc g(k−1) est de classe C1, avec g(k)(x)=∫I∂xk∂kf(x,t)dt. Ainsi g est de classe Ck. □
Méthode
Plan de rédaction d'une étude d'intégrale à paramètre. Cinq étapes, à dérouler dans cet ordre.
- Poser le cadre. « Posons f(x,t)=… pour (x,t)∈A×I. » Nommer explicitement les deux intervalles.
- Déterminer le domaine A. Pour chaque x, étudier l'intégrabilité de t↦f(x,t), borne par borne, avec la méthode de la section 6. C'est cette étude qui définit A ; elle servira aussi d'hypothèse 1 dans les théorèmes suivants.
- Continuité. Vérifier les trois points : continuité par morceaux en t, continuité en x, domination sur tout segment [α,β]⊂A. Écrire la dominante explicitement.
- Dérivabilité. Calculer ∂x∂f, vérifier qu'elle est continue par morceaux en t, rappeler l'intégrabilité de f elle-même, et dominer ∂x∂f sur tout segment. Conclure par la formule de Leibniz. Itérer pour Ck ou C∞.
- Exploiter. C'est là que se joue l'exercice : équation différentielle vérifiée par g, relation de récurrence obtenue par intégration par parties, développement en série, sens de variation, convexité.
- Comportement aux bornes de A. Utiliser la version « famille » du théorème de convergence dominée pour x→x0, ou des encadrements explicites.
Les trois pièges. Oublier l'intégrabilité de f (la domination ne concerne que la dérivée). Chercher une dominante globale au lieu d'une dominante par segment. Écrire une dominante qui contient encore le paramètre x.
Exemple complet : la fonction Γ d'Euler
Exemple
Étude complète de Γ(x)=∫0+∞tx−1e−tdt.
Posons f(x,t)=tx−1e−t=e(x−1)lnte−t pour x∈R et t∈I=]0,+∞[.
Étape 1 : le domaine de définition. Soit x∈R. La fonction t↦f(x,t) est continue et positive sur ]0,+∞[ ; intégrabilité et convergence y sont donc synonymes. Les deux bornes posent problème.
En 0+. Comme e−t→1, on a f(x,t)∼tx−1=t1−x1, avec les deux fonctions positives. L'intégrale ∫01tx−1dt converge si et seulement si 1−x<1, c'est-à-dire x>0.
En +∞. Pour tout x∈R, par croissances comparées,
t2f(x,t)=tx+1e−tt→+∞0,donc f(x,t)=o(t21) et la règle de Riemann en +∞ (avec α=2>1) donne l'intégrabilité sur [1,+∞[, quel que soit x.
Conclusion. Γ(x) est défini si et seulement si x>0. On pose donc A=]0,+∞[.
Étape 2 : les dérivées partielles. Pour t>0 fixé, la fonction x↦e(x−1)lnte−t est de classe C∞ sur R, et une récurrence immédiate donne, pour tout k∈N,
∂xk∂kf(x,t)=(lnt)ktx−1e−t.Étape 3 : intégrabilité de chaque dérivée. Soient k∈N et x>0. La fonction t↦(lnt)ktx−1e−t est continue sur ]0,+∞[.
En 0+, posons θ=1−2x, qui vérifie θ<1 puisque x>0. Alors
tθ(lnt)ktx−1e−t=tx/2∣lnt∣ke−tt→0+0par croissances comparées, puisque 2x>0. La règle de Riemann en une borne finie s'applique : intégrabilité sur ]0,1].
En +∞, t2(lnt)ktx−1e−t=∣lnt∣ktx+1e−t→0 par croissances comparées : intégrabilité sur [1,+∞[.
Donc, pour tout k et tout x>0, t↦∂xk∂kf(x,t) est continue par morceaux et intégrable sur I.
Étape 4 : la domination sur un segment. Soit [α,β]⊂]0,+∞[, donc 0<α⩽β. Pour x∈[α,β] et t>0, majorons tx−1. Si 0<t⩽1, la fonction s↦ts est décroissante, donc tx−1⩽tα−1. Si t⩾1, elle est croissante, donc tx−1⩽tβ−1. Dans les deux cas,
tx−1⩽tα−1+tβ−1,les deux termes étant positifs. Par conséquent, pour tout k∈N, tout x∈[α,β] et tout t>0,
∂xk∂kf(x,t)=∣lnt∣ktx−1e−t ⩽ =: φk(t)∣lnt∣k(tα−1+tβ−1)e−t.La fonction φk est positive, continue sur ]0,+∞[, indépendante de x, et intégrable : c'est la somme des deux fonctions étudiées à l'étape 3 pour x=α et x=β.
Étape 5 : conclusion de régularité. Toutes les hypothèses du théorème de classe Ck sont vérifiées, pour tout k. Donc
Γ est de classe C∞ sur ]0,+∞[,Γ(k)(x)=∫0+∞(lnt)ktx−1e−tdt.En particulier Γ est continue sur ]0,+∞[.
Étape 6 : la relation fonctionnelle Γ(x+1)=xΓ(x). Soit x>0. Posons, sur ]0,+∞[,
u(t)=tx,v(t)=−e−t,de classe C1, avec u′(t)=xtx−1 et v′(t)=e−t. Examinons les trois objets du théorème d'intégration par parties.
Le crochet. u(t)v(t)=−txe−t. Quand t→0+, tx→0 car x>0, et e−t→1 : la limite est 0. Quand t→+∞, txe−t→0 par croissances comparées : la limite est 0. Les deux limites existent et sont finies, donc [uv]0+∞=0−0=0.
L'intégrale ∫u′v. On a u′(t)v(t)=−xtx−1e−t, et
∫0+∞u′(t)v(t)dt=−x∫0+∞tx−1e−tdt=−xΓ(x),qui converge puisque x>0.
Deux des trois objets existent : le théorème s'applique. Le troisième existe donc, et
∫0+∞u(t)v′(t)dt=[uv]0+∞−∫0+∞u′(t)v(t)dt=0+xΓ(x).Or u(t)v′(t)=txe−t, dont l'intégrale sur ]0,+∞[ est précisément Γ(x+1). D'où
Γ(x+1)=xΓ(x)pour tout x>0.Étape 7 : Γ prolonge la factorielle. D'abord
Γ(1)=∫0+∞t0e−tdt=∫0+∞e−tdt=1.Montrons par récurrence que Γ(n+1)=n! pour tout n∈N. C'est vrai pour n=0 puisque Γ(1)=1=0!. Si Γ(n+1)=n! pour un n∈N, alors la relation fonctionnelle appliquée en x=n+1>0 donne
Γ(n+2)=(n+1)Γ(n+1)=(n+1)×n!=(n+1)!.D'où le résultat. En particulier Γ(2)=1, ce qui redonne ∫0+∞te−tdt=1, calculé au début du chapitre.
Étape 8 : le comportement en 0+. La relation fonctionnelle s'écrit aussi
Γ(x)=xΓ(x+1)(x>0).La fonction Γ étant continue en 1 avec Γ(1)=1, on a Γ(x+1)→1 quand x→0+. Par conséquent
Γ(x) ∼ x1(x→0+),et en particulierΓ(x)x→0++∞.Étape 9 : convexité et allure. Pour tout x>0,
Γ′′(x)=∫0+∞(lnt)2tx−1e−tdt.L'intégrande est continu, positif, non identiquement nul sur ]0,+∞[ (il ne s'annule qu'en t=1) : par le théorème de nullité, l'intégrale est strictement positive. Donc Γ′′>0 et Γ est strictement convexe sur ]0,+∞[.
On a de plus Γ(1)=Γ(2)=1. La fonction Γ étant dérivable sur ]0,+∞[, le théorème de Rolle fournit c∈]1,2[ tel que Γ′(c)=0. Comme Γ′ est croissante (car Γ′′>0), on en déduit Γ′⩽0 sur ]0,c] et Γ′⩾0 sur [c,+∞[ : Γ décroît puis croît, et atteint son minimum en c.
Enfin, pour x⩾2, en posant n=⌊x⌋⩾2>c, la croissance de Γ sur [c,+∞[ donne Γ(x)⩾Γ(n)=(n−1)!, et (n−1)!→+∞ quand x→+∞. Donc Γ(x)→+∞ en +∞.
Récapitulatif. Γ est de classe C∞ et strictement convexe sur ]0,+∞[, équivalente à x1 en 0+, tend vers +∞ en +∞, vaut n! en n+1, et admet un unique minimum, situé entre 1 et 2.
Exemple
Une intégrale à paramètre à domination globale. Étudions
F(x)=∫0+∞1+t2e−xtdtpour x∈A=[0,+∞[.Cet exemple contraste avec Γ : ici une dominante globale existe, ce qui simplifie tout.
Domaine et intégrabilité. Pour x⩾0 et t>0, on a 0<e−xt⩽1, donc
1+t2e−xt⩽1+t21=:φ(t),et φ est positive, continue et intégrable sur ]0,+∞[ avec ∫0+∞φ=2π. La fonction F est donc définie sur [0,+∞[, et l'on a d'emblée 0⩽F(x)⩽2π et F(0)=2π.
Continuité. Pour x⩾0, t↦1+t2e−xt est continue sur ]0,+∞[ ; pour t>0, x↦1+t2e−xt est continue sur [0,+∞[ ; et la domination ci-dessus vaut sur A tout entier, donc a fortiori sur tout segment. Le théorème de continuité s'applique : F est continue sur [0,+∞[.
Limite en +∞. Utilisons la version « famille » du théorème de convergence dominée, avec I=]0,+∞[, J=[0,+∞[ et x0=+∞. Pour t>0 fixé, e−xt→0 quand x→+∞, donc 1+t2e−xt→0 : la famille converge simplement vers la fonction nulle, continue par morceaux. La domination par φ vient d'être établie, indépendamment de x. Donc
F(x)x→+∞∫0+∞0dt=0.Moralité. Quand une domination globale existe, on la prend : elle sert à la fois pour la définition, pour la continuité et pour l'étude asymptotique. C'est le cas dès que le paramètre apparaît dans une exponentielle décroissante avec un exposant de signe constant, ou dans une fonction bornée.
Méthodes à retenir
Méthode
Pour montrer qu'une fonction est intégrable sur I. Découper I de sorte que chaque morceau n'ait qu'une seule borne problématique, puis, en chaque borne, chercher un équivalent de ∣f∣ et le comparer à une intégrale de référence : Riemann avec α>1 en +∞, Riemann avec α<1 en une borne finie, exponentielle décroissante.
Le réflexe : la règle en tα, qui évite de chercher un équivalent exact. Si tαf(t) tend vers une limite finie avec α>1, c'est gagné en +∞.
Le piège : oublier une borne, en particulier une borne finie où la fonction explose discrètement (un ln, une racine au dénominateur). Et confondre la référence de +∞ avec celle d'une borne finie : les inégalités sur α sont inverses.
Méthode
Pour montrer qu'une intégrale diverge. Ne jamais invoquer « la fonction ne tend pas vers 0 » : c'est faux pour les intégrales, contrairement aux séries. Il faut minorer par une fonction positive d'intégrale divergente, typiquement tc en +∞ ou t−ac en une borne finie a.
Le réflexe : pour f positive, montrer que x↦∫axf n'est pas majorée. Si tf(t)→ℓ>0 en +∞, la divergence est immédiate.
Le piège : appliquer un équivalent à une fonction qui change de signe. L'hypothèse de signe constant conditionne tous les théorèmes de comparaison.
Méthode
Pour montrer qu'une intégrale converge sans que la fonction soit intégrable. C'est la situation de ∫1+∞tsintdt, et la seule technique au programme est l'intégration par parties guidée : sur le segment [1,x], primitiver la partie oscillante et dériver la partie décroissante, puis montrer que le crochet a une limite finie et que la nouvelle intégrale est absolument convergente.
Le réflexe : ne jamais écrire « donc f est intégrable » à la fin. On a prouvé la convergence de l'intégrale, rien de plus, et c'est justement le contre-exemple à la réciproque.
Le piège : croire qu'un tel résultat autorise ensuite le théorème de convergence dominée ou l'intégration terme à terme. Ces théorèmes exigent l'intégrabilité.
Méthode
Pour calculer une intégrale généralisée. Trois outils, par ordre de coût.
- Primitive : si f est continue et se primitive, écrire ∫abf=[F(t)]ab et étudier les deux limites. C'est aussi une preuve de convergence.
- Changement de variable : φ bijection de classe C1 strictement monotone entre les deux intervalles ouverts. Les deux intégrales sont de même nature, donc on a le droit de transformer avant d'avoir prouvé quoi que ce soit. Les changements qui reviennent : u=t1 (échange les deux bornes), u=t, u=et, t=tanu.
- Intégration par parties : toujours sur un segment d'abord, jamais directement sur l'intervalle ouvert.
Le piège : découper par linéarité une intégrale convergente en deux morceaux divergents.
Méthode
Pour calculer la limite d'une suite d'intégrales. Théorème de convergence dominée, avec les cinq blocs de rédaction : intervalle fixe, continuité par morceaux de chaque fn, convergence simple à t fixé avec la mention « la limite est continue par morceaux », domination par une φ explicite sans n et intégrable, conclusion.
Le réflexe : si le domaine d'intégration dépend de n, le fixer d'abord en multipliant par 1[0,n]. Si la domination résiste, la construire par morceaux (une majoration grossière près de l'origine, une majoration fine à l'infini).
Le piège : une dominante qui dépend de n, ou l'oubli de la continuité par morceaux de la limite. Et le faux ami de la convergence uniforme : sur un intervalle non borné, elle ne suffit pas (bosse glissante).
Méthode
Pour obtenir un équivalent d'un reste ou d'une intégrale partielle. Identifier d'abord la nature de l'intégrale de la fonction de référence : si elle converge, on compare les restes ∫xb ; si elle diverge, on compare les intégrales partielles ∫ax. Puis appliquer le théorème d'intégration des relations de comparaison, la référence devant être de signe constant.
Le réflexe : quand aucun équivalent simple n'apparaît, faire surgir le terme dominant par une intégration par parties, puis montrer que le terme résiduel est un o de l'inconnue. L'équation R(x)=A(x)+o(R(x)) se résout en R∼A. Modèles : ∫x+∞e−t2dt∼2xe−x2 et ∫1xtetdt∼xex.
Le piège : écrire « f∼g donc ∫abf∼∫abg » avec des bornes fixes. Les deux membres seraient des constantes : la phrase n'a aucun sens.
Méthode
Pour justifier une interversion série-intégrale. Regarder d'abord le signe des fn.
- fn positives : la version positive s'applique sans condition supplémentaire, et donne en prime l'équivalence « f intégrable si et seulement si ∑n∫Ifn converge ». C'est le cas le plus confortable.
- fn de signe quelconque : il faut la convergence de ∑n∫I∣fn∣. Calculer explicitement ∫I∣fn∣ et étudier la série obtenue.
Le réflexe : ne pas oublier de vérifier que la somme f est continue par morceaux, ni que chaque fn est intégrable.
Le piège : appliquer la version générale sans avoir vérifié ∑n∫I∣fn∣<+∞. Pour une série alternée, cette somme diverge très souvent.
Méthode
Pour intervertir quand aucun théorème d'intégration terme à terme ne s'applique. Écrire la somme partielle SN=∑n=0Nfn sous forme close (série géométrique le plus souvent), puis choisir l'une des deux voies :
- appliquer le théorème de convergence dominée à la suite (SN), en dominant les sommes partielles grâce à la forme close ;
- isoler le reste et le majorer directement, ce qui fournit en prime une vitesse de convergence.
Le modèle à savoir refaire : ∫011+tdt=∑n⩾0n+1(−1)n=ln2, avec SN(t)=1+t1−(−t)N+1 dominée par 2 sur [0,1[.
Méthode
Pour montrer qu'une intégrale à paramètre est continue. Trois vérifications, et pas une de moins : continuité par morceaux de t↦f(x,t) à x fixé ; continuité de x↦f(x,t) à t fixé ; domination sur tout segment [α,β]⊂A par une φ intégrable indépendante de x.
Le réflexe : commencer la rédaction par « soit [α,β]⊂A un segment », puis majorer en utilisant α et β. Une majoration valable sur A entier est un luxe, pas une norme.
Le piège : chercher une dominante globale et se bloquer. Pour Γ, elle n'existe pas ; sur un segment, tx−1⩽tα−1+tβ−1 règle tout.
Méthode
Pour dériver sous le signe intégrale. Vérifier les quatre hypothèses dans l'ordre : intégrabilité de t↦f(x,t) (souvent déjà établie en déterminant le domaine), caractère C1 de x↦f(x,t), continuité par morceaux de t↦∂x∂f(x,t), domination de ∂x∂f sur tout segment. Conclure par g′(x)=∫I∂x∂f(x,t)dt, et itérer pour Ck ou C∞.
Le réflexe : une fois g′ obtenue, chercher ce que l'énoncé veut en faire — une équation différentielle du premier ordre, un signe, une relation de récurrence.
Le piège : oublier l'intégrabilité de f elle-même. La domination ne porte que sur la dérivée, et ne dit rien de g.
Méthode
Pour étudier le comportement d'une intégrale à paramètre aux bornes de son domaine. Utiliser la version « famille » du théorème de convergence dominée : les hypothèses sont les mêmes, avec « pour tout x∈J » à la place de « pour tout n », et la démonstration passe par la caractérisation séquentielle des limites.
Le réflexe : quand la limite directe donne une forme indéterminée, utiliser d'abord une relation fonctionnelle. C'est ainsi que Γ(x)=xΓ(x+1) livre Γ(x)∼x1 en 0+, sans aucun calcul d'intégrale.
Le piège : appliquer le théorème sans vérifier que la limite simple est continue par morceaux, ou avec une dominante qui dépend encore du paramètre.
Méthode
Pour montrer qu'une fonction continue positive est nulle. Si ∫If=0 avec f continue, positive et intégrable, alors f=0 : c'est le théorème de nullité, et sa démonstration par l'absurde (continuité en un point où f>0, minoration sur un petit segment) doit être sue.
Le réflexe : ce théorème est l'argument de séparation qui fait de f↦∫I∣f∣ une norme sur les fonctions continues intégrables. C'est aussi lui qui donne les inégalités strictes : si f⩽g avec égalité des intégrales, alors f=g.
Le piège : l'appliquer à une fonction seulement continue par morceaux. Une fonction nulle partout sauf en un point est un contre-exemple immédiat.
Les exercices
36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Nature des integrales de reference
Intégrales généralisées : convergence, divergence, intégrales de référence
Chacune des fonctions ci-dessous est continue sur l'intervalle ouvert d'intégration.
1. Déterminer la nature (convergente ou divergente) de chacune des huit intégrales suivantes. On reviendra à chaque fois à la définition, et l'on précisera le critère de référence illustré.
a. ∫1+∞t3/2dt
b. ∫1+∞tdt
c. ∫01tdt
d. ∫01t2dt
e. ∫0+∞e−3tdt
f. ∫0+∞etdt
g. ∫−∞0etdt
h. ∫01lntdt
2. Calculer la valeur de celles qui convergent.
Exercice 2 ★★★★ — Calculs directs par primitive et passage a la limite
Calcul pratique : primitives, relation de Chasles, intégration par parties, changement de variable
1. Pour chacune des six intégrales suivantes, justifier la convergence puis calculer sa valeur. On travaillera systématiquement sur un segment, et l'on ne passera à la limite qu'à la fin.
a. ∫0+∞1+t2dt
b. ∫0+∞te−t2dt
c. ∫011−tdt
d. ∫−∞+∞1+t2dt
e. ∫1+∞t(t+1)dt
f. ∫0+∞t2+2t+2dt
2. À propos de d. Soit f continue sur R. La limite A→+∞lim∫−AAf(t)dt, lorsqu'elle existe, peut-elle servir de définition de ∫−∞+∞f(t)dt ? On justifiera la réponse par un contre-exemple.
3. À propos de e. A-t-on le droit d'écrire
∫1+∞t(t+1)dt=∫1+∞tdt−∫1+∞t+1dt?Exercice 3 ★★★★ — Premiers reflexes d integrabilite par comparaison
Critères de comparaison : majoration, domination, négligeabilité, équivalence
On rappelle qu'une fonction f continue par morceaux sur un intervalle I est dite intégrable sur I lorsque l'intégrale ∫I∣f∣ converge, et que l'on dispose, pour les fonctions de signe constant, des deux théorèmes de comparaison suivants au voisinage d'une borne : si 0⩽f⩽g et si g est intégrable, alors f l'est aussi ; si f et g sont positives et f∼g, alors f est intégrable si et seulement si g l'est.
1. Pour chacune des six fonctions suivantes, dire si elle est intégrable sur l'intervalle indiqué. On repérera d'abord les bornes qui posent problème, puis on conclura borne par borne, par un équivalent ou par une domination.
a. t↦t3+t+11 sur [0,+∞[
b. t↦t2lnt sur [1,+∞[
c. t↦te−t sur ]0,+∞[
d. t↦t21−cost sur ]0,+∞[
e. t↦t(1+t)1 sur ]0,+∞[
f. t↦e−t sur [0,+∞[
2. Reprendre la fonction e. en changeant l'exposant : les fonctions t↦t3/4(1+t)1 et t↦t3/2(1+t)1 sont-elles intégrables sur ]0,+∞[ ?
Exercice 4 ★★★★ — Integrabilite au voisinage d une borne finie
Intégrales généralisées : convergence, divergence, intégrales de référenceCritères de comparaison : majoration, domination, négligeabilité, équivalence
1. Soit α un réel. Démontrer, en revenant à la définition, que l'intégrale ∫01tαdt converge si et seulement si α<1, et donner sa valeur dans ce cas.
2. Soient a<b deux réels. En déduire la nature des intégrales
∫ab(x−a)αdxet∫ab(b−x)αdx,ainsi que leur valeur en cas de convergence.
3. Déterminer la nature de chacune des quatre intégrales suivantes.
a. ∫01lntdt
b. ∫01t(1−t)dt
c. ∫0π/2sintdt
d. ∫01lntdt
4. Pour quelles valeurs du réel α la fonction t↦tα(1+t)1 est-elle intégrable sur ]0,+∞[ ?
Exercice 5 ★★★★ — Changements de variable sur un intervalle ouvert
Calcul pratique : primitives, relation de Chasles, intégration par parties, changement de variable
1. Énoncer le théorème de changement de variable pour une intégrale sur un intervalle ouvert, en précisant les hypothèses portant sur la fonction de substitution.
2. Calculer les intégrales suivantes. À chaque fois, on écrira explicitement la bijection utilisée et l'on vérifiera qu'elle satisfait les hypothèses du théorème.
a. ∫0+∞(1+t)tdt (poser u=t)
b. ∫0+∞e−tdt
c. ∫0+∞et+e−tdt (poser u=et)
d. ∫0+∞1+t2lntdt (poser u=1/t)
Pour d., on commencera par établir que la fonction est intégrable sur ]0,+∞[ : c'est cette étape, et elle seule, qui autorise ensuite à couper l'intégrale en deux puis à recoller les morceaux.
Exercice 6 ★★★★ — Integration par parties et crochet aux bornes
Calcul pratique : primitives, relation de Chasles, intégration par parties, changement de variable
1. Rappeler comment on pratique une intégration par parties sur un intervalle non compact, et ce qu'il faut impérativement vérifier au sujet du crochet.
2. Justifier la convergence puis calculer les intégrales suivantes.
a. ∫0+∞te−tdt
b. ∫0+∞t2e−tdt
c. ∫01lntdt
d. ∫0+∞e−tcostdt
3. Montrer par récurrence que, pour tout entier naturel n, l'intégrale ∫0+∞tne−tdt converge et vaut n!.
Exercice 7 ★★★★ — Premiers pas avec le theoreme de convergence dominee
Théorème de convergence dominée, suites et familles d'intégrales
Dans tout l'exercice, on attend une rédaction qui vérifie explicitement les trois hypothèses du théorème de convergence dominée : régularité des fonctions en jeu, convergence simple avec identification de la fonction limite, domination par une fonction φ écrite noir sur blanc et dont l'intégrabilité est justifiée. C'est exactement ce que sanctionnent les concours.
Déterminer la limite des suites suivantes.
1. un=∫011+t2tndt.
2. vn=∫0+∞e−tcos(nt)dt, pour n⩾1.
3. wn=∫1+∞t2(1+e−nt)dt.
4. Retrouver la limite de (un) sans utiliser le théorème de convergence dominée, par une majoration directe. Commenter.
Exercice 8 ★★★★ — Continuite d une fonction definie par une integrale
Intégrales à paramètre : continuité, dérivabilité, régularité, étude asymptotique
1. Pour x⩾0, on pose G(x)=∫0+∞1+t2e−xtdt.
a. Montrer que G est définie et continue sur [0,+∞[.
b. Calculer G(0).
2. Pour x∈R, on pose H(x)=∫0+∞e−tcos(xt)dt.
a. Montrer que H est définie et continue sur R.
b. Calculer H(x) pour tout réel x, au moyen d'une double intégration par parties sur un segment.
3. On pose enfin K(x)=∫0+∞e−xtdt.
a. Déterminer l'ensemble des réels x pour lesquels K(x) est définie, et donner sa valeur.
b. Montrer qu'il n'existe aucune fonction dominante permettant d'appliquer le théorème de continuité avec une domination valable sur ]0,+∞[ tout entier.
c. Conclure malgré tout à la continuité de K.
Exercice 9 ★★★★ — Integrabilite de fonctions dependant de parametres
Critères de comparaison : majoration, domination, négligeabilité, équivalenceFonctions intégrables, convergence absolue, espace L1, inégalité triangulaire
Toutes les fonctions de cet exercice sont continues et positives sur ]0,+∞[. Pour chacune d'elles, déterminer, en discutant selon les valeurs des paramètres réels, l'ensemble des couples pour lesquels la fonction est intégrable sur ]0,+∞[. On rédigera borne par borne, en découpant l'intervalle en ]0,1] et [1,+∞[.
1. fα,β:t↦(1+t)βtα, avec (α,β)∈R2.
2. gα:t↦tα1−cost, avec α∈R.
3. hα,β:t↦tβln(1+tα), avec α>0 et β∈R.
4. kα,β:t↦tαe−tβ, avec α∈R et β>0.
Exercice 10 ★★★★ — Integrales de fractions rationnelles sur un intervalle non borne
Calcul pratique : primitives, relation de Chasles, intégration par parties, changement de variable
Pour chacune des intégrales suivantes, on justifiera d'abord la convergence, puis on calculera la valeur exacte. On prendra soin, lorsqu'une décomposition en éléments simples fait apparaître plusieurs logarithmes, de les regrouper en un seul AVANT de passer à la limite.
1. ∫−∞+∞t2+2t+5dt
2. ∫1+∞t(t2+1)dt
3. On se propose de calculer ∫0+∞1+t3dt.
a. Factoriser 1+t3 en produit de polynômes irréductibles de R[X], et justifier la convergence de l'intégrale.
b. Décomposer 1+t31 en éléments simples sur R.
c. Déterminer une primitive de t↦1+t31 sur [0,+∞[. On primitivera le terme du second degré en séparant la partie proportionnelle à la dérivée du dénominateur (qui donne un logarithme) de la partie constante (qui donne un Arctan après mise sous forme canonique).
d. Conclure en passant à la limite.
Exercice 11 ★★★★ — Convergente sans etre integrable le cas du sinus cardinal
Intégrales généralisées : convergence, divergence, intégrales de référenceFonctions intégrables, convergence absolue, espace L1, inégalité triangulaire
On considère la fonction f définie sur ]0,+∞[ par
f(t)=tsint.1. Montrer que f se prolonge par continuité en 0, et en déduire que la borne 0 ne pose aucun problème : f est intégrable sur ]0,1].
2. Soit x>1. À l'aide d'une intégration par parties sur le segment [1,x], montrer que ∫1+∞tsintdt converge. En déduire que ∫0+∞tsintdt converge.
3. Montrer que, pour tout entier n⩾1,
∫nπ(n+1)πt∣sint∣dt⩾(n+1)π2.4. En déduire que f n'est PAS intégrable sur ]0,+∞[.
5. Quelle conclusion générale tirer de cet exercice sur les mots « converge » et « intégrable » ? Dans quel cas ces deux notions coïncident-elles ?
Exercice 12 ★★★★ — Une fonction continue positive d integrale nulle est nulle
Fonctions intégrables, convergence absolue, espace L1, inégalité triangulaire
Dans tout l'exercice, I désigne un intervalle de R non réduit à un point.
1. Soit f:I→R continue, positive et intégrable sur I, telle que ∫If(t)dt=0. Démontrer que f est identiquement nulle sur I.
2. Montrer, par un contre-exemple explicite, que l'hypothèse de continuité ne peut pas être remplacée par « continue par morceaux ».
3. Soit f:I→C continue par morceaux et intégrable sur I. Démontrer l'inégalité triangulaire
∫If(t)dt⩽∫I∣f(t)∣dt.4. Soit maintenant f:I→R continue et intégrable. Montrer que l'inégalité précédente est une égalité si et seulement si f garde un signe constant sur I.
5. Application. Soit f:[0,+∞[→R continue et intégrable, telle que
∫0+∞f(t)dt=∫0+∞∣f(t)∣dt.Que peut-on dire de f ?
Exercice 13 ★★★★ — Les integrales de Bertrand
Critères de comparaison : majoration, domination, négligeabilité, équivalence
Soit (α,β)∈R2. On étudie dans cet exercice les intégrales dites de Bertrand, qui mêlent une puissance et un logarithme. Elles ne figurent pas au programme comme résultat de cours : elles doivent être REDÉMONTRÉES à chaque usage, ce que la méthode ci-dessous permet de faire en quelques lignes.
1. Étudier, selon les valeurs de (α,β), la nature de
∫2+∞tα(lnt)βdt.On traitera successivement les cas α>1 (comparer à tγ1 pour un γ bien choisi tel que 1<γ<α), α<1 (comparaison analogue) et α=1 (changement de variable u=lnt).
2. Mener la même étude pour
∫01/2tα∣lnt∣βdt.3. Applications. Déterminer la nature des deux intégrales suivantes.
a. ∫2+∞tlnt(lnlnt)2dt
b. ∫2+∞t3/2lntdt
On sera particulièrement attentif à la borne inférieure dans le cas a.
4. Récapituler le résultat de Bertrand dans un tableau de trois lignes au maximum.
Exercice 14 ★★★★ — La fonction Gamma premieres proprietes
Fonction Gamma d'Euler et intégrales classiques
Pour x∈R, on pose lorsque cela a un sens
Γ(x)=∫0+∞tx−1e−tdt.1. Montrer que cette intégrale converge si et seulement si x>0. La fonction Γ est donc définie exactement sur ]0,+∞[.
2. Établir la relation fonctionnelle
∀x>0,Γ(x+1)=xΓ(x),par une intégration par parties dont on justifiera soigneusement le crochet.
3. Calculer Γ(1), puis en déduire Γ(n+1)=n! pour tout entier naturel n.
4. Montrer que Γ(x)∼x1 quand x→0+ (on admettra à ce stade la continuité de Γ en 1, qui sera établie plus loin dans la fiche par le théorème de continuité des intégrales à paramètre). En déduire x→0+limΓ(x)=+∞.
5. On admet ici le résultat ∫0+∞e−u2du=2π (intégrale de Gauss, démontrée plus loin dans la fiche). Calculer Γ(21) à l'aide du changement de variable t=u2, puis Γ(23) et Γ(25).
Exercice 15 ★★★★ — Convergence dominee limites de suites d integrales
Théorème de convergence dominée, suites et familles d'intégrales
Déterminer la limite de chacune des suites suivantes. À chaque fois, on rédigera COMPLÈTEMENT les trois hypothèses du théorème de convergence dominée : continuité par morceaux de chaque fonction fn sur l'intervalle d'intégration, convergence simple vers une fonction continue par morceaux, et domination ∣fn∣⩽φ par une fonction φ positive intégrable indépendante de n.
1. un=∫0+∞n+tne−tdt
2. vn=∫0+∞1+t2e−t/ndt
3. wn=∫01nln(1+nt)tdt
4. xn=∫0+∞t(1+t2)sin(t/n)dt
5. Une question de vigilance. On pose yn=∫0+∞ne−ntdt. Calculer yn, puis déterminer la limite simple sur ]0,+∞[ de la suite de fonctions t↦ne−nt. Constater que n→+∞limyn n'est pas l'intégrale de la limite simple, et identifier laquelle des trois hypothèses est en défaut, en le démontrant.
Exercice 16 ★★★★ — Convergence dominee sur un domaine qui s etend
Théorème de convergence dominée, suites et familles d'intégrales
Le théorème de convergence dominée porte sur des fonctions définies sur un intervalle FIXE. Quand le domaine d'intégration dépend de n, on s'y ramène en multipliant par la fonction indicatrice
1[0,n](t)={10si 0⩽t⩽n,si t>n,qui est continue par morceaux sur ]0,+∞[ : on intègre alors sur ]0,+∞[ pour tout n, et la domination doit être valable sur cet intervalle tout entier.
1. Démontrer que
∀n⩾1, ∀t∈[0,n],(1−nt)n⩽e−t.On pourra passer au logarithme et utiliser l'inégalité ln(1−u)⩽−u.
2. En déduire n→+∞lim∫0n(1−nt)ndt.
3. Par la même méthode, déterminer n→+∞lim∫0n(1−nt)nt2dt.
4. Calculer n→+∞lim∫0n1+t2dt et expliquer pourquoi le théorème de convergence dominée n'était pas nécessaire dans ce dernier cas.
Exercice 17 ★★★★ — Integration terme a terme d une serie a termes positifs
Intégration terme à terme d'une série de fonctions
Dans tout l'exercice, on admet le résultat classique
n⩾1∑n21=6π2.1. On s'intéresse à ∫01t−1lntdt.
a. Montrer que cette intégrale converge.
b. Calculer, pour tout entier naturel n, l'intégrale ∫01(−tnlnt)dt.
c. En intégrant terme à terme le développement 1−t1=n⩾0∑tn, montrer que ∫01t−1lntdt=6π2. On vérifiera explicitement les hypothèses de la version « série de fonctions positives » du théorème.
2. Montrer de même que ∫011+t−lntdt=12π2. On prendra garde au fait que la série obtenue n'est plus à termes positifs : c'est la version n∑∫I∣fn∣<+∞ du théorème qu'il faut invoquer.
3. Montrer que ∫0+∞et−1dt diverge, et expliquer ce que devient, dans ce cas, la tentative d'intégration terme à terme.
Exercice 18 ★★★★ — Derivation sous le signe integrale
Intégrales à paramètre : continuité, dérivabilité, régularité, étude asymptotique
1. On pose Φ(x)=∫0+∞e−xt2dt.
a. Montrer que Φ est définie exactement sur ]0,+∞[.
b. Montrer que Φ est de classe C1 sur ]0,+∞[ et exprimer Φ′(x) sous forme d'une intégrale.
c. À l'aide d'une intégration par parties menée sur cette intégrale (et non par un calcul explicite de Φ), établir
∀x>0,Φ′(x)=−2x1Φ(x).d. En déduire qu'il existe une constante C telle que Φ(x)=xC pour tout x>0, puis déterminer C sachant que ∫0+∞e−u2du=2π (résultat admis ici).
2. On pose F(x)=∫0+∞1+t2e−xtdt. Montrer que F est de classe C2 sur ]0,+∞[ (la domination sur tout segment sera écrite complètement) et qu'elle vérifie
∀x>0,F′′(x)+F(x)=x1.3. Déterminer x→+∞limF(x), puis un équivalent de F(x) quand x→+∞ (on posera u=xt et l'on utilisera le théorème de convergence dominée).
Exercice 19 ★★★★ — La transformee de Laplace d une fonction bornee
Intégrales à paramètre : continuité, dérivabilité, régularité, étude asymptotique
Soit f:[0,+∞[→R continue par morceaux et bornée. On pose M=supt⩾0∣f(t)∣, puis, lorsque l'intégrale converge,
L(x)=∫0+∞f(t)e−xtdt.1. Montrer que L est définie sur ]0,+∞[.
2. Montrer que L est continue sur ]0,+∞[.
3. Montrer que L est de classe C∞ sur ]0,+∞[ et exprimer L(k)(x) sous forme intégrale.
4. Montrer que L(x)x→+∞0, puis, en supposant de plus f continue en 0, que xL(x)x→+∞f(0).
5. Calculer L dans les trois cas suivants, et vérifier à chaque fois le résultat de la question 4 : f=1 ; f:t↦cost ; f:t↦e−t.
6. On suppose f continue et L identiquement nulle sur ]0,+∞[. Peut-on en déduire que f est la fonction nulle ?
Exercice 20 ★★★★ — Sommer une serie grace a une integrale
Intégration terme à terme d'une série de fonctions
1. Montrer que la série n⩾0∑3n+1(−1)n converge.
2. Montrer que
∫011+t3dt=n=0∑+∞3n+1(−1)n.On commencera par vérifier qu'aucun des deux théorèmes d'intégration terme à terme ne s'applique ici, puis on raisonnera sur les sommes partielles.
3. Calculer explicitement ∫011+t3dt par décomposition en éléments simples, et en déduire la valeur de la somme précédente.
4. Reprendre la méthode pour établir la formule de Leibniz :
n=0∑+∞2n+1(−1)n=4π.Exercice 21 ★★★★ — Une fonction integrable ne tend pas necessairement vers zero
Fonctions intégrables, convergence absolue, espace L1, inégalité triangulaireIntégrales généralisées : convergence, divergence, intégrales de référence
1. Soit f continue et intégrable sur [0,+∞[, à valeurs réelles, admettant une limite ℓ en +∞. Montrer que ℓ=0.
2. Construire une fonction f continue, positive et intégrable sur [0,+∞[ qui ne tend pas vers 0 en +∞, et qui n'est même pas bornée. On décrira précisément une fonction formée de pics triangulaires, le pic centré en l'entier n ayant pour hauteur n et pour largeur n31 ; on calculera ∫0+∞f et l'on justifiera sa convergence.
3. Montrer en revanche que si f est intégrable sur [0,+∞[ et uniformément continue, alors f tend vers 0 en +∞.
4. Montrer que si f est intégrable sur [0,+∞[, de classe C1, et si f′ est elle aussi intégrable, alors f tend vers 0 en +∞.
Exercice 22 ★★★★ — Integration des relations de comparaison le cas des restes
Intégration des relations de comparaison : restes et intégrales partielles
1. Énoncer précisément le théorème d'intégration des relations de comparaison dans le cas convergent (comparaison des restes), puis démontrer le cas de la négligeabilité : si f=o(g) au voisinage de +∞, avec g positive et intégrable sur [a,+∞[, alors
∫x+∞f=o(∫x+∞g)(x→+∞).2. Déterminer un équivalent de ∫x+∞1+t4dt quand x→+∞.
3. Déterminer un équivalent de ∫x+∞t3lntdt quand x→+∞, et vérifier le résultat par un calcul explicite de cette intégrale.
4. Déterminer un équivalent de ∫x+∞t21+tdt quand x→+∞.
5. Montrer sur un exemple que l'énoncé du théorème tombe en défaut si la fonction de référence n'est pas de signe constant.
Exercice 23 ★★★★ — Integration des relations de comparaison le cas divergent
Intégration des relations de comparaison : restes et intégrales partielles
1. Énoncer le théorème d'intégration des relations de comparaison dans le cas divergent (comparaison des intégrales partielles), puis démontrer le cas de l'équivalence : si f∼g au voisinage de +∞, avec g positive sur [a,+∞[ et ∫a+∞g divergente, alors
∫axf∼∫axg(x→+∞).2. Montrer que ∫1xtetdt∼xex quand x→+∞.
3. Montrer que ∫0xet2dt∼2xex2 quand x→+∞.
4. Déterminer un équivalent de ∫1xt(1+lnt)dt quand x→+∞.
5. Expliquer, sur un exemple, pourquoi l'on ne peut pas passer de f(t)∼g(t) à ∫axf∼∫axg lorsque g change de signe une infinité de fois.
Exercice 24 ★★★★ — Developpement asymptotique du reste de l integrale de Gauss
Intégration des relations de comparaison : restes et intégrales partiellesCalcul pratique : primitives, relation de Chasles, intégration par parties, changement de variable
Pour x>0, on pose
R(x)=∫x+∞e−t2dt.1. Justifier l'existence de R(x) et montrer que R(x)→0 quand x→+∞.
2. En écrivant e−t2=2t1×2te−t2, montrer par une intégration par parties que
R(x)=2xe−x2−∫x+∞2t2e−t2dt.3. En déduire que R(x)∼2xe−x2 quand x→+∞.
4. Itérer le procédé pour obtenir un développement asymptotique de R(x) à trois termes.
5. Que se passe-t-il si l'on itère indéfiniment ? La série ainsi obtenue converge-t-elle ?
Exercice 25 ★★★★ — L integrale de Gauss par une integrale a parametre
Intégrales à paramètre : continuité, dérivabilité, régularité, étude asymptotique
Pour x⩾0, on pose
F(x)=(∫0xe−t2dt)2etG(x)=∫011+t2e−x2(1+t2)dt.1. Montrer que ∫0+∞e−t2dt converge.
2. Montrer que G est de classe C1 sur R et calculer G′(x).
3. Montrer que F′(x)=−G′(x) pour tout x⩾0.
4. En déduire que F+G est constante sur [0,+∞[ et calculer cette constante.
5. Déterminer x→+∞limG(x) par convergence dominée, et conclure que
∫0+∞e−t2dt=2π.Exercice 26 ★★★★ — La fonction Gamma est de classe C infini
Intégrales à paramètre : continuité, dérivabilité, régularité, étude asymptotiqueFonction Gamma d'Euler et intégrales classiques
On rappelle la définition de la fonction Gamma d'Euler :
Γ(x)=∫0+∞tx−1e−tdt.1. Montrer que Γ est définie et continue sur ]0,+∞[.
2. Montrer que Γ est de classe C∞ sur ]0,+∞[ et que, pour tout k∈N,
Γ(k)(x)=∫0+∞(lnt)ktx−1e−tdt.3. En déduire que Γ est convexe sur ]0,+∞[.
4. Montrer que Γ′(x)2⩽Γ(x)Γ′′(x) pour tout x>0, et en déduire que lnΓ est convexe sur ]0,+∞[.
5. Déterminer les limites de Γ en 0+ et en +∞, montrer que Γ admet un unique minimum sur ]0,+∞[, situer le point où il est atteint entre 1 et 2, et décrire les variations de Γ.
Exercice 27 ★★★★ — L integrale de Dirichlet
Intégrales à paramètre : continuité, dérivabilité, régularité, étude asymptotiqueIntégrales généralisées : convergence, divergence, intégrales de référence
Pour x⩾0, on pose
F(x)=∫0+∞e−xttsintdt.1. Montrer que F(x) est bien définie pour tout x⩾0. On distinguera soigneusement le cas x>0, où la fonction intégrée est intégrable, du cas x=0, où l'intégrale converge sans que la fonction soit intégrable.
2. Montrer que F est de classe C1 sur ]0,+∞[ et que F′(x)=−1+x21.
3. En déduire l'expression de F sur ]0,+∞[, en déterminant la constante d'intégration à l'aide de limx→+∞F(x).
4. Montrer que F est continue en 0. On prendra garde : la domination ne fonctionne pas ici, il faut couper l'intégrale en ∫0A+∫A+∞ et majorer le second morceau uniformément en x par une intégration par parties.
5. En déduire la valeur de ∫0+∞tsintdt.
Exercice 28 ★★★★ — Les integrales de Frullani
Calcul pratique : primitives, relation de Chasles, intégration par parties, changement de variableIntégrales à paramètre : continuité, dérivabilité, régularité, étude asymptotique
Soient a et b deux réels tels que 0<a<b. On s'intéresse à l'intégrale
∫0+∞te−at−e−btdt.1. Montrer que cette intégrale converge. On étudiera séparément les deux bornes : en 0, on montrera que la fonction se prolonge par continuité ; en +∞, on montrera qu'elle est intégrable.
2. Soient 0<ε<X. Exprimer ∫εXte−at−e−btdt à l'aide de ∫aεaXue−udu et de ∫bεbXue−udu au moyen de deux changements de variable. En supposant de plus bε⩽aX, se ramener par la relation de Chasles à
∫εXte−at−e−btdt=∫aεbεue−udu−∫aXbXue−udu.3. Déterminer la limite de chacun de ces deux morceaux (on encadrera e−u sur l'intervalle d'intégration) et en déduire la valeur de l'intégrale.
4. Retrouver ce résultat par une intégrale à paramètre. Pour x>0, on pose
I(x)=∫0+∞te−at−e−xtdt.a. Justifier que I est bien définie sur ]0,+∞[.
b. Montrer que I est de classe C1 sur ]0,+∞[ et que I′(x)=x1.
c. En déduire une expression de I(x), puis retrouver la valeur trouvée à la question 3.
5. Application : calculer ∫0+∞te−2t−e−5tdt.
Exercice 29 ★★★★ — Fonction Gamma fonction zeta et integration terme a terme
Intégration terme à terme d'une série de fonctionsFonction Gamma d'Euler et intégrales classiques
Pour s>1, on note ζ(s)=n⩾1∑ns1 (série de Riemann convergente) et l'on rappelle la définition de la fonction Gamma d'Euler :
Γ(s)=∫0+∞ts−1e−tdt.1. Soit s∈R. Montrer que la fonction t↦et−1ts−1 est intégrable sur ]0,+∞[ si et seulement si s>1. On utilisera un équivalent en 0+ et une domination en +∞.
2. Montrer que, pour tout t>0,
et−11=n⩾1∑e−nt.3. Soit s>1. Justifier l'intégration terme à terme dans la version « série de fonctions positives », puis calculer ∫0+∞ts−1e−ntdt à l'aide du changement de variable u=nt.
4. En déduire que, pour tout s>1,
∫0+∞et−1ts−1dt=Γ(s)ζ(s).5. Application numérique. Sachant que ζ(2)=6π2 et ζ(4)=90π4, calculer
∫0+∞et−1tdtet∫0+∞et−1t3dt.6. Variante avec un signe +. Établir de même, pour s>1,
∫0+∞et+1ts−1dt=(1−21−s)Γ(s)ζ(s).On précisera quel théorème d'interversion s'applique ici et pourquoi ce n'est plus le même qu'à la question 3.
Exercice 30 ★★★★ — Une integrale egale a une serie le reve de l etudiant
Intégration terme à terme d'une série de fonctions
Pour t∈]0,1], on pose tt=etlnt et t−t=e−tlnt. On se propose d'établir les deux identités
∫01ttdt=n⩾1∑nn1et∫01ttdt=n⩾1∑nn(−1)n+1,que la tradition anglo-saxonne appelle le « rêve de l'étudiant » : une intégrale et une série qui se ressemblent, et qui sont pourtant réellement égales.
1. Montrer que t↦t−t se prolonge par continuité en 0, et en déduire que ∫01t−tdt a un sens. Est-ce une intégrale généralisée ?
2. Écrire t−t comme somme d'une série de fonctions de n et t, et vérifier que chaque terme est positif sur ]0,1[.
3. Soit n∈N. Calculer ∫01(−tlnt)ndt. On posera t=e−v pour se ramener à une intégrale de la fonction Gamma. C'est le cœur de l'exercice : le calcul doit être mené en détail.
4. Justifier l'intégration terme à terme et conclure sur la première identité.
5. Établir de la même façon la seconde identité ∫01ttdt=n⩾1∑nn(−1)n+1. On précisera quelle version du théorème d'interversion s'applique, la série n'étant plus à termes positifs.
6. Donner une valeur approchée à 10−4 près de chacune des deux intégrales, en majorant le reste de la série.
Exercice 31 ★★★★ — Une integrale a parametre solution d une equation differentielle
Intégrales à paramètre : continuité, dérivabilité, régularité, étude asymptotique
Pour x∈R, on pose
F(x)=∫0+∞e−t2cos(xt)dt.On admet la valeur de l'intégrale de Gauss : F(0)=∫0+∞e−t2dt=2π.
1. Montrer que F est définie et continue sur R.
2. Montrer que F est de classe C1 sur R et exprimer F′(x) sous forme intégrale.
3. À l'aide d'une intégration par parties menée sur F′(x), établir que
∀x∈R,2F′(x)+xF(x)=0.4. Résoudre cette équation différentielle et en déduire une expression explicite de F(x).
5. En déduire la valeur de ∫0+∞e−t2cos(2t)dt.
6. Question de vigilance. Montrer que F est en réalité de classe C∞ sur R, et écrire F(k)(x) sous forme intégrale pour tout k∈N.
Exercice 32 ★★★★ — Le lemme de Riemann Lebesgue
Intégrales généralisées : convergence, divergence, intégrales de référenceThéorème de convergence dominée, suites et familles d'intégrales
Le lemme de Riemann-Lebesgue affirme que les oscillations de plus en plus rapides de sin(λt) finissent par se compenser : l'intégrale ∫f(t)sin(λt)dt tend vers 0 quand λ→+∞. On le démontre ici par étapes, en partant du cas le plus régulier et en élargissant progressivement la classe de fonctions.
Dans tout l'exercice, [a,b] désigne un segment de R avec a<b, et λ un réel strictement positif.
1. Soit f de classe C1 sur [a,b]. Montrer, à l'aide d'une intégration par parties, que
∫abf(t)sin(λt)dtλ→+∞0,en exhibant une majoration EXPLICITE de la forme λC, où l'on précisera C.
2. Soit f une fonction en escalier sur [a,b]. Montrer, par un calcul direct sur chaque marche, que la même conclusion vaut.
3. Soit f continue par morceaux sur [a,b]. On admet le résultat de première année suivant : pour tout ε>0, il existe une fonction en escalier φ sur [a,b] telle que ∫ab∣f−φ∣⩽ε. En déduire que ∫abf(t)sin(λt)dt→0 quand λ→+∞.
4. Extension à un intervalle non borné. Soit f continue par morceaux et INTÉGRABLE sur ]0,+∞[. Montrer que
∫0+∞f(t)sin(λt)dtλ→+∞0.On découpera l'intégrale en trois morceaux ∫0η, ∫ηA et ∫A+∞.
5. Applications. Déterminer
a. n→+∞lim∫011+tsin(nt)dt ;
b. n→+∞lim∫0+∞e−tsin(nt)dt, que l'on calculera aussi explicitement pour vérifier.
6. Question de vigilance. Pourquoi le théorème de convergence dominée ne permet-il pas de traiter la question 5. a ?
Exercice 33 ★★★★ — Etude complete d une integrale a parametre
Intégrales à paramètre : continuité, dérivabilité, régularité, étude asymptotiqueCalcul pratique : primitives, relation de Chasles, intégration par parties, changement de variable
Pour x⩾0, on pose
F(x)=∫0+∞t(1+t2)Arctan(xt)dt.1. Montrer que F est définie sur [0,+∞[. On étudiera séparément les deux bornes.
2. Montrer que F est continue sur [0,+∞[.
3. Montrer que F est de classe C1 sur ]0,+∞[ et que
F′(x)=∫0+∞(1+x2t2)(1+t2)dt.4. Soit x>0 avec x=1. Établir la décomposition
(1+x2t2)(1+t2)1=1−x21(1+t21−1+x2t2x2),puis en déduire que F′(x)=2(1+x)π. Que se passe-t-il en x=1 ?
5. En déduire une expression explicite de F(x) pour tout x⩾0.
6. Déterminer un équivalent de F(x) quand x→0+ puis quand x→+∞, et vérifier la cohérence de chacun avec les majorations obtenues à la question 1.
Exercice 34 ★★★★ — Un developpement asymptotique du logarithme integral
Intégration des relations de comparaison : restes et intégrales partielles
Pour x>2, on pose
li(x)=∫2xlntdt.Cette fonction est appelée logarithme intégral. La borne inférieure 2 n'a rien de canonique : elle sert seulement à éviter le point t=1, où lnt s'annule. Plus généralement, on notera dans tout l'exercice, pour k⩾1,
Jk(x)=∫2x(lnt)kdt,de sorte que li=J1.1. Montrer que li(x)→+∞ quand x→+∞.
2. Un lemme, une fois pour toutes. Soit k⩾1. En comparant t↦(lnt)k1 à la dérivée de t↦(lnt)kt, montrer, à l'aide du théorème d'intégration des relations de comparaison dans le cas divergent, que
Jk(x)x→+∞∼(lnx)kx.En déduire en particulier que li(x)∼lnxx.
3. Établir, pour k⩾1, la relation d'intégration par parties
Jk(x)=(lnx)kx−(ln2)k2+kJk+1(x),puis en déduire le développement asymptotique
li(x)=lnxx+(lnx)2x+(lnx)32x+o((lnx)3x).Interpréter les coefficients 1, 1, 2 et donner le terme suivant.
4. Montrer que li(x)−lnxx→+∞, et préciser un équivalent de cette différence.
5. Réinvestissement de la méthode.
a. Vérifier que ∫2x(lnt)2dt=o(li(x)) quand x→+∞.
b. Par la même méthode, donner un développement asymptotique à deux termes de ∫2xtetdt quand x→+∞.
Exercice 35 ★★★★ — L integrale du carre du sinus cardinal
Calcul pratique : primitives, relation de Chasles, intégration par parties, changement de variableIntégrales à paramètre : continuité, dérivabilité, régularité, étude asymptotique
On admet le résultat établi dans l'exercice sur l'intégrale de Dirichlet :
∫0+∞tsintdt=2π.On note L=∫0+∞(tsint)2dt, dont on va montrer de deux façons indépendantes qu'elle vaut elle aussi 2π.
1. Montrer que t↦(tsint)2 est INTÉGRABLE sur ]0,+∞[. Montrer en revanche que t↦tsint ne l'est pas, bien que son intégrale converge : on minorera ∫nπ(n+1)πt∣sint∣dt.
2. Soient 0<ε<X. En intégrant par parties sur [ε,X] avec u(t)=sin2t et v′(t)=t21, montrer que
∫0+∞t2sin2tdt=∫0+∞tsin(2t)dt.3. En déduire, par le changement de variable u=2t, la valeur de L.
4. Seconde méthode, par une intégrale à paramètre. Pour x⩾0, on pose
G(x)=∫0+∞e−xtt2sin2tdt.a. Montrer que G est définie et continue sur [0,+∞[, que G(0)=L, et que G(x)→0 quand x→+∞.
b. Montrer que G est de classe C2 sur ]0,+∞[ et que G′′(x)=∫0+∞e−xtsin2tdt.
c. Calculer explicitement G′′(x) pour x>0.
d. Intégrer deux fois, en déterminant chacune des deux constantes par un passage à la limite en +∞, puis retrouver la valeur de L en faisant tendre x vers 0+.
Exercice 36 ★★★★ — La formule de Gauss pour la fonction Gamma
Théorème de convergence dominée, suites et familles d'intégralesFonction Gamma d'Euler et intégrales classiques
Soit x>0. On rappelle que Γ(x)=∫0+∞tx−1e−tdt, intégrale convergente pour tout x>0. Pour n⩾1, on pose
In(x)=∫0n(1−nt)ntx−1dt.L'idée est que (1−nt)n « approche » e−t tout en étant un simple polynôme, ce qui rend In(x) calculable exactement.
1. Montrer que In(x) est bien définie.
2. Montrer que
∀t∈[0,n],0⩽(1−nt)n⩽e−t,et que, pour tout t⩾0 fixé, (1−nt)n→e−t quand n→+∞.
3. On pose, pour t>0,
fn(t)=(1−nt)ntx−11[0,n](t).Démontrer, par le théorème de convergence dominée, que In(x)→Γ(x) quand n→+∞.
4. Calculer In(x) explicitement. On posera t=nu, puis on établira par récurrence, à l'aide d'intégrations par parties successives, que
In(x)=x(x+1)⋯(x+n)nxn!.5. En déduire la formule de Gauss :
Γ(x)=n→+∞limx(x+1)⋯(x+n)nxn!.6. Applications.
a. Retrouver, à partir de la seule formule de Gauss, l'équation fonctionnelle Γ(x+1)=xΓ(x), en étudiant le quotient In(x)In(x+1).
b. On note (2n)!!=2×4×⋯×(2n) et (2n−1)!!=1×3×⋯×(2n−1), avec la convention (−1)!!=1. En admettant la formule de Wallis
2π=n→+∞lim2n+11((2n−1)!!(2n)!!)2,retrouver Γ(21)=π.
Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (4 points) — Une famille d'intégrales et son comportement asymptotique
Pour tout entier n⩾1, on pose
Wn=∫0+∞(1+t2)ndt.1. (0,5 pt) Démontrer que Wn est bien définie pour tout n⩾1, et calculer W1.
2. (0,5 pt) Démontrer que la suite (Wn)n⩾1 est décroissante et minorée par 0, donc convergente.
3. (1 pt) Au moyen d'une intégration par parties menée sur un segment [0,A] puis d'un passage à la limite A→+∞ (on intégrera la fonction constante 1 et l'on dérivera t⟼(1+t2)−n), établir que
∀n⩾1,Wn+1=2n2n−1Wn.4. (1 pt) En déduire une expression explicite de Wn à l'aide d'un coefficient binomial, puis, à l'aide de la formule de Stirling, démontrer que
Wnn→+∞∼21nπ.5. (1 pt) Retrouver cet équivalent par une méthode entièrement différente : effectuer le changement de variable t=nu, puis appliquer le théorème de convergence dominée à la suite de fonctions obtenue. On admettra la valeur de l'intégrale de Gauss :
∫0+∞e−u2du=2π.Exercice 2 (4 points) — Une interversion série-intégrale qui résiste
Pour x>0, on pose
S(x)=∫011+ttx−1dt,et, pour n∈N, on note fn la fonction définie sur ]0,1[ par fn(t)=(−1)ntn+x−1.
1. (0,5 pt) Démontrer que S(x) est bien définie pour tout x>0.
2. (0,75 pt) Démontrer que, pour tout t∈]0,1[, la série ∑n⩾0fn(t) converge et a pour somme 1+ttx−1. Démontrer ensuite que la série numérique
n⩾0∑∫01fn(t)dtdiverge, et en conclure qu'aucun des deux théorèmes d'intégration terme à terme du cours ne s'applique ici.
3. (1,5 pt) Établir malgré tout l'égalité
S(x)=n⩾0∑n+x(−1)nen travaillant sur les sommes partielles : on partira de l'identité
n=0∑N(−1)ntn=1+t1−(−1)N+1tN+1,que l'on justifiera, avant d'intégrer et de majorer le reste au moyen de ∫011+ttN+xdt⩽N+x+11.
4. (0,25 pt) En déduire la valeur de n⩾0∑n+1(−1)n.
5. (1 pt) Démontrer que S est continue sur ]0,+∞[, puis déterminer un équivalent de S(x) lorsque x→0+.
Exercice 3 (4 points) — Une intégrale à paramètre qui cache un logarithme
Pour x>−1, on pose
F(x)=∫01lnttx−1dt,et l'on note gx la fonction définie sur ]0,1[ par gx(t)=lnttx−1.
1. (1 pt) Démontrer que, pour tout x>−1, la fonction gx est continue sur ]0,1[, qu'elle se prolonge par continuité en 1 (on précisera la valeur du prolongement) et qu'elle est intégrable sur ]0,1[. En déduire que F(x) est bien définie.
2. (1 pt) Démontrer que F est de classe C1 sur ]−1,+∞[ et que
∀x>−1,F′(x)=x+11.3. (0,5 pt) En déduire que F(x)=ln(1+x) pour tout x>−1.
4. (0,5 pt) Application. Calculer ∫01lntt3−t2dt.
5. (1 pt) Retrouver le résultat de la question 3, pour x∈]−1,1[, par une intégration terme à terme : on développera tx=exlnt en série, on établira au préalable que
∀m∈N,∫01(lnt)mdt=(−1)mm!,et l'on justifiera soigneusement l'interversion. On expliquera pourquoi cette méthode ne donne le résultat que sur ]−1,1[.
Exercice 4 (4 points) — Le poids d'un facteur qui se concentre au bord
Soit f une fonction continue sur [0,1] à valeurs réelles. Pour n⩾1, on pose
un=n∫01tnf(t)dt.1. (0,5 pt) Traiter d'abord le cas de la fonction constante f=1 : calculer un explicitement, puis sa limite.
2. (0,75 pt) Dans le cas général, démontrer, au moyen du changement de variable t=u1/n, que
un=∫01u1/nf(u1/n)du.3. (1 pt) En déduire, par le théorème de convergence dominée, que un⟶f(1).
4. (1,25 pt) Application. On pose In=∫011+ttndt.
a. Déterminer n→+∞limnIn, puis un équivalent simple de In.
b. Au moyen d'une intégration par parties, établir que
In=2(n+1)1+n+11∫01(1+t)2tn+1dt,puis, en appliquant de nouveau la question 3 à une fonction bien choisie, obtenir le développement asymptotique à deux termes
In=2n1−4n21+o(n21).5. (0,5 pt) Contre-exemple. La conclusion de la question 3 subsiste-t-elle si l'on suppose seulement f continue par morceaux sur [0,1] ? Justifier, et identifier précisément l'étape de la démonstration qui tombe en défaut.
Exercice 5 (4 points) — La fonction exponentielle intégrale
Pour x>0, on pose
E(x)=∫x+∞te−tdt.1. (0,75 pt) Démontrer que E est bien définie sur ]0,+∞[, qu'elle y est de classe C1, et calculer E′(x). On remarquera que le théorème de dérivation sous le signe intégrale est inutile ici : le paramètre est une borne, une primitive suffit — on le justifiera.
2. (0,5 pt) Démontrer que E est strictement décroissante, strictement positive, et de limite nulle en +∞.
3. (1,25 pt) Démontrer que E(x)∼xe−x quand x→+∞, puis, par une seconde intégration par parties, établir le développement asymptotique
E(x)=xe−x(1−x1+o(x1))(x→+∞).4. (1 pt) Comportement en 0+. Démontrer que E(x)+lnx admet une limite finie quand x→0+. On écrira E(x)=∫x1te−tdt+E(1), puis te−t=t1+te−t−1, en démontrant que la seconde fonction est intégrable sur ]0,1]. En déduire que E(x)∼−lnx quand x→0+.
5. (0,5 pt) Dresser le tableau de variations complet de E sur ]0,+∞[, en y faisant figurer les deux comportements aux bornes, et décrire l'allure de la courbe (asymptotes, nature des branches).
Bloqué sur « Intégration sur un intervalle quelconque » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.