MP · Chapitre 10

Devoir surveillé — Équations différentielles linéaires

Sujet type, 210 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.

Sujet type DS — 210 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Cinq assertions à trancher

Les cinq exercices de ce devoir sont indépendants et peuvent être traités dans n'importe quel ordre. La clarté et la rigueur de la rédaction sont prises en compte dans la notation : un résultat exact mais mal justifié ne vaut pas un résultat démontré. Les calculatrices ne sont pas autorisées.

Pour chacune des cinq assertions ci-dessous, dire si elle est vraie ou fausse. Si elle est vraie, la démontrer ; si elle est fausse, la réfuter par un contre-exemple entièrement explicité (matrice, solutions, intervalle, calculs conduits jusqu'au bout). Une réponse sans justification ne rapporte aucun point.

1. (0,6 pt) Soit AMn(R). Si toute solution de X=AX est bornée sur R+, alors toute solution de X=AX est bornée sur R.

2. (0,6 pt) Soient I un intervalle non réduit à un point, A:IMn(R) continue, et X et Y deux solutions sur I de X=A(t)X. S'il existe t0I tel que la famille (X(t0),Y(t0)) soit liée, alors la famille (X(t),Y(t)) est liée pour tout tI.

3. (0,6 pt) Il existe une matrice AM2(R) telle que

exp(A)=(1002).

4. (0,6 pt) Soient I un intervalle non réduit à un point et f:IR une fonction de classe C2 qui ne s'annule en aucun point de I. Alors il existe une fonction q continue sur I telle que f soit solution sur I de y+q(t)y=0.

5. (0,6 pt) Soient A et B dans Mn(R) telles que exp(tA)=exp(tB) pour tout tR. Alors A=B.

Exercice 2 (3,5 points) — Un système à valeurs propres complexes

On considère la matrice

A=(1511)

et le système différentiel (S):X=AX, d'inconnue X=t(x,y) fonction de R dans R2.

1. (0,5 pt) Calculer le polynôme caractéristique de A et déterminer son spectre. La matrice A est-elle diagonalisable dans M2(R) ? dans M2(C) ?

2. (1 pt) Déterminer un vecteur propre de A associé à la valeur propre 2i, en déduire une solution complexe de (S), puis, en séparant partie réelle et partie imaginaire, un système fondamental de solutions réelles (X1,X2). On vérifiera qu'il s'agit bien d'un système fondamental.

3. (0,5 pt) Résoudre le problème de Cauchy formé par (S) et la condition initiale X(0)=t(5,3), puis vérifier le résultat obtenu.

4. (0,5 pt) Montrer que toute solution de (S) est périodique, préciser une période, et en déduire que toute solution est bornée sur R. Relier ces deux propriétés au spectre de A.

5. (1 pt) On cherche une forme quadratique Q(x,y)=αx2+βxy+γy2 non nulle qui soit constante le long de toute solution de (S).

a. Déterminer toutes les formes qui conviennent.

b. Montrer que celle obtenue pour α=1 est définie positive et en déduire, sans résoudre le système, que toute solution de (S) est bornée et que la trajectoire d'une solution non nulle est incluse dans une ellipse centrée à l'origine.

c. Contrôler ce résultat sur la solution obtenue à la question 3.

Exercice 3 (3 points) — Une équation redressée par un changement de variable

On étudie sur l'intervalle I=]π2,π2[ l'équation différentielle

(E):y+(tant)y+(cos2t)y=0.

1. (0,5 pt) Justifier que (E) est une équation linéaire scalaire du second ordre résolue à coefficients continus sur I, et préciser la dimension de son espace de solutions S. Expliquer pourquoi on ne travaille pas sur R tout entier.

2. (1 pt) On pose u=sint. Justifier que φ=sin réalise un C-difféomorphisme de I sur J=]1,1[, puis que l'application zzφ est une bijection de C2(J,R) sur C2(I,R). Montrer qu'une fonction y de classe C2 sur I est solution de (E) si et seulement si la fonction z=yφ1 est solution sur J de

(F):z+z=0.

3. (0,5 pt) En déduire l'ensemble des solutions de (E) sur I. Vérifier que le couple (y1,y2) défini par y1(t)=cos(sint) et y2(t)=sin(sint) est un système fondamental de solutions, en calculant son wronskien et en contrôlant le résultat par la formule de Liouville.

4. (0,5 pt) Résoudre le problème de Cauchy y(0)=1, y(0)=2.

5. (0,5 pt) Soit y une solution non nulle de (E). Montrer que y admet au plus un zéro sur I. Déterminer ensuite le zéro de la solution de la question 4.

Exercice 4 (3,5 points) — Régime transitoire et régime permanent

Soit f une fonction continue sur R, à valeurs réelles. On étudie l'équation différentielle

(E):y+y=f(t).

1. (0,5 pt) Résoudre (E) sur R par la méthode de variation de la constante, en exprimant la solution vérifiant y(0)=y0 sous la forme

y(t)=y0et+0testf(s)ds.

2. (1 pt) On suppose dans cette question que f(t) lorsque t+, où R. Montrer que toute solution de (E) tend vers en +.

3. (0,75 pt) On suppose maintenant f bornée sur R, de borne M=supRf. Montrer que (E) admet une unique solution bornée sur R tout entier, donnée par

y(t)=testf(s)ds,

et que yM.

4. (0,75 pt) Application : f(t)=cos(ωt), où ω>0. Déterminer y, l'écrire sous la forme 11+ω2cos(ωtθ) avec θ à préciser, et interpréter.

5. (0,5 pt) Question de discernement. On remplace (E) par (E):yy=f(t), avec toujours f(t) en +. Montrer que (E) admet au plus une solution ayant une limite finie en +, et que cette limite ne peut valoir que . Commenter l'écart avec la question 2.

Exercice 5 (7 points) — Problème : du problème de Cauchy au problème aux limites

Dans tout le problème, f désigne une fonction continue de [0,1] dans R et λ un nombre réel. On cherche des fonctions y de classe C2 sur [0,1] soumises non pas à une condition de Cauchy en un point, mais à une condition en chacune des deux extrémités de l'intervalle :

y(0)=0ety(1)=0.

Un tel énoncé s'appelle un problème aux limites. Le théorème de Cauchy linéaire règle définitivement le sort d'un problème de Cauchy ; on va voir qu'il ne dit rien d'un problème aux limites, et l'on construira l'outil qui le résout.

Pour toute fonction g continue sur [0,1], on note g=supt[0,1]g(t) ; cette borne supérieure est finie et atteinte, car g est continue sur un segment.

Partie A. Le problème aux limites homogène (2 points)

Pour λ réel, on note Sλ l'ensemble des solutions sur [0,1] de l'équation y+λy=0, et (Pλ) le problème suivant : trouver y de classe C2 sur [0,1] telle que

y+λy=0sur [0,1],y(0)=0,y(1)=0.

On note Vλ l'ensemble des solutions de (Pλ).

1. (0,5 pt) Montrer que Vλ est un sous-espace vectoriel de Sλ, puis que dimVλ1. Expliquer précisément pourquoi le théorème de Cauchy linéaire ne permet pas d'affirmer que Vλ={0}.

2. (1 pt) Déterminer Vλ pour tout réel λ. On distinguera les cas λ<0, λ=0 et λ>0.

3. (0,5 pt) En déduire une condition nécessaire et suffisante sur λ pour que l'application

Φλ:SλR2,y(y(0),y(1))

soit un isomorphisme. Comparer avec l'application y(y(0),y(0)).

Partie B. Le problème avec second membre et son noyau (3 points)

On étudie maintenant le problème (Qf) : trouver y de classe C2 sur [0,1] telle que

y=fsur [0,1],y(0)=0,y(1)=0.

4. (0,75 pt) Montrer que (Qf) admet une solution et une seule, et l'expliciter. (Indication : on pourra étudier la fonction F définie sur [0,1] par F(t)=0t(ts)f(s)ds.)

5. (0,75 pt) On définit G sur le carré [0,1]2 par

G(t,s)={s(1t)si 0st1,t(1s)si 0ts1.

Vérifier que G est bien définie et continue sur [0,1]2, puis montrer que la solution de (Qf) s'écrit

y(t)=01G(t,s)f(s)dspour tout t[0,1].

Établir enfin trois propriétés de G : sa symétrie, son signe, son annulation sur le bord du carré.

6. (0,75 pt) En déduire les deux conséquences suivantes, où y désigne la solution de (Qf).

a. Si f0 sur [0,1], alors y est positive ou nulle sur [0,1].

b. Calculer 01G(t,s)ds pour t[0,1], puis en déduire que y18f.

7. (0,75 pt) Deux exemples.

a. Pour f=1, déterminer la solution de (Qf) et en déduire que la constante 18 de la question 6 est optimale.

b. Pour f(t)=π2sin(πt), déterminer la solution et vérifier l'inégalité de la question 6.

Partie C. L'alternative (2 points)

On revient au paramètre λ et l'on note (Rλ,f) le problème : trouver y de classe C2 sur [0,1] telle que

y+λy=fsur [0,1],y(0)=0,y(1)=0.

8. (1 pt) Démontrer l'alternative suivante.

a. Si λ n'est égal à aucun des n2π2, n1, alors (Rλ,f) admet une solution et une seule, quelle que soit la fonction continue f.

b. Si λ=n2π2 pour un entier n1, alors (Rλ,f) admet soit aucune solution, soit une infinité, et l'ensemble des solutions est dans ce second cas une droite affine.

9. (1 pt) Soit n un entier supérieur ou égal à 1 et λ=n2π2.

a. Montrer que si (Rλ,f) admet une solution, alors 01f(t)sin(nπt)dt=0.

b. Application avec n=1, donc λ=π2. Traiter le cas f(t)=sin(2πt), puis le cas f(t)=sin(πt).

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.