PC · Chapitre 06
Devoir surveillé — Variables aléatoires discrètes
Sujet type, 180 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.
Sommaire
Sujet type DS — 180 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (4 points) — Deux chaînes de fabrication, et ce que trahit une longue durée de vie
Consignes générales, valables pour tout le sujet. Durée : 3 heures. Calculatrice interdite. Les exercices 1 à 4 sont indépendants entre eux et indépendants de l'exercice 5, qui est un problème en quatre parties enchaînées ; ils peuvent être traités dans l'ordre de votre choix. La qualité de la rédaction entre dans la notation : tout théorème invoqué doit être cité, et ses hypothèses cruciales vérifiées sur l'objet auquel on l'applique. En particulier, l'existence d'une espérance se justifie avant d'être utilisée.
Un atelier alimente une même ligne d'assemblage à partir de deux chaînes de fabrication. Un composant prélevé au hasard dans le stock provient de la chaîne avec la probabilité et de la chaîne avec la probabilité ; on note l'événement « le composant provient de la chaîne ».
Une fois le composant monté, on le fait fonctionner par cycles successifs. Les deux chaînes ne produisent pas la même qualité :
- sachant , le composant tombe en panne à chaque cycle avec la probabilité , indépendamment des cycles précédents ;
- sachant , il tombe en panne à chaque cycle avec la probabilité , indépendamment des cycles précédents.
Les deux paramètres vérifient : la chaîne est la moins fiable. On note le rang du cycle de la première panne, de sorte que la loi conditionnelle de sachant est et la loi conditionnelle de sachant est . Pour alléger, on pose
1. (0,5 pt) Justifier que est un système complet d'événements, puis déterminer la loi de . Contrôler que la somme des probabilités obtenues vaut .
2. (0,5 pt) Démontrer que pour tout . En déduire, par continuité décroissante, que l'événement « le composant ne tombe jamais en panne » est négligeable.
3. (0,75 pt) Démontrer que admet une espérance finie et que
4. (1 pt) Pour , on pose , probabilité conditionnelle de survivre au cycle sachant que le composant a déjà tenu cycles. Démontrer que la suite est strictement croissante, de limite . En déduire que ne suit aucune loi géométrique, et commenter ce que cela signifie pour l'atelier.
5. (0,75 pt) Calculer , démontrer que la suite est strictement décroissante, puis en déduire sa limite. Interpréter.
6. (0,5 pt) Application numérique : , et . On donne et . Calculer , puis et à près.
Exercice 2 (3 points) — Le temps mort d'un compteur
Un compteur observe une source, cycle après cycle, les cycles étant numérotés par les entiers. À chaque cycle, indépendamment des autres, une particule se présente devant le compteur avec la probabilité ; on pose .
Le compteur n'est pas instantané. Lorsqu'il enregistre une particule au cycle , son électronique reste saturée pendant les cycles suivants, où est une caractéristique de l'appareil appelée temps mort : toute particule se présentant à l'un des cycles est définitivement perdue. Le compteur redevient actif au cycle .
On note le nombre de cycles séparant deux enregistrements consécutifs : si le compteur enregistre au cycle puis au cycle , alors . On admet que les particules se présentant aux cycles forment une suite d'épreuves de Bernoulli indépendantes de paramètre , indépendante de tout ce qui s'est produit auparavant, et l'on note le rang, compté à partir du premier cycle actif, de la première particule qui s'y présente.
1. (0,5 pt) Justifier que et que . Déterminer et la loi de , puis contrôler que la somme des probabilités vaut .
2. (0,5 pt) Déterminer et en citant les résultats du cours utilisés.
3. (0,5 pt) Déterminer la fonction génératrice et son domaine de validité, puis retrouver par dérivation en .
4. (0,75 pt) On appelle taux mesuré le nombre moyen d'enregistrements par cycle, que l'on prend égal à . Exprimer en fonction de et de , démontrer que , et calculer la proportion de particules perdues . Inverser enfin la relation : exprimer en fonction de et de , en précisant à quelle condition sur et elle fournit un taux réel admissible.
5. (0,75 pt) Application numérique : un compteur de temps mort cycles affiche un taux mesuré enregistrement par cycle. Déterminer le taux réel , l'espérance , l'écart type à près (on donne ), la proportion de particules perdues et la probabilité . Commenter.
Exercice 3 (3,5 points) — Deux voies de mesure qui partagent le même signal
Un détecteur produit, pendant une seconde, un nombre de charges primaires, avec où . Ce même paquet de charges est lu simultanément par deux voies électroniques indépendantes, qui ajoutent chacune leur propre bruit de lecture. On modélise les deux valeurs lues par
où et sont deux variables aléatoires discrètes réelles de même loi, de carré d'espérance finie, d'espérance commune et de variance . Le réel est le piédestal de la chaîne de lecture, un décalage électronique commun aux deux voies que l'expérimentateur ne connaît pas. On suppose les trois variables , et mutuellement indépendantes. La loi commune des deux bruits n'est pas précisée, et il ne sera pas nécessaire de la connaître.
1. (0,5 pt) Justifier que et admettent une espérance et une variance, puis calculer et .
2. (0,75 pt) Calculer en justifiant l'annulation de chacun des termes croisés.
3. (0,5 pt) En déduire le coefficient de corrélation des deux voies, défini par
Vérifier que et déterminer sa limite lorsque tend vers .
4. (0,75 pt) Un expérimentateur sait mesurer , et , mais il ne connaît aucun des trois paramètres , et . Expliquer pourquoi une voie seule ne permet pas de les déterminer, puis exprimer et en fonction de et de , et en fonction de , et . Exprimer également le rapport signal sur bruit à l'aide du seul .
5. (0,5 pt) Démontrer que et ne sont pas indépendantes, en citant précisément le résultat du cours utilisé.
6. (0,5 pt) Application numérique : une campagne de mesures donne , et . En déduire , , , ainsi que à près (on donne ). Quelle valeur de aurait annoncée un expérimentateur qui aurait attribué toute la variance mesurée au signal ? Et celui qui aurait pris la moyenne mesurée pour le signal ? Commenter.
Exercice 4 (3,5 points) — Une inégalité unilatérale plus fine que Bienaymé-Tchebychev
L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev majore la probabilité d'un écart à la moyenne des deux côtés. Dans la pratique, on cherche souvent à majorer un dépassement d'un seul côté : la probabilité qu'une concentration dépasse un seuil, qu'un comptage soit trop grand, qu'une cote soit trop élevée. L'objet de l'exercice est d'établir une majoration unilatérale strictement meilleure, puis de montrer qu'elle ne peut pas être améliorée.
Dans tout l'exercice, désigne une variable aléatoire discrète réelle de carré d'espérance finie, d'espérance et de variance . On pose et l'on fixe un réel .
1. (0,5 pt) Soit . Démontrer l'inclusion d'événements
2. (0,5 pt) Justifier que est une variable positive d'espérance finie, calculer , puis démontrer que pour tout
3. (1 pt) On note pour . Étudier les variations de sur , déterminer son minimum, et en déduire l'inégalité de Cantelli
4. (0,5 pt) Comparer cette majoration à celle que fournit l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev pour le même événement. Quel facteur gagne-t-on ? Traiter en particulier les cas et .
5. (1 pt) On veut montrer que l'inégalité de la question 3. est optimale. Soit la variable aléatoire prenant les deux valeurs et , avec
Vérifier qu'il s'agit bien d'une loi de probabilité, calculer et , puis . Conclure.
Exercice 5 (6 points) — Problème : le biais de taille, ou pourquoi la chaîne d'un monomère est plus longue que la chaîne moyenne
Les quatre parties s'enchaînent : la partie B utilise la partie A, la partie C éclaire la partie B par un autre outil, et la partie D applique l'ensemble à un cas concret. On pourra admettre le résultat d'une question pour traiter les suivantes.
Un échantillon de polymère est un mélange de chaînes de longueurs différentes. On mesure la longueur d'une chaîne par son degré de polymérisation, c'est-à-dire le nombre de monomères qu'elle contient, et l'on modélise ce nombre par une variable aléatoire à valeurs dans , de loi pour . On suppose d'espérance finie et l'on pose
Il y a deux façons de tirer une chaîne au hasard, et elles ne donnent pas le même résultat. On peut prélever une chaîne au hasard : sa longueur suit la loi de , de moyenne , que les chimistes appellent degré de polymérisation moyen en nombre. On peut aussi prélever un monomère au hasard dans la matière et regarder la chaîne à laquelle il appartient : les chaînes longues contiennent plus de monomères, elles ont donc plus de chances d'être ainsi désignées, et la longueur obtenue suit une autre loi, celle qui définit le degré de polymérisation moyen en masse. Le problème détermine l'écart exact entre ces deux moyennes, puis en tire un résultat classique de la chimie des polymères.
Partie A — la loi biaisée par la taille
A.1 (0,5 pt) Démontrer que , puis que la famille de réels
est la distribution d'une variable aléatoire à valeurs dans . On note une telle variable, dont on admet l'existence, et l'on dit que sa loi est la loi biaisée par la taille associée à celle de .
A.2 (0,5 pt) Justifier la modélisation. On considère un échantillon idéalisé de chaînes dans lequel, pour chaque , la proportion de chaînes de longueur vaut exactement . Exprimer le nombre total de monomères de l'échantillon, puis démontrer que, si l'on prélève un monomère au hasard de façon uniforme parmi tous les monomères de l'échantillon, la probabilité qu'il appartienne à une chaîne de longueur vaut .
A.3 (0,5 pt) Comparer et selon la position de par rapport à . Interpréter en une phrase.
Partie B — l'écart entre les deux moyennes
Dans toute cette partie, on suppose de plus que est d'espérance finie, et l'on note .
B.1 (0,75 pt) Démontrer que admet une espérance finie, que
B.2 (0,5 pt) En déduire que , et déterminer à quelle condition il y a égalité. Interpréter physiquement.
B.3 (0,75 pt) On appelle indice de polymolécularité de l'échantillon le quotient
Démontrer que . Que vaut pour un échantillon dont toutes les chaînes ont la même longueur ? Pourquoi cet indice est-il un meilleur indicateur de dispersion que l'écart ?
Partie C — la lecture par les fonctions génératrices
Dans cette partie, on suppose que le rayon de convergence de la série entière définissant vérifie .
C.1 (0,5 pt) Démontrer que, pour tout réel tel que ,
C.2 (0,5 pt) Vérifier sur cette formule que , puis retrouver le résultat de B.1 en dérivant.
Partie D — le cas de la polycondensation
On considère une polycondensation menée jusqu'à un taux de conversion : chaque fonction réactive d'un monomère a réagi avec la probabilité , indépendamment de toutes les autres. Parcourons une chaîne à partir de l'une de ses extrémités : on passe d'un monomère au suivant tant que la fonction rencontrée a réagi, et la chaîne s'arrête à la première fonction n'ayant pas réagi.
D.1 (0,5 pt) Justifier que le degré de polymérisation d'une chaîne suit la loi .
D.2 (0,5 pt) Calculer , , et en fonction de . Déterminer la limite de quand tend vers .
D.3 (0,5 pt) Application numérique : . Donner , , et . Déterminer enfin la plus grande valeur de compatible avec un indice , et conclure sur ce que la polycondensation permet et ne permet pas.
Bloqué sur « Variables aléatoires discrètes » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.