PC · Chapitre 07

Calcul différentiel

Dérivabilité des fonctions vectorielles, fonctions de plusieurs variables, dérivées partielles, gradient, fonctions de classe C², matrice hessienne, formule de Taylor-Young à l'ordre 2, extremums.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Dérivabilité des fonctions vectorielles
  • Fonctions de plusieurs variables
  • Dérivées partielles
  • Gradient
  • Fonctions de classe C²
  • Matrice hessienne
  • Formule de Taylor-Young à l'ordre 2
  • Extremums

Le cours

En première année, vous avez appris à dériver une fonction définie sur un intervalle de et à valeurs réelles. Tout le calcul différentiel de PC consiste à faire sauter, l'une après l'autre, les deux restrictions contenues dans cette phrase : « à valeurs réelles », puis « définie sur un intervalle de ». Le chapitre est donc double, et il faut voir dès le départ que ses deux moitiés ne présentent pas du tout la même difficulté.

La première généralisation porte sur l'ensemble d'arrivée. On considère des fonctions , encore définies sur un intervalle de : on ne dérive toujours que par rapport à une seule variable. Cette moitié-là est facile, et pour une raison précise : dériver une fonction à valeurs dans revient exactement à dériver ses coordonnées, qui sont des fonctions numériques déjà connues. Ce qui est réellement nouveau, ce ne sont pas les définitions, ce sont les règles de dérivation des opérations : image par une application linéaire, par une application bilinéaire, par une application -linéaire. Ces trois énoncés, d'apparence abstraite, sont en fait trois outils de calcul très concrets, puisqu'ils fournissent d'un coup la dérivée d'un produit scalaire , d'une norme au carré et d'un déterminant .

La seconde généralisation porte sur l'ensemble de départ, et elle est beaucoup plus délicate. Dès que la source est avec , il n'y a plus une seule façon de s'approcher d'un point : il y en a une infinité, une par direction, et même une infinité de chemins par direction. On peut certes dériver le long de chacun des axes, et l'on obtient les dérivées partielles, déjà rencontrées en PCSI. Mais l'expérience du chapitre, et son piège central, est que ces nombres sont beaucoup trop pauvres pour décrire le comportement local de : il existe des fonctions dont les deux dérivées partielles existent en un point et qui n'y sont même pas continues. La bonne notion n'est donc pas « admet des dérivées partielles », mais « est de classe », c'est-à-dire « admet des dérivées partielles continues ». Sous cette hypothèse, et sous elle seulement, tout redevient simple : admet un développement limité d'ordre , elle est continue, ses dérivées selon un vecteur se calculent par une formule linéaire, et la règle de la chaîne s'applique.

Les applications en physique et en chimie sont partout, et elles ne sont pas décoratives : elles ont dicté le contenu du programme. La première moitié du chapitre est le langage de la cinématique : si est le vecteur position d'un point mobile, est son vecteur vitesse, son vecteur accélération, et sa vitesse scalaire. Le résultat « constante équivaut à » est exactement l'énoncé qui dit qu'un point astreint à rester sur un cercle ou sur une sphère a une vitesse orthogonale à son rayon. La seconde moitié est le langage des champs : le gradient d'un champ de température, dont l'opposé donne le sens de diffusion de la chaleur, le gradient d'un champ de concentration en cinétique chimique, le gradient d'une énergie potentielle dont dérive une force. Et la recherche d'extremums est le cœur de toute optimisation de rendement : un chimiste qui cherche le couple maximisant le rendement d'une réaction, ou qui ajuste une surface de réponse à des données expérimentales, résout exactement le problème traité dans la dernière section.

Le chapitre a d'ailleurs une destination très claire, et il vaut mieux la connaître dès la première ligne : la recherche des extremums d'une fonction de deux ou trois variables. Tout y converge. La condition nécessaire d'ordre — un extremum local en un point intérieur est un point critique — n'utilise que le gradient. La condition suffisante d'ordre utilise la formule de Taylor-Young et la matrice hessienne, qui est une matrice symétrique réelle : c'est là que le chapitre sur les endomorphismes des espaces euclidiens revient jouer un rôle décisif, puisque c'est le théorème spectral qui permet de lire le comportement de sur le signe des valeurs propres de la hessienne, et donc en dimension sur son déterminant et sa trace.

Fixons enfin les notations, valables dans tout le chapitre. Dans la première section, désigne un intervalle de non réduit à un point et les fonctions vont de dans , muni de sa base canonique ; comme est de dimension finie, toutes les normes y sont équivalentes et la notion de limite ne dépend pas de la norme choisie. Dans les sections suivantes, désigne un ouvert de , avec ou en pratique, étant muni de sa base canonique , de son produit scalaire canonique et de la norme euclidienne associée . Les fonctions y sont à valeurs réelles, ce qui n'est pas une perte de généralité : l'étude d'une fonction de dans se ramène à celle de ses coordonnées. Un point de s'écrit en ligne, ou ou ; on ne passe en colonne que dans un calcul matriciel. Attention à une collision de lettres inévitable, puisqu'elle vient du programme lui-même : la lettre désigne le nombre de facteurs dans « application -linéaire » (première section) et le nombre de variables dans (sections suivantes).

Un mot, pour finir, sur la rédaction attendue. Le programme de PC demande explicitement d'éviter tout excès de rigueur et de se limiter à la vérification des hypothèses cruciales. Concrètement : on ne rédige pas d'épsilontique, on ne redémontre pas qu'une fonction polynomiale est de classe , mais on écrit toujours, avant d'appliquer un théorème, la phrase qui en vérifie les hypothèses décisives : « est un ouvert », « est de classe comme quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas », « le point est intérieur », « la partie est fermée bornée non vide donc y est bornée et atteint ses bornes ». Quatre résultats seulement seront admis dans ce chapitre, et tous les quatre figurent parmi ceux dont le programme dispense de démonstration : la dérivée de pour -linéaire, l'existence du développement limité d'ordre d'une fonction de classe , le théorème de Schwarz et la formule de Taylor-Young à l'ordre . Tout le reste est démontré.

Dérivabilité des fonctions vectorielles

Dans toute cette section, est un intervalle de non réduit à un point, un entier naturel non nul, et les fonctions considérées vont de dans .

Dérivée en un point, dérivée sur un intervalle

La définition est mot pour mot celle de PCSI : seul change le fait que le taux d'accroissement est maintenant un vecteur de , et que la limite est prise dans .

Définition

Soit et . On dit que est dérivable en lorsque le taux d'accroissement

admet une limite dans quand tend vers (avec et ). Cette limite est alors unique ; on l'appelle le vecteur dérivé de en et on la note .

On dit que est dérivable sur lorsqu'elle est dérivable en tout point de . L'application est alors appelée fonction dérivée de .

Remarque

Le quotient a un sens : est un vecteur de et un réel non nul, on multiplie donc un vecteur par le scalaire . En revanche, il n'y a pas de « division par un vecteur » : c'est bien parce que la variable reste réelle que la définition tient telle quelle.

Comme est de dimension finie, toutes les normes y sont équivalentes, donc la convergence du taux d'accroissement ne dépend pas de la norme choisie pour l'exprimer. On n'a donc jamais à préciser « dérivable pour telle norme ».

La première caractérisation est celle qui servira le plus souvent dans les démonstrations, parce qu'elle transforme une limite en une égalité.

Propriété

Caractérisation par le développement limité d'ordre . Soit , et . Les deux assertions suivantes sont équivalentes :

(i) est dérivable en et ;

(ii) admet en le développement limité d'ordre

Démonstration. Rappelons que l'écriture , pour une fonction à valeurs dans , signifie qu'il existe une fonction à valeurs dans , de limite nulle en , telle que au voisinage de .

Pour tel que , posons

ce qui est licite puisque . En multipliant par et en réordonnant, on obtient l'identité, valable pour tout tel ,

Supposons (i). Alors quand , c'est-à-dire . L'identité ci-dessus s'écrit donc , ce qui est (ii).

Réciproquement, supposons (ii). Il existe alors une fonction de limite nulle en telle que . En comparant avec l'identité ci-dessus, on obtient , donc pour , et par suite . Cela signifie exactement que le taux d'accroissement tend vers , c'est-à-dire (i).

La seconde caractérisation est celle qui sert le plus souvent en calcul : elle ramène tout à la première année.

Propriété

Caractérisation par les coordonnées. Soit , de coordonnées dans la base canonique de , et soit . Alors est dérivable en si et seulement si chacune des fonctions numériques est dérivable en , et dans ce cas

Le même énoncé vaut pour la dérivabilité sur tout entier.

Démonstration. La démonstration repose sur un seul fait, acquis au chapitre des espaces vectoriels normés : dans , une suite ou une fonction converge si et seulement si chacune de ses coordonnées converge, et la limite est alors le vecteur des limites. C'est immédiat avec la norme , puisque ; et comme toutes les normes de sont équivalentes, le résultat ne dépend pas de la norme.

Soit alors tel que . Le vecteur

a pour -ième coordonnée le réel , c'est-à-dire le taux d'accroissement de en . D'après le fait rappelé, admet une limite dans quand si et seulement si chacun de ces taux d'accroissement réels admet une limite dans , c'est-à-dire si et seulement si chaque est dérivable en ; et dans ce cas la limite est le vecteur .

Remarque

Cette propriété est la raison pour laquelle la première moitié du chapitre est facile : on ne dérive jamais autre chose que des fonctions numériques. En pratique, pour dériver une fonction à valeurs dans , on dérive chaque coordonnée séparément, avec les règles de PCSI, et on range les résultats dans un vecteur.

Attention cependant : cette réduction aux coordonnées est confortable, mais elle est souvent maladroite pour les résultats structurels. Le calcul de la dérivée d'un produit scalaire ou d'un déterminant se fait beaucoup plus vite avec les règles de la sous-section « Opérations » qu'en développant en coordonnées.

Propriété

Dérivable implique continue. Si est dérivable en , alors est continue en .

Démonstration. Le développement limité d'ordre donne avec . Quand , le terme tend vers et le terme aussi, donc : c'est la continuité de en .

Exemple

Une dérivée calculée de deux façons. Soit définie par , et calculons .

Par le taux d'accroissement. Pour ,

Quand , ce vecteur tend vers , donc est dérivable en et .

Par les coordonnées. Les fonctions et sont dérivables sur , donc l'est aussi, avec . En : . Les deux méthodes concordent.

On notera au passage que : le vecteur dérivé d'une fonction vectorielle peut parfaitement être nul sans que la fonction soit constante.

Interprétation cinématique

C'est le vocabulaire que la physique utilise en permanence, et le programme le mentionne explicitement. Il faut le maîtriser au même titre que les formules.

Définition

Soit (avec ou ) dérivable, interprétée comme la position à l'instant d'un point mobile . On appelle alors :

  • vecteur vitesse à l'instant le vecteur ;
  • vitesse scalaire à l'instant le réel positif ;
  • vecteur accélération à l'instant le vecteur , lorsqu'il existe.

Le mouvement est dit uniforme lorsque la vitesse scalaire est constante.

Remarque

Il faut distinguer soigneusement deux énoncés qui se ressemblent et qui n'ont rien à voir. « est constante » signifie que le vecteur vitesse ne change ni en norme ni en direction : le mouvement est rectiligne uniforme. « est constante » signifie seulement que la vitesse scalaire ne change pas : le mouvement est uniforme, mais la trajectoire peut tourner autant qu'elle veut.

Exemple

Mouvement circulaire uniforme. Soient et un réel non nul. On considère

Position. , donc : le point reste sur le cercle de centre l'origine et de rayon .

Vitesse. En dérivant coordonnée par coordonnée,

La vitesse scalaire est constante : le mouvement est bien uniforme.

Accélération.

de norme . L'accélération est dirigée vers le centre : elle est centripète.

Orthogonalité. Enfin

donc le vecteur vitesse est orthogonal au rayon à chaque instant. Ce n'est pas un accident : la sous-section suivante montre que c'est une conséquence générale du fait que soit constante.

Opérations

Voici le cœur calculatoire de la section. Les cinq énoncés qui suivent servent en permanence ; pour les deux qui portent sur les applications bilinéaires et -linéaires, le programme précise que leur démonstration n'est pas exigible. On démontre malgré tout le cas linéaire et le cas bilinéaire, qui sont courts et instructifs.

Propriété

Combinaison linéaire. Soient dérivables en et . Alors est dérivable en et

En particulier, l'ensemble des fonctions dérivables de dans est un sous-espace vectoriel de l'ensemble des fonctions de dans , et y est linéaire.

Propriété

Image par une application linéaire. Soient dérivable en et une application linéaire. Alors est dérivable en et

Démonstration. Soit tel que . Par linéarité de ,

Or est une application linéaire entre espaces de dimension finie, donc elle est continue. Comme le taux d'accroissement de tend vers quand , son image par tend vers . Le membre de gauche, qui est le taux d'accroissement de en , converge donc vers .

Remarque

Retenez la formule sous la forme parlante : une application linéaire « traverse » la dérivation. Une conséquence utile : si est une matrice fixe et une fonction colonne dérivable, alors est dérivable de dérivée . La matrice, étant constante, sort simplement de la dérivation.

Propriété

Image par une application bilinéaire. Soient et dérivables en , et une application bilinéaire. Alors est dérivable en et

Démonstration (donnée pour la culture : le programme précise que cette démonstration n'est pas exigible). Le point de départ est un découpage en deux morceaux, obtenu en ajoutant et retranchant :

égalité qui n'utilise que la linéarité de par rapport à sa première variable puis à sa seconde. En divisant par et en utilisant à nouveau la bilinéarité pour faire entrer le scalaire dans chaque argument, on obtient

Une application bilinéaire entre espaces de dimension finie est continue. Quand , le premier taux d'accroissement tend vers et par continuité de , donc le premier terme tend vers ; le second tend vers .

Propriété

Image par une application -linéaire (admis). Soient des fonctions dérivables en , étant à valeurs dans , et une application -linéaire définie sur . Alors est dérivable en et

Autrement dit : on dérive un argument à la fois, en laissant les autres intacts, et on somme les termes obtenus.

Propriété

Composition à la source. Soient un intervalle de , dérivable avec , et dérivable. Alors est dérivable sur et

Le facteur est un scalaire, le facteur un vecteur : le produit est bien un vecteur de .

Exemple

Vérification sur un exemple. Soient et . Alors , dont la dérivée, calculée coordonnée par coordonnée, vaut

La formule est confirmée.

Méthode

Quelle règle appliquer ? Devant une expression à dériver en , on identifie d'abord sa structure, avant tout calcul.

  • L'expression est une somme de termes vectoriels : linéarité, on dérive terme à terme.
  • L'expression est de la forme « objet fixe appliqué à une fonction » (, , une projection, une coordonnée) : c'est le cas linéaire, l'objet fixe sort de la dérivation.
  • L'expression fait intervenir deux fonctions vectorielles liées par un produit scalaire, un produit de matrices, ou toute autre opération linéaire en chacune : c'est le cas bilinéaire, on applique la règle du produit.
  • L'expression est un déterminant de colonnes fonctions du temps : c'est le cas -linéaire, on dérive une colonne à la fois.
  • L'expression est une fonction vectorielle évaluée en un temps déformé : c'est la composition à la source, on multiplie par le scalaire .

Le réflexe fautif à éviter est de tout développer en coordonnées : c'est toujours possible, mais c'est souvent trois fois plus long et cela masque la structure du résultat.

Les quatre applications qui suivent sont les applications à connaître. Elles tombent dans tous les sujets, et il est bien plus rapide de les invoquer que de repasser par les coordonnées.

Dérivée d'un produit scalaire

Propriété

Produit scalaire. Soient dérivables. Alors est dérivable sur et

Démonstration. Le produit scalaire canonique est une application bilinéaire de dans . La propriété sur les applications bilinéaires s'applique donc directement et donne la formule annoncée.

Propriété

Norme au carré. Soit dérivable. Alors est dérivable sur et

Démonstration. Il suffit d'écrire et d'appliquer la propriété précédente avec :

par symétrie du produit scalaire.

Propriété

Caractérisation des mouvements à norme constante. Soit dérivable. Alors

Autrement dit, un point mobile reste sur une sphère centrée à l'origine si et seulement si son vecteur vitesse est à tout instant orthogonal à son vecteur position.

Démonstration. Posons . Comme la fonction est à valeurs positives, elle est constante sur si et seulement si l'est : en effet est injective sur , donc équivaut à .

Par la propriété précédente, est dérivable sur avec .

Supposons constante. Alors est constante, donc , c'est-à-dire pour tout , donc .

Réciproquement, supposons pour tout . Alors sur . Or est une fonction numérique dérivable de dérivée nulle sur un intervalle : elle est donc constante. Par conséquent est constante.

Remarque

L'hypothèse « est un intervalle » est cruciale dans le sens réciproque : c'est elle qui permet de conclure qu'une fonction numérique de dérivée nulle est constante. Sur une réunion de deux intervalles disjoints, la conclusion tomberait. On retrouvera exactement ce phénomène, en plusieurs variables, avec la caractérisation des fonctions constantes sur un ouvert convexe.

Ce résultat est un réflexe à avoir en cinématique : dès qu'un énoncé dit « le point se déplace sur un cercle », « sur une sphère », « est constante », on écrit immédiatement , et réciproquement.

Exemple

Un produit scalaire dérivé de deux façons. Soient et , toutes deux de classe sur .

Par la règle. On a et , donc

et la dérivée cherchée vaut .

Par le calcul direct. , dont la dérivée est

Les deux résultats coïncident.

Exemple

Un mouvement sur une sphère. Soit fixé et

On calcule : le point reste sur la sphère unité. La caractérisation prédit donc , ce que le calcul confirme :

La vitesse scalaire vaut , constante : le mouvement est uniforme, et d'autant plus rapide que le parallèle décrit est proche de l'équateur.

Dérivée d'un déterminant

Propriété

Dérivée d'un déterminant. Soient des fonctions dérivables. Alors la fonction

(déterminant calculé dans la base canonique de ) est dérivable sur et

On dérive une colonne à la fois et on somme les déterminants obtenus.

Démonstration. Le déterminant de vecteurs dans une base fixée est, par définition, une forme -linéaire sur . La propriété admise sur les applications -linéaires, appliquée avec et , donne exactement la formule annoncée.

Exemple

Un déterminant dérivé de deux façons. Posons

Méthode 1 : on développe, puis on dérive.

donc, par la règle du produit,

Méthode 2 : on applique la formule. Ici et , d'où

La somme vaut : les deux méthodes donnent bien le même résultat.

Remarque

Sur un exemple , développer d'abord est évidemment plus rapide. L'intérêt de la formule apparaît dès que la taille grandit, ou dès que les colonnes ne sont pas données explicitement : c'est alors le seul moyen de calculer . Elle sert aussi à démontrer des résultats de structure, par exemple à étudier la dérivée de pour une fonction matricielle dérivable, en voyant comme la juxtaposition de ses colonnes.

Fonctions de classe

Définition

Soit et . On définit les dérivées successives de par récurrence : et, si existe et est dérivable sur , .

On dit que est de classe sur lorsque est fois dérivable sur et que est continue sur . On dit que est de classe sur lorsque est de classe pour tout .

Propriété

Caractérisation par les coordonnées. Avec , la fonction est de classe sur si et seulement si chacune des fonctions numériques l'est, et dans ce cas

Propriété

Stabilité par les opérations. Soient de classe sur , , linéaire, bilinéaire, -linéaire et de classe à valeurs réelles. Alors les fonctions

sont de classe . En particulier , et sont de classe dès que leurs arguments le sont.

Exemple

Une hélice. Soit , . Ses trois coordonnées sont de classe sur , donc aussi, avec

La vitesse scalaire vaut : le mouvement est uniforme. En revanche n'est pas constante, et l'on vérifie que , qui n'est nul qu'en : cohérent avec la caractérisation des mouvements à norme constante.

Dérivées partielles et fonctions de classe C1

On change maintenant de côté : la variable devient vectorielle, et les fonctions sont à valeurs réelles. Le programme précise que l'on se limite en pratique à ou variables.

Ouverts, notations

Définition

Une partie de est un ouvert lorsque, pour tout , il existe un réel tel que la boule ouverte soit incluse dans .

Cette notion est acquise depuis le chapitre sur les espaces vectoriels normés ; on rappelle seulement les exemples usuels, qui suffiront ici : tout entier, une boule ouverte, un demi-plan ouvert , le complémentaire d'un point comme , ou encore un ensemble défini par une inégalité stricte portant sur une fonction continue.

Il faut comprendre pourquoi tout le chapitre se déroule sur un ouvert, et la raison est parfaitement concrète : on veut pouvoir bouger un peu dans toutes les directions à partir de n'importe quel point.

Propriété

Soit un ouvert de , et un vecteur non nul. Alors il existe tel que

Démonstration. Comme est ouvert, il existe tel que . Posons , licite puisque . Pour , on a , donc .

Remarque

C'est cette propriété, et elle seule, qui rend légitimes toutes les définitions de la section : sans elle, l'expression n'aurait pas de sens pour les petits , et l'on ne pourrait pas former de taux d'accroissement. Le mot « ouvert » n'est donc jamais décoratif dans un énoncé de calcul différentiel : c'est une hypothèse de travail. C'est aussi pour cela qu'un extremum situé au bord d'un domaine échappera complètement à la théorie des points critiques.

Dérivée selon un vecteur

Définition

Soient un ouvert de , , et . On dit que admet en une dérivée selon le vecteur lorsque la fonction

définie sur un intervalle ouvert contenant , est dérivable en . On note alors

Remarque

Pour , la fonction est constante et : ce cas est sans intérêt.

L'homogénéité est en revanche toujours vraie : si existe et si , alors existe et vaut . Il suffit d'écrire et de dériver en .

En revanche, l'additivité est fausse en général : elle n'est garantie que sous l'hypothèse « de classe », comme on le verra plus loin. C'est un point que les copies oublient systématiquement.

Définition

Soient un ouvert de , et . Pour , la -ième dérivée partielle d'ordre de en est, lorsqu'elle existe, la dérivée de en selon le -ième vecteur de la base canonique :

Pour on note et ; pour on ajoute .

Méthode

Calculer une dérivée partielle. En pratique, se calcule en dérivant l'expression de par rapport à la seule variable , toutes les autres variables étant traitées comme des constantes. On utilise alors sans réserve les règles de dérivation de PCSI (somme, produit, quotient, composée).

On ne revient au taux d'accroissement que dans un seul cas : lorsque est définie par une formule différente au point étudié, typiquement une fonction prolongée par à l'origine. Là, l'expression générale ne s'applique plus et le calcul doit être fait à la main.

Exemple

Dérivées partielles et dérivée selon un vecteur. Soit sur , et soit .

Dérivées partielles. En dérivant par rapport à à fixé, puis par rapport à à fixé :

d'où et .

Dérivée selon , par la définition. On pose , soit

donc et .

Contrôle. On constate que . Cette coïncidence n'en est pas une : c'est la formule , valable ici parce que est de classe .

Fonctions de classe

Voici la définition centrale du chapitre. Elle est plus forte que la simple existence des dérivées partielles, et c'est exactement ce qui fait sa valeur.

Définition

Soient un ouvert de et . On dit que est de classe sur lorsque les dérivées partielles d'ordre de :

  • existent en tout point de ;
  • et définissent des fonctions continues sur .

On note l'ensemble de ces fonctions.

Propriété

Opérations sur les fonctions de classe . Soient et . Alors :

1. est de classe , et ;

2. est de classe , et ;

3. si ne s'annule pas sur , est de classe , et

4. si est de classe sur un intervalle contenant , alors est de classe sur , et

En conséquence, est un -espace vectoriel, et même une -algèbre.

Remarque

Ces règles sont exactement celles de PCSI, appliquées une variable à la fois. Le point vraiment nouveau est ailleurs : elles garantissent non seulement l'existence des dérivées partielles, mais aussi leur continuité, puisque somme, produit, quotient et composée de fonctions continues sont continus. On obtient donc la classe d'un seul coup, sans repasser par les définitions.

En pratique, on ne démontre presque jamais qu'une fonction est de classe : on l'invoque en une phrase, en identifiant la construction utilisée. Voici les formulations attendues.

Exemple

Justifications rapides de la classe .

a. est polynomiale en , donc de classe sur .

b. est de classe sur comme quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas sur cet ouvert.

c. est de classe sur comme produit et composées de fonctions de classe ( et le sont sur ).

d. est de classe sur : c'est , de classe sur , composée avec la fonction polynomiale , qui y est strictement positive. En revanche, rien n'est acquis à l'origine, où le radicande s'annule.

Développement limité d'ordre 1 et différentielle

C'est le théorème qui donne tout son sens à la définition de la classe . Le programme précise que sa démonstration n'est pas exigible : on l'admet.

Propriété

Développement limité d'ordre (admis). Soient un ouvert de , et . Alors admet en un développement limité d'ordre :

Propriété

Continuité. Toute fonction de classe sur un ouvert y est continue.

Démonstration. Soit . Dans le développement limité ci-dessus, chaque terme tend vers quand , et le reste aussi. Donc quand : est continue en . Comme est quelconque dans , est continue sur .

La partie linéaire du développement limité mérite un nom : c'est la différentielle.

Définition

Soient un ouvert de , et . La différentielle de en est la forme linéaire sur

dont la valeur en est notée .

Remarque

Trois précautions de lecture, dans l'ordre de fréquence des erreurs.

D'abord, n'est pas un nombre : c'est une application de dans . Le nombre, c'est , obtenu après avoir donné un vecteur .

Ensuite, est linéaire en , pas en : les coefficients dépendent du point , souvent de façon très non linéaire.

Enfin, le développement limité se réécrit de façon compacte

qui est la généralisation exacte de vue en une variable. La différentielle est donc le bon substitut au nombre dérivé.

Propriété

Dérivée selon un vecteur d'une fonction de classe . Soient , et . Alors existe et

En particulier, l'application est linéaire sur .

Démonstration. Le cas est immédiat, les deux membres étant nuls. Supposons . Comme est ouvert, pour assez petit. Appliquons le développement limité d'ordre avec :

où l'on a utilisé la linéarité de pour sortir le scalaire , puis le fait que avec constant, ce qui donne . En divisant par :

Donc existe et vaut . La linéarité en est alors celle de la forme linéaire .

Il faut maintenant énoncer très clairement le piège central du chapitre. Il est responsable de plus d'erreurs à lui seul que tout le reste réuni.

Remarque

Le piège numéro un : dérivées partielles régularité. L'existence des dérivées partielles en un point n'entraîne ni la continuité, ni le développement limité d'ordre . Contre-exemple à connaître par cœur :

Les deux dérivées partielles existent en et sont nulles. En effet pour tout , donc le taux d'accroissement tend vers : . De même donne .

Pourtant n'est pas continue en . Pour , , donc alors que .

Conséquences. n'admet pas de développement limité d'ordre en , puisqu'un tel développement entraînerait la continuité. Et n'existe même pas : le taux n'a pas de limite finie. L'additivité est donc bien en défaut.

Remarque

Ce qu'il faut en retenir pour la rédaction. On n'écrit jamais « admet des dérivées partielles donc est de classe » : il manque la continuité de ces dérivées. On n'écrit jamais non plus « admet des dérivées partielles donc est continue » : c'est faux.

La bonne chaîne d'implications, dans le bon sens, est :

Aucune de ces implications ne se renverse.

Méthode : étudier une fonction en un point de recollement

La situation type est celle d'une fonction définie par une formule sur et prolongée par une valeur à l'origine. Toutes les questions se ramènent au même protocole.

Méthode

Étudier en un point de recollement (souvent l'origine).

Étape 1 — Continuité en . Majorer par une quantité qui tend vers , en utilisant , et ; ou passer en polaires , et obtenir une majoration indépendante de . Pour prouver la non-continuité : exhiber deux chemins donnant deux limites différentes.

Étape 2 — Dérivées partielles en . Les calculer à la main par le taux d'accroissement, en revenant à la définition : la formule valable ailleurs ne s'applique pas en .

Étape 3 — Développement limité d'ordre en . Tester la définition : former

puis regarder si tend vers . En polaires, cela revient à voir si le quotient tend vers uniformément en .

Étape 4 — Classe . Calculer et ailleurs qu'en , puis étudier leur limite en : si l'une n'a pas de limite, ou si sa limite diffère de sa valeur en , alors n'est pas de classe en .

Exemple

Étude complète de , prolongée par .

Sur . est de classe comme quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas.

Étape 1 : continuité en . En polaires, avec ,

donc , qui tend vers . Ainsi : est continue sur .

Étape 2 : dérivées partielles en . Pour ,

Donc et .

Exemple

Suite de l'étude de .

Étape 3 : développement limité d'ordre en . Le seul candidat est . Or

En polaires, , donc

qui ne dépend pas de et n'est pas nul (par exemple pour ). Le quotient ne tend donc pas vers : n'admet pas de développement limité d'ordre en .

Étape 4 : classe . Pour ,

Le long de l'axe (avec ), ; le long de l'axe (avec ), . Cette dérivée partielle n'a donc pas de limite en : elle n'y est pas continue, et n'est pas de classe sur .

Conclusion. est continue sur , de classe hors de l'origine, admet en l'origine deux dérivées partielles, mais n'y admet pas de développement limité d'ordre et n'y est pas de classe .

Remarque

L'exemple précédent illustre parfaitement la hiérarchie. La continuité de ne suffit pas ; l'existence des dérivées partielles ne suffit pas ; les deux réunies ne suffisent toujours pas. Seule la continuité des dérivées partielles donne accès au développement limité, et donc à toute la théorie qui suit.

Notez au passage l'économie de l'étape 3 : dès que le quotient s'écrit en polaires sous une forme ne dépendant que de , on sait immédiatement conclure. S'il vaut pour tout , c'est gagné ; sinon, il n'y a pas de développement limité.

Pour que le protocole ne donne pas l'impression que tout recollement est pathologique, voici le même travail sur une fonction qui, elle, passe tous les tests.

Exemple

Un recollement réussi : , prolongée par .

Hors de l'origine, est de classe comme quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas. En polaires, pour ,

Étape 1 : continuité. , donc est continue en .

Étape 2 : dérivées partielles en . et , donc les deux taux d'accroissement sont nuls et .

Étape 3 : développement limité d'ordre . Ici , et

de valeur absolue majorée par , indépendamment de . Le quotient tend donc vers : admet en le développement limité .

Exemple

Suite : la classe . Pour , la règle du quotient donne

et par symétrie des rôles de et , .

En polaires, , donc

et de même pour . Les deux dérivées partielles sont donc continues en , et elles le sont ailleurs comme fractions rationnelles bien définies.

Conclusion. est de classe sur tout entier, et est un point critique de .

Règle de la chaîne

On sait dériver le long des axes ; il faut maintenant savoir dériver le long d'un chemin quelconque, puis composer deux fonctions de plusieurs variables. C'est la partie la plus calculatoire du chapitre, et la plus exigeante en rigueur de notation.

Dérivation le long d'un chemin

Propriété

Règle de la chaîne, cas d'un chemin. Soient un ouvert de , , un intervalle de et des fonctions dérivables telles que

Alors la fonction est dérivable sur et

Si de plus les sont de classe , alors est de classe sur .

Démonstration (rédigée en dimension , le cas général étant identique). Notons la fonction, les deux chemins, et . Fixons et posons . Pour , posons

de sorte que . Comme et sont dérivables donc continues, quand .

Le développement limité d'ordre de en (théorème admis, applicable car est de classe ) donne

quand . Divisons par et examinons les trois termes.

Les deux premiers ne posent pas de difficulté : et par définition de la dérivabilité de et de en .

Pour le troisième, écrivons

par continuité de la norme. Ce quotient est donc borné au voisinage de . Comme par ailleurs , le produit des deux tend vers .

En passant à la limite quand , on obtient que est dérivable en avec

Remarque

Deux remarques sur cette démonstration. D'abord, elle montre où sert exactement l'hypothèse « de classe » : uniquement pour disposer du développement limité d'ordre . Sans lui, la formule est fausse — le contre-exemple le montre déjà, puisque la composée avec le chemin y est constante égale à pour alors que toutes les dérivées partielles sont nulles à l'origine.

Ensuite, la formule se retient sous une forme parlante : la variation de le long du chemin est la somme des contributions de chaque variable, chacune valant « vitesse de la variable » « sensibilité de à cette variable ».

Exemple

Vérification directe. Soient , de classe sur , et le chemin , . Posons .

Par la règle de la chaîne. On a et , ainsi que et . D'où

Par le calcul direct. En dérivant avec les règles usuelles,

Les deux expressions coïncident.

Composition de deux fonctions de plusieurs variables

Propriété

Règle de la chaîne, cas général. Soient un ouvert de , un ouvert de , des fonctions telles que pour tout , et . Alors la fonction

est de classe sur et, pour tout ,

(En pratique et .)

Démonstration. À fixé et fixé, on applique la règle de la chaîne du paragraphe précédent au chemin , dont la dérivée en a pour -ième coordonnée . On obtient exactement la formule annoncée. La continuité des résulte alors de ce que le second membre est une somme de produits de fonctions continues (les le sont par hypothèse, et est continue comme composée de fonctions continues).

Remarque

La mise en garde décisive : où évalue-t-on quoi ? C'est ici que se perdent la plupart des copies. Il y a deux fonctions différentes, et , et elles ne vivent pas dans les mêmes variables :

  • se calcule au point , dans les nouvelles variables ;
  • se calcule au point , dans les anciennes variables ;
  • se calcule au point .

Écrire dans un changement en polaires est donc un non-sens : n'a pas de variable . Le réflexe de rédaction est de nommer explicitement la composée, par exemple « posons », puis de ne jamais mélanger les deux noms.

Le cas des coordonnées polaires

Le programme précise que ce cas particulier doit être connu. Il faut savoir le retrouver en trente secondes, dans les deux sens.

Propriété

Passage en coordonnées polaires. Soit une fonction de classe sur un ouvert de . On pose, pour tel que ,

Alors est de classe et, les dérivées partielles de étant évaluées au point ,

Démonstration. On applique la règle de la chaîne avec , les nouvelles variables étant et les anciennes , . Ces deux fonctions sont de classe sur , avec

La formule générale donne alors les deux égalités annoncées.

Le vrai exercice, et le classique absolu du chapitre, est d'inverser ce système : exprimer les dérivées partielles de en fonction de celles de . Faisons le calcul complètement.

Écrivons le système sous forme matricielle. En abrégeant et (évaluées en ), les deux relations précédentes s'écrivent

Le déterminant de cette matrice vaut . Elle est donc inversible si et seulement si , ce qui est la condition attendue : l'origine est le point où les coordonnées polaires dégénèrent. Pour , la formule d'inversion d'une matrice donne

d'où le résultat cherché.

Propriété

Formules inverses (à connaître). Avec les notations précédentes et pour :

Vérification par élimination directe (c'est ainsi qu'on la refait au brouillon si l'on a oublié la matrice). Multiplions la première relation par et la seconde par , puis additionnons :

La somme vaut : la première formule est établie. De même, en multipliant la première relation par et la seconde par :

et la somme vaut .

Remarque

Une conséquence remarquable, et souvent utile : en posant et , les formules inverses s'écrivent et . On reconnaît une rotation appliquée au couple , qui conserve donc la somme des carrés :

C'est l'expression en polaires du carré de la norme du gradient, introduit dans la section suivante.

Exemple

Un contrôle immédiat. Prenons , de sorte que . Alors et . Les formules inverses donnent

ce qui est bien le résultat du calcul direct.

Exemple

Un cas moins évident. Sur le demi-plan ouvert , posons , de classe sur .

En polaires avec et , on a , donc . Par conséquent

Les formules inverses donnent alors

Contrôle par le calcul direct. , et de même . Les deux voies concordent.

Méthode

Exploiter un changement de variables imposé par l'énoncé. Le schéma est toujours le même, et l'énoncé fournit toujours le changement à effectuer.

1. Nommer la fonction composée, avec des lettres différentes de celles de la fonction de départ : « posons ». Préciser sur quel ouvert on travaille dans les nouvelles variables.

2. Justifier que est de classe (composée de fonctions de classe ), ce qui autorise la règle de la chaîne.

3. Exprimer les dérivées partielles de en fonction de celles de , puis traduire la relation donnée dans les nouvelles variables. L'objectif est d'obtenir une relation ne faisant plus intervenir qu'une seule dérivée partielle.

4. Intégrer par rapport à cette variable à l'autre variable fixée : une dérivée nulle sur un intervalle donne une fonction constante, mais la « constante » dépend alors de l'autre variable.

5. Revenir à en exprimant les nouvelles variables en fonction des anciennes, puis vérifier la réciproque en réinjectant la forme obtenue dans la relation de départ.

Exemple

Application guidée. Déterminons les fonctions de classe sur le demi-plan ouvert vérifiant

en utilisant le passage en coordonnées polaires.

Mise en place. Posons pour ; ce couple décrit exactement , et est de classe sur par composition.

Traduction. La première formule du passage en polaires donne

La relation imposée équivaut donc à , c'est-à-dire, puisque , à sur .

Exemple

Suite : résolution et retour à . À fixé, la fonction est dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle : elle y est constante. Cette constante dépend de , ce que l'on écrit

est de classe sur comme composée.

Retour aux variables initiales. Sur , on a , donc

Réciproque. Soit de classe sur et sur . Alors

d'où . Les solutions sont donc exactement les avec de classe sur .

Fonctions constantes sur un ouvert convexe

Définition

Une partie de est convexe lorsque, pour tous , le segment est inclus dans .

Les exemples usuels sont tout entier, une boule (ouverte ou fermée), un demi-espace, un pavé, un disque, un triangle plein. En revanche n'est pas convexe, et une réunion de deux boules disjointes non plus.

Propriété

Caractérisation des fonctions constantes. Soient un ouvert convexe de et . Alors

c'est-à-dire si et seulement si pour tout , ce que l'on notera dès la section suivante.

Démonstration.

Sens direct. Supposons constante sur , égale à une constante . Soient et . Comme est ouvert, il existe tel que pour . La fonction est alors constante égale à sur , donc de dérivée nulle en , c'est-à-dire . (Ce sens n'utilise pas la convexité.)

Sens réciproque. Supposons toutes les dérivées partielles nulles sur , et montrons que prend la même valeur en deux points quelconques. Soient donc . Par convexité, le segment est inclus dans , ce qui permet de définir

La fonction a pour coordonnées les fonctions affines , qui sont de classe , de dérivée constante . Comme est de classe sur , la règle de la chaîne s'applique et donne, pour tout ,

puisque toutes les dérivées partielles sont nulles sur et que le point appartient à .

Ainsi est une fonction numérique dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle : elle y est constante. En particulier , c'est-à-dire .

Les points et étant quelconques dans , la fonction est constante sur .

Remarque

L'hypothèse de convexité n'est pas décorative. Prenons dans la réunion de deux boules ouvertes disjointes

qui est bien un ouvert (réunion de deux ouverts), mais qui n'est ni convexe ni même connexe. Définissons par sur la première boule et sur la seconde.

Sur chacune des deux boules, est constante, donc de classe avec toutes ses dérivées partielles nulles ; comme chaque point de possède un voisinage entièrement contenu dans l'une des deux boules, est de classe sur et partout. Pourtant n'est pas constante sur .

La bonne façon de retenir : un gradient nul dit que est localement constante ; pour en déduire qu'elle est globalement constante, il faut pouvoir relier deux points quelconques par un chemin resté dans — ce que la convexité garantit gratuitement, via le segment.

Gradient

Le gradient n'apporte aucune information nouvelle par rapport à la différentielle : il en est simplement la traduction vectorielle, rendue possible par la structure euclidienne de . Cette traduction est précieuse, parce qu'un vecteur a une direction et un sens, ce qu'une forme linéaire n'a pas de façon visible.

Définition

Soient un ouvert de muni de sa structure euclidienne canonique, et . Le gradient de en est le vecteur de

Pour : ; pour on ajoute .

Propriété

Lien avec la différentielle. Pour tout ,

Le développement limité d'ordre s'écrit donc

et la dérivée selon un vecteur vaut .

Démonstration. Par définition, . Or le produit scalaire canonique de est précisément . En prenant , dont la -ième coordonnée est , et , on obtient l'égalité annoncée. Les deux autres formules s'en déduisent en remplaçant par dans les énoncés déjà établis.

Remarque

Dans un calcul matriciel, où les vecteurs sont écrits en colonne, la même relation s'écrit

C'est cette écriture que l'on retrouvera dans la formule de Taylor-Young à l'ordre .

Notez enfin que la définition du gradient dépend du produit scalaire choisi : c'est pour cela que le programme prend soin de préciser « muni de sa structure euclidienne canonique ». La différentielle, elle, n'en dépend pas.

Exemple

Deux gradients.

a. sur : , et par exemple .

b. sur (potentiel coulombien, à une constante près). Posons , de sorte que . Alors

et de même pour et , d'où

On retrouve la décroissance en du champ associé.

Voici maintenant la seule interprétation géométrique du gradient qui soit au programme de PC. Elle mérite d'être démontrée soigneusement, car sa preuve est un modèle d'utilisation de Cauchy-Schwarz.

Propriété

Direction de plus forte croissance. Soient et tel que . Posons

Alors, parmi tous les vecteurs unitaires de , la dérivée est maximale pour , et sa valeur maximale est . Le minimum, égal à , est atteint pour .

Démonstration. Notons et soit un vecteur unitaire, c'est-à-dire . Comme est de classe ,

Majoration. L'inégalité de Cauchy-Schwarz donne

donc pour tout vecteur unitaire .

La borne est atteinte. Pour , qui est bien unitaire, on calcule

Le maximum est donc effectivement atteint en . De même .

Unicité du maximisant. Soit unitaire tel que . En écrivant , on obtient , donc puisque . Or et sont unitaires, donc

ce qui impose . Le vecteur unitaire réalisant le maximum est donc unique.

Remarque

La formulation à retenir est : le gradient indique la direction et le sens de plus forte croissance de au point , et sa norme mesure le taux de cette croissance. Dans la direction opposée, décroît le plus vite ; et si , toutes les dérivées directionnelles sont nulles, il n'y a plus de direction privilégiée — c'est précisément le cas des points critiques.

Le programme de PC s'arrête là. On ne parle ni de plan tangent, ni d'orthogonalité du gradient à quoi que ce soit : ces énoncés relèvent de la géométrie différentielle, qui n'est pas au programme.

Exemple

Direction de plus forte pente, en pratique. Soit , de classe sur , et soit .

On calcule , donc , non nul. Sa norme vaut

La direction de plus forte croissance en est donc portée par le vecteur unitaire

et le taux de croissance dans cette direction vaut .

Contrôle sur une autre direction. Dans la direction , on trouve , effectivement bien inférieur à . Dans la direction , orthogonale à , on trouve : à l'ordre , ne varie pas dans cette direction-là.

Exemple

Gradient de température. Considérons un champ de température stationnaire , de classe sur un ouvert de , exprimé en kelvins, les longueurs étant en mètres. Le vecteur s'exprime alors en : il indique, au point , la direction dans laquelle la température augmente le plus vite, et sa norme donne l'élévation de température par unité de longueur dans cette direction.

La loi de Fourier de la conduction thermique s'écrit

est la densité de flux thermique et la conductivité du matériau. Le signe moins traduit exactement le sens physique : la chaleur se propage dans le sens opposé au gradient de température, c'est-à-dire du chaud vers le froid, et d'autant plus vite que le gradient est de grande norme. Un mur bien isolé est un mur où est grand mais petit.

Fonctions de classe C2

On dérive maintenant les dérivées partielles. Deux résultats dominent cette section, et tous deux sont admis : le théorème de Schwarz, qui autorise à intervertir l'ordre de dérivation, et la formule de Taylor-Young à l'ordre , qui prépare l'étude des extremums.

Dérivées partielles d'ordre 2

Définition

Soient un ouvert de et admettant des dérivées partielles d'ordre sur . Pour , on appelle dérivée partielle d'ordre de la fonction, lorsqu'elle existe,

Lorsque on note .

Remarque

Convention de lecture. Dans la notation , on dérive d'abord par rapport à la variable la plus proche de , c'est-à-dire , puis par rapport à . Certains ouvrages adoptent la convention inverse. Cela n'a en pratique aucune conséquence, car le théorème de Schwarz montrera que l'ordre est indifférent pour les fonctions de classe , qui sont les seules que l'on manipulera.

En dimension il y a donc quatre dérivées partielles d'ordre :

et le théorème de Schwarz identifiera les deux du milieu.

Définition

Soient un ouvert de et . On dit que est de classe sur lorsque admet des dérivées partielles d'ordre sur et que chacune d'elles est de classe sur ; autrement dit, lorsque toutes les dérivées partielles d'ordre et existent et sont continues sur .

Plus généralement, pour , est de classe sur lorsque toutes ses dérivées partielles d'ordre existent et sont de classe sur ; et de classe lorsqu'elle est de classe pour tout .

Propriété

Opérations. Somme, produit, quotient à dénominateur ne s'annulant pas, et composée avec de classe sur un intervalle contenant : toutes ces constructions préservent la classe . En particulier, les fonctions polynomiales sont de classe sur , et les fractions rationnelles le sont sur tout ouvert où leur dénominateur ne s'annule pas.

Remarque

La hiérarchie est emboîtée : une fonction de classe est en particulier de classe , donc continue, et admet un développement limité d'ordre en tout point. En pratique, on justifie donc une seule fois la classe la plus forte dont on aura besoin, en début d'exercice, et tout le reste en découle.

Une conséquence à ne pas oublier dans la recherche d'extremums : dire « est polynomiale donc de classe sur » couvre d'un seul coup l'existence du gradient, celle de la hessienne, la validité du théorème de Schwarz et celle de la formule de Taylor-Young. C'est une phrase, et elle suffit.

Théorème de Schwarz

Propriété

Théorème de Schwarz (admis). Soient un ouvert de et une fonction de classe sur . Alors, pour tous et tout ,

Autrement dit, pour une fonction de classe , l'ordre des dérivations n'importe pas.

La démonstration est hors programme. En revanche, il faut savoir que l'hypothèse « de classe » est réellement nécessaire.

Remarque

Sans l'hypothèse , la symétrie tombe. La fonction

est de classe sur et admet en l'origine ses quatre dérivées partielles d'ordre , mais

Le calcul complet, qui passe par et , est un classique d'exercice. La fonction n'est évidemment pas de classe en : ses dérivées secondes croisées y sont discontinues.

Moralité : on n'intervertit jamais deux dérivations sans avoir écrit, au préalable, que la fonction est de classe .

Matrice hessienne

Définition

Soient un ouvert de , de classe sur et . La matrice hessienne de en est la matrice de

Propriété

Symétrie. Si est de classe sur , alors pour tout la matrice est symétrique : .

Démonstration. Le coefficient d'indice de est et celui d'indice est . Le théorème de Schwarz affirme qu'ils sont égaux, donc .

Remarque

Cette symétrie n'est pas une coquetterie : c'est elle qui permettra d'appliquer à tout l'arsenal du chapitre sur les endomorphismes des espaces euclidiens — théorème spectral (diagonalisation en base orthonormée, valeurs propres réelles), notions de matrice positive et définie positive , caractérisation par le signe des valeurs propres. Toute l'étude des extremums repose là-dessus.

En dimension et , la hessienne s'écrit explicitement, en notant les variables ou :

toutes les dérivées de la seconde matrice étant évaluées en .

Exemple

Gradient et hessienne d'une fonction de référence. Soit , polynomiale donc de classe sur .

Ordre . et , donc

Ordre . On dérive à nouveau :

Contrôle dans l'autre ordre : . Les deux valeurs coïncident, conformément au théorème de Schwarz. Ainsi

et par exemple , .

Formule de Taylor-Young à l'ordre 2

Propriété

Formule de Taylor-Young à l'ordre (admise). Soient un ouvert de , de classe sur et . Alors, quand dans ,

ou, en écriture matricielle avec vu comme une colonne,

Remarque

Notations de Monge, en dimension . Pour , il est traditionnel de poser

de sorte que . Avec , la formule s'écrit alors sous forme entièrement développée :

Attention au conflit de lettres : ce n'a rien à voir avec le paramètre temporel des fonctions vectorielles. On évitera donc les notations de Monge dans tout énoncé où une variable circule déjà.

Le terme d'ordre est donc la forme quadratique associée à la hessienne, évaluée en . C'est exactement l'objet dont le chapitre euclidien donne la clé : son signe se lit sur les valeurs propres de .

Exemple

Développement limité d'ordre de en .

Ordre . et , donc , et .

Ordre .

d'où .

Formule. Avec ,

Contrôle par les développements limités d'une variable. et . Le produit, tronqué à l'ordre , vaut : les deux calculs concordent.

Méthode

Calculer une hessienne sans se tromper. Trois précautions, dans l'ordre.

1. Calculer d'abord les deux (ou trois) dérivées partielles d'ordre sous forme simplifiée, et les vérifier. Une erreur à l'ordre contamine toute la hessienne.

2. Calculer la dérivée croisée dans les deux sens et vérifier qu'on trouve la même chose : c'est le contrôle gratuit offert par le théorème de Schwarz, et il détecte la majorité des erreurs de signe.

3. N'évaluer au point qu'à la fin, après avoir écrit la hessienne comme fonction du point courant. Cela permet de réutiliser la même expression pour plusieurs points critiques, ce qui arrive presque toujours.

Exemple

Un développement limité d'ordre hors de l'origine. Soit , de classe sur , et , où .

Ordre . et , donc , vecteur unitaire.

Ordre . En dérivant avec :

En , avec : , dont le déterminant est nul.

Formule. Comme ,

Le terme d'ordre est un carré parfait, positif : cohérent avec une hessienne positive de déterminant nul.

Exemple

Un cas où le développement est exact. Reprenons au point , où et .

Par Taylor-Young. Comme et que le terme d'ordre est nul,

Par le calcul exact. En développant,

Les termes d'ordre disparaissent effectivement, le terme d'ordre est bien , et le reste est bien un . La formule est confirmée.

Extremums

Tout le chapitre converge ici. On cherche les points où une fonction de plusieurs variables atteint une valeur extrême, et l'on dispose pour cela de deux outils : le gradient (ordre ), qui sélectionne les candidats, et la hessienne (ordre ), qui tranche sur leur nature.

Vocabulaire

Définition

Soient une partie non vide de , et . On dit que :

  • admet en un maximum global sur lorsque pour tout ; il est strict lorsque pour tout ;
  • admet en un maximum local lorsqu'il existe tel que pour tout ; il est strict lorsque l'inégalité est stricte pour .

On définit de même minimum global, minimum local, et leurs versions strictes, en renversant les inégalités. Un extremum est un maximum ou un minimum.

Remarque

Le mot local signifie : sur un voisinage du point, aussi petit soit-il. C'est une propriété qui ne regarde que ce qui se passe près de , et qui ne dit strictement rien du comportement de ailleurs. Un minimum local peut parfaitement être supérieur à un maximum local situé plus loin.

Un extremum global est évidemment local (prendre n'importe quel ). La réciproque est fausse, et c'est la source d'erreur numéro un de cette section : la théorie des points critiques et de la hessienne ne donne jamais que des informations locales. Pour conclure au caractère global, il faut un argument supplémentaire : une inégalité valable partout, ou un argument de compacité.

Enfin, on prendra garde à ne pas confondre l'extremum, qui est la valeur , et le point en lequel il est atteint. En rédaction, on écrit : « atteint son minimum global en , et ce minimum vaut ».

Condition nécessaire d'ordre 1

Définition

Soient un ouvert de et . Un point est un point critique de lorsque

Propriété

Condition nécessaire du premier ordre. Soient un ouvert de , et . Si admet un extremum local en , alors est un point critique de .

Démonstration. Quitte à remplacer par — ce qui ne change ni la classe , ni l'ensemble des points critiques puisque , et transforme un maximum en minimum — on peut supposer que admet un minimum local en .

Il existe donc tel que pour tout . Par ailleurs, étant ouvert, il existe tel que . Posons : on a alors et pour tout .

Fixons et considérons la fonction partielle

Elle est bien définie, car donc .

Deux points sont maintenant à observer.

D'une part, est dérivable en , de dérivée : c'est exactement la définition de la -ième dérivée partielle, qui existe puisque est de classe .

D'autre part, pour tout , le point appartient à , donc . La fonction numérique admet donc un minimum en , et ce point est intérieur à l'intervalle .

Le théorème de première année sur l'extremum intérieur d'une fonction dérivable d'une variable s'applique alors : , c'est-à-dire

Ceci valant pour tout , on conclut que .

Remarque

La réciproque est fausse : le point selle. Soit sur . Alors , donc est l'unique point critique, avec . Pourtant, pour tout ,

et ces deux points sont aussi proches de l'origine que l'on veut. Donc ne présente en ni maximum local ni minimum local : c'est un point selle (ou point col).

Même phénomène pour , dont le gradient s'annule uniquement en , alors que et .

Remarque

L'hypothèse « point intérieur » est indispensable. Considérons sur le disque fermé . Cette fonction atteint son maximum global sur au point , avec la valeur .

Or ne s'annule en aucun point : il n'y a aucun point critique. Il n'y a pas de contradiction, car appartient au bord de et n'est pas intérieur : le théorème ne s'y applique pas.

C'est la raison pour laquelle la recherche d'extremums sur un fermé se fait toujours en deux temps : l'intérieur, traité par les points critiques, et le bord, traité séparément.

Condition suffisante d'ordre 2

Propriété

Condition du second ordre. Soient un ouvert de , de classe sur et un point critique de .

1. Si , alors admet en un minimum local strict.

2. Si , alors n'admet pas de minimum en (même pas local).

Par adaptation à , dont la hessienne est : si , alors admet en un maximum local strict ; si , alors n'admet pas de maximum en .

Voici l'idée de la démonstration. Elle n'est pas exigible telle quelle, mais elle explique tout, et il est bon de savoir la reproduire dans ses grandes lignes.

Comme est un point critique, et la formule de Taylor-Young à l'ordre se réduit à

Tout se joue donc sur le signe de la forme quadratique , et la matrice étant symétrique réelle, le théorème spectral donne accès à ce signe par les valeurs propres.

Cas 1. Supposons , et notons sa plus petite valeur propre. L'encadrement de Rayleigh, acquis au chapitre euclidien, donne pour tout . En écrivant le reste sous la forme avec , on obtient

Comme , il existe tel que dès que . Pour un tel non nul,

ce qui est exactement un minimum local strict en .

Cas 2. Supposons . Par la caractérisation spectrale des matrices positives, possède une valeur propre ; soit un vecteur propre unitaire associé. Prenons avec réel petit. Alors , et

Comme , cette quantité est strictement négative pour assez petit. Il existe donc, arbitrairement près de , des points où prend une valeur strictement inférieure à : n'a pas de minimum local en .

Remarque

Le cas laissé de côté. Le théorème ne dit rien lorsque sans être définie positive, c'est-à-dire lorsque est valeur propre et qu'aucune valeur propre n'est strictement négative. Et pour cause : tous les comportements sont alors possibles. En , qui est un point critique des trois fonctions suivantes, la hessienne vaut à chaque fois :

  • a un minimum global strict en , car avec égalité seulement à l'origine ;
  • a un minimum global non strict (tout l'axe des ordonnées convient) ;
  • n'a aucun extremum en , puisque et .

Dans ce cas dit douteux, l'ordre est muet : il faut une étude directe, en général en examinant le signe de le long de chemins bien choisis.

Explicitation pour p = 2

En deux variables, on n'a pas besoin de calculer les valeurs propres : le déterminant et la trace suffisent, puisqu'ils en donnent le produit et la somme.

Propriété

Critère en dimension . Soient un ouvert de , de classe sur et un point critique de . Notons et . Alors :

1. si et , admet en un minimum local strict ;

2. si et , admet en un maximum local strict ;

3. si , n'admet aucun extremum en : c'est un point selle ;

4. si , on ne peut pas conclure : cas douteux, une étude directe est nécessaire.

Avec les notations de Monge , cela s'écrit et .

Démonstration. La matrice est symétrique réelle : d'après le théorème spectral, elle est diagonalisable et ses deux valeurs propres sont réelles. Les relations coefficients-racines du polynôme caractéristique d'une matrice donnent

Cas 1 et 2. Si , les deux valeurs propres sont non nulles et de même signe, lequel est celui de leur somme (qui est donc automatiquement non nulle). Si , elles sont toutes deux strictement positives, donc par la caractérisation spectrale, et le théorème du second ordre donne un minimum local strict. Si , elles sont toutes deux strictement négatives, donc et l'on obtient un maximum local strict.

Cas 3. Si , les deux valeurs propres sont non nulles et de signes opposés : disons . Alors à cause de , donc n'a pas de minimum en ; et à cause de , donc n'a pas non plus de maximum en .

Cas 4. Si , l'une au moins des valeurs propres est nulle : on est dans le cas douteux évoqué plus haut.

Le critère se résume ainsi.

Nature du point critique
minimum local strict
maximum local strict
quelconquepoint selle : pas d'extremum
quelconquecas douteux : étude directe indispensable

Remarque

Deux commentaires pratiques. D'abord, lorsque , le signe de est aussi celui de seul (puisque et sont alors de même signe) : il est équivalent, et souvent plus rapide, de regarder le signe de .

Ensuite, ce critère ne s'applique qu'en un point critique. Calculer un déterminant de hessienne en un point où le gradient ne s'annule pas n'a aucun intérêt : il n'y a de toute façon pas d'extremum là.

Exemple

Étude complète de sur . La fonction est polynomiale, donc de classe sur l'ouvert .

Points critiques. On résout , c'est-à-dire

En substituant, , soit , donc ou . Les points critiques sont et . (Vérification par réinjection : et .)

Nature de . , de déterminant : point selle, pas d'extremum.

Nature de . , de déterminant et de trace : minimum local strict, de valeur .

Exemple

Suite : confirmation directe et absence d'extremum global.

Le point selle, à la main. Près de l'origine, pour , tandis que pour . Comme , il y a bien, arbitrairement près de l'origine, des valeurs strictement supérieures et des valeurs strictement inférieures : ce n'est ni un maximum ni un minimum local. Le critère est confirmé.

Pas d'extremum global. Le long de l'axe des abscisses, , qui tend vers quand et vers quand . La fonction n'est donc ni minorée ni majorée sur : elle n'admet aucun extremum global, alors même qu'elle possède un minimum local en .

C'est l'illustration la plus nette du danger signalé plus haut : « minimum local strict » ne se transforme jamais tout seul en « minimum global ».

Exemple

Un cas douteux traité à la main : sur .

Points critiques. s'annule si et seulement si et : l'unique point critique est , où .

Le critère ne conclut pas. , donc , de déterminant nul. On est dans le cas douteux : l'ordre est muet. Notons au passage que , de sorte que le second point du théorème ne s'applique pas non plus.

Étude directe. Le long de l'axe des ordonnées, , qui est strictement positif pour et strictement négatif pour . Aussi près de l'origine que l'on veut, prend donc des valeurs de part et d'autre de : n'admet aucun extremum local en , et donc aucun extremum local du tout sur .

Morale. En cas douteux, on choisit un chemin le long duquel le terme d'ordre s'annule — ici l'axe des ordonnées, sur lequel la forme quadratique est nulle — et l'on regarde le premier terme non nul du développement.

Méthode : chercher les extremums

Les deux situations, ouvert et fermé borné, ne se traitent pas du tout de la même manière. Il faut commencer par identifier laquelle est en jeu.

Méthode

Cas 1 : définie sur un OUVERT .

1. Justifier en une phrase que est ouvert et que y est de classe .

2. Chercher les points critiques : résoudre le système . Tout extremum local est nécessairement l'un d'eux. Réinjecter les solutions dans le système pour contrôler.

3. Déterminer la nature de chaque point critique : calculer , puis appliquer le critère / en dimension , ou étudier le signe des valeurs propres en dimension . En cas douteux, étudier directement le signe de le long de chemins bien choisis.

4. Ne jamais conclure au global sans preuve. L'existence d'un extremum global n'est pas garantie sur un ouvert. Pour l'établir, il faut soit une inégalité valable sur tout (typiquement en factorisant et en montrant que ce reste garde un signe constant), soit un argument de comportement à l'infini.

Méthode

Cas 2 : définie sur une partie FERMÉE BORNÉE non vide.

1. Justifier que est fermée, bornée et non vide, et que est continue sur . Le théorème des bornes atteintes garantit alors que est bornée sur et atteint son maximum et son minimum globaux : leur existence est acquise avant tout calcul.

2. Intérieur. Chercher les points critiques de dans l'intérieur de , qui est un ouvert, et calculer les valeurs de en ces points.

3. Bord. Paramétrer explicitement le bord (par exemple , pour un cercle ; ou avec pour un segment) et étudier la fonction d'une seule variable ainsi obtenue, par les méthodes de PCSI. Traiter séparément chaque morceau du bord, sans oublier les sommets ou points de raccord.

4. Comparer toutes les valeurs obtenues : la plus grande est le maximum global, la plus petite le minimum global.

Remarque

Le point 3 de la seconde méthode mérite une insistance particulière : le bord se traite par substitution ou par paramétrage explicite, jamais autrement. Les multiplicateurs de Lagrange sont hors programme en PC, et une contrainte ne peut être gérée qu'en éliminant une variable pour se ramener à un problème libre.

Notez aussi l'ordre logique. Sur un fermé borné, on établit d'abord l'existence des extremums par le théorème des bornes atteintes, puis on les localise. C'est ce qui autorise, à la fin, la comparaison de valeurs : on sait qu'il y a un gagnant.

En trois variables, le critère par le déterminant et la trace n'existe plus : on revient à la définition, c'est-à-dire au signe des valeurs propres de la hessienne. Voici comment cela se rédige.

Exemple

Un extremum en dimension : sur .

La fonction est polynomiale, donc de classe sur l'ouvert .

Points critiques. , d'où le système

Les première et troisième équations donnent , donc ; la deuxième s'écrit alors , d'où , puis . L'unique point critique est l'origine, où .

Hessienne. Les dérivées secondes sont constantes :

symétrique comme annoncé par le théorème de Schwarz.

Exemple

Suite : nature du point critique. Cherchons les valeurs propres de . En posant ,

Les racines sont , soit

Comme , ces trois valeurs propres sont strictement positives : par la caractérisation spectrale, , et admet en l'origine un minimum local strict.

Passage au global. Une mise sous forme de somme de carrés le confirme et donne davantage :

avec égalité si et seulement si , puis , puis . Le minimum est donc global et strict, de valeur , atteint uniquement en l'origine. La fonction n'est en revanche pas majorée (), donc pas de maximum.

Extremums globaux

Trois exemples complets, correspondant aux trois situations que l'on rencontre.

Exemple

Un minimum global sur un ouvert non borné : sur .

La fonction est polynomiale, donc de classe sur l'ouvert .

Points critiques. , donc

En soustrayant les deux équations : , d'où , puis et . L'unique point critique est , avec .

Nature locale. , de déterminant et de trace : minimum local strict.

Exemple

Suite : le minimum est global. Il reste à passer du local au global, ce que le calcul suivant fait sans détour. Pour tous réels ,

Or, en écrivant la forme quadratique sous forme canonique,

avec égalité si et seulement si et , c'est-à-dire .

Donc pour tout , avec égalité uniquement en : admet en un minimum global strict, égal à . En revanche , donc n'a pas de maximum.

Exemple

Un ouvert où le minimum global n'existe pas. Reprenons sur , étudiée plus haut : elle possède un minimum local strict en , de valeur , et un point selle en .

Pourtant quand : la fonction n'est pas minorée, donc elle n'admet pas de minimum global. Elle n'est pas majorée non plus, donc pas de maximum global.

Comparez avec l'exemple précédent : les deux fonctions ont un unique minimum local strict trouvé exactement de la même façon, et pourtant l'une atteint son minimum global et l'autre non. Aucun raisonnement local ne peut distinguer les deux cas ; seule l'étude globale le peut. C'est pourquoi la phrase « c'est le seul point critique, donc c'est le minimum global » est fausse et doit être bannie des copies.

Exemple

Sur un fermé borné : sur le disque fermé .

Existence. est fermée (image réciproque du fermé par une fonction continue), bornée (incluse dans ) et non vide ; y est continue. Par le théorème des bornes atteintes, atteint sur un maximum et un minimum globaux.

Intérieur. L'intérieur de est le disque ouvert, sur lequel est de classe . On résout , ce qui donne l'unique point , qui appartient bien à l'intérieur puisque . La valeur y est

Sa hessienne a pour déterminant et pour trace : minimum local strict.

Exemple

Suite : étude du bord et conclusion.

Bord. Le bord de est le cercle unité, que l'on paramètre par , avec . Sur ce bord,

Comme décrit , la fonction décrit : son minimum est atteint en , soit au point , et son maximum en , soit au point .

Comparaison. Les valeurs candidates sont (point critique intérieur), et (extremums sur le bord). Donc

Contrôle. On peut écrire : à la constante près, est le carré de la distance au point . Sur le disque, cette distance varie de (au point lui-même, qui est dans le disque) à (au point diamétralement opposé ). On retrouve et .

Exemple

Un fermé borné à bord anguleux : sur le triangle plein .

Existence. est fermé (intersection de trois demi-plans fermés), borné (inclus dans ) et non vide ; y est continue, donc atteint ses bornes.

Bord. Il est formé de trois segments. Sur : . Sur : . Sur : le facteur est nul, donc . Ainsi est identiquement nulle sur le bord de .

Intérieur. Sur l'ouvert , on développe , d'où

Comme et à l'intérieur, le système se réduit à et , dont l'unique solution est . La valeur y est .

Conclusion. À l'intérieur, , et , donc . Le maximum global vaut donc , atteint en , et le minimum global vaut , atteint en tout point du bord.

Remarque

Le dernier exemple montre deux choses utiles. D'une part, un extremum global peut être atteint en une infinité de points : rien n'impose l'unicité. D'autre part, il n'a pas été nécessaire de calculer la hessienne : une fois l'existence acquise par le théorème des bornes atteintes, et les valeurs comparées, la conclusion tombe sans condition d'ordre . Sur un fermé borné, la hessienne n'est souvent qu'un confort.

Récapitulatif

Méthode

Les réflexes du chapitre.

  1. Fonction vectorielle : pour un calcul, dériver coordonnée par coordonnée ; pour une propriété structurelle (produit scalaire, norme, déterminant), passer par les règles , , .
  2. « est constante » doit déclencher immédiatement , et réciproquement. C'est le résultat le plus rentable de la première section.
  3. Avant toute chose, vérifier la classe. Une phrase suffit : « polynomiale donc », « quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas ». Sans classe , ni le développement limité, ni la règle de la chaîne, ni le gradient n'ont de sens.
  4. Point de recollement : ne jamais utiliser la formule générale au point exceptionnel. Continuité par majoration ou polaires, dérivées partielles par le taux d'accroissement, développement limité testé à la main, classe par continuité des dérivées partielles.
  5. Composition : nommer les deux fonctions ( et ), et surveiller en permanence chaque dérivée partielle est évaluée. Savoir refaire le passage en polaires dans les deux sens.
  6. Gradient nul sur un ouvert ne donne « constante » que si l'ouvert est convexe.
  7. Schwarz et Taylor-Young s'invoquent, ne se démontrent pas, mais leurs hypothèses (, ouvert) doivent être écrites.
  8. Extremums, ordre logique : classe, puis points critiques, puis nature par la hessienne, puis — et seulement alors — question du global.
  9. Fermé borné : commencer par le théorème des bornes atteintes, traiter l'intérieur et le bord séparément, comparer les valeurs à la fin.

Terminons par les cinq erreurs qui coûtent le plus de points en copie, dans l'ordre de fréquence observée.

Erreur 1 — Croire que l'existence des dérivées partielles suffit. C'est le piège central du chapitre. Une fonction peut admettre ses deux dérivées partielles en un point sans y être continue : le contre-exemple doit être connu et cité. Toute la théorie repose sur la classe , c'est-à-dire sur la continuité des dérivées partielles.

Erreur 2 — Conclure du local au global. Écrire « est le seul point critique et c'est un minimum local, donc c'est le minimum global de sur » est un raisonnement faux : le réfute exactement. Le passage au global exige soit une inégalité valable partout, soit un argument de compacité.

Erreur 3 — Oublier le bord. Sur une partie fermée, un extremum peut parfaitement être atteint en un point du bord, où le gradient ne s'annule pas : la condition nécessaire d'ordre ne s'applique qu'aux points intérieurs. Une étude sur un fermé qui ne traite que les points critiques est incomplète, donc fausse.

Erreur 4 — Confondre les variables dans une composition. Écrire alors que est fonction de , ou évaluer au point au lieu de , rend tout le calcul inexploitable. Nommer la composée et écrire les points d'évaluation coûte trois secondes et sauve une question entière.

Erreur 5 — Franchir le programme. Multiplicateurs de Lagrange, plan tangent, orthogonalité du gradient aux lignes de niveau, matrice jacobienne : ces outils ne sont pas au programme de PC et leur usage ne rapporte aucun point, même quand le résultat est juste. Une contrainte se traite par substitution ou par paramétrage explicite du bord, jamais autrement.

Les exercices

36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.

Exercice 1 ★★★Dériver une fonction à valeurs dans l'espace

Dérivabilité des fonctions vectorielles, dérivée par coordonnées, interprétation cinématique

On considère les trois fonctions suivantes, définies sur et à valeurs vectorielles.

a.

b.

c.

1. Justifier que , et sont de classe sur .

2. Calculer , et , puis , et .

3. Calculer et pour tout , en simplifiant au maximum. Interpréter cinématiquement le résultat obtenu pour .

4. Écrire le développement limité d'ordre 1 de en , puis celui de en .

Exercice 2 ★★★Premiers calculs de dérivées partielles

Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1

1. Pour chacune des fonctions suivantes : préciser l'ouvert sur lequel elle est définie, justifier en une phrase qu'elle est de classe sur , puis calculer ses dérivées partielles d'ordre 1 en tout point de .

a.

b.

c.

d.

e.

f.

g.

2. Calculer et .

Exercice 3 ★★★Dérivée selon un vecteur

Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1

On rappelle que, pour une fonction définie sur un ouvert de , un point et un vecteur , la dérivée de en selon le vecteur est

lorsque cette limite existe.

Dans les questions 1, 2 et 4, on pose , et .

1. Calculer pour tout , puis en déduire en revenant à la définition.

2. Calculer et , puis retrouver à l'aide de la formule

valable parce que est de classe .

3. Calculer de la même façon, par la formule directe :

a. , où , et

b. , où , et

4. Déterminer tous les vecteurs unitaires de tels que .

Exercice 4 ★★★Gradient et direction de plus forte pente

Gradient, lien avec la différentielle et le produit scalaire, direction de plus forte pente

1. Calculer le gradient de chacune des fonctions suivantes en un point quelconque, puis au point indiqué.

a. , au point

b. , au point

c. , au point

2. Soit une fonction de classe sur un ouvert de et tel que . À l'aide de l'inégalité de Cauchy-Schwarz et de son cas d'égalité, montrer que

et préciser l'unique vecteur unitaire qui réalise ce maximum.

3. Appliquer la question précédente à au point , puis à au point .

4. La température d'une plaque, en degrés Celsius, est donnée en tout point par , où et sont exprimés en mètres. On se place au point . Dans quelle direction faut-il partir pour que la température croisse le plus vite possible, et de combien augmente-t-elle alors par mètre parcouru ?

Exercice 5 ★★★Différentielle et développement limité d'ordre un

Développement limité d'ordre 1, différentielle df(a).h, continuité des fonctions de classe C1Gradient, lien avec la différentielle et le produit scalaire, direction de plus forte pente

On rappelle que si est de classe sur un ouvert de et , la différentielle de en est la forme linéaire

1. Expliciter en fonction de et dans les deux cas suivants.

a. au point

b. au point

2. Écrire, dans chacun des deux cas, le développement limité d'ordre 1 correspondant.

3. Le volume d'un cylindre de rayon et de hauteur est . On part d'un cylindre de rayon cm et de hauteur cm ; le rayon augmente de et la hauteur diminue de .

a. Estimer la variation de volume à l'aide du développement limité d'ordre 1.

b. Calculer la variation exacte, comparer les deux valeurs et expliquer l'écart.

Exercice 6 ★★★Dériver le long d'un chemin

Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polaires

On rappelle la règle de la chaîne : si est de classe sur un ouvert de et si et sont dérivables sur un intervalle , avec pour tout , alors la fonction est dérivable sur et

1. On prend , et , pour .

a. Calculer par la règle de la chaîne.

b. Expliciter , dériver directement, et vérifier que l'on retrouve le même résultat.

2. Mêmes questions avec , et .

3. On pose maintenant et , puis . Calculer par la règle de la chaîne, étendue à trois variables, puis donner la valeur de .

Exercice 7 ★★★Dérivées partielles d'ordre deux et matrice hessienne

Dérivées partielles d'ordre 2, fonctions de classe C2, théorème de Schwarz, matrice hessienne

On considère les trois fonctions suivantes, avec le point où l'on travaillera.

a. sur , au point

b. sur , au point

c. sur , au point

1. Justifier que ces trois fonctions sont de classe sur l'ouvert indiqué, puis calculer leurs dérivées partielles d'ordre 1.

2. Calculer toutes les dérivées partielles d'ordre 2 : quatre pour , quatre pour , neuf pour .

3. Vérifier explicitement l'égalité des dérivées croisées, et énoncer le théorème qui la garantissait a priori.

4. Écrire les matrices hessiennes , et , puis calculer leur déterminant et leur trace.

Exercice 8 ★★★Trouver les points critiques

Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire d'ordre 1

On rappelle qu'un point critique d'une fonction de classe sur un ouvert de est un point en lequel , c'est-à-dire un point où les deux dérivées partielles d'ordre 1 s'annulent simultanément.

Déterminer tous les points critiques des fonctions suivantes, toutes définies et de classe sur . On ne demande pas d'étudier la nature de ces points.

a.

b.

c.

d.

e.

Exercice 9 ★★★★Nature des points critiques par la hessienne

Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire d'ordre 1Condition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)

On considère les quatre fonctions ci-dessous, de classe sur l'ouvert indiqué.

a. sur

b. sur

c. sur

d. sur

1. Déterminer les points critiques de chacune de ces quatre fonctions.

2. En chacun de ces points, écrire la matrice hessienne et conclure quant à la nature du point critique à l'aide du critère pour : signe de , puis de .

3. Les extremums locaux obtenus en a et en c sont-ils globaux ?

Exercice 10 ★★★★Dérivée d'un produit scalaire et d'une norme

Opérations : dérivée de L(f), de B(f, g), d'une application p-linéaire, composition, classe Ck

Dans tout l'exercice, est un intervalle de et est muni de son produit scalaire canonique et de la norme associée . Les fonctions et vont de dans .

1. Soient et dérivables sur . En écrivant le produit scalaire à l'aide des coordonnées dans la base canonique, montrer que est dérivable sur , de dérivée

De quel résultat général du cours cette formule est-elle un cas particulier ?

2. En déduire la dérivée de .

3. On suppose de plus que ne s'annule pas sur . Montrer que est dérivable sur et calculer . Que se passe-t-il si l'on retire cette hypothèse ?

4. Applications numériques, avec , et

a. Calculer la dérivée de par la formule de la question 1, puis en explicitant et en dérivant directement. Comparer.

b. Vérifier que ne s'annule pas, expliciter , puis calculer par la formule de la question 3 et par dérivation directe.

Exercice 11 ★★★★Une trajectoire sur une sphère

Dérivabilité des fonctions vectorielles, dérivée par coordonnées, interprétation cinématiqueOpérations : dérivée de L(f), de B(f, g), d'une application p-linéaire, composition, classe Ck

L'espace est muni de son produit scalaire canonique et de la norme associée. Un point matériel se déplace dans l'espace : à l'instant d'un intervalle , sa position est repérée par le vecteur , et l'on suppose la fonction dérivable sur . Le vecteur vitesse est .

On utilisera librement le résultat du cours suivant : si et sont dérivables sur à valeurs dans , alors est dérivable, de dérivée .

1. Montrer que est constante sur si et seulement si pour tout . On traitera soigneusement les deux implications.

2. Interpréter cinématiquement ce résultat.

3. Soient et fixés. On prend et

Vérifier que le mouvement a lieu sur la sphère de centre l'origine et de rayon , contrôler la propriété de la question 1 par le calcul, puis déterminer le vecteur vitesse et son module.

4. Soit un vecteur fixe de . Que peut-on dire du mouvement lorsque est constante ?

5. Soit un vecteur fixe non nul. On suppose que pour tout . Montrer que le mouvement reste dans un plan.

Exercice 12 ★★★★Dérivée du produit vectoriel et loi des aires

Opérations : dérivée de L(f), de B(f, g), d'une application p-linéaire, composition, classe Ck

L'espace est muni de son produit scalaire canonique . On note l'application du produit vectoriel ; on admet qu'elle est bilinéaire et antisymétrique, c'est-à-dire que , et l'on n'utilisera que ces deux propriétés.

Un point matériel a pour vecteur position à l'instant , où est une fonction de classe sur un intervalle à valeurs dans ; est sa vitesse et son accélération. On pose

1. Montrer que pour tout . En déduire que est dérivable sur , de dérivée .

2. On dit que le mouvement est à force centrale lorsqu'il existe une fonction telle que pour tout , c'est-à-dire lorsque l'accélération est à chaque instant colinéaire au vecteur position. Montrer que est alors un vecteur constant.

3. Soient et deux vecteurs fixes de , , et une fonction de classe . On considère le mouvement défini par

Calculer en fonction de et de . Vérifier ensuite, dans le cas où est la fonction constante égale à , que le mouvement est à force centrale, et contrôler la conclusion de la question 2.

4. Montrer que est dérivable sur et exprimer . Que devient cette expression pour un mouvement à force centrale ?

Exercice 13 ★★★★Dérivée d'un déterminant

Opérations : dérivée de L(f), de B(f, g), d'une application p-linéaire, composition, classe Ck

Pour dans , on note le déterminant de la matrice de dont les colonnes sont . Dans tout l'exercice, est un intervalle de .

1. L'application est -linéaire par rapport aux colonnes. En déduire, en citant le résultat du cours sur la dérivée de pour -linéaire (démonstration non exigible), que si sont dérivables, alors est dérivable sur , et écrire .

2. On prend , et , . Calculer par la formule de la question 1, puis en explicitant d'abord et en dérivant. Comparer.

3. On prend , et . Calculer par la formule de la question 1, puis vérifier le résultat en développant .

4. Soit . On pose pour .

a. Pour , expliciter et en déduire .

b. Pour , montrer que dans le développement du déterminant, un seul des six produits n'est pas divisible par , et en déduire .

c. Cas général : montrer, à l'aide de la formule de la question 1, que est dérivable et que .

5. Application numérique : expliciter pour et vérifier. Donner ensuite pour .

Exercice 14 ★★★★Continuité, dérivées partielles et classe C1

Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1Développement limité d'ordre 1, différentielle df(a).h, continuité des fonctions de classe C1

Partie A

On définit par et, pour ,

1. Montrer que est de classe sur l'ouvert et y calculer ses dérivées partielles d'ordre 1.

2. Montrer que admet en deux dérivées partielles d'ordre 1, et les calculer par le taux d'accroissement.

3. Montrer que n'est pourtant pas continue en , en étudiant le long de la droite d'équation .

4. Qu'en conclure sur la classe de en , et sur la portée de l'existence des dérivées partielles ?

Partie B

On définit par et, pour ,

1. Montrer que est continue en .

2. Calculer les dérivées partielles de en .

3. Montrer que n'admet pas de développement limité d'ordre 1 en . En déduire que n'est de classe sur aucun ouvert contenant l'origine.

4. Récapituler la hiérarchie des trois propriétés (existence des dérivées partielles, continuité, classe ) et les implications valides.

Exercice 15 ★★★★Limites en l'origine par passage en polaires

Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polaires

Toutes les fonctions de cet exercice sont définies sur et l'on cherche si elles admettent une limite en .

La méthode. Tout point s'écrit et avec et , et équivaut à . Pour conclure que la limite vaut , il faut obtenir une majoration de la forme , où et où le majorant est indépendant de .

1. Étudier l'existence d'une limite en pour les trois fonctions suivantes.

a.

b.

c.

2. On pose maintenant .

a. Montrer que la restriction de à toute droite passant par l'origine, privée de l'origine, tend vers en . On traitera séparément la droite d'équation et les droites d'équation , .

b. Calculer pour . Qu'en conclure quant à l'existence d'une limite de en ?

c. Écrire en coordonnées polaires. Que vaut la limite quand , à fixé ? Pourquoi cela ne permet-il pas de conclure ?

3. Énoncer la conclusion méthodologique sur le passage en polaires.

Exercice 16 ★★★★Dérivées partielles en coordonnées polaires

Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polaires

Soit une fonction de classe sur . On pose, pour tout ,

1. Justifier que est de classe sur , puis exprimer et à l'aide des dérivées partielles de évaluées au point .

2. Soit . Inverser le système obtenu à la question précédente : exprimer et en fonction de , , et .

3. Application. On cherche toutes les fonctions de classe sur l'ouvert vérifiant

On conserve la notation , définie cette fois sur .

a. Montrer que la relation demandée équivaut à sur .

b. En travaillant à fixé sur l'intervalle , en déduire la forme de , puis vérifier la réciproque.

4. Vérifier le résultat sur l'exemple , définie sur le demi-plan ouvert .

Exercice 17 ★★★★Fonctions constantes sur un ouvert convexe

Caractérisation des fonctions constantes sur un ouvert convexeRègle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polaires

1. Soit un ouvert convexe de et une fonction de classe sur telle que pour tout . Montrer que est constante sur . On pourra fixer et dans et introduire pour .

2. Soit la réunion de deux boules ouvertes disjointes de . Construire sur une fonction de classe , de gradient nul en tout point, et non constante. Que conclure quant à l'hypothèse faite sur à la question 1 ?

3. Déterminer toutes les fonctions de classe sur telles que

4. Montrer qu'il n'existe en revanche aucune fonction de classe sur telle que et .

Exercice 18 ★★★★Le théorème de Schwarz et son contre-exemple

Dérivées partielles d'ordre 2, fonctions de classe C2, théorème de Schwarz, matrice hessienne

Dans tout l'exercice, on note et .

1. Calculer les deux dérivées croisées des fonctions suivantes et vérifier qu'elles coïncident. Quel théorème permettait de le prévoir ?

a. sur

b. sur

2. On pose et, pour ,

a. Justifier que est de classe sur et y calculer et .

b. En déduire pour , puis pour .

c. Montrer que .

d. En déduire et .

e. Conclure sur la classe de en . Y a-t-il contradiction avec le théorème de Schwarz ?

3. Que retenir de tout cela en pratique ?

Exercice 19 ★★★★Développement de Taylor-Young à l'ordre deux

Formule de Taylor-Young à l'ordre 2

On rappelle la formule de Taylor-Young à l'ordre 2 pour une fonction de classe sur un ouvert de contenant , écrite avec :

1. Écrire le développement limité à l'ordre 2 en des fonctions suivantes, en calculant leur gradient et leur matrice hessienne en .

a.

b.

c.

2. Retrouver les développements de a et b en composant des développements limités d'une seule variable, et constater l'accord.

3. Soit , définie sur le demi-plan ouvert . En posant et , écrire le développement limité à l'ordre 2 de au point .

4. Soit . Écrire son développement à l'ordre 2 en , vérifier que est un point critique de , et dire ce que ce développement apprend sur la nature de ce point.

Exercice 20 ★★★★Extremums d'une fonction polynomiale

Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire d'ordre 1Condition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)

On considère la fonction définie sur par .

1. Justifier que est de classe sur et déterminer ses points critiques.

2. Calculer la matrice hessienne en un point quelconque, puis en chacun des points critiques.

3. Déterminer la nature de chacun de ces points critiques.

4. Montrer que n'admet ni maximum global ni minimum global sur .

5. Retrouver, sans utiliser la matrice hessienne, que n'est pas un extremum local : on étudiera le long des droites d'équations et au voisinage de l'origine.

6. La valeur est-elle le minimum de sur le quart de plan fermé ?

Exercice 21 ★★★★Un maximum sur un disque fermé

Recherche d'extremums globaux sur une partie de Rp

On note le disque unité fermé, le disque ouvert associé, et on considère

1. Justifier que admet un maximum global et un minimum global sur .

2. Déterminer les points critiques de appartenant à .

3. Étude sur le bord. En paramétrant le cercle unité par et avec , étudier les variations de la fonction et déterminer ses extremums.

4. Conclure : préciser le maximum global et le minimum global de sur , leurs valeurs exactes et les points où ils sont atteints.

5. Expliquer pourquoi la recherche des seuls points critiques ne suffit pas lorsque le domaine d'étude est fermé.

Exercice 22 ★★★Le laplacien en coordonnées polaires

Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polairesDérivées partielles d'ordre 2, fonctions de classe C2, théorème de Schwarz, matrice hessienne

Soit une fonction de classe sur l'ouvert . On appelle laplacien de la fonction

On passe en coordonnées polaires en posant, pour et ,

1. Justifier que est de classe , puis exprimer et à l'aide des dérivées partielles de .

2. Calculer et .

3. En déduire l'expression du laplacien en coordonnées polaires

puis contrôler cette formule par un calcul direct sur , puis sur .

4. Une fonction est dite harmonique lorsque . Déterminer toutes les fonctions harmoniques sur de la forme , où est de classe sur .

5. Interpréter physiquement ce résultat en deux phrases.

Exercice 23 ★★★L'équation des ondes et le changement de variables

Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polairesDérivées partielles d'ordre 2, fonctions de classe C2, théorème de Schwarz, matrice hessienne

Soit . Une fonction de classe sur , dont on note les variables, vérifie l'équation des ondes de célérité lorsque

On effectue le changement de variables suggéré par l'énoncé en posant, pour ,

1. Vérifier que poser et revient exactement à poser et , et que l'on a . Justifier que est de classe sur , puis exprimer et à l'aide des dérivées partielles de .

2. Calculer et en déduire que vérifie l'équation des ondes si et seulement si sur .

3. En déduire que les solutions de classe de l'équation des ondes sont exactement les fonctions de la forme , avec et de classe sur .

4. Interpréter physiquement cette forme générale.

5. Vérifier directement que est solution.

Exercice 24 ★★★Fonctions homogènes et relation d'Euler

Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polairesDérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1Gradient, lien avec la différentielle et le produit scalaire, direction de plus forte pente

Soit et . On remarquera que est un ouvert stable par dilatation : si et , alors .

Soit . Une fonction de classe sur est dite homogène de degré lorsque

1. Vérifier l'homogénéité des trois fonctions suivantes, définies sur , et donner leur degré :

a.

b.

c.

2. Relation d'Euler, sens direct. Montrer que si est homogène de degré , alors

3. Réciproque. Montrer que si est de classe sur et vérifie pour tout , alors est homogène de degré . On pourra étudier à fixé.

4. Montrer que les dérivées partielles d'une fonction homogène de degré et de classe sont homogènes de degré .

5. Vérifier explicitement les résultats des questions 2 et 4 sur la fonction , puis contrôler la relation d'Euler au point .

Exercice 25 ★★★Quand la hessienne ne tranche pas

Condition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)

Pour une fonction de classe sur un ouvert de et un point critique , la condition d'ordre 2 conclut lorsque est définie positive (minimum local strict) ou lorsqu'elle n'est pas positive (pas de minimum). Cet exercice explore le cas dégénéré , où le critère est muet.

1. Pour chacune des quatre fonctions suivantes, définies sur :

a.

b.

c.

d.

montrer que est un point critique, calculer et vérifier que son déterminant est nul, puis déterminer la nature du point par l'étude directe du signe de .

2. Soit .

a. Montrer que est un point critique de et que est dégénérée.

b. Soit une droite passant par l'origine. Montrer que la restriction de à admet en un minimum local strict.

c. Calculer et en déduire que n'admet pas d'extremum local en .

3. Dégager la morale méthodologique de l'exercice en trois phrases.

Exercice 26 ★★★Extremums sur un triangle plein

Recherche d'extremums globaux sur une partie de Rp

On considère le triangle plein

et la fonction définie sur par .

1. Justifier que est une partie fermée, bornée et non vide de , et en déduire que admet sur un maximum global et un minimum global.

2. Déterminer les points critiques de appartenant à .

3. Étudier sur les trois côtés du triangle.

4. Conclure : donner le maximum global et le minimum global de sur , et préciser où ils sont atteints.

5. Déterminer la nature du point critique trouvé à la question 2 à l'aide de la hessienne, et vérifier la cohérence avec la question 4.

6. En déduire le maximum de lorsque , , sont trois réels positifs de somme , puis retrouver l'inégalité arithmético-géométrique .

Exercice 27 ★★★La méthode des moindres carrés

Recherche d'extremums globaux sur une partie de RpExtremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire d'ordre 1

On dispose de points expérimentaux , pour , avec et les non tous égaux. On cherche la droite d'équation qui rend minimale la somme des carrés des écarts verticaux

On note et les deux moyennes.

1. Justifier que est de classe sur et calculer et .

2. Montrer que admet un unique point critique et l'exprimer à l'aide de , , et . On justifiera soigneusement que .

3. Calculer la hessienne de et montrer qu'elle est définie positive en tout point.

4. Montrer que réalise un minimum global strict de sur .

5. Application. En spectrophotométrie, la loi de Beer-Lambert prévoit une absorbance affine en la concentration . Une droite d'étalonnage donne les mesures suivantes :

(en mmolL)

Déterminer la droite des moindres carrés , puis vérifier les deux équations du point critique sur les écarts.

Exercice 28 ★★★Minimiser une forme quadratique

Condition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)Recherche d'extremums globaux sur une partie de Rp

Soit . On munit de son produit scalaire canonique , en identifiant un vecteur à la colonne de ses coordonnées. Soient une matrice symétrique définie positive et . On pose

1. Justifier que est de classe sur et montrer, par un calcul en coordonnées, que . On précisera où intervient la symétrie de .

2. Montrer que est inversible et en déduire que admet un unique point critique .

3. Calculer et en déduire que admet en un minimum local strict.

4. Établir l'identité et en déduire que ce minimum est global et strict.

5. Exprimer la valeur de ce minimum en fonction de et .

6. Application. On prend , et . Vérifier que , puis déterminer et la valeur du minimum.

Exercice 29 ★★★Distance d'un point à un plan

Recherche d'extremums globaux sur une partie de RpGradient, lien avec la différentielle et le produit scalaire, direction de plus forte pente

Dans muni de sa structure euclidienne canonique, on considère le plan d'équation , où , et un point . On veut calculer la distance de à , c'est-à-dire la plus petite des longueurs lorsque décrit , par le calcul différentiel. Quitte à permuter les rôles des trois coordonnées, on suppose dans tout l'exercice .

1. Paramétrer par deux variables, puis écrire le carré de la distance comme une fonction de ces deux variables. Expliquer pourquoi minimiser revient à minimiser la distance.

2. Déterminer le point critique de .

3. Calculer la matrice hessienne de et vérifier qu'elle appartient à . Montrer ensuite, par un calcul exact, que le minimum local obtenu est en réalité un minimum global strict.

4. En déduire que .

5. Retrouver ce résultat par la projection orthogonale, puis traiter l'exemple et .

Exercice 30 ★★★Dérivée de l'inverse d'une matrice

Opérations : dérivée de L(f), de B(f, g), d'une application p-linéaire, composition, classe Ck

Soit un intervalle de et une fonction dérivable telle que pour tout . On identifie à : une fonction à valeurs matricielles est dérivable si et seulement si chacun de ses coefficients l'est.

1. Justifier que est dérivable sur et ne s'annule pas.

2. On rappelle la formule . En déduire que est dérivable sur .

3. En dérivant la relation , établir que pour tout ,

4. Application. Soit pour . Calculer , dériver directement chacun de ses coefficients, puis retrouver le résultat par la formule de la question 3.

5. Pourquoi n'écrit-on pas ? On donnera un contre-exemple explicite.

Exercice 31 ★★★★Résoudre une relation aux dérivées partielles

Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polairesCaractérisation des fonctions constantes sur un ouvert convexe

Dans les deux premières parties, le changement de variables est fourni par l'énoncé : il n'y a qu'à appliquer la règle de la chaîne, puis à intégrer une relation du type « dérivée nulle ».

Partie A

Déterminer toutes les fonctions de classe sur vérifiant

On posera et , puis .

1. Vérifier la cohérence de ce changement de variables et justifier que est de classe sur .

2. Calculer et montrer que l'équation équivaut à sur .

3. Conclure que les solutions sont exactement les , avec de classe sur (on vérifiera la réciproque).

Partie B

Déterminer toutes les fonctions de classe sur vérifiant

On posera , et .

4. Montrer que l'équation équivaut à sur .

5. En déduire que les solutions sont exactement les , avec et de classe sur (on vérifiera la réciproque).

Partie C

6. Vérifier directement que est solution de l'équation de la partie B.

Exercice 32 ★★★★Une inégalité démontrée par optimisation

Recherche d'extremums globaux sur une partie de RpCondition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)

On considère l'ouvert de et la fonction

1. Justifier que est de classe sur , calculer son gradient et déterminer son unique point critique.

2. Calculer la matrice hessienne de en ce point et en déduire qu'il s'agit d'un minimum local strict.

3. Montrer que ce minimum est global sur . On posera pour et l'on étudiera .

4. En déduire que, pour tous réels et ,

avec égalité si et seulement si .

5. Autre méthode sur un cas particulier. Déterminer le minimum global de sur l'ensemble , en éliminant la contrainte par la substitution , et vérifier la cohérence avec la question 4.

Exercice 33 ★★★★Dimensionner une cuve

Recherche d'extremums globaux sur une partie de RpExtremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire d'ordre 1

Un atelier de chimie doit faire fabriquer une cuve parallélépipédique ouverte sur le dessus, de volume intérieur imposé . On note et les côtés de la base et la hauteur, tous strictement positifs, exprimés en mètres. La cuve comporte donc un fond et quatre parois latérales, et la surface de tôle nécessaire est

On cherche les dimensions qui minimisent cette surface.

1. Éliminer la contrainte par substitution et écrire la fonction de deux variables à minimiser sur l'ouvert .

2. Déterminer les points critiques de .

3. Préciser la nature de chaque point critique à l'aide de la matrice hessienne.

4. Démontrer que admet un minimum global sur et qu'il est atteint en un unique point. On montrera que dépasse la valeur trouvée en 2. en dehors d'un carré bien choisi, puis on invoquera le théorème des bornes atteintes sur .

5. Conclure : dimensions optimales, surface minimale, et relation remarquable entre la hauteur et le côté de la base.

Exercice 34 ★★★★Extremums d'une fonction de trois variables

Condition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)Formule de Taylor-Young à l'ordre 2

On considère la fonction définie sur par

1. Justifier la régularité de , calculer son gradient et résoudre le système par la méthode du pivot.

2. Écrire la matrice hessienne de et montrer qu'elle appartient à , en réduisant la forme quadratique en somme de carrés.

3. Conclure au minimum local strict, puis montrer que ce minimum est global.

4. Donner la valeur du minimum.

5. Que se passerait-il si l'on remplaçait par dans l'expression de ?

Exercice 35 ★★★★Relations entre dérivées partielles en thermodynamique

Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polairesDérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1

Les physiciens notent la dérivée partielle de par rapport à , la variable étant maintenue fixée. Cet exercice établit une relation classique entre trois dérivées partielles de ce type, et explique pourquoi son membre de droite vaut et non .

Partie A : le gaz parfait

L'équation d'état (avec et constantes strictement positives) permet d'exprimer chacune des trois grandeurs en fonction des deux autres, pour :

1. Calculer fixé), fixé) et fixé).

2. Montrer que le produit de ces trois dérivées partielles vaut .

3. Expliquer en deux phrases pourquoi une « simplification » de type fractions est trompeuse ici.

Partie B : cas général

Soit une fonction de classe sur un ouvert de et un état vérifiant . On admet qu'au voisinage de cet état on peut exprimer indifféremment comme fonction de classe de , comme fonction de et comme fonction de , ces trois écritures décrivant la même relation. On suppose de plus que les trois dérivées partielles de sont non nulles au point considéré.

4. En dérivant l'identité par rapport à à fixé, exprimer à l'aide des dérivées partielles de .

5. Procéder de même pour les deux autres et en déduire la relation générale

6. Application au gaz de van der Waals, d'équation , avec et : vérifier la relation en prenant .

Exercice 36 ★★★★Étude complète d'une surface de réponse

Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1Formule de Taylor-Young à l'ordre 2Condition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)Recherche d'extremums globaux sur une partie de Rp

Un plan d'expériences modélise l'écart de rendement d'une réaction (en points, par rapport à un protocole de référence) par la fonction définie sur par

est la température réduite et la concentration réduite, deux variables centrées qui peuvent être négatives. Cette fonction est appelée surface de réponse du plan d'expériences.

1. Justifier la régularité de et calculer son gradient.

2. Déterminer tous les points critiques de .

3. Calculer la matrice hessienne et préciser la nature de chaque point critique.

4. Écrire le développement de Taylor-Young de à l'ordre au point et interpréter le terme quadratique.

5. La fonction admet-elle des extremums globaux sur ? On pourra utiliser l'inégalité .

6. Déterminer les extremums de sur le domaine admissible : existence, étude de l'intérieur, puis des quatre côtés du bord, et comparaison.

7. Conclure en une phrase pour le chimiste.

Le devoir surveillé

Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3,5 points) — Une bille sur un rail hélicoïdal

Un banc de calibrage comporte une rainure hélicoïdale usinée sur un cylindre vertical. Une bille y descend en étant repérée, à l'instant , par le vecteur position

, et sont trois constantes du dispositif. On note le troisième vecteur de la base canonique de et le produit scalaire canonique.

1. (0,5 pt) Justifier que est de classe sur , puis calculer le vecteur vitesse et le vecteur accélération .

2. (0,5 pt) Montrer que et ne dépendent pas de et donner leurs valeurs.

3. (0,5 pt) Écrire le développement limité d'ordre de en .

4. (0,5 pt) En dérivant , montrer que pour tout . Retrouver ce résultat par le calcul direct.

5. (0,75 pt) On pose , vecteur unitaire qui tourne avec la bille. Calculer et vérifier le résultat obtenu en dérivant ce produit scalaire.

6. (0,75 pt) Pour tout , on note l'angle entre et . Montrer que est constante et exprimer en fonction de , et .

Exercice 2 (4 points) — Un raccord qui n'est pas de classe $\mathcal{C}^1$

On considère la fonction définie par

On note .

1. (0,5 pt) Justifier que est un ouvert de et que est de classe sur .

2. (0,5 pt) Montrer que est continue en .

3. (0,5 pt) Montrer que admet des dérivées partielles d'ordre en et les calculer.

4. (0,75 pt) Soit . Montrer que admet en une dérivée selon le vecteur et que .

5. (0,75 pt) En déduire que n'admet pas de développement limité d'ordre en .

6. (0,5 pt) Calculer pour .

7. (0,5 pt) Étudier la limite éventuelle de en et conclure quant à la classe de sur .

Exercice 3 (4 points) — Profil de concentration dans un réacteur

Dans un réacteur à écoulement piston, le fluide se déplace en bloc à la vitesse constante le long de l'axe . On note la concentration du réactif à l'abscisse et à l'instant . En l'absence de diffusion et de réaction, le bilan de matière conduit à l'équation

Partie A — transport à vitesse constante. Dans cette partie, est une fonction de classe sur . On pose, pour ,

1. (0,5 pt) Justifier que est de classe sur et exprimer et à l'aide des dérivées partielles de .

2. (0,75 pt) Montrer que vérifie (T) si et seulement s'il existe une fonction de classe sur telle que pour tout .

3. (0,5 pt) On suppose que vérifie (T) et que le profil initial est , où et . Déterminer et interpréter le résultat en une phrase.

Partie B — une équation d'ordre 2. On cherche maintenant les fonctions de classe sur , de variables notées , vérifiant

On pose et , c'est-à-dire et , puis

4. (0,5 pt) Justifier que est de classe sur et montrer que , les dérivées partielles de étant évaluées au point .

5. (1 pt) Montrer que vérifie (E) si et seulement si sur .

6. (0,75 pt) En déduire que les solutions de (E) sont exactement les fonctions de la forme

et sont deux fonctions de classe sur . On vérifiera la réciproque par le calcul.

Exercice 4 (4,5 points) — Réglage d'un procédé de séchage

Un procédé de séchage est piloté par deux réglages indépendants, notés et , exprimés en écart au réglage nominal. Un plan d'expériences conduit à modéliser l'énergie consommée (en unités arbitraires) par

1. (0,5 pt) Justifier que est de classe sur et calculer .

2. (1 pt) Déterminer tous les points critiques de sur .

3. (0,5 pt) Calculer la matrice hessienne en un point quelconque, puis son déterminant et sa trace.

4. (1 pt) Déterminer la nature de chacun des points critiques trouvés à la question 2.

5. (0,5 pt) La fonction admet-elle un extremum global sur ?

6. Soit .

a. (0,5 pt) Écrire la formule de Taylor-Young à l'ordre pour en , puis montrer directement que la forme quadratique obtenue est définie positive.

b. (0,5 pt) En déduire une valeur approchée de , puis comparer à la valeur exacte.

Exercice 5 (4 points) — Réglage optimal sur un domaine admissible

Un échangeur thermique est piloté par deux débits réglables et , exprimés en unités normalisées, chacun pouvant varier entre et . Le coût de fonctionnement est modélisé par

1. (0,5 pt) Justifier que admet sur un minimum global et un maximum global, en énonçant précisément les hypothèses utilisées.

2. (0,5 pt) Déterminer les points critiques de situés dans l'ouvert et calculer la valeur de en ces points.

3. (1,5 pt) On étudie sur le bord de , réunion de quatre segments.

a. Étudier les variations de sur et donner son minimum et son maximum.

b. Même travail pour sur .

c. Même travail pour sur .

d. Même travail pour sur .

4. (0,75 pt) Rassembler les valeurs candidates dans un tableau et conclure : donner le minimum global et le maximum global de sur , ainsi que les points où ils sont atteints.

5. (0,75 pt) En écrivant sous forme canonique, montrer que le minimum trouvé est en fait le minimum global de sur tout entier. Interpréter en une phrase pour le réglage de l'échangeur.

Bloqué sur « Calcul différentiel » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.