PC · Chapitre 07
Calcul différentiel
Dérivabilité des fonctions vectorielles, fonctions de plusieurs variables, dérivées partielles, gradient, fonctions de classe C², matrice hessienne, formule de Taylor-Young à l'ordre 2, extremums.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Dérivabilité des fonctions vectorielles
- Fonctions de plusieurs variables
- Dérivées partielles
- Gradient
- Fonctions de classe C²
- Matrice hessienne
- Formule de Taylor-Young à l'ordre 2
- Extremums
Le cours
En première année, vous avez appris à dériver une fonction f:I→R définie sur un intervalle de R et à valeurs réelles. Tout le calcul différentiel de PC consiste à faire sauter, l'une après l'autre, les deux restrictions contenues dans cette phrase : « à valeurs réelles », puis « définie sur un intervalle de R ». Le chapitre est donc double, et il faut voir dès le départ que ses deux moitiés ne présentent pas du tout la même difficulté.
La première généralisation porte sur l'ensemble d'arrivée. On considère des fonctions f:I→Rn, encore définies sur un intervalle de R : on ne dérive toujours que par rapport à une seule variable. Cette moitié-là est facile, et pour une raison précise : dériver une fonction à valeurs dans Rn revient exactement à dériver ses n coordonnées, qui sont des fonctions numériques déjà connues. Ce qui est réellement nouveau, ce ne sont pas les définitions, ce sont les règles de dérivation des opérations : image par une application linéaire, par une application bilinéaire, par une application p-linéaire. Ces trois énoncés, d'apparence abstraite, sont en fait trois outils de calcul très concrets, puisqu'ils fournissent d'un coup la dérivée d'un produit scalaire t↦⟨f(t),g(t)⟩, d'une norme au carré t↦∥f(t)∥2 et d'un déterminant t↦det(C1(t),…,Cn(t)).
La seconde généralisation porte sur l'ensemble de départ, et elle est beaucoup plus délicate. Dès que la source est Rp avec p⩾2, il n'y a plus une seule façon de s'approcher d'un point a : il y en a une infinité, une par direction, et même une infinité de chemins par direction. On peut certes dériver le long de chacun des axes, et l'on obtient les dérivées partielles, déjà rencontrées en PCSI. Mais l'expérience du chapitre, et son piège central, est que ces p nombres sont beaucoup trop pauvres pour décrire le comportement local de f : il existe des fonctions dont les deux dérivées partielles existent en un point et qui n'y sont même pas continues. La bonne notion n'est donc pas « f admet des dérivées partielles », mais « f est de classe C1 », c'est-à-dire « f admet des dérivées partielles continues ». Sous cette hypothèse, et sous elle seulement, tout redevient simple : f admet un développement limité d'ordre 1, elle est continue, ses dérivées selon un vecteur se calculent par une formule linéaire, et la règle de la chaîne s'applique.
Les applications en physique et en chimie sont partout, et elles ne sont pas décoratives : elles ont dicté le contenu du programme. La première moitié du chapitre est le langage de la cinématique : si f(t) est le vecteur position d'un point mobile, f′(t) est son vecteur vitesse, f′′(t) son vecteur accélération, et ∥f′(t)∥ sa vitesse scalaire. Le résultat « ∥f∥ constante équivaut à ⟨f,f′⟩=0 » est exactement l'énoncé qui dit qu'un point astreint à rester sur un cercle ou sur une sphère a une vitesse orthogonale à son rayon. La seconde moitié est le langage des champs : le gradient d'un champ de température, dont l'opposé donne le sens de diffusion de la chaleur, le gradient d'un champ de concentration en cinétique chimique, le gradient d'une énergie potentielle dont dérive une force. Et la recherche d'extremums est le cœur de toute optimisation de rendement : un chimiste qui cherche le couple (T,p) maximisant le rendement d'une réaction, ou qui ajuste une surface de réponse à des données expérimentales, résout exactement le problème traité dans la dernière section.
Le chapitre a d'ailleurs une destination très claire, et il vaut mieux la connaître dès la première ligne : la recherche des extremums d'une fonction de deux ou trois variables. Tout y converge. La condition nécessaire d'ordre 1 — un extremum local en un point intérieur est un point critique — n'utilise que le gradient. La condition suffisante d'ordre 2 utilise la formule de Taylor-Young et la matrice hessienne, qui est une matrice symétrique réelle : c'est là que le chapitre sur les endomorphismes des espaces euclidiens revient jouer un rôle décisif, puisque c'est le théorème spectral qui permet de lire le comportement de f sur le signe des valeurs propres de la hessienne, et donc en dimension 2 sur son déterminant et sa trace.
Fixons enfin les notations, valables dans tout le chapitre. Dans la première section, I désigne un intervalle de R non réduit à un point et les fonctions vont de I dans Rn, muni de sa base canonique (ε1,…,εn) ; comme Rn est de dimension finie, toutes les normes y sont équivalentes et la notion de limite ne dépend pas de la norme choisie. Dans les sections suivantes, Ω désigne un ouvert de Rp, avec p=2 ou p=3 en pratique, Rp étant muni de sa base canonique (e1,…,ep), de son produit scalaire canonique ⟨u,v⟩=∑iuivi et de la norme euclidienne associée ∥u∥=⟨u,u⟩. Les fonctions y sont à valeurs réelles, ce qui n'est pas une perte de généralité : l'étude d'une fonction de Rp dans Rn se ramène à celle de ses n coordonnées. Un point de Rp s'écrit en ligne, (x,y) ou (x,y,z) ou (x1,…,xp) ; on ne passe en colonne que dans un calcul matriciel. Attention à une collision de lettres inévitable, puisqu'elle vient du programme lui-même : la lettre p désigne le nombre de facteurs dans « application p-linéaire » (première section) et le nombre de variables dans Rp (sections suivantes).
Un mot, pour finir, sur la rédaction attendue. Le programme de PC demande explicitement d'éviter tout excès de rigueur et de se limiter à la vérification des hypothèses cruciales. Concrètement : on ne rédige pas d'épsilontique, on ne redémontre pas qu'une fonction polynomiale est de classe C∞, mais on écrit toujours, avant d'appliquer un théorème, la phrase qui en vérifie les hypothèses décisives : « Ω est un ouvert », « f est de classe C1 comme quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas », « le point a est intérieur », « la partie est fermée bornée non vide donc f y est bornée et atteint ses bornes ». Quatre résultats seulement seront admis dans ce chapitre, et tous les quatre figurent parmi ceux dont le programme dispense de démonstration : la dérivée de M(f1,…,fp) pour M p-linéaire, l'existence du développement limité d'ordre 1 d'une fonction de classe C1, le théorème de Schwarz et la formule de Taylor-Young à l'ordre 2. Tout le reste est démontré.
Dérivabilité des fonctions vectorielles
Dans toute cette section, I est un intervalle de R non réduit à un point, n un entier naturel non nul, et les fonctions considérées vont de I dans Rn.
Dérivée en un point, dérivée sur un intervalle
La définition est mot pour mot celle de PCSI : seul change le fait que le taux d'accroissement est maintenant un vecteur de Rn, et que la limite est prise dans Rn.
Définition
Soit f:I→Rn et a∈I. On dit que f est dérivable en a lorsque le taux d'accroissement
τa(h)=hf(a+h)−f(a)admet une limite dans Rn quand h tend vers 0 (avec h=0 et a+h∈I). Cette limite est alors unique ; on l'appelle le vecteur dérivé de f en a et on la note f′(a).
On dit que f est dérivable sur I lorsqu'elle est dérivable en tout point de I. L'application f′:I→Rn est alors appelée fonction dérivée de f.
Remarque
Le quotient hf(a+h)−f(a) a un sens : f(a+h)−f(a) est un vecteur de Rn et h un réel non nul, on multiplie donc un vecteur par le scalaire 1/h. En revanche, il n'y a pas de « division par un vecteur » : c'est bien parce que la variable reste réelle que la définition tient telle quelle.
Comme Rn est de dimension finie, toutes les normes y sont équivalentes, donc la convergence du taux d'accroissement ne dépend pas de la norme choisie pour l'exprimer. On n'a donc jamais à préciser « dérivable pour telle norme ».
La première caractérisation est celle qui servira le plus souvent dans les démonstrations, parce qu'elle transforme une limite en une égalité.
Propriété
Caractérisation par le développement limité d'ordre 1. Soit f:I→Rn, a∈I et ℓ∈Rn. Les deux assertions suivantes sont équivalentes :
(i) f est dérivable en a et f′(a)=ℓ ;
(ii) f admet en a le développement limité d'ordre 1
f(a+h)=f(a)+hℓ+o(h).Démonstration. Rappelons que l'écriture u(h)=o(h), pour une fonction u à valeurs dans Rn, signifie qu'il existe une fonction ε à valeurs dans Rn, de limite nulle en 0, telle que u(h)=hε(h) au voisinage de 0.
Pour h=0 tel que a+h∈I, posons
ε(h)=hf(a+h)−f(a)−ℓ,ce qui est licite puisque h=0. En multipliant par h et en réordonnant, on obtient l'identité, valable pour tout tel h,
f(a+h)=f(a)+hℓ+hε(h).Supposons (i). Alors hf(a+h)−f(a)→ℓ quand h→0, c'est-à-dire ε(h)→0. L'identité ci-dessus s'écrit donc f(a+h)=f(a)+hℓ+o(h), ce qui est (ii).
Réciproquement, supposons (ii). Il existe alors une fonction η de limite nulle en 0 telle que f(a+h)=f(a)+hℓ+hη(h). En comparant avec l'identité ci-dessus, on obtient hε(h)=hη(h), donc ε(h)=η(h) pour h=0, et par suite ε(h)→0. Cela signifie exactement que le taux d'accroissement tend vers ℓ, c'est-à-dire (i). □
La seconde caractérisation est celle qui sert le plus souvent en calcul : elle ramène tout à la première année.
Propriété
Caractérisation par les coordonnées. Soit f:I→Rn, de coordonnées f=(f1,…,fn) dans la base canonique de Rn, et soit a∈I. Alors f est dérivable en a si et seulement si chacune des n fonctions numériques f1,…,fn est dérivable en a, et dans ce cas
f′(a)=(f1′(a),…,fn′(a)).Le même énoncé vaut pour la dérivabilité sur I tout entier.
Démonstration. La démonstration repose sur un seul fait, acquis au chapitre des espaces vectoriels normés : dans Rn, une suite ou une fonction converge si et seulement si chacune de ses n coordonnées converge, et la limite est alors le vecteur des limites. C'est immédiat avec la norme ∥u∥∞=max1⩽j⩽n∣uj∣, puisque ∣uj∣⩽∥u∥∞⩽∑k∣uk∣ ; et comme toutes les normes de Rn sont équivalentes, le résultat ne dépend pas de la norme.
Soit alors h=0 tel que a+h∈I. Le vecteur
τa(h)=hf(a+h)−f(a)a pour j-ième coordonnée le réel hfj(a+h)−fj(a), c'est-à-dire le taux d'accroissement de fj en a. D'après le fait rappelé, τa(h) admet une limite dans Rn quand h→0 si et seulement si chacun de ces n taux d'accroissement réels admet une limite dans R, c'est-à-dire si et seulement si chaque fj est dérivable en a ; et dans ce cas la limite est le vecteur (f1′(a),…,fn′(a)). □
Remarque
Cette propriété est la raison pour laquelle la première moitié du chapitre est facile : on ne dérive jamais autre chose que des fonctions numériques. En pratique, pour dériver une fonction à valeurs dans Rn, on dérive chaque coordonnée séparément, avec les règles de PCSI, et on range les résultats dans un vecteur.
Attention cependant : cette réduction aux coordonnées est confortable, mais elle est souvent maladroite pour les résultats structurels. Le calcul de la dérivée d'un produit scalaire ou d'un déterminant se fait beaucoup plus vite avec les règles de la sous-section « Opérations » qu'en développant en coordonnées.
Propriété
Dérivable implique continue. Si f:I→Rn est dérivable en a, alors f est continue en a.
Démonstration. Le développement limité d'ordre 1 donne f(a+h)=f(a)+hf′(a)+hε(h) avec ε(h)→0. Quand h→0, le terme hf′(a) tend vers 0Rn et le terme hε(h) aussi, donc f(a+h)→f(a) : c'est la continuité de f en a. □
Exemple
Une dérivée calculée de deux façons. Soit f:R→R2 définie par f(t)=(t2,t3), et calculons f′(1).
Par le taux d'accroissement. Pour h=0,
hf(1+h)−f(1)=h1((1+h)2−1, (1+h)3−1)=h1(2h+h2, 3h+3h2+h3)=(2+h, 3+3h+h2).Quand h→0, ce vecteur tend vers (2,3), donc f est dérivable en 1 et f′(1)=(2,3).
Par les coordonnées. Les fonctions t↦t2 et t↦t3 sont dérivables sur R, donc f l'est aussi, avec f′(t)=(2t,3t2). En t=1 : f′(1)=(2,3). Les deux méthodes concordent.
On notera au passage que f′(0)=(0,0) : le vecteur dérivé d'une fonction vectorielle peut parfaitement être nul sans que la fonction soit constante.
Interprétation cinématique
C'est le vocabulaire que la physique utilise en permanence, et le programme le mentionne explicitement. Il faut le maîtriser au même titre que les formules.
Définition
Soit f:I→Rn (avec n=2 ou n=3) dérivable, interprétée comme la position à l'instant t d'un point mobile M(t). On appelle alors :
- vecteur vitesse à l'instant t le vecteur f′(t) ;
- vitesse scalaire à l'instant t le réel positif ∥f′(t)∥ ;
- vecteur accélération à l'instant t le vecteur f′′(t), lorsqu'il existe.
Le mouvement est dit uniforme lorsque la vitesse scalaire ∥f′(t)∥ est constante.
Remarque
Il faut distinguer soigneusement deux énoncés qui se ressemblent et qui n'ont rien à voir. « f′ est constante » signifie que le vecteur vitesse ne change ni en norme ni en direction : le mouvement est rectiligne uniforme. « ∥f′∥ est constante » signifie seulement que la vitesse scalaire ne change pas : le mouvement est uniforme, mais la trajectoire peut tourner autant qu'elle veut.
Exemple
Mouvement circulaire uniforme. Soient R>0 et ω un réel non nul. On considère
f:R→R2,f(t)=(Rcos(ωt), Rsin(ωt)).Position. ∥f(t)∥2=R2cos2(ωt)+R2sin2(ωt)=R2, donc ∥f(t)∥=R : le point reste sur le cercle de centre l'origine et de rayon R.
Vitesse. En dérivant coordonnée par coordonnée,
f′(t)=(−Rωsin(ωt), Rωcos(ωt)),∥f′(t)∥=R∣ω∣.La vitesse scalaire est constante : le mouvement est bien uniforme.
Accélération.
f′′(t)=(−Rω2cos(ωt), −Rω2sin(ωt))=−ω2f(t),de norme Rω2. L'accélération est dirigée vers le centre : elle est centripète.
Orthogonalité. Enfin
⟨f(t),f′(t)⟩=−R2ωcos(ωt)sin(ωt)+R2ωsin(ωt)cos(ωt)=0,donc le vecteur vitesse est orthogonal au rayon à chaque instant. Ce n'est pas un accident : la sous-section suivante montre que c'est une conséquence générale du fait que ∥f∥ soit constante.
Opérations
Voici le cœur calculatoire de la section. Les cinq énoncés qui suivent servent en permanence ; pour les deux qui portent sur les applications bilinéaires et p-linéaires, le programme précise que leur démonstration n'est pas exigible. On démontre malgré tout le cas linéaire et le cas bilinéaire, qui sont courts et instructifs.
Propriété
Combinaison linéaire. Soient f,g:I→Rn dérivables en a et λ,μ∈R. Alors λf+μg est dérivable en a et
(λf+μg)′(a)=λf′(a)+μg′(a).En particulier, l'ensemble des fonctions dérivables de I dans Rn est un sous-espace vectoriel de l'ensemble des fonctions de I dans Rn, et f↦f′ y est linéaire.
Propriété
Image par une application linéaire. Soient f:I→Rn dérivable en a et L:Rn→Rm une application linéaire. Alors L∘f est dérivable en a et
(L∘f)′(a)=L(f′(a)).Démonstration. Soit h=0 tel que a+h∈I. Par linéarité de L,
hL(f(a+h))−L(f(a))=L(hf(a+h)−f(a)).Or L est une application linéaire entre espaces de dimension finie, donc elle est continue. Comme le taux d'accroissement de f tend vers f′(a) quand h→0, son image par L tend vers L(f′(a)). Le membre de gauche, qui est le taux d'accroissement de L∘f en a, converge donc vers L(f′(a)). □
Remarque
Retenez la formule sous la forme parlante : une application linéaire « traverse » la dérivation. Une conséquence utile : si A∈Mm,n(R) est une matrice fixe et X:I→Mn,1(R) une fonction colonne dérivable, alors t↦AX(t) est dérivable de dérivée AX′(t). La matrice, étant constante, sort simplement de la dérivation.
Propriété
Image par une application bilinéaire. Soient f:I→Rn et g:I→Rm dérivables en a, et B:Rn×Rm→Rq une application bilinéaire. Alors t↦B(f(t),g(t)) est dérivable en a et
(B(f,g))′(a)=B(f′(a),g(a))+B(f(a),g′(a)).Démonstration (donnée pour la culture : le programme précise que cette démonstration n'est pas exigible). Le point de départ est un découpage en deux morceaux, obtenu en ajoutant et retranchant B(f(a),g(a+h)) :
B(f(a+h),g(a+h))−B(f(a),g(a))=B(f(a+h)−f(a),g(a+h))+B(f(a),g(a+h)−g(a)),égalité qui n'utilise que la linéarité de B par rapport à sa première variable puis à sa seconde. En divisant par h=0 et en utilisant à nouveau la bilinéarité pour faire entrer le scalaire 1/h dans chaque argument, on obtient
hB(f(a+h),g(a+h))−B(f(a),g(a))=B(hf(a+h)−f(a),g(a+h))+B(f(a),hg(a+h)−g(a)).Une application bilinéaire entre espaces de dimension finie est continue. Quand h→0, le premier taux d'accroissement tend vers f′(a) et g(a+h)→g(a) par continuité de g, donc le premier terme tend vers B(f′(a),g(a)) ; le second tend vers B(f(a),g′(a)). □
Propriété
Image par une application p-linéaire (admis). Soient f1,…,fp des fonctions dérivables en a, fk étant à valeurs dans Rnk, et M une application p-linéaire définie sur Rn1×⋯×Rnp. Alors t↦M(f1(t),…,fp(t)) est dérivable en a et
(M(f1,…,fp))′(a)=k=1∑pM(f1(a),…,fk−1(a),fk′(a),fk+1(a),…,fp(a)).Autrement dit : on dérive un argument à la fois, en laissant les autres intacts, et on somme les p termes obtenus.
Propriété
Composition à la source. Soient J un intervalle de R, φ:J→R dérivable avec φ(J)⊂I, et f:I→Rn dérivable. Alors f∘φ est dérivable sur J et
(f∘φ)′(u)=φ′(u)×f′(φ(u)).Le facteur φ′(u) est un scalaire, le facteur f′(φ(u)) un vecteur : le produit est bien un vecteur de Rn.
Exemple
Vérification sur un exemple. Soient f(u)=(cosu,sinu) et φ(t)=t2. Alors (f∘φ)(t)=(cost2,sint2), dont la dérivée, calculée coordonnée par coordonnée, vaut
(−2tsint2, 2tcost2)=2t×(−sint2,cost2)=φ′(t)×f′(φ(t)).La formule est confirmée.
Méthode
Quelle règle appliquer ? Devant une expression à dériver en t, on identifie d'abord sa structure, avant tout calcul.
- L'expression est une somme de termes vectoriels : linéarité, on dérive terme à terme.
- L'expression est de la forme « objet fixe appliqué à une fonction » (AX(t), L(f(t)), une projection, une coordonnée) : c'est le cas linéaire, l'objet fixe sort de la dérivation.
- L'expression fait intervenir deux fonctions vectorielles liées par un produit scalaire, un produit de matrices, ou toute autre opération linéaire en chacune : c'est le cas bilinéaire, on applique la règle du produit.
- L'expression est un déterminant de n colonnes fonctions du temps : c'est le cas n-linéaire, on dérive une colonne à la fois.
- L'expression est une fonction vectorielle évaluée en un temps déformé φ(t) : c'est la composition à la source, on multiplie par le scalaire φ′(t).
Le réflexe fautif à éviter est de tout développer en coordonnées : c'est toujours possible, mais c'est souvent trois fois plus long et cela masque la structure du résultat.
Les quatre applications qui suivent sont les applications à connaître. Elles tombent dans tous les sujets, et il est bien plus rapide de les invoquer que de repasser par les coordonnées.
Dérivée d'un produit scalaire
Propriété
Produit scalaire. Soient f,g:I→Rn dérivables. Alors t↦⟨f(t),g(t)⟩ est dérivable sur I et
dtd⟨f(t),g(t)⟩=⟨f′(t),g(t)⟩+⟨f(t),g′(t)⟩.Démonstration. Le produit scalaire canonique B:(u,v)↦⟨u,v⟩ est une application bilinéaire de Rn×Rn dans R. La propriété sur les applications bilinéaires s'applique donc directement et donne la formule annoncée. □
Propriété
Norme au carré. Soit f:I→Rn dérivable. Alors t↦∥f(t)∥2 est dérivable sur I et
dtd∥f(t)∥2=2⟨f(t),f′(t)⟩.Démonstration. Il suffit d'écrire ∥f(t)∥2=⟨f(t),f(t)⟩ et d'appliquer la propriété précédente avec g=f :
dtd⟨f(t),f(t)⟩=⟨f′(t),f(t)⟩+⟨f(t),f′(t)⟩=2⟨f(t),f′(t)⟩par symétrie du produit scalaire. □
Propriété
Caractérisation des mouvements à norme constante. Soit f:I→Rn dérivable. Alors
∥f∥ est constante sur I⟺∀t∈I, ⟨f(t),f′(t)⟩=0.Autrement dit, un point mobile reste sur une sphère centrée à l'origine si et seulement si son vecteur vitesse est à tout instant orthogonal à son vecteur position.
Démonstration. Posons N(t)=∥f(t)∥2. Comme la fonction ∥f∥ est à valeurs positives, elle est constante sur I si et seulement si N l'est : en effet x↦x2 est injective sur R+, donc ∥f(t1)∥=∥f(t2)∥ équivaut à N(t1)=N(t2).
Par la propriété précédente, N est dérivable sur I avec N′(t)=2⟨f(t),f′(t)⟩.
Supposons ∥f∥ constante. Alors N est constante, donc N′=0, c'est-à-dire 2⟨f(t),f′(t)⟩=0 pour tout t, donc ⟨f(t),f′(t)⟩=0.
Réciproquement, supposons ⟨f(t),f′(t)⟩=0 pour tout t∈I. Alors N′=0 sur I. Or N est une fonction numérique dérivable de dérivée nulle sur un intervalle : elle est donc constante. Par conséquent ∥f∥=N est constante. □
Remarque
L'hypothèse « I est un intervalle » est cruciale dans le sens réciproque : c'est elle qui permet de conclure qu'une fonction numérique de dérivée nulle est constante. Sur une réunion de deux intervalles disjoints, la conclusion tomberait. On retrouvera exactement ce phénomène, en plusieurs variables, avec la caractérisation des fonctions constantes sur un ouvert convexe.
Ce résultat est un réflexe à avoir en cinématique : dès qu'un énoncé dit « le point M se déplace sur un cercle », « sur une sphère », « ∥OM∥ est constante », on écrit immédiatement ⟨f,f′⟩=0, et réciproquement.
Exemple
Un produit scalaire dérivé de deux façons. Soient f(t)=(t,t2,1) et g(t)=(cost,0,sint), toutes deux de classe C∞ sur R.
Par la règle. On a f′(t)=(1,2t,0) et g′(t)=(−sint,0,cost), donc
⟨f′(t),g(t)⟩=cost,⟨f(t),g′(t)⟩=−tsint+cost,et la dérivée cherchée vaut cost+(−tsint+cost)=2cost−tsint.
Par le calcul direct. ⟨f(t),g(t)⟩=tcost+0+sint, dont la dérivée est
(cost−tsint)+cost=2cost−tsint.Les deux résultats coïncident.
Exemple
Un mouvement sur une sphère. Soit α∈]0,2π[ fixé et
f(t)=(sinαcost, sinαsint, cosα).On calcule ∥f(t)∥2=sin2α(cos2t+sin2t)+cos2α=1 : le point reste sur la sphère unité. La caractérisation prédit donc ⟨f,f′⟩=0, ce que le calcul confirme :
f′(t)=(−sinαsint, sinαcost, 0),⟨f(t),f′(t)⟩=−sin2αcostsint+sin2αsintcost+0=0.La vitesse scalaire vaut ∥f′(t)∥=sinα, constante : le mouvement est uniforme, et d'autant plus rapide que le parallèle décrit est proche de l'équateur.
Dérivée d'un déterminant
Propriété
Dérivée d'un déterminant. Soient C1,…,Cn:I→Rn des fonctions dérivables. Alors la fonction
D:t⟼det(C1(t),…,Cn(t))(déterminant calculé dans la base canonique de Rn) est dérivable sur I et
D′(t)=k=1∑ndet(C1(t),…,Ck−1(t),Ck′(t),Ck+1(t),…,Cn(t)).On dérive une colonne à la fois et on somme les n déterminants obtenus.
Démonstration. Le déterminant de n vecteurs dans une base fixée est, par définition, une forme n-linéaire sur (Rn)n. La propriété admise sur les applications p-linéaires, appliquée avec p=n et M=det, donne exactement la formule annoncée. □
Exemple
Un déterminant 2×2 dérivé de deux façons. Posons
C1(t)=(tt2),C2(t)=(costsint),D(t)=det(C1(t),C2(t)).Méthode 1 : on développe, puis on dérive.
D(t)=tsint−t2cost,donc, par la règle du produit,
D′(t)=(sint+tcost)−(2tcost−t2sint)=sint−tcost+t2sint.Méthode 2 : on applique la formule. Ici C1′(t)=(12t) et C2′(t)=(−sintcost), d'où
det(C1′(t),C2(t))=12tcostsint=sint−2tcost,det(C1(t),C2′(t))=tt2−sintcost=tcost+t2sint.La somme vaut sint−2tcost+tcost+t2sint=sint−tcost+t2sint : les deux méthodes donnent bien le même résultat.
Remarque
Sur un exemple 2×2, développer d'abord est évidemment plus rapide. L'intérêt de la formule apparaît dès que la taille grandit, ou dès que les colonnes ne sont pas données explicitement : c'est alors le seul moyen de calculer D′. Elle sert aussi à démontrer des résultats de structure, par exemple à étudier la dérivée de t↦det(A(t)) pour une fonction matricielle A dérivable, en voyant A(t) comme la juxtaposition de ses colonnes.
Fonctions de classe Ck
Définition
Soit k∈N et f:I→Rn. On définit les dérivées successives de f par récurrence : f(0)=f et, si f(j) existe et est dérivable sur I, f(j+1)=(f(j))′.
On dit que f est de classe Ck sur I lorsque f est k fois dérivable sur I et que f(k) est continue sur I. On dit que f est de classe C∞ sur I lorsque f est de classe Ck pour tout k∈N.
Propriété
Caractérisation par les coordonnées. Avec f=(f1,…,fn), la fonction f est de classe Ck sur I si et seulement si chacune des n fonctions numériques fj l'est, et dans ce cas
f(k)=(f1(k),…,fn(k)).Propriété
Stabilité par les opérations. Soient f,g de classe Ck sur I, λ,μ∈R, L linéaire, B bilinéaire, M p-linéaire et φ:J→I de classe Ck à valeurs réelles. Alors les fonctions
λf+μg,L∘f,B(f,g),M(f1,…,fp),f∘φsont de classe Ck. En particulier t↦⟨f(t),g(t)⟩, t↦∥f(t)∥2 et t↦det(C1(t),…,Cn(t)) sont de classe Ck dès que leurs arguments le sont.
Exemple
Une hélice. Soit f:R→R3, f(t)=(cost,sint,t). Ses trois coordonnées sont de classe C∞ sur R, donc f aussi, avec
f′(t)=(−sint,cost,1),f′′(t)=(−cost,−sint,0).La vitesse scalaire vaut ∥f′(t)∥=sin2t+cos2t+1=2 : le mouvement est uniforme. En revanche ∥f(t)∥2=1+t2 n'est pas constante, et l'on vérifie que ⟨f(t),f′(t)⟩=−costsint+sintcost+t=t, qui n'est nul qu'en t=0 : cohérent avec la caractérisation des mouvements à norme constante.
Dérivées partielles et fonctions de classe C1
On change maintenant de côté : la variable devient vectorielle, et les fonctions sont à valeurs réelles. Le programme précise que l'on se limite en pratique à p=2 ou p=3 variables.
Ouverts, notations
Définition
Une partie Ω de Rp est un ouvert lorsque, pour tout a∈Ω, il existe un réel r>0 tel que la boule ouverte B(a,r)={x∈Rp;∥x−a∥<r} soit incluse dans Ω.
Cette notion est acquise depuis le chapitre sur les espaces vectoriels normés ; on rappelle seulement les exemples usuels, qui suffiront ici : Rp tout entier, une boule ouverte, un demi-plan ouvert {(x,y);x>0}, le complémentaire d'un point comme R2∖{(0,0)}, ou encore un ensemble défini par une inégalité stricte portant sur une fonction continue.
Il faut comprendre pourquoi tout le chapitre se déroule sur un ouvert, et la raison est parfaitement concrète : on veut pouvoir bouger un peu dans toutes les directions à partir de n'importe quel point.
Propriété
Soit Ω un ouvert de Rp, a∈Ω et v∈Rp un vecteur non nul. Alors il existe δ>0 tel que
∀t∈]−δ,δ[,a+tv∈Ω.Démonstration. Comme Ω est ouvert, il existe r>0 tel que B(a,r)⊂Ω. Posons δ=∥v∥r, licite puisque v=0. Pour ∣t∣<δ, on a ∥(a+tv)−a∥=∣t∣⋅∥v∥<δ∥v∥=r, donc a+tv∈B(a,r)⊂Ω. □
Remarque
C'est cette propriété, et elle seule, qui rend légitimes toutes les définitions de la section : sans elle, l'expression f(a+tv) n'aurait pas de sens pour les petits t, et l'on ne pourrait pas former de taux d'accroissement. Le mot « ouvert » n'est donc jamais décoratif dans un énoncé de calcul différentiel : c'est une hypothèse de travail. C'est aussi pour cela qu'un extremum situé au bord d'un domaine échappera complètement à la théorie des points critiques.
Dérivée selon un vecteur
Définition
Soient Ω un ouvert de Rp, f:Ω→R, a∈Ω et v∈Rp. On dit que f admet en a une dérivée selon le vecteur v lorsque la fonction
φv:t⟼f(a+tv),définie sur un intervalle ouvert contenant 0, est dérivable en 0. On note alors
Dvf(a)=φv′(0)=t→0t=0limtf(a+tv)−f(a).Remarque
Pour v=0, la fonction φv est constante et D0f(a)=0 : ce cas est sans intérêt.
L'homogénéité est en revanche toujours vraie : si Dvf(a) existe et si λ∈R, alors Dλvf(a) existe et vaut λDvf(a). Il suffit d'écrire f(a+tλv)=φv(λt) et de dériver en t=0.
En revanche, l'additivité Dv+wf(a)=Dvf(a)+Dwf(a) est fausse en général : elle n'est garantie que sous l'hypothèse « f de classe C1 », comme on le verra plus loin. C'est un point que les copies oublient systématiquement.
Définition
Soient Ω un ouvert de Rp, f:Ω→R et a∈Ω. Pour i∈{1,…,p}, la i-ième dérivée partielle d'ordre 1 de f en a est, lorsqu'elle existe, la dérivée de f en a selon le i-ième vecteur ei de la base canonique :
∂xi∂f(a)=Deif(a)=t→0t=0limtf(a1,…,ai+t,…,ap)−f(a1,…,ap).Pour p=2 on note ∂x∂f(a) et ∂y∂f(a) ; pour p=3 on ajoute ∂z∂f(a).
Méthode
Calculer une dérivée partielle. En pratique, ∂xi∂f se calcule en dérivant l'expression de f par rapport à la seule variable xi, toutes les autres variables étant traitées comme des constantes. On utilise alors sans réserve les règles de dérivation de PCSI (somme, produit, quotient, composée).
On ne revient au taux d'accroissement que dans un seul cas : lorsque f est définie par une formule différente au point étudié, typiquement une fonction prolongée par 0 à l'origine. Là, l'expression générale ne s'applique plus et le calcul doit être fait à la main.
Exemple
Dérivées partielles et dérivée selon un vecteur. Soit f(x,y)=x2y+y3 sur Ω=R2, et soit a=(1,1).
Dérivées partielles. En dérivant par rapport à x à y fixé, puis par rapport à y à x fixé :
∂x∂f(x,y)=2xy,∂y∂f(x,y)=x2+3y2,d'où ∂x∂f(1,1)=2 et ∂y∂f(1,1)=4.
Dérivée selon v=(1,2), par la définition. On pose φ(t)=f(1+t,1+2t), soit
φ(t)=(1+t)2(1+2t)+(1+2t)3=(1+4t+5t2+2t3)+(1+6t+12t2+8t3),donc φ(t)=2+10t+17t2+10t3 et Dvf(1,1)=φ′(0)=10.
Contrôle. On constate que 1×∂x∂f(1,1)+2×∂y∂f(1,1)=2+8=10. Cette coïncidence n'en est pas une : c'est la formule Dvf(a)=df(a)⋅v, valable ici parce que f est de classe C1.
Fonctions de classe C1
Voici la définition centrale du chapitre. Elle est plus forte que la simple existence des dérivées partielles, et c'est exactement ce qui fait sa valeur.
Définition
Soient Ω un ouvert de Rp et f:Ω→R. On dit que f est de classe C1 sur Ω lorsque les p dérivées partielles d'ordre 1 de f :
- existent en tout point de Ω ;
- et définissent des fonctions ∂xi∂f:Ω→R continues sur Ω.
On note C1(Ω,R) l'ensemble de ces fonctions.
Propriété
Opérations sur les fonctions de classe C1. Soient f,g∈C1(Ω,R) et λ,μ∈R. Alors :
1. λf+μg est de classe C1, et ∂xi∂(λf+μg)=λ∂xi∂f+μ∂xi∂g ;
2. fg est de classe C1, et ∂xi∂(fg)=∂xi∂fg+f∂xi∂g ;
3. si g ne s'annule pas sur Ω, gf est de classe C1, et
∂xi∂(gf)=g2∂xi∂fg−f∂xi∂g;4. si u est de classe C1 sur un intervalle J contenant f(Ω), alors u∘f est de classe C1 sur Ω, et
∂xi∂(u∘f)=(u′∘f)×∂xi∂f.En conséquence, C1(Ω,R) est un R-espace vectoriel, et même une R-algèbre.
Remarque
Ces règles sont exactement celles de PCSI, appliquées une variable à la fois. Le point vraiment nouveau est ailleurs : elles garantissent non seulement l'existence des dérivées partielles, mais aussi leur continuité, puisque somme, produit, quotient et composée de fonctions continues sont continus. On obtient donc la classe C1 d'un seul coup, sans repasser par les définitions.
En pratique, on ne démontre presque jamais qu'une fonction est de classe C1 : on l'invoque en une phrase, en identifiant la construction utilisée. Voici les formulations attendues.
Exemple
Justifications rapides de la classe C1.
a. f(x,y)=x3y−2xy2+5 est polynomiale en (x,y), donc de classe C∞ sur R2.
b. g(x,y)=x2+y2x est de classe C∞ sur R2∖{(0,0)} comme quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas sur cet ouvert.
c. h(x,y)=exycos(x+y) est de classe C∞ sur R2 comme produit et composées de fonctions de classe C∞ (u↦eu et u↦cosu le sont sur R).
d. k(x,y,z)=x2+y2+z2 est de classe C∞ sur R3∖{(0,0,0)} : c'est u↦u, de classe C∞ sur ]0,+∞[, composée avec la fonction polynomiale x2+y2+z2, qui y est strictement positive. En revanche, rien n'est acquis à l'origine, où le radicande s'annule.
Développement limité d'ordre 1 et différentielle
C'est le théorème qui donne tout son sens à la définition de la classe C1. Le programme précise que sa démonstration n'est pas exigible : on l'admet.
Propriété
Développement limité d'ordre 1 (admis). Soient Ω un ouvert de Rp, f∈C1(Ω,R) et a∈Ω. Alors f admet en a un développement limité d'ordre 1 :
f(a+h)=f(a)+i=1∑p∂xi∂f(a)hi+o(∥h∥)quand h=(h1,…,hp)→0.Propriété
Continuité. Toute fonction de classe C1 sur un ouvert Ω y est continue.
Démonstration. Soit a∈Ω. Dans le développement limité ci-dessus, chaque terme ∂xi∂f(a)hi tend vers 0 quand h→0, et le reste o(∥h∥) aussi. Donc f(a+h)→f(a) quand h→0 : f est continue en a. Comme a est quelconque dans Ω, f est continue sur Ω. □
La partie linéaire du développement limité mérite un nom : c'est la différentielle.
Définition
Soient Ω un ouvert de Rp, f∈C1(Ω,R) et a∈Ω. La différentielle de f en a est la forme linéaire sur Rp
df(a): h=(h1,…,hp)⟼i=1∑p∂xi∂f(a)hi,dont la valeur en h est notée df(a)⋅h.
Remarque
Trois précautions de lecture, dans l'ordre de fréquence des erreurs.
D'abord, df(a) n'est pas un nombre : c'est une application de Rp dans R. Le nombre, c'est df(a)⋅h, obtenu après avoir donné un vecteur h.
Ensuite, df(a) est linéaire en h, pas en a : les coefficients ∂xi∂f(a) dépendent du point a, souvent de façon très non linéaire.
Enfin, le développement limité se réécrit de façon compacte
f(a+h)=f(a)+df(a)⋅h+o(∥h∥),qui est la généralisation exacte de f(a+h)=f(a)+hf′(a)+o(h) vue en une variable. La différentielle est donc le bon substitut au nombre dérivé.
Propriété
Dérivée selon un vecteur d'une fonction de classe C1. Soient f∈C1(Ω,R), a∈Ω et v=(v1,…,vp)∈Rp. Alors Dvf(a) existe et
Dvf(a)=df(a)⋅v=i=1∑pvi∂xi∂f(a).En particulier, l'application v↦Dvf(a) est linéaire sur Rp.
Démonstration. Le cas v=0 est immédiat, les deux membres étant nuls. Supposons v=0. Comme Ω est ouvert, a+tv∈Ω pour ∣t∣ assez petit. Appliquons le développement limité d'ordre 1 avec h=tv :
f(a+tv)=f(a)+df(a)⋅(tv)+o(∥tv∥)=f(a)+t(df(a)⋅v)+o(t),où l'on a utilisé la linéarité de df(a) pour sortir le scalaire t, puis le fait que ∥tv∥=∣t∣⋅∥v∥ avec ∥v∥ constant, ce qui donne o(∥tv∥)=o(t). En divisant par t=0 :
tf(a+tv)−f(a)=df(a)⋅v+to(t)t→0df(a)⋅v.Donc Dvf(a) existe et vaut df(a)⋅v. La linéarité en v est alors celle de la forme linéaire df(a). □
Il faut maintenant énoncer très clairement le piège central du chapitre. Il est responsable de plus d'erreurs à lui seul que tout le reste réuni.
Remarque
Le piège numéro un : dérivées partielles = régularité. L'existence des dérivées partielles en un point n'entraîne ni la continuité, ni le développement limité d'ordre 1. Contre-exemple à connaître par cœur :
f(x,y)=x2+y2xy si (x,y)=(0,0),f(0,0)=0.Les deux dérivées partielles existent en (0,0) et sont nulles. En effet f(x,0)=0 pour tout x, donc le taux d'accroissement tf(t,0)−f(0,0)=0 tend vers 0 : ∂x∂f(0,0)=0. De même f(0,y)=0 donne ∂y∂f(0,0)=0.
Pourtant f n'est pas continue en (0,0). Pour t=0, f(t,t)=2t2t2=21, donc f(t,t)→21=0=f(0,0) alors que (t,t)→(0,0).
Conséquences. f n'admet pas de développement limité d'ordre 1 en (0,0), puisqu'un tel développement entraînerait la continuité. Et D(1,1)f(0,0) n'existe même pas : le taux tf(t,t)−0=2t1 n'a pas de limite finie. L'additivité Dv+w=Dv+Dw est donc bien en défaut.
Remarque
Ce qu'il faut en retenir pour la rédaction. On n'écrit jamais « f admet des dérivées partielles donc f est de classe C1 » : il manque la continuité de ces dérivées. On n'écrit jamais non plus « f admet des dérivées partielles donc f est continue » : c'est faux.
La bonne chaîne d'implications, dans le bon sens, est :
f de classe C1 ⟹ f admet un DL d’ordre 1 ⟹ f est continue et f admet des deˊriveˊes partielles.Aucune de ces implications ne se renverse.
Méthode : étudier une fonction en un point de recollement
La situation type est celle d'une fonction définie par une formule sur R2∖{(0,0)} et prolongée par une valeur à l'origine. Toutes les questions se ramènent au même protocole.
Méthode
Étudier f en un point de recollement a (souvent l'origine).
Étape 1 — Continuité en a. Majorer ∣f(x,y)−f(a)∣ par une quantité qui tend vers 0, en utilisant ∣x∣⩽∥(x,y)∥, ∣y∣⩽∥(x,y)∥ et x2+y2x2⩽1 ; ou passer en polaires x=rcosθ, y=rsinθ et obtenir une majoration indépendante de θ. Pour prouver la non-continuité : exhiber deux chemins donnant deux limites différentes.
Étape 2 — Dérivées partielles en a. Les calculer à la main par le taux d'accroissement, en revenant à la définition : la formule valable ailleurs ne s'applique pas en a.
Étape 3 — Développement limité d'ordre 1 en a. Tester la définition : former
R(h,k)=f(a+(h,k))−f(a)−∂x∂f(a)h−∂y∂f(a)k,puis regarder si ∥(h,k)∥R(h,k) tend vers 0. En polaires, cela revient à voir si le quotient tend vers 0 uniformément en θ.
Étape 4 — Classe C1. Calculer ∂x∂f et ∂y∂f ailleurs qu'en a, puis étudier leur limite en a : si l'une n'a pas de limite, ou si sa limite diffère de sa valeur en a, alors f n'est pas de classe C1 en a.
Exemple
Étude complète de f(x,y)=x2+y2x3, prolongée par f(0,0)=0.
Sur R2∖{(0,0)}. f est de classe C∞ comme quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas.
Étape 1 : continuité en (0,0). En polaires, avec r>0,
f(rcosθ,rsinθ)=r2r3cos3θ=rcos3θ,donc ∣f(x,y)∣⩽r=∥(x,y)∥, qui tend vers 0. Ainsi f(x,y)→0=f(0,0) : f est continue sur R2.
Étape 2 : dérivées partielles en (0,0). Pour t=0,
tf(t,0)−f(0,0)=t1⋅t2t3=1,tf(0,t)−f(0,0)=t0=0.Donc ∂x∂f(0,0)=1 et ∂y∂f(0,0)=0.
Exemple
Suite de l'étude de f(x,y)=x2+y2x3.
Étape 3 : développement limité d'ordre 1 en (0,0). Le seul candidat est f(h,k)≈h. Or
R(h,k)=h2+k2h3−h=h2+k2h3−h(h2+k2)=h2+k2−hk2.En polaires, R=−rcosθsin2θ, donc
∥(h,k)∥R(h,k)=r−rcosθsin2θ=−cosθsin2θ,qui ne dépend pas de r et n'est pas nul (par exemple −221 pour θ=4π). Le quotient ne tend donc pas vers 0 : f n'admet pas de développement limité d'ordre 1 en (0,0).
Étape 4 : classe C1. Pour (x,y)=(0,0),
∂x∂f(x,y)=(x2+y2)23x2(x2+y2)−x3⋅2x=(x2+y2)2x4+3x2y2,∂y∂f(x,y)=(x2+y2)2−2x3y.Le long de l'axe y=0 (avec x=0), ∂x∂f=x4x4=1 ; le long de l'axe x=0 (avec y=0), ∂x∂f=0. Cette dérivée partielle n'a donc pas de limite en (0,0) : elle n'y est pas continue, et f n'est pas de classe C1 sur R2.
Conclusion. f est continue sur R2, de classe C∞ hors de l'origine, admet en l'origine deux dérivées partielles, mais n'y admet pas de développement limité d'ordre 1 et n'y est pas de classe C1.
Remarque
L'exemple précédent illustre parfaitement la hiérarchie. La continuité de f ne suffit pas ; l'existence des dérivées partielles ne suffit pas ; les deux réunies ne suffisent toujours pas. Seule la continuité des dérivées partielles donne accès au développement limité, et donc à toute la théorie qui suit.
Notez au passage l'économie de l'étape 3 : dès que le quotient R/∥h∥ s'écrit en polaires sous une forme ne dépendant que de θ, on sait immédiatement conclure. S'il vaut 0 pour tout θ, c'est gagné ; sinon, il n'y a pas de développement limité.
Pour que le protocole ne donne pas l'impression que tout recollement est pathologique, voici le même travail sur une fonction qui, elle, passe tous les tests.
Exemple
Un recollement réussi : f(x,y)=x2+y2x2y2, prolongée par f(0,0)=0.
Hors de l'origine, f est de classe C∞ comme quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas. En polaires, pour r>0,
f(rcosθ,rsinθ)=r2r4cos2θsin2θ=r2cos2θsin2θ.Étape 1 : continuité. ∣f(x,y)∣⩽r2=∥(x,y)∥2→0, donc f est continue en (0,0).
Étape 2 : dérivées partielles en (0,0). f(t,0)=0 et f(0,t)=0, donc les deux taux d'accroissement sont nuls et ∇f(0,0)=(0,0).
Étape 3 : développement limité d'ordre 1. Ici R(h,k)=f(h,k), et
∥(h,k)∥R=rr2cos2θsin2θ=rcos2θsin2θ,de valeur absolue majorée par r, indépendamment de θ. Le quotient tend donc vers 0 : f admet en (0,0) le développement limité f(h,k)=o(∥(h,k)∥).
Exemple
Suite : la classe C1. Pour (x,y)=(0,0), la règle du quotient donne
∂x∂f(x,y)=(x2+y2)22xy2(x2+y2)−x2y2⋅2x=(x2+y2)22xy2(x2+y2−x2)=(x2+y2)22xy4,et par symétrie des rôles de x et y, ∂y∂f(x,y)=(x2+y2)22x4y.
En polaires, ∂x∂f=r42rcosθ⋅r4sin4θ=2rcosθsin4θ, donc
∂x∂f(x,y)⩽2r=2∥(x,y)∥(x,y)→(0,0)0=∂x∂f(0,0),et de même pour ∂y∂f. Les deux dérivées partielles sont donc continues en (0,0), et elles le sont ailleurs comme fractions rationnelles bien définies.
Conclusion. f est de classe C1 sur R2 tout entier, et (0,0) est un point critique de f.
Règle de la chaîne
On sait dériver le long des axes ; il faut maintenant savoir dériver le long d'un chemin quelconque, puis composer deux fonctions de plusieurs variables. C'est la partie la plus calculatoire du chapitre, et la plus exigeante en rigueur de notation.
Dérivation le long d'un chemin
Propriété
Règle de la chaîne, cas d'un chemin. Soient Ω un ouvert de Rp, f∈C1(Ω,R), I un intervalle de R et x1,…,xp:I→R des fonctions dérivables telles que
∀t∈I,x(t)=(x1(t),…,xp(t))∈Ω.Alors la fonction g=f∘x:t↦f(x1(t),…,xp(t)) est dérivable sur I et
g′(t)=i=1∑pxi′(t)∂xi∂f(x(t)).Si de plus les xi sont de classe C1, alors g est de classe C1 sur I.
Démonstration (rédigée en dimension p=2, le cas général étant identique). Notons f(x,y) la fonction, x,y:I→R les deux chemins, et g(t)=f(x(t),y(t)). Fixons t0∈I et posons a=(x(t0),y(t0))∈Ω. Pour t∈I, posons
h(t)=x(t)−x(t0),k(t)=y(t)−y(t0),de sorte que (x(t),y(t))=a+(h(t),k(t)). Comme x et y sont dérivables donc continues, (h(t),k(t))→(0,0) quand t→t0.
Le développement limité d'ordre 1 de f en a (théorème admis, applicable car f est de classe C1) donne
g(t)−g(t0)=∂x∂f(a)h(t)+∂y∂f(a)k(t)+(h(t),k(t))ε(h(t),k(t)),où ε(u)→0 quand u→(0,0). Divisons par t−t0=0 et examinons les trois termes.
Les deux premiers ne posent pas de difficulté : t−t0h(t)→x′(t0) et t−t0k(t)→y′(t0) par définition de la dérivabilité de x et de y en t0.
Pour le troisième, écrivons
∣t−t0∣(h(t),k(t))=(t−t0h(t), t−t0k(t))t→t0(x′(t0),y′(t0)),par continuité de la norme. Ce quotient est donc borné au voisinage de t0. Comme par ailleurs ε(h(t),k(t))→0, le produit des deux tend vers 0.
En passant à la limite quand t→t0, on obtient que g est dérivable en t0 avec
g′(t0)=x′(t0)∂x∂f(a)+y′(t0)∂y∂f(a).□Remarque
Deux remarques sur cette démonstration. D'abord, elle montre où sert exactement l'hypothèse « f de classe C1 » : uniquement pour disposer du développement limité d'ordre 1. Sans lui, la formule est fausse — le contre-exemple x2+y2xy le montre déjà, puisque la composée avec le chemin t↦(t,t) y est constante égale à 21 pour t=0 alors que toutes les dérivées partielles sont nulles à l'origine.
Ensuite, la formule se retient sous une forme parlante : la variation de f le long du chemin est la somme des contributions de chaque variable, chacune valant « vitesse de la variable » × « sensibilité de f à cette variable ».
Exemple
Vérification directe. Soient f(x,y)=x2y+y2, de classe C∞ sur R2, et le chemin x(t)=cost, y(t)=sint. Posons g(t)=f(cost,sint)=cos2tsint+sin2t.
Par la règle de la chaîne. On a ∂x∂f=2xy et ∂y∂f=x2+2y, ainsi que x′(t)=−sint et y′(t)=cost. D'où
g′(t)=(−sint)(2costsint)+(cost)(cos2t+2sint)=−2sin2tcost+cos3t+2sintcost.Par le calcul direct. En dérivant g(t)=cos2tsint+sin2t avec les règles usuelles,
g′(t)=2cost(−sint)sint+cos2t⋅cost+2sintcost=−2sin2tcost+cos3t+2sintcost.Les deux expressions coïncident.
Composition de deux fonctions de plusieurs variables
Propriété
Règle de la chaîne, cas général. Soient U un ouvert de Rn, Ω un ouvert de Rp, des fonctions x1,…,xp∈C1(U,R) telles que x(u)=(x1(u),…,xp(u))∈Ω pour tout u∈U, et f∈C1(Ω,R). Alors la fonction
g:u=(u1,…,un)⟼f(x1(u),…,xp(u))est de classe C1 sur U et, pour tout j∈{1,…,n},
∂uj∂g(u)=i=1∑p∂uj∂xi(u)∂xi∂f(x(u)).(En pratique n⩽3 et p⩽3.)
Démonstration. À j fixé et u fixé, on applique la règle de la chaîne du paragraphe précédent au chemin t↦x(u+tej), dont la dérivée en t=0 a pour i-ième coordonnée ∂uj∂xi(u). On obtient exactement la formule annoncée. La continuité des ∂uj∂g résulte alors de ce que le second membre est une somme de produits de fonctions continues (les ∂uj∂xi le sont par hypothèse, et u↦∂xi∂f(x(u)) est continue comme composée de fonctions continues). □
Remarque
La mise en garde décisive : où évalue-t-on quoi ? C'est ici que se perdent la plupart des copies. Il y a deux fonctions différentes, f et g, et elles ne vivent pas dans les mêmes variables :
- ∂uj∂g se calcule au point u, dans les nouvelles variables ;
- ∂xi∂f se calcule au point x(u), dans les anciennes variables ;
- ∂uj∂xi se calcule au point u.
Écrire ∂r∂f dans un changement en polaires est donc un non-sens : f n'a pas de variable r. Le réflexe de rédaction est de nommer explicitement la composée, par exemple « posons g(r,θ)=f(rcosθ,rsinθ) », puis de ne jamais mélanger les deux noms.
Le cas des coordonnées polaires
Le programme précise que ce cas particulier doit être connu. Il faut savoir le retrouver en trente secondes, dans les deux sens.
Propriété
Passage en coordonnées polaires. Soit f une fonction de classe C1 sur un ouvert Ω de R2. On pose, pour (r,θ) tel que (rcosθ,rsinθ)∈Ω,
g(r,θ)=f(rcosθ, rsinθ).Alors g est de classe C1 et, les dérivées partielles de f étant évaluées au point (rcosθ,rsinθ),
∂r∂g(r,θ)∂θ∂g(r,θ)=cosθ∂x∂f+sinθ∂y∂f,=−rsinθ∂x∂f+rcosθ∂y∂f.Démonstration. On applique la règle de la chaîne avec n=p=2, les nouvelles variables étant (u1,u2)=(r,θ) et les anciennes x(r,θ)=rcosθ, y(r,θ)=rsinθ. Ces deux fonctions sont de classe C∞ sur R2, avec
∂r∂x=cosθ,∂θ∂x=−rsinθ,∂r∂y=sinθ,∂θ∂y=rcosθ.La formule générale ∂uj∂g=∂uj∂x∂x∂f+∂uj∂y∂y∂f donne alors les deux égalités annoncées. □
Le vrai exercice, et le classique absolu du chapitre, est d'inverser ce système : exprimer les dérivées partielles de f en fonction de celles de g. Faisons le calcul complètement.
Écrivons le système sous forme matricielle. En abrégeant fx=∂x∂f et fy=∂y∂f (évaluées en (rcosθ,rsinθ)), les deux relations précédentes s'écrivent
∂r∂g∂θ∂g=(cosθ−rsinθsinθrcosθ)(fxfy).Le déterminant de cette matrice vaut rcos2θ+rsin2θ=r. Elle est donc inversible si et seulement si r=0, ce qui est la condition attendue : l'origine est le point où les coordonnées polaires dégénèrent. Pour r=0, la formule d'inversion d'une matrice 2×2 donne
(cosθ−rsinθsinθrcosθ)−1=r1(rcosθrsinθ−sinθcosθ)=cosθsinθ−rsinθrcosθ,d'où le résultat cherché.
Propriété
Formules inverses (à connaître). Avec les notations précédentes et pour r=0 :
∂x∂f∂y∂f=cosθ∂r∂g−rsinθ∂θ∂g,=sinθ∂r∂g+rcosθ∂θ∂g.Vérification par élimination directe (c'est ainsi qu'on la refait au brouillon si l'on a oublié la matrice). Multiplions la première relation par cosθ et la seconde par −rsinθ, puis additionnons :
cosθ∂r∂g−rsinθ∂θ∂g=cos2θfx+sinθcosθfy,=sin2θfx−sinθcosθfy.La somme vaut (cos2θ+sin2θ)fx=fx : la première formule est établie. De même, en multipliant la première relation par sinθ et la seconde par rcosθ :
sinθ∂r∂grcosθ∂θ∂g=sinθcosθfx+sin2θfy,=−sinθcosθfx+cos2θfy,et la somme vaut fy. □
Remarque
Une conséquence remarquable, et souvent utile : en posant A=∂r∂g et B=r1∂θ∂g, les formules inverses s'écrivent fx=cosθA−sinθB et fy=sinθA+cosθB. On reconnaît une rotation appliquée au couple (A,B), qui conserve donc la somme des carrés :
(∂x∂f)2+(∂y∂f)2=(∂r∂g)2+r21(∂θ∂g)2.C'est l'expression en polaires du carré de la norme du gradient, introduit dans la section suivante.
Exemple
Un contrôle immédiat. Prenons f(x,y)=x2+y2, de sorte que g(r,θ)=r2. Alors ∂r∂g=2r et ∂θ∂g=0. Les formules inverses donnent
∂x∂f=cosθ×2r−0=2rcosθ=2x,∂y∂f=sinθ×2r+0=2rsinθ=2y,ce qui est bien le résultat du calcul direct.
Exemple
Un cas moins évident. Sur le demi-plan ouvert Ω={(x,y);x>0}, posons f(x,y)=Arctan(xy), de classe C∞ sur Ω.
En polaires avec r>0 et θ∈]−2π,2π[, on a xy=tanθ, donc g(r,θ)=Arctan(tanθ)=θ. Par conséquent
∂r∂g=0,∂θ∂g=1.Les formules inverses donnent alors
∂x∂f=−rsinθ=−r2rsinθ=x2+y2−y,∂y∂f=rcosθ=r2rcosθ=x2+y2x.Contrôle par le calcul direct. ∂x∂f=1+y2/x21×(−x2y)=x2+y2x2×(−x2y)=x2+y2−y, et de même ∂y∂f=x2+y2x2×x1=x2+y2x. Les deux voies concordent.
Méthode
Exploiter un changement de variables imposé par l'énoncé. Le schéma est toujours le même, et l'énoncé fournit toujours le changement à effectuer.
1. Nommer la fonction composée, avec des lettres différentes de celles de la fonction de départ : « posons g(r,θ)=f(rcosθ,rsinθ) ». Préciser sur quel ouvert on travaille dans les nouvelles variables.
2. Justifier que g est de classe C1 (composée de fonctions de classe C1), ce qui autorise la règle de la chaîne.
3. Exprimer les dérivées partielles de g en fonction de celles de f, puis traduire la relation donnée dans les nouvelles variables. L'objectif est d'obtenir une relation ne faisant plus intervenir qu'une seule dérivée partielle.
4. Intégrer par rapport à cette variable à l'autre variable fixée : une dérivée nulle sur un intervalle donne une fonction constante, mais la « constante » dépend alors de l'autre variable.
5. Revenir à f en exprimant les nouvelles variables en fonction des anciennes, puis vérifier la réciproque en réinjectant la forme obtenue dans la relation de départ.
Exemple
Application guidée. Déterminons les fonctions f de classe C1 sur le demi-plan ouvert Ω={(x,y);x>0} vérifiant
∀(x,y)∈Ω,x∂x∂f(x,y)+y∂y∂f(x,y)=0,en utilisant le passage en coordonnées polaires.
Mise en place. Posons g(r,θ)=f(rcosθ,rsinθ) pour (r,θ)∈U=]0,+∞[×]−2π,2π[ ; ce couple décrit exactement Ω, et g est de classe C1 sur U par composition.
Traduction. La première formule du passage en polaires donne
r∂r∂g(r,θ)=rcosθ∂x∂f+rsinθ∂y∂f=x∂x∂f+y∂y∂f.La relation imposée équivaut donc à r∂r∂g=0, c'est-à-dire, puisque r>0, à ∂r∂g=0 sur U.
Exemple
Suite : résolution et retour à f. À θ fixé, la fonction r↦g(r,θ) est dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle ]0,+∞[ : elle y est constante. Cette constante dépend de θ, ce que l'on écrit
g(r,θ)=φ(θ),ouˋ φ(θ)=g(1,θ)=f(cosθ,sinθ)est de classe C1 sur ]−2π,2π[ comme composée.
Retour aux variables initiales. Sur Ω, on a θ=Arctan(xy), donc
f(x,y)=φ(Arctan(xy))=ψ(xy),ψ=φ∘Arctan de classe C1 sur R.Réciproque. Soit ψ de classe C1 sur R et f(x,y)=ψ(xy) sur Ω. Alors
∂x∂f=−x2yψ′(xy),∂y∂f=x1ψ′(xy),d'où x∂x∂f+y∂y∂f=−xyψ′+xyψ′=0. Les solutions sont donc exactement les (x,y)↦ψ(xy) avec ψ de classe C1 sur R.
Fonctions constantes sur un ouvert convexe
Définition
Une partie C de Rp est convexe lorsque, pour tous a,b∈C, le segment [a,b]={a+t(b−a);t∈[0,1]} est inclus dans C.
Les exemples usuels sont Rp tout entier, une boule (ouverte ou fermée), un demi-espace, un pavé, un disque, un triangle plein. En revanche R2∖{(0,0)} n'est pas convexe, et une réunion de deux boules disjointes non plus.
Propriété
Caractérisation des fonctions constantes. Soient Ω un ouvert convexe de Rp et f∈C1(Ω,R). Alors
f est constante sur Ω⟺∀a∈Ω, ∀i∈{1,…,p}, ∂xi∂f(a)=0,c'est-à-dire si et seulement si df(a)=0 pour tout a∈Ω, ce que l'on notera ∇f=0 dès la section suivante.
Démonstration.
Sens direct. Supposons f constante sur Ω, égale à une constante c. Soient a∈Ω et i∈{1,…,p}. Comme Ω est ouvert, il existe δ>0 tel que a+tei∈Ω pour ∣t∣<δ. La fonction t↦f(a+tei) est alors constante égale à c sur ]−δ,δ[, donc de dérivée nulle en 0, c'est-à-dire ∂xi∂f(a)=0. (Ce sens n'utilise pas la convexité.)
Sens réciproque. Supposons toutes les dérivées partielles nulles sur Ω, et montrons que f prend la même valeur en deux points quelconques. Soient donc a,b∈Ω. Par convexité, le segment [a,b] est inclus dans Ω, ce qui permet de définir
φ:[0,1]→R,φ(t)=f(a+t(b−a)).La fonction t↦a+t(b−a) a pour coordonnées les fonctions affines t↦ai+t(bi−ai), qui sont de classe C1, de dérivée constante bi−ai. Comme f est de classe C1 sur Ω, la règle de la chaîne s'applique et donne, pour tout t∈[0,1],
φ′(t)=i=1∑p(bi−ai)∂xi∂f(a+t(b−a))=0,puisque toutes les dérivées partielles sont nulles sur Ω et que le point a+t(b−a) appartient à Ω.
Ainsi φ est une fonction numérique dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle [0,1] : elle y est constante. En particulier φ(1)=φ(0), c'est-à-dire f(b)=f(a).
Les points a et b étant quelconques dans Ω, la fonction f est constante sur Ω. □
Remarque
L'hypothèse de convexité n'est pas décorative. Prenons dans R2 la réunion de deux boules ouvertes disjointes
Ω=B((0,0),1) ∪ B((3,0),1),qui est bien un ouvert (réunion de deux ouverts), mais qui n'est ni convexe ni même connexe. Définissons f par f=0 sur la première boule et f=1 sur la seconde.
Sur chacune des deux boules, f est constante, donc de classe C1 avec toutes ses dérivées partielles nulles ; comme chaque point de Ω possède un voisinage entièrement contenu dans l'une des deux boules, f est de classe C1 sur Ω et ∇f=0 partout. Pourtant f n'est pas constante sur Ω.
La bonne façon de retenir : un gradient nul dit que f est localement constante ; pour en déduire qu'elle est globalement constante, il faut pouvoir relier deux points quelconques par un chemin resté dans Ω — ce que la convexité garantit gratuitement, via le segment.
Gradient
Le gradient n'apporte aucune information nouvelle par rapport à la différentielle : il en est simplement la traduction vectorielle, rendue possible par la structure euclidienne de Rp. Cette traduction est précieuse, parce qu'un vecteur a une direction et un sens, ce qu'une forme linéaire n'a pas de façon visible.
Définition
Soient Ω un ouvert de Rp muni de sa structure euclidienne canonique, f∈C1(Ω,R) et a∈Ω. Le gradient de f en a est le vecteur de Rp
∇f(a)=(∂x1∂f(a), …, ∂xp∂f(a)).Pour p=2 : ∇f(a)=(∂x∂f(a),∂y∂f(a)) ; pour p=3 on ajoute ∂z∂f(a).
Propriété
Lien avec la différentielle. Pour tout h∈Rp,
df(a)⋅h=⟨∇f(a),h⟩.Le développement limité d'ordre 1 s'écrit donc
f(a+h)=f(a)+⟨∇f(a),h⟩+o(∥h∥),et la dérivée selon un vecteur v vaut Dvf(a)=⟨∇f(a),v⟩.
Démonstration. Par définition, df(a)⋅h=∑i=1p∂xi∂f(a)hi. Or le produit scalaire canonique de Rp est précisément ⟨u,v⟩=∑i=1puivi. En prenant u=∇f(a), dont la i-ième coordonnée est ∂xi∂f(a), et v=h, on obtient l'égalité annoncée. Les deux autres formules s'en déduisent en remplaçant df(a)⋅h par ⟨∇f(a),h⟩ dans les énoncés déjà établis. □
Remarque
Dans un calcul matriciel, où les vecteurs sont écrits en colonne, la même relation s'écrit
df(a)⋅h=t(∇f(a))h.C'est cette écriture que l'on retrouvera dans la formule de Taylor-Young à l'ordre 2.
Notez enfin que la définition du gradient dépend du produit scalaire choisi : c'est pour cela que le programme prend soin de préciser « Rp muni de sa structure euclidienne canonique ». La différentielle, elle, n'en dépend pas.
Exemple
Deux gradients.
a. f(x,y)=x2y−3xy2 sur R2 : ∇f(x,y)=(2xy−3y2, x2−6xy), et par exemple ∇f(1,1)=(−1,−5).
b. V(x,y,z)=x2+y2+z21 sur R3∖{(0,0,0)} (potentiel coulombien, à une constante près). Posons r=x2+y2+z2, de sorte que ∂x∂r=rx. Alors
∂x∂V=−r21×rx=−r3x,et de même pour y et z, d'où
∇V(x,y,z)=−r31(x,y,z),∇V=r3r=r21.On retrouve la décroissance en 1/r2 du champ associé.
Voici maintenant la seule interprétation géométrique du gradient qui soit au programme de PC. Elle mérite d'être démontrée soigneusement, car sa preuve est un modèle d'utilisation de Cauchy-Schwarz.
Propriété
Direction de plus forte croissance. Soient f∈C1(Ω,R) et a∈Ω tel que ∇f(a)=0. Posons
u=∇f(a)∇f(a).Alors, parmi tous les vecteurs unitaires v de Rp, la dérivée Dvf(a) est maximale pour v=u, et sa valeur maximale est ∇f(a). Le minimum, égal à −∇f(a), est atteint pour v=−u.
Démonstration. Notons N=∇f(a)>0 et soit v∈Rp un vecteur unitaire, c'est-à-dire ∥v∥=1. Comme f est de classe C1,
Dvf(a)=⟨∇f(a),v⟩.Majoration. L'inégalité de Cauchy-Schwarz donne
Dvf(a)=⟨∇f(a),v⟩ ⩽ ∇f(a)×∥v∥=N,donc −N⩽Dvf(a)⩽N pour tout vecteur unitaire v.
La borne est atteinte. Pour v=u=N∇f(a), qui est bien unitaire, on calcule
Duf(a)=⟨∇f(a),N∇f(a)⟩=N1∇f(a)2=NN2=N.Le maximum N est donc effectivement atteint en v=u. De même D−uf(a)=−N.
Unicité du maximisant. Soit v unitaire tel que Dvf(a)=N. En écrivant ∇f(a)=Nu, on obtient ⟨Nu,v⟩=N, donc ⟨u,v⟩=1 puisque N=0. Or u et v sont unitaires, donc
∥u−v∥2=∥u∥2−2⟨u,v⟩+∥v∥2=1−2+1=0,ce qui impose v=u. Le vecteur unitaire réalisant le maximum est donc unique. □
Remarque
La formulation à retenir est : le gradient indique la direction et le sens de plus forte croissance de f au point a, et sa norme mesure le taux de cette croissance. Dans la direction opposée, f décroît le plus vite ; et si ∇f(a)=0, toutes les dérivées directionnelles sont nulles, il n'y a plus de direction privilégiée — c'est précisément le cas des points critiques.
Le programme de PC s'arrête là. On ne parle ni de plan tangent, ni d'orthogonalité du gradient à quoi que ce soit : ces énoncés relèvent de la géométrie différentielle, qui n'est pas au programme.
Exemple
Direction de plus forte pente, en pratique. Soit f(x,y)=x2+3y2, de classe C∞ sur R2, et soit a=(1,2).
On calcule ∇f(x,y)=(2x,6y), donc ∇f(1,2)=(2,12), non nul. Sa norme vaut
∇f(1,2)=4+144=148=237.La direction de plus forte croissance en a est donc portée par le vecteur unitaire
u=237(2,12)=371(1,6),et le taux de croissance dans cette direction vaut Duf(1,2)=237≈12,2.
Contrôle sur une autre direction. Dans la direction v=(1,0), on trouve Dvf(1,2)=⟨(2,12),(1,0)⟩=2, effectivement bien inférieur à 237. Dans la direction w=371(−6,1), orthogonale à u, on trouve Dwf(1,2)=37−12+12=0 : à l'ordre 1, f ne varie pas dans cette direction-là.
Exemple
Gradient de température. Considérons un champ de température stationnaire T(x,y,z), de classe C1 sur un ouvert de R3, exprimé en kelvins, les longueurs étant en mètres. Le vecteur ∇T(a) s'exprime alors en K⋅m−1 : il indique, au point a, la direction dans laquelle la température augmente le plus vite, et sa norme donne l'élévation de température par unité de longueur dans cette direction.
La loi de Fourier de la conduction thermique s'écrit
=−λ∇T,où est la densité de flux thermique et λ>0 la conductivité du matériau. Le signe moins traduit exactement le sens physique : la chaleur se propage dans le sens opposé au gradient de température, c'est-à-dire du chaud vers le froid, et d'autant plus vite que le gradient est de grande norme. Un mur bien isolé est un mur où ∥∇T∥ est grand mais λ petit.
Fonctions de classe C2
On dérive maintenant les dérivées partielles. Deux résultats dominent cette section, et tous deux sont admis : le théorème de Schwarz, qui autorise à intervertir l'ordre de dérivation, et la formule de Taylor-Young à l'ordre 2, qui prépare l'étude des extremums.
Dérivées partielles d'ordre 2
Définition
Soient Ω un ouvert de Rp et f:Ω→R admettant des dérivées partielles d'ordre 1 sur Ω. Pour i,j∈{1,…,p}, on appelle dérivée partielle d'ordre 2 de f la fonction, lorsqu'elle existe,
∂xi∂xj∂2f=∂xi∂(∂xj∂f).Lorsque i=j on note ∂xi2∂2f.
Remarque
Convention de lecture. Dans la notation ∂xi∂xj∂2f, on dérive d'abord par rapport à la variable la plus proche de f, c'est-à-dire xj, puis par rapport à xi. Certains ouvrages adoptent la convention inverse. Cela n'a en pratique aucune conséquence, car le théorème de Schwarz montrera que l'ordre est indifférent pour les fonctions de classe C2, qui sont les seules que l'on manipulera.
En dimension 2 il y a donc quatre dérivées partielles d'ordre 2 :
∂x2∂2f,∂x∂y∂2f,∂y∂x∂2f,∂y2∂2f,et le théorème de Schwarz identifiera les deux du milieu.
Définition
Soient Ω un ouvert de Rp et f:Ω→R. On dit que f est de classe C2 sur Ω lorsque f admet des dérivées partielles d'ordre 1 sur Ω et que chacune d'elles est de classe C1 sur Ω ; autrement dit, lorsque toutes les dérivées partielles d'ordre 1 et 2 existent et sont continues sur Ω.
Plus généralement, pour k∈N∗, f est de classe Ck sur Ω lorsque toutes ses dérivées partielles d'ordre 1 existent et sont de classe Ck−1 sur Ω ; et de classe C∞ lorsqu'elle est de classe Ck pour tout k.
Propriété
Opérations. Somme, produit, quotient à dénominateur ne s'annulant pas, et composée u∘f avec u de classe Ck sur un intervalle contenant f(Ω) : toutes ces constructions préservent la classe Ck. En particulier, les fonctions polynomiales sont de classe C∞ sur Rp, et les fractions rationnelles le sont sur tout ouvert où leur dénominateur ne s'annule pas.
Remarque
La hiérarchie est emboîtée : une fonction de classe C2 est en particulier de classe C1, donc continue, et admet un développement limité d'ordre 1 en tout point. En pratique, on justifie donc une seule fois la classe la plus forte dont on aura besoin, en début d'exercice, et tout le reste en découle.
Une conséquence à ne pas oublier dans la recherche d'extremums : dire « f est polynomiale donc de classe C∞ sur Rp » couvre d'un seul coup l'existence du gradient, celle de la hessienne, la validité du théorème de Schwarz et celle de la formule de Taylor-Young. C'est une phrase, et elle suffit.
Théorème de Schwarz
Propriété
Théorème de Schwarz (admis). Soient Ω un ouvert de Rp et f une fonction de classe C2 sur Ω. Alors, pour tous i,j∈{1,…,p} et tout a∈Ω,
∂xi∂xj∂2f(a)=∂xj∂xi∂2f(a).Autrement dit, pour une fonction de classe C2, l'ordre des dérivations n'importe pas.
La démonstration est hors programme. En revanche, il faut savoir que l'hypothèse « de classe C2 » est réellement nécessaire.
Remarque
Sans l'hypothèse C2, la symétrie tombe. La fonction
f(x,y)=x2+y2xy(x2−y2) si (x,y)=(0,0),f(0,0)=0est de classe C1 sur R2 et admet en l'origine ses quatre dérivées partielles d'ordre 2, mais
∂x∂y∂2f(0,0)=1et∂y∂x∂2f(0,0)=−1.Le calcul complet, qui passe par ∂x∂f(0,y)=−y et ∂y∂f(x,0)=x, est un classique d'exercice. La fonction n'est évidemment pas de classe C2 en (0,0) : ses dérivées secondes croisées y sont discontinues.
Moralité : on n'intervertit jamais deux dérivations sans avoir écrit, au préalable, que la fonction est de classe C2.
Matrice hessienne
Définition
Soient Ω un ouvert de Rp, f de classe C2 sur Ω et a∈Ω. La matrice hessienne de f en a est la matrice de Mp(R)
Hf(a)=(∂xi∂xj∂2f(a))1⩽i,j⩽p.Propriété
Symétrie. Si f est de classe C2 sur Ω, alors pour tout a∈Ω la matrice Hf(a) est symétrique : Hf(a)∈Sp(R).
Démonstration. Le coefficient d'indice (i,j) de Hf(a) est ∂xi∂xj∂2f(a) et celui d'indice (j,i) est ∂xj∂xi∂2f(a). Le théorème de Schwarz affirme qu'ils sont égaux, donc tHf(a)=Hf(a). □
Remarque
Cette symétrie n'est pas une coquetterie : c'est elle qui permettra d'appliquer à Hf(a) tout l'arsenal du chapitre sur les endomorphismes des espaces euclidiens — théorème spectral (diagonalisation en base orthonormée, valeurs propres réelles), notions de matrice positive Sp+(R) et définie positive Sp++(R), caractérisation par le signe des valeurs propres. Toute l'étude des extremums repose là-dessus.
En dimension 2 et 3, la hessienne s'écrit explicitement, en notant les variables (x,y) ou (x,y,z) :
Hf(a)=∂x2∂2f(a)∂x∂y∂2f(a)∂x∂y∂2f(a)∂y2∂2f(a),Hf(a)=∂x2∂2f∂x∂y∂2f∂x∂z∂2f∂x∂y∂2f∂y2∂2f∂y∂z∂2f∂x∂z∂2f∂y∂z∂2f∂z2∂2f,toutes les dérivées de la seconde matrice étant évaluées en a.
Exemple
Gradient et hessienne d'une fonction de référence. Soit f(x,y)=x3+y3−3xy, polynomiale donc de classe C∞ sur R2.
Ordre 1. ∂x∂f=3x2−3y et ∂y∂f=3y2−3x, donc
∇f(x,y)=(3x2−3y, 3y2−3x).Ordre 2. On dérive à nouveau :
∂x2∂2f=6x,∂y2∂2f=6y,∂x∂y∂2f=∂x∂(3y2−3x)=−3.Contrôle dans l'autre ordre : ∂y∂(3x2−3y)=−3. Les deux valeurs coïncident, conformément au théorème de Schwarz. Ainsi
Hf(x,y)=(6x−3−36y),et par exemple Hf(1,1)=(6−3−36), Hf(0,0)=(0−3−30).
Formule de Taylor-Young à l'ordre 2
Propriété
Formule de Taylor-Young à l'ordre 2 (admise). Soient Ω un ouvert de Rp, f de classe C2 sur Ω et a∈Ω. Alors, quand h→0 dans Rp,
f(a+h)=f(a)+⟨∇f(a),h⟩+21⟨Hf(a)h,h⟩+o(∥h∥2),ou, en écriture matricielle avec h vu comme une colonne,
f(a+h)=f(a)+t(∇f(a))h+21thHf(a)h+o(∥h∥2).Remarque
Notations de Monge, en dimension 2. Pour p=2, il est traditionnel de poser
r=∂x2∂2f(a),s=∂x∂y∂2f(a),t=∂y2∂2f(a),de sorte que Hf(a)=(rsst). Avec h=(h1,h2), la formule s'écrit alors sous forme entièrement développée :
f(a+h)=f(a)+∂x∂f(a)h1+∂y∂f(a)h2+21(rh12+2sh1h2+th22)+o(∥h∥2).Attention au conflit de lettres : ce t n'a rien à voir avec le paramètre temporel des fonctions vectorielles. On évitera donc les notations de Monge dans tout énoncé où une variable t circule déjà.
Le terme d'ordre 2 est donc la forme quadratique associée à la hessienne, évaluée en h. C'est exactement l'objet dont le chapitre euclidien donne la clé : son signe se lit sur les valeurs propres de Hf(a).
Exemple
Développement limité d'ordre 2 de f(x,y)=excosy en (0,0).
Ordre 1. ∂x∂f=excosy et ∂y∂f=−exsiny, donc ∇f(0,0)=(1,0), et f(0,0)=1.
Ordre 2.
∂x2∂2f=excosy,∂x∂y∂2f=∂x∂(−exsiny)=−exsiny,∂y2∂2f=−excosy,d'où Hf(0,0)=(100−1).
Formule. Avec h=(h1,h2),
f(h1,h2)=1+h1+21(h12−h22)+o(∥h∥2).Contrôle par les développements limités d'une variable. eh1=1+h1+2h12+o(h12) et cosh2=1−2h22+o(h22). Le produit, tronqué à l'ordre 2, vaut 1+h1+2h12−2h22 : les deux calculs concordent.
Méthode
Calculer une hessienne sans se tromper. Trois précautions, dans l'ordre.
1. Calculer d'abord les deux (ou trois) dérivées partielles d'ordre 1 sous forme simplifiée, et les vérifier. Une erreur à l'ordre 1 contamine toute la hessienne.
2. Calculer la dérivée croisée dans les deux sens et vérifier qu'on trouve la même chose : c'est le contrôle gratuit offert par le théorème de Schwarz, et il détecte la majorité des erreurs de signe.
3. N'évaluer au point a qu'à la fin, après avoir écrit la hessienne comme fonction du point courant. Cela permet de réutiliser la même expression pour plusieurs points critiques, ce qui arrive presque toujours.
Exemple
Un développement limité d'ordre 2 hors de l'origine. Soit f(x,y)=x2+y2, de classe C∞ sur R2∖{(0,0)}, et a=(3,4), où r=9+16=5.
Ordre 1. ∂x∂f=rx et ∂y∂f=ry, donc ∇f(3,4)=(53,54), vecteur unitaire.
Ordre 2. En dérivant rx avec ∂x∂r=rx :
∂x2∂2f=r2r−x⋅rx=r3y2,∂y2∂2f=r3x2,∂x∂y∂2f=∂x∂(ry)=−r3xy.En (3,4), avec r3=125 : Hf(3,4)=1251(16−12−129), dont le déterminant 1252144−144 est nul.
Formule. Comme 21(16h2−24hk+9k2)=21(4h−3k)2,
(3+h)2+(4+k)2=5+53h+4k+250(4h−3k)2+o(∥(h,k)∥2).Le terme d'ordre 2 est un carré parfait, positif : cohérent avec une hessienne positive de déterminant nul.
Exemple
Un cas où le développement est exact. Reprenons f(x,y)=x3+y3−3xy au point a=(1,1), où ∇f(1,1)=(0,0) et Hf(1,1)=(6−3−36).
Par Taylor-Young. Comme f(1,1)=−1 et que le terme d'ordre 1 est nul,
f(1+h,1+k)=−1+21(6h2−6hk+6k2)+o(∥(h,k)∥2)=−1+3(h2−hk+k2)+o(∥(h,k)∥2).Par le calcul exact. En développant,
f(1+h,1+k)=(1+3h+3h2+h3)+(1+3k+3k2+k3)−3(1+h+k+hk)=−1+3h2−3hk+3k2+h3+k3.Les termes d'ordre 1 disparaissent effectivement, le terme d'ordre 2 est bien 3(h2−hk+k2), et le reste h3+k3 est bien un o(∥(h,k)∥2). La formule est confirmée.
Extremums
Tout le chapitre converge ici. On cherche les points où une fonction de plusieurs variables atteint une valeur extrême, et l'on dispose pour cela de deux outils : le gradient (ordre 1), qui sélectionne les candidats, et la hessienne (ordre 2), qui tranche sur leur nature.
Vocabulaire
Définition
Soient A une partie non vide de Rp, f:A→R et a∈A. On dit que :
- f admet en a un maximum global sur A lorsque f(x)⩽f(a) pour tout x∈A ; il est strict lorsque f(x)<f(a) pour tout x∈A∖{a} ;
- f admet en a un maximum local lorsqu'il existe r>0 tel que f(x)⩽f(a) pour tout x∈A∩B(a,r) ; il est strict lorsque l'inégalité est stricte pour x=a.
On définit de même minimum global, minimum local, et leurs versions strictes, en renversant les inégalités. Un extremum est un maximum ou un minimum.
Remarque
Le mot local signifie : sur un voisinage du point, aussi petit soit-il. C'est une propriété qui ne regarde que ce qui se passe près de a, et qui ne dit strictement rien du comportement de f ailleurs. Un minimum local peut parfaitement être supérieur à un maximum local situé plus loin.
Un extremum global est évidemment local (prendre n'importe quel r). La réciproque est fausse, et c'est la source d'erreur numéro un de cette section : la théorie des points critiques et de la hessienne ne donne jamais que des informations locales. Pour conclure au caractère global, il faut un argument supplémentaire : une inégalité valable partout, ou un argument de compacité.
Enfin, on prendra garde à ne pas confondre l'extremum, qui est la valeur f(a), et le point a en lequel il est atteint. En rédaction, on écrit : « f atteint son minimum global en a, et ce minimum vaut f(a)=… ».
Condition nécessaire d'ordre 1
Définition
Soient Ω un ouvert de Rp et f∈C1(Ω,R). Un point a∈Ω est un point critique de f lorsque
∇f(a)=0,c’est-aˋ-dire∀i∈{1,…,p}, ∂xi∂f(a)=0.Propriété
Condition nécessaire du premier ordre. Soient Ω un ouvert de Rp, f∈C1(Ω,R) et a∈Ω. Si f admet un extremum local en a, alors a est un point critique de f.
Démonstration. Quitte à remplacer f par −f — ce qui ne change ni la classe C1, ni l'ensemble des points critiques puisque ∇(−f)=−∇f, et transforme un maximum en minimum — on peut supposer que f admet un minimum local en a.
Il existe donc r1>0 tel que f(x)⩾f(a) pour tout x∈Ω∩B(a,r1). Par ailleurs, Ω étant ouvert, il existe r2>0 tel que B(a,r2)⊂Ω. Posons r=min(r1,r2)>0 : on a alors B(a,r)⊂Ω et f(x)⩾f(a) pour tout x∈B(a,r).
Fixons i∈{1,…,p} et considérons la fonction partielle
φi:]−r,r[ → R,φi(t)=f(a+tei).Elle est bien définie, car ∥(a+tei)−a∥=∣t∣<r donc a+tei∈B(a,r)⊂Ω.
Deux points sont maintenant à observer.
D'une part, φi est dérivable en 0, de dérivée φi′(0)=∂xi∂f(a) : c'est exactement la définition de la i-ième dérivée partielle, qui existe puisque f est de classe C1.
D'autre part, pour tout t∈]−r,r[, le point a+tei appartient à B(a,r), donc φi(t)=f(a+tei)⩾f(a)=φi(0). La fonction numérique φi admet donc un minimum en 0, et ce point 0 est intérieur à l'intervalle ]−r,r[.
Le théorème de première année sur l'extremum intérieur d'une fonction dérivable d'une variable s'applique alors : φi′(0)=0, c'est-à-dire
∂xi∂f(a)=0.Ceci valant pour tout i∈{1,…,p}, on conclut que ∇f(a)=0. □
Remarque
La réciproque est fausse : le point selle. Soit f(x,y)=xy sur R2. Alors ∇f(x,y)=(y,x), donc (0,0) est l'unique point critique, avec f(0,0)=0. Pourtant, pour tout t=0,
f(t,t)=t2>0etf(t,−t)=−t2<0,et ces deux points sont aussi proches de l'origine que l'on veut. Donc f ne présente en (0,0) ni maximum local ni minimum local : c'est un point selle (ou point col).
Même phénomène pour g(x,y)=x2−y2, dont le gradient (2x,−2y) s'annule uniquement en (0,0), alors que g(t,0)=t2>0 et g(0,t)=−t2<0.
Remarque
L'hypothèse « point intérieur » est indispensable. Considérons f(x,y)=x sur le disque fermé A={(x,y);x2+y2⩽1}. Cette fonction atteint son maximum global sur A au point (1,0), avec la valeur 1.
Or ∇f(x,y)=(1,0) ne s'annule en aucun point : il n'y a aucun point critique. Il n'y a pas de contradiction, car (1,0) appartient au bord de A et n'est pas intérieur : le théorème ne s'y applique pas.
C'est la raison pour laquelle la recherche d'extremums sur un fermé se fait toujours en deux temps : l'intérieur, traité par les points critiques, et le bord, traité séparément.
Condition suffisante d'ordre 2
Propriété
Condition du second ordre. Soient Ω un ouvert de Rp, f de classe C2 sur Ω et a∈Ω un point critique de f.
1. Si Hf(a)∈Sp++(R), alors f admet en a un minimum local strict.
2. Si Hf(a)∈/Sp+(R), alors f n'admet pas de minimum en a (même pas local).
Par adaptation à −f, dont la hessienne est −Hf(a) : si −Hf(a)∈Sp++(R), alors f admet en a un maximum local strict ; si −Hf(a)∈/Sp+(R), alors f n'admet pas de maximum en a.
Voici l'idée de la démonstration. Elle n'est pas exigible telle quelle, mais elle explique tout, et il est bon de savoir la reproduire dans ses grandes lignes.
Comme a est un point critique, ∇f(a)=0 et la formule de Taylor-Young à l'ordre 2 se réduit à
f(a+h)−f(a)=21thHf(a)h+o(∥h∥2).Tout se joue donc sur le signe de la forme quadratique h↦thHf(a)h, et la matrice Hf(a) étant symétrique réelle, le théorème spectral donne accès à ce signe par les valeurs propres.
Cas 1. Supposons H=Hf(a)∈Sp++(R), et notons λmin>0 sa plus petite valeur propre. L'encadrement de Rayleigh, acquis au chapitre euclidien, donne thHh⩾λmin∥h∥2 pour tout h. En écrivant le reste sous la forme ∥h∥2ε(h) avec ε(h)→0, on obtient
f(a+h)−f(a) ⩾ ∥h∥2(2λmin+ε(h)).Comme ε(h)→0, il existe ρ>0 tel que ∣ε(h)∣⩽4λmin dès que ∥h∥<ρ. Pour un tel h non nul,
f(a+h)−f(a) ⩾ 4λmin∥h∥2 > 0,ce qui est exactement un minimum local strict en a.
Cas 2. Supposons H∈/Sp+(R). Par la caractérisation spectrale des matrices positives, H possède une valeur propre μ<0 ; soit u un vecteur propre unitaire associé. Prenons h=tu avec t réel petit. Alors thHh=t2tuHu=t2μ∥u∥2=μt2, et
f(a+tu)−f(a)=2μt2+o(t2)=t2(2μ+o(1)).Comme 2μ<0, cette quantité est strictement négative pour t=0 assez petit. Il existe donc, arbitrairement près de a, des points où f prend une valeur strictement inférieure à f(a) : f n'a pas de minimum local en a.
Remarque
Le cas laissé de côté. Le théorème ne dit rien lorsque Hf(a)∈Sp+(R) sans être définie positive, c'est-à-dire lorsque 0 est valeur propre et qu'aucune valeur propre n'est strictement négative. Et pour cause : tous les comportements sont alors possibles. En (0,0), qui est un point critique des trois fonctions suivantes, la hessienne vaut à chaque fois (2000)∈S2+(R)∖S2++(R) :
- f(x,y)=x2+y4 a un minimum global strict en (0,0), car f⩾0 avec égalité seulement à l'origine ;
- f(x,y)=x2 a un minimum global non strict (tout l'axe des ordonnées convient) ;
- f(x,y)=x2−y4 n'a aucun extremum en (0,0), puisque f(0,t)=−t4<0 et f(t,0)=t2>0.
Dans ce cas dit douteux, l'ordre 2 est muet : il faut une étude directe, en général en examinant le signe de f(a+h)−f(a) le long de chemins bien choisis.
Explicitation pour p = 2
En deux variables, on n'a pas besoin de calculer les valeurs propres : le déterminant et la trace suffisent, puisqu'ils en donnent le produit et la somme.
Propriété
Critère en dimension 2. Soient Ω un ouvert de R2, f de classe C2 sur Ω et a∈Ω un point critique de f. Notons Δ=detHf(a) et T=trHf(a). Alors :
1. si Δ>0 et T>0, f admet en a un minimum local strict ;
2. si Δ>0 et T<0, f admet en a un maximum local strict ;
3. si Δ<0, f n'admet aucun extremum en a : c'est un point selle ;
4. si Δ=0, on ne peut pas conclure : cas douteux, une étude directe est nécessaire.
Avec les notations de Monge Hf(a)=(rsst), cela s'écrit Δ=rt−s2 et T=r+t.
Démonstration. La matrice H=Hf(a) est symétrique réelle : d'après le théorème spectral, elle est diagonalisable et ses deux valeurs propres λ1,λ2 sont réelles. Les relations coefficients-racines du polynôme caractéristique d'une matrice 2×2 donnent
λ1λ2=detH=Δ,λ1+λ2=trH=T.Cas 1 et 2. Si Δ>0, les deux valeurs propres sont non nulles et de même signe, lequel est celui de leur somme T (qui est donc automatiquement non nulle). Si T>0, elles sont toutes deux strictement positives, donc H∈S2++(R) par la caractérisation spectrale, et le théorème du second ordre donne un minimum local strict. Si T<0, elles sont toutes deux strictement négatives, donc −H∈S2++(R) et l'on obtient un maximum local strict.
Cas 3. Si Δ<0, les deux valeurs propres sont non nulles et de signes opposés : disons λ1>0>λ2. Alors H∈/S2+(R) à cause de λ2, donc f n'a pas de minimum en a ; et −H∈/S2+(R) à cause de −λ1<0, donc f n'a pas non plus de maximum en a.
Cas 4. Si Δ=0, l'une au moins des valeurs propres est nulle : on est dans le cas douteux évoqué plus haut. □
Le critère se résume ainsi.
| detHf(a) | trHf(a) | Nature du point critique a |
|---|---|---|
| >0 | >0 | minimum local strict |
| >0 | <0 | maximum local strict |
| <0 | quelconque | point selle : pas d'extremum |
| =0 | quelconque | cas douteux : étude directe indispensable |
Remarque
Deux commentaires pratiques. D'abord, lorsque Δ>0, le signe de T=r+t est aussi celui de r seul (puisque r et t sont alors de même signe) : il est équivalent, et souvent plus rapide, de regarder le signe de ∂x2∂2f(a).
Ensuite, ce critère ne s'applique qu'en un point critique. Calculer un déterminant de hessienne en un point où le gradient ne s'annule pas n'a aucun intérêt : il n'y a de toute façon pas d'extremum là.
Exemple
Étude complète de f(x,y)=x3+y3−3xy sur R2. La fonction est polynomiale, donc de classe C∞ sur l'ouvert R2.
Points critiques. On résout ∇f(x,y)=(0,0), c'est-à-dire
{3x2−3y=03y2−3x=0⟺{y=x2x=y2.En substituant, x=(x2)2=x4, soit x(x3−1)=0, donc x=0 ou x=1. Les points critiques sont (0,0) et (1,1). (Vérification par réinjection : ∇f(0,0)=(0,0) et ∇f(1,1)=(3−3,3−3)=(0,0).)
Nature de (0,0). Hf(0,0)=(0−3−30), de déterminant 0−9=−9<0 : point selle, pas d'extremum.
Nature de (1,1). Hf(1,1)=(6−3−36), de déterminant 36−9=27>0 et de trace 12>0 : minimum local strict, de valeur f(1,1)=1+1−3=−1.
Exemple
Suite : confirmation directe et absence d'extremum global.
Le point selle, à la main. Près de l'origine, f(t,t)=2t3−3t2=t2(2t−3)<0 pour 0<∣t∣<23, tandis que f(t,−t)=t3−t3+3t2=3t2>0 pour t=0. Comme f(0,0)=0, il y a bien, arbitrairement près de l'origine, des valeurs strictement supérieures et des valeurs strictement inférieures : ce n'est ni un maximum ni un minimum local. Le critère est confirmé.
Pas d'extremum global. Le long de l'axe des abscisses, f(x,0)=x3, qui tend vers −∞ quand x→−∞ et vers +∞ quand x→+∞. La fonction f n'est donc ni minorée ni majorée sur R2 : elle n'admet aucun extremum global, alors même qu'elle possède un minimum local en (1,1).
C'est l'illustration la plus nette du danger signalé plus haut : « minimum local strict » ne se transforme jamais tout seul en « minimum global ».
Exemple
Un cas douteux traité à la main : f(x,y)=x2+y3 sur R2.
Points critiques. ∇f(x,y)=(2x, 3y2) s'annule si et seulement si x=0 et y=0 : l'unique point critique est (0,0), où f(0,0)=0.
Le critère ne conclut pas. Hf(x,y)=(2006y), donc Hf(0,0)=(2000), de déterminant nul. On est dans le cas douteux : l'ordre 2 est muet. Notons au passage que Hf(0,0)∈S2+(R), de sorte que le second point du théorème ne s'applique pas non plus.
Étude directe. Le long de l'axe des ordonnées, f(0,t)=t3, qui est strictement positif pour t>0 et strictement négatif pour t<0. Aussi près de l'origine que l'on veut, f prend donc des valeurs de part et d'autre de f(0,0)=0 : f n'admet aucun extremum local en (0,0), et donc aucun extremum local du tout sur R2.
Morale. En cas douteux, on choisit un chemin le long duquel le terme d'ordre 2 s'annule — ici l'axe des ordonnées, sur lequel la forme quadratique 2h12 est nulle — et l'on regarde le premier terme non nul du développement.
Méthode : chercher les extremums
Les deux situations, ouvert et fermé borné, ne se traitent pas du tout de la même manière. Il faut commencer par identifier laquelle est en jeu.
Méthode
Cas 1 : f définie sur un OUVERT Ω.
1. Justifier en une phrase que Ω est ouvert et que f y est de classe C2.
2. Chercher les points critiques : résoudre le système ∇f(x)=0. Tout extremum local est nécessairement l'un d'eux. Réinjecter les solutions dans le système pour contrôler.
3. Déterminer la nature de chaque point critique : calculer Hf(a), puis appliquer le critère det / tr en dimension 2, ou étudier le signe des valeurs propres en dimension 3. En cas douteux, étudier directement le signe de f(a+h)−f(a) le long de chemins bien choisis.
4. Ne jamais conclure au global sans preuve. L'existence d'un extremum global n'est pas garantie sur un ouvert. Pour l'établir, il faut soit une inégalité valable sur tout Ω (typiquement en factorisant f(x)−f(a) et en montrant que ce reste garde un signe constant), soit un argument de comportement à l'infini.
Méthode
Cas 2 : f définie sur une partie FERMÉE BORNÉE A non vide.
1. Justifier que A est fermée, bornée et non vide, et que f est continue sur A. Le théorème des bornes atteintes garantit alors que f est bornée sur A et atteint son maximum et son minimum globaux : leur existence est acquise avant tout calcul.
2. Intérieur. Chercher les points critiques de f dans l'intérieur de A, qui est un ouvert, et calculer les valeurs de f en ces points.
3. Bord. Paramétrer explicitement le bord (par exemple x=cosθ, y=sinθ pour un cercle ; ou y=1−x avec x∈[0,1] pour un segment) et étudier la fonction d'une seule variable ainsi obtenue, par les méthodes de PCSI. Traiter séparément chaque morceau du bord, sans oublier les sommets ou points de raccord.
4. Comparer toutes les valeurs obtenues : la plus grande est le maximum global, la plus petite le minimum global.
Remarque
Le point 3 de la seconde méthode mérite une insistance particulière : le bord se traite par substitution ou par paramétrage explicite, jamais autrement. Les multiplicateurs de Lagrange sont hors programme en PC, et une contrainte ne peut être gérée qu'en éliminant une variable pour se ramener à un problème libre.
Notez aussi l'ordre logique. Sur un fermé borné, on établit d'abord l'existence des extremums par le théorème des bornes atteintes, puis on les localise. C'est ce qui autorise, à la fin, la comparaison de valeurs : on sait qu'il y a un gagnant.
En trois variables, le critère par le déterminant et la trace n'existe plus : on revient à la définition, c'est-à-dire au signe des valeurs propres de la hessienne. Voici comment cela se rédige.
Exemple
Un extremum en dimension 3 : f(x,y,z)=x2+y2+z2−xy−yz sur R3.
La fonction est polynomiale, donc de classe C∞ sur l'ouvert R3.
Points critiques. ∇f(x,y,z)=(2x−y, 2y−x−z, 2z−y), d'où le système
⎩⎨⎧y=2xx+z=2yy=2zLes première et troisième équations donnent 2x=y=2z, donc x=z ; la deuxième s'écrit alors 2x=2y=4x, d'où x=0, puis y=z=0. L'unique point critique est l'origine, où f(0,0,0)=0.
Hessienne. Les dérivées secondes sont constantes :
Hf(0,0,0)=2−10−12−10−12,symétrique comme annoncé par le théorème de Schwarz.
Exemple
Suite : nature du point critique. Cherchons les valeurs propres de H=Hf(0,0,0). En posant μ=2−λ,
det(H−λI3)=μ−10−1μ−10−1μ=μ(μ2−1)−(−1)(−μ)=μ3−2μ=μ(μ2−2).Les racines sont μ∈{0, 2, −2}, soit
Sp(H)={2, 2−2, 2+2}.Comme 2<2, ces trois valeurs propres sont strictement positives : par la caractérisation spectrale, H∈S3++(R), et f admet en l'origine un minimum local strict.
Passage au global. Une mise sous forme de somme de carrés le confirme et donne davantage :
f(x,y,z)=(x−2y)2+43(y−32z)2+32z2 ⩾ 0,avec égalité si et seulement si z=0, puis y=0, puis x=0. Le minimum est donc global et strict, de valeur 0, atteint uniquement en l'origine. La fonction n'est en revanche pas majorée (f(x,0,0)=x2), donc pas de maximum.
Extremums globaux
Trois exemples complets, correspondant aux trois situations que l'on rencontre.
Exemple
Un minimum global sur un ouvert non borné : f(x,y)=x2+xy+y2−3x−3y sur R2.
La fonction est polynomiale, donc de classe C∞ sur l'ouvert R2.
Points critiques. ∇f(x,y)=(2x+y−3, x+2y−3), donc
{2x+y=3x+2y=3En soustrayant les deux équations : x−y=0, d'où x=y, puis 3x=3 et x=y=1. L'unique point critique est (1,1), avec f(1,1)=1+1+1−3−3=−3.
Nature locale. Hf(x,y)=(2112), de déterminant 3>0 et de trace 4>0 : minimum local strict.
Exemple
Suite : le minimum est global. Il reste à passer du local au global, ce que le calcul suivant fait sans détour. Pour tous réels h,k,
f(1+h,1+k)=(1+h)2+(1+h)(1+k)+(1+k)2−3(1+h)−3(1+k)=(1+2h+h2)+(1+h+k+hk)+(1+2k+k2)−3−3h−3−3k=−3+h2+hk+k2.Or, en écrivant la forme quadratique sous forme canonique,
h2+hk+k2=(h+2k)2+43k2 ⩾ 0,avec égalité si et seulement si k=0 et h+2k=0, c'est-à-dire h=k=0.
Donc f(x,y)⩾−3 pour tout (x,y)∈R2, avec égalité uniquement en (1,1) : f admet en (1,1) un minimum global strict, égal à −3. En revanche f(x,0)=x2−3x→+∞, donc f n'a pas de maximum.
Exemple
Un ouvert où le minimum global n'existe pas. Reprenons f(x,y)=x3+y3−3xy sur R2, étudiée plus haut : elle possède un minimum local strict en (1,1), de valeur −1, et un point selle en (0,0).
Pourtant f(x,0)=x3→−∞ quand x→−∞ : la fonction n'est pas minorée, donc elle n'admet pas de minimum global. Elle n'est pas majorée non plus, donc pas de maximum global.
Comparez avec l'exemple précédent : les deux fonctions ont un unique minimum local strict trouvé exactement de la même façon, et pourtant l'une atteint son minimum global et l'autre non. Aucun raisonnement local ne peut distinguer les deux cas ; seule l'étude globale le peut. C'est pourquoi la phrase « c'est le seul point critique, donc c'est le minimum global » est fausse et doit être bannie des copies.
Exemple
Sur un fermé borné : f(x,y)=x2+y2−x sur le disque fermé A={(x,y);x2+y2⩽1}.
Existence. A est fermée (image réciproque du fermé ]−∞,1] par une fonction continue), bornée (incluse dans B(0,2)) et non vide ; f y est continue. Par le théorème des bornes atteintes, f atteint sur A un maximum et un minimum globaux.
Intérieur. L'intérieur de A est le disque ouvert, sur lequel f est de classe C∞. On résout ∇f(x,y)=(2x−1, 2y)=(0,0), ce qui donne l'unique point (21,0), qui appartient bien à l'intérieur puisque 41<1. La valeur y est
f(21,0)=41−21=−41.Sa hessienne (2002) a pour déterminant 4>0 et pour trace 4>0 : minimum local strict.
Exemple
Suite : étude du bord et conclusion.
Bord. Le bord de A est le cercle unité, que l'on paramètre par x=cosθ, y=sinθ avec θ∈[0,2π]. Sur ce bord,
g(θ)=f(cosθ,sinθ)=cos2θ+sin2θ−cosθ=1−cosθ.Comme cosθ décrit [−1,1], la fonction g décrit [0,2] : son minimum 0 est atteint en θ=0, soit au point (1,0), et son maximum 2 en θ=π, soit au point (−1,0).
Comparaison. Les valeurs candidates sont −41 (point critique intérieur), 0 et 2 (extremums sur le bord). Donc
Aminf=−41 atteint en (21,0),Amaxf=2 atteint en (−1,0).Contrôle. On peut écrire f(x,y)=(x−21)2+y2−41 : à la constante −41 près, f est le carré de la distance au point (21,0). Sur le disque, cette distance varie de 0 (au point lui-même, qui est dans le disque) à 23 (au point diamétralement opposé (−1,0)). On retrouve −41 et 49−41=2.
Exemple
Un fermé borné à bord anguleux : f(x,y)=xy(1−x−y) sur le triangle plein T={(x,y);x⩾0, y⩾0, x+y⩽1}.
Existence. T est fermé (intersection de trois demi-plans fermés), borné (inclus dans [0,1]2) et non vide ; f y est continue, donc atteint ses bornes.
Bord. Il est formé de trois segments. Sur x=0 : f=0. Sur y=0 : f=0. Sur x+y=1 : le facteur 1−x−y est nul, donc f=0. Ainsi f est identiquement nulle sur le bord de T.
Intérieur. Sur l'ouvert {x>0, y>0, x+y<1}, on développe f=xy−x2y−xy2, d'où
∂x∂f=y−2xy−y2=y(1−2x−y),∂y∂f=x−x2−2xy=x(1−x−2y).Comme x>0 et y>0 à l'intérieur, le système se réduit à 2x+y=1 et x+2y=1, dont l'unique solution est x=y=31. La valeur y est f(31,31)=91×31=271.
Conclusion. À l'intérieur, x>0, y>0 et 1−x−y>0, donc f>0. Le maximum global vaut donc 271, atteint en (31,31), et le minimum global vaut 0, atteint en tout point du bord.
Remarque
Le dernier exemple montre deux choses utiles. D'une part, un extremum global peut être atteint en une infinité de points : rien n'impose l'unicité. D'autre part, il n'a pas été nécessaire de calculer la hessienne : une fois l'existence acquise par le théorème des bornes atteintes, et les valeurs comparées, la conclusion tombe sans condition d'ordre 2. Sur un fermé borné, la hessienne n'est souvent qu'un confort.
Récapitulatif
Méthode
Les réflexes du chapitre.
- Fonction vectorielle : pour un calcul, dériver coordonnée par coordonnée ; pour une propriété structurelle (produit scalaire, norme, déterminant), passer par les règles L, B, M.
- « ∥f∥ est constante » doit déclencher immédiatement ⟨f,f′⟩=0, et réciproquement. C'est le résultat le plus rentable de la première section.
- Avant toute chose, vérifier la classe. Une phrase suffit : « polynomiale donc C∞ », « quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas ». Sans classe C1, ni le développement limité, ni la règle de la chaîne, ni le gradient n'ont de sens.
- Point de recollement : ne jamais utiliser la formule générale au point exceptionnel. Continuité par majoration ou polaires, dérivées partielles par le taux d'accroissement, développement limité testé à la main, classe C1 par continuité des dérivées partielles.
- Composition : nommer les deux fonctions (f et g), et surveiller en permanence où chaque dérivée partielle est évaluée. Savoir refaire le passage en polaires dans les deux sens.
- Gradient nul sur un ouvert ne donne « f constante » que si l'ouvert est convexe.
- Schwarz et Taylor-Young s'invoquent, ne se démontrent pas, mais leurs hypothèses (C2, ouvert) doivent être écrites.
- Extremums, ordre logique : classe, puis points critiques, puis nature par la hessienne, puis — et seulement alors — question du global.
- Fermé borné : commencer par le théorème des bornes atteintes, traiter l'intérieur et le bord séparément, comparer les valeurs à la fin.
Terminons par les cinq erreurs qui coûtent le plus de points en copie, dans l'ordre de fréquence observée.
Erreur 1 — Croire que l'existence des dérivées partielles suffit. C'est le piège central du chapitre. Une fonction peut admettre ses deux dérivées partielles en un point sans y être continue : le contre-exemple x2+y2xy doit être connu et cité. Toute la théorie repose sur la classe C1, c'est-à-dire sur la continuité des dérivées partielles.
Erreur 2 — Conclure du local au global. Écrire « (1,1) est le seul point critique et c'est un minimum local, donc c'est le minimum global de f sur R2 » est un raisonnement faux : x3+y3−3xy le réfute exactement. Le passage au global exige soit une inégalité valable partout, soit un argument de compacité.
Erreur 3 — Oublier le bord. Sur une partie fermée, un extremum peut parfaitement être atteint en un point du bord, où le gradient ne s'annule pas : la condition nécessaire d'ordre 1 ne s'applique qu'aux points intérieurs. Une étude sur un fermé qui ne traite que les points critiques est incomplète, donc fausse.
Erreur 4 — Confondre les variables dans une composition. Écrire ∂r∂f alors que f est fonction de (x,y), ou évaluer ∂x∂f au point (r,θ) au lieu de (rcosθ,rsinθ), rend tout le calcul inexploitable. Nommer la composée et écrire les points d'évaluation coûte trois secondes et sauve une question entière.
Erreur 5 — Franchir le programme. Multiplicateurs de Lagrange, plan tangent, orthogonalité du gradient aux lignes de niveau, matrice jacobienne : ces outils ne sont pas au programme de PC et leur usage ne rapporte aucun point, même quand le résultat est juste. Une contrainte se traite par substitution ou par paramétrage explicite du bord, jamais autrement.
Les exercices
36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Dériver une fonction à valeurs dans l'espace
Dérivabilité des fonctions vectorielles, dérivée par coordonnées, interprétation cinématique
On considère les trois fonctions suivantes, définies sur R et à valeurs vectorielles.
a. f(t)=(t2−1, 2t, t3)∈R3
b. g(t)=(etcost, etsint)∈R2
c. h(t)=(cost, sint, t)∈R3
1. Justifier que f, g et h sont de classe C∞ sur R.
2. Calculer f′(t), g′(t) et h′(t), puis f′′(t), g′′(t) et h′′(t).
3. Calculer ∥g′(t)∥ et ∥h′(t)∥ pour tout t∈R, en simplifiant au maximum. Interpréter cinématiquement le résultat obtenu pour h.
4. Écrire le développement limité d'ordre 1 de f en t=1, puis celui de h en t=2π.
Exercice 2 ★★★★ — Premiers calculs de dérivées partielles
Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1
1. Pour chacune des fonctions suivantes : préciser l'ouvert Ω sur lequel elle est définie, justifier en une phrase qu'elle est de classe C1 sur Ω, puis calculer ses dérivées partielles d'ordre 1 en tout point de Ω.
a. f(x,y)=x3y−2xy2+5y
b. g(x,y)=x+yx−y
c. u(x,y)=xexy
d. v(x,y)=ln(x2+y2)
e. w(x,y)=4−x2−y2
f. m(x,y)=xy
g. n(x,y,z)=x2y+y2z+z2x
2. Calculer ∂x∂g(1,0) et ∂y∂m(e,2).
Exercice 3 ★★★★ — Dérivée selon un vecteur
Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1
On rappelle que, pour une fonction f définie sur un ouvert Ω de Rp, un point a∈Ω et un vecteur v∈Rp, la dérivée de f en a selon le vecteur v est
Dvf(a)=t→0limtf(a+tv)−f(a)lorsque cette limite existe.
Dans les questions 1, 2 et 4, on pose f(x,y)=x2+3xy−y2, a=(1,2) et v=(2,−1).
1. Calculer f(a+tv) pour tout t∈R, puis en déduire Dvf(a) en revenant à la définition.
2. Calculer ∂x∂f(a) et ∂y∂f(a), puis retrouver Dvf(a) à l'aide de la formule
Dvf(a)=i=1∑pvi∂xi∂f(a),valable parce que f est de classe C1.
3. Calculer de la même façon, par la formule directe :
a. Dsg(b), où g(x,y)=exy, b=(1,0) et s=(3,4)
b. Dwh(c), où h(x,y,z)=xy+yz+zx, c=(1,2,3) et w=(1,−1,2)
4. Déterminer tous les vecteurs unitaires u de R2 tels que Duf(a)=0.
Exercice 4 ★★★★ — Gradient et direction de plus forte pente
Gradient, lien avec la différentielle et le produit scalaire, direction de plus forte pente
1. Calculer le gradient de chacune des fonctions suivantes en un point quelconque, puis au point indiqué.
a. f(x,y)=x2+xy+y2, au point a=(1,1)
b. g(x,y)=excosy, au point b=(0,3π)
c. h(x,y,z)=xyz, au point c=(1,2,3)
2. Soit φ une fonction de classe C1 sur un ouvert Ω de Rp et α∈Ω tel que ∇φ(α)=0. À l'aide de l'inégalité de Cauchy-Schwarz et de son cas d'égalité, montrer que
∥u∥=1maxDuφ(α)=∥∇φ(α)∥,et préciser l'unique vecteur unitaire qui réalise ce maximum.
3. Appliquer la question précédente à f au point a, puis à h au point c.
4. La température d'une plaque, en degrés Celsius, est donnée en tout point (x,y) par T(x,y)=20+x2+xy, où x et y sont exprimés en mètres. On se place au point M0=(3,−2). Dans quelle direction faut-il partir pour que la température croisse le plus vite possible, et de combien augmente-t-elle alors par mètre parcouru ?
Exercice 5 ★★★★ — Différentielle et développement limité d'ordre un
Développement limité d'ordre 1, différentielle df(a).h, continuité des fonctions de classe C1Gradient, lien avec la différentielle et le produit scalaire, direction de plus forte pente
On rappelle que si f est de classe C1 sur un ouvert Ω de R2 et a∈Ω, la différentielle de f en a est la forme linéaire
df(a):h=(h1,h2)⟼∂x∂f(a)h1+∂y∂f(a)h2=⟨∇f(a),h⟩.1. Expliciter df(a)⋅h en fonction de h1 et h2 dans les deux cas suivants.
a. f(x,y)=x2y3 au point a=(1,2)
b. g(x,y)=x2+y2 au point b=(3,4)
2. Écrire, dans chacun des deux cas, le développement limité d'ordre 1 correspondant.
3. Le volume d'un cylindre de rayon r et de hauteur h est V(r,h)=πr2h. On part d'un cylindre de rayon r0=10 cm et de hauteur h0=20 cm ; le rayon augmente de 2 % et la hauteur diminue de 1,5 %.
a. Estimer la variation de volume à l'aide du développement limité d'ordre 1.
b. Calculer la variation exacte, comparer les deux valeurs et expliquer l'écart.
Exercice 6 ★★★★ — Dériver le long d'un chemin
Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polaires
On rappelle la règle de la chaîne : si f est de classe C1 sur un ouvert Ω de R2 et si x et y sont dérivables sur un intervalle I, avec (x(t),y(t))∈Ω pour tout t∈I, alors la fonction g:t↦f(x(t),y(t)) est dérivable sur I et
g′(t)=∂x∂f(x(t),y(t))x′(t)+∂y∂f(x(t),y(t))y′(t).1. On prend f(x,y)=x2y, x(t)=cost et y(t)=sint, pour t∈R.
a. Calculer g′(t) par la règle de la chaîne.
b. Expliciter g(t), dériver directement, et vérifier que l'on retrouve le même résultat.
2. Mêmes questions avec f(x,y)=ln(1+x2+y2), x(t)=t et y(t)=t2.
3. On pose maintenant f(x,y,z)=1+z2xy et γ(t)=(et, cost, t), puis g(t)=f(γ(t)). Calculer g′(t) par la règle de la chaîne, étendue à trois variables, puis donner la valeur de g′(0).
Exercice 7 ★★★★ — Dérivées partielles d'ordre deux et matrice hessienne
Dérivées partielles d'ordre 2, fonctions de classe C2, théorème de Schwarz, matrice hessienne
On considère les trois fonctions suivantes, avec le point où l'on travaillera.
a. f(x,y)=x3+3xy2−2y3 sur R2, au point a=(1,1)
b. g(x,y)=exy sur R2, au point b=(1,0)
c. n(x,y,z)=x2y+y2z+z2x sur R3, au point c=(1,2,3)
1. Justifier que ces trois fonctions sont de classe C2 sur l'ouvert indiqué, puis calculer leurs dérivées partielles d'ordre 1.
2. Calculer toutes les dérivées partielles d'ordre 2 : quatre pour f, quatre pour g, neuf pour n.
3. Vérifier explicitement l'égalité des dérivées croisées, et énoncer le théorème qui la garantissait a priori.
4. Écrire les matrices hessiennes Hf(a), Hg(b) et Hn(c), puis calculer leur déterminant et leur trace.
Exercice 8 ★★★★ — Trouver les points critiques
Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire d'ordre 1
On rappelle qu'un point critique d'une fonction φ de classe C1 sur un ouvert Ω de R2 est un point a∈Ω en lequel ∇φ(a)=0, c'est-à-dire un point où les deux dérivées partielles d'ordre 1 s'annulent simultanément.
Déterminer tous les points critiques des fonctions suivantes, toutes définies et de classe C1 sur R2. On ne demande pas d'étudier la nature de ces points.
a. f(x,y)=excosy
b. g(x,y)=x2+xy+y2−3x−3y
c. h(x,y)=x3−3x+y2
d. k(x,y)=(x+y−2)2
e. l(x,y)=x2y+xy2−3xy
Exercice 9 ★★★★ — Nature des points critiques par la hessienne
Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire d'ordre 1Condition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)
On considère les quatre fonctions ci-dessous, de classe C2 sur l'ouvert Ω indiqué.
a. f(x,y)=x2+xy+y2−3x−3y sur Ω=R2
b. g(x,y)=4x+5y−x2−xy−y2 sur Ω=R2
c. h(x,y)=x3−3x+y2 sur Ω=R2
d. k(x,y)=xy+x1+y1 sur Ω=]0,+∞[×]0,+∞[
1. Déterminer les points critiques de chacune de ces quatre fonctions.
2. En chacun de ces points, écrire la matrice hessienne et conclure quant à la nature du point critique à l'aide du critère pour p=2 : signe de detH, puis de trH.
3. Les extremums locaux obtenus en a et en c sont-ils globaux ?
Exercice 10 ★★★★ — Dérivée d'un produit scalaire et d'une norme
Opérations : dérivée de L(f), de B(f, g), d'une application p-linéaire, composition, classe Ck
Dans tout l'exercice, I est un intervalle de R et Rn est muni de son produit scalaire canonique ⟨⋅,⋅⟩ et de la norme associée ∥⋅∥. Les fonctions f et g vont de I dans Rn.
1. Soient f et g dérivables sur I. En écrivant le produit scalaire à l'aide des coordonnées dans la base canonique, montrer que φ:t↦⟨f(t),g(t)⟩ est dérivable sur I, de dérivée
φ′(t)=⟨f′(t),g(t)⟩+⟨f(t),g′(t)⟩De quel résultat général du cours cette formule est-elle un cas particulier ?
2. En déduire la dérivée de t↦∥f(t)∥2.
3. On suppose de plus que f ne s'annule pas sur I. Montrer que N:t↦∥f(t)∥ est dérivable sur I et calculer N′(t). Que se passe-t-il si l'on retire cette hypothèse ?
4. Applications numériques, avec n=3, I=R et
f(t)=(cost,sint,t),g(t)=(t,1,et)a. Calculer la dérivée de φ=⟨f,g⟩ par la formule de la question 1, puis en explicitant φ(t) et en dérivant directement. Comparer.
b. Vérifier que f ne s'annule pas, expliciter N(t)=∥f(t)∥, puis calculer N′(t) par la formule de la question 3 et par dérivation directe.
Exercice 11 ★★★★ — Une trajectoire sur une sphère
Dérivabilité des fonctions vectorielles, dérivée par coordonnées, interprétation cinématiqueOpérations : dérivée de L(f), de B(f, g), d'une application p-linéaire, composition, classe Ck
L'espace R3 est muni de son produit scalaire canonique ⟨⋅,⋅⟩ et de la norme associée. Un point matériel M se déplace dans l'espace : à l'instant t d'un intervalle I, sa position est repérée par le vecteur r(t)∈R3, et l'on suppose la fonction r dérivable sur I. Le vecteur vitesse est r′(t).
On utilisera librement le résultat du cours suivant : si u et v sont dérivables sur I à valeurs dans R3, alors t↦⟨u(t),v(t)⟩ est dérivable, de dérivée ⟨u′,v⟩+⟨u,v′⟩.
1. Montrer que t↦∥r(t)∥ est constante sur I si et seulement si ⟨r(t),r′(t)⟩=0 pour tout t∈I. On traitera soigneusement les deux implications.
2. Interpréter cinématiquement ce résultat.
3. Soient R>0 et α∈]0,π[ fixés. On prend I=R et
r(t)=R(costsinα,sintsinα,cosα)Vérifier que le mouvement a lieu sur la sphère de centre l'origine et de rayon R, contrôler la propriété de la question 1 par le calcul, puis déterminer le vecteur vitesse et son module.
4. Soit a un vecteur fixe de R3. Que peut-on dire du mouvement lorsque t↦∥r(t)−a∥ est constante ?
5. Soit u un vecteur fixe non nul. On suppose que ⟨r′(t),u⟩=0 pour tout t∈I. Montrer que le mouvement reste dans un plan.
Exercice 12 ★★★★ — Dérivée du produit vectoriel et loi des aires
Opérations : dérivée de L(f), de B(f, g), d'une application p-linéaire, composition, classe Ck
L'espace R3 est muni de son produit scalaire canonique ⟨⋅,⋅⟩. On note ∧ l'application R3×R3→R3 du produit vectoriel ; on admet qu'elle est bilinéaire et antisymétrique, c'est-à-dire que u∧v=−v∧u, et l'on n'utilisera que ces deux propriétés.
Un point matériel a pour vecteur position r(t) à l'instant t, où r est une fonction de classe C2 sur un intervalle I à valeurs dans R3 ; r′(t) est sa vitesse et r′′(t) son accélération. On pose
σ(t)=r(t)∧r′(t)1. Montrer que w∧w=0 pour tout w∈R3. En déduire que σ est dérivable sur I, de dérivée σ′(t)=r(t)∧r′′(t).
2. On dit que le mouvement est à force centrale lorsqu'il existe une fonction λ:I→R telle que r′′(t)=λ(t)r(t) pour tout t∈I, c'est-à-dire lorsque l'accélération est à chaque instant colinéaire au vecteur position. Montrer que σ est alors un vecteur constant.
3. Soient e1 et e2 deux vecteurs fixes de R3, w=e1∧e2, et ρ:I→R une fonction de classe C2. On considère le mouvement défini par
r(t)=ρ(t)(coste1+sinte2)Calculer σ(t) en fonction de ρ(t) et de w. Vérifier ensuite, dans le cas où ρ est la fonction constante égale à 1, que le mouvement est à force centrale, et contrôler la conclusion de la question 2.
4. Montrer que ψ:t↦⟨r(t)∧r′(t),r(t)⟩ est dérivable sur I et exprimer ψ′(t). Que devient cette expression pour un mouvement à force centrale ?
Exercice 13 ★★★★ — Dérivée d'un déterminant
Opérations : dérivée de L(f), de B(f, g), d'une application p-linéaire, composition, classe Ck
Pour C1,…,Cn dans Rn, on note det(C1,…,Cn) le déterminant de la matrice de Mn(R) dont les colonnes sont C1,…,Cn. Dans tout l'exercice, I est un intervalle de R.
1. L'application det est n-linéaire par rapport aux colonnes. En déduire, en citant le résultat du cours sur la dérivée de M(f1,…,fp) pour M p-linéaire (démonstration non exigible), que si C1,…,Cn:I→Rn sont dérivables, alors D:t↦det(C1(t),…,Cn(t)) est dérivable sur I, et écrire D′(t).
2. On prend n=2, I=R et C1(t)=(costt), C2(t)=(et1). Calculer D′(t) par la formule de la question 1, puis en explicitant d'abord D(t) et en dérivant. Comparer.
3. On prend n=3, I=R et D(t)=dett101t101t. Calculer D′(t) par la formule de la question 1, puis vérifier le résultat en développant D(t).
4. Soit B=(bij)∈Mn(R). On pose φ(t)=det(In+tB) pour t∈R.
a. Pour n=2, expliciter φ(t) et en déduire φ′(0).
b. Pour n=3, montrer que dans le développement du déterminant, un seul des six produits n'est pas divisible par t2, et en déduire φ′(0).
c. Cas général : montrer, à l'aide de la formule de la question 1, que φ est dérivable et que φ′(0)=tr(B).
5. Application numérique : expliciter φ pour B=(1324) et vérifier. Donner ensuite φ′(0) pour B′=2011−10034.
Exercice 14 ★★★★ — Continuité, dérivées partielles et classe C1
Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1Développement limité d'ordre 1, différentielle df(a).h, continuité des fonctions de classe C1
Partie A
On définit f:R2→R par f(0,0)=0 et, pour (x,y)=(0,0),
f(x,y)=x2+y2xy1. Montrer que f est de classe C1 sur l'ouvert Ω=R2∖{(0,0)} et y calculer ses dérivées partielles d'ordre 1.
2. Montrer que f admet en (0,0) deux dérivées partielles d'ordre 1, et les calculer par le taux d'accroissement.
3. Montrer que f n'est pourtant pas continue en (0,0), en étudiant f le long de la droite d'équation y=x.
4. Qu'en conclure sur la classe de f en (0,0), et sur la portée de l'existence des dérivées partielles ?
Partie B
On définit g:R2→R par g(0,0)=0 et, pour (x,y)=(0,0),
g(x,y)=x2+y2x31. Montrer que g est continue en (0,0).
2. Calculer les dérivées partielles de g en (0,0).
3. Montrer que g n'admet pas de développement limité d'ordre 1 en (0,0). En déduire que g n'est de classe C1 sur aucun ouvert contenant l'origine.
4. Récapituler la hiérarchie des trois propriétés (existence des dérivées partielles, continuité, classe C1) et les implications valides.
Exercice 15 ★★★★ — Limites en l'origine par passage en polaires
Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polaires
Toutes les fonctions de cet exercice sont définies sur R2∖{(0,0)} et l'on cherche si elles admettent une limite en (0,0).
La méthode. Tout point (x,y)=(0,0) s'écrit x=rcosθ et y=rsinθ avec r=∥(x,y)∥>0 et θ∈R, et (x,y)→(0,0) équivaut à r→0+. Pour conclure que la limite vaut ℓ, il faut obtenir une majoration de la forme ∣f(rcosθ,rsinθ)−ℓ∣⩽ε(r), où ε(r)→0 et où le majorant est indépendant de θ.
1. Étudier l'existence d'une limite en (0,0) pour les trois fonctions suivantes.
a. u(x,y)=x2+y2x2y
b. v(x,y)=x2+y2x3+y3
c. w(x,y)=x2+y2x2−y2
2. On pose maintenant φ(x,y)=x4+y2x2y.
a. Montrer que la restriction de φ à toute droite passant par l'origine, privée de l'origine, tend vers 0 en (0,0). On traitera séparément la droite d'équation x=0 et les droites d'équation y=mx, m∈R.
b. Calculer φ(x,x2) pour x=0. Qu'en conclure quant à l'existence d'une limite de φ en (0,0) ?
c. Écrire φ en coordonnées polaires. Que vaut la limite quand r→0+, à θ fixé ? Pourquoi cela ne permet-il pas de conclure ?
3. Énoncer la conclusion méthodologique sur le passage en polaires.
Exercice 16 ★★★★ — Dérivées partielles en coordonnées polaires
Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polaires
Soit f une fonction de classe C1 sur R2. On pose, pour tout (r,θ)∈R2,
g(r,θ)=f(rcosθ,rsinθ).1. Justifier que g est de classe C1 sur R2, puis exprimer ∂r∂g(r,θ) et ∂θ∂g(r,θ) à l'aide des dérivées partielles de f évaluées au point (rcosθ,rsinθ).
2. Soit r>0. Inverser le système obtenu à la question précédente : exprimer ∂x∂f(rcosθ,rsinθ) et ∂y∂f(rcosθ,rsinθ) en fonction de ∂r∂g(r,θ), ∂θ∂g(r,θ), r et θ.
3. Application. On cherche toutes les fonctions f de classe C1 sur l'ouvert R2∖{(0,0)} vérifiant
x∂x∂f(x,y)+y∂y∂f(x,y)=0pour tout (x,y)=(0,0).On conserve la notation g(r,θ)=f(rcosθ,rsinθ), définie cette fois sur ]0,+∞[×R.
a. Montrer que la relation demandée équivaut à ∂r∂g=0 sur ]0,+∞[×R.
b. En travaillant à θ fixé sur l'intervalle ]0,+∞[, en déduire la forme de f, puis vérifier la réciproque.
4. Vérifier le résultat sur l'exemple f(x,y)=Arctan(xy), définie sur le demi-plan ouvert {(x,y)∈R2;x>0}.
Exercice 17 ★★★★ — Fonctions constantes sur un ouvert convexe
Caractérisation des fonctions constantes sur un ouvert convexeRègle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polaires
1. Soit Ω un ouvert convexe de Rp et f une fonction de classe C1 sur Ω telle que ∇f(u)=0 pour tout u∈Ω. Montrer que f est constante sur Ω. On pourra fixer a et b dans Ω et introduire φ(t)=f(a+t(b−a)) pour t∈[0,1].
2. Soit Ω la réunion de deux boules ouvertes disjointes de R2. Construire sur Ω une fonction de classe C1, de gradient nul en tout point, et non constante. Que conclure quant à l'hypothèse faite sur Ω à la question 1 ?
3. Déterminer toutes les fonctions f de classe C1 sur R2 telles que
∂x∂f(x,y)=2x+yet∂y∂f(x,y)=x−3y2.4. Montrer qu'il n'existe en revanche aucune fonction f de classe C2 sur R2 telle que ∂x∂f(x,y)=y2 et ∂y∂f(x,y)=x.
Exercice 18 ★★★★ — Le théorème de Schwarz et son contre-exemple
Dérivées partielles d'ordre 2, fonctions de classe C2, théorème de Schwarz, matrice hessienne
Dans tout l'exercice, on note ∂y∂x∂2f=∂y∂(∂x∂f) et ∂x∂y∂2f=∂x∂(∂y∂f).
1. Calculer les deux dérivées croisées des fonctions suivantes et vérifier qu'elles coïncident. Quel théorème permettait de le prévoir ?
a. u(x,y)=x2y3+exy sur R2
b. v(x,y)=ln(1+x2+y2) sur R2
2. On pose f(0,0)=0 et, pour (x,y)=(0,0),
f(x,y)=x2+y2xy(x2−y2).a. Justifier que f est de classe C1 sur R2∖{(0,0)} et y calculer ∂x∂f(x,y) et ∂y∂f(x,y).
b. En déduire ∂x∂f(0,y) pour y=0, puis ∂y∂f(x,0) pour x=0.
c. Montrer que ∂x∂f(0,0)=∂y∂f(0,0)=0.
d. En déduire ∂y∂x∂2f(0,0)=−1 et ∂x∂y∂2f(0,0)=1.
e. Conclure sur la classe de f en (0,0). Y a-t-il contradiction avec le théorème de Schwarz ?
3. Que retenir de tout cela en pratique ?
Exercice 19 ★★★★ — Développement de Taylor-Young à l'ordre deux
Formule de Taylor-Young à l'ordre 2
On rappelle la formule de Taylor-Young à l'ordre 2 pour une fonction de classe C2 sur un ouvert de R2 contenant a, écrite avec h=(h1,h2) :
f(a+h)=f(a)+⟨∇f(a),h⟩+21thHf(a)h+o(∥h∥2).1. Écrire le développement limité à l'ordre 2 en (0,0) des fonctions suivantes, en calculant leur gradient et leur matrice hessienne en (0,0).
a. f1(x,y)=ex+2y
b. f2(x,y)=ln(1+x+y2)
c. f3(x,y)=1+x2+y
2. Retrouver les développements de a et b en composant des développements limités d'une seule variable, et constater l'accord.
3. Soit f(x,y)=yx, définie sur le demi-plan ouvert {(x,y)∈R2;y>0}. En posant x=1+h et y=1+k, écrire le développement limité à l'ordre 2 de f au point (1,1).
4. Soit F(x,y)=cos(x)cos(y). Écrire son développement à l'ordre 2 en (0,0), vérifier que (0,0) est un point critique de F, et dire ce que ce développement apprend sur la nature de ce point.
Exercice 20 ★★★★ — Extremums d'une fonction polynomiale
Extremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire d'ordre 1Condition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)
On considère la fonction f définie sur R2 par f(x,y)=x3+y3−3xy.
1. Justifier que f est de classe C∞ sur R2 et déterminer ses points critiques.
2. Calculer la matrice hessienne Hf(x,y) en un point quelconque, puis en chacun des points critiques.
3. Déterminer la nature de chacun de ces points critiques.
4. Montrer que f n'admet ni maximum global ni minimum global sur R2.
5. Retrouver, sans utiliser la matrice hessienne, que (0,0) n'est pas un extremum local : on étudiera f le long des droites d'équations y=x et y=−x au voisinage de l'origine.
6. La valeur f(1,1) est-elle le minimum de f sur le quart de plan fermé Q={(x,y)∈R2;x⩾0 et y⩾0} ?
Exercice 21 ★★★★ — Un maximum sur un disque fermé
Recherche d'extremums globaux sur une partie de Rp
On note D={(x,y)∈R2;x2+y2⩽1} le disque unité fermé, U={(x,y)∈R2;x2+y2<1} le disque ouvert associé, et on considère
f(x,y)=x2+y2−2x+2y.1. Justifier que f admet un maximum global et un minimum global sur D.
2. Déterminer les points critiques de f appartenant à U.
3. Étude sur le bord. En paramétrant le cercle unité par x=cosθ et y=sinθ avec θ∈[0,2π], étudier les variations de la fonction φ(θ)=f(cosθ,sinθ) et déterminer ses extremums.
4. Conclure : préciser le maximum global et le minimum global de f sur D, leurs valeurs exactes et les points où ils sont atteints.
5. Expliquer pourquoi la recherche des seuls points critiques ne suffit pas lorsque le domaine d'étude est fermé.
Exercice 22 ★★★★ — Le laplacien en coordonnées polaires
Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polairesDérivées partielles d'ordre 2, fonctions de classe C2, théorème de Schwarz, matrice hessienne
Soit f une fonction de classe C2 sur l'ouvert Ω=R2∖{(0,0)}. On appelle laplacien de f la fonction
Δf=∂x2∂2f+∂y2∂2fOn passe en coordonnées polaires en posant, pour r>0 et θ∈R,
g(r,θ)=f(rcosθ,rsinθ)1. Justifier que g est de classe C2, puis exprimer ∂r∂g et ∂θ∂g à l'aide des dérivées partielles de f.
2. Calculer ∂r2∂2g et ∂θ2∂2g.
3. En déduire l'expression du laplacien en coordonnées polaires
Δf(rcosθ,rsinθ)=∂r2∂2g(r,θ)+r1∂r∂g(r,θ)+r21∂θ2∂2g(r,θ)puis contrôler cette formule par un calcul direct sur f(x,y)=x2−y2, puis sur f(x,y)=x2+y2.
4. Une fonction est dite harmonique lorsque Δf=0. Déterminer toutes les fonctions harmoniques sur Ω de la forme f(x,y)=φ(x2+y2), où φ est de classe C2 sur ]0,+∞[.
5. Interpréter physiquement ce résultat en deux phrases.
Exercice 23 ★★★★ — L'équation des ondes et le changement de variables
Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polairesDérivées partielles d'ordre 2, fonctions de classe C2, théorème de Schwarz, matrice hessienne
Soit c>0. Une fonction f de classe C2 sur R2, dont on note (x,t) les variables, vérifie l'équation des ondes de célérité c lorsque
∂t2∂2f=c2∂x2∂2fsur R2On effectue le changement de variables suggéré par l'énoncé en posant, pour (u,v)∈R2,
g(u,v)=f(2u+v,2cv−u)1. Vérifier que poser x=2u+v et t=2cv−u revient exactement à poser u=x−ct et v=x+ct, et que l'on a f(x,t)=g(x−ct,x+ct). Justifier que g est de classe C2 sur R2, puis exprimer ∂u∂g et ∂v∂g à l'aide des dérivées partielles de f.
2. Calculer ∂u∂v∂2g et en déduire que f vérifie l'équation des ondes si et seulement si ∂u∂v∂2g=0 sur R2.
3. En déduire que les solutions de classe C2 de l'équation des ondes sont exactement les fonctions de la forme f(x,t)=F(x−ct)+G(x+ct), avec F et G de classe C2 sur R.
4. Interpréter physiquement cette forme générale.
5. Vérifier directement que f(x,t)=sin(x−ct)+(x+ct)2 est solution.
Exercice 24 ★★★★ — Fonctions homogènes et relation d'Euler
Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polairesDérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1Gradient, lien avec la différentielle et le produit scalaire, direction de plus forte pente
Soit p∈{2,3} et Ω=Rp∖{0}. On remarquera que Ω est un ouvert stable par dilatation : si x∈Ω et t>0, alors tx∈Ω.
Soit n∈N. Une fonction f de classe C1 sur Ω est dite homogène de degré n lorsque
∀x∈Ω, ∀t>0,f(tx)=tnf(x)1. Vérifier l'homogénéité des trois fonctions suivantes, définies sur R2∖{(0,0)}, et donner leur degré :
a. f1(x,y)=x2+y2x4+y4
b. f2(x,y)=x2+y2
c. f3(x,y)=x2+y2x3+y3
2. Relation d'Euler, sens direct. Montrer que si f est homogène de degré n, alors
∀x∈Ω,⟨∇f(x),x⟩=i=1∑pxi∂xi∂f(x)=nf(x)3. Réciproque. Montrer que si f est de classe C1 sur Ω et vérifie ⟨∇f(x),x⟩=nf(x) pour tout x∈Ω, alors f est homogène de degré n. On pourra étudier φ:t↦t−nf(tx) à x fixé.
4. Montrer que les dérivées partielles d'une fonction homogène de degré n et de classe C1 sont homogènes de degré n−1.
5. Vérifier explicitement les résultats des questions 2 et 4 sur la fonction f3, puis contrôler la relation d'Euler au point (1,2).
Exercice 25 ★★★★ — Quand la hessienne ne tranche pas
Condition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)
Pour une fonction f de classe C2 sur un ouvert de R2 et un point critique a, la condition d'ordre 2 conclut lorsque Hf(a) est définie positive (minimum local strict) ou lorsqu'elle n'est pas positive (pas de minimum). Cet exercice explore le cas dégénéré detHf(a)=0, où le critère est muet.
1. Pour chacune des quatre fonctions suivantes, définies sur R2 :
a. f1(x,y)=x4+y4
b. f2(x,y)=x4−y4
c. f3(x,y)=x2+y4
d. f4(x,y)=x2+y3
montrer que (0,0) est un point critique, calculer Hfi(0,0) et vérifier que son déterminant est nul, puis déterminer la nature du point (0,0) par l'étude directe du signe de fi(x,y)−fi(0,0).
2. Soit f(x,y)=(y−x2)(y−2x2).
a. Montrer que (0,0) est un point critique de f et que Hf(0,0) est dégénérée.
b. Soit D une droite passant par l'origine. Montrer que la restriction de f à D admet en (0,0) un minimum local strict.
c. Calculer f(x,23x2) et en déduire que f n'admet pas d'extremum local en (0,0).
3. Dégager la morale méthodologique de l'exercice en trois phrases.
Exercice 26 ★★★★ — Extremums sur un triangle plein
Recherche d'extremums globaux sur une partie de Rp
On considère le triangle plein
T={(x,y)∈R2;x⩾0, y⩾0, x+y⩽1}et la fonction f définie sur R2 par f(x,y)=xy(1−x−y).
1. Justifier que T est une partie fermée, bornée et non vide de R2, et en déduire que f admet sur T un maximum global et un minimum global.
2. Déterminer les points critiques de f appartenant à U={(x,y);x>0, y>0, x+y<1}.
3. Étudier f sur les trois côtés du triangle.
4. Conclure : donner le maximum global et le minimum global de f sur T, et préciser où ils sont atteints.
5. Déterminer la nature du point critique trouvé à la question 2 à l'aide de la hessienne, et vérifier la cohérence avec la question 4.
6. En déduire le maximum de xyz lorsque x, y, z sont trois réels positifs de somme 1, puis retrouver l'inégalité arithmético-géométrique 3xyz⩽3x+y+z.
Exercice 27 ★★★★ — La méthode des moindres carrés
Recherche d'extremums globaux sur une partie de RpExtremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire d'ordre 1
On dispose de n points expérimentaux (xi,yi), pour 1⩽i⩽n, avec n⩾2 et les xi non tous égaux. On cherche la droite d'équation y=ax+b qui rend minimale la somme des carrés des écarts verticaux
S(a,b)=i=1∑n(axi+b−yi)2On note xˉ=n1∑i=1nxi et yˉ=n1∑i=1nyi les deux moyennes.
1. Justifier que S est de classe C∞ sur R2 et calculer ∂a∂S et ∂b∂S.
2. Montrer que S admet un unique point critique (a∗,b∗) et l'exprimer à l'aide de xˉ, yˉ, ∑(xi−xˉ)2 et ∑(xi−xˉ)(yi−yˉ). On justifiera soigneusement que ∑(xi−xˉ)2>0.
3. Calculer la hessienne de S et montrer qu'elle est définie positive en tout point.
4. Montrer que (a∗,b∗) réalise un minimum global strict de S sur R2.
5. Application. En spectrophotométrie, la loi de Beer-Lambert prévoit une absorbance A affine en la concentration c. Une droite d'étalonnage donne les mesures suivantes :
| ci (en mmol⋅L−1) | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 |
|---|---|---|---|---|---|
| Ai | 0,12 | 0,27 | 0,45 | 0,63 | 0,84 |
Déterminer la droite des moindres carrés A=ac+b, puis vérifier les deux équations du point critique sur les écarts.
Exercice 28 ★★★★ — Minimiser une forme quadratique
Condition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)Recherche d'extremums globaux sur une partie de Rp
Soit p∈{2,3}. On munit Rp de son produit scalaire canonique ⟨u,v⟩=∑i=1puivi, en identifiant un vecteur à la colonne de ses coordonnées. Soient A=(aij)∈Sp++(R) une matrice symétrique définie positive et b∈Rp. On pose
q(x)=21⟨Ax,x⟩−⟨b,x⟩1. Justifier que q est de classe C∞ sur Rp et montrer, par un calcul en coordonnées, que ∇q(x)=Ax−b. On précisera où intervient la symétrie de A.
2. Montrer que A est inversible et en déduire que q admet un unique point critique x∗=A−1b.
3. Calculer Hq(x) et en déduire que q admet en x∗ un minimum local strict.
4. Établir l'identité q(x)=q(x∗)+21⟨A(x−x∗),x−x∗⟩ et en déduire que ce minimum est global et strict.
5. Exprimer la valeur de ce minimum en fonction de A et b.
6. Application. On prend p=2, A=(2112) et b=(4,5). Vérifier que A∈S2++(R), puis déterminer x∗ et la valeur du minimum.
Exercice 29 ★★★★ — Distance d'un point à un plan
Recherche d'extremums globaux sur une partie de RpGradient, lien avec la différentielle et le produit scalaire, direction de plus forte pente
Dans R3 muni de sa structure euclidienne canonique, on considère le plan P d'équation ax+by+cz=d, où (a,b,c)=(0,0,0), et un point A=(x0,y0,z0). On veut calculer la distance de A à P, c'est-à-dire la plus petite des longueurs AM lorsque M décrit P, par le calcul différentiel. Quitte à permuter les rôles des trois coordonnées, on suppose dans tout l'exercice c=0.
1. Paramétrer P par deux variables, puis écrire le carré de la distance AM comme une fonction F de ces deux variables. Expliquer pourquoi minimiser F revient à minimiser la distance.
2. Déterminer le point critique de F.
3. Calculer la matrice hessienne de F et vérifier qu'elle appartient à S2++(R). Montrer ensuite, par un calcul exact, que le minimum local obtenu est en réalité un minimum global strict.
4. En déduire que d(A,P)=a2+b2+c2∣ax0+by0+cz0−d∣.
5. Retrouver ce résultat par la projection orthogonale, puis traiter l'exemple P:2x−y+2z=3 et A=(1,2,3).
Exercice 30 ★★★★ — Dérivée de l'inverse d'une matrice
Opérations : dérivée de L(f), de B(f, g), d'une application p-linéaire, composition, classe Ck
Soit I un intervalle de R et M:I→Mn(R) une fonction dérivable telle que M(t)∈GLn(R) pour tout t∈I. On identifie Mn(R) à Rn2 : une fonction à valeurs matricielles est dérivable si et seulement si chacun de ses n2 coefficients l'est.
1. Justifier que t↦detM(t) est dérivable sur I et ne s'annule pas.
2. On rappelle la formule M(t)−1=detM(t)1t(comM(t)). En déduire que t↦M(t)−1 est dérivable sur I.
3. En dérivant la relation M(t)M(t)−1=In, établir que pour tout t∈I,
(M−1)′(t)=−M(t)−1M′(t)M(t)−14. Application. Soit M(t)=(1tt1) pour t∈]−1,1[. Calculer M(t)−1, dériver directement chacun de ses coefficients, puis retrouver le résultat par la formule de la question 3.
5. Pourquoi n'écrit-on pas (M−1)′=−M′M−2 ? On donnera un contre-exemple explicite.
Exercice 31 ★★★★ — Résoudre une relation aux dérivées partielles
Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polairesCaractérisation des fonctions constantes sur un ouvert convexe
Dans les deux premières parties, le changement de variables est fourni par l'énoncé : il n'y a qu'à appliquer la règle de la chaîne, puis à intégrer une relation du type « dérivée nulle ».
Partie A
Déterminer toutes les fonctions f de classe C1 sur R2 vérifiant
2∂x∂f(x,y)−3∂y∂f(x,y)=0pour tout (x,y)∈R2On posera u=3x+2y et v=y, puis g(u,v)=f(3u−2v,v).
1. Vérifier la cohérence de ce changement de variables et justifier que g est de classe C1 sur R2.
2. Calculer ∂v∂g et montrer que l'équation équivaut à ∂v∂g=0 sur R2.
3. Conclure que les solutions sont exactement les f:(x,y)↦F(3x+2y), avec F de classe C1 sur R (on vérifiera la réciproque).
Partie B
Déterminer toutes les fonctions f de classe C2 sur R2 vérifiant
∂x2∂2f(x,y)−∂y2∂2f(x,y)=0pour tout (x,y)∈R2On posera u=x+y, v=x−y et g(u,v)=f(2u+v,2u−v).
4. Montrer que l'équation équivaut à ∂u∂v∂2g=0 sur R2.
5. En déduire que les solutions sont exactement les f:(x,y)↦F(x+y)+G(x−y), avec F et G de classe C2 sur R (on vérifiera la réciproque).
Partie C
6. Vérifier directement que f(x,y)=cos(x+y)+(x−y)3 est solution de l'équation de la partie B.
Exercice 32 ★★★★ — Une inégalité démontrée par optimisation
Recherche d'extremums globaux sur une partie de RpCondition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)
On considère l'ouvert Ω=]0,+∞[2 de R2 et la fonction
f(x,y)=x2+y2−2lnx−2lny1. Justifier que f est de classe C2 sur Ω, calculer son gradient et déterminer son unique point critique.
2. Calculer la matrice hessienne de f en ce point et en déduire qu'il s'agit d'un minimum local strict.
3. Montrer que ce minimum est global sur Ω. On posera φ(x)=x2−2lnx pour x>0 et l'on étudiera φ.
4. En déduire que, pour tous réels x>0 et y>0,
x2+y2⩾2+2ln(xy)avec égalité si et seulement si x=y=1.
5. Autre méthode sur un cas particulier. Déterminer le minimum global de g(x,y)=x2+y2 sur l'ensemble {(x,y)∈Ω;xy=1}, en éliminant la contrainte par la substitution y=x1, et vérifier la cohérence avec la question 4.
Exercice 33 ★★★★ — Dimensionner une cuve
Recherche d'extremums globaux sur une partie de RpExtremums locaux et globaux, points critiques, condition nécessaire d'ordre 1
Un atelier de chimie doit faire fabriquer une cuve parallélépipédique ouverte sur le dessus, de volume intérieur imposé V0=32m3. On note x et y les côtés de la base et z la hauteur, tous strictement positifs, exprimés en mètres. La cuve comporte donc un fond et quatre parois latérales, et la surface de tôle nécessaire est
S=xy+2xz+2yzOn cherche les dimensions qui minimisent cette surface.
1. Éliminer la contrainte xyz=V0 par substitution et écrire la fonction F de deux variables à minimiser sur l'ouvert Ω=]0,+∞[2.
2. Déterminer les points critiques de F.
3. Préciser la nature de chaque point critique à l'aide de la matrice hessienne.
4. Démontrer que F admet un minimum global sur Ω et qu'il est atteint en un unique point. On montrera que F dépasse la valeur trouvée en 2. en dehors d'un carré K=[α,β]2 bien choisi, puis on invoquera le théorème des bornes atteintes sur K.
5. Conclure : dimensions optimales, surface minimale, et relation remarquable entre la hauteur et le côté de la base.
Exercice 34 ★★★★ — Extremums d'une fonction de trois variables
Condition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)Formule de Taylor-Young à l'ordre 2
On considère la fonction f définie sur R3 par
f(x,y,z)=x2+y2+z2+xy+yz−3x−4y−3z1. Justifier la régularité de f, calculer son gradient et résoudre le système ∇f(x,y,z)=(0,0,0) par la méthode du pivot.
2. Écrire la matrice hessienne H de f et montrer qu'elle appartient à S3++(R), en réduisant la forme quadratique q(h)=thHh en somme de carrés.
3. Conclure au minimum local strict, puis montrer que ce minimum est global.
4. Donner la valeur du minimum.
5. Que se passerait-il si l'on remplaçait xy par 3xy dans l'expression de f ?
Exercice 35 ★★★★ — Relations entre dérivées partielles en thermodynamique
Règle de la chaîne, dérivation des fonctions composées, coordonnées polairesDérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1
Les physiciens notent (∂V∂P)T la dérivée partielle de P par rapport à V, la variable T étant maintenue fixée. Cet exercice établit une relation classique entre trois dérivées partielles de ce type, et explique pourquoi son membre de droite vaut −1 et non +1.
Partie A : le gaz parfait
L'équation d'état PV=nRT (avec n et R constantes strictement positives) permet d'exprimer chacune des trois grandeurs en fonction des deux autres, pour P,V,T>0 :
P(V,T)=VnRT,V(P,T)=PnRT,T(P,V)=nRPV1. Calculer ∂V∂P (à T fixé), ∂T∂V (à P fixé) et ∂P∂T (à V fixé).
2. Montrer que le produit de ces trois dérivées partielles vaut −1.
3. Expliquer en deux phrases pourquoi une « simplification » de type fractions est trompeuse ici.
Partie B : cas général
Soit F une fonction de classe C1 sur un ouvert de R3 et un état (P,V,T) vérifiant F(P,V,T)=0. On admet qu'au voisinage de cet état on peut exprimer indifféremment P comme fonction de classe C1 de (V,T), V comme fonction de (P,T) et T comme fonction de (P,V), ces trois écritures décrivant la même relation. On suppose de plus que les trois dérivées partielles de F sont non nulles au point considéré.
4. En dérivant l'identité F(P(V,T),V,T)=0 par rapport à V à T fixé, exprimer ∂V∂P à l'aide des dérivées partielles de F.
5. Procéder de même pour les deux autres et en déduire la relation générale
∂V∂P⋅∂T∂V⋅∂P∂T=−16. Application au gaz de van der Waals, d'équation (P+V2a)(V−b)=nRT, avec a>0 et b>0 : vérifier la relation en prenant F(P,V,T)=(P+V2a)(V−b)−nRT.
Exercice 36 ★★★★ — Étude complète d'une surface de réponse
Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles d'ordre 1, fonctions de classe C1Formule de Taylor-Young à l'ordre 2Condition suffisante d'ordre 2, matrice hessienne, explicitation pour p = 2 (trace et déterminant)Recherche d'extremums globaux sur une partie de Rp
Un plan d'expériences modélise l'écart de rendement d'une réaction (en points, par rapport à un protocole de référence) par la fonction définie sur R2 par
f(x,y)=xye−(x2+y2)/2où x est la température réduite et y la concentration réduite, deux variables centrées qui peuvent être négatives. Cette fonction est appelée surface de réponse du plan d'expériences.
1. Justifier la régularité de f et calculer son gradient.
2. Déterminer tous les points critiques de f.
3. Calculer la matrice hessienne et préciser la nature de chaque point critique.
4. Écrire le développement de Taylor-Young de f à l'ordre 2 au point (1,1) et interpréter le terme quadratique.
5. La fonction f admet-elle des extremums globaux sur R2 ? On pourra utiliser l'inégalité 2∣xy∣⩽x2+y2.
6. Déterminer les extremums de f sur le domaine admissible K=[0,3]×[−2,2] : existence, étude de l'intérieur, puis des quatre côtés du bord, et comparaison.
7. Conclure en une phrase pour le chimiste.
Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (3,5 points) — Une bille sur un rail hélicoïdal
Un banc de calibrage comporte une rainure hélicoïdale usinée sur un cylindre vertical. Une bille y descend en étant repérée, à l'instant t∈R, par le vecteur position
r(t)=(Rcos(ωt), Rsin(ωt), ht)∈R3,où R>0, ω>0 et h>0 sont trois constantes du dispositif. On note e3=(0,0,1) le troisième vecteur de la base canonique de R3 et ⟨⋅,⋅⟩ le produit scalaire canonique.
1. (0,5 pt) Justifier que r est de classe C∞ sur R, puis calculer le vecteur vitesse r′(t) et le vecteur accélération r′′(t).
2. (0,5 pt) Montrer que ∥r′(t)∥ et ∥r′′(t)∥ ne dépendent pas de t et donner leurs valeurs.
3. (0,5 pt) Écrire le développement limité d'ordre 1 de r en t0=2ωπ.
4. (0,5 pt) En dérivant t↦∥r′(t)∥2, montrer que ⟨r′(t),r′′(t)⟩=0 pour tout t. Retrouver ce résultat par le calcul direct.
5. (0,75 pt) On pose u(t)=(cos(ωt), sin(ωt), 0), vecteur unitaire qui tourne avec la bille. Calculer ⟨r(t),u(t)⟩ et vérifier le résultat obtenu en dérivant ce produit scalaire.
6. (0,75 pt) Pour tout t, on note α(t)∈[0,π] l'angle entre r′(t) et e3. Montrer que α est constante et exprimer tan(α(t)) en fonction de R, ω et h.
Exercice 2 (4 points) — Un raccord qui n'est pas de classe $\mathcal{C}^1$
On considère la fonction f:R2→R définie par
f(x,y)=x2+y2x2y si (x,y)=(0,0),f(0,0)=0.On note Ω=R2∖{(0,0)}.
1. (0,5 pt) Justifier que Ω est un ouvert de R2 et que f est de classe C∞ sur Ω.
2. (0,5 pt) Montrer que f est continue en (0,0).
3. (0,5 pt) Montrer que f admet des dérivées partielles d'ordre 1 en (0,0) et les calculer.
4. (0,75 pt) Soit v=(a,b)=(0,0). Montrer que f admet en (0,0) une dérivée selon le vecteur v et que Dvf(0,0)=a2+b2a2b.
5. (0,75 pt) En déduire que f n'admet pas de développement limité d'ordre 1 en (0,0).
6. (0,5 pt) Calculer ∂x∂f(x,y) pour (x,y)∈Ω.
7. (0,5 pt) Étudier la limite éventuelle de ∂x∂f en (0,0) et conclure quant à la classe de f sur R2.
Exercice 3 (4 points) — Profil de concentration dans un réacteur
Dans un réacteur à écoulement piston, le fluide se déplace en bloc à la vitesse constante v>0 le long de l'axe (Ox). On note f(x,t) la concentration du réactif à l'abscisse x et à l'instant t. En l'absence de diffusion et de réaction, le bilan de matière conduit à l'équation
(T)∂t∂f(x,t)+v∂x∂f(x,t)=0pour tout (x,t)∈R2.Partie A — transport à vitesse constante. Dans cette partie, f est une fonction de classe C1 sur R2. On pose, pour (u,s)∈R2,
g(u,s)=f(u+vs, s).1. (0,5 pt) Justifier que g est de classe C1 sur R2 et exprimer ∂u∂g et ∂s∂g à l'aide des dérivées partielles de f.
2. (0,75 pt) Montrer que f vérifie (T) si et seulement s'il existe une fonction A de classe C1 sur R telle que f(x,t)=A(x−vt) pour tout (x,t)∈R2.
3. (0,5 pt) On suppose que f vérifie (T) et que le profil initial est f(x,0)=c0e−x2/ℓ2, où c0>0 et ℓ>0. Déterminer f(x,t) et interpréter le résultat en une phrase.
Partie B — une équation d'ordre 2. On cherche maintenant les fonctions f de classe C2 sur R2, de variables notées (x,y), vérifiant
(E)∂x2∂2f(x,y)+2∂x∂y∂2f(x,y)+∂y2∂2f(x,y)=0pour tout (x,y)∈R2.On pose u=x+y et w=x−y, c'est-à-dire x=2u+w et y=2u−w, puis
g(u,w)=f(2u+w, 2u−w).4. (0,5 pt) Justifier que g est de classe C2 sur R2 et montrer que ∂u∂g=21(∂x∂f+∂y∂f), les dérivées partielles de f étant évaluées au point (2u+w, 2u−w).
5. (1 pt) Montrer que f vérifie (E) si et seulement si ∂u2∂2g=0 sur R2.
6. (0,75 pt) En déduire que les solutions de (E) sont exactement les fonctions de la forme
f(x,y)=(x+y)A(x−y)+B(x−y),où A et B sont deux fonctions de classe C2 sur R. On vérifiera la réciproque par le calcul.
Exercice 4 (4,5 points) — Réglage d'un procédé de séchage
Un procédé de séchage est piloté par deux réglages indépendants, notés x et y, exprimés en écart au réglage nominal. Un plan d'expériences conduit à modéliser l'énergie consommée (en unités arbitraires) par
f(x,y)=x3+3xy2−15x−12y,(x,y)∈R2.1. (0,5 pt) Justifier que f est de classe C∞ sur R2 et calculer ∇f(x,y).
2. (1 pt) Déterminer tous les points critiques de f sur R2.
3. (0,5 pt) Calculer la matrice hessienne Hf(x,y) en un point quelconque, puis son déterminant et sa trace.
4. (1 pt) Déterminer la nature de chacun des points critiques trouvés à la question 2.
5. (0,5 pt) La fonction f admet-elle un extremum global sur R2 ?
6. Soit a=(2,1).
a. (0,5 pt) Écrire la formule de Taylor-Young à l'ordre 2 pour f en a, puis montrer directement que la forme quadratique obtenue est définie positive.
b. (0,5 pt) En déduire une valeur approchée de f(2,1;0,9), puis comparer à la valeur exacte.
Exercice 5 (4 points) — Réglage optimal sur un domaine admissible
Un échangeur thermique est piloté par deux débits réglables x et y, exprimés en unités normalisées, chacun pouvant varier entre 0 et 3. Le coût de fonctionnement est modélisé par
f(x,y)=x2+y2−xy−3xsurK=[0,3]×[0,3].1. (0,5 pt) Justifier que f admet sur K un minimum global et un maximum global, en énonçant précisément les hypothèses utilisées.
2. (0,5 pt) Déterminer les points critiques de f situés dans l'ouvert ]0,3[×]0,3[ et calculer la valeur de f en ces points.
3. (1,5 pt) On étudie f sur le bord de K, réunion de quatre segments.
a. Étudier les variations de φ1:x↦f(x,0) sur [0,3] et donner son minimum et son maximum.
b. Même travail pour φ2:x↦f(x,3) sur [0,3].
c. Même travail pour φ3:y↦f(0,y) sur [0,3].
d. Même travail pour φ4:y↦f(3,y) sur [0,3].
4. (0,75 pt) Rassembler les valeurs candidates dans un tableau et conclure : donner le minimum global et le maximum global de f sur K, ainsi que les points où ils sont atteints.
5. (0,75 pt) En écrivant f sous forme canonique, montrer que le minimum trouvé est en fait le minimum global de f sur R2 tout entier. Interpréter en une phrase pour le réglage de l'échangeur.
Bloqué sur « Calcul différentiel » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.