PC · Chapitre 06
Variables aléatoires discrètes
Ensembles dénombrables, familles sommables, espaces probabilisés, variables discrètes et lois usuelles, espérance, variance, fonctions génératrices, loi faible des grands nombres.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Ensembles dénombrables
- Familles sommables
- Espaces probabilisés
- Variables discrètes et lois usuelles
- Espérance
- Variance
- Fonctions génératrices
- Loi faible des grands nombres
Le cours
En PCSI, le calcul des probabilités tenait dans un cadre confortable : l'univers Ω était fini, une probabilité était entièrement décrite par les nombres P({ω}), et toute somme comportait un nombre fini de termes. On y a appris à modéliser une expérience aléatoire, à dénombrer les issues favorables, à reconnaître la loi uniforme U({1,…,n}), la loi de Bernoulli B(p) et la loi binomiale B(n,p), à calculer une espérance et une variance, et à majorer un écart à la moyenne par l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Tout cela reste utilisable sans réserve : ce chapitre étend la première année, il ne la remplace pas.
Or la plupart des situations intéressantes refusent de tenir dans un univers fini. On lance une pièce jusqu'à obtenir pile : le rang du premier succès peut être arbitrairement grand, donc l'ensemble des valeurs possibles est N∗ tout entier. On compte les désintégrations enregistrées pendant une minute, les photons reçus par un détecteur, les clients qui se présentent à un guichet : aucune borne naturelle ne s'impose, et en fixer une artificiellement fausse le modèle. Le passage à un ensemble de valeurs infini dénombrable est une nécessité de modélisation.
Ce passage change trois choses. D'abord, les sommes deviennent infinies, donc susceptibles de diverger : écrire ∑kkP(X=k) n'a plus de sens automatiquement, et une variable parfaitement légitime peut n'avoir aucune espérance. La première section donne un cadre de calcul sûr à ces sommes, avec une règle simple : quand les termes sont positifs, on manipule librement ; sinon, on vérifie d'abord la sommabilité.
Ensuite, un événement de probabilité nulle n'est plus un événement impossible. Dans un univers fini, P(A)=0 équivalait à A=∅. Avec une infinité d'épreuves, l'événement « on n'obtient jamais pile » correspond à une issue concevable, et pourtant sa probabilité est nulle. Il faut donc distinguer l'impossible du négligeable, et le certain du presque sûr : c'est cette distinction qui rend correcte la formule des probabilités totales appliquée à un système seulement quasi-complet, situation constante.
Enfin, l'univers cesse d'être explicité. En première année, on écrivait Ω={1,…,6}2 et on comptait. Désormais l'espace (Ω,A,P) reste dans l'ombre : on postule qu'il existe et qu'il porte les variables dont on a besoin, puis on travaille uniquement avec les probabilités des événements et avec les lois. La construction d'espaces probabilisés étant hors programme, on ne vous demandera jamais de fabriquer Ω.
Le plan suit ces contraintes. La première section installe l'outillage de sommation : ensembles au plus dénombrables, familles positives, familles sommables, sommation par paquets, théorème de Fubini, produit de deux sommes. La deuxième construit le cadre, de la tribu aux systèmes quasi-complets. La troisième traite le conditionnement et l'indépendance des événements, avec les trois formules qui servent partout : probabilités composées, probabilités totales, Bayes. La quatrième définit les variables aléatoires discrètes, leur loi, les lois géométrique et de Poisson, puis les couples et les lois marginales. La suite du chapitre traitera de l'indépendance des variables, de l'espérance, de la variance, des fonctions génératrices et de la loi faible des grands nombres.
Ce qui est admis est délimité une fois pour toutes. Tout l'appareil des familles sommables l'est : résultats de dénombrabilité, existence de la somme d'une famille positive, sommation par paquets, linéarité, théorème de Fubini, formule du produit. Aucune de ces propriétés n'est à démontrer, et la dénombrabilité d'un ensemble n'est jamais à établir. Est également admise l'existence d'un espace probabilisé portant les objets dont on a besoin, en particulier une suite illimitée d'épreuves de Bernoulli indépendantes, autrement dit une suite de variables indépendantes et de même loi. Sera enfin admise la réciproque du critère de dérivabilité en 1 de la fonction génératrice, l'implication « GX dérivable en 1 » donc « X d'espérance finie ». Tout le reste est démontré.
Les notations valent pour tout le chapitre. L'espace probabilisé est (Ω,A,P), les événements sont notés A, B, An, le contraire de A est A, et deux événements sont incompatibles lorsque A∩B=∅. La probabilité conditionnelle est notée PB(A) de préférence, la notation P(A∣B) étant admise. On écrit (X=x), (X∈A), (X⩾x) pour les événements associés à une variable X, 1A pour l'indicatrice de A, et X∼G(p) pour dire que X suit la loi géométrique de paramètre p, avec les mêmes conventions pour U({1,…,n}), B(p), B(n,p) et P(λ). Les ensembles d'indices I, J sont toujours au plus dénombrables.
Un mot enfin sur le niveau de rigueur, car le programme le fixe : on évite tout excès de rigueur, et on se limite à la vérification des hypothèses cruciales. Une copie justifie la sommabilité quand elle conditionne le calcul, l'indépendance quand elle est utilisée, l'existence d'une espérance quand elle n'est pas acquise, et ne consacre pas trois lignes à rappeler qu'une réunion dénombrable d'événements est un événement. Le cours ci-dessous est entièrement démontré, mais il va droit au but, et vos copies doivent faire de même.
Familles sommables, mode d'emploi
Cette section est un outil, pas un sujet d'étude : le programme précise que ces notions ne feront l'objet d'aucune évaluation spécifique et que leur usage est strictement réservé au contexte probabiliste. Tout y est admis. Il faut en connaître les énoncés, savoir les invoquer, et surtout reconnaître le moment où l'on n'a pas le droit de permuter deux sommes.
Ensembles au plus dénombrables
Définition
Un ensemble I est au plus dénombrable lorsqu'il est en bijection avec une partie de N, et dénombrable lorsqu'il est en bijection avec N lui-même. Un ensemble au plus dénombrable est donc soit fini, soit dénombrable : ses éléments s'énumèrent en une suite x1,…,xn ou x0,x1,x2,… sans répétition.
Propriété
Résultats admis. Sont au plus dénombrables :
N, N∗, Z, et toute partie de l'un d'eux ;
tout produit cartésien fini d'ensembles au plus dénombrables, en particulier N2, Z2 et Np ;
toute réunion au plus dénombrable d'ensembles au plus dénombrables ;
toute partie d'un ensemble au plus dénombrable, et son image directe par une application.
Remarque
La dénombrabilité ne se démontre jamais. Son étude est hors programme : on ne vous demandera pas de prouver que Q est dénombrable, ni que R ne l'est pas. L'ensemble d'indices est toujours N, Z, N2, ou une partie explicite de l'un d'eux : on le constate en une demi-ligne et on passe au calcul.
Exemple
{(i,j)∈N2;i⩽j} est au plus dénombrable comme partie de N2, et ⋃n∈N{n}×{0,…,n} l'est comme réunion dénombrable d'ensembles finis. En revanche {0,1}N, univers du jeu de pile ou face illimité, n'est pas dénombrable.
Somme d'une famille à valeurs positives
Pour des termes positifs, la somme existe toujours, quitte à valoir +∞, et ne dépend pas de l'ordre dans lequel on additionne.
Définition
Soit I au plus dénombrable et (ui)i∈I une famille d'éléments de [0,+∞]. La somme de cette famille est l'élément de [0,+∞] défini par
i∈I∑ui=sup{∑i∈Jui;J⊆I, J fini}.La famille est sommable lorsque cette somme est finie.
Propriété
Pour I=N et un⩾0, cette somme coïncide avec la somme de la série : elle vaut ∑n=0+∞un si la série converge, et +∞ sinon.
En particulier, la somme d'une famille positive ne dépend pas de l'ordre d'énumération : on peut sommer Z ou N2 dans n'importe quel ordre.
Propriété
Croissance. Si 0⩽ui⩽vi pour tout i∈I, alors
i∈I∑ui⩽i∈I∑vi.En particulier, pour J⊆I et (ui) positive, ∑i∈Jui⩽∑i∈Iui.
Propriété
Sommation par paquets, cas positif. Soit (ui)i∈I à valeurs dans [0,+∞] et (In)n∈N une partition de I indexée par un ensemble N au plus dénombrable. Alors
i∈I∑ui=n∈N∑(i∈In∑ui),l'égalité ayant lieu dans [0,+∞], sans aucune hypothèse supplémentaire.
C'est le résultat utile de la section : une famille de nombres positifs se regroupe comme on veut, par lignes, par colonnes, par diagonales, par valeur d'une variable aléatoire, ce qui autorisera sans précaution les manipulations de sommes doubles de probabilités.
Familles sommables de nombres complexes
Définition
Soit I au plus dénombrable et (xi)i∈I une famille de complexes. Elle est sommable lorsque
i∈I∑∣xi∣<+∞.On peut alors définir sa somme ∑i∈Ixi∈C, qui ne dépend pas de l'ordre d'énumération.
Propriété
Lien avec les séries. Pour I=N, la famille (xn) est sommable si et seulement si la série ∑xn est absolument convergente, et alors ∑n∈Nxn=∑n=0+∞xn.
Une série convergente mais non absolument convergente, comme ∑(−1)n/n, ne définit donc pas une famille sommable : sa somme dépend de l'ordre des termes, et aucun théorème de cette section ne s'y applique.
Propriété
Domination. Soient (xi)i∈I une famille de complexes et (yi)i∈I une famille de réels positifs telles que ∣xi∣⩽yi pour tout i∈I. Si (yi) est sommable, alors (xi) est sommable.
Méthode
Prouver une sommabilité. Trois arguments suffisent : calculer la somme des termes lorsqu'ils sont positifs ; dominer ∣xi∣ par un terme de somme connue et finie, typiquement Cqi avec 0⩽q<1 ou Cλi/i! ; ou, pour une famille doublement indexée, calculer ∑i(∑j∣xi,j∣), licite sans hypothèse puisque les modules sont positifs.
Les règles de calcul, toutes admises
Propriété
Linéarité. Si (xi)i∈I et (yi)i∈I sont sommables et si (α,β)∈C2, alors (αxi+βyi)i∈I est sommable et
i∈I∑(αxi+βyi)=αi∈I∑xi+βi∈I∑yi.Si de plus les familles sont réelles et xi⩽yi pour tout i, alors ∑ixi⩽∑iyi.
Propriété
Sommation par paquets, cas sommable. Soit (xi)i∈I sommable et (In)n∈N une partition de I par un ensemble N au plus dénombrable. Alors chaque sous-famille (xi)i∈In est sommable, la famille de ses sommes l'est aussi, et
i∈I∑xi=n∈N∑(i∈In∑xi).Propriété
Théorème de Fubini. Soient I et J au plus dénombrables et (xi,j)(i,j)∈I×J une famille de complexes. Elle est sommable si et seulement si
i∈I∑(j∈J∑∣xi,j∣)<+∞,quantité toujours définie dans [0,+∞]. Dans ce cas les deux sommations successives sont licites et donnent le même résultat :
(i,j)∈I×J∑xi,j=i∈I∑(j∈J∑xi,j)=j∈J∑(i∈I∑xi,j).Propriété
Produit de deux sommes. Si (xi)i∈I et (yj)j∈J sont sommables, alors (xiyj)(i,j)∈I×J est sommable et
(i,j)∈I×J∑xiyj=(i∈I∑xi)(j∈J∑yj).Retenir la stratégie en deux temps de Fubini : on établit d'abord la sommabilité sur les modules, puis seulement on permute les sommes. Permuter sans avoir traité les modules est la faute classique du chapitre.
Trois calculs types
Exemple
Série double géométrique. Soient a et b de modules strictement inférieurs à 1. Les familles (ai)i∈N et (bj)j∈N sont sommables comme séries géométriques absolument convergentes, donc le produit de deux sommes donne
(i,j)∈N2∑aibj=(i=0∑+∞ai)(j=0∑+∞bj)=(1−a)(1−b)1.Pour a=b=21, on obtient en particulier
(i,j)∈N2∑2i+j1=(1−21)21=4.Exemple
Le même calcul par paquets diagonaux. Le paquet In={(i,j)∈N2;i+j=n} contient n+1 couples, chacun apportant xn dans la famille positive (xi+j), avec x∈[0,1[, d'où
(i,j)∈N2∑xi+j=n=0∑+∞(n+1)xn=(1−x)21,valeur que donne aussi le produit des deux sommes.
Exemple
Produit de deux exponentielles. Soient a et b complexes. Les familles (ai/i!) et (bj/j!) sont sommables, de sommes ea et eb, donc la famille produit est sommable de somme eaeb. Regroupons-la par paquets selon n=i+j :
(i,j)∈N2∑i!aij!bj=n=0∑+∞i=0∑ni!ai(n−i)!bn−i=n=0∑+∞n!1i=0∑n(in)aibn−i=n=0∑+∞n!(a+b)n=ea+b.On a redémontré ea+b=eaeb, et mis en place le calcul qui servira à la stabilité de la loi de Poisson par somme de variables indépendantes.
Le piège de l'interversion
Remarque
Sans sommabilité, les deux sommes itérées peuvent différer. Posons xi,j=1 si i=j, xi,j=−1 si i=j+1, et xi,j=0 sinon, autrement dit des 1 sur la diagonale et des −1 juste en dessous. À i fixé, la somme en j vaut 1 pour i=0 et 0 ensuite ; à j fixé, la somme en i vaut toujours 1−1=0. Donc
i∈N∑(j∈N∑xi,j)=1etj∈N∑(i∈N∑xi,j)=0.Chaque somme intérieure est pourtant parfaitement définie. L'explication tient en une ligne : la famille contient une infinité de termes de module 1, donc ∑(i,j)∣xi,j∣=+∞, elle n'est pas sommable, le théorème de Fubini ne s'applique pas, et le calcul n'a aucune valeur.
En probabilités ce piège se referme rarement, car les quantités manipulées sont positives donc toujours regroupables. Il réapparaît dès que l'on somme des quantités signées, typiquement ∑xxP(X=x) : c'est pour cela que la définition de l'espérance imposera la sommabilité.
Espace probabilisé
Univers et tribu
Définition
On appelle univers un ensemble non vide Ω, dont les éléments ω sont les issues possibles de l'expérience aléatoire. Contrairement à la première année, Ω n'est plus supposé fini, ni même dénombrable.
Définition
Une tribu sur Ω est une partie A de P(Ω) vérifiant :
Ω∈A ;
pour tout A∈A, A∈A ;
pour toute suite (An)n∈N d'éléments de A, ⋃n∈NAn∈A.
Le couple (Ω,A) est un espace probabilisable, et les éléments de A sont les événements.
Propriété
Une tribu A contient ∅ et est stable par toutes les opérations ensemblistes usuelles, finies ou dénombrables : réunion, intersection, différence A∖B, différence symétrique.
Démonstration. On a ∅=Ω∈A, et pour une suite (An) d'événements, De Morgan donne
n∈N⋂An=n∈N⋃An,événement comme complémentaire d'une réunion dénombrable de complémentaires. Une réunion finie se ramène au cas dénombrable en posant An=∅ pour n grand, une intersection finie en posant An=Ω, et enfin A∖B=A∩B. □
Remarque
La notion de tribu n'appelle aucun autre développement que sa définition. C'est le texte du programme, à prendre au pied de la lettre : pas de tribu engendrée, pas de tribu borélienne, pas de tribu produit, aucun exercice de théorie des tribus. En pratique on ne vérifie jamais qu'une partie de Ω est un événement : tout ce que l'on construit à partir d'événements par les opérations ci-dessus en est un.
Le langage des événements
Propriété
Pour une suite (An)n∈N d'événements,
n∈N⋃An={ω∈Ω;∃n∈N, ω∈An},n∈N⋂An={ω∈Ω;∀n∈N, ω∈An}.La réunion se lit « au moins un des An se réalise », l'intersection « tous les An se réalisent ».
Méthode
Traduire les phrases usuelles.
a. « aucun des An ne se réalise » s'écrit ⋂nAn, contraire de ⋃nAn ;
b. « une infinité de An se réalisent » s'écrit ⋂n∈N⋃k⩾nAk ;
c. « tous les An se réalisent à partir d'un certain rang » s'écrit ⋃n∈N⋂k⩾nAk.
Justification du point b. Dire qu'une infinité d'indices k vérifient ω∈Ak, c'est dire que l'ensemble de ces indices n'est pas majoré, donc que pour tout n il existe k⩾n tel que ω∈Ak : le « pour tout n » donne l'intersection extérieure, le « il existe k⩾n » la réunion intérieure. Le point c s'obtient en échangeant les quantificateurs. □
Probabilité
Définition
Une probabilité sur (Ω,A) est une application P:A→[0,1] telle que
P(Ω)=1 ;
pour toute suite (An)n∈N d'événements deux à deux incompatibles,
P(n∈N⋃An)=n=0∑+∞P(An),la série du membre de droite étant nécessairement convergente. C'est la σ-additivité.
Le triplet (Ω,A,P) est un espace probabilisé.
La σ-additivité vaut aussi pour toute famille (Ai)i∈I d'événements deux à deux incompatibles avec I au plus dénombrable : il suffit d'énumérer I, le résultat ne dépendant pas de l'énumération puisque les P(Ai) sont positifs. On écrira donc P(⋃i∈IAi)=∑i∈IP(Ai).
Propriété
Premières propriétés. Soient A et B deux événements.
P(∅)=0, et P est additive sur une famille finie d'événements deux à deux incompatibles.
P(A)=1−P(A).
P(B∖A)=P(B)−P(A∩B), et si A⊆B alors P(B∖A)=P(B)−P(A).
Croissance : si A⊆B alors P(A)⩽P(B).
P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B).
Démonstration. La σ-additivité appliquée à la suite constante An=∅ donne P(∅)=∑nP(∅), série convergente de terme général constant positif, donc P(∅)=0 ; l'additivité finie s'en déduit en complétant une famille finie par des ∅. Comme Ω=A∪A avec A∩A=∅, l'additivité donne 1=P(A)+P(A).
Pour la différence, B est la réunion disjointe de B∩A et de B∖A, d'où P(B)=P(A∩B)+P(B∖A) ; si A⊆B, alors A∩B=A. Dans tous les cas P(B∖A)⩾0, donc A⊆B entraîne P(A)⩽P(B). Enfin A∪B est la réunion disjointe de A et de B∖A, donc
P(A∪B)=P(A)+P(B∖A)=P(A)+P(B)−P(A∩B).□Continuité croissante et continuité décroissante
Ces deux résultats sont le véritable apport de la σ-additivité : ils calculent la probabilité d'un événement « limite » à partir d'une suite d'approximations.
Propriété
Continuité croissante. Soit (An)n∈N une suite croissante d'événements, c'est-à-dire vérifiant An⊆An+1 pour tout n. Alors (P(An)) est croissante et converge, avec
P(n∈N⋃An)=n→+∞limP(An).Démonstration. Posons B0=A0 et, pour n⩾1, Bn=An∖An−1.
Ils sont deux à deux incompatibles. Soient m<n : alors Bm⊆Am⊆An−1 par croissance de la suite, tandis que Bn est disjoint de An−1 par construction, donc Bm∩Bn=∅.
Leurs réunions partielles redonnent les An. Par récurrence, ⋃k=0nBk=An : c'est vrai au rang 0, et si c'est vrai au rang n alors ⋃k=0n+1Bk=An∪(An+1∖An)=An+1, puisque An⊆An+1. En passant à la réunion totale, ⋃k∈NBk=⋃n∈NAn.
Conclusion. La σ-additivité appliquée aux Bk donne
P(n∈N⋃An)=k=0∑+∞P(Bk)=n→+∞limk=0∑nP(Bk)=n→+∞limP(An),la dernière égalité résultant de l'additivité finie appliquée à An=⋃k=0nBk. La croissance de (P(An)) vient de celle de P. □
Propriété
Continuité décroissante. Soit (An)n∈N une suite décroissante d'événements, c'est-à-dire vérifiant An+1⊆An pour tout n. Alors (P(An)) est décroissante et converge, avec
P(n∈N⋂An)=n→+∞limP(An).Démonstration. La suite (An) est croissante et ⋃nAn=⋂nAn par De Morgan, donc la continuité croissante donne
1−P(n⋂An)=P(n⋃An)=n→+∞limP(An)=1−n→+∞limP(An).□Propriété
Version utilisable pour une suite quelconque. Soit (An)n∈N une suite d'événements, sans hypothèse de monotonie. Alors
P(k=0⋃nAk)n→+∞P(k∈N⋃Ak),P(k=0⋂nAk)n→+∞P(k∈N⋂Ak).Démonstration. La suite Un=⋃k=0nAk est croissante de réunion ⋃k∈NAk, et la suite Vn=⋂k=0nAk est décroissante d'intersection ⋂k∈NAk : on applique la continuité croissante à la première, décroissante à la seconde. □
Autrement dit, dès qu'un événement s'écrit comme une réunion ou une intersection infinie, on l'approche par les réunions ou intersections finies correspondantes, dont la probabilité se calcule, puis on passe à la limite. C'est la seule technique disponible pour une probabilité portant sur une infinité d'épreuves.
Sous-additivité
Propriété
Sous-additivité. Pour toute suite (An)n∈N d'événements, sans hypothèse d'incompatibilité,
P(n∈N⋃An)⩽n=0∑+∞P(An),l'inégalité étant triviale si la série diverge. De même P(⋃k=0nAk)⩽∑k=0nP(Ak).
Démonstration. Posons B0=A0 et, pour n⩾1, Bn=An∖(A0∪⋯∪An−1). Ces événements sont deux à deux incompatibles : si m<n, alors Bm⊆Am tandis que Bn est disjoint de Am. De plus ⋃kBk=⋃kAk, car tout ω appartenant à un Ak appartient à Bk0, où k0 est le plus petit indice tel que ω∈Ak0. La σ-additivité, puis la croissance de P jointe à Bn⊆An, donnent
P(n⋃An)=n=0∑+∞P(Bn)⩽n=0∑+∞P(An).□Événements négligeables, événements presque sûrs
Définition
Un événement A est négligeable lorsque P(A)=0, et presque sûr lorsque P(A)=1. Un événement est presque sûr si et seulement si son contraire est négligeable.
Remarque
Négligeable n'est pas impossible. Dans un univers fini, P(A)=0 équivalait à A=∅ ; ce n'est plus le cas, et « presque sûr » ne veut pas dire « certain ». Cette rupture avec la première année explique l'introduction des systèmes quasi-complets.
Exemple
Ne jamais obtenir pile. On admet l'existence d'un espace probabilisé portant une suite illimitée de lancers indépendants d'une pièce équilibrée, et l'on note An l'événement « les n premiers lancers donnent face », de probabilité 1/2n. La suite (An) est décroissante, d'intersection « tous les lancers donnent face », donc par continuité décroissante
P(n⩾1⋂An)=n→+∞lim2n1=0.Cet événement est négligeable, alors que la suite constante « face, face, face, … » est une issue parfaitement légitime : négligeable sans être impossible.
Propriété
Une réunion au plus dénombrable d'événements négligeables est négligeable. Symétriquement, une intersection au plus dénombrable d'événements presque sûrs est presque sûre.
Démonstration. Soit (Nn)n∈N une suite d'événements négligeables. La sous-additivité donne
0⩽P(n∈N⋃Nn)⩽n=0∑+∞P(Nn)=0,donc la réunion est négligeable. Si les An sont presque sûrs, les An sont négligeables, donc ⋃nAn est négligeable et son contraire ⋂nAn est presque sûr. □
On peut donc écarter simultanément une infinité dénombrable de cas pathologiques sans rien perdre.
Systèmes complets et systèmes quasi-complets
Définition
Une famille (Ai)i∈I d'événements deux à deux incompatibles, indexée par un ensemble I au plus dénombrable, est un système complet d'événements lorsque sa réunion est Ω tout entier, et un système quasi-complet d'événements lorsque sa réunion est seulement presque sûre :
P(i∈I⋃Ai)=1.Tout système complet est donc quasi-complet.
Propriété
Une famille (Ai)i∈I d'événements deux à deux incompatibles, avec I au plus dénombrable, est un système quasi-complet si et seulement si ∑i∈IP(Ai)=1.
Démonstration. Par σ-additivité, P(⋃i∈IAi)=∑i∈IP(Ai), et dire que ce nombre vaut 1 est exactement dire que la réunion est presque sûre. □
Exemple
Notons Cn l'événement « le premier pile apparaît au n-ème lancer », pour n∈N∗. Ces événements sont deux à deux incompatibles, mais leur réunion n'est pas Ω : il manque l'issue « aucun pile ». Celle-ci étant négligeable, (Cn)n∈N∗ est un système quasi-complet, et c'est tout ce dont on a besoin.
Deux systèmes complets sont à avoir en réflexe : la paire (A,A), et la famille ((X=x))x∈X(Ω) associée à une variable aléatoire discrète X.
Conditionnement et indépendance d'événements
Probabilité conditionnelle
Définition
Soit B un événement de probabilité strictement positive. Pour tout événement A, la probabilité conditionnelle de A sachant B est
PB(A)=P(B)P(A∩B),également notée P(A∣B).
Propriété
Si P(B)>0, l'application PB:A→[0,1] est une probabilité sur (Ω,A).
Démonstration. L'inclusion A∩B⊆B donne 0⩽P(A∩B)⩽P(B), donc PB(A)∈[0,1], et PB(Ω)=1. Soit (An) une suite d'événements deux à deux incompatibles : les An∩B le sont aussi, et (⋃nAn)∩B=⋃n(An∩B), donc la σ-additivité de P donne
PB(n⋃An)=P(B)1n=0∑+∞P(An∩B)=n=0∑+∞PB(An).□Remarque
Puisque PB est une probabilité, toutes les propriétés de la section précédente valent pour elle : PB(A)=1−PB(A), croissance, formule de la réunion, continuité monotone, sous-additivité. Attention en revanche, PB(A) et PA(B) n'ont aucune raison d'être égaux.
Formule des probabilités composées
Propriété
Formule des probabilités composées. Soient A1,…,An des événements tels que P(A1∩⋯∩An−1)>0. Alors
P(A1∩⋯∩An)=P(A1)PA1(A2)PA1∩A2(A3)⋯PA1∩⋯∩An−1(An).Démonstration. Notons Ek=A1∩⋯∩Ak. La suite (Ek)1⩽k⩽n−1 est décroissante, donc par croissance de P l'hypothèse P(En−1)>0 entraîne P(Ek)>0 pour tout k⩽n−1 : tous les conditionnements écrits ont un sens.
Récurrence sur n⩾2. Pour n=2, la formule est la définition de PA1(A2) multipliée par P(A1). Si elle est vraie au rang n, donnons-nous A1,…,An+1 avec P(En)>0 : par définition de la probabilité conditionnelle sachant En,
P(En+1)=P(En∩An+1)=P(En)PEn(An+1),et l'hypothèse de récurrence, applicable puisque P(En−1)⩾P(En)>0, développe P(En) en le produit annoncé. □
Méthode
Comment l'utiliser. C'est l'outil des expériences séquentielles : tirages sans remise, propagation d'un signal à travers n étages, suite de contrôles. On suit la chronologie, chaque facteur étant la probabilité de l'étape suivante sachant tout ce qui précède. Pour trois tirages sans remise dans une urne de 3 boules blanches et 2 noires, avec Bk : « la k-ème boule est blanche »,
P(B1∩B2∩B3)=53×42×31=101.Formule des probabilités totales
Propriété
Formule des probabilités totales. Soit (Ai)i∈I un système complet ou quasi-complet d'événements, avec I au plus dénombrable. Alors, pour tout événement B,
P(B)=i∈I∑P(B∩Ai)=i∈I∑PAi(B)P(Ai),la famille étant sommable puisque positive de somme majorée par 1, avec la convention que le terme PAi(B)P(Ai) vaut 0 lorsque P(Ai)=0.
Démonstration. Traitons le cas quasi-complet, qui contient l'autre. Posons R=⋃i∈IAi et N=R, de sorte que P(N)=0. Les événements B∩Ai sont deux à deux incompatibles puisque les Ai le sont, et B∩N est incompatible avec chacun d'eux. Comme Ω=R∪N,
B=(B∩N)∪i∈I⋃(B∩Ai)est une réunion d'événements deux à deux incompatibles, d'où P(B)=P(B∩N)+∑i∈IP(B∩Ai) par σ-additivité. L'inclusion B∩N⊆N et la croissance de P donnent P(B∩N)=0 : c'est la première égalité.
Pour la seconde, P(B∩Ai)=PAi(B)P(Ai) lorsque P(Ai)>0 par définition de PAi, et P(B∩Ai)=0 lorsque P(Ai)=0 par croissance, ce qui est exactement la convention annoncée. □
Méthode
Le réflexe du conditionnement. Devant une probabilité difficile à calculer directement, on cherche un système complet ou quasi-complet qui décrit ce que l'on ne sait pas : résultat de la première épreuve, nombre total de particules émises. La convention sur les P(Ai)=0 n'est pas un détail de confort, un système quasi-complet en contenant souvent, et il faut la signaler en une demi-ligne.
Formule de Bayes
Propriété
Formule de Bayes. Soient A et B de probabilités strictement positives. Alors
PB(A)=P(B)PA(B)P(A).Si de plus (Ai)i∈I est un système complet ou quasi-complet et P(B)>0, alors pour tout k∈I tel que P(Ak)>0,
PB(Ak)=i∈I∑PAi(B)P(Ai)PAk(B)P(Ak).Démonstration. Les deux quantités PB(A)P(B) et PA(B)P(A) sont égales à P(A∩B), d'où la première formule en divisant par P(B)>0. La seconde s'en déduit en remplaçant P(B) par son expression donnée par la formule des probabilités totales. □
Exemple
Un contrôle qualité. Sur une chaîne de production, 2% des pièces sont défectueuses. Le test détecte une pièce défectueuse avec probabilité 0,95 et signale à tort une pièce saine avec probabilité 0,03. Notons D « la pièce est défectueuse » et T « le test la signale ». Le système complet (D,D) donne
P(T)=0,02×0,95+0,98×0,03=0,0484,puis Bayes PT(D)=0,019/0,0484=95/242≈0,393. Une pièce signalée n'a donc que 39% de chances d'être défectueuse, les pièces saines, bien plus nombreuses, produisant en volume davantage de fausses alertes que les défectueuses de vraies alertes.
Indépendance de deux événements
Définition
Deux événements A et B sont indépendants lorsque P(A∩B)=P(A)P(B).
Propriété
Si P(B)>0, les événements A et B sont indépendants si et seulement si PB(A)=P(A) : savoir que B est réalisé ne modifie pas la probabilité de A.
Démonstration. En divisant l'égalité P(A∩B)=P(A)P(B) par P(B)>0 on obtient PB(A)=P(A), et réciproquement en multipliant. □
Propriété
Stabilité par passage au contraire. Si A et B sont indépendants, alors A et B le sont, ainsi que A et B, et A et B.
Démonstration. L'événement A est la réunion disjointe de A∩B et de A∩B, donc
P(A∩B)=P(A)−P(A∩B)=P(A)−P(A)P(B)=P(A)(1−P(B))=P(A)P(B).Les deux autres cas s'obtiennent en échangeant les rôles de A et B, puis en appliquant deux fois le résultat. □
Remarque
Indépendant n'est pas incompatible. Deux événements incompatibles de probabilités non nulles ne sont jamais indépendants, puisque P(A∩B)=0 alors que P(A)P(B)>0.
Indépendance d'une famille finie
Définition
Des événements A1,…,An sont mutuellement indépendants lorsque, pour toute partie non vide J⊆{1,…,n},
P(i∈J⋂Ai)=i∈J∏P(Ai).Ils sont deux à deux indépendants lorsque la condition n'est imposée que pour les parties J à deux éléments.
Remarque
L'indépendance mutuelle est un jeu de 2n−n−1 égalités non triviales, et vérifier la seule égalité P(A1∩⋯∩An)=∏P(Ai) ne suffit pas. Dans les exercices, c'est presque toujours une hypothèse de modélisation posée par l'énoncé.
Exemple
L'indépendance deux à deux n'entraîne pas l'indépendance mutuelle. On lance deux fois une pièce équilibrée, les lancers étant indépendants. Posons A : « le premier lancer donne pile », B : « le second lancer donne pile », C : « les deux lancers donnent le même résultat ».
On a P(A)=P(B)=P(C)=21, et les trois intersections A∩B, A∩C, B∩C sont toutes égales à « les deux lancers donnent pile », de probabilité 41=21×21 : les trois événements sont deux à deux indépendants. Pourtant
P(A∩B∩C)=41=81=P(A)P(B)P(C),ils ne sont pas mutuellement indépendants, ce qui se comprend : connaître A et B détermine C.
Propriété
Passage au contraire dans une famille. Si A1,…,An sont mutuellement indépendants, la famille obtenue en remplaçant certains Ai par leurs contraires Ai est encore mutuellement indépendante.
Démonstration. Il suffit de traiter le remplacement de An par An, puis d'itérer. Soit J⊆{1,…,n} non vide. Si n∈/J, l'égalité voulue est celle de l'hypothèse ; si J={n}, elle est triviale. Sinon, posons J′=J∖{n} et E=⋂i∈J′Ai : comme E∩An=E∖(E∩An),
P(E∩An)=P(E)−P(E∩An)=(i∈J′∏P(Ai))(1−P(An))=(i∈J′∏P(Ai))P(An),ce qui est l'égalité attendue pour J. □
Conséquence pratique, et c'est le calcul le plus fréquent du chapitre : si A1,…,An sont mutuellement indépendants, la probabilité qu'aucun ne se réalise vaut ∏i=1n(1−P(Ai)), et celle qu'au moins un se réalise vaut 1−∏i=1n(1−P(Ai)). Passer par le contraire est presque toujours plus rapide qu'une formule d'inclusion-exclusion.
Méthode : conditionner sur le premier pas
Méthode
Deux voies pour une expérience répétée. Pour la probabilité x d'un événement défini par une suite illimitée d'épreuves identiques :
a. Voie directe. On décompose l'événement selon le rang de la première épreuve décisive, ce qui fournit un système quasi-complet dénombrable, et l'on applique la formule des probabilités totales. Le calcul aboutit à une série, généralement géométrique.
b. Voie du premier pas. On conditionne par le résultat de la première épreuve. Si, après un échec, la situation est identique à la situation initiale, on obtient une équation en x que l'on résout. C'est plus rapide, mais cela suppose vérifié que l'événement « la partie ne se termine jamais » est négligeable.
Illustrons les deux voies. Deux joueurs A et B tirent à tour de rôle, A commençant, chaque tir atteignant la cible avec la probabilité p∈]0,1[, tous les tirs étant indépendants ; le premier qui atteint la cible gagne. Cherchons la probabilité a que A gagne.
Voie directe. Notons q=1−p et, pour k∈N, Gk l'événement « A gagne à son (k+1)-ème tir » : les 2k premiers tirs ont échoué et le suivant réussit, donc P(Gk)=q2kp par indépendance. Les Gk sont deux à deux incompatibles, et « personne ne gagne jamais » est négligeable, inclus dans « les n premiers tirs échouent » de probabilité qn→0. D'où
a=k=0∑+∞q2kp=1−q2p=(1−q)(1+q)p=p(2−p)p=2−p1.Voie du premier pas. Conditionnons par le système complet (S,S), où S est « le premier tir de A réussit ». Si S est réalisé, A a gagné ; sinon la partie recommence à l'identique, mais c'est B qui tire en premier, donc B gagne avec la probabilité a et A avec la probabilité 1−a. La formule des probabilités totales donne a=p+q(1−a), soit a(1+q)=p+q=1 et a=1/(1+q)=1/(2−p).
Les deux voies concordent. Le premier joueur est toujours avantagé, puisque a>1/2 : pour p proche de 1, a tend vers 1, et pour p proche de 0, a tend vers 1/2.
Variables aléatoires discrètes et lois usuelles
Définition et notations
Définition
Soit (Ω,A) un espace probabilisable et E un ensemble. Une application X:Ω→E est une variable aléatoire discrète lorsque
X(Ω) est au plus dénombrable ;
pour tout x∈X(Ω), l'ensemble X−1({x})={ω∈Ω;X(ω)=x} est un événement.
Lorsque E⊆R, la variable est dite réelle.
Définition
Notations. Pour x∈E et A⊆E, on note (X=x)=X−1({x}) et (X∈A)=X−1(A), et dans le cas réel (X⩽x), (X⩾x), (X>x) pour les images réciproques des intervalles correspondants. Ce sont des événements, sur lesquels on écrit P(X=x), P(X⩾x).
Propriété
Si X est une variable aléatoire discrète, alors (X∈A) est un événement pour toute partie A de E.
Démonstration. Un ω vérifie X(ω)∈A si et seulement si X(ω) est l'une des valeurs de X appartenant à A, d'où
(X∈A)=x∈A∩X(Ω)⋃(X=x).L'ensemble d'indices est au plus dénombrable comme partie de X(Ω), et chaque (X=x) est un événement : la réunion en est donc un. □
Remarque
L'univers n'est jamais explicité. On écrit « soit X une variable aléatoire suivant la loi G(p) » sans dire sur quel espace elle est définie, en admettant qu'un tel espace existe. La construction d'espaces probabilisés étant hors programme, n'écrivez jamais « posons Ω=… ».
Loi d'une variable aléatoire
Définition
Soit X une variable aléatoire discrète sur (Ω,A,P). La loi de X est l'application PX définie sur les parties de X(Ω) par PX(A)=P(X∈A), et la distribution de probabilités de X est la famille (P(X=x))x∈X(Ω).
Propriété
La famille ((X=x))x∈X(Ω) est un système complet d'événements. Par conséquent
x∈X(Ω)∑P(X=x)=1,P(X∈A)=x∈A∩X(Ω)∑P(X=x).Démonstration. Les événements (X=x) sont deux à deux incompatibles, un même ω ne pouvant avoir deux images distinctes, et leur réunion est Ω puisque tout ω a une image dans X(Ω) ; l'ensemble d'indices est au plus dénombrable par définition d'une variable discrète. La σ-additivité appliquée à ce système donne 1=P(Ω)=∑xP(X=x), et appliquée à la décomposition de (X∈A) établie plus haut, elle donne la seconde formule. □
Remarque
La loi est entièrement déterminée par la distribution : toute probabilité P(X∈A) s'obtient en sommant les P(X=x) pour x∈A. Connaître la loi de X, c'est connaître la famille (P(X=x))x∈X(Ω), et c'est elle que l'on détermine dans les exercices.
Propriété
Caractérisation d'une loi. Soit E un ensemble au plus dénombrable et (px)x∈E une famille de réels telle que
∀x∈E, px⩾0etx∈E∑px=1.Alors il existe une variable aléatoire discrète X, définie sur un espace probabilisé convenable, telle que P(X=x)=px pour tout x∈E. Résultat admis.
Pour vérifier qu'une famille définit bien une loi, deux points suffisent donc : la positivité de chaque terme et la somme égale à 1. C'est ce que l'on fait ci-dessous pour les lois géométrique et de Poisson, et ce qui permet souvent de déterminer une constante de normalisation.
Définition
Deux variables aléatoires discrètes X et Y, éventuellement définies sur des espaces différents, suivent la même loi, ce que l'on note X∼Y, lorsqu'elles ont même ensemble de valeurs et même distribution. On écrit de même X∼G(p) ou X∼P(λ) pour les lois usuelles.
La relation X∼Y n'entraîne évidemment pas X=Y : deux lancers d'une même pièce donnent des variables de même loi qui diffèrent presque toujours.
Propriété
Image d'une variable aléatoire. Soit X une variable aléatoire discrète à valeurs dans E et f une application définie sur X(Ω). Alors f(X)=f∘X est une variable aléatoire discrète, et pour toute valeur y prise par f(X),
P(f(X)=y)=x∈f−1({y})∩X(Ω)∑P(X=x).Démonstration. L'ensemble f(X(Ω)) est l'image d'un ensemble au plus dénombrable, donc au plus dénombrable, et (f(X)=y)=(X∈f−1({y})) est un événement d'après la propriété précédente : f(X) est bien une variable aléatoire discrète. La formule s'obtient en décomposant cet événement sur les valeurs de X et en appliquant la σ-additivité. □
La loi géométrique
Définition
Soit p∈]0,1[. Une variable aléatoire X suit la loi géométrique de paramètre p, ce que l'on note X∼G(p), lorsque X(Ω)=N∗ et
∀k∈N∗,P(X=k)=p(1−p)k−1.Propriété
Cette formule définit bien une loi de probabilité sur N∗.
Démonstration. Posons q=1−p∈]0,1[. Chaque terme pqk−1 est strictement positif, et la série géométrique de raison q converge, avec
k=1∑+∞pqk−1=pj=0∑+∞qj=1−qp=pp=1.□Propriété
Si X∼G(p), alors pour tout k∈N,
P(X>k)=(1−p)k,P(X⩽k)=1−(1−p)k.Démonstration. Avec q=1−p, en sommant la série géométrique à partir du rang k+1 :
P(X>k)=j=k+1∑+∞pqj−1=pqki=0∑+∞qi=1−qpqk=qk,et la seconde formule s'obtient par passage au contraire, (X⩽k) étant le contraire de (X>k). □
Remarque
La relation P(X>k)=(1−p)k est à connaître par cœur : dans les exercices sur la loi géométrique, il est presque toujours plus rapide de manipuler P(X>k) que la distribution elle-même.
Propriété
Interprétation : rang du premier succès. On répète de façon illimitée et indépendante une épreuve de Bernoulli de paramètre p∈]0,1[, et l'on note X le rang du premier succès. Alors X∼G(p).
Démonstration. On admet l'existence d'un espace probabilisé portant une telle suite d'épreuves ; notons Sn l'événement « la n-ème épreuve est un succès », les Sn étant mutuellement indépendants de probabilité p. Pour k∈N∗, l'événement (X=k) signifie que les k−1 premières épreuves sont des échecs et que la k-ème est un succès :
(X=k)=S1∩⋯∩Sk−1∩Sk.L'indépendance mutuelle étant stable par passage au contraire, la probabilité de cette intersection est le produit des probabilités, soit P(X=k)=(1−p)k−1p.
Reste l'événement N = « aucune épreuve n'est un succès », sur lequel X n'est pas défini. Il est inclus, pour tout n, dans S1∩⋯∩Sn de probabilité (1−p)n→0, donc P(N)=0. On convient de poser X=+∞ sur N, ce qui ne change rien aux calculs, et ((X=k))k∈N∗ est un système quasi-complet. □
Remarque
Cette précaution sur l'événement négligeable N est la raison d'être des systèmes quasi-complets. Dans une copie, une phrase suffit : « l'événement "aucun succès" est négligeable, on l'écarte ». L'omettre serait une négligence, y consacrer un paragraphe un excès de rigueur.
Propriété
Absence de mémoire. Soit X∼G(p). Pour tous n∈N et k∈N,
P(X>n)(X>n+k)=P(X>k).Démonstration. On a P(X>n)=(1−p)n>0, donc le conditionnement a un sens. Comme n+k⩾n, l'inclusion (X>n+k)⊆(X>n) est vérifiée, l'intersection des deux événements est (X>n+k), et
P(X>n)(X>n+k)=(1−p)n(1−p)n+k=(1−p)k=P(X>k).□Sachant que l'on a déjà essuyé n échecs, la loi du nombre d'essais supplémentaires nécessaires est donc la même qu'au départ : le processus ne s'use pas. On montre en exercice que la loi géométrique est la seule loi sur N∗ à posséder cette propriété.
La loi de Poisson
Définition
Soit λ>0. Une variable aléatoire X suit la loi de Poisson de paramètre λ, ce que l'on note X∼P(λ), lorsque X(Ω)=N et
∀k∈N,P(X=k)=e−λk!λk.Propriété
Cette formule définit bien une loi de probabilité sur N.
Démonstration. Chaque terme est strictement positif puisque λ>0, et le développement en série entière de l'exponentielle, valable sur R tout entier, donne
k=0∑+∞e−λk!λk=e−λk=0∑+∞k!λk=e−λeλ=1.□Propriété
Loi de Poisson comme limite de lois binomiales. Soit λ>0 et, pour chaque n∈N∗, une variable Xn∼B(n,pn) où pn∈]0,1[ vérifie npn→λ. Alors, pour tout entier k fixé,
P(Xn=k)n→+∞e−λk!λk.Démonstration. Notons λn=npn, de sorte que λn→λ et pn=λn/n→0. Fixons k et supposons n>k :
P(Xn=k)=(kn)pnk(1−pn)n−k=k!n(n−1)⋯(n−k+1)pnk(1−pn)n−k.Le facteur polynomial. En remplaçant pn par λn/n et en distribuant les k facteurs 1/n :
k!n(n−1)⋯(n−k+1)(nλn)k=k!λnkj=0∏k−1(1−nj).Le produit comporte un nombre fixe de facteurs tendant chacun vers 1, donc l'ensemble tend vers λk/k!.
Le facteur exponentiel. Comme pn→0, on écrit pour n assez grand (1−pn)n−k=exp((n−k)ln(1−pn)), et le développement ln(1−u)=−u+O(u2) en 0 donne ln(1−pn)=−λn/n+O(1/n2), puis
(n−k)ln(1−pn)=−λnnn−k+O(n1)n→+∞−λ,d'où (1−pn)n−k→e−λ par continuité de l'exponentielle. En multipliant les deux limites, P(Xn=k)→e−λλk/k!. □
Remarque
Vocabulaire à proscrire. L'énoncé ci-dessus est une convergence de suites de réels, à k fixé. On ne dit pas que Xn « converge en loi » vers une variable de Poisson : les convergences en loi, en probabilité et presque sûre sont hors programme, et leur vocabulaire ne doit jamais apparaître.
Méthode
Le modèle des événements rares. La loi de Poisson compte des événements individuellement très improbables mais dont les occasions sont très nombreuses, le produit restant d'ordre 1 : n grand, p petit, np=λ modéré. On approche B(n,p) par P(np) dès que n⩾30 environ et p⩽0,1. Situations physiques typiques : noyaux se désintégrant pendant une durée fixée, photons captés en une seconde, défauts sur une longueur de fibre.
Exemple
Un échantillon contient 1000 noyaux susceptibles de se désintégrer pendant une minute, chacun avec la probabilité 0,002 et indépendamment des autres. Le nombre X de désintégrations suit B(1000;0,002), avec P(X=0)=(1−0,002)1000≈0,1351, tandis que l'approximation de Poisson de paramètre λ=2 donne e−2≈0,1353 : les deux valeurs coïncident à 2×10−4 près.
Couples de variables aléatoires
Définition
Soient X et Y deux variables aléatoires discrètes définies sur le même espace probabilisé. Le couple Z=(X,Y), défini par Z(ω)=(X(ω),Y(ω)), est une variable aléatoire discrète à valeurs dans X(Ω)×Y(Ω).
Sa loi s'appelle la loi conjointe de X et Y ; elle est donnée par la famille
(P(X=x,Y=y))(x,y)∈X(Ω)×Y(Ω),où (X=x,Y=y) désigne l'événement (X=x)∩(Y=y).
Démonstration du caractère discret. Z(Ω) est inclus dans X(Ω)×Y(Ω), produit cartésien de deux ensembles au plus dénombrables donc au plus dénombrable, et toute partie d'un tel ensemble l'est aussi. Par ailleurs (Z=(x,y))=(X=x)∩(Y=y) est une intersection de deux événements. □
Définition
Les lois de X et de Y, considérées à partir de la loi conjointe du couple, s'appellent les lois marginales du couple (X,Y).
Propriété
Calcul des lois marginales. Pour tout x∈X(Ω) et tout y∈Y(Ω),
P(X=x)=y∈Y(Ω)∑P(X=x,Y=y),P(Y=y)=x∈X(Ω)∑P(X=x,Y=y).Démonstration. La famille ((Y=y))y∈Y(Ω) est un système complet d'événements indexé par un ensemble au plus dénombrable : la formule des probabilités totales appliquée à B=(X=x) donne la première égalité, et la seconde s'obtient en échangeant les rôles.
Retrouvons-les par sommation par paquets : la famille (P(X=x,Y=y)) est positive, donc regroupable librement, et en partitionnant l'ensemble d'indices selon la valeur de x, puis selon celle de y,
(x,y)∑P(X=x,Y=y)(x,y)∑P(X=x,Y=y)=x∈X(Ω)∑(y∈Y(Ω)∑P(X=x,Y=y))=x∈X(Ω)∑P(X=x),=y∈Y(Ω)∑(x∈X(Ω)∑P(X=x,Y=y))=y∈Y(Ω)∑P(Y=y).Les deux regroupements donnent la même valeur, la masse totale 1 de la loi conjointe. □
Méthode
Passer du couple aux marges, et pas l'inverse. La loi conjointe détermine les deux marginales par simple sommation ; la réciproque est fausse. On ne remonte des marges au couple que sous une hypothèse supplémentaire, l'indépendance, objet de la section suivante.
Exemple
Deux couples aux mêmes marges. Pour X et Y à valeurs dans {0,1}, voici deux lois conjointes en tableau à double entrée, la case (x,y) contenant P(X=x,Y=y).
| P | y=0 | y=1 |
|---|---|---|
| x=0 | 1/4 | 1/4 |
| x=1 | 1/4 | 1/4 |
| P | y=0 | y=1 |
|---|---|---|
| x=0 | 1/2 | 0 |
| x=1 | 0 | 1/2 |
Les quatre marges valent 21 dans les deux cas, alors que le second couple vérifie X=Y : les marges ne disent rien du lien entre les variables.
n-uplets et lois conditionnelles
Définition
Soient X1,…,Xn des variables aléatoires discrètes définies sur le même espace probabilisé. Le n-uplet (X1,…,Xn) est une variable aléatoire discrète à valeurs dans X1(Ω)×⋯×Xn(Ω), et sa loi, la loi conjointe de la famille, est donnée par les nombres P(X1=x1,…,Xn=xn).
Propriété
Les lois marginales s'obtiennent en sommant sur les variables que l'on veut éliminer. Par exemple, pour un triplet (X,Y,Z),
P(X=x,Y=y)=z∈Z(Ω)∑P(X=x,Y=y,Z=z),la somme étant celle d'une famille positive, donc toujours licite.
Démonstration. Identique au cas du couple : ((Z=z))z∈Z(Ω) est un système complet au plus dénombrable, et la formule des probabilités totales appliquée à (X=x)∩(Y=y) donne l'égalité. □
Définition
Soit Y une variable aléatoire discrète et A un événement de probabilité strictement positive. La loi conditionnelle de Y sachant A est la loi de Y pour la probabilité PA, c'est-à-dire la famille
(PA(Y=y))y∈Y(Ω)=(P(A)P((Y=y)∩A))y∈Y(Ω).Lorsque A=(X=x) avec P(X=x)>0, on parle de la loi conditionnelle de Y sachant (X=x).
Propriété
C'est bien une loi de probabilité : les termes sont positifs et ∑y∈Y(Ω)PA(Y=y)=1.
Démonstration. L'application PA est une probabilité et ((Y=y))y∈Y(Ω) est un système complet d'événements : la somme de leurs probabilités pour PA vaut donc PA(Ω)=1. □
Méthode
Construire une loi conjointe en deux temps. De nombreux énoncés décrivent l'expérience en deux étapes : on tire d'abord X, puis Y « sachant ce qu'a donné X ». La loi conjointe s'écrit alors
P(X=x,Y=y)=P(X=x)P(X=x)(Y=y),avec la convention que le produit est nul lorsque P(X=x)=0, et l'on en déduit la loi de Y par la formule des probabilités totales appliquée au système complet ((X=x))x∈X(Ω).
Exemple
Détection de particules. Une source émet un nombre aléatoire N de particules pendant une seconde, avec N∼P(λ), et chaque particule est détectée avec la probabilité p∈]0,1[ indépendamment des autres : sachant (N=n), le nombre X de particules détectées suit donc B(n,p).
Fixons k∈N. Le système complet ((N=n))n∈N et la formule des probabilités totales donnent, puisque P(N=n)(X=k)=0 pour n<k :
P(X=k)=n=k∑+∞P(N=n)P(N=n)(X=k)=n=k∑+∞e−λn!λn(kn)pk(1−p)n−k.Tous les termes sont positifs, la manipulation de la somme est donc licite. En utilisant n!1(kn)=k!(n−k)!1 puis en posant m=n−k :
P(X=k)=e−λk!pkm=0∑+∞m!λm+k(1−p)m=e−λk!(λp)km=0∑+∞m!(λ(1−p))m=e−λk!(λp)keλ(1−p)=e−λpk!(λp)k.Le nombre de particules détectées suit donc la loi P(λp) : une loi de Poisson soumise à une détection imparfaite reste de Poisson, avec le paramètre multiplié par le taux de détection, ce qui explique la robustesse de cette loi dans les modèles de comptage.
Remarque
L'espérance conditionnelle est hors programme. La loi conditionnelle de Y sachant un événement A est au programme et vient d'être définie ; l'espérance conditionnelle ne l'est pas. On n'écrira donc jamais E(X∣Y), ni E(X∣A), ni la « formule de l'espérance totale »
E(X)=n∑E(X∣An)P(An),qui n'existe pas dans ce cours. Trois outils au programme suffisent dans ces situations : la formule des probabilités totales pour obtenir la loi de la variable, la formule de transfert ou le théorème de Fubini, et les fonctions génératrices.
Variables aléatoires indépendantes
L'indépendance de deux événements dit que savoir si A est réalisé ne change rien à la probabilité de B. Pour transporter cette idée aux variables aléatoires, on exige l'indépendance de tous les événements fabriqués avec la première et de tous ceux fabriqués avec la seconde.
Indépendance de deux variables aléatoires
Définition
Soient X et Y deux variables aléatoires discrètes définies sur le même espace probabilisé (Ω,A,P). Elles sont indépendantes lorsque
∀A⊂X(Ω),∀B⊂Y(Ω),P(X∈A,Y∈B)=P(X∈A)P(Y∈B).On note alors X⊥⊥Y. Rappelons que (X∈A,Y∈B) désigne l'événement (X∈A)∩(Y∈B).
Telle quelle, la définition est inutilisable : elle porte sur une infinité de couples de parties. Le résultat suivant la ramène à une vérification sur les valeurs prises.
Propriété
Caractérisation ponctuelle. Les variables X et Y sont indépendantes si et seulement si
∀(x,y)∈X(Ω)×Y(Ω),P(X=x,Y=y)=P(X=x)P(Y=y).Démonstration. Le sens direct s'obtient en appliquant la définition à A={x} et B={y}.
Réciproquement, supposons l'égalité ponctuelle et fixons A⊂X(Ω), B⊂Y(Ω). L'ensemble A×B est au plus dénombrable, comme produit de deux ensembles au plus dénombrables. Les événements (X=x,Y=y), pour (x,y)∈A×B, sont deux à deux incompatibles et de réunion (X∈A,Y∈B) : réaliser (X∈A)∩(Y∈B), c'est réaliser (X=x,Y=y) pour un unique couple de A×B. La σ-additivité donne
P(X∈A,Y∈B)=(x,y)∈A×B∑P(X=x,Y=y)=(x,y)∈A×B∑P(X=x)P(Y=y).Cette famille est positive : le théorème sur le produit de deux sommes s'applique dans [0,+∞], d'où
(x,y)∈A×B∑P(X=x)P(Y=y)=(x∈A∑P(X=x))(y∈B∑P(Y=y))=P(X∈A)P(Y∈B),la dernière égalité venant à nouveau de la σ-additivité. □
Remarque
C'est cette caractérisation que l'on utilise toujours : pour établir l'indépendance on vérifie l'égalité sur les valeurs, pour la réfuter un seul couple (x,y) en défaut suffit. Conséquence : sous indépendance, la loi conjointe est déterminée par les deux marginales, ce qui est faux en général.
Indépendance mutuelle d'une famille finie
Définition
Les variables aléatoires discrètes X1,…,Xn sont dites (mutuellement) indépendantes lorsque
∀A1⊂X1(Ω), …, ∀An⊂Xn(Ω),P(i=1⋂n(Xi∈Ai))=i=1∏nP(Xi∈Ai).Propriété
Caractérisation ponctuelle. Les variables X1,…,Xn sont indépendantes si et seulement si
∀(x1,…,xn)∈X1(Ω)×⋯×Xn(Ω),P(X1=x1,…,Xn=xn)=i=1∏nP(Xi=xi).La démonstration reprend celle du cas n=2 : réunion dénombrable disjointe, σ-additivité, produit de n sommes positives.
Propriété
Toute sous-famille d'une famille indépendante est indépendante ; en particulier des variables mutuellement indépendantes sont deux à deux indépendantes.
Démonstration. Dans la caractérisation ensembliste, choisir Ai=Xi(Ω) pour les indices à oublier : (Xi∈Xi(Ω)) est Ω et le facteur correspondant vaut 1. □
Remarque
La réciproque est fausse : l'indépendance deux à deux n'entraîne pas l'indépendance mutuelle. Contre-exemple à connaître : X1 et X2 indépendantes de loi uniforme sur {0,1}, et X3=1(X1=X2). On vérifie P(X1=1,X3=1)=P(X1=1,X2=1)=41=21×21, et de même pour les autres couples : les variables sont deux à deux indépendantes. Pourtant
P(X1=1,X2=1,X3=0)=0=21×21×21,ce qui est logique puisque X3 est déterminée par X1 et X2.
Suites de variables indépendantes, suites i.i.d.
Définition
Une suite (Xn)n⩾1 de variables aléatoires discrètes est une suite de variables indépendantes lorsque, pour tout n⩾1, les variables X1,…,Xn sont mutuellement indépendantes, ce qui revient à dire que toute sous-famille finie est indépendante.
Elle est indépendante et identiquement distribuée, en abrégé i.i.d., lorsqu'elle est de plus formée de variables de même loi.
Une suite i.i.d. modélise la répétition indéfinie et à l'identique d'une expérience : lancers d'une pièce, mesures successives d'une grandeur physique, atomes d'un même échantillon. C'est le cadre de la loi faible des grands nombres.
Propriété
Jeu de pile ou face infini (existence admise). Soit p∈]0,1[. On admet qu'il existe un espace probabilisé (Ω,A,P) et une suite (Xn)n⩾1 de variables indépendantes de même loi B(p), où Xn vaut 1 si le n-ième lancer donne Pile et 0 sinon.
La construction effective d'un tel espace est hors programme : on l'admet et on travaille avec. Retenir que Ω n'est ici ni fini ni dénombrable, ce qui explique qu'on ne l'explicite jamais.
Propriété
Dans ce modèle, notons T le rang du premier Pile, avec la convention T=+∞ si aucun lancer ne donne Pile. Alors P(T=+∞)=0 et T∼G(p).
Démonstration. Pour n⩾1, dire que T>n, c'est dire que les n premiers lancers ont donné Face, donc, par indépendance mutuelle de X1,…,Xn,
(T>n)=k=1⋂n(Xk=0),P(T>n)=k=1∏nP(Xk=0)=(1−p)n.L'événement (T=+∞) est l'intersection décroissante des (T>n), donc par continuité décroissante
P(T=+∞)=n→+∞lim(1−p)n=0puisque 0<1−p<1 : la variable T est presque sûrement finie. Enfin, pour k⩾1, (T=k)=(T>k−1)∖(T>k) avec (T>k)⊂(T>k−1), d'où
P(T=k)=(1−p)k−1−(1−p)k=p(1−p)k−1,qui est la loi G(p). □
Remarque
On retrouve l'interprétation fondamentale de la loi géométrique : rang du premier succès dans une suite d'épreuves indépendantes de même probabilité de succès p. La relation P(T>k)=(1−p)k est souvent plus maniable que la loi.
Fonctions de variables indépendantes
Propriété
Soient X et Y indépendantes, f définie sur X(Ω) et g définie sur Y(Ω). Alors f(X) et g(Y) sont indépendantes. Ainsi X2 et eY sont indépendantes, de même que 1(X⩾3) et 1(Y=0), ou tX et tY pour un réel t fixé, cas qui servira pour les fonctions génératrices.
Démonstration. Posons U=f(X) et V=g(Y) : ce sont des variables discrètes, d'ensembles de valeurs f(X(Ω)) et g(Y(Ω)), au plus dénombrables comme images d'ensembles au plus dénombrables.
Soient A⊂U(Ω) et B⊂V(Ω). Posons
A′={x∈X(Ω);f(x)∈A},B′={y∈Y(Ω);g(y)∈B},de sorte que (U∈A)=(X∈A′) et (V∈B)=(Y∈B′). L'indépendance de X et Y appliquée à A′ et B′ donne
P(U∈A,V∈B)=P(X∈A′)P(Y∈B′)=P(U∈A)P(V∈B).□Le lemme des coalitions
Pour des fonctions faisant intervenir plusieurs variables à la fois, c'est le lemme suivant qui sert.
Propriété
Lemme des coalitions (admis). Soient X1,…,Xn mutuellement indépendantes et 1⩽m<n. Alors, pour toutes applications f et g définies sur les ensembles de valeurs appropriés, les variables
U=f(X1,…,Xm)etV=g(Xm+1,…,Xn)sont indépendantes. Plus généralement, en partitionnant {1,…,n} en paquets disjoints, les variables construites à partir de paquets distincts sont mutuellement indépendantes.
Remarque
Ce que le lemme sert à écrire. Il autorise, sans autre justification que sa citation, des phrases du type « les Xi étant indépendantes, X1+X2 est indépendante de X3X4 », ou « max(X1,X2) est indépendante de X3 ». Deux pièges : les paquets doivent être disjoints (X1+X2 et X2+X3 n'ont aucune raison de l'être), et la famille de départ doit être mutuellement indépendante.
Espérance
L'espérance est la valeur moyenne d'une variable, pondérée par les probabilités. En première année la somme était finie ; ici elle est infinie, et c'est la sommabilité qui dit quand elle a un sens.
Espérance d'une variable positive
Définition
Soit X une variable aléatoire discrète à valeurs dans [0,+∞]. Son espérance est
E(X)=x∈X(Ω)∑xP(X=x) ∈[0,+∞],avec les conventions 0×(+∞)=0 et a×(+∞)=+∞ pour a>0.
Remarque
Cette somme est toujours définie : c'est la somme d'une famille à valeurs dans [0,+∞], égale à la borne supérieure de ses sommes finies extraites. Aucune hypothèse n'est requise, mais le résultat peut valoir +∞.
Espérance d'une variable réelle
Définition
Une variable aléatoire discrète réelle X est d'espérance finie lorsque la famille (xP(X=x))x∈X(Ω) est sommable, c'est-à-dire lorsque
x∈X(Ω)∑∣x∣P(X=x)<+∞,autrement ditE(∣X∣)<+∞.On pose alors E(X)=∑x∈X(Ω)xP(X=x). La variable est centrée lorsque E(X)=0.
Remarque
Si X est d'espérance finie, X−E(X) est centrée : c'est le centrage, omniprésent dans l'étude de la variance.
Propriété
On a E(1A)=P(A) pour tout événement A. Deux variables égales presque sûrement ont même espérance : si P(X=Y)=1 et si X est d'espérance finie, alors Y l'est aussi et E(X)=E(Y).
Démonstration. L'indicatrice 1A prend les valeurs 1 et 0 avec les probabilités P(A) et P(A), donc E(1A)=1×P(A)+0×P(A)=P(A).
Pour le second point, notons N=(X=Y), négligeable. Pour y∈Y(Ω), l'événement (Y=y) est la réunion disjointe de (Y=y)∩(X=y) et de (Y=y)∩N, ce dernier négligeable : donc P(Y=y)=P(X=y,Y=y), et le même découpage vaut pour X. Les familles (xP(X=x)) et (yP(Y=y)) ne diffèrent alors que par des termes nuls, donc ont même sommabilité et même somme. □
Exemple
Une loi sans espérance finie. Posons P(X=k)=k(k+1)1 pour k∈N∗. C'est bien une loi, par télescopage :
k=1∑nk(k+1)1=k=1∑n(k1−k+11)=1−n+11n→+∞1.En revanche ∑k⩾1k×k(k+1)1=∑k⩾1k+11=+∞ : la variable est positive, son espérance vaut +∞.
La formule des queues
Propriété
Formule des queues. Soit X une variable à valeurs dans N∪{+∞}. Alors, dans [0,+∞],
E(X)=n⩾1∑P(X⩾n)=n⩾0∑P(X>n).Démonstration. Tout repose sur l'identité, valable dans [0,+∞] pour n∈N∪{+∞},
n=k⩾1∑1(k⩽n)(si n est fini, exactement n termes valent 1 ; si n=+∞, tous valent 1). En reportant dans la définition,
E(X)=n∈X(Ω)∑nP(X=n)=n∈X(Ω)∑ k⩾1∑1(k⩽n)P(X=n).Tous les termes de cette famille doublement indexée sont positifs : le théorème de Fubini pour les familles à valeurs dans [0,+∞] autorise l'interversion sans hypothèse supplémentaire, d'où
E(X)=k⩾1∑ n∈X(Ω)∑1(k⩽n)P(X=n)=k⩾1∑ n∈X(Ω)n⩾k∑P(X=n).Pour k fixé, (X⩾k) est la réunion dénombrable disjointe des (X=n) avec n⩾k : la somme intérieure vaut P(X⩾k) par σ-additivité. La seconde écriture suit du changement d'indice n=k−1, puisque (X⩾k)=(X>k−1). □
Remarque
C'est une égalité dans [0,+∞] : les deux membres sont simultanément finis ou infinis, ce qui en fait un critère d'existence. Elle ne vaut que pour une variable à valeurs entières positives.
La formule de transfert
Comment calculer E(f(X)) sans déterminer d'abord la loi de f(X), ce qui est en général pénible ? On somme les f(x) pondérés par la loi de X.
Propriété
Formule de transfert. Soient X une variable discrète et f définie sur X(Ω), à valeurs réelles. Alors f(X) est d'espérance finie si et seulement si la famille (f(x)P(X=x))x∈X(Ω) est sommable, et dans ce cas
E(f(X))=x∈X(Ω)∑f(x)P(X=x).Si f est positive, l'égalité vaut sans condition dans [0,+∞].
Démonstration. Posons Y=f(X), de sorte que Y(Ω)=f(X(Ω)), et pour y∈Y(Ω)
Iy={x∈X(Ω);f(x)=y}.Les Iy forment une partition au plus dénombrable de X(Ω), chaque x appartenant à If(x) et à lui seul, et (Y=y) est la réunion dénombrable disjointe des (X=x) pour x∈Iy, donc P(Y=y)=∑x∈IyP(X=x).
Traitons les modules. Comme ∣y∣=∣f(x)∣ pour x∈Iy, la sommation par paquets pour une famille positive donne
y∈Y(Ω)∑∣y∣P(Y=y)=y∈Y(Ω)∑ x∈Iy∑∣f(x)∣P(X=x)=x∈X(Ω)∑∣f(x)∣P(X=x),égalité dans [0,+∞] : Y est d'espérance finie si et seulement si la famille (f(x)P(X=x)) est sommable. Sous cette hypothèse, le même calcul sans les modules, licite par sommation par paquets d'une famille sommable, donne E(Y)=∑xf(x)P(X=x). □
Propriété
Transfert pour un couple. Soient X, Y discrètes et f définie sur X(Ω)×Y(Ω). Alors f(X,Y) est d'espérance finie si et seulement si la famille (f(x,y)P(X=x,Y=y)) est sommable, et alors
E(f(X,Y))=(x,y)∈X(Ω)×Y(Ω)∑f(x,y)P(X=x,Y=y).Démonstration. Le couple Z=(X,Y) est lui-même une variable aléatoire discrète, à valeurs dans l'ensemble au plus dénombrable X(Ω)×Y(Ω), de loi P(Z=(x,y))=P(X=x,Y=y). Le transfert précédent, appliqué à Z et à f, est exactement l'énoncé, qui s'étend de même à un n-uplet. □
Exemple
Soit X∼P(λ) ; calculons E(X+11). La fonction x↦x+11 est positive sur N, le transfert s'applique sans précaution :
E(X+11)=k⩾0∑k+11e−λk!λk=λe−λk⩾0∑(k+1)!λk+1=λe−λ(eλ−1)=λ1−e−λ.Contrôle : quand λ→0+ le résultat tend vers 1, comme attendu.
Propriétés de l'espérance
Propriété
Linéarité. Soient X et Y d'espérance finie et (a,b)∈R2. Alors aX+bY est d'espérance finie et
E(aX+bY)=aE(X)+bE(Y).Démonstration. Posons f(x,y)=ax+by, de sorte que aX+bY=f(X,Y). Par inégalité triangulaire,
(x,y)∑∣ax+by∣P(X=x,Y=y)⩽∣a∣(x,y)∑∣x∣P(X=x,Y=y)+∣b∣(x,y)∑∣y∣P(X=x,Y=y).En sommant d'abord en y (licite, tous les termes sont positifs) et en reconnaissant la loi marginale ∑yP(X=x,Y=y)=P(X=x), le premier terme vaut ∣a∣E(∣X∣), et de même le second vaut ∣b∣E(∣Y∣) : la famille est sommable. Le transfert pour un couple et la linéarité de la somme d'une famille sommable donnent alors
E(aX+bY)=a(x,y)∑xP(X=x,Y=y)+b(x,y)∑yP(X=x,Y=y)=aE(X)+bE(Y).□Remarque
La linéarité ne suppose aucune indépendance. C'est ce qui rend l'espérance si efficace : on décompose une variable compliquée en somme de variables simples, même fortement dépendantes.
Propriété
Domination. Soient X discrète réelle et Y positive d'espérance finie telles que ∣X∣⩽Y. Alors X est d'espérance finie et E(∣X∣)⩽E(Y).
Démonstration. Si P(X=x,Y=y)>0, il existe ω avec X(ω)=x et Y(ω)=y, donc ∣x∣⩽y : tous les termes non nuls ci-dessous vérifient cette inégalité. Tous les termes étant positifs,
E(∣X∣)=x∑∣x∣P(X=x)=(x,y)∑∣x∣P(X=x,Y=y)⩽(x,y)∑yP(X=x,Y=y)=E(Y)<+∞.□Propriété
Positivité et croissance. Soient X et Y d'espérance finie. Si X⩾0 alors E(X)⩾0 ; si X⩽Y alors E(X)⩽E(Y) ; enfin ∣E(X)∣⩽E(∣X∣).
Démonstration. Si X⩾0, E(X) est une somme de termes positifs. Si X⩽Y, la variable Y−X est positive et d'espérance finie par linéarité, donc E(Y)−E(X)⩾0. La dernière inégalité vient de −∣X∣⩽X⩽∣X∣ et de la croissance. □
Propriété
Cas d'annulation. Soit X discrète positive. Si E(X)=0, alors l'événement (X=0) est presque sûr.
Démonstration. L'égalité ∑x∈X(Ω)xP(X=x)=0 porte sur une somme de termes tous positifs : chacun est donc nul, et P(X=x)=0 dès que x=0. L'ensemble J={x∈X(Ω);x=0} étant au plus dénombrable et (X=0) étant la réunion disjointe des (X=x) pour x∈J, la σ-additivité donne
P(X=0)=x∈J∑P(X=x)=0,doncP(X=0)=1.□Sous la forme « une variable positive d'espérance nulle est presque sûrement nulle », il servira pour Cauchy-Schwarz et pour la variance nulle.
Espérance d'un produit de variables indépendantes
Propriété
Soient X et Y indépendantes, toutes deux d'espérance finie. Alors XY est d'espérance finie et
E(XY)=E(X)E(Y).Le résultat s'étend à n variables mutuellement indépendantes : E(X1⋯Xn)=E(X1)⋯E(Xn).
Démonstration. Établissons d'abord la sommabilité. La famille (∣x∣∣y∣P(X=x,Y=y)) est positive et, par indépendance, P(X=x,Y=y)=P(X=x)P(Y=y) : le théorème sur le produit de deux sommes de familles positives donne
(x,y)∑∣xy∣P(X=x,Y=y)=(x∑∣x∣P(X=x))(y∑∣y∣P(Y=y))=E(∣X∣)E(∣Y∣)<+∞.La famille est donc sommable, XY est d'espérance finie, et le même calcul sans les modules, licite cette fois par le théorème de Fubini pour les familles sommables, donne
E(XY)=(x,y)∑xyP(X=x)P(Y=y)=E(X)E(Y).Le cas de n variables s'obtient par récurrence, le lemme des coalitions assurant que X1⋯Xn−1 est indépendante de Xn. □
Remarque
La réciproque est fausse : l'égalité E(XY)=E(X)E(Y) signifie seulement que la covariance est nulle, et un contre-exemple est donné plus loin. L'indépendance est ici indispensable, alors qu'elle ne l'est pas pour la linéarité.
Espérance des lois géométrique et de Poisson
Propriété
Soient p∈]0,1[ et λ>0. Si X∼G(p), alors E(X)=p1. Si X∼P(λ), alors E(X)=λ. Dans les deux cas l'espérance est finie.
Démonstration. Cas géométrique, par dérivation de la série géométrique. Posons q=1−p. La série entière ∑k⩾0qk a un rayon de convergence 1 et q est intérieur à l'intervalle de convergence : la dérivation terme à terme est licite et
k⩾1∑kqk−1=dqd(1−q1)=(1−q)21=p21.Tous les termes étant positifs, la sommabilité est acquise en même temps que la valeur, et
E(X)=k⩾1∑kpqk−1=p×p21=p1.Cas géométrique, par la formule des queues. La variable est à valeurs dans N∗ et P(X⩾n)=qn−1, donc
E(X)=n⩾1∑qn−1=1−q1=p1.Aucune dérivation, aucun décalage d'indice : c'est la voie la plus courte, et elle donne l'existence en même temps que la valeur.
Cas de Poisson. Tous les termes sont positifs, le calcul est licite dans [0,+∞] :
E(X)=k⩾0∑ke−λk!λk=e−λk⩾1∑(k−1)!λk=e−λλj⩾0∑j!λj=e−λλeλ=λ,en posant j=k−1. La somme est finie, donc l'espérance existe. □
Remarque
Pour G(p), E(X)=1/p : si une tentative réussit une fois sur cent, il en faut cent en moyenne. Pour P(λ), le paramètre est le nombre moyen d'occurrences, ce qui est la façon dont on l'ajuste sur des données.
Calculer une espérance avec des indicatrices
Méthode
Décomposer en somme d'indicatrices. Lorsque X compte le nombre d'événements réalisés parmi A1,…,An, on écrit
X=i=1∑n1Ai,doncE(X)=i=1∑nP(Ai)par linéarité et par E(1Ai)=P(Ai). Le point crucial : les Ai n'ont aucune raison d'être indépendants, et cela n'a aucune importance, la linéarité ne demande rien. On évite ainsi entièrement la détermination de la loi de X.
Exemple
Détecteurs muets. Un dispositif comporte N détecteurs ; on envoie n photons, chacun frappant un détecteur choisi uniformément au hasard, indépendamment des autres. Soit X le nombre de détecteurs n'ayant rien reçu et Ai l'événement « le détecteur i n'a rien reçu ». Chaque photon évite le détecteur i avec la probabilité 1−N1, donc
P(Ai)=(1−N1)n,E(X)=i=1∑NP(Ai)=N(1−N1)n.Pour N=100 et n=200, E(X)=100×0,99200≈13,4 détecteurs muets en moyenne, bien que les Ai soient très dépendants.
Variance, écart type et covariance
L'espérance situe le centre de la distribution mais ne dit rien de la dispersion autour de ce centre. C'est le rôle de la variance, qui permettra de contrôler les écarts.
Variables de carré d'espérance finie
Propriété
Si X2 est d'espérance finie, alors X l'est.
Démonstration. L'inégalité (∣X∣−1)2⩾0 se développe en X2−2∣X∣+1⩾0, soit
∣X∣⩽21+X2.La majorante est positive et d'espérance finie, car E(21+X2)=21+E(X2)<+∞ par linéarité. Le théorème de domination conclut. □
Remarque
La réciproque est fausse : la loi P(X=k)=k3c sur N∗ a une espérance finie, mais ∑k2P(X=k)=c∑k1=+∞. L'existence de la variance est strictement plus forte, à vérifier avant tout calcul.
Propriété
Inégalité de Cauchy-Schwarz. Si X2 et Y2 sont d'espérance finie, alors XY est d'espérance finie et
E(XY)2⩽E(X2)E(Y2).Propriété
Cas d'égalité. Sous les mêmes hypothèses, il y a égalité si et seulement s'il existe (a,b)=(0,0) tel que aX+bY=0 presque sûrement, autrement dit si et seulement si X et Y sont presque sûrement proportionnelles.
Démonstration. Existence de E(XY). De (∣X∣−∣Y∣)2⩾0 on tire ∣XY∣⩽2X2+Y2, positive d'espérance finie ; la domination conclut.
L'inégalité. Pour t∈R, la variable (tX+Y)2=t2X2+2tXY+Y2 est positive et d'espérance finie, et
φ(t)=E((tX+Y)2)=t2E(X2)+2tE(XY)+E(Y2) ⩾0.Si E(X2)=0 : la variable positive X2 étant d'espérance nulle, X=0 presque sûrement, E(XY)=0 et les deux membres sont nuls. Si E(X2)>0 : φ est un trinôme à coefficient dominant strictement positif, positif ou nul sur R, donc de discriminant négatif ou nul,
Δ=4E(XY)2−4E(X2)E(Y2)⩽0,ce qui est l'inégalité annoncée.
Cas d'égalité, sens direct. Si E(X2)=0, on vient de voir que X=0 presque sûrement et (a,b)=(1,0) convient. Sinon Δ=0 : le trinôme admet une racine double t0, et φ(t0)=0 s'écrit E((t0X+Y)2)=0. Cette variable positive est donc presque sûrement nulle, d'où t0X+Y=0 presque sûrement, avec (t0,1)=(0,0).
Réciproque. Supposons aX+bY=0 presque sûrement avec b=0 (l'autre cas est symétrique) : alors Y=cX presque sûrement, c=−ba. Deux variables égales presque sûrement ayant même espérance, E(XY)=cE(X2) et E(Y2)=c2E(X2), donc
E(XY)2=c2E(X2)2=E(X2)E(Y2).□Variance et écart type
Définition
Soit X telle que X2 soit d'espérance finie. Sa variance est
V(X)=E((X−E(X))2) ⩾0,et son écart type est σ(X)=V(X). Si σ(X)>0, la variable centrée réduite associée est
X∗=σ(X)X−E(X),E(X∗)=0,V(X∗)=1.Remarque
La définition a un sens : X est d'espérance finie, et (X−E(X))2=X2−2E(X)X+E(X)2 aussi, par linéarité. L'écart type a la même dimension physique que X, contrairement à la variance : c'est lui que l'on compare à la moyenne.
Propriété
Formule de König-Huygens. V(X)=E(X2)−E(X)2, et en particulier E(X)2⩽E(X2).
Démonstration. Notons m=E(X), réel. Par linéarité,
V(X)=E(X2−2mX+m2)=E(X2)−2m2+m2=E(X2)−m2.L'inégalité en découle puisque V(X)⩾0 comme espérance d'une variable positive. □
Propriété
Transformation affine. Pour tous réels a et b, V(aX+b)=a2V(X) et σ(aX+b)=∣a∣σ(X).
Démonstration. Par linéarité E(aX+b)=aE(X)+b, donc (aX+b)−E(aX+b)=a(X−E(X)). En élevant au carré et en prenant l'espérance, V(aX+b)=a2V(X), puis a2=∣a∣. □
Propriété
Variance nulle. V(X)=0 si et seulement si X=E(X) presque sûrement.
Démonstration. La variable (X−E(X))2 est positive : son espérance est nulle si et seulement si elle est presque sûrement nulle, donc si et seulement si X=E(X) presque sûrement. □
Variance des lois géométrique et de Poisson
Le calcul direct de E(X2) est maladroit : on passe par le moment factoriel E(X(X−1)), dont la somme se simplifie bien mieux, puis on utilise E(X2)=E(X(X−1))+E(X).
Propriété
Si X∼G(p), alors X2 est d'espérance finie et V(X)=p21−p.
Démonstration. Posons q=1−p. Par transfert appliqué à x↦x(x−1), positive sur N∗ :
E(X(X−1))=k⩾1∑k(k−1)pqk−1=pqk⩾2∑k(k−1)qk−2.La série entière ∑qk est de rayon 1 et q lui est intérieur : la dérivation terme à terme, deux fois, donne
k⩾2∑k(k−1)qk−2=dq2d2(1−q1)=(1−q)32=p32,donc E(X(X−1))=pq×p32=p22q, quantité finie : X2 est d'espérance finie. Avec E(X)=p1,
E(X2)=p22q+p1=p22q+p=p22−p,V(X)=p22−p−p21=p21−p.□Propriété
Si X∼P(λ), alors X2 est d'espérance finie et V(X)=λ.
Démonstration. Par transfert, les termes d'indices 0 et 1 étant nuls et en posant j=k−2 :
E(X(X−1))=k⩾2∑k(k−1)e−λk!λk=e−λk⩾2∑(k−2)!λk=e−λλ2j⩾0∑j!λj=λ2.La somme est finie, donc X2 est d'espérance finie, et
E(X2)=λ2+λ,V(X)=λ2+λ−λ2=λ.□Remarque
La loi de Poisson vérifie donc E(X)=V(X)=λ, ce qui donne un test pratique : si un comptage donne une moyenne et une variance empiriques très différentes, le modèle de Poisson est à écarter. Récapitulatif :
a. X∼B(p) : E(X)=p, V(X)=p(1−p).
b. X∼B(n,p) : E(X)=np, V(X)=np(1−p).
c. X∼G(p) : E(X)=p1, V(X)=p21−p.
d. X∼P(λ) : E(X)=λ, V(X)=λ.
Covariance
Définition
Soient X et Y dont les carrés sont d'espérance finie. Leur covariance est
Cov(X,Y)=E((X−E(X))(Y−E(Y))).Elle existe bien : le produit de deux variables de carré d'espérance finie est d'espérance finie, comme on l'a vu pour Cauchy-Schwarz.
Propriété
Formule pratique. Cov(X,Y)=E(XY)−E(X)E(Y), et Cov(X,X)=V(X).
Démonstration. Avec m=E(X) et m′=E(Y), la linéarité donne
Cov(X,Y)=E(XY−m′X−mY+mm′)=E(XY)−m′m−mm′+mm′=E(XY)−mm′.En prenant Y=X on retrouve König-Huygens. □
Propriété
Symétrie et bilinéarité. La covariance est symétrique, et pour a,b∈R,
Cov(aX+bX′,Y)=aCov(X,Y)+bCov(X′,Y),et de même par rapport à la seconde variable.
Démonstration. La symétrie est évidente. Pour la linéarité à gauche, la formule pratique et la linéarité de l'espérance donnent
Cov(aX+bX′,Y)=aE(XY)+bE(X′Y)−aE(X)E(Y)−bE(X′)E(Y)=aCov(X,Y)+bCov(X′,Y),et la linéarité à droite s'en déduit par symétrie. □
Propriété
Si X et Y sont indépendantes (et de carré d'espérance finie), alors Cov(X,Y)=0.
Démonstration. L'indépendance donne E(XY)=E(X)E(Y), donc Cov(X,Y)=0. □
Remarque
Attention, la réciproque est fausse. Une covariance nulle traduit l'absence de liaison affine, pas l'absence de lien : les variables sont dites non corrélées, ce qui est strictement plus faible que l'indépendance.
Exemple
Soit X de loi uniforme sur {−1,0,1} et Y=X2. Comme X ne prend que ces trois valeurs, XY=X3=X et E(X)=0, donc
Cov(X,Y)=E(X)−E(X)E(Y)=0.Pourtant Y est une fonction de X, et P(X=0,Y=1)=0 alors que P(X=0)P(Y=1)=31×32=92 : les variables ne sont pas indépendantes.
Variance d'une somme
Propriété
Soient X1,…,Xn de carré d'espérance finie. Alors
V(i=1∑nXi)=i=1∑nV(Xi)+21⩽i<j⩽n∑Cov(Xi,Xj).Démonstration. La variance est la covariance d'une variable avec elle-même, et la covariance est bilinéaire :
V(i∑Xi)=Cov(i∑Xi, j∑Xj)=i=1∑nj=1∑nCov(Xi,Xj).On isole les termes diagonaux i=j, égaux à V(Xi), et l'on regroupe les termes (i,j) et (j,i) pour i=j, égaux par symétrie. □
Propriété
Cas de variables deux à deux indépendantes. Si X1,…,Xn sont deux à deux indépendantes et de carré d'espérance finie, alors
V(i=1∑nXi)=i=1∑nV(Xi).Démonstration. Pour i=j, l'indépendance de Xi et Xj donne Cov(Xi,Xj)=0 : tous les termes croisés disparaissent. □
Remarque
L'indépendance deux à deux suffit, nul besoin d'indépendance mutuelle. En revanche, contrairement à l'espérance, la variance n'est pas linéaire : écrire V(X+Y)=V(X)+V(Y) sans justifier l'indépendance est l'erreur la plus fréquente.
Coefficient de corrélation
Définition
Soient X et Y de carré d'espérance finie, avec σ(X)>0 et σ(Y)>0. Leur coefficient de corrélation est
ρ(X,Y)=σ(X)σ(Y)Cov(X,Y).Propriété
On a toujours ρ(X,Y)⩽1, avec égalité si et seulement s'il existe des réels a=0 et b tels que Y=aX+b presque sûrement.
Démonstration. Appliquons Cauchy-Schwarz aux variables centrées X−E(X) et Y−E(Y), de carrés d'espérance finie :
Cov(X,Y)2⩽E((X−E(X))2)E((Y−E(Y))2)=V(X)V(Y).En divisant par V(X)V(Y)>0 et en prenant la racine, ∣ρ(X,Y)∣⩽1. Le cas d'égalité est celui de Cauchy-Schwarz : il existe (a′,b′)=(0,0) avec a′(X−E(X))+b′(Y−E(Y))=0 presque sûrement. Comme σ(X) et σ(Y) sont non nuls, a′ et b′ sont tous deux non nuls, et la relation se réécrit Y=aX+b presque sûrement avec a=−a′/b′=0. □
Remarque
Le coefficient de corrélation est sans dimension et mesure la part affine de la liaison : proche de 1 ou de −1, les variables sont presque affinement liées ; nul, elles sont non corrélées.
Fonctions génératrices
Pour une variable à valeurs entières, toute la loi tient dans la suite (P(X=n))n∈N. L'idée est de ranger cette suite dans les coefficients d'une série entière : les propriétés analytiques de la fonction obtenue traduisent alors des propriétés probabilistes.
Définition et premières propriétés
Définition
Soit X une variable aléatoire à valeurs dans N. Sa fonction génératrice est
GX(t)=E(tX)=n⩾0∑P(X=n)tn.Propriété
Le rayon de convergence RX vérifie RX⩾1, la série converge normalement sur [−1,1] et GX est continue sur [−1,1]. De plus
GX(1)=1,GX(0)=P(X=0),∀t∈[−1,1], GX(t)⩽1.Démonstration. Pour t∈[−1,1], P(X=n)tn⩽P(X=n), majoration indépendante de t, et ∑n⩾0P(X=n)=1<+∞ puisque les (X=n) forment un système complet : la série de fonctions converge normalement sur [−1,1].
En particulier elle converge en t=1, donc RX⩾1. Chaque fonction t↦P(X=n)tn étant continue sur [−1,1] et la convergence étant normale donc uniforme, la somme GX est continue sur [−1,1]. Enfin GX(1)=∑P(X=n)=1, GX(0)=P(X=0) avec la convention 00=1, et pour ∣t∣⩽1 l'inégalité triangulaire donne ∣GX(t)∣⩽∑P(X=n)=1. □
L'écriture GX(t)=E(tX) est le transfert appliqué à x↦tx, licite pour ∣t∣⩽1 puisque ∣tX∣⩽1. Le rayon peut valoir exactement 1 : « dérivable en 1 » signifiera alors dérivable à gauche.
Les fonctions génératrices usuelles
Propriété
| Loi de X | GX(t) | Rayon |
|---|---|---|
| B(p) | 1−p+pt | +∞ |
| B(n,p) | (1−p+pt)n | +∞ |
| G(p) | 1−(1−p)tpt | 1−p1 |
| P(λ) | eλ(t−1) | +∞ |
Démonstration. Notons q=1−p.
Bernoulli. X vaut 0 avec la probabilité q et 1 avec la probabilité p, donc GX(t)=q+pt, polynôme de rayon infini.
Binomiale. Par la formule du binôme,
GX(t)=k=0∑n(kn)pkqn−ktk=k=0∑n(kn)(pt)kqn−k=(q+pt)n.Géométrique. Pour ∣t∣<1/q, la raison qt est de module strictement inférieur à 1 :
GX(t)=k⩾1∑pqk−1tk=ptk⩾1∑(qt)k−1=1−qtpt,et la série diverge pour ∣qt∣⩾1, donc le rayon vaut exactement 1/q>1.
Poisson. Pour tout réel t, en reconnaissant la série exponentielle,
GX(t)=k⩾0∑e−λk!λktk=e−λeλt=eλ(t−1).□Contrôle : toute fonction génératrice vérifie GX(1)=1, et l'on a bien q+p=1, (q+p)n=1, 1−qp=1, e0=1.
La fonction génératrice caractérise la loi
Propriété
Si GX et GY coïncident sur un voisinage de 0, alors X et Y ont la même loi.
Démonstration. Les deux séries entières ont un rayon supérieur ou égal à 1, donc strictement positif, et leurs sommes coïncident au voisinage de 0. Par unicité des coefficients du développement en série entière, P(X=n)=P(Y=n) pour tout n : les deux variables ont la même distribution, donc la même loi. □
C'est ce qui rend l'outil utile : pour identifier la loi d'une variable entière, on calcule GX et on la reconnaît dans le tableau, sans calculer la distribution.
Espérance et variance à partir de GX
Propriété
Soit X à valeurs dans N. Alors X est d'espérance finie si et seulement si GX est dérivable en 1, et dans ce cas E(X)=GX′(1).
Démonstration (sens direct). Supposons ∑n⩾1nP(X=n)<+∞ et posons
H(t)=n⩾1∑nP(X=n)tn−1.Pour t∈[−1,1], nP(X=n)tn−1⩽nP(X=n), terme général d'une série convergente : la convergence est normale sur [−1,1], donc H est définie et continue sur [−1,1].
Sur ]−1,1[, GX est la somme d'une série entière de rayon supérieur ou égal à 1 : elle y est dérivable terme à terme, donc GX′=H et, pour t∈[0,1[,
GX(t)=GX(0)+∫0tH(u)du.Posons Φ(t)=GX(0)+∫0tH(u)du pour t∈[0,1] : la fonction H étant continue sur [0,1], Φ y est de classe C1 avec Φ′=H. Or Φ et GX coïncident sur [0,1[ et sont continues en 1, donc Φ=GX sur [0,1] tout entier. Ainsi GX est dérivable en 1 et
GX′(1)=Φ′(1)=H(1)=n⩾1∑nP(X=n)=E(X).□La réciproque, à savoir que la dérivabilité de GX en 1 entraîne l'existence de E(X), est admise.
Propriété
X2 est d'espérance finie si et seulement si GX est deux fois dérivable en 1, et dans ce cas
GX′′(1)=E(X(X−1)),V(X)=GX′′(1)+GX′(1)−(GX′(1))2.Démonstration. Le premier point s'obtient comme le précédent à partir de la série ∑n⩾2n(n−1)P(X=n)tn−2, dont la convergence normale sur [−1,1] équivaut à l'existence de E(X2) ; on l'admet. Pour la variance, E(X2)=E(X(X−1))+E(X)=GX′′(1)+GX′(1), et König-Huygens conclut. □
Exemple
Pour X∼P(λ), GX(t)=eλ(t−1) donne GX′(t)=λeλ(t−1) et GX′′(t)=λ2eλ(t−1), d'où E(X)=GX′(1)=λ et V(X)=λ2+λ−λ2=λ.
Pour X∼G(p), GX′(t)=(1−qt)2p et GX′′(t)=(1−qt)32pq donnent GX′(1)=p1 et GX′′(1)=p22q, d'où V(X)=p22q+p1−p21=p2q. On retrouve en quelques lignes les calculs de séries menés plus haut.
Somme de variables indépendantes
Propriété
Soient X et Y indépendantes à valeurs dans N. Alors
∀t∈[−1,1],GX+Y(t)=GX(t)GY(t),et plus généralement GX1+⋯+Xn=∏i=1nGXi pour des variables mutuellement indépendantes à valeurs dans N.
Démonstration. Fixons t∈[−1,1]. La variable X+Y est à valeurs dans N et tX+Y=tXtY. Les variables tX et tY, fonctions respectives de X et de Y, sont indépendantes et bornées par 1, donc d'espérance finie. L'espérance d'un produit de variables indépendantes donne
GX+Y(t)=E(tXtY)=E(tX)E(tY)=GX(t)GY(t).Le cas général suit par récurrence, le lemme des coalitions assurant que X1+⋯+Xn−1 est indépendante de Xn. □
Exemple
Somme de deux variables de Poisson. Si X∼P(λ) et Y∼P(μ) sont indépendantes,
GX+Y(t)=eλ(t−1)eμ(t−1)=e(λ+μ)(t−1),fonction génératrice de P(λ+μ), donc X+Y∼P(λ+μ) : deux sources indépendantes se comportent comme une source unique de taux λ+μ.
Exemple
Somme de n variables de Bernoulli. Si X1,…,Xn sont indépendantes de loi B(p) et Sn=X1+⋯+Xn, alors GSn(t)=(q+pt)n, fonction génératrice de B(n,p) : donc Sn∼B(n,p), résultat de première année redémontré sans dénombrement.
Reconnaître une loi à sa fonction génératrice
Méthode
1. Vérifier que la variable est à valeurs dans N, sans quoi l'outil ne s'applique pas.
2. Calculer GX(t)=E(tX), en exploitant l'indépendance pour changer les sommes en produits.
3. Contrôler que GX(1)=1 : sinon, il y a une erreur de calcul.
4. Mettre sous forme canonique (faire apparaître 1−qtpt ou eλ(t−1)), comparer au tableau et conclure par la caractérisation de la loi.
5. Si aucune loi usuelle n'apparaît, développer GX en série entière : les coefficients sont les P(X=n).
Exemple
Une variable X à valeurs dans N vérifie GX(t)=2−tt. En divisant haut et bas par 2,
GX(t)=1−21t21t,de la forme 1−qtpt avec p=q=21 : donc X∼G(21), E(X)=2 et V(X)=1/41/2=2. Contrôle : GX(1)=1. De même, GY(t)=(31+32t)5 est de la forme (q+pt)n : Y∼B(5,32), E(Y)=310 et V(Y)=910.
Inégalités et loi faible des grands nombres
Reste la question la plus concrète : quelle est la probabilité de s'écarter beaucoup de la moyenne ? Les deux inégalités qui suivent y répondent sans rien connaître de la loi, ce qui fait leur force et leur faiblesse.
Inégalité de Markov
Propriété
Inégalité de Markov. Soit X une variable aléatoire discrète positive. Pour tout réel a>0,
P(X⩾a)⩽aE(X).Démonstration. Si E(X)=+∞, l'inégalité est évidente. Supposons X d'espérance finie et comparons a1(X⩾a) et X en chaque ω : si X(ω)⩾a, le membre de gauche vaut a⩽X(ω) ; sinon il vaut 0⩽X(ω) par positivité de X. Donc
a1(X⩾a)⩽X.La croissance de l'espérance et E(1(X⩾a))=P(X⩾a) donnent aP(X⩾a)⩽E(X), puis le résultat en divisant par a>0. □
La positivité est essentielle, et l'inégalité n'a d'intérêt que si a>E(X), faute de quoi le majorant dépasse 1.
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev
Propriété
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Soit X de carré d'espérance finie, d'espérance m. Pour tout réel ε>0,
P(∣X−m∣⩾ε)⩽ε2V(X).Démonstration. Posons Y=(X−m)2, variable positive d'espérance finie, avec E(Y)=V(X). La fonction u↦u2 étant croissante sur [0,+∞[, les événements (∣X−m∣⩾ε) et (Y⩾ε2) sont égaux. L'inégalité de Markov appliquée à Y avec a=ε2>0 donne
P(∣X−m∣⩾ε)=P(Y⩾ε2)⩽ε2E(Y)=ε2V(X).□Remarque
En posant ε=kσ(X), l'inégalité s'écrit P(∣X−m∣⩾kσ(X))⩽k21 : quelle que soit la loi, s'écarter de plus de k écarts types a une probabilité au plus 1/k2.
Exemple
Une majoration très grossière. Soit X∼G(21), donc m=2 et V(X)=2, avec ε=4. Comme X⩾1, l'événement (X−2⩽−4) est impossible et
(∣X−2∣⩾4)=(X⩾6),P(X⩾6)=P(X>5)=(21)5=321≈0,031,alors que Bienaymé-Tchebychev annonce 162=0,125, quatre fois trop. Ces inégalités ne connaissent de la loi que ses deux premiers moments et ne voient pas que les queues décroissent géométriquement : on les utilise quand la loi est inconnue ou intraitable, jamais pour une valeur précise.
La loi faible des grands nombres
Propriété
Loi faible des grands nombres. Soit (Xn)n⩾1 une suite de variables discrètes indépendantes, de même loi, de carré d'espérance finie. Notons m=E(X1), σ2=V(X1) et Sn=X1+⋯+Xn. Alors, pour tout ε>0 et tout n⩾1,
P(nSn−m⩾ε)⩽nε2σ2,et par conséquent cette probabilité tend vers 0 quand n tend vers +∞.
Démonstration. Toutes les Xi ayant la loi de X1, elles ont même espérance m et même variance σ2, donc par linéarité E(nSn)=n1∑i=1nE(Xi)=m. Les variables étant indépendantes, elles le sont deux à deux : les variances s'ajoutent, donc V(Sn)=nσ2, puis, avec V(aX)=a2V(X) pour a=n1,
V(nSn)=n21V(Sn)=nσ2.Bienaymé-Tchebychev appliquée à nSn, d'espérance m et de variance nσ2, donne
P(nSn−m⩾ε)⩽ε2σ2/n=nε2σ2.À ε fixé, ce majorant est de la forme nC avec C=ε2σ2 constante, donc tend vers 0 : le théorème d'encadrement conclut. □
Remarque
Ce théorème justifie l'intuition la plus ancienne du calcul des probabilités : la moyenne d'un grand nombre de mesures indépendantes se rapproche de la moyenne théorique, et l'énoncé dit à quelle vitesse. Le majorant décroît en n1, donc l'écart typique en n1 : gagner un facteur 10 en précision coûte 100 fois plus de mesures. Deux vigilances : la variance doit être finie, et l'énoncé porte uniquement sur une probabilité qui tend vers 0 à ε fixé, sans rien affirmer sur la suite nSn elle-même.
Application : dimensionner un nombre de mesures
Méthode
Combien de mesures pour une précision donnée ? On mesure n fois une grandeur inconnue m avec un appareil sans biais dont l'erreur a un écart type connu σ, les mesures étant indépendantes et de même loi.
1. Écrire la conclusion visée : P(∣Xn−m∣⩾ε)⩽α, où Xn=nSn.
2. Majorer le membre de gauche par la loi faible des grands nombres : il vaut au plus nε2σ2.
3. Il suffit donc que nε2σ2⩽α, c'est-à-dire n⩾αε2σ2.
4. Conclure avec le plus petit entier convenable, en signalant qu'il s'agit d'une condition suffisante, en général pessimiste.
Exemple
Un appareil sans biais mesure une concentration avec un écart type σ=0,1. Pour une précision ε=0,01 avec un risque d'au plus α=5% :
n⩾0,05×(0,01)2(0,1)2=5×10−610−2=2000.Il suffit de 2000 mesures indépendantes, chiffre énorme parce que le raisonnement ne suppose rien sur la loi.
Méthodes
Déterminer la loi d'une variable discrète
Méthode
Situation. Une variable X est définie par une phrase, on demande sa loi.
1. Déterminer précisément X(Ω) : c'est l'étape que l'on bâcle le plus souvent. Se demander si 0 est atteint, si l'ensemble est fini ou infini.
2. Pour chaque valeur x, décrire (X=x) en mots, puis le traduire en intersection ou réunion d'événements de l'expérience.
3. Calculer P(X=x) : indépendance pour une intersection, probabilités composées si les épreuves s'enchaînent, probabilités totales si un paramètre est aléatoire.
4. Contrôle obligatoire : vérifier ∑x∈X(Ω)P(X=x)=1. Une somme différente de 1 signale une valeur oubliée, une valeur en trop ou une erreur.
5. Si la variable peut valoir +∞, traiter ce cas à part et montrer que sa probabilité est nulle, par continuité décroissante.
Exemple
Soit X à valeurs dans N∗ avec P(X=k)=k(k+1)c. La normalisation impose 1=c∑k⩾1(k1−k+11)=c par télescopage, donc c=1 et la loi est déterminée. Cette variable n'a pourtant pas d'espérance finie, on l'a vu plus haut : l'existence de la loi ne présume rien des moments.
Reconnaître une loi géométrique
Méthode
Situation. Une expérience est répétée et l'on s'intéresse au rang du premier succès, ou à un temps d'attente.
1. Identifier une suite d'épreuves indépendantes de même probabilité de succès p∈]0,1[ : ces deux hypothèses, à justifier explicitement, font la loi géométrique.
2. Vérifier que X est le rang de la première épreuve réussie, à valeurs dans N∗, et conclure X∼G(p).
3. Si le lien n'est pas direct, calculer P(X>k) : trouver P(X>k)=rk avec r∈]0,1[ donne X∼G(1−r), voie efficace pour un minimum de temps d'attente.
4. Vérifier que P(X=+∞)=0 lorsque l'énoncé autorise l'échec perpétuel.
5. Exploiter le formulaire sans recalculer : P(X=k)=p(1−p)k−1, P(X>k)=(1−p)k, E(X)=p1, V(X)=p21−p.
Exemple
Le premier des deux détecteurs. Deux détecteurs observent le même flux, seconde après seconde : à chaque seconde le premier déclenche avec la probabilité p, le second avec la probabilité p′, toutes ces épreuves étant indépendantes. Soit T la première seconde où au moins un détecteur déclenche. En notant X∼G(p) et Y∼G(p′) leurs instants de premier déclenchement, indépendants, on a T=min(X,Y) et, pour k∈N,
(T>k)=(X>k)∩(Y>k),P(T>k)=[(1−p)(1−p′)]k.En posant r=(1−p)(1−p′)∈]0,1[, il vient P(T>k)=rk, donc
T∼G(1−r),E(T)=1−(1−p)(1−p′)1.Contrôle : pour p=p′=21, E(T)=34<2, deux détecteurs valant mieux qu'un.
Calculer une espérance
Méthode
Situation. On demande E(X) ou E(f(X)), et plusieurs routes existent.
1. Loi usuelle ? Citer le formulaire, ne rien recalculer.
2. X est une somme, même de variables dépendantes ? Utiliser la linéarité, en particulier X=∑1Ai donc E(X)=∑P(Ai). Presque toujours la voie la plus courte quand X compte quelque chose.
3. X est entière positive et P(X⩾n) est facile ? Utiliser la formule des queues. Typique des minima, maxima et temps d'attente.
4. On demande E(f(X)) pour une loi connue ? Utiliser le transfert et se ramener à une série usuelle, exponentielle ou géométrique, éventuellement dérivée.
5. X est une somme de variables indépendantes entières, ou GX est calculable ? Passer par E(X)=GX′(1).
6. Dans tous les cas, justifier l'existence avant d'écrire E(X).
Exemple
Pour E(X+11) avec X∼P(λ) : la fonction n'est pas linéaire, la variable n'est pas une somme, et X+11 n'étant pas entière la formule des queues ne s'applique pas. Reste le transfert, qui donne λ1−e−λ. À l'inverse, pour E(min(X,Y)) avec deux géométriques indépendantes, le transfert exigerait la loi du minimum, alors que la formule des queues est immédiate.
Justifier une interversion de sommes
Méthode
Situation. Un calcul fait apparaître une somme double ∑i∑jai,j et l'on veut sommer dans l'autre ordre, ou par paquets.
1. Tous les termes sont-ils positifs ? Si oui, l'interversion est toujours licite dans [0,+∞], sans vérification : c'est Fubini pour les familles positives, et c'est le cas le plus fréquent en probabilités.
2. Termes de signe quelconque ? Établir la sommabilité sur les modules : majorer ∑i∑j∣ai,j∣ et montrer que c'est fini, ce qui relève du point 1.
3. La sommabilité acquise, appliquer Fubini et intervertir librement.
4. Rédiger la justification en une phrase, pas davantage.
Exemple
Calculons ∑n⩾1nqn pour q∈]0,1[ sans dériver de série entière. En écrivant n=∑k⩾11(k⩽n), on obtient une famille positive doublement indexée, donc l'interversion est licite :
n⩾1∑nqn=k⩾1∑ n⩾k∑qn=k⩾1∑1−qqk=1−q1×1−qq=(1−q)2q,par deux sommations géométriques. On retrouve bien le résultat de la dérivation terme à terme.
Majorer une probabilité de grand écart
Méthode
Situation. On demande de majorer P(X⩾a) ou P(∣X−m∣⩾ε), souvent avec une loi que l'on ne veut pas expliciter.
1. Loi connue et somme calculable ? Calculer exactement, c'est toujours meilleur.
2. Sinon, si X est positive et que l'on ne connaît que E(X) : appliquer Markov, en vérifiant la positivité, hypothèse que l'on oublie souvent.
3. Si l'écart est mesuré par rapport à la moyenne et que la variance est connue : appliquer Bienaymé-Tchebychev.
4. Si X est une moyenne de n variables indépendantes de même loi : appliquer la loi faible des grands nombres et faire apparaître le n1.
5. Vérifier que le majorant est inférieur à 1, sinon l'énoncé est vide.
Exemple
Un compteur enregistre X désintégrations par minute, modélisé par P(400), donc m=400 et V(X)=400. Comme (X⩾500)⊂(∣X−400∣⩾100), la croissance de la probabilité puis Bienaymé-Tchebychev donnent
P(X⩾500)⩽1002400=0,04.Un tel comptage survient au plus une minute sur 25. La vraie probabilité est bien plus petite, mais la majoration tient en deux lignes et ne suppose que l'espérance et la variance.
Utiliser un système complet dénombrable
Méthode
Situation. Un paramètre de l'expérience est lui-même aléatoire (particules émises, essais, taille d'un lot) et l'on veut la loi d'une variable qui en dépend.
1. Choisir le système complet, presque toujours ((N=n))n∈N où N est le paramètre aléatoire, et vérifier qu'il est complet ou quasi-complet.
2. Écrire la formule des probabilités totales
P(Y=k)=n∑P(N=n)(Y=k)P(N=n),avec la convention que le terme est nul si P(N=n)=0.
3. Identifier la loi conditionnelle de Y sachant (N=n) : c'est l'étape de modélisation, souvent une loi binomiale.
4. Réduire la somme : supprimer les termes nuls, changer d'indice pour retrouver une série usuelle. Tous les termes étant positifs, les manipulations sont licites.
5. Reconnaître la loi obtenue et contrôler que ∑kP(Y=k)=1.
Exemple
Détection avec un rendement imparfait. Une source émet N∼P(λ) photons par seconde, chacun étant détecté avec la probabilité p∈]0,1[, indépendamment des autres et de N. Soit Y le nombre de photons détectés.
Sachant (N=n), les détections forment n épreuves indépendantes de probabilité de succès p : la loi conditionnelle de Y sachant (N=n) est B(n,p). Le système ((N=n))n∈N est complet et les termes d'indice n<k sont nuls, donc
P(Y=k)=n⩾k∑(kn)pk(1−p)n−k e−λn!λn=e−λk!pkn⩾k∑(n−k)!λn(1−p)n−k=e−λk!(λp)kj⩾0∑j!(λ(1−p))j=e−λk!(λp)k eλ(1−p)=e−λpk!(λp)k,après simplification de (kn)n!1=k!(n−k)!1 et le changement d'indice j=n−k.
Conclusion : Y∼P(λp). Un comptage de Poisson vu à travers un détecteur de rendement p reste un comptage de Poisson, de taux multiplié par p, ce qui explique la robustesse de cette loi en physique expérimentale. Contrôle : E(Y)=λp.
Ce chapitre repose sur un petit nombre d'outils à manier sans hésitation. La sommabilité n'est pas décorative : c'est elle qui autorise les interversions de sommes, et une interversion non justifiée est une faute. L'espérance est linéaire sans aucune hypothèse, d'où la force des indicatrices, alors que la variance ne s'additionne qu'avec de l'indépendance. La fonction génératrice change une somme de variables indépendantes en produit et caractérise la loi. Enfin, Markov, Bienaymé-Tchebychev et la loi faible des grands nombres donnent des majorations universelles, grossières mais gratuites, qui relient le modèle à l'expérience.
Les exercices
36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Traduire des événements avec des unions et des intersections dénombrables
Tribu, probabilité, sigma-additivité, continuité croissante et décroissante, sous-additivité, événements négligeables et presque sûrs
Un détecteur de particules fonctionne en continu. Les secondes d'observation sont numérotées par les entiers naturels et, pour tout n∈N, on note An l'événement « le détecteur enregistre au moins une particule pendant la seconde numéro n ». Tous les An appartiennent à la tribu A d'un même espace probabilisable (Ω,A).
1. Écrire à l'aide des An, d'unions et d'intersections, chacun des trois événements suivants, puis le caractériser à l'aide d'un quantificateur.
a. U : « au moins un des An se réalise »
b. T : « tous les An se réalisent »
c. N : « aucun des An ne se réalise »
2. Pour n∈N, on pose
Bn=k⩾n⋃AketCn=k⩾n⋂AkDécrire en français ces deux événements et justifier qu'ils appartiennent bien à A.
3. Montrer que la suite (Bn)n∈N est décroissante et que la suite (Cn)n∈N est croissante, au sens de l'inclusion.
4. Écrire à l'aide des Bn, puis à l'aide des Cn, les deux événements suivants.
a. I : « une infinité de An se réalisent ».
b. R : « les An se réalisent tous à partir d'un certain rang ».
5. À l'aide des lois de De Morgan, exprimer I en fonction des seuls Ak, et justifier que le contraire de « une infinité de An se réalisent » est bien « tous les An, sauf un nombre fini d'entre eux, ne se réalisent pas ».
6. Montrer que R⊂I, et interpréter cette inclusion pour le détecteur.
Exercice 2 ★★★★ — Continuité croissante et continuité décroissante d'une probabilité
Tribu, probabilité, sigma-additivité, continuité croissante et décroissante, sous-additivité, événements négligeables et presque sûrs
Dans tout l'exercice, (Ω,A,P) désigne un espace probabilisé.
1. Soit (An)n∈N une suite croissante d'événements telle que, pour tout n∈N,
P(An)=1−n+11Déterminer P(⋃n∈NAn) et conclure sur la nature de cet événement.
2. Soit (Bn)n∈N une suite décroissante d'événements telle que, pour tout n∈N,
P(Bn)=31+n+21Vérifier que cette donnée est compatible avec la décroissance de la suite, puis déterminer P(⋂n∈NBn).
3. Soit (Nk)k∈N une suite d'événements négligeables. Montrer que k∈N⋃Nk est négligeable.
4. Soit (Sk)k∈N une suite d'événements presque sûrs. Montrer que k∈N⋂Sk est presque sûr.
5. Un détecteur est observé seconde après seconde. Pour tout n∈N∗, on note En l'événement « au moins une particule est détectée au cours des n premières secondes », et on admet que P(En)=1−0,8n.
a. Justifier que la suite (En)n⩾1 est croissante, et calculer P(E10), valeur approchée à 10−3 près.
b. Déterminer P(⋃n⩾1En) et interpréter le résultat.
c. En déduire la probabilité de l'événement « aucune particule n'est jamais détectée ».
Exercice 3 ★★★★ — Déterminer la loi d'une variable aléatoire discrète
Variables aléatoires discrètes, loi, lois géométrique et de PoissonEnsembles dénombrables et familles sommables au service du calcul des probabilités : sommation par paquets, Fubini, produit de deux sommes
Dans chacun des trois cas suivants, on cherche la valeur de la constante réelle pour laquelle la formule proposée définit bien la loi d'une variable aléatoire discrète.
a. P(X=k)=k(k+1)a pour k∈N∗
b. P(Y=k)=bk!3k pour k∈N
c. P(Z=k)=ck(21)k pour k∈N∗
1. Rappeler à quelles conditions une famille de réels (pk)k∈K, indexée par un ensemble K au plus dénombrable, est la distribution d'une variable aléatoire discrète prenant ses valeurs dans K.
2. Déterminer a. On pourra utiliser la décomposition k(k+1)1=k1−k+11.
3. Déterminer b, puis reconnaître la loi de Y.
4. Déterminer c.
5. Calculer P(X⩾n) pour tout n∈N∗.
6. Calculer P(Y⩾1), valeur exacte puis valeur approchée à 10−3 près.
Exercice 4 ★★★★ — Loi géométrique et temps d'attente d'un premier succès
Variables aléatoires discrètes, loi, lois géométrique et de Poisson
Une machine produit des pièces les unes après les autres. Chaque pièce est conforme avec la probabilité p=0,9, et les états des différentes pièces sont indépendants les uns des autres. On note X le rang de la première pièce défectueuse produite.
1. Justifier que X suit une loi géométrique dont on précisera le paramètre, donner P(X=k) pour tout k∈N∗, et vérifier que la somme de ces probabilités vaut 1.
2. Montrer que, pour tout k∈N, P(X>k)=0,9k.
3. En déduire P(X⩽10), valeur exacte puis valeur approchée à 10−3 près.
4. Déterminer le plus petit entier n tel que P(X⩽n)⩾0,95.
5. Calculer P(X>10)(X>20).
6. Montrer plus généralement que, pour tous n∈N et k∈N, P(X>n)(X>n+k)=P(X>k), et commenter.
Exercice 5 ★★★★ — Loi de Poisson et comptage de désintégrations
Variables aléatoires discrètes, loi, lois géométrique et de Poisson
Un compteur placé devant une source radioactive enregistre les désintégrations. On note X le nombre de désintégrations enregistrées pendant une seconde, et on modélise ce comptage d'événements rares par une loi de Poisson :
X∼P(3)1. Calculer P(X=0), P(X=1) et P(X⩾2), valeurs exactes puis valeurs approchées à 10−3 près.
2. Montrer que, pour tout k∈N,
P(X=k)P(X=k+1)=k+133. En déduire les variations de la suite (P(X=k))k∈N, puis déterminer la ou les valeurs de k pour lesquelles P(X=k) est maximale.
4. Calculer P(X pair), c'est-à-dire la probabilité que le nombre de désintégrations enregistrées soit pair. On donnera le résultat sous forme exacte, puis une valeur approchée à 10−3 près.
5. On note Y le nombre de désintégrations enregistrées pendant deux secondes consécutives. La source étant très peu affectée par une durée si courte, le comptage sur deux secondes se modélise de la même façon, avec un paramètre deux fois plus grand : on admet que Y∼P(6).
a. Calculer P(Y=0) et P(Y⩾1), valeurs approchées à 10−3 près.
b. Vérifier que P(Y=0) est égal au produit des probabilités de n'enregistrer aucune désintégration pendant chacune des deux secondes, prises séparément.
6. Déterminer la ou les valeurs de k pour lesquelles P(Y=k) est maximale.
Exercice 6 ★★★★ — Lire une loi conjointe dans un tableau
Couples et n-uplets de variables aléatoires : loi conjointe, lois marginales, loi conditionnelle sachant un événementVariables aléatoires indépendantes, suites i.i.d., lemme des coalitions
Le couple (X,Y) prend ses valeurs dans {0,1,2}×{0,1}. Sa loi conjointe est donnée par le tableau à double entrée suivant, où a désigne un réel : la case située à l'intersection de la ligne X=i et de la colonne Y=j contient P(X=i,Y=j).
| Y=0 | Y=1 | |
|---|---|---|
| X=0 | 121 | 122 |
| X=1 | 123 | 121 |
| X=2 | a | 122 |
1. Déterminer a.
2. Déterminer la loi marginale de X, puis celle de Y.
3. Les variables X et Y sont-elles indépendantes ?
4. Déterminer la loi conditionnelle de X sachant l'événement (Y=1).
5. Calculer P(X=Y).
6. Déterminer la loi de X+Y.
Exercice 7 ★★★★ — Espérance et variance des lois géométrique et de Poisson
Espérance, formule de transfert, formule des queues, linéarité, espérance d'un produitVariance, écart type, covariance, inégalité de Cauchy-Schwarz, variance d'une somme
Soient p∈]0,1[ et λ>0. On pose q=1−p, et on considère deux variables aléatoires
X∼G(p)etY∼P(λ)L'objectif de l'exercice est de retrouver, par le calcul, l'espérance et la variance de ces deux lois.
1. Montrer que, pour tout x∈]−1,1[,
k=1∑+∞kxk−1=(1−x)21etk=2∑+∞k(k−1)xk−2=(1−x)322. Montrer que X admet une espérance finie et que E(X)=p1.
3. Calculer E(X(X−1)), en déduire E(X2), puis montrer que V(X)=p21−p.
4. Montrer que Y admet une espérance finie et que E(Y)=λ.
5. Calculer E(Y(Y−1)), puis en déduire V(Y).
6. Application numérique : on prend p=41 et λ=3. Donner E(X), V(X), σ(X), E(Y), V(Y) et σ(Y), les écarts types étant donnés à 10−2 près, puis comparer la dispersion des deux variables.
Exercice 8 ★★★★ — Calculer les fonctions génératrices des lois usuelles
Fonctions génératrices : calcul, caractérisation de la loi, espérance et variance, somme de variables indépendantes
Pour une variable aléatoire X à valeurs dans N, on rappelle que la fonction génératrice de X est la somme de la série entière
GX(t)=E(tX)=n⩾0∑P(X=n)tnDans tout l'exercice, p∈]0,1[, n∈N∗, λ>0, et on pose q=1−p.
1. Déterminer GX lorsque X∼B(p), ainsi que le rayon de convergence de la série entière associée.
2. Déterminer GX lorsque X∼B(n,p), en utilisant la formule du binôme, ainsi que son rayon de convergence.
3. Déterminer GX lorsque X∼G(p), en précisant l'ensemble exact des réels t pour lesquels la série converge, ainsi que le rayon de convergence. Vérifier que [−1,1] est bien contenu dans le disque ouvert de convergence.
4. Déterminer GX lorsque X∼P(λ), ainsi que son rayon de convergence.
5. Retrouver E(X) pour la loi géométrique, puis pour la loi de Poisson, en utilisant la relation E(X)=GX′(1).
Exercice 9 ★★★★ — Premières majorations par Markov et Bienaymé-Tchebychev
Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombres
Partie A. Un compteur enregistre les désintégrations d'une source radioactive pendant une durée fixée. On modélise le nombre X de désintégrations enregistrées par une loi de Poisson de paramètre 4, c'est-à-dire X∼P(4). On cherche à évaluer P(X⩾10).
1. Rappeler E(X) et V(X), puis majorer P(X⩾10) à l'aide de l'inégalité de Markov.
2. Justifier l'inclusion (X⩾10)⊂(∣X−4∣⩾6), puis majorer P(X⩾10) à l'aide de l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev.
3. Écrire la valeur exacte de P(X⩾10) sous forme d'une somme finie, en donner une valeur approchée, et comparer aux deux majorations précédentes.
Partie B. Une machine produit des pièces les unes après les autres ; chaque pièce est défectueuse avec la probabilité 51, indépendamment des autres. On note Y le rang de la première pièce défectueuse, de sorte que Y∼G(51).
4. Majorer P(Y⩾20) à l'aide de l'inégalité de Markov.
5. Calculer la valeur exacte de P(Y⩾20) et la comparer à la majoration précédente.
6. Que peut-on retenir de ces quatre estimations ?
Exercice 10 ★★★★ — Sommes doubles et théorème de Fubini pour une loi conjointe
Ensembles dénombrables et familles sommables au service du calcul des probabilités : sommation par paquets, Fubini, produit de deux sommesCouples et n-uplets de variables aléatoires : loi conjointe, lois marginales, loi conditionnelle sachant un événement
Partie A. Soit c un réel. On considère un couple (X,Y) de variables aléatoires à valeurs dans (N∗)2 dont la loi conjointe est donnée par
P(X=i,Y=j)=2i+jc,(i,j)∈(N∗)21. Justifier que la famille (2−(i+j))(i,j)∈(N∗)2 est sommable, calculer sa somme, et en déduire la valeur de c.
2. Déterminer les lois marginales de X et de Y, et les reconnaître.
3. Les variables X et Y sont-elles indépendantes ?
Partie B. Soit d un réel. On considère un second couple (U,V) à valeurs dans (N∗)2, dont la loi conjointe est donnée par
P(U=i,V=j)=j2jd si 1⩽i⩽j,P(U=i,V=j)=0 sinon4. Déterminer d pour que ces nombres définissent bien une loi de probabilité.
5. Déterminer la loi marginale de V et la reconnaître.
6. Pour j∈N∗, déterminer la loi conditionnelle de U sachant l'événement (V=j). Décrire en une phrase l'expérience aléatoire ainsi modélisée.
7. Calculer P(U=V).
Partie C. Pour (i,j)∈(N∗)2, on pose
xi,j=⎩⎨⎧1−10si j=isi j=i+1sinon8. Calculer les deux sommes itérées i⩾1∑(j⩾1∑xi,j) et j⩾1∑(i⩾1∑xi,j). Que faut-il en conclure ?
Exercice 11 ★★★★ — Formule des probabilités totales avec un système complet dénombrable
Probabilités conditionnelles, formules des probabilités composées et totales, formule de Bayes, indépendance d'événementsCouples et n-uplets de variables aléatoires : loi conjointe, lois marginales, loi conditionnelle sachant un événement
Soit p∈]0,1[ et q=1−p. Un banc d'essai répète une même mesure jusqu'à obtenir un premier résultat exploitable, chaque mesure ayant la probabilité p d'être exploitable indépendamment des autres : le rang N de la première mesure exploitable suit donc la loi géométrique G(p).
Une fois l'essai terminé, un contrôleur choisit au hasard, de façon uniforme, l'une des N mesures effectuées, et on note Y le rang de la mesure choisie. Autrement dit, pour tout n∈N∗, conditionnellement à l'événement (N=n), la variable Y suit la loi uniforme sur {1,…,n}.
1. Justifier que la famille d'événements ((N=n))n∈N∗ est un système complet d'événements, utilisable dans la formule des probabilités totales.
2. Montrer que, pour tout k∈N∗, P(Y=k)=qpn⩾k∑nqn, et justifier la convergence de cette série.
3. En déduire la valeur exacte de P(Y=1), puis une expression de P(Y=k) pour k⩾2 faisant intervenir un logarithme et une somme finie.
4. Vérifier, par une interversion de sommations soigneusement justifiée, que k⩾1∑P(Y=k)=1.
5. Calculer P(Y=N). Comparer à P(Y=1) et expliquer.
6. Traiter le cas numérique p=21 : donner les valeurs de P(Y=1), P(Y=2) et P(Y=N).
Exercice 12 ★★★★ — Formule de Bayes et fiabilité d'un détecteur
Probabilités conditionnelles, formules des probabilités composées et totales, formule de Bayes, indépendance d'événements
Un capteur surveille en permanence la présence d'un gaz toxique dans un local. On note G l'événement « le gaz est présent » et A l'événement « le capteur déclenche l'alarme ». Les caractéristiques du capteur, mesurées en laboratoire, sont
P(G)=0,02,PG(A)=0,98,PG(A)=0,05Autrement dit, le capteur détecte le gaz dans 98% des cas où il est présent, mais déclenche une fausse alarme dans 5% des cas où il ne l'est pas.
1. Calculer P(A).
2. Calculer PA(G), c'est-à-dire la probabilité que le gaz soit réellement présent sachant que l'alarme a sonné. Interpréter le résultat.
3. On installe maintenant n capteurs identiques dans le local, et l'alarme générale, notée An, se déclenche dès qu'au moins un capteur alarme. On admet que, conditionnellement à la présence du gaz comme conditionnellement à son absence, les réponses des n capteurs sont indépendantes. Calculer PG(An) et PG(An).
4. En déduire une expression de PAn(G), et calculer sa valeur pour n=1, n=2, n=5 et n=10.
5. Déterminer n→+∞limPAn(G) et commenter le résultat obtenu.
Exercice 13 ★★★★ — Indépendance deux à deux et indépendance mutuelle
Probabilités conditionnelles, formules des probabilités composées et totales, formule de Bayes, indépendance d'événements
Partie A. On lance deux fois une pièce équilibrée, les deux lancers étant indépendants. On considère les trois événements
A=« le premier lancer donne pile »,B=« le second lancer donne pile » C=« les deux lancers donnent le meˆme reˊsultat »1. Décrire l'univers Ω et la probabilité utilisée, puis calculer P(A), P(B) et P(C).
2. Montrer que A, B et C sont deux à deux indépendants.
3. Montrer que A, B et C ne sont pas mutuellement indépendants. Donner une explication intuitive.
Partie B. Soient A et B deux événements indépendants d'un espace probabilisé (Ω,A,P) quelconque.
4. Montrer que A et B sont indépendants.
5. En déduire que A et B sont indépendants.
Partie C. On tire au hasard un entier dans {1,2,…,8}, tous les résultats étant équiprobables. On pose
D={1,2,3,4},E={1,2,3,5},F={1,6,7,8}6. Vérifier que P(D∩E∩F)=P(D)P(E)P(F), puis montrer que D, E et F ne sont deux à deux indépendants pour aucun des trois couples. Que faut-il en conclure sur la définition de l'indépendance mutuelle ?
Exercice 14 ★★★★ — Pile ou face infini et parité du rang du premier succès
Variables aléatoires discrètes, loi, lois géométrique et de PoissonVariables aléatoires indépendantes, suites i.i.d., lemme des coalitions
On effectue une suite illimitée de lancers indépendants d'une pièce donnant pile avec la probabilité p∈]0,1[. Pour n∈N∗, on note Yn la variable de Bernoulli valant 1 si le n-ième lancer donne pile et 0 sinon : (Yn)n⩾1 est une suite de variables indépendantes et de même loi B(p). On pose q=1−p et on note X le rang du premier pile obtenu.
1. Écrire l'événement (X=k), pour k∈N∗, à l'aide des variables Yn, et en déduire P(X=k).
2. Montrer que P(X>k)=qk pour tout k∈N, puis que l'événement « aucun pile n'est jamais obtenu » est négligeable. Conclure que X∼G(p).
3. Calculer P(X est pair).
4. Calculer P(X est impair) de deux façons, et vérifier la cohérence des deux résultats.
5. Calculer la probabilité que X soit un multiple de 3.
6. Donner les valeurs numériques des trois probabilités précédentes pour p=21.
7. Montrer que X et Y1 ne sont pas indépendantes.
Exercice 15 ★★★★ — Absence de mémoire et caractérisation de la loi géométrique
Variables aléatoires discrètes, loi, lois géométrique et de Poisson
On dit qu'une variable aléatoire X à valeurs dans N∗ est sans mémoire lorsqu'elle vérifie les deux propriétés suivantes :
- P(X>n)>0 pour tout n∈N ;
- P(X>n)(X>n+m)=P(X>m) pour tous n,m∈N.
La seconde égalité se lit : « sachant que X dépasse déjà n, la probabilité de tenir m de plus est la même que pour une variable neuve ».
1. Soit X∼G(p), avec p∈]0,1[, et soit q=1−p. Établir que P(X>n)=qn pour tout n∈N, puis montrer que X est sans mémoire.
Dans les questions 2 à 5, X désigne une variable aléatoire à valeurs dans N∗ supposée sans mémoire, et l'on pose un=P(X>n) pour tout n∈N.
2. Montrer que u0=1, puis que un+m=unum pour tous n,m∈N.
3. En déduire que un=u1n pour tout n∈N.
4. Montrer que un→0 quand n→+∞, et en déduire que u1∈]0,1[.
5. Conclure : X suit une loi géométrique dont on précisera le paramètre.
6. La durée de vie T d'un composant électronique, comptée en nombre entier d'heures de fonctionnement, suit la loi G(p) avec p=0,01. Le composant fonctionne encore après 500 heures d'utilisation. Quelle est la probabilité qu'il fonctionne encore 100 heures de plus ? Interpréter physiquement.
Exercice 16 ★★★★ — Minimum et maximum de deux variables géométriques
Variables aléatoires indépendantes, suites i.i.d., lemme des coalitionsVariables aléatoires discrètes, loi, lois géométrique et de Poisson
Deux détecteurs sont interrogés en parallèle, cycle après cycle. On note X le rang du premier cycle où le premier détecteur réagit, et Y le rang du premier cycle où le second réagit. On suppose que X∼G(p) et Y∼G(p′), avec p,p′∈]0,1[, et que X et Y sont indépendantes. On pose q=1−p et q′=1−p′.
On rappelle que P(X>k)=qk et P(Y>k)=q′k pour tout k∈N.
1. Calculer P(min(X,Y)>k) pour tout k∈N, et en déduire la loi de min(X,Y). Interpréter.
2. Calculer P(max(X,Y)⩽k) pour tout k∈N, puis P(max(X,Y)=k) pour tout k∈N∗.
3. Montrer que max(X,Y) ne suit jamais une loi géométrique. On pourra comparer P(max(X,Y)>2) et P(max(X,Y)>1)2.
4. Calculer P(X=Y).
5. Calculer P(X<Y) et P(X>Y), puis vérifier que la somme des trois probabilités obtenues vaut 1.
6. Application au cas p=p′=21 : donner la loi et l'espérance de min(X,Y), ainsi que les valeurs des trois probabilités de la question 5.
Exercice 17 ★★★★ — Somme de deux variables de Poisson indépendantes
Variables aléatoires indépendantes, suites i.i.d., lemme des coalitionsCouples et n-uplets de variables aléatoires : loi conjointe, lois marginales, loi conditionnelle sachant un événementFonctions génératrices : calcul, caractérisation de la loi, espérance et variance, somme de variables indépendantes
Soient λ>0 et μ>0, et soient X∼P(λ) et Y∼P(μ) deux variables aléatoires indépendantes. On pose S=X+Y.
1. Première méthode. Soit n∈N. Décomposer l'événement (S=n) selon les valeurs prises par X, calculer P(S=n) et reconnaître la loi de S.
2. Rappeler la définition de la fonction génératrice GX et montrer que GX(t)=eλ(t−1) pour tout réel t.
3. Deuxième méthode. Retrouver la loi de S à l'aide des fonctions génératrices, en précisant le résultat de cours qui permet de conclure.
4. Généraliser : si X1,…,Xr sont indépendantes avec Xi∼P(λi), quelle est la loi de X1+⋯+Xr ? Que devient le résultat pour r variables i.i.d. de loi P(λ) ?
5. Deux compteurs indépendants sont placés devant deux sources radioactives. Pendant une minute, le premier enregistre X∼P(2) désintégrations et le second Y∼P(3). Calculer la probabilité que le total enregistré par les deux compteurs soit exactement 4, valeur exacte puis valeur approchée à 10−3 près.
6. Toujours pour ces deux compteurs, calculer E(S), V(S) et l'écart type relatif E(S)σ(S). Commenter.
Exercice 18 ★★★★ — La formule des queues pour une variable à valeurs entières
Espérance, formule de transfert, formule des queues, linéarité, espérance d'un produit
Soit X une variable aléatoire définie sur (Ω,A,P), à valeurs dans N. L'objet des deux premières questions est de démontrer la formule des queues
E(X)=n=1∑+∞P(X⩾n)l'égalité ayant lieu dans [0,+∞] : les deux membres sont finis en même temps, et alors ils coïncident.
1. Justifier que P(X⩾n)=k=n∑+∞P(X=k) pour tout n∈N∗.
2. On considère la famille de réels positifs (xn,k)(n,k)∈I définie par xn,k=P(X=k), où
I={(n,k)∈N∗×N∗;n⩽k}En sommant cette famille par paquets de deux façons différentes, démontrer la formule des queues.
3. Première application. Retrouver E(X)=p1 pour X∼G(p), avec p∈]0,1[.
4. Deuxième application. Soient X et Y deux variables indépendantes de même loi G(p), et M=max(X,Y). Calculer P(M⩾n) pour n∈N∗, puis E(M). Contrôler le résultat pour p=21.
5. Troisième application. Soit X la variable à valeurs dans N∗ dont la loi est donnée par P(X=k)=k(k+1)1. Vérifier qu'il s'agit bien d'une loi, calculer P(X⩾n), et en déduire que X n'admet pas d'espérance finie.
6. Montrer que si X est à valeurs dans N et d'espérance finie, alors nP(X⩾n)→0 quand n→+∞. Que donne cette propriété sur l'exemple de la question 5 ?
Exercice 19 ★★★★ — Une covariance nulle n'entraîne pas l'indépendance
Variance, écart type, covariance, inégalité de Cauchy-Schwarz, variance d'une somme
Soit X une variable aléatoire de loi uniforme sur {−1,0,1}, c'est-à-dire
P(X=−1)=P(X=0)=P(X=1)=31et soit Y=X2.
1. Déterminer la loi de Y, puis calculer E(X), E(Y) et E(XY). En déduire Cov(X,Y).
2. Montrer que X et Y ne sont pourtant pas indépendantes.
3. Dans cet exemple, Y est une fonction de X : la dépendance est extrême. En voici un second, où ce n'est plus le cas. La loi conjointe d'un couple (U,V) est donnée par le tableau suivant, chaque case contenant P(U=u,V=v).
| U=−1 | U=0 | U=1 | |
|---|---|---|---|
| V=0 | 81 | 41 | 81 |
| V=1 | 41 | 0 | 41 |
Déterminer les lois marginales de U et de V, calculer Cov(U,V), puis montrer que U et V ne sont pas indépendantes.
4. Démontrer la réciproque, qui est vraie : si X et Y sont deux variables aléatoires discrètes indépendantes telles que E(X2) et E(Y2) sont finies, alors Cov(X,Y)=0. On justifiera soigneusement l'existence de E(XY).
5. À l'aide de l'inégalité de Cauchy-Schwarz et de son cas d'égalité, dire ce que mesure vraiment la covariance, et expliquer pourquoi l'exemple de la question 1 n'a rien de paradoxal.
Exercice 20 ★★★★ — Calculer une espérance avec des indicatrices
Espérance, formule de transfert, formule des queues, linéarité, espérance d'un produit
Une barrette de détection comporte n capteurs alignés, numérotés de 1 à n, avec n⩾2. Après une longue exposition, chaque capteur est tombé en panne avec la probabilité p∈]0,1[, indépendamment des autres. Pour i∈{1,…,n}, on note Bi l'événement « le capteur numéro i est en panne » : les événements B1,…,Bn sont donc mutuellement indépendants et de même probabilité p. On pose q=1−p.
1. Pour k∈{1,…,n−1}, on note Ak l'événement « les capteurs k et k+1 sont tous deux en panne », et N le nombre de couples de capteurs voisins tous deux en panne. Exprimer N à l'aide des indicatrices 1Ak, puis calculer E(N).
2. On suppose n⩾3. Les variables 1A1 et 1A2 sont-elles indépendantes ? La variable N suit-elle une loi binomiale ? Le calcul de la question 1 est-il pour autant en défaut ?
3. Un capteur en panne est dit isolé lorsque tous ses voisins fonctionnent (les capteurs 1 et n n'ont qu'un seul voisin). On note M le nombre de capteurs en panne isolés. Écrire M comme une somme d'indicatrices, en traitant les extrémités à part, et calculer E(M).
4. Vérifier la formule obtenue en calculant directement E(M) pour n=2, puis pour n=3. Que donnerait la formule pour n=1 ?
5. Application numérique : n=100 et p=0,02. Calculer l'espérance du nombre total de capteurs en panne, puis E(N) et E(M). Commenter.
Exercice 21 ★★★★ — Variance d'une somme, cas indépendant et cas corrélé
Variance, écart type, covariance, inégalité de Cauchy-Schwarz, variance d'une somme
1. Soient X1,…,Xn des variables aléatoires discrètes définies sur (Ω,A,P), admettant chacune une variance, et soit S=k=1∑nXk. Démontrer que
V(S)=k=1∑nV(Xk)+21⩽i<j⩽n∑Cov(Xi,Xj)2. On suppose de plus les Xk indépendantes, de même loi, d'espérance m et de variance σ2. Donner V(Sn), où Sn=X1+⋯+Xn, puis V(nSn) et σ(nSn). Commenter du point de vue de la répétition d'une mesure physique.
3. La loi conjointe d'un couple (X,Y) est donnée par le tableau suivant, chaque case contenant P(X=x,Y=y).
| Y=0 | Y=1 | |
|---|---|---|
| X=0 | 103 | 102 |
| X=1 | 102 | 103 |
Déterminer les lois marginales, puis calculer V(X), V(Y), Cov(X,Y) et V(X+Y). Comparer V(X+Y) et V(X)+V(Y).
4. Cas extrême : soient X∼B(21) et Y=1−X. Calculer Cov(X,Y) et V(X+Y), et commenter.
5. On reprend une barrette de n capteurs tombant en panne indépendamment les uns des autres, chacun avec la probabilité p, et l'on note N le nombre de capteurs en panne, de sorte que N∼B(n,p). Retrouver V(N)=np(1−p) à l'aide des indicatrices.
6. Que devient la formule de la question 1 lorsque les Xk sont seulement supposées deux à deux indépendantes ? Justifier, puis donner un exemple de trois variables deux à deux indépendantes qui ne sont pas mutuellement indépendantes, et vérifier sur cet exemple la valeur de V(X1+X2+X3).
Exercice 22 ★★★★ — Espérance et variance par la fonction génératrice
Fonctions génératrices : calcul, caractérisation de la loi, espérance et variance, somme de variables indépendantes
Soit X une variable aléatoire à valeurs dans N, de fonction génératrice
GX(t)=E(tX)=n=0∑+∞P(X=n)tnOn note R le rayon de convergence de cette série entière.
1. On suppose R>1. Montrer que X admet une espérance et une variance, et que
E(X)=GX′(1),V(X)=GX′′(1)+GX′(1)−GX′(1)22. Retrouver par cette méthode l'espérance et la variance d'une variable X∼G(p), avec p∈]0,1[.
3. Même travail pour X∼P(λ), avec λ>0.
4. Soit X une variable aléatoire à valeurs dans N dont la fonction génératrice est
G(t)=(2−t)2t2pour ∣t∣<2a. Reconnaître G comme la fonction génératrice d'une somme de deux variables indépendantes de même loi usuelle.
b. Déterminer explicitement P(X=k) pour tout k∈N.
c. Calculer E(X) et V(X) de deux façons.
Exercice 23 ★★★★ — Loi conditionnelle de X sachant la somme X plus Y
Couples et n-uplets de variables aléatoires : loi conjointe, lois marginales, loi conditionnelle sachant un événementVariables aléatoires discrètes, loi, lois géométrique et de Poisson
Deux sources radioactives indépendantes sont placées côte à côte devant un même compteur. Pendant une seconde, la première produit X désintégrations et la seconde Y désintégrations, avec X∼P(λ) et Y∼P(μ) indépendantes, λ>0 et μ>0. Le compteur n'enregistre que le total S=X+Y.
1. Montrer que S∼P(λ+μ).
2. Soit n∈N. Déterminer la loi conditionnelle de X sachant l'événement (S=n). Interpréter le résultat physiquement.
3. On change de modèle : X et Y sont maintenant deux variables indépendantes de même loi G(p), avec p∈]0,1[. Soit n⩾2. Déterminer la loi conditionnelle de X sachant (X+Y=n). Commenter.
4. Revenir au modèle de Poisson des questions 1 et 2. Montrer que X et S ne sont pas indépendantes.
Exercice 24 ★★★★ — Le problème du collectionneur
Espérance, formule de transfert, formule des queues, linéarité, espérance d'un produitVariables aléatoires indépendantes, suites i.i.d., lemme des coalitionsVariables aléatoires discrètes, loi, lois géométrique et de Poisson
Une marque de céréales glisse dans chaque paquet une image tirée au hasard parmi n modèles différents, de façon équiprobable et indépendamment d'un paquet à l'autre. On note T le nombre de paquets qu'il faut acheter pour posséder la collection complète des n images.
Pour i∈{1,…,n}, on note Ti le nombre de paquets supplémentaires nécessaires pour passer de i−1 images distinctes à i images distinctes.
1. Justifier que T=T1+T2+⋯+Tn et déterminer la loi de Ti.
2. En déduire E(T)=nHn, où Hn=k=1∑nk1.
3. Montrer, par comparaison série-intégrale, que Hn∼lnn, puis que E(T)∼nlnn.
4. On admet que les variables T1,…,Tn sont indépendantes. Montrer que
V(T)=n2k=1∑nk21−nHn5. Application numérique pour n=50 : calculer E(T), V(T) et l'écart type σ(T) à l'unité près. Comparer E(T) à l'équivalent nlnn et commenter.
Exercice 25 ★★★★ — Nombre de points fixes d'une permutation aléatoire
Espérance, formule de transfert, formule des queues, linéarité, espérance d'un produitVariance, écart type, covariance, inégalité de Cauchy-Schwarz, variance d'une somme
Soit n⩾2. On tire au hasard une permutation σ de Sn, toutes les permutations étant équiprobables. On note X le nombre de points fixes de σ, c'est-à-dire le nombre d'entiers k∈{1,…,n} tels que σ(k)=k.
Pour k∈{1,…,n}, on pose Ak=(σ(k)=k), de sorte que
X=k=1∑n1Ak1. Calculer P(Ak) et en déduire E(X).
2. Soient i=j. Calculer P(Ai∩Aj), puis Cov(1Ai,1Aj).
3. En déduire V(X).
4. On rappelle la formule du crible : pour des événements B1,…,Bn,
P(k=1⋃nBk)=j=1∑n(−1)j+11⩽i1<⋯<ij⩽n∑P(Bi1∩⋯∩Bij)En déduire une expression de P(X=0), puis sa limite quand n→+∞. Commenter l'ensemble des résultats obtenus.
Exercice 26 ★★★★ — Approximation d'une loi binomiale par une loi de Poisson
Variables aléatoires discrètes, loi, lois géométrique et de PoissonFonctions génératrices : calcul, caractérisation de la loi, espérance et variance, somme de variables indépendantes
Soit λ>0 fixé. Pour tout entier n>λ, on considère une variable aléatoire Xn∼B(n,nλ).
1. Soit k∈N fixé. Montrer que
P(Xn=k)n→+∞e−λk!λk2. Retrouver ce résultat sous forme condensée en calculant, pour t∈R fixé, la limite de GXn(t).
3. Application numérique. Un circuit comporte n=1000 composants ; chacun tombe en panne pendant la durée de la garantie avec la probabilité p=0,003, indépendamment des autres. On note X le nombre de composants défaillants. Calculer P(X=2) de façon exacte, puis par l'approximation de Poisson de paramètre λ=np. Comparer les deux valeurs à 10−4 près.
4. Interpréter ce résultat et énoncer les conditions pratiques d'emploi de cette approximation.
Exercice 27 ★★★★ — Le lemme de Borel-Cantelli
Tribu, probabilité, sigma-additivité, continuité croissante et décroissante, sous-additivité, événements négligeables et presque sûrs
Soit (Ω,A,P) un espace probabilisé et (An)n⩾0 une suite d'événements. On pose
Bn=k⩾n⋃AketB=n⩾0⋂Bn=n⩾0⋂k⩾n⋃Ak1. Justifier que Bn et B sont des événements, puis montrer que B est l'ensemble des ω∈Ω qui appartiennent à une infinité de Ak.
2. Montrer que la suite (Bn)n⩾0 est décroissante et en déduire que P(B)=n→+∞limP(Bn).
3. On suppose que la série ∑n⩾0P(An) converge. Montrer que B est un événement négligeable.
4. Application : on suppose P(An)=n21 pour tout n⩾1. Que peut-on affirmer ?
5. On répète indéfiniment et de façon indépendante une épreuve de Bernoulli de paramètre p∈]0,1[. Pour n⩾1, soit An l'événement « les épreuves numérotées n2,n2+1,…,n2+n−1 sont toutes des succès », c'est-à-dire « une série de n succès consécutifs débute à l'épreuve n2 ». Montrer que presque sûrement, seul un nombre fini de ces événements se réalisent.
Exercice 28 ★★★★ — Transmission d'un signal binaire à travers n relais
Probabilités conditionnelles, formules des probabilités composées et totales, formule de Bayes, indépendance d'événements
Un bit d'information (un 0 ou un 1) est émis, puis transmis le long d'une ligne comportant n relais successifs. Chaque relais retransmet le bit qu'il reçoit, mais l'inverse par erreur avec la probabilité a∈]0,1[, indépendamment de ce qui se passe aux autres relais.
Pour n∈N, on note pn la probabilité que le bit disponible en sortie du n-ième relais soit identique au bit émis. On a donc p0=1.
1. Établir, par la formule des probabilités totales, la relation pn+1=(1−a)pn+a(1−pn).
2. Résoudre cette relation et montrer que pn=21+21(1−2a)n pour tout n∈N.
3. Déterminer n→+∞limpn et interpréter.
4. Étudier les deux cas particuliers suivants.
a. Le cas a=21.
b. Le cas où a est petit : donner un développement de pn à l'ordre 1 en a, à n fixé, puis une expression approchée de pn lorsque a est petit et n grand avec na d'ordre 1.
5. Pour a=0,1, déterminer le nombre minimal de relais à partir duquel pn⩽0,51.
Exercice 29 ★★★★ — Somme d'un nombre aléatoire de variables aléatoires
Fonctions génératrices : calcul, caractérisation de la loi, espérance et variance, somme de variables indépendantesEspérance, formule de transfert, formule des queues, linéarité, espérance d'un produitVariables aléatoires indépendantes, suites i.i.d., lemme des coalitions
Soit (Xi)i⩾1 une suite de variables aléatoires indépendantes, de même loi, à valeurs dans N, de fonction génératrice commune GX. Soit N une variable aléatoire à valeurs dans N, de fonction génératrice GN, indépendante de la suite (Xi)i⩾1. On pose
S=i=1∑NXiavec la convention S=0 si N=0Pour n∈N, on note Σn=X1+⋯+Xn (et Σ0=0).
1. Montrer que pour tout k∈N,
P(S=k)=n=0∑+∞P(N=n)P(Σn=k)2. En déduire que GS=GN∘GX sur [0,1].
3. On suppose désormais que les rayons de convergence de GN et de GX sont strictement supérieurs à 1. Montrer que
E(S)=E(N)E(X1)etV(S)=E(N)V(X1)+V(N)E(X1)24. Application. Une source émet, pendant une seconde, un nombre N de particules avec N∼P(λ). Chaque particule émise est détectée, indépendamment des autres, avec la probabilité p∈]0,1[ (rendement du détecteur), les Xi suivant donc la loi de Bernoulli B(p). Déterminer la loi du nombre S de particules détectées, puis vérifier les formules de la question 3.
Exercice 30 ★★★★ — Inégalité de Cauchy-Schwarz, corrélation et cas d'égalité
Variance, écart type, covariance, inégalité de Cauchy-Schwarz, variance d'une somme
Dans tout l'exercice, X et Y sont deux variables aléatoires discrètes réelles définies sur un même espace probabilisé (Ω,A,P), et l'on suppose que X2 et Y2 sont d'espérance finie.
Partie A. L'inégalité et son cas d'égalité
1. Montrer que XY est d'espérance finie, puis que (X+tY)2 est d'espérance finie pour tout t∈R.
2. Pour t∈R, on pose φ(t)=E((X+tY)2). Montrer que
φ(t)=E(Y2)t2+2E(XY)t+E(X2)et que φ(t)⩾0 pour tout réel t.
3. En distinguant les cas E(Y2)=0 et E(Y2)>0, démontrer l'inégalité de Cauchy-Schwarz
E(XY)2⩽E(X2)E(Y2)4. On suppose dans cette question que E(XY)2=E(X2)E(Y2). Montrer qu'il existe un couple de réels (a,b)=(0,0) tel que aX+bY=0 presque sûrement. On utilisera : une variable aléatoire positive d'espérance nulle est nulle presque sûrement.
5. Réciproquement, on suppose qu'il existe (a,b)=(0,0) tel que aX+bY=0 presque sûrement. Montrer que l'inégalité de la question 3 est alors une égalité.
Partie B. Covariance et coefficient de corrélation
6. Justifier que X et Y admettent une espérance et une variance, puis établir
Cov(X,Y)⩽σ(X)σ(Y)7. On suppose désormais σ(X)>0 et σ(Y)>0, et l'on pose
ρ(X,Y)=σ(X)σ(Y)Cov(X,Y)Montrer que ∣ρ(X,Y)∣⩽1. Que vaut ρ(X,Y) lorsque X et Y sont indépendantes ? La réciproque est-elle vraie ?
8. Montrer que ∣ρ(X,Y)∣=1 si et seulement s'il existe (α,β)∈R2 avec α=0 tel que Y=αX+β presque sûrement. Préciser alors la valeur de ρ(X,Y).
Partie C. Applications
9. Deux compteurs placés côte à côte enregistrent, pendant une même seconde, les nombres X et Y de particules qu'ils détectent. La loi conjointe du couple (X,Y) est donnée par le tableau suivant.
| P(X=i,Y=j) | j=0 | j=1 | j=2 |
|---|---|---|---|
| i=0 | 161 | 161 | 0 |
| i=1 | 161 | 1610 | 161 |
| i=2 | 0 | 161 | 161 |
Déterminer les lois marginales, E(X), V(X), E(Y), V(Y), Cov(X,Y) et ρ(X,Y). Les variables X et Y sont-elles indépendantes ?
10. Soit a,c deux réels non nuls et b,d deux réels. Montrer que
ρ(aX+b,cY+d)=signe(ac)ρ(X,Y)Quelle propriété du coefficient de corrélation ce résultat exprime-t-il ?
Exercice 31 ★★★★ — La ruine du joueur et les deux barrières absorbantes
Probabilités conditionnelles, formules des probabilités composées et totales, formule de Bayes, indépendance d'événements
Une particule chargée se déplace sur les entiers du segment [0,N], où N⩾2 est un entier fixé. À chaque instant, sous l'effet d'un champ, elle avance d'une unité vers la droite avec la probabilité p∈]0,1[ et recule d'une unité avec la probabilité q=1−p, indépendamment de tous les déplacements précédents. La paroi d'abscisse 0 adsorbe la particule et le détecteur d'abscisse N la capte : dans les deux cas le mouvement s'arrête définitivement.
Formellement, on se donne une suite (εi)i⩾1 de variables aléatoires indépendantes de même loi, à valeurs dans {−1,1}, avec P(εi=1)=p. La particule partant de l'abscisse k∈{0,1,…,N}, sa position après m déplacements, tant qu'elle n'a pas été absorbée, est k+ε1+⋯+εm.
On note uk la probabilité que la particule, partie de k, atteigne N avant 0.
1. Que valent u0 et uN ?
2. Soit k∈{1,…,N−1}. En conditionnant par le premier déplacement, établir la relation
uk=puk+1+quk−1On admettra que, sachant le premier déplacement, la suite des déplacements suivants se comporte comme celle d'une particule repartant de sa nouvelle position.
3. Résoudre la récurrence dans le cas symétrique p=q=21 et montrer que uk=Nk.
4. On suppose p=q et l'on pose r=pq. Montrer que
uk=1−rN1−rk5. Vérifier sur ces deux formules les conditions aux bords, la croissance de k↦uk, et le fait que la formule de la question 4 redonne k/N lorsque r tend vers 1.
6. On note vk la probabilité que la particule, partie de k, atteigne 0 avant N. Déterminer vk et montrer que uk+vk=1. Qu'en déduit-on sur le mouvement de la particule ?
7. Le détecteur est repoussé à l'infini : déterminer N→+∞limuk à k et p fixés, en distinguant les cas p⩽q et p>q. Commenter.
8. Application numérique. La particule part du milieu, N=20 et k=10. Calculer u10 pour p=0,5, puis pour p=0,6, puis pour p=0,4. Commenter l'effet d'un biais de 10 points.
Exercice 32 ★★★★ — Probabilité d'extinction d'une population
Fonctions génératrices : calcul, caractérisation de la loi, espérance et variance, somme de variables indépendantesEspérance, formule de transfert, formule des queues, linéarité, espérance d'un produit
Un unique neutron pénètre dans un bloc de matière fissile : c'est la génération 0, et l'on pose Z0=1. Chaque neutron d'une génération provoque une fission qui libère un nombre aléatoire de neutrons de la génération suivante, ce nombre suivant la loi d'une variable aléatoire X à valeurs dans N, indépendamment d'un neutron à l'autre et d'une génération à l'autre. On note Zn l'effectif de la génération n, de sorte que
Zn+1=Xn,1+Xn,2+⋯+Xn,Znoù les Xn,i sont indépendantes, de même loi que X, et indépendantes de Zn (la somme est nulle si Zn=0).
On note pk=P(X=k), G la fonction génératrice de X et Gn celle de Zn. On suppose
p0>0,P(X⩾2)>0,m=E(X)<+∞et l'on admet le résultat sur les sommes d'un nombre aléatoire de variables aléatoires indépendantes, qui s'écrit ici Gn+1=Gn∘G.
Partie A. La suite des probabilités d'extinction
1. Justifier que G est définie et continue sur [0,1], croissante sur [0,1], et préciser G(0), G(1) et G′(1).
2. Montrer que G0=id puis, par récurrence, que Gn=n foisG∘G∘⋯∘G. En déduire que Gn+1=G∘Gn.
3. On pose en=P(Zn=0). Montrer que en=Gn(0), puis que la suite (en)n∈N est croissante et majorée par 1. On note e sa limite.
4. Montrer que en+1=G(en) pour tout n, puis que e vérifie e=G(e).
5. Montrer que e est le plus petit point fixe de G dans [0,1].
6. Soit A=n∈N⋃(Zn=0) l'événement « la réaction s'éteint ». Montrer que P(A)=e.
Partie B. Le critère de criticité
7. Montrer que pour tout t∈[0,1[,
1−G(t)=(1−t)k=1∑+∞pk(1+t+⋯+tk−1)puis que 1−G(t)<(1−t)m.
8. En déduire que si m⩽1, alors e=1 : l'extinction est presque sûre.
9. On suppose m>1. En étudiant la limite de 1−t1−G(t) quand t→1−, montrer qu'il existe t0∈]0,1[ tel que G(t0)<t0, puis conclure que 0<e<1.
10. Exemple complet. On prend
p0=41,p1=41,p2=21Calculer G et m, résoudre G(t)=t, donner e, et calculer les premiers termes e1, e2, e3. Commenter.
Exercice 33 ★★★★ — Le problème des allumettes de Banach
Variables aléatoires discrètes, loi, lois géométrique et de PoissonEspérance, formule de transfert, formule des queues, linéarité, espérance d'un produit
Un expérimentateur allume son bec Bunsen à l'allumette. Il transporte deux boîtes contenant chacune n allumettes, une dans chaque poche. À chaque usage, il plonge la main dans l'une des deux poches, choisie au hasard avec la probabilité 21, indépendamment de tous les usages précédents, et y prend une allumette. Un jour, la boîte qu'il saisit se révèle vide.
On note X le nombre d'allumettes restant dans l'autre boîte à cet instant précis.
Formellement, on note A et B les deux boîtes et (Ci)i⩾1 une suite de variables aléatoires indépendantes, de même loi uniforme sur {A,B} : Ci est la boîte saisie au i-ème usage.
1. Traiter à la main le cas n=1 : déterminer la loi de X.
2. Montrer que la découverte d'une boîte vide a lieu au plus tard au (2n+1)-ème usage. En déduire que X est bien définie, à valeurs dans {0,1,…,n}.
3. Soit k∈{0,1,…,n} et soit Ek l'événement « la boîte trouvée vide est A, et il reste alors k allumettes dans B ».
a. Montrer que, si Ek est réalisé, la découverte a lieu exactement au (2n−k+1)-ème usage, que C2n−k+1=A, et que parmi C1,…,C2n−k figurent exactement n fois A et n−k fois B.
b. Montrer réciproquement que toute suite de choix vérifiant ces conditions réalise Ek, et en déduire
P(Ek)=(n2n−k)(21)2n−k+1c. Conclure que
P(X=k)=(n2n−k)(21)2n−k4. Vérifier explicitement que ∑k=0nP(X=k)=1 pour n=1, puis pour n=2. Comparer avec la question 1.
5. Établir, à l'aide de la formule de Stirling, l'équivalent
P(X=0)n→+∞∼πn16. Calcul de l'espérance.
a. Montrer que pour tout entier m⩾1, i=0∑m(mm+i)(21)m+i=1.
b. Montrer que pour tous entiers n⩾1 et j⩾1, j(nn+j)=(n+1)(n+1n+j).
c. En déduire que E(X)=(2n+1)P(X=0)−1, et vérifier la formule pour n=1 et n=2.
7. Donner un équivalent de E(X) quand n→+∞, puis la valeur numérique de E(X) pour n=50.
Exercice 34 ★★★★ — Inégalité de Chernoff et concentration d'une somme de Bernoulli
Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombresFonctions génératrices : calcul, caractérisation de la loi, espérance et variance, somme de variables indépendantes
On observe n atomes radioactifs identiques pendant une durée fixée. Chacun se désintègre au cours de cette durée avec la probabilité p∈]0,1[, indépendamment des autres. On note Xi l'indicatrice de la désintégration du i-ème atome et
Sn=X1+X2+⋯+Xn∼B(n,p)le nombre total de désintégrations observées, et q=1−p. L'objectif est de majorer la probabilité que Sn dépasse nettement sa valeur moyenne np, et de comparer cette majoration à celle que fournit l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev.
1. Justifier que pour tout s∈R, la variable esSn admet une espérance, et montrer que
E(esSn)=(q+pes)n2. Soit s>0 et a∈R. Montrer que
P(Sn⩾a)⩽e−sa(q+pes)n3. Soit ε∈]0,q[ et x=p+ε, de sorte que x∈]p,1[. On applique la question 2 avec a=nx et l'on pose
ψ(s)=sx−ln(q+pes)a. Vérifier que la majoration de la question 2 s'écrit P(Sn⩾nx)⩽e−nψ(s) pour tout s>0.
b. Étudier les variations de ψ sur R et montrer qu'elle atteint son maximum en
s⋆=ln(p(1−x)xq)>0c. Calculer ψ(s⋆) et en déduire l'inégalité de Chernoff
P(Sn⩾n(p+ε))⩽e−nH(x)ouˋH(x)=xlnpx+(1−x)lnq1−xd. Justifier que H(x)>0.
4. On admet l'inégalité q+pes⩽eps+s2/8, valable pour tous s∈R et p∈[0,1]. En choisissant judicieusement s, en déduire la majoration plus simple
P(Sn⩾n(p+ε))⩽e−2nε25. Établir, par l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, la majoration P(Sn⩾n(p+ε))⩽nε2pq.
6. Application numérique. On prend p=21, ε=0,1 et n=1000. Calculer les majorants fournis par les questions 3, 4 et 5, et les comparer.
7. Quel nombre n d'atomes faudrait-il observer pour que l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev donne, avec p=21 et ε=0,1, une garantie aussi bonne que celle obtenue à la question 4 avec n=1000 ? Conclure sur les deux vitesses de décroissance.
Exercice 35 ★★★★ — Nombre de records d'une suite de mesures
Espérance, formule de transfert, formule des queues, linéarité, espérance d'un produitVariance, écart type, covariance, inégalité de Cauchy-Schwarz, variance d'une sommeVariables aléatoires indépendantes, suites i.i.d., lemme des coalitions
Un capteur a produit n mesures d'une même grandeur, deux à deux distinctes. On les dépouille dans un ordre aléatoire, chacun des n! ordres de présentation étant équiprobable. On dit que la k-ème mesure dépouillée est un record lorsqu'elle est strictement supérieure à toutes celles qui la précèdent ; la première mesure dépouillée est donc toujours un record.
Pour 1⩽k⩽n, on note Ik l'indicatrice de l'événement « la k-ème mesure dépouillée est un record », et
Rn=I1+I2+⋯+Inle nombre total de records. On note enfin
Hn=k=1∑nk1etHn(2)=k=1∑nk211. Traiter complètement le cas n=3 : donner la loi de R3, son espérance et sa variance.
2. Soit k∈{1,…,n}. Montrer que chacun des k! ordres relatifs possibles des k premières mesures dépouillées a la probabilité k!1, puis en déduire
P(Ik=1)=k13. En déduire E(Rn)=Hn. Établir l'encadrement ln(n+1)⩽Hn⩽1+lnn par comparaison série-intégrale et conclure que E(Rn)∼lnn.
4. Soient 1⩽j<k⩽n. Par un dénombrement explicite, montrer que
P(Ij=1,Ik=1)=jk1Qu'en déduit-on sur Ij et Ik ?
5. Pour 1⩽k⩽n, on note Ak le rang de la k-ème mesure dépouillée parmi les k premières (ainsi Ak∈{1,…,k} et Ik=1 équivaut à Ak=k). Montrer que l'application qui, à un ordre de présentation, associe le n-uplet (A1,…,An) est une bijection sur {1}×{1,2}×⋯×{1,…,n}, et en déduire que I1,…,In sont mutuellement indépendantes.
6. En déduire V(Rn)=Hn−Hn(2).
7. Application numérique. Calculer E(R100), V(R100) et σ(R100), sachant H100≈5,1874 et H100(2)≈1,6350.
8. Majorer P(Rn⩾2lnn) par l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, pour n⩾3. Donner la valeur du majorant pour n=100 et sa limite quand n→+∞.
Exercice 36 ★★★★ — Marche aléatoire sur les entiers et retours à l'origine
Variables aléatoires indépendantes, suites i.i.d., lemme des coalitionsEnsembles dénombrables et familles sommables au service du calcul des probabilités : sommation par paquets, Fubini, produit de deux sommesEspérance, formule de transfert, formule des queues, linéarité, espérance d'un produit
Une particule se déplace sur les entiers relatifs. Partie de l'origine, elle effectue à chaque instant un saut de +1 avec la probabilité p∈]0,1[ et un saut de −1 avec la probabilité q=1−p, indépendamment des sauts précédents. On note (εi)i⩾1 la suite des sauts, indépendants et de même loi, et
Sm=ε1+ε2+⋯+εmla position de la particule après m sauts. On s'intéresse au nombre de retours à l'origine
N=n=1∑+∞1(S2n=0)qui est une variable aléatoire à valeurs dans N∪{+∞}.
1. On note Tm le nombre de sauts valant +1 parmi les m premiers. Donner la loi de Tm, exprimer Sm en fonction de Tm et m, et en déduire que Sm et m ont la même parité. Que vaut P(S2n+1=0) ?
2. Montrer que pour tout n⩾1,
P(S2n=0)=(n2n)(pq)n3. À l'aide de la formule de Stirling, établir
(n2n)n→+∞∼πn4npuisP(S2n=0)n→+∞∼πn(4pq)n4. Pour M⩾1, on pose NM=n=1∑M1(S2n=0). Montrer que n=1∑MP(S2n=0)⩽E(N) pour tout M, puis justifier l'égalité
E(N)=n=1∑+∞P(S2n=0)dans [0,+∞]5. On suppose p=21. Montrer que E(N)=+∞.
6. On suppose p=21. Montrer que 4pq<1, puis que E(N)<+∞.
7. Application numérique. Pour p=0,6, majorer E(N) par comparaison avec une série géométrique.
8. Pour aller plus loin. En utilisant le développement en série entière de (1+u)−1/2, montrer que
n=0∑+∞(n2n)xn=1−4x1pour ∣x∣<41puis en déduire la valeur exacte de E(N) en fonction de p et q, et sa valeur pour p=0,6.
9. Commenter physiquement la différence entre la marche symétrique et la marche biaisée.
Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (4 points) — Un détecteur de rendement imparfait
Une source radioactive émet, pendant une seconde, un nombre aléatoire N de particules, et l'on admet que N∼P(λ) avec λ>0. Chaque particule émise traverse ensuite un détecteur de rendement p∈]0,1[ : elle est détectée avec la probabilité p, indépendamment des autres particules et du nombre N de particules émises. On note q=1−p.
Précisément, on se donne sur (Ω,A,P) une suite (Bi)i⩾1 de variables indépendantes de même loi B(p), indépendante de N, où Bi=1 si la i-ième particule est détectée et Bi=0 sinon. Le nombre de particules détectées est
D=i=1∑NBi(somme vide nulle si N=0),et l’on pose R=N−D,R désignant donc le nombre de particules manquées par le détecteur.
1. (0,5 pt) Soit n∈N. Déterminer la loi conditionnelle de D sachant l'événement (N=n).
2. (1 pt) À l'aide de la formule des probabilités totales, déterminer la loi de D. On détaillera la simplification des factorielles et la reconnaissance de la série exponentielle.
3. (0,5 pt) En déduire, sans nouveau calcul de série, la loi de R.
4. (1 pt) Déterminer la loi conjointe du couple (D,R), puis démontrer que D et R sont indépendantes. Commenter ce résultat : est-il conforme à l'intuition ?
5. (0,5 pt) Donner E(D) et V(D), et contrôler la cohérence des résultats des questions 2., 3. et 4. en comparant E(D)+E(R) et V(D)+V(R) aux caractéristiques de N.
6. (0,5 pt) Application numérique : λ=10 et p=0,3. Calculer P(D=0) à 10−4 près, ainsi que E(D) et σ(D).
Exercice 2 (4 points) — Attendre la deuxième panne d'un capteur
Un capteur fonctionne par cycles de mesure successifs. À chaque cycle, indépendamment des autres, il tombe en panne avec la probabilité p∈]0,1[ ; on pose q=1−p. Une panne est réparée immédiatement et le capteur repart dans le même état, de sorte que les cycles sont indépendants et identiques. On modélise la situation par une suite (Xn)n⩾1 de variables indépendantes de même loi B(p), où Xn=1 si le capteur tombe en panne au cycle n.
On note T1 le rang du cycle de la première panne et T le rang du cycle de la deuxième panne, avec la convention T1=+∞ ou T=+∞ si la panne correspondante ne se produit jamais. On admet que T1∼G(p).
1. (0,75 pt) Démontrer que, pour tout entier k⩾2, P(T=k)=(k−1)p2qk−2. Que vaut P(T=k) pour k∈{0,1} ?
2. (0,5 pt) Vérifier que ∑k⩾2P(T=k)=1. Qu'en déduit-on sur l'événement (T=+∞) ?
3. (1 pt) On pose T2=T−T1. Démontrer que T1 et T2 sont indépendantes et que T2∼G(p). En déduire E(T) et V(T).
4. (0,75 pt) Déterminer la fonction génératrice GT en précisant son domaine de validité, et retrouver E(T) par dérivation.
5. (0,75 pt) Soit k⩾2. Déterminer la loi conditionnelle de T1 sachant l'événement (T=k), et interpréter.
6. (0,25 pt) Application numérique : p=0,2. Donner E(T), σ(T) à 10−2 près, et calculer P(T⩽5).
Exercice 3 (4 points) — Photons répartis dans des détecteurs
Un dispositif comporte m détecteurs numérotés de 1 à m, avec m⩾2. On envoie n photons, avec n⩾1 : chaque photon est capté par un détecteur et un seul, choisi uniformément parmi les m détecteurs, indépendamment des autres photons. On modélise cette situation par une suite finie (Y1,…,Yn) de variables indépendantes de même loi uniforme U({1,…,m}), où Yk est le numéro du détecteur qui capte le photon k.
Pour i∈{1,…,m}, on note Ai l'événement « le détecteur i ne reçoit aucun photon », et l'on s'intéresse au nombre de détecteurs restés vides :
V=i=1∑m1Ai.1. (0,5 pt) Calculer P(Ai) pour i∈{1,…,m}.
2. (0,75 pt) En déduire E(V) à l'aide des indicatrices.
3. (0,5 pt) Soient i=j. Calculer P(Ai∩Aj).
4. (1 pt) En déduire V(V) en fonction de m et de n. Vérifier la formule obtenue sur le cas n=1, où l'on connaît V sans calcul.
5. (0,5 pt) Application numérique : n=m=100. Calculer E(V), V(V) et σ(V) à 10−2 près.
6. (0,75 pt) On suppose maintenant n=cm, où c>0 est fixé et m tend vers +∞ (on ne considère que les valeurs de m pour lesquelles cm est entier). Démontrer que E(V)∼me−c, et interpréter.
Exercice 4 (4 points) — Deux signaux consécutifs
Une expérience est répétée indéfiniment, de façon indépendante ; à chaque essai, elle réussit avec la probabilité p∈]0,1[, et l'on pose q=1−p. On modélise la situation par une suite (Xn)n⩾1 de variables indépendantes de même loi B(p), où Xn=1 si le n-ième essai est un succès.
On note T le rang du premier essai qui achève une série de deux succès consécutifs, autrement dit
T=min{n⩾2;Xn−1=Xn=1},avec la convention T=+∞ si deux succès consécutifs ne se produisent jamais. Pour k∈N, on pose uk=P(T=k), de sorte que u0=u1=0.
1. (0,5 pt) Justifier que u2=p2 et u3=qp2.
2. (0,75 pt) Construire un système complet d'événements à partir des deux premiers essais, et en déduire que
uk=quk−1+pquk−2pour tout k⩾3.3. (0,75 pt) En déduire que (uk) vérifie une récurrence linéaire d'ordre 2 à coefficients constants. Démontrer que les deux racines de son équation caractéristique sont réelles et de valeur absolue strictement inférieure à 1, et en déduire que le rayon de convergence de la série ∑uktk est strictement supérieur à 1.
4. (1 pt) Démontrer que la fonction génératrice de T vérifie
GT(t)=1−qt−pqt2p2t2.Que vaut GT(1) ? Qu'en déduit-on sur l'événement (T=+∞) ?
5. (0,5 pt) En déduire E(T).
6. (0,5 pt) Application numérique : p=21. Calculer E(T), puis vérifier la valeur de P(T=4) par un dénombrement direct.
Exercice 5 (4 points) — Dimensionner un contrôle de production
Une chaîne de production fabrique des pièces qui sont, indépendamment les unes des autres, défectueuses avec une probabilité θ∈]0,1[. Le réel θ est inconnu : c'est précisément ce que l'on cherche à estimer. On prélève n pièces au hasard sur la chaîne et l'on note, pour 1⩽i⩽n, Zi=1 si la i-ième pièce prélevée est défectueuse et Zi=0 sinon ; les variables Z1,…,Zn sont donc indépendantes et de même loi B(θ). On pose
Sn=i=1∑nZietFn=nSn,Fn étant la fréquence observée de pièces défectueuses dans l'échantillon.
1. (0,5 pt) Donner la loi de Sn, puis E(Sn), V(Sn), E(Fn) et V(Fn).
2. (0,5 pt) Écrire l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev appliquée à Fn : pour tout ε>0, majorer P(∣Fn−θ∣⩾ε).
3. (0,5 pt) Démontrer que θ(1−θ)⩽41 pour tout θ∈]0,1[, et en déduire une majoration de P(∣Fn−θ∣⩾ε) qui ne dépende pas de θ. Pourquoi ce point est-il essentiel ici ?
4. (1 pt) Le service qualité souhaite que la fréquence observée s'écarte de θ de moins de 0,02, avec un risque d'erreur d'au plus 5%, et ce quelle que soit la valeur inconnue de θ. Déterminer une taille d'échantillon n qui garantisse
P(∣Fn−θ∣⩾0,02)⩽0,05,en donnant la valeur numérique exacte du seuil obtenu.
5. (0,75 pt) Énoncer et démontrer, dans ce cadre, la loi faible des grands nombres.
6. (0,75 pt) Appliquer l'inégalité de Markov à Sn pour majorer P(Fn⩾θ+ε). Comparer numériquement les deux majorations obtenues pour θ=0,05, ε=0,02 et n=12500, puis commenter la qualité respective des bornes.
Bloqué sur « Variables aléatoires discrètes » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.