MP · Chapitre 11

Devoir surveillé — Calcul différentiel et optimisation

Sujet type, 235 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.

Sujet type DS — 235 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3,5 points) — L'espace tangent au groupe orthogonal

Le groupe orthogonal n'est pas un sous-espace vectoriel : c'est une partie courbe de l'espace des matrices. Le calcul différentiel lui attache pourtant, en chacun de ses points, un espace vectoriel de directions autorisées, que l'on détermine ici en la matrice identité.

Dans tout l'exercice, n2. On munit Mn(R) de la norme M=tr ⁣(tMM), dont on admet que UVUV et tU=U. On note Sn(R) et An(R) les sous-espaces des matrices symétriques et antisymétriques, On(R)={M  ;  tMM=In}, et enfin Φ:Mn(R)Mn(R), Φ(M)=tMM.

1. (0,5 pt) Justifier que Φ est de classe C. Puis, en développant Φ(M+H) et en revenant à la définition de la différentiabilité, montrer que Φ est différentiable en toute matrice M, avec dΦ(M)(H)=tHM+tMH.

2. (0,25 pt) Montrer que dΦ(M)(H) est symétrique, quelles que soient M et H.

3. (0,5 pt) Expliciter dΦ(In), déterminer son noyau et son image, puis retrouver par le théorème du rang la dimension de An(R).

4. (0,5 pt) On note TInOn(R) l'ensemble des vecteurs tangents à On(R) en In, c'est-à-dire l'ensemble des γ(0)γ décrit les arcs définis sur un intervalle ouvert contenant 0, tracés sur On(R), dérivables en 0 et tels que γ(0)=In. Soit γ un tel arc : montrer que γ(0) est antisymétrique, et en déduire une inclusion entre TInOn(R) et An(R).

5. (1,25 pt) Réciproque. Soit AAn(R).

a. Montrer que IntA est inversible pour tout réel t, en partant d'un vecteur X du noyau et en calculant X22, où 2 désigne la norme euclidienne canonique de Rn, à ne pas confondre avec la norme matricielle ci-dessus.

b. On pose γ(t)=(IntA)1(In+tA). Montrer que IntA et In+tA commutent, puis que γ(t)On(R) pour tout t.

c. Établir que (IntA)1=In+tA+t2A2(IntA)1, puis que γ(t)=In+2tA+O ⁣(t2) au voisinage de 0.

d. En déduire que γ est dérivable en 0 avec γ(0)=2A, puis conclure : TInOn(R)=An(R).

6. (0,5 pt) Le cas n=2, avec J=(0110). Vérifier que A2(R)=RJ, calculer explicitement γ(t) pour A=J, y reconnaître une rotation dont on précisera l'angle en fonction de t, et dire quels éléments de O2(R) ne sont atteints par aucun γ(t).

Exercice 2 (3,25 points) — Les lignes de plus grande pente

Le gradient indique en chaque point la direction dans laquelle une fonction croît le plus vite. En le suivant sans jamais s'en écarter, on trace des courbes : les lignes de plus grande pente, celles que remonterait une bille sur la surface. On les détermine ici complètement pour une fonction dont le seul point critique est un point selle, et l'on constate qu'elles racontent la même chose que la matrice hessienne.

Le plan R2 est muni de son produit scalaire canonique , et de la norme euclidienne associée. On considère la fonction

f(x,y)=x2y2+2xpour (x,y)R2.

On appelle ligne de plus grande pente de f tout arc γ:IR2 de classe C1 sur un intervalle I vérifiant

γ(t)=f ⁣(γ(t))pour tout tI.

1. (0,5 pt) Justifier que f est de classe C sur R2, calculer f(x,y) et déterminer l'unique point critique ω de f. Écrire la matrice hessienne de f en ω, donner ses valeurs propres et en déduire la nature de ω.

2. (0,5 pt) Écrire la formule de Taylor-Young à l'ordre 2 de f en ω et constater que le reste est nul : justifier pourquoi. Décrire ensuite les lignes de niveau de f, en distinguant le niveau f(ω) des autres.

3. (0,5 pt) Soit γ une ligne de plus grande pente. Montrer que fγ est de classe C1 et que

(fγ)(t)=f ⁣(γ(t))2.

En déduire que fγ est croissante, et préciser à quelle condition elle est strictement croissante.

4. (0,5 pt) Soit γ une ligne de plus grande pente et σ un arc de classe C1 tracé sur une ligne de niveau de f. On suppose que γ(s0)=σ(t0) pour certains paramètres s0 et t0. Montrer que γ(s0) et σ(t0) sont orthogonaux, et énoncer le résultat géométrique obtenu.

5. (0,5 pt) Soit γ=(x,y) une ligne de plus grande pente. Montrer que la fonction t(x(t)+1)y(t) est constante sur I. Qu'en déduit-on sur la trajectoire de γ ?

6. (0,5 pt) Déterminer toutes les lignes de plus grande pente de f définies sur R. Expliciter celle qui vérifie γ(0)=(0,1), donner une équation cartésienne de sa trajectoire, et vérifier sur cet exemple le résultat de la question 5.

7. (0,25 pt) Décrire le comportement de γ(t) quand t+ et quand t, selon la position du point de départ. Quelles sont exactement les lignes de plus grande pente qui aboutissent au point critique ω ? Comparer avec les directions propres de la matrice hessienne.

Exercice 3 (3,75 points) — Une équation aux dérivées partielles multiplicative

Sur le quart de plan des coordonnées strictement positives, le couple produit-quotient (xy,  x/y) remplace avantageusement le couple (x,y) : c'est un changement de variables licite, et il transforme un opérateur du second ordre à coefficients variables en une simple équation différentielle. L'ensemble des solutions se décrit alors par deux fonctions arbitraires d'une variable.

On note P={(x,y)R2  ;  x>0 et y>0} le quart de plan ouvert, et l'on considère

Φ(x,y)=(xy,  xy)pour (x,y)P.

Toutes les fonctions inconnues sont à valeurs réelles. On s'intéresse à l'équation aux dérivées partielles

(E)x22fx2(x,y)+2xy2fxy(x,y)+y22fy2(x,y)=0,

posée pour tout (x,y)P, l'inconnue f étant de classe C2 sur P.

1. (0,75 pt) Montrer que Φ est une bijection de P sur P, expliciter sa réciproque Ψ, et justifier que Φ et Ψ sont de classe C sur P. Écrire la matrice jacobienne JΦ(x,y), calculer son déterminant, puis vérifier que JΨ ⁣(Φ(x,y))=JΦ(x,y)1.

2. (0,5 pt) Soit f de classe C2 sur P. On pose g=fΨ, de sorte que f(x,y)=g ⁣(xy,  xy). Justifier que g est de classe C2 sur P, exprimer xf et yf à l'aide des dérivées partielles de g, puis établir que, en notant (u,v)=Φ(x,y),

xxf+yyf=2uugetxxfyyf=2vvg.

3. (1 pt) Pour h de classe C1 sur P, on note Dh=xxh+yyh.

a. Montrer que, pour toute fonction f de classe C2 sur P,

D(Df)=x22fx2+2xy2fxy+y22fy2+Df.

On précisera très exactement où intervient le théorème de Schwarz.

b. En appliquant deux fois la première formule de la question 2, montrer que

D(Df)=4u22gu2+4ugu,

puis en déduire que f est solution de (E) si et seulement si g vérifie

2u2gu2(u,v)+gu(u,v)=0pour tout (u,v)P.

4. (0,75 pt) Résoudre cette dernière équation : montrer qu'il existe deux fonctions A et B définies sur ]0,+[ telles que g(u,v)=A(v)u+B(v) pour tout (u,v)P. On traitera v comme un paramètre et l'on justifiera soigneusement chaque intégration.

5. (0,5 pt) Montrer que les fonctions A et B obtenues sont nécessairement de classe C2 sur ]0,+[ — on pourra évaluer g en u=1 et en u=4 — puis vérifier la réciproque. Conclure en donnant l'ensemble des solutions de (E).

6. (0,25 pt) Vérifier directement, par le calcul des dérivées partielles, que les trois fonctions suivantes sont solutions de (E) sur P, et identifier pour chacune le couple (A,B).

a. f(x,y)=x

b. f(x,y)=xy

c. f(x,y)=ln(x/y)

Exercice 4 (3 points) — La meilleure constante entre deux normes

Toutes les normes de Rn sont équivalentes : il existe donc une constante c telle que u1cu4 pour tout vecteur u. Le théorème d'équivalence des normes ne dit rien de la valeur de c, et sa démonstration par compacité n'en fournit aucune. L'optimisation sous contrainte, elle, donne la meilleure constante possible, et le point où elle est atteinte.

Le plan R2 est muni de sa structure euclidienne canonique. On note

Γ={(x,y)R2  ;  x4+y4=1}etf(x,y)=x+y.

1. (0,5 pt) Montrer que Γ est une partie compacte non vide de R2, et en déduire que f y admet un maximum et un minimum, tous deux atteints.

2. (0,5 pt) Écrire Γ comme l'ensemble des zéros d'une fonction g de classe C1 sur R2, vérifier que g ne s'annule en aucun point de Γ, puis énoncer précisément ce que donne le théorème d'optimisation sous une contrainte en un point où f atteint un extremum sur Γ. Traduire la colinéarité par l'annulation d'un déterminant et résoudre.

3. (0,5 pt) Conclure : donner maxΓf et minΓf, ainsi que les points où ces valeurs sont atteintes. On donnera une valeur décimale approchée du maximum à 103 près.

4. (0,5 pt) Retrouver le maximum sans aucun calcul différentiel, à l'aide de la convexité de tt4 sur R, et discuter le cas d'égalité. En déduire que, pour tout (x,y)R2,

x+y23/4(x4+y4)1/4,

et que la constante 23/4 ne peut pas être remplacée par une constante plus petite.

5. (0,75 pt) Généralisation. Pour u=(u1,,un)Rn avec n1, on pose

u1=i=1nuietu4=(i=1nui4)1/4.

En reprenant la méthode des questions 1 à 3 sur la contrainte ixi4=1, déterminer le maximum de x1++xn sur cette contrainte, puis en déduire la meilleure constante cn telle que u1cnu4 pour tout uRn.

6. (0,25 pt) Lecture géométrique, pour n=2. Écrire l'équation de la tangente à Γ au point où le maximum est atteint, et constater qu'elle coïncide avec une ligne de niveau de f. Expliquer en une phrase pourquoi le théorème d'optimisation sous une contrainte rendait ce phénomène inévitable.

Exercice 5 (6,5 points) — Problème : le point de Fermat d'un triangle

Étant donné trois villes, où installer un entrepôt pour que la somme des trois distances soit minimale ? Le centre de gravité, qui minimise la somme des carrés des distances, n'est pas la réponse. La fonction à minimiser n'est même pas différentiable partout : elle ne l'est en aucun des trois sommets, et c'est justement là que se cache la moitié du problème. On établit ici que la réponse est, selon la forme du triangle, soit un point intérieur d'où l'on voit les trois côtés sous un angle de 120 degrés, soit un sommet.

Le plan R2 est muni de son produit scalaire canonique , et de la norme euclidienne associée . Pour deux points M et N, on note indifféremment MN ou MN leur distance. Pour trois points X, Y, Z avec YX et YZ, l'angle géométrique XYZ^[0,π] est défini par

cosXYZ^=YX,YZYX×YZ.

Enfin, si φ est définie au voisinage d'un point M et si vR2 est non nul, on appelle dérivée à droite de φ en M selon v, lorsqu'elle existe, la limite

Dv+φ(M)=limt0+φ(M+tv)φ(M)t.

Dans les parties B, C et D, A, B et C désignent trois points non alignés du plan, et l'on pose

F(M)=MA+MB+MCpour MR2.

Les parties dépendent les unes des autres et sont à traiter dans l'ordre.

Partie A. La distance à un point fixe. Dans cette partie, a est un point fixé de R2 et l'on pose na(M)=Ma.

A.1. (0,5 pt) Montrer que na est de classe C sur l'ouvert R2{a} et que, pour tout Ma,

na(M)=MaMa.

A.2. (0,5 pt) Soit v un vecteur non nul. Calculer na(a+tv)na(a)t pour t0, puis ses limites à droite et à gauche en 0. En déduire que na n'admet en a de dérivée selon aucun vecteur non nul, et qu'elle n'y est donc pas différentiable. Que vaut Dv+na(a) ?

A.3. (0,25 pt) Vérifier que na(M)=1 pour tout Ma et interpréter géométriquement ce gradient, en précisant son lien avec les lignes de niveau de na.

Partie B. Le minimum existe, et il est dans le triangle.

B.1. (0,25 pt) Justifier que F est continue sur R2.

B.2. (0,5 pt) Montrer que F(M)+ quand M+, et en déduire que F admet un minimum global sur R2, atteint en au moins un point.

B.3. (0,5 pt) On note T le triangle plein fermé de sommets A, B et C. Soit D la droite (AB) et H le demi-plan fermé de frontière D contenant C. On choisit un repère orthonormé dans lequel D a pour équation y=0 et H={(x,y)  ;  y0}. Soit M=(m1,m2) avec m2<0, et M=(m1,0).

a. Montrer que MX>MX pour tout point X de coordonnées (x1,x2) avec x20.

b. En déduire que F(M)<F(M), puis que tout point où F atteint son minimum appartient à H. Conclure que ce point appartient à T.

Partie C. Trois vecteurs unitaires de somme nulle. Pour M{A,B,C}, on pose

uA(M)=MAMA,uB(M)=MBMB,uC(M)=MCMC.

C.1. (0,5 pt) Montrer que F est de classe C1 sur l'ouvert Ω=R2{A,B,C} et que

F(M)=uA(M)+uB(M)+uC(M)pour MΩ.

C.2. (0,5 pt) Soient w1, w2, w3 trois vecteurs unitaires de R2 tels que w1+w2+w3=0. Montrer que wi,wj=12 pour ij, et interpréter en termes d'angles.

C.3. (0,5 pt) Soit P un point où F atteint son minimum global. On suppose P{A,B,C}. Montrer que

APB^=BPC^=CPA^=2π3.

C.4. (0,5 pt) Application. On suppose le triangle ABC équilatéral de côté 1 et l'on note G son centre. Montrer que G est un point critique de F, calculer F(G) et F(A), et comparer.

Partie D. Quand le minimum est un sommet. On pose w=uB(A)+uC(A), où uB(A)=ABAB et uC(A)=ACAC, et l'on note α=BAC^.

D.1. (0,5 pt) Montrer que, pour tout vecteur v non nul, F admet en A une dérivée à droite selon v, donnée par

Dv+F(A)=v+w,v.

D.2. (0,5 pt) Montrer que l'on a Dv+F(A)0 pour tout v non nul si et seulement si w1.

D.3. (0,5 pt) Calculer w2 en fonction de cosα. En déduire que si F atteint son minimum global en A, alors α2π3.

D.4. (0,5 pt) Synthèse.

a. On suppose que les trois angles du triangle sont strictement inférieurs à 2π3. Montrer que le minimum de F est atteint en un point intérieur au triangle, d'où l'on voit les trois côtés sous un angle de 2π3.

b. On suppose maintenant α2π3. Montrer qu'aucun point de T autre que A, B et C n'est un point critique de F, puis que le minimum de F est atteint en A.

c. Traiter l'exemple A=(0,0), B=(1,0) et C=(1,1) : déterminer le minimum de F et le point où il est atteint.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.