MPSI · Chapitre 15 · Second semestre

Exercices — Intégration

36 exercices de difficulté croissante, à chercher avant de regarder le corrigé.

Sommaire

36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.

Exercice 1 ★★★Subdivisions, fonctions en escalier et intégrale associée

Subdivisions, fonctions en escalier et fonctions continues par morceauxIntégrale d'une fonction en escalier, encadrement et construction de l'intégrale

On considère la fonction φ:[0,4]R définie par

φ(t)=3 sur ]0,1[,φ(t)=2 sur ]1,2[,φ(t)=1 sur ]2,3[,φ(t)=1 sur ]3,4[

les valeurs de φ en 0, 1, 2, 3 et 4 étant respectivement 5, 0, 7, 4 et 2.

1. Justifier que φ est en escalier, donner une subdivision adaptée et calculer 04φ(t)dt. Que devient ce nombre si l'on remplace les cinq valeurs φ(0),,φ(4) par cinq autres réels quelconques ?

2. Reprendre le calcul avec la subdivision σ=(0,12,1,2,52,3,72,4), strictement plus fine que la précédente, et vérifier que l'on obtient le même nombre.

3. Calculer 04φ(t)dt, puis comparer ce nombre à 04φ(t)dt.

4. Soit ψ la fonction en escalier sur [0,4] valant 2 sur ]0,32[, 1 sur ]32,52[ et 4 sur ]52,4[, et nulle en 0, 32, 52 et 4. Calculer 04ψ(t)dt, puis 04(φ(t)+ψ(t))dt à l'aide d'une subdivision adaptée aux deux fonctions à la fois.

Exercice 2 ★★★★Reconnaître une fonction continue par morceaux

Subdivisions, fonctions en escalier et fonctions continues par morceaux

Pour chacune des six fonctions ci-dessous, dire si elle est continue par morceaux sur le segment indiqué. On reviendra systématiquement à la définition : existence d'une subdivision σ=(a0,,an) du segment telle que, sur chaque intervalle ouvert ]ai1,ai[, la fonction soit continue, admette une limite finie à droite en ai1 et une limite finie à gauche en ai. Toute réponse négative devra être justifiée par un argument précis, et non par la seule constatation d'une discontinuité.

a. f1:tt sur [0,3]

b. f2:ttt sur [0,3]

c. f3 sur [0,1], définie par f3(t)=1t si t0 et f3(0)=0

d. f4 sur [0,1], définie par f4(t)=sin(1t) si t0 et f4(0)=0

e. f5=1Q sur [0,1], valant 1 si t est rationnel et 0 sinon

f. f6:ttsin(πt) sur [0,3]

Exercice 3 ★★★Relation de Chasles et calculs directs

Linéarité, relation de Chasles, positivité et croissance de l'intégrale

Calculer les quatre intégrales suivantes. Dans chaque cas, on commencera par déterminer les sous-segments sur lesquels la fonction intégrée est donnée par une expression simple, puis on découpera l'intégrale grâce à la relation de Chasles. On justifiera au passage que la fonction intégrée est bien continue par morceaux sur le segment considéré.

a. 03tdt

b. 22t1dt

c. 02πsintdt

d. 11max(t,t2)dt

Exercice 4 ★★★★Linéarité, croissance et premiers encadrements

Linéarité, relation de Chasles, positivité et croissance de l'intégraleInégalité triangulaire, inégalité de la moyenne et inégalité de Cauchy-Schwarz

Aucune des quatre intégrales ci-dessous ne doit être calculée. Pour chacune, encadrer d'abord la fonction intégrée sur le segment considéré, puis en déduire un encadrement de l'intégrale par croissance de l'intégrale. Lorsque l'intégrande se présente comme un produit, on affinera ensuite l'encadrement en n'encadrant que l'un des deux facteurs, dans l'esprit de l'inégalité de la moyenne.

a. I1=01dt1+t3

b. I2=01et2dt

c. I3=0π/2sint1+tdt

d. I4=12lntt2dt

Enfin, pour l'intégrale I1, dire si les deux inégalités obtenues sont strictes ou non, et le démontrer.

Exercice 5 ★★★Premières intégrations par parties

Intégration par parties

Calculer les cinq intégrales suivantes à l'aide d'une intégration par parties. On précisera à chaque fois les deux fonctions choisies, on vérifiera qu'elles sont de classe C1 sur le segment d'intégration, et l'on expliquera brièvement pourquoi ce choix est le bon.

a. 01tetdt

b. 1elntdt

c. 0πtsintdt

d. 01Arctantdt

e. 01t2etdt (deux intégrations par parties successives)

Exercice 6 ★★★Premiers changements de variable

Changement de variable

Calculer les cinq intégrales suivantes par un changement de variable. On énoncera à chaque fois le changement utilisé, on vérifiera ses hypothèses (classe C1, continuité de la fonction intégrée sur l'intervalle d'arrivée) et l'on transportera soigneusement les bornes.

a. 01t1+t2dt

b. 0π/2sintcos3tdt

c. 01et1+etdt

d. 01dt4t2, en posant t=2sinu

e. 14dtt(1+t), en posant u=t

Exercice 7 ★★★★Dériver une fonction définie par une intégrale

Théorème fondamental, primitives et fonctions définies par une intégrale

1. On pose F(x)=0xdt1+t4.

a. Justifier que F est définie sur R tout entier et qu'elle y est de classe C1, puis calculer F.

b. En déduire le sens de variation de F sur R.

c. Montrer que F est impaire, à l'aide du changement de variable t=u.

2. On pose G(x)=x2xet2dt. Exprimer G(x) à l'aide de la primitive Φ de tet2 qui s'annule en 0, puis en déduire que G est de classe C1 sur R et calculer G(x).

3. On pose H(x)=0x2sintdt. Calculer H(x) par composition, puis vérifier le résultat en calculant explicitement H(x).

Exercice 8 ★★★Continuité uniforme : vérifier ou nier la définition

Continuité uniforme, fonctions lipschitziennes et théorème de Heine

1. Montrer que x3x+1 est uniformément continue sur R, en exhibant pour tout ε>0 un réel δ>0 explicite.

2.a. Montrer que xx2 est uniformément continue sur [0,1].

2.b. Montrer qu'elle ne l'est pas sur R. On écrira d'abord soigneusement la négation de la définition, puis on utilisera les suites xn=n et yn=n+1n.

3. Soit g:xx, définie sur [0,+[.

a. Montrer que pour tous réels x,y0, xyxy.

b. En déduire que g est uniformément continue sur [0,+[.

c. Montrer que g n'est pas lipschitzienne sur [0,+[.

4. Montrer que x1x n'est pas uniformément continue sur ]0,1].

Exercice 9 ★★★★Premières sommes de Riemann

Sommes de Riemann et limites de sommes

Déterminer, pour chacune des quatre suites suivantes, sa limite quand n tend vers +, en la reconnaissant comme une somme de Riemann. On précisera à chaque fois la fonction et le segment utilisés, et l'on vérifiera les hypothèses du théorème avant de l'appliquer.

a. un=1nk=1n11+kn

b. vn=k=1nnn2+k2

c. wn=1nk=0n1sin(kπn)

d. zn=1nk=1nkn

Exercice 10 ★★★Intégrale d'une fonction à valeurs complexes

Intégrale d'une fonction à valeurs complexes

1.a. Rappeler la définition de abf(t)dt lorsque f est une fonction continue par morceaux de [a,b] dans C. Quelles propriétés de l'intégrale d'une fonction à valeurs réelles subsistent, et lesquelles perdent tout sens ?

1.b. Justifier que pour λC, la fonction t1λeλt est une primitive de teλt sur R, et en déduire une expression de abeλtdt.

2. Calculer 0πe2itdt, puis en déduire les valeurs de 0πcos(2t)dt et de 0πsin(2t)dt.

3. Calculer 01e(1+i)tdt et en donner la forme algébrique. En déduire les valeurs de 01etcostdt et de 01etsintdt.

4. Calculer 0πeitdt et 0πeitdt. Vérifier sur cet exemple l'inégalité abfabf, et préciser à quelle condition sur f elle est une égalité.

Exercice 11 ★★★★Parité, périodicité et symétries

Changement de variableLinéarité, relation de Chasles, positivité et croissance de l'intégrale

1. Soient a>0 et f une fonction continue sur [a,a]. À l'aide du changement de variable t=u, montrer que

aaf(t)dt=0a(f(t)+f(t))dt.

En déduire que cette intégrale vaut 20af(t)dt si f est paire, et 0 si f est impaire.

2. Soient T>0 et f une fonction continue sur R et T-périodique. On pose, pour tout réel α, Φ(α)=αα+Tf(t)dt. Montrer que Φ est dérivable sur R, calculer Φ, et en déduire que αα+Tf ne dépend pas de α.

3. Applications : calculer les trois intégrales suivantes en utilisant les résultats précédents, sans chercher de primitive de la fonction intégrée dans le premier cas.

a. 11t3cost1+t2dt

b. ππsin2tdt

c. 33+2πsintdt

Exercice 12 ★★★Encadrer une intégrale sans la calculer

Inégalité triangulaire, inégalité de la moyenne et inégalité de Cauchy-Schwarz

Les quatre questions sont indépendantes.

1. Pour nN, on pose In=01tn1+tdt. Montrer que 1n+1In2n+1, puis déterminer la limite de la suite (In).

2.a. Montrer que pour tout réel t, 1t2et211+t2.

2.b. En déduire un encadrement de 01et2dt par deux valeurs exactes, puis un encadrement par deux nombres décimaux à deux chiffres après la virgule.

3. On pose J=0πsint1+t2dt. Majorer J de deux façons : d'abord par l'inégalité triangulaire, ensuite par l'inégalité de la moyenne. Comparer la qualité des deux majorations obtenues et expliquer l'écart.

4. Soient a<b et f une fonction continue sur [a,b], à valeurs réelles, telle que abf=abf. Montrer que f garde un signe constant sur [a,b].

Exercice 13 ★★★★Intégrations par parties répétées et relations de récurrence

Intégration par partiesSuites d'intégrales : récurrences, limites et équivalents

Les deux suites étudiées ici sont définies par des intégrales sur le segment [0,1], où les fonctions intégrées sont continues. Dans les deux cas, on ne cherche pas à calculer directement le terme général : une intégration par parties fournit une relation de récurrence, et c'est elle qui donne tout.

Partie A. Pour tout nN, on pose In=01tnetdt.

1. Calculer I0.

2. Montrer que pour tout entier n1, In=enIn1.

3. En déduire les valeurs exactes de I1, I2 et I3.

Partie B. Pour tout nN, on pose An=01(1t2)ndt.

4. Calculer A0 et A1.

5. Par une intégration par parties dans laquelle on dérive (1t2)n et on primitive 1, puis en écrivant t2=(1t2)+1, montrer que pour tout entier n1,

An=2n2n+1An1.

6. Démontrer par récurrence que pour tout nN, An=4n(n!)2(2n+1)!, et contrôler cette formule sur A1 et A2.

Exercice 14 ★★★★Changements de variable en sinus et cosinus

Changement de variable

On rappelle le théorème de changement de variable : si φ est de classe C1 sur le segment [α,β] et si f est continue sur un intervalle contenant φ([α,β]), alors

αβf(φ(t))φ(t)dt=φ(α)φ(β)f(u)du.

Calculer les quatre intégrales suivantes. À chaque question, on vérifiera explicitement les hypothèses du théorème, c'est-à-dire la classe C1 de φ sur le segment d'intégration et la continuité de f sur un intervalle contenant l'image.

a. 0π/2cost1+sin2tdt, en posant u=sint.

b. 0π/2sin3tdt, en trouvant soi-même le changement de variable.

c. 0π/4dtcos2t(1+tant), en posant u=tant.

d. 0π/2dt2+cost, en posant u=tant2. On justifiera d'abord que ce changement de variable est licite sur [0,π2].

Exercice 15 ★★★★Limites de sommes par les sommes de Riemann

Sommes de Riemann et limites de sommes

On rappelle le théorème des sommes de Riemann : si f est continue sur le segment [a,b], alors la suite

Sn(f)=bank=0n1f(a+kban)

converge vers abf(t)dt. Il en va de même de la variante bank=1nf(a+kban), qui évalue f à l'extrémité droite de chaque sous-intervalle.

Déterminer la limite, quand n tend vers +, de chacune des quatre suites suivantes. Les deux premières demandent une factorisation préalable par n pour faire apparaître les quotients kn.

a. un=k=1n1n2+k2

b. vn=k=1nkn2+k2

c. wn=1nk=1nln(1+kn)

d. xn=k=n+12n1k

Exercice 16 ★★★★Une fonction continue positive d'intégrale nulle est nulle

Fonction continue positive d'intégrale nulle et ses variantes

Dans tout l'exercice, a et b désignent deux réels tels que a<b.

1. Soit f une fonction continue et positive sur [a,b] telle que abf(t)dt=0. Démontrer que f est identiquement nulle sur [a,b]. On raisonnera par l'absurde : si f(x0)>0 pour un certain x0[a,b], la continuité de f en x0 fournit un sous-segment de [a,b], de longueur strictement positive, sur lequel ff(x0)2.

2. Montrer que l'hypothèse de continuité est indispensable, en donnant une fonction continue par morceaux et positive sur [0,1], non identiquement nulle, dont l'intégrale est nulle.

3. Soit f continue sur [a,b] telle que abf(t)2dt=0. Montrer que f est nulle sur [a,b].

4. Soit f continue sur [a,b] telle que abf(t)dt=0, sans aucune hypothèse de signe cette fois. Montrer que f s'annule au moins une fois sur [a,b].

Exercice 17 ★★★Étude complète d'une fonction définie par une intégrale

Théorème fondamental, primitives et fonctions définies par une intégrale

Pour tout réel x, on pose

F(x)=x2xdt1+t2.

Les quatre premières questions se traitent sans calculer explicitement de primitive de t11+t2 : on n'utilisera que la continuité de cette fonction, la relation de Chasles et le théorème fondamental. La question 5 reprend l'étude avec la primitive explicite, à titre de contrôle.

1. Justifier que F est définie sur R et qu'elle y est de classe C1.

2. Montrer que F est impaire.

3. Calculer F(x) et étudier son signe.

4. Démontrer que limx+F(x)=0, puis dresser le tableau de variations de F sur R. On notera M=F(12) la valeur maximale, dont l'expression sera obtenue à la question 5.

5. Démontrer que F(x)=Arctan(2x)Arctan(x) pour tout réel x, en déduire la valeur exacte de M, et retrouver sur cette expression les réponses aux questions 2, 3 et 4.

Exercice 18 ★★★Une suite d'intégrales et la somme alternée des inverses

Suites d'intégrales : récurrences, limites et équivalentsInégalité triangulaire, inégalité de la moyenne et inégalité de Cauchy-Schwarz

Pour tout nN, on pose

In=01tn1+tdtetSn=k=1n(1)k1k,

avec la convention S0=0 (somme vide). Les fonctions intégrées sont continues sur [0,1], le dénominateur 1+t ne s'annulant pas sur ce segment.

1. Calculer I0.

2. Montrer que la suite (In) est positive et décroissante.

3. Établir que 0In1n+1 pour tout nN, et en déduire limn+In.

4. Démontrer que pour tout nN, In+In+1=1n+1.

5. En déduire par récurrence que Sn=ln2(1)nIn pour tout nN, puis que la suite (Sn) converge vers ln2. Attention au cadre : aucun théorème sur les séries n'est disponible, tout doit se faire avec des sommes finies et des suites.

6. À l'aide de la relation de la question 4 et de la décroissance, établir que pour tout entier n1,

12(n+1)In12n,

puis en déduire que In12n quand n tend vers +.

Exercice 19 ★★★La formule de Taylor avec reste intégral en pratique

Formule de Taylor avec reste intégral

On rappelle la formule de Taylor avec reste intégral : si f est de classe Cn+1 sur un intervalle I et si a,xI, alors

f(x)=k=0nf(k)(a)k!(xa)k+ax(xt)nn!f(n+1)(t)dt.

1. Écrire cette formule à l'ordre 2 en 0 pour la fonction f:xln(1+x), en explicitant le reste sous forme d'intégrale.

2. En déduire que, pour tout réel x0, xx22ln(1+x)x. On étudiera uniquement le signe du reste, sans chercher à le calculer ; l'inégalité de droite s'obtient avec la formule à l'ordre 1.

3. Démontrer de la même façon que ex1+x+x22 pour tout réel x0.

4. Démontrer que sinxxx36 pour tout réel x. On prendra garde au cas x<0, où les bornes de l'intégrale sont rangées dans l'ordre décroissant.

Exercice 20 ★★★★Inégalité de Taylor-Lagrange et majoration de l'erreur

Inégalité de Taylor-Lagrange et majoration de l'erreur

1. Énoncer l'inégalité de Taylor-Lagrange en précisant toutes ses hypothèses, puis la démontrer en quelques lignes à partir de la formule de Taylor avec reste intégral.

2. On approche e par k=051k!. Majorer l'erreur commise, puis donner la valeur décimale approchée ainsi obtenue et préciser combien de décimales sont certaines. On utilisera la majoration e3.

3. Déterminer le plus petit entier n tel que k=0n1k! approche e avec une erreur inférieure à 106, et justifier que n1 ne convient pas.

4. On approche cos(0,1) par 1(0,1)22. Majorer l'erreur commise et conclure sur le nombre de décimales exactes.

5. Expliquer pourquoi la formule de Taylor-Young ne permettrait aucune des majorations précédentes.

Exercice 21 ★★★★Le lemme de comparaison somme-intégrale et trois applications

Comparaison somme-intégrale

Partie A. Le lemme de comparaison. Dans cette partie, f est une fonction continue, positive et décroissante sur [1,+[.

1. Montrer que, pour tout entier k2, f(k)k1kf(t)dtf(k1).

2. En déduire que, pour tout entier n1, 1n+1f(t)dtk=1nf(k)f(1)+1nf(t)dt.

Partie B. Trois applications.

3. On pose Hn=k=1n1k. Établir l'encadrement ln(n+1)Hn1+lnn pour tout n1, puis en déduire que Hnlnn quand n tend vers +.

4. On pose Sn=k=1n1k2. Montrer que la suite (Sn) est croissante et majorée par 2. Qu'en conclut-on ?

5. Montrer que k=1nk23n3/2. On commencera par observer que le lemme de la partie A ne s'applique pas tel quel.

Exercice 22 ★★★Continuité uniforme sur un intervalle non borné

Continuité uniforme, fonctions lipschitziennes et théorème de Heine

Les trois questions sont indépendantes. Sur un intervalle non borné, le théorème de Heine ne s'applique pas : il faut à chaque fois un argument spécifique.

1. Soit f une fonction continue sur [0,+[ admettant une limite finie en +. Montrer que f est uniformément continue sur [0,+[. On pourra, ε>0 étant fixé, choisir un réel A tel que f(x)ε2 pour xA, appliquer le théorème de Heine sur le segment [0,A+1], puis recoller soigneusement les deux régimes.

2. Montrer que la fonction xsin(x2) n'est pas uniformément continue sur R. On utilisera les suites définies pour n1 par xn=2nπ+π2 et yn=2nπ.

3. Soit f une fonction uniformément continue sur R. Montrer qu'il existe deux réels positifs α et β tels que f(x)αx+β pour tout réel x : une fonction uniformément continue sur R croît au plus comme une fonction affine. On appliquera la définition avec ε=1, puis on découpera le segment d'extrémités 0 et x en morceaux assez courts.

Exercice 23 ★★★L'inégalité de Cauchy-Schwarz pour les intégrales

Inégalité triangulaire, inégalité de la moyenne et inégalité de Cauchy-SchwarzFonction continue positive d'intégrale nulle et ses variantes

Dans tout l'exercice, a et b désignent deux réels tels que a<b.

1. Soient f et g deux fonctions continues sur [a,b]. Pour λR, on pose P(λ)=ab(f(t)+λg(t))2dt. Justifier que P(λ)0, développer P(λ), puis en déduire l'inégalité de Cauchy-Schwarz

(abf(t)g(t)dt)2(abf(t)2dt)(abg(t)2dt).

On traitera à part le cas dégénéré abg2=0, où P n'est pas un trinôme du second degré.

2. Montrer qu'il y a égalité si et seulement si l'une des deux fonctions est un multiple constant de l'autre. On utilisera le résultat : une fonction continue et positive sur [a,b] d'intégrale nulle est identiquement nulle.

3. En déduire que (01f(t)dt)201f(t)2dt pour toute f continue sur [0,1], et préciser le cas d'égalité.

4. Soit f continue et strictement positive sur [a,b]. Montrer que (abf(t)dt)(abdtf(t))(ba)2, et préciser le cas d'égalité.

Exercice 24 ★★★★Le lemme de Riemann-Lebesgue

Intégration par partiesSuites d'intégrales : récurrences, limites et équivalents

Dans tout l'exercice, n désigne un entier naturel non nul, et a et b deux réels tels que a<b.

1. Soit f une fonction de classe C1 sur [a,b]. On pose In=abf(t)sin(nt)dt. À l'aide d'une intégration par parties, démontrer que

InCn,ouˋC=2sup[a,b]f+(ba)sup[a,b]f,

puis en déduire que In tend vers 0 quand n tend vers +.

2. En déduire limn+01sin(nt)1+tdt, en donnant une majoration explicite de cette intégrale.

3. Calculer 02πsin2(nt)dt. La suite ainsi obtenue tend-elle vers 0 ? Expliquer précisément pourquoi il n'y a aucune contradiction avec la question 1.

Exercice 25 ★★★Une intégrale à deux indices et une identité binomiale

Intégration par partiesSuites d'intégrales : récurrences, limites et équivalents

Pour tous entiers naturels p et q, on pose

B(p,q)=01tp(1t)qdt.

1. Justifier l'existence de B(p,q), puis calculer B(p,0) et B(0,q).

2. À l'aide d'une intégration par parties, démontrer que pour tout pN et tout q1,

B(p,q)=qp+1B(p+1,q1).

3. En déduire, par récurrence sur q, que pour tous p,qN,

B(p,q)=p!  q!(p+q+1)!.

On énoncera avec soin la propriété que l'on démontre par récurrence.

4. Retrouver l'égalité B(p,q)=B(q,p) de deux manières : à partir de la formule de la question 3., puis directement, par un changement de variable.

5. En développant (1t)q par la formule du binôme, démontrer l'identité

k=0q(1)k(qk)1p+k+1=p!  q!(p+q+1)!.

6. Que devient cette identité pour p=0 ? La vérifier directement pour q=3.

Exercice 26 ★★★★Deux intégrales calculées par symétrie

Changement de variable

Les deux parties sont indépendantes.

Partie 1. Soit f la fonction définie sur [0,π2] par

f(t)=11+(tant)2  pour t]0,π2[,f(0)=1,f ⁣(π2)=0.

1. Justifier soigneusement que f est continue par morceaux sur [0,π2] : on étudiera en particulier ses limites en 0 et en π2.

2. À l'aide du changement de variable u=π2t, calculer I=0π/2f(t)dt.

Partie 2. Soit g une fonction continue sur [0,1].

3. À l'aide du changement de variable u=πt, montrer que 0πtg(sint)dt=π20πg(sint)dt.

4. En déduire la valeur de 0πtsint1+cos2tdt.

Exercice 27 ★★★★Sommes de Riemann et limites de produits

Sommes de Riemann et limites de sommes

1. Déterminer limn+(k=1n(1+kn))1/n en passant au logarithme.

2. Déterminer de même limn+k=1n(1+k2n2)1/n.

3. Pour calculer limn+(n!nn)1/n, un élève écrit

ln((n!nn)1/n)=1nk=1nlnkn,

puis conclut : « c'est une somme de Riemann, donc elle tend vers 01lntdt ». Expliquer précisément pourquoi ce raisonnement n'est pas recevable. Quelle méthode faut-il employer à la place ? On ne demande pas de la mener.

Exercice 28 ★★★★Le nombre e par la formule de Taylor avec reste intégral

Formule de Taylor avec reste intégralInégalité de Taylor-Lagrange et majoration de l'erreur

Soit nN.

1. Écrire la formule de Taylor avec reste intégral appliquée à la fonction exp entre 0 et 1 à l'ordre n, et en déduire que

e=k=0n1k!+RnavecRn=01(1t)nn!etdt.

2. Calculer 01(1t)nn!dt, puis en déduire l'encadrement 1(n+1)!Rne(n+1)!.

3. En déduire limn+Rn=0, puis une valeur approchée de e à 106 près, en précisant le rang n retenu.

4. Retrouver la majoration de Rn à l'aide de l'inégalité de Taylor-Lagrange. Comparer la finesse des deux approches.

Exercice 29 ★★★★La constante d'Euler par comparaison somme-intégrale

Comparaison somme-intégrale

Pour tout entier n1, on pose

Hn=k=1n1ketun=Hnlnn.

1. Montrer que pour tout entier k1,  1k+1ln(k+1)lnk1k.

2. En déduire que la suite (un)n1 est décroissante.

3. Montrer que un>0 pour tout n1.

4. En déduire que (un) converge vers un réel γ[0,1], appelé constante d'Euler.

5. En déduire le développement Hn=lnn+γ+o(1), puis l'équivalent Hnlnn.

6. Retrouver, à l'aide de ce développement, que limn+k=n+12n1k=ln2.

Exercice 30 ★★★★Intégrale nulle contre toute fonction

Fonction continue positive d'intégrale nulle et ses variantesInégalité triangulaire, inégalité de la moyenne et inégalité de Cauchy-Schwarz

Soient a<b deux réels et f une fonction continue sur [a,b] à valeurs réelles. Démontrer les trois implications suivantes : dans chacune, l'hypothèse entraîne que f est la fonction nulle.

1. Si abf(t)g(t)dt=0 pour toute fonction g continue sur [a,b], alors f=0.

2. Si axf(t)dt=0 pour tout x[a,b], alors f=0.

3. Si abf(t)g(t)dt=0 pour toute fonction g de classe C1 sur [a,b] telle que g(a)=g(b)=0, alors f=0.

Indication pour la question 3. Raisonner par l'absurde. Si f(x0)>0, construire α<β dans [a,b] tels que f>0 sur [α,β], puis considérer la fonction g valant (tα)2(βt)2 sur [α,β] et 0 ailleurs. On vérifiera avec soin qu'elle est de classe C1 sur [a,b], raccords compris.

Exercice 31 ★★★Limites de suites d'intégrales et concentration

Suites d'intégrales : récurrences, limites et équivalentsContinuité uniforme, fonctions lipschitziennes et théorème de Heine

Soit f:[0,1]R une fonction continue. Pour n1, on pose

An=01f(tn)dtetBn=n01tnf(t)dt.

1. Justifier que f est bornée sur [0,1] et que An et Bn sont bien définies. On note K=sup[0,1]f.

2. Montrer que Anf(0) quand n+. Indication : soit ε>0 ; couper l'intégrale en un point 1η bien choisi, avec η]0,1[.

3. a) Calculer n01tndt et en donner la limite. Que vaut Bn lorsque f est la fonction constante égale à 1 ?

b) Établir l'identité Bnf(1)=n01tn(f(t)f(1))dt    f(1)n+1, puis, par le même découpage qu'à la question 2 mais au voisinage de 1, montrer que Bnf(1).

4. Vérifier les deux résultats sur l'exemple f(t)=t.

Exercice 32 ★★★L'irrationalité de e par le reste intégral

Formule de Taylor avec reste intégralSuites d'intégrales : récurrences, limites et équivalents

L'objectif est de démontrer que le nombre e n'est pas rationnel. On repart du développement obtenu à l'exercice 28, dont les questions 1 et 2 ci-dessous redonnent l'essentiel. Pour nN, on pose

Rn=01(1t)nn!etdt.

1. Écrire la formule de Taylor avec reste intégral à l'ordre n pour la fonction exp entre 0 et 1, et en déduire l'égalité

e=k=0n1k!+Rn.

2. Montrer que 0<Rne(n+1)!, puis que 0<n!Rnen+1.

3. Montrer que n!k=0n1k! est un entier naturel.

4. Supposons par l'absurde e=pq avec p et q entiers naturels non nuls, et fixons un entier nmax(q,2). Montrer que n!Rn est un entier, puis conclure.

Exercice 33 ★★★L'intégrale de ln(1 + tan x) par symétrie

Changement de variable

On pose

I=0π/4ln(1+tant)dtetJ=01ln(1+x)1+x2dx.

1. Justifier que ces deux intégrales sont celles de fonctions continues sur les segments considérés.

2. a) Montrer que, pour tout t[0,π4], on a 1+tan(π4t)=21+tant.

b) À l'aide du changement de variable u=π4t, établir que 2I=π4ln2, et en déduire la valeur de I.

3. À l'aide du changement de variable x=tant, montrer que J=I et donner la valeur de J.

4. Contrôle. Établir, par croissance de l'intégrale, l'encadrement ln212Jln22, et vérifier qu'il est compatible avec la valeur obtenue à la question 3, dont on donnera une valeur décimale approchée.

Exercice 34 ★★★Vitesse de convergence des sommes de Riemann

Sommes de Riemann et limites de sommesComparaison somme-intégrale

Soit f une fonction continue sur un segment [a,b] avec a<b. Pour n1, on pose h=ban, ak=a+kh pour 0kn, puis

Sn(f)=bank=0n1f(a+kban)etΔn=Sn(f)abf(t)dt.

1. On suppose de plus f monotone sur [a,b]. Encadrer akak+1f à l'aide de f(ak) et f(ak+1), puis, en sommant et en télescopant, montrer que

Δn(ba)f(b)f(a)n.

2. On suppose maintenant f de classe C1 sur [a,b] et l'on pose M=sup{f(t), t[a;b]}. En écrivant f(t)f(ak)=aktf, montrer que ΔnM(ba)22n.

3. Soit f(t)=11+t2 sur [0,1]. Montrer par une étude de fonction que M=338. Combien de subdivisions la majoration de la question 2 impose-t-elle pour calculer 01dt1+t2 à 103 près par cette méthode ?

Exercice 35 ★★★★Inégalités intégrales pour une fonction de classe C1

Inégalité triangulaire, inégalité de la moyenne et inégalité de Cauchy-SchwarzThéorème fondamental, primitives et fonctions définies par une intégrale

Soit f une fonction de classe C1 sur [0,1] telle que f(0)=0. On pose

A=01f(t)2dt.

On utilisera librement l'inégalité de Cauchy-Schwarz établie à l'exercice 23 : pour u et v continues sur un segment [α,β] avec α<β,

(αβu(t)v(t)dt)2(αβu(t)2dt)(αβv(t)2dt).

1. Justifier que f(x)=0xf(t)dt pour tout x[0,1], puis établir que f(x)2xA.

2. En déduire que 01f(t)2dt1201f(t)2dt.

3. Déterminer toutes les fonctions f pour lesquelles l'inégalité de la question 2 est une égalité.

4. En déduire enfin que sup[0,1]f01f(t)2dt.

Exercice 36 ★★★Étude asymptotique d'une suite d'intégrales

Suites d'intégrales : récurrences, limites et équivalentsChangement de variable

Pour tout entier n1, on pose

un=01dt1+tn.

1. Justifier que un est bien définie, calculer u1, puis montrer que la suite (un) est croissante et majorée par 1.

2. Montrer que 1un=01tn1+tndt, puis, par un encadrement, que un1.

3. Établir l'égalité

1un=1n01v1/n1+vdv.

On effectuera le changement de variable dans le sens v=φ(t)=tn et l'on expliquera pourquoi le sens inverse t=v1/n n'est pas licite ici.

4. Montrer que 01v1/n1+vdvln2, et en déduire que un=1ln2n+o(1n).

Bloqué sur « Intégration » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.