MP · Chapitre 01

Devoir surveillé — Structures algébriques usuelles

Sujet type, 210 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.

Sujet type DS — 210 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Construire, ou démontrer l'impossibilité

Chacune des six demandes ci-dessous appelle une réponse de l'un des deux types suivants : soit un objet explicite qui convient, entièrement décrit et dont on vérifie toutes les propriétés demandées, soit une démonstration qu'aucun objet ne convient. Une réponse non justifiée ne rapporte aucun point. (0,5 pt par item.)

a. Un groupe infini dont tous les éléments sont d'ordre fini.

b. Un morphisme d'anneaux de Z/6Z dans Z/4Z.

c. Un morphisme de groupes surjectif de (Z/12Z,+) sur (Z/5Z,+).

d. Un anneau intègre fini qui n'est pas un corps.

e. Un idéal de R[X], distinct de R[X], contenant à la fois X2+1 et X21.

f. Deux éléments d'ordre 2 d'un même groupe, dont le produit est d'ordre INFINI.

Exercice 2 (3,5 points) — Le groupe affine de $\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}$

Dans tout l'exercice, p désigne un nombre premier IMPAIR et l'on pose K=Z/pZ, qui est un corps. On note S(K) le groupe des bijections de K dans K, muni de la composition, et K× le groupe des inversibles de l'anneau K. Pour aK× et bK, on définit

fa,b:KK,xax+b,

puis

G={fa,b  ;  aK×, bK}.

1. (0,5 pt) Montrer que fa,b est une bijection de K, calculer fa,bfa,b, et en déduire que G est un sous-groupe de S(K).

2. (0,5 pt) Montrer que l'application (a,b)fa,b est injective, en déduire cardG, puis montrer que G n'est pas abélien.

3. (0,5 pt) Montrer que Φ:G(K×,×), fa,ba, est un morphisme de groupes surjectif. Décrire son noyau T et montrer que T est isomorphe à (K,+).

4. (0,5 pt) Déterminer o(f1,b) pour b0.

5. (0,75 pt) On suppose a1. Montrer que fa,b possède un unique point fixe x0, puis établir que

kN, xK,fa,bk(x)=ak(xx0)+x0.

6. (0,25 pt) En déduire que o(fa,b)=o(a) lorsque a1, où o(a) est l'ordre de a dans (K×,×). Commenter le fait que cet ordre ne dépende pas de b.

7. (0,5 pt) On prend p=5. Dresser le tableau donnant, pour chaque ordre possible, le nombre d'éléments de G ayant cet ordre. Le groupe G possède-t-il un élément d'ordre 10 ? Un sous-groupe d'ordre 10 ? Commenter.

Exercice 3 (3 points) — Un idéal qui n'est pas principal

On note Z[X] l'ensemble des polynômes à coefficients ENTIERS. C'est un sous-anneau commutatif de R[X], ce que l'on admet ; la notion d'idéal y a donc un sens, avec la même définition que dans le cours. Pour DZ[X], on note

(D)=DZ[X]={DQ  ;  QZ[X]},

et l'on dit qu'un idéal de Z[X] est PRINCIPAL lorsqu'il est de cette forme. On pose enfin

I={PZ[X]  ;  P(0) est pair}.

Avertissement : dans Z[X], on ne dispose PAS de la division euclidienne par un polynôme quelconque, et c'est tout l'enjeu de l'exercice. On ne pourra donc reprendre aucune des démonstrations du cours qui l'utilisent.

1. (0,5 pt) Montrer que l'application ψ:Z[X]Z/2Z, qui à P associe la classe de P(0) modulo 2, est un morphisme d'anneaux surjectif. En déduire que I est un idéal de Z[X].

2. (0,5 pt) Montrer que I=2Z[X]+XZ[X].

3. (1 pt) Montrer que I n'est pas un idéal principal de Z[X].

4. (0,5 pt) Déterminer tous les diviseurs communs de 2 et de X dans Z[X]. Existe-t-il U,VZ[X] tels que 2U+XV=1 ? Identifier précisément l'étape de la démonstration du cours qui cesse de fonctionner ici.

5. (0,5 pt) Montrer que J={PZ[X]  ;  P(0)=0} est, lui, un idéal principal de Z[X], et comparer I et J.

Exercice 4 (3,5 points) — Ce qu'un morphisme d'algèbres ne peut pas faire

Toutes les algèbres de cet exercice sont des R-algèbres associatives et unitaires. On rappelle qu'un morphisme d'algèbres Φ:AB est une application LINÉAIRE vérifiant Φ(xy)=Φ(x)Φ(y) pour tous x,y de A, ainsi que Φ(1A)=1B. Pour a élément d'une R-algèbre A et P=k=0dpkXkR[X], on pose comme d'habitude P(a)=k=0dpkak, avec la convention a0=1A.

On munit R4 des trois lois définies composante par composante :

(xi)+(yi)=(xi+yi),(xi)(yi)=(xiyi),λ(xi)=(λxi),

qui en font une R-algèbre commutative d'unité (1,1,1,1), ce que l'on admet. On note enfin Eij les matrices élémentaires de M2(R).

1. (0,75 pt) Soient A une R-algèbre et Φ:R[X]A un morphisme d'algèbres. On pose a=Φ(X). Montrer que Φ(P)=P(a) pour tout PR[X].

2. (0,5 pt) En déduire la description de TOUS les morphismes d'algèbres de R[X] dans R.

3. (2 pt) Soient B une R-algèbre COMMUTATIVE non nulle et φ:M2(R)B un morphisme d'algèbres. En calculant φ(E11) de deux manières, aboutir à une contradiction. Qu'obtient-on en particulier pour B=R ?

4. (0,25 pt) En déduire que les R-algèbres M2(R) et R4 ne sont pas isomorphes, alors qu'elles ont la même dimension.

Exercice 5 (7 points) — Problème : ce que l'ordre de 2 impose aux diviseurs de $2^{n} \pm 1$

Ce problème n'utilise que trois résultats du cours : l'ordre d'un élément d'un groupe fini, le théorème de divisibilité de l'ordre (xk=e si et seulement si o(x)k) et le théorème de Lagrange, admis. La partie A sert dans les deux suivantes ; les parties B et C sont indépendantes l'une de l'autre.

Dans tout le problème, q désigne un nombre premier IMPAIR. On note 2 la classe de 2 dans Z/qZ et l'on pose

ωq=o(2),

l'ordre de 2 dans le groupe (Z/qZ)×.

Partie A. L'ordre de 2 modulo un nombre premier impair. (2 points)

A.1 (0,5 pt) Justifier que 2 appartient à (Z/qZ)×, que ωq est bien défini, et que ωq divise q1.

A.2 (0,5 pt) Montrer que, pour tout entier k1,

q2k1    ωqk.

A.3 (0,5 pt) Calculer ωq pour q=13, q=17, q=19 et q=43, en précisant à chaque fois quels diviseurs de q1 ont dû être testés.

A.4 (0,5 pt) Soit k1 tel que q2k+1. Montrer que ωq divise 2k mais ne divise pas k.

Partie B. Les nombres de Mersenne. (2,5 points)

Pour n2, on pose Mn=2n1.

B.1 (0,75 pt) Montrer que si Mn est premier, alors n est premier.

B.2 (0,75 pt) Soient p un nombre premier impair et q un diviseur premier de Mp. Montrer que ωq=p, puis que q1(mod2p).

B.3 (0,5 pt) Application à p=11, avec M11=2047. Combien de nombres premiers sont inférieurs ou égaux à M11 ? Combien la question B.2 en laisse-t-elle comme candidats ? Conclure quant à la primalité de M11, et dire ce que cela apprend sur la réciproque de B.1.

B.4 (0,5 pt) Application à p=13, avec M13=8191. Montrer que M13 est premier en n'effectuant que DEUX divisions.

Partie C. Les nombres de Fermat. (2,5 points)

Pour n0, on pose Fn=22n+1. Les cinq premiers valent F0=3, F1=5, F2=17, F3=257 et F4=65537, et ils sont tous premiers ; Fermat conjectura en 1640 qu'il en va de même pour tous les Fn.

C.1 (0,75 pt) Soit m1. Montrer que si 2m+1 est premier, alors m est une puissance de 2. On écrira m=2nd avec d impair, et l'on utilisera l'identité

yd+1=(y+1)(yd1yd2+y+1),

valable pour tout entier d impair.

C.2 (0,5 pt) Soient n1 et q un diviseur premier de Fn. Montrer que ωq=2n+1, puis que 2n+1 divise q1.

C.3 (0,75 pt) On prend n=5, donc F5=232+1. Dresser la liste des nombres premiers inférieurs à 700 que la question C.2 laisse comme candidats. Puis, en remarquant que

641=5×27+1=24+54,

montrer que 641 divise F5, et conclure.

C.4 (0,5 pt) Montrer que F0F1Fn1=Fn2 pour tout n1. En déduire que les Fn sont deux à deux premiers entre eux, puis retrouver l'existence d'une infinité de nombres premiers.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.