MP · Chapitre 01

Structures algébriques usuelles

Compléments sur les groupes et les anneaux, idéaux de Z, anneaux Z/nZ, anneaux K[X], algèbres.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Compléments sur les groupes et les anneaux
  • Idéaux de Z
  • Anneaux Z/nZ
  • Anneaux K[X]
  • Algèbres

Le cours

En première année, les structures algébriques ont surtout servi de vocabulaire. On disait « est un groupe » ou « est un anneau » comme on dit « est continue » : pour ranger un objet dans une catégorie et hériter d'un lot de propriétés déjà démontrées. Ce chapitre change de point de vue. Les structures ne sont plus le décor, elles deviennent l'objet d'étude, et l'on se met à poser sur elles des questions de classification : combien y a-t-il de groupes à éléments, à isomorphisme près ? À quoi ressemblent tous les sous-groupes de ? Quand deux anneaux, construits de manière très différente, sont-ils en réalité le même anneau déguisé ?

Deux outils nouveaux portent tout le chapitre, et il vaut la peine de les annoncer tout de suite.

Le premier est l'ordre d'un élément. À un élément d'un groupe on associe un entier, , qui mesure au bout de combien de multiplications par lui-même on retombe sur le neutre. Cet entier gouverne tout : il donne le cardinal du sous-groupe engendré par , il dit exactement quelles puissances de valent , et, dans un groupe fini, il divise le cardinal du groupe. De là sort le premier théorème de classification du cours : un groupe engendré par un seul élément est, à isomorphisme près, ou bien , ou bien . Il n'y a rien d'autre.

Le second est la notion d'idéal. Un idéal d'un anneau commutatif est une partie stable par addition et absorbante pour la multiplication. Cela paraît technique, et c'est pourtant l'outil qui unifie d'un seul coup toute l'arithmétique de première année. Dire que divise , ce sera dire que l'idéal engendré par est contenu dans celui engendré par ; le PGCD de et sera le générateur de ; le théorème de Bézout deviendra une lecture directe de cette égalité. Le même discours vaudra mot pour mot dans , ce qui explique enfin pourquoi l'arithmétique des entiers et celle des polynômes se ressemblent tant : ce n'est pas une analogie, ce sont deux exemples du même phénomène.

Le point de rencontre des deux idées est l'anneau , entièrement nouveau cette année. C'est le premier anneau que vous rencontrerez qui n'est ni , ni un ensemble de fonctions, ni un ensemble de matrices : un anneau fini, où l'on peut tout calculer à la main, et où les questions d'inversibilité deviennent des questions de PGCD. Il conduit au théorème chinois, au théorème d'Euler, au petit théorème de Fermat, et, en une page, à la description complète du chiffrement RSA qui protège les communications bancaires.

Les notations sont fixées une fois pour toutes. Un groupe quelconque est noté multiplicativement, , avec pour neutre, pour inverse et pour les puissances ; un groupe abélien peut être noté additivement, avec pour neutre, pour opposé et pour les multiples. Le sous-groupe engendré par une partie est noté , et pour un seul élément. L'ordre d'un élément est noté . La classe d'un entier dans est notée . Le groupe des inversibles d'un anneau est noté . L'indicatrice d'Euler est notée . L'idéal engendré par un élément d'un anneau commutatif est noté . On garde pour le PGCD, pour le PPCM et pour la divisibilité. Enfin désigne ou , et l'on utilise sans les redéfinir , , , , et .

Groupes : rappels et compléments

Définition et exemples fondamentaux

Définition

Soit un ensemble muni d'une loi de composition interne . On dit que est un groupe lorsque :

  1. la loi est associative : pour tous de , ;
  2. la loi possède un élément neutre : pour tout de , ;
  3. tout élément est inversible : pour tout de , il existe dans tel que .

Si de plus la loi est commutative, le groupe est dit abélien (ou commutatif).

Un groupe n'est jamais vide : il contient au moins son neutre. Le groupe réduit à s'appelle le groupe trivial.

Exemple

Groupes additifs. , , , sont des groupes abéliens de neutre . Plus généralement, tout -espace vectoriel est un groupe abélien, ainsi que et .

En revanche n'est pas un groupe : n'a pas d'opposé dans .

Exemple

Groupes multiplicatifs. , , , sont abéliens de neutre . Le groupe des complexes de module et le groupe des racines -ièmes de l'unité le sont aussi.

, groupe des matrices inversibles, est un groupe de neutre , non abélien dès que . De même, est un groupe de neutre , non abélien dès que .

Le passage au produit permet de fabriquer de nouveaux groupes à partir de groupes connus, sans aucun effort. C'est un procédé que l'on retrouvera à l'identique pour les anneaux et pour les algèbres.

Définition

Soient des groupes. On munit le produit cartésien de la loi définie composante par composante :

On l'appelle le groupe produit des .

Propriété

Le groupe produit est bien un groupe. Son neutre est , et l'inverse de est . Il est abélien si et seulement si chacun des l'est.

Démonstration. Chaque axiome se vérifie composante par composante, puisque la loi est définie ainsi. Pour l'associativité, soient trois éléments , , du produit. La -ième composante de est , celle de est ; elles coïncident par associativité dans , et ce pour tout , donc .

Posons . Pour tout , la -ième composante de est , donc , et de même : est neutre.

Enfin, soit . Chaque est inversible dans ; posons . La -ième composante de vaut , donc , et symétriquement .

Pour la commutativité : si tous les sont abéliens, le calcul composante par composante donne . Réciproquement, si le produit est abélien, fixons et deux éléments de ; en les plaçant en -ième position et en mettant les neutres ailleurs, la commutativité du produit impose .

Exemple

est le produit de par lui-même. Le groupe , muni de l'addition composante par composante, est un groupe abélien infini. Le groupe possède quatre éléments : , , , , et chacun de ses éléments est son propre inverse.

Règles de calcul dans un groupe

Propriété

Soit un groupe.

  1. L'élément neutre est unique.
  2. Pour tout de , l'inverse de est unique ; on le note .
  3. pour tout de .
  4. pour tous de : l'inverse d'un produit renverse l'ordre.

Démonstration. 1. Soient et deux neutres. Alors (car est neutre) et (car est neutre). Donc .

2. Soient et deux inverses de . Alors

en utilisant successivement le neutre, la définition de , l'associativité, puis la définition de .

3. Par définition, . Cette égalité, lue à l'envers, dit exactement que est un inverse de ; par unicité, .

4. Calculons directement :

et de même . Donc est un inverse de , et par unicité c'est **l'**inverse.

Propriété

Régularité. Dans un groupe , tout élément est régulier : pour tous de ,

Démonstration. Supposons . En multipliant les deux membres à gauche par , il vient , soit par associativité, c'est-à-dire , donc . Le second cas se traite en multipliant à droite par .

Définition

Soit un élément d'un groupe . On définit pour tout de par

En notation additive, ces puissances s'écrivent , avec , et .

Propriété

Pour tout de et tous de :

En revanche, est fausse en général : elle vaut dès que et commutent, et seulement dans ce cas pour .

Démonstration. Montrons pour fixé dans et dans , par récurrence sur . Pour : . Si la propriété est vraie au rang , alors

Le passage aux exposants négatifs se fait en observant que et sont inverses l'un de l'autre, ce qui se démontre par la même récurrence, puis en distinguant les signes de , de et de . Ces vérifications sont sans difficulté et nous les admettons.

Pour le point négatif : , tandis que . Ces deux éléments sont égaux si et seulement si , ce qui, après simplification à gauche par et à droite par (licite par régularité), équivaut à .

Exemple

Dans , prenons la transposition et la transposition . Alors , donc , alors que est un cycle de longueur et . La formule est donc bien en défaut dès que la commutativité manque.

Sous-groupes

Définition

Soit un groupe et une partie de . On dit que est un sous-groupe de lorsque est stable par la loi de et que , muni de la loi induite, est lui-même un groupe. On note parfois .

Vérifier cette définition telle quelle serait pénible. Le critère suivant ramène tout à deux lignes de calcul, et c'est lui que l'on utilise systématiquement.

Propriété

Caractérisation des sous-groupes. Soit une partie d'un groupe . Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. est un sous-groupe de ;
  2. , et pour tous de : et ;
  3. et, pour tous de , .

Démonstration. Nous montrons .

. Supposons sous-groupe. La stabilité donne pour dans . Notons le neutre du groupe : il vérifie dans , donc aussi dans . En simplifiant par dans (régularité), on obtient : le neutre de est celui de , et . Soit maintenant dans ; il possède un inverse dans , qui vérifie . Ainsi est aussi un inverse de dans , et par unicité . Donc .

. Comme , la partie est non vide. Si sont dans , alors , puis par stabilité.

. Supposons non vide et stable par . Choisissons . En prenant , on obtient . En prenant et , on obtient : est stable par inverse. Enfin, pour dans , on sait que , donc : est stable par la loi. La loi induite sur est alors une loi de composition interne, associative (elle l'est dans , donc a fortiori sur une partie), admettant pour neutre, et pour laquelle tout élément de a son inverse dans . Donc est un groupe.

Méthode

Montrer qu'une partie est un sous-groupe de . La rédaction est toujours la même, en quatre temps.

  1. Annoncer le groupe ambiant et sa loi : « montrons que est un sous-groupe de ». Sans cela, la phrase n'a pas de sens.
  2. Vérifier , puis (ce qui prouve et élimine parfois la question sur-le-champ).
  3. Prendre quelconques dans , traduire ce que cela signifie, puis établir en revenant à cette traduction.
  4. Conclure.

Deux raccourcis rentables : si est le noyau ou l'image d'un morphisme, la question est réglée en une ligne (section 2) ; si est une intersection de sous-groupes, aussi.

Exemple

Sous-groupes usuels. Dans : les . Dans : , , , . Dans : le groupe spécial linéaire des matrices de déterminant . Dans : le groupe alterné des permutations paires.

Un exemple rédigé : montrons que est un sous-groupe de . D'abord et donc . Ensuite, soient dans : alors

donc . Ainsi est un sous-groupe de .

Propriété

Intersection de sous-groupes. Soit une famille quelconque non vide de sous-groupes d'un groupe . Alors

est un sous-groupe de .

Démonstration. Notons . C'est une partie de comme intersection de parties de .

Chaque est un sous-groupe, donc contient ; par conséquent et .

Soient dans . Fixons . Comme et appartiennent à , ils appartiennent en particulier à , qui est un sous-groupe : donc . Ceci vaut pour tout de , donc .

Par la caractérisation, est un sous-groupe de .

Le résultat correspondant pour la réunion est faux, et il faut savoir le dire avec un contre-exemple sous la main.

Exemple

La réunion de deux sous-groupes n'en est en général pas un. Dans , les parties et sont des sous-groupes. Pourtant et , donc et appartiennent à , alors que

puisque n'est ni pair ni multiple de . La réunion n'est donc pas stable par l'addition : ce n'est pas un sous-groupe.

Propriété

Plus précisément, si et sont deux sous-groupes d'un groupe , alors

Démonstration. Si , alors est un sous-groupe ; de même si . Réciproquement, supposons sous-groupe et raisonnons par l'absurde en supposant et . Il existe alors avec , et avec . L'élément appartient à par stabilité. Deux cas :

  • si , alors est un produit de deux éléments de , donc : contradiction ;
  • si , alors est un produit de deux éléments de , donc : contradiction.

Dans les deux cas on aboutit à une absurdité, donc ou .

Sous-groupe engendré par une partie

La propriété d'intersection permet de définir, pour toute partie de , le plus petit sous-groupe contenant . C'est un procédé que l'on retrouvera tel quel pour les sous-espaces vectoriels engendrés, les sous-anneaux et les idéaux.

Définition

Soit une partie d'un groupe . Notons l'ensemble des sous-groupes de qui contiennent . On appelle sous-groupe engendré par , noté , l'intersection de tous ces sous-groupes :

Pour , on note simplement .

Cette intersection porte sur une famille non vide de sous-groupes, puisque lui-même contient : la définition a donc un sens, et est un sous-groupe d'après la propriété précédente.

Propriété

est le plus petit sous-groupe de contenant , au sens suivant :

  1. est un sous-groupe de et ;
  2. si est un sous-groupe de contenant , alors .

Démonstration. 1. C'est une intersection de sous-groupes, donc un sous-groupe. Chacun des sous-groupes intersectés contient par construction, donc leur intersection contient .

2. Si est un sous-groupe contenant , alors figure parmi les ensembles de la famille dont on prend l'intersection ; or une intersection est contenue dans chacun de ses membres, donc .

Cette définition est élégante mais non calculatoire : elle ne dit pas à quoi ressemblent les éléments de . Dans le cas d'un seul générateur, la description explicite est très simple, et c'est elle qu'on utilise en pratique.

Propriété

Soit un élément d'un groupe . Alors

Démonstration. Posons et montrons la double inclusion.

. Le sous-groupe contient . Étant stable par produit, il contient pour tout (récurrence immédiate : si alors ). Il contient . Étant stable par inverse, il contient pour tout . Au total, pour tout , c'est-à-dire .

. Il suffit, d'après la caractérisation du plus petit sous-groupe, de montrer que est un sous-groupe de contenant . Or , donc contient et . Soient dans : il existe dans tels que et . Alors

d'après les règles de calcul sur les puissances. Donc est un sous-groupe contenant , d'où .

Les deux inclusions donnent l'égalité.

Propriété

Pour une partie quelconque et non vide de , on a la description

le produit vide (cas ) valant . Autrement dit, est l'ensemble des produits finis d'éléments de et d'inverses d'éléments de .

Démonstration. Notons l'ensemble de droite. Tout sous-groupe contenant est stable par produit et par inverse, donc contient chacun de ces produits finis : ainsi . Réciproquement, contient (produit vide) et (produits à un facteur avec ). Si et sont dans , alors

est encore un produit fini d'éléments de et d'inverses d'éléments de , donc appartient à . Ainsi est un sous-groupe contenant , d'où .

Exemple

Dans , où la loi est notée additivement, . En particulier : le groupe est engendré par un seul élément.

Dans , si , alors , car fait que les puissances se répètent avec une période .

Toujours dans , contient , donc contient : ainsi . Deux générateurs peuvent donc engendrer bien plus que chacun séparément.

Les sous-groupes de

Voici le premier théorème de classification du chapitre : on décrit tous les sous-groupes d'un groupe donné. Sa démonstration est exigible, et le schéma de raisonnement (prendre le plus petit élément strictement positif, puis diviser) se reproduira à l'identique pour les idéaux de puis pour ceux de .

Propriété

Théorème. Les sous-groupes de sont exactement les ensembles , pour . De plus, cet entier est unique : si avec dans , alors .

Démonstration. Sens facile : chaque est un sous-groupe. Soit . On a et . Si et sont dans , alors . Donc est un sous-groupe de .

Sens réciproque : il n'y en a pas d'autres. Soit un sous-groupe de . Deux cas se présentent.

Cas 1 : . Alors , et c'est fini.

Cas 2 : . Il existe donc avec . Comme est un sous-groupe, également ; or l'un des deux entiers et est strictement positif. Ainsi l'ensemble

est une partie non vide de . Toute partie non vide de possède un plus petit élément : notons . Par construction et . Montrons que .

Inclusion . Comme et que est un sous-groupe, contient .

Inclusion . Soit . Effectuons la division euclidienne de par (licite car ) : il existe et tels que

Alors . Or et , donc par stabilité par différence. Supposons : alors , et , ce qui est contradictoire. Donc , c'est-à-dire .

Les deux inclusions donnent .

Unicité de . Soient dans avec . Si , alors donc . Sinon et . De on tire , et de on tire . Deux entiers naturels non nuls qui se divisent mutuellement sont égaux, donc .

Exemple

Ce théorème est un outil de démonstration, pas seulement un résultat de classification. Soient deux entiers. L'ensemble

est un sous-groupe de : il contient , et la différence de deux de ses éléments, , est encore de cette forme. Le théorème affirme donc qu'il existe un unique entier naturel tel que . Nous verrons en section 6 que , et que le théorème de Bézout n'est rien d'autre que la lecture de cette égalité.

Morphismes de groupes

Définition et premières propriétés

Un sous-groupe est un groupe à l'intérieur d'un autre. Un morphisme, lui, est une application qui relie deux groupes en respectant leurs lois : c'est le moyen de transporter des calculs d'un groupe vers un autre.

Définition

Soient et deux groupes. Une application est un morphisme de groupes lorsque

Un morphisme de dans lui-même s'appelle un endomorphisme de .

Dans toute la suite, pour alléger, on note multiplicativement les lois des deux groupes, le neutre de et celui de . La condition s'écrit alors simplement .

Propriété

Soit un morphisme de groupes. Alors :

  1. ;
  2. pour tout de ;
  3. pour tout de et tout de .

Démonstration. 1. En appliquant la définition à :

On a donc dans . Par régularité dans le groupe , on simplifie par à gauche et il vient .

2. Soit . En appliquant la définition à :

et de même . Donc est un inverse de dans , et par unicité de l'inverse, .

3. Pour , récurrence sur . Au rang : d'après le point 1. Si la propriété est vraie au rang , alors

Pour négatif, écrivons avec ; alors, en utilisant le point 2 puis le cas positif,

Propriété

La composée de deux morphismes de groupes est un morphisme de groupes : si et sont des morphismes, alors en est un.

Démonstration. Soient dans . Alors

en utilisant d'abord que est un morphisme, puis que en est un.

Image directe, image réciproque, image et noyau

Propriété

Soit un morphisme de groupes.

  1. Si est un sous-groupe de , alors est un sous-groupe de .
  2. Si est un sous-groupe de , alors est un sous-groupe de .

Démonstration. 1. Rappelons que . C'est une partie de . Comme et , on a , donc .

Soient dans : il existe dans tels que et . Alors, en utilisant les deux propriétés démontrées plus haut,

Or puisque est un sous-groupe. Donc , et est un sous-groupe de .

2. Rappelons que — cette notation ne présuppose pas que soit bijective. C'est une partie de . Comme , on a , qui est donc non vide.

Soient dans , c'est-à-dire et . Alors

car est un sous-groupe de , donc stable par . Ainsi , qui est bien un sous-groupe de .

Définition

Soit un morphisme de groupes. On appelle

  • image de l'ensemble ;
  • noyau de l'ensemble .

Propriété

est un sous-groupe de et est un sous-groupe de .

Démonstration. C'est le cas particulier de la propriété précédente : est l'image directe du sous-groupe de , et est l'image réciproque du sous-groupe de .

Propriété

Soit un morphisme de groupes. Alors

Démonstration. Sens direct. Supposons injectif. L'inclusion est acquise puisque . Réciproquement, soit : alors , et l'injectivité de donne . Donc , puis l'égalité.

Sens réciproque. Supposons . Soient dans tels que . En multipliant par :

d'après les propriétés des morphismes. Donc , soit , c'est-à-dire . Ainsi est injectif.

Ce critère est l'un des plus rentables de tout le programme : il remplace l'étude d'une équation à deux inconnues, , par la résolution d'une seule équation, .

Isomorphismes

Définition

Un isomorphisme de groupes est un morphisme de groupes bijectif. Deux groupes et sont dits isomorphes, ce que l'on note , lorsqu'il existe un isomorphisme de sur . Un isomorphisme de dans lui-même s'appelle un automorphisme de .

Propriété

Si est un isomorphisme de groupes, alors sa bijection réciproque est également un isomorphisme de groupes.

Démonstration. L'application est bijective, comme réciproque d'une bijection. Reste à voir que c'est un morphisme. Soient dans . Posons et , de sorte que et . Comme est un morphisme,

donc, en appliquant aux deux membres,

Deux groupes isomorphes ont exactement les mêmes propriétés exprimables avec la seule loi : même cardinal, même caractère abélien ou non, même nombre d'éléments vérifiant , etc. C'est ce qui rend légitime de les considérer comme « le même groupe écrit deux fois ». C'est aussi l'outil pour prouver que deux groupes ne sont pas isomorphes : il suffit d'exhiber une telle propriété que l'un possède et l'autre non.

Exemple

Morphismes usuels à connaître.

  • , car . Son noyau est , il est surjectif.
  • , car . C'est un isomorphisme, de réciproque . Passer au logarithme, c'est utiliser cet isomorphisme.
  • est un morphisme surjectif, de noyau : il n'est donc pas injectif.

Exemple

Morphismes usuels (suite).

  • La signature , morphisme surjectif pour , de noyau le groupe alterné .
  • Le module , de dans , de noyau .
  • L'élévation à la puissance , de dans lui-même, de noyau .
  • La réduction modulo , , de dans : c'est le morphisme central de la section 4, surjectif, de noyau .
  • Pour fixé dans , la conjugaison est un automorphisme de , car , et sa réciproque est .

Méthode

Exploiter un morphisme. Devant une application entre deux groupes, l'ordre des questions est toujours le même.

  1. Vérifier : préciser les deux groupes et leurs lois (c'est là que se cachent les erreurs), puis établir . Test de rejet immédiat : si , ce n'est pas un morphisme.
  2. Noyau : résoudre l'équation . On obtient gratuitement un sous-groupe de .
  3. Injectivité : conclure par , jamais par la définition.
  4. Image : résoudre d'inconnue , pour quelconque dans . On obtient gratuitement un sous-groupe de .
  5. Isomorphisme : si est un morphisme injectif et surjectif, alors , et tout calcul dans se transporte dans .

Réflexe inverse, tout aussi utile : une partie définie par une équation (, , , ) est presque toujours un noyau, donc un sous-groupe sans aucun calcul.

Ordre d'un élément

Définition

Définition

Soit un élément d'un groupe . On dit que est d'ordre fini lorsqu'il existe un entier tel que . Dans ce cas, on appelle ordre de , noté , le plus petit tel entier :

Si aucun entier ne vérifie , on dit que est d'ordre infini.

Ce minimum existe bien : l'ensemble considéré est une partie non vide de , donc admet un plus petit élément. Notons aussi que si et seulement si .

Exemple

Dans , noté additivement, la condition « pour un » impose : le seul élément d'ordre fini est , d'ordre , tous les autres sont d'ordre infini.

Dans , l'élément vérifie , , , : donc . L'élément est d'ordre infini, car pour tout .

Dans , une transposition est d'ordre , et un cycle de longueur est d'ordre .

Propriété

Dans un groupe fini, tout élément est d'ordre fini.

Démonstration. Soit un groupe fini de cardinal et . Les éléments appartiennent tous à , qui n'a que éléments : ils ne peuvent être deux à deux distincts. Il existe donc avec . En multipliant par , il vient avec . Donc est d'ordre fini.

L'ordre est le cardinal du sous-groupe engendré

Propriété

Soit un élément d'ordre fini d'un groupe . Alors

et ces éléments sont deux à deux distincts. En particulier

Démonstration. Notons .

Inclusion . On sait que . Soit . Effectuons la division euclidienne de par (licite car ) : il existe et tels que avec . Alors

et puisque . Donc .

Inclusion . Immédiate, puisque chaque avec est une puissance entière de .

Les éléments sont deux à deux distincts. Supposons avec . Alors avec . Si l'on avait , l'entier serait un entier strictement positif vérifiant et strictement inférieur à , ce qui contredit la minimalité de . Donc , soit .

Le sous-groupe a donc exactement éléments.

Cette égalité est à retenir dans les deux sens : elle permet de calculer un ordre en comptant des éléments, et de compter des éléments en calculant un ordre.

Le théorème de divisibilité de l'ordre

Propriété

Théorème. Soit un élément d'ordre fini d'un groupe . Alors, pour tout ,

Démonstration. Posons .

Sens réciproque. Supposons : il existe tel que . Alors

Sens direct. Supposons . Effectuons la division euclidienne de par : il existe et tels que avec . Alors

Ainsi avec . Si , cela contredit la minimalité de dans la définition de l'ordre. Donc , c'est-à-dire , soit .

Propriété

Corollaire. Soit d'ordre fini . Pour tous de ,

Autrement dit, les puissances de ne dépendent que de la classe de l'exposant modulo .

Démonstration. On a si et seulement si (en multipliant par , opération réversible), c'est-à-dire, d'après le théorème, si et seulement si , ce qui est exactement .

Une conséquence à connaître : les morphismes ne peuvent qu'abaisser l'ordre, et jamais l'augmenter.

Propriété

Soit un morphisme de groupes et d'ordre fini. Alors est d'ordre fini et

avec égalité lorsque est injectif.

Démonstration. Posons . Alors , donc est d'ordre fini et, par le théorème, .

Supposons injectif et notons . De et de l'injectivité on tire , donc . Comme et avec entiers naturels non nuls, .

Ordre dans un groupe fini : le théorème de Lagrange

Propriété

Théorème de Lagrange (admis). Soit un groupe fini et . Alors est d'ordre fini et

Ce résultat est admis : sa démonstration, qui repose sur la décomposition d'un groupe en classes suivant un sous-groupe, est hors programme en MP. On ne vous demandera jamais de le démontrer, mais son usage est constant. Sous la forme usuelle, le théorème de Lagrange dit que le cardinal de tout sous-groupe d'un groupe fini divise le cardinal du groupe ; l'énoncé ci-dessus en est le cas particulier appliqué au sous-groupe , dont le cardinal vaut .

Propriété

Corollaire. Soit un groupe fini de cardinal . Alors

Démonstration. Soit . D'après le théorème de Lagrange, . D'après le théorème de divisibilité de l'ordre, la relation équivaut à .

Ce corollaire, appliqué au groupe , donnera en section 7 le théorème d'Euler, puis le petit théorème de Fermat. C'est dire son importance.

Propriété

Soient et deux éléments d'ordre fini d'un groupe . Si et commutent et si , alors

Démonstration. Posons , , avec . Comme et commutent, pour tout (récurrence immédiate).

L'ordre divise . On a , donc .

Réciproquement. Notons . De on tire . Élevons à la puissance :

donc . Comme , le théorème de Gauss donne . Le raisonnement symétrique, en élevant à la puissance , donne . Comme et sont premiers entre eux et divisent tous deux , leur produit divise : .

De et avec entiers naturels non nuls, on conclut .

Méthode

Calculer l'ordre d'un élément en pratique. Ne calculez jamais à l'aveugle : le théorème de Lagrange réduit énormément le travail.

  1. Déterminer (si est fini). Par Lagrange, est un diviseur de .
  2. Lister les diviseurs de , dans l'ordre croissant.
  3. Tester pour ces diviseurs , du plus petit au plus grand : le premier qui convient est .
  4. Raccourci fréquent : si l'on connaît un entier avec , alors , et il suffit de tester les diviseurs de — pas besoin de connaître .

Pour montrer que sans liste de diviseurs, la rédaction type est en deux temps : on vérifie (donc ), puis on vérifie que pour chaque diviseur strict de .

Exemple

Calcul d'un ordre dans . Soit et . Le groupe a éléments, donc divise : les candidats sont .

On a , et si et seulement si . Testons : n'est pas multiple de ; non plus ; , oui. Donc

On remarque que . Ce n'est pas un hasard : la formule générale sera démontrée en section 4.

Groupes monogènes et cycliques

Définitions

Définition

Un groupe est dit monogène lorsqu'il existe tel que . Un tel s'appelle un générateur de .

Un groupe monogène fini est dit cyclique.

Propriété

Tout groupe monogène est abélien.

Démonstration. Soit . Tout élément de s'écrit avec . Soient et deux éléments de . Alors

la commutativité provenant de celle de l'addition dans , au niveau des exposants.

La réciproque est fausse : est abélien mais n'est pas monogène, et est un groupe abélien à quatre éléments dont tous les éléments vérifient , donc sont d'ordre ou : aucun n'est d'ordre , donc aucun n'engendre le groupe.

Exemple

est monogène infini. Il est aussi engendré par , et par aucun autre élément : dès que .

est cyclique de cardinal .

Construction du groupe

Fixons un entier . Vous connaissez depuis la première année la relation de congruence : pour dans ,

C'est une relation d'équivalence sur : elle est réflexive (), symétrique (si alors ) et transitive (si et , alors divise leur somme ). La nouveauté de cette année consiste à regarder les paquets d'entiers congrus entre eux comme des objets à part entière, et à les additionner.

Définition

Pour , on appelle classe de modulo l'ensemble

L'ensemble des classes modulo est noté .

Propriété

Soient dans . Alors

De plus , et ces classes sont deux à deux distinctes, donc .

Démonstration. Équivalence. Supposons . Comme , il existe tel que , donc . Réciproquement, si , écrivons . Alors tout élément de s'écrit , donc , et l'inclusion inverse s'obtient de la même façon.

Description. Soit . La division euclidienne de par s'écrit avec , donc et : toute classe est l'une des classes annoncées. Enfin, si avec , alors ; or , ce qui force . Les classes sont donc deux à deux distinctes.

Il s'agit maintenant d'additionner ces classes. La définition naturelle consiste à additionner des représentants, mais il faut s'assurer que le résultat ne dépend pas des représentants choisis : c'est le point délicat, et il ne faut jamais l'escamoter.

Propriété

L'application

est bien définie sur : elle ne dépend pas des représentants choisis.

Démonstration. Soient des entiers tels que et . Il s'agit de montrer que .

Par hypothèse, et : écrivons et . Alors

donc , c'est-à-dire , soit .

Propriété

est un groupe abélien de cardinal , de neutre , l'opposé de étant . Il est cyclique, engendré par .

Démonstration. L'associativité et la commutativité se lisent sur les représentants :

et de même . On a , donc est neutre, et , donc est inversible d'opposé .

Enfin, en notation additive, pour tout , donc contient toutes les classes : . Le groupe est monogène et fini, donc cyclique.

Propriété

L'application , , est un morphisme de groupes surjectif de sur , et

Démonstration. C'est un morphisme par définition même de l'addition des classes : . Il est surjectif puisque toute classe est de la forme . Enfin

Le théorème de structure

Voici le théorème central de cette partie : les groupes monogènes sont tous connus, et il n'y en a essentiellement qu'un par cardinal.

Propriété

Théorème de structure des groupes monogènes. Soit un groupe monogène.

  1. Si est infini, alors .
  2. Si est fini de cardinal , alors .

Démonstration. Considérons l'application

C'est un morphisme de dans : .

Il est surjectif : son image est .

Son noyau est un sous-groupe de , donc, d'après le théorème de classification de la section 1, il existe un unique tel que . Deux cas.

Cas 1 : . Alors , donc est injectif. Étant de plus surjectif, est un isomorphisme de sur , et . Notons que est alors infini, puisqu'en bijection avec .

Cas 2 : . Alors signifie exactement : . En particulier avec , donc est d'ordre fini et, par le théorème de divisibilité de l'ordre, . D'après la section 3, : le groupe est fini de cardinal .

Construisons alors

est bien définie. C'est le point à ne pas oublier. Si , alors , donc d'après ce qui précède, d'où . L'image ne dépend donc pas du représentant choisi.

est un morphisme de dans :

est surjective : son image contient tous les , , c'est-à-dire tout entier.

est injective : si , alors , donc , donc . Le noyau est réduit au neutre.

Ainsi est un isomorphisme et .

Retenez la portée du résultat : à isomorphisme près, il existe un seul groupe cyclique de cardinal , et un seul groupe monogène infini. Toute question sur un groupe cyclique de cardinal peut donc se traiter dans , c'est-à-dire par de l'arithmétique dans .

Ordre des éléments et générateurs de

Propriété

Soit et . Dans le groupe ,

Démonstration. Posons , et écrivons , avec . En notation additive, l'ordre de est le plus petit entier tel que , c'est-à-dire tel que , c'est-à-dire tel que .

Or

Comme , le théorème de Gauss donne . Le plus petit entier vérifiant est . Donc

Propriété

Générateurs de . Soit et . Alors

Le nombre de générateurs de est donc le nombre d'entiers de premiers avec , quantité notée et étudiée en section 7.

Démonstration. L'élément engendre si et seulement si , c'est-à-dire d'après la section 3. Or la propriété précédente donne , et

Voici une seconde démonstration, purement arithmétique, qui met en évidence le rôle de Bézout et qu'il est bon d'avoir en tête pour la suite. Si , le théorème de Bézout fournit entiers tels que ; en passant aux classes, , donc , et comme engendre le groupe, . Réciproquement, si engendre, il existe tel que , donc , donc il existe avec , soit : tout diviseur commun de et divise , d'où .

Exemple

Dans , les ordres sont donnés par :

Les générateurs sont les avec , soit : il y en a .

Le modèle multiplicatif : le groupe

Propriété

Soit et . Le groupe des racines -ièmes de l'unité est cyclique de cardinal , engendré par , et

Démonstration. Rappelons que , ensemble à éléments. C'est un sous-groupe de , comme noyau du morphisme .

Considérons

Bonne définition : si , alors , donc , d'où .

Morphisme : .

Surjectivité : tout élément de est de la forme .

Injectivité : une application surjective entre deux ensembles finis de même cardinal est nécessairement injective. (On peut aussi le voir directement : si alors donc .)

Donc est un isomorphisme, et est cyclique de cardinal .

Propriété

Corollaire. Tout groupe cyclique de cardinal est isomorphe à . Les générateurs de sont exactement les avec : ce sont les racines primitives -ièmes de l'unité.

Démonstration. Si est cyclique de cardinal , alors par le théorème de structure, et ; en composant les deux isomorphismes (et en utilisant que la composée de deux isomorphismes en est un), .

Un isomorphisme transporte les générateurs sur les générateurs : comme et que les générateurs de sont les avec , ceux de sont les correspondants.

Propriété

Tout sous-groupe d'un groupe monogène est monogène.

Démonstration. Soit et un sous-groupe de . Reprenons le morphisme surjectif , . Alors est un sous-groupe de , donc de la forme pour un . Comme est surjective, , donc

et est monogène, engendré par .

Méthode

Montrer qu'un groupe fini de cardinal est cyclique. Une seule chose à faire : exhiber un élément d'ordre . En effet, si , alors , donc .

En pratique, on teste les éléments un par un, en utilisant le fait que l'ordre divise (Lagrange) : il suffit de vérifier que pour tout diviseur strict de , ce qui se réduit souvent à deux ou trois vérifications.

Montrer qu'il n'est pas cyclique : prouver que tous les éléments sont d'ordre strictement inférieur à . Le cas le plus fréquent est celui où tout élément vérifie pour un fixé.

Exemple

Le groupe est de cardinal mais n'est pas cyclique : chacun de ses quatre éléments vérifie , donc est d'ordre ou , jamais . Il n'est donc pas isomorphe à , alors qu'il a le même cardinal.

En revanche , de cardinal , est cyclique : l'élément avec vérifie et , donc son ordre divise sans valoir , ni : il vaut . Ce contraste entre et est exactement ce que le théorème chinois expliquera en section 7.

Anneaux : rappels et compléments

Définition, exemples, produit

Définition

Un anneau est un triplet est un ensemble muni de deux lois de composition internes tel que :

  1. est un groupe abélien, de neutre noté ;
  2. la loi est associative et possède un élément neutre noté ;
  3. la loi est distributive par rapport à : pour tous de ,

L'anneau est dit commutatif lorsque est commutative.

Attention : dans ce cours, un anneau est toujours unitaire (il possède un ), et il n'est pas supposé commutatif. Les deux distributivités sont donc à écrire séparément tant qu'on ne sait pas que l'anneau est commutatif.

Exemple

Anneaux commutatifs usuels. , , , pour les opérations usuelles. L'anneau des polynômes. L'anneau des applications de dans , muni des opérations point par point : et , de neutre la fonction constante égale à . L'anneau des entiers de Gauss.

L'anneau nul , dans lequel : c'est le seul anneau où cela se produit.

Exemple

Anneaux non commutatifs usuels. pour , muni de l'addition et du produit matriciel, de neutre . L'anneau des endomorphismes d'un -espace vectoriel , muni de l'addition et de la composition, de neutre ; il est non commutatif dès que .

Dans , prenons et . Alors et : ces deux produits diffèrent.

Définition

Soient des anneaux. Le produit est muni des deux lois définies composante par composante :

Propriété

Le produit est un anneau, de zéro et d'unité . Il est commutatif si et seulement si chaque l'est.

Démonstration. Tous les axiomes portent sur des égalités entre éléments du produit, et deux éléments du produit sont égaux si et seulement si leurs composantes le sont. Chaque axiome se ramène donc au même axiome dans chaque , où il est vrai par hypothèse. Le groupe est abélien d'après la propriété analogue pour les groupes produits.

Exemple

Un produit de deux anneaux non nuls possède toujours des diviseurs de zéro : dans ,

alors qu'aucun des deux facteurs n'est nul. Un produit de deux anneaux non nuls n'est donc jamais intègre, et encore moins un corps. Retenez-le : ce petit calcul sert de contre-exemple dans une foule de situations.

Règles de calcul

Propriété

Soit un anneau. Pour tous de :

Démonstration. Pour la première : par distributivité. En ajoutant aux deux membres dans le groupe , il vient . Le calcul symétrique donne .

Pour la deuxième : , donc est l'opposé de dans le groupe , c'est-à-dire . De même pour .

Pour la troisième : .

Propriété

Formule du binôme. Soient deux éléments d'un anneau qui commutent, c'est-à-dire . Alors, pour tout ,

Démonstration. Récurrence sur . Pour , les deux membres valent .

Supposons la formule vraie au rang . Alors

C'est ici qu'intervient l'hypothèse de commutation : de on tire, par une récurrence immédiate, pour tout , donc . Ainsi

Dans la première somme, le changement d'indice donne . En regroupant avec la seconde somme et en utilisant la formule de Pascal , on obtient

Propriété

Sous la même hypothèse , on a pour tout

Démonstration. Développons le membre de droite en utilisant :

Posons pour . La première somme vaut et la seconde : leur différence est télescopique et vaut .

Exemple

L'hypothèse de commutation n'est pas décorative. Dans , reprenons et de l'exemple précédent. On calcule , tandis que

Avant tout usage du binôme dans ou , il faut donc justifier la commutation, par exemple en écrivant commute avec tout.

Sous-anneaux

Définition

Soit un anneau et une partie de . On dit que est un sous-anneau de lorsque est stable par les deux lois, contient , et que , muni des lois induites, est un anneau.

Propriété

Caractérisation. Une partie d'un anneau est un sous-anneau de si et seulement si :

  1. ;
  2. pour tous de , ;
  3. pour tous de , .

Démonstration. Sens direct. Si est un sous-anneau, il contient par définition, et est un sous-groupe de — car c'est un groupe pour la loi induite — donc stable par différence ; enfin il est stable par produit.

Sens réciproque. Supposons les trois conditions. Le point 1 assure , et avec le point 2 la caractérisation des sous-groupes donne que est un sous-groupe de , donc un groupe abélien contenant . Le point 3 assure que induit une loi interne sur ; elle est associative et distributive sur puisqu'elle l'est sur , et en est le neutre. Donc est un anneau.

Exemple

est un sous-anneau de , lui-même sous-anneau de , lui-même sous-anneau de . L'ensemble est un sous-anneau de : il contient , et

avec des coefficients entiers dans les deux cas.

En revanche, n'est pas un sous-anneau de : il est stable par différence et par produit, mais il ne contient pas . C'est le premier exemple à avoir en tête pour distinguer sous-anneau et idéal.

Inversibles, intégrité, corps

Définition

Soit un anneau. Un élément de est dit inversible lorsqu'il existe tel que . Cet élément est alors unique, noté . L'ensemble des éléments inversibles de est noté .

Propriété

est un groupe, appelé groupe des inversibles de .

Démonstration. La multiplication induit une loi interne sur : si et sont inversibles, alors et , donc . Cette loi est associative (elle l'est dans ), est inversible d'inverse lui-même donc est neutre, et tout a son inverse dans (car est inversible, d'inverse ).

Exemple

. Pour un corps , . L'anneau a pour inversibles les polynômes constants non nuls : . Enfin

et est l'ensemble des fonctions ne s'annulant jamais.

Définition

Soit un anneau. Un élément non nul de est un diviseur de zéro s'il existe tel que ou .

Un anneau est dit intègre lorsqu'il est commutatif, non nul, et sans diviseur de zéro, c'est-à-dire

Propriété

Dans un anneau intègre, tout élément non nul est régulier :

Démonstration. De on tire par distributivité. Comme est intègre et , il vient , donc .

Définition

Un corps est un anneau commutatif , non nul, dont tout élément non nul est inversible, c'est-à-dire tel que

Un sous-corps d'un corps est un sous-anneau de stable par passage à l'inverse des éléments non nuls.

Propriété

Tout corps est intègre. La réciproque est fausse.

Démonstration. Soit un corps et tels que avec . Comme est inversible, en multipliant par :

Donc est intègre. Pour la réciproque, est intègre mais n'est pas un corps ( n'y est pas inversible), et est intègre sans être un corps ( n'y est pas inversible).

Exemple

, , sont des corps ; est un sous-corps de , lui-même sous-corps de . L'ensemble

est un sous-corps de : pour l'inverse, si , alors (sinon serait rationnel), et

Morphismes d'anneaux

Définition

Soient et deux anneaux. Une application est un morphisme d'anneaux lorsque, pour tous de :

Un morphisme d'anneaux bijectif est un isomorphisme d'anneaux.

La troisième condition fait partie de la définition : elle ne se déduit pas des deux autres. Ainsi, l'application , , respecte l'addition et la multiplication, mais envoie sur : ce n'est pas un morphisme d'anneaux.

Propriété

Soit un morphisme d'anneaux.

  1. est en particulier un morphisme de groupes de dans , donc et .
  2. est un sous-anneau de .
  3. est un sous-groupe de , et est injectif si et seulement si .
  4. Si , alors et .

Démonstration. 1. C'est la première condition de la définition, et les propriétés des morphismes de groupes s'appliquent.

2. On a . Soient et dans : alors et . La caractérisation des sous-anneaux conclut.

3. C'est le noyau du morphisme de groupes associé, d'où les deux affirmations.

4. Si , alors et de même .

Le point 4 signifie que induit, par restriction, un morphisme de groupes de dans . On s'en servira pour le théorème chinois.

Propriété

La réciproque d'un isomorphisme d'anneaux est un isomorphisme d'anneaux, et la composée de deux morphismes d'anneaux est un morphisme d'anneaux.

Démonstration. Pour la composée, les trois conditions se vérifient l'une après l'autre comme pour les groupes, la troisième donnant . Pour la réciproque : on sait déjà que respecte l'addition (cas des groupes). Pour la multiplication, soient dans et , ; de on tire . Enfin donne .

Exemple

Morphismes d'anneaux usuels. La conjugaison est un automorphisme de l'anneau . Pour fixé, l'évaluation est un morphisme d'anneaux de dans , surjectif, de noyau l'ensemble des polynômes s'annulant en . La réduction de dans est un morphisme d'anneaux surjectif de noyau (section 7). Enfin, si est de dimension et une base de , l'application est un isomorphisme d'anneaux de sur .

Idéaux d'un anneau commutatif

Dans toute cette section, désigne un anneau commutatif. La notion d'idéal n'est définie ici que dans ce cadre : c'est une restriction voulue du programme, et l'on ne parlera jamais d'idéal d'un anneau non commutatif.

Définition et premiers exemples

Définition

Une partie de est un idéal de lorsque :

  1. est un sous-groupe de ;
  2. est absorbante pour la multiplication : pour tout et tout , .

La différence avec un sous-anneau est essentielle et se résume ainsi : un sous-anneau est stable par produit entre ses éléments et contient ; un idéal est stable par produit par n'importe quel élément de l'anneau ambiant et ne contient en général pas .

Exemple

et sont des idéaux de , appelés idéaux triviaux.

Dans , l'ensemble est un idéal : c'est un sous-groupe additif, et si est pair, est pair pour tout entier . Ce même n'est pas un sous-anneau (il ne contient pas ). Inversement, est un sous-anneau de mais n'est pas un idéal de : .

Propriété

Soit un idéal de . Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. ;
  2. ;
  3. contient un élément inversible.

Démonstration. est clair, et aussi puisque est inversible.

. Soit . Pour tout , l'absorption donne , c'est-à-dire . Donc , et comme , on a .

Propriété

Corollaire. Soit un corps. Les seuls idéaux de sont et .

Démonstration. Soit un idéal de non réduit à . Il contient un élément , qui est inversible puisque est un corps. D'après la propriété précédente, .

Idéal engendré par un élément

Définition

Soit . On pose

Propriété

est un idéal de , il contient , et c'est le plus petit idéal de contenant : tout idéal contenant contient . On l'appelle l'idéal engendré par , et un idéal de cette forme est dit principal.

Démonstration. C'est un idéal. On a . Si et sont dans , alors : c'est un sous-groupe additif. Enfin, pour et , la commutativité donne .

Il contient : . C'est ici que l'on utilise que l'anneau est unitaire.

C'est le plus petit. Soit un idéal contenant . Pour tout , l'absorption donne . Donc .

Exemple

Dans : . Dans : est l'ensemble des multiples de . Dans tout anneau : et , et plus généralement pour tout inversible.

Propriété

Soient et deux idéaux de . Alors et

sont des idéaux de .

Démonstration. Intersection. C'est un sous-groupe de comme intersection de sous-groupes. Si et , alors (car est un idéal) et (car en est un), donc .

Somme. On a . Si et avec et , alors

Enfin, pour , avec et , donc .

Propriété

Soit un morphisme d'anneaux, et commutatifs. Alors est un idéal de .

Démonstration. On sait déjà que est un sous-groupe de . Soient et . Alors

donc .

Exemple

L'image, elle, n'est en général pas un idéal. Considérons l'inclusion , . C'est un morphisme d'anneaux, et . Or n'est pas un idéal de : le corps n'a que deux idéaux, et , et n'est ni l'un ni l'autre.

Retenez donc la dissymétrie : le noyau est un idéal, l'image est un sous-anneau. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre.

Divisibilité et inclusion d'idéaux

Définition

Soient dans . On dit que divise , noté , lorsqu'il existe tel que .

Propriété

Pour tous de :

Démonstration. : dire qu'il existe avec , c'est exactement dire que appartient à .

: si et comme est un idéal, tout multiple de appartient à par absorption ; donc .

: car .

Cette équivalence est le cœur de la section : elle traduit une relation arithmétique (« diviser ») en une relation ensembliste (« contenir »). Retenez le sens des inclusions, qui surprend au début : plus un élément divise, plus son idéal est gros. Ainsi car divise , et est le plus gros de tous.

Propriété

Supposons intègre. Alors, pour dans ,

On dit alors que et sont associés.

Démonstration. Sens réciproque. Si avec inversible, alors et (car ), donc et .

Sens direct. Supposons . Alors et : il existe avec et . Si , alors et convient. Sinon, , donc ; comme est intègre et , il vient , donc est inversible.

Les idéaux de

Propriété

Théorème. Les idéaux de sont exactement les , , et cet entier est unique.

Démonstration. Chaque est un idéal, comme idéal engendré par un élément.

Réciproquement, soit un idéal de . En particulier, est un sous-groupe de , donc, d'après le théorème de la section 1, il existe un unique tel que .

Ce théorème mérite un commentaire : dans , les idéaux et les sous-groupes additifs coïncident. Ce n'est pas un phénomène général (dans , est un sous-groupe additif qui n'est pas un idéal) ; c'est une particularité de , due au fait que la multiplication par un entier n'est qu'une addition répétée.

Propriété

PGCD et PPCM par les idéaux. Soient deux entiers. Alors

Démonstration. Première égalité. L'ensemble est un idéal de (somme de deux idéaux), donc il existe un unique tel que . Montrons que , c'est-à-dire que est un diviseur commun de et , et qu'il est divisible par tout diviseur commun.

D'une part, , donc ; de même . Ainsi est un diviseur commun de et de .

D'autre part, soit un diviseur commun de et . Comme , il existe entiers tels que . Puisque et , on en déduit .

Donc est un diviseur commun de et divisible par tout diviseur commun : c'est le PGCD, .

Seconde égalité. L'ensemble est un idéal de , donc de la forme avec . Or signifie exactement que est un multiple commun de et de . Ainsi est l'ensemble des multiples communs ; en particulier est un multiple commun, et tout multiple commun est dans donc multiple de . C'est la définition du PPCM : .

Propriété

Théorème de Bézout. Soient deux entiers, non tous deux nuls.

  1. Il existe dans tels que .
  2. si et seulement s'il existe dans tels que .

Démonstration. 1. Posons . D'après la propriété précédente, , ce qui signifie précisément qu'il existe entiers avec .

2. Si , le point 1 fournit avec . Réciproquement, supposons . Alors , donc , et comme est un entier naturel, .

Méthode

Utiliser les idéaux en arithmétique. Le schéma est toujours le même, et il resservira tel quel dans .

  1. Fabriquer un idéal à partir de l'énoncé : l'ensemble des , l'ensemble des multiples communs, l'ensemble des tels que , l'ensemble des polynômes annulant un endomorphisme. Vérifier en trois lignes que c'est bien un idéal.
  2. Invoquer le théorème de classification : cet idéal est de la forme (ou dans ), pour un unique naturel.
  3. Identifier ce générateur en montrant qu'il possède la propriété caractéristique cherchée (PGCD, PPCM, ordre, plus petit degré).

Ce raisonnement remplace avantageusement les manipulations de divisibilité : on gagne l'existence gratuitement, alors qu'elle est le point difficile dans l'approche élémentaire.

Exemple

Quelques calculs immédiats avec ces égalités. Comme , on a : tout entier pair s'écrit , et par exemple . Comme , on a : un entier est à la fois pair et multiple de si et seulement s'il est multiple de .

Enfin, puisque , ce que confirme la relation .

L'anneau

Dans toute cette section, désigne un entier supérieur ou égal à .

La structure d'anneau

Nous avons muni d'une addition. Il reste à y définir une multiplication, et la question de la bonne définition se pose exactement comme pour l'addition.

Propriété

L'application est bien définie sur , et est un anneau commutatif, d'unité .

Démonstration. Bonne définition. Soient tels que et , c'est-à-dire et pour certains entiers . Alors

donc , c'est-à-dire .

Structure d'anneau. On sait déjà que est un groupe abélien. L'associativité, la commutativité et la distributivité se lisent sur les représentants, par exemple

en utilisant à chaque étape la définition des lois et la distributivité dans . Enfin , donc est l'unité.

Propriété

L'application , , est un morphisme d'anneaux surjectif, de noyau .

Démonstration. On a déjà vu que est un morphisme de groupes additifs surjectif de noyau . De plus par définition du produit, et .

Concrètement, ce morphisme dit que l'on peut calculer avant ou après réduction, au choix. C'est ce qui justifie la pratique du calcul modulo : pour trouver le reste de modulo , on peut réduire d'abord (, ) puis multiplier ().

Exemple

Table de multiplication de (les barres sont omises).

On lit deux phénomènes nouveaux. D'une part avec et : l'anneau n'est pas intègre. D'autre part, seules les lignes de et de contiennent : les seuls inversibles sont (inverse de lui-même) et (inverse de lui-même, car ).

Les inversibles de

Propriété

Théorème. Soit . Alors

Démonstration. Sens réciproque. Supposons . D'après le théorème de Bézout, il existe entiers tels que

Passons aux classes modulo en appliquant le morphisme :

Or , donc . Ainsi est inversible, d'inverse .

Sens direct. Supposons inversible : il existe tel que , c'est-à-dire , c'est-à-dire . Il existe donc tel que , soit

Tout diviseur commun de et de divise le membre de gauche, donc divise . Ainsi .

Cette démonstration est à connaître dans les deux sens : c'est le pont entre l'arithmétique de et l'algèbre de . Notez qu'elle est constructive : l'inverse de se lit directement sur une relation de Bézout, que l'algorithme d'Euclide fournit.

Méthode

Calculer l'inverse de dans .

  1. Vérifier par l'algorithme d'Euclide (sinon l'inverse n'existe pas, et il faut le dire).
  2. Remonter l'algorithme d'Euclide pour écrire .
  3. L'inverse est . Le réduire dans si on veut le représentant naturel.
  4. Vérifier : calculer et contrôler que son reste modulo vaut . Cette vérification prend cinq secondes et évite une erreur de signe, qui est l'erreur la plus fréquente à cette étape.

Exemple

Inverse de dans . Algorithme d'Euclide, descente :

Le dernier reste non nul vaut , donc et est inversible. Remontée :

Donc , et l'inverse de est .

Vérification : , donc .

Définition

Pour , on appelle indicatrice d'Euler de le nombre

Propriété

Démonstration. Les éléments de sont les pour , deux à deux distincts (c'est la même liste que , l'entier y jouant le rôle de ). D'après le théorème, est inversible si et seulement si . Le cardinal de est donc le nombre de tels , c'est-à-dire .

Propriété

Soit . Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. est un corps ;
  2. est intègre ;
  3. est premier.

Démonstration. : tout corps est intègre.

. Par contraposée. Supposons non premier. Comme , il s'écrit avec et . Alors

tandis que et (car ne divise ni ni , tous deux compris strictement entre et ). L'anneau possède donc des diviseurs de zéro : il n'est pas intègre.

. Supposons premier. Soit , c'est-à-dire . Comme est premier, ses seuls diviseurs positifs sont et ; le PGCD est l'un des deux, et il ne peut valoir puisque . Donc , et le théorème sur les inversibles donne . Tout élément non nul est inversible, et l'anneau est commutatif non nul : c'est un corps.

Exemple

est un corps à éléments : a éléments. En revanche n'est pas un corps : , et

de cardinal . On vérifie d'ailleurs que chacun de ces quatre éléments est son propre inverse : , , modulo .

Le théorème chinois

Propriété

Théorème chinois. Soient et deux entiers supérieurs ou égaux à tels que . Alors l'application

est un isomorphisme d'anneaux, où désigne la réduction modulo .

Démonstration. est bien définie. Soient tels que dans , c'est-à-dire . Alors en particulier et , donc et . L'image ne dépend pas du représentant.

est un morphisme d'anneaux. Les lois du produit étant définies composante par composante, on a pour tous :

et de même pour le produit, puisque et sont des morphismes d'anneaux. Enfin est l'unité du produit.

est injective. Calculons son noyau. Soit tel que soit nul, c'est-à-dire

Écrivons . Comme et , le théorème de Gauss donne , donc et . Ainsi , c'est-à-dire dans . Le noyau est réduit à , donc est injective.

est surjective. Les deux ensembles sont finis de même cardinal :

Une application injective entre deux ensembles finis de même cardinal est bijective. Donc est un isomorphisme d'anneaux.

L'hypothèse est indispensable, et c'est l'oubli le plus fréquent. Pour , les anneaux et ont bien tous deux quatre éléments, mais ils ne sont pas isomorphes : dans le second, tout élément vérifie , alors que dans le premier.

Propriété

Corollaire (inversibles d'un produit). Soient et deux anneaux. Alors

Démonstration. Soit . Dire que est inversible, c'est dire qu'il existe tel que et . Comme les lois sont définies composante par composante, cela équivaut à et , c'est-à-dire à : et .

Propriété

Corollaire (multiplicativité de ). Si , alors

Démonstration. Un isomorphisme d'anneaux induit une bijection de sur : en effet , (car est aussi un morphisme d'anneaux), et est injective. Donc .

Appliquons ceci à l'isomorphisme chinois, puis le corollaire précédent :

Calcul de

Propriété

Soit un nombre premier et . Alors

Démonstration. Comptons les entiers de non premiers avec . Comme est premier, les diviseurs de autres que sont tous multiples de ; donc si et seulement si .

Les multiples de dans sont : il y en a exactement . Par différence,

Propriété

Soit , de décomposition en facteurs premiers avec premiers deux à deux distincts. Alors

Démonstration. Les entiers sont deux à deux premiers entre eux, puisque les sont des premiers distincts. Une récurrence sur , appuyée sur la multiplicativité de , donne

puis la formule de conclut. Pour la seconde écriture, il suffit de factoriser dans chaque facteur et de reconnaître .

Exemple

Trois calculs. Pour :

Pour : . Pour premier : , et pour produit de deux premiers distincts : , formule qui servira pour RSA.

Théorème d'Euler et petit théorème de Fermat

Propriété

Théorème d'Euler. Soient et tel que . Alors

Démonstration. Comme , la classe appartient au groupe , qui est un groupe fini de cardinal .

Le corollaire du théorème de Lagrange (section 3) affirme que, dans un groupe fini de cardinal , tout élément vérifie . Appliqué à , cela donne

Or puisque est un morphisme d'anneaux. L'égalité signifie exactement .

Propriété

Petit théorème de Fermat. Soit un nombre premier.

  1. Si , alors .
  2. Pour tout entier , .

Démonstration. 1. Si , alors (les seuls diviseurs positifs de étant et ). Le théorème d'Euler s'applique avec et , d'où .

2. Deux cas. Si , alors et . Sinon, le point 1 donne , et en multipliant par : .

Méthode

Calculer le reste d'une grande puissance modulo .

  1. Vérifier et calculer .
  2. Réduire l'exposant modulo : écrire avec . Alors
  1. Calculer modulo par exponentiation rapide : on calcule en élevant au carré et en réduisant à chaque étape, puis on multiplie les puissances correspondant à l'écriture binaire de .
  2. Si l'ordre de est plus petit que , on peut réduire l'exposant modulo cet ordre : c'est encore plus rapide.

Exemple

Reste de modulo . On a et . La division euclidienne donne , donc

Or , donc . Conclusion : .

Exemple

Reste de modulo . On a et . Comme , il vient .

Exponentiation rapide, en réduisant à chaque étape :

Comme ,

On calcule , puis . Conclusion : , autrement dit se termine par les chiffres .

Systèmes de congruences

Méthode

Résoudre un système , .

  1. Vérifier . Si c'est le cas, le théorème chinois garantit qu'il existe une solution et que l'ensemble des solutions est une unique classe modulo . Si , le système n'a de solution que si , et il faut alors traiter le cas à la main.
  2. Paramétrer la première congruence : avec .
  3. Reporter dans la seconde : , soit .
  4. Inverser dans (possible car ) pour obtenir , puis .
  5. Remonter : , et conclure par une classe modulo .
  6. Vérifier la solution trouvée dans les deux congruences de départ.

Pour trois congruences ou plus, on applique la méthode aux deux premières, puis on recommence avec la congruence obtenue et la suivante.

Exemple

Résolution de et . Comme , il y a exactement une classe de solutions modulo .

Posons . La seconde congruence donne , soit . Or , donc dans , et . Écrivons :

L'ensemble des solutions est donc , soit .

Vérification : donc , et donc .

Exemple

Un système à trois congruences. Résolvons

Les modules , , sont deux à deux premiers entre eux : il y aura une unique classe modulo .

Deux dernières congruences. Posons . Alors , soit . Comme , on a , donc , soit et

Première congruence. On reporte : . Or et modulo , donc , soit , soit (car est inversible modulo ). Ainsi et

Conclusion : . Vérification : , , . Les trois congruences sont satisfaites.

Application : le chiffrement RSA

Tout ce qui précède se réunit dans un objet bien concret : le système de chiffrement RSA, publié en 1978, utilisé aujourd'hui pour authentifier les communications bancaires et les sites web. Son idée est qu'il est facile de multiplier deux grands nombres premiers, et — pour l'instant — très coûteux de retrouver ces deux facteurs à partir du produit.

Construction des clés. On choisit deux nombres premiers distincts et , et l'on pose

la seconde égalité venant de la multiplicativité de et de . On choisit ensuite un entier tel que , puis un inverse de modulo , obtenu par l'algorithme d'Euclide. La clé publique est le couple , la clé privée est ; les nombres et sont détruits ou gardés secrets.

Chiffrement et déchiffrement. Un message est un entier de . On chiffre par et l'on déchiffre par .

Propriété

Avec les notations ci-dessus, pour tout entier ,

Le déchiffrement redonne donc bien le message initial.

Démonstration. Par construction, : il existe tel que

Modulo . Si , alors et . Sinon, le petit théorème de Fermat donne , donc

Dans les deux cas, .

Modulo . Le même raisonnement, en échangeant les rôles de et , donne .

Conclusion. Les entiers et sont deux nombres premiers distincts, donc premiers entre eux, et ils divisent tous deux . D'après la relation et pour deux premiers distincts, on en déduit , c'est-à-dire .

Exemple

Un exemple numérique complet. Prenons et , donc

Choisissons : comme est premier et ne divise pas , on a . Cherchons par l'algorithme d'Euclide :

donc , d'où et . Vérification : .

La clé publique est , la clé privée est .

Exemple

Chiffrement du message . On calcule par exponentiation rapide :

Puis , et enfin

Le message chiffré est donc .

Exemple

Déchiffrement de . Il s'agit de calculer . Écrivons et élevons successivement au carré modulo :

puis et . Il reste à multiplier :

Or , donc le produit vaut . Puis , et enfin .

On retrouve bien . La sécurité du procédé tient à ceci : un attaquant connaît et , mais pour calculer il lui faut , donc la factorisation . Ici elle est immédiate ; pour un de plusieurs centaines de chiffres, aucun algorithme connu ne la trouve en temps raisonnable.

Idéaux de

L'anneau

Propriété

est un anneau commutatif intègre, et

c'est-à-dire que les inversibles de sont exactement les polynômes constants non nuls.

Démonstration. Intégrité. Soient et non nuls, de degrés et , de coefficients dominants et non nuls. Le coefficient de dans vaut , non nul car est un corps donc intègre. Ainsi , et l'on a au passage .

Inversibles. Si , alors et sont non nuls et . Comme les degrés sont des entiers naturels, : est une constante non nulle. Réciproquement, toute constante est inversible d'inverse .

C'est cette égalité qui explique la convention des polynômes unitaires : deux polynômes engendrent le même idéal si et seulement s'ils sont associés, c'est-à-dire proportionnels ; normaliser le coefficient dominant à lève l'ambiguïté et rend le générateur unique.

Tous les idéaux de

Propriété

Théorème. Soit un idéal de . Alors il existe un polynôme , nul ou unitaire, tel que

et un tel est unique.

Démonstration. Existence. Deux cas.

Cas 1 : . Alors et le polynôme nul convient.

Cas 2 : . L'ensemble

est une partie non vide de : elle admet donc un plus petit élément. Choisissons non nul de degré minimal, et notons son coefficient dominant. Comme et que est un idéal, le polynôme appartient encore à ; il est unitaire, de même degré que , donc de degré minimal lui aussi. Montrons .

Inclusion . Comme et que est un idéal, pour tout de .

Inclusion . Soit . Effectuons la division euclidienne de par , licite car : il existe dans tels que

Alors . Or et (absorption), donc par stabilité par différence. Si était non nul, ce serait un élément non nul de de degré strictement inférieur à , ce qui contredit la minimalité du degré de . Donc et .

Unicité. Soient et nuls ou unitaires avec . Si , alors donc . Sinon, et sont tous deux non nuls et, l'anneau étant intègre, ils sont associés : il existe tel que . En comparant les coefficients dominants, tous deux égaux à , il vient , donc .

Le schéma de la démonstration est exactement celui des sous-groupes de , avec le degré à la place de la valeur absolue et la division euclidienne des polynômes à la place de celle des entiers. Ce parallèle n'est pas une coïncidence : il repose sur la seule existence d'une division euclidienne dans les deux anneaux.

PGCD et Bézout relus par les idéaux

Propriété

Soient deux polynômes non tous deux nuls. L'ensemble

est un idéal de ; son unique générateur unitaire est le PGCD de et , noté .

Démonstration. C'est une somme de deux idéaux, donc un idéal ; il est non nul car il contient et . D'après le théorème précédent, il existe un unique polynôme unitaire tel que .

est un diviseur commun. On a , donc ; de même .

Tout diviseur commun divise . Comme , il existe tels que . Si divise et , alors divise .

Ainsi est un diviseur commun unitaire de et divisible par tout diviseur commun : c'est le PGCD.

Propriété

Théorème de Bézout dans . Soient non tous deux nuls.

  1. Il existe dans tels que .
  2. si et seulement s'il existe tels que .

Démonstration. 1. On vient de le voir : appartient à .

2. Si , le point 1 conclut. Réciproquement, si , alors , donc divise ; étant unitaire, il vaut .

De la même façon, si et sont non nuls, est un idéal non nul, dont le générateur unitaire est le PPCM : la démonstration est identique à celle menée dans , l'intersection étant l'ensemble des multiples communs.

L'idéal des polynômes annulateurs d'un endomorphisme

Définition

Soient un -espace vectoriel et . Pour dans , on pose

On dit que est un polynôme annulateur de lorsque , et l'on note

Propriété

est un idéal de .

Démonstration. Le polynôme nul annule , donc . Si sont dans , alors , donc : c'est un sous-groupe additif.

Soit enfin et . On admet, ou l'on vérifie en développant sur les monômes, que . Alors

donc : l'idéal est absorbant.

Une autre façon de le dire, plus rapide et que nous exploiterons en section 9 : est le noyau du morphisme d'anneaux , et un noyau de morphisme d'anneaux est un idéal.

Propriété

D'après le théorème de classification des idéaux de , il existe un unique polynôme , nul ou unitaire, tel que . Lorsque , ce générateur est l'unique polynôme unitaire annulateur de de degré minimal, et

Démonstration. L'existence et l'unicité de viennent du théorème. L'équivalence finale est la traduction de par la caractérisation de la divisibilité. Enfin, la démonstration du théorème construit précisément comme l'élément unitaire de degré minimal de l'idéal, c'est-à-dire comme le polynôme unitaire annulateur de degré minimal.

Ce générateur unitaire est un objet central du chapitre de réduction, où il porte un nom et sert d'outil ; ici, on se contente de constater son existence et la propriété de divisibilité ci-dessus, qui suffit déjà à beaucoup de raisonnements.

Propriété

Si est de dimension finie , alors : tout endomorphisme d'un espace de dimension finie admet un polynôme annulateur non nul.

Démonstration. L'espace est de dimension . La famille

compte vecteurs de : elle est donc liée. Il existe des scalaires non tous nuls tels que . Le polynôme est alors non nul et annule .

Exemple

Un projecteur. Soit un projecteur, c'est-à-dire . Alors annule , donc . Les diviseurs unitaires de sont , , et . Or est impossible (cela signifierait , exclu si ). Il reste :

  • si et seulement si ;
  • si et seulement si ;
  • dans tous les autres cas.

Une symétrie. Si , alors annule et le même raisonnement donne .

Méthode

Exploiter un polynôme annulateur. Trois usages reviennent constamment.

  1. Inverser un endomorphisme. Si avec , écrivons avec . Alors , donc

et comme commute avec , la composée dans l'autre ordre vaut aussi : est inversible, d'inverse un polynôme en . 2. Réduire les puissances. La division euclidienne de par un annulateur de degré donne avec , donc : toute puissance se ramène à une combinaison de . 3. Contraindre le générateur. Tout annulateur connu est un multiple de : la liste des candidats pour se réduit à ses diviseurs unitaires, en général peu nombreux.

Le théorème de d'Alembert-Gauss

Propriété

Théorème de d'Alembert-Gauss (admis). Tout polynôme non constant de admet au moins une racine dans . Par récurrence sur le degré, tout polynôme de de degré se factorise en produit de facteurs de degré .

Ce théorème est admis : sa démonstration, qui utilise des arguments d'analyse ou de topologie, est hors programme. On en retient les deux conséquences usuelles, déjà connues de première année : les polynômes irréductibles de sont exactement les polynômes de degré , et ceux de sont les polynômes de degré et les polynômes de degré de discriminant strictement négatif.

Algèbres

Définition

Certains ensembles rencontrés cette année, comme , ou , portent trois opérations : une addition, une multiplication, et une multiplication par les scalaires. Ce sont à la fois des anneaux et des espaces vectoriels, et les deux structures sont compatibles. C'est ce que formalise la notion d'algèbre.

Définition

Soit un corps. Une -algèbre (associative, unitaire) est un ensemble muni de trois opérations, une addition , une multiplication interne et une multiplication externe par les scalaires de , tel que :

  1. est un -espace vectoriel ;
  2. est un anneau ;
  3. pour tout et tous de :

L'algèbre est dite commutative lorsque l'est.

Les trois compatibilités que réunit cette définition sont : la distributivité à gauche et la distributivité à droite du produit sur l'addition (contenues dans l'axiome d'anneau), et le fait que le produit commute aux scalaires (axiome 3). Réunies, elles disent exactement que l'application est bilinéaire. C'est la formulation à retenir : une -algèbre est un espace vectoriel muni d'un produit bilinéaire, associatif et unitaire.

Exemple

Les algèbres du programme.

  • , avec le produit des polynômes : algèbre commutative, de dimension infinie.
  • , avec la composition : algèbre non commutative dès que , de dimension si .
  • , avec le produit matriciel : non commutative dès que , de dimension .
  • , avec le produit point par point : commutative.
  • , vu comme -algèbre : commutative, de dimension sur , de base .

Exemple

Vérification sur . L'axiome 3 s'écrit ici, pour et dans :

La première égalité est immédiate en évaluant en un vecteur ; la seconde utilise la linéarité de :

Sans la linéarité de , cette égalité tomberait : c'est pourquoi muni de la composition n'est pas une -algèbre, alors que en est une.

Sous-algèbres

Définition

Soit une -algèbre. Une partie de est une sous-algèbre de lorsque est à la fois un sous-espace vectoriel et un sous-anneau de .

Propriété

Caractérisation. Une partie d'une -algèbre en est une sous-algèbre si et seulement si :

  1. ;
  2. pour tous et : ;
  3. pour tous : .

Démonstration. Sens direct. Si est une sous-algèbre, elle contient (sous-anneau), est stable par combinaison linéaire (sous-espace vectoriel) et par produit (sous-anneau).

Sens réciproque. Le point 1 donne , et avec le point 2 c'est exactement la caractérisation des sous-espaces vectoriels : est un sous-espace vectoriel de , donc un groupe pour l'addition, stable par différence (prendre ). Avec les points 1 et 3, la caractérisation des sous-anneaux s'applique. Donc est à la fois sous-espace vectoriel et sous-anneau : c'est une sous-algèbre.

Propriété

Soient un -espace vectoriel et . L'ensemble

est une sous-algèbre commutative de .

Démonstration. Sous-algèbre. On a pour , donc . Si et , alors pour

Commutativité. Avec les mêmes notations, la commutativité de donne , donc

Ainsi deux polynômes en un même endomorphisme commutent toujours, alors même que n'est pas commutative.

Cette commutativité est utilisée en permanence : c'est elle qui autorise à appliquer la formule du binôme à et , ou à factoriser .

Morphismes d'algèbres

Définition

Soient et deux -algèbres. Une application est un morphisme d'algèbres lorsque :

  1. est linéaire ;
  2. pour tous de ;
  3. .

Un morphisme d'algèbres bijectif est un isomorphisme d'algèbres ; sa réciproque en est un.

Un morphisme d'algèbres est donc simultanément une application linéaire et un morphisme d'anneaux. La condition 3, comme pour les anneaux, ne se déduit pas des autres et doit être vérifiée.

Propriété

Soient un -espace vectoriel et . L'application

est un morphisme d'algèbres. Son image est et son noyau est l'idéal des polynômes annulateurs de .

Démonstration. Linéarité. Pour et et , on a , donc

Multiplicativité. Il suffit de le vérifier sur les monômes, puis d'étendre par bilinéarité. Pour et : . Le cas général s'obtient en développant les deux produits et en comparant terme à terme.

Unité. .

Image et noyau. L'image est par définition, et le noyau est .

On retrouve ainsi, d'un seul coup, tous les résultats de la section 8 sur : c'est un idéal parce que c'est un noyau de morphisme d'anneaux, et est une sous-algèbre de parce que c'est une image de morphisme d'algèbres.

Exemple

Deux isomorphismes d'algèbres à connaître. Si et est une base de , l'application est un isomorphisme d'algèbres de sur : elle est linéaire, bijective, transforme la composition en produit matriciel et en . C'est ce qui autorise à raisonner indifféremment sur les endomorphismes ou sur les matrices.

L'application est un morphisme injectif de -algèbres de dans : le corps s'identifie ainsi à une sous-algèbre de , ce qui donne un sens matriciel à la multiplication complexe.

Méthode

Montrer qu'un ensemble est une sous-algèbre. Trois vérifications, dans cet ordre.

  1. — souvent immédiat, et parfois éliminatoire.
  2. pour scalaire et dans : une seule ligne de calcul, à écrire avec des éléments génériques.
  3. .

Deux raccourcis : si est l'image d'un morphisme d'algèbres, c'est fini ; si est de la forme , aussi. En revanche, méfiez-vous du réflexe hérité des idéaux : une sous-algèbre n'a aucune raison d'être absorbante, et un idéal non trivial n'est jamais une sous-algèbre puisqu'il ne contient pas .

En résumé

RésultatÉnoncé à connaître par cœur
Sous-groupe et ,
Sous-groupes de ce sont exactement les , , avec unique
Injectivité morphisme injectif
Ordre et
Lagrange (admis), donc
Structuremonogène infini ; cyclique de cardinal
Ordre dans ; engendre
Idéaux ; noyau idéal, image sous-anneau
Bézout et
Inversibles ; corps premier
Chinois et Euler ;
Idéaux de tout idéal est avec nul ou unitaire, unique

Les erreurs classiques.

  1. Confondre sous-anneau et idéal. Un sous-anneau contient et n'est stable que par produits internes ; un idéal est absorbant et ne contient que s'il vaut l'anneau entier. Modèle à garder en tête : est un idéal de mais pas un sous-anneau ; est un sous-anneau de mais pas un idéal.
  2. Croire que la réunion de deux sous-groupes est un sous-groupe. Elle ne l'est que si l'un est contenu dans l'autre. Contre-exemple immédiat : n'est pas dans . L'intersection, elle, est toujours un sous-groupe.
  3. Appliquer le théorème chinois sans vérifier que les modules sont premiers entre eux. n'est pas isomorphe à , et la formule tombe en défaut sans l'hypothèse : pour , on a alors que .
  4. Écrire que est inversible dès que est premier. Le critère porte sur , pas sur la primalité de : n'est pas inversible dans , alors que l'est dans .
  5. Appliquer la formule du binôme sans justifier la commutation. Dans ou , exige , et cette égalité se démontre en une ligne ou ne s'utilise pas.
  6. Oublier de vérifier qu'une application définie sur est bien définie. Dès qu'on définit quelque chose à partir d'un représentant de la classe , il faut prouver que le résultat ne change pas si l'on remplace par .

Les exercices

36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.

Exercice 1 ★★★Reconnaître un sous-groupe

Groupes, sous-groupes, sous-groupe engendré, produit fini de groupes

  1. Énoncer la caractérisation des sous-groupes, d'abord en notation multiplicative, puis en notation additive.

  2. Les parties suivantes sont-elles des sous-groupes du groupe indiqué ? Justifier chaque réponse en appliquant la caractérisation point par point.

    a. dans

    b. dans

    c. dans

    d. dans

    e. , l'ensemble des entiers pairs, dans

    f. , l'ensemble des entiers impairs, dans

    g. , l'ensemble des fonctions paires, dans

  3. Pour les parties qui ne sont pas des sous-groupes, préciser laquelle des conditions de la caractérisation est mise en défaut.

Exercice 2 ★★★Sous-groupe engendré : premiers calculs

Groupes, sous-groupes, sous-groupe engendré, produit fini de groupes

Soit un groupe et soit une partie de . On rappelle que le sous-groupe engendré par , noté , est l'intersection de tous les sous-groupes de contenant , et que, lorsque est réduit à un seul élément, on dispose de la description

qui s'écrit en notation additive.

  1. Déterminer dans .

  2. Déterminer dans , puis dans .

  3. Déterminer dans et préciser son cardinal.

  4. Déterminer dans .

  5. Déterminer dans , où .

  6. Soit une partie d'un groupe . Montrer que est le plus petit sous-groupe de contenant au sens de l'inclusion, c'est-à-dire : est un sous-groupe de , il contient , et il est inclus dans tout sous-groupe de contenant .

Exercice 3 ★★★Les sous-groupes de Z en pratique

Groupes, sous-groupes, sous-groupe engendré, produit fini de groupesIdéaux d'un anneau commutatif, divisibilité, idéaux de Z

Pour , on note l'ensemble des multiples de . On rappelle que les sous-groupes de sont exactement les ensembles avec , et l'on pose, pour ,

  1. Écrire et sous la forme avec .

  2. Même travail pour et .

  3. Soient . Montrer que si et seulement si .

  4. En déduire à quelle condition sur et on a .

  5. L'ensemble est-il un sous-groupe de ?

Exercice 4 ★★★Morphisme de groupes : image et noyau

Morphismes de groupes : image, noyau, isomorphismes

Pour chacune des applications suivantes, on demande de vérifier qu'il s'agit d'un morphisme de groupes en précisant les groupes de départ et d'arrivée, de déterminer son image et son noyau, puis de conclure sur son injectivité et sa surjectivité.

On rappelle qu'un morphisme de groupes est injectif si et seulement si , où désigne le neutre de , et qu'il est surjectif si et seulement si .

  1. , .

  2. , .

  3. , , puis , .

  4. La signature , où .

  5. , , où .

  6. , .

Exercice 5 ★★★Ordre d'un élément : calculs dans les groupes usuels

Ordre d'un élément, divisibilité de l'ordre, théorème de Lagrange

Soit un groupe de neutre et soit . On dit que est d'ordre fini s'il existe tel que ; le plus petit tel entier est alors l'ordre de , noté , et l'on dispose des deux résultats du cours

En notation additive, la puissance se lit et le neutre se lit .

  1. Déterminer dans , puis dans .

  2. Montrer que n'est pas d'ordre fini dans .

  3. Déterminer et dans .

  4. Déterminer dans .

  5. Déterminer l'ordre du cycle dans , puis celui de la matrice de rotation d'angle dans :

  6. Vérifier sur deux des exemples précédents que l'ordre d'un élément d'un groupe fini divise le cardinal de ce groupe.

Exercice 6 ★★★Groupes monogènes et cycliques : reconnaissance

Groupes monogènes et cycliques, structure, groupe additif Z/nZ

Un groupe est dit monogène s'il existe tel que ; un tel élément est appelé générateur de . Un groupe monogène et fini est dit cyclique. On rappelle que , et l'on note .

Pour chacun des groupes suivants, dire s'il est monogène, s'il est cyclique, et en donner un générateur lorsqu'il en existe.

  1. .

  2. .

  3. , puis .

  4. .

  5. .

  6. Montrer que tout groupe monogène est abélien.

Exercice 7 ★★★Générateurs du groupe additif Z/nZ

Groupes monogènes et cycliques, structure, groupe additif Z/nZ

Soit un entier tel que . On travaille dans le groupe additif , dont les éléments sont les classes pour . On rappelle que pour tout on a , et que l'indicatrice d'Euler désigne le nombre d'entiers de tels que .

  1. Soit . Montrer que engendre le groupe si et seulement si .

  2. En déduire la liste de tous les générateurs de .

  3. Déterminer de même les générateurs de , puis ceux de .

  4. Montrer que possède exactement générateurs, et vérifier ce résultat sur les trois exemples précédents.

  5. Déterminer le sous-groupe de ainsi que son cardinal. Le résultat était-il prévisible d'après la question 1 ?

Exercice 8 ★★★Inversibles de Z/nZ et premiers calculs modulaires

L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler

Soit un entier tel que . On rappelle le critère du cours : dans l'anneau , la classe est inversible si et seulement si .

  1. Déterminer les groupes et , et donner dans chaque cas l'inverse de chacun de leurs éléments.

  2. Calculer l'inverse de dans en détaillant l'algorithme d'Euclide et la relation de Bézout obtenue.

  3. Reprendre la même méthode pour calculer l'inverse de dans .

  4. Résoudre dans l'équation .

  5. Montrer que l'équation n'a aucune solution dans , et expliquer ce qui la distingue de l'équation précédente.

  6. Exhiber deux éléments non nuls de dont le produit est nul. L'anneau est-il intègre ?

Exercice 9 ★★★Reconnaître un idéal d'un anneau commutatif

Idéaux d'un anneau commutatif, divisibilité, idéaux de Z

Dans tout l'exercice, désigne un anneau commutatif d'élément unité . On munit des lois usuelles et , qui en font un anneau commutatif dont l'unité est la fonction constante égale à . L'anneau est muni des lois composante par composante, d'unité .

  1. Rappeler la définition d'un idéal de .

Pour chacune des parties des questions 2 à 5, dire si c'est un idéal de l'anneau indiqué, en justifiant, et en donnant un contre-exemple explicite lorsque la réponse est négative.

  1. Dans : l'ensemble des multiples de ; puis l'ensemble des entiers impairs.

  2. Dans : l'ensemble des polynômes divisibles par ; puis l'ensemble des polynômes de degré au plus .

  3. Dans : l'ensemble des polynômes s'annulant en et en . Dans : l'ensemble des fonctions nulles en .

  4. Dans : la partie . Est-ce un sous-anneau de ?

  5. Montrer qu'un idéal de contenant un élément inversible est égal à tout entier. En déduire tous les idéaux d'un corps .

Exercice 10 ★★★★Sous-anneaux et morphismes d'anneaux usuels

Anneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corps

Tous les anneaux considérés sont unitaires, et l'on rappelle qu'un morphisme d'anneaux vérifie par définition , et . On rappelle également que est irrationnel. On pose

  1. Montrer que est un sous-anneau de .

  2. Montrer que tout élément de s'écrit de manière unique sous la forme avec , puis que est un sous-corps de .

  3. Montrer que la conjugaison est un automorphisme de l'anneau .

  4. Montrer que est un morphisme d'anneaux surjectif de dans , et déterminer son noyau.

  5. Montrer que n'est pas un morphisme d'anneaux de dans , et que n'est pas un sous-anneau de .

Exercice 11 ★★★★Le groupe des inversibles d'un anneau produit

Anneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corps

Soient et deux anneaux, d'éléments nuls et et d'éléments unités et . On les suppose tous deux non nuls, c'est-à-dire et . On munit l'ensemble des lois composante par composante :

  1. Montrer que est un anneau, en précisant son élément nul et son élément unité.

  2. Montrer que .

  3. Montrer que n'est pas intègre.

  4. En déduire , puis , en donnant la liste explicite de leurs éléments.

  5. Montrer que la projection , , est un morphisme d'anneaux surjectif, et déterminer son noyau. Ce noyau est-il un sous-anneau de ?

  6. Montrer que l'application , , n'est pas un morphisme d'anneaux.

Exercice 12 ★★★★Sous-algèbres et l'algèbre des polynômes en un endomorphisme

Algèbres, sous-algèbres, morphismes d'algèbres

Soit égal à ou , soit un -espace vectoriel et soit . On rappelle que , muni de l'addition, de la multiplication par un scalaire et de la composition, est une -algèbre d'élément unité , et qu'une partie d'une -algèbre en est une sous-algèbre lorsque est un sous-espace vectoriel de , stable par le produit de , et contenant .

Pour , on pose , avec la convention , et l'on note .

  1. Montrer que est une sous-algèbre commutative de .

  2. Montrer que est la plus petite sous-algèbre de contenant , au sens de l'inclusion.

  3. Soit . Montrer que l'ensemble des matrices diagonales est une sous-algèbre de , puis que l'ensemble des matrices triangulaires supérieures en est également une.

  4. Montrer que l'ensemble des matrices de de trace nulle n'est pas une sous-algèbre de ; on donnera deux raisons distinctes.

  5. Montrer que est une -algèbre de dimension , et que en est un morphisme d'algèbres.

Exercice 13 ★★★★Ordre d'une puissance d'un élément

Ordre d'un élément, divisibilité de l'ordre, théorème de Lagrange

Soit un groupe de neutre et soit un élément d'ordre fini . On rappelle le résultat du cours : pour tout , .

Soit . On pose , puis et , de sorte que .

  1. Montrer que est d'ordre fini, puis que .

  2. Réciproquement, montrer que si vérifie , alors . En déduire que .

  3. En déduire que engendre si et seulement si , puis que possède exactement générateurs, où désigne le nombre d'entiers de premiers avec .

  4. Applications numériques.

    a. Déterminer l'ordre de , de et de dans le groupe .

    b. Soit un groupe et soit un élément d'ordre . Déterminer .

  5. Cette question est indépendante des précédentes. Soient et deux éléments d'un groupe qui commutent, d'ordres finis respectifs et , avec . Montrer que .

Exercice 14 ★★★★Le sous-groupe engendré par deux entiers : Bézout revisité

Groupes, sous-groupes, sous-groupe engendré, produit fini de groupesIdéaux d'un anneau commutatif, divisibilité, idéaux de Z

Soient et deux entiers non nuls. On pose

On rappelle le théorème du cours : tout sous-groupe de s'écrit pour un unique entier .

  1. Montrer que est un sous-groupe de .

  2. Montrer par double inclusion que .

  3. En déduire le théorème de Bézout, ainsi qu'une condition nécessaire et suffisante portant sur pour que l'équation admette une solution .

  4. Montrer de même que .

  5. Traiter en détail le cas et : déterminer et , expliciter une relation de Bézout, et vérifier la relation .

  6. Généraliser : soient des entiers non tous nuls. Décrire .

Exercice 15 ★★★★Systèmes de congruences et théorème chinois

L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler

On rappelle le théorème chinois : si et sont deux entiers supérieurs ou égaux à tels que , l'application qui, à la classe d'un entier modulo , associe le couple formé de la classe de modulo et de la classe de modulo , est un isomorphisme d'anneaux de sur . Autrement dit, pour tous entiers et , le système et possède des solutions, et celles-ci forment exactement une classe de congruence modulo .

Dans tout l'exercice, on détaillera la méthode : justification de l'existence, construction d'une solution particulière, puis description de l'ensemble des solutions.

  1. Résoudre dans le système et .

  2. Résoudre dans le système , et .

  3. Les deux systèmes suivants ne relèvent pas du théorème chinois.

    a. Montrer que le système et possède néanmoins des solutions, et les décrire.

    b. Montrer que le système et n'a aucune solution. Préciser où l'hypothèse du théorème chinois est en défaut, et dégager le critère exact qui sépare les deux situations.

  4. Déterminer le plus petit entier strictement positif dont la division euclidienne par laisse le reste , celle par le reste , et celle par le reste .

Exercice 16 ★★★★Indicatrice d'Euler et théorème d'Euler

L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler

Pour , l'indicatrice d'Euler est définie par

c'est aussi, d'après la caractérisation des inversibles de , le cardinal du groupe .

  1. Calculer dans les cas suivants, en rappelant la formule utilisée.

    a.

    b.

    c.

    d.

    e.

    f.

  2. Démontrer la formule , valable pour tout nombre premier et tout entier , utilisée à la question précédente.

  3. Énoncer le théorème d'Euler, puis l'appliquer pour déterminer le reste de la division euclidienne de par .

  4. En utilisant encore le théorème d'Euler, déterminer l'inverse de dans l'anneau .

  5. Déterminer tous les entiers tels que .

Exercice 17 ★★★★Petit théorème de Fermat et restes de grandes puissances

L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler

  1. Énoncer le petit théorème de Fermat sous ses deux formes, puis démontrer que la seconde se déduit de la première.

  2. Déterminer :

    a. le reste de la division euclidienne de par ;

    b. le reste de la division euclidienne de par ;

    c. le chiffre des unités de .

  3. Démontrer que divise pour tout .

  4. Soient un nombre premier et tel que . Démontrer que ne divise pas . Que peut-on en conclure sur l'hypothèse « ne divise pas » figurant dans le petit théorème de Fermat ?

  5. Démontrer que , alors que n'est pas premier. Qu'en conclure sur la réciproque du petit théorème de Fermat ?

Exercice 18 ★★★★Idéaux de K[X] : générateur unitaire et PGCD

Idéaux de K[X], PGCD et relation de Bézout par les idéaux

Soit un corps. On rappelle qu'une partie de l'anneau commutatif en est un idéal lorsque est un sous-groupe de et que pour tout et tout . Pour , on note l'idéal engendré par .

  1. Soit un idéal de . Démontrer qu'il existe un polynôme , nul ou unitaire, tel que , et que ce polynôme est unique. On l'appelle le générateur unitaire de .

  2. Soit . Vérifier que est un idéal de , puis déterminer son générateur unitaire.

  3. Déterminer de même le générateur unitaire de .

  4. Soient et dans . Démontrer que . En déduire une caractérisation de l'égalité .

  5. Soit . Démontrer que est un idéal de et déterminer son générateur unitaire.

Exercice 19 ★★★★Polynômes annulateurs d'un endomorphisme : un idéal de K[X]

Idéaux de K[X], PGCD et relation de Bézout par les idéauxAlgèbres, sous-algèbres, morphismes d'algèbres

Soit un -espace vectoriel non réduit à et soit . Pour un polynôme de , on pose , avec la convention . On note l'application , et l'ensemble des polynômes annulateurs de .

  1. Montrer que est un morphisme de -algèbres.

  2. En déduire que est un idéal de .

  3. On suppose . Montrer que possède un unique générateur unitaire, noté dans la suite.

  4. Déterminer dans chacun des cas suivants.

    a. est un projecteur : , avec et .

    b. est une symétrie : , avec et .

    c. et est l'endomorphisme de matrice dans la base canonique.

  5. On suppose de dimension finie . Montrer que .

Exercice 20 ★★★★Morphismes issus de Z et caractéristique d'un anneau

Morphismes de groupes : image, noyau, isomorphismesAnneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corps

Soit un anneau, d'unité et d'élément nul . Pour et , on note l'itéré additif de , défini par , puis pour , et enfin pour . On utilisera librement la règle de calcul, vue en sup dans tout groupe abélien : pour tous .

  1. Montrer qu'il existe un unique morphisme d'anneaux , et qu'il est donné par .

  2. Montrer que est un idéal de , puis qu'il existe un unique entier tel que . Cet entier s'appelle la caractéristique de et se note .

  3. Déterminer la caractéristique de , de , de et de .

  4. Montrer que la caractéristique d'un anneau intègre est nulle ou égale à un nombre premier.

  5. Soit un anneau commutatif de caractéristique . Montrer que pour tous .

Exercice 21 ★★★★Le groupe des racines n-ièmes de l'unité

Groupes monogènes et cycliques, structure, groupe additif Z/nZMorphismes de groupes : image, noyau, isomorphismes

Soit un entier. On note l'ensemble des racines -ièmes de l'unité, et .

  1. Montrer que est un sous-groupe de , puis que .

  2. Montrer que l'application est bien définie sur , et que c'est un isomorphisme de sur .

  3. En déduire quels éléments de en sont des générateurs (on les appelle racines primitives -ièmes de l'unité) et combien il y en a. Les expliciter pour .

  4. Soit un entier. Montrer que si et seulement si .

  5. Montrer que .

Exercice 22 ★★★★Les sous-groupes d'un groupe cyclique

Groupes monogènes et cycliques, structure, groupe additif Z/nZOrdre d'un élément, divisibilité de l'ordre, théorème de Lagrange

Soit un entier et soit un groupe cyclique de cardinal , noté multiplicativement, de neutre . On rappelle que et que, pour , si et seulement si .

  1. Montrer que , , est un morphisme de groupes surjectif de noyau . En déduire que tout sous-groupe de s'écrit pour un entier divisant : tout sous-groupe de est cyclique.

  2. Montrer que si divise , alors . En déduire que pour tout diviseur de , le groupe possède un unique sous-groupe de cardinal , à savoir .

  3. En déduire que le nombre de sous-groupes de est égal au nombre de diviseurs positifs de .

  4. Dresser la liste complète des sous-groupes de , avec pour chacun son cardinal, un générateur et ses éléments.

  5. Montrer que tout sous-groupe de est monogène, mais que possède une infinité de sous-groupes. Commenter l'écart avec la question 3.

Exercice 23 ★★★Nilpotents et idempotents de Z/nZ

L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'EulerAnneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corps

Soit un entier. Dans un anneau , un élément est dit nilpotent lorsqu'il existe un entier tel que , et idempotent lorsque .

  1. Déterminer les éléments nilpotents de , puis ceux de .

  2. Soit . Montrer que est nilpotent dans si et seulement si tout facteur premier de divise .

  3. Soit un anneau commutatif, nilpotent et . Montrer que .

  4. Déterminer les idempotents de (on pourra utiliser le théorème chinois avec ).

  5. Soit un nombre premier. Montrer que les seuls idempotents de sont et .

Exercice 24 ★★★Le morphisme de Frobenius

L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'EulerAnneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corps

Soit un nombre premier. Pour et élément d'un anneau , on note l'itéré additif de (, pour , et pour ) ; on utilisera librement les règles de calcul et . On dit que est de caractéristique lorsque est le plus petit entier strictement positif tel que .

  1. Montrer que divise pour tout entier tel que .

  2. Soit un anneau commutatif de caractéristique . Montrer que pour tout , puis que est un morphisme d'anneaux de dans . On l'appelle morphisme de Frobenius.

  3. Montrer que est de caractéristique et que son morphisme de Frobenius est l'identité, par récurrence. En déduire le petit théorème de Fermat sous ses deux formes.

  4. Exhiber deux matrices de qui ne commutent pas et qui montrent que l'hypothèse de commutativité ne peut pas être supprimée à la question 2.

  5. Montrer que si l'anneau commutatif de caractéristique est de plus intègre, alors est injectif.

Exercice 25 ★★★Les entiers de Gauss : norme, inversibles et divisibilité

Anneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corpsIdéaux d'un anneau commutatif, divisibilité, idéaux de Z

On pose et, pour avec , on pose . L'entier naturel est appelé la norme de (l'écriture avec et entiers étant unique, est bien définie).

Un élément de est dit irréductible lorsque n'est pas inversible dans et que tout diviseur de dans est soit un inversible de , soit un associé de , c'est-à-dire de la forme avec .

  1. Montrer que est un sous-anneau intègre de , puis que pour tous et de .

  2. Montrer que est inversible dans si et seulement si , puis en déduire que .

  3. Montrer que si est un nombre premier, alors est irréductible dans .

  4. Vérifier que et que , puis en déduire que ni ni ne sont irréductibles dans .

  5. Montrer qu'aucun élément de n'est de norme (on regardera les carrés modulo ), puis que est irréductible dans .

Exercice 26 ★★★Théorème de Lagrange : groupes d'ordre premier et conséquences

Ordre d'un élément, divisibilité de l'ordre, théorème de LagrangeGroupes monogènes et cycliques, structure, groupe additif Z/nZ

Soit un groupe fini de cardinal et de neutre . On admet le théorème de Lagrange : pour tout , l'ordre divise . On rappelle que et que, pour , .

  1. Montrer que pour tout .

  2. On suppose ici que est un nombre premier. Montrer que tout élément de différent de engendre ; en déduire que est cyclique, puis que les seuls sous-groupes de sont et .

  3. On suppose maintenant . Montrer que, ou bien est cyclique, ou bien tout élément de différent de est d'ordre . Montrer que dans les deux cas est abélien.

  4. Donner un exemple de groupe de cardinal de chacun de ces deux types.

  5. Soient un entier et tel que . En appliquant la question 1 au groupe , retrouver le théorème d'Euler : .

Exercice 27 ★★★Le centre d'un groupe et les automorphismes intérieurs

Groupes, sous-groupes, sous-groupe engendré, produit fini de groupesMorphismes de groupes : image, noyau, isomorphismes

Soit un groupe de neutre . On appelle centre de l'ensemble

des éléments qui commutent avec tous les éléments de . On note l'ensemble des automorphismes de , qui est un groupe pour la composition.

  1. Montrer que est un sous-groupe abélien de , et que est abélien si et seulement si .

  2. Pour , on pose , . Montrer que est un automorphisme de (on l'appelle automorphisme intérieur associé à ).

  3. Montrer que est un morphisme de groupes de dans , et déterminer son noyau.

  4. Déterminer .

  5. Déterminer . On pourra utiliser les matrices et , où désigne la matrice élémentaire dont tous les coefficients sont nuls sauf celui de la ligne et de la colonne , égal à .

Exercice 28 ★★★Le commutant d'une matrice : une sous-algèbre

Algèbres, sous-algèbres, morphismes d'algèbres

Soient un entier et . On appelle commutant de l'ensemble

On note par ailleurs et la matrice élémentaire dont tous les coefficients sont nuls, sauf celui de la ligne et de la colonne , égal à .

  1. Montrer que est une sous-algèbre de .

  2. Montrer que .

  3. On prend et . Déterminer et sa dimension, puis comparer et .

  4. On prend et . Déterminer et vérifier que .

  5. On prend et . Déterminer et . Qu'en conclure sur l'inclusion de la question 2 et sur la commutativité de ?

Dans les questions 3, 4 et 5, tous les calculs se font par identification des coefficients.

Exercice 29 ★★★Idéaux de l'anneau des fonctions d'un ensemble dans un corps

Idéaux d'un anneau commutatif, divisibilité, idéaux de ZAnneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corps

Soient un ensemble non vide et un corps. On munit , ensemble des fonctions de dans , des lois usuelles définies point par point : pour , dans et ,

Pour une partie de , on note la fonction indicatrice de , définie par si et sinon, et l'on pose

  1. Montrer que est un anneau commutatif, et qu'il n'est pas intègre dès que possède au moins deux éléments.

  2. Soit . Montrer que est un morphisme d'anneaux surjectif de dans , et que est un idéal de .

  3. Montrer que est un idéal de pour toute partie de , et que .

  4. Déterminer les inversibles de , puis ses idempotents, c'est-à-dire les vérifiant .

  5. On suppose ici fini. Montrer que tout idéal de est de la forme pour une unique partie de .

Exercice 30 ★★★Le théorème de Wilson

L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler

Soit un nombre premier. On travaille dans l'anneau et dans son groupe des inversibles .

  1. Montrer que , puis qu'un élément de ce groupe est son propre inverse si et seulement si ou .

  2. En appariant chaque élément de avec son inverse, démontrer le théorème de Wilson : .

  3. Vérifier le résultat pour , et .

  4. Réciproquement, soit un entier tel que . Montrer que est premier.

  5. Le critère « est premier si et seulement si » est donc exact. Expliquer pourquoi il est pourtant inutilisable en pratique pour tester la primalité d'un grand entier.

Exercice 31 ★★★Le chiffrement RSA

L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler

Alice choisit deux nombres premiers distincts et , pose , puis choisit un entier tel que . Elle rend publique la clé et garde secret un entier tel que . Un message est un entier avec ; Bob l'envoie chiffré sous la forme , et Alice le déchiffre en calculant .

Dans les questions 1 à 3, on prend , , donc , et .

  1. Calculer , vérifier que , puis déterminer l'exposant de déchiffrement en détaillant l'algorithme d'Euclide.
  2. Chiffrer le message , c'est-à-dire calculer par exponentiation rapide.
  3. Déchiffrer le message chiffré obtenu et vérifier que l'on retrouve bien .
  4. On revient au cas général. Montrer que si , alors .
  5. Montrer que la congruence est en fait valable pour tout entier , sans supposer premier avec .
  6. Expliquer en trois phrases pourquoi la sécurité du procédé repose sur la difficulté de factoriser .

Exercice 32 ★★★★Les sous-groupes du groupe additif des réels

Groupes, sous-groupes, sous-groupe engendré, produit fini de groupes

Soit un sous-groupe de non réduit à . On pose

  1. Montrer que est non vide et que est bien défini, avec .
  2. On suppose . Montrer que , puis que . (On pourra, pour , poser .)
  3. On suppose . Montrer que rencontre tout intervalle ouvert non vide de .
  4. Énoncer l'alternative obtenue pour un sous-groupe quelconque de .
  5. Soit un irrationnel. Montrer que est un sous-groupe de , qu'il n'est d'aucune des formes avec , et qu'il rencontre donc tout intervalle ouvert non vide.
  6. En admettant que est irrationnel, en déduire que n'est pas un ensemble fini. (On pourra utiliser l'inégalité , que l'on justifiera.)

Exercice 33 ★★★★La somme des indicatrices d'Euler des diviseurs

L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'EulerGroupes monogènes et cycliques, structure, groupe additif Z/nZ

Soit . Le but de l'exercice est d'établir la formule

la somme portant sur tous les diviseurs positifs de . On travaille dans le groupe additif , de neutre , et pour on note l'ensemble des éléments de d'ordre exactement .

  1. Montrer que pour tout , .
  2. Soit un diviseur positif de . Montrer que l'ensemble des éléments de tels que est l'unique sous-groupe de de cardinal , et qu'il est cyclique, engendré par .
  3. En déduire que pour tout diviseur positif de .
  4. Montrer que les , pour décrivant les diviseurs positifs de , forment une partition de , et conclure.
  5. Vérifier la formule par le calcul explicite pour et .
  6. En déduire une nouvelle démonstration du fait que possède exactement générateurs.

Exercice 34 ★★★★Le groupe des inversibles de Z/pZ est cyclique

L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'EulerOrdre d'un élément, divisibilité de l'ordre, théorème de Lagrange

Soit un nombre premier. Comme est premier, est un corps et son groupe des inversibles , muni de la multiplication, est de cardinal . On veut montrer que est cyclique. Pour divisant , on note le nombre d'éléments de d'ordre exactement .

  1. Montrer qu'un polynôme non nul de degré à coefficients dans le corps a au plus racines dans .
  2. Soit un élément d'ordre d'un groupe quelconque. Montrer que pour tout , .
  3. Soit un diviseur de . Montrer que si , alors .
  4. Justifier que , puis, en utilisant la formule (démontrée à l'exercice précédent de la fiche, on l'admettra ici), montrer que pour tout diviseur de .
  5. Conclure que est cyclique.
  6. Déterminer explicitement, en dressant la liste des ordres, tous les générateurs de puis de .

Exercice 35 ★★★★L'anneau Z racine de 2 : norme, unités et équation de Pell

Anneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corpsIdéaux d'un anneau commutatif, divisibilité, idéaux de Z

On pose

  1. Montrer que tout élément de s'écrit de manière unique sous la forme avec (on utilisera l'irrationalité de ), et que est un sous-anneau intègre de . En particulier est une application bien définie de dans .
  2. Montrer que est un automorphisme de l'anneau , que pour tout , et en déduire que .
  3. Montrer que est inversible dans si et seulement si .
  4. En déduire que , puis que est infini.
  5. Montrer que les couples vérifiant sont exactement ceux pour lesquels avec , et donner les trois plus petites solutions autres que .

Exercice 36 ★★★★Le groupe des automorphismes du groupe additif Z/nZ

Morphismes de groupes : image, noyau, isomorphismesL'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler

Soit . On note l'ensemble des automorphismes du groupe , c'est-à-dire des morphismes de groupes bijectifs de dans lui-même. Pour , on note l'application , le produit étant celui de l'anneau .

  1. Montrer que est un morphisme du groupe dans lui-même, et que réciproquement tout morphisme de groupes de dans lui-même est égal à pour un unique .
  2. Montrer que est bijectif si et seulement si est inversible dans l'anneau .
  3. En déduire que , muni de la composition, est un groupe isomorphe à , et que son cardinal vaut .
  4. Expliciter les automorphismes de et donner la table de leur groupe. Ce groupe est-il cyclique ?
  5. Montrer que pour premier, est cyclique de cardinal (on pourra utiliser le résultat de l'exercice 34 de la fiche).

Le devoir surveillé

Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Vrai ou faux

Pour chacune des six assertions suivantes, dire si elle est vraie ou fausse. Une réponse non justifiée ne rapporte aucun point : on attend une démonstration lorsque l'assertion est vraie, un contre-exemple explicite et entièrement vérifié lorsqu'elle est fausse. (0,5 pt par assertion.)

a. La réunion de deux sous-groupes d'un groupe est un sous-groupe de .

b. Tout sous-anneau d'un anneau commutatif est un idéal de .

c. Soient un groupe fini de cardinal et . Alors .

d. Soient et deux anneaux commutatifs et un morphisme d'anneaux surjectif. Si est un idéal de , alors est un idéal de .

e. Les groupes et sont isomorphes.

f. L'ensemble des matrices de trace nulle de est une sous-algèbre de .

Exercice 2 (4 points) — Un groupe de matrices

Toutes les matrices considérées sont dans , et désigne le groupe des matrices inversibles pour le produit matriciel.

Pour , on pose

On note par ailleurs la matrice de la rotation vectorielle d'angle :

1. (1 pt) Calculer pour . En déduire que est un sous-groupe de , puis que est isomorphe au groupe .

2. (0,5 pt) Déterminer et décrire . À quel groupe usuel est-il isomorphe ?

3. (0,5 pt) Pour , on note la matrice de la rotation d'angle , de sorte que . Vérifier que , puis déterminer pour et l'ordre .

4. (0,5 pt) Décrire en extension, préciser son cardinal et justifier qu'il est isomorphe à .

5. (1 pt) Déterminer tous les générateurs de , puis tous les sous-groupes de .

6. (0,5 pt) On pose

Déterminer , et . Qu'en déduit-on sur l'ensemble des éléments d'ordre fini de ?

Exercice 3 (4 points) — Clés de contrôle

Une clé de contrôle est un caractère ajouté à un numéro pour détecter les erreurs de saisie. Les deux parties sont indépendantes.

Partie A. La clé du numéro de sécurité sociale.

Un numéro de sécurité sociale français est formé de chiffres, suivis d'une clé de contrôle écrite sur deux chiffres. Si désigne l'entier formé par les premiers chiffres et si est le reste de la division euclidienne de par , la clé est l'entier

1. (0,5 pt) Montrer que est un nombre premier. Qu'en déduit-on sur l'anneau ?

2. (0,75 pt) On considère le numéro . Calculer en détaillant les étapes du calcul, en déduire la clé , puis écrire le numéro complet à chiffres.

3. (0,5 pt) Montrer que le procédé détecte toute erreur portant sur un seul chiffre : si est obtenu à partir de en remplaçant un unique chiffre par un chiffre différent, alors et n'ont pas la même clé. Illustrer avec , obtenu en remplaçant par un le chiffre de rang .

4. (0,75 pt) Montrer que le procédé détecte aussi l'échange de deux chiffres consécutifs distincts. Illustrer avec , obtenu en échangeant les chiffres et de rangs et .

Partie B. La clé ISBN-10.

Un code ISBN-10 est une suite de dix caractères , où sont des chiffres de à et où le dernier caractère , appelé clé, est un chiffre de à ou la lettre , qui représente la valeur . Le code est valide lorsque

5. (1 pt) Justifier que le calcul est fait modulo et non modulo , montrer que la clé est déterminée de façon unique par au moyen de la formule

et expliquer pourquoi le caractère est indispensable.

6. (0,5 pt) Calculer la clé des deux codes dont les neuf premiers chiffres sont puis , et vérifier la validité de chaque code complet obtenu.

Exercice 4 (4 points) — Les idéaux d'un anneau produit

Dans tout l'exercice, et désignent deux anneaux commutatifs, supposés non nuls, c'est-à-dire que et . On munit le produit des lois définies composante par composante :

C'est un anneau commutatif d'élément nul et d'élément unité , ce que l'on admet.

1. (0,5 pt) Soient un idéal de et un idéal de . Montrer que est un idéal de .

2. (1 pt) Réciproquement, soit un idéal de . On pose

Montrer que est un idéal de , que est un idéal de , puis que . On pourra multiplier un élément de par puis par .

3. (0,5 pt) En déduire la liste de tous les idéaux de l'anneau .

4. (1 pt) À l'aide du théorème chinois, déterminer le nombre d'idéaux de , puis les décrire tous en extension.

5. (1 pt) On appelle idempotent d'un anneau tout élément vérifiant ; les idempotents et sont dits triviaux. Déterminer les idempotents de , en exhiber deux non triviaux, et en déduire qu'un anneau intègre n'est jamais isomorphe à un produit de deux anneaux non nuls. Illustrer sur .

Exercice 5 (5 points) — Problème : l'algèbre des matrices circulantes

Toutes les matrices sont à coefficients réels. On pose

Les éléments de sont appelés matrices circulantes d'ordre .

Avertissement : aucune question de cet exercice ne fait appel aux valeurs propres ni à la diagonalisation. Tout se traite par le calcul matriciel, les morphismes d'algèbres et les idéaux de .

1. (0,5 pt) Calculer et . En déduire que est inversible, préciser , et déterminer l'ordre de dans le groupe .

2. (0,75 pt) Montrer que est une sous-algèbre de , et qu'elle est commutative.

3. (0,5 pt) Écrire la matrice sous forme d'un tableau de coefficients. En déduire que la famille est libre, puis que .

4. (0,75 pt) Montrer que l'application définie par est un morphisme d'algèbres, et que son image est exactement .

5. (1,25 pt) Montrer que est l'idéal de engendré par . On raisonnera par double inclusion, la division euclidienne par servant pour l'inclusion délicate. En déduire le générateur unitaire de l'idéal des polynômes annulateurs de .

6. (0,5 pt) Montrer que l'anneau n'est pas intègre, en exhibant deux éléments non nuls de produit nul.

7. (0,75 pt) Soient , et . Montrer que est inversible dans si et seulement si , et que dans ce cas appartient encore à . Expliciter la condition portant sur , puis traiter l'exemple .

Bloqué sur « Structures algébriques usuelles » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.