MP · Chapitre 01
Structures algébriques usuelles
Compléments sur les groupes et les anneaux, idéaux de Z, anneaux Z/nZ, anneaux K[X], algèbres.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Compléments sur les groupes et les anneaux
- Idéaux de Z
- Anneaux Z/nZ
- Anneaux K[X]
- Algèbres
Le cours
En première année, les structures algébriques ont surtout servi de vocabulaire. On disait « (Z,+) est un groupe » ou « K[X] est un anneau » comme on dit « f est continue » : pour ranger un objet dans une catégorie et hériter d'un lot de propriétés déjà démontrées. Ce chapitre change de point de vue. Les structures ne sont plus le décor, elles deviennent l'objet d'étude, et l'on se met à poser sur elles des questions de classification : combien y a-t-il de groupes à n éléments, à isomorphisme près ? À quoi ressemblent tous les sous-groupes de (Z,+) ? Quand deux anneaux, construits de manière très différente, sont-ils en réalité le même anneau déguisé ?
Deux outils nouveaux portent tout le chapitre, et il vaut la peine de les annoncer tout de suite.
Le premier est l'ordre d'un élément. À un élément x d'un groupe on associe un entier, o(x), qui mesure au bout de combien de multiplications par lui-même on retombe sur le neutre. Cet entier gouverne tout : il donne le cardinal du sous-groupe engendré par x, il dit exactement quelles puissances de x valent e, et, dans un groupe fini, il divise le cardinal du groupe. De là sort le premier théorème de classification du cours : un groupe engendré par un seul élément est, à isomorphisme près, ou bien (Z,+), ou bien (Z/nZ,+). Il n'y a rien d'autre.
Le second est la notion d'idéal. Un idéal d'un anneau commutatif est une partie stable par addition et absorbante pour la multiplication. Cela paraît technique, et c'est pourtant l'outil qui unifie d'un seul coup toute l'arithmétique de première année. Dire que a divise b, ce sera dire que l'idéal engendré par b est contenu dans celui engendré par a ; le PGCD de a et b sera le générateur de aZ+bZ ; le théorème de Bézout deviendra une lecture directe de cette égalité. Le même discours vaudra mot pour mot dans K[X], ce qui explique enfin pourquoi l'arithmétique des entiers et celle des polynômes se ressemblent tant : ce n'est pas une analogie, ce sont deux exemples du même phénomène.
Le point de rencontre des deux idées est l'anneau Z/nZ, entièrement nouveau cette année. C'est le premier anneau que vous rencontrerez qui n'est ni Z, ni un ensemble de fonctions, ni un ensemble de matrices : un anneau fini, où l'on peut tout calculer à la main, et où les questions d'inversibilité deviennent des questions de PGCD. Il conduit au théorème chinois, au théorème d'Euler, au petit théorème de Fermat, et, en une page, à la description complète du chiffrement RSA qui protège les communications bancaires.
Les notations sont fixées une fois pour toutes. Un groupe quelconque est noté multiplicativement, (G,×), avec e pour neutre, x−1 pour inverse et xn pour les puissances ; un groupe abélien peut être noté additivement, avec 0 pour neutre, −x pour opposé et nx pour les multiples. Le sous-groupe engendré par une partie X est noté ⟨X⟩, et ⟨x⟩ pour un seul élément. L'ordre d'un élément est noté o(x). La classe d'un entier k dans Z/nZ est notée k. Le groupe des inversibles d'un anneau A est noté A×. L'indicatrice d'Euler est notée φ. L'idéal engendré par un élément a d'un anneau commutatif A est noté (a)=aA. On garde a∧b pour le PGCD, a∨b pour le PPCM et a∣b pour la divisibilité. Enfin K désigne R ou C, et l'on utilise sans les redéfinir L(E), Mn(K), F(X,K), GLn(K), Sn et Un.
Groupes : rappels et compléments
Définition et exemples fondamentaux
Définition
Soit G un ensemble muni d'une loi de composition interne ×. On dit que (G,×) est un groupe lorsque :
- la loi est associative : pour tous x,y,z de G, (xy)z=x(yz) ;
- la loi possède un élément neutre e : pour tout x de G, xe=ex=x ;
- tout élément est inversible : pour tout x de G, il existe y dans G tel que xy=yx=e.
Si de plus la loi est commutative, le groupe est dit abélien (ou commutatif).
Un groupe n'est jamais vide : il contient au moins son neutre. Le groupe réduit à {e} s'appelle le groupe trivial.
Exemple
Groupes additifs. (Z,+), (Q,+), (R,+), (C,+) sont des groupes abéliens de neutre 0. Plus généralement, tout K-espace vectoriel (E,+) est un groupe abélien, ainsi que (Mn,p(K),+) et (K[X],+).
En revanche (N,+) n'est pas un groupe : 2 n'a pas d'opposé dans N.
Exemple
Groupes multiplicatifs. (Q∗,×), (R∗,×), (C∗,×), (R+∗,×) sont abéliens de neutre 1. Le groupe U des complexes de module 1 et le groupe Un des racines n-ièmes de l'unité le sont aussi.
(GLn(K),×), groupe des matrices inversibles, est un groupe de neutre In, non abélien dès que n⩾2. De même, (Sn,∘) est un groupe de neutre id, non abélien dès que n⩾3.
Le passage au produit permet de fabriquer de nouveaux groupes à partir de groupes connus, sans aucun effort. C'est un procédé que l'on retrouvera à l'identique pour les anneaux et pour les algèbres.
Définition
Soient (G1,×),…,(Gp,×) des groupes. On munit le produit cartésien G1×⋯×Gp de la loi définie composante par composante :
(x1,…,xp)⋅(y1,…,yp)=(x1y1,…,xpyp).On l'appelle le groupe produit des Gi.
Propriété
Le groupe produit G1×⋯×Gp est bien un groupe. Son neutre est (e1,…,ep), et l'inverse de (x1,…,xp) est (x1−1,…,xp−1). Il est abélien si et seulement si chacun des Gi l'est.
Démonstration. Chaque axiome se vérifie composante par composante, puisque la loi est définie ainsi. Pour l'associativité, soient trois éléments x=(xi), y=(yi), z=(zi) du produit. La i-ième composante de (xy)z est (xiyi)zi, celle de x(yz) est xi(yizi) ; elles coïncident par associativité dans Gi, et ce pour tout i, donc (xy)z=x(yz).
Posons ε=(e1,…,ep). Pour tout x=(xi), la i-ième composante de xε est xiei=xi, donc xε=x, et de même εx=x : ε est neutre.
Enfin, soit x=(xi). Chaque xi est inversible dans Gi ; posons y=(x1−1,…,xp−1). La i-ième composante de xy vaut xixi−1=ei, donc xy=ε, et symétriquement yx=ε.
Pour la commutativité : si tous les Gi sont abéliens, le calcul composante par composante donne xy=yx. Réciproquement, si le produit est abélien, fixons i et deux éléments a,b de Gi ; en les plaçant en i-ième position et en mettant les neutres ailleurs, la commutativité du produit impose ab=ba. □
Exemple
(R2,+) est le produit de (R,+) par lui-même. Le groupe Z×Z, muni de l'addition composante par composante, est un groupe abélien infini. Le groupe U2×U2 possède quatre éléments : (1,1), (1,−1), (−1,1), (−1,−1), et chacun de ses éléments est son propre inverse.
Règles de calcul dans un groupe
Propriété
Soit (G,×) un groupe.
- L'élément neutre est unique.
- Pour tout x de G, l'inverse de x est unique ; on le note x−1.
- (x−1)−1=x pour tout x de G.
- (xy)−1=y−1x−1 pour tous x,y de G : l'inverse d'un produit renverse l'ordre.
Démonstration. 1. Soient e et e′ deux neutres. Alors ee′=e′ (car e est neutre) et ee′=e (car e′ est neutre). Donc e=e′.
2. Soient y et y′ deux inverses de x. Alors
y=ye=y(xy′)=(yx)y′=ey′=y′,en utilisant successivement le neutre, la définition de y′, l'associativité, puis la définition de y.
3. Par définition, x−1x=xx−1=e. Cette égalité, lue à l'envers, dit exactement que x est un inverse de x−1 ; par unicité, (x−1)−1=x.
4. Calculons directement :
(xy)(y−1x−1)=x(yy−1)x−1=xex−1=xx−1=e,et de même (y−1x−1)(xy)=y−1(x−1x)y=y−1y=e. Donc y−1x−1 est un inverse de xy, et par unicité c'est **l'**inverse. □
Propriété
Régularité. Dans un groupe G, tout élément est régulier : pour tous x,y,z de G,
xy=xz⟹y=zetyx=zx⟹y=z.Démonstration. Supposons xy=xz. En multipliant les deux membres à gauche par x−1, il vient x−1(xy)=x−1(xz), soit (x−1x)y=(x−1x)z par associativité, c'est-à-dire ey=ez, donc y=z. Le second cas se traite en multipliant à droite par x−1. □
Définition
Soit x un élément d'un groupe (G,×). On définit xn pour tout n de Z par
x0=e,xn+1=xnx (n∈N),x−n=(x−1)n (n∈N).En notation additive, ces puissances s'écrivent nx, avec 0x=0, (n+1)x=nx+x et (−n)x=n(−x).
Propriété
Pour tout x de G et tous m,n de Z :
xm+n=xmxn,(xm)n=xmn,(xn)−1=x−n.En revanche, (xy)n=xnyn est fausse en général : elle vaut dès que x et y commutent, et seulement dans ce cas pour n=2.
Démonstration. Montrons xm+n=xmxn pour m fixé dans N et n dans N, par récurrence sur n. Pour n=0 : xm+0=xm=xme=xmx0. Si la propriété est vraie au rang n, alors
xm+(n+1)=x(m+n)+1=xm+nx=(xmxn)x=xm(xnx)=xmxn+1.Le passage aux exposants négatifs se fait en observant que xn et x−n=(x−1)n sont inverses l'un de l'autre, ce qui se démontre par la même récurrence, puis en distinguant les signes de m, de n et de m+n. Ces vérifications sont sans difficulté et nous les admettons.
Pour le point négatif : (xy)2=xyxy, tandis que x2y2=xxyy. Ces deux éléments sont égaux si et seulement si xyxy=xxyy, ce qui, après simplification à gauche par x et à droite par y (licite par régularité), équivaut à yx=xy. □
Exemple
Dans S3, prenons x la transposition (1 2) et y la transposition (1 3). Alors x2=y2=id, donc x2y2=id, alors que xy est un cycle de longueur 3 et (xy)2=xy∘xy=id. La formule (xy)2=x2y2 est donc bien en défaut dès que la commutativité manque.
Sous-groupes
Définition
Soit (G,×) un groupe et H une partie de G. On dit que H est un sous-groupe de G lorsque H est stable par la loi de G et que H, muni de la loi induite, est lui-même un groupe. On note parfois H⩽G.
Vérifier cette définition telle quelle serait pénible. Le critère suivant ramène tout à deux lignes de calcul, et c'est lui que l'on utilise systématiquement.
Propriété
Caractérisation des sous-groupes. Soit H une partie d'un groupe (G,×). Les assertions suivantes sont équivalentes :
- H est un sous-groupe de G ;
- e∈H, et pour tous x,y de H : xy∈H et x−1∈H ;
- H=∅ et, pour tous x,y de H, xy−1∈H.
Démonstration. Nous montrons 1⟹2⟹3⟹1.
1⟹2. Supposons H sous-groupe. La stabilité donne xy∈H pour x,y dans H. Notons eH le neutre du groupe (H,×) : il vérifie eHeH=eH dans H, donc aussi dans G. En simplifiant par eH dans G (régularité), on obtient eH=e : le neutre de H est celui de G, et e∈H. Soit maintenant x dans H ; il possède un inverse y dans H, qui vérifie xy=eH=e. Ainsi y est aussi un inverse de x dans G, et par unicité y=x−1. Donc x−1∈H.
2⟹3. Comme e∈H, la partie H est non vide. Si x,y sont dans H, alors y−1∈H, puis xy−1∈H par stabilité.
3⟹1. Supposons H non vide et stable par (x,y)↦xy−1. Choisissons a∈H. En prenant x=y=a, on obtient aa−1=e∈H. En prenant x=e et y∈H, on obtient ey−1=y−1∈H : H est stable par inverse. Enfin, pour x,y dans H, on sait que y−1∈H, donc x(y−1)−1=xy∈H : H est stable par la loi. La loi induite sur H est alors une loi de composition interne, associative (elle l'est dans G, donc a fortiori sur une partie), admettant e pour neutre, et pour laquelle tout élément de H a son inverse dans H. Donc (H,×) est un groupe. □
Méthode
Montrer qu'une partie H est un sous-groupe de G. La rédaction est toujours la même, en quatre temps.
- Annoncer le groupe ambiant et sa loi : « montrons que H est un sous-groupe de (C∗,×) ». Sans cela, la phrase n'a pas de sens.
- Vérifier H⊂G, puis e∈H (ce qui prouve H=∅ et élimine parfois la question sur-le-champ).
- Prendre x,y quelconques dans H, traduire ce que cela signifie, puis établir xy−1∈H en revenant à cette traduction.
- Conclure.
Deux raccourcis rentables : si H est le noyau ou l'image d'un morphisme, la question est réglée en une ligne (section 2) ; si H est une intersection de sous-groupes, aussi.
Exemple
Sous-groupes usuels. Dans (Z,+) : les nZ. Dans (C∗,×) : R∗, R+∗, U, Un. Dans (GLn(K),×) : le groupe spécial linéaire SLn(K) des matrices de déterminant 1. Dans (Sn,∘) : le groupe alterné An des permutations paires.
Un exemple rédigé : montrons que U={z∈C∗;∣z∣=1} est un sous-groupe de (C∗,×). D'abord U⊂C∗ et ∣1∣=1 donc 1∈U. Ensuite, soient z,z′ dans U : alors
zz′−1=∣z′∣∣z∣=11=1,donc zz′−1∈U. Ainsi U est un sous-groupe de (C∗,×).
Propriété
Intersection de sous-groupes. Soit (Hi)i∈I une famille quelconque non vide de sous-groupes d'un groupe G. Alors
i∈I⋂Hiest un sous-groupe de G.
Démonstration. Notons H=⋂i∈IHi. C'est une partie de G comme intersection de parties de G.
Chaque Hi est un sous-groupe, donc contient e ; par conséquent e∈H et H=∅.
Soient x,y dans H. Fixons i∈I. Comme x et y appartiennent à H, ils appartiennent en particulier à Hi, qui est un sous-groupe : donc xy−1∈Hi. Ceci vaut pour tout i de I, donc xy−1∈⋂i∈IHi=H.
Par la caractérisation, H est un sous-groupe de G. □
Le résultat correspondant pour la réunion est faux, et il faut savoir le dire avec un contre-exemple sous la main.
Exemple
La réunion de deux sous-groupes n'en est en général pas un. Dans (Z,+), les parties 2Z et 3Z sont des sous-groupes. Pourtant 2∈2Z et 3∈3Z, donc 2 et 3 appartiennent à 2Z∪3Z, alors que
2+3=5∈/2Z∪3Zpuisque 5 n'est ni pair ni multiple de 3. La réunion n'est donc pas stable par l'addition : ce n'est pas un sous-groupe.
Propriété
Plus précisément, si H et K sont deux sous-groupes d'un groupe G, alors
H∪K est un sous-groupe de G⟺H⊂K ou K⊂H.Démonstration. Si H⊂K, alors H∪K=K est un sous-groupe ; de même si K⊂H. Réciproquement, supposons H∪K sous-groupe et raisonnons par l'absurde en supposant H⊂K et K⊂H. Il existe alors h∈H avec h∈/K, et k∈K avec k∈/H. L'élément hk appartient à H∪K par stabilité. Deux cas :
- si hk∈H, alors k=h−1(hk) est un produit de deux éléments de H, donc k∈H : contradiction ;
- si hk∈K, alors h=(hk)k−1 est un produit de deux éléments de K, donc h∈K : contradiction.
Dans les deux cas on aboutit à une absurdité, donc H⊂K ou K⊂H. □
Sous-groupe engendré par une partie
La propriété d'intersection permet de définir, pour toute partie X de G, le plus petit sous-groupe contenant X. C'est un procédé que l'on retrouvera tel quel pour les sous-espaces vectoriels engendrés, les sous-anneaux et les idéaux.
Définition
Soit X une partie d'un groupe G. Notons SX l'ensemble des sous-groupes de G qui contiennent X. On appelle sous-groupe engendré par X, noté ⟨X⟩, l'intersection de tous ces sous-groupes :
⟨X⟩=H∈SX⋂H.Pour X={x}, on note simplement ⟨x⟩.
Cette intersection porte sur une famille non vide de sous-groupes, puisque G lui-même contient X : la définition a donc un sens, et ⟨X⟩ est un sous-groupe d'après la propriété précédente.
Propriété
⟨X⟩ est le plus petit sous-groupe de G contenant X, au sens suivant :
- ⟨X⟩ est un sous-groupe de G et X⊂⟨X⟩ ;
- si H est un sous-groupe de G contenant X, alors ⟨X⟩⊂H.
Démonstration. 1. C'est une intersection de sous-groupes, donc un sous-groupe. Chacun des sous-groupes intersectés contient X par construction, donc leur intersection contient X.
2. Si H est un sous-groupe contenant X, alors H figure parmi les ensembles de la famille dont on prend l'intersection ; or une intersection est contenue dans chacun de ses membres, donc ⟨X⟩⊂H. □
Cette définition est élégante mais non calculatoire : elle ne dit pas à quoi ressemblent les éléments de ⟨X⟩. Dans le cas d'un seul générateur, la description explicite est très simple, et c'est elle qu'on utilise en pratique.
Propriété
Soit x un élément d'un groupe G. Alors
⟨x⟩={xk;k∈Z}.Démonstration. Posons P={xk;k∈Z} et montrons la double inclusion.
P⊂⟨x⟩. Le sous-groupe ⟨x⟩ contient x. Étant stable par produit, il contient xk pour tout k∈N∗ (récurrence immédiate : si xk∈⟨x⟩ alors xk+1=xkx∈⟨x⟩). Il contient x0=e. Étant stable par inverse, il contient (xk)−1=x−k pour tout k∈N∗. Au total, xk∈⟨x⟩ pour tout k∈Z, c'est-à-dire P⊂⟨x⟩.
⟨x⟩⊂P. Il suffit, d'après la caractérisation du plus petit sous-groupe, de montrer que P est un sous-groupe de G contenant x. Or x=x1∈P, donc P contient x et P=∅. Soient u,v dans P : il existe k,l dans Z tels que u=xk et v=xl. Alors
uv−1=xk(xl)−1=xkx−l=xk−l∈P,d'après les règles de calcul sur les puissances. Donc P est un sous-groupe contenant x, d'où ⟨x⟩⊂P.
Les deux inclusions donnent l'égalité. □
Propriété
Pour une partie X quelconque et non vide de G, on a la description
⟨X⟩={x1ε1x2ε2⋯xmεm;m∈N, x1,…,xm∈X, ε1,…,εm∈{−1,1}},le produit vide (cas m=0) valant e. Autrement dit, ⟨X⟩ est l'ensemble des produits finis d'éléments de X et d'inverses d'éléments de X.
Démonstration. Notons P l'ensemble de droite. Tout sous-groupe contenant X est stable par produit et par inverse, donc contient chacun de ces produits finis : ainsi P⊂⟨X⟩. Réciproquement, P contient e (produit vide) et X (produits à un facteur avec ε=1). Si u=x1ε1⋯xmεm et v=y1η1⋯yrηr sont dans P, alors
uv−1=x1ε1⋯xmεmyr−ηr⋯y1−η1est encore un produit fini d'éléments de X et d'inverses d'éléments de X, donc appartient à P. Ainsi P est un sous-groupe contenant X, d'où ⟨X⟩⊂P. □
Exemple
Dans (Z,+), où la loi est notée additivement, ⟨n⟩={kn;k∈Z}=nZ. En particulier ⟨1⟩=Z : le groupe (Z,+) est engendré par un seul élément.
Dans (C∗,×), si ω=e2iπ/n, alors ⟨ω⟩={ωk;k∈Z}=Un, car ωn=1 fait que les puissances se répètent avec une période n.
Toujours dans (Z,+), ⟨2,3⟩ contient 3−2=1, donc contient ⟨1⟩=Z : ainsi ⟨2,3⟩=Z. Deux générateurs peuvent donc engendrer bien plus que chacun séparément.
Les sous-groupes de (Z,+)
Voici le premier théorème de classification du chapitre : on décrit tous les sous-groupes d'un groupe donné. Sa démonstration est exigible, et le schéma de raisonnement (prendre le plus petit élément strictement positif, puis diviser) se reproduira à l'identique pour les idéaux de Z puis pour ceux de K[X].
Propriété
Théorème. Les sous-groupes de (Z,+) sont exactement les ensembles nZ, pour n∈N. De plus, cet entier n est unique : si nZ=mZ avec n,m dans N, alors n=m.
Démonstration. Sens facile : chaque nZ est un sous-groupe. Soit n∈N. On a nZ⊂Z et 0=n×0∈nZ. Si x=nk et y=nl sont dans nZ, alors x−y=n(k−l)∈nZ. Donc nZ est un sous-groupe de (Z,+).
Sens réciproque : il n'y en a pas d'autres. Soit H un sous-groupe de (Z,+). Deux cas se présentent.
Cas 1 : H={0}. Alors H=0Z, et c'est fini.
Cas 2 : H={0}. Il existe donc x∈H avec x=0. Comme H est un sous-groupe, −x∈H également ; or l'un des deux entiers x et −x est strictement positif. Ainsi l'ensemble
H+=H∩N∗est une partie non vide de N. Toute partie non vide de N possède un plus petit élément : notons n=minH+. Par construction n∈H et n⩾1. Montrons que H=nZ.
Inclusion nZ⊂H. Comme n∈H et que H est un sous-groupe, H contient ⟨n⟩=nZ.
Inclusion H⊂nZ. Soit x∈H. Effectuons la division euclidienne de x par n (licite car n⩾1) : il existe q∈Z et r∈Z tels que
x=nq+ravec0⩽r<n.Alors r=x−nq. Or x∈H et nq∈nZ⊂H, donc r∈H par stabilité par différence. Supposons r>0 : alors r∈H∩N∗=H+, et r<n=minH+, ce qui est contradictoire. Donc r=0, c'est-à-dire x=nq∈nZ.
Les deux inclusions donnent H=nZ.
Unicité de n. Soient n,m dans N avec nZ=mZ. Si n=0, alors mZ={0} donc m=0. Sinon n⩾1 et m⩾1. De n∈nZ=mZ on tire m∣n, et de m∈mZ=nZ on tire n∣m. Deux entiers naturels non nuls qui se divisent mutuellement sont égaux, donc n=m. □
Exemple
Ce théorème est un outil de démonstration, pas seulement un résultat de classification. Soient a,b deux entiers. L'ensemble
aZ+bZ={au+bv;(u,v)∈Z2}est un sous-groupe de (Z,+) : il contient 0, et la différence de deux de ses éléments, (au+bv)−(au′+bv′)=a(u−u′)+b(v−v′), est encore de cette forme. Le théorème affirme donc qu'il existe un unique entier naturel d tel que aZ+bZ=dZ. Nous verrons en section 6 que d=a∧b, et que le théorème de Bézout n'est rien d'autre que la lecture de cette égalité.
Morphismes de groupes
Définition et premières propriétés
Un sous-groupe est un groupe à l'intérieur d'un autre. Un morphisme, lui, est une application qui relie deux groupes en respectant leurs lois : c'est le moyen de transporter des calculs d'un groupe vers un autre.
Définition
Soient (G,×) et (G′,∗) deux groupes. Une application f:G→G′ est un morphisme de groupes lorsque
∀(x,y)∈G2,f(xy)=f(x)∗f(y).Un morphisme de G dans lui-même s'appelle un endomorphisme de G.
Dans toute la suite, pour alléger, on note multiplicativement les lois des deux groupes, e le neutre de G et e′ celui de G′. La condition s'écrit alors simplement f(xy)=f(x)f(y).
Propriété
Soit f:G→G′ un morphisme de groupes. Alors :
- f(e)=e′ ;
- f(x−1)=f(x)−1 pour tout x de G ;
- f(xn)=f(x)n pour tout x de G et tout n de Z.
Démonstration. 1. En appliquant la définition à x=y=e :
f(e)=f(ee)=f(e)f(e).On a donc f(e)e′=f(e)f(e) dans G′. Par régularité dans le groupe G′, on simplifie par f(e) à gauche et il vient e′=f(e).
2. Soit x∈G. En appliquant la définition à y=x−1 :
f(x)f(x−1)=f(xx−1)=f(e)=e′,et de même f(x−1)f(x)=f(x−1x)=f(e)=e′. Donc f(x−1) est un inverse de f(x) dans G′, et par unicité de l'inverse, f(x−1)=f(x)−1.
3. Pour n∈N, récurrence sur n. Au rang 0 : f(x0)=f(e)=e′=f(x)0 d'après le point 1. Si la propriété est vraie au rang n, alors
f(xn+1)=f(xnx)=f(xn)f(x)=f(x)nf(x)=f(x)n+1.Pour n négatif, écrivons n=−m avec m∈N ; alors, en utilisant le point 2 puis le cas positif,
f(x−m)=f((xm)−1)=f(xm)−1=(f(x)m)−1=f(x)−m.□Propriété
La composée de deux morphismes de groupes est un morphisme de groupes : si f:G→G′ et g:G′→G′′ sont des morphismes, alors g∘f:G→G′′ en est un.
Démonstration. Soient x,y dans G. Alors
(g∘f)(xy)=g(f(xy))=g(f(x)f(y))=g(f(x))g(f(y))=(g∘f)(x)(g∘f)(y),en utilisant d'abord que f est un morphisme, puis que g en est un. □
Image directe, image réciproque, image et noyau
Propriété
Soit f:G→G′ un morphisme de groupes.
- Si H est un sous-groupe de G, alors f(H) est un sous-groupe de G′.
- Si H′ est un sous-groupe de G′, alors f−1(H′) est un sous-groupe de G.
Démonstration. 1. Rappelons que f(H)={f(h);h∈H}. C'est une partie de G′. Comme e∈H et f(e)=e′, on a e′∈f(H), donc f(H)=∅.
Soient u,v dans f(H) : il existe h,k dans H tels que u=f(h) et v=f(k). Alors, en utilisant les deux propriétés démontrées plus haut,
uv−1=f(h)f(k)−1=f(h)f(k−1)=f(hk−1).Or hk−1∈H puisque H est un sous-groupe. Donc uv−1∈f(H), et f(H) est un sous-groupe de G′.
2. Rappelons que f−1(H′)={x∈G;f(x)∈H′} — cette notation ne présuppose pas que f soit bijective. C'est une partie de G. Comme f(e)=e′∈H′, on a e∈f−1(H′), qui est donc non vide.
Soient x,y dans f−1(H′), c'est-à-dire f(x)∈H′ et f(y)∈H′. Alors
f(xy−1)=f(x)f(y)−1∈H′car H′ est un sous-groupe de G′, donc stable par (u,v)↦uv−1. Ainsi xy−1∈f−1(H′), qui est bien un sous-groupe de G. □
Définition
Soit f:G→G′ un morphisme de groupes. On appelle
- image de f l'ensemble Imf=f(G)={f(x);x∈G} ;
- noyau de f l'ensemble Kerf=f−1({e′})={x∈G;f(x)=e′}.
Propriété
Imf est un sous-groupe de G′ et Kerf est un sous-groupe de G.
Démonstration. C'est le cas particulier de la propriété précédente : Imf=f(G) est l'image directe du sous-groupe G de G, et Kerf=f−1({e′}) est l'image réciproque du sous-groupe {e′} de G′. □
Propriété
Soit f:G→G′ un morphisme de groupes. Alors
f est injectif⟺Kerf={e}.Démonstration. Sens direct. Supposons f injectif. L'inclusion {e}⊂Kerf est acquise puisque f(e)=e′. Réciproquement, soit x∈Kerf : alors f(x)=e′=f(e), et l'injectivité de f donne x=e. Donc Kerf⊂{e}, puis l'égalité.
Sens réciproque. Supposons Kerf={e}. Soient x,y dans G tels que f(x)=f(y). En multipliant par f(y)−1 :
f(x)f(y)−1=e′,c’est-aˋ-diref(xy−1)=e′d'après les propriétés des morphismes. Donc xy−1∈Kerf={e}, soit xy−1=e, c'est-à-dire x=y. Ainsi f est injectif. □
Ce critère est l'un des plus rentables de tout le programme : il remplace l'étude d'une équation à deux inconnues, f(x)=f(y), par la résolution d'une seule équation, f(x)=e′.
Isomorphismes
Définition
Un isomorphisme de groupes est un morphisme de groupes bijectif. Deux groupes G et G′ sont dits isomorphes, ce que l'on note G≃G′, lorsqu'il existe un isomorphisme de G sur G′. Un isomorphisme de G dans lui-même s'appelle un automorphisme de G.
Propriété
Si f:G→G′ est un isomorphisme de groupes, alors sa bijection réciproque f−1:G′→G est également un isomorphisme de groupes.
Démonstration. L'application f−1 est bijective, comme réciproque d'une bijection. Reste à voir que c'est un morphisme. Soient u,v dans G′. Posons x=f−1(u) et y=f−1(v), de sorte que f(x)=u et f(y)=v. Comme f est un morphisme,
f(xy)=f(x)f(y)=uv,donc, en appliquant f−1 aux deux membres,
f−1(uv)=xy=f−1(u)f−1(v).□Deux groupes isomorphes ont exactement les mêmes propriétés exprimables avec la seule loi : même cardinal, même caractère abélien ou non, même nombre d'éléments vérifiant x2=e, etc. C'est ce qui rend légitime de les considérer comme « le même groupe écrit deux fois ». C'est aussi l'outil pour prouver que deux groupes ne sont pas isomorphes : il suffit d'exhiber une telle propriété que l'un possède et l'autre non.
Exemple
Morphismes usuels à connaître.
- det:(GLn(K),×)→(K∗,×), car det(AB)=det(A)det(B). Son noyau est SLn(K), il est surjectif.
- exp:(R,+)→(R+∗,×), car ex+y=exey. C'est un isomorphisme, de réciproque ln. Passer au logarithme, c'est utiliser cet isomorphisme.
- exp:(C,+)→(C∗,×) est un morphisme surjectif, de noyau 2iπZ : il n'est donc pas injectif.
Exemple
Morphismes usuels (suite).
- La signature ε:(Sn,∘)→({−1,1},×), morphisme surjectif pour n⩾2, de noyau le groupe alterné An.
- Le module z↦∣z∣, de (C∗,×) dans (R+∗,×), de noyau U.
- L'élévation à la puissance z↦zn, de (C∗,×) dans lui-même, de noyau Un.
- La réduction modulo n, k↦k, de (Z,+) dans (Z/nZ,+) : c'est le morphisme central de la section 4, surjectif, de noyau nZ.
- Pour a fixé dans G, la conjugaison x↦axa−1 est un automorphisme de G, car axa−1aya−1=axya−1, et sa réciproque est x↦a−1xa.
Méthode
Exploiter un morphisme. Devant une application entre deux groupes, l'ordre des questions est toujours le même.
- Vérifier : préciser les deux groupes et leurs lois (c'est là que se cachent les erreurs), puis établir f(xy)=f(x)f(y). Test de rejet immédiat : si f(e)=e′, ce n'est pas un morphisme.
- Noyau : résoudre l'équation f(x)=e′. On obtient gratuitement un sous-groupe de G.
- Injectivité : conclure par Kerf={e}, jamais par la définition.
- Image : résoudre f(x)=u d'inconnue x, pour u quelconque dans G′. On obtient gratuitement un sous-groupe de G′.
- Isomorphisme : si f est un morphisme injectif et surjectif, alors G≃G′, et tout calcul dans G se transporte dans G′.
Réflexe inverse, tout aussi utile : une partie définie par une équation (∣z∣=1, zn=1, detM=1, ε(σ)=1) est presque toujours un noyau, donc un sous-groupe sans aucun calcul.
Ordre d'un élément
Définition
Définition
Soit x un élément d'un groupe (G,×). On dit que x est d'ordre fini lorsqu'il existe un entier n∈N∗ tel que xn=e. Dans ce cas, on appelle ordre de x, noté o(x), le plus petit tel entier :
o(x)=min{n∈N∗;xn=e}.Si aucun entier n⩾1 ne vérifie xn=e, on dit que x est d'ordre infini.
Ce minimum existe bien : l'ensemble considéré est une partie non vide de N, donc admet un plus petit élément. Notons aussi que o(x)=1 si et seulement si x=e.
Exemple
Dans (Z,+), noté additivement, la condition « nx=0 pour un n⩾1 » impose x=0 : le seul élément d'ordre fini est 0, d'ordre 1, tous les autres sont d'ordre infini.
Dans (C∗,×), l'élément i vérifie i1=i, i2=−1, i3=−i, i4=1 : donc o(i)=4. L'élément 2 est d'ordre infini, car 2n=1 pour tout n⩾1.
Dans Sn, une transposition est d'ordre 2, et un cycle de longueur ℓ est d'ordre ℓ.
Propriété
Dans un groupe fini, tout élément est d'ordre fini.
Démonstration. Soit G un groupe fini de cardinal N et x∈G. Les N+1 éléments x0,x1,…,xN appartiennent tous à G, qui n'a que N éléments : ils ne peuvent être deux à deux distincts. Il existe donc 0⩽i<j⩽N avec xi=xj. En multipliant par (xi)−1=x−i, il vient xj−i=e avec j−i⩾1. Donc x est d'ordre fini. □
L'ordre est le cardinal du sous-groupe engendré
Propriété
Soit x un élément d'ordre fini d=o(x) d'un groupe G. Alors
⟨x⟩={e,x,x2,…,xd−1},et ces d éléments sont deux à deux distincts. En particulier
card⟨x⟩=o(x).Démonstration. Notons P={e,x,…,xd−1}.
Inclusion ⟨x⟩⊂P. On sait que ⟨x⟩={xk;k∈Z}. Soit k∈Z. Effectuons la division euclidienne de k par d (licite car d⩾1) : il existe q∈Z et r tels que k=dq+r avec 0⩽r<d. Alors
xk=xdq+r=(xd)qxr=eqxr=xr,et xr∈P puisque 0⩽r⩽d−1. Donc ⟨x⟩⊂P.
Inclusion P⊂⟨x⟩. Immédiate, puisque chaque xr avec 0⩽r⩽d−1 est une puissance entière de x.
Les éléments sont deux à deux distincts. Supposons xi=xj avec 0⩽i⩽j⩽d−1. Alors xj−i=e avec 0⩽j−i⩽d−1. Si l'on avait j−i⩾1, l'entier j−i serait un entier strictement positif vérifiant xj−i=e et strictement inférieur à d=o(x), ce qui contredit la minimalité de d. Donc j−i=0, soit i=j.
Le sous-groupe ⟨x⟩ a donc exactement d éléments. □
Cette égalité o(x)=card⟨x⟩ est à retenir dans les deux sens : elle permet de calculer un ordre en comptant des éléments, et de compter des éléments en calculant un ordre.
Le théorème de divisibilité de l'ordre
Propriété
Théorème. Soit x un élément d'ordre fini d'un groupe G. Alors, pour tout k∈Z,
xk=e⟺o(x)∣k.Démonstration. Posons d=o(x).
Sens réciproque. Supposons d∣k : il existe q∈Z tel que k=dq. Alors
xk=xdq=(xd)q=eq=e.Sens direct. Supposons xk=e. Effectuons la division euclidienne de k par d : il existe q∈Z et r tels que k=dq+r avec 0⩽r<d. Alors
e=xk=xdq+r=(xd)qxr=xr.Ainsi xr=e avec 0⩽r<d. Si r⩾1, cela contredit la minimalité de d=o(x) dans la définition de l'ordre. Donc r=0, c'est-à-dire k=dq, soit d∣k. □
Propriété
Corollaire. Soit x d'ordre fini d. Pour tous k,l de Z,
xk=xl⟺k≡l(modd).Autrement dit, les puissances de x ne dépendent que de la classe de l'exposant modulo o(x).
Démonstration. On a xk=xl si et seulement si xk−l=e (en multipliant par x−l, opération réversible), c'est-à-dire, d'après le théorème, si et seulement si d∣k−l, ce qui est exactement k≡l(modd). □
Une conséquence à connaître : les morphismes ne peuvent qu'abaisser l'ordre, et jamais l'augmenter.
Propriété
Soit f:G→G′ un morphisme de groupes et x∈G d'ordre fini. Alors f(x) est d'ordre fini et
o(f(x))∣o(x),avec égalité lorsque f est injectif.
Démonstration. Posons d=o(x). Alors f(x)d=f(xd)=f(e)=e′, donc f(x) est d'ordre fini et, par le théorème, o(f(x))∣d.
Supposons f injectif et notons d′=o(f(x)). De f(xd′)=f(x)d′=e′=f(e) et de l'injectivité on tire xd′=e, donc d∣d′. Comme d′∣d et d∣d′ avec d,d′ entiers naturels non nuls, d=d′. □
Ordre dans un groupe fini : le théorème de Lagrange
Propriété
Théorème de Lagrange (admis). Soit G un groupe fini et x∈G. Alors x est d'ordre fini et
o(x) divise cardG.Ce résultat est admis : sa démonstration, qui repose sur la décomposition d'un groupe en classes suivant un sous-groupe, est hors programme en MP. On ne vous demandera jamais de le démontrer, mais son usage est constant. Sous la forme usuelle, le théorème de Lagrange dit que le cardinal de tout sous-groupe d'un groupe fini divise le cardinal du groupe ; l'énoncé ci-dessus en est le cas particulier appliqué au sous-groupe ⟨x⟩, dont le cardinal vaut o(x).
Propriété
Corollaire. Soit G un groupe fini de cardinal N. Alors
∀x∈G,xN=e.Démonstration. Soit x∈G. D'après le théorème de Lagrange, o(x)∣N. D'après le théorème de divisibilité de l'ordre, la relation o(x)∣N équivaut à xN=e. □
Ce corollaire, appliqué au groupe (Z/nZ)×, donnera en section 7 le théorème d'Euler, puis le petit théorème de Fermat. C'est dire son importance.
Propriété
Soient x et y deux éléments d'ordre fini d'un groupe G. Si x et y commutent et si o(x)∧o(y)=1, alors
o(xy)=o(x)o(y).Démonstration. Posons a=o(x), b=o(y), avec a∧b=1. Comme x et y commutent, (xy)k=xkyk pour tout k (récurrence immédiate).
L'ordre divise ab. On a (xy)ab=xabyab=(xa)b(yb)a=e, donc o(xy)∣ab.
Réciproquement. Notons c=o(xy). De (xy)c=e on tire xc=y−c. Élevons à la puissance b :
xcb=(y−c)b=(yb)−c=e,donc a∣cb. Comme a∧b=1, le théorème de Gauss donne a∣c. Le raisonnement symétrique, en élevant à la puissance a, donne b∣c. Comme a et b sont premiers entre eux et divisent tous deux c, leur produit divise c : ab∣c.
De c∣ab et ab∣c avec c,ab entiers naturels non nuls, on conclut c=ab. □
Méthode
Calculer l'ordre d'un élément x en pratique. Ne calculez jamais x,x2,x3,… à l'aveugle : le théorème de Lagrange réduit énormément le travail.
- Déterminer N=cardG (si G est fini). Par Lagrange, o(x) est un diviseur de N.
- Lister les diviseurs de N, dans l'ordre croissant.
- Tester xd=e pour ces diviseurs d, du plus petit au plus grand : le premier qui convient est o(x).
- Raccourci fréquent : si l'on connaît un entier k avec xk=e, alors o(x)∣k, et il suffit de tester les diviseurs de k — pas besoin de connaître cardG.
Pour montrer que o(x)=d sans liste de diviseurs, la rédaction type est en deux temps : on vérifie xd=e (donc o(x)∣d), puis on vérifie que xd′=e pour chaque diviseur strict d′ de d.
Exemple
Calcul d'un ordre dans U12. Soit ω=e2iπ/12 et x=ω8. Le groupe U12 a 12 éléments, donc o(x) divise 12 : les candidats sont 1,2,3,4,6,12.
On a xk=ω8k, et ωm=1 si et seulement si 12∣m. Testons : 8×1=8 n'est pas multiple de 12 ; 8×2=16 non plus ; 8×3=24=12×2, oui. Donc
o(ω8)=3.On remarque que 3=12/(12∧8)=12/4. Ce n'est pas un hasard : la formule générale sera démontrée en section 4.
Groupes monogènes et cycliques
Définitions
Définition
Un groupe G est dit monogène lorsqu'il existe x∈G tel que G=⟨x⟩. Un tel x s'appelle un générateur de G.
Un groupe monogène fini est dit cyclique.
Propriété
Tout groupe monogène est abélien.
Démonstration. Soit G=⟨x⟩. Tout élément de G s'écrit xk avec k∈Z. Soient u=xk et v=xl deux éléments de G. Alors
uv=xkxl=xk+l=xl+k=xlxk=vu,la commutativité provenant de celle de l'addition dans Z, au niveau des exposants. □
La réciproque est fausse : (Q,+) est abélien mais n'est pas monogène, et U2×U2 est un groupe abélien à quatre éléments dont tous les éléments x vérifient x2=e, donc sont d'ordre 1 ou 2 : aucun n'est d'ordre 4, donc aucun n'engendre le groupe.
Exemple
(Z,+)=⟨1⟩ est monogène infini. Il est aussi engendré par −1, et par aucun autre élément : ⟨n⟩=nZ=Z dès que ∣n∣⩾2.
Un=⟨e2iπ/n⟩ est cyclique de cardinal n.
Construction du groupe (Z/nZ,+)
Fixons un entier n⩾1. Vous connaissez depuis la première année la relation de congruence : pour a,b dans Z,
a≡b(modn)⟺n∣b−a.C'est une relation d'équivalence sur Z : elle est réflexive (n∣0), symétrique (si n∣b−a alors n∣a−b) et transitive (si n∣b−a et n∣c−b, alors n divise leur somme c−a). La nouveauté de cette année consiste à regarder les paquets d'entiers congrus entre eux comme des objets à part entière, et à les additionner.
Définition
Pour k∈Z, on appelle classe de k modulo n l'ensemble
k={k+qn;q∈Z}=k+nZ.L'ensemble des classes modulo n est noté Z/nZ.
Propriété
Soient a,b dans Z. Alors
a=b⟺a≡b(modn).De plus Z/nZ={0,1,…,n−1}, et ces n classes sont deux à deux distinctes, donc card(Z/nZ)=n.
Démonstration. Équivalence. Supposons a=b. Comme a=a+0×n∈a=b, il existe q tel que a=b+qn, donc n∣a−b. Réciproquement, si a≡b(modn), écrivons a=b+q0n. Alors tout élément a+qn de a s'écrit b+(q+q0)n∈b, donc a⊂b, et l'inclusion inverse s'obtient de la même façon.
Description. Soit k∈Z. La division euclidienne de k par n s'écrit k=qn+r avec 0⩽r⩽n−1, donc k≡r(modn) et k=r : toute classe est l'une des n classes annoncées. Enfin, si r=r′ avec 0⩽r,r′⩽n−1, alors n∣r−r′ ; or ∣r−r′∣⩽n−1<n, ce qui force r−r′=0. Les n classes sont donc deux à deux distinctes. □
Il s'agit maintenant d'additionner ces classes. La définition naturelle consiste à additionner des représentants, mais il faut s'assurer que le résultat ne dépend pas des représentants choisis : c'est le point délicat, et il ne faut jamais l'escamoter.
Propriété
L'application
(a,b)⟼a+best bien définie sur Z/nZ : elle ne dépend pas des représentants choisis.
Démonstration. Soient a,a′,b,b′ des entiers tels que a=a′ et b=b′. Il s'agit de montrer que a+b=a′+b′.
Par hypothèse, n∣a−a′ et n∣b−b′ : écrivons a−a′=qn et b−b′=q′n. Alors
(a+b)−(a′+b′)=(a−a′)+(b−b′)=(q+q′)n,donc n∣(a+b)−(a′+b′), c'est-à-dire a+b≡a′+b′(modn), soit a+b=a′+b′. □
Propriété
(Z/nZ,+) est un groupe abélien de cardinal n, de neutre 0, l'opposé de k étant −k. Il est cyclique, engendré par 1.
Démonstration. L'associativité et la commutativité se lisent sur les représentants :
(a+b)+c=(a+b)+c=a+(b+c)=a+(b+c),et de même a+b=a+b=b+a=b+a. On a a+0=a, donc 0 est neutre, et a+−a=0, donc a est inversible d'opposé −a.
Enfin, en notation additive, k1=1+⋯+1=k pour tout k∈N, donc ⟨1⟩ contient toutes les classes : ⟨1⟩=Z/nZ. Le groupe est monogène et fini, donc cyclique. □
Propriété
L'application π:Z→Z/nZ, k↦k, est un morphisme de groupes surjectif de (Z,+) sur (Z/nZ,+), et
Kerπ=nZ.Démonstration. C'est un morphisme par définition même de l'addition des classes : π(a+b)=a+b=a+b=π(a)+π(b). Il est surjectif puisque toute classe est de la forme k. Enfin
k∈Kerπ⟺k=0⟺n∣k⟺k∈nZ.□Le théorème de structure
Voici le théorème central de cette partie : les groupes monogènes sont tous connus, et il n'y en a essentiellement qu'un par cardinal.
Propriété
Théorème de structure des groupes monogènes. Soit G=⟨x⟩ un groupe monogène.
- Si G est infini, alors G≃(Z,+).
- Si G est fini de cardinal n, alors G≃(Z/nZ,+).
Démonstration. Considérons l'application
f:Z⟶G,k⟼xk.C'est un morphisme de (Z,+) dans (G,×) : f(k+l)=xk+l=xkxl=f(k)f(l).
Il est surjectif : son image est {xk;k∈Z}=⟨x⟩=G.
Son noyau est un sous-groupe de (Z,+), donc, d'après le théorème de classification de la section 1, il existe un unique d∈N tel que Kerf=dZ. Deux cas.
Cas 1 : d=0. Alors Kerf={0}, donc f est injectif. Étant de plus surjectif, f est un isomorphisme de (Z,+) sur G, et G≃(Z,+). Notons que G est alors infini, puisqu'en bijection avec Z.
Cas 2 : d⩾1. Alors Kerf=dZ signifie exactement : xk=e⟺d∣k. En particulier xd=e avec d⩾1, donc x est d'ordre fini et, par le théorème de divisibilité de l'ordre, o(x)=d. D'après la section 3, cardG=card⟨x⟩=d : le groupe G est fini de cardinal n=d.
Construisons alors
g:Z/nZ⟶G,k⟼xk.g est bien définie. C'est le point à ne pas oublier. Si k=l, alors n∣k−l, donc xk−l=e d'après ce qui précède, d'où xk=xl. L'image ne dépend donc pas du représentant choisi.
g est un morphisme de (Z/nZ,+) dans (G,×) :
g(k+l)=g(k+l)=xk+l=xkxl=g(k)g(l).g est surjective : son image contient tous les xk, k∈Z, c'est-à-dire G tout entier.
g est injective : si g(k)=e, alors xk=e, donc n∣k, donc k=0. Le noyau est réduit au neutre.
Ainsi g est un isomorphisme et G≃(Z/nZ,+). □
Retenez la portée du résultat : à isomorphisme près, il existe un seul groupe cyclique de cardinal n, et un seul groupe monogène infini. Toute question sur un groupe cyclique de cardinal n peut donc se traiter dans Z/nZ, c'est-à-dire par de l'arithmétique dans Z.
Ordre des éléments et générateurs de Z/nZ
Propriété
Soit n⩾1 et k∈Z. Dans le groupe (Z/nZ,+),
o(k)=n∧kn.Démonstration. Posons d=n∧k, et écrivons n=dn′, k=dk′ avec n′∧k′=1. En notation additive, l'ordre de k est le plus petit entier m⩾1 tel que mk=0, c'est-à-dire tel que mk=0, c'est-à-dire tel que n∣mk.
Or
n∣mk⟺dn′∣mdk′⟺n′∣mk′.Comme n′∧k′=1, le théorème de Gauss donne n′∣mk′⟺n′∣m. Le plus petit entier m⩾1 vérifiant n′∣m est m=n′. Donc
o(k)=n′=dn=n∧kn.□Propriété
Générateurs de Z/nZ. Soit n⩾1 et k∈Z. Alors
k engendre Z/nZ⟺k∧n=1.Le nombre de générateurs de Z/nZ est donc le nombre d'entiers k de {0,1,…,n−1} premiers avec n, quantité notée φ(n) et étudiée en section 7.
Démonstration. L'élément k engendre Z/nZ si et seulement si card⟨k⟩=n, c'est-à-dire o(k)=n d'après la section 3. Or la propriété précédente donne o(k)=n/(n∧k), et
n∧kn=n⟺n∧k=1.□Voici une seconde démonstration, purement arithmétique, qui met en évidence le rôle de Bézout et qu'il est bon d'avoir en tête pour la suite. Si k∧n=1, le théorème de Bézout fournit u,v entiers tels que uk+vn=1 ; en passant aux classes, 1=uk+vn=uk, donc 1∈⟨k⟩, et comme 1 engendre le groupe, ⟨k⟩=Z/nZ. Réciproquement, si k engendre, il existe u tel que uk=1, donc n∣uk−1, donc il existe v avec uk−1=−vn, soit uk+vn=1 : tout diviseur commun de k et n divise 1, d'où k∧n=1.
Exemple
Dans Z/12Z, les ordres sont donnés par o(k)=12/(12∧k) :
| k | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 6 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 12∧k | 12 | 1 | 2 | 3 | 4 | 6 |
| o(k) | 1 | 12 | 6 | 4 | 3 | 2 |
Les générateurs sont les k avec k∧12=1, soit 1,5,7,11 : il y en a φ(12)=4.
Le modèle multiplicatif : le groupe Un
Propriété
Soit n⩾1 et ω=e2iπ/n. Le groupe (Un,×) des racines n-ièmes de l'unité est cyclique de cardinal n, engendré par ω, et
Z/nZ≃Un.Démonstration. Rappelons que Un={z∈C;zn=1}={ωk;0⩽k⩽n−1}, ensemble à n éléments. C'est un sous-groupe de (C∗,×), comme noyau du morphisme z↦zn.
Considérons
h:Z/nZ⟶Un,k⟼ωk.Bonne définition : si k=l, alors n∣k−l, donc ωk−l=(ωn)(k−l)/n=1, d'où ωk=ωl.
Morphisme : h(k+l)=h(k+l)=ωk+l=ωkωl=h(k)h(l).
Surjectivité : tout élément de Un est de la forme ωk.
Injectivité : une application surjective entre deux ensembles finis de même cardinal n est nécessairement injective. (On peut aussi le voir directement : si ωk=1 alors n∣k donc k=0.)
Donc h est un isomorphisme, et Un=h(Z/nZ)=⟨h(1)⟩=⟨ω⟩ est cyclique de cardinal n. □
Propriété
Corollaire. Tout groupe cyclique de cardinal n est isomorphe à Un. Les générateurs de Un sont exactement les ωk=e2ikπ/n avec k∧n=1 : ce sont les racines primitives n-ièmes de l'unité.
Démonstration. Si G est cyclique de cardinal n, alors G≃Z/nZ par le théorème de structure, et Z/nZ≃Un ; en composant les deux isomorphismes (et en utilisant que la composée de deux isomorphismes en est un), G≃Un.
Un isomorphisme transporte les générateurs sur les générateurs : comme h(k)=ωk et que les générateurs de Z/nZ sont les k avec k∧n=1, ceux de Un sont les ωk correspondants. □
Propriété
Tout sous-groupe d'un groupe monogène est monogène.
Démonstration. Soit G=⟨x⟩ et H un sous-groupe de G. Reprenons le morphisme surjectif f:Z→G, k↦xk. Alors f−1(H) est un sous-groupe de (Z,+), donc de la forme dZ pour un d∈N. Comme f est surjective, H=f(f−1(H)), donc
H=f(dZ)={xdq;q∈Z}=⟨xd⟩,et H est monogène, engendré par xd. □
Méthode
Montrer qu'un groupe fini G de cardinal n est cyclique. Une seule chose à faire : exhiber un élément d'ordre n. En effet, si o(x)=n, alors card⟨x⟩=n=cardG, donc ⟨x⟩=G.
En pratique, on teste les éléments un par un, en utilisant le fait que l'ordre divise n (Lagrange) : il suffit de vérifier que xd=e pour tout diviseur strict d de n, ce qui se réduit souvent à deux ou trois vérifications.
Montrer qu'il n'est pas cyclique : prouver que tous les éléments sont d'ordre strictement inférieur à n. Le cas le plus fréquent est celui où tout élément vérifie xm=e pour un m<n fixé.
Exemple
Le groupe U2×U2 est de cardinal 4 mais n'est pas cyclique : chacun de ses quatre éléments (±1,±1) vérifie x2=(1,1), donc est d'ordre 1 ou 2, jamais 4. Il n'est donc pas isomorphe à Z/4Z, alors qu'il a le même cardinal.
En revanche U2×U3, de cardinal 6, est cyclique : l'élément x=(−1,j) avec j=e2iπ/3 vérifie x2=(1,j2)=e et x3=(−1,1)=e, donc son ordre divise 6 sans valoir 1, 2 ni 3 : il vaut 6. Ce contraste entre 2∧2=2 et 2∧3=1 est exactement ce que le théorème chinois expliquera en section 7.
Anneaux : rappels et compléments
Définition, exemples, produit
Définition
Un anneau est un triplet (A,+,×) où A est un ensemble muni de deux lois de composition internes tel que :
- (A,+) est un groupe abélien, de neutre noté 0A ;
- la loi × est associative et possède un élément neutre noté 1A ;
- la loi × est distributive par rapport à + : pour tous x,y,z de A,
L'anneau est dit commutatif lorsque × est commutative.
Attention : dans ce cours, un anneau est toujours unitaire (il possède un 1A), et il n'est pas supposé commutatif. Les deux distributivités sont donc à écrire séparément tant qu'on ne sait pas que l'anneau est commutatif.
Exemple
Anneaux commutatifs usuels. Z, Q, R, C pour les opérations usuelles. L'anneau K[X] des polynômes. L'anneau F(X,K) des applications de X dans K, muni des opérations point par point : (f+g)(t)=f(t)+g(t) et (fg)(t)=f(t)g(t), de neutre la fonction constante égale à 1. L'anneau Z[i]={a+ib;(a,b)∈Z2} des entiers de Gauss.
L'anneau nul A={0}, dans lequel 1A=0A : c'est le seul anneau où cela se produit.
Exemple
Anneaux non commutatifs usuels. Mn(K) pour n⩾2, muni de l'addition et du produit matriciel, de neutre In. L'anneau L(E) des endomorphismes d'un K-espace vectoriel E, muni de l'addition et de la composition, de neutre idE ; il est non commutatif dès que dimE⩾2.
Dans M2(R), prenons M=(0010) et N=(0100). Alors MN=(1000) et NM=(0001) : ces deux produits diffèrent.
Définition
Soient (A1,+,×),…,(Ap,+,×) des anneaux. Le produit A1×⋯×Ap est muni des deux lois définies composante par composante :
(xi)i+(yi)i=(xi+yi)i,(xi)i⋅(yi)i=(xiyi)i.Propriété
Le produit A1×⋯×Ap est un anneau, de zéro (0A1,…,0Ap) et d'unité (1A1,…,1Ap). Il est commutatif si et seulement si chaque Ai l'est.
Démonstration. Tous les axiomes portent sur des égalités entre éléments du produit, et deux éléments du produit sont égaux si et seulement si leurs composantes le sont. Chaque axiome se ramène donc au même axiome dans chaque Ai, où il est vrai par hypothèse. Le groupe (A1×⋯×Ap,+) est abélien d'après la propriété analogue pour les groupes produits. □
Exemple
Un produit de deux anneaux non nuls possède toujours des diviseurs de zéro : dans A×B,
(1A,0B)⋅(0A,1B)=(0A,0B),alors qu'aucun des deux facteurs n'est nul. Un produit de deux anneaux non nuls n'est donc jamais intègre, et encore moins un corps. Retenez-le : ce petit calcul sert de contre-exemple dans une foule de situations.
Règles de calcul
Propriété
Soit A un anneau. Pour tous x,y de A :
0Ax=x0A=0A,(−x)y=x(−y)=−(xy),(−x)(−y)=xy.Démonstration. Pour la première : 0Ax=(0A+0A)x=0Ax+0Ax par distributivité. En ajoutant −(0Ax) aux deux membres dans le groupe (A,+), il vient 0A=0Ax. Le calcul symétrique donne x0A=0A.
Pour la deuxième : xy+(−x)y=(x+(−x))y=0Ay=0A, donc (−x)y est l'opposé de xy dans le groupe (A,+), c'est-à-dire (−x)y=−(xy). De même pour x(−y).
Pour la troisième : (−x)(−y)=−(x(−y))=−(−(xy))=xy. □
Propriété
Formule du binôme. Soient a,b deux éléments d'un anneau A qui commutent, c'est-à-dire ab=ba. Alors, pour tout n∈N,
(a+b)n=k=0∑n(kn)akbn−k.Démonstration. Récurrence sur n. Pour n=0, les deux membres valent 1A.
Supposons la formule vraie au rang n. Alors
(a+b)n+1=(a+b)(a+b)n=(a+b)k=0∑n(kn)akbn−k=k=0∑n(kn)ak+1bn−k+k=0∑n(kn)bakbn−k.C'est ici qu'intervient l'hypothèse de commutation : de ab=ba on tire, par une récurrence immédiate, bak=akb pour tout k, donc bakbn−k=akbn−k+1. Ainsi
(a+b)n+1=k=0∑n(kn)ak+1bn−k+k=0∑n(kn)akbn+1−k.Dans la première somme, le changement d'indice j=k+1 donne ∑j=1n+1(j−1n)ajbn+1−j. En regroupant avec la seconde somme et en utilisant la formule de Pascal (j−1n)+(jn)=(jn+1), on obtient
(a+b)n+1=j=0∑n+1(jn+1)ajbn+1−j.□Propriété
Sous la même hypothèse ab=ba, on a pour tout n∈N∗
an−bn=(a−b)k=0∑n−1akbn−1−k.Démonstration. Développons le membre de droite en utilisant bak=akb :
(a−b)k=0∑n−1akbn−1−k=k=0∑n−1ak+1bn−1−k−k=0∑n−1akbn−k.Posons uk=akbn−k pour 0⩽k⩽n. La première somme vaut ∑k=0n−1uk+1 et la seconde ∑k=0n−1uk : leur différence est télescopique et vaut un−u0=an−bn. □
Exemple
L'hypothèse de commutation n'est pas décorative. Dans M2(R), reprenons M et N de l'exemple précédent. On calcule (M+N)2=I2, tandis que
M2+2MN+N2=0+2(1000)+0=(2000)=I2.Avant tout usage du binôme dans Mn(K) ou L(E), il faut donc justifier la commutation, par exemple en écrivant M=In+N où In commute avec tout.
Sous-anneaux
Définition
Soit A un anneau et B une partie de A. On dit que B est un sous-anneau de A lorsque B est stable par les deux lois, contient 1A, et que (B,+,×), muni des lois induites, est un anneau.
Propriété
Caractérisation. Une partie B d'un anneau A est un sous-anneau de A si et seulement si :
- 1A∈B ;
- pour tous x,y de B, x−y∈B ;
- pour tous x,y de B, xy∈B.
Démonstration. Sens direct. Si B est un sous-anneau, il contient 1A par définition, et (B,+) est un sous-groupe de (A,+) — car c'est un groupe pour la loi induite — donc stable par différence ; enfin il est stable par produit.
Sens réciproque. Supposons les trois conditions. Le point 1 assure B=∅, et avec le point 2 la caractérisation des sous-groupes donne que (B,+) est un sous-groupe de (A,+), donc un groupe abélien contenant 0A. Le point 3 assure que × induit une loi interne sur B ; elle est associative et distributive sur B puisqu'elle l'est sur A, et 1A∈B en est le neutre. Donc (B,+,×) est un anneau. □
Exemple
Z est un sous-anneau de Q, lui-même sous-anneau de R, lui-même sous-anneau de C. L'ensemble Z[i] est un sous-anneau de C : il contient 1, et
(a+ib)−(c+id)=(a−c)+i(b−d),(a+ib)(c+id)=(ac−bd)+i(ad+bc),avec des coefficients entiers dans les deux cas.
En revanche, 2Z n'est pas un sous-anneau de Z : il est stable par différence et par produit, mais il ne contient pas 1. C'est le premier exemple à avoir en tête pour distinguer sous-anneau et idéal.
Inversibles, intégrité, corps
Définition
Soit A un anneau. Un élément x de A est dit inversible lorsqu'il existe y∈A tel que xy=yx=1A. Cet élément y est alors unique, noté x−1. L'ensemble des éléments inversibles de A est noté A×.
Propriété
(A×,×) est un groupe, appelé groupe des inversibles de A.
Démonstration. La multiplication induit une loi interne sur A× : si x et y sont inversibles, alors (xy)(y−1x−1)=1A et (y−1x−1)(xy)=1A, donc xy∈A×. Cette loi est associative (elle l'est dans A), 1A est inversible d'inverse lui-même donc 1A∈A× est neutre, et tout x∈A× a son inverse x−1 dans A× (car x−1 est inversible, d'inverse x). □
Exemple
Z×={−1,1}. Pour un corps K, K×=K∖{0}=K∗. L'anneau K[X] a pour inversibles les polynômes constants non nuls : K[X]×=K∗. Enfin
Mn(K)×=GLn(K),L(E)×=GL(E),et F(X,K)× est l'ensemble des fonctions ne s'annulant jamais.
Définition
Soit A un anneau. Un élément x non nul de A est un diviseur de zéro s'il existe y=0A tel que xy=0A ou yx=0A.
Un anneau A est dit intègre lorsqu'il est commutatif, non nul, et sans diviseur de zéro, c'est-à-dire
∀(x,y)∈A2,xy=0A⟹x=0A ou y=0A.Propriété
Dans un anneau intègre, tout élément non nul est régulier :
∀(x,y,z)∈A3,(x=0A et xy=xz)⟹y=z.Démonstration. De xy=xz on tire x(y−z)=xy−xz=0A par distributivité. Comme A est intègre et x=0A, il vient y−z=0A, donc y=z. □
Définition
Un corps est un anneau commutatif L, non nul, dont tout élément non nul est inversible, c'est-à-dire tel que
L×=L∖{0}.Un sous-corps d'un corps L est un sous-anneau de L stable par passage à l'inverse des éléments non nuls.
Propriété
Tout corps est intègre. La réciproque est fausse.
Démonstration. Soit L un corps et x,y tels que xy=0 avec x=0. Comme x est inversible, en multipliant par x−1 :
y=1⋅y=(x−1x)y=x−1(xy)=x−1⋅0=0.Donc L est intègre. Pour la réciproque, Z est intègre mais n'est pas un corps (2 n'y est pas inversible), et K[X] est intègre sans être un corps (X n'y est pas inversible). □
Exemple
Q, R, C sont des corps ; Q est un sous-corps de R, lui-même sous-corps de C. L'ensemble
Q[2]={a+b2;(a,b)∈Q2}est un sous-corps de R : pour l'inverse, si a+b2=0, alors a2−2b2=0 (sinon 2 serait rationnel), et
a+b21=a2−2b2a−b2=a2−2b2a+a2−2b2−b2.Morphismes d'anneaux
Définition
Soient A et B deux anneaux. Une application f:A→B est un morphisme d'anneaux lorsque, pour tous x,y de A :
f(x+y)=f(x)+f(y),f(xy)=f(x)f(y),f(1A)=1B.Un morphisme d'anneaux bijectif est un isomorphisme d'anneaux.
La troisième condition fait partie de la définition : elle ne se déduit pas des deux autres. Ainsi, l'application f:Z→Z×Z, k↦(k,0), respecte l'addition et la multiplication, mais envoie 1 sur (1,0)=(1,1) : ce n'est pas un morphisme d'anneaux.
Propriété
Soit f:A→B un morphisme d'anneaux.
- f est en particulier un morphisme de groupes de (A,+) dans (B,+), donc f(0A)=0B et f(−x)=−f(x).
- Imf est un sous-anneau de B.
- Kerf={x∈A;f(x)=0B} est un sous-groupe de (A,+), et f est injectif si et seulement si Kerf={0A}.
- Si x∈A×, alors f(x)∈B× et f(x)−1=f(x−1).
Démonstration. 1. C'est la première condition de la définition, et les propriétés des morphismes de groupes s'appliquent.
2. On a 1B=f(1A)∈Imf. Soient u=f(x) et v=f(y) dans Imf : alors u−v=f(x)−f(y)=f(x−y)∈Imf et uv=f(x)f(y)=f(xy)∈Imf. La caractérisation des sous-anneaux conclut.
3. C'est le noyau du morphisme de groupes associé, d'où les deux affirmations.
4. Si xy=yx=1A, alors f(x)f(y)=f(xy)=f(1A)=1B et de même f(y)f(x)=1B. □
Le point 4 signifie que f induit, par restriction, un morphisme de groupes de A× dans B×. On s'en servira pour le théorème chinois.
Propriété
La réciproque d'un isomorphisme d'anneaux est un isomorphisme d'anneaux, et la composée de deux morphismes d'anneaux est un morphisme d'anneaux.
Démonstration. Pour la composée, les trois conditions se vérifient l'une après l'autre comme pour les groupes, la troisième donnant (g∘f)(1A)=g(1B)=1C. Pour la réciproque : on sait déjà que f−1 respecte l'addition (cas des groupes). Pour la multiplication, soient u,v dans B et x=f−1(u), y=f−1(v) ; de f(xy)=f(x)f(y)=uv on tire f−1(uv)=xy=f−1(u)f−1(v). Enfin f(1A)=1B donne f−1(1B)=1A. □
Exemple
Morphismes d'anneaux usuels. La conjugaison z↦z est un automorphisme de l'anneau C. Pour a∈K fixé, l'évaluation P↦P(a) est un morphisme d'anneaux de K[X] dans K, surjectif, de noyau l'ensemble des polynômes s'annulant en a. La réduction k↦k de Z dans Z/nZ est un morphisme d'anneaux surjectif de noyau nZ (section 7). Enfin, si E est de dimension n et B une base de E, l'application u↦MatB(u) est un isomorphisme d'anneaux de L(E) sur Mn(K).
Idéaux d'un anneau commutatif
Dans toute cette section, A désigne un anneau commutatif. La notion d'idéal n'est définie ici que dans ce cadre : c'est une restriction voulue du programme, et l'on ne parlera jamais d'idéal d'un anneau non commutatif.
Définition et premiers exemples
Définition
Une partie I de A est un idéal de A lorsque :
- I est un sous-groupe de (A,+) ;
- I est absorbante pour la multiplication : pour tout a∈A et tout x∈I, ax∈I.
La différence avec un sous-anneau est essentielle et se résume ainsi : un sous-anneau est stable par produit entre ses éléments et contient 1A ; un idéal est stable par produit par n'importe quel élément de l'anneau ambiant et ne contient en général pas 1A.
Exemple
{0A} et A sont des idéaux de A, appelés idéaux triviaux.
Dans Z, l'ensemble 2Z est un idéal : c'est un sous-groupe additif, et si x est pair, ax est pair pour tout entier a. Ce même 2Z n'est pas un sous-anneau (il ne contient pas 1). Inversement, Z est un sous-anneau de Q mais n'est pas un idéal de Q : 21×1=21∈/Z.
Propriété
Soit I un idéal de A. Les assertions suivantes sont équivalentes :
- I=A ;
- 1A∈I ;
- I contient un élément inversible.
Démonstration. 1⟹2 est clair, et 2⟹3 aussi puisque 1A est inversible.
3⟹1. Soit u∈I∩A×. Pour tout a∈A, l'absorption donne (au−1)u∈I, c'est-à-dire a∈I. Donc A⊂I, et comme I⊂A, on a I=A. □
Propriété
Corollaire. Soit L un corps. Les seuls idéaux de L sont {0} et L.
Démonstration. Soit I un idéal de L non réduit à {0}. Il contient un élément x=0, qui est inversible puisque L est un corps. D'après la propriété précédente, I=L. □
Idéal engendré par un élément
Définition
Soit a∈A. On pose
(a)=aA={ax;x∈A}.Propriété
(a) est un idéal de A, il contient a, et c'est le plus petit idéal de A contenant a : tout idéal contenant a contient (a). On l'appelle l'idéal engendré par a, et un idéal de cette forme est dit principal.
Démonstration. C'est un idéal. On a 0A=a0A∈(a). Si u=ax et v=ay sont dans (a), alors u−v=a(x−y)∈(a) : c'est un sous-groupe additif. Enfin, pour b∈A et u=ax∈(a), la commutativité donne bu=b(ax)=a(bx)∈(a).
Il contient a : a=a1A∈(a). C'est ici que l'on utilise que l'anneau est unitaire.
C'est le plus petit. Soit I un idéal contenant a. Pour tout x∈A, l'absorption donne ax∈I. Donc (a)⊂I. □
Exemple
Dans Z : (n)=nZ. Dans K[X] : (P)=PK[X] est l'ensemble des multiples de P. Dans tout anneau A : (0A)={0A} et (1A)=A, et plus généralement (u)=A pour tout u inversible.
Propriété
Soient I et J deux idéaux de A. Alors I∩J et
I+J={x+y;x∈I, y∈J}sont des idéaux de A.
Démonstration. Intersection. C'est un sous-groupe de (A,+) comme intersection de sous-groupes. Si a∈A et x∈I∩J, alors ax∈I (car I est un idéal) et ax∈J (car J en est un), donc ax∈I∩J.
Somme. On a 0A=0A+0A∈I+J. Si u=x+y et u′=x′+y′ avec x,x′∈I et y,y′∈J, alors
u−u′=(x−x′)+(y−y′)∈I+J.Enfin, pour a∈A, au=ax+ay avec ax∈I et ay∈J, donc au∈I+J. □
Propriété
Soit f:A→B un morphisme d'anneaux, A et B commutatifs. Alors Kerf est un idéal de A.
Démonstration. On sait déjà que Kerf est un sous-groupe de (A,+). Soient a∈A et x∈Kerf. Alors
f(ax)=f(a)f(x)=f(a)⋅0B=0B,donc ax∈Kerf. □
Exemple
L'image, elle, n'est en général pas un idéal. Considérons l'inclusion ι:Z→Q, k↦k. C'est un morphisme d'anneaux, et Imι=Z. Or Z n'est pas un idéal de Q : le corps Q n'a que deux idéaux, {0} et Q, et Z n'est ni l'un ni l'autre.
Retenez donc la dissymétrie : le noyau est un idéal, l'image est un sous-anneau. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre.
Divisibilité et inclusion d'idéaux
Définition
Soient a,b dans A. On dit que a divise b, noté a∣b, lorsqu'il existe c∈A tel que b=ac.
Propriété
Pour tous a,b de A :
a∣b⟺b∈(a)⟺(b)⊂(a).Démonstration. a∣b⟺b∈(a) : dire qu'il existe c avec b=ac, c'est exactement dire que b appartient à aA=(a).
b∈(a)⟹(b)⊂(a) : si b∈(a) et comme (a) est un idéal, tout multiple bx de b appartient à (a) par absorption ; donc (b)=bA⊂(a).
(b)⊂(a)⟹b∈(a) : car b∈(b). □
Cette équivalence est le cœur de la section : elle traduit une relation arithmétique (« diviser ») en une relation ensembliste (« contenir »). Retenez le sens des inclusions, qui surprend au début : plus un élément divise, plus son idéal est gros. Ainsi (6)⊂(2) car 2 divise 6, et (1)=A est le plus gros de tous.
Propriété
Supposons A intègre. Alors, pour a,b dans A,
(a)=(b)⟺∃u∈A×, b=ua.On dit alors que a et b sont associés.
Démonstration. Sens réciproque. Si b=ua avec u inversible, alors a∣b et b∣a (car a=u−1b), donc (b)⊂(a) et (a)⊂(b).
Sens direct. Supposons (a)=(b). Alors a∣b et b∣a : il existe u,v avec b=ua et a=vb. Si a=0, alors b=0 et b=1⋅a convient. Sinon, a=vb=vua, donc a(1−vu)=0 ; comme A est intègre et a=0, il vient vu=1, donc u est inversible. □
Les idéaux de Z
Propriété
Théorème. Les idéaux de Z sont exactement les nZ, n∈N, et cet entier n est unique.
Démonstration. Chaque nZ=(n) est un idéal, comme idéal engendré par un élément.
Réciproquement, soit I un idéal de Z. En particulier, I est un sous-groupe de (Z,+), donc, d'après le théorème de la section 1, il existe un unique n∈N tel que I=nZ. □
Ce théorème mérite un commentaire : dans Z, les idéaux et les sous-groupes additifs coïncident. Ce n'est pas un phénomène général (dans Q, Z est un sous-groupe additif qui n'est pas un idéal) ; c'est une particularité de Z, due au fait que la multiplication par un entier n'est qu'une addition répétée.
Propriété
PGCD et PPCM par les idéaux. Soient a,b deux entiers. Alors
aZ+bZ=(a∧b)ZetaZ∩bZ=(a∨b)Z.Démonstration. Première égalité. L'ensemble aZ+bZ est un idéal de Z (somme de deux idéaux), donc il existe un unique d∈N tel que aZ+bZ=dZ. Montrons que d=a∧b, c'est-à-dire que d est un diviseur commun de a et b, et qu'il est divisible par tout diviseur commun.
D'une part, a=a×1+b×0∈aZ+bZ=dZ, donc d∣a ; de même d∣b. Ainsi d est un diviseur commun de a et de b.
D'autre part, soit c un diviseur commun de a et b. Comme d∈dZ=aZ+bZ, il existe u,v entiers tels que d=au+bv. Puisque c∣a et c∣b, on en déduit c∣au+bv=d.
Donc d est un diviseur commun de a et b divisible par tout diviseur commun : c'est le PGCD, d=a∧b.
Seconde égalité. L'ensemble aZ∩bZ est un idéal de Z, donc de la forme mZ avec m∈N. Or x∈aZ∩bZ signifie exactement que x est un multiple commun de a et de b. Ainsi mZ est l'ensemble des multiples communs ; en particulier m est un multiple commun, et tout multiple commun est dans mZ donc multiple de m. C'est la définition du PPCM : m=a∨b. □
Propriété
Théorème de Bézout. Soient a,b deux entiers, non tous deux nuls.
- Il existe u,v dans Z tels que au+bv=a∧b.
- a∧b=1 si et seulement s'il existe u,v dans Z tels que au+bv=1.
Démonstration. 1. Posons d=a∧b. D'après la propriété précédente, d∈dZ=aZ+bZ, ce qui signifie précisément qu'il existe u,v entiers avec d=au+bv.
2. Si a∧b=1, le point 1 fournit u,v avec au+bv=1. Réciproquement, supposons au+bv=1. Alors 1∈aZ+bZ=(a∧b)Z, donc (a∧b)∣1, et comme a∧b est un entier naturel, a∧b=1. □
Méthode
Utiliser les idéaux en arithmétique. Le schéma est toujours le même, et il resservira tel quel dans K[X].
- Fabriquer un idéal à partir de l'énoncé : l'ensemble des au+bv, l'ensemble des multiples communs, l'ensemble des k tels que xk=e, l'ensemble des polynômes annulant un endomorphisme. Vérifier en trois lignes que c'est bien un idéal.
- Invoquer le théorème de classification : cet idéal est de la forme dZ (ou (P) dans K[X]), pour un unique d naturel.
- Identifier ce générateur en montrant qu'il possède la propriété caractéristique cherchée (PGCD, PPCM, ordre, plus petit degré).
Ce raisonnement remplace avantageusement les manipulations de divisibilité : on gagne l'existence gratuitement, alors qu'elle est le point difficile dans l'approche élémentaire.
Exemple
Quelques calculs immédiats avec ces égalités. Comme 4∧6=2, on a 4Z+6Z=2Z : tout entier pair s'écrit 4u+6v, et par exemple 2=4×(−1)+6×1. Comme 2∨3=6, on a 2Z∩3Z=6Z : un entier est à la fois pair et multiple de 3 si et seulement s'il est multiple de 6.
Enfin, 3Z+5Z=Z puisque 3∧5=1, ce que confirme la relation 3×2+5×(−1)=1.
L'anneau Z/nZ
Dans toute cette section, n désigne un entier supérieur ou égal à 2.
La structure d'anneau
Nous avons muni Z/nZ d'une addition. Il reste à y définir une multiplication, et la question de la bonne définition se pose exactement comme pour l'addition.
Propriété
L'application (a,b)↦ab est bien définie sur Z/nZ, et (Z/nZ,+,×) est un anneau commutatif, d'unité 1.
Démonstration. Bonne définition. Soient a,a′,b,b′ tels que a=a′ et b=b′, c'est-à-dire a=a′+qn et b=b′+q′n pour certains entiers q,q′. Alors
ab=(a′+qn)(b′+q′n)=a′b′+n(a′q′+qb′+qq′n),donc n∣ab−a′b′, c'est-à-dire ab=a′b′.
Structure d'anneau. On sait déjà que (Z/nZ,+) est un groupe abélien. L'associativité, la commutativité et la distributivité se lisent sur les représentants, par exemple
a(b+c)=a⋅b+c=a(b+c)=ab+ac=ab+ac=ab+ac,en utilisant à chaque étape la définition des lois et la distributivité dans Z. Enfin a⋅1=a, donc 1 est l'unité. □
Propriété
L'application π:Z→Z/nZ, k↦k, est un morphisme d'anneaux surjectif, de noyau nZ.
Démonstration. On a déjà vu que π est un morphisme de groupes additifs surjectif de noyau nZ. De plus π(ab)=ab=ab=π(a)π(b) par définition du produit, et π(1)=1. □
Concrètement, ce morphisme dit que l'on peut calculer avant ou après réduction, au choix. C'est ce qui justifie la pratique du calcul modulo n : pour trouver le reste de 37×41 modulo 6, on peut réduire d'abord (37=1, 41=5) puis multiplier (1×5=5).
Exemple
Table de multiplication de Z/6Z (les barres sont omises).
| × | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| 1 | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 |
| 2 | 0 | 2 | 4 | 0 | 2 | 4 |
| 3 | 0 | 3 | 0 | 3 | 0 | 3 |
| 4 | 0 | 4 | 2 | 0 | 4 | 2 |
| 5 | 0 | 5 | 4 | 3 | 2 | 1 |
On lit deux phénomènes nouveaux. D'une part 2×3=0 avec 2=0 et 3=0 : l'anneau Z/6Z n'est pas intègre. D'autre part, seules les lignes de 1 et de 5 contiennent 1 : les seuls inversibles sont 1 (inverse de lui-même) et 5 (inverse de lui-même, car 5×5=25=24+1).
Les inversibles de Z/nZ
Propriété
Théorème. Soit k∈Z. Alors
k∈(Z/nZ)×⟺k∧n=1.Démonstration. Sens réciproque. Supposons k∧n=1. D'après le théorème de Bézout, il existe u,v entiers tels que
uk+vn=1.Passons aux classes modulo n en appliquant le morphisme π :
uk+vn=1.Or n=0, donc uk=1. Ainsi k est inversible, d'inverse u.
Sens direct. Supposons k inversible : il existe u∈Z tel que uk=1, c'est-à-dire uk=1, c'est-à-dire n∣uk−1. Il existe donc w tel que uk−1=wn, soit
uk−wn=1.Tout diviseur commun de k et de n divise le membre de gauche, donc divise 1. Ainsi k∧n=1. □
Cette démonstration est à connaître dans les deux sens : c'est le pont entre l'arithmétique de Z et l'algèbre de Z/nZ. Notez qu'elle est constructive : l'inverse de k se lit directement sur une relation de Bézout, que l'algorithme d'Euclide fournit.
Méthode
Calculer l'inverse de k dans Z/nZ.
- Vérifier k∧n=1 par l'algorithme d'Euclide (sinon l'inverse n'existe pas, et il faut le dire).
- Remonter l'algorithme d'Euclide pour écrire 1=uk+vn.
- L'inverse est u. Le réduire dans {0,…,n−1} si on veut le représentant naturel.
- Vérifier : calculer ku et contrôler que son reste modulo n vaut 1. Cette vérification prend cinq secondes et évite une erreur de signe, qui est l'erreur la plus fréquente à cette étape.
Exemple
Inverse de 17 dans Z/60Z. Algorithme d'Euclide, descente :
60=3×17+9,17=1×9+8,9=1×8+1,8=8×1+0.Le dernier reste non nul vaut 1, donc 17∧60=1 et 17 est inversible. Remontée :
1=9−8=9−(17−9)=2×9−17=2×(60−3×17)−17=2×60−7×17.Donc −7×17≡1(mod60), et l'inverse de 17 est −7=53.
Vérification : 17×53=901=15×60+1, donc 17×53=1.
Définition
Pour n⩾1, on appelle indicatrice d'Euler de n le nombre
φ(n)=card{k∈{1,…,n};k∧n=1}.Propriété
Démonstration. Les éléments de Z/nZ sont les k pour k∈{1,…,n}, deux à deux distincts (c'est la même liste que {0,…,n−1}, l'entier n y jouant le rôle de 0). D'après le théorème, k est inversible si et seulement si k∧n=1. Le cardinal de (Z/nZ)× est donc le nombre de tels k, c'est-à-dire φ(n). □
Propriété
Soit n⩾2. Les assertions suivantes sont équivalentes :
- Z/nZ est un corps ;
- Z/nZ est intègre ;
- n est premier.
Démonstration. 1⟹2 : tout corps est intègre.
2⟹3. Par contraposée. Supposons n non premier. Comme n⩾2, il s'écrit n=ab avec 2⩽a⩽n−1 et 2⩽b⩽n−1. Alors
ab=ab=n=0,tandis que a=0 et b=0 (car n ne divise ni a ni b, tous deux compris strictement entre 0 et n). L'anneau possède donc des diviseurs de zéro : il n'est pas intègre.
3⟹1. Supposons n=p premier. Soit k=0, c'est-à-dire p∤k. Comme p est premier, ses seuls diviseurs positifs sont 1 et p ; le PGCD k∧p est l'un des deux, et il ne peut valoir p puisque p∤k. Donc k∧p=1, et le théorème sur les inversibles donne k∈(Z/pZ)×. Tout élément non nul est inversible, et l'anneau est commutatif non nul : c'est un corps. □
Exemple
Z/7Z est un corps à 7 éléments : (Z/7Z)× a φ(7)=6 éléments. En revanche Z/8Z n'est pas un corps : 2×4=8=0, et
(Z/8Z)×={1,3,5,7},de cardinal φ(8)=4. On vérifie d'ailleurs que chacun de ces quatre éléments est son propre inverse : 32=9≡1, 52=25≡1, 72=49≡1 modulo 8.
Le théorème chinois
Propriété
Théorème chinois. Soient m et n deux entiers supérieurs ou égaux à 2 tels que m∧n=1. Alors l'application
Φ:Z/mnZ⟶Z/mZ×Z/nZ,k⟼(πm(k),πn(k))est un isomorphisme d'anneaux, où πd désigne la réduction modulo d.
Démonstration. Φ est bien définie. Soient k,k′ tels que k=k′ dans Z/mnZ, c'est-à-dire mn∣k−k′. Alors en particulier m∣k−k′ et n∣k−k′, donc πm(k)=πm(k′) et πn(k)=πn(k′). L'image ne dépend pas du représentant.
Φ est un morphisme d'anneaux. Les lois du produit étant définies composante par composante, on a pour tous k,l :
Φ(k+l)=(πm(k+l),πn(k+l))=(πm(k),πn(k))+(πm(l),πn(l))=Φ(k)+Φ(l),et de même pour le produit, puisque πm et πn sont des morphismes d'anneaux. Enfin Φ(1)=(πm(1),πn(1)) est l'unité du produit.
Φ est injective. Calculons son noyau. Soit k tel que Φ(k) soit nul, c'est-à-dire
m∣ketn∣k.Écrivons k=mk′. Comme n∣mk′ et n∧m=1, le théorème de Gauss donne n∣k′, donc k′=nk′′ et k=mnk′′. Ainsi mn∣k, c'est-à-dire k=0 dans Z/mnZ. Le noyau est réduit à {0}, donc Φ est injective.
Φ est surjective. Les deux ensembles sont finis de même cardinal :
card(Z/mnZ)=mn=card(Z/mZ×Z/nZ).Une application injective entre deux ensembles finis de même cardinal est bijective. Donc Φ est un isomorphisme d'anneaux. □
L'hypothèse m∧n=1 est indispensable, et c'est l'oubli le plus fréquent. Pour m=n=2, les anneaux Z/4Z et Z/2Z×Z/2Z ont bien tous deux quatre éléments, mais ils ne sont pas isomorphes : dans le second, tout élément x vérifie x+x=0, alors que 1+1=2=0 dans le premier.
Propriété
Corollaire (inversibles d'un produit). Soient A et B deux anneaux. Alors
(A×B)×=A××B×.Démonstration. Soit (x,y)∈A×B. Dire que (x,y) est inversible, c'est dire qu'il existe (x′,y′) tel que (x,y)(x′,y′)=(1A,1B) et (x′,y′)(x,y)=(1A,1B). Comme les lois sont définies composante par composante, cela équivaut à xx′=x′x=1A et yy′=y′y=1B, c'est-à-dire à : x∈A× et y∈B×. □
Propriété
Corollaire (multiplicativité de φ). Si m∧n=1, alors
φ(mn)=φ(m)φ(n).Démonstration. Un isomorphisme d'anneaux f:A→B induit une bijection de A× sur B× : en effet f(A×)⊂B×, f−1(B×)⊂A× (car f−1 est aussi un morphisme d'anneaux), et f est injective. Donc cardA×=cardB×.
Appliquons ceci à l'isomorphisme chinois, puis le corollaire précédent :
φ(mn)=card(Z/mnZ)×=card((Z/mZ)××(Z/nZ)×)=φ(m)φ(n).□Calcul de φ(n)
Propriété
Soit p un nombre premier et α∈N∗. Alors
φ(pα)=pα−pα−1=pα(1−p1).Démonstration. Comptons les entiers k de {1,…,pα} non premiers avec pα. Comme p est premier, les diviseurs de pα autres que 1 sont tous multiples de p ; donc k∧pα=1 si et seulement si p∣k.
Les multiples de p dans {1,…,pα} sont p,2p,…,pα−1p : il y en a exactement pα−1. Par différence,
φ(pα)=pα−pα−1.□Propriété
Soit n⩾2, de décomposition en facteurs premiers n=p1α1⋯prαr avec p1,…,pr premiers deux à deux distincts. Alors
φ(n)=i=1∏r(piαi−piαi−1)=ni=1∏r(1−pi1).Démonstration. Les entiers p1α1,…,prαr sont deux à deux premiers entre eux, puisque les pi sont des premiers distincts. Une récurrence sur r, appuyée sur la multiplicativité de φ, donne
φ(n)=φ(p1α1)⋯φ(prαr),puis la formule de φ(pα) conclut. Pour la seconde écriture, il suffit de factoriser piαi dans chaque facteur et de reconnaître n=∏piαi. □
Exemple
Trois calculs. Pour n=360=23×32×5 :
φ(360)=(23−22)(32−3)(5−1)=4×6×4=96.Pour n=100=22×52 : φ(100)=(4−2)(25−5)=2×20=40. Pour n=p premier : φ(p)=p−1, et pour n=pq produit de deux premiers distincts : φ(pq)=(p−1)(q−1), formule qui servira pour RSA.
Théorème d'Euler et petit théorème de Fermat
Propriété
Théorème d'Euler. Soient n⩾2 et a∈Z tel que a∧n=1. Alors
aφ(n)≡1(modn).Démonstration. Comme a∧n=1, la classe a appartient au groupe G=(Z/nZ)×, qui est un groupe fini de cardinal φ(n).
Le corollaire du théorème de Lagrange (section 3) affirme que, dans un groupe fini de cardinal N, tout élément x vérifie xN=e. Appliqué à G, cela donne
aφ(n)=1.Or aφ(n)=aφ(n) puisque π est un morphisme d'anneaux. L'égalité aφ(n)=1 signifie exactement aφ(n)≡1(modn). □
Propriété
Petit théorème de Fermat. Soit p un nombre premier.
- Si p∤a, alors ap−1≡1(modp).
- Pour tout entier a, ap≡a(modp).
Démonstration. 1. Si p∤a, alors a∧p=1 (les seuls diviseurs positifs de p étant 1 et p). Le théorème d'Euler s'applique avec n=p et φ(p)=p−1, d'où ap−1≡1(modp).
2. Deux cas. Si p∣a, alors a≡0(modp) et ap≡0≡a(modp). Sinon, le point 1 donne ap−1≡1, et en multipliant par a : ap≡a(modp). □
Méthode
Calculer le reste d'une grande puissance aN modulo n.
- Vérifier a∧n=1 et calculer φ(n).
- Réduire l'exposant modulo φ(n) : écrire N=φ(n)q+r avec 0⩽r<φ(n). Alors
- Calculer ar modulo n par exponentiation rapide : on calcule a2,a4,a8,… en élevant au carré et en réduisant à chaque étape, puis on multiplie les puissances correspondant à l'écriture binaire de r.
- Si l'ordre de a est plus petit que φ(n), on peut réduire l'exposant modulo cet ordre : c'est encore plus rapide.
Exemple
Reste de 71000 modulo 13. On a 7∧13=1 et φ(13)=12. La division euclidienne donne 1000=12×83+4, donc
71000=(712)83×74≡74(mod13).Or 72=49=3×13+10≡10, donc 74≡102=100=7×13+9≡9. Conclusion : 71000≡9(mod13).
Exemple
Reste de 32026 modulo 100. On a 3∧100=1 et φ(100)=40. Comme 2026=40×50+26, il vient 32026≡326(mod100).
Exponentiation rapide, en réduisant à chaque étape :
32=9,34=81,38≡812=6561≡61,316≡612=3721≡21.Comme 26=16+8+2,
326≡21×61×9(mod100).On calcule 21×61=1281≡81, puis 81×9=729≡29. Conclusion : 32026≡29(mod100), autrement dit 32026 se termine par les chiffres 29.
Systèmes de congruences
Méthode
Résoudre un système x≡a(modm), x≡b(modn).
- Vérifier m∧n=1. Si c'est le cas, le théorème chinois garantit qu'il existe une solution et que l'ensemble des solutions est une unique classe modulo mn. Si m∧n=d>1, le système n'a de solution que si d∣b−a, et il faut alors traiter le cas à la main.
- Paramétrer la première congruence : x=a+mk avec k∈Z.
- Reporter dans la seconde : a+mk≡b(modn), soit mk≡b−a(modn).
- Inverser m dans Z/nZ (possible car m∧n=1) pour obtenir k≡u(b−a)(modn), puis k=u(b−a)+nℓ.
- Remonter : x=a+m(u(b−a))+mnℓ, et conclure par une classe modulo mn.
- Vérifier la solution trouvée dans les deux congruences de départ.
Pour trois congruences ou plus, on applique la méthode aux deux premières, puis on recommence avec la congruence obtenue et la suivante.
Exemple
Résolution de x≡2(mod5) et x≡3(mod7). Comme 5∧7=1, il y a exactement une classe de solutions modulo 35.
Posons x=2+5k. La seconde congruence donne 2+5k≡3(mod7), soit 5k≡1(mod7). Or 5×3=15=2×7+1, donc 5−1=3 dans Z/7Z, et k≡3(mod7). Écrivons k=3+7ℓ :
x=2+5(3+7ℓ)=17+35ℓ.L'ensemble des solutions est donc {17+35ℓ;ℓ∈Z}, soit x≡17(mod35).
Vérification : 17=3×5+2 donc 17≡2(mod5), et 17=2×7+3 donc 17≡3(mod7).
Exemple
Un système à trois congruences. Résolvons
x≡1(mod3),x≡3(mod4),x≡4(mod5).Les modules 3, 4, 5 sont deux à deux premiers entre eux : il y aura une unique classe modulo 60.
Deux dernières congruences. Posons x=3+4k. Alors 3+4k≡4(mod5), soit 4k≡1(mod5). Comme 4×4=16≡1(mod5), on a 4−1=4, donc k≡4(mod5), soit k=4+5m et
x=3+4(4+5m)=19+20m.Première congruence. On reporte : 19+20m≡1(mod3). Or 19≡1 et 20≡2 modulo 3, donc 1+2m≡1(mod3), soit 2m≡0(mod3), soit m≡0(mod3) (car 2 est inversible modulo 3). Ainsi m=3t et
x=19+60t.Conclusion : x≡19(mod60). Vérification : 19=6×3+1, 19=4×4+3, 19=3×5+4. Les trois congruences sont satisfaites.
Application : le chiffrement RSA
Tout ce qui précède se réunit dans un objet bien concret : le système de chiffrement RSA, publié en 1978, utilisé aujourd'hui pour authentifier les communications bancaires et les sites web. Son idée est qu'il est facile de multiplier deux grands nombres premiers, et — pour l'instant — très coûteux de retrouver ces deux facteurs à partir du produit.
Construction des clés. On choisit deux nombres premiers distincts p et q, et l'on pose
N=pq,φ(N)=(p−1)(q−1),la seconde égalité venant de la multiplicativité de φ et de φ(p)=p−1. On choisit ensuite un entier e tel que e∧φ(N)=1, puis d un inverse de e modulo φ(N), obtenu par l'algorithme d'Euclide. La clé publique est le couple (N,e), la clé privée est d ; les nombres p et q sont détruits ou gardés secrets.
Chiffrement et déchiffrement. Un message est un entier M de {0,…,N−1}. On chiffre par C≡Me(modN) et l'on déchiffre par Cd(modN).
Propriété
Avec les notations ci-dessus, pour tout entier M,
(Me)d≡M(modN).Le déchiffrement redonne donc bien le message initial.
Démonstration. Par construction, ed≡1(modφ(N)) : il existe k∈N tel que
ed=1+k(p−1)(q−1).Modulo p. Si p∣M, alors M≡0 et Med≡0≡M(modp). Sinon, le petit théorème de Fermat donne Mp−1≡1(modp), donc
Med=M×(Mp−1)k(q−1)≡M×1=M(modp).Dans les deux cas, p∣Med−M.
Modulo q. Le même raisonnement, en échangeant les rôles de p et q, donne q∣Med−M.
Conclusion. Les entiers p et q sont deux nombres premiers distincts, donc premiers entre eux, et ils divisent tous deux Med−M. D'après la relation pZ∩qZ=(p∨q)Z et p∨q=pq pour deux premiers distincts, on en déduit pq∣Med−M, c'est-à-dire Med≡M(modN). □
Exemple
Un exemple numérique complet. Prenons p=11 et q=13, donc
N=143,φ(N)=10×12=120.Choisissons e=7 : comme 7 est premier et ne divise pas 120, on a 7∧120=1. Cherchons d par l'algorithme d'Euclide :
120=17×7+1,donc 1=120−17×7, d'où −17×7≡1(mod120) et d=−17+120=103. Vérification : 7×103=721=6×120+1.
La clé publique est (143,7), la clé privée est 103.
Exemple
Chiffrement du message M=9. On calcule C≡97(mod143) par exponentiation rapide :
92=81,94≡812=6561=45×143+126≡126.Puis 96=94×92≡126×81=10206=71×143+53≡53, et enfin
97≡53×9=477=3×143+48≡48.Le message chiffré est donc C=48.
Exemple
Déchiffrement de C=48. Il s'agit de calculer 48103(mod143). Écrivons 103=64+32+4+2+1 et élevons successivement au carré modulo 143 :
482≡16,484≡162=256≡113,488≡1132=12769≡42,4816≡422=1764≡48,puis 4832≡482≡16 et 4864≡162≡113. Il reste à multiplier :
48103≡113×16×113×16×48(mod143).Or 113×16=1808=12×143+92≡92, donc le produit vaut 92×92×48. Puis 92×92=8464=59×143+27≡27, et enfin 27×48=1296=9×143+9≡9.
On retrouve bien M=9. La sécurité du procédé tient à ceci : un attaquant connaît N=143 et e=7, mais pour calculer d il lui faut φ(N), donc la factorisation 143=11×13. Ici elle est immédiate ; pour un N de plusieurs centaines de chiffres, aucun algorithme connu ne la trouve en temps raisonnable.
Idéaux de K[X]
L'anneau K[X]
Propriété
K[X] est un anneau commutatif intègre, et
K[X]×=K∗,c'est-à-dire que les inversibles de K[X] sont exactement les polynômes constants non nuls.
Démonstration. Intégrité. Soient P et Q non nuls, de degrés p et q, de coefficients dominants a et b non nuls. Le coefficient de Xp+q dans PQ vaut ab, non nul car K est un corps donc intègre. Ainsi PQ=0, et l'on a au passage deg(PQ)=degP+degQ.
Inversibles. Si PQ=1, alors P et Q sont non nuls et degP+degQ=deg1=0. Comme les degrés sont des entiers naturels, degP=degQ=0 : P est une constante non nulle. Réciproquement, toute constante λ=0 est inversible d'inverse 1/λ. □
C'est cette égalité K[X]×=K∗ qui explique la convention des polynômes unitaires : deux polynômes engendrent le même idéal si et seulement s'ils sont associés, c'est-à-dire proportionnels ; normaliser le coefficient dominant à 1 lève l'ambiguïté et rend le générateur unique.
Tous les idéaux de K[X]
Propriété
Théorème. Soit I un idéal de K[X]. Alors il existe un polynôme P, nul ou unitaire, tel que
I=(P)=PK[X],et un tel P est unique.
Démonstration. Existence. Deux cas.
Cas 1 : I={0}. Alors I=(0) et le polynôme nul convient.
Cas 2 : I={0}. L'ensemble
D={degQ;Q∈I, Q=0}est une partie non vide de N : elle admet donc un plus petit élément. Choisissons P0∈I non nul de degré minimal, et notons a son coefficient dominant. Comme a−1∈K⊂K[X] et que I est un idéal, le polynôme P=a−1P0 appartient encore à I ; il est unitaire, de même degré que P0, donc de degré minimal lui aussi. Montrons I=(P).
Inclusion (P)⊂I. Comme P∈I et que I est un idéal, PQ∈I pour tout Q de K[X].
Inclusion I⊂(P). Soit A∈I. Effectuons la division euclidienne de A par P, licite car P=0 : il existe Q,R dans K[X] tels que
A=PQ+RavecR=0 ou degR<degP.Alors R=A−PQ. Or A∈I et PQ∈I (absorption), donc R∈I par stabilité par différence. Si R était non nul, ce serait un élément non nul de I de degré strictement inférieur à degP, ce qui contredit la minimalité du degré de P. Donc R=0 et A=PQ∈(P).
Unicité. Soient P et P′ nuls ou unitaires avec (P)=(P′). Si P=0, alors (P′)={0} donc P′=0. Sinon, P et P′ sont tous deux non nuls et, l'anneau K[X] étant intègre, ils sont associés : il existe u∈K[X]×=K∗ tel que P′=uP. En comparant les coefficients dominants, tous deux égaux à 1, il vient u=1, donc P′=P. □
Le schéma de la démonstration est exactement celui des sous-groupes de Z, avec le degré à la place de la valeur absolue et la division euclidienne des polynômes à la place de celle des entiers. Ce parallèle n'est pas une coïncidence : il repose sur la seule existence d'une division euclidienne dans les deux anneaux.
PGCD et Bézout relus par les idéaux
Propriété
Soient A,B deux polynômes non tous deux nuls. L'ensemble
AK[X]+BK[X]={AU+BV;(U,V)∈K[X]2}est un idéal de K[X] ; son unique générateur unitaire est le PGCD de A et B, noté A∧B.
Démonstration. C'est une somme de deux idéaux, donc un idéal ; il est non nul car il contient A et B. D'après le théorème précédent, il existe un unique polynôme unitaire D tel que AK[X]+BK[X]=DK[X].
D est un diviseur commun. On a A=A×1+B×0∈DK[X], donc D∣A ; de même D∣B.
Tout diviseur commun divise D. Comme D∈DK[X]=AK[X]+BK[X], il existe U,V tels que D=AU+BV. Si C divise A et B, alors C divise AU+BV=D.
Ainsi D est un diviseur commun unitaire de A et B divisible par tout diviseur commun : c'est le PGCD. □
Propriété
Théorème de Bézout dans K[X]. Soient A,B non tous deux nuls.
- Il existe U,V dans K[X] tels que AU+BV=A∧B.
- A∧B=1 si et seulement s'il existe U,V tels que AU+BV=1.
Démonstration. 1. On vient de le voir : A∧B appartient à AK[X]+BK[X].
2. Si A∧B=1, le point 1 conclut. Réciproquement, si AU+BV=1, alors 1∈(A∧B)K[X], donc A∧B divise 1 ; étant unitaire, il vaut 1. □
De la même façon, si A et B sont non nuls, AK[X]∩BK[X] est un idéal non nul, dont le générateur unitaire est le PPCM A∨B : la démonstration est identique à celle menée dans Z, l'intersection étant l'ensemble des multiples communs.
L'idéal des polynômes annulateurs d'un endomorphisme
Définition
Soient E un K-espace vectoriel et u∈L(E). Pour P=∑k=0dakXk dans K[X], on pose
P(u)=k=0∑dakuk∈L(E),avec u0=idE.On dit que P est un polynôme annulateur de u lorsque P(u)=0, et l'on note
Iu={P∈K[X];P(u)=0}.Propriété
Iu est un idéal de K[X].
Démonstration. Le polynôme nul annule u, donc Iu=∅. Si P,Q sont dans Iu, alors (P−Q)(u)=P(u)−Q(u)=0, donc P−Q∈Iu : c'est un sous-groupe additif.
Soit enfin R∈K[X] et P∈Iu. On admet, ou l'on vérifie en développant sur les monômes, que (RP)(u)=R(u)∘P(u). Alors
(RP)(u)=R(u)∘P(u)=R(u)∘0=0,donc RP∈Iu : l'idéal est absorbant. □
Une autre façon de le dire, plus rapide et que nous exploiterons en section 9 : Iu est le noyau du morphisme d'anneaux P↦P(u), et un noyau de morphisme d'anneaux est un idéal.
Propriété
D'après le théorème de classification des idéaux de K[X], il existe un unique polynôme μ, nul ou unitaire, tel que Iu=(μ). Lorsque Iu={0}, ce générateur μ est l'unique polynôme unitaire annulateur de u de degré minimal, et
∀P∈K[X],P(u)=0⟺μ∣P.Démonstration. L'existence et l'unicité de μ viennent du théorème. L'équivalence finale est la traduction de P∈Iu=(μ) par la caractérisation de la divisibilité. Enfin, la démonstration du théorème construit précisément μ comme l'élément unitaire de degré minimal de l'idéal, c'est-à-dire comme le polynôme unitaire annulateur de degré minimal. □
Ce générateur unitaire est un objet central du chapitre de réduction, où il porte un nom et sert d'outil ; ici, on se contente de constater son existence et la propriété de divisibilité ci-dessus, qui suffit déjà à beaucoup de raisonnements.
Propriété
Si E est de dimension finie n⩾1, alors Iu={0} : tout endomorphisme d'un espace de dimension finie admet un polynôme annulateur non nul.
Démonstration. L'espace L(E) est de dimension n2. La famille
(idE,u,u2,…,un2)compte n2+1 vecteurs de L(E) : elle est donc liée. Il existe des scalaires a0,…,an2 non tous nuls tels que ∑kakuk=0. Le polynôme P=∑kakXk est alors non nul et annule u. □
Exemple
Un projecteur. Soit p∈L(E) un projecteur, c'est-à-dire p∘p=p. Alors X2−X annule p, donc μ∣X2−X=X(X−1). Les diviseurs unitaires de X(X−1) sont 1, X, X−1 et X(X−1). Or μ=1 est impossible (cela signifierait idE=0, exclu si E={0}). Il reste :
- μ=X si et seulement si p=0 ;
- μ=X−1 si et seulement si p=idE ;
- μ=X(X−1) dans tous les autres cas.
Une symétrie. Si s∘s=idE, alors X2−1 annule s et le même raisonnement donne μ∈{X−1,X+1,X2−1}.
Méthode
Exploiter un polynôme annulateur. Trois usages reviennent constamment.
- Inverser un endomorphisme. Si P(u)=0 avec P(0)=0, écrivons P=a0+XQ avec a0=0. Alors a0idE+u∘Q(u)=0, donc
et comme Q(u) commute avec u, la composée dans l'autre ordre vaut aussi idE : u est inversible, d'inverse un polynôme en u. 2. Réduire les puissances. La division euclidienne de XN par un annulateur P de degré d donne XN=PQ+R avec degR<d, donc uN=R(u) : toute puissance se ramène à une combinaison de id,u,…,ud−1. 3. Contraindre le générateur. Tout annulateur connu est un multiple de μ : la liste des candidats pour μ se réduit à ses diviseurs unitaires, en général peu nombreux.
Le théorème de d'Alembert-Gauss
Propriété
Théorème de d'Alembert-Gauss (admis). Tout polynôme non constant de C[X] admet au moins une racine dans C. Par récurrence sur le degré, tout polynôme de C[X] de degré d⩾1 se factorise en produit de d facteurs de degré 1.
Ce théorème est admis : sa démonstration, qui utilise des arguments d'analyse ou de topologie, est hors programme. On en retient les deux conséquences usuelles, déjà connues de première année : les polynômes irréductibles de C[X] sont exactement les polynômes de degré 1, et ceux de R[X] sont les polynômes de degré 1 et les polynômes de degré 2 de discriminant strictement négatif.
Algèbres
Définition
Certains ensembles rencontrés cette année, comme K[X], L(E) ou Mn(K), portent trois opérations : une addition, une multiplication, et une multiplication par les scalaires. Ce sont à la fois des anneaux et des espaces vectoriels, et les deux structures sont compatibles. C'est ce que formalise la notion d'algèbre.
Définition
Soit K un corps. Une K-algèbre (associative, unitaire) est un ensemble A muni de trois opérations, une addition +, une multiplication interne × et une multiplication externe ⋅ par les scalaires de K, tel que :
- (A,+,⋅) est un K-espace vectoriel ;
- (A,+,×) est un anneau ;
- pour tout λ∈K et tous x,y de A :
L'algèbre est dite commutative lorsque × l'est.
Les trois compatibilités que réunit cette définition sont : la distributivité à gauche et la distributivité à droite du produit sur l'addition (contenues dans l'axiome d'anneau), et le fait que le produit commute aux scalaires (axiome 3). Réunies, elles disent exactement que l'application (x,y)↦xy est bilinéaire. C'est la formulation à retenir : une K-algèbre est un espace vectoriel muni d'un produit bilinéaire, associatif et unitaire.
Exemple
Les algèbres du programme.
- K[X], avec le produit des polynômes : algèbre commutative, de dimension infinie.
- L(E), avec la composition : algèbre non commutative dès que dimE⩾2, de dimension n2 si dimE=n.
- Mn(K), avec le produit matriciel : non commutative dès que n⩾2, de dimension n2.
- F(X,K), avec le produit point par point : commutative.
- C, vu comme R-algèbre : commutative, de dimension 2 sur R, de base (1,i).
Exemple
Vérification sur L(E). L'axiome 3 s'écrit ici, pour λ∈K et u,v dans L(E) :
λ(u∘v)=(λu)∘v=u∘(λv).La première égalité est immédiate en évaluant en un vecteur x ; la seconde utilise la linéarité de u :
(u∘(λv))(x)=u(λv(x))=λu(v(x))=(λ(u∘v))(x).Sans la linéarité de u, cette égalité tomberait : c'est pourquoi F(E,E) muni de la composition n'est pas une K-algèbre, alors que L(E) en est une.
Sous-algèbres
Définition
Soit A une K-algèbre. Une partie B de A est une sous-algèbre de A lorsque B est à la fois un sous-espace vectoriel et un sous-anneau de A.
Propriété
Caractérisation. Une partie B d'une K-algèbre A en est une sous-algèbre si et seulement si :
- 1A∈B ;
- pour tous λ∈K et x,y∈B : λx+y∈B ;
- pour tous x,y∈B : xy∈B.
Démonstration. Sens direct. Si B est une sous-algèbre, elle contient 1A (sous-anneau), est stable par combinaison linéaire (sous-espace vectoriel) et par produit (sous-anneau).
Sens réciproque. Le point 1 donne B=∅, et avec le point 2 c'est exactement la caractérisation des sous-espaces vectoriels : B est un sous-espace vectoriel de A, donc un groupe pour l'addition, stable par différence (prendre λ=−1). Avec les points 1 et 3, la caractérisation des sous-anneaux s'applique. Donc B est à la fois sous-espace vectoriel et sous-anneau : c'est une sous-algèbre. □
Propriété
Soient E un K-espace vectoriel et u∈L(E). L'ensemble
K[u]={P(u);P∈K[X]}est une sous-algèbre commutative de L(E).
Démonstration. Sous-algèbre. On a idE=P(u) pour P=1, donc idE∈K[u]. Si v=P(u) et w=Q(u), alors pour λ∈K
λv+w=λP(u)+Q(u)=(λP+Q)(u)∈K[u],v∘w=P(u)∘Q(u)=(PQ)(u)∈K[u].Commutativité. Avec les mêmes notations, la commutativité de K[X] donne PQ=QP, donc
v∘w=(PQ)(u)=(QP)(u)=w∘v.Ainsi deux polynômes en un même endomorphisme commutent toujours, alors même que L(E) n'est pas commutative. □
Cette commutativité est utilisée en permanence : c'est elle qui autorise à appliquer la formule du binôme à u et idE, ou à factoriser un−idE.
Morphismes d'algèbres
Définition
Soient A et B deux K-algèbres. Une application f:A→B est un morphisme d'algèbres lorsque :
- f est linéaire ;
- f(xy)=f(x)f(y) pour tous x,y de A ;
- f(1A)=1B.
Un morphisme d'algèbres bijectif est un isomorphisme d'algèbres ; sa réciproque en est un.
Un morphisme d'algèbres est donc simultanément une application linéaire et un morphisme d'anneaux. La condition 3, comme pour les anneaux, ne se déduit pas des autres et doit être vérifiée.
Propriété
Soient E un K-espace vectoriel et u∈L(E). L'application
Ψu:K[X]⟶L(E),P⟼P(u)est un morphisme d'algèbres. Son image est K[u] et son noyau est l'idéal Iu des polynômes annulateurs de u.
Démonstration. Linéarité. Pour P=∑akXk et Q=∑bkXk et λ∈K, on a λP+Q=∑(λak+bk)Xk, donc
(λP+Q)(u)=k∑(λak+bk)uk=λk∑akuk+k∑bkuk=λP(u)+Q(u).Multiplicativité. Il suffit de le vérifier sur les monômes, puis d'étendre par bilinéarité. Pour P=Xi et Q=Xj : (PQ)(u)=ui+j=ui∘uj=P(u)∘Q(u). Le cas général s'obtient en développant les deux produits et en comparant terme à terme.
Unité. Ψu(1)=idE.
Image et noyau. L'image est {P(u);P∈K[X]}=K[u] par définition, et le noyau est {P;P(u)=0}=Iu. □
On retrouve ainsi, d'un seul coup, tous les résultats de la section 8 sur Iu : c'est un idéal parce que c'est un noyau de morphisme d'anneaux, et K[u] est une sous-algèbre de L(E) parce que c'est une image de morphisme d'algèbres.
Exemple
Deux isomorphismes d'algèbres à connaître. Si dimE=n et B est une base de E, l'application u↦MatB(u) est un isomorphisme d'algèbres de L(E) sur Mn(K) : elle est linéaire, bijective, transforme la composition en produit matriciel et idE en In. C'est ce qui autorise à raisonner indifféremment sur les endomorphismes ou sur les matrices.
L'application z=a+ib↦(ab−ba) est un morphisme injectif de R-algèbres de C dans M2(R) : le corps C s'identifie ainsi à une sous-algèbre de M2(R), ce qui donne un sens matriciel à la multiplication complexe.
Méthode
Montrer qu'un ensemble B est une sous-algèbre. Trois vérifications, dans cet ordre.
- 1A∈B — souvent immédiat, et parfois éliminatoire.
- λx+y∈B pour λ scalaire et x,y dans B : une seule ligne de calcul, à écrire avec des éléments génériques.
- xy∈B.
Deux raccourcis : si B est l'image d'un morphisme d'algèbres, c'est fini ; si B est de la forme K[u], aussi. En revanche, méfiez-vous du réflexe hérité des idéaux : une sous-algèbre n'a aucune raison d'être absorbante, et un idéal non trivial n'est jamais une sous-algèbre puisqu'il ne contient pas 1A.
En résumé
| Résultat | Énoncé à connaître par cœur |
|---|---|
| Sous-groupe | H=∅ et ∀x,y∈H, xy−1∈H |
| Sous-groupes de Z | ce sont exactement les nZ, n∈N, avec n unique |
| Injectivité | f morphisme injectif ⟺Kerf={e} |
| Ordre | o(x)=card⟨x⟩ et xk=e⟺o(x)∣k |
| Lagrange (admis) | o(x)∣cardG, donc xcardG=e |
| Structure | monogène infini ≃(Z,+) ; cyclique de cardinal n≃(Z/nZ,+) |
| Ordre dans Z/nZ | o(k)=n/(n∧k) ; k engendre ⟺k∧n=1 |
| Idéaux | a∣b⟺(b)⊂(a) ; noyau = idéal, image = sous-anneau |
| Bézout | aZ+bZ=(a∧b)Z et aZ∩bZ=(a∨b)Z |
| Inversibles | k∈(Z/nZ)×⟺k∧n=1 ; Z/nZ corps ⟺n premier |
| Chinois et Euler | m∧n=1⟹Z/mnZ≃Z/mZ×Z/nZ ; aφ(n)≡1(modn) |
| Idéaux de K[X] | tout idéal est (P) avec P nul ou unitaire, unique |
Les erreurs classiques.
- Confondre sous-anneau et idéal. Un sous-anneau contient 1A et n'est stable que par produits internes ; un idéal est absorbant et ne contient 1A que s'il vaut l'anneau entier. Modèle à garder en tête : 2Z est un idéal de Z mais pas un sous-anneau ; Z est un sous-anneau de Q mais pas un idéal.
- Croire que la réunion de deux sous-groupes est un sous-groupe. Elle ne l'est que si l'un est contenu dans l'autre. Contre-exemple immédiat : 2+3=5 n'est pas dans 2Z∪3Z. L'intersection, elle, est toujours un sous-groupe.
- Appliquer le théorème chinois sans vérifier que les modules sont premiers entre eux. Z/4Z n'est pas isomorphe à Z/2Z×Z/2Z, et la formule φ(mn)=φ(m)φ(n) tombe en défaut sans l'hypothèse m∧n=1 : pour m=n=2, on a φ(4)=2 alors que φ(2)φ(2)=1.
- Écrire que k est inversible dès que k est premier. Le critère porte sur k∧n=1, pas sur la primalité de k : 3 n'est pas inversible dans Z/6Z, alors que 4 l'est dans Z/9Z.
- Appliquer la formule du binôme sans justifier la commutation. Dans Mn(K) ou L(E), (a+b)n=∑(kn)akbn−k exige ab=ba, et cette égalité se démontre en une ligne ou ne s'utilise pas.
- Oublier de vérifier qu'une application définie sur Z/nZ est bien définie. Dès qu'on définit quelque chose à partir d'un représentant k de la classe k, il faut prouver que le résultat ne change pas si l'on remplace k par k+n.
Les exercices
36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Reconnaître un sous-groupe
Groupes, sous-groupes, sous-groupe engendré, produit fini de groupes
-
Énoncer la caractérisation des sous-groupes, d'abord en notation multiplicative, puis en notation additive.
-
Les parties suivantes sont-elles des sous-groupes du groupe indiqué ? Justifier chaque réponse en appliquant la caractérisation point par point.
a. R+∗ dans (R∗,×)
b. N dans (Z,+)
c. S={M∈GL2(R);det(M)=1} dans (GL2(R),×)
d. U={z∈C∗;∣z∣=1} dans (C∗,×)
e. 2Z, l'ensemble des entiers pairs, dans (Z,+)
f. I={2k+1;k∈Z}, l'ensemble des entiers impairs, dans (Z,+)
g. P, l'ensemble des fonctions paires, dans (F(R,R),+)
-
Pour les parties qui ne sont pas des sous-groupes, préciser laquelle des conditions de la caractérisation est mise en défaut.
Exercice 2 ★★★★ — Sous-groupe engendré : premiers calculs
Groupes, sous-groupes, sous-groupe engendré, produit fini de groupes
Soit (G,×) un groupe et soit X une partie de G. On rappelle que le sous-groupe engendré par X, noté ⟨X⟩, est l'intersection de tous les sous-groupes de G contenant X, et que, lorsque X={x} est réduit à un seul élément, on dispose de la description
⟨x⟩={xk;k∈Z},qui s'écrit ⟨x⟩={kx;k∈Z} en notation additive.
-
Déterminer ⟨3⟩ dans (Z,+).
-
Déterminer ⟨i⟩ dans (C∗,×), puis ⟨−1⟩ dans (R∗,×).
-
Déterminer ⟨3⟩ dans (Z/12Z,+) et préciser son cardinal.
-
Déterminer ⟨{4,6}⟩ dans (Z,+).
-
Déterminer ⟨σ⟩ dans S3, où σ=(1 2).
-
Soit X une partie d'un groupe G. Montrer que ⟨X⟩ est le plus petit sous-groupe de G contenant X au sens de l'inclusion, c'est-à-dire : ⟨X⟩ est un sous-groupe de G, il contient X, et il est inclus dans tout sous-groupe de G contenant X.
Exercice 3 ★★★★ — Les sous-groupes de Z en pratique
Groupes, sous-groupes, sous-groupe engendré, produit fini de groupesIdéaux d'un anneau commutatif, divisibilité, idéaux de Z
Pour n∈Z, on note nZ={nk;k∈Z} l'ensemble des multiples de n. On rappelle que les sous-groupes de (Z,+) sont exactement les ensembles nZ avec n∈N, et l'on pose, pour a,b∈Z,
aZ+bZ={au+bv;(u,v)∈Z2}.-
Écrire 12Z∩18Z et 12Z+18Z sous la forme nZ avec n∈N.
-
Même travail pour 14Z∩21Z et 14Z+21Z.
-
Soient a,b∈Z. Montrer que aZ⊂bZ si et seulement si b∣a.
-
En déduire à quelle condition sur a et b on a aZ=bZ.
-
L'ensemble 2Z∪3Z est-il un sous-groupe de (Z,+) ?
Exercice 4 ★★★★ — Morphisme de groupes : image et noyau
Morphismes de groupes : image, noyau, isomorphismes
Pour chacune des applications suivantes, on demande de vérifier qu'il s'agit d'un morphisme de groupes en précisant les groupes de départ et d'arrivée, de déterminer son image et son noyau, puis de conclure sur son injectivité et sa surjectivité.
On rappelle qu'un morphisme de groupes f:G→G′ est injectif si et seulement si Ker(f)={e}, où e désigne le neutre de G, et qu'il est surjectif si et seulement si Im(f)=G′.
-
det:GL2(R)→R∗, M↦det(M).
-
exp:R→R∗, x↦ex.
-
N:C∗→R∗, z↦∣z∣, puis u:R→C∗, θ↦eiθ.
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La signature ε:Sn→{−1,1}, où n⩾2.
-
π:Z→Z/nZ, k↦k, où n⩾2.
-
c:R∗→R∗, x↦x2.
Exercice 5 ★★★★ — Ordre d'un élément : calculs dans les groupes usuels
Ordre d'un élément, divisibilité de l'ordre, théorème de Lagrange
Soit (G,×) un groupe de neutre e et soit x∈G. On dit que x est d'ordre fini s'il existe k∈N∗ tel que xk=e ; le plus petit tel entier est alors l'ordre de x, noté o(x), et l'on dispose des deux résultats du cours
o(x)=card⟨x⟩et∀k∈Z,xk=e⟺o(x)∣k.En notation additive, la puissance xk se lit kx et le neutre e se lit 0.
-
Déterminer o(i) dans (C∗,×), puis o(−1) dans (R∗,×).
-
Montrer que 2 n'est pas d'ordre fini dans (R∗,×).
-
Déterminer o(3) et o(8) dans (Z/12Z,+).
-
Déterminer o(2) dans ((Z/7Z)×,×).
-
Déterminer l'ordre du cycle (1 2 3) dans S3, puis celui de la matrice de rotation d'angle 32π dans (GL2(R),×) :
R=(−2123−23−21). -
Vérifier sur deux des exemples précédents que l'ordre d'un élément d'un groupe fini divise le cardinal de ce groupe.
Exercice 6 ★★★★ — Groupes monogènes et cycliques : reconnaissance
Groupes monogènes et cycliques, structure, groupe additif Z/nZ
Un groupe G est dit monogène s'il existe a∈G tel que G=⟨a⟩ ; un tel élément a est appelé générateur de G. Un groupe monogène et fini est dit cyclique. On rappelle que ⟨a⟩={ak;k∈Z}, et l'on note U6={z∈C;z6=1}.
Pour chacun des groupes suivants, dire s'il est monogène, s'il est cyclique, et en donner un générateur lorsqu'il en existe.
-
(Z,+).
-
(Q,+).
-
(Z/8Z,+), puis (U6,×).
-
S3.
-
((Z/5Z)×,×).
-
Montrer que tout groupe monogène est abélien.
Exercice 7 ★★★★ — Générateurs du groupe additif Z/nZ
Groupes monogènes et cycliques, structure, groupe additif Z/nZ
Soit n un entier tel que n⩾2. On travaille dans le groupe additif (Z/nZ,+), dont les éléments sont les classes k pour k∈Z. On rappelle que pour tout m∈Z on a mk=mk, et que l'indicatrice d'Euler φ(n) désigne le nombre d'entiers k de {1,…,n} tels que k∧n=1.
-
Soit k∈Z. Montrer que k engendre le groupe (Z/nZ,+) si et seulement si k∧n=1.
-
En déduire la liste de tous les générateurs de (Z/12Z,+).
-
Déterminer de même les générateurs de (Z/7Z,+), puis ceux de (Z/15Z,+).
-
Montrer que (Z/nZ,+) possède exactement φ(n) générateurs, et vérifier ce résultat sur les trois exemples précédents.
-
Déterminer le sous-groupe ⟨4⟩ de (Z/12Z,+) ainsi que son cardinal. Le résultat était-il prévisible d'après la question 1 ?
Exercice 8 ★★★★ — Inversibles de Z/nZ et premiers calculs modulaires
L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler
Soit n un entier tel que n⩾2. On rappelle le critère du cours : dans l'anneau Z/nZ, la classe k est inversible si et seulement si k∧n=1.
-
Déterminer les groupes (Z/10Z)× et (Z/12Z)×, et donner dans chaque cas l'inverse de chacun de leurs éléments.
-
Calculer l'inverse de 7 dans Z/12Z en détaillant l'algorithme d'Euclide et la relation de Bézout obtenue.
-
Reprendre la même méthode pour calculer l'inverse de 11 dans Z/30Z.
-
Résoudre dans Z/12Z l'équation 7x=5.
-
Montrer que l'équation 4x=3 n'a aucune solution dans Z/12Z, et expliquer ce qui la distingue de l'équation précédente.
-
Exhiber deux éléments non nuls de Z/12Z dont le produit est nul. L'anneau Z/12Z est-il intègre ?
Exercice 9 ★★★★ — Reconnaître un idéal d'un anneau commutatif
Idéaux d'un anneau commutatif, divisibilité, idéaux de Z
Dans tout l'exercice, A désigne un anneau commutatif d'élément unité 1A. On munit F(R,R) des lois usuelles (f+g)(x)=f(x)+g(x) et (fg)(x)=f(x)g(x), qui en font un anneau commutatif dont l'unité est la fonction constante égale à 1. L'anneau Z×Z est muni des lois composante par composante, d'unité (1,1).
- Rappeler la définition d'un idéal de A.
Pour chacune des parties des questions 2 à 5, dire si c'est un idéal de l'anneau indiqué, en justifiant, et en donnant un contre-exemple explicite lorsque la réponse est négative.
-
Dans Z : l'ensemble 6Z des multiples de 6 ; puis l'ensemble des entiers impairs.
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Dans R[X] : l'ensemble des polynômes divisibles par X2−1 ; puis l'ensemble R3[X] des polynômes de degré au plus 3.
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Dans R[X] : l'ensemble des polynômes s'annulant en 1 et en 2. Dans F(R,R) : l'ensemble des fonctions nulles en 0.
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Dans Z×Z : la partie {0}×Z. Est-ce un sous-anneau de Z×Z ?
-
Montrer qu'un idéal de A contenant un élément inversible est égal à A tout entier. En déduire tous les idéaux d'un corps K.
Exercice 10 ★★★★ — Sous-anneaux et morphismes d'anneaux usuels
Anneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corps
Tous les anneaux considérés sont unitaires, et l'on rappelle qu'un morphisme d'anneaux f:A→B vérifie par définition f(1A)=1B, f(x+y)=f(x)+f(y) et f(xy)=f(x)f(y). On rappelle également que 2 est irrationnel. On pose
Z[i]={a+ib;(a,b)∈Z2}⊂C,Q[2]={a+b2;(a,b)∈Q2}⊂R.-
Montrer que Z[i] est un sous-anneau de C.
-
Montrer que tout élément de Q[2] s'écrit de manière unique sous la forme a+b2 avec (a,b)∈Q2, puis que Q[2] est un sous-corps de R.
-
Montrer que la conjugaison σ:z↦z est un automorphisme de l'anneau C.
-
Montrer que ev2:P↦P(2) est un morphisme d'anneaux surjectif de R[X] dans R, et déterminer son noyau.
-
Montrer que f:x↦2x n'est pas un morphisme d'anneaux de Z dans Z, et que N n'est pas un sous-anneau de Z.
Exercice 11 ★★★★ — Le groupe des inversibles d'un anneau produit
Anneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corps
Soient (A,+,×) et (B,+,×) deux anneaux, d'éléments nuls 0A et 0B et d'éléments unités 1A et 1B. On les suppose tous deux non nuls, c'est-à-dire 1A=0A et 1B=0B. On munit l'ensemble A×B des lois composante par composante :
(a,b)+(a′,b′)=(a+a′,b+b′),(a,b)×(a′,b′)=(aa′,bb′).-
Montrer que (A×B,+,×) est un anneau, en précisant son élément nul et son élément unité.
-
Montrer que (A×B)×=A××B×.
-
Montrer que A×B n'est pas intègre.
-
En déduire (Z×Z)×, puis (Z/2Z×Z/3Z)×, en donnant la liste explicite de leurs éléments.
-
Montrer que la projection p:A×B→A, (a,b)↦a, est un morphisme d'anneaux surjectif, et déterminer son noyau. Ce noyau est-il un sous-anneau de A×B ?
-
Montrer que l'application j:A→A×B, a↦(a,0B), n'est pas un morphisme d'anneaux.
Exercice 12 ★★★★ — Sous-algèbres et l'algèbre des polynômes en un endomorphisme
Algèbres, sous-algèbres, morphismes d'algèbres
Soit K égal à R ou C, soit E un K-espace vectoriel et soit u∈L(E). On rappelle que L(E), muni de l'addition, de la multiplication par un scalaire et de la composition, est une K-algèbre d'élément unité idE, et qu'une partie B d'une K-algèbre A en est une sous-algèbre lorsque B est un sous-espace vectoriel de A, stable par le produit de A, et contenant 1A.
Pour P=k=0∑dakXk∈K[X], on pose P(u)=k=0∑dakuk, avec la convention u0=idE, et l'on note K[u]={P(u);P∈K[X]}.
-
Montrer que K[u] est une sous-algèbre commutative de L(E).
-
Montrer que K[u] est la plus petite sous-algèbre de L(E) contenant u, au sens de l'inclusion.
-
Soit n⩾1. Montrer que l'ensemble Dn(K) des matrices diagonales est une sous-algèbre de Mn(K), puis que l'ensemble Tn(K) des matrices triangulaires supérieures en est également une.
-
Montrer que l'ensemble des matrices de Mn(K) de trace nulle n'est pas une sous-algèbre de Mn(K) ; on donnera deux raisons distinctes.
-
Montrer que C est une R-algèbre de dimension 2, et que z↦z en est un morphisme d'algèbres.
Exercice 13 ★★★★ — Ordre d'une puissance d'un élément
Ordre d'un élément, divisibilité de l'ordre, théorème de Lagrange
Soit (G,×) un groupe de neutre e et soit x∈G un élément d'ordre fini n=o(x). On rappelle le résultat du cours : pour tout j∈Z, xj=e⟺n∣j.
Soit k∈Z. On pose d=n∧k, puis n=dn′ et k=dk′, de sorte que n′∧k′=1.
-
Montrer que xk est d'ordre fini, puis que (xk)n′=e.
-
Réciproquement, montrer que si m∈Z vérifie (xk)m=e, alors n′∣m. En déduire que o(xk)=n∧kn.
-
En déduire que xk engendre ⟨x⟩ si et seulement si k∧n=1, puis que ⟨x⟩ possède exactement φ(n) générateurs, où φ(n) désigne le nombre d'entiers de {1,…,n} premiers avec n.
-
Applications numériques.
a. Déterminer l'ordre de 4, de 6 et de 9 dans le groupe (Z/12Z,+).
b. Soit G un groupe et soit j∈G un élément d'ordre 18. Déterminer o(j4).
-
Cette question est indépendante des précédentes. Soient u et v deux éléments d'un groupe G qui commutent, d'ordres finis respectifs s et t, avec s∧t=1. Montrer que o(uv)=st.
Exercice 14 ★★★★ — Le sous-groupe engendré par deux entiers : Bézout revisité
Groupes, sous-groupes, sous-groupe engendré, produit fini de groupesIdéaux d'un anneau commutatif, divisibilité, idéaux de Z
Soient a et b deux entiers non nuls. On pose
aZ+bZ={au+bv;(u,v)∈Z2}On rappelle le théorème du cours : tout sous-groupe de (Z,+) s'écrit dZ pour un unique entier d∈N.
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Montrer que aZ+bZ est un sous-groupe de (Z,+).
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Montrer par double inclusion que aZ+bZ=(a∧b)Z.
-
En déduire le théorème de Bézout, ainsi qu'une condition nécessaire et suffisante portant sur c∈Z pour que l'équation ax+by=c admette une solution (x,y)∈Z2.
-
Montrer de même que aZ∩bZ=(a∨b)Z.
-
Traiter en détail le cas a=84 et b=60 : déterminer 84Z+60Z et 84Z∩60Z, expliciter une relation de Bézout, et vérifier la relation (a∧b)(a∨b)=∣ab∣.
-
Généraliser : soient a1,…,ap des entiers non tous nuls. Décrire a1Z+⋯+apZ.
Exercice 15 ★★★★ — Systèmes de congruences et théorème chinois
L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler
On rappelle le théorème chinois : si m et n sont deux entiers supérieurs ou égaux à 2 tels que m∧n=1, l'application qui, à la classe d'un entier x modulo mn, associe le couple formé de la classe de x modulo m et de la classe de x modulo n, est un isomorphisme d'anneaux de Z/mnZ sur Z/mZ×Z/nZ. Autrement dit, pour tous entiers α et β, le système x≡α(modm) et x≡β(modn) possède des solutions, et celles-ci forment exactement une classe de congruence modulo mn.
Dans tout l'exercice, on détaillera la méthode : justification de l'existence, construction d'une solution particulière, puis description de l'ensemble des solutions.
-
Résoudre dans Z le système x≡2(mod5) et x≡3(mod7).
-
Résoudre dans Z le système x≡1(mod4), x≡2(mod9) et x≡3(mod25).
-
Les deux systèmes suivants ne relèvent pas du théorème chinois.
a. Montrer que le système x≡1(mod6) et x≡4(mod15) possède néanmoins des solutions, et les décrire.
b. Montrer que le système x≡1(mod6) et x≡3(mod15) n'a aucune solution. Préciser où l'hypothèse du théorème chinois est en défaut, et dégager le critère exact qui sépare les deux situations.
-
Déterminer le plus petit entier strictement positif dont la division euclidienne par 3 laisse le reste 1, celle par 5 le reste 2, et celle par 7 le reste 6.
Exercice 16 ★★★★ — Indicatrice d'Euler et théorème d'Euler
L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler
Pour n⩾1, l'indicatrice d'Euler est définie par
φ(n)=card{k∈{1,…,n};k∧n=1}c'est aussi, d'après la caractérisation des inversibles de Z/nZ, le cardinal du groupe (Z/nZ)×.
-
Calculer φ(n) dans les cas suivants, en rappelant la formule utilisée.
a. φ(1)
b. φ(12)
c. φ(36)
d. φ(97)
e. φ(100)
f. φ(360)
-
Démontrer la formule φ(pα)=pα−pα−1, valable pour tout nombre premier p et tout entier α⩾1, utilisée à la question précédente.
-
Énoncer le théorème d'Euler, puis l'appliquer pour déterminer le reste de la division euclidienne de 7402 par 100.
-
En utilisant encore le théorème d'Euler, déterminer l'inverse de 7 dans l'anneau Z/100Z.
-
Déterminer tous les entiers n⩾1 tels que φ(n)=2.
Exercice 17 ★★★★ — Petit théorème de Fermat et restes de grandes puissances
L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler
-
Énoncer le petit théorème de Fermat sous ses deux formes, puis démontrer que la seconde se déduit de la première.
-
Déterminer :
a. le reste de la division euclidienne de 31000 par 7 ;
b. le reste de la division euclidienne de 22026 par 11 ;
c. le chiffre des unités de 72026.
-
Démontrer que 7 divise n7−n pour tout n∈Z.
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Soient p un nombre premier et n∈Z tel que p∣n. Démontrer que p ne divise pas np−1−1. Que peut-on en conclure sur l'hypothèse « p ne divise pas n » figurant dans le petit théorème de Fermat ?
-
Démontrer que 2340≡1(mod341), alors que 341=11×31 n'est pas premier. Qu'en conclure sur la réciproque du petit théorème de Fermat ?
Exercice 18 ★★★★ — Idéaux de K[X] : générateur unitaire et PGCD
Idéaux de K[X], PGCD et relation de Bézout par les idéaux
Soit K un corps. On rappelle qu'une partie I de l'anneau commutatif K[X] en est un idéal lorsque I est un sous-groupe de (K[X],+) et que AP∈I pour tout A∈K[X] et tout P∈I. Pour P∈K[X], on note (P)=PK[X] l'idéal engendré par P.
-
Soit I un idéal de K[X]. Démontrer qu'il existe un polynôme P, nul ou unitaire, tel que I=(P), et que ce polynôme est unique. On l'appelle le générateur unitaire de I.
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Soit I={A(X2−1)+B(X3−1);(A,B)∈R[X]2}. Vérifier que I est un idéal de R[X], puis déterminer son générateur unitaire.
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Déterminer de même le générateur unitaire de J={A(X4−1)+B(X6−1);(A,B)∈R[X]2}.
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Soient P et Q dans K[X]. Démontrer que (P)⊂(Q)⟺Q∣P. En déduire une caractérisation de l'égalité (P)=(Q).
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Soit E={P∈R[X];P(1)=P(2)=0}. Démontrer que E est un idéal de R[X] et déterminer son générateur unitaire.
Exercice 19 ★★★★ — Polynômes annulateurs d'un endomorphisme : un idéal de K[X]
Idéaux de K[X], PGCD et relation de Bézout par les idéauxAlgèbres, sous-algèbres, morphismes d'algèbres
Soit E un K-espace vectoriel non réduit à {0} et soit u∈L(E). Pour un polynôme P=∑k=0dakXk de K[X], on pose P(u)=∑k=0dakuk, avec la convention u0=idE. On note Φu:K[X]→L(E) l'application P↦P(u), et Iu={P∈K[X];P(u)=0} l'ensemble des polynômes annulateurs de u.
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Montrer que Φu est un morphisme de K-algèbres.
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En déduire que Iu est un idéal de K[X].
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On suppose Iu={0}. Montrer que Iu possède un unique générateur unitaire, noté Πu dans la suite.
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Déterminer Πu dans chacun des cas suivants.
a. u=p est un projecteur : p∘p=p, avec p=0 et p=idE.
b. u=s est une symétrie : s∘s=idE, avec s=idE et s=−idE.
c. E=R2 et u est l'endomorphisme de matrice (01−10) dans la base canonique.
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On suppose E de dimension finie n⩾1. Montrer que Iu={0}.
Exercice 20 ★★★★ — Morphismes issus de Z et caractéristique d'un anneau
Morphismes de groupes : image, noyau, isomorphismesAnneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corps
Soit A un anneau, d'unité 1A et d'élément nul 0A. Pour k∈Z et a∈A, on note k⋅a l'itéré additif de a, défini par 0⋅a=0A, puis (k+1)⋅a=k⋅a+a pour k∈N, et enfin k⋅a=−((−k)⋅a) pour k<0. On utilisera librement la règle de calcul, vue en sup dans tout groupe abélien : (k+ℓ)⋅a=k⋅a+ℓ⋅a pour tous k,ℓ∈Z.
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Montrer qu'il existe un unique morphisme d'anneaux χ:Z→A, et qu'il est donné par χ(k)=k⋅1A.
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Montrer que Kerχ est un idéal de Z, puis qu'il existe un unique entier n∈N tel que Kerχ=nZ. Cet entier s'appelle la caractéristique de A et se note car(A).
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Déterminer la caractéristique de Z, de Z/12Z, de R et de M2(Z/3Z).
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Montrer que la caractéristique d'un anneau intègre est nulle ou égale à un nombre premier.
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Soit A un anneau commutatif de caractéristique 2. Montrer que (x+y)2=x2+y2 pour tous x,y∈A.
Exercice 21 ★★★★ — Le groupe des racines n-ièmes de l'unité
Groupes monogènes et cycliques, structure, groupe additif Z/nZMorphismes de groupes : image, noyau, isomorphismes
Soit n⩾1 un entier. On note Un={z∈C;zn=1} l'ensemble des racines n-ièmes de l'unité, et ω=e2iπ/n.
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Montrer que Un est un sous-groupe de (C∗,×), puis que cardUn=n.
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Montrer que l'application k↦e2iπk/n est bien définie sur Z/nZ, et que c'est un isomorphisme de (Z/nZ,+) sur (Un,×).
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En déduire quels éléments de Un en sont des générateurs (on les appelle racines primitives n-ièmes de l'unité) et combien il y en a. Les expliciter pour n=12.
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Soit m⩾1 un entier. Montrer que Um⊂Un si et seulement si m∣n.
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Montrer que Um∩Un=Um∧n.
Exercice 22 ★★★★ — Les sous-groupes d'un groupe cyclique
Groupes monogènes et cycliques, structure, groupe additif Z/nZOrdre d'un élément, divisibilité de l'ordre, théorème de Lagrange
Soit n⩾1 un entier et soit G=⟨x⟩ un groupe cyclique de cardinal n, noté multiplicativement, de neutre e. On rappelle que o(x)=card⟨x⟩=n et que, pour k∈Z, xk=e si et seulement si n∣k.
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Montrer que π:(Z,+)→(G,×), k↦xk, est un morphisme de groupes surjectif de noyau nZ. En déduire que tout sous-groupe H de G s'écrit H=⟨xm⟩ pour un entier m⩾1 divisant n : tout sous-groupe de G est cyclique.
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Montrer que si m⩾1 divise n, alors card⟨xm⟩=n/m. En déduire que pour tout diviseur d⩾1 de n, le groupe G possède un unique sous-groupe de cardinal d, à savoir ⟨xn/d⟩.
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En déduire que le nombre de sous-groupes de G est égal au nombre de diviseurs positifs de n.
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Dresser la liste complète des sous-groupes de (Z/12Z,+), avec pour chacun son cardinal, un générateur et ses éléments.
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Montrer que tout sous-groupe de (Z,+) est monogène, mais que (Z,+) possède une infinité de sous-groupes. Commenter l'écart avec la question 3.
Exercice 23 ★★★★ — Nilpotents et idempotents de Z/nZ
L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'EulerAnneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corps
Soit n⩾2 un entier. Dans un anneau A, un élément a est dit nilpotent lorsqu'il existe un entier k⩾1 tel que ak=0A, et idempotent lorsque a2=a.
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Déterminer les éléments nilpotents de Z/12Z, puis ceux de Z/36Z.
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Soit a∈Z. Montrer que a est nilpotent dans Z/nZ si et seulement si tout facteur premier de n divise a.
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Soit A un anneau commutatif, a∈A nilpotent et u∈A×. Montrer que u+a∈A×.
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Déterminer les idempotents de Z/12Z (on pourra utiliser le théorème chinois avec 12=4×3).
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Soit p un nombre premier. Montrer que les seuls idempotents de Z/pZ sont 0 et 1.
Exercice 24 ★★★★ — Le morphisme de Frobenius
L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'EulerAnneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corps
Soit p un nombre premier. Pour k∈Z et a élément d'un anneau A, on note k⋅a l'itéré additif de a (0⋅a=0A, (k+1)⋅a=k⋅a+a pour k∈N, et k⋅a=−((−k)⋅a) pour k<0) ; on utilisera librement les règles de calcul (k+ℓ)⋅a=k⋅a+ℓ⋅a et (kℓ)⋅a=k⋅(ℓ⋅a). On dit que A est de caractéristique p lorsque p est le plus petit entier strictement positif tel que p⋅1A=0A.
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Montrer que p divise (kp) pour tout entier k tel que 1⩽k⩽p−1.
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Soit A un anneau commutatif de caractéristique p. Montrer que p⋅x=0A pour tout x∈A, puis que F:x↦xp est un morphisme d'anneaux de A dans A. On l'appelle morphisme de Frobenius.
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Montrer que Z/pZ est de caractéristique p et que son morphisme de Frobenius est l'identité, par récurrence. En déduire le petit théorème de Fermat sous ses deux formes.
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Exhiber deux matrices de M2(Z/2Z) qui ne commutent pas et qui montrent que l'hypothèse de commutativité ne peut pas être supprimée à la question 2.
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Montrer que si l'anneau commutatif A de caractéristique p est de plus intègre, alors F est injectif.
Exercice 25 ★★★★ — Les entiers de Gauss : norme, inversibles et divisibilité
Anneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corpsIdéaux d'un anneau commutatif, divisibilité, idéaux de Z
On pose Z[i]={a+ib;(a,b)∈Z2} et, pour z=a+ib avec (a,b)∈Z2, on pose N(z)=a2+b2. L'entier naturel N(z) est appelé la norme de z (l'écriture z=a+ib avec a et b entiers étant unique, N est bien définie).
Un élément z de Z[i] est dit irréductible lorsque z n'est pas inversible dans Z[i] et que tout diviseur de z dans Z[i] est soit un inversible de Z[i], soit un associé de z, c'est-à-dire de la forme uz avec u∈Z[i]×.
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Montrer que Z[i] est un sous-anneau intègre de C, puis que N(zz′)=N(z)N(z′) pour tous z et z′ de Z[i].
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Montrer que z∈Z[i] est inversible dans Z[i] si et seulement si N(z)=1, puis en déduire que Z[i]×={1,−1,i,−i}.
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Montrer que si N(z) est un nombre premier, alors z est irréductible dans Z[i].
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Vérifier que 2=−i(1+i)2 et que 5=(2+i)(2−i), puis en déduire que ni 2 ni 5 ne sont irréductibles dans Z[i].
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Montrer qu'aucun élément de Z[i] n'est de norme 3 (on regardera les carrés modulo 4), puis que 3 est irréductible dans Z[i].
Exercice 26 ★★★★ — Théorème de Lagrange : groupes d'ordre premier et conséquences
Ordre d'un élément, divisibilité de l'ordre, théorème de LagrangeGroupes monogènes et cycliques, structure, groupe additif Z/nZ
Soit (G,×) un groupe fini de cardinal n et de neutre e. On admet le théorème de Lagrange : pour tout x∈G, l'ordre o(x) divise n. On rappelle que o(x)=card⟨x⟩ et que, pour k∈Z, xk=e⟺o(x)∣k.
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Montrer que xn=e pour tout x∈G.
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On suppose ici que n=p est un nombre premier. Montrer que tout élément x de G différent de e engendre G ; en déduire que G est cyclique, puis que les seuls sous-groupes de G sont {e} et G.
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On suppose maintenant n=4. Montrer que, ou bien G est cyclique, ou bien tout élément de G différent de e est d'ordre 2. Montrer que dans les deux cas G est abélien.
-
Donner un exemple de groupe de cardinal 4 de chacun de ces deux types.
-
Soient m⩾2 un entier et a∈Z tel que a∧m=1. En appliquant la question 1 au groupe ((Z/mZ)×,×), retrouver le théorème d'Euler : aφ(m)≡1(modm).
Exercice 27 ★★★★ — Le centre d'un groupe et les automorphismes intérieurs
Groupes, sous-groupes, sous-groupe engendré, produit fini de groupesMorphismes de groupes : image, noyau, isomorphismes
Soit (G,×) un groupe de neutre e. On appelle centre de G l'ensemble
Z(G)={a∈G;∀x∈G,ax=xa}des éléments qui commutent avec tous les éléments de G. On note Aut(G) l'ensemble des automorphismes de G, qui est un groupe pour la composition.
-
Montrer que Z(G) est un sous-groupe abélien de G, et que G est abélien si et seulement si Z(G)=G.
-
Pour a∈G, on pose γa:G→G, x↦axa−1. Montrer que γa est un automorphisme de G (on l'appelle automorphisme intérieur associé à a).
-
Montrer que γ:a↦γa est un morphisme de groupes de (G,×) dans (Aut(G),∘), et déterminer son noyau.
-
Déterminer Z(S3).
-
Déterminer Z(GL2(R)). On pourra utiliser les matrices I2+E12 et I2+E21, où Eij désigne la matrice élémentaire dont tous les coefficients sont nuls sauf celui de la ligne i et de la colonne j, égal à 1.
Exercice 28 ★★★★ — Le commutant d'une matrice : une sous-algèbre
Algèbres, sous-algèbres, morphismes d'algèbres
Soient n⩾1 un entier et A∈Mn(K). On appelle commutant de A l'ensemble
C(A)={M∈Mn(K);AM=MA}On note par ailleurs K[A]={P(A);P∈K[X]} et Eij la matrice élémentaire dont tous les coefficients sont nuls, sauf celui de la ligne i et de la colonne j, égal à 1.
-
Montrer que C(A) est une sous-algèbre de Mn(K).
-
Montrer que K[A]⊂C(A).
-
On prend n=3 et A=diag(1,2,3). Déterminer C(A) et sa dimension, puis comparer C(A) et K[A].
-
On prend n=2 et J=(0010). Déterminer C(J) et vérifier que C(J)=K[J].
-
On prend n=2 et A=I2. Déterminer C(A) et K[A]. Qu'en conclure sur l'inclusion de la question 2 et sur la commutativité de C(A) ?
Dans les questions 3, 4 et 5, tous les calculs se font par identification des coefficients.
Exercice 29 ★★★★ — Idéaux de l'anneau des fonctions d'un ensemble dans un corps
Idéaux d'un anneau commutatif, divisibilité, idéaux de ZAnneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corps
Soient X un ensemble non vide et K un corps. On munit F(X,K), ensemble des fonctions de X dans K, des lois usuelles définies point par point : pour f, g dans F(X,K) et x∈X,
(f+g)(x)=f(x)+g(x)et(fg)(x)=f(x)g(x)Pour une partie Y de X, on note χY la fonction indicatrice de Y, définie par χY(x)=1 si x∈Y et χY(x)=0 sinon, et l'on pose
IY={f∈F(X,K);∀y∈Y,f(y)=0}-
Montrer que (F(X,K),+,×) est un anneau commutatif, et qu'il n'est pas intègre dès que X possède au moins deux éléments.
-
Soit a∈X. Montrer que eva:f↦f(a) est un morphisme d'anneaux surjectif de F(X,K) dans K, et que I{a}=Kereva est un idéal de F(X,K).
-
Montrer que IY est un idéal de F(X,K) pour toute partie Y de X, et que Y⊂Z⟹IZ⊂IY.
-
Déterminer les inversibles de F(X,K), puis ses idempotents, c'est-à-dire les f vérifiant f2=f.
-
On suppose ici X fini. Montrer que tout idéal de F(X,K) est de la forme IY pour une unique partie Y de X.
Exercice 30 ★★★★ — Le théorème de Wilson
L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler
Soit p un nombre premier. On travaille dans l'anneau Z/pZ et dans son groupe des inversibles ((Z/pZ)×,×).
-
Montrer que (Z/pZ)×={1,2,…,p−1}, puis qu'un élément x de ce groupe est son propre inverse si et seulement si x=1 ou x=−1.
-
En appariant chaque élément de (Z/pZ)× avec son inverse, démontrer le théorème de Wilson : (p−1)!≡−1(modp).
-
Vérifier le résultat pour p=5, p=7 et p=11.
-
Réciproquement, soit n⩾2 un entier tel que (n−1)!≡−1(modn). Montrer que n est premier.
-
Le critère « n⩾2 est premier si et seulement si (n−1)!≡−1(modn) » est donc exact. Expliquer pourquoi il est pourtant inutilisable en pratique pour tester la primalité d'un grand entier.
Exercice 31 ★★★★ — Le chiffrement RSA
L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler
Alice choisit deux nombres premiers distincts p et q, pose n=pq, puis choisit un entier e⩾1 tel que e∧φ(n)=1. Elle rend publique la clé (n,e) et garde secret un entier d⩾1 tel que ed≡1(modφ(n)). Un message est un entier m avec 0⩽m<n ; Bob l'envoie chiffré sous la forme c=memodn, et Alice le déchiffre en calculant cdmodn.
Dans les questions 1 à 3, on prend p=11, q=13, donc n=143, et e=7.
- Calculer φ(n), vérifier que e∧φ(n)=1, puis déterminer l'exposant de déchiffrement d en détaillant l'algorithme d'Euclide.
- Chiffrer le message m=9, c'est-à-dire calculer 97mod143 par exponentiation rapide.
- Déchiffrer le message chiffré obtenu et vérifier que l'on retrouve bien 9.
- On revient au cas général. Montrer que si m∧n=1, alors med≡m(modn).
- Montrer que la congruence med≡m(modn) est en fait valable pour tout entier m, sans supposer m premier avec n.
- Expliquer en trois phrases pourquoi la sécurité du procédé repose sur la difficulté de factoriser n.
Exercice 32 ★★★★ — Les sous-groupes du groupe additif des réels
Groupes, sous-groupes, sous-groupe engendré, produit fini de groupes
Soit G un sous-groupe de (R,+) non réduit à {0}. On pose
G+=G∩]0,+∞[eta=infG+.- Montrer que G+ est non vide et que a est bien défini, avec a⩾0.
- On suppose a>0. Montrer que a∈G, puis que G=aZ. (On pourra, pour x∈G, poser k=⌊x/a⌋.)
- On suppose a=0. Montrer que G rencontre tout intervalle ouvert non vide de R.
- Énoncer l'alternative obtenue pour un sous-groupe quelconque de (R,+).
- Soit α un irrationnel. Montrer que Z+αZ={p+qα;(p,q)∈Z2} est un sous-groupe de (R,+), qu'il n'est d'aucune des formes aZ avec a>0, et qu'il rencontre donc tout intervalle ouvert non vide.
- En admettant que π est irrationnel, en déduire que {cosn;n∈Z} n'est pas un ensemble fini. (On pourra utiliser l'inégalité ∣cosu−cosv∣⩽∣u−v∣, que l'on justifiera.)
Exercice 33 ★★★★ — La somme des indicatrices d'Euler des diviseurs
L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'EulerGroupes monogènes et cycliques, structure, groupe additif Z/nZ
Soit n⩾1. Le but de l'exercice est d'établir la formule
d∣n∑φ(d)=n,la somme portant sur tous les diviseurs positifs d de n. On travaille dans le groupe additif (Z/nZ,+), de neutre 0, et pour d∣n on note Ed l'ensemble des éléments de Z/nZ d'ordre exactement d.
- Montrer que pour tout k∈Z, o(k)=k∧nn.
- Soit d un diviseur positif de n. Montrer que l'ensemble Hd des éléments x de Z/nZ tels que o(x)∣d est l'unique sous-groupe de Z/nZ de cardinal d, et qu'il est cyclique, engendré par n/d.
- En déduire que cardEd=φ(d) pour tout diviseur positif d de n.
- Montrer que les Ed, pour d décrivant les diviseurs positifs de n, forment une partition de Z/nZ, et conclure.
- Vérifier la formule par le calcul explicite pour n=12 et n=30.
- En déduire une nouvelle démonstration du fait que (Z/nZ,+) possède exactement φ(n) générateurs.
Exercice 34 ★★★★ — Le groupe des inversibles de Z/pZ est cyclique
L'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'EulerOrdre d'un élément, divisibilité de l'ordre, théorème de Lagrange
Soit p un nombre premier. Comme p est premier, Z/pZ est un corps et son groupe des inversibles G=(Z/pZ)×, muni de la multiplication, est de cardinal p−1. On veut montrer que G est cyclique. Pour d divisant p−1, on note ψ(d) le nombre d'éléments de G d'ordre exactement d.
- Montrer qu'un polynôme non nul de degré m à coefficients dans le corps Z/pZ a au plus m racines dans Z/pZ.
- Soit x un élément d'ordre d d'un groupe quelconque. Montrer que pour tout k∈Z, o(xk)=k∧dd.
- Soit d un diviseur de p−1. Montrer que si ψ(d)=0, alors ψ(d)=φ(d).
- Justifier que d∣p−1∑ψ(d)=p−1, puis, en utilisant la formule d∣n∑φ(d)=n (démontrée à l'exercice précédent de la fiche, on l'admettra ici), montrer que ψ(d)=φ(d) pour tout diviseur d de p−1.
- Conclure que G est cyclique.
- Déterminer explicitement, en dressant la liste des ordres, tous les générateurs de (Z/7Z)× puis de (Z/11Z)×.
Exercice 35 ★★★★ — L'anneau Z racine de 2 : norme, unités et équation de Pell
Anneaux, sous-anneaux, morphismes d'anneaux, intégrité, corpsIdéaux d'un anneau commutatif, divisibilité, idéaux de Z
On pose
A={a+b2;(a,b)∈Z2}⊆R,N(a+b2)=a2−2b2.- Montrer que tout élément de A s'écrit de manière unique sous la forme a+b2 avec (a,b)∈Z2 (on utilisera l'irrationalité de 2), et que A est un sous-anneau intègre de R. En particulier N est une application bien définie de A dans Z.
- Montrer que σ:a+b2↦a−b2 est un automorphisme de l'anneau A, que N(x)=xσ(x) pour tout x∈A, et en déduire que N(xy)=N(x)N(y).
- Montrer que x∈A est inversible dans A si et seulement si N(x)=±1.
- En déduire que 1+2∈A×, puis que A× est infini.
- Montrer que les couples (x,y)∈N2 vérifiant x2−2y2=1 sont exactement ceux pour lesquels x+y2=(1+2)2k avec k∈N, et donner les trois plus petites solutions autres que (1,0).
Exercice 36 ★★★★ — Le groupe des automorphismes du groupe additif Z/nZ
Morphismes de groupes : image, noyau, isomorphismesL'anneau Z/nZ : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler
Soit n⩾1. On note Aut(Z/nZ) l'ensemble des automorphismes du groupe (Z/nZ,+), c'est-à-dire des morphismes de groupes bijectifs de Z/nZ dans lui-même. Pour a∈Z/nZ, on note fa l'application x↦ax, le produit étant celui de l'anneau Z/nZ.
- Montrer que fa est un morphisme du groupe (Z/nZ,+) dans lui-même, et que réciproquement tout morphisme de groupes f de Z/nZ dans lui-même est égal à fa pour un unique a.
- Montrer que fa est bijectif si et seulement si a est inversible dans l'anneau Z/nZ.
- En déduire que Aut(Z/nZ), muni de la composition, est un groupe isomorphe à ((Z/nZ)×,×), et que son cardinal vaut φ(n).
- Expliciter les automorphismes de Z/8Z et donner la table de leur groupe. Ce groupe est-il cyclique ?
- Montrer que pour p premier, Aut(Z/pZ) est cyclique de cardinal p−1 (on pourra utiliser le résultat de l'exercice 34 de la fiche).
Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (3 points) — Vrai ou faux
Pour chacune des six assertions suivantes, dire si elle est vraie ou fausse. Une réponse non justifiée ne rapporte aucun point : on attend une démonstration lorsque l'assertion est vraie, un contre-exemple explicite et entièrement vérifié lorsqu'elle est fausse. (0,5 pt par assertion.)
a. La réunion de deux sous-groupes d'un groupe G est un sous-groupe de G.
b. Tout sous-anneau d'un anneau commutatif A est un idéal de A.
c. Soient G un groupe fini de cardinal 12 et x∈G. Alors x12=e.
d. Soient A et B deux anneaux commutatifs et f:A→B un morphisme d'anneaux surjectif. Si I est un idéal de A, alors f(I) est un idéal de B.
e. Les groupes (Z/4Z,+) et (Z/2Z×Z/2Z,+) sont isomorphes.
f. L'ensemble des matrices de trace nulle de M2(R) est une sous-algèbre de M2(R).
Exercice 2 (4 points) — Un groupe de matrices
Toutes les matrices considérées sont dans M2(R), et GL2(R) désigne le groupe des matrices inversibles pour le produit matriciel.
Pour t∈R, on pose
Tt=(10t1),puisT={Tt;t∈R}.On note par ailleurs R la matrice de la rotation vectorielle d'angle 62π=3π :
R=2123−2321.1. (1 pt) Calculer TsTt pour s,t∈R. En déduire que T est un sous-groupe de GL2(R), puis que T est isomorphe au groupe (R,+).
2. (0,5 pt) Déterminer o(T1) et décrire ⟨T1⟩. À quel groupe usuel ⟨T1⟩ est-il isomorphe ?
3. (0,5 pt) Pour θ∈R, on note R(θ) la matrice de la rotation d'angle θ, de sorte que R=R(3π). Vérifier que R(θ)R(θ′)=R(θ+θ′), puis déterminer Rk pour k∈N et l'ordre o(R).
4. (0,5 pt) Décrire ⟨R⟩ en extension, préciser son cardinal et justifier qu'il est isomorphe à (Z/6Z,+).
5. (1 pt) Déterminer tous les générateurs de ⟨R⟩, puis tous les sous-groupes de ⟨R⟩.
6. (0,5 pt) On pose
A=(−1001),B=(−1011).Déterminer o(A), o(B) et o(AB). Qu'en déduit-on sur l'ensemble des éléments d'ordre fini de GL2(R) ?
Exercice 3 (4 points) — Clés de contrôle
Une clé de contrôle est un caractère ajouté à un numéro pour détecter les erreurs de saisie. Les deux parties sont indépendantes.
Partie A. La clé du numéro de sécurité sociale.
Un numéro de sécurité sociale français est formé de 13 chiffres, suivis d'une clé de contrôle écrite sur deux chiffres. Si N désigne l'entier formé par les 13 premiers chiffres et si r est le reste de la division euclidienne de N par 97, la clé est l'entier
c=97−r.1. (0,5 pt) Montrer que 97 est un nombre premier. Qu'en déduit-on sur l'anneau Z/97Z ?
2. (0,75 pt) On considère le numéro N=1850785191043. Calculer r en détaillant les étapes du calcul, en déduire la clé c, puis écrire le numéro complet à 15 chiffres.
3. (0,5 pt) Montrer que le procédé détecte toute erreur portant sur un seul chiffre : si N′ est obtenu à partir de N en remplaçant un unique chiffre par un chiffre différent, alors N′ et N n'ont pas la même clé. Illustrer avec N′=1850185191043, obtenu en remplaçant par un 1 le chiffre 7 de rang 108.
4. (0,75 pt) Montrer que le procédé détecte aussi l'échange de deux chiffres consécutifs distincts. Illustrer avec N′′=1850785119043, obtenu en échangeant les chiffres 9 et 1 de rangs 104 et 103.
Partie B. La clé ISBN-10.
Un code ISBN-10 est une suite de dix caractères a1a2…a10, où a1,…,a9 sont des chiffres de 0 à 9 et où le dernier caractère a10, appelé clé, est un chiffre de 0 à 9 ou la lettre X, qui représente la valeur 10. Le code est valide lorsque
k=1∑10kak≡0(mod11).5. (1 pt) Justifier que le calcul est fait modulo 11 et non modulo 10, montrer que la clé est déterminée de façon unique par a1,…,a9 au moyen de la formule
a10≡k=1∑9kak(mod11),et expliquer pourquoi le caractère X est indispensable.
6. (0,5 pt) Calculer la clé des deux codes dont les neuf premiers chiffres sont 270134628 puis 270415936, et vérifier la validité de chaque code complet obtenu.
Exercice 4 (4 points) — Les idéaux d'un anneau produit
Dans tout l'exercice, A et B désignent deux anneaux commutatifs, supposés non nuls, c'est-à-dire que 1A=0A et 1B=0B. On munit le produit A×B des lois définies composante par composante :
(a,b)+(a′,b′)=(a+a′,b+b′),(a,b)(a′,b′)=(aa′,bb′).C'est un anneau commutatif d'élément nul (0A,0B) et d'élément unité (1A,1B), ce que l'on admet.
1. (0,5 pt) Soient I un idéal de A et J un idéal de B. Montrer que I×J est un idéal de A×B.
2. (1 pt) Réciproquement, soit I un idéal de A×B. On pose
I={a∈A;∃b∈B,(a,b)∈I},J={b∈B;∃a∈A,(a,b)∈I}.Montrer que I est un idéal de A, que J est un idéal de B, puis que I=I×J. On pourra multiplier un élément de I par (1A,0B) puis par (0A,1B).
3. (0,5 pt) En déduire la liste de tous les idéaux de l'anneau Z×Z.
4. (1 pt) À l'aide du théorème chinois, déterminer le nombre d'idéaux de Z/6Z, puis les décrire tous en extension.
5. (1 pt) On appelle idempotent d'un anneau C tout élément x vérifiant x2=x ; les idempotents 0C et 1C sont dits triviaux. Déterminer les idempotents de A×B, en exhiber deux non triviaux, et en déduire qu'un anneau intègre n'est jamais isomorphe à un produit de deux anneaux non nuls. Illustrer sur Z/6Z.
Exercice 5 (5 points) — Problème : l'algèbre des matrices circulantes
Toutes les matrices sont à coefficients réels. On pose
J=001100010,C={aI3+bJ+cJ2;(a,b,c)∈R3}.Les éléments de C sont appelés matrices circulantes d'ordre 3.
Avertissement : aucune question de cet exercice ne fait appel aux valeurs propres ni à la diagonalisation. Tout se traite par le calcul matriciel, les morphismes d'algèbres et les idéaux de R[X].
1. (0,5 pt) Calculer J2 et J3. En déduire que J est inversible, préciser J−1, et déterminer l'ordre de J dans le groupe GL3(R).
2. (0,75 pt) Montrer que C est une sous-algèbre de M3(R), et qu'elle est commutative.
3. (0,5 pt) Écrire la matrice aI3+bJ+cJ2 sous forme d'un tableau de coefficients. En déduire que la famille (I3,J,J2) est libre, puis que dimC=3.
4. (0,75 pt) Montrer que l'application Φ:R[X]→M3(R) définie par Φ(P)=P(J) est un morphisme d'algèbres, et que son image est exactement C.
5. (1,25 pt) Montrer que KerΦ est l'idéal de R[X] engendré par X3−1. On raisonnera par double inclusion, la division euclidienne par X3−1 servant pour l'inclusion délicate. En déduire le générateur unitaire de l'idéal des polynômes annulateurs de J.
6. (0,5 pt) Montrer que l'anneau C n'est pas intègre, en exhibant deux éléments non nuls de produit nul.
7. (0,75 pt) Soient (a,b,c)∈R3, P=a+bX+cX2 et M=P(J)∈C. Montrer que M est inversible dans M3(R) si et seulement si P∧(X3−1)=1, et que dans ce cas M−1 appartient encore à C. Expliciter la condition portant sur (a,b,c), puis traiter l'exemple M0=I3+2J+3J2.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.