MP · Chapitre 02

Devoir surveillé — Réduction des endomorphismes et des matrices carrées

Sujet type, 180 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.

Sujet type DS — 180 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Cinq affirmations à trancher

Consignes valables pour tout le sujet. Calculatrice interdite. Les cinq exercices sont indépendants et peuvent être traités dans l'ordre de votre choix ; l'exercice 5 est un problème en trois parties, dont les parties B et C utilisent le résultat de la partie A. Une réponse non justifiée ne rapporte aucun point, et un résultat admis peut servir dans la suite à condition d'être signalé.

Dans cet exercice, n désigne un entier supérieur ou égal à 1 et K vaut R ou C. Chacune des cinq affirmations suivantes est-elle vraie ou fausse ? On attend une démonstration complète, ou un contre-exemple explicite entièrement vérifié.

1. (0,75 pt) Si AMn(C) vérifie A5=A2, alors A est diagonalisable.

2. (0,5 pt) Tout endomorphisme d'un R-espace vectoriel de dimension finie impaire admet au moins une valeur propre.

3. (0,75 pt) Deux matrices de Mn(C) qui ont le même polynôme caractéristique et le même polynôme minimal sont semblables.

4. (0,5 pt) Si AMn(K) est nilpotente et si BMn(K) commute avec A, alors AB est nilpotente.

5. (0,5 pt) Si AGLn(K) et si λSp(A), alors λ0, λ1Sp(A1) et Eλ(A)=Eλ1(A1).

Exercice 2 (3,5 points) — Une matrice par blocs et ses deux moitiés

Soient p1 un entier et A,BMp(R). On pose

M=(ABBA)M2p(R).

Pour toute colonne XMp,1(R), on note

φ(X)=(XX)M2p,1(R),ψ(X)=(XX)M2p,1(R),

et l'on pose F=Imφ et G=Imψ.

1. (0,5 pt) Vérifier que φ et ψ sont linéaires et injectives, puis démontrer que M2p,1(R)=FG.

2. (0,75 pt) Démontrer que, pour toute colonne XMp,1(R),

Mφ(X)=φ((A+B)X)etMψ(X)=ψ((AB)X).

En déduire que F et G sont stables par M.

3. (0,75 pt) En déduire que M est semblable à la matrice diagonale par blocs de blocs diagonaux A+B et AB, puis que χM=χA+BχAB et que M est diagonalisable si et seulement si A+B et AB le sont toutes les deux.

4. (0,75 pt) Application. On prend p=2,

A=(2112)etB=(1023).

Écrire M, calculer χA+B et χAB, puis en déduire χM et Sp(M).

5. (0,75 pt) Cette matrice M est-elle diagonalisable ? Donner la dimension de chacun de ses sous-espaces propres et, pour chaque valeur propre, un vecteur propre explicite.

Exercice 3 (3,5 points) — Une matrice semblable à son double

Dans tout l'exercice, n est un entier supérieur ou égal à 1 et les matrices sont à coefficients complexes. On rappelle que A et B sont dites semblables lorsqu'il existe PGLn(C) telle que B=P1AP.

1. (0,5 pt) Soient A et B deux matrices semblables de Mn(C). Démontrer que χA=χB, que Sp(A)=Sp(B) et que rgA=rgB.

2. (0,75 pt) Soit AMn(C) semblable à 2A. Démontrer que A est semblable à 2kA pour tout kN.

3. (0,75 pt) En déduire que Sp(A)={0}, puis que A est nilpotente. On pourra invoquer le théorème de Cayley-Hamilton, ou trigonaliser A.

4. (0,75 pt) Réciproque en dimension 2. Soit AM2(C) nilpotente. Démontrer que A est semblable à 2A.

5. (0,75 pt) Démontrer qu'aucune matrice AMn(C) n'est semblable à A+In. On en donnera deux démonstrations : l'une par la trace, l'autre par le spectre.

Exercice 4 (4 points) — Un lemme des noyaux qui laisse un morceau nilpotent

Soit E un C-espace vectoriel de dimension finie n1 et soit uL(E) vérifiant

u4=u2.

1. (0,75 pt) Démontrer que

E=Keru2  Ker(uidE)  Ker(u+idE),

et que ces trois sous-espaces sont stables par u. On précisera le polynôme annulateur utilisé et on justifiera l'hypothèse du théorème invoqué.

2. (0,5 pt) Démontrer que u2 est un projecteur, puis identifier son noyau et son image à l'aide de la décomposition de la question 1.

3. (0,75 pt) On note N=Keru2 et v l'endomorphisme induit par u sur N. Démontrer que v2=0, préciser les endomorphismes induits par u sur les deux autres sous-espaces, et décrire la matrice de u dans une base adaptée à la décomposition de la question 1.

4. (0,75 pt) Démontrer les équivalences

u est diagonalisable    Keru=Keru2    rgu=rgu2.

5. (1,25 pt) Application. On pose

A=(110110001)M3(R).

Vérifier que A4=A2, déterminer les trois sous-espaces de la question 1., dire si A est diagonalisable, puis donner χA, une matrice réduite semblable à A et la matrice de passage correspondante.

Exercice 5 (6 points) — Problème : localiser les valeurs propres sans les calculer

Ce problème construit un outil qui renseigne sur le spectre d'une matrice sans calculer son polynôme caractéristique : on enferme le spectre dans une réunion de disques lus directement sur les coefficients. La partie A établit l'outil, la partie B en tire trois conséquences, la partie C l'applique à une matrice explicite puis l'affine par une similitude bien choisie. Les parties B et C utilisent le résultat de la partie A.

Soit n2 et soit A=(ai,j)Mn(C). Pour i{1,,n}, on pose

ri(A)=jiai,j,Di(A)={zC  ;  zai,iri(A)},

de sorte que Di(A) est le disque fermé de centre le i-ième coefficient diagonal et de rayon la somme des modules des autres coefficients de la i-ième ligne.

Partie A — Le spectre est enfermé dans les disques

A.1. (0,5 pt) Soit λSp(A) et soit X=t ⁣(x1xn) un vecteur propre associé. Justifier qu'il existe un indice i tel que xi=max1jnxj, et que ce maximum est strictement positif.

A.2. (0,75 pt) Écrire la i-ième ligne de l'égalité AX=λX, et en déduire λai,iri(A).

A.3. (0,25 pt) Conclure que Sp(A)i=1nDi(A).

A.4. (0,5 pt) Démontrer que Sp(t ⁣A)=Sp(A), et en déduire une seconde localisation du spectre, par des disques lus cette fois sur les colonnes de A.

Partie B — Les matrices à diagonale strictement dominante

On dit que A est à diagonale strictement dominante lorsque ai,i>ri(A) pour tout i{1,,n}.

B.1. (0,5 pt) Démontrer qu'une matrice à diagonale strictement dominante est inversible.

B.2. (0,5 pt) Démontrer que toute valeur propre λ d'une matrice AMn(C) quelconque vérifie

λmax1inj=1nai,j.

B.3. (0,5 pt) On suppose désormais A à diagonale strictement dominante et tous ses coefficients diagonaux réels strictement positifs. Démontrer que toute valeur propre λ de A vérifie Re(λ)>0.

B.4. (0,5 pt) On suppose de plus AMn(R). Démontrer que detA>0.

Partie C — Mise en œuvre et raffinement par similitude

On pose désormais

A=(340381025)M3(R).

C.1. (0,5 pt) Écrire les trois disques-lignes de A, en déduire une localisation de Sp(A) et un majorant de λ pour λSp(A). Expliquer pourquoi cette localisation ne permet pas de conclure que A est inversible.

C.2. (0,5 pt) Reprendre la question précédente avec les disques-colonnes de la question A.4., puis donner la localisation obtenue en croisant les deux, en exhibant un complexe éliminé par ce croisement.

C.3. (0,75 pt) Soit Δ=diag(2,1,1). Calculer B=Δ1AΔ et vérifier que B est à diagonale strictement dominante. En déduire que A est inversible, que toutes ses valeurs propres sont de partie réelle strictement positive, et que detA>0. Contrôler cette dernière conclusion par le calcul direct de detA.

C.4. (0,25 pt) Démontrer sur un exemple de M2(R) que, dans la définition de la partie B, l'inégalité stricte ne peut pas être remplacée par une inégalité large.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.