MP · Chapitre 07

Devoir surveillé — Fonctions vectorielles

Sujet type, 180 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.

Sujet type DS — 180 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Une contrainte linéaire le long d'une trajectoire

Consignes générales, valables pour tout le sujet. Les cinq exercices sont indépendants et peuvent être traités dans l'ordre de votre choix. La calculatrice n'est pas autorisée. La qualité de la rédaction, la précision des justifications et le soin apporté à la citation des théorèmes utilisés entrent pour une part importante dans l'appréciation des copies. Une réponse non justifiée ne rapporte aucun point ; un résultat admis peut être utilisé dans la suite à condition de le signaler.

Une trajectoire peut être astreinte à rester dans un plan, une matrice qui se déforme peut rester symétrique, un polynôme qui varie peut garder un degré borné. Toutes ces contraintes ont la même forme : la fonction prend ses valeurs dans un sous-espace vectoriel. On établit ici que cette contrainte se transmet à la vitesse, et qu'elle se reconstitue à partir d'elle, puis on mesure exactement ce que l'hypothèse « sous-espace vectoriel » apporte.

Dans tout l'exercice, E est un espace vectoriel normé de dimension finie p1, I est un intervalle de R non réduit à un point, et F est un sous-espace vectoriel de E, de dimension r avec 1rp.

On rappelle, pour la question 1, que tout sous-espace vectoriel de dimension finie d'un espace vectoriel normé est une partie fermée de cet espace : ce résultat peut être utilisé sans démonstration.

1. (0,75 pt) Soit f:IE une fonction dérivable telle que f(t)F pour tout tI. Montrer que f(t)F pour tout tI, de deux façons :

a. en complétant une base de F en une base de E et en raisonnant sur les coordonnées de f ;

b. en revenant à la définition de la dérivée comme limite d'un taux d'accroissement.

2. (0,75 pt) Réciproquement, soit fC1(I,E) et t0I. On suppose que f(t0)F et que f(t)F pour tout tI. Montrer d'abord que t0tg(s)dsF pour toute fonction g continue sur I à valeurs dans F et tout tI, puis en déduire que f(t)F pour tout tI. Que peut-on dire de la trajectoire de f si l'on suppose seulement f(t)F pour tout t, sans hypothèse sur f(t0) ?

3. (0,75 pt) Applications matricielles. Soit AC1(R,Mn(R)) avec n2. Justifier successivement les trois énoncés suivants, en précisant à chaque fois quel sous-espace vectoriel de Mn(R) intervient.

a. Si tr(A(t))=0 pour tout réel t, alors tr(A(t))=0 pour tout réel t.

b. Si A(t) est symétrique pour tout réel t, alors A(t) est symétrique pour tout réel t, et la matrice 01A(t)dt est symétrique.

c. Si A(t) est antisymétrique pour tout réel t et si A(0) est antisymétrique, alors A(t) est antisymétrique pour tout réel t.

4. (0,75 pt) L'hypothèse « F est un sous-espace vectoriel » n'est pas décorative. On travaille dans R2 muni de sa norme euclidienne.

a. Soit C={xR2  ;  x=1} le cercle unité, et f(t)=(cos(t2),sin(t2)) pour tR. Vérifier que f est à valeurs dans C et déterminer les réels t pour lesquels f(t)C. Conclure quant à la question 1.

b. Soit D={(x,0)  ;  x0} et f(t)=(t,0) pour tR. Vérifier que D est stable par addition et par multiplication par un réel positif, que f(0)D et que f(t)D pour tout t, et constater que la conclusion de la question 2 est pourtant fausse.

Exercice 2 (3,5 points) — La primitive d'un signal périodique

Un signal périodique s'intègre au cours du temps : c'est ce que fait un compteur placé en aval. La question est de savoir si le compteur revient périodiquement à son état ou s'il dérive indéfiniment. La réponse tient en un seul vecteur, la valeur moyenne du signal sur une période, et elle se lit aussi bien sur la périodicité de la primitive que sur son caractère borné.

Dans tout l'exercice, E est un espace vectoriel normé de dimension finie, T est un réel strictement positif, et f:RE est une fonction continue et T-périodique, c'est-à-dire vérifiant f(t+T)=f(t) pour tout réel t. On pose

F(x)=0xf(t)dtetm=1T0Tf(t)dtE.

Le vecteur m s'appelle la valeur moyenne de f.

1. (0,75 pt) Montrer que F est de classe C1 sur R et préciser F. En étudiant la fonction φ:xF(x+T)F(x), démontrer que

xR,xx+Tf(t)dt=0Tf(t)dt,

et en déduire que F(x+T)=F(x)+Tm pour tout réel x.

2. (0,5 pt) Démontrer par récurrence que F(x+nT)=F(x)+nTm pour tout réel x et tout nN, puis étendre la formule à tout nZ.

3. (0,75 pt) Démontrer que les trois propriétés suivantes sont équivalentes :

(i) m=0E ; (ii) F est T-périodique ; (iii) F est bornée sur R.

4. (0,75 pt) On pose G(x)=F(x)xm pour tout réel x. Montrer que G est de classe C1 et T-périodique, préciser G, puis établir la majoration

xR,G(x)Tsupt[0,T]f(t)m.

En déduire que F(x)x tend vers m lorsque x tend vers +, et commenter la décomposition F(x)=xm+G(x).

5. (0,75 pt) Application. On prend E=R3 muni de sa norme euclidienne, un réel c, et

f(t)=(cost,  sint,  c),T=2π.

Calculer m, puis F(x) explicitement. Discuter selon c le caractère borné de F et vérifier la cohérence avec la question 3. Calculer enfin G, déterminer la valeur exacte de supRG et la comparer au majorant de la question 4.

Exercice 3 (4 points) — Un signal vectoriel filtré par une oscillation rapide

Multiplier un signal par une sinusoïde de fréquence croissante, puis intégrer, c'est ce que fait un analyseur de spectre. Le résultat tend vers zéro, et toute la question est de savoir à quelle vitesse : une intégration par parties donne la réponse, une seconde intégration par parties montre que la régularité du signal aux bords change l'ordre de grandeur.

Dans tout l'exercice, E est un espace vectoriel normé de dimension finie, [a,b] est un segment de R avec a<b, et n désigne un entier naturel non nul. Pour fC1([a,b],E), on pose

In(f)=absin(nt)f(t)dtE.

On rappelle la formule d'intégration par parties pour le produit d'une fonction réelle par une fonction vectorielle : si uC1([a,b],R) et gC1([a,b],E), alors

abu(t)g(t)dt=[u(t)g(t)]ababu(t)g(t)dt.

1. (1 pt) Justifier que In(f) est bien défini, puis démontrer que

In(f)=cos(na)f(a)cos(nb)f(b)n+1nabcos(nt)f(t)dt.

On précisera la fonction u choisie.

2. (0,75 pt) On pose C(f)=f(a)+f(b)+abf(t)dt. Montrer que C(f) est un réel bien défini, puis établir

In(f)C(f)n.

En déduire que In(f) tend vers 0E quand n tend vers +.

3. (0,75 pt) L'ordre 1/n n'est pas améliorable en général. On prend ici [a,b]=[0,π] et f constante égale à un vecteur u0E. Calculer In(f) exactement, en distinguant la parité de n, puis comparer In(f) au majorant de la question 2. Que constate-t-on pour n impair ?

4. (0,75 pt) On suppose maintenant f de classe C2 sur [a,b] et telle que f(a)=f(b)=0E. En reprenant l'identité de la question 1 et en intégrant une seconde fois par parties, démontrer que

In(f)1n2(f(a)+f(b)+abf(t)dt).

5. (0,75 pt) Application. On prend E=R2 muni de sa norme euclidienne, [a,b]=[0,π] et

f(t)=(t,  t(πt)).

Calculer In(f) exactement pour tout n1, expliciter I1(f), I2(f) et I3(f), puis vérifier la majoration de la question 2 pour n=3 en utilisant le majorant simple 0πfπ1+π2. Expliquer enfin pourquoi les deux coordonnées ne décroissent pas à la même vitesse.

Exercice 4 (3,5 points) — La trace efface la non-commutativité

Dériver la puissance k-ième d'une fonction à valeurs matricielles ne donne pas kAk1A : les matrices ne commutent pas, et la formule scalaire est fausse. On établit ici la formule correcte, une somme de k termes tous différents, puis on observe que la trace, elle, ne voit pas la différence. On en tire pour finir un résultat de rigidité sur les familles de projecteurs.

Dans tout l'exercice, I est un intervalle de R non réduit à un point, n est un entier supérieur ou égal à 2, et A est une fonction de classe C1 de I dans Mn(R), espace vectoriel de dimension finie muni d'une norme quelconque. Pour kN, on pose

ψk(t)=tr(A(t)k).

On rappelle deux résultats d'algèbre linéaire de première année, utilisables sans démonstration : la trace est une forme linéaire sur Mn(R) vérifiant tr(MN)=tr(NM) pour toutes matrices M et N ; et la trace de la matrice d'un projecteur est égale au rang de ce projecteur.

1. (0,75 pt) Démontrer par récurrence sur kN que tA(t)k est de classe C1 sur I et que

(Ak)(t)=i=0k1A(t)iA(t)A(t)k1i,

avec la convention A(t)0=In.

2. (0,75 pt) En déduire que ψk est de classe C1 sur I et que

ψk(t)=ktr(A(t)k1A(t)).

Commenter : la formule scalaire, fausse au niveau des matrices, redevient vraie une fois la trace prise.

3. (1 pt) Vérification complète sur un exemple. On prend I=R, n=2 et

A(t)=(1tt21).

Calculer A(t)2 puis (A2)(t), calculer A(t)A(t) et A(t)A(t), vérifier l'identité de la question 1 pour k=2, constater que (A2)(t)2A(t)A(t), et vérifier enfin que les traces de ces deux matrices coïncident et valent bien ψ2(t).

4. (0,5 pt) Les rotations. On pose, pour tR,

R(t)=(costsintsintcost).

Montrer que R(s)R(t)=R(s+t) pour tous réels s et t, en déduire R(t)k=R(kt) puis ψk(t), et vérifier la formule de la question 2 sur cet exemple.

5. (0,5 pt) Une famille de projecteurs ne change pas de rang. Soit AC1(I,Mn(R)) telle que A(t)2=A(t) pour tout tI. Démontrer que la fonction trg(A(t)) est constante sur I. Illustrer sur la famille A(t)=(1t00).

Exercice 5 (6 points) — Problème : mesurer une trajectoire à la règle

Comment mesure-t-on la longueur d'une courbe quand on ne dispose que d'une règle ? On place des jalons le long du trajet, on mesure les segments qui les relient, et on additionne. Ce problème établit que ce procédé élémentaire converge, qu'il converge vers l'intégrale de la vitesse, et à quelle vitesse il le fait. La toute dernière partie applique le résultat au cercle et retrouve, sans y toucher, la méthode par laquelle Archimède a encadré π.

Dans tout le problème, E est un espace vectoriel normé de dimension finie, de norme , et [a,b] est un segment de R avec a<b. On appelle subdivision de [a,b] toute famille finie σ=(t0,t1,,tN) de réels vérifiant

a=t0<t1<<tN=b.

Pour une fonction f:[a,b]E et une subdivision σ comme ci-dessus, on pose

L(f,σ)=k=1Nf(tk)f(tk1).

C'est la longueur de la ligne brisée qui joint successivement les points f(t0),f(t1),,f(tN). On dit qu'une subdivision σ est plus fine que σ lorsque tous les points de σ figurent parmi ceux de σ.

Les trois parties sont largement indépendantes : la partie B se traite sans aucun résultat de la partie A, et la partie C n'utilise que les résultats des questions A.1 et B.3.

Partie A — La ligne brisée est plus courte que le trajet

Dans toute cette partie, f est de classe C1 sur [a,b].

A.1. (0,5 pt) Montrer que f(v)f(u)uvf(t)dt pour tous u,v tels que auvb. En déduire que

L(f,σ)abf(t)dtpour toute subdivision σ de [a,b].

A.2. (0,75 pt) Soit σ une subdivision plus fine que σ. Démontrer que L(f,σ)L(f,σ). On traitera d'abord le cas où σ s'obtient en ajoutant un seul point à σ, puis on conclura par récurrence sur le nombre de points ajoutés. Quelle hypothèse sur f cette question utilise-t-elle réellement ?

A.3. (0,5 pt) Soient uE et φC1([a,b],R) croissante. On pose f(t)=φ(t)u. Montrer que, pour toute subdivision σ de [a,b],

L(f,σ)=abf(t)dt=(φ(b)φ(a))u.

Montrer sur l'exemple E=R2 euclidien, f(t)=(cost,sint), [a,b]=[0,π] et σ=(0,π) que l'inégalité de la question A.1 peut être stricte.

Partie B — La convergence, et à quelle vitesse

Dans toute cette partie, f est de classe C2 sur [a,b]. On pose M2=supt[a,b]f(t), et pour NN on note σN la subdivision régulière de pas h=baN, définie par tk=a+kh pour 0kN. On abrège LN=L(f,σN).

B.1. (0,5 pt) Justifier que M2 est fini, puis montrer que

k{0,,N1},s[tk,tk+1],f(s)f(tk)M2(stk)M2h.

B.2. (1 pt) Soit k{0,,N1}. Démontrer les deux majorations

 f(tk+1)f(tk)hf(tk) M2h22et tktk+1f(s)dshf(tk) M2h22.

On utilisera la seconde inégalité triangulaire xyxy, valable dans tout espace vectoriel normé.

B.3. (0,75 pt) En déduire que

 LNabf(t)dt M2(ba)2N,

puis que LN converge vers abf(t)dt quand N tend vers +.

B.4. (0,5 pt) Soit ϕ:[c,d][a,b] une bijection de classe C1, strictement croissante, avec ϕ(c)=a et ϕ(d)=b. Montrer que g=fϕ est de classe C1 sur [c,d] et que

cdg(v)dv=abf(t)dt.

Quelle conclusion en tire-t-on sur la limite obtenue à la question B.3 ?

Partie C — Le cercle, et le calcul d'Archimède

On prend ici E=R2 muni de sa norme euclidienne, [a,b]=[0,2π] et f(t)=(cost,sint).

C.1. (0,5 pt) Calculer 02πf(t)dt, puis démontrer que, pour tout N1,

LN=2Nsin ⁣(πN).

C.2. (0,5 pt) Vérifier que LN<2π pour tout N1 et que LN2π. Calculer le majorant fourni par la question B.3 pour N=10, le comparer à l'écart réel 2πL10 (on donne sin(π/10)=0,309017 à 106 près) et commenter.

C.3. (0,5 pt) La ligne brisée σN joint N points régulièrement répartis sur le cercle unité : LN est donc le périmètre du polygone régulier à N côtés inscrit dans ce cercle, et LN/2 est une valeur approchée de π par défaut. Calculer L6/2 et L12/2 sous forme exacte, puis L96/2 à 105 près, sachant que sin(π/96)=0,0327191 à 107 près. Comparer la précision réellement obtenue pour N=96 à la garantie de la question B.3.

Bloqué sur « Fonctions vectorielles » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.