ECG approfondies · Chapitre 13 · Quatrième semestre

Devoir surveillé — Compléments d'algèbre bilinéaire

Sujet type, 180 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.

Sujet type DS — 180 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Une matrice reconstituée à partir de ses axes

Consignes générales, valables pour l'ensemble du devoir et non pour le seul exercice 1. Les cinq exercices sont indépendants et peuvent être traités dans l'ordre de votre choix. La rédaction, la citation des théorèmes utilisés et la vérification des résultats interviennent dans la notation. Calculatrice interdite : tous les calculs numériques ont été conçus pour être menés à la main. L'espace Rn est muni de son produit scalaire canonique, noté ,, et de la norme associée .

On pose

w1=(2,2,1),w2=(1,2,2),w3=(2,1,2),

puis ui=13wi pour i{1,2,3}.

On cherche à construire une matrice AM3(R) dont on impose non pas les coefficients, mais le comportement géométrique : ses axes propres doivent être les trois droites Vect(u1), Vect(u2), Vect(u3), avec les facteurs de dilatation respectifs 3, 6 et 9.

  1. (0,5 pt) Montrer que B=(u1,u2,u3) est une base orthonormée de R3. On note P la matrice dont les colonnes sont les coordonnées de u1, u2, u3 dans la base canonique : que peut-on dire de P ?

  2. (1 pt) On note D=diag(3,6,9) et l'on pose A=PDP. Justifier sans calcul que A est symétrique, puis établir l'identité

    A=3u1u1+6u2u2+9u3u3

    (les ui étant vus comme des vecteurs colonnes) et en déduire les coefficients de A. Vérifier le résultat sur la trace, puis en calculant Aw1.

  3. (0,5 pt) Sans aucun calcul supplémentaire, dire si A est inversible, si A est positive, si A est définie positive. Justifier chaque réponse par un théorème du cours.

  4. (0,5 pt) Soit X=(1,1,1). Calculer AX,X directement, puis retrouver le résultat en décomposant X dans la base B.

  5. (0,5 pt) On pose B=A3I3. Donner les coefficients de B, son spectre, ses sous-espaces propres, son rang et son noyau. La matrice B est-elle positive ? définie positive ?

Exercice 2 (4 points) — Corriger un réglage au plus juste

Une ligne de production comporte quatre postes, réglés aux cadences y1,y2,y3,y4 (en pièces par minute). Le cahier des charges impose deux contraintes exactes :

(C1):y1+2y2+2y3+y4=120,(C2):2y1y2+y32y4=0.

On note n1=(1,2,2,1) et n2=(2,1,1,2), de sorte que C1 s'écrit n1,y=120 et C2 s'écrit n2,y=0. On pose

V={yR4 : n1,y=120 et n2,y=0},G=Vect(n1,n2).

La ligne est actuellement réglée sur x=(20,20,20,10), qui ne respecte pas le cahier des charges. Le technicien doit la ramener dans V en modifiant les réglages le moins possible, c'est-à-dire en choisissant yV qui minimise yx.

  1. (0,75 pt) Vérifier que xV, et que y0=12n1 appartient à V. Montrer que V=y0+G, puis donner dimG et dimG.

  2. (1 pt) Soit yV quelconque et v=xy0. Montrer que yx=(yy0)v avec yy0G, puis en déduire qu'il existe un unique yV réalisant le minimum et qu'il vérifie

    y=xpG(v),

    pG désigne la projection orthogonale sur G. Interpréter : dans quelle direction la correction se fait-elle ?

  3. (0,75 pt) Calculer pG(v), puis y. Vérifier que yV.

  4. (0,75 pt) Donner la distance de x à V sous forme exacte. Vérifier l'optimalité sur deux réglages conformes concrets : z1=y0 et z2=(20,20,20,20). Pour z2, retrouver xz22 par le théorème de Pythagore.

  5. (0,75 pt) Établir, dans le cas général de deux contraintes n1,y=c1 et n2,y=c2 avec n1 et n2 orthogonaux et non nuls, la formule

    y=x+c1n1,xn12n1+c2n2,xn22n2,

    et la vérifier sur les données de l'énoncé. Que faudrait-il faire si n1 et n2 n'étaient pas orthogonaux ?

Exercice 3 (3,5 points) — L'espace des matrices symétriques comme espace euclidien

On note E=S2(R) l'ensemble des matrices symétriques réelles de taille 2, et l'on pose pour M,NE

M,N=tr(MN).

On introduit

F1=(1000),F2=(0001),F3=(0110),

ainsi que l'application Φ définie sur E par

Φ(M)=M+tr(M)I2.
  1. (1 pt) Montrer que pour M=(abbc) et N=(abbc) de E, on a M,N=aa+2bb+cc, et en déduire que , est un produit scalaire sur E. Montrer que B=(F1, F2, 12F3) est une base orthonormée de E et donner dimE.

  2. (0,75 pt) Montrer que Φ est un endomorphisme de E, écrire sa matrice NΦ dans la base B, et en déduire que Φ est un endomorphisme symétrique. On précisera l'hypothèse sans laquelle cette conclusion serait fausse.

  3. (0,75 pt) Déterminer le spectre de Φ et ses sous-espaces propres, décrits intrinsèquement (c'est-à-dire par une propriété des matrices, pas seulement par des coordonnées). Vérifier leur orthogonalité et contrôler le résultat sur la trace.

  4. (0,5 pt) En déduire une décomposition orthogonale de E en somme directe de deux sous-espaces, puis montrer que la projection orthogonale sur Vect(I2) est donnée par p(M)=tr(M)2I2. Application : pour M0=(3441), calculer p(M0) et la distance de M0 à Vect(I2), puis contrôler par Pythagore.

  5. (0,5 pt) Justifier que Φ est bijective, expliciter Φ1, et donner pour tout kN une expression de Φk(M) ne faisant intervenir que M, tr(M) et I2.

Exercice 4 (3,5 points) — Un projecteur qui n'agrandit rien

Dans tout l'exercice, E désigne un espace euclidien et l'on appelle projecteur tout endomorphisme p de E vérifiant pp=p (sans hypothèse d'orthogonalité).

Un projecteur p est dit orthogonal lorsqu'il projette sur Imp parallèlement à (Imp), autrement dit lorsque kerp=(Imp).

L'objet de l'exercice est de démontrer qu'un projecteur est orthogonal si et seulement s'il ne fait jamais grandir la norme.

Partie A — un projecteur qui agrandit.

On travaille dans R3 muni du produit scalaire canonique, et l'on pose

q(x1,x2,x3)=(x1x3, x2, 0).
  1. (0,75 pt) Écrire la matrice Q de q dans la base canonique. Montrer que q est un projecteur, déterminer Imq et kerq, et vérifier que R3=Imqkerq. Le projecteur q est-il orthogonal ? Justifier de deux façons.

  2. (0,25 pt) Exhiber un vecteur v tel que q(v)>v. Calculer p(v), où p est la projection orthogonale sur Imq, et commenter.

Partie B — le théorème.

  1. (0,5 pt) Soit F un sous-espace vectoriel de E et p la projection orthogonale sur F. Montrer que p(x)x pour tout xE, et préciser le cas d'égalité.

  2. Réciproquement, soit p un projecteur de E tel que p(x)x pour tout xE. On pose F=Imp et G=kerp.

    a. (0,75 pt) Soient yF et zG. Calculer p(y+tz) pour tR, puis montrer que

    tR,t2z2+2ty,z0.

    b. (0,5 pt) En déduire y,z=0, puis conclure que p est la projection orthogonale sur F.

  3. (0,5 pt) Énoncer la caractérisation obtenue, et la traduire en termes de matrices : pour QMn(R) telle que Q2=Q, à quelle condition sur Q a-t-on QXX pour tout XMn,1(R) ?

Partie C — retour sur l'exemple.

  1. (0,25 pt) Reprendre le projecteur q de la partie A. Exhiber yImq et zkerq non orthogonaux, puis, en suivant exactement le calcul de la question 4, produire sans tâtonner un vecteur w tel que q(w)>w. Comparer au vecteur trouvé à la question 2.

Exercice 5 (6 points) — Problème : l'axe principal d'un nuage de points

Un géomètre relève au théodolite la position de cinq bornes censées être alignées. Il obtient, dans le plan R2 muni du produit scalaire canonique, les cinq points

p1=(2,3),p2=(3,2),p3=(4,2),p4=(5,4),p5=(6,4).

Les deux coordonnées provenant du même instrument et étant entachées de la même incertitude, l'erreur commise sur une borne n'est ni horizontale ni verticale : c'est la distance de la borne à la droite. On cherche donc la droite D du plan qui minimise

i=15d(pi,D)2.

On notera g l'isobarycentre des cinq points, mi=pig les points recentrés, et l'on rappelle que pour une droite affine D=c+Vect(u) avec u=1, la distance d'un point a à D est donnée par d(a,D)2=ac2ac,u2.

Partie A — mise en équation.

A.1. (0,25 pt) Calculer g, puis les cinq vecteurs mi. Vérifier que i=15mi=0.

A.2. (0,25 pt) Pour u unitaire, on note Du=g+Vect(u). Justifier que d(pi,Du)2=mi2mi,u2.

A.3. (0,75 pt) On pose T=i=15mi2 (l'inertie totale du nuage), S=i=15mimiM2(R) (les mi étant vus en colonnes), et

E(u)=i=15d(pi,Du)2.

Montrer que E(u)=TSu,u pour tout u unitaire. Calculer T et S. Montrer que S est symétrique positive, et vérifier que tr(S)=T.

A.4. (0,75 pt) Il reste à justifier que la meilleure droite passe par g. Soit u unitaire, cR2 et h=cg. Montrer que

i=15d(pi, c+Vect(u))2=E(u)+5(h2h,u2),

et en déduire qu'à direction fixée, aucune droite ne fait mieux que celle qui passe par g.

Partie B — le minimum se lit sur le spectre.

B.1. (0,75 pt) Déterminer les valeurs propres de S et ses sous-espaces propres, en résolvant directement les systèmes. En déduire une base orthonormée (u1,u2) de vecteurs propres de S, avec λ1>λ2. Pourquoi cette base orthonormée devait-elle exister ?

B.2. (0,5 pt) Soit u=αu1+βu2 unitaire. Exprimer Su,u en fonction de α et β, puis établir l'encadrement λ2Su,uλ1 en précisant les cas d'égalité.

B.3. (0,5 pt) En déduire la valeur du minimum de E, les directions qui le réalisent, et une équation cartésienne de la droite optimale Δ. Vérifier que gΔ.

B.4. (0,25 pt) Donner de même la pire droite passant par g et la valeur correspondante de E. Quelle relation géométrique lie la meilleure et la pire droite ?

Partie C — lecture du résultat.

C.1. (0,5 pt) Vérifier directement le résultat de B.3 : calculer les cinq distances d(pi,Δ) et contrôler que la somme de leurs carrés vaut bien le minimum annoncé.

C.2. (0,5 pt) Montrer que pour toute direction unitaire u, en notant u un vecteur unitaire orthogonal à u, on a E(u)+E(u)=T. Quelle proportion de l'inertie totale l'axe Δ « capte »-t-il ?

C.3. (0,25 pt) Que se passe-t-il si S=λI2 ? Donner un nuage de quatre points pour lequel c'est le cas, et interpréter.

Partie D — ce n'est pas la droite des moindres carrés.

On rappelle que la droite des moindres carrés ordinaires y=a+bx, qui minimise la somme des carrés des écarts verticaux i(yiabxi)2, est donnée par

b=i(xixˉ)(yiyˉ)i(xixˉ)2,a=yˉbxˉ.

D.1. (0,25 pt) Déterminer cette droite R pour les cinq bornes, en réutilisant les coefficients de S. Est-elle égale à Δ ?

D.2. (0,5 pt) Calculer, pour R puis pour Δ, la somme des carrés des écarts verticaux, puis la somme des carrés des distances. Conclure.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.