ECG approfondies · Chapitre 12 · Troisième semestre
Compléments de probabilités : couples et n-uplets de variables aléatoires réelles
2e année
Espérance conditionnelle, variables à densité, lois à densité usuelles, variance, n-uplets, indépendance, sommes de variables aléatoires.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Espérance conditionnelle
- Variables à densité
- Lois à densité usuelles
- Variance
- N-uplets
- Indépendance
- Sommes de variables aléatoires
Le cours
Les deux chapitres de probabilités de première année ont construit un édifice complet, et cet édifice repose entièrement sur une hypothèse : les variables aléatoires étudiées sont discrètes, c'est-à-dire qu'elles ne prennent qu'un nombre fini ou dénombrable de valeurs. Sous cette hypothèse, la loi d'une variable est la famille des nombres P(X=xk), l'espérance est la somme ∑kxkP(X=xk), et tout le calcul des probabilités se ramène à de l'arithmétique et à des séries.
Cette hypothèse tombe dès qu'on quitte le comptage. La durée de vie d'un composant électronique, le temps d'attente d'un client à un guichet, la taille d'un individu tiré au hasard dans une population, l'erreur commise par un instrument de mesure : aucune de ces quantités n'est un entier, ni même une valeur choisie dans une liste. Elles prennent leurs valeurs dans un intervalle, et un intervalle non réduit à un point contient une infinité non dénombrable de réels.
L'obstacle est alors immédiat, et il est de nature arithmétique. Supposons qu'une durée de vie X soit à valeurs dans ]0,+∞[ et qu'aucune valeur ne soit privilégiée. Si l'on avait P(X=a)=c>0 pour une valeur a, la même chose vaudrait pour une infinité de valeurs voisines, et la somme des probabilités dépasserait 1. La seule issue cohérente est donc P(X=a)=0 pour tout réel a. La loi de X ne peut plus être décrite par la famille des P(X=x) : cette famille est identiquement nulle, elle ne contient plus aucune information.
Il faut donc changer d'objet, et le programme en désigne un seul : la fonction de répartition FX(x)=P(X⩽x). Elle a l'immense avantage d'être définie pour n'importe quelle variable aléatoire réelle, discrète ou non, et l'on admet qu'elle caractérise entièrement la loi. Tout le chapitre s'organise autour d'elle. Pour une variable discrète, elle est en escalier, et ses sauts redonnent les probabilités ponctuelles. Pour les variables nouvelles de ce chapitre, elle est continue, et sa dérivée s'appelle une densité.
Ce qui change, une fois la densité en place, tient en une phrase : la somme devient une intégrale. Là où l'on écrivait ∑kxkP(X=xk), on écrira ∫−∞+∞tf(t)dt ; là où l'on additionnait des probabilités élémentaires, on intégrera une densité sur un intervalle. La question de la convergence, qui portait sur des séries, porte désormais sur des intégrales impropres, et elle se règle avec les mêmes outils : comparaison, équivalents, croissances comparées, intégrales de Riemann.
Ce qui ne change pas est tout aussi important, et il faut le dire d'emblée : l'espérance reste la valeur moyenne, la variance reste la dispersion, la covariance reste la mesure de liaison linéaire, l'indépendance signifie toujours que la connaissance de l'une des variables n'apporte aucune information sur l'autre. Les propriétés opératoires sont les mêmes, mot pour mot : linéarité de l'espérance sans hypothèse, V(aX+b)=a2V(X), formule de König-Huygens, variance d'une somme avec le terme de covariance. Un étudiant qui a compris le cas discret n'a rien à réapprendre sur le fond ; il a un outil de calcul à changer.
Ce chapitre est ainsi le point de rencontre entre les deux moitiés du programme. Il ne se comprend pas sans l'analyse de première année, et il en réactive tout l'arsenal : intégration sur un segment, intégration par parties, changement de variable affine, intégrales impropres et critères de convergence, croissances comparées. Réciproquement, il donne à cette analyse sa justification la plus concrète : c'est parce que ∫0+∞tλe−λtdt converge qu'une durée de vie a une durée moyenne.
Deux réflexes doivent être installés dès les premières lignes, parce que ce sont eux que les concours sanctionnent. Le premier : une espérance n'existe que si l'intégrale converge absolument, et cette convergence se justifie AVANT tout calcul. Le second : la loi d'une transformée g(X) se cherche par la fonction de répartition, jamais en dérivant la densité de X. La dernière partie du chapitre étend enfin le cadre à plusieurs variables simultanées, ce qui permet de traiter les sommes, les minimums, les maximums et les échantillons, c'est-à-dire l'essentiel des problèmes de concours.
Voici les notations employées dans tout le chapitre.
| Notation | Sens |
|---|---|
| (Ω,A,P) | espace probabilisé |
| X(Ω) | ensemble des valeurs prises par X |
| FX | fonction de répartition de X, définie par FX(x)=P(X⩽x) |
| f | densité d'une variable à densité |
| (X⩽x), (a<X⩽b) | événements associés à X |
| E(X), V(X), σ(X) | espérance, variance, écart-type |
| E(X∣A) | espérance de X sachant l'événement A |
| Cov(X,Y), ρ(X,Y) | covariance, coefficient de corrélation linéaire |
| X↪L | la variable X suit la loi L |
| U([a,b]) | loi uniforme sur le segment [a,b] |
| E(λ) | loi exponentielle de paramètre λ |
| N(m,σ2) | loi normale d'espérance m et de variance σ2 |
| φ, Φ | densité et fonction de répartition de N(0,1) |
| Γ, γ(ν) | fonction Gamma d'Euler, loi gamma de paramètre ν |
| B(n,p), P(λ), G(p) | lois discrètes de première année |
| dt | élément différentiel dans une intégrale |
| [[1,n]] | entiers k tels que 1⩽k⩽n |
| 1A | indicatrice de l'ensemble A |
| □ | fin de démonstration |
Compléments sur les variables aléatoires réelles
Variable aléatoire réelle et fonction de répartition
Définition
Soit (Ω,A,P) un espace probabilisé. On appelle variable aléatoire réelle sur cet espace toute application X:Ω⟶R telle que, pour tout réel x, l'ensemble
(X⩽x)={ω∈Ω;X(ω)⩽x}soit un événement.
Une remarque de méthode s'impose tout de suite. La condition figurant dans la définition est une condition technique, héritée de la théorie de la mesure, et le programme est explicite : vérifier qu'une application est une variable aléatoire n'est jamais un objectif. Dans un exercice, toutes les applications rencontrées sont des variables aléatoires, et l'on n'écrit pas une ligne à ce sujet. Ce qui compte est que tous les événements que l'on écrira, (X⩽x), (X<x), (X>x), (a<X⩽b), (X=a), soient effectivement des événements, ce qui est acquis à partir de la définition par des opérations ensemblistes dénombrables.
La nouveauté par rapport à la première année n'est donc pas la définition, c'est la portée : X(Ω) n'est plus supposé fini ou dénombrable. Il peut être un intervalle, une réunion d'intervalles, ou R tout entier. Il faut alors un objet capable de décrire la loi sans passer par les valeurs prises une à une.
Définition
Soit X une variable aléatoire réelle sur (Ω,A,P). On appelle fonction de répartition de X l'application
FX:R⟶[0,1],x⟼P(X⩽x).Trois observations, à retenir dès maintenant.
D'abord, FX est définie pour toute variable aléatoire réelle, sans aucune hypothèse : discrète, à densité, ou ni l'une ni l'autre. C'est le seul objet du programme qui possède cette universalité, et c'est ce qui en fait le pivot du chapitre.
Ensuite, l'inégalité dans P(X⩽x) est large, et le choix n'est pas anodin : c'est lui qui donne la continuité à droite plutôt qu'à gauche. Écrire P(X<x) définirait une autre fonction, qui coïncide avec FX pour les variables à densité mais en diffère pour les variables discrètes. On respecte donc scrupuleusement la convention.
Enfin, et c'est le point essentiel, la fonction de répartition caractérise la loi.
Propriété
Caractérisation de la loi (admis). Deux variables aléatoires réelles X et Y ont la même loi si et seulement si elles ont la même fonction de répartition, c'est-à-dire si FX(x)=FY(x) pour tout réel x.
Ce théorème est admis, sa démonstration relevant de la théorie de la mesure. Sa portée pratique est considérable, et elle donne le schéma de travail de tout le chapitre : pour identifier la loi d'une variable, il suffit de calculer sa fonction de répartition et de la reconnaître. C'est exactement ce que l'on fera pour la loi d'une transformée, pour un minimum, pour un maximum, et pour une somme.
Propriétés de la fonction de répartition
Propriété
Propriétés fondamentales. Soit X une variable aléatoire réelle. Sa fonction de répartition FX vérifie :
a. FX est croissante sur R ;
b. x→−∞limFX(x)=0 et x→+∞limFX(x)=1 ;
c. FX est continue à droite en tout point de R.
Démonstration. a. Soient x⩽y deux réels. Tout résultat ω tel que X(ω)⩽x vérifie a fortiori X(ω)⩽y, d'où l'inclusion d'événements
(X⩽x)⊂(X⩽y).La croissance de la probabilité donne P(X⩽x)⩽P(X⩽y), c'est-à-dire FX(x)⩽FX(y).
b. La fonction FX étant croissante et bornée par 0 et 1, elle admet une limite en −∞ et une limite en +∞ ; il suffit donc de les calculer le long d'une suite. Posons An=(X⩽n) pour n∈N. La suite (An) est croissante pour l'inclusion, d'après a, et sa réunion vaut Ω tout entier : en effet, pour tout ω, le réel X(ω) est majoré par un entier. Le théorème de la limite monotone donne donc
n→+∞limFX(n)=P(n∈N⋃An)=P(Ω)=1.Posons de même Bn=(X⩽−n). La suite (Bn) est décroissante pour l'inclusion et son intersection est vide, puisque aucun réel X(ω) n'est inférieur à tous les entiers négatifs. Le théorème de la limite monotone donne
n→+∞limFX(−n)=P(n∈N⋂Bn)=P(∅)=0.c. Soit a un réel. La fonction FX étant croissante, elle admet une limite à droite en a, et cette limite se calcule le long de n'importe quelle suite décroissant vers a. Posons Cn=(X⩽a+n1) pour n∈N∗. La suite (Cn) est décroissante pour l'inclusion, et son intersection vaut (X⩽a) : un résultat ω vérifie X(ω)⩽a+n1 pour tout n⩾1 si et seulement si X(ω)⩽a, par passage à la limite dans l'inégalité. Le théorème de la limite monotone donne alors
n→+∞limFX(a+n1)=P(X⩽a)=FX(a),ce qui est exactement la continuité à droite de FX en a. □
Ces trois propriétés sont caractéristiques : on admet que toute fonction croissante, continue à droite, de limites 0 en −∞ et 1 en +∞, est la fonction de répartition d'une variable aléatoire réelle. C'est le contrôle de cohérence à faire mentalement chaque fois qu'un énoncé propose une fonction et demande si elle peut être une fonction de répartition.
Propriété
Calcul de probabilités à partir de FX. Soit X une variable aléatoire réelle et soient a et b deux réels tels que a<b. Alors :
a. P(a<X⩽b)=FX(b)−FX(a) ;
b. P(X>a)=1−FX(a) ;
c. P(X<a)=x→a−limFX(x), limite que l'on note FX(a−) ;
d. P(X=a)=FX(a)−FX(a−).
Démonstration. a. L'événement (X⩽b) se décompose en la réunion disjointe
(X⩽b)=(X⩽a)∪(a<X⩽b).En effet, tout résultat ω vérifiant X(ω)⩽b vérifie soit X(ω)⩽a, soit a<X(ω)⩽b, et ces deux cas s'excluent mutuellement. L'additivité de la probabilité donne
P(X⩽b)=P(X⩽a)+P(a<X⩽b),d'où le résultat en isolant le dernier terme.
b. Les événements (X⩽a) et (X>a) sont contraires l'un de l'autre, donc leurs probabilités sont de somme 1.
c. Posons Dn=(X⩽a−n1) pour n∈N∗. La suite (Dn) est croissante pour l'inclusion, et sa réunion vaut (X<a) : un résultat vérifie X(ω)<a si et seulement s'il existe un entier n⩾1 tel que X(ω)⩽a−n1, par définition d'une inégalité stricte. Le théorème de la limite monotone donne
P(X<a)=n→+∞limFX(a−n1)=FX(a−),la dernière égalité venant de ce que FX est croissante, donc admet une limite à gauche en a que l'on peut calculer le long de cette suite.
d. L'événement (X⩽a) est la réunion disjointe de (X<a) et de (X=a), d'où
FX(a)=P(X<a)+P(X=a)=FX(a−)+P(X=a),ce qui donne le résultat. □
Le point d mérite d'être commenté longuement, car il contient toute l'idée du chapitre. La quantité FX(a)−FX(a−) est le saut de la fonction de répartition au point a. L'égalité P(X=a)=FX(a)−FX(a−) dit donc que :
- FX est discontinue en a si et seulement si P(X=a)>0, et l'amplitude du saut est exactement la masse de probabilité concentrée au point a ;
- FX est continue en a si et seulement si P(X=a)=0.
Une variable dont la fonction de répartition est continue sur R tout entier vérifie donc P(X=a)=0 pour tout réel a : aucun point ne porte de masse. C'est exactement la situation des variables à densité, et c'est la raison pour laquelle la continuité de FX figure dans leur définition.
Propriété
Toutes les inégalités se ramènent à FX. Soit X une variable aléatoire réelle et soient a<b. On a
P(a⩽X⩽b)=FX(b)−FX(a−),P(a<X<b)=FX(b−)−FX(a),et l'on retrouve P(a<X⩽b)=FX(b)−FX(a). Si FX est continue, ces trois quantités sont égales à FX(b)−FX(a).
Démonstration. L'événement (a⩽X⩽b) est la réunion disjointe de (X=a) et de (a<X⩽b), donc sa probabilité vaut
P(X=a)+FX(b)−FX(a)=(FX(a)−FX(a−))+FX(b)−FX(a)=FX(b)−FX(a−).De même, (a<X⩽b) est la réunion disjointe de (a<X<b) et de (X=b), d'où
P(a<X<b)=FX(b)−FX(a)−(FX(b)−FX(b−))=FX(b−)−FX(a).Si FX est continue, on a FX(a−)=FX(a) et FX(b−)=FX(b), et les trois expressions coïncident. □
Fonction de répartition d'une variable discrète, fonction de répartition d'une variable continue
Le contraste entre les deux situations est le meilleur moyen de comprendre ce que la fonction de répartition mesure. On le traite sur deux exemples aussi simples que possible.
Exemple
Une variable discrète : la fonction de répartition est en escalier. Soit X le résultat du lancer d'un dé équilibré à six faces, de sorte que X(Ω)=[[1,6]] et P(X=k)=61 pour tout k.
Pour x<1, aucune valeur de X n'est inférieure ou égale à x, donc FX(x)=0. Pour x⩾6, toutes le sont, donc FX(x)=1. Entre les deux, si k∈[[1,6]] et k⩽x<k+1, les valeurs de X inférieures ou égales à x sont exactement 1,2,…,k, d'où
FX(x)=j=1∑kP(X=j)=6k.La fonction FX est donc constante par morceaux, avec un saut de hauteur 61 en chacun des points 1,2,…,6. On dit qu'elle est en escalier. Elle est bien croissante, continue à droite en chaque entier (la valeur au point k est celle du palier de droite), et discontinue à gauche en ces mêmes points.
Exemple
Une variable à densité : la fonction de répartition est continue. Soit X la variable dont la fonction de répartition est donnée par
FX(x)=0 si x<0,FX(x)=x si 0⩽x⩽1,FX(x)=1 si x>1.Cette fonction est croissante, de limites 0 en −∞ et 1 en +∞, et elle est continue sur R : les trois morceaux se raccordent en 0 et en 1. Elle est donc bien une fonction de répartition, et la variable X associée vérifie, pour tout réel a,
P(X=a)=FX(a)−FX(a−)=0.Aucune valeur n'a de probabilité non nulle, et pourtant X prend bien ses valeurs dans [0,1]. C'est la loi uniforme sur [0,1], que l'on étudiera plus loin.
La comparaison est parlante. Dans le premier cas, l'information est concentrée dans les sauts : la loi se lit sur les hauteurs des marches. Dans le second, il n'y a aucun saut, et l'information est portée par la pente : là où FX monte vite, les valeurs sont probables ; là où elle est plate, elles ne le sont pas. La pente d'une fonction, c'est sa dérivée, et la dérivée de FX s'appellera la densité. Toute la section suivante consiste à rendre cette phrase précise.
Un dernier point, souvent mal compris. Il n'y a que deux types de variables aléatoires au programme, les discrètes et celles à densité, mais ce ne sont pas les seuls types possibles : une variable dont la fonction de répartition serait continue en certains points et discontinue en d'autres, par exemple X=max(Y,0) avec Y à densité, n'entre dans aucune des deux catégories. On rencontre parfois de telles variables dans un exercice, et l'on travaille alors directement avec FX, sans chercher de densité. C'est un argument de plus en faveur du théorème de caractérisation : la fonction de répartition, elle, existe toujours.
Espérance conditionnelle et formule de l'espérance totale
Cette section clôt les compléments sur le cas général, et elle ne concerne que les variables discrètes. Le programme est ici très précis : seule l'espérance conditionnelle sachant un événement de probabilité non nulle est au programme.
Définition
Soit A un événement tel que P(A)=0 et soit X une variable aléatoire discrète, de support X(Ω)={xk;k∈I} avec I fini ou dénombrable. On dit que X admet une espérance conditionnelle sachant A lorsque la série ∑kxkPA(X=xk) converge absolument, c'est-à-dire lorsque la série ∑k∣xk∣PA(X=xk) converge. On pose alors
E(X∣A)=k∈I∑xkPA(X=xk).La définition ne contient aucune idée nouvelle : c'est exactement la définition de l'espérance, appliquée à la probabilité PA au lieu de P. On a démontré en première année que PA est une probabilité sur (Ω,A) dès que P(A)=0 ; tout ce qui vaut pour une espérance vaut donc pour une espérance conditionnelle, en particulier la linéarité, la positivité et le théorème de transfert. La loi (PA(X=xk))k s'appelle la loi conditionnelle de X sachant A, et E(X∣A) est simplement sa moyenne.
L'interprétation est directe : E(X∣A) est la valeur moyenne de X lorsqu'on se restreint aux réalisations de l'expérience pour lesquelles A s'est produit. Si X est le chiffre d'affaires d'une journée et A l'événement « il pleut », alors E(X∣A) est le chiffre d'affaires moyen des jours de pluie.
Propriété
Formule de l'espérance totale. Soit (A1,…,An) un système complet d'événements de probabilités toutes non nulles, et soit X une variable aléatoire discrète admettant une espérance. Alors chaque espérance conditionnelle E(X∣Ai) existe et
E(X)=i=1∑nP(Ai)E(X∣Ai).Démonstration. On traite le cas où le support de X est fini, X(Ω)={x1,…,xp} : toutes les sommes écrites sont alors finies, et aucune précaution de convergence n'est nécessaire. L'existence des espérances conditionnelles est acquise pour la même raison.
Point de départ : la formule des probabilités totales. Le système (A1,…,An) étant complet et formé d'événements de probabilité non nulle, on a, pour toute valeur xk du support,
P(X=xk)=i=1∑nP(Ai)PAi(X=xk).Report dans l'espérance. Par définition de l'espérance d'une variable à support fini,
E(X)=k=1∑pxkP(X=xk)=k=1∑pxk(i=1∑nP(Ai)PAi(X=xk)).Interversion des deux sommes finies. Les deux sommes portent sur des ensembles d'indices finis, donc leur interversion est licite sans aucune justification supplémentaire. En regroupant selon l'indice i et en sortant le facteur P(Ai), qui ne dépend pas de k :
E(X)=i=1∑nP(Ai)(k=1∑pxkPAi(X=xk))=i=1∑nP(Ai)E(X∣Ai),la dernière égalité étant la définition de E(X∣Ai). □
Propriété
Cas d'un système complet dénombrable (admis). Soit (Ai)i∈I un système complet d'événements de probabilités non nulles, avec I fini ou dénombrable, et soit X une variable aléatoire discrète admettant une espérance. Alors chaque E(X∣Ai) existe, la série ∑iP(Ai)E(X∣Ai) converge absolument et
E(X)=i∈I∑P(Ai)E(X∣Ai).Le passage du cas fini au cas dénombrable n'apporte rien de nouveau sur le fond : la formule est la même, la démonstration suit le même chemin. La seule difficulté est technique, puisqu'il faut intervertir deux sommes infinies, ce qui exige une justification que le programme n'attend pas. On admet donc ce résultat, et on l'utilise sans état d'âme.
Méthode
Utiliser la formule de l'espérance totale. Le signal est toujours le même : l'énoncé décrit l'expérience en deux temps, un premier tirage ou un premier événement déterminant la loi de la suite.
- Choisir le système complet (Ai) : c'est celui qui décrit le premier temps de l'expérience, très souvent ((Y=i))i pour une variable Y déjà connue, ou une alternative (A,A).
- Vérifier que chaque P(Ai) est non nul, sans quoi le conditionnement n'a pas de sens.
- Identifier la loi conditionnelle de X sachant Ai : c'est presque toujours une loi usuelle donnée par l'énoncé, dont on cite l'espérance sans recalculer.
- Écrire E(X)=∑iP(Ai)E(X∣Ai) et conclure.
Exemple
a. Deux régimes. Un commerçant observe que son chiffre d'affaires quotidien X, exprimé en euros, dépend de la météo. Les jours de beau temps, qui surviennent avec la probabilité 0,6, il vend en moyenne 1200 euros ; les jours de mauvais temps, il vend en moyenne 700 euros. Notons B l'événement « il fait beau », de sorte que (B,B) est un système complet d'événements de probabilités non nulles. La formule de l'espérance totale donne
E(X)=P(B)E(X∣B)+P(B)E(X∣B)=0,6×1200+0,4×700=720+280=1000.Le chiffre d'affaires moyen est de 1000 euros par jour.
b. Un nombre aléatoire d'épreuves. Une urne contient des jetons numérotés de 1 à n, équiprobables. On tire un jeton, dont on note N le numéro, puis on lance N fois une pièce équilibrée et l'on note X le nombre de piles obtenus. Le système complet est ici ((N=k))k∈[[1,n]], et chaque événement a pour probabilité n1=0.
Sachant (N=k), la variable X compte les succès de k épreuves de Bernoulli indépendantes de paramètre 21 : sa loi conditionnelle est B(k,21), donc E(X∣N=k)=2k. La formule de l'espérance totale donne
E(X)=k=1∑nn1×2k=2n1k=1∑nk=2n1×2n(n+1)=4n+1.On retrouve un résultat de bon sens : le nombre moyen de lancers vaut 2n+1, et la moitié d'entre eux donne pile en moyenne.
Variables aléatoires à densité
Définition d'une variable à densité
Définition
Une variable aléatoire réelle X est dite à densité lorsque sa fonction de répartition FX est :
- continue sur R tout entier ;
- de classe C1 sur R, sauf éventuellement en un nombre fini de points.
Les deux conditions ne jouent pas le même rôle, et il faut les distinguer.
La continuité sur R est la condition de fond : c'est elle qui interdit les sauts, donc qui garantit P(X=a)=0 pour tout réel a. Elle exprime que la loi ne concentre aucune masse en un point, ce qui est précisément la situation d'une durée, d'une longueur ou d'une mesure physique.
La condition de classe C1 sauf en un nombre fini de points est une condition de commodité : elle autorise les points anguleux, qui apparaissent inévitablement aux bornes du support. La fonction de répartition d'une variable uniforme sur [0,1] n'est pas dérivable en 0 ni en 1, et c'est sans importance : deux points d'exception ne changent aucune intégrale.
Définition
Soit X une variable aléatoire à densité. On appelle densité de X toute fonction f:R⟶R telle que :
- f est positive sur R ;
- f est continue sur R, sauf éventuellement en un nombre fini de points ;
- f(x)=FX′(x) en tout point x où FX est dérivable.
Propriété
Lien entre f et FX (admis). Soit X une variable à densité, de densité f. Alors, pour tout réel x, l'intégrale impropre ∫−∞xf(t)dt converge et
FX(x)=∫−∞xf(t)dt.En particulier, l'intégrale ∫−∞+∞f(t)dt converge et vaut 1.
Ce résultat est la version intégrale du théorème fondamental de l'analyse : FX est une primitive de f sur chaque intervalle où f est continue, elle est continue partout, et ses limites sont 0 en −∞ et 1 en +∞. La convergence de l'intégrale traduit exactement l'existence de ces limites, et la valeur 1 traduit la limite en +∞. On l'admet dans le cadre du programme, les recollements aux points d'exception relevant d'une vérification fastidieuse et sans intérêt.
Un point réclame de l'attention, car il déroute souvent : la densité d'une variable n'est pas unique. En un point x0 où FX n'est pas dérivable, la troisième condition de la définition n'impose rien, et l'on peut donner à f(x0) n'importe quelle valeur positive. Deux densités de la même variable coïncident donc partout sauf, éventuellement, en un nombre fini de points.
Cette indétermination est sans conséquence, pour une raison simple : modifier une fonction en un nombre fini de points ne change aucune intégrale, donc ne change aucune probabilité. Par convention, on choisit la valeur qui rend l'expression la plus lisible, presque toujours 0 ou la valeur du prolongement par continuité d'un des deux morceaux. On dira donc « une densité de X », et non « la densité de X ».
Exemple
Reprenons la variable de fonction de répartition
FX(x)=0 si x<0,FX(x)=x si 0⩽x⩽1,FX(x)=1 si x>1.Cette fonction est continue sur R, et de classe C1 sur ]−∞,0[, sur ]0,1[ et sur ]1,+∞[ : elle n'est pas dérivable en 0 ni en 1, soit deux points d'exception. La variable X est donc à densité, et en dérivant sur chaque morceau on obtient la densité
f(t)=1 si t∈]0,1[,f(t)=0 sinon.Les valeurs f(0) et f(1) sont arbitraires : on aurait pu poser f(0)=f(1)=1, ou f(0)=5, sans rien changer. Le choix retenu ici, la valeur 0, est le plus courant.
Reconnaître une densité, déterminer une constante de normalisation
Le théorème suivant est le pendant du résultat de première année selon lequel une famille de réels positifs de somme 1 définit une loi discrète. C'est lui qui permet de fabriquer des variables à densité.
Propriété
Caractérisation des densités (admis). Soit f:R⟶R une fonction telle que :
- f est positive sur R ;
- f est continue sur R, sauf éventuellement en un nombre fini de points ;
- l'intégrale ∫−∞+∞f(t)dt converge et vaut 1.
Alors il existe une variable aléatoire à densité dont f est une densité, et sa fonction de répartition est F(x)=∫−∞xf(t)dt.
Méthode
Reconnaître une densité : trois vérifications, jamais deux. Soit f une fonction donnée par un énoncé.
- Positivité : montrer que f(t)⩾0 pour tout réel t. Le point délicat est le signe d'un éventuel paramètre, et la vérification doit couvrir R tout entier, y compris la zone où f est nulle.
- Continuité sauf en un nombre fini de points : décrire les morceaux (souvent deux ou trois), dire sur lesquels f est continue comme composée ou produit de fonctions usuelles, et compter les points d'exception, qui sont les bornes de raccordement.
- Intégrale convergente de valeur 1 : énoncer la convergence de ∫−∞+∞f, avec son argument, avant de calculer sa valeur. Une intégrale que l'on calcule sans avoir dit qu'elle converge est une intégrale non justifiée.
Méthode
Déterminer une constante de normalisation. L'énoncé donne f à un facteur c près et demande la valeur de c.
- Écrire la condition ∫−∞+∞f(t)dt=1, en découpant l'intégrale sur les morceaux où f n'est pas nulle.
- Étudier d'abord la convergence : si l'intégrale diverge, aucune valeur de c ne convient, et la réponse est qu'il n'en existe pas.
- Calculer l'intégrale sur un segment [α,A], puis passer à la limite. On obtient une équation du premier degré en c, dont la solution est immédiate.
- Vérifier la positivité avec la valeur trouvée : c'est cette dernière étape qui valide la réponse, et c'est celle qu'on oublie.
Exemple
a. Pour quelle valeur de c la fonction définie par f(t)=ct si t∈[0,2] et f(t)=0 sinon est-elle une densité ?
La fonction est continue sur R sauf éventuellement en 2, et l'intégrale se réduit à celle sur le segment [0,2], qui est celle d'une fonction continue : aucun problème de convergence. On calcule
∫−∞+∞f(t)dt=∫02ctdt=c[2t2]02=2c.L'égalité 2c=1 donne c=21, valeur positive, donc f est bien positive sur [0,2] et nulle ailleurs. C'est une densité.
b. Même question pour f(t)=t3c si t⩾1 et f(t)=0 sinon.
L'intégrale est impropre en +∞. Pour A>1,
∫1At3cdt=c[−2t21]1A=2c−2A2cA→+∞2c.On peut aussi conclure d'un mot : il s'agit d'une intégrale de Riemann d'exposant 3>1 en +∞, donc convergente. L'égalité 2c=1 donne c=2, valeur positive. C'est une densité.
c. Même question pour f(t)=tc si t⩾1 et f(t)=0 sinon.
L'intégrale ∫1+∞tdt est une intégrale de Riemann d'exposant 1 en +∞ : elle diverge. Aucune valeur de c ne convient, et il n'existe pas de densité de cette forme. La vérification de convergence n'est donc pas une formalité de rédaction.
Méthode
Passer de F à f, et de f à F. Les deux sens se pratiquent constamment, et aucun des deux n'est plus important que l'autre.
- De F à f : on vérifie d'abord que F est continue sur R et de classe C1 sauf en un nombre fini de points, puis on dérive morceau par morceau. Aux points de raccordement, on pose la valeur que l'on veut, en général 0.
- De f à F : on calcule F(x)=∫−∞xf(t)dt en distinguant les zones délimitées par les bornes du support. Sur la zone située avant le support, F vaut 0 ; après le support, F vaut 1 ; entre les deux, on intègre. Le contrôle final est le raccordement : F doit être continue aux bornes.
Exemple
Soit f(t)=2t si t∈[0,1] et f(t)=0 sinon. Cette fonction est une densité : elle est positive, continue sauf éventuellement en 1, et ∫012tdt=[t2]01=1.
Sa fonction de répartition se calcule en trois zones. Pour x<0, la fonction f est nulle sur ]−∞,x], donc F(x)=0. Pour 0⩽x⩽1,
F(x)=∫−∞xf(t)dt=∫0x2tdt=x2.Pour x>1, l'intégrale porte sur tout le support et vaut 1, donc F(x)=1. Le raccordement est correct : F(0)=0 et F(1)=1 dans les deux expressions concernées, donc F est bien continue.
Calcul de probabilités pour une variable à densité
Propriété
Probabilités et aires. Soit X une variable à densité, de densité f et de fonction de répartition FX. Pour tous réels a⩽b :
a. P(a⩽X⩽b)=∫abf(t)dt=FX(b)−FX(a) ;
b. P(X⩽a)=∫−∞af(t)dt et P(X⩾a)=∫a+∞f(t)dt=1−FX(a) ;
c. P(X=a)=0 pour tout réel a ;
d. les inégalités strictes et larges donnent le même résultat :
P(a⩽X⩽b)=P(a<X⩽b)=P(a⩽X<b)=P(a<X<b).Démonstration. a. La relation de Chasles pour les intégrales convergentes donne
∫abf(t)dt=∫−∞bf(t)dt−∫−∞af(t)dt=FX(b)−FX(a),et cette différence vaut P(a<X⩽b) d'après la propriété générale de la fonction de répartition.
b. La première égalité est la définition de FX sous forme intégrale. La seconde vient de P(X⩾a)=1−P(X<a) et de la continuité de FX, qui donne P(X<a)=FX(a−)=FX(a).
c. La fonction FX est continue en a par définition d'une variable à densité, donc FX(a−)=FX(a) et
P(X=a)=FX(a)−FX(a−)=0.d. Les quatre événements diffèrent deux à deux par l'ajout ou le retrait de (X=a) ou de (X=b), événements de probabilité nulle d'après c. Leurs probabilités sont donc égales. □
Le point d est une commodité de calcul considérable, et il est propre aux variables à densité : dans le cas discret, oublier une borne change le résultat. On profitera de cette liberté sans arrière-pensée, en gardant toutefois à l'esprit qu'elle ne vaut que pour les variables à densité.
Le point c est en revanche une source d'erreurs. Il ne signifie pas que l'événement (X=a) est impossible : la variable prend bien une valeur, et cette valeur est un réel. Il signifie que la probabilité de tomber exactement sur une valeur fixée à l'avance est nulle, ce qui est cohérent avec l'intuition : la probabilité qu'une durée de vie vaille exactement 3 ans, à la nanoseconde près, est nulle. On retrouve ici la distinction entre « négligeable » et « impossible » vue en première année.
La lecture géométrique de ces formules est la clé pour se les rappeler : la probabilité que X tombe dans un intervalle est l'aire située sous la courbe de la densité, au-dessus de cet intervalle. L'aire totale sous la courbe vaut 1, ce qui est l'expression de P(Ω)=1, et une aire au-dessus d'un point isolé est nulle, ce qui est l'expression de P(X=a)=0.
Exemple
Soit X de densité f(t)=2t sur [0,1], nulle ailleurs, de fonction de répartition FX(x)=x2 sur [0,1].
a. P(X⩽21)=FX(21)=41.
b. P(21⩽X⩽43)=FX(43)−FX(21)=169−164=165.
c. P(X>43)=1−FX(43)=1−169=167.
d. P(X=21)=0, comme pour n'importe quelle valeur fixée.
On observe que la densité f(t)=2t est croissante : les grandes valeurs sont plus probables que les petites, ce que confirme la comparaison de a et de c.
Loi d'une transformée
La question est la suivante : X est une variable à densité connue, g une fonction, et l'on cherche la loi de Y=g(X). C'est l'une des trois ou quatre questions les plus fréquentes des concours, et elle possède une seule méthode correcte.
Méthode
Loi de Y=g(X) par la fonction de répartition : les quatre étapes.
- Déterminer Y(Ω). On part de X(Ω) et l'on suit ce que g en fait. Cette étape donne les zones dans lesquelles FY sera nulle ou égale à 1, et elle évite les trois quarts des erreurs.
- Écrire la définition : pour y réel, FY(y)=P(Y⩽y)=P(g(X)⩽y). On n'écrit rien d'autre à cette étape.
- Se ramener à FX en résolvant l'inéquation g(t)⩽y d'inconnue t. C'est le cœur du travail : on transforme l'événement (g(X)⩽y) en un événement de la forme (X⩽⋅), (X⩾⋅) ou (⋅⩽X⩽⋅), puis on exprime sa probabilité avec FX. Attention au sens des inégalités dès que l'on divise par un négatif ou que l'on applique une fonction décroissante.
- Conclure. Vérifier que FY obtenue est continue sur R et de classe C1 sauf en un nombre fini de points, puis dériver morceau par morceau pour obtenir une densité de Y.
Il n'existe aucune autre méthode. En particulier, on ne compose jamais g avec la densité de X, et l'on ne dérive jamais la densité.
Propriété
Transformation affine. Soit X une variable à densité, de densité f, et soient a=0 et b deux réels. Alors Y=aX+b est une variable à densité, dont une densité est
fY(y)=∣a∣1f(ay−b).Démonstration. Soit y un réel. On traite séparément les deux signes possibles de a, car c'est là que se joue toute la démonstration.
Cas a>0. L'inéquation at+b⩽y équivaut à t⩽ay−b, la division par a>0 conservant le sens de l'inégalité. Donc
FY(y)=P(X⩽ay−b)=FX(ay−b).La fonction FY est la composée de FX avec une fonction affine : elle est donc continue sur R, et de classe C1 sauf éventuellement aux y tels que ay−b soit un point d'exception de FX, c'est-à-dire en un nombre fini de points. La variable Y est donc à densité, et en dérivant,
fY(y)=a1f(ay−b)=∣a∣1f(ay−b),puisque ∣a∣=a dans ce cas.
Cas a<0. L'inéquation at+b⩽y équivaut cette fois à t⩾ay−b, la division par a<0 renversant l'inégalité. Donc
FY(y)=P(X⩾ay−b)=1−P(X<ay−b)=1−FX(ay−b),la dernière égalité utilisant la continuité de FX, qui rend les inégalités strictes et larges interchangeables. Les mêmes arguments de régularité s'appliquent, et en dérivant,
fY(y)=−a1f(ay−b)=∣a∣1f(ay−b),puisque ∣a∣=−a dans ce cas. Les deux cas se recollent en la formule unique de l'énoncé. □
Le facteur ∣a∣1 est le point sur lequel les copies achoppent, et son oubli est immédiatement visible : sans lui, l'intégrale de fY ne vaudrait plus 1. Il a d'ailleurs une interprétation limpide. Multiplier une variable par a dilate l'axe des abscisses d'un facteur ∣a∣ ; pour que l'aire sous la courbe reste égale à 1, il faut comprimer les ordonnées du même facteur.
Exemple
Le carré d'une variable uniforme. Soit X une variable de densité f(t)=1 sur ]0,1[ et 0 ailleurs, de fonction de répartition FX(x)=x sur [0,1]. On pose Y=X2 et l'on cherche la loi de Y.
Étape 1 : le support. Comme X prend ses valeurs dans [0,1], la variable Y=X2 prend les siennes dans [0,1] également. On aura donc FY(y)=0 pour y<0 et FY(y)=1 pour y>1.
Étapes 2 et 3 : le calcul. Soit y∈]0,1[. L'inéquation t2⩽y, jointe à t⩾0, équivaut à t⩽y, la fonction racine carrée étant croissante. Donc
FY(y)=P(X2⩽y)=P(X⩽y)=FX(y)=y.Étape 4 : la densité. La fonction FY ainsi obtenue est continue sur R, y compris aux raccords 0 et 1, et de classe C1 sauf en ces deux points. La variable Y est donc à densité, et
fY(y)=2y1 pour y∈]0,1[,fY(y)=0 sinon.On remarquera que cette densité n'est pas bornée au voisinage de 0 : rien ne l'exige, seule l'intégrabilité compte, et ∫012ydy=[y]01=1.
Exemple
L'exponentielle d'une variable uniforme. Avec la même variable X, on pose Y=eX.
Support. La fonction exponentielle étant croissante, Y prend ses valeurs dans [1,e].
Calcul. Soit y∈]1,e[. L'inéquation et⩽y équivaut à t⩽lny, la fonction logarithme étant croissante et y étant strictement positif. Donc
FY(y)=P(eX⩽y)=P(X⩽lny)=FX(lny)=lny,puisque lny∈]0,1[. Pour y⩽1 on a FY(y)=0, et pour y⩾e on a FY(y)=1.
Densité. La fonction FY est continue sur R (les raccords en 1 et en e donnent bien 0 et 1) et de classe C1 sauf en ces deux points. Donc Y est à densité et
fY(y)=y1 pour y∈]1,e[,fY(y)=0 sinon.Contrôle : ∫1eydy=[lny]1e=1, ce qui confirme le résultat.
Ces deux exemples partagent la même structure, et c'est elle qu'il faut retenir : le support d'abord, l'inéquation ensuite, la dérivation en dernier. Lorsque g n'est pas monotone, par exemple g(t)=t2 sur R tout entier, l'étape 3 produit un encadrement au lieu d'une inégalité simple, et l'on écrit FY(y)=FX(y)−FX(−y). On en verra une application avec le carré d'une variable normale.
Espérance, variance et moments d'une variable à densité
Espérance
Définition
Soit X une variable à densité, de densité f. On dit que X admet une espérance lorsque l'intégrale
∫−∞+∞tf(t)dtconverge absolument, c'est-à-dire lorsque ∫−∞+∞∣t∣f(t)dt converge. On pose alors
E(X)=∫−∞+∞tf(t)dt.La définition transpose mot pour mot celle du cas discret : la somme ∑kxkP(X=xk) devient l'intégrale ∫tf(t)dt, et la convergence absolue de la série devient la convergence absolue de l'intégrale. Le sens n'a pas changé : E(X) est la moyenne des valeurs de X, pondérées par leur probabilité.
L'exigence de convergence absolue n'est pas un raffinement de professeur. Elle garantit que la valeur obtenue ne dépend pas de la façon dont on découpe l'intégrale, exactement comme la convergence absolue d'une série garantit que la somme ne dépend pas de l'ordre des termes. Une intégrale seulement convergente donnerait une « moyenne » sans propriété opératoire, donc sans intérêt.
Deux remarques pratiques allègent considérablement le travail.
Si X est une variable positive, c'est-à-dire de densité nulle sur ]−∞,0[, alors ∣t∣f(t)=tf(t) sur tout le support et la convergence absolue équivaut à la convergence simple. On n'a donc rien à faire de plus que d'étudier ∫0+∞tf(t)dt, ce qui couvre les lois exponentielle et gamma.
Si le support de X est borné, c'est-à-dire si f est nulle en dehors d'un segment [a,b], alors l'intégrale porte sur ce segment et la fonction t↦tf(t) y est continue sauf en un nombre fini de points : l'espérance existe toujours. On le dit en une phrase, et l'on calcule. C'est le cas de la loi uniforme.
Méthode
Justifier l'existence d'une espérance. Avant tout calcul, et sans exception.
- Support borné : dire que t↦tf(t) est continue par morceaux sur un segment, donc que l'intégrale n'est pas impropre. Une ligne suffit.
- Variable positive : dire que la convergence absolue équivaut à la convergence, puis étudier ∫0+∞tf(t)dt par comparaison, équivalent ou croissances comparées.
- Signe quelconque : étudier ∫−∞+∞∣t∣f(t)dt, en séparant les deux demi-droites, et conclure à la convergence absolue.
- Loi usuelle : citer le cours, qui donne l'existence en même temps que la valeur. On ne redémontre pas que E(λ) a une espérance.
Une espérance calculée sans que la convergence ait été énoncée est une espérance non justifiée, et les points de la question sont perdus même si la valeur est juste.
Exemple
Une variable qui n'a pas d'espérance. Soit X la variable de densité
f(t)=t21 pour t⩾1,f(t)=0 sinon.C'est bien une densité. La fonction f est positive, continue sur R sauf en 1, et l'intégrale ∫1+∞t2dt est une intégrale de Riemann d'exposant 2>1 en +∞, donc convergente ; sa valeur est
∫1+∞t2dt=A→+∞lim[−t1]1A=A→+∞lim(1−A1)=1.Elle n'a pas d'espérance. La variable est positive, donc il s'agit d'étudier
∫1+∞t×t21dt=∫1+∞tdt.C'est une intégrale de Riemann d'exposant 1 en +∞ : elle diverge. La variable X n'admet donc pas d'espérance.
Ce que cela signifie. La variable X est parfaitement définie, elle prend des valeurs finies, on peut calculer P(X⩽10)=1−101=0,9 sans difficulté. Simplement, sa moyenne n'existe pas : les grandes valeurs, bien que rares, sont si grandes que leur contribution ne se stabilise jamais. C'est le contre-exemple à garder en mémoire chaque fois que l'on est tenté d'écrire une espérance sans justification.
Théorème de transfert
Propriété
Théorème de transfert (admis). Soit X une variable à densité, de densité f, et soit g une fonction continue sur X(Ω) sauf éventuellement en un nombre fini de points. Si l'intégrale
∫−∞+∞g(t)f(t)dtconverge absolument, alors la variable g(X) admet une espérance et
E(g(X))=∫−∞+∞g(t)f(t)dt.Ce théorème est admis, conformément au programme, et il est l'outil de calcul le plus employé de tout le chapitre. Son intérêt est d'économiser un travail considérable : pour calculer E(g(X)), il n'est pas nécessaire de déterminer la loi de g(X). On intègre g contre la densité de X, et c'est tout.
La comparaison avec la méthode de la fonction de répartition mérite d'être posée nettement, car les deux questions se ressemblent et n'appellent pas le même outil.
- L'énoncé demande la loi de g(X), ou sa densité, ou sa fonction de répartition : méthode de la fonction de répartition, en quatre étapes. Le transfert ne sert à rien ici.
- L'énoncé demande seulement l'espérance de g(X), ou celle de X2, ou celle de eX : théorème de transfert, directement. Chercher la loi serait une perte de temps.
Exemple
Soit X de densité f(t)=2t sur [0,1], nulle ailleurs.
a. Espérance. Le support est borné et t↦tf(t)=2t2 est continue sur [0,1] : l'espérance existe, et
E(X)=∫01t×2tdt=∫012t2dt=[32t3]01=32.b. Moment d'ordre 2, par transfert. Avec g(t)=t2, continue sur [0,1] :
E(X2)=∫01t2×2tdt=[2t4]01=21.c. Une transformée moins évidente. Avec g(t)=et, continue sur [0,1] :
E(eX)=∫01et×2tdt.Une intégration par parties sur le segment [0,1], avec u(t)=2t et v′(t)=et, donne
E(eX)=[2tet]01−∫012etdt=2e−[2et]01=2e−2e+2=2.Déterminer la loi de eX aurait demandé quatre étapes et une dérivation, pour un résultat dont on n'avait pas besoin.
Linéarité, positivité, croissance
Propriété
Propriétés opératoires de l'espérance (admises). Soient X et Y deux variables aléatoires réelles admettant une espérance, définies sur le même espace probabilisé, et soient a et b deux réels.
a. Linéarité. La variable aX+bY admet une espérance et
E(aX+bY)=aE(X)+bE(Y).b. Positivité. Si X⩾0, alors E(X)⩾0.
c. Croissance. Si X⩽Y, alors E(X)⩽E(Y).
d. Constantes. Pour tout réel c, la variable constante égale à c admet une espérance et E(c)=c. En particulier E(X+c)=E(X)+c.
Ces propriétés sont admises dans le cas général, comme le prévoit le programme : leur démonstration réclamerait des outils qui dépassent largement le cadre de la filière. Elles sont exactement celles du cas discret, et elles s'emploient de la même manière.
Un point mérite d'être souligné parce qu'il servira sans arrêt dans la dernière partie du chapitre : la linéarité de l'espérance ne demande aucune hypothèse d'indépendance. Que X et Y soient liées de la façon la plus étroite ne change rien, E(X+Y)=E(X)+E(Y) reste vraie. On verra que la variance, elle, n'a pas cette propriété.
La croissance se déduit de la positivité par linéarité : si X⩽Y, alors Y−X est une variable positive, donc E(Y)−E(X)=E(Y−X)⩾0. C'est l'argument à écrire lorsqu'un énoncé demande de comparer deux espérances.
Variance, écart-type et moments
Définition
Soit X une variable à densité, de densité f, et soit k∈N∗. On dit que X admet un moment d'ordre k lorsque l'intégrale ∫−∞+∞tkf(t)dt converge absolument. Par le théorème de transfert, la variable Xk admet alors une espérance, notée
mk(X)=E(Xk)=∫−∞+∞tkf(t)dt.Définition
Soit X une variable à densité admettant un moment d'ordre 2. On appelle variance de X le réel
V(X)=E((X−E(X))2),et écart-type de X le réel σ(X)=V(X).
L'existence de la variance est ainsi subordonnée à une condition unique, qu'il faut énoncer avant tout calcul : X admet un moment d'ordre 2. On admet, comme dans le cas discret, que l'existence d'un moment d'ordre 2 entraîne celle de l'espérance, et que la réciproque est fausse.
Propriété
Formule de König-Huygens. Soit X une variable à densité admettant un moment d'ordre 2. Alors
V(X)=E(X2)−(E(X))2.En particulier (E(X))2⩽E(X2) et V(X)⩾0.
Démonstration. Posons m=E(X), qui existe puisque X admet un moment d'ordre 2. Développons le carré :
(t−m)2f(t)=t2f(t)−2mtf(t)+m2f(t).Les trois intégrales correspondantes convergent : la première parce que X admet un moment d'ordre 2, la deuxième parce que X admet une espérance, la troisième parce que f est une densité. Par somme, l'intégrale ∫−∞+∞(t−m)2f(t)dt converge, et elle converge absolument puisque son intégrande est positif. Le théorème de transfert, appliqué à la fonction g(t)=(t−m)2, donne donc
V(X)=∫−∞+∞(t−m)2f(t)dt.Par linéarité de l'intégrale sur les intégrales convergentes,
V(X)=∫−∞+∞t2f(t)dt−2m∫−∞+∞tf(t)dt+m2∫−∞+∞f(t)dt=E(X2)−2m×m+m2×1=E(X2)−m2.La positivité de V(X) vient de ce que (X−m)2 est une variable positive, dont l'espérance est donc positive. □
C'est toujours cette formule que l'on utilise en pratique, et jamais la définition : elle ne réclame que deux intégrales, ∫tf et ∫t2f, toutes deux calculables directement. La définition, elle, ne sert qu'à la démonstration.
Propriété
Transformation affine. Soit X une variable à densité admettant un moment d'ordre 2, et soient a et b deux réels. Alors aX+b admet un moment d'ordre 2 et
V(aX+b)=a2V(X),σ(aX+b)=∣a∣σ(X).En particulier V(X+b)=V(X) : une translation ne modifie pas la dispersion.
Démonstration. Posons Y=aX+b et m=E(X). La linéarité de l'espérance donne E(Y)=am+b, donc
Y−E(Y)=aX+b−am−b=a(X−m).En élevant au carré, (Y−E(Y))2=a2(X−m)2. Cette variable admet une espérance, puisque (X−m)2 en admet une par hypothèse, et la linéarité donne
V(Y)=E(a2(X−m)2)=a2E((X−m)2)=a2V(X).L'écart-type s'obtient en prenant la racine carrée, en se rappelant que a2=∣a∣ et non a. □
Le carré dans a2V(X) et la valeur absolue dans ∣a∣σ(X) traduisent la même chose : la variance est un carré, donc elle est homogène au carré de l'unité de X, tandis que l'écart-type est homogène à l'unité de X. C'est la raison pour laquelle on préfère l'écart-type dès qu'on veut interpréter une dispersion : si X est une durée en heures, σ(X) est en heures et V(X) en heures au carré.
Définition
Une variable aléatoire X est dite centrée lorsque E(X)=0, réduite lorsque V(X)=1, et centrée réduite lorsque les deux conditions sont réunies.
Propriété
Soit X une variable admettant un moment d'ordre 2, avec σ(X)=0. Alors la variable
X∗=σ(X)X−E(X)est centrée réduite.
Démonstration. Posons m=E(X) et s=σ(X)>0. La variable X∗ s'écrit aX+b avec a=s1 et b=−sm. La linéarité de l'espérance donne
E(X∗)=sE(X)−m=0,et la propriété précédente donne
V(X∗)=s21V(X)=V(X)V(X)=1.□Cette opération, dite de centrage-réduction, sera l'outil central de l'étude de la loi normale : elle permet de ramener toute variable normale à la seule loi dont on possède une table numérique.
Les lois à densité usuelles
Quatre lois sont au programme, et quatre seulement. Chacune est traitée selon le même plan : densité, fonction de répartition, espérance et variance démontrées, situation modélisée, exemple numérique. Les résultats sont à connaître par cœur, et les démonstrations à savoir refaire : elles tombent régulièrement aux concours, seules ou en première question d'un problème.
Loi uniforme sur un segment
Définition
Soient a et b deux réels tels que a<b. Une variable aléatoire X suit la loi uniforme sur le segment [a,b], ce que l'on note X↪U([a,b]), lorsqu'elle admet pour densité la fonction
f(t)=b−a1 si t∈[a,b],f(t)=0 sinon.Propriété
La fonction f ci-dessus est bien une densité, et la fonction de répartition de X↪U([a,b]) est
FX(x)=0 si x<a,FX(x)=b−ax−a si a⩽x⩽b,FX(x)=1 si x>b.Démonstration. C'est une densité. La fonction f est positive, puisque b−a>0, et continue sur R sauf éventuellement en a et en b, soit deux points. Son intégrale se réduit à celle sur le segment [a,b], où la fonction est constante :
∫−∞+∞f(t)dt=∫abb−adt=b−ab−a=1.Fonction de répartition. Pour x<a, la densité est nulle sur ]−∞,x], donc FX(x)=0. Pour a⩽x⩽b,
FX(x)=∫−∞xf(t)dt=∫axb−adt=b−ax−a.Pour x>b, l'intégrale porte sur tout le support et vaut 1. Les raccordements en a et en b donnent respectivement 0 et 1 : la fonction obtenue est bien continue sur R. □
Propriété
La probabilité est proportionnelle à la longueur. Soit X↪U([a,b]) et soit [c,d] un segment inclus dans [a,b]. Alors
P(c⩽X⩽d)=b−ad−c.Démonstration. D'après la propriété précédente,
P(c⩽X⩽d)=FX(d)−FX(c)=b−ad−a−b−ac−a=b−ad−c.□Cette propriété est la traduction exacte de l'expression « au hasard sur [a,b] » : la probabilité de tomber dans un sous-intervalle ne dépend que de sa longueur, et pas de sa position. C'est le seul modèle qui possède cette propriété, et c'est ce qui en fait le modèle du hasard sans information.
Propriété
Espérance et variance. Si X↪U([a,b]), alors X admet une espérance et une variance, et
E(X)=2a+b,V(X)=12(b−a)2,σ(X)=23b−a.Démonstration. Existence. Le support de X est le segment [a,b], et les fonctions t↦tf(t) et t↦t2f(t) y sont continues. Les intégrales ne sont donc pas impropres : X admet une espérance et un moment d'ordre 2.
Espérance.
E(X)=∫abb−atdt=b−a1[2t2]ab=2(b−a)b2−a2=2(b−a)(b−a)(b+a)=2a+b.Moment d'ordre 2, par transfert.
E(X2)=∫abb−at2dt=b−a1[3t3]ab=3(b−a)b3−a3=3a2+ab+b2,en utilisant l'identité b3−a3=(b−a)(a2+ab+b2).
Variance. La formule de König-Huygens donne
V(X)=3a2+ab+b2−(2a+b)2=124(a2+ab+b2)−3(a+b)2=124a2+4ab+4b2−3a2−6ab−3b2=12a2−2ab+b2=12(b−a)2.L'écart-type s'obtient en prenant la racine carrée : σ(X)=12b−a=23b−a. □
Les deux résultats se retiennent sans effort. L'espérance est le milieu du segment, ce qui est évident par symétrie. La variance ne dépend que de la longueur du segment, et pas de sa position, ce qui découle de V(X+c)=V(X).
Exemple
Un temps d'attente. Un bus passe à un arrêt à un instant réparti uniformément entre 7 h et 7 h 30. Une personne se présente à 7 h précises. En notant X le temps d'attente en minutes, on a X↪U([0,30]).
a. P(X⩽10)=3010−0=31 : une chance sur trois d'attendre moins de dix minutes.
b. P(10⩽X⩽20)=3020−10=31 également, ce qui illustre que seule la longueur compte.
c. E(X)=20+30=15 minutes, et V(X)=12302=75, donc σ(X)=75≈8,66 minutes.
d. Sachant que la personne a déjà attendu 20 minutes, la probabilité qu'elle attende encore plus de 5 minutes vaut
P(X>20)(X>25)=P(X>20)P(X>25)=10/305/30=21.Cette probabilité, égale à 21, diffère de P(X>5)=3025=65 : la loi uniforme n'est pas sans mémoire. Plus on a attendu, plus le bus est proche.
Loi exponentielle
Définition
Soit λ>0. Une variable aléatoire X suit la loi exponentielle de paramètre λ, ce que l'on note X↪E(λ), lorsqu'elle admet pour densité la fonction
f(t)=λe−λt si t>0,f(t)=0 si t⩽0.Propriété
La fonction f ci-dessus est bien une densité, et la fonction de répartition de X↪E(λ) est
FX(x)=0 si x<0,FX(x)=1−e−λx si x⩾0.En particulier, P(X>x)=e−λx pour tout x⩾0.
Démonstration. C'est une densité. La fonction f est positive, puisque λ>0 et que l'exponentielle est positive, et continue sur R sauf éventuellement en 0. Pour A>0,
∫0Aλe−λtdt=[−e−λt]0A=1−e−λA.Comme λ>0, on a e−λA→0 quand A→+∞ : l'intégrale converge et vaut 1.
Fonction de répartition. Pour x<0, la densité est nulle sur ]−∞,x], donc FX(x)=0. Pour x⩾0, le calcul ci-dessus avec A=x donne FX(x)=1−e−λx. Le raccordement en 0 est correct, les deux expressions y valant 0.
Queue de distribution. Pour x⩾0, P(X>x)=1−FX(x)=e−λx. □
L'expression P(X>x)=e−λx est de loin la plus utile des trois : c'est elle qui intervient dans l'absence de mémoire, dans le calcul d'un minimum, et dans la plupart des exercices. Il faut la connaître aussi bien que la densité elle-même.
Propriété
Espérance et variance. Si X↪E(λ), alors X admet une espérance et une variance, et
E(X)=λ1,V(X)=λ21,σ(X)=λ1.Démonstration. La variable est positive, donc la convergence absolue équivaut à la convergence pour les deux intégrales à étudier.
Espérance. Soit A>0. Une intégration par parties sur le segment [0,A], avec u(t)=t et v′(t)=λe−λt, donc v(t)=−e−λt, donne
∫0Atλe−λtdt=[−te−λt]0A+∫0Ae−λtdt=−Ae−λA+λ1−e−λA.Par croissances comparées, Ae−λA→0 quand A→+∞, et e−λA→0. L'intégrale converge donc, et
E(X)=A→+∞lim(−Ae−λA+λ1−e−λA)=λ1.Moment d'ordre 2. Par le théorème de transfert, on étudie ∫0+∞t2λe−λtdt. Une intégration par parties sur [0,A], avec u(t)=t2 et v′(t)=λe−λt, donne
∫0At2λe−λtdt=[−t2e−λt]0A+∫0A2te−λtdt=−A2e−λA+λ2∫0Atλe−λtdt.Le premier terme tend vers 0 par croissances comparées, et l'intégrale restante tend vers E(X)=λ1 d'après le calcul précédent. Donc l'intégrale converge et
E(X2)=λ2×λ1=λ22.Variance. La formule de König-Huygens donne
V(X)=λ22−(λ1)2=λ22−λ21=λ21,et l'écart-type vaut λ1, le paramètre λ étant strictement positif. □
Une conséquence remarquable mérite d'être notée : pour la loi exponentielle, l'espérance et l'écart-type sont égaux. La dispersion est donc du même ordre de grandeur que la moyenne, ce qui traduit le caractère très erratique des durées de vie sans vieillissement.
Propriété
Absence de mémoire. Soit X↪E(λ). Pour tous réels s⩾0 et t⩾0,
P(X>t)(X>t+s)=P(X>s).Démonstration. L'événement (X>t) a pour probabilité e−λt>0, le conditionnement est donc licite. Comme s⩾0, on a t+s⩾t, d'où l'inclusion (X>t+s)⊂(X>t) et par conséquent
(X>t)∩(X>t+s)=(X>t+s).Il vient
P(X>t)(X>t+s)=P(X>t)P(X>t+s)=e−λte−λ(t+s)=e−λs=P(X>s).□L'interprétation est saisissante. Si X est la durée de vie d'un composant, l'égalité dit que la probabilité qu'il survive encore s unités de temps ne dépend pas de son âge t : un composant de dix ans est aussi neuf qu'un composant sortant d'usine. On parle de durée de vie sans vieillissement. Ce modèle convient à ce qui tombe en panne par accident (composant électronique, ampoule) et ne convient pas à ce qui s'use (pièce mécanique, être vivant).
On admet la réciproque, qui explique le rôle central de cette loi : la loi exponentielle est la seule loi à densité, à support dans [0,+∞[, possédant la propriété d'absence de mémoire. Elle est ainsi l'exact analogue continu de la loi géométrique, dont on avait établi la même propriété en première année.
Exemple
Durée de vie d'un composant. La durée de vie X, en années, d'un composant électronique suit la loi E(0,2).
a. Durée de vie moyenne : E(X)=0,21=5 ans, et σ(X)=5 ans également.
b. P(X>8)=e−0,2×8=e−1,6≈0,202 : environ 20 % des composants dépassent huit ans.
c. P(X⩽2)=1−e−0,4≈0,330 : un tiers tombe en panne avant deux ans.
d. Sachant qu'un composant fonctionne depuis 6 ans, la probabilité qu'il fonctionne encore 2 ans vaut, par absence de mémoire,
P(X>6)(X>8)=P(X>2)=e−0,4≈0,670,c'est-à-dire exactement la même que pour un composant neuf.
Exemple
Fabriquer une loi exponentielle à partir d'une loi uniforme. Soit U↪U([0,1]) et soit λ>0. Posons Y=−λ1ln(U), ce qui a un sens puisque P(U=0)=0. Alors Y↪E(λ).
Démonstration. La variable U prenant ses valeurs dans ]0,1[, on a ln(U)<0, donc Y>0 : le support de Y est ]0,+∞[ et FY(y)=0 pour y⩽0. Soit y>0. L'inéquation −λ1ln(u)⩽y équivaut successivement à ln(u)⩾−λy, puis à u⩾e−λy, la fonction exponentielle étant croissante. Donc
FY(y)=P(U⩾e−λy)=1−FU(e−λy)=1−e−λy,puisque e−λy∈]0,1[ et que FU(u)=u sur cet intervalle. On reconnaît la fonction de répartition de E(λ), donc Y↪E(λ) d'après le théorème de caractérisation.
Ce résultat est la base de la simulation informatique d'une loi exponentielle : un générateur de nombres au hasard entre 0 et 1 suffit à produire des durées de vie exponentielles.
Loi normale
Définition
Une variable aléatoire Z suit la loi normale centrée réduite, ce que l'on note Z↪N(0,1), lorsqu'elle admet pour densité la fonction
φ(t)=2π1e−t2/2,t∈R.Sa fonction de répartition est notée Φ, de sorte que Φ(x)=∫−∞x2π1e−t2/2dt.
Propriété
Intégrale de Gauss (admise). L'intégrale ∫−∞+∞e−t2/2dt converge et
∫−∞+∞e−t2/2dt=2π.Par conséquent, φ est bien une densité.
La valeur de cette intégrale est admise par le programme : sa démonstration exige des outils qui ne sont pas au programme. La convergence, en revanche, se justifie en une ligne et il est bon de savoir le faire : par croissances comparées, t2e−t2/2→0 quand t→+∞, donc e−t2/2=o(t21), et l'intégrale de Riemann d'exposant 2 converge en +∞. La parité de la fonction donne le même résultat en −∞.
La fonction φ est positive, continue sur R tout entier, et son intégrale vaut 2π2π=1 : c'est bien une densité. Il faut par ailleurs savoir une chose sur Φ : la fonction φ n'admet aucune primitive exprimable à l'aide des fonctions usuelles. Il n'existe donc pas de formule pour Φ(x), et ses valeurs se lisent dans une table numérique. C'est la seule loi du programme dans ce cas, et c'est pourquoi la lecture de table fait partie du cours.
Propriété
Symétrie. Pour tout réel x,
Φ(−x)=1−Φ(x).En particulier Φ(0)=21.
Démonstration. La fonction φ est paire : pour tout réel t, on a (−t)2=t2, donc φ(−t)=φ(t).
Considérons la variable −Z. D'après le théorème de la transformation affine appliqué avec a=−1 et b=0, elle est à densité et une densité en est
y⟼∣−1∣1φ(−1y)=φ(−y)=φ(y).La variable −Z a donc la même densité que Z, donc la même loi : −Z↪N(0,1).
Il en résulte, pour tout réel x,
Φ(−x)=P(Z⩽−x)=P(−Z⩾x)=P(Z⩾x)=1−P(Z<x)=1−Φ(x),la troisième égalité venant de ce que −Z et Z ont la même loi, et la dernière de la continuité de Φ, qui rend équivalentes les inégalités strictes et larges. En prenant x=0, on obtient Φ(0)=1−Φ(0), d'où Φ(0)=21. □
Cette formule est celle que les tables imposent : elles ne donnent Φ(x) que pour x⩾0, et c'est la symétrie qui permet d'en déduire les valeurs négatives. Elle se lit graphiquement sans calcul : la courbe de φ est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées, donc l'aire à gauche de −x est égale à l'aire à droite de x.
Propriété
Espérance et variance de la loi centrée réduite. Si Z↪N(0,1), alors Z admet une espérance et une variance, et
E(Z)=0,V(Z)=1.Démonstration. Existence de l'espérance. La fonction t↦∣t∣φ(t) est paire, il suffit donc d'étudier sa convergence sur [0,+∞[. Pour A>0, en remarquant que te−t2/2 a pour primitive −e−t2/2 :
∫0Atφ(t)dt=2π1[−e−t2/2]0A=2π1(1−e−A2/2)A→+∞2π1.L'intégrale converge sur [0,+∞[, donc, par parité, ∫−∞+∞∣t∣φ(t)dt converge : Z admet une espérance.
Valeur de l'espérance. La fonction t↦tφ(t) est impaire, et les deux intégrales impropres convergent séparément d'après ce qui précède. Leur somme est donc nulle :
E(Z)=∫−∞0tφ(t)dt+∫0+∞tφ(t)dt=−2π1+2π1=0.Moment d'ordre 2. La fonction t↦t2φ(t) est paire et positive, il suffit donc d'étudier ∫0+∞t2φ(t)dt. On remarque que φ′(t)=−tφ(t), donc tφ(t)=−φ′(t). Une intégration par parties sur [0,A], avec u(t)=t et v′(t)=tφ(t), donc v(t)=−φ(t), donne
∫0At2φ(t)dt=[−tφ(t)]0A+∫0Aφ(t)dt=−Aφ(A)+∫0Aφ(t)dt.Par croissances comparées, Aφ(A)→0 quand A→+∞. Par ailleurs, φ étant paire et d'intégrale 1 sur R, on a ∫0+∞φ(t)dt=21. L'intégrale converge donc, et
∫0+∞t2φ(t)dt=21,d’ouˋE(Z2)=2×21=1par parité.
Variance. La formule de König-Huygens donne V(Z)=E(Z2)−(E(Z))2=1−0=1. □
Les noms sont donc justifiés : la loi N(0,1) est bien centrée et réduite. On peut maintenant définir la famille complète.
Définition
Soient m un réel et σ>0. Une variable aléatoire X suit la loi normale de paramètres m et σ2, ce que l'on note X↪N(m,σ2), lorsqu'il existe Z↪N(0,1) telle que
X=σZ+m.Propriété
Densité, espérance et variance. Soit X↪N(m,σ2). Alors X est à densité, une densité en est
fX(x)=σ2π1e−2σ2(x−m)2,x∈R,sa fonction de répartition vaut FX(x)=Φ(σx−m), et
E(X)=m,V(X)=σ2,σ(X)=σ.Démonstration. Densité. Le théorème de la transformation affine, appliqué à X=σZ+m avec σ>0, donne
fX(x)=∣σ∣1φ(σx−m)=σ1×2π1e−21(σx−m)2=σ2π1e−2σ2(x−m)2.Fonction de répartition. Pour tout réel x, l'inéquation σz+m⩽x équivaut à z⩽σx−m, puisque σ>0. Donc
FX(x)=P(Z⩽σx−m)=Φ(σx−m).Espérance et variance. La linéarité de l'espérance donne E(X)=σE(Z)+m=m, et la formule de la transformation affine pour la variance donne V(X)=σ2V(Z)=σ2. □
Les deux paramètres se lisent donc directement : m est l'espérance, σ2 est la variance, et σ est l'écart-type. C'est un point de vigilance permanent : le second paramètre de la notation N(m,σ2) est la variance, pas l'écart-type. Une variable de loi N(3,16) a pour écart-type 4, et non 16.
Propriété
Centrage-réduction. Soit X↪N(m,σ2). Alors
Z=σX−m↪N(0,1).Démonstration. Posons Z=σX−m, qui est de la forme aX+b avec a=σ1>0 et b=−σm. Pour tout réel z, l'inéquation σx−m⩽z équivaut à x⩽σz+m, donc
FZ(z)=P(X⩽σz+m)=FX(σz+m)=Φ(σ(σz+m)−m)=Φ(z),en utilisant l'expression de FX établie ci-dessus. La variable Z a donc la même fonction de répartition que la loi N(0,1), donc la même loi d'après le théorème de caractérisation. □
C'est le geste technique de la loi normale, et il n'y en a pas d'autre : on ne calcule jamais une probabilité normale par une intégrale, on la ramène toujours à Φ.
Méthode
Utiliser la table de la loi normale. Soit X↪N(m,σ2) et une probabilité à calculer.
- Centrer et réduire : écrire l'événement en fonction de Z=σX−m, en appliquant la même transformation à tous les membres de l'inégalité. Par exemple (X⩽c) devient (Z⩽σc−m).
- Exprimer avec Φ : P(Z⩽u)=Φ(u), P(Z⩾u)=1−Φ(u), P(u⩽Z⩽v)=Φ(v)−Φ(u).
- Traiter les arguments négatifs par la symétrie Φ(−u)=1−Φ(u), la table ne donnant que les valeurs positives.
- Lire la table et conclure. Pour un événement symétrique, on utilise la formule P(∣Z∣⩽u)=2Φ(u)−1.
Voici les valeurs à connaître de mémoire, les deux dernières étant les plus utilisées.
| u | 0 | 0,5 | 1 | 1,5 | 1,96 | 2 | 2,58 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Φ(u) | 0,5 | 0,6915 | 0,8413 | 0,9332 | 0,9750 | 0,9772 | 0,9950 |
Les deux valeurs Φ(1,96)≈0,975 et Φ(2,58)≈0,995 se retiennent sous la forme suivante, qui est celle sous laquelle elles servent :
P(∣Z∣⩽1,96)=2×0,975−1=0,95,P(∣Z∣⩽2,58)=2×0,995−1=0,99.Exemple
Un contrôle de production. La masse X, en grammes, des paquets produits par une machine suit la loi N(20,25). On a donc m=20 et σ=25=5.
a. P(X⩽26)=P(Z⩽526−20)=Φ(1,2)≈0,8849.
b. P(X⩾17)=P(Z⩾517−20)=1−Φ(−0,6)=Φ(0,6)≈0,7257, la symétrie servant à éliminer l'argument négatif.
c. P(17⩽X⩽26)=Φ(1,2)−Φ(−0,6)=0,8849−(1−0,7257)=0,8849−0,2743=0,6106.
d. Un intervalle centré. Cherchons c tel que P(∣X−20∣⩽c)=0,95. En centrant et réduisant, la condition s'écrit P(∣Z∣⩽5c)=0,95, c'est-à-dire 5c=1,96, d'où c=9,8. Ainsi 95 % des paquets ont une masse comprise entre 10,2 et 29,8 grammes.
Fonction Gamma d'Euler et lois gamma
La dernière famille du programme se construit à partir d'une fonction classique de l'analyse, qu'il faut étudier d'abord pour elle-même.
Définition
Pour tout réel ν>0, on pose
Γ(ν)=∫0+∞tν−1e−tdt.Propriété
Convergence. Pour tout réel ν>0, l'intégrale définissant Γ(ν) converge. Elle diverge pour ν⩽0.
Démonstration. L'intégrale est impropre aux deux bornes dès que ν<1, et il faut donc l'étudier séparément en 0 et en +∞. Coupons-la en 1 :
∫0+∞tν−1e−tdt=∫01tν−1e−tdt+∫1+∞tν−1e−tdt.Étude en 0. Quand t→0+, on a e−t→1, donc
tν−1e−tt→0+∼tν−1=t1−ν1.Les deux fonctions étant positives, la première intégrale est de même nature que l'intégrale de Riemann ∫01t1−νdt, qui converge si et seulement si 1−ν<1, c'est-à-dire si et seulement si ν>0.
Étude en +∞. Par croissances comparées, quel que soit ν,
t2×tν−1e−t=tν+1e−tt→+∞0,donc tν−1e−t=o(t21) en +∞. L'intégrale de Riemann d'exposant 2>1 convergeant en +∞, la seconde intégrale converge, et ce pour toute valeur de ν.
Conclusion. La convergence est donc gouvernée par la seule borne 0, et elle a lieu si et seulement si ν>0. □
Propriété
Propriétés de la fonction Gamma.
a. Γ(1)=1.
b. Relation fonctionnelle : pour tout ν>0, Γ(ν+1)=νΓ(ν).
c. Pour tout entier n⩾1, Γ(n)=(n−1)!.
d. Γ(21)=π (admis).
Démonstration. a. Pour A>0,
∫0Ae−tdt=[−e−t]0A=1−e−AA→+∞1,donc Γ(1)=1.
b. Soit ν>0 et soient 0<ε<A. Une intégration par parties sur le segment [ε,A], avec u(t)=tν et v′(t)=e−t, donc u′(t)=νtν−1 et v(t)=−e−t, donne
∫εAtνe−tdt=[−tνe−t]εA+ν∫εAtν−1e−tdt=−Aνe−A+ενe−ε+ν∫εAtν−1e−tdt.Faisons tendre ε vers 0+ et A vers +∞. Le terme ενe−ε tend vers 0 puisque ν>0, et le terme Aνe−A tend vers 0 par croissances comparées. Les deux intégrales convergent, la première vers Γ(ν+1) et la seconde vers Γ(ν), d'où
Γ(ν+1)=νΓ(ν).c. Récurrence sur n⩾1. Pour n=1, la formule donne Γ(1)=0!=1, ce qui est le point a. Supposons Γ(n)=(n−1)! pour un entier n⩾1. La relation fonctionnelle appliquée en ν=n>0 donne
Γ(n+1)=nΓ(n)=n×(n−1)!=n!,ce qui est la formule au rang n+1. La récurrence est établie.
Le point d est admis : il se déduit de l'intégrale de Gauss, mais par un changement de variable qui n'est pas au programme. On retiendra la valeur, qui servira pour la loi gamma de paramètre 21. □
La fonction Γ prolonge donc la factorielle aux réels strictement positifs, décalée d'une unité. C'est ce qui explique son omniprésence dans les calculs de moments : chaque fois qu'on intègre tke−t, on obtient une factorielle.
Définition
Soit ν>0. Une variable aléatoire X suit la loi gamma de paramètre ν, ce que l'on note X↪γ(ν), lorsqu'elle admet pour densité la fonction
f(t)=Γ(ν)1tν−1e−t si t>0,f(t)=0 si t⩽0.C'est bien une densité : la fonction est positive sur ]0,+∞[ puisque Γ(ν)>0, elle est continue sur R sauf éventuellement en 0, et son intégrale vaut Γ(ν)Γ(ν)=1 par définition même de Γ(ν). La constante Γ(ν)1 est exactement la constante de normalisation, ce qui est la raison d'être de la fonction Γ dans ce contexte.
Le programme ne retient que la loi gamma à un seul paramètre, celle qui vient d'être définie. C'est une contrainte qu'il faut intégrer dès maintenant, car elle dicte la façon de rédiger : une somme de variables exponentielles ne se décrit jamais directement par une loi gamma, elle s'y ramène après multiplication par λ, comme on le verra dans la dernière partie.
Propriété
Espérance et variance. Si X↪γ(ν), alors X admet une espérance et une variance, et
E(X)=ν,V(X)=ν,σ(X)=ν.Démonstration. La variable est positive, donc la convergence absolue équivaut à la convergence.
Espérance. On étudie
∫0+∞t×Γ(ν)1tν−1e−tdt=Γ(ν)1∫0+∞t(ν+1)−1e−tdt.Cette dernière intégrale est exactement Γ(ν+1), qui converge puisque ν+1>0. La variable X admet donc une espérance, et la relation fonctionnelle donne
E(X)=Γ(ν)Γ(ν+1)=Γ(ν)νΓ(ν)=ν.Moment d'ordre 2. Le même calcul, avec t2 au lieu de t, fait apparaître Γ(ν+2), qui converge :
E(X2)=Γ(ν)1∫0+∞t(ν+2)−1e−tdt=Γ(ν)Γ(ν+2).En appliquant deux fois la relation fonctionnelle, Γ(ν+2)=(ν+1)Γ(ν+1)=(ν+1)νΓ(ν), d'où
E(X2)=ν(ν+1).Variance. La formule de König-Huygens donne
V(X)=ν(ν+1)−ν2=ν2+ν−ν2=ν.□Le résultat est frappant par sa simplicité : pour une loi gamma, l'espérance et la variance sont toutes deux égales au paramètre. C'est l'analogue continu de la loi de Poisson, pour laquelle on avait déjà E(X)=V(X)=λ.
Propriété
Cas particulier ν=1. On a γ(1)=E(1) : la loi gamma de paramètre 1 est la loi exponentielle de paramètre 1.
Démonstration. Pour ν=1, on a Γ(1)=1 et la densité de γ(1) s'écrit, pour t>0,
f(t)=11t1−1e−t=e−t,qui est exactement la densité de E(1), obtenue en prenant λ=1. Les deux lois ont la même densité, donc la même fonction de répartition, donc la même loi. On vérifie au passage la cohérence des formules : E(X)=1=λ1 et V(X)=1=λ21 avec λ=1. □
Exemple
Le carré d'une variable normale centrée réduite. Soit Z↪N(0,1) et posons W=2Z2. Montrons que W↪γ(21).
Support. La variable W est positive, donc FW(w)=0 pour w⩽0.
Fonction de répartition. Soit w>0. L'inéquation 2z2⩽w équivaut à z2⩽2w, c'est-à-dire à −2w⩽z⩽2w. La fonction z↦z2 n'étant pas monotone sur R, on obtient bien un encadrement et non une inégalité simple. Donc
FW(w)=P(−2w⩽Z⩽2w)=Φ(2w)−Φ(−2w)=2Φ(2w)−1,en utilisant la symétrie Φ(−x)=1−Φ(x).
Densité. La fonction obtenue est continue sur R, le raccordement en 0 donnant 2Φ(0)−1=0, et de classe C1 sauf en 0. En dérivant pour w>0, avec Φ′=φ et (2w)′=2w1 :
fW(w)=2φ(2w)×2w1=2π2e−w×2w1=π1w−1/2e−w.Identification. La densité de γ(21) vaut, pour w>0,
Γ(21)1w21−1e−w=π1w−1/2e−w,puisque Γ(21)=π. Les deux densités coïncident, donc W↪γ(21). On en déduit sans calcul supplémentaire que E(W)=21, ce qui redonne E(Z2)=1 et confirme V(Z)=1.
Tableau récapitulatif des quatre lois
| Loi | Densité | Support | E(X) | V(X) |
|---|---|---|---|---|
| U([a,b]) | b−a1 | [a,b] | 2a+b | 12(b−a)2 |
| E(λ) | λe−λt | ]0,+∞[ | λ1 | λ21 |
| N(m,σ2) | σ2π1e−2σ2(t−m)2 | R | m | σ2 |
| γ(ν) | Γ(ν)1tν−1e−t | ]0,+∞[ | ν | ν |
Deux fonctions de répartition seulement sont explicites : celle de la loi uniforme, b−ax−a sur [a,b], et celle de la loi exponentielle, 1−e−λx sur [0,+∞[. Pour la loi normale, on passe par Φ et la table ; pour la loi gamma, il n'existe pas d'expression générale et l'on travaille exclusivement avec la densité.
Couples et n-uplets de variables aléatoires réelles
Jusqu'ici, une seule variable était en jeu à la fois. Cette dernière partie en fait intervenir plusieurs simultanément, ce qui permet d'étudier des sommes, des minimums, des maximums et des échantillons. Une précision de programme s'impose d'emblée, et elle délimite tout ce qui suit : un couple de variables à densité s'étudie par deux voies, et deux seulement, l'indépendance d'une part, le produit de convolution pour la somme d'autre part. Aucun autre outil n'est disponible, et aucun autre n'est attendu.
Indépendance de deux variables aléatoires réelles
Définition
Deux variables aléatoires réelles X et Y, définies sur le même espace probabilisé, sont dites indépendantes lorsque, pour tout couple (x,y) de réels,
P((X⩽x)∩(Y⩽y))=P(X⩽x)P(Y⩽y).La définition s'écrit uniquement avec des fonctions de répartition, ce qui est cohérent avec tout le chapitre : c'est le seul objet dont on dispose pour une variable quelconque. On abrège d'ailleurs souvent le membre de gauche en P(X⩽x,Y⩽y), la virgule tenant lieu d'intersection.
Cette égalité doit être vérifiée pour tout couple (x,y) de réels, sans exception : c'est une infinité de conditions, et c'est pourquoi on ne démontre presque jamais une indépendance à la main. Dans la pratique, l'indépendance est une hypothèse posée par l'énoncé, qui traduit une situation concrète (deux tirages séparés, deux composants distincts, deux mesures indépendantes), et le travail consiste à s'en servir, non à l'établir.
Propriété
Le cas discret est retrouvé (admis). Si X et Y sont deux variables discrètes, la définition ci-dessus équivaut à la condition vue en première année :
P((X=x)∩(Y=y))=P(X=x)P(Y=y)pour tout couple (x,y)∈X(Ω)×Y(Ω).La nouvelle définition prolonge donc l'ancienne : elle ne la contredit pas, et elle ne conduit à aucun résultat différent pour les variables discrètes. On admet cette équivalence, dont la démonstration consisterait à passer des inégalités aux égalités par différences successives.
L'interprétation, elle, ne change pas d'un mot : deux variables sont indépendantes lorsque la connaissance de l'une n'apporte aucune information sur l'autre. Deux mesures faites sur deux individus tirés au hasard sont indépendantes ; la taille et le poids d'un même individu ne le sont pas.
Propriété
Conséquences de l'indépendance (admises). Soient X et Y deux variables indépendantes admettant chacune une espérance. Alors :
a. le produit XY admet une espérance et E(XY)=E(X)E(Y) ;
b. si de plus X et Y admettent chacune un moment d'ordre 2, alors Cov(X,Y)=0.
Le point a est admis dans le cas général, sa démonstration dépassant le cadre du programme. Le point b en découle immédiatement par la formule de König-Huygens pour la covariance, que l'on établira plus bas.
Il faut enfin savoir manipuler l'indépendance sur des événements plutôt que sur des variables. Si X et Y sont indépendantes, alors les événements (X⩽x) et (Y⩽y) sont indépendants, et il en va de même de leurs contraires : (X>x) et (Y>y) sont indépendants, tout comme (X>x) et (Y⩽y). C'est ce fait, et lui seul, qui permettra de traiter les minimums et les maximums.
Lemme des coalitions
Propriété
Lemme des coalitions (admis). Soient X1,…,Xn des variables aléatoires mutuellement indépendantes et soit p un entier tel que 1⩽p<n. Alors, pour toutes fonctions ψ et χ pour lesquelles les expressions ont un sens, les variables
ψ(X1,…,Xp)etχ(Xp+1,…,Xn)sont indépendantes. Plus généralement, des fonctions de blocs disjoints de variables mutuellement indépendantes sont indépendantes.
Ce lemme est admis par le programme, et il est infiniment plus utile qu'il n'en a l'air : sans lui, on ne pourrait justifier aucune des manipulations les plus courantes. Il dit en substance que l'indépendance se transmet à tout ce que l'on fabrique à partir de groupes de variables qui ne se recouvrent pas.
Exemple
Trois usages typiques. Soient X1,X2,X3,X4 des variables mutuellement indépendantes.
a. Les variables X1+X2 et X3X4 sont indépendantes : les blocs {X1,X2} et {X3,X4} sont disjoints.
b. Les variables eX1 et max(X2,X3) sont indépendantes, pour la même raison. En particulier, λX1,λX2,… sont mutuellement indépendantes dès que les Xi le sont : c'est le cas ψ(x)=λx appliqué à des blocs réduits à une variable.
c. En revanche, X1+X2 et X2+X3 ne sont pas indépendantes en général : les deux blocs partagent la variable X2, et le lemme ne s'applique pas. C'est l'erreur classique, et elle est immédiate à repérer : il suffit de vérifier que les blocs sont disjoints.
n-uplets, indépendance mutuelle, échantillon
Définition
Soient X1,…,Xn des variables aléatoires réelles définies sur le même espace probabilisé. Le n-uplet (X1,…,Xn) est dit mutuellement indépendant, ou simplement indépendant, lorsque, pour tout n-uplet (x1,…,xn) de réels,
P(i=1⋂n(Xi⩽xi))=i=1∏nP(Xi⩽xi).Définition
Une suite (Xn)n⩾1 de variables aléatoires réelles est dite mutuellement indépendante lorsque, pour tout entier n⩾1, le n-uplet (X1,…,Xn) est mutuellement indépendant.
Un échantillon de taille n d'une loi donnée est un n-uplet (X1,…,Xn) de variables mutuellement indépendantes et de même loi. On dit aussi que les Xi sont indépendantes et identiquement distribuées.
L'échantillon est la modélisation de la répétition d'une expérience dans des conditions identiques : n mesures d'une même grandeur, n durées de vie de composants issus de la même chaîne, n observations d'un même phénomène. C'est le cadre de presque tous les problèmes de concours de cette partie.
Une mise en garde héritée de la première année reste d'actualité : l'indépendance mutuelle est strictement plus forte que l'indépendance deux à deux. Trois variables peuvent être deux à deux indépendantes sans que le triplet le soit. Un énoncé qui écrit « mutuellement indépendantes » donne donc davantage qu'un énoncé qui écrit « deux à deux indépendantes », et il faut lire cette hypothèse avec attention avant de factoriser une probabilité en un produit de n facteurs.
Espérance, covariance et variance d'une somme
Propriété
Linéarité de l'espérance (admise). Soient X1,…,Xn des variables aléatoires réelles admettant chacune une espérance, et soient a1,…,an des réels. Alors i=1∑naiXi admet une espérance et
E(i=1∑naiXi)=i=1∑naiE(Xi).Il faut marteler ce que cet énoncé ne contient pas : aucune hypothèse d'indépendance. La linéarité de l'espérance est vraie pour des variables quelconques, liées ou non, et c'est ce qui en fait l'outil le plus robuste du calcul des probabilités. C'est aussi ce qui la distingue de la variance.
Définition
Soient X et Y deux variables aléatoires réelles admettant chacune un moment d'ordre 2. On appelle covariance de X et Y le réel
Cov(X,Y)=E((X−E(X))(Y−E(Y))).Propriété
Propriétés de la covariance. Soient X, Y, Z des variables admettant un moment d'ordre 2, et soient a, b des réels.
a. König-Huygens. Cov(X,Y)=E(XY)−E(X)E(Y).
b. Symétrie. Cov(X,Y)=Cov(Y,X).
c. Lien avec la variance. Cov(X,X)=V(X).
d. Bilinéarité. Cov(aX+bY,Z)=aCov(X,Z)+bCov(Y,Z), et de même sur la seconde variable.
e. Constantes. Cov(X,b)=0 pour tout réel b.
f. Indépendance. Si X et Y sont indépendantes, alors Cov(X,Y)=0.
Démonstration. a. Posons m=E(X) et m′=E(Y). En développant le produit,
(X−m)(Y−m′)=XY−m′X−mY+mm′.Chacune des quatre variables du membre de droite admet une espérance, et la linéarité donne
Cov(X,Y)=E(XY)−m′E(X)−mE(Y)+mm′=E(XY)−m′m−mm′+mm′=E(XY)−mm′.b. Le produit de deux nombres est commutatif, donc les deux expressions sont identiques.
c. Avec Y=X, la définition redonne E((X−m)2), qui est la variance.
d. Notons mZ=E(Z). La variable aX+bY a pour espérance am+bm′ par linéarité, donc
(aX+bY−(am+bm′))(Z−mZ)=a(X−m)(Z−mZ)+b(Y−m′)(Z−mZ).En prenant l'espérance et en utilisant sa linéarité, on obtient l'égalité annoncée. La bilinéarité sur la seconde variable s'en déduit par symétrie.
e. Si Y est la constante b, alors Y−E(Y) est la variable nulle, donc le produit est nul et son espérance aussi.
f. Si X et Y sont indépendantes, on a E(XY)=E(X)E(Y), donc le point a donne Cov(X,Y)=0. □
Propriété
La réciproque de f est FAUSSE. Deux variables peuvent avoir une covariance nulle sans être indépendantes. La covariance ne détecte que les liaisons linéaires : une liaison parfaite mais non linéaire lui échappe complètement.
Le contre-exemple de référence est celui de première année, et il faut savoir l'écrire de mémoire : X uniforme sur {−1,0,1} et Y=X2 vérifient Cov(X,Y)=0, alors que Y est entièrement déterminée par X. La conséquence rédactionnelle est nette : une covariance nulle ne prouve jamais l'indépendance. Pour établir l'indépendance, on revient toujours à la définition.
Propriété
Variance d'une somme. Soient X1,…,Xn des variables admettant chacune un moment d'ordre 2. Alors leur somme admet un moment d'ordre 2 et
V(i=1∑nXi)=i=1∑nV(Xi)+21⩽i<j⩽n∑Cov(Xi,Xj).En particulier, pour deux variables, V(X+Y)=V(X)+V(Y)+2Cov(X,Y).
Démonstration. Notons mi=E(Xi) et S=i=1∑nXi. Par linéarité de l'espérance, E(S)=i=1∑nmi, donc
S−E(S)=i=1∑n(Xi−mi).Élevons au carré. Le carré d'une somme de n termes est la somme des carrés augmentée du double des produits deux à deux :
(S−E(S))2=i=1∑n(Xi−mi)2+21⩽i<j⩽n∑(Xi−mi)(Xj−mj).Chacune des variables apparaissant au membre de droite admet une espérance : les carrés parce que les Xi admettent un moment d'ordre 2, et les produits croisés parce que les covariances existent sous la même hypothèse. La linéarité de l'espérance donne alors
V(S)=i=1∑nE((Xi−mi)2)+21⩽i<j⩽n∑E((Xi−mi)(Xj−mj)),c'est-à-dire exactement la formule annoncée, par définition de la variance et de la covariance. □
Propriété
Cas de variables indépendantes. Si X1,…,Xn sont deux à deux indépendantes et admettent chacune un moment d'ordre 2, alors
V(i=1∑nXi)=i=1∑nV(Xi).Démonstration. Toutes les covariances Cov(Xi,Xj) pour i<j sont nulles, puisque Xi et Xj sont indépendantes. Le second terme de la formule générale disparaît. □
Ce point est le plus mal traité de tout le chapitre dans les copies, et il mérite qu'on s'y arrête.
L'égalité V(X+Y)=V(X)+V(Y) exige une hypothèse, à savoir l'indépendance, ou au minimum la nullité de la covariance. Elle est fausse en général, et elle l'est spectaculairement : pour Y=X, le membre de gauche vaut V(2X)=4V(X), tandis que le membre de droite vaut 2V(X). Il n'y a donc aucune symétrie entre l'espérance et la variance : la première s'additionne toujours, la seconde presque jamais.
La formule complète, avec le terme 2∑i<jCov(Xi,Xj), est en revanche toujours vraie. Dans le doute, c'est elle qu'on écrit, quitte à annuler ensuite les covariances en invoquant explicitement l'indépendance. Une copie qui écrit « les variables étant indépendantes, les covariances sont nulles, donc V(S)=∑V(Xi) » obtient tous les points ; une copie qui écrit directement la somme des variances sans un mot d'hypothèse n'en obtient aucun.
Il faut enfin noter une asymétrie subtile : la variance d'une somme ne réclame que l'indépendance deux à deux, puisque seules des covariances de paires interviennent. C'est l'un des rares endroits du programme où cette hypothèse affaiblie suffit.
Définition
Soient X et Y deux variables admettant un moment d'ordre 2, avec σ(X)=0 et σ(Y)=0. On appelle coefficient de corrélation linéaire de X et Y le réel
ρ(X,Y)=σ(X)σ(Y)Cov(X,Y),qui veˊrifie−1⩽ρ(X,Y)⩽1.L'encadrement est admis, comme en première année. Le coefficient ρ est la covariance rendue sans dimension : il ne dépend plus des unités, ce qui permet de comparer des situations hétérogènes. Sa valeur absolue vaut 1 si et seulement si les deux variables sont liées par une relation affine.
Somme de deux variables indépendantes : le produit de convolution
Propriété
Produit de convolution (admis). Soient X et Y deux variables à densité indépendantes, de densités respectives f et g. Alors S=X+Y est une variable à densité, et une densité de S est donnée par
h(x)=∫−∞+∞f(t)g(x−t)dt,pour tout réel x en lequel cette intégrale converge.
Le texte officiel du programme précise que, en cas d'utilisation du produit de convolution, la preuve de sa légitimité n'est pas exigible. On utilise donc ce théorème librement, en signalant qu'il est admis, et l'on ne cherche jamais à justifier l'existence de la densité de la somme.
La formule est symétrique en X et Y : on peut aussi bien écrire h(x)=∫−∞+∞g(t)f(x−t)dt, et il faut choisir celle des deux qui rend le calcul le plus simple. Toute la difficulté pratique se concentre en un seul point, et il est essentiel de le repérer.
Méthode
Calculer une densité de X+Y par convolution. L'intégrale est écrite sur R tout entier, mais elle ne porte en réalité que sur une partie de R, et déterminer laquelle est tout le travail.
- Écrire les deux conditions de non-nullité : f(t)=0 d'une part, g(x−t)=0 d'autre part. La seconde est une condition sur t et sur x, et c'est elle qu'on oublie.
- Résoudre le système formé par ces deux conditions, d'inconnue t, en discutant selon la valeur de x. On obtient un intervalle d'intégration qui dépend de x, et parfois un ensemble vide, ce qui donne h(x)=0.
- Discuter selon les valeurs de x : il y a en général deux ou trois zones, et le support de S se lit sur cette discussion.
- Calculer l'intégrale sur l'intervalle trouvé, puis contrôler que l'intégrale de h sur R vaut 1.
Exemple
Somme de deux lois exponentielles de même paramètre. Soient X et Y deux variables indépendantes de même loi E(λ), et posons S=X+Y. Leur densité commune est f(t)=λe−λt pour t>0, nulle sinon.
Étape 1 : les conditions de non-nullité. Le produit f(t)f(x−t) est non nul si et seulement si les deux conditions suivantes sont réunies :
t>0etx−t>0, c’est-aˋ-dire t<x.Étape 2 : la discussion. Si x⩽0, aucun réel t ne vérifie à la fois t>0 et t<x : l'intégrande est identiquement nul et h(x)=0. Si x>0, la condition devient 0<t<x, et l'intégrale porte sur le segment [0,x].
Étape 3 : le calcul. Pour x>0,
h(x)=∫0xλe−λt×λe−λ(x−t)dt=λ2∫0xe−λt−λx+λtdt=λ2e−λx∫0xdt=λ2xe−λx.Le point remarquable est que les exponentielles se simplifient entièrement, l'intégrande ne dépendant plus de t.
Étape 4 : le contrôle. La fonction h est positive, continue sur R sauf en 0, et
∫0+∞λ2xe−λxdx=λ∫0+∞xλe−λxdx=λ×λ1=1,en reconnaissant l'espérance de la loi E(λ). C'est bien une densité.
Conclusion. La somme de deux variables exponentielles indépendantes de même paramètre n'est pas exponentielle : sa densité λ2xe−λx s'annule en 0, alors qu'une densité exponentielle y vaut λ. On vérifie en revanche que E(S)=λ2, conformément à la linéarité de l'espérance.
Propriété
Théorèmes de stabilité (admis). Les résultats suivants sont admis, l'hypothèse d'indépendance étant à chaque fois indispensable.
a. Lois normales. Si X↪N(m1,σ12) et Y↪N(m2,σ22) sont indépendantes, alors
X+Y↪N(m1+m2, σ12+σ22).b. Lois gamma. Si X↪γ(ν1) et Y↪γ(ν2) sont indépendantes, alors X+Y↪γ(ν1+ν2).
c. Lois de Poisson. Si X↪P(λ1) et Y↪P(λ2) sont indépendantes, alors X+Y↪P(λ1+λ2).
d. Lois binomiales de même paramètre p. Si X↪B(n1,p) et Y↪B(n2,p) sont indépendantes, alors X+Y↪B(n1+n2,p).
Ces quatre énoncés se généralisent par récurrence immédiate à n variables mutuellement indépendantes. Deux mises en garde, cependant.
D'abord, l'hypothèse d'indépendance n'est pas décorative. Sans elle, tous ces énoncés sont faux, et le contre-exemple est toujours le même : prendre Y=X. Pour des lois normales, X+X=2X suit la loi N(2m,4σ2), et non N(2m,2σ2).
Ensuite, la stabilité est l'exception, pas la règle. Les lois uniformes ne sont pas stables par somme, les lois exponentielles non plus, les lois géométriques non plus. En dehors de la liste ci-dessus, il faut calculer, par convolution dans le cas continu et par la formule de la somme discrète dans le cas discret.
Propriété
Somme de n lois exponentielles de même paramètre. Soient X1,…,Xn des variables mutuellement indépendantes de même loi E(λ). Alors
λi=1∑nXi↪γ(n).Démonstration. Première étape : la loi de λXi. Le théorème de la transformation affine, appliqué avec a=λ>0 et b=0, donne pour densité de λXi la fonction
y⟼λ1f(λy)=λ1×λe−λ×λy=e−ypour y>0,et 0 sinon. C'est la densité de E(1), c'est-à-dire de γ(1) d'après le cas particulier établi plus haut. Donc λXi↪γ(1) pour tout i.
Deuxième étape : l'indépendance est conservée. Chaque variable λXi est une fonction de la seule variable Xi, et les blocs {X1},…,{Xn} sont deux à deux disjoints. Le lemme des coalitions assure donc que λX1,…,λXn sont mutuellement indépendantes.
Troisième étape : la stabilité. Le théorème de stabilité des lois gamma, appliqué par récurrence à n variables mutuellement indépendantes de loi γ(1), donne
i=1∑nλXi↪γ(n termes1+1+⋯+1)=γ(n).Comme i=1∑nλXi=λi=1∑nXi, le résultat est démontré. □
Ce résultat est le classique de la filière, et il est presque toujours posé sous cette forme : on ne dit jamais que la somme des Xi suit une loi gamma, ce qui serait faux avec un seul paramètre, on dit que λ fois la somme suit γ(n). On en déduit immédiatement, pour S=∑i=1nXi :
E(λS)=ndoncE(S)=λn,V(λS)=ndoncV(S)=λ2n,ce qui recoupe le calcul direct par linéarité et indépendance. Le cas n=2 redonne la densité λ2xe−λx calculée plus haut par convolution.
Minimum et maximum d'un n-uplet de variables indépendantes
Propriété
Loi du maximum et du minimum. Soient X1,…,Xn des variables aléatoires réelles mutuellement indépendantes, de fonctions de répartition F1,…,Fn. Posons
M=max(X1,…,Xn)etN=min(X1,…,Xn).Alors, pour tout réel x :
FM(x)=i=1∏nFi(x),P(N>x)=i=1∏nP(Xi>x)=i=1∏n(1−Fi(x)).Démonstration. Le maximum. Soit x un réel. Dire que le plus grand des Xi est inférieur ou égal à x, c'est dire que tous les Xi le sont :
(M⩽x)=i=1⋂n(Xi⩽x).Les variables étant mutuellement indépendantes, la probabilité de cette intersection est le produit des probabilités, d'où
FM(x)=i=1∏nP(Xi⩽x)=i=1∏nFi(x).Le minimum. Le même raisonnement ne s'applique pas directement à (N⩽x), qui signifie « au moins un des Xi est inférieur ou égal à x » : une réunion ne se factorise pas. On passe donc par l'événement contraire. Dire que le plus petit des Xi est strictement supérieur à x, c'est dire que tous le sont :
(N>x)=i=1⋂n(Xi>x).L'indépendance mutuelle des variables entraîne celle des événements (Xi>x), qui sont les contraires des (Xi⩽x), d'où
P(N>x)=i=1∏nP(Xi>x)=i=1∏n(1−Fi(x)),et donc FN(x)=1−i=1∏n(1−Fi(x)). □
Méthode
Déterminer la loi d'un minimum ou d'un maximum. La règle est simple et ne souffre pas d'exception.
- Maximum : passer par FM(x)=P(M⩽x), car « le max est petit » signifie « tous sont petits », ce qui est une intersection.
- Minimum : passer par P(N>x), car « le min est grand » signifie « tous sont grands », ce qui est aussi une intersection. On revient ensuite à FN=1−P(N>x).
- Dans les deux cas, factoriser en invoquant explicitement l'indépendance, puis dériver si l'on veut une densité.
Propriété
Minimum de variables exponentielles. Soient X1,…,Xn des variables mutuellement indépendantes, avec Xi↪E(λi). Alors
min(X1,…,Xn)↪E(i=1∑nλi).Démonstration. Notons N le minimum et Λ=i=1∑nλi. Toutes les variables étant positives, N l'est aussi, donc FN(x)=0 pour x<0. Soit x⩾0. La propriété précédente donne
P(N>x)=i=1∏nP(Xi>x)=i=1∏ne−λix=e−(∑i=1nλi)x=e−Λx,en utilisant la queue de la loi exponentielle puis la règle de produit des exponentielles. Par conséquent,
FN(x)=1−e−Λxpour x⩾0.On reconnaît la fonction de répartition de la loi E(Λ), donc N↪E(Λ) d'après le théorème de caractérisation. □
L'interprétation est parlante et vaut d'être retenue : si n composants indépendants tombent en panne selon des lois exponentielles, l'instant de la première panne suit encore une loi exponentielle, dont le paramètre est la somme des paramètres. Les taux de défaillance s'additionnent. Pour n composants identiques de loi E(λ), le minimum suit E(nλ), donc la durée moyenne avant la première panne vaut nλ1 : elle est divisée par n.
Le maximum, lui, n'a jamais de loi usuelle. On le traite systématiquement par sa fonction de répartition, comme le montre l'exemple suivant.
Exemple
Maximum d'un échantillon uniforme. Soient X1,…,Xn des variables mutuellement indépendantes, toutes de loi U([0,1]), et soit M=max(X1,…,Xn).
Fonction de répartition. Toutes les Xi prenant leurs valeurs dans [0,1], il en va de même de M. Pour x∈[0,1], les fonctions de répartition valant toutes Fi(x)=x, on obtient
FM(x)=i=1∏nx=xn.On complète par FM(x)=0 pour x<0 et FM(x)=1 pour x>1.
Densité. La fonction FM est continue sur R et de classe C1 sauf en 0 et en 1. En dérivant,
fM(x)=nxn−1 pour x∈]0,1[,fM(x)=0 sinon.Espérance. Le support étant borné, l'espérance existe, et
E(M)=∫01x×nxn−1dx=n∫01xndx=n[n+1xn+1]01=n+1n.Le résultat est conforme à l'intuition : plus l'échantillon est grand, plus le maximum se rapproche de 1, sans jamais l'atteindre.
Moyenne d'un échantillon
Définition
Soit (X1,…,Xn) un échantillon d'une loi admettant une espérance m et une variance σ2. On appelle moyenne de l'échantillon la variable aléatoire
Xn=n1i=1∑nXi.Propriété
Espérance et variance de la moyenne. Avec les notations ci-dessus,
E(Xn)=metV(Xn)=nσ2.Démonstration. Espérance. Les Xi ayant toutes la loi commune de l'échantillon, elles ont toutes la même espérance m. La linéarité de l'espérance, qui ne demande aucune hypothèse, donne
E(Xn)=n1i=1∑nE(Xi)=n1×nm=m.Variance. Les variables sont mutuellement indépendantes, donc en particulier deux à deux indépendantes, et toutes leurs covariances deux à deux sont nulles. La variance d'une somme se réduit à la somme des variances, et la formule V(aZ)=a2V(Z) appliquée avec a=n1 donne
V(Xn)=n21V(i=1∑nXi)=n21i=1∑nV(Xi)=n2nσ2=nσ2.□Ces deux résultats se lisent ensemble, et leur lecture conjointe est la conclusion naturelle du chapitre.
La moyenne d'un échantillon a la même espérance que chacune des observations : moyenner ne déplace pas le centre. En revanche, sa variance est divisée par n, donc son écart-type est divisé par n. Autrement dit, la moyenne de plusieurs observations est bien moins dispersée qu'une observation isolée, et cette dispersion diminue quand la taille de l'échantillon augmente.
C'est la justification mathématique d'une pratique universelle : pour mesurer une grandeur avec précision, on répète la mesure et l'on moyenne. Avec n=100 observations, l'écart-type de la moyenne est dix fois plus petit que celui d'une mesure isolée. On notera la lenteur du gain : diviser l'écart-type par dix exige de multiplier par cent le nombre d'observations.
Exemple
Une machine produit des pièces dont la masse suit une loi d'espérance m=250 grammes et d'écart-type σ=6 grammes, donc de variance σ2=36. On prélève un échantillon de n=36 pièces, les masses étant supposées mutuellement indépendantes.
La masse moyenne X36 de l'échantillon vérifie
E(X36)=250,V(X36)=nσ2=3636=1,σ(X36)=1.L'écart-type est passé de 6 grammes pour une pièce isolée à 1 gramme pour la moyenne de trente-six pièces, soit une division par 36=6.
Les méthodes du chapitre
Cette section rassemble les gestes techniques du chapitre. Aucune notion nouvelle n'y figure : tout ce qui suit a été établi plus haut, il s'agit seulement de savoir quel outil sortir devant quel énoncé, et dans quel ordre écrire les lignes.
Méthode
Méthode 1. Reconnaître une densité. Donnée : une fonction f, éventuellement définie par morceaux.
- Positivité sur R tout entier, y compris là où f est nulle ; discuter le signe d'un éventuel paramètre.
- Continuité sauf en un nombre fini de points : nommer les morceaux, justifier la continuité sur chacun, compter les points de raccordement.
- Convergence de ∫−∞+∞f, puis valeur 1 : énoncer la convergence avec son argument avant de calculer.
Aucune de ces trois vérifications n'est facultative, et l'ordre est celui-ci.
Méthode
Méthode 2. Déterminer une constante de normalisation. Donnée : f dépend d'une constante c inconnue.
- Découper ∫−∞+∞f(t)dt sur les morceaux où f n'est pas nulle.
- Étudier la convergence : si l'intégrale diverge, aucune valeur de c ne convient et c'est la réponse.
- Calculer sur un segment, passer à la limite, résoudre l'équation obtenue en c.
- Vérifier la positivité avec la valeur trouvée : c'est cette étape qui valide la réponse.
Méthode
Méthode 3. Passer de F à f et réciproquement.
- De F à f : vérifier que F est continue sur R et de classe C1 sauf en un nombre fini de points, puis dériver morceau par morceau. Aux points de raccordement, poser f=0 ou toute autre valeur positive.
- De f à F : calculer F(x)=∫−∞xf(t)dt en distinguant les zones délimitées par les bornes du support, puis contrôler la continuité aux raccords.
Méthode
Méthode 4. Déterminer la loi de Y=g(X). Une seule méthode : celle de la fonction de répartition.
- Support : déterminer Y(Ω) à partir de X(Ω).
- Définition : écrire FY(y)=P(g(X)⩽y).
- Résoudre l'inéquation g(t)⩽y d'inconnue t pour se ramener à FX, en surveillant le sens des inégalités. Si g n'est pas monotone, on obtient un encadrement et FY fait intervenir une différence de deux valeurs de FX.
- Dériver morceau par morceau après avoir vérifié la continuité de FY.
Cas particulier à connaître par cœur : pour Y=aX+b avec a=0, on a directement fY(y)=∣a∣1f(ay−b).
Méthode
Méthode 5. Justifier l'existence d'une espérance. Avant tout calcul, sans exception.
- Support borné : t↦tf(t) est continue par morceaux sur un segment, l'intégrale n'est pas impropre. Une ligne.
- Variable positive : la convergence absolue équivaut à la convergence ; étudier ∫0+∞tf(t)dt par comparaison, équivalent, ou croissances comparées.
- Signe quelconque : étudier ∫−∞+∞∣t∣f(t)dt en séparant les deux demi-droites.
- Loi usuelle : citer le cours, qui donne l'existence en même temps que la valeur.
Même démarche pour la variance, avec le moment d'ordre 2.
Méthode
Méthode 6. Calculer une espérance par le théorème de transfert. L'énoncé demande E(g(X)), E(X2), E(eX), E(X1).
- Écrire E(g(X))=∫−∞+∞g(t)f(t)dt, en citant le théorème de transfert.
- Justifier la convergence absolue de cette intégrale.
- Calculer, le plus souvent par intégration par parties sur un segment puis passage à la limite.
On ne cherche jamais la loi de g(X) pour en calculer l'espérance : c'est exactement ce que le transfert évite.
Méthode
Méthode 7. Déterminer la loi d'une somme par convolution. Hypothèse indispensable : X et Y indépendantes, toutes deux à densité.
- Écrire h(x)=∫−∞+∞f(t)g(x−t)dt, en signalant que le théorème est admis.
- Écrire les deux conditions de non-nullité, f(t)=0 et g(x−t)=0, la seconde portant sur t et sur x.
- Discuter selon x pour trouver l'intervalle d'intégration ; certaines valeurs de x donnent un ensemble vide, donc h(x)=0.
- Calculer, puis contrôler que ∫−∞+∞h=1.
Avant de se lancer, vérifier si un théorème de stabilité s'applique (normales, gamma, Poisson, binomiales de même p) : il donne le résultat sans aucun calcul.
Méthode
Méthode 8. Déterminer la loi d'un minimum ou d'un maximum. Hypothèse indispensable : variables mutuellement indépendantes.
- Maximum : (M⩽x)=⋂i(Xi⩽x), donc FM(x)=∏iFi(x).
- Minimum : (N>x)=⋂i(Xi>x), donc P(N>x)=∏i(1−Fi(x)), puis FN=1−P(N>x).
Dans les deux cas, invoquer explicitement l'indépendance au moment de factoriser, puis dériver pour obtenir une densité. Résultat à connaître : le minimum de n variables E(λi) indépendantes suit E(∑iλi).
Méthode
Méthode 9. Utiliser la table de la loi normale. Donnée : X↪N(m,σ2).
- Centrer et réduire en appliquant z↦σz−m à tous les membres de l'inégalité.
- Exprimer avec Φ : P(Z⩽u)=Φ(u), P(Z⩾u)=1−Φ(u), P(u⩽Z⩽v)=Φ(v)−Φ(u).
- Éliminer les arguments négatifs par Φ(−u)=1−Φ(u).
- Lire la table. Pour un événement symétrique, utiliser P(∣Z∣⩽u)=2Φ(u)−1.
Valeurs à connaître : Φ(1,96)≈0,975 et Φ(2,58)≈0,995.
Méthode
Méthode 10. Utiliser la formule de l'espérance totale. Signal : l'expérience se déroule en deux temps, le premier déterminant la loi du second.
- Choisir le système complet (Ai) décrivant le premier temps, et vérifier que chaque P(Ai) est non nul.
- Identifier la loi conditionnelle de X sachant Ai, presque toujours une loi usuelle, et en citer l'espérance.
- Écrire E(X)=∑iP(Ai)E(X∣Ai) et calculer la somme.
À ne pas confondre avec la formule des probabilités totales, qui donne P(X=xk) et non E(X).
Erreurs classiques
Voici les erreurs qui coûtent le plus de points aux concours sur ce chapitre. Elles reviennent copie après copie, et elles sont toutes évitables par une relecture ciblée.
Erreur 1. Écrire P(X=a)=0 pour une variable à densité. C'est l'erreur fondatrice, et elle prend souvent la forme d'un raisonnement discret plaqué sur une variable continue : on cherche « la valeur la plus probable », on écrit P(X=2) à partir de la densité, ou l'on somme des P(X=x) pour retrouver 1. Pour une variable à densité, FX est continue, donc P(X=a)=FX(a)−FX(a−)=0 pour tout réel a. La densité f(a) n'est pas une probabilité : elle peut d'ailleurs dépasser 1, comme dans le cas de U([0,21]) où elle vaut 2. Seule une aire est une probabilité.
Erreur 2. Calculer une espérance sans justifier la convergence. Écrire E(X)=∫−∞+∞tf(t)dt puis calculer, sans un mot sur la convergence absolue, c'est perdre les points de la question même si le résultat numérique est juste. Il existe des variables à densité sans espérance, l'exemple de densité t21 sur [1,+∞[ est là pour le rappeler. La rédaction attendue tient en une phrase : « la variable étant positive, la convergence absolue équivaut à la convergence, et l'intégrale converge par croissances comparées, donc X admet une espérance ». Même exigence pour la variance, avec le moment d'ordre 2.
Erreur 3. « Dériver la densité » pour obtenir la loi de g(X). On voit régulièrement des copies écrire fY(y)=f(g(y)), ou composer g avec f, ou dériver f. Aucune de ces opérations n'a de sens. La loi d'une transformée se cherche toujours par la fonction de répartition, en quatre étapes, et la dérivation n'intervient qu'à la fin, sur FY et non sur f. Le seul raccourci autorisé est la formule de la transformation affine, qui a été démontrée précisément pour éviter de refaire les quatre étapes à chaque fois.
Erreur 4. Oublier le facteur ∣a∣1 dans la densité de aX+b. L'oubli se produit surtout quand a est négatif, ou lorsqu'on enchaîne les transformations. La formule correcte est fY(y)=∣a∣1f(ay−b), avec une valeur absolue, et non a1. Le contrôle est immédiat : sans ce facteur, l'intégrale de fY ne vaut pas 1, et avec a1 pour a<0, la « densité » serait négative. Un signe négatif devant une densité est toujours le signe d'une erreur.
Erreur 5. Additionner les variances sans hypothèse d'indépendance. L'égalité V(X+Y)=V(X)+V(Y) n'est vraie que si Cov(X,Y)=0, ce qui est assuré par l'indépendance. Sans hypothèse, la formule correcte est V(X+Y)=V(X)+V(Y)+2Cov(X,Y). Le contre-exemple tient en une ligne : pour Y=X, le membre de gauche vaut 4V(X) et le membre de droite 2V(X). Dans le doute, on écrit la formule complète, qui est toujours vraie, et l'on annule ensuite les covariances en citant l'hypothèse.
Erreur 6. Croire qu'une covariance nulle entraîne l'indépendance. L'implication ne vaut que dans un sens : indépendantes entraîne covariance nulle. La réciproque est fausse, et le contre-exemple X uniforme sur {−1,0,1} avec Y=X2 est à savoir écrire de mémoire. La covariance ne détecte que les liaisons linéaires. Conséquence rédactionnelle : pour établir une indépendance, on revient toujours à la définition, jamais à un calcul de covariance.
Erreur 7. Confondre Φ(−x)=1−Φ(x) avec Φ(−x)=−Φ(x). La seconde écriture est absurde : Φ est à valeurs dans [0,1], elle ne peut pas être négative. La fonction impaire est x↦Φ(x)−21, pas Φ elle-même. La formule correcte se retrouve sans effort en pensant aux aires : l'aire à gauche de −x est égale à l'aire à droite de x, c'est-à-dire à 1−Φ(x). Erreur voisine et tout aussi fréquente : confondre les deux paramètres de N(m,σ2), en centrant et réduisant avec la variance au lieu de l'écart-type. On divise par σ, jamais par σ2.
Erreur 8. Oublier de préciser le support d'une densité. Écrire « f(t)=λe−λt » sans ajouter « pour t>0, et f(t)=0 sinon » est une réponse incomplète, et souvent fausse : la fonction t↦λe−λt sur R tout entier n'est pas intégrable en −∞. Une densité se donne toujours sur R tout entier, avec la mention explicite de la zone où elle est nulle. La même exigence vaut pour une fonction de répartition, qui doit être définie sur R, y compris avant et après le support.
Erreur 9. Croire que la somme de deux uniformes est uniforme. Elle ne l'est pas, et le résultat de la convolution le montre : la somme de deux variables U([0,1]) indépendantes a une densité triangulaire, nulle en 0 et en 2, maximale en 1. Plus généralement, la stabilité par somme est l'exception : elle ne vaut que pour les lois normales, les lois gamma, les lois de Poisson et les lois binomiales de même paramètre p, et toujours sous hypothèse d'indépendance. En dehors de cette liste, on calcule. Corollaire du même type : la somme de deux exponentielles indépendantes de même paramètre n'est pas exponentielle, sa densité est λ2xe−λx.
Erreur 10. Utiliser une loi gamma à deux paramètres. Seule la loi γ(ν), à un paramètre, est au programme ECG. Écrire γ(n,λ) pour la somme de n variables E(λ) indépendantes est hors programme, donc sanctionné. La formulation correcte, et la seule attendue, est
λi=1∑nXi↪γ(n),c'est-à-dire que l'on multiplie la somme par λ avant d'identifier la loi. Le passage se fait par λXi↪γ(1), à justifier par la transformation affine.
Erreur 11. Confondre médiane et espérance. La médiane d'une variable à densité est le réel μ tel que FX(μ)=21 ; l'espérance est ∫tf(t)dt. Les deux coïncident lorsque la densité est symétrique, ce qui est le cas de la loi uniforme et de la loi normale, mais pas en général. Pour X↪E(λ), l'équation 1−e−λμ=21 donne μ=λln2≈λ0,693, nettement inférieur à l'espérance λ1 : plus de la moitié des composants tombent en panne avant la durée de vie moyenne. Une loi dissymétrique n'a aucune raison d'avoir sa médiane au centre.
Erreur 12. Appliquer le lemme des coalitions à des blocs qui se recouvrent. Le lemme n'affirme l'indépendance que pour des fonctions de blocs disjoints. Les variables X1+X2 et X2+X3 partagent X2 : elles ne sont pas indépendantes, et leur covariance vaut d'ailleurs V(X2). Avant toute factorisation d'une probabilité en produit, ou toute suppression d'une covariance, il faut donc vérifier que les groupes de variables invoqués ne se recouvrent pas.
Les exercices
36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Lire une fonction de répartition
Fonction de répartition d'une variable aléatoire réelle quelconqueVariable aléatoire à densité : définition et reconnaissance d'une densité
Soit X une variable aléatoire réelle définie sur un espace probabilisé (Ω,A,P), dont la fonction de répartition FX est donnée par
FX(x)FX(x)FX(x)=0si x<0,=4x2si 0⩽x⩽2,=1si x>2.-
Vérifier que FX possède les trois propriétés caractéristiques d'une fonction de répartition.
-
Calculer P(X⩽1), P(X>1,5), P(0,5⩽X⩽1,5) et P(X=1). Préciser à chaque fois ce que l'on lit sur la courbe.
-
Justifier que X est une variable à densité, puis en donner une densité.
-
Calculer E(X) et V(X).
Exercice 2 ★★★★ — Reconnaître une densité de probabilité
Variable aléatoire à densité : définition et reconnaissance d'une densité
On rappelle qu'une fonction f définie sur R est une densité de probabilité lorsqu'elle vérifie les trois conditions suivantes : f est positive sur R ; f est continue sur R sauf éventuellement en un nombre fini de points ; l'intégrale ∫−∞+∞f(t)dt converge et vaut 1.
-
Pour chacune des fonctions suivantes, dire si elle est une densité de probabilité, en vérifiant les trois conditions.
a. f(x)=21 sur [−1,1], nulle ailleurs.
b. f(x)=x sur [0,1], nulle ailleurs.
c. f(x)=3x2 sur [0,1], nulle ailleurs.
d. f(x)=x21 sur [1,+∞[, nulle ailleurs.
e. f(x)=−e−x sur [0,+∞[, nulle ailleurs.
-
Déterminer le réel c pour que la fonction définie par f(x)=cx(1−x) sur [0,1] et nulle ailleurs soit une densité de probabilité.
-
Déterminer le réel c pour que la fonction définie par f(x)=ce−3x sur [0,+∞[ et nulle ailleurs soit une densité de probabilité. Reconnaître alors la loi dont f est une densité.
Exercice 3 ★★★★ — Calculer des probabilités à partir d'une densité
Variable aléatoire à densité : définition et reconnaissance d'une densitéFonction de répartition d'une variable aléatoire réelle quelconque
Soit X une variable aléatoire réelle admettant pour densité la fonction f définie sur R par f(x)=3x2 si x∈[0,1], et f(x)=0 sinon.
-
Vérifier que f est bien une densité de probabilité.
-
Déterminer la fonction de répartition FX de X sur R, en distinguant les trois cas.
-
Calculer les probabilités suivantes.
a. P(X⩽21)
b. P(X⩾43)
c. P(41⩽X⩽21)
d. P(X=21)
-
Calculer la probabilité conditionnelle P(X⩾21)(X⩾43) et l'interpréter.
Exercice 4 ★★★★ — Attente du tramway
Loi uniforme sur un segment
Un tramway dessert un arrêt avec une régularité parfaite : il y passe exactement toutes les 12 minutes. Un voyageur se présente à cet arrêt à un instant quelconque, sans connaître les horaires. On note X son temps d'attente, exprimé en minutes, et on admet que X↪U([0,12]).
-
Donner une densité de X, puis sa fonction de répartition FX.
-
Calculer P(X⩽5), P(X⩾8) et P(3⩽X⩽7).
-
Calculer E(X), V(X) et σ(X), puis interpréter ces trois valeurs.
-
Le voyageur attend déjà depuis 4 minutes. Calculer P(X⩾4)(X⩾8), puis comparer cette valeur à P(X⩾4). Que peut-on en conclure sur la « mémoire » de la loi uniforme ?
Exercice 5 ★★★★ — Durée de vie d'une ampoule
Loi exponentielle et absence de mémoire
La durée de vie, exprimée en heures, d'une ampoule d'un certain modèle est modélisée par une variable aléatoire X telle que X↪E(λ), avec λ=50001.
On donne les valeurs approchées suivantes : e−0,4≈0,6703, e−0,6≈0,5488, e−1≈0,3679, e−1,6≈0,2019, ln(0,9)≈−0,1054 et ln(2)≈0,6931.
-
Donner une densité de X et sa fonction de répartition, puis E(X) et σ(X).
-
Calculer P(X>5000), P(X⩽2000) et P(3000⩽X⩽8000), en donnant une valeur approchée à 10−3 près.
-
Déterminer la durée t, en heures, telle que P(X>t)=0,9.
-
La durée de vie moyenne vaut 5000 heures, et pourtant P(X>5000)≈0,37 seulement. Expliquer ce phénomène.
Exercice 6 ★★★★ — Lecture de la table de la loi normale
Loi normale, centrage-réduction et lecture de la table
On note Φ la fonction de répartition de la loi normale centrée réduite. On dispose de l'extrait de table suivant.
| t | 0,5 | 1 | 1,5 | 2 | 2,5 |
|---|---|---|---|---|---|
| Φ(t) | 0,6915 | 0,8413 | 0,9332 | 0,9772 | 0,9938 |
-
Soit Z↪N(0,1). Calculer les probabilités suivantes.
a. P(Z⩽1)
b. P(Z⩾1)
c. P(−1⩽Z⩽1)
d. P(Z⩽−1,5)
e. P(∣Z∣⩾2)
-
Soit Y↪N(20,16). Calculer P(Y⩽24), P(16⩽Y⩽28) et P(Y⩾30) en passant par la variable centrée réduite associée.
-
Déterminer le réel positif a tel que P(20−a⩽Y⩽20+a)=0,9544.
Exercice 7 ★★★★ — Transformation affine d'une variable à densité
Loi d'une transformée : transformation affine et méthode de la fonction de répartitionLoi uniforme sur un segmentLoi exponentielle et absence de mémoire
Dans tout l'exercice, la loi d'une transformée se cherche par la méthode de la fonction de répartition : on écrit FY(y)=P(Y⩽y), on traduit l'événement en un événement portant sur X, on l'exprime à l'aide de FX, puis on dérive.
-
Soit X↪U([0,1]) et Y=3X+2. Montrer que Y↪U([2,5]).
-
Soit λ>0, soit X↪E(λ) et Y=2X. Montrer que Y↪E(2λ).
-
Soit X↪E(1) et Y=−X. Déterminer une densité de Y. On prendra garde au sens des inégalités.
-
Cas général. Soit X une variable à densité, de densité f et de fonction de répartition FX, soient a et b deux réels avec a=0, et soit Y=aX+b. Établir que Y est une variable à densité et que
en traitant séparément les cas a>0 et a<0. Retrouver enfin E(Y)=aE(X)+b et V(Y)=a2V(X).
Exercice 8 ★★★★ — Espérance et variance à partir d'une densité
Espérance d'une variable à densité : existence, théorème de transfert, linéaritéVariance, écart-type et moments d'une variable à densité
Les deux questions sont indépendantes l'une de l'autre.
-
Soit X une variable aléatoire réelle de densité f définie sur R par f(x)=2x si x∈[0,1], et f(x)=0 sinon. Justifier l'existence de E(X), puis calculer E(X), E(X2), V(X) et σ(X).
-
Soit Y une variable aléatoire réelle de densité g définie sur R par g(y)=y32 si y⩾1, et g(y)=0 sinon.
a. Vérifier que g est bien une densité de probabilité.
b. Montrer que E(Y) existe, puis calculer sa valeur.
c. Montrer que E(Y2) n'existe pas. Qu'en conclut-on quant à la variance de Y ?
Exercice 9 ★★★★ — Formule de l'espérance totale
Espérance conditionnelle et formule de l'espérance totale
Une usine fabrique des pièces dans trois ateliers, qui assurent respectivement 50%, 30% et 20% de la production totale. On prélève une pièce au hasard dans cette production, et on note A1, A2 et A3 les événements « la pièce provient du premier atelier », « du deuxième atelier », « du troisième atelier ».
On note X le nombre de défauts de la pièce prélevée, qui vaut 0 ou 1. Sachant l'atelier d'origine, X suit une loi de Bernoulli de paramètre 0,2 pour A1, 0,5 pour A2 et 0,8 pour A3.
-
Donner E(X∣A1), E(X∣A2) et E(X∣A3).
-
En déduire E(X) par la formule de l'espérance totale.
-
Retrouver ce résultat en déterminant d'abord la loi de X.
-
Chaque défaut coûte 3 euros de reprise, de sorte que le coût de reprise d'une pièce est Y=3X euros. Calculer E(Y).
-
On prélève une pièce et l'on constate qu'elle présente un défaut. Quelle est la probabilité qu'elle provienne du troisième atelier ?
Exercice 10 ★★★★ — Constante de normalisation et étude complète
Variable aléatoire à densité : définition et reconnaissance d'une densitéEspérance d'une variable à densité : existence, théorème de transfert, linéaritéVariance, écart-type et moments d'une variable à densité
Soit c un réel. On considère la fonction f définie sur R par
f(x)=c(1−x2) si x∈[−1,1],f(x)=0 sinon.-
Déterminer la valeur de c pour laquelle f est une densité de probabilité.
-
Dans toute la suite, X désigne une variable aléatoire à densité admettant f pour densité. Déterminer la fonction de répartition FX de X sur chacun des trois intervalles ]−∞,−1[, [−1,1] et ]1,+∞[.
-
Montrer que X admet une espérance et la calculer.
-
Montrer que X admet une variance et la calculer.
-
Calculer P(∣X∣⩽21).
-
Calculer la probabilité conditionnelle P(X⩾0)(X⩾21).
Exercice 11 ★★★★ — Loi du carré d'une variable uniforme
Loi d'une transformée : transformation affine et méthode de la fonction de répartitionFonction de répartition d'une variable aléatoire réelle quelconqueLoi uniforme sur un segment
Soit X une variable aléatoire telle que X↪U([0,1]).
-
On pose Y=X2. Déterminer Y(Ω), puis la fonction de répartition FY de Y sur R. En déduire que Y est une variable à densité et en donner une densité fY. Vérifier que fY est bien une densité de probabilité, bien qu'elle ne soit pas bornée au voisinage de 0.
-
Calculer E(Y) de deux façons : par le théorème de transfert appliqué à X, puis à partir de la densité fY obtenue à la question précédente. Les deux résultats doivent coïncider.
-
Calculer V(Y).
-
On pose maintenant Z=X. Déterminer FZ, en déduire une densité fZ, puis calculer E(Z).
-
Expliquer pourquoi on ne peut pas obtenir la loi de Y=X2 en « dérivant la densité de X », et énoncer la méthode correcte.
Exercice 12 ★★★★ — Absence de mémoire de la loi exponentielle
Loi exponentielle et absence de mémoireFonction de répartition d'une variable aléatoire réelle quelconque
- Soit λ>0 et soit X une variable aléatoire telle que X↪E(λ). Démontrer que, pour tous réels s⩾0 et t⩾0,
-
Interpréter concrètement cette propriété lorsque X modélise la durée de vie d'une machine.
-
La durée de vie, en années, d'un composant électronique est modélisée par une variable X telle que X↪E(81). Calculer P(X>4), puis P(X>4)(X>10). On donnera les valeurs décimales arrondies à 10−4 près.
-
On remplace le modèle précédent par une variable Y telle que Y↪U([0,20]). Calculer P(Y>4)(Y>10) et comparer à P(Y>6). Que peut-on en conclure sur la propriété de la question 1. ?
-
On revient au modèle exponentiel de la question 3. Montrer que, conditionnellement à l'événement (X>4), la durée de vie résiduelle X−4 a la même fonction de répartition qu'une variable de loi E(81). En déduire l'espérance de vie résiduelle d'un composant qui a déjà fonctionné 4 ans.
On donne les valeurs approchées suivantes : e−0,5≈0,6065, e−0,75≈0,4724 et e−1,25≈0,2865.
Exercice 13 ★★★★ — La fonction Gamma d'Euler et les lois gamma
Lois gamma à un paramètre et fonction Gamma d'EulerEspérance d'une variable à densité : existence, théorème de transfert, linéaritéVariance, écart-type et moments d'une variable à densité
Pour ν>0, on pose
Γ(ν)=∫0+∞tν−1e−tdt-
Montrer que cette intégrale converge pour tout ν>0. On étudiera séparément le comportement au voisinage de 0 et au voisinage de +∞, en utilisant en +∞ la relation tν−1e−t=o(t21).
-
Calculer Γ(1). Établir ensuite, pour tout ν>0, la relation Γ(ν+1)=νΓ(ν), par une intégration par parties sur un segment [a,A] suivie d'un passage à la limite. En déduire par récurrence que Γ(n)=(n−1)! pour tout entier n⩾1.
-
Soit ν>0. Vérifier que la fonction f définie par
est une densité de probabilité. La loi correspondante est appelée loi gamma de paramètre ν, et notée γ(ν).
-
Soit X une variable aléatoire telle que X↪γ(ν). Montrer que X admet une espérance et une variance, et établir E(X)=ν puis V(X)=ν.
-
Vérifier que la loi γ(1) n'est autre que la loi E(1). En déduire que si Y↪E(λ) avec λ>0, alors λY↪γ(1).
Exercice 14 ★★★★ — Le théorème de transfert en pratique
Espérance d'une variable à densité : existence, théorème de transfert, linéaritéLoi exponentielle et absence de mémoireLoi uniforme sur un segment
-
Soit X une variable aléatoire telle que X↪U([0,1]). Montrer que les espérances suivantes existent et les calculer.
a. E(X+11)
b. E(eX)
c. E(Xn) pour n∈N
-
Soit λ>0 et soit X une variable aléatoire telle que X↪E(λ).
a. Calculer E(X2) à l'aide d'une intégration par parties.
b. Soit t un réel. Discuter, selon la valeur de t, l'existence de E(etX), et calculer cette espérance lorsqu'elle existe.
-
Soit X une variable aléatoire telle que X↪U([0,1]). Calculer E(−lnX), puis déterminer la loi de la variable −lnX.
-
Expliquer en quoi le théorème de transfert dispense de déterminer la loi de g(X), et préciser dans quelles situations on n'a pas le choix et doit malgré tout déterminer cette loi.
Exercice 15 ★★★★ — Contrôle de fabrication et loi normale
Loi normale, centrage-réduction et lecture de la table
Une machine produit des pièces cylindriques. Le diamètre, exprimé en millimètres, d'une pièce prise au hasard est modélisé par une variable aléatoire X telle que
X↪N(20;0,04)Le second paramètre est la variance, l'écart-type vaut donc σ=0,04=0,2 mm. Une pièce est dite conforme lorsque son diamètre appartient à l'intervalle de tolérance [19,6;20,4].
On note Φ la fonction de répartition de la loi normale centrée réduite N(0,1). On donne les valeurs suivantes, à lire dans la table.
| u | 1 | 1,5 | 2 | 2,5 | 2,58 | 3,09 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Φ(u) | 0,8413 | 0,9332 | 0,9772 | 0,9938 | 0,9951 | 0,9990 |
-
Calculer la probabilité qu'une pièce soit conforme, puis le pourcentage de rebut.
-
On souhaite fixer un intervalle de tolérance symétrique autour de 20, de la forme [20−a;20+a], qui accepte 99% des pièces. Déterminer a.
-
La machine se dérègle et produit désormais des pièces de diamètre X′↪N(20,1;0,04), l'intervalle de tolérance restant [19,6;20,4]. Calculer la nouvelle proportion de rebut.
-
On règle la machine sur une moyenne m, l'écart-type restant égal à 0,2. Déterminer les valeurs de m pour lesquelles P(X<19,6)⩽0,001.
-
La machine est de nouveau réglée sur N(20;0,04). On prélève une pièce au hasard parmi les pièces conformes. Quelle est la probabilité que son diamètre dépasse 20,2 mm ?
Exercice 16 ★★★★ — Mélange de deux fournisseurs
Espérance conditionnelle et formule de l'espérance totaleLoi exponentielle et absence de mémoireFonction de répartition d'une variable aléatoire réelle quelconque
Une entreprise s'approvisionne en composants auprès de deux fournisseurs. Une proportion de 60% des composants provient du fournisseur A, dont la durée de vie, exprimée en années, suit la loi E(41). Les 40% restants proviennent du fournisseur B, dont la durée de vie suit la loi E(61).
On prélève un composant au hasard dans le stock et l'on note X sa durée de vie, en années. On note A l'événement « le composant provient du fournisseur A » et B l'événement « le composant provient du fournisseur B ».
- À l'aide de la formule des probabilités totales, montrer que pour tout réel t⩾0,
Préciser également FX(t) pour t<0.
-
En déduire que X est une variable à densité et en donner une densité. Montrer que X ne suit pas une loi exponentielle.
-
Montrer que X admet une espérance et la calculer directement à partir de la densité obtenue à la question 2.
-
On admet, pour une variable à densité, la formule de l'espérance totale
Vérifier qu'elle redonne bien le résultat de la question 3.
-
Un composant prélevé au hasard a fonctionné plus de 10 ans. Quelle est la probabilité qu'il provienne du fournisseur A ? On donnera une valeur arrondie à 10−4 près.
-
Commenter le résultat de la question 5. au regard de la proportion initiale de 60%.
On donne les valeurs approchées suivantes : e−2,5≈0,08208 et e−5/3≈0,18888.
Exercice 17 ★★★★ — Médiane d'une loi à densité
Fonction de répartition d'une variable aléatoire réelle quelconqueLoi uniforme sur un segmentLoi exponentielle et absence de mémoireVariable aléatoire à densité : définition et reconnaissance d'une densité
Soit X une variable aléatoire à densité. On appelle médiane de X tout réel m vérifiant
FX(m)=21Dans tout l'exercice, on se place dans le cas favorable où FX est continue sur R et strictement croissante sur un intervalle I contenant le support de la loi, avec FX nulle à gauche de I et égale à 1 à droite de I.
Question préliminaire. Justifier que, sous ces hypothèses, la médiane existe et est unique.
-
Déterminer la médiane de la loi U([a,b]), où a<b.
-
Déterminer la médiane de la loi E(λ), où λ>0. Comparer cette médiane à l'espérance λ1 et expliquer le sens de l'inégalité obtenue.
-
Soit X une variable de densité f(x)=3x2 sur [0,1] et f(x)=0 ailleurs. Déterminer la médiane de X et en donner une valeur approchée à 10−3 près.
-
Le premier quartile q1 et le troisième quartile q3 d'une variable à densité sont définis par FX(q1)=41 et FX(q3)=43. Déterminer q1 et q3 pour la loi E(λ).
-
La durée de vie d'un appareil, en années, est modélisée par une variable de loi exponentielle. Une étude établit que la moitié des appareils tombe en panne avant 5 ans. Déterminer le paramètre λ, puis la durée de vie moyenne. Commenter l'écart entre ces deux indicateurs.
On donne les valeurs approchées suivantes : 2−1/3≈0,794, ln(2)≈0,6931, ln(3)≈1,0986 et e−1≈0,3679.
Exercice 18 ★★★★ — Simulation par la méthode d'inversion
Loi d'une transformée : transformation affine et méthode de la fonction de répartitionLoi uniforme sur un segmentLoi exponentielle et absence de mémoire
Soit U une variable aléatoire telle que U↪U(]0,1[). On cherche à fabriquer, à partir de U seule, des variables aléatoires de lois imposées. Toutes les réponses sont des formules mathématiques, aucune ne fait appel à un programme informatique.
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Montrer que la variable 1−U suit également la loi U(]0,1[).
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Soit λ>0. Montrer que la variable X=−λlnU suit la loi E(λ). On soignera particulièrement le sens des inégalités.
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Soit F une fonction continue et strictement croissante de R dans ]0,1[, admettant donc une bijection réciproque F−1 de ]0,1[ dans R. Montrer que la variable F−1(U) admet F pour fonction de répartition.
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Soit X une variable de fonction de répartition définie par F(x)=1−x21 pour x⩾1, et F(x)=0 pour x<1. Construire, à partir de U, une variable de même loi que X.
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Soient a<b deux réels. Construire, à partir de U, une variable de loi U([a,b]).
Exercice 19 ★★★★ — Somme de deux variables uniformes indépendantes
Somme de variables indépendantes : produit de convolution et stabilitéIndépendance de deux variables aléatoires réelles, lemme des coalitionsLoi uniforme sur un segment
Les variables aléatoires X et Y sont définies sur un même espace probabilisé, indépendantes, et suivent toutes deux la loi uniforme sur [0,1] : X↪U([0,1]) et Y↪U([0,1]). On pose S=X+Y.
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Déterminer S(Ω). Sans effectuer aucun calcul de densité, expliquer pourquoi S ne suit pas la loi uniforme sur S(Ω).
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À l'aide du produit de convolution, déterminer une densité fS de S. On détaillera très soigneusement la recherche du domaine d'intégration.
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Vérifier que la fonction obtenue est bien une densité de probabilité.
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Calculer E(S) et V(S) de deux façons : d'abord par les propriétés de l'espérance et de la variance, puis directement à partir de fS.
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Calculer P(S⩽21) et P(S⩾23).
Exercice 20 ★★★★ — Stabilité de la loi normale par somme
Somme de variables indépendantes : produit de convolution et stabilitéLoi normale, centrage-réduction et lecture de la tableIndépendance de deux variables aléatoires réelles, lemme des coalitionsCovariance et variance d'une somme dans le cas général
Les variables aléatoires X et Y sont indépendantes, avec X↪N(3,4) et Y↪N(−1,9).
On rappelle que Φ désigne la fonction de répartition de la loi N(0,1), et on donne les valeurs suivantes.
| u | 0,83 | 1 | 1,11 | 1,5 |
|---|---|---|---|---|
| Φ(u) | 0,7967 | 0,8413 | 0,8665 | 0,9332 |
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Déterminer la loi de X+Y.
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Déterminer la loi de 2X−Y, en détaillant le calcul de la variance et en indiquant précisément où intervient l'hypothèse d'indépendance. En déduire P(2X−Y⩽14,5).
-
Calculer P(X+Y⩽5).
-
Calculer P(X>Y) en introduisant la variable D=X−Y.
-
Dans cette question, et dans cette seule question, on remplace la seconde variable par X elle-même : on pose T=X+X. Déterminer la loi de T, puis P(T⩽10). Que donnerait la formule « la variance de la somme est la somme des variances » appliquée à T, et pourquoi est-elle en défaut ici ?
Exercice 21 ★★★★ — Covariance d'une variable et de son carré
Covariance et variance d'une somme dans le cas généralEspérance d'une variable à densité : existence, théorème de transfert, linéaritéLoi uniforme sur un segment
Partie A
La variable aléatoire X suit la loi U([0,1]) et on pose Y=X2.
-
Calculer E(X), E(X2), E(X3) et E(X4).
-
En déduire Cov(X,Y).
-
Calculer V(X) et V(Y), puis le coefficient de corrélation linéaire ρ(X,Y). Interpréter la valeur obtenue.
-
Calculer V(X+Y) à l'aide de la formule générale de la variance d'une somme, et contrôler le résultat par un calcul direct.
Partie B
La variable aléatoire Z suit la loi U([−1,1]) et on pose W=Z2.
-
Montrer que Cov(Z,W)=0.
-
Montrer que Z et W ne sont pourtant pas indépendantes.
-
Quelle conclusion générale faut-il retenir des questions 5. et 6. ? Qu'en est-il de l'implication réciproque ?
Exercice 22 ★★★★ — Minimum et maximum de deux durées de vie
Minimum et maximum d'un échantillon de variables indépendantesLoi exponentielle et absence de mémoireIndépendance de deux variables aléatoires réelles, lemme des coalitions
Deux composants électroniques fonctionnent côte à côte. Leurs durées de vie, exprimées en années, sont modélisées par deux variables aléatoires indépendantes X et Y, avec X↪E(λ) et Y↪E(μ), où λ>0 et μ>0. On pose
M=min(X,Y)etN=max(X,Y)-
Montrer que pour tout réel t, P(M>t)=P(X>t)P(Y>t). En déduire la loi de M.
-
Déterminer la fonction de répartition de N, puis une densité de N, et enfin montrer que
-
Justifier que M+N=X+Y, et vérifier la cohérence des résultats des questions 1. et 2.
-
Application numérique : λ=31 et μ=61. Calculer E(X), E(Y), E(M) et E(N).
-
Les deux composants sont montés dans un même appareil. Interpréter M et N selon que le montage est en série ou en parallèle.
Exercice 23 ★★★★ — Somme de deux temps d'attente exponentiels
Somme de variables indépendantes : produit de convolution et stabilitéLoi exponentielle et absence de mémoireLois gamma à un paramètre et fonction Gamma d'Euler
Un guichet traite les clients l'un après l'autre. Le temps de traitement du premier client est modélisé par une variable X↪E(λ), celui du second par une variable Y↪E(λ), avec λ>0, les deux variables étant indépendantes. Le temps total est S=X+Y.
-
Déterminer une densité de S par le produit de convolution. On détaillera la recherche du domaine d'intégration.
-
Vérifier que la fonction obtenue est bien une densité.
-
Calculer E(S) et V(S) de deux façons.
-
Montrer que λS↪γ(2).
-
Établir que, pour tout t⩾0, P(S>t)=e−λt(1+λt). Comparer à P(X>t) et commenter : la variable S possède-t-elle la propriété d'absence de mémoire ?
-
Application numérique avec λ=101, le temps étant compté en minutes : calculer P(S>20).
On donne les valeurs approchées suivantes : e−1≈0,3679 et e−2≈0,1353.
Exercice 24 ★★★★ — Durée de vie d'un système en série
Minimum et maximum d'un échantillon de variables indépendantesLoi exponentielle et absence de mémoiren-uplets de variables aléatoires, indépendance mutuelle, échantillon
Un système est constitué de n composants, avec n⩾2. Pour i∈[[1,n]], la durée de vie du composant numéro i, comptée en heures, est une variable aléatoire Xi↪E(λi) avec λi>0. Les variables X1,…,Xn sont mutuellement indépendantes.
Le système est monté en série : il fonctionne tant que tous ses composants fonctionnent. Sa durée de vie est donc
M=min(X1,…,Xn)-
Montrer que M↪E(i=1∑nλi).
-
On suppose désormais que tous les composants sont identiques : λi=λ pour tout i. Donner la loi de M et E(M). Commenter l'évolution de la fiabilité du système quand n augmente.
-
On prend λ=200001. Déterminer le nombre maximal de composants que le système peut comporter pour que P(M>1000)⩾0,9.
-
On monte maintenant les n composants identiques en parallèle : le système fonctionne tant qu'au moins un composant fonctionne, et sa durée de vie est N=max(X1,…,Xn). Déterminer la fonction de répartition de N, puis montrer que
- Comparer chiffrément les deux montages pour n=3 et λ=200001.
On donne les valeurs approchées suivantes : ln(0,9)≈−0,1054, e−0,05≈0,9512 et e−0,15≈0,8607.
Exercice 25 ★★★★ — Maximum d'un échantillon uniforme
Minimum et maximum d'un échantillon de variables indépendantesLoi uniforme sur un segmentn-uplets de variables aléatoires, indépendance mutuelle, échantillonEspérance d'une variable à densité : existence, théorème de transfert, linéarité
Soit θ>0 et n un entier supérieur ou égal à 1. Les variables aléatoires X1,…,Xn sont mutuellement indépendantes et suivent toutes la loi U([0,θ]) : elles forment un échantillon de taille n de cette loi. On pose
Mn=max(X1,…,Xn)etmn=min(X1,…,Xn)-
Déterminer la fonction de répartition de Mn, puis une densité de Mn.
-
Calculer E(Mn) et V(Mn).
-
Déterminer le réel an tel que E(anMn)=θ, puis calculer V(anMn).
-
Déterminer la fonction de répartition, une densité et l'espérance de mn.
-
Étudier les limites de E(Mn), V(Mn) et E(mn) quand n tend vers +∞, et commenter.
Exercice 26 ★★★★ — Le carré d'une variable normale centrée réduite
Loi d'une transformée : transformation affine et méthode de la fonction de répartitionLoi normale, centrage-réduction et lecture de la tableLois gamma à un paramètre et fonction Gamma d'Euler
La variable aléatoire Z suit la loi normale centrée réduite N(0,1). On note φ sa densité et Φ sa fonction de répartition, et on pose Y=Z2.
- Déterminer Y(Ω), puis montrer que pour tout y>0,
- En déduire que Y est une variable à densité et qu'une densité de Y est donnée par
-
Montrer que T=2Y suit la loi γ(21).
-
En écrivant que la densité de T est d'intégrale 1, retrouver la valeur Γ(21)=π.
-
Calculer E(Y), puis E(Z4) à l'aide d'une intégration par parties, et en déduire V(Y).
Exercice 27 ★★★★ — Moments d'une loi gamma
Lois gamma à un paramètre et fonction Gamma d'EulerEspérance d'une variable à densité : existence, théorème de transfert, linéaritéVariance, écart-type et moments d'une variable à densité
Soit ν>0. La variable aléatoire X suit la loi γ(ν), c'est-à-dire qu'une densité de X est
f(x)=Γ(ν)xν−1e−x sur ]0,+∞[,f(x)=0 ailleursOn rappelle que Γ(a)=∫0+∞ta−1e−tdt pour tout a>0, et que Γ(a+1)=aΓ(a).
- Montrer que pour tout entier k⩾1, le moment E(Xk) existe et vaut
-
En déduire E(X), E(X2) et V(X).
-
Montrer que E(X1) existe si et seulement si ν>1, et qu'elle vaut alors ν−11.
-
Montrer que E(etX) existe si et seulement si t<1, et qu'elle vaut alors (1−t)−ν.
-
Vérifier la cohérence de tous ces résultats pour ν=1.
Exercice 28 ★★★★ — Comparer deux temps d'attente indépendants
Indépendance de deux variables aléatoires réelles, lemme des coalitionsLoi exponentielle et absence de mémoireEspérance d'une variable à densité : existence, théorème de transfert, linéarité
Deux tâches sont lancées au même instant, dans deux files séparées et sans influence l'une sur l'autre. On note X la durée de la première et Y celle de la seconde, exprimées dans la même unité de temps. On suppose que X↪E(λ) et Y↪E(μ), avec λ>0 et μ>0, et que X et Y sont indépendantes.
L'objectif est de calculer la probabilité que la première tâche se termine avant la seconde.
On admet le résultat suivant, dont la justification sort du programme : si X et Y sont indépendantes et si Y admet une densité fY, alors
P(X<Y)=∫−∞+∞FX(t)fY(t)dtsous réserve de convergence de cette intégrale impropre. Cette formule sera utilisée telle quelle dans tout l'exercice, sans être redémontrée.
- Rappeler l'expression de FX(t) et celle de fY(t) pour tout réel t. En déduire que l'intégrale ci-dessus se réduit à une intégrale sur [0,+∞[, justifier sa convergence, puis montrer que
-
Donner sans nouveau calcul la valeur de P(Y<X). Vérifier que P(X<Y)+P(Y<X)=1 et en déduire la valeur de P(X=Y). Que vaut P(X<Y) lorsque λ=μ, et pourquoi était-ce prévisible ?
-
On pose Z=2Y.
a. Déterminer la loi de Z par la méthode de la fonction de répartition.
b. Justifier que X et Z sont indépendantes.
c. En déduire la valeur de P(X<2Y).
-
Deux guichets traitent chacun un dossier, de façon indépendante. Le temps de traitement du premier guichet suit une loi exponentielle de durée moyenne 4 minutes, celui du second une loi exponentielle de durée moyenne 6 minutes. Calculer la probabilité que le premier guichet termine avant le second, puis la probabilité que le premier termine avant le double du temps mis par le second.
-
On appelle taux d'une loi exponentielle le paramètre λ, qui est l'inverse de la durée moyenne. Interpréter le résultat λ+μλ à l'aide de ce vocabulaire, puis le réécrire en fonction des seules durées moyennes a=λ1 et b=μ1.
Exercice 29 ★★★★ — Moyenne d'un échantillon de variables normales
n-uplets de variables aléatoires, indépendance mutuelle, échantillonSomme de variables indépendantes : produit de convolution et stabilitéLoi normale, centrage-réduction et lecture de la tableCovariance et variance d'une somme dans le cas général
Soit n un entier naturel non nul. On considère X1,X2,…,Xn des variables aléatoires mutuellement indépendantes, suivant toutes la même loi N(m,σ2), avec m réel et σ>0. Un tel n-uplet est appelé échantillon de taille n de la loi N(m,σ2).
On pose
Sn=i=1∑nXietMn=nSnLes valeurs suivantes de la fonction de répartition Φ de la loi normale centrée réduite sont fournies :
Φ(1)=0,8413Φ(1,96)=0,9750Φ(2)=0,9772-
Démontrer par récurrence sur n que Sn↪N(nm,nσ2). On précisera à chaque étape le résultat du cours utilisé et l'endroit exact où sert l'indépendance.
-
Calculer E(Mn) et V(Mn). Pour chacun des deux calculs, indiquer si l'hypothèse d'indépendance est nécessaire.
-
En déduire la loi de Mn.
-
On prend m=100, σ=15 et n=25. Calculer P(97⩽Mn⩽103).
-
On garde m=100 et σ=15, mais n est maintenant inconnu. Déterminer le plus petit entier n tel que
- Exprimer l'écart-type de Mn en fonction de n. Combien faut-il multiplier la taille de l'échantillon pour diviser par 2 la dispersion de Mn autour de m ? Commenter le coût pratique de cette exigence.
Exercice 30 ★★★★ — Variance d'une somme de n variables
Covariance et variance d'une somme dans le cas généraln-uplets de variables aléatoires, indépendance mutuelle, échantillonIndépendance de deux variables aléatoires réelles, lemme des coalitions
Soit n un entier supérieur ou égal à 2, et soient X1,X2,…,Xn des variables aléatoires réelles admettant toutes une variance. On note S=i=1∑nXi.
On utilisera librement la linéarité de l'espérance, admise par le programme dans le cas général, ainsi que la formule de König-Huygens pour la covariance.
- En posant Yi=Xi−E(Xi) pour tout i de [[1,n]], démontrer la formule générale
-
Que devient cette formule lorsque les variables sont indépendantes deux à deux ? L'indépendance mutuelle est-elle nécessaire pour obtenir ce résultat ?
-
On suppose désormais que V(Xi)=σ2 pour tout i, avec σ>0, et que Cov(Xi,Xj)=c pour tout couple (i,j) avec i=j.
a. Montrer que V(S)=nσ2+n(n−1)c.
b. En utilisant le fait qu'une variance est toujours positive, en déduire que nécessairement
**c.** Exprimer le coefficient de corrélation $\rho\left(X_i, X_j\right)$ pour $i \neq j$, et retrouver la contrainte précédente sous la forme d'une minoration de ce coefficient.
4. Application numérique avec n=5 et σ2=4 : calculer V(S) pour c=1, puis pour c=−1. Interpréter le second résultat.
-
Soient X et Y deux variables admettant une variance, et a,b,c,d quatre réels.
a. Calculer Cov(aX+b,cY+d) en fonction de Cov(X,Y).
b. Calculer V(X−Y) à l'aide de la formule de la question 1.
c. On suppose a=0, c=0, V(X)>0 et V(Y)>0. Montrer que
Exercice 31 ★★★★ — Un paramètre choisi au hasard
Espérance conditionnelle et formule de l'espérance totaleLoi exponentielle et absence de mémoireFonction de répartition d'une variable aléatoire réelle quelconqueVariable aléatoire à densité : définition et reconnaissance d'une densité
Une usine fabrique des pièces à l'aide de trois machines. La machine 1 produit 20% des pièces, la machine 2 en produit 30% et la machine 3 en produit 50%. La durée de vie, exprimée en années, d'une pièce issue de la machine i suit la loi E(λi), avec
λ1=1,λ2=2,λ3=4On prélève une pièce au hasard dans la production et on note X sa durée de vie. Pour i dans [[1,3]], on note Mi l'événement « la pièce provient de la machine i ». Les événements M1, M2, M3 forment un système complet d'événements de probabilités non nulles.
- À l'aide de la formule des probabilités totales appliquée à l'événement (X⩽t), montrer que pour tout réel t⩾0,
et préciser la valeur de $F_X(t)$ pour $t < 0$.
2. Justifier que X est une variable à densité et déterminer une densité fX de X. Vérifier que ∫−∞+∞fX(t)dt=1.
-
Montrer que E(X) existe et la calculer par intégration directe. On rappelle que pour a>0, l'intégrale ∫0+∞te−atdt converge et vaut a21.
-
Montrer que E(X2) existe et la calculer, puis en déduire V(X) et σ(X). On rappelle que pour a>0, l'intégrale ∫0+∞t2e−atdt converge et vaut a32.
-
Une pièce prélevée au hasard a duré plus d'un an. Quelle est la probabilité qu'elle provienne de la machine 1 ? On donnera les trois probabilités conditionnelles P(X>1)(Mi) à trois décimales.
-
Calculer E(X∣Mi) pour chaque machine, puis vérifier la formule de l'espérance totale. Comparer E(X) à la moyenne arithmétique des trois espérances conditionnelles et commenter.
On donne les valeurs approchées suivantes : e−1≈0,367879, e−2≈0,135335, e−4≈0,018316 et 0,386875≈0,622.
Exercice 32 ★★★★ — Caractérisation de la loi exponentielle par l'absence de mémoire
Loi exponentielle et absence de mémoireFonction de répartition d'une variable aléatoire réelle quelconque
Le cours établit qu'une variable de loi exponentielle est sans vieillissement. Cet exercice démontre la réciproque : c'est la seule loi à densité qui possède cette propriété.
Soit X une variable aléatoire à densité, à valeurs strictement positives, telle que
P(X>t)>0pour tout reˊel t⩾0et vérifiant la propriété d'absence de mémoire : pour tous réels s⩾0 et t⩾0,
P(X>s)(X>s+t)=P(X>t)On pose, pour tout réel t⩾0, G(t)=P(X>t).
-
Premières propriétés de G.
a. Exprimer G à l'aide de FX, puis justifier que G est continue sur [0,+∞[, décroissante, que G(0)=1 et que t→+∞limG(t)=0.
b. Montrer que l'inclusion (X>s+t)⊂(X>s) est vraie pour s⩾0 et t⩾0, puis en déduire l'équation fonctionnelle
-
Résolution sur les rationnels.
a. Montrer par récurrence que pour tout entier naturel n, G(n)=G(1)n.
b. Soit q un entier naturel non nul. Montrer, par une récurrence analogue, que G(qk)=G(q1)k pour tout entier naturel k. En prenant k=q, en déduire que G(q1)=G(1)1/q.
c. En déduire que G(r)=G(1)r pour tout rationnel positif r.
-
Passage aux réels.
a. Justifier que 0<G(1)<1.
b. On admet que tout réel positif est limite d'une suite de rationnels positifs (densité de Q dans R). En utilisant la continuité de G et celle de la fonction x↦G(1)x, montrer que
-
Conclusion. On pose λ=−ln(G(1)). Justifier que λ>0, puis déterminer FX(t) pour tout réel t et conclure que X↪E(λ).
-
Énoncer en une phrase le théorème que l'on vient de démontrer, en le rapprochant du résultat du cours sur la loi exponentielle.
Exercice 33 ★★★★ — Espérance par l'intégrale de la queue
Espérance d'une variable à densité : existence, théorème de transfert, linéaritéFonction de répartition d'une variable aléatoire réelle quelconqueLoi exponentielle et absence de mémoireLoi uniforme sur un segment
Soit X une variable aléatoire à densité, à valeurs positives, de densité f et de fonction de répartition FX. On suppose donc f(t)=0 et FX(t)=0 pour tout t<0.
L'objectif est d'établir une formule qui donne E(X) à partir de la seule fonction de répartition, sans jamais dériver ni utiliser la densité.
- Soit A>0. À l'aide d'une intégration par parties dans laquelle on choisit t↦−(1−FX(t)) comme primitive de f, montrer que
- Dans cette question, on suppose que E(X) existe. On admet que si E(X) existe, alors A(1−FX(A)) tend vers 0 quand A tend vers +∞. En déduire que l'intégrale ∫0+∞(1−FX(t))dt converge et que
-
Retrouver par cette formule l'espérance de la loi E(λ) et celle de la loi U([0,a]) avec a>0.
-
Soient U1,…,Un des variables mutuellement indépendantes, de même loi U([0,1]), et Mn=max(U1,…,Un).
a. Déterminer FMn.
b. Calculer E(Mn) par la formule de la question 2.
c. Refaire le calcul par la densité de Mn et comparer la longueur des deux méthodes.
-
Soient Y1,…,Yn mutuellement indépendantes, de même loi E(λ), et mn=min(Y1,…,Yn). Calculer P(mn>t) pour t⩾0, puis E(mn) par la formule de la question 2.
-
On considère enfin la fonction g définie par g(t)=t21 pour t⩾1 et g(t)=0 pour t<1.
a. Vérifier que g est une densité de probabilité. On note Z une variable admettant g pour densité ; elle est bien à valeurs positives.
b. Montrer que E(Z) n'existe pas.
c. Déterminer 1−FZ(t) pour tout t⩾0, montrer que l'intégrale ∫0+∞(1−FZ(t))dt diverge, et vérifier que l'hypothèse admise à la question 2. est ici en défaut.
Exercice 34 ★★★★ — Temps d'attente successifs et loi gamma
Somme de variables indépendantes : produit de convolution et stabilitéLois gamma à un paramètre et fonction Gamma d'EulerLoi exponentielle et absence de mémoiren-uplets de variables aléatoires, indépendance mutuelle, échantillon
Une installation industrielle tombe en panne de façon répétée. On note T1 le temps écoulé entre la mise en service et la première panne, et plus généralement, pour k⩾2, on note Tk le temps écoulé entre la (k−1)-ième et la k-ième panne. On suppose que les variables T1,T2,… sont mutuellement indépendantes et suivent toutes la loi E(λ), avec λ>0.
Pour tout entier n⩾1, l'instant de la n-ième panne est
Sn=T1+T2+⋯+TnOn rappelle que la loi γ(ν), avec ν>0, admet pour densité la fonction nulle sur ]−∞,0] et égale à Γ(ν)xν−1e−x sur ]0,+∞[, que son espérance et sa variance valent toutes deux ν, et que Γ(n)=(n−1)! pour tout entier n⩾1.
-
Déterminer une densité de S2 par le produit de convolution. On rappelle que la légitimité de ce produit n'est pas à démontrer.
-
Montrer par récurrence que, pour tout entier n⩾1, une densité de Sn est donnée par
On précisera où intervient le lemme des coalitions.
3. En déduire que λSn↪γ(n), puis retrouver E(Sn) et V(Sn). On contrôlera ces deux valeurs par un calcul direct sur la somme.
- Montrer, pour tout réel t⩾0 et tout entier n⩾1,
On pourra raisonner par récurrence sur $n$, en utilisant une intégration par parties dans l'hérédité.
5. Interpréter concrètement cette formule en termes de nombre de pannes survenues avant l'instant t, et reconnaître une loi discrète usuelle.
- Application numérique : l'installation subit en moyenne une panne toutes les 100 heures, soit λ=1001 panne par heure. Calculer P(S3>200) à trois décimales, et commenter le résultat.
On donne la valeur approchée e−2≈0,135335.
Exercice 35 ★★★★ — Une famille de densités à paramètre
Variable aléatoire à densité : définition et reconnaissance d'une densitéEspérance d'une variable à densité : existence, théorème de transfert, linéaritéVariance, écart-type et moments d'une variable à densitéLoi d'une transformée : transformation affine et méthode de la fonction de répartition
Pour tout réel a>0, on définit la fonction fa sur R par
fa(x)=xa+1asi x⩾1,fa(x)=0si x<1-
Montrer que fa est une densité de probabilité, pour toute valeur de a>0. Dans toute la suite, X désigne une variable aléatoire admettant fa pour densité.
-
Déterminer la fonction de répartition Fa de X sur R.
-
Montrer que E(X) existe si et seulement si a>1, et qu'alors
- Montrer que V(X) existe si et seulement si a>2, et qu'alors
-
On pose Y=ln(X).
a. Déterminer la loi de Y par la méthode de la fonction de répartition.
b. En déduire une méthode permettant de simuler X à partir d'une variable U↪U([0,1]). On rédigera la réponse en français et en mathématiques, sans écrire de programme.
-
Soit b>0. Déterminer la loi de Z=Xb et reconnaître une loi de la même famille.
-
On prend a=3. Calculer E(X), V(X), σ(X), la médiane de X (le réel μ tel que F3(μ)=0,5) et P(X>2). Comparer la médiane et l'espérance, et commenter.
On donne les valeurs approchées suivantes : 21/3≈1,260 et 3≈1,7321.
Exercice 36 ★★★★ — Synthèse : fiabilité d'un parc de machines
Minimum et maximum d'un échantillon de variables indépendantesLoi exponentielle et absence de mémoireSomme de variables indépendantes : produit de convolution et stabilitén-uplets de variables aléatoires, indépendance mutuelle, échantillonEspérance conditionnelle et formule de l'espérance totale
Un atelier exploite des machines dont la durée de vie, exprimée en heures de fonctionnement, suit une loi exponentielle. Les quatre parties sont largement indépendantes les unes des autres.
On donne e−1≈0,367879, e−1,5≈0,223130, e−2≈0,135335, e−3≈0,049787, e−4≈0,018316, e−5≈0,006738 et e−8/7≈0,318907.
Partie A. Une machine isolée.
La durée de vie X d'une machine suit la loi E(λ) avec λ=20001.
-
Donner E(X) et σ(X), et commenter le fait que ces deux nombres soient égaux.
-
Calculer P(X>3000) à trois décimales.
-
Une machine fonctionne déjà depuis 1000 heures. Calculer la probabilité qu'elle fonctionne encore 3000 heures de plus, c'est-à-dire P(X>1000)(X>4000). Quelle propriété de la loi exponentielle ce résultat illustre-t-il, et quelle conséquence pratique cela a-t-il sur la politique de remplacement préventif de l'atelier ?
Partie B. Un parc de cinq machines.
L'atelier fait fonctionner simultanément 5 machines, dont les durées de vie X1,…,X5 sont mutuellement indépendantes et suivent toutes la loi E(λ) avec λ=20001. On pose
m=min(X1,…,X5)etM=max(X1,…,X5)-
Déterminer la loi de m, instant de la première panne du parc, ainsi que E(m).
-
Déterminer la fonction de répartition de M, instant de la dernière panne du parc, puis une densité de M.
-
Soit N le nombre de machines, parmi les cinq, dont la durée de vie dépasse 2000 heures. Déterminer la loi de N, puis calculer P(N⩾3) à trois décimales.
Partie C. Remplacements successifs.
Un unique poste de travail est équipé d'une machine. Dès qu'elle tombe en panne, elle est immédiatement remplacée par une machine neuve identique. Les durées de vie successives T1, T2, T3 sont mutuellement indépendantes de loi E(λ) avec λ=20001, et l'on note S3=T1+T2+T3 l'instant de la troisième panne.
L'énoncé fournit, pour des variables T1,…,Tn mutuellement indépendantes de loi E(λ) et Sn=T1+⋯+Tn, la formule
P(Sn>t)=e−λtk=0∑n−1k!(λt)k(t⩾0)-
Déterminer une densité de S2 par le produit de convolution, puis admettre ou retrouver que S3 a pour densité t↦2λ3t2e−λt sur ]0,+∞[.
-
Calculer E(S3) et V(S3).
-
Calculer P(S3>6000) à trois décimales, et comparer ce résultat à E(S3).
Partie D. Deux types de machines et coût.
Le parc contient en réalité deux types de machines : 70% sont de type α, de durée de vie E(20001), et 30% sont de type β, de durée de vie E(35001). On tire une machine au hasard dans le parc et on note D sa durée de vie, A l'événement « la machine est de type α » et B l'événement « la machine est de type β ».
On rappelle la formule de l'espérance totale : pour un système complet d'événements de probabilités non nulles (A,B),
E(D)=P(A)E(D∣A)+P(B)E(D∣B)-
Calculer la durée de vie moyenne d'une machine tirée au hasard dans le parc.
-
Une machine tirée au hasard a dépassé 4000 heures de fonctionnement. Calculer la probabilité qu'elle soit de type β, à trois décimales, et commenter l'écart avec la proportion initiale de 30%.
Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (3 points) — Le temps de réponse d'un serveur
Une entreprise héberge son application sur un serveur. On appelle temps de réponse la durée, exprimée en secondes, qui sépare l'arrivée d'une requête de l'envoi de la réponse correspondante. Ce temps de réponse est modélisé par une variable aléatoire X dont une densité est la fonction f définie sur R par
f(x)=⎩⎨⎧(1+x)3c0si x⩾0,si x<0,où c désigne un réel.
On donne 2≈1,4142.
1. (0,5 point) Déterminer la valeur de c pour laquelle f est une densité de probabilité. On justifiera la convergence de l'intégrale utilisée.
2. (0,5 point) Déterminer la fonction de répartition FX de X en tout réel x.
3. (0,25 point) Calculer la probabilité que le temps de réponse dépasse une seconde.
4. (0,25 point) Calculer P(1<X⩽3).
5. (0,5 point) Déterminer la médiane de X, c'est-à-dire l'unique réel m tel que FX(m)=21. On donnera la valeur exacte, puis une valeur approchée à 10−4 près.
6. (0,5 point) Montrer que X admet une espérance et que E(X)=1.
7. (0,5 point) Montrer que X n'admet pas de moment d'ordre 2. En déduire que X n'admet pas de variance, puis commenter ce résultat en une ou deux phrases dans le contexte du serveur.
Exercice 2 (4 points) — Le montant d'un sinistre
Une compagnie d'assurance range les sinistres qu'elle indemnise en trois catégories : légers, moyens et graves. On tire au hasard un dossier de sinistre dans le portefeuille et l'on note :
- A l'événement « le sinistre est léger », de probabilité P(A)=0,6 ;
- B l'événement « le sinistre est moyen », de probabilité P(B)=0,3 ;
- C l'événement « le sinistre est grave », de probabilité P(C)=0,1.
On note M le montant de l'indemnisation du sinistre tiré, exprimé en milliers d'euros. Conditionnellement à la catégorie du sinistre, la loi de M est donnée par :
- sachant A, la variable M suit la loi uniforme U([0,2]) ;
- sachant B, la variable M suit la loi exponentielle E(51) ;
- sachant C, la variable M suit la loi exponentielle E(401).
On admet la formule de l'espérance totale pour une variable à densité : si M admet une espérance et si (A,B,C) est un système complet d'événements de probabilités non nulles, alors
E(M)=P(A)E(M∣A)+P(B)E(M∣B)+P(C)E(M∣C),où E(M∣A) désigne l'espérance de M pour la loi conditionnelle sachant A, et de même pour B et C.
On donne e−0,25≈0,778801 et e−2≈0,135335.
1. (0,25 point) Justifier que (A,B,C) est un système complet d'événements de probabilités non nulles, puis écrire, pour chacune des trois catégories, la fonction de répartition conditionnelle du montant.
2. (0,75 point) Déterminer la fonction de répartition FM de M en tout réel x, en distinguant les cas x<0, 0⩽x⩽2 et x>2.
3. (0,5 point) Justifier que M est une variable à densité, puis déterminer une densité fM de M.
4. (0,5 point) Calculer E(M) à l'aide de la formule de l'espérance totale rappelée ci-dessus. Interpréter le résultat.
5. (0,75 point) Retrouver la valeur de E(M) par intégration directe de xfM(x), en justifiant la convergence des intégrales utilisées.
6. (0,5 point) Calculer la probabilité qu'un sinistre pris au hasard dépasse 10 milliers d'euros. On donnera la valeur exacte, puis une valeur approchée à 10−4 près.
7. (0,5 point) Un dossier est tiré au hasard et l'on constate que son montant dépasse 10 milliers d'euros. Quelle est la probabilité qu'il s'agisse d'un sinistre grave ? Valeur approchée à 10−4 près.
8. (0,25 point) Quelle part du coût moyen d'un sinistre les sinistres graves représentent-ils ? Commenter en deux ou trois phrases le poids des sinistres rares dans le coût du portefeuille.
Exercice 3 (4 points) — Les bornes de recharge de véhicules électriques
Une station de recharge pour véhicules électriques met plusieurs bornes à la disposition des automobilistes. La durée de recharge d'un véhicule, exprimée en minutes, est modélisée par une variable aléatoire de loi exponentielle de paramètre λ=451. Les durées de recharge des différents véhicules sont supposées mutuellement indépendantes.
On note T la durée de recharge d'un véhicule quelconque, de sorte que T↪E(451).
On donne les valeurs approchées suivantes :
e−2/3≈0,513417;e−4/3≈0,263597;e−8/3≈0,069483;e−10/3≈0,035674; 0,9305174≈0,749717;2≈1,4142.1. (0,25 point) Rappeler la fonction de répartition FT de T, ainsi que E(T) et V(T).
2. (0,25 point) Calculer P(T>60) et P(30⩽T⩽60) à 10−4 près.
3. (0,5 point) Montrer que, pour tous réels s>0 et t>0,
P(T>s)(T>s+t)=P(T>t).Interpréter ce résultat pour un automobiliste qui attend une borne libre.
4. (0,75 point) À un instant donné, les 4 bornes de la station sont occupées et l'on note T1, T2, T3, T4 les durées de recharge restantes des quatre véhicules, supposées mutuellement indépendantes et de même loi que T. On pose D=min(T1,T2,T3,T4), instant de la première libération d'une borne. Déterminer la loi de D, puis E(D).
5. (0,75 point) On pose G=max(T1,T2,T3,T4), instant à partir duquel les quatre bornes sont toutes libres. Déterminer la fonction de répartition de G, puis une densité de G. Calculer enfin P(G>120) à 10−4 près.
6. (0,75 point) Un automobiliste effectuant un long trajet doit enchaîner deux recharges, de durées R1 et R2 indépendantes et de même loi que T. On pose S=R1+R2. Déterminer une densité de S à l'aide du produit de convolution.
7. (0,5 point) Montrer que λS suit la loi γ(2). En déduire E(S) et V(S), puis σ(S) à 10−2 près.
8. (0,25 point) Calculer P(S>150) à 10−4 près et interpréter.
Exercice 4 (4 points) — Les volumes de commandes d'un entrepôt
Un entrepôt logistique prépare chaque jour des commandes. Le volume total préparé au cours d'une journée, exprimé en mètres cubes, est modélisé par une variable aléatoire V suivant la loi normale N(500,900). L'écart-type vaut donc σ(V)=30.
On note Φ la fonction de répartition de la loi normale centrée réduite, et l'on donne :
Φ(1)=0,8413;Φ(1,83)=0,9664;Φ(1,96)=0,9750; Φ(2)=0,9772;Φ(2,33)=0,9901;30≈5,4772.On rappelle que, pour tout réel t, Φ(−t)=1−Φ(t).
1. (0,5 point) Calculer la probabilité que le volume préparé au cours d'une journée dépasse 560 mètres cubes.
2. (0,5 point) Calculer la probabilité que ce volume soit compris entre 470 et 530 mètres cubes.
3. (0,75 point) L'entrepôt souhaite dimensionner sa capacité de stockage journalière de manière à n'être saturé qu'un jour sur cent au plus. Déterminer la plus petite capacité entière convenable.
4. (0,75 point) On observe 30 jours d'activité. Pour i∈[[1,30]], on note Vi le volume préparé le i-ième jour. Les variables V1,…,V30 sont supposées mutuellement indépendantes et de même loi que V. On pose
S=i=1∑30Vi.Déterminer la loi de S, en précisant le résultat de cours utilisé, puis donner σ(S) à 10−2 près.
5. (0,5 point) Calculer P(S>15300) à 10−4 près.
6. (0,5 point) On pose V=30S, volume moyen préparé par jour sur la période. Déterminer la loi de V.
7. (0,5 point) Déterminer un intervalle centré en 500 dans lequel V se trouve avec la probabilité 0,95. Comparer sa demi-largeur à celle de l'intervalle analogue pour une seule journée, et commenter.
Exercice 5 (5 points) — Les relevés d'une station météorologique
Partie A. La hauteur de pluie d'un mois
Une station météorologique enregistre chaque mois la hauteur de pluie tombée, exprimée en millimètres. Cette hauteur est modélisée par une variable aléatoire H dont une densité est la fonction f définie sur R par
f(x)={θ2xe−x2/(2θ2)0si x>0,si x⩽0,où θ désigne un réel strictement positif fixé.
1. (0,5 point) Vérifier que f est bien une densité de probabilité.
2. (0,5 point) Déterminer la fonction de répartition FH de H en tout réel x.
3. (0,75 point) On pose Y=H2. Montrer que Y suit une loi exponentielle dont on précisera le paramètre.
4. (0,5 point) En déduire E(H2) et V(H2) en fonction de θ.
5. (0,75 point) Soit U une variable aléatoire suivant la loi uniforme sur ]0,1[. Déterminer une fonction g telle que g(U) suive la même loi que H, et le démontrer. On attend une réponse mathématique : aucun langage de programmation n'est demandé.
Partie B. Les relevés de plusieurs mois
On relève désormais les hauteurs de pluie de n mois, avec n⩾1. On note H1,…,Hn ces hauteurs, supposées mutuellement indépendantes et de même loi que H. On pose
Rn=max(H1,…,Hn)etTn=i=1∑nHi2.6. (0,75 point) Déterminer la fonction de répartition de Rn, puis une densité de Rn.
7. (0,5 point) Soit s>0. Exprimer P(Rn>s) en fonction de s, n et θ. Calculer cette probabilité à 10−4 près pour θ=40, n=12 et s=100, puis interpréter.
8. (0,75 point) Calculer E(Tn) et V(Tn) en fonction de n et θ, en précisant les hypothèses utilisées. Donner les valeurs numériques pour θ=40 et n=12, ainsi que σ(Tn) arrondi à l'unité.
On donne les valeurs approchées suivantes :
e−3,125≈0,043937;0,95606312≈0,583228;12≈3,4641.Bloqué sur « Compléments de probabilités : couples et n-uplets de variables aléatoires réelles » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.