PCSI · Chapitre 16 · Second semestre
Séries numériques
Convergence, séries géométriques, séries à termes positifs, séries de Riemann, convergence absolue.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Convergence
- Séries géométriques
- Séries à termes positifs
- Séries de Riemann
- Convergence absolue
Le cours
Additionner deux nombres, ou dix, ou un million, ne pose aucun problème : on additionne, on obtient un résultat. Mais que signifie additionner tous les termes d'une suite, c'est-à-dire une infinité de nombres ? L'écriture
1+21+41+81+⋯n'a aucun sens tant qu'on n'a pas dit ce qu'on entend par ces points de suspension. Et l'intuition est ici mauvaise conseillère : on verra que la somme précédente vaut exactement 2, alors que 1+21+31+41+⋯, dont les termes tendent tout aussi bien vers 0, dépasse n'importe quel nombre fixé à l'avance.
La solution est de ne rien inventer. On ne sait additionner qu'un nombre fini de termes : on forme donc la suite des sommes partielles Sn=u0+u1+⋯+un, qui est une suite parfaitement ordinaire, et on lui applique tout ce que l'on sait des suites. Le programme le dit ainsi : cette section « a pour but de prolonger l'étude des suites et de permettre d'appliquer les techniques d'analyse asymptotique pour étudier les séries numériques ». Il n'y a donc aucun outil vraiment nouveau dans ce chapitre : la limite monotone, l'encadrement, les équivalents et les développements limités suffisent à tout. Ce qui est nouveau, c'est la question posée, et le vocabulaire pour y répondre.
Le plan suit cette logique. On définit d'abord les objets (série, somme, reste) et on établit les propriétés élémentaires, puis la seule condition nécessaire du chapitre : le terme général d'une série convergente tend vers 0. Le lien suite-série montre ensuite que suites et séries sont deux façons de dire la même chose. Viennent les séries de référence (géométriques, exponentielle, Riemann), auxquelles tout le reste sera comparé. Le cœur du chapitre est l'étude des séries à termes positifs, pour lesquelles les sommes partielles sont croissantes et où tous les théorèmes de comparaison s'appliquent ; la méthode des rectangles y ajoute un outil de calcul redoutable. On termine par les termes de signe quelconque, ramenés au cas positif par la valeur absolue.
Conventions valables dans tout le chapitre. Les suites sont indexées par un entier n à partir d'un rang n0 précisé à chaque fois, le plus souvent n0=0 ou n0=1. On note K l'ensemble R ou C. Les notations Sn, Rn et Hn désignent respectivement la somme partielle, le reste et la somme harmonique, définies plus bas, et γ la constante d'Euler. Tout ce qui concerne les suites (théorème de la limite monotone, suites adjacentes, encadrement), l'analyse asymptotique (notations o, O et ∼, développements limités) et l'intégration sur un segment est supposé connu et utilisé librement. Attention sur ce dernier point : en PCSI, une intégrale a toujours des bornes finies. Aucune intégrale de ce chapitre ne portera sur un intervalle non borné.
Séries numériques : définitions
Série, sommes partielles, convergence
Définition
Soit (un)n⩾n0 une suite d'éléments de K. On appelle série de terme général un, notée ∑un ou ∑n⩾n0un, la suite (Sn)n⩾n0 définie par
Sn=k=n0∑nuk=un0+un0+1+⋯+un.L'élément Sn s'appelle la somme partielle d'ordre n de la série.
Une série n'est donc pas un nombre : c'est une suite, celle de ses sommes partielles. Toutes les sommes qui interviennent dans cette définition sont finies, ce qui règle la difficulté soulevée en introduction.
Définition
On dit que la série ∑un converge lorsque la suite (Sn) de ses sommes partielles converge. Dans ce cas, sa limite s'appelle la somme de la série et se note
n=n0∑+∞un=n→+∞limSn.Dans le cas contraire, on dit que la série diverge. Déterminer la nature d'une série, c'est dire si elle converge ou si elle diverge.
Remarque
Ne jamais confondre la série et sa somme. Le symbole ∑un désigne un objet (une suite de sommes partielles), qui existe toujours ; le symbole ∑n=n0+∞un désigne un nombre, qui n'existe que si la série converge. Écrire « ∑n=1+∞n1=+∞ » avant d'avoir étudié la nature de la série, ou pire manipuler ce symbole comme un réel, est la faute la plus fréquente du chapitre.
En pratique : on écrit d'abord « la série ∑un converge », ensuite seulement on a le droit d'écrire sa somme.
Sauf mention contraire, les énoncés qui suivent sont écrits avec n0=0 pour alléger, mais ils valent pour n'importe quel indice de départ. Il faut d'ailleurs prendre l'habitude de le préciser : la série ∑n⩾1n1 a un sens, la série ∑n⩾0n1 n'en a pas.
Exemple
Une série géométrique. Considérons ∑n⩾02n1. Pour tout n⩾0, la somme des termes d'une suite géométrique de raison 21=1 donne
Sn=k=0∑n(21)k=1−211−(21)n+1=2−2n1n→+∞2.La série converge et sa somme vaut 2 : c'est le sens exact de l'écriture 1+21+41+⋯=2.
Exemple
Une série télescopique. Considérons ∑n⩾1n(n+1)1. La décomposition en éléments simples donne k(k+1)1=k1−k+11, donc la somme partielle se télescope :
Sn=k=1∑n(k1−k+11)=1−n+11n→+∞1.La série converge et sa somme vaut 1.
Exemple
La série harmonique. Considérons ∑n⩾1n1, dont la somme partielle est traditionnellement notée
Hn=k=1∑nk1.Ici aucun télescopage, aucune formule close : Hn ne s'exprime pas à l'aide des fonctions usuelles. On démontrera au paragraphe 6 que Hn→+∞, donc que la série harmonique diverge, bien que son terme général tende vers 0. Retenez dès maintenant ce contre-exemple : c'est celui qui invalide l'erreur de raisonnement la plus répandue du chapitre.
La figure superpose les deux comportements pour n allant de 1 à 30. Le nuage du bas, celui des sommes partielles de ∑n21, monte de moins en moins et vient s'écraser contre la droite pointillée d'ordonnée 6π2≈1,645 : la série converge, et l'écart qui subsiste entre Sn et cette droite est le reste Rn défini ci-dessous. Le nuage du haut, celui de Hn, ralentit lui aussi, mais il ne s'écrase contre rien : arrivé à 3,995 pour n=30, il finira par dépasser toute barrière fixée à l'avance, et la série diverge. Dans les deux cas le terme ajouté tend vers 0, ce qui montre bien que cette information ne permet de rien conclure.
Somme et reste
Propriété
Soit ∑un une série convergente de somme S. Pour tout entier n⩾n0, la série ∑k⩾n+1uk converge ; sa somme
Rn=k=n+1∑+∞uks'appelle le reste d'ordre n de la série. On a alors
S=Sn+Rnpour tout n⩾n0,etRnn→+∞0.Démonstration. Fixons n⩾n0. Pour tout entier N>n, la relation de Chasles pour les sommes finies donne
k=n+1∑Nuk=k=n0∑Nuk−k=n0∑nuk=SN−Sn.Lorsque N→+∞, le membre de droite tend vers S−Sn, puisque Sn est fixé. La suite des sommes partielles de la série ∑k⩾n+1uk converge donc, ce qui signifie que cette série converge, et que sa somme vaut Rn=S−Sn.
Enfin, Sn→S par hypothèse, donc Rn=S−Sn→S−S=0. □
Remarque
Le reste n'est défini que pour une série convergente : parler du reste d'une série dont on n'a pas encore établi la convergence n'a aucun sens. L'égalité S=Sn+Rn se lit : « la somme est la somme partielle plus ce qu'on a oublié ». Comme Rn→0, la somme partielle Sn est une valeur approchée de S ; savoir majorer ∣Rn∣, c'est savoir avec quelle précision. Le paragraphe 6.5 donne la méthode.
Premières propriétés
Propriété
Linéarité. Soient ∑un et ∑vn deux séries convergentes et λ∈K. Alors la série ∑(un+λvn) converge et
n=n0∑+∞(un+λvn)=n=n0∑+∞un+λn=n0∑+∞vn.Démonstration. Notons Sn, Tn et Wn les sommes partielles respectives de ∑un, ∑vn et ∑(un+λvn). La linéarité de la somme finie donne, pour tout n,
Wn=k=n0∑n(uk+λvk)=Sn+λTn.Par hypothèse Sn→S et Tn→T, donc Wn→S+λT par opérations sur les limites. La série ∑(un+λvn) converge donc, de somme S+λT. □
Propriété
Corollaire. Si ∑un converge et si ∑vn diverge, alors ∑(un+vn) diverge.
Démonstration. Par l'absurde : si ∑(un+vn) convergeait, alors, ∑un convergeant aussi, la linéarité appliquée à vn=(un+vn)−un donnerait la convergence de ∑vn, ce qui est contraire à l'hypothèse. □
Remarque
En revanche, si ∑un et ∑vn divergent toutes les deux, on ne peut rien dire de ∑(un+vn) : avec un=1 et vn=−1, la somme est nulle donc convergente, alors qu'avec un=vn=1 elle diverge.
Propriété
Modification d'un nombre fini de termes. Soient (un) et (vn) deux suites qui coïncident à partir d'un certain rang N. Alors les séries ∑un et ∑vn ont la même nature. En cas de convergence, leurs sommes diffèrent en général.
Démonstration. Notons Sn et Tn les sommes partielles. Pour tout n⩾N, les termes d'indice k⩾N sont les mêmes dans les deux sommes, donc
Sn−Tn=k=n0∑N−1(uk−vk)=C,où C est une constante indépendante de n. Ainsi Sn=Tn+C pour n⩾N : la suite (Sn) converge si et seulement si (Tn) converge. En cas de convergence, les sommes diffèrent précisément de C. □
Remarque
Ce résultat justifie deux libertés que l'on prendra constamment. D'abord, la nature d'une série ne dépend pas de son indice de départ : on peut donc écrire « la série ∑nlnn1 » sans préciser si elle commence à 2 ou à 10. Ensuite, dans une démonstration, on peut toujours supposer qu'une hypothèse valable « à partir d'un certain rang » l'est en réalité dès le premier indice, quitte à remplacer les premiers termes par 0.
Ce résultat justifie surtout la prudence inverse : la somme, elle, dépend de tous les termes. Une majoration valable seulement à partir du rang 10 n'apprend rien sur la valeur de la somme, seulement sur la nature de la série.
Séries à termes complexes
Propriété
Soit (un) une suite de nombres complexes. La série ∑un converge si et seulement si les deux séries réelles ∑Re(un) et ∑Im(un) convergent. Dans ce cas,
n=n0∑+∞un=n=n0∑+∞Re(un)+in=n0∑+∞Im(un).Démonstration. Notons An et Bn les sommes partielles de ∑Re(un) et ∑Im(un). La linéarité de la partie réelle et de la partie imaginaire sur une somme finie donne
Sn=k=n0∑nuk=An+iBn,avec An=Re(Sn) et Bn=Im(Sn).Or une suite complexe converge si et seulement si ses parties réelle et imaginaire convergent, et dans ce cas sa limite est limAn+ilimBn. La conclusion suit. □
Exemple
Soit z∈C avec ∣z∣<1, écrit z=reiθ avec 0⩽r<1. On verra au paragraphe 4.1 que ∑n⩾0zn converge, de somme 1−z1. La propriété ci-dessus donne alors gratuitement la convergence des deux séries réelles ∑rncos(nθ) et ∑rnsin(nθ), dont les sommes sont respectivement la partie réelle et la partie imaginaire de 1−z1.
La condition nécessaire de convergence
Le théorème et sa contraposée
Propriété
Si la série ∑un converge, alors
unn→+∞0.Démonstration. Notons S la somme de la série. Pour tout n⩾n0+1, on a par définition des sommes partielles
un=Sn−Sn−1.La suite (Sn) converge vers S, et la suite (Sn−1), qui n'en est qu'un décalage d'indice, converge vers la même limite S. Par différence,
un=Sn−Sn−1n→+∞S−S=0.□Propriété
Divergence grossière (contraposée). Si la suite (un) ne tend pas vers 0, alors la série ∑un diverge. On dit qu'elle diverge grossièrement.
C'est le premier réflexe devant toute série, et le seul critère du chapitre qui ne demande aucune hypothèse : il faut y penser avant tout calcul, car il coûte une ligne.
Remarque
La réciproque est FAUSSE. Ce théorème donne une condition nécessaire, en aucun cas suffisante. L'implication
un→0⟹∑un convergeest fausse : le contre-exemple de référence est la série harmonique ∑n1, dont le terme général tend vers 0 et qui diverge pourtant (paragraphe 6.4).
Autrement dit, constater que un→0 ne fait avancer à rien : cela signifie seulement que la divergence grossière ne s'applique pas, et qu'il va falloir travailler.
Exemple
Quatre divergences grossières.
- ∑(−1)n : le terme général vaut alternativement 1 et −1, il ne tend pas vers 0. La série diverge. On le voit aussi directement : Sn vaut 1 si n est pair, 0 si n est impair, donc (Sn) n'a pas de limite.
- ∑2n+1n : le terme général tend vers 21=0. La série diverge.
- ∑nsin(n1) : en posant x=n1→0, on a nsinn1=xsinx→1=0. La série diverge.
- ∑(1+n1)n : le terme général s'écrit enln(1+n1), et nln(1+n1)→1, donc il tend vers e=0. La série diverge.
Exemple
Une série géométrique de raison trop grande. Pour q∈C avec ∣q∣⩾1, on a ∣qn∣=∣q∣n⩾1 pour tout n, donc qn ne tend pas vers 0 : la série ∑qn diverge grossièrement. Ce sera la moitié « facile » du théorème du paragraphe 4.1.
Le lien suite-série
Le résultat suivant est un simple changement de point de vue, mais c'est l'un des plus utiles du chapitre : il permet de traduire toute question sur une suite en une question sur une série, et réciproquement.
Propriété
Soit (an)n⩾n0 une suite d'éléments de K. La suite (an) et la série télescopique ∑n⩾n0(an+1−an) sont de même nature, c'est-à-dire que l'une converge si et seulement si l'autre converge. En cas de convergence, en notant ℓ=liman,
n=n0∑+∞(an+1−an)=ℓ−an0.Démonstration. Notons Sn la somme partielle d'ordre n de la série télescopique. Par télescopage,
Sn=k=n0∑n(ak+1−ak)=an+1−an0.Sens direct. Si (an) converge vers ℓ, alors (an+1) converge aussi vers ℓ (décalage d'indice), donc Sn=an+1−an0→ℓ−an0 : la série converge, de somme ℓ−an0.
Réciproque. Si la série converge, notons S sa somme. Alors an+1=Sn+an0→S+an0, donc la suite (an+1) converge, et (an) également, vers la même limite. □
Méthode
Utiliser le lien suite-série dans les deux sens.
- De la série vers la suite. Si le terme général un s'écrit an+1−an pour une suite (an) que l'on sait étudier, la nature de la série se lit immédiatement sur (an), et la somme se calcule exactement. C'est la situation d'une série télescopique : la reconnaître fait gagner tout le travail.
- De la suite vers la série. Pour étudier une suite (an) dont on ne sait pas calculer le terme général, on étudie la série de ses accroissements ∑(an+1−an), à laquelle on applique tous les critères de ce chapitre (notamment les théorèmes de comparaison, si les accroissements sont de signe constant).
Réflexes de reconnaissance d'un télescopage : une différence de deux termes de même forme décalés d'un cran ; une fraction rationnelle en n dont la décomposition en éléments simples fait apparaître n1−n+11 ; un logarithme de quotient, lnnn+1=ln(n+1)−lnn.
Exemple
Une divergence par télescopage. Étudions ∑n⩾1ln(1+n1).
Le terme général s'écrit
ln(1+n1)=ln(nn+1)=ln(n+1)−lnn=an+1−anavec an=lnn.La suite (an)=(lnn) diverge vers +∞, donc la série diverge. On le voit sur les sommes partielles : Sn=ln(n+1)→+∞.
Ce résultat mérite d'être retenu, car ln(1+n1)∼n1 : cette série diverge exactement « comme » la série harmonique, ce que le paragraphe 5 expliquera. Elle en fournit d'ailleurs une preuve de divergence, une fois le théorème de comparaison par équivalents établi.
Exemple
Une convergence par télescopage. Étudions ∑n⩾1(n1−n+11).
Avec an=−n1, le terme général vaut an+1−an, et an→0. La série converge donc, de somme
n=1∑+∞(n1−n+11)=n→+∞liman−a1=0−(−1)=1.Vérification directe : Sn=1−n+11→1. Pour n=1000, on trouve Sn≈0,9684, ce qui confirme la lenteur de la convergence, en n1.
Les séries de référence
Tous les critères des paragraphes suivants comparent la série étudiée à une série connue. Il faut donc disposer d'un stock de séries de référence, dont la nature est acquise une fois pour toutes. Ce stock tient en trois familles.
Séries géométriques
Propriété
Soit q∈C. La série géométrique ∑n⩾0qn converge si et seulement si ∣q∣<1. Dans ce cas,
n=0∑+∞qn=1−q1,Rn=k=n+1∑+∞qk=1−qqn+1.Plus généralement, pour tout entier p⩾0 et tout q tel que ∣q∣<1,
n=p∑+∞qn=1−qqp,que l'on retient sous la forme « premier terme divisé par un moins la raison ».
Démonstration. Cas q=1. La somme partielle vaut Sn=n+1→+∞ : la série diverge.
Cas q=1. La formule de la somme des termes d'une suite géométrique donne
Sn=k=0∑nqk=1−q1−qn+1.Si ∣q∣<1, alors qn+1=∣q∣n+1→0, donc qn+1→0 et Sn→1−q1 : la série converge, de somme 1−q1. Si ∣q∣>1 ou ∣q∣=1 avec q=1, on a ∣qn∣=∣q∣n⩾1, donc qn ne tend pas vers 0 et la série diverge grossièrement.
Reste. Pour ∣q∣<1,
Rn=S−Sn=1−q1−1−q1−qn+1=1−qqn+1.Somme à partir du rang p. En factorisant qp dans chaque somme partielle, ∑k=pNqk=qp∑j=0N−pqj→1−qqp. □
Exemple
n=0∑+∞3n1=1−311=23 et n=2∑+∞3n1=1−3191=61. Contrôle : 23−1−31=61.
Avec une raison négative : n=0∑+∞(−21)n=1+211=32. Avec une raison complexe : 2i=21<1, donc n=0∑+∞2nin=1−2i1=2−i2=52(2+i)=54+52i.
La série exponentielle
Propriété
Pour tout z∈C, la série ∑n⩾0n!zn converge et
n=0∑+∞n!zn=ez.En particulier, pour z=1, n=0∑+∞n!1=e.
Démonstration dans le cas z=x réel. La fonction exp est de classe C∞ sur R et toutes ses dérivées sont égales à exp. Sur le segment d'extrémités 0 et x, on a ∣exp∣⩽e∣x∣, donc l'inégalité de Taylor-Lagrange appliquée en 0 à l'ordre n donne
ex−k=0∑nk!xk⩽e∣x∣(n+1)!∣x∣n+1.Or, à x fixé, la suite wn=n!∣x∣n tend vers 0 : elle est positive et vérifie wnwn+1=n+1∣x∣⩽21 dès que n⩾2∣x∣, donc à partir d'un rang N elle est majorée par une suite géométrique de raison 21, qui tend vers 0.
Le membre de droite tend donc vers 0, et la somme partielle ∑k=0nk!xk tend vers ex : la série converge et sa somme vaut ex. □
Cas z complexe. La convergence s'obtient sans effort supplémentaire : n!zn=n!∣z∣n, et la série réelle ∑n!∣z∣n converge d'après ce qui précède, donc la série ∑n!zn est absolument convergente, donc convergente (paragraphe 7.2). L'identification de sa somme avec ez est en revanche admise ici, conformément au programme.
Exemple
La convergence est extrêmement rapide, ce qui fait de cette série un excellent outil de calcul approché. Avec la majoration ci-dessus prise en x=1 et e⩽3 :
e−k=0∑nk!1⩽(n+1)!3.Pour n=9, le majorant vaut 10!3≈8,3×10−7, et la somme partielle vaut 2,7182815 contre e≈2,7182818 : l'écart réel est d'environ 3×10−7, conforme à la majoration. À comparer avec la série harmonique, qui a besoin d'environ 10434 termes pour que sa somme partielle atteigne 1000.
Séries de Riemann et série harmonique
Propriété
Séries de Riemann. Soit α∈R. La série n⩾1∑nα1 converge si et seulement si α>1.
En particulier, pour α=1, la série harmonique n⩾1∑n1 diverge, et ses sommes partielles vérifient Hn∼lnn.
Ce théorème est démontré au paragraphe 6.3 par la méthode des rectangles, seul outil disponible pour le faire : aucune manipulation algébrique élémentaire ne permet d'y accéder. Contentons-nous pour l'instant de retenir la frontière, qui est la source d'erreur numéro un du chapitre : α=1 est le cas divergent. La série ∑n1 diverge, la série ∑n1,011 converge, la série ∑n1 (cas α=21) diverge.
Aucune expression simple n'est connue pour la somme lorsque α>1, sauf valeurs particulières : on démontre par exemple, mais pas en PCSI, que ∑n=1+∞n21=6π2≈1,6449. L'exercice 36 étudie la fonction α↦∑n=1+∞nα1 pour elle-même.
Récapitulatif des séries de référence
| Série | Converge si et seulement si | Somme |
|---|---|---|
| ∑n⩾0qn | ∣q∣<1 | 1−q1 |
| ∑n⩾0n!zn | toujours | ez |
| ∑n⩾1nα1 | α>1 | pas d'expression usuelle |
| ∑n⩾1n1 | jamais | Sn=Hn∼lnn |
Séries à termes positifs
Tout change lorsque les termes sont positifs : la suite des sommes partielles devient croissante, et le théorème de la limite monotone s'applique. C'est la raison pour laquelle presque tous les critères du chapitre exigent cette hypothèse, et pourquoi il faut toujours commencer par vérifier le signe.
Dans tout ce paragraphe, les suites sont réelles, et l'hypothèse « à termes positifs » signifie un⩾0 à partir d'un certain rang (ce qui suffit, la nature ne dépendant pas des premiers termes).
Le théorème fondamental
Propriété
Soit ∑un une série à termes positifs ou nuls. La suite (Sn) de ses sommes partielles est croissante, et
∑un converge⟺(Sn) est majoreˊe.Sinon, Sn→+∞, et l'on note alors ∑un=+∞.
Démonstration. Pour tout n, Sn+1−Sn=un+1⩾0, donc (Sn) est croissante. Le théorème de la limite monotone donne exactement les deux cas : si (Sn) est majorée, elle converge (vers sa borne supérieure) et la série converge ; si elle ne l'est pas, elle tend vers +∞ et la série diverge. □
Remarque
La convention ∑un=+∞. Pour une série à termes positifs, et pour elle seulement, la divergence est un comportement simple : les sommes partielles tendent vers +∞, sans oscillation possible. On se permet donc d'écrire ∑un<+∞ pour dire « la série converge » et ∑un=+∞ pour dire « elle diverge ». Cette convention n'a aucun sens pour une série de signe quelconque : ∑(−1)n diverge sans que ses sommes partielles tendent vers quoi que ce soit.
Exemple
Montrons que ∑n⩾0n!1 converge sans utiliser le paragraphe 4.2. Les termes sont positifs. Pour k⩾1, on a k!=1×2×3×⋯×k⩾2k−1, car le produit compte k−1 facteurs tous supérieurs ou égaux à 2. Donc, pour n⩾1,
Sn=1+k=1∑nk!1⩽1+k=1∑n2k−11⩽1+1−211=3.Les sommes partielles sont majorées par 3 : la série converge, et sa somme est inférieure ou égale à 3. On sait par ailleurs qu'elle vaut e≈2,718.
Comparaison par inégalités
Propriété
Soient (un) et (vn) deux suites réelles telles que, à partir d'un certain rang,
0⩽un⩽vn.Alors :
- si ∑vn converge, alors ∑un converge ;
- si ∑un diverge, alors ∑vn diverge.
De plus, si l'encadrement vaut pour tout n⩾n0 et si les deux séries convergent, n=n0∑+∞un⩽n=n0∑+∞vn.
Démonstration. Quitte à remplacer un et vn par 0 pour les indices situés avant le rang en question, ce qui ne change la nature d'aucune des deux séries (paragraphe 1.3) et préserve l'encadrement, on suppose 0⩽un⩽vn pour tout n⩾n0. Notons Sn et Tn les sommes partielles ; en sommant l'inégalité pour k de n0 à n,
Sn⩽Tnpour tout n⩾n0.Point 1. Supposons ∑vn convergente, de somme T. La suite (Tn) est croissante (termes positifs, car vn⩾un⩾0) et converge vers T, donc Tn⩽T pour tout n. Ainsi Sn⩽Tn⩽T : la suite (Sn) est croissante et majorée, donc ∑un converge d'après le théorème fondamental. Et en passant à la limite dans Sn⩽Tn, on obtient l'inégalité entre les sommes.
Point 2. C'est la contraposée du point 1. □
Remarque
Le sens de l'inégalité doit correspondre à ce que l'on veut prouver. Pour établir une convergence, on majore par une série convergente ; pour établir une divergence, on minore par une série divergente. Majorer une série par une série divergente n'apprend rigoureusement rien, minorer par une série convergente non plus. Cette faute est immédiatement sanctionnée en copie.
Exemple
Une convergence par majoration. La série ∑n⩾1n32+sinn est à termes positifs, car 2+sinn⩾1>0. De plus
0⩽n32+sinn⩽n33,et ∑n33 converge (série de Riemann avec α=3>1, multipliée par une constante). Donc la série converge.
Une divergence par minoration. Pour n⩾3, lnn⩾1, donc
nlnn⩾n1⩾0.La série harmonique diverge, donc ∑nlnn diverge.
Comparaison par domination et par négligeabilité
Propriété
Soient (un) et (vn) deux suites réelles positives (à partir d'un certain rang). Si
un=O(vn)(en particulier si un=o(vn))et si ∑vn converge, alors ∑un converge. Par contraposée, si ∑un diverge, alors ∑vn diverge.
Démonstration. Par définition de la domination, il existe un réel M⩾0 et un rang N tels que ∣un∣⩽M∣vn∣ pour tout n⩾N, c'est-à-dire, les deux suites étant positives à partir d'un certain rang,
0⩽un⩽Mvnpour n assez grand.La série ∑Mvn converge par linéarité, donc ∑un converge par comparaison par inégalités. Enfin, un=o(vn) entraîne un=O(vn) (prendre M=1 à partir d'un rang), d'où le cas particulier. □
Comparaison par équivalents
Voici le théorème le plus utilisé du chapitre, celui qui transforme l'analyse asymptotique en machine à déterminer des natures de séries.
Propriété
Soient (un) et (vn) deux suites réelles positives à partir d'un certain rang. Si
unn→+∞∼vn,alors les séries ∑un et ∑vn sont de même nature.
Démonstration. Par définition de l'équivalence, un−vn=o(vn). En appliquant la définition de la négligeabilité avec ε=21, il existe un rang N à partir duquel
∣un−vn∣⩽21∣vn∣=21vn,la dernière égalité utilisant vn⩾0 (quitte à augmenter N). En développant la valeur absolue, on obtient, pour tout n⩾N,
−21vn⩽un−vn⩽21vn,c’est-aˋ-dire0⩽21vn⩽un⩽23vn.Si ∑vn converge. La série ∑23vn converge par linéarité, et 0⩽un⩽23vn : la comparaison par inégalités donne la convergence de ∑un.
Si ∑vn diverge. La série ∑21vn diverge (si elle convergeait, ∑vn=∑2×21vn convergerait), et 0⩽21vn⩽un : la comparaison par inégalités donne la divergence de ∑un. □
Remarque
L'encadrement 21vn⩽un⩽23vn montre au passage que, si (vn) est positive et un∼vn, alors (un) est automatiquement positive à partir d'un certain rang. Il suffit donc, en pratique, de vérifier la positivité de l'une des deux suites, en général celle de l'équivalent choisi, qui est la plus simple.
Notez aussi que le théorème conclut sur la nature, jamais sur la somme : deux séries convergentes à termes équivalents n'ont aucune raison d'avoir la même somme.
Remarque
L'hypothèse de signe est indispensable. Sans elle, l'énoncé est faux. Posons, pour n⩾1,
un=n(−1)n,vn=n(−1)n+n1.Ces deux suites sont équivalentes :
unvn=1+(−1)n/n1/n=1+n(−1)nn→+∞1.Or la série ∑un converge (l'exercice 28 l'établit en montrant que les sommes partielles de rang pair et de rang impair sont adjacentes), tandis que ∑n1 diverge : d'après le corollaire du paragraphe 1.3, ∑vn=∑(un+n1) diverge. Deux séries équivalentes de natures différentes : le théorème tombe dès que le signe n'est pas constant.
Conclusion opératoire : avant d'écrire « un∼vn donc même nature », écrire une ligne justifiant que le terme général est positif à partir d'un certain rang. Sans cette ligne, le raisonnement est faux, même si la conclusion se trouve être juste.
Le critère en nα
Propriété
Soit (un) une suite positive à partir d'un certain rang.
- S'il existe α>1 tel que nαun admette une limite finie quand n→+∞, alors ∑un converge.
- Si nun→ℓ avec ℓ>0 (éventuellement ℓ=+∞), alors ∑un diverge.
Démonstration. Point 1. La suite (nαun) converge, donc elle est bornée : il existe M⩾0 tel que nαun⩽M pour tout n⩾1, c'est-à-dire
0⩽un⩽nαMà partir du rang où un⩾0. La série de Riemann ∑nα1 converge puisque α>1, donc ∑un converge par comparaison. (C'est exactement dire que un=O(nα1).)
Point 2. Supposons d'abord ℓ fini. Comme ℓ>0, il existe un rang N à partir duquel nun⩾2ℓ, c'est-à-dire
un⩾2ℓ×n1⩾0.La série ∑2nℓ diverge (série harmonique multipliée par une constante non nulle), donc ∑un diverge par comparaison. Si ℓ=+∞, on a nun⩾1 à partir d'un certain rang, donc un⩾n1, et la conclusion est la même. □
Exemple
Le critère en action. Étudions ∑n⩾2n2lnn. Les termes sont positifs pour n⩾2. Aucun équivalent simple ne se présente, mais le critère s'applique avec α=23>1 :
n3/2×n2lnn=nlnnn→+∞0par croissances comparées. La limite est finie, donc la série converge.
Le choix de α est libre pourvu qu'il soit strictement supérieur à 1 : ici α=2 aurait donné lnn→+∞, une limite infinie, donc rien du tout. On choisit toujours α strictement entre 1 et l'exposant apparent, pour « absorber » le logarithme.
Exemple
Le cas divergent. Pour ∑n⩾1sinn1 : les termes sont positifs (pour n⩾1, n1∈]0,π[), et
nsinn1n→+∞1>0,donc la série diverge. On aurait aussi bien conclu par l'équivalent sinn1∼n1.
Méthode : étudier une série à termes positifs
Méthode
Le plan d'étude d'une série à termes positifs.
- Vérifier le signe du terme général, à partir d'un certain rang. C'est la condition d'emploi de tout ce qui suit, et cela se rédige en une ligne.
- Tester la divergence grossière : si un ne tend pas vers 0, c'est fini.
- Chercher un équivalent simple de un, en utilisant les développements limités usuels en n1 (c'est le réflexe principal : ln(1+x), ex−1, sinx, 1+x). On compare ensuite l'équivalent à une série de référence.
- À défaut d'équivalent : comparer par inégalités (majorer pour prouver la convergence, minorer pour prouver la divergence), ou utiliser le critère en nα, ou dominer par une géométrique.
- Si rien ne marche et que le terme général s'écrit f(n) avec f monotone : passer à la méthode des rectangles (paragraphe 6).
Exemple
Premier exemple : équivalent puis Riemann. Étudions ∑n⩾1un avec un=n3+1n+n.
Le terme général est positif pour tout n⩾1. En factorisant les termes dominants,
un=n3(1+n31)n(1+n1)=n21×1+n311+n1n→+∞∼n21.La série ∑n21 est une série de Riemann convergente (α=2>1), et les deux suites sont positives : la série converge.
Exemple
Deuxième exemple : équivalent puis harmonique. Étudions ∑n⩾1(n+1−n).
Le terme général est positif. La quantité conjuguée donne
n+1−n=n+1+n(n+1)−n=n+1+n1n→+∞∼2n1.Or ∑2n1 est une série de Riemann d'exposant α=21⩽1, donc divergente. Les termes étant positifs, la série diverge.
Contrôle par le lien suite-série : cette série est télescopique, de somme partielle Sn=n+1−1→+∞. Les deux méthodes concordent, et la seconde donne en prime la vitesse de divergence.
Exemple
Troisième exemple : équivalent puis géométrique. Étudions ∑n⩾1un avec un=3n−n22n+n.
Le dénominateur est strictement positif pour tout n⩾1 (on vérifie 3n>n2 par récurrence, ou par croissances comparées après avoir traité les premiers rangs), donc un>0. En factorisant les termes dominants,
un=3n(1−3nn2)2n(1+2nn)n→+∞∼(32)n,car 2nn→0 et 3nn2→0 par croissances comparées. La série géométrique de raison 32∈]0,1[ converge, donc la série converge.
Contrôle numérique en n=10 : u10≈1,754×10−2 et (32)10≈1,734×10−2. L'équivalent est déjà excellent.
Comparaison série-intégrale : la méthode des rectangles
Les critères précédents comparent une série à une autre série. Il reste à savoir traiter les cas où aucune série de référence ne convient, à commencer par les séries de Riemann elles-mêmes. L'outil est la comparaison avec une intégrale, qui repose sur une idée d'une simplicité totale : l'aire sous une courbe monotone est coincée entre deux rectangles.
Rappel de vocabulaire : en PCSI, toutes les intégrales ont des bornes finies. Ce paragraphe n'y fait aucune exception, et la méthode s'énonce, comme dans le programme, en termes d'encadrement des sommes partielles.
Le lemme des rectangles
Propriété
Soit k un entier et soit f une fonction continue et décroissante sur le segment [k,k+1]. Alors
f(k+1)⩽∫kk+1f(t)dt⩽f(k).Si f est continue et croissante sur [k,k+1], les inégalités sont inversées :
f(k)⩽∫kk+1f(t)dt⩽f(k+1).Démonstration. Supposons f décroissante. Pour tout t∈[k,k+1], la décroissance donne
f(k+1)⩽f(t)⩽f(k).Les bornes de l'intégrale sont dans le bon ordre (k⩽k+1), donc la croissance de l'intégrale s'applique. Les fonctions constantes t↦f(k+1) et t↦f(k) ont pour intégrales sur [k,k+1] respectivement f(k+1)×1 et f(k)×1, puisque le segment est de longueur 1. D'où l'encadrement. Le cas croissant est identique en renversant les inégalités. □
La figure illustre le lemme pour f:t↦t1, décroissante sur ]0,+∞[. Le rectangle circonscrit, de base [k,k+1] et de hauteur f(k)=k1, contient le domaine situé sous la courbe ; le rectangle inscrit, de même base et de hauteur f(k+1)=k+11, y est contenu. Comme les deux rectangles ont une base de longueur 1, leurs aires valent exactement k1 et k+11, d'où
k+11⩽∫kk+1tdt⩽k1.Toute la suite du paragraphe consiste à sommer cet encadrement, en soignant les indices.
Encadrement des sommes partielles
Propriété
Soit p un entier et soit f une fonction continue et décroissante sur [p,+∞[. Alors, pour tout entier n⩾p,
∫pn+1f(t)dt⩽k=p∑nf(k)⩽f(p)+∫pnf(t)dt.Démonstration. Minoration. Pour chaque entier k compris entre p et n, le lemme appliqué sur [k,k+1] donne ∫kk+1f⩽f(k). Sommons ces n−p+1 inégalités ; le membre de gauche se recolle par la relation de Chasles :
∫pn+1f(t)dt=k=p∑n∫kk+1f(t)dt⩽k=p∑nf(k).Majoration. Cette fois, on utilise l'autre moitié du lemme, décalée d'un cran : pour k compris entre p+1 et n, la décroissance sur [k−1,k] donne f(k)⩽∫k−1kf. Le terme d'indice p n'est pas concerné (il faudrait intégrer avant p, où f n'est pas supposée définie), on le sort de la somme :
k=p∑nf(k)=f(p)+k=p+1∑nf(k)⩽f(p)+k=p+1∑n∫k−1kf(t)dt=f(p)+∫pnf(t)dt.(Pour n=p, la somme vide vaut 0 et l'inégalité est une égalité.) □
Remarque
Version croissante. Si f est continue et croissante sur [p,+∞[, la même sommation donne, pour n⩾p,
f(p)+∫pnf(t)dt⩽k=p∑nf(k)⩽∫pn+1f(t)dt.Il est inutile de mémoriser ces formules : ce qu'il faut savoir refaire, c'est sommer le lemme en surveillant les bornes d'indices. Un dessin tranche instantanément le sens des inégalités.
Application 1 : les séries de Riemann
Propriété
Soit α∈R. La série n⩾1∑nα1 converge si et seulement si α>1. De plus, en cas de convergence,
n=1∑+∞nα1⩽α−1α.Démonstration. Posons un=nα1>0 pour n⩾1 : la série est à termes positifs, et l'on peut utiliser le théorème fondamental du paragraphe 5.1.
Cas α⩽0. Alors un=n−α⩾n0=1 pour tout n⩾1, donc un ne tend pas vers 0 : la série diverge grossièrement.
Cas α>0. La fonction f:t↦tα1 est continue et décroissante sur [1,+∞[ (sa dérivée −αt−α−1 est négative), et un=f(n). Le théorème d'encadrement s'applique avec p=1 :
∫1n+1tαdt⩽Sn=k=1∑nkα1⩽1+∫1ntαdt.Sous-cas α=1. On a ∫1n+1tdt=ln(n+1), donc Sn⩾ln(n+1)n→+∞+∞ : la série diverge.
Sous-cas α=1. Une primitive de t↦t−α sur [1,+∞[ est t↦1−αt1−α, donc pour tous réels 1⩽a⩽b,
∫abtαdt=1−αb1−α−a1−α.Si α>1, alors 1−α<0 et l'intégrale de droite se majore :
∫1ntαdt=1−αn1−α−1=α−11−n1−α⩽α−11,car n1−α>0. Ainsi Sn⩽1+α−11=α−1α pour tout n : les sommes partielles d'une série à termes positifs sont majorées, donc la série converge, et sa somme, limite d'une suite croissante majorée par α−1α, vérifie l'inégalité annoncée.
Si 0<α<1, alors 1−α>0 et l'intégrale de gauche tend vers +∞ :
Sn⩾∫1n+1tαdt=1−α(n+1)1−α−1n→+∞+∞.La série diverge.
Les quatre cas sont traités : la série converge si et seulement si α>1. □
Exemple
Contrôle de la majoration pour α=2 : elle annonce ∑n=1+∞n21⩽12=2, et la valeur exacte est 6π2≈1,6449. Pour α=23 : la majoration donne 3, et la valeur numérique est environ 2,612. La borne est correcte, sans être fine : elle sert à prouver la convergence, pas à calculer la somme.
Application 2 : la série harmonique
Propriété
Pour tout entier n⩾1,
ln(n+1)⩽Hn=k=1∑nk1⩽1+lnn.En conséquence, Hnn→+∞+∞ (la série harmonique diverge) et
Hnn→+∞∼lnn.Démonstration. L'encadrement est le cas α=1 du paragraphe précédent, avec ∫1n+1tdt=ln(n+1) et ∫1ntdt=lnn.
La minoration Hn⩾ln(n+1) donne la divergence vers +∞ par comparaison.
Pour l'équivalent, supposons n⩾2, de sorte que lnn>0, et divisons l'encadrement par lnn :
lnnln(n+1)⩽lnnHn⩽lnn1+1.Le membre de droite tend vers 1. Quant au membre de gauche,
lnnln(n+1)=lnnlnn+ln(1+n1)=1+lnnln(1+n1)n→+∞1.Par encadrement, lnnHn→1, c'est-à-dire Hn∼lnn. □
Remarque
La constante d'Euler. L'encadrement précédent est remarquablement serré : l'écart entre ses deux bornes vaut 1+lnn−ln(n+1)⩽1, alors que Hn tend vers l'infini. On peut faire beaucoup mieux : l'exercice 24 démontre, avec des suites adjacentes, que la suite (Hn−lnn) converge. Sa limite est la constante d'Euler, notée γ, dont une valeur approchée est 0,5772. Autrement dit,
Hn=lnn+γ+o(1).Ce développement est bien plus précis que l'équivalent Hn∼lnn : il donne le terme constant, que l'équivalent perd. Contrôle numérique : H100≈5,1874 et ln100+γ≈5,1824.
Signalons une conséquence jolie, qui recoupe le paragraphe 3 : la série ∑n⩾1(n1−ln(1+n1)) a pour somme partielle Hn−ln(n+1), donc elle converge et sa somme vaut exactement γ.
Application 3 : encadrer un reste
Le dernier usage de la méthode est le plus délicat, parce qu'il concerne une somme infinie. Toute la précaution consiste à ne travailler que sur des sommes et des intégrales finies, puis à passer à la limite à la toute fin.
Propriété
La série n⩾1∑n21 converge, et son reste vérifie, pour tout entier n⩾1,
n+11⩽Rn=k=n+1∑+∞k21⩽n1.Démonstration. D'abord, la série ∑k21 converge (Riemann, α=2), donc le reste Rn existe : c'est la première chose à écrire.
Fixons n⩾1 et soit N un entier avec N>n. La fonction f:t↦t21 est continue et décroissante sur ]0,+∞[. Pour chaque entier k compris entre n+1 et N, le lemme des rectangles donne
∫kk+1t2dt⩽k21⩽∫k−1kt2dt.Sommons pour k de n+1 à N ; chaque membre extrême se recolle par la relation de Chasles :
∫n+1N+1t2dt⩽k=n+1∑Nk21⩽∫nNt2dt.Toutes les bornes sont finies. Les deux intégrales se calculent avec la primitive t↦−t1 :
n+11−N+11⩽k=n+1∑Nk21⩽n1−N1.Faisons enfin tendre N vers +∞, à n fixé. Le membre du milieu tend vers Rn par définition du reste, les deux membres extrêmes tendent respectivement vers n+11 et n1, et les inégalités larges se conservent par passage à la limite :
n+11⩽Rn⩽n1.□Exemple
Contrôle numérique pour n=10 : l'encadrement annonce 0,0909⩽R10⩽0,1, et la valeur exacte est
R10=6π2−k=1∑10k21≈0,0952.La borne supérieure n1 est donc très proche de la vraie valeur du reste.
Remarque
Conséquences. L'encadrement donne n+1n⩽nRn⩽1, donc nRn→1 par encadrement, c'est-à-dire
Rnn→+∞∼n1.On en tire une information très concrète : pour calculer ∑n=1+∞n21 à 10−3 près, il faut additionner de l'ordre de 1000 termes. C'est ce type d'estimation que raffine l'exercice 35.
Méthode
Encadrer un reste : la seule rédaction correcte en PCSI. Un reste est une somme infinie ; on ne l'encadre jamais directement par une intégrale de borne infinie, qui n'a aucun sens à ce stade du programme. La marche à suivre comporte quatre temps.
- Justifier d'abord la convergence de la série : sans elle, le reste n'existe pas.
- Fixer n, introduire un entier N>n et encadrer chaque terme uk=f(k), pour k allant de n+1 à N, à l'aide du lemme des rectangles (avec f continue monotone).
- Sommer l'encadrement pour k de n+1 à N et recoller les intégrales par la relation de Chasles : on obtient un encadrement de la somme finie ∑k=n+1Nuk par des intégrales à bornes finies, que l'on calcule.
- Faire tendre N→+∞ à n fixé : le terme central tend vers Rn, et les inégalités larges se conservent.
L'erreur à ne jamais commettre est d'écrire directement une intégrale entre n et l'infini : c'est un objet du programme de seconde année, pas du vôtre.
Séries à termes de signe quelconque : convergence absolue
Tous les critères du paragraphe 5 exigent un signe constant. Que faire lorsque le terme général change de signe, ou qu'il est complexe ? La réponse principale du programme tient en un mot : passer aux valeurs absolues (ou aux modules), ce qui ramène au cas positif.
Définition
Définition
Soit (un) une suite d'éléments de K. On dit que la série ∑un est absolument convergente lorsque la série à termes positifs ∑∣un∣ converge.
On dit aussi, de façon équivalente, que la suite (un) est sommable, et l'on note
∑∣un∣<+∞,notation licite grâce à la convention du paragraphe 5.1.
Le programme précise que la notion de suite sommable est introduite ici « mais n'appelle aucun développement théorique » : c'est un vocabulaire, synonyme de convergence absolue, rien de plus.
Exemple
La série ∑n⩾1n2(−1)n est absolument convergente : n2(−1)n=n21, terme général d'une série de Riemann convergente. La suite (n2(−1)n) est donc sommable.
La série ∑n⩾1n(−1)n−1, elle, n'est pas absolument convergente : la série des valeurs absolues est la série harmonique, qui diverge.
Le théorème
Propriété
Toute série absolument convergente est convergente : si ∑∣un∣ converge, alors ∑un converge. De plus,
n=n0∑+∞un⩽n=n0∑+∞∣un∣.Démonstration. Cas réel. Supposons (un) réelle et ∑∣un∣ convergente. Posons, pour tout n,
un+=2∣un∣+un,un−=2∣un∣−un.De l'encadrement −∣un∣⩽un⩽∣un∣ on tire que ces deux quantités sont positives, et elles vérifient
0⩽un+⩽∣un∣,0⩽un−⩽∣un∣.La série ∑∣un∣ convergeant, la comparaison par inégalités (paragraphe 5.2) donne la convergence de ∑un+ et de ∑un−. Or
un=un+−un−,donc ∑un converge par linéarité (paragraphe 1.3).
Cas complexe. Supposons (un) complexe et ∑∣un∣ convergente. Pour tout n,
∣Re(un)∣⩽∣un∣et∣Im(un)∣⩽∣un∣.Par comparaison, les séries ∑∣Re(un)∣ et ∑∣Im(un)∣ convergent : les séries réelles ∑Re(un) et ∑Im(un) sont absolument convergentes, donc convergentes par le cas réel. Le paragraphe 1.4 conclut que ∑un converge.
Inégalité triangulaire. Pour tout n, l'inégalité triangulaire sur une somme finie donne
∣Sn∣=k=n0∑nuk⩽k=n0∑n∣uk∣⩽k=n0∑+∞∣uk∣,la dernière majoration provenant du fait que la suite croissante des sommes partielles de ∑∣un∣ est majorée par sa limite. En faisant tendre n vers +∞ et en utilisant la continuité de la valeur absolue (ou du module), il vient ∣S∣⩽∑k=n0+∞∣uk∣. □
Remarque
La réciproque est fausse. Une série peut parfaitement converger sans que la série des valeurs absolues converge. L'exemple de référence est
n⩾1∑n(−1)n−1,dont l'exercice 28 établit la convergence en montrant que les sommes partielles de rang pair et de rang impair forment deux suites adjacentes (sa somme vaut ln2), alors que la série des valeurs absolues est la série harmonique, divergente.
Conséquence pratique, à retenir absolument : quand on constate que ∑∣un∣ diverge, on n'a rien démontré sur ∑un. Il faut alors reprendre l'étude par un autre chemin ; en particulier, on ne conclut jamais « donc ∑un diverge ».
Le théorème de domination
Propriété
Soit (un) une suite d'éléments de K et soit (vn) une suite à valeurs dans R+. Si
un=O(vn)et∑vn converge,alors la série ∑un est absolument convergente, donc convergente.
Démonstration. Par définition de la domination, il existe M⩾0 et un rang N tels que ∣un∣⩽M∣vn∣=Mvn pour tout n⩾N, les vn étant positifs. La série ∑Mvn converge par linéarité, et 0⩽∣un∣⩽Mvn à partir du rang N : la comparaison par inégalités entre séries à termes positifs (paragraphe 5.2) donne la convergence de ∑∣un∣. La série ∑un est donc absolument convergente, donc convergente par le théorème précédent. □
C'est, en pratique, le théorème que l'on utilise : il évite d'avoir à écrire l'étape « valeurs absolues » à la main, et il fonctionne aussi bien pour des termes complexes.
Exemple
Trois applications directes.
- ∑n⩾1n2cosn : on a n2cosn⩽n21, donc n2cosn=O(n21) avec ∑n21 convergente. La série converge absolument, donc converge. Sa somme vaut environ 0,3241, et l'inégalité triangulaire garantit qu'elle est comprise entre −6π2 et 6π2.
- ∑n⩾1n3+nncosn−1 : le terme général change de signe sans régularité, mais
donc la série converge absolument, donc converge. 3. ∑n⩾0zn pour ∣z∣<1 : ∣zn∣=∣z∣n, terme général d'une série géométrique convergente. La convergence absolue redonne, plus simplement, une partie du théorème du paragraphe 4.1.
Méthode : que faire devant une série de signe quelconque
Méthode
Le réflexe et son plan de secours.
- Tester d'abord la convergence absolue. Majorer ∣un∣ par le terme général d'une série de référence convergente (Riemann avec α>1, géométrique de raison de module <1), ou montrer que un=O(vn) avec ∑vn convergente. Si cela marche, c'est terminé : la série converge, et l'inégalité triangulaire majore sa somme.
- Ne jamais appliquer un théorème de comparaison ou d'équivalent à une série dont le terme général n'est pas de signe constant : l'exemple du paragraphe 5.4 montre qu'on obtient des résultats faux.
- Si la convergence absolue échoue, on ne sait toujours rien. Il faut revenir à la définition, c'est-à-dire à la suite des sommes partielles : calcul explicite de Sn, télescopage, ou étude séparée de (S2n) et (S2n+1), souvent adjacentes lorsque le terme général alterne de signe. C'est la démarche de l'exercice 28, et le seul outil au programme dans cette situation.
- Cas particulier utile : si un=an+bn où ∑an converge (par exemple absolument) et ∑bn diverge, alors ∑un diverge (corollaire du paragraphe 1.3). C'est souvent le bon découpage après un développement asymptotique.
Synthèse : le plan d'attaque
La marche à suivre
Méthode
Devant une série ∑un dont on demande la nature.
- Le terme général tend-il vers 0 ? Si non, divergence grossière, et c'est fini en une ligne.
- Le terme général est-il de signe constant à partir d'un certain rang ? Cette question décide de tout ce qui suit, et sa réponse doit apparaître dans la copie.
- Si oui (série à termes positifs, quitte à changer un en −un) : chercher un équivalent simple, en développant à l'aide des développements limités usuels en n1, puis comparer à une série de référence (Riemann, géométrique). À défaut : comparaison par inégalités, domination, ou critère en nα.
- Si le terme général est f(n) avec f continue monotone et qu'aucune comparaison ne donne rien : méthode des rectangles, en sommant le lemme.
- Si le signe n'est pas constant (ou si les termes sont complexes) : tester la convergence absolue. Si elle a lieu, la série converge.
- Si la convergence absolue échoue : revenir aux sommes partielles (calcul explicite, télescopage, suites adjacentes).
Et dans tous les cas : préciser à partir de quel rang chaque hypothèse est vérifiée.
Le tableau des critères
| Critère | L'hypothèse à ne pas oublier |
|---|---|
| Divergence grossière | aucune : c'est le premier réflexe, toujours licite |
| 0⩽un⩽vn | l'encadrement et la positivité, à partir d'un rang |
| un=O(vn) ou o(vn) | vn⩾0, et ∑vn convergente |
| un∼vn | signe constant à partir d'un rang |
| Critère en nα | un⩾0, et α>1 pour conclure à la convergence |
| Méthode des rectangles | f continue et monotone, avec un=f(n) |
| Convergence absolue | aucune : valable pour tout terme réel ou complexe |
Les erreurs classiques
- « un→0 donc la série converge. » Faux, et c'est l'erreur la plus fréquente : la série harmonique est le contre-exemple. La condition est nécessaire, jamais suffisante.
- Appliquer un équivalent sans vérifier le signe. Le contre-exemple du paragraphe 5.4 montre que deux séries équivalentes peuvent être de natures différentes. Une ligne de justification du signe, systématiquement.
- Confondre la série et sa somme. Manipuler ∑n=0+∞un avant d'avoir prouvé la convergence, ou parler du reste Rn d'une série divergente, n'a pas de sens.
- Confondre la suite (un) et la série ∑un. Elles n'ont aucune raison d'être de même nature : un=n1 converge (vers 0) alors que ∑n1 diverge. Le lien correct est celui du paragraphe 3, entre (an) et ∑(an+1−an).
- Oublier que la nature ne dépend pas des premiers termes, mais que la somme, elle, en dépend.
- Écrire une intégrale de borne infinie. En PCSI, la comparaison série-intégrale est un encadrement de sommes finies par des intégrales à bornes finies ; le passage à la limite se fait à la fin, dans l'inégalité.
- Conclure à la divergence parce que la convergence absolue échoue. On n'a alors rien démontré du tout.
Pour aller plus loin en exercice
La fiche associée prolonge ce cours sur plusieurs points volontairement laissés de côté ici. L'exercice 26 fait démontrer, puis appliquer, le critère du quotient unun+1 pour les séries à termes strictement positifs, qui n'est pas un résultat de cours en PCSI mais se redémontre en trois lignes par comparaison à une géométrique. L'exercice 25 traite les séries dites de Bertrand, ∑nα(lnn)β1, par la méthode des rectangles. L'exercice 33 établit un critère de condensation, qui remplace ∑un par ∑2nu2n. Enfin les exercices 35 et 36 poussent l'étude des restes et de la fonction α↦∑n=1+∞nα1. Aucun de ces résultats n'est exigible : ce sont des exercices, pas du cours.
Ce qu'il faut savoir redémontrer
- Le terme général d'une série convergente tend vers 0, par un=Sn−Sn−1.
- Le lien suite-série, par télescopage des sommes partielles.
- La nature et la somme d'une série géométrique, à partir de la somme partielle.
- Une série à termes positifs converge si et seulement si ses sommes partielles sont majorées.
- La comparaison par inégalités, et la comparaison par équivalents à partir de l'encadrement 21vn⩽un⩽23vn.
- Le lemme des rectangles, et le critère des séries de Riemann qu'on en déduit.
- L'encadrement ln(n+1)⩽Hn⩽1+lnn et l'équivalent Hn∼lnn.
- Une série absolument convergente converge, par un+ et un− dans le cas réel, puis par parties réelle et imaginaire.
Les exercices
36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Sommes partielles et nature d'une série
Sommes partielles, convergence, somme et reste d'une série
Étudier une série, c'est étudier la suite de ses sommes partielles, rien de plus. Les questions ci-dessous se traitent toutes en revenant à la définition, sans aucun théorème de comparaison.
Pour une suite (un)n⩾0, on note Sn=k=0∑nuk la somme partielle de rang n.
1. Soit un=2n1 pour n⩾0. Calculer Sn en fonction de n, puis déterminer la nature de ∑un et, en cas de convergence, sa somme.
2. Mêmes questions pour un=(−1)n.
3. Soit un=ln(nn+1) pour n⩾1. Calculer k=1∑nuk et conclure.
4. On suppose que les sommes partielles d'une série ∑n⩾0un vérifient Sn=n+12n pour tout n⩾0. Retrouver un pour tout n⩾0, puis donner la nature de la série et sa somme.
5. Quatre objets se ressemblent à l'écrit : un, Sn, S=n=0∑+∞un et Rn=k=n+1∑+∞uk. Pour chacun, dire s'il s'agit d'un nombre ou d'une suite et donner sa définition. Lesquels n'ont de sens que si la série converge ? Écrire enfin la relation qui lie S, Sn et Rn.
Exercice 2 ★★★★ — Reconnaître une divergence grossière
Terme général d'une série convergente et divergence grossière
Le tout premier réflexe devant une série est de regarder son terme général : s'il ne tend pas vers 0, l'affaire est réglée en une ligne. Encore faut-il savoir reconnaître les cas où ce réflexe ne donne rien, et ne pas lui faire dire plus qu'il ne dit.
1. Pour chacun des termes généraux suivants, déterminer la limite éventuelle de (un) et dire si le théorème de divergence grossière permet de conclure. Conclure quand c'est le cas.
a. n+1n
b. cosn
c. n1
d. nsinn1
e. (1+n1)n
f. n!2n
2. Pour les items où le théorème ne s'applique pas, dire précisément ce que l'on ne peut pas conclure, et donner la nature réelle de la série concernée.
3. Énoncer le théorème utilisé, puis sa contraposée. Expliquer en une phrase pourquoi sa réciproque est fausse.
Exercice 3 ★★★★ — Séries géométriques : nature et somme
Séries géométriques et série exponentielle
La série géométrique est la seule série usuelle dont on sait calculer la somme sans effort. La formule est simple, mais elle dépend du rang auquel on démarre : c'est là que se concentrent les erreurs.
1. Déterminer la nature de chacune des séries suivantes et, en cas de convergence, calculer sa somme.
a. n⩾0∑3n1
b. n⩾1∑3n1
c. n⩾0∑(3−2)n
d. n⩾0∑(45)n
e. n⩾2∑5n2n
f. n⩾0∑5n3n+2n
2. Soit q=31+i. Calculer ∣q∣, en déduire la nature de n⩾0∑qn, puis calculer sa somme sous forme algébrique.
3. Pour quelles valeurs du réel x la série n⩾0∑(2x−1)n converge-t-elle ? Donner alors sa somme en fonction de x.
Exercice 4 ★★★★ — Premières séries télescopiques
Lien suite-série et séries télescopiquesCalcul explicite de la somme d'une série
Quand le terme général se présente sous la forme an−an+1, la somme partielle se calcule exactement : presque tout se simplifie et il ne reste que les termes de bord. C'est le seul cas, avec les séries géométriques, où l'on obtient la somme sans machinerie.
Dans chacune des quatre premières questions, on demande la somme partielle en fonction de N, la nature de la série, et sa somme en cas de convergence.
1. n⩾1∑(n1−n+11)
2. n⩾1∑(n+1−n)
3. n⩾2∑ln(1−n21)
4. n⩾0∑(2n1−2n+11)
5. Dégager de ces quatre calculs la méthode générale, et énoncer le lien entre la nature de ∑(an+1−an) et le comportement de la suite (an).
Exercice 5 ★★★★ — Séries de Riemann : nature immédiate
Séries de Riemann et critère en n puissance alpha
Les séries de Riemann sont les séries de référence de tout le chapitre : leur nature se lit sur un seul nombre, l'exposant. Encore faut-il savoir le lire, y compris quand il est déguisé en racine.
1. Déterminer la nature des séries de terme général suivant, en identifiant à chaque fois l'exposant.
a. n31
b. n1
c. n4/31
d. n1
e. n0,991
f. n1,011
g. nn1
h. 3n21
2. Énoncer précisément le critère utilisé et rappeler où se situe le seuil.
3. Les items e. et f. ont des exposants presque égaux et des natures opposées. On donne les sommes partielles au rang N=106 :
n=1∑106n0,991≈15,39,n=1∑106n1≈14,39,n=1∑106n1,011≈13,48Quelle leçon en tirer sur ce qu'un calcul numérique peut, ou ne peut pas, prouver ?
Exercice 6 ★★★★ — Comparer deux séries à termes positifs
Comparaison par inégalités entre séries à termes positifsSéries à termes positifs : majoration des sommes partielles
Comparer, c'est encadrer le terme général par celui d'une série connue. Le théorème est court, mais il ne fonctionne que dans un sens à la fois, et seulement sur des termes positifs : chaque rédaction doit donc commencer par vérifier le signe.
1. Montrer que n2+n+11⩽n21 pour tout n⩾1, puis en déduire la nature de n⩾1∑n2+n+11.
2. Montrer que n22+sinn⩽n23 pour tout n⩾1, puis conclure sur la nature de n⩾1∑n22+sinn.
3. Montrer que lnn1⩾n1 pour tout n⩾2, puis en déduire la nature de n⩾2∑lnn1.
4. Montrer que n!⩾2n−1 pour tout n⩾1, puis en déduire la nature de n⩾1∑n!1 ainsi qu'une majoration de sa somme.
5. Soit (un) et (vn) deux suites positives telles que un⩽vn pour tout n. On suppose que ∑vn diverge. Que peut-on en conclure sur ∑un ? Donner deux exemples de natures opposées.
Exercice 7 ★★★★ — Premières natures par équivalent
Comparaison par équivalents et par négligeabilité
Chercher un équivalent du terme général, c'est remplacer une expression compliquée par une série de Riemann. La rédaction attendue tient toujours en trois temps : vérifier que le terme est positif à partir d'un certain rang, donner un équivalent de la forme nαc, conclure par le critère de Riemann.
1. Déterminer la nature des séries de terme général suivant.
a. n3+2n+1
b. n4+n2n2−1
c. n2+1n
d. sinn21
e. n2−n1 (pour n⩾2)
f. n2+13n+lnn
g. 1−cosn1
h. tannn1
2. Reprendre l'item g. : expliquer pourquoi l'écriture 1−cosn1∼1−1=0 n'a aucun sens, et détailler l'obtention du bon équivalent.
3. Pourquoi l'hypothèse de signe constant est-elle indispensable dans le théorème de comparaison par équivalents ?
Exercice 8 ★★★★ — Convergence absolue : premiers cas
Convergence absolue, suites sommables et domination
Les théorèmes de comparaison exigent des termes positifs. Quand le terme général change de signe, ou même quand il est complexe, on se ramène au cas positif en passant à la valeur absolue (ou au module) : c'est la convergence absolue.
La rédaction attendue tient en trois temps : majorer ∣un∣ par le terme général d'une série convergente connue, en déduire que ∑∣un∣ converge, puis conclure par le théorème.
1. Montrer que chacune des séries de terme général suivant est absolument convergente, et en déduire sa nature.
a. n2(−1)n
b. n3sinn
c. 2n(−1)n
d. n2+1cos(3n)
e. n3+1(−1)nn
f. n2in
2. Dans l'item f., les termes sont complexes. Que signifie alors « la série converge », et le théorème employé reste-t-il valable ?
3. Énoncer le théorème utilisé. Sa réciproque est-elle vraie ?
Exercice 9 ★★★★ — Linéarité et opérations sur les séries
Sommes partielles, convergence, somme et reste d'une sérieCalcul explicite de la somme d'une série
La linéarité permet de couper une somme en morceaux, mais seulement si chacun d'eux converge : c'est le point où l'on se fait prendre. Les cinq questions ci-dessous font le tour de ce que l'on a le droit d'écrire, et de ce que l'on n'a pas le droit d'écrire.
1. Justifier la convergence de n⩾0∑6n2n+1+3n, puis calculer sa somme.
2. Mêmes questions pour n⩾0∑6n3×2n−2×3n.
3. Soit (un) et (vn) deux suites telles que ∑un converge et ∑vn diverge. Montrer, en raisonnant par l'absurde, que ∑(un+vn) diverge.
4. Montrer par un contre-exemple que la somme de deux séries divergentes peut, elle, converger.
5. Vrai ou faux : « modifier les 100 premiers termes d'une série ne change ni sa nature, ni sa somme. » Justifier.
Exercice 10 ★★★★ — La série exponentielle et ses variantes
Séries géométriques et série exponentielleCalcul explicite de la somme d'une série
Le cours établit que pour tout z∈C, la série n⩾0∑n!zn converge et que
ez=n=0∑+∞n!znAvec la série géométrique, c'est la seule série dont le cours donne la somme en toute généralité. Tout l'art consiste donc à ramener la série proposée à celle-là, par un décalage d'indice ou par une décomposition du numérateur.
1. Calculer n=0∑+∞n!1, n=0∑+∞n!(−1)n et n=0∑+∞n!2n.
2. Montrer que la série n⩾1∑n!n converge et calculer sa somme.
3. Même question pour n⩾0∑n!n2 (on écrira n2=n(n−1)+n).
4. En déduire n=0∑+∞n!n2+n+1.
5. Soit θ∈R. En appliquant le résultat du cours à z=eiθ, démontrer que
n=0∑+∞n!cos(nθ)=ecosθcos(sinθ)Exercice 11 ★★★★ — Somme d'une série géométrique dérivée
Séries géométriques et série exponentielleCalcul explicite de la somme d'une série
On sait sommer ∑xn. Que vaut ∑nxn ? La réponse est un grand classique, et elle s'obtient sans aucun outil nouveau : uniquement en calculant la somme partielle, comme on l'a fait pour la série géométrique elle-même.
Dans tout l'exercice, x désigne un réel de ]−1,1[, et l'on pose pour n∈N
Tn=k=0∑nkxketUn=k=0∑nk(k−1)xk1. Calculer (1−x)Tn, en déduire une expression close de Tn, puis démontrer que la série ∑nxn converge et que n=0∑+∞nxn=(1−x)2x.
2. En déduire les valeurs de n=1∑+∞2nn et n=1∑+∞3nn.
3. Sur le même principe, calculer (1−x)Un et établir que n=0∑+∞n(n−1)xn=(1−x)32x2, puis que n=0∑+∞n2xn=(1−x)3x(1+x).
4. En déduire n=1∑+∞2nn2.
5. La formule de la question 1. est la dérivée de 1−x1=∑xn, multipliée par x. Expliquer pourquoi on ne pouvait pas se contenter de « dériver terme à terme ».
Exercice 12 ★★★★ — Le lien suite-série en pratique
Lien suite-série et séries télescopiques
Une suite et une série, c'est le même objet vu de deux façons. Le théorème qui suit tient en trois lignes de démonstration, et c'est pourtant l'outil qui permet de prouver qu'une suite converge sans jamais calculer sa limite.
1. Soit (an)n⩾1 une suite réelle. Démontrer que la suite (an) converge si et seulement si la série n⩾1∑(an+1−an) converge, et qu'en cas de convergence
n=1∑+∞(an+1−an)=n→+∞liman−a12. Application. Montrer que la suite définie par an=k=1∑nk21 converge.
3. Application. En posant an=lnn, retrouver la nature de la série n⩾1∑ln(1+n1).
4. Application. Soit (an)n⩾1 définie par a1=0 et an+1=an+n21 pour n⩾1. Montrer que (an) converge.
5. Application. Montrer que n⩾1∑(n1−n+11) converge et calculer sa somme.
Exercice 13 ★★★★ — Natures par équivalents : le réflexe développement limité
Comparaison par équivalents et par négligeabilité
Dans tous les termes généraux qui suivent, deux quantités qui tendent vers la même limite se soustraient : l'équivalent ne se lit pas, il se calcule. Le réflexe est toujours le même, poser u=n1→0 et écrire un développement limité en 0 à l'ordre qu'il faut.
1. Pour chacune des séries de terme général suivant, donner un équivalent simple de un, préciser son signe, et en déduire la nature de la série.
a. ln(1+n1)−n1
b. n+1−n
c. n1−sinn1
d. e1/n−1−n1
e. cosn1−1
f. (1+n1)n−e
g. n1ln(1+n1)
h. 3n3+n−n
2. Trois de ces huit termes généraux sont négatifs. Rappeler pourquoi le théorème de comparaison par équivalents exige une hypothèse de signe, et dire comment on procède dans ce cas.
Exercice 14 ★★★★ — Le critère en n puissance alpha
Séries de Riemann et critère en n puissance alphaComparaison par équivalents et par négligeabilité
Comparer à une série de Riemann, c'est bien ; le faire en une ligne, c'est mieux. Le critère qui suit consiste à multiplier le terme général par la bonne puissance de n et à regarder ce qui se passe. Tout le savoir-faire tient dans le choix de α.
1. Soit (un) une suite de réels positifs. Démontrer les deux énoncés suivants.
a. S'il existe α>1 tel que nαun tende vers une limite finie ℓ, alors ∑un converge.
b. Si nun tend vers une limite ℓ>0, alors ∑un diverge.
2. Déterminer la nature des séries de terme général suivant, en choisissant à chaque fois un α adapté.
a. n2lnn
b. nlnn1
c. 2nn2
d. n3/2lnn1
e. e−n
f. nnn!
3. L'un des six cas résiste. Expliquer précisément pourquoi le critère n'y dit rien, ni dans un sens ni dans l'autre.
Exercice 15 ★★★★ — Majorer les sommes partielles d'une série positive
Séries à termes positifs : majoration des sommes partiellesComparaison par inégalités entre séries à termes positifs
Pour une série à termes positifs, la question de la convergence se réduit à une question de majoration : il n'y a plus qu'un majorant à trouver, et il ne dépend pas de n. Encore faut-il savoir en fabriquer un, et savoir reconnaître les cas où il n'en existe aucun.
1. Soit (un)n⩾0 une suite de réels positifs et Sn=k=0∑nuk. Démontrer que ∑un converge si et seulement si la suite (Sn) est majorée, et que dans le cas contraire Sn→+∞.
2. Démontrer que pour tout n⩾1, k=1∑nk21⩽2−n1, et conclure.
3. Démontrer que pour tout n⩾0, k=0∑nk!1⩽3, et conclure.
4. Démontrer que k=1∑nk2+k1 est majorée, et calculer la somme de la série correspondante.
5. Un cas où toute majoration est vouée à l'échec. Pour p∈N, en regroupant les termes par paquets, démontrer que H2p⩾1+2p, où Hn=k=1∑nk1. Que peut-on en conclure ?
Exercice 16 ★★★★ — Domination et termes de signe quelconque
Convergence absolue, suites sommables et domination
Équivalents et comparaisons par inégalités réclament tous une hypothèse de signe. Que faire quand le terme général change de signe, ou pire, quand il est complexe ? On passe au module, on majore, et l'on invoque la convergence absolue. C'est la seule porte d'entrée du chapitre pour les séries de signe quelconque.
1. Soient (un) une suite complexe et (vn) une suite de réels positifs telles que un=O(vn). Démontrer que si ∑vn converge, alors ∑un converge absolument, donc converge.
2. Déterminer la nature des séries de terme général suivant.
a. n2sinn
b. n2(−1)nlnn
c. nncos(n2)
d. n2+n(−1)n
e. 2nein
f. nsinn
3. Démontrer que si ∑un converge absolument et si (vn) est bornée, alors ∑unvn converge absolument.
4. Majorer le module de n=1∑+∞n2in.
Exercice 17 ★★★★ — Décomposition en éléments simples et télescopage
Calcul explicite de la somme d'une sérieLien suite-série et séries télescopiques
Quand le terme général est une fraction rationnelle en n dont le dénominateur est factorisé, la somme se calcule exactement : on décompose en éléments simples, la somme partielle se télescope, et il ne reste que quelques termes de bord. Encore faut-il les repérer sans se tromper.
Dans tout l'exercice, on demande de justifier la convergence et de calculer la somme.
1. Calculer n=1∑+∞n(n+1)1.
2. Calculer n=1∑+∞n(n+2)1.
3. Calculer n=1∑+∞n(n+1)(n+2)1.
4. Calculer n=2∑+∞n2−11.
5. Calculer n=1∑+∞n2(n+1)22n+1.
6. Dégager de ces cinq calculs une méthode générale, et dire où se situe le risque d'erreur.
Exercice 18 ★★★★ — Reste d'une série géométrique et valeur approchée
Restes, vitesse de convergence et développements asymptotiquesSéries géométriques et série exponentielle
Savoir qu'une série converge ne donne pas sa somme. En pratique, on calcule une somme partielle et l'on remplace la somme par elle : l'erreur commise est exactement le reste. Majorer le reste, c'est donc répondre à la seule question qui intéresse le calculateur, combien de termes faut-il additionner ?
On note Sn=k=0∑nuk la somme partielle et, lorsque la série converge, Rn=k=n+1∑+∞uk son reste, de sorte que S=Sn+Rn.
1. Soit q un réel tel que ∣q∣<1. Démontrer que le reste de la série k⩾0∑qk vaut Rn=1−qqn+1.
2. Combien faut-il de termes de n⩾0∑2n1 pour obtenir sa somme à 10−3 près ? À 10−6 près ?
3. Mêmes questions pour n⩾0∑3n1. Commenter l'effet de la raison sur la rapidité de la convergence.
4. Majorer le reste de n⩾0∑n!1 par le reste d'une série géométrique et en déduire que Rn⩽n!n1 pour n⩾1. Combien de termes faut-il pour obtenir e à 10−4 près ? Donner la valeur approchée correspondante.
5. Comparer, pour une même précision, le nombre de termes nécessaires pour n⩾0∑2n1 et pour n⩾1∑n21. Qu'en conclure ?
Exercice 19 ★★★★ — Méthode des rectangles : premiers encadrements
Méthode des rectangles et comparaison somme-intégrale
Une somme de n termes ne se calcule presque jamais. En revanche, dès que le terme général s'écrit f(k) avec f monotone, on sait l'encadrer par des intégrales sur des segments de longueur 1 : c'est la méthode des rectangles, l'outil de base de tout le chapitre.
1. Soit k un entier et f une fonction continue et décroissante sur un intervalle contenant [k,k+1]. Démontrer que
f(k+1)⩽∫kk+1f(t)dt⩽f(k)puis interpréter cet encadrement en termes d'aires.
2. Énoncer et démontrer l'encadrement analogue lorsque f est croissante.
3. Démontrer que pour tout n⩾1, 2n+1−2⩽k=1∑nk1⩽2n−1, puis en déduire un équivalent de cette somme.
4. Démontrer que pour tout n⩾1, nlnn−n+1⩽ln(n!)⩽(n+1)ln(n+1)−n, puis en déduire que ln(n!)∼nlnn.
5. Encadrer de même k=1∑nk3 par deux intégrales. Comparer à la valeur exacte (2n(n+1))2 et commenter la précision de la méthode.
Exercice 20 ★★★★ — La série harmonique : deux preuves de sa divergence
Méthode des rectangles et comparaison somme-intégraleSéries à termes positifs : majoration des sommes partielles
La série harmonique ∑n1 est l'exemple à connaître par cœur : son terme général tend vers 0, et pourtant elle diverge. On en donne ici deux démonstrations indépendantes, puis on mesure à quel point cette divergence est lente. Pour n⩾1, on pose
Hn=k=1∑nk11. À l'aide du lemme des rectangles (exercice 19) appliqué à f(t)=t1, démontrer que pour tout n⩾1
ln(n+1)⩽Hn⩽1+lnnEn déduire la limite de (Hn), puis que Hn∼lnn.
2. Deuxième démonstration, due à Oresme et sans aucune intégrale. En regroupant les termes dont l'indice appartient à ]2j,2j+1], démontrer que H2p⩾1+2p pour tout entier p⩾0, et conclure.
3. Un élève écrit : « n1→0, donc la série ∑n1 converge. » Où est la faute ? Énoncer correctement le théorème du cours qu'il croit utiliser.
4. À partir de quel rang Hn dépasse-t-il 10 ? Et 20 ? Encadrer ces rangs grâce à la question 1, puis commenter.
Exercice 21 ★★★★ — Vrai ou faux sur les séries
Sommes partielles, convergence, somme et reste d'une sérieTerme général d'une série convergente et divergence grossièreComparaison par équivalents et par négligeabilité
Presque toutes les erreurs commises sur les séries consistent à appliquer un théorème hors de ses hypothèses, en général en oubliant que les termes doivent être positifs. Cet exercice recense les pièges classiques.
Dans tout ce qui suit, (un) et (vn) sont des suites réelles. Pour chacune des affirmations suivantes, dire si elle est vraie ou fausse : la démontrer si elle est vraie, l'infirmer par un contre-exemple explicite sinon.
a. Si un→0, alors ∑un converge.
b. Si ∑un converge, alors ∑un2 converge.
c. Si un∼vn, alors ∑un et ∑vn sont de même nature.
d. Si ∑un et ∑vn divergent, alors ∑(un+vn) diverge.
e. Si ∑un converge et si (vn) est bornée, alors ∑unvn converge.
f. Si un⩾0 et si ∑un converge, alors nun→0.
g. Si (un) est positive, décroissante, et si ∑un converge, alors nun→0.
h. Si ∑un converge, alors son reste Rn=k=n+1∑+∞uk tend vers 0.
On pourra utiliser librement le résultat de l'exercice 28 : la série ∑nα(−1)n converge pour tout α>0.
Exercice 22 ★★★★ — Développement décimal et séries géométriques
Séries géométriques et série exponentielleCalcul explicite de la somme d'une série
Un développement décimal illimité n'est rien d'autre qu'une série : écrire x=0,a1a2a3…, c'est écrire x=∑k⩾110kak. Tout ce que l'on sait des séries géométriques s'applique donc à l'écriture décimale des nombres, y compris à l'égalité déroutante 0,999…=1.
Dans tout l'exercice, (ak)k⩾1 désigne une suite de chiffres, c'est-à-dire d'entiers de {0,1,…,9}.
1. Démontrer que n⩾1∑10n9 converge et vaut exactement 1. Que signifie donc l'écriture 0,999… ?
2. Démontrer que k⩾1∑10kak converge et que sa somme appartient à [0,1].
3. On suppose le développement périodique de période p⩾1, c'est-à-dire ak+p=ak pour tout k⩾1. Démontrer que la somme est un rationnel, que l'on exprimera à l'aide de l'entier A dont l'écriture décimale est a1a2…ap. Appliquer à 0,142857.
4. Poser la division de 1 par 7 et retrouver la périodicité précédente. Expliquer pourquoi le développement décimal d'un quotient de deux entiers est toujours périodique à partir d'un certain rang.
5. Calculer n⩾1∑10na pour un chiffre a fixé, puis donner l'écriture fractionnaire de 0,3 et de 0,12.
Exercice 23 ★★★★ — Démontrer le critère des séries de Riemann
Méthode des rectangles et comparaison somme-intégraleSéries de Riemann et critère en n puissance alpha
Les séries de Riemann sont le mètre étalon du chapitre : c'est à elles que l'on compare tout le reste. Encore faut-il savoir démontrer le critère, et la seule preuve disponible en PCSI est la méthode des rectangles. On la mène ici jusqu'au bout, en discutant tous les cas.
Pour α∈R et n⩾1, on pose Sn(α)=k=1∑nkα1.
1. On suppose α>1. Démontrer que k=2∑nkα1⩽∫1ntαdt, en déduire que Sn(α)⩽α−1α pour tout n, puis conclure quant à la nature de la série.
2. Traiter le cas α=1.
3. Traiter le cas 0<α<1.
4. Traiter le cas α⩽0.
5. Énoncer le critère complet, puis déterminer la nature des séries suivantes :
a. n⩾1∑n3+lnn2n+3
b. n⩾1∑n2+n1
c. n⩾1∑(1−cosn1)
Exercice 24 ★★★★ — La constante d'Euler
Méthode des rectangles et comparaison somme-intégraleRestes, vitesse de convergence et développements asymptotiques
L'équivalent Hn∼lnn ne dit rien de l'écart Hn−lnn : deux suites équivalentes peuvent parfaitement s'éloigner l'une de l'autre. Ici, cet écart converge, et sa limite est un nombre qui traverse toute l'analyse : la constante d'Euler.
Pour n⩾1, on pose Hn=k=1∑nk1, puis
un=Hn−lnnetvn=Hn−ln(n+1)1. Démontrer que (un) est décroissante et minorée par 0. En déduire qu'elle converge ; sa limite est notée γ.
2. Démontrer que (vn) est croissante, puis que (un) et (vn) sont adjacentes. En déduire l'encadrement vn⩽γ⩽un, et en donner la traduction numérique pour n=10, puis pour n=100.
3. En déduire le développement asymptotique Hn=lnn+γ+o(1).
4. Application : déterminer n→+∞lim(H2n−Hn).
5. Application : exprimer k=1∑n2k−11 à l'aide de Hn et H2n, puis en donner un équivalent.
Exercice 25 ★★★★ — Les séries de Bertrand
Méthode des rectangles et comparaison somme-intégraleSéries de Riemann et critère en n puissance alpha
Entre ∑n1 qui diverge et ∑n1,00011 qui converge, il y a la place pour toute une famille de séries : celles de Bertrand, ∑nα(lnn)β1. Elles ne sont au programme d'aucun cours, mais elles tombent à l'oral, et elles se traitent entièrement à la méthode des rectangles.
1. Déterminer la nature de n⩾2∑nlnn1.
2. Soit β∈R. Déterminer, selon β, la nature de n⩾2∑n(lnn)β1.
3. Soient α=1 et β∈R. Déterminer la nature de n⩾2∑nα(lnn)β1. On pourra comparer le terme général à nθ1 pour un réel θ bien choisi entre α et 1.
4. Récapituler les résultats dans un tableau.
5. Applications. Déterminer la nature des séries suivantes :
a. n⩾3∑nlnnln(lnn)1
b. n⩾1∑n2lnn
c. n⩾2∑n1,01lnn1
Exercice 26 ★★★★ — Le critère de d'Alembert, démontré puis appliqué
Comparaison par inégalités entre séries à termes positifsSéries géométriques et série exponentielle
Quand le terme général contient des factorielles ou des puissances n-ièmes, les équivalents usuels ne servent à rien : c'est le quotient de deux termes consécutifs qui parle. L'idée est de comparer la série à une série géométrique. Ce critère ne figure pas au programme de PCSI : on ne l'invoque donc jamais tel quel, on le redémontre, et c'est l'objet des deux premières questions.
Soit (un) une suite à termes strictement positifs telle que unun+1n→+∞ℓ, avec ℓ∈[0,+∞[.
1. a. On suppose ℓ<1. En posant q=2ℓ+1, démontrer qu'il existe un rang N tel que un⩽uNqn−N pour tout n⩾N, puis que ∑un converge.
b. On suppose ℓ>1. Démontrer que ∑un diverge grossièrement.
2. Démontrer, à l'aide de deux exemples, que le cas ℓ=1 ne permet aucune conclusion.
3. Déterminer la nature des séries suivantes, toutes indexées par n⩾1 :
a. ∑nnn!
b. ∑nn2nn!
c. ∑nn3nn!
d. ∑(2n)!(n!)2
e. ∑n!nn
Exercice 27 ★★★★ — Équivalent d'un reste, équivalent d'une somme partielle
Restes, vitesse de convergence et développements asymptotiquesMéthode des rectangles et comparaison somme-intégrale
Une fois la nature d'une série connue, il reste à la quantifier. Si elle converge, l'objet intéressant est le reste Rn, qui mesure l'erreur commise en s'arrêtant au rang n. Si elle diverge, c'est la somme partielle Sn et sa vitesse d'explosion. Dans les deux cas, ce sont les rectangles qui répondent, et toutes les intégrales écrites ci-dessous sont prises sur des segments.
Pour α>0 et n⩾1, on note Sn=k=1∑nkα1 la somme partielle. Si α>1, la série converge (exercice 23) et l'on note Rn=k=n+1∑+∞kα1 son reste.
1. Soit α>1 et soient deux entiers N>n⩾1. Encadrer la somme finie k=n+1∑Nkα1 par deux intégrales, puis, en faisant tendre N vers +∞ dans l'encadrement obtenu, démontrer que
(α−1)(n+1)α−11 ⩽ Rn ⩽ (α−1)nα−11En déduire un équivalent de Rn.
2. Écrire l'encadrement obtenu dans le cas α=2 et le vérifier numériquement pour n=10.
3. Soit 0<α<1. Démontrer que Sn∼1−αn1−α.
4. Déterminer un équivalent de Tn=k=n+1∑+∞k2+k1 par un calcul exact, puis comparer au résultat de la question 2.
5. Énoncer en une phrase la règle de choix entre reste et somme partielle.
Exercice 28 ★★★★ — Une série alternée étudiée par les suites adjacentes
Sommes partielles, convergence, somme et reste d'une sérieCalcul explicite de la somme d'une série
Les théorèmes de comparaison sont réservés aux séries à termes positifs. Quand le signe du terme général change, il faut revenir à la définition et travailler directement sur la suite des sommes partielles. La méthode de référence consiste à isoler les sommes partielles de rang pair et de rang impair, et à montrer qu'elles sont adjacentes.
Pour n⩾1, on pose
Sn=k=1∑nk(−1)k−1etHn=k=1∑nk11. a. Montrer que (S2n)n⩾1 est croissante, que (S2n+1)n⩾0 est décroissante, et que S2n+1−S2nn→+∞0.
b. En déduire que ces deux suites convergent vers une même limite S, puis démontrer soigneusement que (Sn) converge vers S.
2. Démontrer, sans utiliser d'intégrale, que Hn→+∞. La série k⩾1∑k(−1)k−1 est-elle absolument convergente ? Qu'en conclure sur l'usage des théorèmes de comparaison pour cette série ?
3. Établir S2n=H2n−Hn. En admettant le résultat de l'exercice 24, à savoir Hn=lnn+γ+o(1), calculer S.
4. Soit α∈R. Déterminer, par la même méthode, la nature de n⩾1∑nα(−1)n, et préciser pour quels α la convergence est absolue.
Exercice 29 ★★★★ — Nature d'une série définie par récurrence
Comparaison par équivalents et par négligeabilitéLien suite-série et séries télescopiques
Quand le terme général est défini par une récurrence, aucune formule explicite n'est disponible : la nature de la série se lit sur la vitesse avec laquelle la suite tend vers 0. Deux récurrences très voisines donnent ici deux comportements opposés.
Partie A. Soit u0∈]0,2π] et, pour n⩾0, un+1=1−cosun.
1. Montrer que pour tout n, un∈]0,2π] et un+1⩽2un2. En déduire que (un) décroît et converge vers 0.
2. Établir un+1∼2un2.
3. Montrer qu'à partir d'un certain rang un+1⩽2un, puis déterminer la nature de ∑un.
Partie B. Soit v0∈]0,π[ et, pour n⩾0, vn+1=sinvn.
4. Montrer que pour n⩾1, vn∈]0,1], que (vn)n⩾1 décroît et converge vers 0.
5. Démontrer que vn+121−vn21n→+∞31.
6. En déduire, par sommation d'un encadrement, que nvn21→31, puis que vn∼n3.
7. Conclure sur la nature de ∑vn et de ∑vn3.
Exercice 30 ★★★★ — Sommation par paquets
Séries à termes positifs : majoration des sommes partiellesComparaison par inégalités entre séries à termes positifs
Regrouper les termes d'une série par paquets de longueurs 1,2,4,8,… est l'idée d'Oresme (vers 1350) pour la série harmonique. On la formalise ici, avant de voir sur un exemple qu'un regroupement de termes n'est pas une opération anodine.
Soit (un)n⩾1 une suite positive et décroissante. Pour p⩾0, on pose
Pp=k=2p∑2p+1−1uk(le paquet {u2p,…,u2p+1−1})1. Combien de termes comporte Pp ? En déduire l'encadrement 2pu2p+1−1⩽Pp⩽2pu2p.
2. Vérifier que k=1∑2P+1−1uk=p=0∑PPp, puis démontrer que ∑un converge si et seulement si la suite (∑p=0PPp)P⩾0 est majorée.
3. Application. Retrouver par cette méthode la divergence de ∑n⩾1n1, puis la convergence de ∑n⩾1n21 avec une majoration explicite de sa somme.
4. On considère maintenant ∑n⩾0(−1)n. Quelle est sa nature ? Que vaut le regroupement de ses termes deux par deux : (1−1)+(1−1)+⋯ ? Quelle morale en tirer ?
Exercice 31 ★★★★ — Un télescopage avec l'arctangente
Lien suite-série et séries télescopiquesCalcul explicite de la somme d'une série
Une série ne se calcule explicitement que dans deux situations : quand elle est géométrique, ou quand son terme général s'écrit an+1−an. Reconnaître un tel télescopage derrière une arctangente est un classique d'oral.
1. Soient a et b deux réels tels que ab>−1. Démontrer que
Arctana−Arctanb=Arctan1+aba−bIndication : poser α=Arctana et β=Arctanb, puis calculer cos(α−β).
2. Montrer que l'hypothèse ab>−1 ne peut pas être supprimée, en comparant les deux membres pour a=2 et b=−1.
3. En déduire que pour tout entier n⩾0,
Arctann2+n+11=Arctan(n+1)−Arctan(n)puis calculer n=0∑+∞Arctann2+n+11.
4. Sur le même principe, calculer n=1∑+∞Arctann22.
Exercice 32 ★★★★ — L'irrationalité du nombre e
Séries géométriques et série exponentielleRestes, vitesse de convergence et développements asymptotiques
La série exponentielle donne e=k=0∑+∞k!1. Elle converge si vite que le reste, multiplié par n!, reste strictement compris entre 0 et 1 : c'est exactement ce qu'il faut pour démontrer, en une page, que e est irrationnel (Fourier, 1815).
Pour n⩾1, on pose
Sn=k=0∑nk!1etRn=e−Sn=k=n+1∑+∞k!11. Démontrer que pour tout n⩾1,
(n+1)!1<Rn<n!n1Indication : pour k⩾n+1, majorer k!1 par (n+1)!(n+1)k−n−11, sommer de n+1 à N à l'aide d'une somme géométrique, puis faire tendre N vers +∞.
2. En déduire que 0<n!Rn<n1 pour tout n⩾1.
3. Supposons e=qp avec p et q entiers naturels non nuls.
a. Justifier que q⩾2.
b. Montrer que q!Sq et q!e sont des entiers.
c. Conclure.
4. Déterminer le plus petit entier n tel que Sn approche e à 10−9 près.
Exercice 33 ★★★★ — Le théorème de condensation
Séries à termes positifs : majoration des sommes partiellesComparaison par inégalités entre séries à termes positifsSéries de Riemann et critère en n puissance alpha
Pour une suite positive décroissante, la nature de ∑un ne dépend que des termes d'indices 1,2,4,8,… : c'est le théorème de condensation de Cauchy. Il remplace avantageusement la comparaison somme-intégrale quand la fonction est pénible à primitiver, et il redonne tous les critères usuels sans écrire une seule intégrale.
Soit (un)n⩾1 une suite positive et décroissante.
1. Démontrer que pour tout entier p⩾0 :
a. k=1∑2p+1−1uk⩽j=0∑p2ju2j ;
b. j=0∑p2ju2j⩽u1+2k=1∑2puk.
2. En déduire que les séries ∑n⩾1un et ∑n⩾02nu2n sont de même nature.
3. Application 1. Retrouver, pour α∈R, la nature de ∑n⩾1nα1.
4. Application 2. Déterminer, pour β∈R et sans utiliser d'intégrale, la nature de ∑n⩾2n(lnn)β1.
5. Application 3. Même question pour ∑n⩾3nlnn(lnlnn)β1.
Exercice 34 ★★★★ — Étude complète d'une suite récurrente et de sa série
Comparaison par équivalents et par négligeabilitéLien suite-série et séries télescopiquesSéries de Riemann et critère en n puissance alpha
Sujet d'oral typique : une récurrence en apparence anodine, dont on demande l'équivalent, puis la nature de trois séries associées. Tout repose sur une idée : chercher une puissance de un dont les accroissements ont une limite finie non nulle.
Soit u0>0 et, pour n⩾0, un+1=ln(1+un).
1. Montrer que la suite est bien définie, strictement positive, décroissante, et qu'elle converge vers 0.
2. Écrire le développement limité de un+1 en fonction de un à l'ordre 3.
3. En déduire que un+11−un1→21, puis, en sommant un encadrement, que un∼n2.
4. Déterminer la nature de ∑un et de ∑un2.
5. Déterminer la nature de ∑(−1)nun. Cette série est-elle absolument convergente ?
Exercice 35 ★★★★ — Encadrement fin des restes et accélération de convergence
Restes, vitesse de convergence et développements asymptotiquesMéthode des rectangles et comparaison somme-intégrale
Savoir qu'une série converge ne dit rien sur le coût du calcul de sa somme. On le mesure ici sur ζ(2)=∑n⩾1n21, dont on admet la valeur 6π2 : sommer un million de termes ou quatre-vingts, la différence tient à une identité algébrique de deux lignes.
Pour n⩾1, on note Rn=k=n+1∑+∞k21.
1. Par la méthode des rectangles, démontrer que n+11⩽Rn⩽n1.
2. Combien de termes faut-il sommer pour obtenir ζ(2) à 10−6 près ?
3. a. Vérifier que n21=n(n+1)1+n2(n+1)1, puis en déduire ζ(2)=1+n=1∑+∞n2(n+1)1.
b. Majorer le reste de cette nouvelle série par 2n21. Combien de termes suffisent maintenant pour la précision 10−6 ?
4. Recommencer une fois : vérifier n2(n+1)1=n(n+1)(n+2)1+n2(n+1)(n+2)2, en déduire une troisième écriture de ζ(2), puis le nombre de termes nécessaires. Commenter le gain.
Exercice 36 ★★★★ — Problème de synthèse : autour de la fonction zêta
Séries de Riemann et critère en n puissance alphaRestes, vitesse de convergence et développements asymptotiquesMéthode des rectangles et comparaison somme-intégraleConvergence absolue, suites sommables et domination
Ce problème rassemble tout le chapitre autour d'un même objet : la fonction ζ, définie pour s>1 par
ζ(s)=n=1∑+∞ns11. Justifier que ζ(s) existe pour s>1, et que la série diverge pour s⩽1.
2. Démontrer que ζ est strictement décroissante sur ]1,+∞[.
3. Par la méthode des rectangles, établir que pour tout s>1,
s−11⩽ζ(s)⩽1+s−11En déduire la limite de ζ(s) quand s→+∞, puis un équivalent de ζ(s) quand s→1+.
4. Démontrer que ∑n⩾2(ζ(n)−1) converge, et calculer sa somme.
5. Soit s>1. Montrer que ∑n⩾1ns(−1)n converge absolument, puis exprimer sa somme à l'aide de ζ(s).
Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (3 points) — Questions de cours et séries de référence
Dans tout l'exercice, (un) et (vn) désignent des suites réelles, et l'on note Sn=k=0∑nuk la somme partielle d'ordre n de la série ∑un.
1. (0,5 pt) Soit (un) une suite à termes positifs. Démontrer que la série ∑un converge si et seulement si la suite (Sn) de ses sommes partielles est majorée.
2. (0,75 pt) Énoncer le théorème de comparaison des séries à termes positifs, puis le démontrer. Préciser ce qu'il fournit par contraposée.
3. (0,25 pt) Soit ∑un une série convergente, de somme S, et soit Rn=k=n+1∑+∞uk son reste d'ordre n. Démontrer que Sn+Rn=S pour tout n∈N, puis que Rn→0.
4. (1,5 pt) Déterminer la nature des séries suivantes, en justifiant chaque réponse en une ligne. Lorsque la série converge et que sa somme est une valeur du cours, préciser cette somme.
a. (0,25 pt) n⩾1∑n31
b. (0,25 pt) n⩾1∑n1
c. (0,25 pt) n⩾0∑(32)n
d. (0,25 pt) n⩾1∑n+1n
e. (0,25 pt) n⩾1∑n2(−1)n
f. (0,25 pt) n⩾0∑n!3n
Exercice 2 (4 points) — Trois calculs de sommes exactes
Les questions 1. et 2. se suivent ; les questions 3. et 4. sont indépendantes du reste.
1. (0,5 pt) Décomposer en éléments simples n(n+1)1, puis démontrer que la série n⩾1∑n(n+1)1 converge et calculer sa somme.
2. (1 pt) Décomposer en éléments simples n(n+1)(n+2)1, puis démontrer l'identité
n(n+1)(n+2)1=21(n(n+1)1−(n+1)(n+2)1).En déduire la nature et la somme de n⩾1∑n(n+1)(n+2)1.
3. Soit x∈]−1,1[. Pour N⩾1, on pose TN=n=1∑Nnxn.
a. (1 pt) Démontrer que (1−x)TN=n=1∑Nxn−NxN+1, puis que la série ∑nxn converge et que sa somme vaut (1−x)2x.
b. (0,5 pt) En déduire la valeur de n=1∑+∞3nn.
4. (1 pt) Démontrer que la série n⩾0∑n!n2+1 converge et calculer sa somme. On pourra écrire n2+1=n(n−1)+n+1.
Exercice 3 (4 points) — Natures par équivalents et par domination
Les questions sont indépendantes les unes des autres. Pour chaque série, la nature doit être justifiée par une comparaison explicite avec une série de référence, en vérifiant les hypothèses de signe du théorème utilisé.
1. (3 pt) Déterminer la nature de la série ∑un dans chacun des cas suivants.
a. (0,5 pt) un=ln(1+n21), pour n⩾1.
b. (0,5 pt) un=n+1−n, pour n⩾0.
c. (0,5 pt) un=n1−ln(1+n1), pour n⩾1.
d. (0,5 pt) un=(1+n1)n−e, pour n⩾1.
e. (0,5 pt) un=e−n, pour n⩾0.
f. (0,5 pt) un=n3/2lnn, pour n⩾1.
2. (1 pt) Mêmes questions pour les deux séries suivantes, dont le terme général n'est pas de signe constant.
a. (0,5 pt) un=n2+1cosn, pour n⩾1.
b. (0,5 pt) un=(−1)n(e1/n−1−n1), pour n⩾1.
Exercice 4 (5 points) — Comparaison série-intégrale
Les questions se suivent. Toutes les intégrales de l'énoncé portent sur des segments.
1. (0,75 pt) Lemme des rectangles. Soit f une fonction continue et décroissante sur [1,+∞[. Démontrer que, pour tout entier k⩾1,
f(k+1)⩽∫kk+1f(t)dt⩽f(k).Partie A — une série divergente. Pour n⩾1, on pose Sn=k=1∑nk1.
2. (1,25 pt) Démontrer que, pour tout n⩾1,
2n+1−2⩽Sn⩽2n−1.3. (0,75 pt) En déduire un équivalent simple de Sn, puis la nature de la série n⩾1∑n1.
Partie B — une série convergente et son reste. On s'intéresse maintenant à k⩾1∑k3/21.
4. (0,75 pt) En majorant ses sommes partielles, démontrer que cette série converge et que sa somme est inférieure ou égale à 3.
5. (1 pt) On note Rn=k=n+1∑+∞k3/21 son reste d'ordre n. Démontrer que, pour tout n⩾1,
n+12⩽Rn⩽n2,puis en déduire un équivalent simple de Rn.
6. (0,5 pt) On souhaite calculer la somme de la série de la partie B à 10−2 près en la remplaçant par une somme partielle. Démontrer que n=40000 termes suffisent, et qu'aucun entier n⩽39998 ne convient.
Exercice 5 (4 points) — Problème : une suite récurrente et les séries associées
Les questions se suivent. Soit u0>0. On définit la suite (un)n∈N par
un+1=1+ununpour tout n∈N.1. (0,75 pt) Démontrer que la suite (un) est bien définie et que un>0 pour tout n. Démontrer ensuite qu'elle est strictement décroissante, puis qu'elle converge vers 0.
2. (1 pt) On pose vn=un1 pour n∈N. Démontrer que vn+1−vn=1, puis, par télescopage, exprimer vn en fonction de n et de u0. En déduire que
un=1+nu0u0puis queun∼n1.3. (0,75 pt) Déterminer la nature de la série ∑un. La condition nécessaire de convergence d'une série permettait-elle de conclure ?
4. (0,75 pt) Déterminer la nature de la série ∑un2.
5. (0,75 pt) Démontrer que unun+1=un−un+1 pour tout n∈N. En déduire la nature de la série n⩾0∑unun+1 et la valeur de sa somme.
Bloqué sur « Séries numériques » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.