PC · Chapitre 02

Devoir surveillé — Endomorphismes des espaces euclidiens

Sujet type, 180 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.

Sujet type DS — 180 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Résoudre des équations dans le groupe orthogonal du plan

Consignes générales. Elles valent pour les cinq exercices du sujet, et pas seulement pour l'exercice 1. Calculatrice interdite. Les cinq exercices sont indépendants et peuvent être traités dans l'ordre de votre choix. La clarté de la rédaction et la justification des affirmations entrent pour une part importante dans la notation : un résultat juste sans démonstration ne rapporte pas les points de la question.

Le plan R2 est muni de son produit scalaire canonique et orienté par sa base canonique B=(e1,e2), qui est orthonormée directe. Pour θR, on note

Rθ=(cosθsinθsinθcosθ)

la matrice de la rotation vectorielle d'angle θ. On rappelle que SO2(R), c'est-à-dire l'ensemble des matrices orthogonales de déterminant 1, est exactement l'ensemble des Rθ, et que RθRθ=Rθ+θ.

Cet exercice ne porte pas sur la reconnaissance d'une isométrie donnée, mais sur la résolution d'équations dont l'inconnue est une matrice orthogonale.

1. (0,5 pt) Soit MO2(R) telle que detM=1. En écrivant que M1=M et en utilisant la formule d'inversion des matrices 2×2, montrer que M est de la forme

M=(abba)avec a2+b2=1.

En déduire que M2=I2 et que Sp(M)={1,1}.

2. (1 pt) On pose

R=(12323212).

Déterminer toutes les matrices MO2(R) telles que M2=R. On les donnera explicitement sous forme matricielle, et on justifiera qu'il n'y en a pas d'autres.

3. (0,5 pt) On pose

S=(12323212).

Vérifier que S est la matrice d'une réflexion et en déterminer l'axe. Montrer ensuite que l'équation M2=S n'a aucune solution dans O2(R).

4. (1 pt) Soit n1 un entier. Déterminer, en discutant selon la parité de n, l'ensemble des solutions de l'équation Mn=I2 d'inconnue MO2(R). On précisera le nombre de solutions dans chaque cas, et l'on commentera la différence entre les deux situations.

Exercice 2 (4 points) — Envoyer un vecteur sur un autre, et décomposer une isométrie

Soit E un espace euclidien de dimension n1, de produit scalaire , et de norme . Pour tout vecteur non nul aE, on note sa la réflexion par rapport à l'hyperplan a, définie par

sa(x)=x2a,xa2a.

On admet, ce sont des résultats du cours, que sa est une isométrie vectorielle de E, qu'elle vérifie sasa=IdE, et que det(sa)=1.

On convient qu'une composée de zéro réflexion désigne l'identité de E.

L'objet de l'exercice est de montrer qu'une réflexion bien choisie transporte n'importe quel vecteur sur n'importe quel autre de même norme, puis d'en déduire que les réflexions engendrent tout le groupe orthogonal.

1. (1 pt) Soient x et y deux vecteurs distincts de E tels que x=y. Montrer que xy0, puis que

sxy(x)=y.

On pourra commencer par établir la relation xy2=2xy,x.

2. (0,5 pt) Application. On munit R3 de son produit scalaire canonique. Déterminer la matrice S, dans la base canonique, de la réflexion qui envoie le vecteur (2,3,6) sur le vecteur (7,0,0). Vérifier le résultat en calculant l'image de (2,3,6), puis contrôler que tr(S)=1.

3. (1,5 pt) Montrer, par récurrence sur n=dimE, que toute isométrie vectorielle de E est la composée d'au plus n réflexions.

Indications, à justifier : si uIdE, choisir x tel que u(x)x et poser v=su(x)xu ; montrer que v fixe x, puis que x est stable par v ; enfin, vérifier qu'une réflexion de l'hyperplan x se prolonge en une réflexion de E qui fixe x.

4. (0,5 pt) En déduire que toute isométrie vectorielle de R3 est composée d'au plus trois réflexions. Montrer de plus que si une isométrie u s'écrit comme composée de k réflexions, alors det(u)=(1)k. Que peut-on en conclure pour un élément de SO3(R) ?

5. (0,5 pt) Application. Dans R3 rapporté à sa base canonique orthonormée, on considère l'endomorphisme r de matrice

R=(1232032120001).

On admet que RSO3(R). (Ceux qui la reconnaissent auront vu la rotation d'axe Vect(e3) et d'angle 2π3 ; cette lecture n'est pas nécessaire, seule la matrice sert ici.) Écrire r comme composée de deux réflexions, en explicitant deux vecteurs a et b tels que r=sasb, et vérifier le résultat par le produit matriciel.

Exercice 3 (3 points) — Un produit scalaire d'évaluation sur les polynômes

On note E=R2[X] l'espace vectoriel des polynômes réels de degré au plus 2. Pour P,QE, on pose

P,Q=P(1)Q(1)+P(0)Q(0)+P(1)Q(1).

Autrement dit, on ne mesure les polynômes que sur les trois points 1, 0 et 1.

1. (0,5 pt) Montrer que , est un produit scalaire sur E. On soignera particulièrement le caractère défini, qui est le point non immédiat.

2. (0,5 pt) Montrer que la formule ci-dessus ne définit pas un produit scalaire sur R3[X], en exhibant un polynôme non nul de norme nulle. Où l'argument de la question 1. cesse-t-il de fonctionner ?

3. (0,5 pt) On pose

L1=X(X1)2,L0=1X2,L1=X(X+1)2.

Calculer Li(c) pour i{1,0,1} et c{1,0,1}, puis en déduire, sans aucun autre calcul, que (L1,L0,L1) est une base orthonormée de E.

4. (0,75 pt) Calculer le projeté orthogonal de X2 sur le sous-espace F=R1[X], puis la distance de X2 à F. On vérifiera d'abord que 1 et X sont orthogonaux pour ce produit scalaire.

5. (0,75 pt) On considère l'application u définie sur E par u(P)=P(X), c'est-à-dire u(P) est le polynôme dont la valeur en t est P(t).

a. Montrer que u est un endomorphisme autoadjoint de E.

b. Déterminer Sp(u) et les sous-espaces propres, et reconnaître géométriquement u.

c. Écrire la matrice N de u dans la base orthonormée (L1,L0,L1), et vérifier sur N trois propriétés cohérentes avec les questions précédentes.

Exercice 4 (4 points) — La décomposition spectrale en projecteurs orthogonaux

Soit E un espace euclidien de dimension n1 et soit u un endomorphisme autoadjoint de E. On note λ1,,λr ses valeurs propres deux à deux distinctes, Ei=Ker(uλiIdE) le sous-espace propre associé à λi, et pi la projection orthogonale sur Ei.

Le théorème spectral fournit une base orthonormée de vecteurs propres. Cet exercice en tire une écriture de u qui ne fait plus intervenir aucune base, et qui rend le calcul des puissances immédiat.

1. (0,75 pt) Justifier que E=E1Er, que cette somme est orthogonale, puis montrer que

p1++pr=IdEetpipj=0pour ij.

2. (0,75 pt) Montrer que

u=λ1p1++λrpr,

puis que, pour tout entier k1,

uk=λ1kp1++λrkpr.

3. (0,5 pt) Montrer que chaque pi est un polynôme en u, plus précisément que

pi=jiuλjIdEλiλj,

le produit portant sur les indices j{1,,r} distincts de i.

4. (1,5 pt) Application. On munit R3 de son produit scalaire canonique et l'on pose

A=(402030201).

a. Déterminer Sp(A) et les sous-espaces propres de A.

b. Écrire explicitement les matrices des projecteurs orthogonaux associés, et vérifier sur ces matrices les deux identités de la question 1. ainsi que celle de la question 2.

c. En déduire une expression de Ak pour tout entier k1, et la vérifier pour k=2 par le calcul direct de A2.

5. (0,5 pt) Toujours pour la matrice A de la question 4., montrer que KerA et ImA sont supplémentaires orthogonaux dans R3, et donner la matrice de la projection orthogonale sur ImA.

Exercice 5 (6 points) — Problème : la matrice des différences secondes

Pour tout entier n1, on note AnMn(R) la matrice tridiagonale dont les coefficients diagonaux valent 2, dont les coefficients immédiatement au-dessus et au-dessous de la diagonale valent 1, et dont tous les autres coefficients sont nuls :

An=(2100121010210012),c’est-aˋ-dire(An)i,j={2si i=j,1si ij=1,0sinon.

On munit Mn,1(R) du produit scalaire canonique X,Y=XY et de la norme associée.

Cette matrice est celle qui apparaît lorsqu'on discrétise une dérivée seconde : c'est l'une des plus fréquentes des mathématiques appliquées. Le problème détermine entièrement son spectre, pour tout n, sans jamais calculer de polynôme caractéristique au-delà du cas n=3.

Les trois parties peuvent être abordées dans l'ordre de leur choix, à condition d'admettre les résultats des précédentes.


Partie A — Le cas n=3

A.1 (0,5 pt) Écrire A3, justifier qu'elle est diagonalisable dans une base orthonormée, puis calculer son polynôme caractéristique et en déduire Sp(A3). On pourra poser t=X2.

A.2 (0,5 pt) Déterminer une base orthonormée de M3,1(R) formée de vecteurs propres de A3, puis une matrice PO3(R) et une matrice diagonale D telles que A3=PDP. On vérifiera PP=I3.

A.3 (0,5 pt) En déduire que A3S3++(R), ainsi que l'encadrement

(22)X2    XA3X    (2+2)X2

valable pour toute colonne X. Préciser les cas d'égalité.


Partie B — Positivité, pour tout n

B.1 (0,75 pt) Soit X=(x1,,xn)Mn,1(R). Montrer que

XAnX=x12+k=1n1(xk+1xk)2+xn2.

B.2 (0,5 pt) En déduire que AnSn++(R), puis que An est inversible.

B.3 (0,75 pt) Montrer que XAnX<4X2 pour toute colonne X non nulle. En déduire que toute valeur propre λ de An vérifie 0<λ<4, et contrôler cette conclusion sur le cas n=3.


Partie C — Le spectre exact, pour tout n

Soit λ une valeur propre de An et soit X=(x1,,xn) un vecteur propre associé. On convient de poser x0=0 et xn+1=0.

C.1 (0,5 pt) Montrer que l'égalité AnX=λX équivaut au système des n relations

xk+1=(2λ)xkxk1,k{1,,n}.

Montrer de plus que x10.

C.2 (0,5 pt) D'après la partie B, 0<λ<4. Justifier qu'il existe un unique réel φ]0,π[ tel que 2λ=2cosφ, puis montrer que

xk=x1sin(kφ)sinφpour tout k{0,1,,n+1}.

C.3 (0,75 pt) En déduire que sin((n+1)φ)=0, puis que λ appartient nécessairement à l'ensemble

{λj=22cosjπn+1  ;  j{1,,n}},

et vérifier que l'on peut aussi écrire λj=4sin2jπ2(n+1).

C.4 (0,5 pt) Montrer que les n réels λ1,,λn sont deux à deux distincts, puis en déduire Sp(An) exactement, ainsi que la dimension de chaque sous-espace propre. En notant

X(j)=(sinjkπn+1)1kn,

que peut-on alors affirmer sur la famille (X(1),,X(n)) sans effectuer le moindre calcul trigonométrique ?

C.5 (0,25 pt) Vérifier que le cas n=3 redonne bien les résultats de la partie A, valeurs propres et vecteurs propres.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.