MPSI · Chapitre 10 · Premier semestre

Devoir surveillé — Polynômes et fractions rationnelles

Sujet type, 255 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.

Sujet type DS — 255 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Ce que la composition fait à la divisibilité

Dans tout l'exercice, K désigne R ou C. Pour P,QK[X], on note PQ le polynôme composé, obtenu en substituant Q à X dans P.

On admet l'identité de télescopage, valable pour tous A,BK[X] et tout kN :

AkBk=(AB)i=0k1AiBk1i,

et en particulier le fait que AB divise AkBk.

1. (0,5 pt) Démontrer que A+B divise AkBk lorsque k est pair, et que A+B divise Ak+Bk lorsque k est impair.

2. (0,5 pt) Déduire de l'identité admise en préambule que, pour tous A,B,PK[X], le polynôme AB divise PAPB.

3. (0,75 pt) Soit PK[X]. Démontrer que PX divise PPX.

4. (0,75 pt) On prend P=X21 dans R[X]. Calculer PPX et le factoriser en produit d'irréductibles de R[X]. Déterminer les racines de PX, puis calculer l'image par P de chacune des deux racines de PPX qui ne sont pas racines de PX. Commenter.

5. (0,5 pt) Soit PC[X] de degré n2. Déterminer le degré de PPX, puis celui du quotient de PPX par PX. Combien ce quotient possède-t-il de racines dans C, comptées avec leur multiplicité ?

Exercice 2 (3,5 points) — Les polynômes symétriques par rapport à un demi

On dit qu'un polynôme PC[X] est symétrique lorsque

P(1X)=P,

autrement dit lorsque P(1X) et P(X) sont le même polynôme.

1. (0,5 pt) Démontrer que si P et Q sont symétriques, alors P+Q et PQ le sont aussi. Vérifier ensuite que X2X et X42X3+X2+7 sont symétriques.

2. (0,75 pt) Soit P un polynôme symétrique non nul et soit aC une racine de P de multiplicité m. Démontrer que 1a est racine de P de multiplicité exactement m. Démontrer par ailleurs, en comparant les coefficients dominants, que degP est pair. En déduire que si 12 est racine de P, sa multiplicité est paire.

3. (1 pt) Pour PC[X], on pose Q=P(X+12). Démontrer que P est symétrique si et seulement si Q est pair, c'est-à-dire vérifie Q(X)=Q. Démontrer ensuite qu'un polynôme Q=kqkXk est pair si et seulement si qk=0 pour tout indice k impair.

4. (0,75 pt) En déduire que P est symétrique si et seulement s'il existe RC[X] tel que P=R(X2X).

5. (0,5 pt) Déterminer tous les polynômes symétriques de degré 4 dont 0 est racine de multiplicité 2.

Exercice 3 (3,5 points) — Trois racines en progression

Dans tout l'exercice, P=X3+aX2+bX+c désigne un polynôme de C[X], de racines x1,x2,x3 comptées avec leur multiplicité — il est scindé sur C d'après le théorème de d'Alembert-Gauss. On dit que :

  • ses racines sont en progression arithmétique lorsqu'on peut les numéroter sous la forme ur, u, u+r, avec (u,r)C2 ;
  • ses racines sont en progression géométrique lorsqu'elles sont non nulles et qu'on peut les numéroter sous la forme vq, v, vq, avec vC et qC.

1. (0,75 pt) Démontrer que les racines de P sont en progression arithmétique si et seulement si a3 est racine de P, puis que cette condition équivaut à

2a39ab+27c=0.

2. (1 pt) Déterminer le réel λ pour lequel les racines de X312X2+λX28 sont en progression arithmétique. Pour cette valeur, déterminer les trois racines et factoriser le polynôme en produit d'irréductibles de R[X].

3. (1 pt) Démontrer que les racines de P sont en progression géométrique si et seulement si c0 et b3=a3c. (Pour la réciproque, on pourra traiter séparément les cas a=0 et a0, et poser v=ba dans le second.) Appliquer ce critère à X37X2+14X8 et factoriser ce polynôme.

4. (0,75 pt) Démontrer que les racines de X33X2+4X2 sont en progression arithmétique, les déterminer, puis factoriser ce polynôme en produit d'irréductibles de C[X], puis de R[X].

Exercice 4 (3,5 points) — Une décomposition qui fabrique des coefficients binomiaux

Soit nN. On considère la fraction rationnelle

Fn=1X(X+1)(X+2)(X+n)=1k=0n(X+k) R(X).

1. (0,75 pt) Justifier que l'écriture ci-dessus est irréductible, déterminer les pôles de Fn et leur ordre, justifier que la partie entière de Fn est nulle, et écrire la forme de sa décomposition en éléments simples dans R(X) :

Fn=k=0nλkX+k,(λ0,,λn)Rn+1.

2. (1 pt) Démontrer que, pour tout k{0,,n},

λk=(1)kk!(nk)!=(1)kn!(nk).

(On pourra séparer, dans le produit qui apparaît, les indices j<k et j>k.)

3. (0,75 pt) Écrire la décomposition obtenue pour n=3 et la vérifier en réduisant au même dénominateur. Que vaut k=0nλk ?

4. (0,5 pt) Soit xR{0,1,,n}. Déduire de ce qui précède l'identité

k=0n(1)kx+k(nk)=n!x(x+1)(x+n).

5. (0,5 pt) En déduire les valeurs des deux sommes

k=0n(1)kk+1(nk)etk=0n(1)kk+2(nk).

Exercice 5 (6,5 points) — Problème : interpoler en imposant aussi la pente

Le théorème d'interpolation de Lagrange affirme qu'en p+1 points deux à deux distincts, on peut imposer p+1 valeurs à un polynôme de degré au plus p, et d'une seule façon. Ce problème répond à la question suivante : que se passe-t-il si l'on impose, en chacun de ces points, à la fois la valeur du polynôme et celle de sa dérivée ? Dans tout le problème, K désigne R ou C, et pN.

Partie A — Un lemme de dérivation

A.1. (0,5 pt) Soient A,TK[X] avec A0. Démontrer que si A2 divise T, alors A divise T. La réciproque est-elle vraie ? On justifiera la réponse.

A.2. (0,75 pt) Soient a0,,ap des éléments de K deux à deux distincts. On pose

N=i=0p(Xai)2.

Donner le degré de N, puis démontrer que N(ai)=N(ai)=0 pour tout i{0,,p}.

Réciproquement, soit TK[X] tel que T(ai)=T(ai)=0 pour tout i. En citant le théorème de comptage des racines avec multiplicité, démontrer que N divise T, puis que T=0 dès que degT2p+1.

Partie B — Le théorème d'interpolation

On se donne a0,,ap dans K deux à deux distincts, ainsi que deux familles b0,,bp et c0,,cp d'éléments de K. On cherche les polynômes PK[X] tels que

degP2p+1,eti{0,,p},P(ai)=bi  et  P(ai)=ci.()

On note L0,,Lp les polynômes de Lagrange associés aux points a0,,ap :

Li=jiXajaiaj.

On rappelle du cours que degLi=p, que Li(ai)=1 et que Li(aj)=0 pour ji.

B.1. (0,5 pt) Démontrer qu'il existe au plus un polynôme vérifiant ().

B.2. (1,25 pt) Pour i{0,,p}, on pose

Hi=(12Li(ai)(Xai))Li2etKi=(Xai)Li2.

Majorer les degrés de Hi et de Ki, puis calculer Hi(aj), Hi(aj), Ki(aj) et Ki(aj) pour tous i,j{0,,p}.

B.3. (0,5 pt) Conclure : énoncer précisément le théorème d'interpolation obtenu, et le démontrer.

Partie C — Exploitation

C.1. (0,75 pt) On prend p=1, a0=0 et a1=1. Expliciter H0, H1, K0 et K1, et vérifier sur ces quatre polynômes les seize valeurs calculées en B.2.

C.2. (0,5 pt) Déterminer l'unique polynôme P de degré au plus 3 tel que

P(0)=1,P(0)=0,P(1)=2,P(1)=3.

Vérifier le résultat.

C.3. (1 pt) Soit N le polynôme de la question A.2. et soit QK[X] quelconque. Démontrer que le reste de la division euclidienne de Q par N est exactement le polynôme d'interpolation fourni par la partie B pour les données bi=Q(ai) et ci=Q(ai).

C.4. (0,75 pt) Soit n2 un entier. Déterminer, à l'aide de la question C.3. et en fonction de n, le reste de la division euclidienne de Xn par X2(X1)2. Contrôler la formule obtenue pour n=2, n=3, n=4 et n=5.

Bloqué sur « Polynômes et fractions rationnelles » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.