MP · Chapitre 04
Devoir surveillé — Topologie des espaces vectoriels normés
Sujet type, 270 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.
Sommaire
Sujet type DS — 270 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (3 points) — Ce que le graphe d'une application dit de sa continuité
Une application continue définie sur une partie fermée a un graphe fermé. La réciproque est fausse, mais elle redevient vraie dès qu'on empêche le graphe de partir à l'infini : c'est ce que cet exercice met en place, avant d'en tirer une caractérisation de la compacité du graphe.
Soient et deux entiers naturels non nuls. On munit et de normes notées toutes deux , et l'on pose, pour ,
Pour une partie de et une application , on appelle graphe de la partie
1. (0,25 pt) On admet que est une norme sur . Démontrer qu'une suite converge vers pour si et seulement si dans et dans .
2. (0,5 pt) On suppose fermée dans et continue sur . Démontrer que est une partie fermée de . Démontrer ensuite, à l'aide de et de , que l'hypothèse « fermée » ne peut pas être supprimée.
3. (0,5 pt) Réciproque : elle est fausse. On considère définie par si et . Démontrer que est fermé dans alors que n'est pas continue en .
4. (1 pt) Soient une partie de et une application bornée dont le graphe est fermé dans . Démontrer que est continue sur . On raisonnera par l'absurde à partir d'une suite de convergeant vers et telle que pour un fixé.
5. (0,75 pt) Démontrer que est compact si et seulement si est compacte et est continue sur .
Exercice 2 (3,5 points) — Ce que la convexité fait à l'adhérence et à l'intérieur
Sur une partie quelconque, l'intérieur de l'adhérence n'a aucune raison de redonner l'intérieur : est d'intérieur vide et d'adhérence . L'exercice montre que la convexité rétablit l'ordre, à une condition qu'on identifiera. Cette condition n'est automatique dans aucune dimension, un segment du plan étant déjà convexe et d'intérieur vide ; la dimension infinie en fournit simplement l'exemple le plus spectaculaire, celui d'une partie dense et d'intérieur vide.
Dans tout l'exercice, désigne un -espace vectoriel normé et une partie convexe de , c'est-à-dire vérifiant pour tous et tout . On note son intérieur et son adhérence.
1. (1 pt) Soient , et . Démontrer que . On partira d'un réel tel que , on approchera par un point de et l'on cherchera un rayon explicite autour de .
2. (0,5 pt) Démontrer que est convexe, puis que est convexe.
3. (1 pt) On suppose dans cette question . Démontrer que , puis que l'intérieur de est égal à .
4. (0,5 pt) Soit un sous-espace vectoriel de . Démontrer que est d'intérieur vide si et seulement si .
5. (0,5 pt) L'hypothèse de la question 3 n'est pas décorative. On prend muni de et pour l'ensemble des restrictions à des fonctions polynomiales. On admet le théorème de Weierstrass : est dense dans . Démontrer que est convexe, d'intérieur vide, et que pourtant l'intérieur de est tout entier.
Exercice 3 (3 points) — D'un chemin continu à une ligne brisée
Dans un ouvert, un chemin continu quelconque peut toujours être remplacé par un chemin fait d'un nombre fini de segments. La démonstration ne fait pas intervenir la forme de l'ouvert : elle repose entièrement sur la compacité du chemin et sur le théorème de Heine.
Soit . L'espace est muni d'une norme . Pour , on note . Étant donnée une partie de , on dit que est connexe par lignes brisées lorsque, pour tous , il existe un entier et des points de tels que pour tout .
1. (0,75 pt) Soient un ouvert de distinct de et une partie compacte non vide de contenue dans . Démontrer que
est strictement positif. On pourra utiliser sans démonstration que est -lipschitzienne, où .
2. (0,5 pt) Soit une application continue, où est un ouvert non vide de . Démontrer que est compact, puis qu'il existe tel que pour tout . On traitera à part le cas .
3. (1 pt) Avec les notations de la question 2, démontrer qu'il existe une subdivision de telle que
On appliquera le théorème de Heine à après en avoir vérifié les hypothèses, et l'on justifiera l'inclusion d'un segment dans une boule.
4. (0,75 pt) En déduire que tout ouvert connexe par arcs de est connexe par lignes brisées. Démontrer ensuite que l'hypothèse « ouvert » n'est pas décorative : le cercle unité de , muni de la norme euclidienne, est connexe par arcs (résultat ADMIS, c'est l'exercice 21 de la fiche) et pourtant il n'est PAS connexe par lignes brisées. On établira qu'aucun segment non réduit à un point n'est inclus dans .
Exercice 4 (3 points) — Comparer deux normes sans les calculer
Établir une inégalité demande en général de produire la constante. On montre ici qu'il suffit de savoir ce que devient une suite qui tend vers , ce qui transforme une question de calcul en une question de convergence, et donne au passage un critère commode de non-équivalence.
Soit un -espace vectoriel et soient et deux normes sur .
1. (1 pt) Démontrer l'équivalence des trois assertions suivantes.
(i) Il existe tel que sur .
(ii) Toute suite de qui converge vers pour converge vers pour .
(iii) L'application identité de dans est continue en .
Pour l'implication délicate, on raisonnera par contraposée : si aucune constante ne convient, on construira pour chaque un vecteur tel que , puis on le renormalisera.
2. (0,5 pt) En déduire que et sont équivalentes si et seulement si elles ont exactement les mêmes suites convergeant vers .
3. (0,5 pt) Application. On pose et, pour ,
où désigne la borne supérieure de la valeur absolue sur . On admet que et sont deux normes sur . Vérifier que , puis démontrer, en considérant pour , qu'il n'existe aucune constante telle que .
4. (0,25 pt) En déduire que n'est pas de dimension finie.
5. (0,75 pt) Démontrer que s'il existe tel que , alors tout ouvert de est un ouvert de . En déduire que et sont équivalentes si et seulement si elles ont les mêmes ouverts.
Exercice 5 (7,5 points) — Problème : où vont les racines quand les coefficients bougent
Les coefficients d'un polynôme se lisent sur ses racines par des formules polynomiales : de ce côté-là, la dépendance est manifestement continue. Le problème établit le sens inverse, qui n'a même pas de sens tant qu'on n'a pas dit ce qu'on entend par « les racines varient peu » : elles forment un ensemble fini non ordonné, et rien ne permet de les numéroter de façon cohérente d'un polynôme à l'autre. La partie A construit trois outils, la partie B démontre le théorème sous la forme de deux inclusions, la partie C en tire une fonction continue, un contre-exemple réel et une étude explicite.
Dans tout le problème, est un entier supérieur ou égal à . On note l'ensemble des polynômes unitaires de degré de , c'est-à-dire des polynômes de la forme
L'ensemble n'est pas un sous-espace vectoriel de et on ne cherchera pas à le normer : l'application qui à un tel associe le vecteur est une bijection de sur , et c'est ELLE qui sert de dictionnaire. On munit de la norme , on dit qu'une suite de converge vers lorsque dans , on pose pour , et on appelle ouvert de l'image réciproque par d'un ouvert de . On note enfin l'ensemble des racines de dans , qui est fini et non vide d'après le théorème de d'Alembert-Gauss, admis, et l'on pose
Partie A — Trois outils
A.1 (0,5 pt) À tout on associe le polynôme , qui appartient à , puis le vecteur de ses coefficients non dominants. Démontrer que est continue. On pourra se contenter de constater que chaque coordonnée de est une fonction polynomiale des parties réelles et imaginaires des , sans expliciter les polynômes symétriques élémentaires.
A.2 (0,75 pt) Borne de Cauchy. Soit et soit . Démontrer que toute racine de vérifie . On distinguera les cas et , et l'on sommera une progression géométrique.
A.3 (0,75 pt) On munit de la norme . Démontrer que si une suite de converge vers pour et si une suite de converge vers , alors . On commencera par se donner un majorant commun des et de .
Partie B — Les racines ne peuvent ni s'échapper, ni disparaître
Dans toute cette partie, est une suite d'éléments de convergeant vers , au sens précisé en préambule.
B.1 (0,25 pt) Démontrer qu'il existe tel que toute racine de et toute racine de tout soit de module inférieur ou égal à .
B.2 (1 pt) Démontrer que
On raisonnera par l'absurde : on disposerait d'un , d'une extractrice et, pour chaque , d'une racine de vérifiant .
B.3 (1 pt) Démontrer que
On écrira avec , on montrera que la suite est bornée, puis on identifiera pour toute valeur d'adhérence de ; on conclura à nouveau par l'absurde.
B.4 (0,25 pt) Énoncer en une phrase, sous forme de deux inclusions entre réunions finies de disques, le résultat démontré aux questions B.2 et B.3.
Partie C — Une fonction continue, un contre-exemple, une étude
C.1 (1 pt) Pour , on pose , le plus grand module d'une racine de . Démontrer que est continue, c'est-à-dire que dès que dans . On majorera à l'aide de B.2 et on la minorera à l'aide de B.3, en appliquant cette dernière à une racine de de module maximal.
C.2 (1 pt) Le cas réel. Dans cette question, on compte les racines réelles sans tenir compte de leur multiplicité. Démontrer, à l'aide des deux suites et , que le nombre de racines réelles d'un polynôme réel unitaire de degré ne dépend pas continûment de ses coefficients. Démontrer en revanche que si est unitaire de degré et admet une racine réelle simple , alors il existe tel que tout unitaire de degré vérifiant admette une racine réelle dans . On utilisera le théorème des valeurs intermédiaires.
C.3 (1 pt) Étude explicite : à quelle VITESSE les racines se rejoignent. Pour , on pose . On admet les deux faits suivants, qui relèvent de l'analyse de première année : la fonction polynomiale associée à décroît sur et croît sur chacun des deux autres intervalles, de sorte que possède trois racines réelles distinctes lorsque et une seule lorsque ; et , si bien que deux des trois racines se rejoignent en quand tend vers .
Soit .
a. Démontrer que admet exactement une racine dans , puis, en posant , établir l'égalité .
b. En déduire l'encadrement , puis que lorsque .
c. Démontrer qu'il n'existe AUCUN couple de réels strictement positifs tel que pour tout . Commenter : que dit ce résultat sur la manière dont les racines se rejoignent, comparée à ce que B.2 et B.3 garantissent ?
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.