MP · Chapitre 03

Devoir surveillé — Endomorphismes d'un espace euclidien

Sujet type, 210 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.

Sujet type DS — 210 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Six affirmations à trancher

Consignes valables pour tout le sujet. Calculatrice interdite. Les cinq exercices sont indépendants et peuvent être traités dans l'ordre de votre choix ; l'exercice 5 est un problème en trois parties, dont la partie C utilise les parties A et B. Chaque fois que l'on écrit une matrice, c'est dans une base explicitement précisée, et l'adjoint est toujours celui du produit scalaire de l'espace considéré : l'exercice 3 travaille délibérément dans une base qui n'est pas orthonormée pour son produit scalaire, et les résultats du cours valables « en base orthonormée » n'y sont donc pas applicables tels quels. Toute utilisation d'un théorème doit être précédée de la vérification explicite de ses hypothèses : c'est cette vérification, autant que le résultat, qui est notée. Un résultat annoncé sans démonstration ne rapporte aucun point.

Dans cet exercice, E désigne un espace euclidien de dimension n1 et Rn est muni de son produit scalaire canonique, pour lequel la base canonique est orthonormée. Chacune des six affirmations suivantes est-elle vraie ou fausse ? On attend une démonstration complète, ou un contre-exemple explicite accompagné de sa vérification.

1. (0,5 pt) Si uL(E) vérifie u(x)x pour tout xE et detu=1, alors uO(E).

2. (0,5 pt) Si ASn(R) vérifie A3=A2, alors A est la matrice, dans la base canonique de Rn, d'un projecteur orthogonal.

3. (0,5 pt) Si A et B appartiennent à Sn++(R), alors AB est diagonalisable et toutes ses valeurs propres sont strictement positives.

4. (0,5 pt) Si uL(E) vérifie uu=uu, alors u est autoadjoint.

5. (0,5 pt) Si u et v sont deux endomorphismes antisymétriques de E, alors uv est antisymétrique.

6. (0,5 pt) Deux matrices de Sn(R) semblables sont orthogonalement semblables.

Exercice 2 (3,5 points) — Les isométries à coefficients entiers

Pour n1, on note

Gn=On(R)Mn(Z)

l'ensemble des matrices orthogonales dont tous les coefficients sont entiers. L'espace Rn est muni de son produit scalaire canonique et de sa base canonique (e1,,en), qui est orthonormée. On rappelle que pour σSn, la matrice de permutation Pσ est définie par Pσej=eσ(j) pour tout j, et que detPσ=sgn(σ).

1. (0,75 pt) Soit Ω=(ωij)Gn. Démontrer que chaque colonne de Ω possède exactement un coefficient non nul, et que ce coefficient vaut 1 ou 1. Qu'en est-il des lignes ?

2. (0,75 pt) En déduire que pour toute ΩGn, il existe un unique couple formé d'une permutation σSn et d'une famille de signes (ε1,,εn){1,1}n tel que Ωej=εjeσ(j) pour tout j. Démontrer que Gn est un sous-groupe de On(R) de cardinal 2nn!, puis que G3SO3(R) possède 24 éléments.

3. (1 pt) Soit ΩG3SO3(R) et soit r la rotation de R3 associée. Démontrer que tr(Ω){1,0,1,3}, puis que l'angle de r appartient, au signe près, à

{0, π2, 2π3, π}.

4. (1 pt) Dénombrer, dans G3SO3(R), les rotations correspondant à chacun de ces quatre angles, en précisant leur axe lorsqu'elles en ont un. Contrôler que le total vaut bien 24, et interpréter le résultat sur le cube C=[1,1]3.

Exercice 3 (4 points) — L'adjoint dépend du produit scalaire

Soit n1. On identifie Rn à Mn,1(R) et l'on note X,Y=XY son produit scalaire canonique. Pour ASn++(R), on pose

X,YA=XAY(X,YRn).

À toute matrice MMn(R) on associe l'endomorphisme uM:XMX de Rn. Dans les questions 3. et 5., on prendra

n=2,A=(2335).

1. (0,25 pt) Vérifier que ,A est un produit scalaire sur Rn, et que le produit scalaire canonique correspond au choix A=In.

2. (0,75 pt) Démontrer que l'adjoint de uM pour ,A est uN, où N=A1MA. Contrôler la cohérence avec le cas A=In.

3. (0,75 pt) En déduire que uM est autoadjoint pour ,A si et seulement si AMSn(R). Avec la matrice A ci-dessus, donner une matrice M symétrique telle que uM ne soit pas ,A-autoadjoint, et une matrice M non symétrique telle que uM le soit.

4. (0,5 pt) Démontrer que si uM est ,A-autoadjoint, alors M est diagonalisable dans Mn(R), toutes ses valeurs propres sont réelles, et il existe une base de vecteurs propres de M qui est orthonormée pour ,A. Traduire matriciellement à l'aide de la matrice P formée de ces vecteurs.

5. (1 pt) Application. On prend A comme ci-dessus et

M=(1214).

Vérifier que AS2++(R) et que AM est symétrique. Déterminer Sp(M), puis une base de vecteurs propres de M orthonormée pour ,A. Contrôler les relations de la question 4., et constater que cette base n'est pas orthogonale pour le produit scalaire canonique.

6. (0,75 pt) Réciproquement, soit MMn(R) diagonalisable dans Mn(R). Démontrer qu'il existe ASn++(R) telle que uM soit ,A-autoadjoint. Que peut-on alors dire de l'ensemble des endomorphismes de Rn qui sont autoadjoints pour au moins un produit scalaire ?

Exercice 4 (3,5 points) — Reconstituer un nuage de points à partir de ses distances

Un tableau de mesures donne les distances mutuelles de plusieurs objets, sans donner leurs positions. On se demande si ces distances sont réalisables par des points d'un espace euclidien, et dans quelle dimension minimale.

Soit E un espace euclidien et soient A0,A1,,Ap des points de E (avec p1). On note dij=AiAj et vi=AiA0 pour 1ip. On appelle matrice de configuration de la famille la matrice G=(gij)1i,jp de Mp(R) définie par

gij=12(d0i2+d0j2dij2).

On admet le résultat de l'exercice 17 de la fiche : le rang d'une matrice de Gram est le rang de la famille de vecteurs dont elle provient.

1. (0,5 pt) Démontrer que gij=vi,vj, autrement dit que G est la matrice de Gram de la famille (v1,,vp).

2. (0,5 pt) En déduire que GSp+(R) et que rgG est la dimension de Vect(v1,,vp), c'est-à-dire du plus petit sous-espace affine de E contenant les p+1 points.

3. (1 pt) Réciproquement, on se donne GSp+(R), de rang r, et l'on pose d0i=gii et dij=gii+gjj2gij. Démontrer qu'il existe p+1 points de Rr réalisant exactement ces distances, mais qu'il n'en existe aucun dans un espace euclidien de dimension strictement inférieure à r.

4. (0,75 pt) Application. Quatre objets sont mesurés deux à deux et l'on obtient

d01=3,d02=4,d03=5,d12=5,d13=4,d23=3.

Calculer G, déterminer son rang, puis reconstituer explicitement une configuration de quatre points du plan réalisant ces six distances. Vérifier les six distances obtenues.

5. (0,75 pt) Application. Soit d>0. Pour quelles valeurs de d existe-t-il quatre points A0,A1,A2,A3 d'un espace euclidien tels que d0i=1 pour i{1,2,3} et dij=d pour 1i<j3 ? Traiter en particulier le cas d=2 et conclure sur la portée des inégalités triangulaires.

Exercice 5 (6 points) — Problème : la matrice orthogonale la plus proche

Une matrice de rotation calculée numériquement cesse, au fil des arrondis, d'être exactement orthogonale. On souhaite la remplacer par la matrice orthogonale qui s'en écarte le moins. Le problème montre que cette meilleure approximation existe, qu'elle est unique, et qu'elle se lit sur la décomposition polaire de la matrice de départ.

Soit n1. On munit Mn(R) du produit scalaire

U,V=tr(UV),

dont on note la norme associée (c'est un produit scalaire, cf. exercice 36 de la fiche). On admet le théorème de décomposition polaire : toute matrice AGLn(R) s'écrit de manière unique A=ΩS avec ΩOn(R) et SSn++(R).

L'objectif est de déterminer

d(A,On(R))=inf{AU  ;  UOn(R)}

et les matrices U qui réalisent cette borne inférieure.

Partie A. Préliminaires.

1. (0,5 pt) Démontrer que Ω=n pour toute ΩOn(R), puis que ΩU,ΩV=U,V pour tous U,VMn(R).

2. (0,5 pt) Soit AMn(R). Démontrer que pour toute UOn(R),

AU2=A2+n2tr(AU).

En déduire que minimiser AU sur On(R) revient à maximiser tr(AU).

Partie B. Une inégalité de trace.

3. (1,25 pt) Soient SSn+(R) et ΩOn(R). Démontrer que

tr(SΩ)tr(S).

On pourra diagonaliser S en base orthonormée et majorer les coefficients diagonaux d'une matrice orthogonale.

4. (1 pt) On suppose de plus SSn++(R). Démontrer que tr(SΩ)=tr(S) si et seulement si Ω=In. L'hypothèse « définie positive » est-elle nécessaire ?

Partie C. La meilleure approximation orthogonale.

5. (1 pt) Soit AGLn(R), de décomposition polaire A=ΩS. Démontrer que pour toute UOn(R),

tr(AU)tr(S),

avec égalité si et seulement si U=Ω.

6. (1 pt) En déduire que la borne inférieure d(A,On(R)) est un minimum, atteint en l'unique matrice U=Ω, et que

d(A,On(R))=SIn=i=1n(σi1)2,

σ1,,σn désignent les valeurs propres de S comptées avec multiplicité.

7. (0,75 pt) Application numérique. On prend

n=2,A=(3045).

Calculer AA, en déduire S puis Ω. Vérifier que ΩSO2(R) et donner l'angle de la rotation correspondante. Calculer enfin d(A,O2(R))2.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.