ECG approfondies · Chapitre 15 · Quatrième semestre

Devoir surveillé — Probabilités : convergences et estimation

Sujet type, 210 min, barème sur 20 points. À faire en conditions réelles avant de regarder le corrigé.

Sujet type DS — 210 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (2,5 points) — Trois questions courtes

Les cinq exercices du sujet sont indépendants et peuvent être traités dans l'ordre de votre choix. La calculatrice n'est pas autorisée : toutes les valeurs numériques utiles sont fournies dans les énoncés. La qualité de la rédaction, la vérification explicite des hypothèses des théorèmes invoqués et le soin apporté aux justifications entrent pour une part importante dans l'appréciation des copies. Les trois questions ci-dessous sont, elles aussi, indépendantes.

1. (1 point) Soit θ>0 un paramètre inconnu et soit (Tn)n1 une suite d'estimateurs de θ vérifiant, pour tout entier n1,

E(Tn)=2n+12nθetV(Tn)=3θ2n.

a. Calculer le biais bθ(Tn). L'estimateur Tn est-il sans biais ? Asymptotiquement sans biais ?

b. Démontrer que la suite (Tn) est convergente, en citant précisément le résultat utilisé.

c. Construire à partir de Tn un estimateur Tn de θ sans biais pour tout n, et donner sa variance.

2. (0,75 point) Soit (Xn)n1 une suite de variables aléatoires telle que Xnn+P2. Pour chacune des trois suites suivantes, dire si l'on peut conclure à une convergence en probabilité, et vers quelle limite. On citera à chaque fois le résultat du cours et l'on vérifiera explicitement son hypothèse.

a. (Xn23Xn)n1

b. (eXn)n1

c. (1Xn2)n1, en supposant Xn>2 pour tout n

3. (0,75 point) Soit (X1,X2) un échantillon de taille 2 d'une loi admettant une espérance m et une variance σ2>0, toutes deux inconnues. On pose

D=(X1X2)22.

a. Justifier que D est une statistique, puis montrer que c'est un estimateur sans biais de σ2.

b. Calculer la variance empirique corrigée S22 de cet échantillon, la comparer à D et commenter.

Exercice 2 (3,5 points) — Une limite numérique obtenue par un détour probabiliste

L'objet de cet exercice est de déterminer la limite de la suite (un)n1 définie par

un=enk=0nnkk!.

Aucune des méthodes d'analyse habituelles ne permet d'y parvenir simplement. On va donc reconnaître dans un une probabilité, et conclure par un théorème de probabilités.

Soit (Yi)i1 une suite de variables aléatoires mutuellement indépendantes suivant toutes la loi de Poisson P(1). On pose, pour tout entier n1,

Sn=i=1nYi.

On donne e10,3679,  e20,1353 et  e30,0498.

1. (0,5 point) Rappeler E(Y1) et V(Y1), puis justifier que Sn suit la loi de Poisson P(n).

2. (0,5 point) Montrer que P(Snn)=un.

3. (0,5 point) Énoncer le théorème limite central, vérifier que ses hypothèses sont satisfaites par la suite (Yi), et écrire la variable centrée réduite Zn associée à Sn.

4. (0,75 point) En déduire la limite de la suite (un). On justifiera avec soin que le passage à la limite est licite au point considéré.

5. (0,75 point) Donner les valeurs exactes de u1, u2 et u3, puis leurs valeurs approchées à 103 près. Que peut-on dire de la rapidité de la convergence ?

6. (0,5 point) Un élève écrit sur sa copie : « puisque un tend vers 12, on a un0,5 dès que n30 ». Critiquer cette phrase.

Exercice 3 (4 points) — La tolérance d'une machine de découpe

Une machine découpe des tiges métalliques à une longueur nominale fixée. On note X l'écart, exprimé en dixièmes de millimètre, entre la longueur obtenue et la longueur nominale. On modélise X par une variable aléatoire suivant la loi uniforme sur le segment [θ,θ], où le réel θ>0 est la tolérance de la machine, inconnue : c'est elle que l'on cherche à estimer.

On dispose d'un échantillon (X1,,Xn) de la loi de X, c'est-à-dire de n variables aléatoires mutuellement indépendantes suivant toutes cette loi, et l'on pose

Xn=1ni=1nXietQn=1ni=1nXi2.

On donne u0,051,96,  7,2362,68998 et  10,7643,28085.

1. (0,5 point) Donner une densité de X, puis calculer E(X) et V(X).

2. (0,5 point) Calculer E(Xn). Expliquer pourquoi la moyenne empirique, si utile soit-elle ailleurs, ne permet ici d'estimer θ d'aucune façon.

3. (0,5 point) Montrer que Tn=3Qn est un estimateur sans biais de θ2.

4. (0,75 point) Établir E(X4)=θ45, en déduire V(X2) puis V(Tn), et démontrer que la suite d'estimateurs (Tn) est convergente.

5. (0,5 point) On pose θn^=Tn. Justifier que (θn^) est une suite d'estimateurs convergente de θ. Peut-on affirmer qu'elle est sans biais ?

6. (1,25 point) Construire un intervalle de confiance asymptotique de θ2 au niveau de confiance 0,95. On énoncera le théorème utilisé et l'on vérifiera ses hypothèses. Le contrôle qualité a mesuré n=80 tiges et obtenu i=180xi2=240 : donner l'intervalle numérique correspondant, puis en déduire un intervalle de confiance de θ en justifiant que les bornes ne s'échangent pas.

Exercice 4 (4 points) — Problème : majorer d'un seul côté

L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev majore la probabilité d'un écart des deux côtés de l'espérance. Lorsque l'événement étudié n'en concerne qu'un seul, cette majoration est donc, par construction, trop généreuse. L'objet de ce problème est de mesurer d'abord ce qui est perdu, puis de construire une majoration mieux adaptée à ce cas à partir de la seule inégalité de Markov, et enfin d'établir que cette nouvelle majoration ne peut plus être améliorée du tout.

Dans tout le problème, X désigne une variable aléatoire admettant une espérance m et une variance σ2, avec σ>0, et c un réel strictement positif.

Partie A. Ce que donne le cours

1. (0,25 point) Établir l'inclusion (Xmc)(Xmc), puis en déduire

P(Xmc)σ2c2.

2. (0,75 point) On suppose dans cette question seulement que cσ, et l'on considère une variable aléatoire W prenant les trois valeurs mc, m et m+c avec

P(W=mc)=P(W=m+c)=σ22c2,P(W=m)=1σ2c2.

a. Vérifier que ces trois nombres définissent bien une loi de probabilité, que E(W)=m et que V(W)=σ2.

b. Calculer P(Wmc), puis P(Wmc). Qu'en conclure sur ce que la question 1. perd exactement ?

Partie B. Une majoration à sens unique

Dans toute cette partie, t désigne un réel positif ou nul.

3. (0,25 point) Montrer que (Xmc)((Xm+t)2(c+t)2).

4. (0,5 point) Montrer que la variable (Xm+t)2 admet une espérance et que

E((Xm+t)2)=σ2+t2.

5. (0,5 point) En déduire que, pour tout réel t0,

P(Xmc)g(t),ouˋg(t)=σ2+t2(c+t)2.

6. (1 point) Étudier les variations de g sur [0,+[, déterminer son minimum, et en déduire que

P(Xmc)σ2σ2+c2.

Partie C. Ce que l'on a gagné, et pourquoi on ne peut pas gagner plus

7. (0,75 point) Comparer d'abord les deux majorations obtenues aux questions 1. et 6. On considère ensuite la variable aléatoire Z=m+Y, où Y prend la valeur c avec la probabilité σ2σ2+c2 et la valeur σ2c avec la probabilité c2σ2+c2.

a. Vérifier que E(Z)=m et V(Z)=σ2.

b. Calculer P(Zmc). Que peut-on en conclure sur la majoration de la question 6. ?

c. Où retrouve-t-on, dans la loi de Z, le réel t0 qui réalise le minimum à la question 6. ? Commenter.

Exercice 5 (6 points) — Problème : approcher une fonction par des polynômes

Une fonction continue sur un segment peut-elle toujours être approchée, d'aussi près que l'on veut et en tous les points à la fois, par une fonction polynomiale ? La réponse est oui, et l'on va l'établir ici pour une classe importante de fonctions, par une méthode entièrement probabiliste.

Dans tout le problème, n désigne un entier naturel non nul et x un réel fixé de [0,1]. On note Sn une variable aléatoire suivant la loi binomiale B(n,x), et l'on pose, pour k[ ⁣[0,n] ⁣],

pk=(nk)xk(1x)nk,de sorte queP(Sn=k)=pk.

Enfin, pour toute fonction f définie sur [0,1] et à valeurs réelles, on appelle n-ième polynôme de Bernstein de f la fonction polynomiale

Bn(f):xk=0nf ⁣(kn)(nk)xk(1x)nk.

Partie A. Trois préliminaires

1. (0,25 point) Rappeler E(Sn) et V(Sn), puis en déduire l'espérance et la variance de Snn.

2. (0,5 point) Montrer que x(1x)14 pour tout x de [0,1].

3. (0,5 point) Soit δ>0. Démontrer que

P(Snnxδ)14nδ2.

On observera que ce majorant ne dépend pas de x.

Partie B. Ce que fait l'opérateur de Bernstein

4. (0,5 point) Montrer que, pour toute fonction f définie sur [0,1],

Bn(f)(x)=E(f ⁣(Snn)).

5. (0,5 point) Déterminer Bn(f) lorsque f est la fonction constante égale à 1, puis lorsque f:tt. Que peut-on en déduire pour une fonction affine ?

6. (0,5 point) On prend maintenant f:tt2. Montrer que

Bn(f)(x)=x2+x(1x)n,

puis vérifier ce résultat par un calcul direct dans le cas n=2.

7. (0,25 point) En déduire, pour cette fonction f:tt2, une majoration de Bn(f)(x)f(x) par une quantité indépendante de x et tendant vers 0.

Partie C. Le théorème d'approximation

Dans toute cette partie, f désigne une fonction définie sur [0,1] pour laquelle il existe un réel K>0 tel que

(u,v)[0,1]2,f(u)f(v)Kuv.

On dit alors que f est lipschitzienne de rapport K sur [0,1]. On pose M=f(0)+K.

8. (0,25 point) Montrer que f(t)M pour tout t de [0,1].

9. (0,5 point) Montrer que

Bn(f)(x)f(x)k=0nf ⁣(kn)f(x)pk.

10. (1,25 point) Soit δ>0. On note A l'ensemble des entiers k de [ ⁣[0,n] ⁣] vérifiant knx<δ, et B l'ensemble des entiers de [ ⁣[0,n] ⁣] qui ne sont pas dans A. Démontrer les deux majorations

kAf ⁣(kn)f(x)pkKδetkBf ⁣(kn)f(x)pkM2nδ2.

11. (0,25 point) En déduire que, pour tout réel δ>0 et tout x de [0,1],

Bn(f)(x)f(x)Kδ+M2nδ2.

12. (0,5 point) En choisissant δ=1n1/3, montrer qu'il existe une suite (cn) de réels positifs, indépendante de x et de limite nulle, telle que

x[0,1],Bn(f)(x)f(x)cn.

Conclure.

13. (0,25 point) Application. Soit f:tt12. Vérifier que f satisfait l'hypothèse de la partie C avec K=1, calculer B2(f), puis déterminer l'écart maximal entre f et B2(f) sur [0,1]. Que dit la question 12. de cette fonction, pourtant non dérivable en 12 ?

Bloqué sur « Probabilités : convergences et estimation » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.