PCSI · Chapitre 14 · Second semestre

Probabilités

Univers fini, conditionnement, formule de Bayes, lois usuelles, indépendance, espérance, variance, inégalité de Bienaymé-Tchebychev.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Univers fini
  • Conditionnement
  • Formule de Bayes
  • Lois usuelles
  • Indépendance
  • Espérance
  • Variance
  • Inégalité de Bienaymé-Tchebychev

Le cours

Introduction

Au lycée, une probabilité s'est longtemps ramenée à une proportion : on comptait des cas favorables, on divisait par des cas possibles, et l'on obtenait un nombre. Ce chapitre conserve entièrement ce savoir-faire, mais il en change le statut. Ce qui était une recette devient ici une conséquence d'une définition : nous appellerons probabilité une application définie sur l'ensemble des parties d'un ensemble fini, à valeurs dans , valant sur l'ensemble tout entier et additive sur les parties disjointes. Trois lignes d'axiomes, et tout le reste s'en déduit, y compris la formule de Bayes et la loi des grands nombres. Le premier bénéfice de cette formalisation est la disparition des raisonnements flous : une phrase française comme « au moins deux capteurs sur cinq tombent en panne » devient une partie explicite de l'univers, sur laquelle on peut calculer sans jamais se demander si l'on a bien compris l'énoncé.

Le cadre est strictement fini, et c'est un choix assumé qui gouverne le chapitre entier. L'univers , c'est-à-dire l'ensemble des résultats possibles de l'expérience, est un ensemble fini non vide, et toutes les sommes que nous écrirons seront des sommes finies, donc calculables sans le moindre théorème de convergence. Le prix à payer est réel et doit être annoncé : nous ne modéliserons pas « je répète l'essai jusqu'au premier succès » sans borne sur le nombre d'essais, ni aucune grandeur continue comme une durée ou une température. Ces situations sont hors de portée des outils de première année, et elles seront reprises plus tard.

La rupture décisive intervient au milieu du chapitre, avec les variables aléatoires. Tant que l'on manipule des événements, on manipule des parties de , objets ensemblistes lourds à décrire et sur lesquels on ne sait presque rien faire : on peut les réunir, les intersecter, les complémenter, c'est tout. Une variable aléatoire est simplement une application définie sur , mais lorsqu'elle est à valeurs réelles, elle transporte l'expérience dans un monde où l'on sait additionner, multiplier, comparer, majorer. Le gain d'un joueur, le nombre de pièces défectueuses d'un lot, la somme de deux dés : ce sont des nombres, et l'algèbre des nombres devient disponible. Cette algèbre culmine dans une propriété d'apparence anodine, la linéarité de l'espérance, qui vaut sans aucune hypothèse d'indépendance et qui fournit l'outil le plus rentable du chapitre, la méthode des indicatrices.

Le chapitre s'achève sur deux inégalités, celle de Markov et celle de Bienaymé-Tchebychev, et sur la loi faible des grands nombres énoncée sous forme non asymptotique : pour variables indépendantes de même loi, la probabilité que la moyenne observée s'écarte de plus de de l'espérance commune est majorée par . Cette majoration explicite est le point d'arrivée naturel de tout ce qui précède, car elle justifie enfin, en tant que théorème et non en tant qu'intuition, la phrase que chacun répète depuis le collège : sur un grand nombre de répétitions, la fréquence observée d'un événement s'approche de sa probabilité. Elle permet même de répondre à une question d'ingénieur, « combien de mesures faut-il pour garantir telle précision avec tel risque ? », et c'est par ce calcul que nous terminerons.

Univers fini, événements

Expérience aléatoire, univers, issues

Définition

On appelle expérience aléatoire une expérience dont on connaît à l'avance l'ensemble des résultats possibles, mais dont on ne peut pas prédire avec certitude lequel se produira.

L'ensemble de ses résultats possibles s'appelle l'univers de l'expérience et se note . Dans tout ce chapitre, est un ensemble fini et non vide. Ses éléments, notés , s'appellent les issues, ou résultats élémentaires.

Exemple

Quelques univers, écrits explicitement.

Un lancer de dé à six faces : , de cardinal .

Un lancer de pièce suivi d'un lancer de dé : , de cardinal . Une issue est un couple, par exemple .

Le contrôle de trois composants sortis d'une chaîne de production, chacun étant déclaré conforme ou défectueux : , de cardinal .

Écrire n'est jamais une formalité. C'est le premier acte de la modélisation, celui qui détermine tous les calculs suivants, et une bonne partie des erreurs de ce chapitre viennent d'un univers mal choisi ou, pire, changé en cours de route sans qu'on s'en aperçoive.

Événements et vocabulaire ensembliste

Définition

Soit un univers fini. On appelle événement toute partie de , c'est-à-dire tout élément de . On dit que l'issue réalise l'événement lorsque .

Un événement élémentaire est un événement réduit à un singleton . L'événement est dit certain, l'événement est dit impossible.

Tout le vocabulaire probabiliste est une traduction du vocabulaire ensembliste, et savoir passer instantanément d'une langue à l'autre est la compétence de base du chapitre : c'est ce passage qui transforme une phrase rédigée en français en un calcul.

Écriture ensemblisteTraduction probabiliste
une issue, un résultat possible de l'expérience
un événement
l'événement élémentaire « le résultat est »
l'événement certain
l'événement impossible
l'issue réalise
« et » : les deux sont réalisés
« ou » : l'un au moins est réalisé
événement contraire : « n'est pas réalisé »
et sont incompatibles
la réalisation de entraîne celle de
« est réalisé mais pas »
« l'un au moins des est réalisé »
« tous les sont réalisés »
« aucun des n'est réalisé »

Les deux dernières lignes sont les lois de De Morgan, et elles seront utilisées constamment : la traduction de « aucun » est une intersection de contraires, celle de « au moins un » est le contraire de cette intersection. C'est déjà, en germe, la technique du passage au complémentaire.

Événements incompatibles, systèmes complets

Définition

Deux événements et sont dits incompatibles (ou disjoints) lorsque : aucune issue ne les réalise simultanément.

Une famille d'événements est dite deux à deux incompatible lorsque pour tous dans .

Définition

Une famille d'événements est un système complet d'événements lorsque :

  1. les sont deux à deux incompatibles : pour tous ;
  2. leur réunion est l'univers tout entier : .

Autrement dit, quelle que soit l'issue de l'expérience, un et un seul des est réalisé.

Exemple

Trois systèmes complets à avoir en tête en permanence.

Pour tout événement , la famille est un système complet à deux éléments : les deux événements sont incompatibles et leur réunion est . C'est le plus utilisé de tous, et c'est lui qui autorise à « discuter selon que est réalisé ou non ».

La famille de tous les événements élémentaires est un système complet, car toute issue appartient à un unique singleton.

On tire une pièce dans un lot produit par trois machines , , . En notant l'événement « la pièce vient de la machine », la famille est un système complet : la pièce vient d'une machine et d'une seule.

La convention retenue ici est la plus souple : on n'exige pas des qu'ils soient non vides, un événement vide ne contribuant jamais que pour dans les formules. En revanche, dès qu'un conditionnement interviendra, il faudra exiger , et cette hypothèse sera alors écrite explicitement.

Choisir son univers : trois protocoles de tirage

Une même urne donne trois univers différents selon le protocole de tirage, et c'est ce choix, fait au début et tenu jusqu'au bout, qui rend un calcul juste ou faux. Considérons une urne contenant boules numérotées de à , dont on extrait boules.

Exemple

Tirages successifs avec remise. On tire une boule, on note son numéro, on la remet, et on recommence trois fois. Un résultat est un triplet ordonné de numéros pouvant se répéter, donc

Tirages successifs sans remise. On tire trois boules l'une après l'autre sans jamais remettre. Un résultat est un triplet ordonné de numéros deux à deux distincts, donc

Tirage simultané. On plonge la main et on prend trois boules d'un coup. L'ordre n'a plus de sens, un résultat est une partie à trois éléments :

Les deux derniers protocoles décrivent la même situation physique vue de deux façons : , car chaque partie à trois éléments correspond exactement aux triplets ordonnés que l'on peut former avec ses éléments. On pourra donc, pour un tirage sans remise, choisir librement le modèle ordonné ou le modèle non ordonné : les probabilités calculées seront les mêmes, à condition de ne pas mélanger les deux en cours de raisonnement. Le modèle ordonné est plus commode dès qu'on veut parler du « premier tiré », le modèle non ordonné est plus court quand seule la composition finale compte.

Espaces probabilisés finis

Définition d'une probabilité

Définition

Soit un univers fini non vide. On appelle probabilité sur toute application

vérifiant les deux conditions suivantes :

  1. ;
  2. pour tous événements et incompatibles, .

Le couple s'appelle alors un espace probabilisé fini.

Propriété

Soit un espace probabilisé fini et soit une famille d'événements deux à deux incompatibles. Alors

En particulier, si est un système complet d'événements, alors .

Démonstration. Par récurrence sur . Pour l'égalité est immédiate, et pour c'est exactement l'axiome d'additivité.

Soit . Supposons la propriété vraie pour toute famille de événements deux à deux incompatibles, et soit une famille de tels événements. Posons . Les événements et sont incompatibles : si une issue appartenait à , elle appartiendrait à un certain avec et à , donc à , ce qui est absurde. L'axiome d'additivité donne alors

et l'hypothèse de récurrence appliquée à donne , d'où le résultat au rang .

Enfin, si la famille est un système complet, sa réunion vaut et la somme des vaut .

Une probabilité est déterminée par la distribution des singletons

Définition

Soit un univers fini et une probabilité sur . La famille s'appelle la distribution de probabilités associée à .

Propriété

Soit un univers fini.

  1. Si est une probabilité sur , alors pour tout événement ,

avec la convention que la somme vide vaut . 2. Réciproquement, si est une famille de réels positifs de somme , il existe une unique probabilité sur telle que pour tout .

Démonstration. Point 1. Si , les deux membres sont nuls, car (démontré ci-dessous, et la démonstration n'utilise pas ce point). Sinon, écrivons avec des issues deux à deux distinctes. Alors , et ces singletons sont deux à deux incompatibles puisque deux singletons distincts sont disjoints. L'additivité finie établie plus haut donne exactement

Point 2, unicité. Si et sont deux probabilités qui coïncident sur les singletons, alors pour tout événement , le point 1 donne

donc .

Point 2, existence. Définissons sur par . Cette somme est finie à termes positifs, donc ; et comme les termes omis sont eux aussi positifs, . Ainsi est bien à valeurs dans , et . Vérifions l'additivité : soient et incompatibles, et notons et les ensembles des indices tels que et respectivement. Comme , les ensembles et sont disjoints, et l'ensemble des indices associés à est exactement . La somme sur se scinde donc :

L'application est donc une probabilité, et par construction.

Ce résultat est le mode d'emploi du chapitre : définir une probabilité, c'est répartir une masse totale égale à sur les issues, rien d'autre. Face à un énoncé, le premier travail consiste à écrire puis à donner les nombres , ou une règle qui les fournit ; tout le reste s'obtient ensuite par simple addition. Un même univers porte évidemment une infinité de probabilités : dit ce qui peut arriver, dit avec quel poids.

Exemple

Un dé pipé. Un dé à six faces est truqué de sorte que le sorte une fois sur trois, les cinq autres faces restant équiprobables entre elles. On prend et l'on cherche la distribution. Par hypothèse , et les cinq autres singletons ont une probabilité commune . La somme des six valeurs vaut , donc

Vérification : . La probabilité d'obtenir un résultat pair vaut alors

Le truquage fait donc passer la probabilité d'un résultat pair de à .

Propriétés de calcul

Propriété

Soit un espace probabilisé fini et soient et deux événements. Alors :

  1. ;
  2. ;
  3. ;
  4. si , alors (croissance) ;
  5. ;
  6. (sous-additivité).

Démonstration. Point 1. Les événements et sont incompatibles et leur réunion vaut ; l'additivité donne , d'où .

Point 2. Les événements et sont incompatibles et leur réunion est , donc .

Point 3. Décomposons selon que est réalisé ou non :

Ces deux événements sont incompatibles, le premier étant inclus dans et le second dans . L'additivité donne , d'où le résultat.

Point 4. Si , alors , et le point 3 appliqué à donne . Or puisque est à valeurs dans , donc .

Point 5. Décomposons la réunion en , réunion de deux événements incompatibles, le second étant inclus dans . Donc , et le point 3 permet de conclure :

Point 6. C'est le point 5 dont on retranche la quantité positive .

Propriété

Soit un espace probabilisé fini et soit une famille quelconque d'événements. Alors

Démonstration. Par récurrence sur . Pour c'est une égalité. Supposons l'inégalité vraie au rang et posons . La sous-additivité pour deux événements donne

la deuxième inégalité venant de l'hypothèse de récurrence. C'est l'inégalité au rang .

Exemple

Deux défauts sur une pièce. Une pièce sortant d'une chaîne peut présenter un défaut de soudure (événement ) et un défaut de marquage (événement ). Une étude donne , et . Alors :

donc des pièces présentent au moins un défaut, et des pièces sont parfaites. La probabilité qu'une pièce ait un défaut de soudure et pas de défaut de marquage vaut

Enfin, la majoration brute est correcte mais grossière : elle compte deux fois les de pièces cumulant les deux défauts.

Réunion de trois événements ou plus : le crible est hors programme

Pour deux événements, la correction du double comptage est exacte, c'est le point 5 ci-dessus. Pour trois événements ou davantage, il existe une formule générale, dite formule du crible ou de Poincaré, qui alterne les sommes d'intersections. Elle est explicitement hors du programme de PCSI : vous ne devez ni l'écrire ni l'utiliser. Ce n'est pas une gêne, car toute situation où l'on serait tenté de l'invoquer se traite par l'un des trois procédés suivants.

Méthode

Calculer sans crible.

1. Passage au complémentaire. C'est la parade principale. Par les lois de De Morgan,

et l'intersection des contraires, qui traduit « aucun des », est presque toujours plus facile à calculer, notamment sous une hypothèse d'indépendance. Retenir : « au moins un » se calcule par « aucun ».

2. Découpage en événements deux à deux incompatibles. On réécrit la réunion comme une réunion disjointe, par exemple en classant les issues selon le premier indice pour lequel est réalisé, puis on additionne.

3. Majoration. Si l'énoncé demande seulement de montrer qu'une probabilité est petite, la sous-additivité suffit souvent.

Exemple

Trois capteurs. Une machine est équipée de trois capteurs qui tombent en panne indépendamment les uns des autres, chacun avec probabilité sur un mois. On cherche la probabilité qu'au moins un capteur tombe en panne dans le mois. Notons l'événement « le capteur tombe en panne ». Le calcul direct de exigerait le crible, interdit ici. On passe au complémentaire : l'événement contraire est , « aucun capteur ne tombe en panne », de probabilité par indépendance. Donc

La majoration par sous-additivité aurait donné , ce qui est exact mais moins précis.

Probabilité uniforme et dénombrement

Probabilité uniforme

Définition

Soit un univers fini non vide de cardinal . La probabilité uniforme sur est l'unique probabilité dont la distribution est constante, c'est-à-dire telle que pour toute issue . On dit alors qu'il y a équiprobabilité.

Propriété

Si est la probabilité uniforme sur , alors pour tout événement ,

formule que l'on énonce : « nombre de cas favorables sur nombre de cas possibles ».

Démonstration. La distribution constante est admissible : ses termes sont positifs et leur somme vaut , donc la probabilité uniforme existe et est unique d'après le théorème de la section précédente. Pour tout événement , ce même théorème donne

puisque la somme comporte exactement termes tous égaux à .

L'équiprobabilité est une hypothèse de modélisation, jamais une conséquence. Elle se justifie par la symétrie du dispositif (dé équilibré, pièce non truquée, cartes bien battues, individu choisi « au hasard ») et doit être écrite en rédaction. Attention surtout à ceci : l'équiprobabilité dépend du choix de . Pour deux dés équilibrés, les couples de sont équiprobables, mais les sommes possibles ne le sont pas du tout, puisque la somme est réalisée par six couples et la somme par un seul, d'où et . Prendre pour univers l'ensemble des sommes en le supposant uniforme est l'erreur de modélisation la plus fréquente du chapitre.

Rappels de dénombrement

Le chapitre précédent fournit exactement les quatre cardinaux dont on a besoin. Soit un ensemble de cardinal et un entier naturel.

Propriété

  1. Le nombre de -listes d'éléments de , c'est-à-dire , vaut .
  2. Pour , le nombre de -listes d'éléments deux à deux distincts de (arrangements) vaut
  1. Le nombre de permutations de , c'est-à-dire de -listes d'éléments distincts, vaut .
  2. Pour , le nombre de parties à éléments de vaut .

Le tableau suivant traduit chaque protocole d'expérience en objet à compter. C'est lui qu'il faut avoir en tête au moment de choisir l'univers.

Protocole de tirage dans objetsObjet mathématiqueCardinal
tirages successifs avec remise-liste, élément de
tirages successifs sans remise-liste d'éléments distincts
tirage simultané de objetspartie à éléments
classement des objetspermutation
choix des positions de succès parmi essaispartie à éléments de

Méthode

Calculer une probabilité par dénombrement.

  1. Décrire l'univers par une phrase précisant l'ordre : « l'ensemble des triplets ordonnés », « l'ensemble des parties à trois éléments ». Justifier l'équiprobabilité.
  2. Calculer avec le tableau ci-dessus.
  3. Décrire l'événement comme un ensemble d'objets du même type que ceux de , puis compter par étapes indépendantes (principe multiplicatif) ou par cas disjoints (principe additif).
  4. Conclure par , et contrôler que le résultat est bien dans .

Exemples entièrement traités

Exemple

Le même tirage compté de deux façons. Une urne contient jetons indiscernables au toucher, dont rouges et verts. On en tire . Quelle est la probabilité d'obtenir exactement jetons rouges ?

Modèle simultané. On prend pour univers l'ensemble des parties à éléments de l'urne, muni de la probabilité uniforme, ce qui est légitime car les jetons sont indiscernables et le tirage se fait au hasard. Alors

Une partie favorable s'obtient en choisissant rouges parmi , puis vert parmi , soit

Modèle successif sans remise. On prend cette fois pour univers l'ensemble des triplets ordonnés de jetons distincts, de cardinal . Pour former un triplet favorable, on choisit d'abord les deux positions occupées par les rouges parmi les trois, soit possibilités, puis les deux rouges dans l'ordre, soit possibilités, puis le vert restant, soit possibilités. Cela donne triplets favorables, et

Les deux modèles donnent bien le même nombre, ce qui est rassurant et attendu : ils décrivent la même expérience.

Exemple

Un code à quatre chiffres. Un digicode demande un code de chiffres, chacun choisi au hasard et indépendamment dans . Quelle est la probabilité que les quatre chiffres soient deux à deux distincts ?

L'univers est l'ensemble des -listes de chiffres, de cardinal , muni de la probabilité uniforme. Les codes favorables sont les -listes d'éléments distincts, au nombre de . Donc

Par passage au complémentaire, la probabilité qu'au moins deux chiffres coïncident vaut , soit pratiquement une chance sur deux, ce qui surprend souvent.

Exemple

Cinq dés. On lance cinq dés équilibrés discernables. Quelle est la probabilité d'obtenir exactement deux ?

L'univers naturel est , l'ensemble des -listes de résultats, de cardinal , muni de la probabilité uniforme puisque les dés sont équilibrés. Pour construire une issue favorable, on choisit les deux positions des parmi les cinq, soit possibilités, puis les trois autres résultats, chacun dans , soit possibilités. Il y a donc issues favorables et

Ce calcul est en réalité celui d'une loi binomiale, que nous retrouverons plus loin sous la forme .

Probabilités conditionnelles

Définition

Définition

Soient un espace probabilisé fini et un événement tel que . Pour tout événement , on appelle probabilité conditionnelle de sachant le réel

Les deux notations et désignent la même quantité ; nous utiliserons surtout la première, qui met en évidence le fait que est une nouvelle probabilité. L'idée est un changement d'univers : savoir que est réalisé revient à décréter que les issues extérieures à n'existent plus, donc à redistribuer la masse à l'intérieur de proportionnellement aux masses initiales ; la division par est exactement la renormalisation qui rend la masse totale égale à . La condition n'est pas une coquetterie de rédaction, c'est une nécessité : le quotient n'a aucun sens sinon. Vérifiez-la et signalez-la avant d'écrire .

est une probabilité

Propriété

Soit un événement tel que . L'application est une probabilité sur .

En conséquence, toutes les propriétés démontrées précédemment lui sont applicables ; par exemple et .

Démonstration. Vérifions d'abord que est à valeurs dans . Pour tout événement , on a , donc par croissance ; en divisant par , il vient .

Ensuite .

Enfin, soient et deux événements incompatibles. Les événements et sont alors eux aussi incompatibles, car . Par distributivité, , donc l'additivité de donne

Les deux axiomes sont vérifiés : est une probabilité.

L'intérêt pratique est considérable : une fois qu'on sait que est une probabilité, on n'a plus rien à redémontrer sous conditionnement. En revanche, prenez garde à ce que le conditionnement porte bien toujours sur le même événement : est vrai, mais et n'ont aucune raison d'être égaux, et il n'existe aucune formule reliant à .

Formule des probabilités composées

Propriété

Cas de deux événements. Si , alors .

Cas général. Soient des événements tels que . Alors

Démonstration. Le cas de deux événements est la définition, multipliée par .

Remarquons d'abord que l'hypothèse a un sens : par croissance, pour tout , donc tous les conditionnements écrits sont légitimes.

Montrons la formule par récurrence sur . Le cas vient d'être traité. Supposons-la vraie au rang et soient des événements tels que . Posons . Comme , le cas de deux événements donne

Or , donc l'hypothèse de récurrence s'applique à et fournit

En reportant, on obtient la formule au rang .

Exemple

Trois boules blanches d'affilée. Une urne contient boules blanches et noires. On tire successivement trois boules sans remise. Notons l'événement « la -ième boule tirée est blanche ». La formule des probabilités composées donne

Chaque facteur se lit sur la composition de l'urne au moment du tirage : après deux boules blanches sorties, il reste boules dont blanches, d'où le .

Contrôle par dénombrement. Le tirage sans remise de trois boules peut aussi se modéliser par un tirage simultané ; la probabilité cherchée vaut alors . Les deux méthodes concordent.

Arbres pondérés

Un arbre pondéré est la traduction graphique de la formule des probabilités composées. On le lit selon trois règles, qu'il faut savoir énoncer.

Méthode

Règles de lecture d'un arbre pondéré.

  1. Sur une branche partant de la racine on écrit la probabilité de l'événement atteint ; sur une branche partant d'un nœud on écrit la probabilité conditionnelle de l'événement atteint sachant tout ce qui précède sur le chemin.
  2. La probabilité d'un chemin est le produit des probabilités des branches qui le composent (probabilités composées).
  3. La probabilité d'un événement est la somme des probabilités des chemins qui y mènent (probabilités totales).

Contrôle systématique : la somme des probabilités des branches issues d'un même nœud vaut , et la somme des probabilités de tous les chemins complets vaut .

Formule des probabilités totales

Propriété

Soit un système complet d'événements tel que pour tout . Alors, pour tout événement ,

En particulier, pour tout événement tel que ,

Démonstration. Les événements sont deux à deux incompatibles, car dès que . Par ailleurs, comme , la distributivité donne

L'additivité finie donne donc , et comme pour tout , la formule des probabilités composées permet d'écrire , d'où le résultat.

Le cas particulier s'obtient en appliquant ce qui précède au système complet , dont les deux événements sont de probabilité non nulle puisque .

Il arrive qu'un système complet comporte des événements de probabilité nulle, par exemple lorsqu'on découpe l'univers selon une variable dont certaines valeurs ne sont jamais atteintes. La formule reste vraie, à condition d'adopter la convention suivante.

Propriété

Version avec des événements de probabilité nulle. Soit un système complet d'événements, sans hypothèse sur les . Alors, pour tout événement ,

avec la convention dès que , le symbole n'étant alors pas défini.

Démonstration. La décomposition en événements deux à deux incompatibles ne suppose rien sur les probabilités, donc reste valable. Il suffit de vérifier que chaque terme s'écrit bien comme annoncé. Si , la formule des probabilités composées donne . Si , alors , donc par croissance, et le terme vaut , ce qui est exactement la valeur imposée par la convention.

Cette version dispense d'écarter à la main les cas dégénérés. En rédaction, le plus sûr reste de vérifier les hypothèses : citez « le système est complet, tous les sont strictement positifs, donc la formule des probabilités totales donne… ».

Formule de Bayes

Propriété

Soient et deux événements de probabilités non nulles. Alors

Si de plus est un système complet d'événements de probabilités non nulles et si , alors pour tout ,

Démonstration. Par définition, . Comme , la formule des probabilités composées donne , d'où la première égalité.

Pour la seconde, on applique la première à , puis on remplace le dénominateur par son expression donnée par la formule des probabilités totales appliquée au système complet .

Méthode

Quel événement conditionne quoi ? C'est la seule vraie difficulté de cette section, et elle se règle par une question à se poser avant tout calcul : qu'est-ce qui est connu, qu'est-ce qui est cherché ?

  1. Repérer la cause (l'origine de la pièce, l'état de santé du patient, le type d'urne) : elle fournit le système complet , et l'énoncé donne les .
  2. Repérer l'effet observé (la pièce est défectueuse, le test est positif) : c'est l'événement , et l'énoncé donne les , c'est-à-dire les probabilités de l'effet sachant la cause.
  3. Si la question va de la cause vers l'effet, c'est la formule des probabilités totales. Si elle remonte de l'effet vers la cause (« sachant que le test est positif, quelle est la probabilité que… »), c'est la formule de Bayes.

Un exemple complet : test de dépistage

Exemple

Une maladie rare et un bon test. Une maladie touche de la population. Un test de dépistage a une sensibilité de (il est positif chez des malades) et un taux de faux positifs de (il est positif chez des personnes saines). On choisit une personne au hasard dans la population. Notons l'événement « la personne est malade » et l'événement « le test est positif ». L'énoncé fournit

Probabilité d'un test positif. La famille est un système complet d'événements de probabilités non nulles, donc la formule des probabilités totales donne

Valeur prédictive positive. On cherche , c'est-à-dire la probabilité d'être malade sachant que le test est positif. Comme , la formule de Bayes s'applique :

Un test positif ne signale donc un vrai malade que dans des cas, alors que le test paraissait excellent. La raison est arithmétique et non médicale : les personnes saines sont si nombreuses que leurs de faux positifs () écrasent les de vrais positifs.

Valeur prédictive négative. Symétriquement, et , donc

Le test est en revanche excellent pour rassurer : un résultat négatif garantit l'absence de maladie à mieux que . C'est le comportement typique d'un test de dépistage d'une maladie rare, que l'on confirme toujours par un second examen.

Indépendance d'événements

Deux événements indépendants

Définition

Soient un espace probabilisé fini et , deux événements. On dit que et sont indépendants lorsque

Propriété

Si , alors et sont indépendants si et seulement si .

Démonstration. Supposons . Alors , et l'égalité équivaut, en multipliant par , à , c'est-à-dire à l'indépendance.

Cette caractérisation donne le sens intuitif de la notion : savoir que est réalisé ne modifie pas la probabilité de . C'est cependant la définition par le produit qu'il faut retenir, car elle est symétrique en et et reste valable sans hypothèse de non-nullité.

Indépendance et incompatibilité : le piège

Ces deux notions sont fréquemment confondues, alors qu'elles sont presque opposées. Deux événements incompatibles ne peuvent pas se produire ensemble : la réalisation de l'un interdit celle de l'autre, ce qui est une dépendance extrêmement forte. Deux événements indépendants, au contraire, n'ont aucune influence l'un sur l'autre. Précisément :

Propriété

Soient et deux événements incompatibles tels que et . Alors et ne sont pas indépendants.

Démonstration. Comme , on a . Or comme produit de deux réels strictement positifs. Donc , et les deux événements ne sont pas indépendants.

Retenez la formulation courte : incompatibles et de probabilités non nulles dépendants. Autre point de vigilance : l'indépendance est une propriété de la probabilité , pas des ensembles et . Deux événements peuvent être indépendants pour une probabilité et dépendants pour une autre sur le même univers ; il faut donc que l'énoncé la justifie, en général par le dispositif physique (répétitions séparées, composants distincts, individus tirés indépendamment).

Stabilité par passage au contraire

Propriété

Si et sont indépendants, alors et le sont aussi. Il en va de même pour et , ainsi que pour et .

Démonstration. Supposons . Les événements et sont incompatibles et leur réunion vaut , donc

Ainsi et sont indépendants. En échangeant les rôles de et , on obtient l'indépendance de et . Enfin, en appliquant le premier résultat au couple indépendant , on obtient l'indépendance de et .

Cette propriété est le fondement du passage au complémentaire dans les calculs de fiabilité : si des composants fonctionnent indépendamment, leurs pannes sont, elles aussi, indépendantes.

Famille finie d'événements mutuellement indépendants

Définition

Une famille d'événements est dite mutuellement indépendante lorsque, pour toute partie de de cardinal au moins ,

On dit que la famille est indépendante deux à deux lorsque cette égalité est seulement exigée pour les parties de cardinal , c'est-à-dire lorsque pour tous .

L'indépendance mutuelle est donc une conjonction de égalités, et non d'une seule. Pour trois événements, il ne suffit pas de vérifier : il faut aussi les trois égalités deux à deux. Il ne suffit pas non plus de vérifier les trois égalités deux à deux, comme le montre le contre-exemple suivant, qu'il faut savoir refaire.

Exemple

L'indépendance deux à deux n'entraîne pas l'indépendance mutuelle. On lance deux fois une pièce équilibrée ; on prend muni de la probabilité uniforme, chacune des quatre issues ayant la probabilité . Considérons

En listant les issues : , et , donc

Les trois intersections deux à deux valent toutes , de probabilité :

La famille est donc indépendante deux à deux. Pourtant , donc

et la famille n'est pas mutuellement indépendante. C'était prévisible : est entièrement déterminé par et , puisque connaître les deux premiers événements revient à connaître les deux résultats.

Propriété

Si est une famille mutuellement indépendante, alors la famille obtenue en remplaçant certains par leurs contraires est encore mutuellement indépendante.

Ce résultat, admis ici dans le cas général (il se démontre par récurrence sur le nombre d'événements remplacés, en reprenant l'argument du cas de deux événements), est ce qui autorise le calcul suivant, omniprésent en fiabilité : si sont mutuellement indépendants,

Modélisation de expériences indépendantes

Lorsqu'on répète expériences aléatoires « sans influence les unes sur les autres », on construit l'univers produit

muni de la probabilité définie sur les issues par

est la probabilité gouvernant la -ième expérience. C'est bien une distribution de probabilités : ses termes sont positifs, et leur somme se factorise en un produit de sommes toutes égales à . Le cas le plus fréquent est celui de répétitions identiques et indépendantes d'une même expérience, où tous les et tous les sont égaux.

Exemple

Fiabilité d'un montage. Un dispositif comporte trois composants montés en série : il fonctionne si et seulement si les trois fonctionnent. Ils fonctionnent indépendamment, avec les fiabilités respectives , et . En notant l'événement « le composant fonctionne », l'indépendance mutuelle donne

Mettons maintenant en parallèle deux exemplaires d'un même composant de fiabilité , le montage fonctionnant dès que l'un des deux fonctionne. La probabilité de panne totale est celle de la panne simultanée des deux, soit par indépendance, donc le montage redondant fonctionne avec probabilité

La redondance fait passer la probabilité de panne de à , soit un facteur .

Variables aléatoires

Définition et notations

Définition

Soient un espace probabilisé fini et un ensemble. On appelle variable aléatoire sur à valeurs dans toute application .

Lorsque , on parle de variable aléatoire réelle. L'ensemble des valeurs effectivement prises par est fini, puisque l'est.

Définition

Soit une variable aléatoire sur à valeurs dans . Pour toute partie de et tout , on note

Si est réelle, on note de même , , les événements correspondants.

Ce sont des événements, c'est-à-dire des parties de ; on écrit au lieu de .

Le point à comprendre est que la notation ne désigne pas une égalité, mais un ensemble d'issues. C'est cette identification, entre une condition portant sur la valeur de et la partie de où elle est satisfaite, qui permet de calculer des probabilités sans jamais revenir à la description explicite de , et c'est là tout le confort qu'apportent les variables aléatoires.

Loi d'une variable aléatoire

Définition

Soit une variable aléatoire sur à valeurs dans . On appelle loi de l'application qui, à toute partie de , associe

En pratique, donner la loi de , c'est donner la famille des nombres .

Propriété

Soit une variable aléatoire à valeurs dans et soit l'ensemble de ses valeurs, les étant deux à deux distincts. Alors :

  1. la famille est un système complet d'événements ;
  2. la famille est une distribution de probabilités sur :

Démonstration. Point 1. Soient . Si une issue appartenait à , on aurait , ce qui contredit le fait que les valeurs sont deux à deux distinctes : les événements sont donc deux à deux incompatibles. De plus, pour toute issue , la valeur appartient à par définition, donc appartient à l'un des : la réunion vaut . La famille est bien un système complet.

Point 2. La positivité est celle de . Quant à la somme, la propriété d'additivité finie appliquée au système complet du point 1 donne directement

Ce système complet, dit système complet associé à , est l'outil de travail permanent : c'est lui qu'on utilise dans la formule des probabilités totales quand on veut « discuter selon la valeur prise par ». Et le point 2 fournit le contrôle obligatoire de tout calcul de loi : la somme des probabilités doit valoir . Une loi qui ne somme pas à est fausse, sans exception.

Exemple

Somme de deux dés. On lance deux dés équilibrés discernables ; on prend muni de la probabilité uniforme, et l'on pose . Alors , et pour chaque valeur on compte les couples de somme parmi les possibles :

234567
89101112

Contrôle : la somme des numérateurs vaut , donc la somme des probabilités vaut . On lit par exemple .

Système complet associé, variable

Propriété

Soit une variable aléatoire à valeurs dans et soit une application. Alors est une variable aléatoire à valeurs dans , dont l'ensemble des valeurs est , et dont la loi est donnée par

Démonstration. L'application est bien définie de dans , c'est donc une variable aléatoire, et l'ensemble de ses valeurs est l'image par de l'ensemble des valeurs de .

Fixons et posons . Pour toute issue ,

donc . Cette réunion est constituée d'événements deux à deux incompatibles, puisqu'ils font partie du système complet associé à . L'additivité finie donne alors

ce qui est la formule annoncée.

Exemple

Une image qui fusionne des valeurs. Soit de loi uniforme sur , c'est-à-dire pour tout , et soit . Alors et

Contrôle : . On voit sur cet exemple qu'une image par une fonction non injective fusionne des valeurs et fait perdre de l'information : connaître la loi de ne permet pas de retrouver celle de .

Loi conditionnelle

Définition

Soient une variable aléatoire et un événement tel que . On appelle loi conditionnelle de sachant la famille

Comme est une probabilité, cette famille est bien une distribution de probabilités sur : ses termes sont positifs et leur somme vaut . La formule des probabilités totales appliquée à un système complet de probabilités non nulles s'écrit alors, pour toute valeur ,

égalité qu'on utilise constamment pour reconstituer une loi à partir de lois conditionnelles plus simples.

Exemple

Somme de deux dés, sachant le premier. Reprenons la somme de deux dés équilibrés et notons l'événement « le premier dé donne », de probabilité . Sachant , la somme vaut parcourt , donc

et pour . Sachant , la variable suit donc la loi uniforme sur , alors que sa loi non conditionnée est très inégale. Le conditionnement a bien changé la loi.

Lois usuelles

Définition

Loi uniforme. Soit un ensemble fini non vide de cardinal . Une variable aléatoire à valeurs dans suit la loi uniforme sur , ce qu'on note , lorsque

Le cas le plus fréquent est .

Définition

Loi de Bernoulli. Soit . Une variable aléatoire suit la loi de Bernoulli de paramètre , ce qu'on note , lorsque et

On appelle épreuve de Bernoulli une expérience à deux issues, « succès » et « échec » ; la variable qui vaut en cas de succès et sinon suit alors , où est la probabilité du succès.

Propriété

Pour tout événement , l'indicatrice de , définie par

est une variable aléatoire qui suit la loi .

Démonstration. L'application est définie sur et à valeurs dans , c'est donc une variable aléatoire. Par construction, et , d'où et : c'est bien la loi de Bernoulli de paramètre .

Cette correspondance entre événements et variables de Bernoulli est le pont qui fait passer du langage ensembliste au langage algébrique ; elle donnera plus loin la méthode des indicatrices.

Définition

Loi binomiale. Soient et . Une variable aléatoire suit la loi binomiale de paramètres et , ce qu'on note , lorsque et

Propriété

La famille est bien une distribution de probabilités : ses termes sont positifs et leur somme vaut .

Démonstration. Chaque terme est un produit de réels positifs, donc positif. Pour la somme, la formule du binôme de Newton appliquée aux réels et donne

Propriété

Contexte d'apparition. On répète fois, de façon indépendante, une même épreuve de Bernoulli de probabilité de succès . Alors la variable égale au nombre de succès obtenus suit la loi .

Démonstration. On modélise l'expérience par l'univers produit , une issue étant la liste des résultats des épreuves, la probabilité d'une issue comportant succès et échecs valant par indépendance. Soit . L'événement est l'ensemble des issues comportant exactement succès. Une telle issue est entièrement déterminée par l'ensemble des positions des succès, c'est-à-dire par une partie à éléments de ; il y en a donc , et chacune a la probabilité . Comme ces issues sont deux à deux distinctes, donc leurs singletons deux à deux incompatibles, l'additivité finie donne

LoiNotationValeursProbabilitésSituation type
Uniforme, tirage au hasard, dé équilibré
Bernoulliune épreuve, succès ou échec
Binomialenombre de succès sur épreuves indépendantes

Exemple

Un questionnaire au hasard. Un QCM comporte questions indépendantes, chacune offrant réponses dont une seule est correcte. Un candidat répond entièrement au hasard. Le nombre de bonnes réponses est le nombre de succès de épreuves indépendantes de probabilité de succès , donc . La probabilité d'avoir au moins une bonne réponse se calcule par passage au complémentaire :

En revanche, la probabilité d'avoir la moyenne, c'est-à-dire au moins bonnes réponses, exigerait la somme des cinq derniers termes, et l'on verra plus loin qu'elle est faible : l'espérance vaut seulement .

Couples et -uplets de variables aléatoires

Couple, loi conjointe, lois marginales

Définition

Soient et deux variables aléatoires définies sur le même espace probabilisé , à valeurs respectivement dans et . L'application

est une variable aléatoire à valeurs dans , appelée couple de et .

Sa loi s'appelle la loi conjointe de et ; elle est donnée par la famille des nombres

que l'on note plus simplement , pour .

Les lois de et de prises séparément s'appellent alors les lois marginales du couple.

Propriété

Soient et deux variables aléatoires sur . Alors, pour tout et tout ,

Autrement dit, la loi conjointe détermine les deux lois marginales.

Démonstration. Fixons . La famille est le système complet associé à . La formule des probabilités totales, dans sa version valable même en présence d'événements de probabilité nulle, appliquée à l'événement , donne

On peut aussi le voir directement : les événements , pour parcourant , sont deux à deux incompatibles et leur réunion vaut , donc l'additivité finie conclut. Le second point s'obtient en échangeant les rôles de et .

La réciproque est fausse : les lois marginales ne déterminent pas la loi conjointe. Voici le contre-exemple minimal, à connaître. Soient et deux variables de loi . Si elles proviennent de deux lancers indépendants d'une pièce équilibrée, la loi conjointe est pour les quatre couples . Si au contraire , c'est-à-dire si l'on observe deux fois le même lancer, alors et les deux autres probabilités sont nulles. Les lois marginales sont les mêmes dans les deux cas, les lois conjointes sont différentes : la loi conjointe contient une information sur le lien entre et qui est absente des marginales.

Tableau à double entrée

Quand et prennent peu de valeurs, la loi conjointe se présente dans un tableau à double entrée : les probabilités conjointes à l'intérieur, les lois marginales obtenues en sommant les lignes et les colonnes, d'où le nom de « marges ».

Exemple

Lecture d'un tableau croisé. Deux variables et ont pour loi conjointe, exprimée en douzièmes :

loi de
loi de

Les six probabilités intérieures somment bien à . Les marginales se lisent dans la dernière colonne et la dernière ligne :

Ces deux variables ne sont pas indépendantes : , alors que , et . Une seule case en défaut suffit à conclure.

Variables aléatoires indépendantes

Définition

Deux variables aléatoires et définies sur le même espace probabilisé sont dites indépendantes lorsque

Plus généralement, variables aléatoires sont dites indépendantes (ou mutuellement indépendantes) lorsque

Autrement dit, et sont indépendantes si et seulement si la loi conjointe est le produit des lois marginales : dans le tableau à double entrée, chaque case intérieure doit être le produit de sa marge de ligne par sa marge de colonne. C'est une condition très forte, qui porte sur toutes les cases à la fois, et il suffit d'une seule case en défaut pour la mettre en échec.

Propriété

Toute sous-famille d'une famille indépendante de variables aléatoires est indépendante. Précisément, si sont indépendantes et si , alors la famille est indépendante.

Démonstration. Fixons avec pour tout . Les événements

obtenus en faisant varier les coordonnées dans , sont deux à deux incompatibles, et leur réunion est exactement : toute issue de cet événement possède en effet des valeurs bien déterminées pour les coordonnées restantes. L'additivité finie puis l'indépendance de la famille complète donnent

Or chaque somme intérieure vaut , puisque la loi de est une distribution de probabilités. Il reste , ce qui est l'indépendance de la sous-famille.

Propriété

Si et sont indépendantes, alors pour toutes applications et définies respectivement sur et , les variables et sont indépendantes.

Démonstration. Soient et . Posons

L'événement est la réunion, sur les couples , des événements deux à deux incompatibles . L'additivité finie, puis l'indépendance de et , puis la factorisation d'une somme double à variables séparées, donnent

C'est l'indépendance de et .

-uplets et lemme des coalitions

Propriété

Lemme des coalitions (admis). Soient des variables aléatoires indépendantes et soit . Pour toutes applications définie sur et définie sur , les variables aléatoires

sont indépendantes. Plus généralement, des fonctions de blocs disjoints de variables indépendantes sont indépendantes.

Ce résultat est admis : sa démonstration n'est pas au programme. Il est en revanche d'un usage constant, et il faut le citer explicitement quand on s'en sert. Exemple typique : si sont indépendantes, alors et sont indépendantes, car elles sont fonctions de blocs disjoints. Attention à la condition de disjonction : et n'ont aucune raison d'être indépendantes, la variable figurant dans les deux.

Somme de Bernoulli indépendantes

Propriété

Soient , et des variables aléatoires indépendantes, toutes de loi . Alors

Démonstration. Chaque est à valeurs dans , donc est à valeurs dans . Fixons et cherchons .

Pour toute partie de de cardinal , posons

Ces événements sont deux à deux incompatibles : si , il existe un indice appartenant à l'un et pas à l'autre, et l'on aurait à la fois et sur , ce qui est impossible. De plus, une issue réalise si et seulement si exactement des valent en , c'est-à-dire si et seulement si appartient à pour , partie de cardinal . Donc

Chaque est une intersection où toutes les variables sont fixées, donc l'indépendance de la famille s'applique directement :

cette valeur ne dépendant pas de . Comme le nombre de parties à éléments de vaut , l'additivité finie donne

c'est-à-dire .

Ce théorème est le pivot du chapitre : il transforme une loi binomiale, objet global assez lourd, en une somme de variables simples et indépendantes, ce qui permettra de calculer son espérance et sa variance sans le moindre calcul de somme binomiale. Réciproquement, il fournit un critère de reconnaissance : si l'on parvient à écrire une variable comme une somme d'indicatrices indépendantes de même paramètre, elle est binomiale.

Espérance

Définition et première formule

Définition

Soit une variable aléatoire réelle sur un espace probabilisé fini . On appelle espérance de le réel

La variable est dite centrée lorsque .

L'espérance est la moyenne des valeurs prises par , pondérée par leurs probabilités. Ce n'est pas une valeur que prend nécessairement : l'espérance du nombre de points d'un dé équilibré vaut .

Propriété

Pour toute variable aléatoire réelle sur ,

Démonstration. Notons avec des valeurs deux à deux distinctes. La famille est un système complet d'événements, donc les ensembles forment une partition de (à ceci près que certains peuvent être vides, ce qui ne change rien aux sommes). On peut donc regrouper les termes de la somme sur selon la valeur prise par :

Or, sur l'événement , on a , constante que l'on factorise :

la dernière égalité venant de l'expression d'une probabilité comme somme des masses des singletons. En sommant sur , on obtient .

Les deux formules ont chacune leur usage. La première, sur , est celle du calcul concret dès qu'on connaît la loi. La seconde, sur , est celle des démonstrations, car elle est linéaire en de façon évidente : c'est elle qui donne en trois lignes la linéarité de l'espérance.

Propriétés

Propriété

Soient et deux variables aléatoires réelles sur et deux réels.

  1. Espérance d'une constante. Si est constante égale à , alors . En particulier .
  2. Indicatrice. Pour tout événement , .
  3. Linéarité. .
  4. Positivité. Si , c'est-à-dire si pour toute issue , alors .
  5. Croissance. Si , c'est-à-dire si pour toute issue , alors .
  6. Inégalité triangulaire. .
  7. Variable centrée. La variable est centrée.

Démonstration. Point 1. Si est constante égale à , alors et , donc .

Point 2. La variable prend les valeurs et avec les probabilités et , donc

Point 3. On utilise la formule sur . Pour toute issue , , donc

par linéarité de la somme finie, c'est-à-dire .

Point 4. Si , tous les termes de sont des produits de réels positifs, donc la somme est positive.

Point 5. Si , la variable est positive, donc par le point 4 ; la linéarité donne .

Point 6. Pour toute issue , , c'est-à-dire . La croissance et la linéarité donnent , ce qui équivaut à .

Point 7. Par linéarité et par le point 1, .

Il faut mesurer la portée du point 3 : la linéarité de l'espérance ne demande aucune hypothèse sur les variables. Elle vaut même si et sont fortement liées, même si , même si l'on ne sait rien de la loi conjointe. C'est ce qui en fait l'outil le plus puissant du chapitre, et c'est ce qui distingue radicalement l'espérance de la variance, laquelle, elle, ne s'ajoute pas sans hypothèse.

Formule de transfert

Propriété

Formule de transfert. Soient une variable aléatoire sur à valeurs dans et une application. Alors

Version pour un couple. Si et sont deux variables aléatoires et une application définie sur à valeurs réelles, alors

Démonstration. Appliquons à la variable réelle la formule de l'espérance sur :

Regroupons les issues selon la valeur prise par , en utilisant le système complet :

puisque est constante sur et que la somme des masses des singletons de vaut .

Pour la version couple, on applique ce qui précède à la variable aléatoire , à valeurs dans , et à la fonction . Il vient

et l'on reconnaît la somme double annoncée, car . La même démonstration s'étend telle quelle à un -uplet.

L'intérêt de la formule est dans son nom : elle transfère le calcul de sur la loi de , sans qu'il soit nécessaire de déterminer la loi de . C'est un gain de temps considérable, car la loi de demande de fusionner des valeurs et de sommer des probabilités, travail entièrement évité.

Exemple

Transfert sur un dé. Soit . Alors, sans chercher la loi de ,

On notera que : l'espérance ne commute pas avec le carré, et il est faux d'écrire . L'écart entre les deux, ici , s'appellera la variance.

La méthode des indicatrices

Méthode

Somme d'indicatrices. Pour calculer l'espérance d'une variable qui compte un nombre d'objets vérifiant une certaine condition, il est presque toujours inutile de déterminer sa loi. On procède ainsi.

  1. Repérer les objets susceptibles d'être comptés : les indexer par , et noter l'événement « l'objet est compté ».
  2. Écrire la variable comme une somme d'indicatrices : , en justifiant l'égalité issue par issue.
  3. Appliquer la linéarité de l'espérance et :
  1. Calculer chaque séparément, ce qui est en général élémentaire.

Le point capital est que cette méthode ne demande aucune indépendance entre les , et qu'elle fonctionne même lorsque la loi de est inaccessible en pratique.

Exemple

Combien de faces différentes en lançant cinq dés ? On lance cinq dés équilibrés et l'on note le nombre de faces qui apparaissent au moins une fois ; prend ses valeurs dans . Sa loi est pénible à écrire, son espérance est immédiate.

Pour , notons l'événement « la face apparaît au moins une fois ». Pour toute issue , le nombre de faces apparues est le nombre d'indices tels que , donc

Calculons par passage au complémentaire : l'événement signifie que les cinq dés évitent la face , ce qui, l'univers étant muni de la probabilité uniforme, a pour probabilité . Donc

Par linéarité de l'espérance, les six termes étant égaux,

En lançant cinq dés, on voit donc en moyenne environ faces différentes. Remarquons que les événements ne sont pas indépendants (si cinq faces sont apparues, la sixième ne peut pas l'être avec cinq dés), ce qui n'a gêné en rien le calcul.

Espérance des lois usuelles

Propriété

  1. Si , alors .
  2. Si , alors .
  3. Si , alors .

Démonstration. Point 1. Par définition et par la formule de la somme des premiers entiers,

Point 2. .

Point 3, première méthode : par la formule de transfert. On part de la définition et l'on utilise l'identité , valable pour , qui se vérifie sur les factorielles :

Le terme d'indice étant nul, il vient

Le changement d'indice transforme la somme en

par la formule du binôme, d'où .

Point 3, seconde méthode : par les indicatrices. Une variable de loi a la même loi que où les sont indépendantes de loi , d'après le théorème sur la somme de Bernoulli. Comme l'espérance ne dépend que de la loi, la linéarité donne immédiatement

La comparaison des deux méthodes est instructive : la première est un exercice de calcul sur les coefficients binomiaux, la seconde tient en une ligne. Chaque fois qu'une variable se décompose en somme, il faut préférer la décomposition au calcul direct.

Espérance d'un produit

Propriété

Si et sont deux variables aléatoires réelles indépendantes, alors

Démonstration. Appliquons la formule de transfert pour un couple à la fonction :

L'indépendance de et permet de remplacer par , puis de séparer les variables dans la somme double :

L'implication n'est pas une équivalence : il existe des variables non indépendantes vérifiant , et nous en construirons une dans la section suivante. Écrire sans avoir justifié l'indépendance est l'une des fautes les plus lourdement sanctionnées du chapitre.

Variance, écart type et covariance

Variance et écart type

Définition

Soit une variable aléatoire réelle sur un espace probabilisé fini, d'espérance . On appelle variance de le réel

la seconde écriture venant de la formule de transfert appliquée à .

On appelle écart type de le réel .

La variance mesure la dispersion de autour de sa moyenne : c'est la moyenne des carrés des écarts à l'espérance. L'écart type a l'avantage de s'exprimer dans la même unité que , ce qui le rend directement comparable à .

Propriété

Pour toute variable aléatoire réelle :

  1. , donc est bien défini ;
  2. si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si est presque sûrement constante.

Démonstration. Point 1. La variable est positive, donc son espérance l'est par positivité de l'espérance.

Point 2. Écrivons . C'est une somme finie de termes tous positifs, donc elle est nulle si et seulement si chacun de ses termes est nul, c'est-à-dire si et seulement si, pour toute valeur ,

Autrement dit, toute valeur de probabilité non nulle est égale à . En sommant les probabilités du système complet associé à , il reste . Réciproquement, si , tous les autres termes sont nuls et .

Koenig-Huygens et transformation affine

Propriété

Formule de Koenig-Huygens. Pour toute variable aléatoire réelle ,

Démonstration. Posons , qui est un réel constant. En développant le carré, puis en utilisant la linéarité de l'espérance et le fait que l'espérance d'une constante est cette constante,

C'est la formule annoncée.

C'est cette formule qu'on utilise dans tous les calculs pratiques : on calcule et par transfert, puis on soustrait. Un contrôle gratuit en découle : on doit toujours trouver , faute de quoi il y a une erreur de calcul.

Propriété

Pour toute variable aléatoire réelle et tous réels et ,

Démonstration. Par linéarité, , donc

En élevant au carré puis en prenant l'espérance, et en utilisant à nouveau la linéarité pour sortir la constante ,

En prenant la racine carrée et en se souvenant que , on obtient l'égalité sur les écarts types.

Deux lectures : d'une part la variance est insensible à une translation, ce qui est logique puisqu'elle mesure une dispersion et non une position ; d'autre part elle est quadratique en , ce qui explique la présence du carré et le passage à l'écart type pour retrouver l'homogénéité.

Définition

Soit une variable aléatoire réelle telle que . La variable centrée réduite associée à est

Elle vérifie et .

En effet, la linéarité donne , et la propriété précédente, appliquée avec et , donne .

Variance des lois usuelles

Propriété

  1. Si , alors .
  2. Si , alors .
  3. Si , alors .

Démonstration. Point 1. La variable étant à valeurs dans , on a , donc . Koenig-Huygens donne

Point 2. On connaît . Par transfert et par la formule de la somme des carrés des premiers entiers,

Koenig-Huygens donne alors

Point 3. La démonstration est donnée plus bas, après la variance d'une somme : elle utilise la décomposition d'une binomiale en somme de Bernoulli indépendantes.

Exemple

Un dé équilibré. Pour , on a et

On retrouve bien la valeur obtenue par Koenig-Huygens à la section précédente : .

Covariance

Définition

Soient et deux variables aléatoires réelles sur le même espace probabilisé. On appelle covariance de et le réel

On dit que et sont décorrélées lorsque .

Propriété

Soient , , des variables aléatoires réelles et , des réels.

  1. ;
  2. symétrie : ;
  3. bilinéarité : , et de même par rapport à la seconde variable ;
  4. .

Démonstration. Point 1. C'est la définition de la variance : .

Point 2. Le produit de deux réels est commutatif, donc les deux expressions sont identiques.

Point 4. Notons et . En développant le produit puis en utilisant la linéarité de l'espérance :

Point 3. En utilisant le point 4 et la linéarité de l'espérance, avec :

La bilinéarité par rapport à la seconde variable s'en déduit par symétrie.

Propriété

Si et sont indépendantes, alors elles sont décorrélées : .

Démonstration. L'indépendance donne , donc .

La réciproque est fausse, et le contre-exemple suivant doit être su par cœur.

Exemple

Décorrélées mais dépendantes. Soit de loi uniforme sur , c'est-à-dire , et posons .

Calcul de la covariance. Par symétrie de la loi, . Par transfert, . Donc

les deux variables sont décorrélées.

Elles ne sont pourtant pas indépendantes. La variable prend les valeurs et , avec . Or

Comme , les variables ne sont pas indépendantes. C'est même le contraire : est une fonction de , donc entièrement déterminée par elle. La covariance ne détecte que les liens de nature affine ; le lien quadratique entre et lui échappe complètement.

Exemple

Une covariance sur un tableau croisé. Reprenons le tableau de la section précédente, avec et la loi de donnée par , , en , , . On a

Par transfert sur le couple, seuls les termes avec et contribuent :

Donc

La covariance est négative mais très faible : les deux variables varient légèrement en sens contraire. On retrouve au passage qu'elles ne sont pas indépendantes, puisque leur covariance n'est pas nulle.

Variance d'une somme

Propriété

Soient et deux variables aléatoires réelles. Alors

Plus généralement, pour des variables aléatoires réelles,

Si les sont deux à deux décorrélées (en particulier si elles sont indépendantes), alors

Démonstration. Cas de deux variables. En utilisant puis la bilinéarité et la symétrie de la covariance,

Cas général. Posons . La bilinéarité de la covariance, appliquée successivement à chaque argument, donne

On isole dans cette somme double les termes diagonaux , qui valent , et l'on regroupe les termes hors diagonale par paires : pour , les deux termes et sont égaux par symétrie. D'où

Cas décorrélé. Si pour tous , la seconde somme est nulle. Et si les sont indépendantes, toute sous-famille l'est, en particulier chaque paire , donc chaque covariance est nulle d'après la propriété précédente.

Contrairement à l'espérance, la variance ne s'ajoute pas sans hypothèse. Écrire suppose la décorrélation, et il faut la justifier. Notons d'ailleurs, en guise de garde-fou, que et non .

Propriété

Variance de la loi binomiale. Si , alors .

Démonstration. La variable a la même loi que , où sont indépendantes de loi , d'après le théorème sur la somme de Bernoulli. La variance ne dépendant que de la loi, il suffit de calculer . Les étant indépendantes, elles sont deux à deux décorrélées, donc les variances s'ajoutent :

Exemple

Contrôle sur un lot. Une machine produit des pièces dont sont défectueuses, indépendamment les unes des autres. On prélève pièces. Le nombre de pièces défectueuses suit , donc

On s'attend donc à environ pièces défectueuses, avec une fluctuation typique de moins de pièces.

Somme de deux dés. Si avec et indépendantes de loi , alors et, par indépendance,

Inégalités probabilistes et loi faible des grands nombres

Inégalité de Markov

Propriété

Inégalité de Markov. Soit une variable aléatoire réelle positive, c'est-à-dire telle que pour toute issue . Alors, pour tout réel ,

Démonstration. Notons et considérons la variable aléatoire . Montrons l'inégalité , issue par issue.

Soit . Si , alors et par définition de , donc . Si , alors puisque est positive. L'inégalité est donc vraie partout.

Par croissance puis linéarité de l'espérance, et en utilisant ,

Comme , on peut diviser par sans changer le sens de l'inégalité, ce qui donne le résultat.

Inégalité de Bienaymé-Tchebychev

Propriété

Inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Soit une variable aléatoire réelle d'espérance et de variance . Alors, pour tout réel ,

Démonstration. Posons . C'est une variable aléatoire positive, d'espérance par définition de la variance. Comme , on a l'équivalence, valable pour toute issue,

la fonction carré étant croissante sur ; les deux événements et sont donc égaux. L'inégalité de Markov appliquée à la variable positive avec le seuil donne alors

Qualité des majorations

Ces deux inégalités partagent une même caractéristique, qui est à la fois leur force et leur faiblesse : elles n'utilisent presque rien de la loi de , seulement son espérance pour Markov, son espérance et sa variance pour Bienaymé-Tchebychev. Elles sont donc universelles, applicables sans jamais calculer une loi, ce qui est exactement ce dont on a besoin pour démontrer un théorème général comme la loi des grands nombres. En contrepartie, sur un exemple précis, elles sont souvent très pessimistes.

Exemple

Une majoration honnête mais large. Soit , le nombre de piles sur lancers d'une pièce équilibrée. On a et . Bienaymé-Tchebychev avec donne

La majoration est correcte, mais la valeur exacte, obtenue en sommant les termes binomiaux correspondants, vaut environ : l'inégalité surestime la probabilité d'un facteur trente environ. Il ne faut donc pas attendre d'elle une estimation fine, mais une garantie valable quelle que soit la loi.

Notons aussi que Markov ne dit rien lorsque , puisque la majoration dépasse alors , et que Bienaymé-Tchebychev ne dit rien lorsque , pour la même raison. Ces inégalités ne deviennent informatives qu'à partir d'un écart de plusieurs écarts types.

Loi faible des grands nombres

Propriété

Loi faible des grands nombres, forme non asymptotique. Soient et des variables aléatoires réelles indépendantes et de même loi, d'espérance commune et de variance commune . Posons

Alors , , et pour tout réel ,

Démonstration. Espérance. Par linéarité de l'espérance, sans aucune hypothèse d'indépendance,

Variance. Les étant indépendantes, elles sont deux à deux décorrélées, donc les variances s'ajoutent :

La formule , appliquée avec , donne alors

Majoration. La variable a pour espérance et pour variance ; l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev appliquée à donne directement, pour tout ,

Le contenu du théorème tient dans le facteur : à précision fixée, la probabilité d'un écart d'au moins entre la moyenne observée et l'espérance est majorée par une quantité qui tend vers lorsque augmente, et qui est explicitement calculable. C'est ce caractère explicite, non asymptotique, qui rend l'énoncé utilisable en pratique : il ne dit pas seulement que « ça finit par marcher », il dit à partir de quel .

Interprétation fréquentiste et taille d'échantillon

Propriété

Cas de Bernoulli. Soient un événement de probabilité et des variables indépendantes de loi , où vaut si est réalisé lors de la -ième répétition de l'expérience. La fréquence empirique vérifie alors, pour tout ,

Démonstration. Les sont indépendantes de même loi , d'espérance et de variance . La loi faible des grands nombres appliquée à ces variables donne la première majoration.

Pour la seconde, il suffit de montrer que pour tout . Or

ce qui donne bien , avec égalité si et seulement si .

Voilà enfin la justification de l'intuition fréquentiste avec laquelle nous avons ouvert le chapitre. Répétez un grand nombre de fois, indépendamment, une même expérience : la fréquence d'apparition de l'événement s'écarte de de plus de avec une probabilité majorée par , quantité aussi petite qu'on veut pourvu que soit grand. La probabilité, définie au début comme une masse abstraite répartie sur un univers, se manifeste donc bien, sur le long terme, comme une fréquence observable. Notons que la majoration ne dépend plus de : elle est utilisable même lorsque la valeur de est inconnue, ce qui est précisément la situation d'un sondage.

Méthode

Quelle taille d'échantillon pour telle précision ? On veut estimer une proportion inconnue par la fréquence observée , avec une précision et un risque , c'est-à-dire garantir

  1. Écrire la majoration universelle : .
  2. Il suffit donc d'imposer , condition suffisante.
  3. Résoudre en : .
  4. Prendre pour le plus petit entier vérifiant cette inégalité, et signaler que la condition obtenue est suffisante mais non nécessaire, la majoration étant pessimiste.

Exemple

Dimensionner un sondage. On veut estimer la proportion d'électeurs favorables à une mesure, avec une précision de points de pourcentage et un risque de . On prend donc et , et la méthode donne

Il suffit donc d'interroger personnes, choisies indépendamment, pour garantir que la fréquence observée s'écarte de de moins de points avec une probabilité d'au moins .

Si l'on exige une précision de point à risque égal, il vient

soit quatre fois plus. C'est la loi générale : la taille d'échantillon nécessaire croît comme , donc diviser par deux la marge d'erreur coûte quatre fois plus de mesures. Ces effectifs sont très supérieurs à ceux des instituts de sondage réels, qui utilisent des majorations plus fines que Bienaymé-Tchebychev ; l'ordre de grandeur du , lui, est le bon.

Méthodes et pièges

Choisir son univers

Méthode

Trois questions avant tout calcul.

  1. L'ordre intervient-il ? Si l'énoncé parle de « premier tiré », « dans l'ordre », ou si les objets sont numérotés et discernables, prendre un univers de listes. Si seule la composition finale compte, un univers de parties suffit.
  2. Y a-t-il répétition possible ? Avec remise : . Sans remise : pour les listes, pour les parties.
  3. L'équiprobabilité est-elle légitime ? Elle l'est si les objets sont indiscernables et le tirage au hasard. Elle ne l'est presque jamais sur un univers de « résultats agrégés » (sommes, nombres de succès, couleurs) : dans ce cas, revenir à un univers d'issues élémentaires symétriques.

Une fois l'univers choisi, ne plus en changer : compter les cas favorables avec des objets du même type que ceux qui composent .

Conditionner ou dénombrer

Face à un tirage sans remise, deux voies s'offrent, également correctes. Le dénombrement convient quand l'événement se décrit par une composition finale (« exactement deux rouges ») : on compte des parties et l'on divise. Le conditionnement convient quand l'événement se décrit par une chronologie (« la première est rouge et la deuxième verte ») : on multiplie les probabilités successives, la composition de l'urne évoluant à chaque tirage. Nous avons vu les deux donner sur le même exemple. Le conditionnement devient obligatoire dès que l'expérience comporte des étapes de nature différente (on choisit d'abord une urne, puis on y tire une boule), car il n'y a plus alors d'univers uniforme naturel : c'est le domaine des arbres et de la formule des probabilités totales.

Passer au complémentaire

Méthode

Reconnaître les énoncés qui l'exigent. Trois formulations doivent déclencher automatiquement le réflexe du contraire.

  • « au moins un » : son contraire est « aucun », c'est-à-dire une intersection, souvent un produit sous hypothèse d'indépendance.
  • « au moins deux », « pas tous » : contraire respectivement de « au plus un » et de « tous ».
  • toute réunion de trois événements ou plus dont on veut la probabilité exacte, puisque la formule du crible est hors programme.

Le calcul type est lorsque les sont mutuellement indépendants.

Utiliser les indicatrices

Trois signaux indiquent que la méthode des indicatrices est la bonne : la variable compte quelque chose ; sa loi paraît difficile ou fastidieuse ; on ne demande que l'espérance. Dans ce cas, écrire , appliquer la linéarité, calculer chaque . Rappelons que l'indépendance n'est jamais requise. Si en revanche l'énoncé demande la variance d'une telle somme, l'indépendance ou au moins la décorrélation devient nécessaire, sans quoi il faut calculer toutes les covariances .

Reconnaître une loi binomiale

Méthode

Quatre conditions, toutes obligatoires. Une variable suit lorsque :

  1. l'expérience consiste en un nombre fixé à l'avance de épreuves ;
  2. chaque épreuve n'a que deux issues, succès ou échec ;
  3. les épreuves sont indépendantes ;
  4. la probabilité de succès est la même à chaque épreuve ;

et que compte le nombre total de succès.

Les trois pièges classiques correspondent chacun à la violation d'une de ces conditions.

Piège 1 : épreuves non indépendantes. Si le résultat d'une épreuve influence la suivante (une machine qui s'échauffe, un joueur qui apprend, un composant dont la panne surcharge les autres), la loi n'est pas binomiale, même si chaque épreuve est bien à deux issues.

Piège 2 : probabilité de succès variable. Si change d'une épreuve à l'autre, la somme des indicatrices reste une variable parfaitement définie, d'espérance par linéarité, mais sa loi n'est pas binomiale.

Piège 3 : tirage sans remise. C'est le piège le plus fréquent. Un tirage sans remise viole à la fois l'indépendance et la constance de , puisque la composition de l'urne évolue.

Exemple

Avec ou sans remise : l'écart chiffré. Reprenons l'urne de jetons dont rouges, et le nombre de jetons rouges obtenus en tirages.

Avec remise. Les trois tirages sont indépendants et la probabilité de tirer rouge vaut à chaque fois, donc et

Sans remise. La loi n'est plus binomiale, et le calcul se fait par dénombrement, comme au début du chapitre :

Les deux valeurs sont proches mais différentes, et appliquer la formule binomiale au tirage sans remise serait une faute de modélisation, même si l'erreur numérique est ici modeste. Elle grandit à mesure que la taille de l'échantillon se rapproche de celle de la population.

Erreurs classiques

Confondre incompatible et indépendant. Deux événements incompatibles de probabilités non nulles sont dépendants au plus haut point. « Incompatible » se traduit par , « indépendant » par : rien à voir.

Oublier de vérifier avant d'écrire . Le quotient n'existe pas sinon. De même, la formule des probabilités totales dans sa forme usuelle exige pour tout ; à défaut, il faut invoquer la version avec convention.

Écrire sans indépendance. L'égalité est fausse en général : elle équivaut exactement à . Ne l'utiliser qu'après avoir énoncé et justifié l'indépendance.

Croire que décorrélé implique indépendant. La covariance ne capte que la partie affine du lien. Le couple avec uniforme sur est décorrélé et pourtant l'une des variables est fonction de l'autre.

Additionner les variances sans hypothèse. ; le terme croisé ne disparaît que si les variables sont décorrélées.

Appliquer une formule de crible. Pour trois événements ou plus, aucune formule d'inclusion-exclusion n'est disponible en PCSI : complémentaire, découpage disjoint, ou majoration.

Confondre et . Leur différence est la variance, qui est nulle seulement pour une variable presque sûrement constante.

Oublier le contrôle final. Une loi doit sommer à , une probabilité doit appartenir à , une variance doit être positive, et une espérance doit tomber entre la plus petite et la plus grande valeur de la variable. Ces quatre vérifications coûtent trente secondes et détectent la grande majorité des erreurs de calcul.

Les exercices

36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.

Exercice 1 ★★★Décrire un univers et des événements

Expérience aléatoire, univers fini, événements, systèmes complets d'événements

Une urne contient cinq jetons indiscernables au toucher, numérotés de à . On tire successivement et sans remise deux jetons de cette urne. On note le résultat sous la forme d'un couple, le premier nombre désignant le numéro du jeton tiré en premier et le second celui du jeton tiré en second.

  1. Décrire l'univers associé à cette expérience et donner . Expliquer pourquoi cette modélisation rend légitime l'hypothèse d'équiprobabilité.

  2. Écrire en extension les événements : « la somme des deux numéros vaut » et : « le premier numéro tiré est pair », puis donner leur cardinal.

  3. Décrire , et , et donner le cardinal de chacun. Les événements et sont-ils incompatibles ?

  4. Donner deux systèmes complets d'événements différents associés à cette expérience, en vérifiant à chaque fois la définition.

  5. On note : « le premier numéro tiré vaut » et : « le second numéro tiré vaut ». Traduire en langage ensembliste les trois phrases suivantes, puis donner le cardinal de l'événement obtenu : « au moins un des deux numéros vaut » ; « aucun des deux numéros ne vaut » ; « exactement un des deux numéros vaut ».

  6. On aurait pu prendre pour univers l'ensemble des paires de numéros distincts, sans tenir compte de l'ordre des tirages. Pourquoi ce second modèle est-il inadapté à l'étude menée ici ?

Exercice 2 ★★★Calculer avec une distribution de probabilité

Probabilité sur un univers fini, distribution, propriétés et calculsExpérience aléatoire, univers fini, événements, systèmes complets d'événements

Un banc d'essai teste un capteur et renvoie l'un des cinq codes d'état , , , , , du plus favorable au plus dégradé. On modélise l'expérience par l'univers et l'on admet que la probabilité du code est proportionnelle à , c'est-à-dire qu'il existe un réel tel que

On considère les événements , et .

  1. Déterminer et vérifier que l'on définit bien ainsi une distribution de probabilité sur .

  2. Calculer , , et , puis contrôler la formule de la probabilité d'une réunion de deux événements.

  3. Calculer et en justifiant les formules utilisées.

  4. Vérifier que , comparer et , puis démontrer la propriété de croissance dans le cas général.

  5. Majorer sans utiliser de formule d'inclusion-exclusion, puis calculer la valeur exacte de en décomposant cette réunion en événements deux à deux incompatibles. Commenter la qualité de la majoration.

Exercice 3 ★★★Tirage simultané et calculs par dénombrement

Probabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementProbabilité sur un univers fini, distribution, propriétés et calculs

Une urne contient boules indiscernables au toucher : boules rouges et boules bleues. Les boules portent toutes un numéro différent, elles sont donc deux à deux distinctes. On tire simultanément trois boules de l'urne.

  1. Décrire l'univers associé à cette expérience, donner et justifier l'hypothèse d'équiprobabilité.

  2. Calculer la probabilité de l'événement : « le tirage contient exactement deux boules rouges ».

  3. Calculer la probabilité de l'événement : « le tirage ne contient que des boules bleues ».

  4. En déduire la probabilité de l'événement : « le tirage contient au moins une boule rouge ».

  5. Calculer la probabilité de l'événement : « le tirage contient au plus une boule rouge ».

  6. Pour , on note : « le tirage contient exactement boules rouges ». Calculer pour les valeurs manquantes, puis vérifier que la somme des quatre probabilités vaut .

Exercice 4 ★★★Premiers calculs de probabilités conditionnelles

Probabilités conditionnelles, formule des probabilités composées

Partie A. Un atelier a reçu pièces, provenant de deux fournisseurs, Alpha et Bêta. Un contrôle les classe en conformes et non conformes. Les effectifs sont les suivants.

ConformeNon conformeTotal
Alpha
Bêta
Total

On prélève une pièce au hasard parmi ces pièces, chacune ayant la même probabilité d'être choisie. On note : « la pièce provient d'Alpha » et : « la pièce est non conforme ».

  1. Calculer , et .

  2. Calculer et , et interpréter ces deux nombres.

  3. Calculer et . Comparer et , puis vérifier que et expliquer pourquoi ce résultat était prévisible.

Partie B. Une urne contient boules indiscernables au toucher : blanches et noires. On tire successivement et sans remise trois boules. Pour , on note : « la -ième boule tirée est blanche » et : « la -ième boule tirée est noire ».

  1. Calculer à l'aide de la formule des probabilités composées, en explicitant à chaque étape le conditionnement utilisé.

  2. Calculer , puis en déduire la probabilité de l'événement « le tirage contient au moins une boule noire ».

  3. Reprendre la question 4 dans le cas d'un tirage avec remise, et comparer les deux résultats.

Exercice 5 ★★★Un arbre pondéré et la formule des probabilités totales

Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérés

Une usine fabrique des capteurs sur trois chaînes de production. La chaîne assure de la production, la chaîne en assure et la chaîne les restants. Les chaînes n'ont pas la même fiabilité : des capteurs issus de la chaîne sont défectueux, contre pour la chaîne et pour la chaîne .

On prélève au hasard un capteur dans la production totale d'une journée. Pour , on note : « le capteur provient de la chaîne », et : « le capteur est défectueux ».

  1. Traduire les données de l'énoncé en termes de probabilités et de probabilités conditionnelles, puis décrire l'arbre pondéré associé à cette expérience.

  2. Justifier que est un système complet d'événements.

  3. Calculer , et .

  4. En déduire à l'aide de la formule des probabilités totales.

  5. Le capteur prélevé est défectueux. Quelle est la probabilité qu'il provienne de la chaîne ?

  6. Calculer de même et , vérifier la cohérence des trois résultats et commenter.

Exercice 6 ★★★Deux événements sont-ils indépendants ?

Indépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille finieProbabilité sur un univers fini, distribution, propriétés et calculs

On lance deux dés cubiques équilibrés et discernables, l'un rouge et l'autre vert. On considère les événements suivants :

  • : « le dé rouge donne un résultat pair » ;
  • : « la somme des deux dés vaut » ;
  • : « la somme des deux dés vaut » ;
  • : « les deux dés donnent le même résultat ».
  1. Préciser l'univers retenu, justifier l'équiprobabilité, puis calculer , , et .

  2. Les événements et sont-ils indépendants ? Interpréter le résultat à l'aide de .

  3. Les événements et sont-ils indépendants ?

  4. Les événements et sont-ils incompatibles ? Sont-ils indépendants ? Énoncer et démontrer le résultat général que cet exemple illustre.

  5. Vérifier sur le couple que et sont indépendants, puis démontrer ce résultat dans le cas général.

Exercice 7 ★★★Déterminer la loi d'une variable aléatoire

Variable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelle

Un jeu se joue avec deux dés tétraédriques équilibrés, dont les faces sont numérotées de à : l'un est rouge, l'autre est bleu. Le joueur lance les deux dés ; il gagne, en euros, le nombre indiqué par le dé rouge et perd le nombre indiqué par le dé bleu. On note le gain algébrique du joueur, en euros.

  1. Décrire l'univers retenu, justifier l'équiprobabilité et déterminer .

  2. Déterminer la loi de et vérifier que la somme des probabilités obtenues vaut .

  3. Calculer et .

  4. On pose , l'écart entre les deux dés. Déterminer puis la loi de , et expliquer pourquoi certaines probabilités de la loi de s'obtiennent en additionnant deux probabilités de la loi de .

  5. On note : « le dé rouge donne ». Déterminer la loi conditionnelle de sachant , et reconnaître une loi usuelle.

Exercice 8 ★★★Espérance et variance à partir d'un tableau de loi

Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme

Un atelier dispose de quatre postes de travail. À un instant pris au hasard dans la journée, on note le nombre de postes occupés. Une étude statistique conduit à modéliser la loi de par le tableau suivant.

  1. Vérifier que ce tableau définit bien une loi de probabilité, puis calculer .

  2. Calculer à l'aide de la formule de transfert.

  3. En déduire par la formule de Koenig-Huygens.

  4. Retrouver en appliquant la définition , puis calculer .

  5. Calculer et à l'aide des propriétés du cours.

  6. Déterminer la variable centrée réduite associée à , donner sa loi, et vérifier par le calcul que et .

Exercice 9 ★★★★Reconnaître une loi uniforme, de Bernoulli ou binomiale

Lois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomialeVariable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelleEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme

Dans chacune des cinq situations suivantes, une variable aléatoire est définie sur un univers fini. Pour chacune :

  • dire si suit une loi usuelle du cours (uniforme, de Bernoulli, binomiale) et justifier en revenant à la définition : les épreuves sont-elles identiques, indépendantes, et compte-t-elle un nombre de succès ?
  • donner pour toute valeur prise par ;
  • donner et .
  1. Un générateur pseudo-aléatoire renvoie un entier compris entre et , chacun ayant la même probabilité d'être renvoyé. On note l'entier obtenu.

  2. On prélève une pièce au hasard dans un lot où des pièces sont non conformes. On note la variable qui vaut si la pièce prélevée est non conforme et sinon.

  3. On lance fois de suite un dé cubique équilibré. On note le nombre de obtenus au cours de ces dix lancers.

  4. Une urne contient jetons indiscernables au toucher, dont gagnants et perdants. On en tire trois simultanément et l'on note le nombre de jetons gagnants obtenus.

  5. Un atelier possède trois machines, qui fonctionnent indépendamment les unes des autres. Un jour donné, la première tombe en panne avec la probabilité , la deuxième avec la probabilité et la troisième avec la probabilité . On note le nombre de machines en panne ce jour-là.

Exercice 10 ★★★★Tirages avec remise et tirages sans remise

Probabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementExpérience aléatoire, univers fini, événements, systèmes complets d'événementsProbabilité sur un univers fini, distribution, propriétés et calculs

Un lot de contrôle contient composants électroniques numérotés de à , donc deux à deux discernables : les composants , et sont défectueux, les composants , , et sont conformes. Un technicien en prélève , selon l'un des deux protocoles suivants.

  • Protocole A (avec remise) : il tire un composant au hasard dans le lot, le teste, le remet dans le lot, et recommence, trois fois en tout.
  • Protocole B (sans remise) : il tire trois composants l'un après l'autre, sans jamais remettre dans le lot celui qui vient d'être tiré.

Dans les deux cas, à chaque tirage, tous les composants présents dans le lot ont la même probabilité d'être prélevés.

  1. Pour chacun des deux protocoles, décrire l'univers retenu, calculer et justifier que la probabilité y est uniforme.

  2. Calculer, pour chaque protocole, la probabilité de l'événement : « le prélèvement contient exactement un composant défectueux ».

  3. Même question pour l'événement : « le prélèvement contient au moins un composant défectueux ».

  4. Même question pour l'événement : « les trois composants prélevés sont tous de la même sorte ».

  5. Pour , on note l'événement « le prélèvement contient exactement composants défectueux ». Dresser le tableau des quatre probabilités pour chacun des deux protocoles, vérifier que chaque ligne somme à , puis comparer et commenter.

  6. Dans le protocole B, montrer que pour tout , la probabilité que le -ième composant prélevé soit défectueux ne dépend pas de .

Exercice 11 ★★★★La somme et l'écart de deux dés

Variable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelleEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une sommeCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantes

On lance en même temps un dé cubique équilibré, dont les faces portent les numéros de à , et un dé tétraédrique équilibré, dont les faces portent les numéros de à . On note le résultat du dé à six faces et celui du dé à quatre faces ; les deux lancers n'ont aucune influence l'un sur l'autre, on admet donc que et sont indépendantes. On pose

  1. Décrire l'univers , justifier l'équiprobabilité, et donner les lois de et de .

  2. Déterminer , puis la loi de sous forme de tableau. Vérifier que les probabilités obtenues somment à .

  3. Calculer de deux façons : à partir de la loi obtenue à la question 2, puis par linéarité de l'espérance.

  4. Calculer en exploitant l'indépendance de et de , puis retrouver le résultat à partir de la loi de .

  5. Déterminer la loi de , puis calculer .

  6. Les variables et sont-elles indépendantes ? Justifier à l'aide d'un couple de valeurs bien choisi, puis expliquer le phénomène.

Exercice 12 ★★★★Un test de dépistage et la formule de Bayes

Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérés

Une maladie touche de la population d'un pays. Un laboratoire commercialise un test de dépistage dont les performances annoncées sont les suivantes :

  • sensibilité : chez une personne malade, le test est positif dans des cas ;
  • spécificité : chez une personne saine, le test est négatif dans des cas.

On choisit une personne au hasard dans la population et on lui fait passer le test.

  1. Introduire les événements utiles, préciser le système complet d'événements employé, et traduire les trois données de l'énoncé. En déduire le taux de faux positifs.

  2. Calculer la probabilité que le test soit positif. Donner la valeur exacte, puis une valeur décimale.

  3. Calculer la probabilité qu'une personne dont le test est positif soit réellement malade (on appelle cette quantité la valeur prédictive positive du test). Donner la valeur exacte sous forme de fraction irréductible, puis une valeur approchée à près.

  4. Le résultat de la question 3 surprend, alors que le test se trompe rarement. Expliquer, par exemple en raisonnant sur une population de personnes.

  5. On applique maintenant le même test dans une population à risque, où la prévalence de la maladie est vingt fois plus élevée que dans la population générale. Reprendre les questions 2 et 3 et comparer.

  6. On revient à la population générale. Une personne dont le test est positif passe un second test, de nature différente du premier mais de mêmes sensibilité et spécificité. On suppose que, conditionnellement à l'état de santé de la personne, les deux tests sont indépendants. Calculer la probabilité qu'elle soit malade sachant que les deux tests sont positifs, et commenter.

Exercice 13 ★★★★Un bit transmis dans un canal bruité

Probabilités conditionnelles, formule des probabilités composéesFormule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérésIndépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille finie

Une source numérique émet un bit, qui vaut avec la probabilité et avec la probabilité , où . Ce bit traverse un canal de transmission bruité, dit binaire symétrique : quel que soit le bit émis, le canal le restitue inversé avec la probabilité et intact avec la probabilité . On note le bit émis et le bit reçu.

Partie A. Une seule transmission.

  1. Préciser l'univers retenu et traduire les données de l'énoncé en termes de probabilités et de probabilités conditionnelles.

  2. Calculer en fonction de et de , puis donner sa valeur pour et .

  3. Calculer en fonction de et de , puis pour les mêmes valeurs numériques. Commenter.

  4. Que valent et lorsque ? Interpréter.

Partie B. Un code de répétition.

Pour fiabiliser la transmission, on émet trois fois de suite le même bit, sur trois transmissions indépendantes du canal, indépendantes elles-mêmes du bit émis. Le récepteur décide alors à la majorité : il retient la valeur qui apparaît au moins deux fois parmi les trois bits reçus.

  1. Montrer que la probabilité d'erreur de décodage vaut , et vérifier qu'elle ne dépend pas de .

  2. Montrer que cette probabilité d'erreur est strictement inférieure à si et seulement si . Donner sa valeur pour et conclure.

Exercice 14 ★★★★Tirages successifs dans une urne de Pólya

Probabilités conditionnelles, formule des probabilités composéesFormule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérés

Une urne contient initialement boules rouges et boules blanches, avec et ; on pose . On effectue trois tirages successifs selon le protocole suivant : on tire une boule au hasard, c'est-à-dire de façon uniforme parmi toutes celles présentes dans l'urne, on note sa couleur, puis on la remet dans l'urne en y ajoutant boules supplémentaires de la même couleur, où est un entier naturel fixé.

Ce dispositif, dû à Pólya, modélise un phénomène de contagion ou de renforcement : chaque tirage rend la couleur qui vient de sortir plus probable au tirage suivant. Pour , on note l'événement « la -ième boule tirée est rouge », et l'événement contraire.

  1. Décrire un univers fini adapté à cette expérience et donner les probabilités conditionnelles qui gouvernent les deuxième et troisième tirages. Pourquoi l'énoncé se limite-t-il à trois tirages ?

  2. Calculer en fonction de , et .

  3. Calculer et comparer à .

  4. Calculer , comparer à et interpréter.

  5. Montrer que .

  6. On prend , et . Donner les valeurs numériques des quatre questions précédentes, puis calculer et la comparer à . Conclure.

Exercice 15 ★★★★Indépendance deux à deux sans indépendance mutuelle

Indépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille finie

On rappelle qu'une famille finie d'événements est dite mutuellement indépendante lorsque, pour toute partie de contenant au moins deux indices,

L'objet de cet exercice est de montrer que, pour trois événements, la condition portant sur les paires et celle portant sur le triplet sont indépendantes l'une de l'autre : aucune des deux n'entraîne l'autre.

Partie A. Deux lancers d'une pièce.

On lance deux fois de suite une pièce équilibrée. On note l'événement « le premier lancer donne pile », l'événement « le second lancer donne pile » et l'événement « les deux lancers donnent le même résultat ».

  1. Décrire l'univers, justifier l'équiprobabilité, et calculer , et .

  2. Montrer que , et sont deux à deux indépendants.

  3. Ces trois événements sont-ils mutuellement indépendants ? Donner une interprétation concrète de la réponse.

Partie B. L'exemple de Bernstein.

On lance un dé tétraédrique équilibré et on observe la face sur laquelle il se pose. Les faces sont peintes ainsi : la face est rouge, la face est verte, la face est bleue, et la face porte les trois couleurs à la fois. On note , et les événements « la face obtenue comporte du rouge », « … du vert », « … du bleu ».

  1. Reprendre les questions 1, 2 et 3 pour ces trois événements.

  2. Comparer les deux exemples précédents.

Partie C. La réciproque est fausse aussi.

On lance deux dés cubiques équilibrés et indépendants ; on note le résultat du premier et celui du second. On pose

  1. Vérifier que , et qu'aucun des trois couples , , n'est formé d'événements indépendants. Que peut-on en conclure ?

Exercice 16 ★★★★Épreuves répétées et loi binomiale

Lois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomialeCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantesIndépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille finie

Partie A. Le schéma de Bernoulli.

Soit et . On répète fois, de façon indépendante, une même épreuve n'ayant que deux issues, appelées succès (de probabilité ) et échec (de probabilité ). On note le nombre de succès obtenus au cours de ces épreuves.

  1. Décrire l'univers retenu et la probabilité dont on le munit. Vérifier que la somme des probabilités des issues vaut bien .

  2. En dénombrant les issues réalisant , démontrer que .

  3. Retrouver ce résultat en écrivant comme une somme d'indicatrices, et en déduire .

Partie B. Application.

Un capteur placé sur une chaîne de production détecte le passage d'une pièce avec la probabilité , indépendamment d'un passage à l'autre. Six pièces défilent ; on note le nombre de détections.

  1. Donner la loi de , puis calculer la probabilité qu'il y ait au moins cinq détections.

  2. Démontrer que, pour une variable de loi , la probabilité d'obtenir un nombre pair de succès vaut . On pourra additionner les développements de et de . En déduire la probabilité que le nombre de détections soit pair.

  3. Calculer la probabilité qu'il y ait exactement quatre détections sachant qu'il y en a au moins trois.

Exercice 17 ★★★★Loi conjointe, lois marginales et loi conditionnelle

Couples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantesVariable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelle

On prélève au hasard une pièce en fin de chaîne de production. On note son écart de cote, mesuré en centièmes de millimètre et arrondi à l'entier le plus proche, à valeurs dans , et le nombre de retouches qu'elle a subies, à valeurs dans . La loi conjointe du couple est donnée par le tableau suivant, où est un réel à déterminer.

  1. Déterminer .

  2. Déterminer les lois marginales de et de , et vérifier chacune d'elles.

  3. Les variables et sont-elles indépendantes ? Justifier en exhibant un couple de valeurs pour lequel la factorisation échoue.

  4. Déterminer la loi conditionnelle de sachant l'événement , vérifier que c'est bien une loi, et la comparer à la loi de .

  5. Calculer à l'aide de la formule de transfert.

  6. En déduire et interpréter son signe.

  7. Serait-il possible de rendre et indépendantes en modifiant une seule case du tableau, la somme des neuf cases devant rester égale à ?

Exercice 18 ★★★★Espérance et variance des lois usuelles

Lois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomialeEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme

Cet exercice établit, par le calcul, les valeurs de l'espérance et de la variance des trois lois usuelles du chapitre. Dans tout l'énoncé, et , et l'on pose . On rappelle les deux sommes classiques

Partie A. Loi uniforme. Soit .

  1. Démontrer que .

  2. Calculer , puis démontrer que . Vérifier le résultat pour .

Partie B. Loi de Bernoulli. Soit .

  1. Calculer . Justifier l'égalité et en déduire .

Partie C. Loi binomiale. Soit .

  1. Démontrer que pour tout , puis en déduire par la formule de transfert.

  2. Démontrer de même que pour et . Calculer , en déduire puis . Traiter à part le cas .

Partie D. La méthode des indicatrices.

  1. Soit des événements mutuellement indépendants de même probabilité , et . Retrouver et par cette écriture, puis comparer les deux méthodes.

Exercice 19 ★★★★Compter les succès avec des indicatrices

Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantes

Pour un événement d'un univers fini , on note la variable aléatoire définie sur par si et sinon. Le but de l'exercice est de calculer l'espérance d'une variable de comptage sans jamais déterminer sa loi.

  1. Déterminer la loi de et en déduire .

Partie A. Des indicatrices indépendantes. Un capteur de température effectue mesures, les mesures étant indépendantes les unes des autres. À chaque mesure, la valeur relevée dépasse le seuil d'alerte avec la probabilité . On note le nombre de mesures qui dépassent le seuil.

  1. Écrire comme une somme d'indicatrices et calculer sans utiliser la loi binomiale. Application : et .

  2. Contrôler le résultat en identifiant la loi de .

Partie B. Des indicatrices qui ne le sont pas. Soit . On range au hasard objets distincts, numérotés de à , dans cases numérotées de à , à raison d'un objet par case. On note le numéro de l'objet rangé dans la case : l'application est une bijection de dans lui-même, et l'on suppose que les rangements possibles sont équiprobables. On appelle montée tout indice tel que , et l'on note le nombre de montées.

  1. Montrer que, pour tout , la probabilité que soit une montée vaut , puis calculer .

  2. On suppose . Les événements « est une montée » et « est une montée » sont-ils indépendants ? Le calcul de la question 4 est-il pour autant en défaut ?

  3. Reprendre la question 4 lorsque l'on remplace le rangement par lancers indépendants d'un dé équilibré à six faces, une montée étant un indice tel que le lancer numéro donne un résultat strictement inférieur à celui du lancer numéro . Application : .

  4. Résumer la méthode en une phrase.

Exercice 20 ★★★★Le maximum et le minimum de trois dés

Variable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelleProbabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatrices

On lance trois dés équilibrés à six faces, discernables, les lancers étant indépendants. On note , , les trois résultats, puis

  1. Préciser l'univers retenu, son cardinal, et justifier que la probabilité uniforme convient.

  2. Calculer pour tout .

  3. En déduire la loi de , et vérifier que la somme des probabilités obtenues vaut .

  4. Calculer .

  5. Calculer pour tout , en déduire la loi de puis . Contrôler le résultat à l'aide d'une symétrie.

  6. Calculer . Les variables et sont-elles indépendantes ?

Exercice 21 ★★★★Le paradoxe des anniversaires

Probabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementExpérience aléatoire, univers fini, événements, systèmes complets d'événementsProbabilité sur un univers fini, distribution, propriétés et calculs

Dans un amphithéâtre se trouvent personnes, numérotées de à . On néglige les années bissextiles : une date d'anniversaire est un élément de . On suppose que les dates sont équiprobables et que les dates des différentes personnes sont indépendantes. On note la probabilité qu'au moins deux personnes de l'amphithéâtre aient la même date d'anniversaire, et .

  1. Décrire l'univers et donner son cardinal. Que vaut lorsque ?

  2. Pour , exprimer à l'aide d'un arrangement, puis sous forme d'un produit de facteurs.

  3. On admet les valeurs numériques et . En déduire et arrondis au centième. Commenter.

  4. Montrer que la suite est décroissante.

  5. Démontrer que pour tout réel , puis en déduire la majoration

  1. En déduire, sans calculatrice, un entier à partir duquel . Que donne la majoration pour ?

  2. Variante. Une personne extérieure au groupe, dont la date d'anniversaire est fixée, se demande si quelqu'un dans l'amphithéâtre est né le même jour qu'elle. Calculer la probabilité de cet événement, la comparer à pour , et déterminer à partir de combien de personnes . Expliquer l'écart.

Exercice 22 ★★★★Markov et Bienaymé-Tchebychev : premières majorations

Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombresVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme

Un atelier assemble chaque jour cartes électroniques. Indépendamment les unes des autres, chaque carte nécessite une reprise avec la probabilité . On note le nombre de cartes à reprendre dans une journée, de sorte que .

  1. Donner , et .

  2. Majorer à l'aide de l'inégalité de Markov.

  3. Majorer à l'aide de l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Comparer les deux majorations et commenter, sachant qu'un calcul exact donne .

  4. Majorer .

  5. Question de méthode. Rappeler la démonstration de l'inégalité de Markov et expliquer où l'hypothèse intervient. Donner une variable aléatoire de signe quelconque pour laquelle la conclusion est fausse.

  6. Soit une variable aléatoire telle que , où est un réel, et soit . En appliquant l'inégalité de Markov à , établir une majoration de . Cette majoration s'améliore-t-elle quand augmente ? Que donne-t-elle pour la variable de l'énoncé ?

  7. Optimalité. Exhiber une variable aléatoire positive et un seuil pour lesquels l'inégalité de Markov est une égalité. Conclure.

Exercice 23 ★★★Le problème de Monty Hall

Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérésProbabilités conditionnelles, formule des probabilités composées

Un jeu télévisé propose trois portes numérotées , , . Une voiture a été placée au hasard derrière l'une d'elles, les deux autres portes ne cachant rien. Le candidat désigne une porte, qui reste fermée. Le présentateur, qui sait où est la voiture, ouvre alors une des deux autres portes, en respectant toujours la règle suivante : il n'ouvre jamais la porte désignée par le candidat, ni celle qui cache la voiture ; lorsque les deux portes qu'il peut ouvrir sont toutes deux perdantes, il en choisit une au hasard, avec la probabilité chacune. Il propose ensuite au candidat de conserver son choix initial ou de le changer pour la dernière porte fermée.

Pour , on note l'événement « la voiture est derrière la porte », et pour , l'événement « le présentateur ouvre la porte ». On suppose que le candidat a désigné la porte .

  1. Justifier que l'on peut supposer sans perte de généralité que le candidat désigne la porte . Préciser l'univers, la loi de la position de la voiture, et vérifier que est un système complet d'événements.

  2. Déterminer pour , puis calculer par la formule des probabilités totales.

  3. À l'aide de la formule de Bayes, calculer et . Conclure sur les deux stratégies : garder sa porte, ou changer.

  4. Retrouver la probabilité de gain de la stratégie « changer » par un raisonnement direct, sans conditionnement.

  5. Généralisation. Le jeu se joue maintenant avec portes, une seule voiture placée au hasard, le candidat désignant la porte . Le présentateur ouvre portes perdantes parmi les portes non désignées ; lorsqu'il a le choix, la porte non désignée qu'il laisse fermée est prise au hasard uniformément. On note le numéro de la porte restée fermée parmi . Calculer et pour , puis la probabilité de gagner en changeant. Vérifier le cas et commenter le cas .

  6. Variante. On revient à trois portes, mais le présentateur ne sait plus où est la voiture : il ouvre au hasard, avec la probabilité chacune, l'une des deux portes que le candidat n'a pas désignées. On observe qu'il a ouvert la porte et qu'elle est perdante. Calculer la probabilité que la voiture soit derrière la porte sachant cette observation. La réponse est-elle la même qu'à la question 3 ? Expliquer.

Exercice 24 ★★★Les points fixes d'une permutation aléatoire

Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme

À l'entrée d'un amphithéâtre, personnes déposent leur veste au vestiaire. À la sortie, l'employé a perdu tous les tickets et rend les vestes au hasard, une par personne. On note le numéro de la veste rendue à la personne : est une bijection de dans lui-même, et l'on suppose que les restitutions possibles sont équiprobables.

Pour , on note l'événement « la personne récupère sa propre veste », c'est-à-dire , et l'on note le nombre de personnes qui récupèrent leur veste.

  1. Préciser l'univers et son cardinal, puis calculer .

  2. Calculer pour . Les événements sont-ils indépendants ?

  3. Exprimer à l'aide des indicatrices et calculer . Commenter le résultat.

  4. Calculer puis pour . En déduire par la formule de la variance d'une somme.

  5. Justifier que compte les couples ordonnés de personnes ayant toutes deux récupéré leur veste, en déduire , et retrouver .

  6. Écrire la loi de pour et contrôler les résultats précédents.

Exercice 25 ★★★Un tirage simultané et la loi du nombre de boules blanches

Variable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelleProbabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatrices

Une urne contient boules indiscernables au toucher, dont sont blanches et sont noires, avec . On tire simultanément boules de l'urne, où , et l'on note le nombre de boules blanches obtenues.

  1. Décrire l'univers, donner son cardinal et justifier l'équiprobabilité. Montrer que
  1. Démontrer que, pour tout ,
  1. Démontrer l'identité de Vandermonde

la somme portant sur les entiers de , et en déduire que la loi obtenue à la question 2 est bien une loi de probabilité.

  1. Calculer par la méthode des indicatrices.

  2. Retrouver par le calcul direct, en utilisant l'identité valable pour .

  3. On effectue maintenant tirages avec remise et l'on note le nombre de boules blanches obtenues. Reconnaître la loi de , comparer et , puis expliquer pourquoi est moins dispersée que .

  4. Application numérique : , , . Écrire la loi de et vérifier l'espérance.

Exercice 26 ★★★Une covariance nulle sans indépendance

Variance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une sommeCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantes

Partie A. Soit une variable aléatoire suivant la loi uniforme sur et .

  1. Déterminer la loi de , puis dresser le tableau de la loi conjointe du couple et retrouver les deux lois marginales.

  2. Calculer .

  3. Les variables et sont-elles indépendantes ?

Partie B. Soit une variable aléatoire suivant la loi uniforme sur et .

  1. Montrer que et que et ne sont pas indépendantes.

  2. Généraliser : soient une variable aléatoire dont la loi est symétrique, au sens où et ont la même loi, et une fonction paire. Montrer que . Que dit ce résultat des deux exemples précédents ?

Partie C.

  1. Démontrer que si deux variables aléatoires sont indépendantes, alors leur covariance est nulle.

  2. Soient et deux variables de Bernoulli définies sur le même espace probabilisé fini. Démontrer que

  1. Résumer en une phrase ce que mesure exactement la covariance.

Exercice 27 ★★★La valeur la plus probable d'une loi binomiale

Lois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomiale

Soient et . On pose et l'on considère une variable aléatoire . Pour , on note . On cherche la ou les valeurs de pour lesquelles est maximal : c'est le mode de la loi.

  1. Justifier que pour tout , puis montrer que, pour tout ,
  1. Montrer que la suite est décroissante.

  2. Montrer que, pour ,

l'égalité ayant lieu si et seulement si .

  1. En déduire que la suite croît puis décroît, et que son maximum est atteint en . Préciser ce qui se passe lorsque est un entier.

  2. Application : déterminer le mode pour et , puis pour et .

  3. Comparer le mode et l'espérance : montrer que , et préciser le cas où est entier.

Exercice 28 ★★★La somme de deux binomiales indépendantes

Couples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantesLois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomiale

Un atelier possède deux machines. La première fabrique pièces dans la journée, la seconde en fabrique . Chaque pièce, quelle que soit la machine dont elle sort, est défectueuse avec la même probabilité , indépendamment de toutes les autres. On note le nombre de pièces défectueuses sorties de la première machine et celui de la seconde, de sorte que , , et que et sont indépendantes.

L'objectif est de démontrer de deux manières que .

  1. Identité de Vandermonde. Démontrer que pour tous entiers et tout ,

avec la convention dès que . On en donnera deux preuves : un double dénombrement, puis une identification des coefficients dans .

  1. Par le calcul. Déterminer la loi de en décomposant sur le système complet d'événements , puis conclure à l'aide de la question 1.

  2. Par le modèle. Retrouver le résultat en écrivant et comme des sommes d'indicatrices indépendantes. On justifiera précisément pourquoi il est légitime de raisonner sur un modèle particulier.

  3. Contrôler le résultat à la main pour , et , en calculant de deux façons.

  4. Le paramètre commun est indispensable. On suppose maintenant , avec et indépendantes, où et appartiennent à et . Déterminer la loi de , puis démontrer qu'elle n'est binomiale pour aucun choix de paramètres. Illustrer avec et .

Exercice 29 ★★★L'espérance par la formule de la queue

Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelle

Soit une variable aléatoire définie sur un univers fini et à valeurs dans .

  1. Démontrer la formule de la queue :

On décrira précisément le domaine de la somme double avant d'intervertir les deux sommations.

  1. On lance trois dés équilibrés à six faces et l'on note le plus grand des trois résultats. Déterminer pour , puis pour , et en déduire . Contrôler le résultat en déterminant la loi de et en calculant l'espérance par la définition.

  2. Un capteur de tension enregistre chaque nuit un nombre de micro-coupures, à valeurs dans , dont la fonction de répartition est donnée par

Vérifier qu'il s'agit bien de la fonction de répartition d'une variable à valeurs dans , puis calculer par la formule de la queue. Contrôler en déterminant la loi de .

  1. Démontrer la variante

L'appliquer à la variable de la question 2 pour obtenir , puis et .

  1. Dans quelles situations la formule de la queue est-elle plus rapide que le calcul de par la définition ?

Exercice 30 ★★★Une marche aléatoire à deux états

Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérésVariable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelle

Un capteur autonome est, à chaque instant d'observation, dans l'un des deux états suivants : actif (état ) ou en veille (état ). On l'observe aux étapes , où est un entier fixé. Son évolution obéit à la règle suivante, identique à chaque étape :

  • s'il est actif à l'étape , il est encore actif à l'étape avec la probabilité ;
  • s'il est en veille à l'étape , il devient actif à l'étape avec la probabilité .

Les réels et appartiennent à . On note l'événement « le capteur est actif à l'étape », , et .

  1. Préciser l'univers et traduire l'énoncé en termes de probabilités conditionnelles. Établir, pour tout , la relation .

  2. Résoudre cette récurrence : déterminer son unique point fixe , montrer que est géométrique, et en déduire une expression explicite de en fonction de et de .

  3. Étudier la limite de et l'interpréter. Donner la loi de , son espérance, sa variance, et leurs limites.

  4. Application numérique. On prend , , et le capteur est actif au départ (). Calculer , et , déterminer la plus petite étape à partir de laquelle , puis calculer la probabilité que le capteur ait été actif à l'étape sachant qu'il l'est à l'étape .

  5. On pose et . Écrire une matrice de taille telle que , et en déduire en fonction de , et .

  6. Conjecturer l'expression de à partir de la question 2, la démontrer par récurrence sans aucune réduction de matrice, puis retrouver le résultat de la question 2 et interpréter la limite de .

Exercice 31 ★★★Un sondage, la loi faible des grands nombres et la taille de l'échantillon

Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombresVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une sommeCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantes

Une commune de habitants veut connaître la proportion d'habitants favorables à un projet de piste cyclable. On interroge habitants tirés au hasard, indépendamment les uns des autres, et l'on note si le -ième répond « favorable », sinon. Les variables sont donc indépendantes, de même loi . On pose

  1. Donner la loi de , puis calculer et . On précisera où sert l'hypothèse d'indépendance.

  2. Démontrer que pour tout ,

Commenter : que dit cette inégalité quand grandit, étant fixé ?

  1. Démontrer que pour tout , et en déduire une majoration qui ne dépend plus de .

  2. Combien d'habitants faut-il interroger pour garantir, quelle que soit la valeur inconnue de , que approche à points près (soit ) avec une probabilité d'au moins ?

  3. Que vaut la majoration de la question 3 pour ? À partir de quelle valeur de devient-elle informative ? Commenter enfin le fait que la taille d'échantillon obtenue à la question 4 ne dépend pas du nombre d'habitants de la commune.

  4. Un premier sondage grossier indique que . Que devient la majoration, et quelle taille d'échantillon suffit alors pour la même précision et la même garantie ?

Exercice 32 ★★★★La variance minimise l'écart quadratique moyen

Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme

Soient et deux variables aléatoires réelles définies sur un même univers fini . On cherche à approcher le mieux possible, au sens de l'écart quadratique moyen , d'abord par une constante, puis par une fonction affine de .

Partie A : la meilleure constante.

  1. Pour , on pose . Montrer que est une fonction polynomiale du second degré en et l'écrire sous la forme

En déduire le minimum de sur , le point où il est atteint, et interpréter.

Partie B : la meilleure fonction affine de . On suppose désormais et l'on pose, pour ,

  1. Soit fixé. À l'aide de la partie A, déterminer la valeur de qui minimise et montrer que ce minimum vaut .

  2. Développer à l'aide de , et , puis minimiser en . En déduire que atteint son minimum en

et calculer la valeur de ce minimum.

  1. On suppose de plus et l'on pose . Montrer que le minimum de vaut , en déduire , puis interpréter les deux cas extrêmes et .

  2. Application. Sur une chaîne de fabrication, deux postes de contrôle examinent chaque lot. On note le nombre de défauts relevés au poste 1 et le nombre de défauts relevés au poste 2 ; la loi conjointe du couple est donnée par le tableau suivant.

Déterminer la meilleure approximation affine de par , l'écart quadratique moyen correspondant, et le comparer à celui de la meilleure constante.

  1. Que devient l'étude si ?

Exercice 33 ★★★★Jamais deux piles consécutifs

Probabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementVariable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelleEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatrices

On lance fois de suite une pièce équilibrée () et l'on note le résultat de chaque lancer. On s'intéresse à l'événement : « la suite obtenue ne contient jamais deux piles consécutifs ». On note sa probabilité, et le nombre de suites de résultats qui le réalisent.

  1. Préciser l'univers et la probabilité utilisés. Calculer , et en énumérant, puis démontrer que pour , en discutant selon le dernier lancer. En déduire les valeurs de jusqu'à , puis et sous forme de fractions irréductibles.

  2. Résoudre la récurrence pour obtenir l'expression explicite de . En déduire un équivalent de et décrire la vitesse à laquelle devient improbable.

  3. Soit le nombre d'indices tels que les lancers numéros et donnent tous deux pile. Écrire comme une somme d'indicatrices et calculer .

  4. Calculer . On prendra garde au fait que deux indicatrices d'indices voisins ne sont pas indépendantes.

  5. Quel lien y a-t-il entre l'événement et la variable ? Vérifier la cohérence de tous les résultats précédents dans le cas , en écrivant la loi complète de .

  6. Application numérique pour : donner , et , puis commenter.

Exercice 34 ★★★★Cauchy-Schwarz, corrélation et cas d'égalité

Variance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une sommeCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantes

Soient et deux variables aléatoires réelles définies sur un même univers fini . Pour , on pose

  1. Montrer que est une fonction polynomiale de degré au plus en , dont on exprimera les coefficients à l'aide de , et , et qu'elle est positive ou nulle sur .

  2. Démontrer le lemme suivant : une variable aléatoire définie sur vérifie si et seulement si est presque sûrement constante, c'est-à-dire .

  3. En discutant selon la nullité de et en utilisant le discriminant de , démontrer l'inégalité de Cauchy-Schwarz :

  1. Cas d'égalité. On suppose . Montrer que le discriminant de est nul si et seulement s'il existe tel que , et en déduire que l'égalité a lieu si et seulement s'il existe deux réels et tels que presque sûrement. Démontrer aussi la réciproque.

  2. On suppose et et l'on pose . Montrer que , puis calculer lorsque avec . Traiter les deux exemples (conversion d'une température de degrés Celsius en degrés Fahrenheit) et (note de qualité d'un lot en fonction du nombre de pièces défectueuses).

  3. Application. Dans un atelier, on note si la machine a été révisée le matin, sinon, et le nombre de pièces défectueuses du lot produit. La loi conjointe est donnée par le tableau suivant.

Calculer et , interpréter le signe obtenu, et dire si et sont indépendantes.

Exercice 35 ★★★★Les records d'une permutation aléatoire

Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme

Un jury reçoit candidatures, dont les notes sont deux à deux distinctes ; quitte à les renuméroter, on suppose que ces notes sont les entiers de à . Les dossiers sont examinés dans un ordre tiré au hasard : le rangement obtenu est la liste des notes, dans laquelle chaque entier de figure exactement une fois. On dit qu'il y a un record en position lorsque

c'est-à-dire lorsque le -ième dossier est meilleur que tous ceux qui le précèdent (la position est donc toujours un record). On note cet événement, le nombre total de records, et

  1. Préciser l'univers et la probabilité. Sur l'exemple et , repérer les records et donner . Quelles sont les valeurs extrêmes possibles de , et avec quelles probabilités ?

  2. Démontrer, par dénombrement, que pour tout on a . On énoncera le résultat sous une forme réutilisable : parmi les rangements de valeurs distinctes, exactement placent en position le plus grand des premiers.

  3. En déduire , puis un équivalent de quand tend vers l'infini, en encadrant par comparaison entre une somme et une intégrale.

  4. Soient . Calculer et en déduire que les événements et sont indépendants. (On admettra que la famille est même mutuellement indépendante, ce que le même dénombrement, itéré, permettrait d'établir.)

  5. En déduire que

Quelle hypothèse d'indépendance est réellement nécessaire ici ?

  1. Vérifier les formules obtenues dans le cas en énumérant les six rangements. Donner ensuite les valeurs numériques de , et pour , puis commenter la croissance de avec .

Exercice 36 ★★★★Une inégalité de concentration exponentielle

Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombresLois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomialeCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantes

Soient des variables aléatoires indépendantes, de même loi avec , définies sur un univers fini , et . L'objectif est de majorer bien plus finement que ne le fait l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, en appliquant l'inégalité de Markov non pas à , mais à .

  1. Rappeler la loi de , son espérance et sa variance. Pour fixé, justifier que est une variable aléatoire positive définie sur et préciser l'ensemble de ses valeurs.

  2. Démontrer que pour tout ,

On donnera deux preuves : l'une utilisant l'indépendance, l'autre utilisant directement la loi de et la formule du binôme.

  1. En appliquant l'inégalité de Markov à , démontrer que pour tout réel et tout ,

Montrer que cette majoration n'apporte d'information que si .

  1. On prend , et : on lance fois une pièce équilibrée et l'on veut majorer la probabilité d'obtenir au moins piles. Étudier la fonction sur , déterminer son minimum et en déduire une majoration numérique de .

  2. Majorer la même probabilité par l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev et comparer.

  3. Reprendre la comparaison avec et pour quelconque, et conclure sur l'intérêt de la méthode.

Le devoir surveillé

Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).

Exercice 1 (3 points) — Six questions indépendantes

Les six questions de cet exercice sont indépendantes les unes des autres. Chaque réponse doit être justifiée : un résultat sans justification ne rapporte aucun point.

1. (0,5 pt) On lance deux dés équilibrés à six faces, discernables et indépendants, et l'on note la somme des deux numéros obtenus. Calculer la probabilité de l'événement sachant que le premier dé a donné un numéro pair. Comparer avec et conclure quant à l'indépendance des deux événements en jeu.

2. (0,5 pt) On choisit au hasard un entier dans , tous les entiers ayant la même probabilité d'être choisis. On note l'événement « est pair » et l'événement « est un multiple de ». Les événements et sont-ils indépendants ?

3. (0,5 pt) Un questionnaire comporte questions ; chacune propose réponses dont une seule est exacte. Un candidat répond à toutes les questions au hasard, indépendamment d'une question à l'autre. On note le nombre de réponses exactes. Reconnaître la loi de , donner et , puis calculer la probabilité que le candidat donne au moins une réponse exacte.

4. (0,5 pt) Une variable aléatoire vérifie et

Calculer , , puis .

5. (0,5 pt) Vrai ou faux, en justifiant : « deux événements incompatibles sont indépendants ». On précisera le seul cas où deux événements incompatibles peuvent être indépendants.

6. (0,5 pt) Soit une variable aléatoire suivant la loi uniforme sur et . Calculer , puis démontrer que et ne sont pas indépendantes. Que peut-on en conclure sur la réciproque du théorème « deux variables indépendantes sont décorrélées » ?

Exercice 2 (4 points) — Deux lignes d'usinage et un test de contrôle imparfait

Un atelier usine des pièces sur deux lignes. La ligne fournit les trois quarts de la production et la ligne le quart restant. Une pièce issue de la ligne est défectueuse avec la probabilité ; une pièce issue de la ligne est défectueuse avec la probabilité .

On prélève au hasard une pièce dans la production d'une journée, toutes les pièces ayant la même probabilité d'être prélevées. On note et les événements « la pièce provient de la ligne », respectivement « de la ligne », et l'événement « la pièce est défectueuse ».

Avant expédition, chaque pièce subit un test automatique. Ce test est imparfait :

  • si la pièce est défectueuse, le test la déclare défectueuse avec la probabilité (il reste donc de faux négatifs) ;
  • si la pièce n'est pas défectueuse, le test la déclare tout de même défectueuse avec la probabilité (faux positifs).

On note l'événement « le test déclare la pièce défectueuse ». Une pièce dont le test est négatif est expédiée au client ; une pièce dont le test est positif est écartée.

1. (0,5 pt) Justifier que est un système complet d'événements, traduire l'énoncé en termes de probabilités, puis calculer .

2. (0,5 pt) La pièce prélevée est défectueuse. Calculer la probabilité qu'elle provienne de la ligne et commenter le résultat.

3. (0,75 pt) Calculer .

4. (0,75 pt) Une pièce est expédiée, c'est-à-dire déclarée bonne par le test. Quelle est la probabilité qu'elle soit effectivement conforme ? Calculer par ailleurs et commenter la valeur obtenue.

5. (1 pt) L'atelier envisage une seconde stratégie : faire subir à chaque pièce deux tests, et n'expédier que les pièces dont les deux tests sont négatifs. On note et les résultats des deux tests, et l'on admet que, l'état de la pièce étant connu, les deux tests sont indépendants, c'est-à-dire que

les mêmes égalités valant pour les événements contraires et . Calculer, pour la seconde stratégie, la probabilité qu'une pièce expédiée soit défectueuse, et comparer avec la première stratégie. Discuter brièvement l'hypothèse d'indépendance admise.

6. (0,5 pt) Sur un lot de pièces produites, on note le nombre de pièces défectueuses expédiées au client et le nombre de pièces conformes écartées à tort. Calculer et pour chacune des deux stratégies, et conclure.

Exercice 3 (4 points) — Tirage sans remise : loi complète, indicatrices et variance

Un présentoir de travaux pratiques porte flacons d'aspect identique : contiennent une solution acide, les autres une solution basique. Un binôme y prélève simultanément flacons au hasard, tous les prélèvements de flacons ayant la même probabilité. On note le nombre de flacons acides prélevés.

1. (0,5 pt) Préciser l'univers retenu et son cardinal, justifier l'équiprobabilité, puis déterminer en justifiant soigneusement les deux bornes.

2. (0,75 pt) Déterminer la loi de et la présenter dans un tableau.

3. (0,5 pt) Vérifier que la somme des probabilités obtenues vaut . Démontrer que cette égalité n'est pas un hasard de calcul, en l'interprétant comme un dénombrement de effectué de deux façons.

4. (0,75 pt) Numérotons de à les flacons acides et, pour , notons l'événement « le flacon acide numéro est prélevé ». Exprimer à l'aide des indicatrices des , calculer et en déduire .

5. (0,5 pt) Retrouver par le calcul direct à partir de la loi obtenue à la question 2.

6. (0,5 pt) Calculer et .

7. (0,5 pt) Pour , calculer , interpréter son signe, puis retrouver par la formule de la variance d'une somme.

Exercice 4 (4 points) — Couple de compteurs sur deux fenêtres qui se chevauchent

Une station mesure chaque jour la concentration d'un polluant. Pour , on note l'événement « le seuil réglementaire est dépassé le jour ». On suppose que les événements , et sont mutuellement indépendants et ont tous la même probabilité .

L'exploitant publie deux bilans sur des fenêtres de deux jours qui se chevauchent : le nombre de dépassements des jours et , et le nombre de dépassements des jours et . On pose donc

1. (0,5 pt) Donner et , puis reconnaître les lois marginales de et de . En déduire , , et .

2. (1 pt) Déterminer la loi conjointe du couple et la présenter dans un tableau. Vérifier que la somme de toutes les valeurs vaut et que les sommes par ligne et par colonne redonnent les lois marginales de la question 1.

3. (0,5 pt) Les variables et sont-elles indépendantes ? Qu'en serait-il si les deux fenêtres ne se chevauchaient pas ?

4. (0,75 pt) Calculer par la formule de transfert, puis . Retrouver en développant le produit et en utilisant la linéarité de l'espérance. Interpréter le signe de la covariance.

5. (0,75 pt) On pose . Déterminer la loi de , puis calculer et de deux façons. La variable suit-elle une loi binomiale ?

6. (0,5 pt) Déterminer la loi conditionnelle de sachant , et retrouver ce résultat par un raisonnement direct sur les événements .

Exercice 5 (5 points) — Un parc de bornes : suite récurrente et loi des grands nombres

Partie A — Évolution d'une borne

Un opérateur exploite des bornes de recharge pour véhicules électriques. Chaque matin, une borne donnée est dans l'un des deux états suivants : disponible ou en maintenance. Le jour de son installation, appelé jour , la borne est disponible. L'évolution est modélisée par les deux règles suivantes, valables pour tout entier :

  • si la borne est disponible le matin du jour , elle est encore disponible le matin du jour avec la probabilité ;
  • si la borne est en maintenance le matin du jour , elle est disponible le matin du jour avec la probabilité .

Pour , on note l'événement « la borne est disponible le matin du jour » et ; ainsi . Pour chaque entier fixé, on travaille sur l'univers fini décrivant la suite des états des jours à .

On admet de plus que l'état du lendemain ne dépend du passé qu'à travers l'état du jour même, au sens suivant : pour tout événement de probabilité non nulle ne portant que sur les états des jours à et impliquant , on a ; et si implique , alors .

1. (0,5 pt) Justifier que est un système complet d'événements pour tout tel que , et calculer et .

2. (0,5 pt) Calculer, en fonction de , la probabilité que la borne soit disponible tous les matins des jours à .

3. (0,5 pt) Démontrer que, pour tout entier , .

4. (0,5 pt) En déduire l'expression de en fonction de . Étudier la monotonie de la suite et déterminer sa limite.

5. (0,5 pt) Déterminer le plus petit entier tel que . Reprendre la question pour une borne installée en maintenance (c'est-à-dire avec , toutes les autres hypothèses étant inchangées) et commenter le rôle de l'état initial.

Partie B — Estimation sur un parc de bornes

L'opérateur possède un grand parc de bornes installées le même jour, dont les états évoluent indépendamment les uns des autres suivant le modèle de la partie A. Il souhaite connaître la probabilité qu'une borne soit disponible le matin du jour , sans faire confiance a priori au modèle : il observe donc bornes du parc, choisies de sorte que leurs états soient indépendants, et pose si la -ième borne observée est disponible ce matin-là, sinon. On note

6. (0,5 pt) Reconnaître la loi de , puis celle de . Donner et .

7. (0,5 pt) Calculer et , et commenter le comportement de la variance quand augmente.

8. (0,75 pt) Démontrer que, pour tout réel ,

En déduire le nombre de bornes à observer pour que la fréquence s'écarte de de moins de avec un risque d'erreur d'au plus .

9. (0,75 pt) On accepte maintenant le modèle de la partie A. Démontrer que , en déduire une majoration de meilleure que , puis le nombre de bornes suffisant sous les mêmes exigences qu'à la question 8. Interpréter enfin le résultat de la question 8. en termes de fréquences observées.

Bloqué sur « Probabilités » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.