PCSI · Chapitre 14 · Second semestre
Probabilités
Univers fini, conditionnement, formule de Bayes, lois usuelles, indépendance, espérance, variance, inégalité de Bienaymé-Tchebychev.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Univers fini
- Conditionnement
- Formule de Bayes
- Lois usuelles
- Indépendance
- Espérance
- Variance
- Inégalité de Bienaymé-Tchebychev
Le cours
Introduction
Au lycée, une probabilité s'est longtemps ramenée à une proportion : on comptait des cas favorables, on divisait par des cas possibles, et l'on obtenait un nombre. Ce chapitre conserve entièrement ce savoir-faire, mais il en change le statut. Ce qui était une recette devient ici une conséquence d'une définition : nous appellerons probabilité une application définie sur l'ensemble des parties d'un ensemble fini, à valeurs dans [0,1], valant 1 sur l'ensemble tout entier et additive sur les parties disjointes. Trois lignes d'axiomes, et tout le reste s'en déduit, y compris la formule de Bayes et la loi des grands nombres. Le premier bénéfice de cette formalisation est la disparition des raisonnements flous : une phrase française comme « au moins deux capteurs sur cinq tombent en panne » devient une partie explicite de l'univers, sur laquelle on peut calculer sans jamais se demander si l'on a bien compris l'énoncé.
Le cadre est strictement fini, et c'est un choix assumé qui gouverne le chapitre entier. L'univers Ω, c'est-à-dire l'ensemble des résultats possibles de l'expérience, est un ensemble fini non vide, et toutes les sommes que nous écrirons seront des sommes finies, donc calculables sans le moindre théorème de convergence. Le prix à payer est réel et doit être annoncé : nous ne modéliserons pas « je répète l'essai jusqu'au premier succès » sans borne sur le nombre d'essais, ni aucune grandeur continue comme une durée ou une température. Ces situations sont hors de portée des outils de première année, et elles seront reprises plus tard.
La rupture décisive intervient au milieu du chapitre, avec les variables aléatoires. Tant que l'on manipule des événements, on manipule des parties de Ω, objets ensemblistes lourds à décrire et sur lesquels on ne sait presque rien faire : on peut les réunir, les intersecter, les complémenter, c'est tout. Une variable aléatoire est simplement une application définie sur Ω, mais lorsqu'elle est à valeurs réelles, elle transporte l'expérience dans un monde où l'on sait additionner, multiplier, comparer, majorer. Le gain d'un joueur, le nombre de pièces défectueuses d'un lot, la somme de deux dés : ce sont des nombres, et l'algèbre des nombres devient disponible. Cette algèbre culmine dans une propriété d'apparence anodine, la linéarité de l'espérance, qui vaut sans aucune hypothèse d'indépendance et qui fournit l'outil le plus rentable du chapitre, la méthode des indicatrices.
Le chapitre s'achève sur deux inégalités, celle de Markov et celle de Bienaymé-Tchebychev, et sur la loi faible des grands nombres énoncée sous forme non asymptotique : pour n variables indépendantes de même loi, la probabilité que la moyenne observée s'écarte de plus de ε de l'espérance commune est majorée par nε2σ2. Cette majoration explicite est le point d'arrivée naturel de tout ce qui précède, car elle justifie enfin, en tant que théorème et non en tant qu'intuition, la phrase que chacun répète depuis le collège : sur un grand nombre de répétitions, la fréquence observée d'un événement s'approche de sa probabilité. Elle permet même de répondre à une question d'ingénieur, « combien de mesures faut-il pour garantir telle précision avec tel risque ? », et c'est par ce calcul que nous terminerons.
Univers fini, événements
Expérience aléatoire, univers, issues
Définition
On appelle expérience aléatoire une expérience dont on connaît à l'avance l'ensemble des résultats possibles, mais dont on ne peut pas prédire avec certitude lequel se produira.
L'ensemble de ses résultats possibles s'appelle l'univers de l'expérience et se note Ω. Dans tout ce chapitre, Ω est un ensemble fini et non vide. Ses éléments, notés ω, s'appellent les issues, ou résultats élémentaires.
Exemple
Quelques univers, écrits explicitement.
Un lancer de dé à six faces : Ω=[[1,6]], de cardinal 6.
Un lancer de pièce suivi d'un lancer de dé : Ω={P,F}×[[1,6]], de cardinal 2×6=12. Une issue est un couple, par exemple ω=(F,3).
Le contrôle de trois composants sortis d'une chaîne de production, chacun étant déclaré conforme ou défectueux : Ω={c,d}3, de cardinal 23=8.
Écrire Ω n'est jamais une formalité. C'est le premier acte de la modélisation, celui qui détermine tous les calculs suivants, et une bonne partie des erreurs de ce chapitre viennent d'un univers mal choisi ou, pire, changé en cours de route sans qu'on s'en aperçoive.
Événements et vocabulaire ensembliste
Définition
Soit Ω un univers fini. On appelle événement toute partie A de Ω, c'est-à-dire tout élément de P(Ω). On dit que l'issue ω réalise l'événement A lorsque ω∈A.
Un événement élémentaire est un événement réduit à un singleton {ω}. L'événement Ω est dit certain, l'événement ∅ est dit impossible.
Tout le vocabulaire probabiliste est une traduction du vocabulaire ensembliste, et savoir passer instantanément d'une langue à l'autre est la compétence de base du chapitre : c'est ce passage qui transforme une phrase rédigée en français en un calcul.
| Écriture ensembliste | Traduction probabiliste |
|---|---|
| ω∈Ω | une issue, un résultat possible de l'expérience |
| A⊂Ω | un événement |
| {ω} | l'événement élémentaire « le résultat est ω » |
| Ω | l'événement certain |
| ∅ | l'événement impossible |
| ω∈A | l'issue ω réalise A |
| A∩B | « A et B » : les deux sont réalisés |
| A∪B | « A ou B » : l'un au moins est réalisé |
| A | événement contraire : « A n'est pas réalisé » |
| A∩B=∅ | A et B sont incompatibles |
| A⊂B | la réalisation de A entraîne celle de B |
| B∖A=B∩A | « B est réalisé mais pas A » |
| i=1⋃nAi | « l'un au moins des Ai est réalisé » |
| i=1⋂nAi | « tous les Ai sont réalisés » |
| i=1⋃nAi=i=1⋂nAi | « aucun des Ai n'est réalisé » |
Les deux dernières lignes sont les lois de De Morgan, et elles seront utilisées constamment : la traduction de « aucun » est une intersection de contraires, celle de « au moins un » est le contraire de cette intersection. C'est déjà, en germe, la technique du passage au complémentaire.
Événements incompatibles, systèmes complets
Définition
Deux événements A et B sont dits incompatibles (ou disjoints) lorsque A∩B=∅ : aucune issue ne les réalise simultanément.
Une famille (Ai)1⩽i⩽n d'événements est dite deux à deux incompatible lorsque Ai∩Aj=∅ pour tous i=j dans [[1,n]].
Définition
Une famille (Ai)1⩽i⩽n d'événements est un système complet d'événements lorsque :
- les Ai sont deux à deux incompatibles : Ai∩Aj=∅ pour tous i=j ;
- leur réunion est l'univers tout entier : i=1⋃nAi=Ω.
Autrement dit, quelle que soit l'issue de l'expérience, un et un seul des Ai est réalisé.
Exemple
Trois systèmes complets à avoir en tête en permanence.
Pour tout événement A, la famille (A,A) est un système complet à deux éléments : les deux événements sont incompatibles et leur réunion est Ω. C'est le plus utilisé de tous, et c'est lui qui autorise à « discuter selon que A est réalisé ou non ».
La famille de tous les événements élémentaires ({ω})ω∈Ω est un système complet, car toute issue appartient à un unique singleton.
On tire une pièce dans un lot produit par trois machines M1, M2, M3. En notant Ai l'événement « la pièce vient de la machine Mi », la famille (A1,A2,A3) est un système complet : la pièce vient d'une machine et d'une seule.
La convention retenue ici est la plus souple : on n'exige pas des Ai qu'ils soient non vides, un événement vide ne contribuant jamais que pour 0 dans les formules. En revanche, dès qu'un conditionnement interviendra, il faudra exiger P(Ai)>0, et cette hypothèse sera alors écrite explicitement.
Choisir son univers : trois protocoles de tirage
Une même urne donne trois univers différents selon le protocole de tirage, et c'est ce choix, fait au début et tenu jusqu'au bout, qui rend un calcul juste ou faux. Considérons une urne contenant 8 boules numérotées de 1 à 8, dont on extrait 3 boules.
Exemple
Tirages successifs avec remise. On tire une boule, on note son numéro, on la remet, et on recommence trois fois. Un résultat est un triplet ordonné de numéros pouvant se répéter, donc
Ω1=[[1,8]]3,card(Ω1)=83=512.Tirages successifs sans remise. On tire trois boules l'une après l'autre sans jamais remettre. Un résultat est un triplet ordonné de numéros deux à deux distincts, donc
Ω2={(a,b,c)∈[[1,8]]3;a,b,c deux aˋ deux distincts},card(Ω2)=8×7×6=336.Tirage simultané. On plonge la main et on prend trois boules d'un coup. L'ordre n'a plus de sens, un résultat est une partie à trois éléments :
Ω3={A⊂[[1,8]];card(A)=3},card(Ω3)=(38)=56.Les deux derniers protocoles décrivent la même situation physique vue de deux façons : card(Ω2)=336=6×56, car chaque partie à trois éléments correspond exactement aux 3!=6 triplets ordonnés que l'on peut former avec ses éléments. On pourra donc, pour un tirage sans remise, choisir librement le modèle ordonné ou le modèle non ordonné : les probabilités calculées seront les mêmes, à condition de ne pas mélanger les deux en cours de raisonnement. Le modèle ordonné est plus commode dès qu'on veut parler du « premier tiré », le modèle non ordonné est plus court quand seule la composition finale compte.
Espaces probabilisés finis
Définition d'une probabilité
Définition
Soit Ω un univers fini non vide. On appelle probabilité sur Ω toute application
P:P(Ω)⟶[0,1]vérifiant les deux conditions suivantes :
- P(Ω)=1 ;
- pour tous événements A et B incompatibles, P(A∪B)=P(A)+P(B).
Le couple (Ω,P) s'appelle alors un espace probabilisé fini.
Propriété
Soit (Ω,P) un espace probabilisé fini et soit (Ai)1⩽i⩽n une famille d'événements deux à deux incompatibles. Alors
P(i=1⋃nAi)=i=1∑nP(Ai).En particulier, si (Ai)1⩽i⩽n est un système complet d'événements, alors i=1∑nP(Ai)=1.
Démonstration. Par récurrence sur n⩾1. Pour n=1 l'égalité est immédiate, et pour n=2 c'est exactement l'axiome d'additivité.
Soit n⩾2. Supposons la propriété vraie pour toute famille de n événements deux à deux incompatibles, et soit (A1,…,An+1) une famille de n+1 tels événements. Posons B=⋃i=1nAi. Les événements B et An+1 sont incompatibles : si une issue ω appartenait à B∩An+1, elle appartiendrait à un certain Ai avec i⩽n et à An+1, donc à Ai∩An+1=∅, ce qui est absurde. L'axiome d'additivité donne alors
P(i=1⋃n+1Ai)=P(B∪An+1)=P(B)+P(An+1),et l'hypothèse de récurrence appliquée à (A1,…,An) donne P(B)=∑i=1nP(Ai), d'où le résultat au rang n+1.
Enfin, si la famille est un système complet, sa réunion vaut Ω et la somme des P(Ai) vaut P(Ω)=1. □
Une probabilité est déterminée par la distribution des singletons
Définition
Soit Ω={ω1,…,ωN} un univers fini et P une probabilité sur Ω. La famille (P({ω}))ω∈Ω s'appelle la distribution de probabilités associée à P.
Propriété
Soit Ω={ω1,…,ωN} un univers fini.
- Si P est une probabilité sur Ω, alors pour tout événement A,
avec la convention que la somme vide vaut 0. 2. Réciproquement, si (p1,…,pN) est une famille de réels positifs de somme 1, il existe une unique probabilité P sur Ω telle que P({ωi})=pi pour tout i∈[[1,N]].
Démonstration. Point 1. Si A=∅, les deux membres sont nuls, car P(∅)=0 (démontré ci-dessous, et la démonstration n'utilise pas ce point). Sinon, écrivons A={ωi1,…,ωir} avec des issues deux à deux distinctes. Alors A=⋃k=1r{ωik}, et ces r singletons sont deux à deux incompatibles puisque deux singletons distincts sont disjoints. L'additivité finie établie plus haut donne exactement
P(A)=k=1∑rP({ωik})=ω∈A∑P({ω}).Point 2, unicité. Si P et P′ sont deux probabilités qui coïncident sur les singletons, alors pour tout événement A, le point 1 donne
P(A)=ω∈A∑P({ω})=ω∈A∑P′({ω})=P′(A),donc P=P′.
Point 2, existence. Définissons P sur P(Ω) par P(A)=∑i;ωi∈Api. Cette somme est finie à termes positifs, donc P(A)⩾0 ; et comme les termes omis sont eux aussi positifs, P(A)⩽∑i=1Npi=1. Ainsi P est bien à valeurs dans [0,1], et P(Ω)=∑i=1Npi=1. Vérifions l'additivité : soient A et B incompatibles, et notons I et J les ensembles des indices i tels que ωi∈A et ωi∈B respectivement. Comme A∩B=∅, les ensembles I et J sont disjoints, et l'ensemble des indices associés à A∪B est exactement I∪J. La somme sur I∪J se scinde donc :
P(A∪B)=i∈I∪J∑pi=i∈I∑pi+i∈J∑pi=P(A)+P(B).L'application P est donc une probabilité, et P({ωi})=pi par construction. □
Ce résultat est le mode d'emploi du chapitre : définir une probabilité, c'est répartir une masse totale égale à 1 sur les issues, rien d'autre. Face à un énoncé, le premier travail consiste à écrire Ω puis à donner les N nombres P({ω}), ou une règle qui les fournit ; tout le reste s'obtient ensuite par simple addition. Un même univers porte évidemment une infinité de probabilités : Ω dit ce qui peut arriver, P dit avec quel poids.
Exemple
Un dé pipé. Un dé à six faces est truqué de sorte que le 6 sorte une fois sur trois, les cinq autres faces restant équiprobables entre elles. On prend Ω=[[1,6]] et l'on cherche la distribution. Par hypothèse P({6})=31, et les cinq autres singletons ont une probabilité commune q. La somme des six valeurs vaut 1, donc
5q+31=1,d’ouˋq=51(1−31)=152.Vérification : 5×152+31=1510+155=1. La probabilité d'obtenir un résultat pair vaut alors
P({2,4,6})=152+152+31=154+155=159=53=0,6.Le truquage fait donc passer la probabilité d'un résultat pair de 0,5 à 0,6.
Propriétés de calcul
Propriété
Soit (Ω,P) un espace probabilisé fini et soient A et B deux événements. Alors :
- P(∅)=0 ;
- P(A)=1−P(A) ;
- P(A∖B)=P(A)−P(A∩B) ;
- si A⊂B, alors P(A)⩽P(B) (croissance) ;
- P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B) ;
- P(A∪B)⩽P(A)+P(B) (sous-additivité).
Démonstration. Point 1. Les événements Ω et ∅ sont incompatibles et leur réunion vaut Ω ; l'additivité donne P(Ω)=P(Ω)+P(∅), d'où P(∅)=0.
Point 2. Les événements A et A sont incompatibles et leur réunion est Ω, donc P(A)+P(A)=P(Ω)=1.
Point 3. Décomposons A selon que B est réalisé ou non :
A=(A∩B)∪(A∩B)=(A∩B)∪(A∖B).Ces deux événements sont incompatibles, le premier étant inclus dans B et le second dans B. L'additivité donne P(A)=P(A∩B)+P(A∖B), d'où le résultat.
Point 4. Si A⊂B, alors A∩B=A, et le point 3 appliqué à B∖A donne P(B∖A)=P(B)−P(A). Or P(B∖A)⩾0 puisque P est à valeurs dans [0,1], donc P(A)⩽P(B).
Point 5. Décomposons la réunion en A∪B=A∪(B∖A), réunion de deux événements incompatibles, le second étant inclus dans A. Donc P(A∪B)=P(A)+P(B∖A), et le point 3 permet de conclure :
P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B).Point 6. C'est le point 5 dont on retranche la quantité positive P(A∩B). □
Propriété
Soit (Ω,P) un espace probabilisé fini et soit (Ai)1⩽i⩽n une famille quelconque d'événements. Alors
P(i=1⋃nAi)⩽i=1∑nP(Ai).Démonstration. Par récurrence sur n⩾1. Pour n=1 c'est une égalité. Supposons l'inégalité vraie au rang n et posons B=⋃i=1nAi. La sous-additivité pour deux événements donne
P(i=1⋃n+1Ai)=P(B∪An+1)⩽P(B)+P(An+1)⩽i=1∑nP(Ai)+P(An+1)=i=1∑n+1P(Ai),la deuxième inégalité venant de l'hypothèse de récurrence. C'est l'inégalité au rang n+1. □
Exemple
Deux défauts sur une pièce. Une pièce sortant d'une chaîne peut présenter un défaut de soudure (événement S) et un défaut de marquage (événement M). Une étude donne P(S)=0,30, P(M)=0,20 et P(S∩M)=0,08. Alors :
P(S∪M)=0,30+0,20−0,08=0,42,donc 42 % des pièces présentent au moins un défaut, et P(S∪M)=1−0,42=0,58 des pièces sont parfaites. La probabilité qu'une pièce ait un défaut de soudure et pas de défaut de marquage vaut
P(S∖M)=P(S)−P(S∩M)=0,30−0,08=0,22.Enfin, la majoration brute P(S∪M)⩽0,30+0,20=0,50 est correcte mais grossière : elle compte deux fois les 8 % de pièces cumulant les deux défauts.
Réunion de trois événements ou plus : le crible est hors programme
Pour deux événements, la correction du double comptage est exacte, c'est le point 5 ci-dessus. Pour trois événements ou davantage, il existe une formule générale, dite formule du crible ou de Poincaré, qui alterne les sommes d'intersections. Elle est explicitement hors du programme de PCSI : vous ne devez ni l'écrire ni l'utiliser. Ce n'est pas une gêne, car toute situation où l'on serait tenté de l'invoquer se traite par l'un des trois procédés suivants.
Méthode
Calculer P(A1∪⋯∪An) sans crible.
1. Passage au complémentaire. C'est la parade principale. Par les lois de De Morgan,
P(i=1⋃nAi)=1−P(i=1⋂nAi),et l'intersection des contraires, qui traduit « aucun des Ai », est presque toujours plus facile à calculer, notamment sous une hypothèse d'indépendance. Retenir : « au moins un » se calcule par « aucun ».
2. Découpage en événements deux à deux incompatibles. On réécrit la réunion comme une réunion disjointe, par exemple en classant les issues selon le premier indice i pour lequel Ai est réalisé, puis on additionne.
3. Majoration. Si l'énoncé demande seulement de montrer qu'une probabilité est petite, la sous-additivité P(⋃Ai)⩽∑P(Ai) suffit souvent.
Exemple
Trois capteurs. Une machine est équipée de trois capteurs qui tombent en panne indépendamment les uns des autres, chacun avec probabilité 0,10 sur un mois. On cherche la probabilité p qu'au moins un capteur tombe en panne dans le mois. Notons Ai l'événement « le capteur i tombe en panne ». Le calcul direct de P(A1∪A2∪A3) exigerait le crible, interdit ici. On passe au complémentaire : l'événement contraire est A1∩A2∩A3, « aucun capteur ne tombe en panne », de probabilité 0,903=0,729 par indépendance. Donc
p=1−0,729=0,271.La majoration par sous-additivité aurait donné p⩽3×0,10=0,30, ce qui est exact mais moins précis.
Probabilité uniforme et dénombrement
Probabilité uniforme
Définition
Soit Ω un univers fini non vide de cardinal N. La probabilité uniforme sur Ω est l'unique probabilité dont la distribution est constante, c'est-à-dire telle que P({ω})=N1 pour toute issue ω. On dit alors qu'il y a équiprobabilité.
Propriété
Si P est la probabilité uniforme sur Ω, alors pour tout événement A,
P(A)=card(Ω)card(A),formule que l'on énonce : « nombre de cas favorables sur nombre de cas possibles ».
Démonstration. La distribution constante pω=N1 est admissible : ses termes sont positifs et leur somme vaut N×N1=1, donc la probabilité uniforme existe et est unique d'après le théorème de la section précédente. Pour tout événement A, ce même théorème donne
P(A)=ω∈A∑P({ω})=ω∈A∑N1=Ncard(A),puisque la somme comporte exactement card(A) termes tous égaux à N1. □
L'équiprobabilité est une hypothèse de modélisation, jamais une conséquence. Elle se justifie par la symétrie du dispositif (dé équilibré, pièce non truquée, cartes bien battues, individu choisi « au hasard ») et doit être écrite en rédaction. Attention surtout à ceci : l'équiprobabilité dépend du choix de Ω. Pour deux dés équilibrés, les 36 couples de [[1,6]]2 sont équiprobables, mais les 11 sommes possibles ne le sont pas du tout, puisque la somme 7 est réalisée par six couples et la somme 12 par un seul, d'où P(S=7)=366=61 et P(S=12)=361. Prendre pour univers l'ensemble des sommes en le supposant uniforme est l'erreur de modélisation la plus fréquente du chapitre.
Rappels de dénombrement
Le chapitre précédent fournit exactement les quatre cardinaux dont on a besoin. Soit E un ensemble de cardinal n et p un entier naturel.
Propriété
- Le nombre de p-listes d'éléments de E, c'est-à-dire card(Ep), vaut np.
- Pour p⩽n, le nombre de p-listes d'éléments deux à deux distincts de E (arrangements) vaut
- Le nombre de permutations de E, c'est-à-dire de n-listes d'éléments distincts, vaut n!.
- Pour 0⩽p⩽n, le nombre de parties à p éléments de E vaut (pn)=p!(n−p)!n!.
Le tableau suivant traduit chaque protocole d'expérience en objet à compter. C'est lui qu'il faut avoir en tête au moment de choisir l'univers.
| Protocole de tirage dans n objets | Objet mathématique | Cardinal |
|---|---|---|
| p tirages successifs avec remise | p-liste, élément de Ep | np |
| p tirages successifs sans remise | p-liste d'éléments distincts | (n−p)!n! |
| tirage simultané de p objets | partie à p éléments | (pn) |
| classement des n objets | permutation | n! |
| choix des positions de k succès parmi n essais | partie à k éléments de [[1,n]] | (kn) |
Méthode
Calculer une probabilité par dénombrement.
- Décrire l'univers Ω par une phrase précisant l'ordre : « l'ensemble des triplets ordonnés », « l'ensemble des parties à trois éléments ». Justifier l'équiprobabilité.
- Calculer card(Ω) avec le tableau ci-dessus.
- Décrire l'événement A comme un ensemble d'objets du même type que ceux de Ω, puis compter par étapes indépendantes (principe multiplicatif) ou par cas disjoints (principe additif).
- Conclure par P(A)=card(Ω)card(A), et contrôler que le résultat est bien dans [0,1].
Exemples entièrement traités
Exemple
Le même tirage compté de deux façons. Une urne contient 10 jetons indiscernables au toucher, dont 4 rouges et 6 verts. On en tire 3. Quelle est la probabilité p d'obtenir exactement 2 jetons rouges ?
Modèle simultané. On prend pour univers l'ensemble des parties à 3 éléments de l'urne, muni de la probabilité uniforme, ce qui est légitime car les jetons sont indiscernables et le tirage se fait au hasard. Alors
card(Ω)=(310)=3×2×110×9×8=120.Une partie favorable s'obtient en choisissant 2 rouges parmi 4, puis 1 vert parmi 6, soit
(24)(16)=6×6=36parties favorables,p=12036=103=0,3.Modèle successif sans remise. On prend cette fois pour univers l'ensemble des triplets ordonnés de jetons distincts, de cardinal 10×9×8=720. Pour former un triplet favorable, on choisit d'abord les deux positions occupées par les rouges parmi les trois, soit (23)=3 possibilités, puis les deux rouges dans l'ordre, soit 4×3=12 possibilités, puis le vert restant, soit 6 possibilités. Cela donne 3×12×6=216 triplets favorables, et
p=720216=103=0,3.Les deux modèles donnent bien le même nombre, ce qui est rassurant et attendu : ils décrivent la même expérience.
Exemple
Un code à quatre chiffres. Un digicode demande un code de 4 chiffres, chacun choisi au hasard et indépendamment dans [[0,9]]. Quelle est la probabilité que les quatre chiffres soient deux à deux distincts ?
L'univers est l'ensemble des 4-listes de chiffres, de cardinal 104=10000, muni de la probabilité uniforme. Les codes favorables sont les 4-listes d'éléments distincts, au nombre de 10×9×8×7=5040. Donc
P(quatre chiffres distincts)=100005040=12563=0,504.Par passage au complémentaire, la probabilité qu'au moins deux chiffres coïncident vaut 1−0,504=0,496, soit pratiquement une chance sur deux, ce qui surprend souvent.
Exemple
Cinq dés. On lance cinq dés équilibrés discernables. Quelle est la probabilité d'obtenir exactement deux 6 ?
L'univers naturel est Ω=[[1,6]]5, l'ensemble des 5-listes de résultats, de cardinal 65=7776, muni de la probabilité uniforme puisque les dés sont équilibrés. Pour construire une issue favorable, on choisit les deux positions des 6 parmi les cinq, soit (25)=10 possibilités, puis les trois autres résultats, chacun dans [[1,5]], soit 53=125 possibilités. Il y a donc 10×125=1250 issues favorables et
P(exactement deux 6)=77761250=3888625≈0,161.Ce calcul est en réalité celui d'une loi binomiale, que nous retrouverons plus loin sous la forme (25)(61)2(65)3.
Probabilités conditionnelles
Définition
Définition
Soient (Ω,P) un espace probabilisé fini et B un événement tel que P(B)>0. Pour tout événement A, on appelle probabilité conditionnelle de A sachant B le réel
PB(A)=P(A∣B)=P(B)P(A∩B).Les deux notations PB(A) et P(A∣B) désignent la même quantité ; nous utiliserons surtout la première, qui met en évidence le fait que PB est une nouvelle probabilité. L'idée est un changement d'univers : savoir que B est réalisé revient à décréter que les issues extérieures à B n'existent plus, donc à redistribuer la masse 1 à l'intérieur de B proportionnellement aux masses initiales ; la division par P(B) est exactement la renormalisation qui rend la masse totale égale à 1. La condition P(B)>0 n'est pas une coquetterie de rédaction, c'est une nécessité : le quotient n'a aucun sens sinon. Vérifiez-la et signalez-la avant d'écrire PB.
PB est une probabilité
Propriété
Soit B un événement tel que P(B)>0. L'application PB:P(Ω)→[0,1] est une probabilité sur Ω.
En conséquence, toutes les propriétés démontrées précédemment lui sont applicables ; par exemple PB(A)=1−PB(A) et PB(A∪C)=PB(A)+PB(C)−PB(A∩C).
Démonstration. Vérifions d'abord que PB est à valeurs dans [0,1]. Pour tout événement A, on a A∩B⊂B, donc 0⩽P(A∩B)⩽P(B) par croissance ; en divisant par P(B)>0, il vient 0⩽PB(A)⩽1.
Ensuite PB(Ω)=P(B)P(Ω∩B)=P(B)P(B)=1.
Enfin, soient A et C deux événements incompatibles. Les événements A∩B et C∩B sont alors eux aussi incompatibles, car (A∩B)∩(C∩B)⊂A∩C=∅. Par distributivité, (A∪C)∩B=(A∩B)∪(C∩B), donc l'additivité de P donne
PB(A∪C)=P(B)P((A∩B)∪(C∩B))=P(B)P(A∩B)+P(C∩B)=PB(A)+PB(C).Les deux axiomes sont vérifiés : PB est une probabilité. □
L'intérêt pratique est considérable : une fois qu'on sait que PB est une probabilité, on n'a plus rien à redémontrer sous conditionnement. En revanche, prenez garde à ce que le conditionnement porte bien toujours sur le même événement : PB(A)=1−PB(A) est vrai, mais PA(B) et PB(A) n'ont aucune raison d'être égaux, et il n'existe aucune formule reliant PB(A) à PB(A).
Formule des probabilités composées
Propriété
Cas de deux événements. Si P(B)>0, alors P(A∩B)=P(B)PB(A).
Cas général. Soient A1,…,An des événements tels que P(A1∩⋯∩An−1)>0. Alors
P(i=1⋂nAi)=P(A1)PA1(A2)PA1∩A2(A3)⋯PA1∩⋯∩An−1(An).Démonstration. Le cas de deux événements est la définition, multipliée par P(B).
Remarquons d'abord que l'hypothèse a un sens : par croissance, P(A1∩⋯∩Ak)⩾P(A1∩⋯∩An−1)>0 pour tout k⩽n−1, donc tous les conditionnements écrits sont légitimes.
Montrons la formule par récurrence sur n⩾2. Le cas n=2 vient d'être traité. Supposons-la vraie au rang n et soient A1,…,An+1 des événements tels que P(A1∩⋯∩An)>0. Posons B=⋂i=1nAi. Comme P(B)>0, le cas de deux événements donne
P(i=1⋂n+1Ai)=P(B∩An+1)=P(B)PB(An+1).Or P(A1∩⋯∩An−1)⩾P(B)>0, donc l'hypothèse de récurrence s'applique à A1,…,An et fournit
P(B)=P(A1)PA1(A2)⋯PA1∩⋯∩An−1(An).En reportant, on obtient la formule au rang n+1. □
Exemple
Trois boules blanches d'affilée. Une urne contient 5 boules blanches et 3 noires. On tire successivement trois boules sans remise. Notons Bi l'événement « la i-ième boule tirée est blanche ». La formule des probabilités composées donne
P(B1∩B2∩B3)=P(B1)PB1(B2)PB1∩B2(B3)=85×74×63=33660=285≈0,179.Chaque facteur se lit sur la composition de l'urne au moment du tirage : après deux boules blanches sorties, il reste 6 boules dont 3 blanches, d'où le 63.
Contrôle par dénombrement. Le tirage sans remise de trois boules peut aussi se modéliser par un tirage simultané ; la probabilité cherchée vaut alors (38)(35)=5610=285. Les deux méthodes concordent.
Arbres pondérés
Un arbre pondéré est la traduction graphique de la formule des probabilités composées. On le lit selon trois règles, qu'il faut savoir énoncer.
Méthode
Règles de lecture d'un arbre pondéré.
- Sur une branche partant de la racine on écrit la probabilité de l'événement atteint ; sur une branche partant d'un nœud on écrit la probabilité conditionnelle de l'événement atteint sachant tout ce qui précède sur le chemin.
- La probabilité d'un chemin est le produit des probabilités des branches qui le composent (probabilités composées).
- La probabilité d'un événement est la somme des probabilités des chemins qui y mènent (probabilités totales).
Contrôle systématique : la somme des probabilités des branches issues d'un même nœud vaut 1, et la somme des probabilités de tous les chemins complets vaut 1.
Formule des probabilités totales
Propriété
Soit (Ai)1⩽i⩽n un système complet d'événements tel que P(Ai)>0 pour tout i∈[[1,n]]. Alors, pour tout événement B,
P(B)=i=1∑nP(Ai)PAi(B).En particulier, pour tout événement A tel que 0<P(A)<1,
P(B)=P(A)PA(B)+P(A)PA(B).Démonstration. Les événements B∩A1,…,B∩An sont deux à deux incompatibles, car (B∩Ai)∩(B∩Aj)⊂Ai∩Aj=∅ dès que i=j. Par ailleurs, comme ⋃i=1nAi=Ω, la distributivité donne
i=1⋃n(B∩Ai)=B∩(i=1⋃nAi)=B∩Ω=B.L'additivité finie donne donc P(B)=∑i=1nP(B∩Ai), et comme P(Ai)>0 pour tout i, la formule des probabilités composées permet d'écrire P(B∩Ai)=P(Ai)PAi(B), d'où le résultat.
Le cas particulier s'obtient en appliquant ce qui précède au système complet (A,A), dont les deux événements sont de probabilité non nulle puisque 0<P(A)<1. □
Il arrive qu'un système complet comporte des événements de probabilité nulle, par exemple lorsqu'on découpe l'univers selon une variable dont certaines valeurs ne sont jamais atteintes. La formule reste vraie, à condition d'adopter la convention suivante.
Propriété
Version avec des événements de probabilité nulle. Soit (Ai)1⩽i⩽n un système complet d'événements, sans hypothèse sur les P(Ai). Alors, pour tout événement B,
P(B)=i=1∑nP(Ai)PAi(B),avec la convention P(Ai)PAi(B)=0 dès que P(Ai)=0, le symbole PAi(B) n'étant alors pas défini.
Démonstration. La décomposition B=⋃i=1n(B∩Ai) en événements deux à deux incompatibles ne suppose rien sur les probabilités, donc P(B)=∑i=1nP(B∩Ai) reste valable. Il suffit de vérifier que chaque terme s'écrit bien comme annoncé. Si P(Ai)>0, la formule des probabilités composées donne P(B∩Ai)=P(Ai)PAi(B). Si P(Ai)=0, alors B∩Ai⊂Ai, donc 0⩽P(B∩Ai)⩽P(Ai)=0 par croissance, et le terme vaut 0, ce qui est exactement la valeur imposée par la convention. □
Cette version dispense d'écarter à la main les cas dégénérés. En rédaction, le plus sûr reste de vérifier les hypothèses : citez « le système (Ai) est complet, tous les P(Ai) sont strictement positifs, donc la formule des probabilités totales donne… ».
Formule de Bayes
Propriété
Soient A et B deux événements de probabilités non nulles. Alors
PB(A)=P(B)P(A)PA(B).Si de plus (Ai)1⩽i⩽n est un système complet d'événements de probabilités non nulles et si P(B)>0, alors pour tout k∈[[1,n]],
PB(Ak)=i=1∑nP(Ai)PAi(B)P(Ak)PAk(B).Démonstration. Par définition, PB(A)=P(B)P(A∩B). Comme P(A)>0, la formule des probabilités composées donne P(A∩B)=P(A)PA(B), d'où la première égalité.
Pour la seconde, on applique la première à A=Ak, puis on remplace le dénominateur P(B) par son expression donnée par la formule des probabilités totales appliquée au système complet (Ai)1⩽i⩽n. □
Méthode
Quel événement conditionne quoi ? C'est la seule vraie difficulté de cette section, et elle se règle par une question à se poser avant tout calcul : qu'est-ce qui est connu, qu'est-ce qui est cherché ?
- Repérer la cause (l'origine de la pièce, l'état de santé du patient, le type d'urne) : elle fournit le système complet (Ai), et l'énoncé donne les P(Ai).
- Repérer l'effet observé (la pièce est défectueuse, le test est positif) : c'est l'événement B, et l'énoncé donne les PAi(B), c'est-à-dire les probabilités de l'effet sachant la cause.
- Si la question va de la cause vers l'effet, c'est la formule des probabilités totales. Si elle remonte de l'effet vers la cause (« sachant que le test est positif, quelle est la probabilité que… »), c'est la formule de Bayes.
Un exemple complet : test de dépistage
Exemple
Une maladie rare et un bon test. Une maladie touche 0,4 % de la population. Un test de dépistage a une sensibilité de 98 % (il est positif chez 98 % des malades) et un taux de faux positifs de 3 % (il est positif chez 3 % des personnes saines). On choisit une personne au hasard dans la population. Notons M l'événement « la personne est malade » et T l'événement « le test est positif ». L'énoncé fournit
P(M)=0,004,PM(T)=0,98,PM(T)=0,03.Probabilité d'un test positif. La famille (M,M) est un système complet d'événements de probabilités non nulles, donc la formule des probabilités totales donne
P(T)=P(M)PM(T)+P(M)PM(T)=0,004×0,98+0,996×0,03=0,00392+0,02988=0,0338.Valeur prédictive positive. On cherche PT(M), c'est-à-dire la probabilité d'être malade sachant que le test est positif. Comme P(T)=0,0338>0, la formule de Bayes s'applique :
PT(M)=P(T)P(M)PM(T)=0,03380,00392=84598≈0,116.Un test positif ne signale donc un vrai malade que dans 11,6 % des cas, alors que le test paraissait excellent. La raison est arithmétique et non médicale : les personnes saines sont si nombreuses que leurs 3 % de faux positifs (0,02988) écrasent les 0,00392 de vrais positifs.
Valeur prédictive négative. Symétriquement, P(T)=1−0,0338=0,9662 et P(M∩T)=0,996×0,97=0,96612, donc
PT(M)=0,96620,96612≈0,99992.Le test est en revanche excellent pour rassurer : un résultat négatif garantit l'absence de maladie à mieux que 99,99 %. C'est le comportement typique d'un test de dépistage d'une maladie rare, que l'on confirme toujours par un second examen.
Indépendance d'événements
Deux événements indépendants
Définition
Soient (Ω,P) un espace probabilisé fini et A, B deux événements. On dit que A et B sont indépendants lorsque
P(A∩B)=P(A)P(B).Propriété
Si P(B)>0, alors A et B sont indépendants si et seulement si PB(A)=P(A).
Démonstration. Supposons P(B)>0. Alors PB(A)=P(B)P(A∩B), et l'égalité PB(A)=P(A) équivaut, en multipliant par P(B)>0, à P(A∩B)=P(A)P(B), c'est-à-dire à l'indépendance. □
Cette caractérisation donne le sens intuitif de la notion : savoir que B est réalisé ne modifie pas la probabilité de A. C'est cependant la définition par le produit qu'il faut retenir, car elle est symétrique en A et B et reste valable sans hypothèse de non-nullité.
Indépendance et incompatibilité : le piège
Ces deux notions sont fréquemment confondues, alors qu'elles sont presque opposées. Deux événements incompatibles ne peuvent pas se produire ensemble : la réalisation de l'un interdit celle de l'autre, ce qui est une dépendance extrêmement forte. Deux événements indépendants, au contraire, n'ont aucune influence l'un sur l'autre. Précisément :
Propriété
Soient A et B deux événements incompatibles tels que P(A)>0 et P(B)>0. Alors A et B ne sont pas indépendants.
Démonstration. Comme A∩B=∅, on a P(A∩B)=P(∅)=0. Or P(A)P(B)>0 comme produit de deux réels strictement positifs. Donc P(A∩B)=P(A)P(B), et les deux événements ne sont pas indépendants. □
Retenez la formulation courte : incompatibles et de probabilités non nulles ⇒ dépendants. Autre point de vigilance : l'indépendance est une propriété de la probabilité P, pas des ensembles A et B. Deux événements peuvent être indépendants pour une probabilité et dépendants pour une autre sur le même univers ; il faut donc que l'énoncé la justifie, en général par le dispositif physique (répétitions séparées, composants distincts, individus tirés indépendamment).
Stabilité par passage au contraire
Propriété
Si A et B sont indépendants, alors A et B le sont aussi. Il en va de même pour A et B, ainsi que pour A et B.
Démonstration. Supposons P(A∩B)=P(A)P(B). Les événements A∩B et A∩B sont incompatibles et leur réunion vaut A, donc
P(A∩B)=P(A)−P(A∩B)=P(A)−P(A)P(B)=P(A)(1−P(B))=P(A)P(B).Ainsi A et B sont indépendants. En échangeant les rôles de A et B, on obtient l'indépendance de A et B. Enfin, en appliquant le premier résultat au couple indépendant (A,B), on obtient l'indépendance de A et B. □
Cette propriété est le fondement du passage au complémentaire dans les calculs de fiabilité : si des composants fonctionnent indépendamment, leurs pannes sont, elles aussi, indépendantes.
Famille finie d'événements mutuellement indépendants
Définition
Une famille (Ai)1⩽i⩽n d'événements est dite mutuellement indépendante lorsque, pour toute partie I de [[1,n]] de cardinal au moins 2,
P(i∈I⋂Ai)=i∈I∏P(Ai).On dit que la famille est indépendante deux à deux lorsque cette égalité est seulement exigée pour les parties I de cardinal 2, c'est-à-dire lorsque P(Ai∩Aj)=P(Ai)P(Aj) pour tous i=j.
L'indépendance mutuelle est donc une conjonction de 2n−n−1 égalités, et non d'une seule. Pour trois événements, il ne suffit pas de vérifier P(A∩B∩C)=P(A)P(B)P(C) : il faut aussi les trois égalités deux à deux. Il ne suffit pas non plus de vérifier les trois égalités deux à deux, comme le montre le contre-exemple suivant, qu'il faut savoir refaire.
Exemple
L'indépendance deux à deux n'entraîne pas l'indépendance mutuelle. On lance deux fois une pièce équilibrée ; on prend Ω={P,F}2 muni de la probabilité uniforme, chacune des quatre issues ayant la probabilité 41. Considérons
A=« le premier lancer donne pile »,B=« le second lancer donne pile »,C=« les deux lancers donnent le meˆme reˊsultat ».En listant les issues : A={(P,P),(P,F)}, B={(P,P),(F,P)} et C={(P,P),(F,F)}, donc
P(A)=P(B)=P(C)=42=21.Les trois intersections deux à deux valent toutes {(P,P)}, de probabilité 41 :
P(A∩B)=P(A∩C)=P(B∩C)=41=21×21.La famille (A,B,C) est donc indépendante deux à deux. Pourtant A∩B∩C={(P,P)}, donc
P(A∩B∩C)=41=81=P(A)P(B)P(C),et la famille n'est pas mutuellement indépendante. C'était prévisible : C est entièrement déterminé par A et B, puisque connaître les deux premiers événements revient à connaître les deux résultats.
Propriété
Si (Ai)1⩽i⩽n est une famille mutuellement indépendante, alors la famille obtenue en remplaçant certains Ai par leurs contraires Ai est encore mutuellement indépendante.
Ce résultat, admis ici dans le cas général (il se démontre par récurrence sur le nombre d'événements remplacés, en reprenant l'argument du cas de deux événements), est ce qui autorise le calcul suivant, omniprésent en fiabilité : si A1,…,An sont mutuellement indépendants,
P(i=1⋃nAi)=1−P(i=1⋂nAi)=1−i=1∏n(1−P(Ai)).Modélisation de n expériences indépendantes
Lorsqu'on répète n expériences aléatoires « sans influence les unes sur les autres », on construit l'univers produit
Ω=Ω1×Ω2×⋯×Ωn,muni de la probabilité définie sur les issues par
P({(ω1,…,ωn)})=P1({ω1})×⋯×Pn({ωn}),où Pk est la probabilité gouvernant la k-ième expérience. C'est bien une distribution de probabilités : ses termes sont positifs, et leur somme se factorise en un produit de n sommes toutes égales à 1. Le cas le plus fréquent est celui de n répétitions identiques et indépendantes d'une même expérience, où tous les Ωk et tous les Pk sont égaux.
Exemple
Fiabilité d'un montage. Un dispositif comporte trois composants montés en série : il fonctionne si et seulement si les trois fonctionnent. Ils fonctionnent indépendamment, avec les fiabilités respectives 0,99, 0,98 et 0,995. En notant Fi l'événement « le composant i fonctionne », l'indépendance mutuelle donne
P(F1∩F2∩F3)=0,99×0,98×0,995=0,965349≈0,965.Mettons maintenant en parallèle deux exemplaires d'un même composant de fiabilité 0,98, le montage fonctionnant dès que l'un des deux fonctionne. La probabilité de panne totale est celle de la panne simultanée des deux, soit 0,022=0,0004 par indépendance, donc le montage redondant fonctionne avec probabilité
1−0,0004=0,9996.La redondance fait passer la probabilité de panne de 2×10−2 à 4×10−4, soit un facteur 50.
Variables aléatoires
Définition et notations
Définition
Soient (Ω,P) un espace probabilisé fini et E un ensemble. On appelle variable aléatoire sur Ω à valeurs dans E toute application X:Ω→E.
Lorsque E⊂R, on parle de variable aléatoire réelle. L'ensemble X(Ω)={X(ω);ω∈Ω} des valeurs effectivement prises par X est fini, puisque Ω l'est.
Définition
Soit X une variable aléatoire sur Ω à valeurs dans E. Pour toute partie A de E et tout x∈E, on note
(X∈A)={ω∈Ω;X(ω)∈A},(X=x)={ω∈Ω;X(ω)=x}.Si X est réelle, on note de même (X⩽x), (X<x), (X⩾x) les événements correspondants.
Ce sont des événements, c'est-à-dire des parties de Ω ; on écrit P(X=x) au lieu de P((X=x)).
Le point à comprendre est que la notation (X=x) ne désigne pas une égalité, mais un ensemble d'issues. C'est cette identification, entre une condition portant sur la valeur de X et la partie de Ω où elle est satisfaite, qui permet de calculer des probabilités sans jamais revenir à la description explicite de Ω, et c'est là tout le confort qu'apportent les variables aléatoires.
Loi d'une variable aléatoire
Définition
Soit X une variable aléatoire sur (Ω,P) à valeurs dans E. On appelle loi de X l'application PX qui, à toute partie A de X(Ω), associe
PX(A)=P(X∈A).En pratique, donner la loi de X, c'est donner la famille des nombres (P(X=x))x∈X(Ω).
Propriété
Soit X une variable aléatoire à valeurs dans E et soit X(Ω)={x1,…,xr} l'ensemble de ses valeurs, les xj étant deux à deux distincts. Alors :
- la famille ((X=xj))1⩽j⩽r est un système complet d'événements ;
- la famille (P(X=xj))1⩽j⩽r est une distribution de probabilités sur X(Ω) :
Démonstration. Point 1. Soient j=k. Si une issue ω appartenait à (X=xj)∩(X=xk), on aurait xj=X(ω)=xk, ce qui contredit le fait que les valeurs sont deux à deux distinctes : les événements sont donc deux à deux incompatibles. De plus, pour toute issue ω, la valeur X(ω) appartient à X(Ω) par définition, donc ω appartient à l'un des (X=xj) : la réunion vaut Ω. La famille est bien un système complet.
Point 2. La positivité est celle de P. Quant à la somme, la propriété d'additivité finie appliquée au système complet du point 1 donne directement
j=1∑rP(X=xj)=P(j=1⋃r(X=xj))=P(Ω)=1.□Ce système complet, dit système complet associé à X, est l'outil de travail permanent : c'est lui qu'on utilise dans la formule des probabilités totales quand on veut « discuter selon la valeur prise par X ». Et le point 2 fournit le contrôle obligatoire de tout calcul de loi : la somme des probabilités doit valoir 1. Une loi qui ne somme pas à 1 est fausse, sans exception.
Exemple
Somme de deux dés. On lance deux dés équilibrés discernables ; on prend Ω=[[1,6]]2 muni de la probabilité uniforme, et l'on pose S(ω1,ω2)=ω1+ω2. Alors S(Ω)=[[2,12]], et pour chaque valeur s on compte les couples de somme s parmi les 36 possibles :
| s | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| P(S=s) | 361 | 362 | 363 | 364 | 365 | 366 |
| s | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 |
|---|---|---|---|---|---|
| P(S=s) | 365 | 364 | 363 | 362 | 361 |
Contrôle : la somme des numérateurs vaut 1+2+3+4+5+6+5+4+3+2+1=36, donc la somme des probabilités vaut 1. On lit par exemple P(S⩾10)=363+2+1=366=61.
Système complet associé, variable f(X)
Propriété
Soit X une variable aléatoire à valeurs dans E et soit f:E→F une application. Alors f(X)=f∘X est une variable aléatoire à valeurs dans F, dont l'ensemble des valeurs est f(X(Ω)), et dont la loi est donnée par
∀y∈f(X(Ω)),P(f(X)=y)=x∈X(Ω)f(x)=y∑P(X=x).Démonstration. L'application f∘X est bien définie de Ω dans F, c'est donc une variable aléatoire, et l'ensemble de ses valeurs est l'image par f de l'ensemble des valeurs de X.
Fixons y∈f(X(Ω)) et posons Ay={x∈X(Ω);f(x)=y}. Pour toute issue ω,
f(X(ω))=y⟺X(ω)∈Ay,donc (f(X)=y)=(X∈Ay)=⋃x∈Ay(X=x). Cette réunion est constituée d'événements deux à deux incompatibles, puisqu'ils font partie du système complet associé à X. L'additivité finie donne alors
P(f(X)=y)=x∈Ay∑P(X=x),ce qui est la formule annoncée. □
Exemple
Une image qui fusionne des valeurs. Soit X de loi uniforme sur [[−2,2]], c'est-à-dire P(X=k)=51 pour tout k∈{−2,−1,0,1,2}, et soit Y=X2. Alors Y(Ω)={0,1,4} et
P(Y=0)=P(X=0)=51,P(Y=1)=P(X=−1)+P(X=1)=52,P(Y=4)=P(X=−2)+P(X=2)=52.Contrôle : 51+52+52=1. On voit sur cet exemple qu'une image par une fonction non injective fusionne des valeurs et fait perdre de l'information : connaître la loi de Y ne permet pas de retrouver celle de X.
Loi conditionnelle
Définition
Soient X une variable aléatoire et A un événement tel que P(A)>0. On appelle loi conditionnelle de X sachant A la famille
(PA(X=x))x∈X(Ω),ouˋPA(X=x)=P(A)P((X=x)∩A).Comme PA est une probabilité, cette famille est bien une distribution de probabilités sur X(Ω) : ses termes sont positifs et leur somme vaut 1. La formule des probabilités totales appliquée à un système complet (Ai) de probabilités non nulles s'écrit alors, pour toute valeur x,
P(X=x)=i∑P(Ai)PAi(X=x),égalité qu'on utilise constamment pour reconstituer une loi à partir de lois conditionnelles plus simples.
Exemple
Somme de deux dés, sachant le premier. Reprenons S la somme de deux dés équilibrés et notons A l'événement « le premier dé donne 6 », de probabilité 61. Sachant A, la somme vaut 6+ω2 où ω2 parcourt [[1,6]], donc
∀s∈[[7,12]],PA(S=s)=P(A)P((S=s)∩A)=1/61/36=61,et PA(S=s)=0 pour s⩽6. Sachant A, la variable S suit donc la loi uniforme sur [[7,12]], alors que sa loi non conditionnée est très inégale. Le conditionnement a bien changé la loi.
Lois usuelles
Définition
Loi uniforme. Soit E un ensemble fini non vide de cardinal n. Une variable aléatoire X à valeurs dans E suit la loi uniforme sur E, ce qu'on note X∼U(E), lorsque
∀x∈E,P(X=x)=n1.Le cas le plus fréquent est E=[[1,n]].
Définition
Loi de Bernoulli. Soit p∈[0,1]. Une variable aléatoire X suit la loi de Bernoulli de paramètre p, ce qu'on note X∼B(p), lorsque X(Ω)⊂{0,1} et
P(X=1)=p,P(X=0)=1−p.On appelle épreuve de Bernoulli une expérience à deux issues, « succès » et « échec » ; la variable qui vaut 1 en cas de succès et 0 sinon suit alors B(p), où p est la probabilité du succès.
Propriété
Pour tout événement A, l'indicatrice de A, définie par
1A:Ω→{0,1},1A(ω)={10si ω∈Asi ω∈/Aest une variable aléatoire qui suit la loi B(P(A)).
Démonstration. L'application 1A est définie sur Ω et à valeurs dans {0,1}, c'est donc une variable aléatoire. Par construction, (1A=1)=A et (1A=0)=A, d'où P(1A=1)=P(A) et P(1A=0)=1−P(A) : c'est bien la loi de Bernoulli de paramètre P(A). □
Cette correspondance entre événements et variables de Bernoulli est le pont qui fait passer du langage ensembliste au langage algébrique ; elle donnera plus loin la méthode des indicatrices.
Définition
Loi binomiale. Soient n∈N∗ et p∈[0,1]. Une variable aléatoire X suit la loi binomiale de paramètres n et p, ce qu'on note X∼B(n,p), lorsque X(Ω)⊂[[0,n]] et
∀k∈[[0,n]],P(X=k)=(kn)pk(1−p)n−k.Propriété
La famille ((kn)pk(1−p)n−k)0⩽k⩽n est bien une distribution de probabilités : ses termes sont positifs et leur somme vaut 1.
Démonstration. Chaque terme est un produit de réels positifs, donc positif. Pour la somme, la formule du binôme de Newton appliquée aux réels a=p et b=1−p donne
k=0∑n(kn)pk(1−p)n−k=(p+(1−p))n=1n=1.□Propriété
Contexte d'apparition. On répète n fois, de façon indépendante, une même épreuve de Bernoulli de probabilité de succès p. Alors la variable X égale au nombre de succès obtenus suit la loi B(n,p).
Démonstration. On modélise l'expérience par l'univers produit Ω={S,E}n, une issue étant la liste des résultats des n épreuves, la probabilité d'une issue comportant k succès et n−k échecs valant pk(1−p)n−k par indépendance. Soit k∈[[0,n]]. L'événement (X=k) est l'ensemble des issues comportant exactement k succès. Une telle issue est entièrement déterminée par l'ensemble des positions des succès, c'est-à-dire par une partie à k éléments de [[1,n]] ; il y en a donc (kn), et chacune a la probabilité pk(1−p)n−k. Comme ces issues sont deux à deux distinctes, donc leurs singletons deux à deux incompatibles, l'additivité finie donne
P(X=k)=(kn)pk(1−p)n−k.□| Loi | Notation | Valeurs | Probabilités | Situation type |
|---|---|---|---|---|
| Uniforme | X∼U(E), card(E)=n | E | P(X=x)=n1 | tirage au hasard, dé équilibré |
| Bernoulli | X∼B(p) | {0,1} | P(X=1)=p | une épreuve, succès ou échec |
| Binomiale | X∼B(n,p) | [[0,n]] | P(X=k)=(kn)pk(1−p)n−k | nombre de succès sur n épreuves indépendantes |
Exemple
Un questionnaire au hasard. Un QCM comporte 10 questions indépendantes, chacune offrant 4 réponses dont une seule est correcte. Un candidat répond entièrement au hasard. Le nombre X de bonnes réponses est le nombre de succès de 10 épreuves indépendantes de probabilité de succès 41, donc X∼B(10,41). La probabilité d'avoir au moins une bonne réponse se calcule par passage au complémentaire :
P(X⩾1)=1−P(X=0)=1−(010)(41)0(43)10=1−104857659049≈1−0,056=0,944.En revanche, la probabilité d'avoir la moyenne, c'est-à-dire au moins 5 bonnes réponses, exigerait la somme des cinq derniers termes, et l'on verra plus loin qu'elle est faible : l'espérance vaut seulement 10×41=2,5.
Couples et n-uplets de variables aléatoires
Couple, loi conjointe, lois marginales
Définition
Soient X et Y deux variables aléatoires définies sur le même espace probabilisé (Ω,P), à valeurs respectivement dans E et F. L'application
Z=(X,Y):Ω→E×F,ω↦(X(ω),Y(ω))est une variable aléatoire à valeurs dans E×F, appelée couple de X et Y.
Sa loi s'appelle la loi conjointe de X et Y ; elle est donnée par la famille des nombres
P((X,Y)=(x,y))=P((X=x)∩(Y=y)),que l'on note plus simplement P(X=x,Y=y), pour (x,y)∈X(Ω)×Y(Ω).
Les lois de X et de Y prises séparément s'appellent alors les lois marginales du couple.
Propriété
Soient X et Y deux variables aléatoires sur (Ω,P). Alors, pour tout x∈X(Ω) et tout y∈Y(Ω),
P(X=x)=y∈Y(Ω)∑P(X=x,Y=y)etP(Y=y)=x∈X(Ω)∑P(X=x,Y=y).Autrement dit, la loi conjointe détermine les deux lois marginales.
Démonstration. Fixons x∈X(Ω). La famille ((Y=y))y∈Y(Ω) est le système complet associé à Y. La formule des probabilités totales, dans sa version valable même en présence d'événements de probabilité nulle, appliquée à l'événement (X=x), donne
P(X=x)=y∈Y(Ω)∑P((X=x)∩(Y=y))=y∈Y(Ω)∑P(X=x,Y=y).On peut aussi le voir directement : les événements (X=x)∩(Y=y), pour y parcourant Y(Ω), sont deux à deux incompatibles et leur réunion vaut (X=x), donc l'additivité finie conclut. Le second point s'obtient en échangeant les rôles de X et Y. □
La réciproque est fausse : les lois marginales ne déterminent pas la loi conjointe. Voici le contre-exemple minimal, à connaître. Soient X et Y deux variables de loi B(21). Si elles proviennent de deux lancers indépendants d'une pièce équilibrée, la loi conjointe est P(X=i,Y=j)=41 pour les quatre couples (i,j). Si au contraire Y=X, c'est-à-dire si l'on observe deux fois le même lancer, alors P(X=0,Y=0)=P(X=1,Y=1)=21 et les deux autres probabilités sont nulles. Les lois marginales sont les mêmes dans les deux cas, les lois conjointes sont différentes : la loi conjointe contient une information sur le lien entre X et Y qui est absente des marginales.
Tableau à double entrée
Quand X et Y prennent peu de valeurs, la loi conjointe se présente dans un tableau à double entrée : les probabilités conjointes à l'intérieur, les lois marginales obtenues en sommant les lignes et les colonnes, d'où le nom de « marges ».
Exemple
Lecture d'un tableau croisé. Deux variables X et Y ont pour loi conjointe, exprimée en douzièmes :
| P(X=x,Y=y) | y=0 | y=1 | y=2 | loi de X |
|---|---|---|---|---|
| x=0 | 121 | 122 | 121 | 124 |
| x=1 | 123 | 123 | 122 | 128 |
| loi de Y | 124 | 125 | 123 | 1 |
Les six probabilités intérieures somment bien à 1212=1. Les marginales se lisent dans la dernière colonne et la dernière ligne :
P(X=0)=31,P(X=1)=32,P(Y=0)=31,P(Y=1)=125,P(Y=2)=41.Ces deux variables ne sont pas indépendantes : P(X=0)P(Y=0)=31×31=91, alors que P(X=0,Y=0)=121, et 91=121. Une seule case en défaut suffit à conclure.
Variables aléatoires indépendantes
Définition
Deux variables aléatoires X et Y définies sur le même espace probabilisé sont dites indépendantes lorsque
∀(x,y)∈X(Ω)×Y(Ω),P(X=x,Y=y)=P(X=x)P(Y=y).Plus généralement, n variables aléatoires X1,…,Xn sont dites indépendantes (ou mutuellement indépendantes) lorsque
∀(x1,…,xn)∈X1(Ω)×⋯×Xn(Ω),P(i=1⋂n(Xi=xi))=i=1∏nP(Xi=xi).Autrement dit, X et Y sont indépendantes si et seulement si la loi conjointe est le produit des lois marginales : dans le tableau à double entrée, chaque case intérieure doit être le produit de sa marge de ligne par sa marge de colonne. C'est une condition très forte, qui porte sur toutes les cases à la fois, et il suffit d'une seule case en défaut pour la mettre en échec.
Propriété
Toute sous-famille d'une famille indépendante de variables aléatoires est indépendante. Précisément, si X1,…,Xn sont indépendantes et si J⊂[[1,n]], alors la famille (Xi)i∈J est indépendante.
Démonstration. Fixons (xi)i∈J avec xi∈Xi(Ω) pour tout i∈J. Les événements
i=1⋂n(Xi=xi),obtenus en faisant varier les coordonnées (xi)i∈/J dans ∏i∈/JXi(Ω), sont deux à deux incompatibles, et leur réunion est exactement ⋂i∈J(Xi=xi) : toute issue de cet événement possède en effet des valeurs bien déterminées pour les coordonnées restantes. L'additivité finie puis l'indépendance de la famille complète donnent
P(i∈J⋂(Xi=xi))=(xi)i∈/J∑i=1∏nP(Xi=xi)=(i∈J∏P(Xi=xi))×i∈/J∏xi∈Xi(Ω)∑P(Xi=xi).Or chaque somme intérieure vaut 1, puisque la loi de Xi est une distribution de probabilités. Il reste ∏i∈JP(Xi=xi), ce qui est l'indépendance de la sous-famille. □
Propriété
Si X et Y sont indépendantes, alors pour toutes applications f et g définies respectivement sur X(Ω) et Y(Ω), les variables f(X) et g(Y) sont indépendantes.
Démonstration. Soient u∈f(X(Ω)) et v∈g(Y(Ω)). Posons
Au={x∈X(Ω);f(x)=u},Bv={y∈Y(Ω);g(y)=v}.L'événement (f(X)=u)∩(g(Y)=v) est la réunion, sur les couples (x,y)∈Au×Bv, des événements deux à deux incompatibles (X=x)∩(Y=y). L'additivité finie, puis l'indépendance de X et Y, puis la factorisation d'une somme double à variables séparées, donnent
P(f(X)=u, g(Y)=v)=x∈Au∑y∈Bv∑P(X=x,Y=y)=x∈Au∑y∈Bv∑P(X=x)P(Y=y)=(x∈Au∑P(X=x))y∈Bv∑P(Y=y)=P(f(X)=u)P(g(Y)=v).C'est l'indépendance de f(X) et g(Y). □
n-uplets et lemme des coalitions
Propriété
Lemme des coalitions (admis). Soient X1,…,Xn des variables aléatoires indépendantes et soit m∈[[1,n−1]]. Pour toutes applications f définie sur X1(Ω)×⋯×Xm(Ω) et g définie sur Xm+1(Ω)×⋯×Xn(Ω), les variables aléatoires
U=f(X1,…,Xm)etV=g(Xm+1,…,Xn)sont indépendantes. Plus généralement, des fonctions de blocs disjoints de variables indépendantes sont indépendantes.
Ce résultat est admis : sa démonstration n'est pas au programme. Il est en revanche d'un usage constant, et il faut le citer explicitement quand on s'en sert. Exemple typique : si X1,…,X5 sont indépendantes, alors X1+X2 et X3X4X5 sont indépendantes, car elles sont fonctions de blocs disjoints. Attention à la condition de disjonction : X1+X2 et X2+X3 n'ont aucune raison d'être indépendantes, la variable X2 figurant dans les deux.
Somme de Bernoulli indépendantes
Propriété
Soient n∈N∗, p∈[0,1] et X1,…,Xn des variables aléatoires indépendantes, toutes de loi B(p). Alors
S=i=1∑nXisuit la loiB(n,p).Démonstration. Chaque Xi est à valeurs dans {0,1}, donc S est à valeurs dans [[0,n]]. Fixons k∈[[0,n]] et cherchons P(S=k).
Pour toute partie J de [[1,n]] de cardinal k, posons
EJ=i∈J⋂(Xi=1) ∩i∈/J⋂(Xi=0).Ces événements sont deux à deux incompatibles : si J=J′, il existe un indice i appartenant à l'un et pas à l'autre, et l'on aurait à la fois Xi=1 et Xi=0 sur EJ∩EJ′, ce qui est impossible. De plus, une issue ω réalise (S=k) si et seulement si exactement k des Xi valent 1 en ω, c'est-à-dire si et seulement si ω appartient à EJ pour J={i;Xi(ω)=1}, partie de cardinal k. Donc
(S=k)=J⊂[[1,n]]card(J)=k⋃EJ,reˊunion d’eˊveˊnements deux aˋ deux incompatibles.Chaque EJ est une intersection où toutes les variables sont fixées, donc l'indépendance de la famille (X1,…,Xn) s'applique directement :
P(EJ)=i∈J∏P(Xi=1)×i∈/J∏P(Xi=0)=pk(1−p)n−k,cette valeur ne dépendant pas de J. Comme le nombre de parties J à k éléments de [[1,n]] vaut (kn), l'additivité finie donne
P(S=k)=(kn)pk(1−p)n−k,c'est-à-dire S∼B(n,p). □
Ce théorème est le pivot du chapitre : il transforme une loi binomiale, objet global assez lourd, en une somme de variables simples et indépendantes, ce qui permettra de calculer son espérance et sa variance sans le moindre calcul de somme binomiale. Réciproquement, il fournit un critère de reconnaissance : si l'on parvient à écrire une variable comme une somme d'indicatrices indépendantes de même paramètre, elle est binomiale.
Espérance
Définition et première formule
Définition
Soit X une variable aléatoire réelle sur un espace probabilisé fini (Ω,P). On appelle espérance de X le réel
E(X)=x∈X(Ω)∑xP(X=x).La variable X est dite centrée lorsque E(X)=0.
L'espérance est la moyenne des valeurs prises par X, pondérée par leurs probabilités. Ce n'est pas une valeur que X prend nécessairement : l'espérance du nombre de points d'un dé équilibré vaut 3,5.
Propriété
Pour toute variable aléatoire réelle X sur (Ω,P),
E(X)=ω∈Ω∑X(ω)P({ω}).Démonstration. Notons X(Ω)={x1,…,xr} avec des valeurs deux à deux distinctes. La famille ((X=xj))1⩽j⩽r est un système complet d'événements, donc les ensembles (X=xj) forment une partition de Ω (à ceci près que certains peuvent être vides, ce qui ne change rien aux sommes). On peut donc regrouper les termes de la somme sur Ω selon la valeur prise par X :
ω∈Ω∑X(ω)P({ω})=j=1∑r ω∈(X=xj)∑X(ω)P({ω}).Or, sur l'événement (X=xj), on a X(ω)=xj, constante que l'on factorise :
ω∈(X=xj)∑X(ω)P({ω})=xjω∈(X=xj)∑P({ω})=xjP(X=xj),la dernière égalité venant de l'expression d'une probabilité comme somme des masses des singletons. En sommant sur j, on obtient ∑j=1rxjP(X=xj)=E(X). □
Les deux formules ont chacune leur usage. La première, sur X(Ω), est celle du calcul concret dès qu'on connaît la loi. La seconde, sur Ω, est celle des démonstrations, car elle est linéaire en X de façon évidente : c'est elle qui donne en trois lignes la linéarité de l'espérance.
Propriétés
Propriété
Soient X et Y deux variables aléatoires réelles sur (Ω,P) et λ,μ deux réels.
- Espérance d'une constante. Si X est constante égale à c, alors E(X)=c. En particulier E(1)=1.
- Indicatrice. Pour tout événement A, E(1A)=P(A).
- Linéarité. E(λX+μY)=λE(X)+μE(Y).
- Positivité. Si X⩾0, c'est-à-dire si X(ω)⩾0 pour toute issue ω, alors E(X)⩾0.
- Croissance. Si X⩽Y, c'est-à-dire si X(ω)⩽Y(ω) pour toute issue ω, alors E(X)⩽E(Y).
- Inégalité triangulaire. E(X)⩽E(∣X∣).
- Variable centrée. La variable X−E(X) est centrée.
Démonstration. Point 1. Si X est constante égale à c, alors X(Ω)={c} et P(X=c)=1, donc E(X)=c×1=c.
Point 2. La variable 1A prend les valeurs 1 et 0 avec les probabilités P(A) et 1−P(A), donc
E(1A)=1×P(A)+0×(1−P(A))=P(A).Point 3. On utilise la formule sur Ω. Pour toute issue ω, (λX+μY)(ω)=λX(ω)+μY(ω), donc
E(λX+μY)=ω∈Ω∑(λX(ω)+μY(ω))P({ω})=λω∈Ω∑X(ω)P({ω})+μω∈Ω∑Y(ω)P({ω}),par linéarité de la somme finie, c'est-à-dire E(λX+μY)=λE(X)+μE(Y).
Point 4. Si X⩾0, tous les termes de ∑ω∈ΩX(ω)P({ω}) sont des produits de réels positifs, donc la somme est positive.
Point 5. Si X⩽Y, la variable Y−X est positive, donc E(Y−X)⩾0 par le point 4 ; la linéarité donne E(Y)−E(X)⩾0.
Point 6. Pour toute issue ω, −∣X(ω)∣⩽X(ω)⩽∣X(ω)∣, c'est-à-dire −∣X∣⩽X⩽∣X∣. La croissance et la linéarité donnent −E(∣X∣)⩽E(X)⩽E(∣X∣), ce qui équivaut à E(X)⩽E(∣X∣).
Point 7. Par linéarité et par le point 1, E(X−E(X))=E(X)−E(X)=0. □
Il faut mesurer la portée du point 3 : la linéarité de l'espérance ne demande aucune hypothèse sur les variables. Elle vaut même si X et Y sont fortement liées, même si Y=X2, même si l'on ne sait rien de la loi conjointe. C'est ce qui en fait l'outil le plus puissant du chapitre, et c'est ce qui distingue radicalement l'espérance de la variance, laquelle, elle, ne s'ajoute pas sans hypothèse.
Formule de transfert
Propriété
Formule de transfert. Soient X une variable aléatoire sur (Ω,P) à valeurs dans E et f:E→R une application. Alors
E(f(X))=x∈X(Ω)∑f(x)P(X=x).Version pour un couple. Si X et Y sont deux variables aléatoires et g une application définie sur X(Ω)×Y(Ω) à valeurs réelles, alors
E(g(X,Y))=x∈X(Ω)∑y∈Y(Ω)∑g(x,y)P(X=x,Y=y).Démonstration. Appliquons à la variable réelle f(X) la formule de l'espérance sur Ω :
E(f(X))=ω∈Ω∑f(X(ω))P({ω}).Regroupons les issues selon la valeur prise par X, en utilisant le système complet ((X=x))x∈X(Ω) :
E(f(X))=x∈X(Ω)∑ ω∈(X=x)∑f(X(ω))P({ω})=x∈X(Ω)∑f(x)ω∈(X=x)∑P({ω})=x∈X(Ω)∑f(x)P(X=x),puisque f(X(ω))=f(x) est constante sur (X=x) et que la somme des masses des singletons de (X=x) vaut P(X=x).
Pour la version couple, on applique ce qui précède à la variable aléatoire Z=(X,Y), à valeurs dans X(Ω)×Y(Ω), et à la fonction g. Il vient
E(g(X,Y))=(x,y)∈X(Ω)×Y(Ω)∑g(x,y)P((X,Y)=(x,y)),et l'on reconnaît la somme double annoncée, car P((X,Y)=(x,y))=P(X=x,Y=y). La même démonstration s'étend telle quelle à un n-uplet. □
L'intérêt de la formule est dans son nom : elle transfère le calcul de E(f(X)) sur la loi de X, sans qu'il soit nécessaire de déterminer la loi de f(X). C'est un gain de temps considérable, car la loi de f(X) demande de fusionner des valeurs et de sommer des probabilités, travail entièrement évité.
Exemple
Transfert sur un dé. Soit X∼U([[1,6]]). Alors, sans chercher la loi de X2,
E(X2)=k=1∑6k2×61=61+4+9+16+25+36=691≈15,17.On notera que E(X2)=691=(27)2=449 : l'espérance ne commute pas avec le carré, et il est faux d'écrire E(X2)=E(X)2. L'écart entre les deux, ici 691−449=12182−147=1235, s'appellera la variance.
La méthode des indicatrices
Méthode
Somme d'indicatrices. Pour calculer l'espérance d'une variable qui compte un nombre d'objets vérifiant une certaine condition, il est presque toujours inutile de déterminer sa loi. On procède ainsi.
- Repérer les objets susceptibles d'être comptés : les indexer par i∈[[1,n]], et noter Ai l'événement « l'objet i est compté ».
- Écrire la variable comme une somme d'indicatrices : X=i=1∑n1Ai, en justifiant l'égalité issue par issue.
- Appliquer la linéarité de l'espérance et E(1Ai)=P(Ai) :
- Calculer chaque P(Ai) séparément, ce qui est en général élémentaire.
Le point capital est que cette méthode ne demande aucune indépendance entre les Ai, et qu'elle fonctionne même lorsque la loi de X est inaccessible en pratique.
Exemple
Combien de faces différentes en lançant cinq dés ? On lance cinq dés équilibrés et l'on note X le nombre de faces qui apparaissent au moins une fois ; X prend ses valeurs dans [[1,5]]. Sa loi est pénible à écrire, son espérance est immédiate.
Pour k∈[[1,6]], notons Ak l'événement « la face k apparaît au moins une fois ». Pour toute issue ω, le nombre de faces apparues est le nombre d'indices k tels que ω∈Ak, donc
X=k=1∑61Ak.Calculons P(Ak) par passage au complémentaire : l'événement Ak signifie que les cinq dés évitent la face k, ce qui, l'univers étant [[1,6]]5 muni de la probabilité uniforme, a pour probabilité 6555=77763125. Donc
P(Ak)=1−77763125=77764651≈0,598.Par linéarité de l'espérance, les six termes étant égaux,
E(X)=k=1∑6P(Ak)=6×77764651=12964651≈3,59.En lançant cinq dés, on voit donc en moyenne environ 3,6 faces différentes. Remarquons que les événements Ak ne sont pas indépendants (si cinq faces sont apparues, la sixième ne peut pas l'être avec cinq dés), ce qui n'a gêné en rien le calcul.
Espérance des lois usuelles
Propriété
- Si X∼U([[1,n]]), alors E(X)=2n+1.
- Si X∼B(p), alors E(X)=p.
- Si X∼B(n,p), alors E(X)=np.
Démonstration. Point 1. Par définition et par la formule de la somme des premiers entiers,
E(X)=k=1∑nk×n1=n1×2n(n+1)=2n+1.Point 2. E(X)=1×p+0×(1−p)=p.
Point 3, première méthode : par la formule de transfert. On part de la définition et l'on utilise l'identité k(kn)=n(k−1n−1), valable pour k∈[[1,n]], qui se vérifie sur les factorielles :
k(kn)=k×k!(n−k)!n!=(k−1)!(n−k)!n!=n×(k−1)!((n−1)−(k−1))!(n−1)!=n(k−1n−1).Le terme d'indice k=0 étant nul, il vient
E(X)=k=0∑nk(kn)pk(1−p)n−k=k=1∑nn(k−1n−1)pk(1−p)n−k=npk=1∑n(k−1n−1)pk−1(1−p)n−k.Le changement d'indice j=k−1 transforme la somme en
j=0∑n−1(jn−1)pj(1−p)(n−1)−j=(p+(1−p))n−1=1par la formule du binôme, d'où E(X)=np.
Point 3, seconde méthode : par les indicatrices. Une variable de loi B(n,p) a la même loi que S=X1+⋯+Xn où les Xi sont indépendantes de loi B(p), d'après le théorème sur la somme de Bernoulli. Comme l'espérance ne dépend que de la loi, la linéarité donne immédiatement
E(X)=E(S)=i=1∑nE(Xi)=np.□La comparaison des deux méthodes est instructive : la première est un exercice de calcul sur les coefficients binomiaux, la seconde tient en une ligne. Chaque fois qu'une variable se décompose en somme, il faut préférer la décomposition au calcul direct.
Espérance d'un produit
Propriété
Si X et Y sont deux variables aléatoires réelles indépendantes, alors
E(XY)=E(X)E(Y).Démonstration. Appliquons la formule de transfert pour un couple à la fonction g(x,y)=xy :
E(XY)=x∈X(Ω)∑y∈Y(Ω)∑xyP(X=x,Y=y).L'indépendance de X et Y permet de remplacer P(X=x,Y=y) par P(X=x)P(Y=y), puis de séparer les variables dans la somme double :
E(XY)=x∈X(Ω)∑y∈Y(Ω)∑(xP(X=x))(yP(Y=y))=x∈X(Ω)∑xP(X=x)y∈Y(Ω)∑yP(Y=y)=E(X)E(Y).□L'implication n'est pas une équivalence : il existe des variables non indépendantes vérifiant E(XY)=E(X)E(Y), et nous en construirons une dans la section suivante. Écrire E(XY)=E(X)E(Y) sans avoir justifié l'indépendance est l'une des fautes les plus lourdement sanctionnées du chapitre.
Variance, écart type et covariance
Variance et écart type
Définition
Soit X une variable aléatoire réelle sur un espace probabilisé fini, d'espérance m=E(X). On appelle variance de X le réel
V(X)=E((X−m)2)=x∈X(Ω)∑(x−m)2P(X=x),la seconde écriture venant de la formule de transfert appliquée à f:x↦(x−m)2.
On appelle écart type de X le réel σ(X)=V(X).
La variance mesure la dispersion de X autour de sa moyenne : c'est la moyenne des carrés des écarts à l'espérance. L'écart type a l'avantage de s'exprimer dans la même unité que X, ce qui le rend directement comparable à E(X).
Propriété
Pour toute variable aléatoire réelle X :
- V(X)⩾0, donc σ(X) est bien défini ;
- V(X)=0 si et seulement si P(X=E(X))=1, c'est-à-dire si et seulement si X est presque sûrement constante.
Démonstration. Point 1. La variable (X−m)2 est positive, donc son espérance l'est par positivité de l'espérance.
Point 2. Écrivons V(X)=∑x∈X(Ω)(x−m)2P(X=x). C'est une somme finie de termes tous positifs, donc elle est nulle si et seulement si chacun de ses termes est nul, c'est-à-dire si et seulement si, pour toute valeur x∈X(Ω),
(x−m)2P(X=x)=0⟺(x=m ou P(X=x)=0).Autrement dit, toute valeur de probabilité non nulle est égale à m. En sommant les probabilités du système complet associé à X, il reste P(X=m)=1. Réciproquement, si P(X=m)=1, tous les autres termes sont nuls et V(X)=(m−m)2×1=0. □
Koenig-Huygens et transformation affine
Propriété
Formule de Koenig-Huygens. Pour toute variable aléatoire réelle X,
V(X)=E(X2)−E(X)2.Démonstration. Posons m=E(X), qui est un réel constant. En développant le carré, puis en utilisant la linéarité de l'espérance et le fait que l'espérance d'une constante est cette constante,
V(X)=E((X−m)2)=E(X2−2mX+m2)=E(X2)−2mE(X)+m2=E(X2)−2m2+m2=E(X2)−m2.C'est la formule annoncée. □
C'est cette formule qu'on utilise dans tous les calculs pratiques : on calcule E(X) et E(X2) par transfert, puis on soustrait. Un contrôle gratuit en découle : on doit toujours trouver E(X2)⩾E(X)2, faute de quoi il y a une erreur de calcul.
Propriété
Pour toute variable aléatoire réelle X et tous réels a et b,
V(aX+b)=a2V(X),σ(aX+b)=∣a∣σ(X).Démonstration. Par linéarité, E(aX+b)=aE(X)+b=am+b, donc
(aX+b)−E(aX+b)=aX+b−am−b=a(X−m).En élevant au carré puis en prenant l'espérance, et en utilisant à nouveau la linéarité pour sortir la constante a2,
V(aX+b)=E(a2(X−m)2)=a2E((X−m)2)=a2V(X).En prenant la racine carrée et en se souvenant que a2=∣a∣, on obtient l'égalité sur les écarts types. □
Deux lectures : d'une part la variance est insensible à une translation, ce qui est logique puisqu'elle mesure une dispersion et non une position ; d'autre part elle est quadratique en a, ce qui explique la présence du carré et le passage à l'écart type pour retrouver l'homogénéité.
Définition
Soit X une variable aléatoire réelle telle que σ(X)>0. La variable centrée réduite associée à X est
X∗=σ(X)X−E(X).Elle vérifie E(X∗)=0 et V(X∗)=1.
En effet, la linéarité donne E(X∗)=σ(X)E(X)−E(X)=0, et la propriété précédente, appliquée avec a=σ(X)1 et b=−σ(X)E(X), donne V(X∗)=σ(X)2V(X)=1.
Variance des lois usuelles
Propriété
- Si X∼B(p), alors V(X)=p(1−p).
- Si X∼U([[1,n]]), alors V(X)=12n2−1.
- Si X∼B(n,p), alors V(X)=np(1−p).
Démonstration. Point 1. La variable X étant à valeurs dans {0,1}, on a X2=X, donc E(X2)=E(X)=p. Koenig-Huygens donne
V(X)=p−p2=p(1−p).Point 2. On connaît E(X)=2n+1. Par transfert et par la formule de la somme des carrés des premiers entiers,
E(X2)=k=1∑nk2×n1=n1×6n(n+1)(2n+1)=6(n+1)(2n+1).Koenig-Huygens donne alors
V(X)=6(n+1)(2n+1)−4(n+1)2=12(n+1)[2(2n+1)−3(n+1)]=12(n+1)(n−1)=12n2−1.Point 3. La démonstration est donnée plus bas, après la variance d'une somme : elle utilise la décomposition d'une binomiale en somme de Bernoulli indépendantes. □
Exemple
Un dé équilibré. Pour X∼U([[1,6]]), on a E(X)=27=3,5 et
V(X)=1262−1=1235≈2,92,σ(X)=1235≈1,71.On retrouve bien la valeur obtenue par Koenig-Huygens à la section précédente : E(X2)−E(X)2=691−449=1235.
Covariance
Définition
Soient X et Y deux variables aléatoires réelles sur le même espace probabilisé. On appelle covariance de X et Y le réel
Cov(X,Y)=E((X−E(X))(Y−E(Y))).On dit que X et Y sont décorrélées lorsque Cov(X,Y)=0.
Propriété
Soient X, Y, Z des variables aléatoires réelles et a, b des réels.
- Cov(X,X)=V(X) ;
- symétrie : Cov(X,Y)=Cov(Y,X) ;
- bilinéarité : Cov(aX+bY,Z)=aCov(X,Z)+bCov(Y,Z), et de même par rapport à la seconde variable ;
- Cov(X,Y)=E(XY)−E(X)E(Y).
Démonstration. Point 1. C'est la définition de la variance : Cov(X,X)=E((X−E(X))2)=V(X).
Point 2. Le produit de deux réels est commutatif, donc les deux expressions sont identiques.
Point 4. Notons m=E(X) et m′=E(Y). En développant le produit puis en utilisant la linéarité de l'espérance :
Cov(X,Y)=E(XY−m′X−mY+mm′)=E(XY)−m′E(X)−mE(Y)+mm′=E(XY)−m′m−mm′+mm′=E(XY)−E(X)E(Y).Point 3. En utilisant le point 4 et la linéarité de l'espérance, avec E(aX+bY)=aE(X)+bE(Y) :
Cov(aX+bY,Z)=E((aX+bY)Z)−E(aX+bY)E(Z)=aE(XZ)+bE(YZ)−aE(X)E(Z)−bE(Y)E(Z)=a(E(XZ)−E(X)E(Z))+b(E(YZ)−E(Y)E(Z))=aCov(X,Z)+bCov(Y,Z).La bilinéarité par rapport à la seconde variable s'en déduit par symétrie. □
Propriété
Si X et Y sont indépendantes, alors elles sont décorrélées : Cov(X,Y)=0.
Démonstration. L'indépendance donne E(XY)=E(X)E(Y), donc Cov(X,Y)=E(XY)−E(X)E(Y)=0. □
La réciproque est fausse, et le contre-exemple suivant doit être su par cœur.
Exemple
Décorrélées mais dépendantes. Soit X de loi uniforme sur {−1,0,1}, c'est-à-dire P(X=−1)=P(X=0)=P(X=1)=31, et posons Y=X2.
Calcul de la covariance. Par symétrie de la loi, E(X)=3−1+0+1=0. Par transfert, E(XY)=E(X3)=3(−1)3+03+13=0. Donc
Cov(X,Y)=E(XY)−E(X)E(Y)=0−0×E(Y)=0:les deux variables sont décorrélées.
Elles ne sont pourtant pas indépendantes. La variable Y prend les valeurs 0 et 1, avec P(Y=0)=P(X=0)=31. Or
P(X=0, Y=0)=P(X=0)=31,alors queP(X=0)P(Y=0)=31×31=91.Comme 31=91, les variables ne sont pas indépendantes. C'est même le contraire : Y est une fonction de X, donc entièrement déterminée par elle. La covariance ne détecte que les liens de nature affine ; le lien quadratique entre X et X2 lui échappe complètement.
Exemple
Une covariance sur un tableau croisé. Reprenons le tableau de la section précédente, avec P(X=1)=32 et la loi de Y donnée par 124, 125, 123 en 0, 1, 2. On a
E(X)=32,E(Y)=0×124+1×125+2×123=1211.Par transfert sur le couple, seuls les termes avec x=1 et y=0 contribuent :
E(XY)=1×1×123+1×2×122=123+124=127.Donc
Cov(X,Y)=127−32×1211=3621−3622=−361≈−0,028.La covariance est négative mais très faible : les deux variables varient légèrement en sens contraire. On retrouve au passage qu'elles ne sont pas indépendantes, puisque leur covariance n'est pas nulle.
Variance d'une somme
Propriété
Soient X et Y deux variables aléatoires réelles. Alors
V(X+Y)=V(X)+V(Y)+2Cov(X,Y).Plus généralement, pour X1,…,Xn des variables aléatoires réelles,
V(i=1∑nXi)=i=1∑nV(Xi)+21⩽i<j⩽n∑Cov(Xi,Xj).Si les Xi sont deux à deux décorrélées (en particulier si elles sont indépendantes), alors
V(i=1∑nXi)=i=1∑nV(Xi).Démonstration. Cas de deux variables. En utilisant V(Z)=Cov(Z,Z) puis la bilinéarité et la symétrie de la covariance,
V(X+Y)=Cov(X+Y, X+Y)=Cov(X,X)+Cov(X,Y)+Cov(Y,X)+Cov(Y,Y)=V(X)+V(Y)+2Cov(X,Y).Cas général. Posons S=∑i=1nXi. La bilinéarité de la covariance, appliquée successivement à chaque argument, donne
V(S)=Cov(i=1∑nXi, j=1∑nXj)=i=1∑nj=1∑nCov(Xi,Xj).On isole dans cette somme double les n termes diagonaux i=j, qui valent Cov(Xi,Xi)=V(Xi), et l'on regroupe les termes hors diagonale par paires : pour i=j, les deux termes Cov(Xi,Xj) et Cov(Xj,Xi) sont égaux par symétrie. D'où
V(S)=i=1∑nV(Xi)+21⩽i<j⩽n∑Cov(Xi,Xj).Cas décorrélé. Si Cov(Xi,Xj)=0 pour tous i=j, la seconde somme est nulle. Et si les Xi sont indépendantes, toute sous-famille l'est, en particulier chaque paire (Xi,Xj), donc chaque covariance est nulle d'après la propriété précédente. □
Contrairement à l'espérance, la variance ne s'ajoute pas sans hypothèse. Écrire V(X+Y)=V(X)+V(Y) suppose la décorrélation, et il faut la justifier. Notons d'ailleurs, en guise de garde-fou, que V(X+X)=V(2X)=4V(X) et non 2V(X).
Propriété
Variance de la loi binomiale. Si X∼B(n,p), alors V(X)=np(1−p).
Démonstration. La variable X a la même loi que S=X1+⋯+Xn, où X1,…,Xn sont indépendantes de loi B(p), d'après le théorème sur la somme de Bernoulli. La variance ne dépendant que de la loi, il suffit de calculer V(S). Les Xi étant indépendantes, elles sont deux à deux décorrélées, donc les variances s'ajoutent :
V(X)=V(S)=i=1∑nV(Xi)=i=1∑np(1−p)=np(1−p).□Exemple
Contrôle sur un lot. Une machine produit des pièces dont 4 % sont défectueuses, indépendamment les unes des autres. On prélève 200 pièces. Le nombre X de pièces défectueuses suit B(200;0,04), donc
E(X)=200×0,04=8,V(X)=200×0,04×0,96=7,68,σ(X)=7,68≈2,77.On s'attend donc à environ 8 pièces défectueuses, avec une fluctuation typique de moins de 3 pièces.
Somme de deux dés. Si S=X1+X2 avec X1 et X2 indépendantes de loi U([[1,6]]), alors E(S)=7 et, par indépendance,
V(S)=V(X1)+V(X2)=2×1235=635≈5,83,σ(S)≈2,42.Inégalités probabilistes et loi faible des grands nombres
Inégalité de Markov
Propriété
Inégalité de Markov. Soit X une variable aléatoire réelle positive, c'est-à-dire telle que X(ω)⩾0 pour toute issue ω. Alors, pour tout réel a>0,
P(X⩾a)⩽aE(X).Démonstration. Notons A=(X⩾a) et considérons la variable aléatoire a1A. Montrons l'inégalité a1A⩽X, issue par issue.
Soit ω∈Ω. Si ω∈A, alors 1A(ω)=1 et X(ω)⩾a par définition de A, donc a1A(ω)=a⩽X(ω). Si ω∈/A, alors a1A(ω)=0⩽X(ω) puisque X est positive. L'inégalité est donc vraie partout.
Par croissance puis linéarité de l'espérance, et en utilisant E(1A)=P(A),
aP(X⩾a)=E(a1A)⩽E(X).Comme a>0, on peut diviser par a sans changer le sens de l'inégalité, ce qui donne le résultat. □
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev
Propriété
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Soit X une variable aléatoire réelle d'espérance m et de variance V(X). Alors, pour tout réel ε>0,
P(∣X−m∣⩾ε)⩽ε2V(X).Démonstration. Posons Y=(X−m)2. C'est une variable aléatoire positive, d'espérance E(Y)=V(X) par définition de la variance. Comme ε>0, on a l'équivalence, valable pour toute issue,
∣X−m∣⩾ε⟺(X−m)2⩾ε2,la fonction carré étant croissante sur R+ ; les deux événements (∣X−m∣⩾ε) et (Y⩾ε2) sont donc égaux. L'inégalité de Markov appliquée à la variable positive Y avec le seuil a=ε2>0 donne alors
P(∣X−m∣⩾ε)=P(Y⩾ε2)⩽ε2E(Y)=ε2V(X).□Qualité des majorations
Ces deux inégalités partagent une même caractéristique, qui est à la fois leur force et leur faiblesse : elles n'utilisent presque rien de la loi de X, seulement son espérance pour Markov, son espérance et sa variance pour Bienaymé-Tchebychev. Elles sont donc universelles, applicables sans jamais calculer une loi, ce qui est exactement ce dont on a besoin pour démontrer un théorème général comme la loi des grands nombres. En contrepartie, sur un exemple précis, elles sont souvent très pessimistes.
Exemple
Une majoration honnête mais large. Soit X∼B(100;21), le nombre de piles sur 100 lancers d'une pièce équilibrée. On a E(X)=50 et V(X)=100×21×21=25. Bienaymé-Tchebychev avec ε=15 donne
P(∣X−50∣⩾15)⩽15225=22525=91≈0,111.La majoration est correcte, mais la valeur exacte, obtenue en sommant les termes binomiaux correspondants, vaut environ 0,0035 : l'inégalité surestime la probabilité d'un facteur trente environ. Il ne faut donc pas attendre d'elle une estimation fine, mais une garantie valable quelle que soit la loi.
Notons aussi que Markov ne dit rien lorsque a⩽E(X), puisque la majoration dépasse alors 1, et que Bienaymé-Tchebychev ne dit rien lorsque ε⩽σ(X), pour la même raison. Ces inégalités ne deviennent informatives qu'à partir d'un écart de plusieurs écarts types.
Loi faible des grands nombres
Propriété
Loi faible des grands nombres, forme non asymptotique. Soient n∈N∗ et X1,…,Xn des variables aléatoires réelles indépendantes et de même loi, d'espérance commune m et de variance commune σ2. Posons
Mn=n1i=1∑nXi(moyenne empirique).Alors E(Mn)=m, V(Mn)=nσ2, et pour tout réel ε>0,
P(∣Mn−m∣⩾ε)⩽nε2σ2.Démonstration. Espérance. Par linéarité de l'espérance, sans aucune hypothèse d'indépendance,
E(Mn)=n1i=1∑nE(Xi)=n1×nm=m.Variance. Les Xi étant indépendantes, elles sont deux à deux décorrélées, donc les variances s'ajoutent :
V(i=1∑nXi)=i=1∑nV(Xi)=nσ2.La formule V(aX)=a2V(X), appliquée avec a=n1, donne alors
V(Mn)=n21×nσ2=nσ2.Majoration. La variable Mn a pour espérance m et pour variance nσ2 ; l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev appliquée à Mn donne directement, pour tout ε>0,
P(∣Mn−m∣⩾ε)⩽ε2V(Mn)=nε2σ2.□Le contenu du théorème tient dans le facteur n1 : à précision ε fixée, la probabilité d'un écart d'au moins ε entre la moyenne observée et l'espérance est majorée par une quantité qui tend vers 0 lorsque n augmente, et qui est explicitement calculable. C'est ce caractère explicite, non asymptotique, qui rend l'énoncé utilisable en pratique : il ne dit pas seulement que « ça finit par marcher », il dit à partir de quel n.
Interprétation fréquentiste et taille d'échantillon
Propriété
Cas de Bernoulli. Soient A un événement de probabilité p et X1,…,Xn des variables indépendantes de loi B(p), où Xi vaut 1 si A est réalisé lors de la i-ième répétition de l'expérience. La fréquence empirique Fn=n1∑i=1nXi vérifie alors, pour tout ε>0,
P(∣Fn−p∣⩾ε)⩽nε2p(1−p)⩽4nε21.Démonstration. Les Xi sont indépendantes de même loi B(p), d'espérance p et de variance p(1−p). La loi faible des grands nombres appliquée à ces variables donne la première majoration.
Pour la seconde, il suffit de montrer que p(1−p)⩽41 pour tout p∈[0,1]. Or
41−p(1−p)=41−p+p2=(p−21)2⩾0,ce qui donne bien p(1−p)⩽41, avec égalité si et seulement si p=21. □
Voilà enfin la justification de l'intuition fréquentiste avec laquelle nous avons ouvert le chapitre. Répétez un grand nombre de fois, indépendamment, une même expérience : la fréquence d'apparition de l'événement A s'écarte de P(A) de plus de ε avec une probabilité majorée par 4nε21, quantité aussi petite qu'on veut pourvu que n soit grand. La probabilité, définie au début comme une masse abstraite répartie sur un univers, se manifeste donc bien, sur le long terme, comme une fréquence observable. Notons que la majoration 4nε21 ne dépend plus de p : elle est utilisable même lorsque la valeur de p est inconnue, ce qui est précisément la situation d'un sondage.
Méthode
Quelle taille d'échantillon pour telle précision ? On veut estimer une proportion inconnue p par la fréquence observée Fn, avec une précision ε et un risque α, c'est-à-dire garantir
P(∣Fn−p∣⩾ε)⩽α.- Écrire la majoration universelle : P(∣Fn−p∣⩾ε)⩽4nε21.
- Il suffit donc d'imposer 4nε21⩽α, condition suffisante.
- Résoudre en n : n⩾4αε21.
- Prendre pour n le plus petit entier vérifiant cette inégalité, et signaler que la condition obtenue est suffisante mais non nécessaire, la majoration étant pessimiste.
Exemple
Dimensionner un sondage. On veut estimer la proportion p d'électeurs favorables à une mesure, avec une précision de 2 points de pourcentage et un risque de 5 %. On prend donc ε=0,02 et α=0,05, et la méthode donne
n⩾4×0,05×(0,02)21=4×0,05×0,00041=0,000081=12500.Il suffit donc d'interroger 12500 personnes, choisies indépendamment, pour garantir que la fréquence observée s'écarte de p de moins de 2 points avec une probabilité d'au moins 95 %.
Si l'on exige une précision de 1 point à risque égal, il vient
n⩾4×0,05×(0,01)21=0,000021=50000,soit quatre fois plus. C'est la loi générale : la taille d'échantillon nécessaire croît comme ε21, donc diviser par deux la marge d'erreur coûte quatre fois plus de mesures. Ces effectifs sont très supérieurs à ceux des instituts de sondage réels, qui utilisent des majorations plus fines que Bienaymé-Tchebychev ; l'ordre de grandeur du ε21, lui, est le bon.
Méthodes et pièges
Choisir son univers
Méthode
Trois questions avant tout calcul.
- L'ordre intervient-il ? Si l'énoncé parle de « premier tiré », « dans l'ordre », ou si les objets sont numérotés et discernables, prendre un univers de listes. Si seule la composition finale compte, un univers de parties suffit.
- Y a-t-il répétition possible ? Avec remise : np. Sans remise : (n−p)!n! pour les listes, (pn) pour les parties.
- L'équiprobabilité est-elle légitime ? Elle l'est si les objets sont indiscernables et le tirage au hasard. Elle ne l'est presque jamais sur un univers de « résultats agrégés » (sommes, nombres de succès, couleurs) : dans ce cas, revenir à un univers d'issues élémentaires symétriques.
Une fois l'univers choisi, ne plus en changer : compter les cas favorables avec des objets du même type que ceux qui composent Ω.
Conditionner ou dénombrer
Face à un tirage sans remise, deux voies s'offrent, également correctes. Le dénombrement convient quand l'événement se décrit par une composition finale (« exactement deux rouges ») : on compte des parties et l'on divise. Le conditionnement convient quand l'événement se décrit par une chronologie (« la première est rouge et la deuxième verte ») : on multiplie les probabilités successives, la composition de l'urne évoluant à chaque tirage. Nous avons vu les deux donner 285 sur le même exemple. Le conditionnement devient obligatoire dès que l'expérience comporte des étapes de nature différente (on choisit d'abord une urne, puis on y tire une boule), car il n'y a plus alors d'univers uniforme naturel : c'est le domaine des arbres et de la formule des probabilités totales.
Passer au complémentaire
Méthode
Reconnaître les énoncés qui l'exigent. Trois formulations doivent déclencher automatiquement le réflexe du contraire.
- « au moins un » : son contraire est « aucun », c'est-à-dire une intersection, souvent un produit sous hypothèse d'indépendance.
- « au moins deux », « pas tous » : contraire respectivement de « au plus un » et de « tous ».
- toute réunion de trois événements ou plus dont on veut la probabilité exacte, puisque la formule du crible est hors programme.
Le calcul type est P(⋃i=1nAi)=1−∏i=1n(1−P(Ai)) lorsque les Ai sont mutuellement indépendants.
Utiliser les indicatrices
Trois signaux indiquent que la méthode des indicatrices est la bonne : la variable compte quelque chose ; sa loi paraît difficile ou fastidieuse ; on ne demande que l'espérance. Dans ce cas, écrire X=∑i1Ai, appliquer la linéarité, calculer chaque P(Ai). Rappelons que l'indépendance n'est jamais requise. Si en revanche l'énoncé demande la variance d'une telle somme, l'indépendance ou au moins la décorrélation devient nécessaire, sans quoi il faut calculer toutes les covariances Cov(1Ai,1Aj).
Reconnaître une loi binomiale
Méthode
Quatre conditions, toutes obligatoires. Une variable X suit B(n,p) lorsque :
- l'expérience consiste en un nombre fixé à l'avance de n épreuves ;
- chaque épreuve n'a que deux issues, succès ou échec ;
- les épreuves sont indépendantes ;
- la probabilité de succès p est la même à chaque épreuve ;
et que X compte le nombre total de succès.
Les trois pièges classiques correspondent chacun à la violation d'une de ces conditions.
Piège 1 : épreuves non indépendantes. Si le résultat d'une épreuve influence la suivante (une machine qui s'échauffe, un joueur qui apprend, un composant dont la panne surcharge les autres), la loi n'est pas binomiale, même si chaque épreuve est bien à deux issues.
Piège 2 : probabilité de succès variable. Si p change d'une épreuve à l'autre, la somme des indicatrices reste une variable parfaitement définie, d'espérance ∑pi par linéarité, mais sa loi n'est pas binomiale.
Piège 3 : tirage sans remise. C'est le piège le plus fréquent. Un tirage sans remise viole à la fois l'indépendance et la constance de p, puisque la composition de l'urne évolue.
Exemple
Avec ou sans remise : l'écart chiffré. Reprenons l'urne de 10 jetons dont 4 rouges, et le nombre X de jetons rouges obtenus en 3 tirages.
Avec remise. Les trois tirages sont indépendants et la probabilité de tirer rouge vaut 0,4 à chaque fois, donc X∼B(3;0,4) et
P(X=2)=(23)(0,4)2(0,6)=3×0,16×0,6=0,288.Sans remise. La loi n'est plus binomiale, et le calcul se fait par dénombrement, comme au début du chapitre :
P(X=2)=(310)(24)(16)=12036=0,3.Les deux valeurs sont proches mais différentes, et appliquer la formule binomiale au tirage sans remise serait une faute de modélisation, même si l'erreur numérique est ici modeste. Elle grandit à mesure que la taille de l'échantillon se rapproche de celle de la population.
Erreurs classiques
Confondre incompatible et indépendant. Deux événements incompatibles de probabilités non nulles sont dépendants au plus haut point. « Incompatible » se traduit par A∩B=∅, « indépendant » par P(A∩B)=P(A)P(B) : rien à voir.
Oublier de vérifier P(B)>0 avant d'écrire PB. Le quotient n'existe pas sinon. De même, la formule des probabilités totales dans sa forme usuelle exige P(Ai)>0 pour tout i ; à défaut, il faut invoquer la version avec convention.
Écrire E(XY)=E(X)E(Y) sans indépendance. L'égalité est fausse en général : elle équivaut exactement à Cov(X,Y)=0. Ne l'utiliser qu'après avoir énoncé et justifié l'indépendance.
Croire que décorrélé implique indépendant. La covariance ne capte que la partie affine du lien. Le couple (X,X2) avec X uniforme sur {−1,0,1} est décorrélé et pourtant l'une des variables est fonction de l'autre.
Additionner les variances sans hypothèse. V(X+Y)=V(X)+V(Y)+2Cov(X,Y) ; le terme croisé ne disparaît que si les variables sont décorrélées.
Appliquer une formule de crible. Pour trois événements ou plus, aucune formule d'inclusion-exclusion n'est disponible en PCSI : complémentaire, découpage disjoint, ou majoration.
Confondre E(X2) et E(X)2. Leur différence est la variance, qui est nulle seulement pour une variable presque sûrement constante.
Oublier le contrôle final. Une loi doit sommer à 1, une probabilité doit appartenir à [0,1], une variance doit être positive, et une espérance doit tomber entre la plus petite et la plus grande valeur de la variable. Ces quatre vérifications coûtent trente secondes et détectent la grande majorité des erreurs de calcul.
Les exercices
36 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Décrire un univers et des événements
Expérience aléatoire, univers fini, événements, systèmes complets d'événements
Une urne contient cinq jetons indiscernables au toucher, numérotés de 1 à 5. On tire successivement et sans remise deux jetons de cette urne. On note le résultat sous la forme d'un couple, le premier nombre désignant le numéro du jeton tiré en premier et le second celui du jeton tiré en second.
-
Décrire l'univers Ω associé à cette expérience et donner card(Ω). Expliquer pourquoi cette modélisation rend légitime l'hypothèse d'équiprobabilité.
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Écrire en extension les événements A : « la somme des deux numéros vaut 6 » et B : « le premier numéro tiré est pair », puis donner leur cardinal.
-
Décrire A∩B, A∪B et A, et donner le cardinal de chacun. Les événements A et B sont-ils incompatibles ?
-
Donner deux systèmes complets d'événements différents associés à cette expérience, en vérifiant à chaque fois la définition.
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On note C : « le premier numéro tiré vaut 5 » et D : « le second numéro tiré vaut 5 ». Traduire en langage ensembliste les trois phrases suivantes, puis donner le cardinal de l'événement obtenu : « au moins un des deux numéros vaut 5 » ; « aucun des deux numéros ne vaut 5 » ; « exactement un des deux numéros vaut 5 ».
-
On aurait pu prendre pour univers l'ensemble des paires {i,j} de numéros distincts, sans tenir compte de l'ordre des tirages. Pourquoi ce second modèle est-il inadapté à l'étude menée ici ?
Exercice 2 ★★★★ — Calculer avec une distribution de probabilité
Probabilité sur un univers fini, distribution, propriétés et calculsExpérience aléatoire, univers fini, événements, systèmes complets d'événements
Un banc d'essai teste un capteur et renvoie l'un des cinq codes d'état ω1, ω2, ω3, ω4, ω5, du plus favorable au plus dégradé. On modélise l'expérience par l'univers Ω={ω1,ω2,ω3,ω4,ω5} et l'on admet que la probabilité du code ωi est proportionnelle à i, c'est-à-dire qu'il existe un réel a tel que
P({ωi})=aipour tout i∈[[1,5]].On considère les événements A={ω1,ω2}, B={ω2,ω3} et C={ω1,ω2,ω4}.
-
Déterminer a et vérifier que l'on définit bien ainsi une distribution de probabilité sur Ω.
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Calculer P(A), P(B), P(A∩B) et P(A∪B), puis contrôler la formule de la probabilité d'une réunion de deux événements.
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Calculer P(A∖B) et P(A) en justifiant les formules utilisées.
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Vérifier que A⊂C, comparer P(A) et P(C), puis démontrer la propriété de croissance dans le cas général.
-
Majorer P(A∪B∪C) sans utiliser de formule d'inclusion-exclusion, puis calculer la valeur exacte de P(A∪B∪C) en décomposant cette réunion en événements deux à deux incompatibles. Commenter la qualité de la majoration.
Exercice 3 ★★★★ — Tirage simultané et calculs par dénombrement
Probabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementProbabilité sur un univers fini, distribution, propriétés et calculs
Une urne contient 10 boules indiscernables au toucher : 4 boules rouges et 6 boules bleues. Les boules portent toutes un numéro différent, elles sont donc deux à deux distinctes. On tire simultanément trois boules de l'urne.
-
Décrire l'univers Ω associé à cette expérience, donner card(Ω) et justifier l'hypothèse d'équiprobabilité.
-
Calculer la probabilité de l'événement R2 : « le tirage contient exactement deux boules rouges ».
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Calculer la probabilité de l'événement R0 : « le tirage ne contient que des boules bleues ».
-
En déduire la probabilité de l'événement S : « le tirage contient au moins une boule rouge ».
-
Calculer la probabilité de l'événement T : « le tirage contient au plus une boule rouge ».
-
Pour k∈[[0,3]], on note Rk : « le tirage contient exactement k boules rouges ». Calculer P(Rk) pour les valeurs manquantes, puis vérifier que la somme des quatre probabilités vaut 1.
Exercice 4 ★★★★ — Premiers calculs de probabilités conditionnelles
Probabilités conditionnelles, formule des probabilités composées
Partie A. Un atelier a reçu 200 pièces, provenant de deux fournisseurs, Alpha et Bêta. Un contrôle les classe en conformes et non conformes. Les effectifs sont les suivants.
| Conforme | Non conforme | Total | |
|---|---|---|---|
| Alpha | 114 | 6 | 120 |
| Bêta | 70 | 10 | 80 |
| Total | 184 | 16 | 200 |
On prélève une pièce au hasard parmi ces 200 pièces, chacune ayant la même probabilité d'être choisie. On note F : « la pièce provient d'Alpha » et D : « la pièce est non conforme ».
-
Calculer P(F), P(D) et P(F∩D).
-
Calculer P(D∣F) et P(D∣F), et interpréter ces deux nombres.
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Calculer P(F∣D) et P(F∣D). Comparer P(D∣F) et P(F∣D), puis vérifier que P(F∣D)+P(F∣D)=1 et expliquer pourquoi ce résultat était prévisible.
Partie B. Une urne contient 8 boules indiscernables au toucher : 5 blanches et 3 noires. On tire successivement et sans remise trois boules. Pour i∈[[1,3]], on note Bi : « la i-ième boule tirée est blanche » et Ni : « la i-ième boule tirée est noire ».
-
Calculer P(B1∩N2∩B3) à l'aide de la formule des probabilités composées, en explicitant à chaque étape le conditionnement utilisé.
-
Calculer P(B1∩B2∩B3), puis en déduire la probabilité de l'événement « le tirage contient au moins une boule noire ».
-
Reprendre la question 4 dans le cas d'un tirage avec remise, et comparer les deux résultats.
Exercice 5 ★★★★ — Un arbre pondéré et la formule des probabilités totales
Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérés
Une usine fabrique des capteurs sur trois chaînes de production. La chaîne 1 assure 50 % de la production, la chaîne 2 en assure 30 % et la chaîne 3 les 20 % restants. Les chaînes n'ont pas la même fiabilité : 2 % des capteurs issus de la chaîne 1 sont défectueux, contre 4 % pour la chaîne 2 et 5 % pour la chaîne 3.
On prélève au hasard un capteur dans la production totale d'une journée. Pour i∈[[1,3]], on note Ci : « le capteur provient de la chaîne i », et D : « le capteur est défectueux ».
-
Traduire les données de l'énoncé en termes de probabilités et de probabilités conditionnelles, puis décrire l'arbre pondéré associé à cette expérience.
-
Justifier que (C1,C2,C3) est un système complet d'événements.
-
Calculer P(C1∩D), P(C2∩D) et P(C3∩D).
-
En déduire P(D) à l'aide de la formule des probabilités totales.
-
Le capteur prélevé est défectueux. Quelle est la probabilité qu'il provienne de la chaîne 2 ?
-
Calculer de même P(C1∣D) et P(C3∣D), vérifier la cohérence des trois résultats et commenter.
Exercice 6 ★★★★ — Deux événements sont-ils indépendants ?
Indépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille finieProbabilité sur un univers fini, distribution, propriétés et calculs
On lance deux dés cubiques équilibrés et discernables, l'un rouge et l'autre vert. On considère les événements suivants :
- A : « le dé rouge donne un résultat pair » ;
- B : « la somme des deux dés vaut 7 » ;
- C : « la somme des deux dés vaut 8 » ;
- M : « les deux dés donnent le même résultat ».
-
Préciser l'univers retenu, justifier l'équiprobabilité, puis calculer P(A), P(B), P(C) et P(M).
-
Les événements A et B sont-ils indépendants ? Interpréter le résultat à l'aide de P(B∣A).
-
Les événements A et C sont-ils indépendants ?
-
Les événements B et M sont-ils incompatibles ? Sont-ils indépendants ? Énoncer et démontrer le résultat général que cet exemple illustre.
-
Vérifier sur le couple (A,B) que A et B sont indépendants, puis démontrer ce résultat dans le cas général.
Exercice 7 ★★★★ — Déterminer la loi d'une variable aléatoire
Variable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelle
Un jeu se joue avec deux dés tétraédriques équilibrés, dont les faces sont numérotées de 1 à 4 : l'un est rouge, l'autre est bleu. Le joueur lance les deux dés ; il gagne, en euros, le nombre indiqué par le dé rouge et perd le nombre indiqué par le dé bleu. On note X le gain algébrique du joueur, en euros.
-
Décrire l'univers Ω retenu, justifier l'équiprobabilité et déterminer X(Ω).
-
Déterminer la loi de X et vérifier que la somme des probabilités obtenues vaut 1.
-
Calculer P(X⩽0) et P(X⩽2).
-
On pose Y=∣X∣, l'écart entre les deux dés. Déterminer Y(Ω) puis la loi de Y, et expliquer pourquoi certaines probabilités de la loi de Y s'obtiennent en additionnant deux probabilités de la loi de X.
-
On note A : « le dé rouge donne 4 ». Déterminer la loi conditionnelle de X sachant A, et reconnaître une loi usuelle.
Exercice 8 ★★★★ — Espérance et variance à partir d'un tableau de loi
Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme
Un atelier dispose de quatre postes de travail. À un instant pris au hasard dans la journée, on note X le nombre de postes occupés. Une étude statistique conduit à modéliser la loi de X par le tableau suivant.
| k | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 |
|---|---|---|---|---|---|
| P(X=k) | 101 | 101 | 103 | 104 | 101 |
-
Vérifier que ce tableau définit bien une loi de probabilité, puis calculer E(X).
-
Calculer E(X2) à l'aide de la formule de transfert.
-
En déduire V(X) par la formule de Koenig-Huygens.
-
Retrouver V(X) en appliquant la définition V(X)=E((X−E(X))2), puis calculer σ(X).
-
Calculer E(3X−2) et V(3X−2) à l'aide des propriétés du cours.
-
Déterminer la variable centrée réduite X∗ associée à X, donner sa loi, et vérifier par le calcul que E(X∗)=0 et V(X∗)=1.
Exercice 9 ★★★★ — Reconnaître une loi uniforme, de Bernoulli ou binomiale
Lois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomialeVariable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelleEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme
Dans chacune des cinq situations suivantes, une variable aléatoire X est définie sur un univers fini. Pour chacune :
- dire si X suit une loi usuelle du cours (uniforme, de Bernoulli, binomiale) et justifier en revenant à la définition : les épreuves sont-elles identiques, indépendantes, et X compte-t-elle un nombre de succès ?
- donner P(X=k) pour toute valeur k prise par X ;
- donner E(X) et V(X).
-
Un générateur pseudo-aléatoire renvoie un entier compris entre 1 et 20, chacun ayant la même probabilité d'être renvoyé. On note X l'entier obtenu.
-
On prélève une pièce au hasard dans un lot où 3 % des pièces sont non conformes. On note X la variable qui vaut 1 si la pièce prélevée est non conforme et 0 sinon.
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On lance 10 fois de suite un dé cubique équilibré. On note X le nombre de 6 obtenus au cours de ces dix lancers.
-
Une urne contient 8 jetons indiscernables au toucher, dont 5 gagnants et 3 perdants. On en tire trois simultanément et l'on note X le nombre de jetons gagnants obtenus.
-
Un atelier possède trois machines, qui fonctionnent indépendamment les unes des autres. Un jour donné, la première tombe en panne avec la probabilité 0,1, la deuxième avec la probabilité 0,2 et la troisième avec la probabilité 0,3. On note X le nombre de machines en panne ce jour-là.
Exercice 10 ★★★★ — Tirages avec remise et tirages sans remise
Probabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementExpérience aléatoire, univers fini, événements, systèmes complets d'événementsProbabilité sur un univers fini, distribution, propriétés et calculs
Un lot de contrôle contient 7 composants électroniques numérotés de 1 à 7, donc deux à deux discernables : les composants 1, 2 et 3 sont défectueux, les composants 4, 5, 6 et 7 sont conformes. Un technicien en prélève 3, selon l'un des deux protocoles suivants.
- Protocole A (avec remise) : il tire un composant au hasard dans le lot, le teste, le remet dans le lot, et recommence, trois fois en tout.
- Protocole B (sans remise) : il tire trois composants l'un après l'autre, sans jamais remettre dans le lot celui qui vient d'être tiré.
Dans les deux cas, à chaque tirage, tous les composants présents dans le lot ont la même probabilité d'être prélevés.
-
Pour chacun des deux protocoles, décrire l'univers Ω retenu, calculer card(Ω) et justifier que la probabilité y est uniforme.
-
Calculer, pour chaque protocole, la probabilité de l'événement U : « le prélèvement contient exactement un composant défectueux ».
-
Même question pour l'événement V : « le prélèvement contient au moins un composant défectueux ».
-
Même question pour l'événement W : « les trois composants prélevés sont tous de la même sorte ».
-
Pour k∈[[0,3]], on note Dk l'événement « le prélèvement contient exactement k composants défectueux ». Dresser le tableau des quatre probabilités P(Dk) pour chacun des deux protocoles, vérifier que chaque ligne somme à 1, puis comparer et commenter.
-
Dans le protocole B, montrer que pour tout k∈[[1,3]], la probabilité que le k-ième composant prélevé soit défectueux ne dépend pas de k.
Exercice 11 ★★★★ — La somme et l'écart de deux dés
Variable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelleEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une sommeCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantes
On lance en même temps un dé cubique équilibré, dont les faces portent les numéros de 1 à 6, et un dé tétraédrique équilibré, dont les faces portent les numéros de 1 à 4. On note X le résultat du dé à six faces et Y celui du dé à quatre faces ; les deux lancers n'ont aucune influence l'un sur l'autre, on admet donc que X et Y sont indépendantes. On pose
S=X+YetD=∣X−Y∣.-
Décrire l'univers Ω, justifier l'équiprobabilité, et donner les lois de X et de Y.
-
Déterminer S(Ω), puis la loi de S sous forme de tableau. Vérifier que les probabilités obtenues somment à 1.
-
Calculer E(S) de deux façons : à partir de la loi obtenue à la question 2, puis par linéarité de l'espérance.
-
Calculer V(S) en exploitant l'indépendance de X et de Y, puis retrouver le résultat à partir de la loi de S.
-
Déterminer la loi de D, puis calculer E(D).
-
Les variables S et D sont-elles indépendantes ? Justifier à l'aide d'un couple de valeurs bien choisi, puis expliquer le phénomène.
Exercice 12 ★★★★ — Un test de dépistage et la formule de Bayes
Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérés
Une maladie touche 0,5 % de la population d'un pays. Un laboratoire commercialise un test de dépistage dont les performances annoncées sont les suivantes :
- sensibilité 98 % : chez une personne malade, le test est positif dans 98 % des cas ;
- spécificité 96 % : chez une personne saine, le test est négatif dans 96 % des cas.
On choisit une personne au hasard dans la population et on lui fait passer le test.
-
Introduire les événements utiles, préciser le système complet d'événements employé, et traduire les trois données de l'énoncé. En déduire le taux de faux positifs.
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Calculer la probabilité que le test soit positif. Donner la valeur exacte, puis une valeur décimale.
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Calculer la probabilité qu'une personne dont le test est positif soit réellement malade (on appelle cette quantité la valeur prédictive positive du test). Donner la valeur exacte sous forme de fraction irréductible, puis une valeur approchée à 10−4 près.
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Le résultat de la question 3 surprend, alors que le test se trompe rarement. Expliquer, par exemple en raisonnant sur une population de 100000 personnes.
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On applique maintenant le même test dans une population à risque, où la prévalence de la maladie est vingt fois plus élevée que dans la population générale. Reprendre les questions 2 et 3 et comparer.
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On revient à la population générale. Une personne dont le test est positif passe un second test, de nature différente du premier mais de mêmes sensibilité et spécificité. On suppose que, conditionnellement à l'état de santé de la personne, les deux tests sont indépendants. Calculer la probabilité qu'elle soit malade sachant que les deux tests sont positifs, et commenter.
Exercice 13 ★★★★ — Un bit transmis dans un canal bruité
Probabilités conditionnelles, formule des probabilités composéesFormule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérésIndépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille finie
Une source numérique émet un bit, qui vaut 1 avec la probabilité q et 0 avec la probabilité 1−q, où q∈ ]0,1[. Ce bit traverse un canal de transmission bruité, dit binaire symétrique : quel que soit le bit émis, le canal le restitue inversé avec la probabilité p∈ ]0,1[ et intact avec la probabilité 1−p. On note X le bit émis et Y le bit reçu.
Partie A. Une seule transmission.
-
Préciser l'univers retenu et traduire les données de l'énoncé en termes de probabilités et de probabilités conditionnelles.
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Calculer P(Y=1) en fonction de p et de q, puis donner sa valeur pour p=0,1 et q=0,6.
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Calculer P(X=1∣Y=1) en fonction de p et de q, puis pour les mêmes valeurs numériques. Commenter.
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Que valent P(Y=1) et P(X=1∣Y=1) lorsque p=21 ? Interpréter.
Partie B. Un code de répétition.
Pour fiabiliser la transmission, on émet trois fois de suite le même bit, sur trois transmissions indépendantes du canal, indépendantes elles-mêmes du bit émis. Le récepteur décide alors à la majorité : il retient la valeur qui apparaît au moins deux fois parmi les trois bits reçus.
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Montrer que la probabilité d'erreur de décodage vaut 3p2−2p3, et vérifier qu'elle ne dépend pas de q.
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Montrer que cette probabilité d'erreur est strictement inférieure à p si et seulement si p<21. Donner sa valeur pour p=0,1 et conclure.
Exercice 14 ★★★★ — Tirages successifs dans une urne de Pólya
Probabilités conditionnelles, formule des probabilités composéesFormule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérés
Une urne contient initialement r boules rouges et b boules blanches, avec r⩾1 et b⩾1 ; on pose N=r+b. On effectue trois tirages successifs selon le protocole suivant : on tire une boule au hasard, c'est-à-dire de façon uniforme parmi toutes celles présentes dans l'urne, on note sa couleur, puis on la remet dans l'urne en y ajoutant c boules supplémentaires de la même couleur, où c est un entier naturel fixé.
Ce dispositif, dû à Pólya, modélise un phénomène de contagion ou de renforcement : chaque tirage rend la couleur qui vient de sortir plus probable au tirage suivant. Pour i∈[[1,3]], on note Ri l'événement « la i-ième boule tirée est rouge », et Ri l'événement contraire.
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Décrire un univers fini adapté à cette expérience et donner les probabilités conditionnelles qui gouvernent les deuxième et troisième tirages. Pourquoi l'énoncé se limite-t-il à trois tirages ?
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Calculer P(R1∩R2) en fonction de r, b et c.
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Calculer P(R2) et comparer à P(R1).
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Calculer P(R1∣R2), comparer à P(R2∣R1) et interpréter.
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Montrer que P(R3)=Nr.
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On prend r=3, b=2 et c=2. Donner les valeurs numériques des quatre questions précédentes, puis calculer P(R1∩R2∩R3) et la comparer à P(R1)3. Conclure.
Exercice 15 ★★★★ — Indépendance deux à deux sans indépendance mutuelle
Indépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille finie
On rappelle qu'une famille finie d'événements (A1,…,An) est dite mutuellement indépendante lorsque, pour toute partie I de [[1,n]] contenant au moins deux indices,
P(i∈I⋂Ai)=i∈I∏P(Ai).L'objet de cet exercice est de montrer que, pour trois événements, la condition portant sur les paires et celle portant sur le triplet sont indépendantes l'une de l'autre : aucune des deux n'entraîne l'autre.
Partie A. Deux lancers d'une pièce.
On lance deux fois de suite une pièce équilibrée. On note A l'événement « le premier lancer donne pile », B l'événement « le second lancer donne pile » et C l'événement « les deux lancers donnent le même résultat ».
-
Décrire l'univers, justifier l'équiprobabilité, et calculer P(A), P(B) et P(C).
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Montrer que A, B et C sont deux à deux indépendants.
-
Ces trois événements sont-ils mutuellement indépendants ? Donner une interprétation concrète de la réponse.
Partie B. L'exemple de Bernstein.
On lance un dé tétraédrique équilibré et on observe la face sur laquelle il se pose. Les faces sont peintes ainsi : la face 1 est rouge, la face 2 est verte, la face 3 est bleue, et la face 4 porte les trois couleurs à la fois. On note A′, B′ et C′ les événements « la face obtenue comporte du rouge », « … du vert », « … du bleu ».
-
Reprendre les questions 1, 2 et 3 pour ces trois événements.
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Comparer les deux exemples précédents.
Partie C. La réciproque est fausse aussi.
On lance deux dés cubiques équilibrés et indépendants ; on note X le résultat du premier et Y celui du second. On pose
F=(X∈{1,2,3}),G=(X∈{3,4,5}),H=(X+Y=9).- Vérifier que P(F∩G∩H)=P(F)P(G)P(H), et qu'aucun des trois couples (F,G), (F,H), (G,H) n'est formé d'événements indépendants. Que peut-on en conclure ?
Exercice 16 ★★★★ — Épreuves répétées et loi binomiale
Lois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomialeCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantesIndépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille finie
Partie A. Le schéma de Bernoulli.
Soit n∈N∗ et p∈ ]0,1[. On répète n fois, de façon indépendante, une même épreuve n'ayant que deux issues, appelées succès (de probabilité p) et échec (de probabilité q=1−p). On note Sn le nombre de succès obtenus au cours de ces n épreuves.
-
Décrire l'univers Ω retenu et la probabilité dont on le munit. Vérifier que la somme des probabilités des issues vaut bien 1.
-
En dénombrant les issues réalisant (Sn=k), démontrer que Sn∼B(n,p).
-
Retrouver ce résultat en écrivant Sn comme une somme d'indicatrices, et en déduire E(Sn).
Partie B. Application.
Un capteur placé sur une chaîne de production détecte le passage d'une pièce avec la probabilité p=0,8, indépendamment d'un passage à l'autre. Six pièces défilent ; on note S le nombre de détections.
-
Donner la loi de S, puis calculer la probabilité qu'il y ait au moins cinq détections.
-
Démontrer que, pour une variable de loi B(n,p), la probabilité d'obtenir un nombre pair de succès vaut 21+(q−p)n. On pourra additionner les développements de (q+p)n et de (q−p)n. En déduire la probabilité que le nombre de détections soit pair.
-
Calculer la probabilité qu'il y ait exactement quatre détections sachant qu'il y en a au moins trois.
Exercice 17 ★★★★ — Loi conjointe, lois marginales et loi conditionnelle
Couples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantesVariable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelle
On prélève au hasard une pièce en fin de chaîne de production. On note X son écart de cote, mesuré en centièmes de millimètre et arrondi à l'entier le plus proche, à valeurs dans {−1,0,1}, et Y le nombre de retouches qu'elle a subies, à valeurs dans {0,1,2}. La loi conjointe du couple (X,Y) est donnée par le tableau suivant, où a est un réel à déterminer.
| P(X=x,Y=y) | y=0 | y=1 | y=2 |
|---|---|---|---|
| x=−1 | 201 | 202 | 201 |
| x=0 | 203 | a | 202 |
| x=1 | 202 | 204 | 201 |
-
Déterminer a.
-
Déterminer les lois marginales de X et de Y, et vérifier chacune d'elles.
-
Les variables X et Y sont-elles indépendantes ? Justifier en exhibant un couple de valeurs pour lequel la factorisation échoue.
-
Déterminer la loi conditionnelle de X sachant l'événement (Y=1), vérifier que c'est bien une loi, et la comparer à la loi de X.
-
Calculer E(XY) à l'aide de la formule de transfert.
-
En déduire Cov(X,Y) et interpréter son signe.
-
Serait-il possible de rendre X et Y indépendantes en modifiant une seule case du tableau, la somme des neuf cases devant rester égale à 1 ?
Exercice 18 ★★★★ — Espérance et variance des lois usuelles
Lois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomialeEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme
Cet exercice établit, par le calcul, les valeurs de l'espérance et de la variance des trois lois usuelles du chapitre. Dans tout l'énoncé, n∈N∗ et p∈[0,1], et l'on pose q=1−p. On rappelle les deux sommes classiques
k=1∑nk=2n(n+1)etk=1∑nk2=6n(n+1)(2n+1).Partie A. Loi uniforme. Soit X∼U([[1,n]]).
-
Démontrer que E(X)=2n+1.
-
Calculer E(X2), puis démontrer que V(X)=12n2−1. Vérifier le résultat pour n=1.
Partie B. Loi de Bernoulli. Soit X∼B(p).
- Calculer E(X). Justifier l'égalité X2=X et en déduire V(X).
Partie C. Loi binomiale. Soit X∼B(n,p).
-
Démontrer que k(kn)=n(k−1n−1) pour tout k∈[[1,n]], puis en déduire E(X) par la formule de transfert.
-
Démontrer de même que k(k−1)(kn)=n(n−1)(k−2n−2) pour n⩾2 et k∈[[2,n]]. Calculer E(X(X−1)), en déduire E(X2) puis V(X). Traiter à part le cas n=1.
Partie D. La méthode des indicatrices.
- Soit A1,…,An des événements mutuellement indépendants de même probabilité p, et X=∑i=1n1Ai. Retrouver E(X) et V(X) par cette écriture, puis comparer les deux méthodes.
Exercice 19 ★★★★ — Compter les succès avec des indicatrices
Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantes
Pour un événement A d'un univers fini Ω, on note 1A la variable aléatoire définie sur Ω par 1A(ω)=1 si ω∈A et 1A(ω)=0 sinon. Le but de l'exercice est de calculer l'espérance d'une variable de comptage sans jamais déterminer sa loi.
- Déterminer la loi de 1A et en déduire E(1A)=P(A).
Partie A. Des indicatrices indépendantes. Un capteur de température effectue n mesures, les mesures étant indépendantes les unes des autres. À chaque mesure, la valeur relevée dépasse le seuil d'alerte avec la probabilité p∈[0,1]. On note X le nombre de mesures qui dépassent le seuil.
-
Écrire X comme une somme d'indicatrices et calculer E(X) sans utiliser la loi binomiale. Application : n=240 et p=0,05.
-
Contrôler le résultat en identifiant la loi de X.
Partie B. Des indicatrices qui ne le sont pas. Soit n⩾2. On range au hasard n objets distincts, numérotés de 1 à n, dans n cases numérotées de 1 à n, à raison d'un objet par case. On note σ(i) le numéro de l'objet rangé dans la case i : l'application σ est une bijection de [[1,n]] dans lui-même, et l'on suppose que les n! rangements possibles sont équiprobables. On appelle montée tout indice i∈[[1,n−1]] tel que σ(i)<σ(i+1), et l'on note S le nombre de montées.
-
Montrer que, pour tout i∈[[1,n−1]], la probabilité que i soit une montée vaut 21, puis calculer E(S).
-
On suppose n⩾3. Les événements « 1 est une montée » et « 2 est une montée » sont-ils indépendants ? Le calcul de la question 4 est-il pour autant en défaut ?
-
Reprendre la question 4 lorsque l'on remplace le rangement par n lancers indépendants d'un dé équilibré à six faces, une montée étant un indice i tel que le lancer numéro i donne un résultat strictement inférieur à celui du lancer numéro i+1. Application : n=100.
-
Résumer la méthode en une phrase.
Exercice 20 ★★★★ — Le maximum et le minimum de trois dés
Variable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelleProbabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatrices
On lance trois dés équilibrés à six faces, discernables, les lancers étant indépendants. On note X1, X2, X3 les trois résultats, puis
M=max(X1,X2,X3)etm=min(X1,X2,X3).-
Préciser l'univers Ω retenu, son cardinal, et justifier que la probabilité uniforme convient.
-
Calculer P(M⩽k) pour tout k∈[[1,6]].
-
En déduire la loi de M, et vérifier que la somme des probabilités obtenues vaut 1.
-
Calculer E(M).
-
Calculer P(m⩾k) pour tout k∈[[1,6]], en déduire la loi de m puis E(m). Contrôler le résultat à l'aide d'une symétrie.
-
Calculer P(M=6,m=1). Les variables M et m sont-elles indépendantes ?
Exercice 21 ★★★★ — Le paradoxe des anniversaires
Probabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementExpérience aléatoire, univers fini, événements, systèmes complets d'événementsProbabilité sur un univers fini, distribution, propriétés et calculs
Dans un amphithéâtre se trouvent n personnes, numérotées de 1 à n. On néglige les années bissextiles : une date d'anniversaire est un élément de [[1,365]]. On suppose que les 365 dates sont équiprobables et que les dates des différentes personnes sont indépendantes. On note pn la probabilité qu'au moins deux personnes de l'amphithéâtre aient la même date d'anniversaire, et qn=1−pn.
-
Décrire l'univers Ω et donner son cardinal. Que vaut qn lorsque n⩾366 ?
-
Pour n∈[[1,365]], exprimer qn à l'aide d'un arrangement, puis sous forme d'un produit de n−1 facteurs.
-
On admet les valeurs numériques q23≈0,4927 et q50≈0,0296. En déduire p23 et p50 arrondis au centième. Commenter.
-
Montrer que la suite (qn)1⩽n⩽365 est décroissante.
-
Démontrer que 1−x⩽e−x pour tout réel x, puis en déduire la majoration
-
En déduire, sans calculatrice, un entier n à partir duquel pn⩾21. Que donne la majoration pour n=50 ?
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Variante. Une personne extérieure au groupe, dont la date d'anniversaire est fixée, se demande si quelqu'un dans l'amphithéâtre est né le même jour qu'elle. Calculer la probabilité rn de cet événement, la comparer à pn pour n=23, et déterminer à partir de combien de personnes rn⩾21. Expliquer l'écart.
Exercice 22 ★★★★ — Markov et Bienaymé-Tchebychev : premières majorations
Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombresVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme
Un atelier assemble chaque jour 100 cartes électroniques. Indépendamment les unes des autres, chaque carte nécessite une reprise avec la probabilité 0,3. On note X le nombre de cartes à reprendre dans une journée, de sorte que X∼B(100,0,3).
-
Donner E(X), V(X) et σ(X).
-
Majorer P(X⩾45) à l'aide de l'inégalité de Markov.
-
Majorer P(X⩾45) à l'aide de l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Comparer les deux majorations et commenter, sachant qu'un calcul exact donne P(X⩾45)≈0,0011.
-
Majorer P(∣X−30∣⩾10).
-
Question de méthode. Rappeler la démonstration de l'inégalité de Markov et expliquer où l'hypothèse X⩾0 intervient. Donner une variable aléatoire de signe quelconque pour laquelle la conclusion est fausse.
-
Soit Y une variable aléatoire telle que Y⩾a, où a est un réel, et soit t>a. En appliquant l'inégalité de Markov à Y−a, établir une majoration de P(Y⩾t). Cette majoration s'améliore-t-elle quand a augmente ? Que donne-t-elle pour la variable X de l'énoncé ?
-
Optimalité. Exhiber une variable aléatoire positive et un seuil pour lesquels l'inégalité de Markov est une égalité. Conclure.
Exercice 23 ★★★★ — Le problème de Monty Hall
Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérésProbabilités conditionnelles, formule des probabilités composées
Un jeu télévisé propose trois portes numérotées 1, 2, 3. Une voiture a été placée au hasard derrière l'une d'elles, les deux autres portes ne cachant rien. Le candidat désigne une porte, qui reste fermée. Le présentateur, qui sait où est la voiture, ouvre alors une des deux autres portes, en respectant toujours la règle suivante : il n'ouvre jamais la porte désignée par le candidat, ni celle qui cache la voiture ; lorsque les deux portes qu'il peut ouvrir sont toutes deux perdantes, il en choisit une au hasard, avec la probabilité 21 chacune. Il propose ensuite au candidat de conserver son choix initial ou de le changer pour la dernière porte fermée.
Pour i∈[[1,3]], on note Ci l'événement « la voiture est derrière la porte i », et pour j∈[[1,3]], Oj l'événement « le présentateur ouvre la porte j ». On suppose que le candidat a désigné la porte 1.
-
Justifier que l'on peut supposer sans perte de généralité que le candidat désigne la porte 1. Préciser l'univers, la loi de la position de la voiture, et vérifier que (C1,C2,C3) est un système complet d'événements.
-
Déterminer PCi(O3) pour i∈[[1,3]], puis calculer P(O3) par la formule des probabilités totales.
-
À l'aide de la formule de Bayes, calculer PO3(C1) et PO3(C2). Conclure sur les deux stratégies : garder sa porte, ou changer.
-
Retrouver la probabilité de gain de la stratégie « changer » par un raisonnement direct, sans conditionnement.
-
Généralisation. Le jeu se joue maintenant avec n⩾3 portes, une seule voiture placée au hasard, le candidat désignant la porte 1. Le présentateur ouvre n−2 portes perdantes parmi les n−1 portes non désignées ; lorsqu'il a le choix, la porte non désignée qu'il laisse fermée est prise au hasard uniformément. On note D le numéro de la porte restée fermée parmi [[2,n]]. Calculer P(D=j)(C1) et P(D=j)(Cj) pour j∈[[2,n]], puis la probabilité de gagner en changeant. Vérifier le cas n=3 et commenter le cas n=100.
-
Variante. On revient à trois portes, mais le présentateur ne sait plus où est la voiture : il ouvre au hasard, avec la probabilité 21 chacune, l'une des deux portes que le candidat n'a pas désignées. On observe qu'il a ouvert la porte 3 et qu'elle est perdante. Calculer la probabilité que la voiture soit derrière la porte 1 sachant cette observation. La réponse est-elle la même qu'à la question 3 ? Expliquer.
Exercice 24 ★★★★ — Les points fixes d'une permutation aléatoire
Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme
À l'entrée d'un amphithéâtre, n⩾2 personnes déposent leur veste au vestiaire. À la sortie, l'employé a perdu tous les tickets et rend les vestes au hasard, une par personne. On note φ(i) le numéro de la veste rendue à la personne i : φ est une bijection de [[1,n]] dans lui-même, et l'on suppose que les n! restitutions possibles sont équiprobables.
Pour i∈[[1,n]], on note Ai l'événement « la personne i récupère sa propre veste », c'est-à-dire (φ(i)=i), et l'on note X le nombre de personnes qui récupèrent leur veste.
-
Préciser l'univers et son cardinal, puis calculer P(Ai).
-
Calculer P(Ai∩Aj) pour i=j. Les événements A1,…,An sont-ils indépendants ?
-
Exprimer X à l'aide des indicatrices 1Ai et calculer E(X). Commenter le résultat.
-
Calculer V(1Ai) puis Cov(1Ai,1Aj) pour i=j. En déduire V(X) par la formule de la variance d'une somme.
-
Justifier que X(X−1) compte les couples ordonnés de personnes ayant toutes deux récupéré leur veste, en déduire E(X(X−1)), et retrouver V(X).
-
Écrire la loi de X pour n=3 et contrôler les résultats précédents.
Exercice 25 ★★★★ — Un tirage simultané et la loi du nombre de boules blanches
Variable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelleProbabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatrices
Une urne contient N boules indiscernables au toucher, dont B sont blanches et N−B sont noires, avec 1⩽B⩽N−1. On tire simultanément n boules de l'urne, où 1⩽n⩽N, et l'on note X le nombre de boules blanches obtenues.
- Décrire l'univers, donner son cardinal et justifier l'équiprobabilité. Montrer que
- Démontrer que, pour tout k∈X(Ω),
- Démontrer l'identité de Vandermonde
la somme portant sur les entiers k de X(Ω), et en déduire que la loi obtenue à la question 2 est bien une loi de probabilité.
-
Calculer E(X) par la méthode des indicatrices.
-
Retrouver E(X) par le calcul direct, en utilisant l'identité k(kB)=B(k−1B−1) valable pour k⩾1.
-
On effectue maintenant n tirages avec remise et l'on note Y le nombre de boules blanches obtenues. Reconnaître la loi de Y, comparer E(X) et E(Y), puis expliquer pourquoi X est moins dispersée que Y.
-
Application numérique : N=20, B=8, n=5. Écrire la loi de X et vérifier l'espérance.
Exercice 26 ★★★★ — Une covariance nulle sans indépendance
Variance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une sommeCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantes
Partie A. Soit X une variable aléatoire suivant la loi uniforme sur {−1,0,1} et Y=X2.
-
Déterminer la loi de Y, puis dresser le tableau de la loi conjointe du couple (X,Y) et retrouver les deux lois marginales.
-
Calculer Cov(X,Y).
-
Les variables X et Y sont-elles indépendantes ?
Partie B. Soit Z une variable aléatoire suivant la loi uniforme sur {−2,−1,1,2} et T=1(∣Z∣=1).
-
Montrer que Cov(Z,T)=0 et que Z et T ne sont pas indépendantes.
-
Généraliser : soient U une variable aléatoire dont la loi est symétrique, au sens où U et −U ont la même loi, et f une fonction paire. Montrer que Cov(U,f(U))=0. Que dit ce résultat des deux exemples précédents ?
Partie C.
-
Démontrer que si deux variables aléatoires sont indépendantes, alors leur covariance est nulle.
-
Soient X∼B(p) et Y∼B(q) deux variables de Bernoulli définies sur le même espace probabilisé fini. Démontrer que
- Résumer en une phrase ce que mesure exactement la covariance.
Exercice 27 ★★★★ — La valeur la plus probable d'une loi binomiale
Lois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomiale
Soient n∈N∗ et p∈]0,1[. On pose q=1−p et l'on considère une variable aléatoire X∼B(n,p). Pour k∈[[0,n]], on note pk=P(X=k). On cherche la ou les valeurs de k pour lesquelles pk est maximal : c'est le mode de la loi.
- Justifier que pk>0 pour tout k∈[[0,n]], puis montrer que, pour tout k∈[[0,n−1]],
-
Montrer que la suite (pkpk+1)0⩽k⩽n−1 est décroissante.
-
Montrer que, pour k∈[[0,n−1]],
l'égalité pkpk+1=1 ayant lieu si et seulement si k+1=(n+1)p.
-
En déduire que la suite (pk) croît puis décroît, et que son maximum est atteint en m=⌊(n+1)p⌋. Préciser ce qui se passe lorsque (n+1)p est un entier.
-
Application : déterminer le mode pour n=10 et p=0,3, puis pour n=11 et p=41.
-
Comparer le mode et l'espérance : montrer que ∣m−np∣<1, et préciser le cas où np est entier.
Exercice 28 ★★★★ — La somme de deux binomiales indépendantes
Couples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantesLois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomiale
Un atelier possède deux machines. La première fabrique m pièces dans la journée, la seconde en fabrique n. Chaque pièce, quelle que soit la machine dont elle sort, est défectueuse avec la même probabilité p∈]0,1[, indépendamment de toutes les autres. On note X le nombre de pièces défectueuses sorties de la première machine et Y celui de la seconde, de sorte que X∼B(m,p), Y∼B(n,p), et que X et Y sont indépendantes.
L'objectif est de démontrer de deux manières que X+Y∼B(m+n,p).
- Identité de Vandermonde. Démontrer que pour tous entiers m,n⩾1 et tout k∈[[0,m+n]],
avec la convention (sr)=0 dès que s>r. On en donnera deux preuves : un double dénombrement, puis une identification des coefficients dans (1+x)m(1+x)n.
-
Par le calcul. Déterminer la loi de X+Y en décomposant P(X+Y=k) sur le système complet d'événements ((X=j))j∈[[0,m]], puis conclure à l'aide de la question 1.
-
Par le modèle. Retrouver le résultat en écrivant X et Y comme des sommes d'indicatrices indépendantes. On justifiera précisément pourquoi il est légitime de raisonner sur un modèle particulier.
-
Contrôler le résultat à la main pour m=3, n=2 et p=21, en calculant P(X+Y=2) de deux façons.
-
Le paramètre commun est indispensable. On suppose maintenant m=n=1, avec X∼B(p) et Y∼B(p′) indépendantes, où p et p′ appartiennent à ]0,1[ et p=p′. Déterminer la loi de X+Y, puis démontrer qu'elle n'est binomiale pour aucun choix de paramètres. Illustrer avec p=21 et p′=41.
Exercice 29 ★★★★ — L'espérance par la formule de la queue
Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelle
Soit X une variable aléatoire définie sur un univers fini Ω et à valeurs dans [[0,n]].
- Démontrer la formule de la queue :
On décrira précisément le domaine de la somme double avant d'intervertir les deux sommations.
-
On lance trois dés équilibrés à six faces et l'on note M le plus grand des trois résultats. Déterminer P(M⩽k) pour k∈[[0,6]], puis P(M⩾k) pour k∈[[1,6]], et en déduire E(M). Contrôler le résultat en déterminant la loi de M et en calculant l'espérance par la définition.
-
Un capteur de tension enregistre chaque nuit un nombre N de micro-coupures, à valeurs dans [[0,5]], dont la fonction de répartition est donnée par
Vérifier qu'il s'agit bien de la fonction de répartition d'une variable à valeurs dans [[0,5]], puis calculer E(N) par la formule de la queue. Contrôler en déterminant la loi de N.
- Démontrer la variante
L'appliquer à la variable M de la question 2 pour obtenir E(M2), puis V(M) et σ(M).
- Dans quelles situations la formule de la queue est-elle plus rapide que le calcul de E(X) par la définition ?
Exercice 30 ★★★★ — Une marche aléatoire à deux états
Formule des probabilités totales, formule de Bayes, arbres pondérésVariable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelle
Un capteur autonome est, à chaque instant d'observation, dans l'un des deux états suivants : actif (état A) ou en veille (état B). On l'observe aux étapes 0,1,…,N, où N est un entier fixé. Son évolution obéit à la règle suivante, identique à chaque étape :
- s'il est actif à l'étape n, il est encore actif à l'étape n+1 avec la probabilité a ;
- s'il est en veille à l'étape n, il devient actif à l'étape n+1 avec la probabilité b.
Les réels a et b appartiennent à ]0,1[. On note An l'événement « le capteur est actif à l'étape n », un=P(An), et Xn=1An.
-
Préciser l'univers et traduire l'énoncé en termes de probabilités conditionnelles. Établir, pour tout n, la relation un+1=(a−b)un+b.
-
Résoudre cette récurrence : déterminer son unique point fixe ℓ, montrer que (un−ℓ) est géométrique, et en déduire une expression explicite de un en fonction de n et de u0.
-
Étudier la limite de un et l'interpréter. Donner la loi de Xn, son espérance, sa variance, et leurs limites.
-
Application numérique. On prend a=0,9, b=0,3, et le capteur est actif au départ (u0=1). Calculer u1, u2 et u10, déterminer la plus petite étape n à partir de laquelle ∣un−ℓ∣⩽10−3, puis calculer la probabilité que le capteur ait été actif à l'étape 1 sachant qu'il l'est à l'étape 2.
-
On pose wn=P(An) et Un=(unwn). Écrire une matrice M de taille 2×2 telle que Un+1=MUn, et en déduire Un en fonction de M, n et U0.
-
Conjecturer l'expression de Mn à partir de la question 2, la démontrer par récurrence sans aucune réduction de matrice, puis retrouver le résultat de la question 2 et interpréter la limite de Mn.
Exercice 31 ★★★★ — Un sondage, la loi faible des grands nombres et la taille de l'échantillon
Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombresVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une sommeCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantes
Une commune de 40000 habitants veut connaître la proportion p d'habitants favorables à un projet de piste cyclable. On interroge n habitants tirés au hasard, indépendamment les uns des autres, et l'on note Xi=1 si le i-ième répond « favorable », Xi=0 sinon. Les variables X1,…,Xn sont donc indépendantes, de même loi B(p). On pose
Sn=X1+⋯+XnetMn=nSn.-
Donner la loi de Sn, puis calculer E(Mn) et V(Mn). On précisera où sert l'hypothèse d'indépendance.
-
Démontrer que pour tout ε>0,
Commenter : que dit cette inégalité quand n grandit, ε étant fixé ?
-
Démontrer que p(1−p)⩽41 pour tout p∈[0,1], et en déduire une majoration qui ne dépend plus de p.
-
Combien d'habitants faut-il interroger pour garantir, quelle que soit la valeur inconnue de p, que Mn approche p à 2 points près (soit ε=0,02) avec une probabilité d'au moins 95% ?
-
Que vaut la majoration de la question 3 pour n=1000 ? À partir de quelle valeur de n devient-elle informative ? Commenter enfin le fait que la taille d'échantillon obtenue à la question 4 ne dépend pas du nombre d'habitants de la commune.
-
Un premier sondage grossier indique que p⩽0,1. Que devient la majoration, et quelle taille d'échantillon suffit alors pour la même précision et la même garantie ?
Exercice 32 ★★★★ — La variance minimise l'écart quadratique moyen
Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme
Soient X et Y deux variables aléatoires réelles définies sur un même univers fini Ω. On cherche à approcher Y le mieux possible, au sens de l'écart quadratique moyen E((Y−Z)2), d'abord par une constante, puis par une fonction affine de X.
Partie A : la meilleure constante.
- Pour a∈R, on pose φ(a)=E((X−a)2). Montrer que φ est une fonction polynomiale du second degré en a et l'écrire sous la forme
En déduire le minimum de φ sur R, le point où il est atteint, et interpréter.
Partie B : la meilleure fonction affine de X. On suppose désormais V(X)>0 et l'on pose, pour (α,β)∈R2,
ψ(α,β)=E((Y−(αX+β))2).-
Soit α fixé. À l'aide de la partie A, déterminer la valeur de β qui minimise ψ(α,β) et montrer que ce minimum vaut V(Y−αX).
-
Développer V(Y−αX) à l'aide de V(X), V(Y) et Cov(X,Y), puis minimiser en α. En déduire que ψ atteint son minimum en
et calculer la valeur de ce minimum.
-
On suppose de plus V(Y)>0 et l'on pose ρ=σ(X)σ(Y)Cov(X,Y). Montrer que le minimum de ψ vaut V(Y)(1−ρ2), en déduire ρ2⩽1, puis interpréter les deux cas extrêmes ρ2=1 et ρ=0.
-
Application. Sur une chaîne de fabrication, deux postes de contrôle examinent chaque lot. On note X le nombre de défauts relevés au poste 1 et Y le nombre de défauts relevés au poste 2 ; la loi conjointe du couple (X,Y) est donnée par le tableau suivant.
| P(X=x,Y=y) | y=0 | y=1 | y=2 |
|---|---|---|---|
| x=0 | 102 | 101 | 0 |
| x=1 | 101 | 102 | 101 |
| x=2 | 0 | 101 | 102 |
Déterminer la meilleure approximation affine de Y par X, l'écart quadratique moyen correspondant, et le comparer à celui de la meilleure constante.
- Que devient l'étude si V(X)=0 ?
Exercice 33 ★★★★ — Jamais deux piles consécutifs
Probabilité uniforme, calculs de probabilités par dénombrementVariable aléatoire sur un univers fini, loi, image par une fonction, loi conditionnelleEspérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatrices
On lance n fois de suite une pièce équilibrée (n⩾2) et l'on note le résultat de chaque lancer. On s'intéresse à l'événement En : « la suite obtenue ne contient jamais deux piles consécutifs ». On note qn sa probabilité, et an le nombre de suites de n résultats qui le réalisent.
-
Préciser l'univers et la probabilité utilisés. Calculer a1, a2 et a3 en énumérant, puis démontrer que an=an−1+an−2 pour n⩾3, en discutant selon le dernier lancer. En déduire les valeurs de an jusqu'à n=10, puis q6 et q10 sous forme de fractions irréductibles.
-
Résoudre la récurrence pour obtenir l'expression explicite de an. En déduire un équivalent de qn et décrire la vitesse à laquelle En devient improbable.
-
Soit Y le nombre d'indices i∈[[1,n−1]] tels que les lancers numéros i et i+1 donnent tous deux pile. Écrire Y comme une somme d'indicatrices et calculer E(Y).
-
Calculer V(Y). On prendra garde au fait que deux indicatrices d'indices voisins ne sont pas indépendantes.
-
Quel lien y a-t-il entre l'événement En et la variable Y ? Vérifier la cohérence de tous les résultats précédents dans le cas n=3, en écrivant la loi complète de Y.
-
Application numérique pour n=10 : donner E(Y), σ(Y) et P(Y=0), puis commenter.
Exercice 34 ★★★★ — Cauchy-Schwarz, corrélation et cas d'égalité
Variance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une sommeCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantes
Soient X et Y deux variables aléatoires réelles définies sur un même univers fini Ω. Pour t∈R, on pose
g(t)=V(tX+Y).-
Montrer que g est une fonction polynomiale de degré au plus 2 en t, dont on exprimera les coefficients à l'aide de V(X), V(Y) et Cov(X,Y), et qu'elle est positive ou nulle sur R.
-
Démontrer le lemme suivant : une variable aléatoire Z définie sur Ω vérifie V(Z)=0 si et seulement si Z est presque sûrement constante, c'est-à-dire P(Z=E(Z))=1.
-
En discutant selon la nullité de V(X) et en utilisant le discriminant de g, démontrer l'inégalité de Cauchy-Schwarz :
-
Cas d'égalité. On suppose V(X)>0. Montrer que le discriminant de g est nul si et seulement s'il existe t0∈R tel que V(t0X+Y)=0, et en déduire que l'égalité Cov(X,Y)=σ(X)σ(Y) a lieu si et seulement s'il existe deux réels a et b tels que Y=aX+b presque sûrement. Démontrer aussi la réciproque.
-
On suppose σ(X)>0 et σ(Y)>0 et l'on pose ρ(X,Y)=σ(X)σ(Y)Cov(X,Y). Montrer que ρ(X,Y)∈[−1,1], puis calculer ρ(X,Y) lorsque Y=aX+b avec a=0. Traiter les deux exemples Y=1,8X+32 (conversion d'une température de degrés Celsius en degrés Fahrenheit) et Y=100−4X (note de qualité d'un lot en fonction du nombre X de pièces défectueuses).
-
Application. Dans un atelier, on note X=1 si la machine a été révisée le matin, X=0 sinon, et Y∈{1,2,3} le nombre de pièces défectueuses du lot produit. La loi conjointe est donnée par le tableau suivant.
| P(X=x,Y=y) | y=1 | y=2 | y=3 |
|---|---|---|---|
| x=0 | 121 | 122 | 123 |
| x=1 | 123 | 122 | 121 |
Calculer Cov(X,Y) et ρ(X,Y), interpréter le signe obtenu, et dire si X et Y sont indépendantes.
Exercice 35 ★★★★ — Les records d'une permutation aléatoire
Espérance, formule de transfert, linéarité, somme d'indicatricesCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantesVariance, écart type, Koenig-Huygens, covariance, variance d'une somme
Un jury reçoit n candidatures, dont les notes sont deux à deux distinctes ; quitte à les renuméroter, on suppose que ces notes sont les entiers de 1 à n. Les dossiers sont examinés dans un ordre tiré au hasard : le rangement obtenu est la liste (x1,…,xn) des notes, dans laquelle chaque entier de [[1,n]] figure exactement une fois. On dit qu'il y a un record en position i lorsque
xi>xjpour tout j∈[[1,i−1]],c'est-à-dire lorsque le i-ième dossier est meilleur que tous ceux qui le précèdent (la position 1 est donc toujours un record). On note Ai cet événement, R le nombre total de records, et
Hn=i=1∑ni1.-
Préciser l'univers et la probabilité. Sur l'exemple n=5 et (x1,…,x5)=(3,1,4,5,2), repérer les records et donner R. Quelles sont les valeurs extrêmes possibles de R, et avec quelles probabilités ?
-
Démontrer, par dénombrement, que pour tout i∈[[1,n]] on a P(Ai)=i1. On énoncera le résultat sous une forme réutilisable : parmi les m! rangements de m valeurs distinctes, exactement im! placent en position i le plus grand des i premiers.
-
En déduire E(R), puis un équivalent de E(R) quand n tend vers l'infini, en encadrant Hn par comparaison entre une somme et une intégrale.
-
Soient 1⩽i<j⩽n. Calculer P(Ai∩Aj) et en déduire que les événements Ai et Aj sont indépendants. (On admettra que la famille (A1,…,An) est même mutuellement indépendante, ce que le même dénombrement, itéré, permettrait d'établir.)
-
En déduire que
Quelle hypothèse d'indépendance est réellement nécessaire ici ?
- Vérifier les formules obtenues dans le cas n=3 en énumérant les six rangements. Donner ensuite les valeurs numériques de E(R), V(R) et σ(R) pour n=10, puis commenter la croissance de E(R) avec n.
Exercice 36 ★★★★ — Une inégalité de concentration exponentielle
Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombresLois usuelles : uniforme, de Bernoulli, binomialeCouples et n-uplets, loi conjointe, marginales, variables aléatoires indépendantes
Soient X1,…,Xn des variables aléatoires indépendantes, de même loi B(p) avec p∈]0,1[, définies sur un univers fini Ω, et Sn=X1+⋯+Xn. L'objectif est de majorer P(Sn⩾a) bien plus finement que ne le fait l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, en appliquant l'inégalité de Markov non pas à Sn, mais à etSn.
-
Rappeler la loi de Sn, son espérance et sa variance. Pour t>0 fixé, justifier que etSn est une variable aléatoire positive définie sur Ω et préciser l'ensemble de ses valeurs.
-
Démontrer que pour tout t>0,
On donnera deux preuves : l'une utilisant l'indépendance, l'autre utilisant directement la loi de Sn et la formule du binôme.
- En appliquant l'inégalité de Markov à etSn, démontrer que pour tout réel a et tout t>0,
Montrer que cette majoration n'apporte d'information que si a>np.
-
On prend p=21, n=100 et a=60 : on lance 100 fois une pièce équilibrée et l'on veut majorer la probabilité d'obtenir au moins 60 piles. Étudier la fonction t↦e−60t(21+et)100 sur ]0,+∞[, déterminer son minimum et en déduire une majoration numérique de P(S100⩾60).
-
Majorer la même probabilité par l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev et comparer.
-
Reprendre la comparaison avec p=21 et a=0,6n pour n quelconque, et conclure sur l'intérêt de la méthode.
Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (3 points) — Six questions indépendantes
Les six questions de cet exercice sont indépendantes les unes des autres. Chaque réponse doit être justifiée : un résultat sans justification ne rapporte aucun point.
1. (0,5 pt) On lance deux dés équilibrés à six faces, discernables et indépendants, et l'on note S la somme des deux numéros obtenus. Calculer la probabilité de l'événement (S=8) sachant que le premier dé a donné un numéro pair. Comparer avec P(S=8) et conclure quant à l'indépendance des deux événements en jeu.
2. (0,5 pt) On choisit au hasard un entier n dans [[1,12]], tous les entiers ayant la même probabilité d'être choisis. On note A l'événement « n est pair » et B l'événement « n est un multiple de 3 ». Les événements A et B sont-ils indépendants ?
3. (0,5 pt) Un questionnaire comporte 15 questions ; chacune propose 4 réponses dont une seule est exacte. Un candidat répond à toutes les questions au hasard, indépendamment d'une question à l'autre. On note X le nombre de réponses exactes. Reconnaître la loi de X, donner E(X) et V(X), puis calculer la probabilité que le candidat donne au moins une réponse exacte.
4. (0,5 pt) Une variable aléatoire X vérifie X(Ω)={−1,0,2,3} et
| x | −1 | 0 | 2 | 3 |
|---|---|---|---|---|
| P(X=x) | 61 | 31 | 41 | 41 |
Calculer E(X), V(X), puis V(3X−2).
5. (0,5 pt) Vrai ou faux, en justifiant : « deux événements incompatibles sont indépendants ». On précisera le seul cas où deux événements incompatibles peuvent être indépendants.
6. (0,5 pt) Soit X une variable aléatoire suivant la loi uniforme sur {−1,0,1} et Y=X2. Calculer Cov(X,Y), puis démontrer que X et Y ne sont pas indépendantes. Que peut-on en conclure sur la réciproque du théorème « deux variables indépendantes sont décorrélées » ?
Exercice 2 (4 points) — Deux lignes d'usinage et un test de contrôle imparfait
Un atelier usine des pièces sur deux lignes. La ligne 1 fournit les trois quarts de la production et la ligne 2 le quart restant. Une pièce issue de la ligne 1 est défectueuse avec la probabilité 0,02 ; une pièce issue de la ligne 2 est défectueuse avec la probabilité 0,06.
On prélève au hasard une pièce dans la production d'une journée, toutes les pièces ayant la même probabilité d'être prélevées. On note L1 et L2 les événements « la pièce provient de la ligne 1 », respectivement « de la ligne 2 », et D l'événement « la pièce est défectueuse ».
Avant expédition, chaque pièce subit un test automatique. Ce test est imparfait :
- si la pièce est défectueuse, le test la déclare défectueuse avec la probabilité 0,9 (il reste donc 10% de faux négatifs) ;
- si la pièce n'est pas défectueuse, le test la déclare tout de même défectueuse avec la probabilité 0,05 (faux positifs).
On note T l'événement « le test déclare la pièce défectueuse ». Une pièce dont le test est négatif est expédiée au client ; une pièce dont le test est positif est écartée.
1. (0,5 pt) Justifier que (L1,L2) est un système complet d'événements, traduire l'énoncé en termes de probabilités, puis calculer P(D).
2. (0,5 pt) La pièce prélevée est défectueuse. Calculer la probabilité qu'elle provienne de la ligne 2 et commenter le résultat.
3. (0,75 pt) Calculer P(T).
4. (0,75 pt) Une pièce est expédiée, c'est-à-dire déclarée bonne par le test. Quelle est la probabilité qu'elle soit effectivement conforme ? Calculer par ailleurs PT(D) et commenter la valeur obtenue.
5. (1 pt) L'atelier envisage une seconde stratégie : faire subir à chaque pièce deux tests, et n'expédier que les pièces dont les deux tests sont négatifs. On note T1 et T2 les résultats des deux tests, et l'on admet que, l'état de la pièce étant connu, les deux tests sont indépendants, c'est-à-dire que
PD(T1∩T2)=PD(T1)PD(T2)etPD(T1∩T2)=PD(T1)PD(T2),les mêmes égalités valant pour les événements contraires T1 et T2. Calculer, pour la seconde stratégie, la probabilité qu'une pièce expédiée soit défectueuse, et comparer avec la première stratégie. Discuter brièvement l'hypothèse d'indépendance admise.
6. (0,5 pt) Sur un lot de 10000 pièces produites, on note N le nombre de pièces défectueuses expédiées au client et M le nombre de pièces conformes écartées à tort. Calculer E(N) et E(M) pour chacune des deux stratégies, et conclure.
Exercice 3 (4 points) — Tirage sans remise : loi complète, indicatrices et variance
Un présentoir de travaux pratiques porte 10 flacons d'aspect identique : 7 contiennent une solution acide, les 3 autres une solution basique. Un binôme y prélève simultanément 4 flacons au hasard, tous les prélèvements de 4 flacons ayant la même probabilité. On note X le nombre de flacons acides prélevés.
1. (0,5 pt) Préciser l'univers retenu et son cardinal, justifier l'équiprobabilité, puis déterminer X(Ω) en justifiant soigneusement les deux bornes.
2. (0,75 pt) Déterminer la loi de X et la présenter dans un tableau.
3. (0,5 pt) Vérifier que la somme des probabilités obtenues vaut 1. Démontrer que cette égalité n'est pas un hasard de calcul, en l'interprétant comme un dénombrement de Ω effectué de deux façons.
4. (0,75 pt) Numérotons de 1 à 7 les flacons acides et, pour i∈[[1,7]], notons Bi l'événement « le flacon acide numéro i est prélevé ». Exprimer X à l'aide des indicatrices des Bi, calculer P(Bi) et en déduire E(X).
5. (0,5 pt) Retrouver E(X) par le calcul direct à partir de la loi obtenue à la question 2.
6. (0,5 pt) Calculer V(X) et σ(X).
7. (0,5 pt) Pour i=j, calculer Cov(1Bi,1Bj), interpréter son signe, puis retrouver V(X) par la formule de la variance d'une somme.
Exercice 4 (4 points) — Couple de compteurs sur deux fenêtres qui se chevauchent
Une station mesure chaque jour la concentration d'un polluant. Pour i∈[[1,3]], on note Ai l'événement « le seuil réglementaire est dépassé le jour i ». On suppose que les événements A1, A2 et A3 sont mutuellement indépendants et ont tous la même probabilité p=31.
L'exploitant publie deux bilans sur des fenêtres de deux jours qui se chevauchent : le nombre de dépassements des jours 1 et 2, et le nombre de dépassements des jours 2 et 3. On pose donc
X=1A1+1A2etY=1A2+1A3.1. (0,5 pt) Donner X(Ω) et Y(Ω), puis reconnaître les lois marginales de X et de Y. En déduire E(X), V(X), E(Y) et V(Y).
2. (1 pt) Déterminer la loi conjointe du couple (X,Y) et la présenter dans un tableau. Vérifier que la somme de toutes les valeurs vaut 1 et que les sommes par ligne et par colonne redonnent les lois marginales de la question 1.
3. (0,5 pt) Les variables X et Y sont-elles indépendantes ? Qu'en serait-il si les deux fenêtres ne se chevauchaient pas ?
4. (0,75 pt) Calculer E(XY) par la formule de transfert, puis Cov(X,Y). Retrouver E(XY) en développant le produit XY et en utilisant la linéarité de l'espérance. Interpréter le signe de la covariance.
5. (0,75 pt) On pose S=X+Y. Déterminer la loi de S, puis calculer E(S) et V(S) de deux façons. La variable S suit-elle une loi binomiale B(4,31) ?
6. (0,5 pt) Déterminer la loi conditionnelle de X sachant (Y=2), et retrouver ce résultat par un raisonnement direct sur les événements Ai.
Exercice 5 (5 points) — Un parc de bornes : suite récurrente et loi des grands nombres
Partie A — Évolution d'une borne
Un opérateur exploite des bornes de recharge pour véhicules électriques. Chaque matin, une borne donnée est dans l'un des deux états suivants : disponible ou en maintenance. Le jour de son installation, appelé jour 0, la borne est disponible. L'évolution est modélisée par les deux règles suivantes, valables pour tout entier n⩾0 :
- si la borne est disponible le matin du jour n, elle est encore disponible le matin du jour n+1 avec la probabilité 43 ;
- si la borne est en maintenance le matin du jour n, elle est disponible le matin du jour n+1 avec la probabilité 21.
Pour n∈N, on note Dn l'événement « la borne est disponible le matin du jour n » et pn=P(Dn) ; ainsi p0=1. Pour chaque entier n fixé, on travaille sur l'univers fini Ωn={1,2}[[0,n]] décrivant la suite des états des jours 0 à n.
On admet de plus que l'état du lendemain ne dépend du passé qu'à travers l'état du jour même, au sens suivant : pour tout événement C de probabilité non nulle ne portant que sur les états des jours 0 à n et impliquant Dn, on a PC(Dn+1)=43 ; et si C implique Dn, alors PC(Dn+1)=21.
1. (0,5 pt) Justifier que (Dn,Dn) est un système complet d'événements pour tout n tel que 0<pn<1, et calculer p1 et p2.
2. (0,5 pt) Calculer, en fonction de n, la probabilité que la borne soit disponible tous les matins des jours 0 à n.
3. (0,5 pt) Démontrer que, pour tout entier n⩾0, pn+1=41pn+21.
4. (0,5 pt) En déduire l'expression de pn en fonction de n. Étudier la monotonie de la suite (pn) et déterminer sa limite.
5. (0,5 pt) Déterminer le plus petit entier n tel que pn−32⩽10−3. Reprendre la question pour une borne installée en maintenance (c'est-à-dire avec p0=0, toutes les autres hypothèses étant inchangées) et commenter le rôle de l'état initial.
Partie B — Estimation sur un parc de bornes
L'opérateur possède un grand parc de bornes installées le même jour, dont les états évoluent indépendamment les uns des autres suivant le modèle de la partie A. Il souhaite connaître la probabilité p qu'une borne soit disponible le matin du jour 30, sans faire confiance a priori au modèle : il observe donc n bornes du parc, choisies de sorte que leurs états soient indépendants, et pose Xi=1 si la i-ième borne observée est disponible ce matin-là, Xi=0 sinon. On note
Nn=i=1∑nXietFn=nNn.6. (0,5 pt) Reconnaître la loi de Xi, puis celle de Nn. Donner E(Nn) et V(Nn).
7. (0,5 pt) Calculer E(Fn) et V(Fn), et commenter le comportement de la variance quand n augmente.
8. (0,75 pt) Démontrer que, pour tout réel ε>0,
P(∣Fn−p∣⩾ε)⩽nε2p(1−p)⩽4nε21.En déduire le nombre de bornes à observer pour que la fréquence Fn s'écarte de p de moins de 0,02 avec un risque d'erreur d'au plus 5%.
9. (0,75 pt) On accepte maintenant le modèle de la partie A. Démontrer que p⩾32, en déduire une majoration de p(1−p) meilleure que 41, puis le nombre de bornes suffisant sous les mêmes exigences qu'à la question 8. Interpréter enfin le résultat de la question 8. en termes de fréquences observées.
Bloqué sur « Probabilités » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.