ECG approfondies · Chapitre 05 · Premier semestre
Fonctions réelles d'une variable réelle
1re année
Limite, continuité, étude globale sur un intervalle, dérivation, intégration sur un segment.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Limite
- Continuité
- Étude globale sur un intervalle
- Dérivation
- Intégration sur un segment
Le cours
Le chapitre précédent a refondé la notion de limite pour les suites. Celui-ci fait le même travail pour les fonctions, et c'est le chapitre le plus important du premier semestre : tout ce qui suivra en analyse, en probabilités continues et en optimisation s'y appuie. La difficulté n'est pas dans les objets, que vous connaissez depuis le lycée, mais dans le niveau d'exigence. En terminale, « f tend vers ℓ en a » se lisait sur une courbe ; ici, c'est un énoncé quantifié que l'on démontre. En terminale, le théorème des valeurs intermédiaires était admis et illustré ; ici, il se démontre, et sa démonstration est exigible.
Le passage des suites aux fonctions apporte une nouveauté et une difficulté. La nouveauté, c'est que la variable ne se contente plus de tendre vers +∞ : elle peut tendre vers n'importe quel réel a, par la droite ou par la gauche, ce qui multiplie les cas de figure. La difficulté, c'est que cette variable prend toutes les valeurs réelles autour de a, et non plus seulement des valeurs entières : on ne peut donc plus raisonner « à partir d'un certain rang », mais « à distance assez petite de a ». Le rang n0 des suites devient le réel η>0 des fonctions. Tout le reste est identique, y compris les démonstrations, et vous reconnaîtrez au passage le théorème d'encadrement, les théorèmes de comparaison et le théorème de la limite monotone.
Le plan est le suivant. La section 1 met en place le vocabulaire : ensemble de définition, opérations, monotonie, parité, fonctions bornées. La section 2 passe en revue les fonctions usuelles autorisées dans la filière : polynômes et fractions rationnelles, racine carrée, valeur absolue, partie entière, exponentielle, logarithme et puissances réelles. La section 3 définit la limite et donne tout l'arsenal de calcul. La section 4 traite la continuité, le théorème des valeurs intermédiaires et le théorème de la bijection. Les sections 5 et 6, consacrées à la dérivation et à l'intégration sur un segment, viennent ensuite : chaque fois que nous aurons besoin d'un résultat qui en relève, en particulier d'une formule de dérivation, nous le signalerons explicitement par un renvoi.
Un mot sur le cadre. Les nombres complexes et les fonctions trigonométriques ne sont pas au programme de la voie ECG : ils n'apparaîtront donc nulle part. Les outils d'analyse asymptotique enseignés au second semestre ne sont pas davantage utilisables ici : tout ce qui suit se démontre avec les seules définitions de ce chapitre. Enfin, la construction de R est hors programme : l'existence de la borne supérieure d'une partie non vide et majorée de R est admise, comme au chapitre précédent, et nous nous en servirons abondamment.
Voici les notations employées dans tout le chapitre.
| Notation | Signification |
|---|---|
| Df | ensemble de définition de f |
| Cf | courbe représentative de f |
| I, J | intervalles de R, non vides et non réduits à un point |
| ]a,b[ | intervalle ouvert de bornes a et b |
| [a,b] | segment, c'est-à-dire intervalle fermé borné |
| ⌊x⌋ | partie entière du réel x |
| ε, η | réels strictement positifs, « aussi petits que l'on veut » |
| f−1 | réciproque d'une bijection f (jamais f1) |
| g∘f | composée : x↦g(f(x)) |
| □ | fin d'une démonstration |
Généralités sur les fonctions numériques
Ensemble de définition et courbe représentative
Définition
Une fonction numérique d'une variable réelle est la donnée d'une partie D de R et d'un procédé qui, à tout réel x de D, associe un unique réel noté f(x). On note
f:D⟶R,x⟼f(x).L'ensemble D s'appelle l'ensemble de définition de f et se note Df. Le réel f(x) est l'image de x par f.
Lorsque la fonction est donnée par une formule sans que l'ensemble de définition soit précisé, on convient que Df est l'ensemble des réels pour lesquels la formule a un sens. Déterminer cet ensemble est toujours la première question d'une étude de fonction, et l'oublier fait perdre des points à tous les concours.
Définition
La courbe représentative de f, dans un repère du plan, est l'ensemble
Cf={(x,f(x));x∈Df}.Remarque
Une partie du plan est la courbe représentative d'une fonction si et seulement si toute droite verticale la coupe en au plus un point. C'est la traduction graphique de l'unicité de l'image : un réel x ne peut pas avoir deux images.
En revanche, une droite horizontale peut couper Cf autant de fois que l'on veut : un réel peut avoir plusieurs antécédents. Le nombre d'antécédents d'un réel y, c'est-à-dire le nombre de solutions de l'équation f(x)=y, est précisément la question à laquelle répondront le théorème des valeurs intermédiaires et le théorème de la bijection en section 4.
Méthode
Déterminer un ensemble de définition. On recense toutes les contraintes, puis on prend leur intersection.
- Dénominateur : tout dénominateur doit être non nul.
- Racine carrée : la quantité sous le radical doit être positive ou nulle.
- Logarithme : l'argument de ln doit être strictement positif.
- Puissance réelle : dans u(x)α avec α non entier, on doit avoir u(x)>0 (voir la sous-section 2.7).
- Traduire chaque contrainte par une inéquation, la résoudre, puis intersecter tous les ensembles obtenus.
Exemple
a. Soit f(x)=x−3x−1. Deux contraintes : x−1⩾0, soit x⩾1, et x−3=0, soit x=3. Donc
Df=[1,3[ ∪ ]3,+∞[.b. Soit g(x)=ln(x2−4). La contrainte est x2−4>0, c'est-à-dire (x−2)(x+2)>0. Un trinôme de coefficient dominant positif est strictement positif à l'extérieur de ses racines, donc
Dg=]−∞,−2[∪]2,+∞[.c. Soit h(x)=lnx1. Il faut x>0 pour le logarithme, et lnx=0, c'est-à-dire x=1. Donc Dh=]0,1[∪]1,+∞[.
Définition
Soient f et g deux fonctions et A une partie de Df∩Dg. On dit que f et g coïncident sur A lorsque f(x)=g(x) pour tout x de A. On dit que f et g sont égales lorsque Df=Dg et qu'elles coïncident sur cet ensemble commun.
Si A⊂Df, la restriction de f à A, notée f∣A, est la fonction définie sur A par f∣A(x)=f(x).
Remarque
L'égalité de deux fonctions exige l'égalité des ensembles de définition. Ainsi les fonctions x↦x−1x2−1 et x↦x+1 ne sont pas égales : la première n'est pas définie en 1, la seconde l'est. Elles coïncident seulement sur R∖{1}. Cette distinction, qui semble tatillonne, est exactement ce qui rend le prolongement par continuité intéressant (sous-section 4.2).
Opérations sur les fonctions
Définition
Soient f et g deux fonctions et λ un réel. On définit :
- la somme f+g par (f+g)(x)=f(x)+g(x), sur Df∩Dg ;
- le produit par un scalaire λf par (λf)(x)=λf(x), sur Df ;
- le produit fg par (fg)(x)=f(x)g(x), sur Df∩Dg ;
- le quotient gf par (gf)(x)=g(x)f(x), sur {x∈Df∩Dg;g(x)=0}.
Définition
Soient f et g deux fonctions. La composée g∘f est définie par
(g∘f)(x)=g(f(x)),Dg∘f={x∈Df;f(x)∈Dg}.On dit que f est la fonction intérieure et g la fonction extérieure.
Remarque
Il faut être attentif à deux points.
La composition n'est pas commutative. Avec f(x)=x2 et g(x)=x+1, on obtient (g∘f)(x)=x2+1 tandis que (f∘g)(x)=(x+1)2=x2+2x+1. Ces deux fonctions ne coïncident qu'en x=0.
L'ensemble de définition d'une composée n'est pas Df. Pour f(x)=x−3 et g=ln, la composée g∘f:x↦ln(x−3) n'est définie que sur ]3,+∞[, bien que f soit définie sur R tout entier : il faut que l'image tombe dans Dg.
Propriété
Soient f et g deux fonctions définies sur une même partie A. Les fonctions max(f,g) et min(f,g), définies sur A par max(f,g)(x)=max(f(x),g(x)) et de même pour le minimum, vérifient
max(f,g)=2f+g+∣f−g∣,min(f,g)=2f+g−∣f−g∣.Démonstration. Soit x∈A. Si f(x)⩾g(x), alors ∣f(x)−g(x)∣=f(x)−g(x), donc
2f(x)+g(x)+f(x)−g(x)=f(x)=max(f(x),g(x)).Si f(x)<g(x), alors ∣f(x)−g(x)∣=g(x)−f(x), et le même calcul donne g(x), qui est encore le maximum. La formule pour le minimum s'obtient de même, ou en remarquant que min(f,g)=−max(−f,−g). □
Monotonie
Définition
Soit f une fonction définie sur un intervalle I. On dit que f est :
- croissante sur I lorsque ∀(x,y)∈I2, x⩽y⟹f(x)⩽f(y) ;
- décroissante sur I lorsque ∀(x,y)∈I2, x⩽y⟹f(x)⩾f(y) ;
- strictement croissante sur I lorsque ∀(x,y)∈I2, x<y⟹f(x)<f(y) ;
- strictement décroissante sur I lorsque ∀(x,y)∈I2, x<y⟹f(x)>f(y) ;
- monotone (respectivement strictement monotone) sur I lorsqu'elle est croissante ou décroissante (respectivement strictement croissante ou strictement décroissante) sur I.
Remarque
La monotonie est une propriété relative à un intervalle, jamais à un point, et elle n'est pas locale : x↦x1 est strictement décroissante sur ]−∞,0[ et strictement décroissante sur ]0,+∞[, mais elle n'est pas décroissante sur R∗. En effet −1<1 alors que f(−1)=−1<1=f(1). On ne recolle jamais deux intervalles de monotonie séparés par une valeur interdite.
Propriété
Stricte monotonie et injectivité. Si f est strictement monotone sur un intervalle I, alors f est injective sur I : deux réels distincts de I ont des images distinctes.
Démonstration. Supposons f strictement croissante, et soient x et y deux éléments distincts de I. L'ordre sur R étant total, on a x<y ou y<x. Dans le premier cas f(x)<f(y), dans le second f(y)<f(x) : dans les deux cas f(x)=f(y). Le cas décroissant est identique. □
Cette propriété est la moitié du théorème de la bijection (sous-section 4.7) : la stricte monotonie donne l'injectivité, la continuité donnera la surjectivité sur l'image.
Propriété
Monotonie d'une composée, ou règle des signes. Soient I et J deux intervalles, f:I→R telle que f(I)⊂J, et g:J→R.
- Si f et g sont monotones de même sens, alors g∘f est croissante sur I.
- Si f et g sont monotones de sens contraires, alors g∘f est décroissante sur I.
Si de plus f et g sont strictement monotones, alors g∘f est strictement monotone.
Démonstration. Traitons le cas où f est croissante sur I et g décroissante sur J, les trois autres cas étant en tous points analogues. Soient x et y dans I avec x⩽y. La croissance de f donne f(x)⩽f(y). Ces deux réels appartiennent à J puisque f(I)⊂J, donc la décroissance de g s'applique et donne
g(f(x))⩾g(f(y)),c'est-à-dire (g∘f)(x)⩾(g∘f)(y). Ainsi g∘f est décroissante sur I.
Pour la version stricte, on reprend le même raisonnement avec x<y : la stricte croissance de f donne f(x)<f(y), et la stricte décroissance de g donne alors g(f(x))>g(f(y)). □
Méthode
Étudier la monotonie sans utiliser la dérivée. La dérivation n'intervient qu'en section 5, et beaucoup d'exercices se traitent plus vite sans elle.
- Décomposer en fonctions usuelles et appliquer la règle des signes ci-dessus, en précisant à chaque étape l'intervalle et le sens de variation.
- Additionner : une somme de deux fonctions croissantes est croissante ; si l'une des deux est strictement croissante, la somme l'est aussi.
- Comparer f(x) et f(y) directement, en étudiant le signe de f(y)−f(x) pour x<y quelconques.
- Attention : il n'existe aucune règle pour le produit ni pour le quotient de deux fonctions monotones. On passe par la décomposition ou par le calcul direct.
Exemple
a. Soit h(x)=x+21 sur I=]−2,+∞[. La fonction x↦x+2 est strictement croissante de I sur ]0,+∞[, la fonction racine carrée est strictement croissante sur ]0,+∞[ à valeurs dans ]0,+∞[, et la fonction inverse est strictement décroissante sur ]0,+∞[. On compose : deux croissances puis une décroissance, donc h est strictement décroissante sur I.
b. Soit f(x)=x3+x−1 sur R. Les fonctions x↦x3 et x↦x sont strictement croissantes sur R, et x↦−1 est constante : f est donc strictement croissante sur R comme somme.
c. Soit f(x)=x+1x sur ]−1,+∞[. Le quotient ne se traite pas directement ; on écrit f(x)=1−x+11. Sur cet intervalle, x↦x+1 est strictement croissante à valeurs strictement positives, donc x↦x+11 est strictement décroissante, donc son opposée est strictement croissante, et f aussi.
Parité et périodicité
Définition
Soit f une fonction dont l'ensemble de définition Df est symétrique par rapport à 0, c'est-à-dire tel que x∈Df⟹−x∈Df.
- f est paire lorsque ∀x∈Df, f(−x)=f(x) ;
- f est impaire lorsque ∀x∈Df, f(−x)=−f(x).
Propriété
Soit f une fonction définie sur un ensemble symétrique par rapport à 0.
- Si f est paire, sa courbe Cf est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées.
- Si f est impaire, sa courbe Cf est symétrique par rapport à l'origine du repère. De plus, si 0∈Df, alors f(0)=0.
Démonstration. Le symétrique du point M(x,y) par rapport à l'axe des ordonnées est M′(−x,y). Si f est paire et si M(x,f(x))∈Cf, alors f(−x)=f(x), donc le point (−x,f(x)) appartient à Cf : c'est bien M′. Le symétrique de M(x,y) par rapport à l'origine est M′′(−x,−y), et si f est impaire, f(−x)=−f(x) montre de même que M′′∈Cf. Enfin, si f est impaire et définie en 0, la relation f(−0)=−f(0) s'écrit f(0)=−f(0), d'où 2f(0)=0 puis f(0)=0. □
Méthode
Exploiter une symétrie. Lorsque f est paire ou impaire, on restreint l'étude à Df∩R+, puis on complète la courbe par la symétrie correspondante. Le travail est divisé par deux. La rédaction attendue tient en une phrase, placée juste après la détermination de Df : « L'ensemble Df est symétrique par rapport à 0 et, pour tout x de Df, f(−x)=f(x) : la fonction f est paire, on l'étudie sur Df∩R+ et l'on complète par symétrie d'axe (Oy). »
Exemple
a. f(x)=x2+1x est définie sur R, symétrique par rapport à 0, et
f(−x)=(−x)2+1−x=x2+1−x=−f(x):la fonction f est impaire.
b. g(x)=ln(x2+1) est définie sur R, et g(−x)=ln(x2+1)=g(x) : la fonction g est paire.
c. h(x)=ex n'est ni paire ni impaire : h(−1)=e−1 n'est égal ni à h(1)=e, ni à −h(1).
d. La fonction nulle est à la fois paire et impaire, et c'est la seule.
Définition
Soit T un réel strictement positif. Une fonction f est périodique de période T (ou T-périodique) lorsque
∀x∈Df,x+T∈Df et f(x+T)=f(x).Son étude se restreint alors à un intervalle de longueur T, la courbe se complétant par translations successives de vecteur T.
Exemple
La fonction f:x↦x−⌊x⌋, appelée partie fractionnaire, est définie sur R et 1-périodique. En effet, pour tout réel x, on a ⌊x+1⌋=⌊x⌋+1 (voir la sous-section 2.4), donc
f(x+1)=(x+1)−⌊x+1⌋=x+1−⌊x⌋−1=x−⌊x⌋=f(x).Sur [0,1[, elle coïncide avec x↦x ; la courbe est donc une succession de segments de pente 1, reproduits à l'identique sur chaque intervalle [n,n+1[ avec n∈Z.
Fonctions majorées, minorées, bornées
Définition
Soit f une fonction et A une partie de Df. On dit que f est :
- majorée sur A lorsqu'il existe un réel M tel que ∀x∈A, f(x)⩽M ;
- minorée sur A lorsqu'il existe un réel m tel que ∀x∈A, m⩽f(x) ;
- bornée sur A lorsqu'elle est à la fois majorée et minorée sur A.
Remarque
L'ordre des quantificateurs est essentiel : le majorant M est choisi avant x, donc il ne dépend pas de x. Écrire « pour tout x, il existe M tel que f(x)⩽M » ne dit rien du tout, puisqu'il suffit de prendre M=f(x).
Dire que f est majorée sur A revient exactement à dire que la partie f(A)={f(x);x∈A} de R est majorée. On ramène ainsi tout le vocabulaire des fonctions à celui des parties de R, vu au chapitre précédent.
Propriété
Caractérisation par la valeur absolue. Soit f définie sur A. La fonction f est bornée sur A si et seulement s'il existe un réel M⩾0 tel que
∀x∈A,∣f(x)∣⩽M.Démonstration. Supposons qu'un tel M existe. Pour tout x de A, l'encadrement −M⩽f(x)⩽M montre que f est majorée par M et minorée par −M, donc bornée.
Réciproquement, supposons f bornée : il existe m et M′ tels que m⩽f(x)⩽M′ pour tout x de A. Posons M=max(∣m∣,∣M′∣), réel positif. Pour x∈A, on a d'une part f(x)⩽M′⩽∣M′∣⩽M, d'autre part f(x)⩾m⩾−∣m∣⩾−M. Donc −M⩽f(x)⩽M, soit ∣f(x)∣⩽M. □
Définition
Soit f définie sur A et x0∈A.
- f admet un maximum global sur A en x0 lorsque ∀x∈A, f(x)⩽f(x0). Le réel f(x0) est alors le maximum de f sur A, noté Amaxf.
- f admet un maximum local en x0 lorsqu'il existe η>0 tel que
On définit de même le minimum global et le minimum local. Un extremum est un maximum ou un minimum.
Remarque
Un extremum global est un extremum local, la réciproque étant fausse : un maximum local n'est le plus grand que « près de x0 ». On dit parfois qu'un maximum local est un « sommet de colline » et le maximum global « le sommet du massif ».
Attention à ne pas confondre l'extremum, qui est une valeur f(x0), et le point x0 où il est atteint. On dit « f atteint son maximum en x0, et ce maximum vaut f(x0) ».
Propriété
Lien avec la borne supérieure. Soit f définie sur A non vide.
- Si f est majorée sur A, la partie f(A) est non vide et majorée : elle admet donc une borne supérieure, que l'on note x∈Asupf(x)=sup(f(A)).
- La fonction f admet un maximum global sur A si et seulement si sup(f(A)) appartient à f(A), c'est-à-dire est atteint. Dans ce cas, Amaxf=sup(f(A)).
Le point 2 est le cœur du problème : une fonction majorée possède toujours une borne supérieure, mais pas toujours un maximum. La fonction x↦x+1x sur [0,+∞[ est majorée par 1, sa borne supérieure vaut 1, et pourtant elle ne prend jamais la valeur 1 : elle n'a pas de maximum. C'est précisément l'insuffisance que le théorème des bornes atteintes (sous-section 4.6) viendra combler, au prix d'hypothèses fortes.
Méthode
Montrer qu'une fonction est bornée. Trois voies, par ordre de fréquence.
- Encadrer directement à partir d'inégalités connues sur les fonctions usuelles : 0⩽x2, ex>0, −1⩽x2+1x⩽1, et ainsi de suite.
- Majorer ∣f(x)∣ par une constante, en utilisant l'inégalité triangulaire et en majorant chaque morceau séparément.
- Invoquer le théorème des bornes atteintes lorsque f est continue sur un segment : c'est immédiat, mais l'hypothèse de segment est indispensable (sous-section 4.6).
Exemple
Montrons que f:x↦x2+1x est bornée sur R, et déterminons ses extremums.
Soit x∈R. Le carré (∣x∣−1)2 est positif, donc en développant, x2−2∣x∣+1⩾0, c'est-à-dire
2∣x∣⩽x2+1.Comme x2+1>0, on peut diviser sans changer le sens, ce qui donne
∣f(x)∣=x2+1∣x∣⩽21.La fonction f est donc bornée, et −21⩽f(x)⩽21 pour tout réel x.
Ces deux bornes sont atteintes : f(1)=21 et f(−1)=2−1. Ainsi f admet 21 pour maximum global, atteint en 1, et −21 pour minimum global, atteint en −1. On a donc ici Rsupf=Rmaxf=21.
Les fonctions usuelles
Cette section rassemble les fonctions autorisées dans la filière et les propriétés que l'on utilisera sans les redémontrer. Deux avertissements sur son statut. D'une part, les limites qui y figurent sont celles du lycée : la définition rigoureuse de la limite fait l'objet de la section 3, et l'on s'y reportera pour toute justification. D'autre part, les dérivées sont rappelées pour mémoire, parce qu'elles sont indispensables dès les premiers exercices ; leur définition et leurs règles de calcul sont l'objet de la section 5. Les variations, elles, sont établies ici sans dérivation, à partir des propriétés algébriques.
Fonctions polynomiales et rationnelles
Définition
Une fonction polynomiale est une fonction de la forme
x⟼anxn+an−1xn−1+⋯+a1x+a0,où n∈N et a0,…,an sont des réels avec an=0. L'entier n est son degré, et anxn son terme dominant. Une telle fonction est définie sur R tout entier.
Une fonction rationnelle est un quotient QP de deux fonctions polynomiales, avec Q non nulle. Elle est définie sur R privé des racines de Q, qui sont en nombre fini.
Propriété
Limites en l'infini. Une fonction polynomiale a, en +∞ et en −∞, la même limite que son terme dominant. Une fonction rationnelle a, en +∞ et en −∞, la même limite que le quotient des termes dominants du numérateur et du dénominateur.
Démonstration. Soit P(x)=anxn+⋯+a0 avec an=0 et n⩾1. Pour x=0, on factorise le terme dominant :
P(x)=anxn(1+anxan−1+⋯+anxna0).Chacun des termes de la parenthèse, sauf le premier, tend vers 0 lorsque x tend vers ±∞, donc la parenthèse tend vers 1. Le produit a donc la même limite que anxn. Pour une fonction rationnelle, on applique ce procédé au numérateur et au dénominateur, puis on simplifie le quotient des deux facteurs mis en évidence. □
Exemple
a. x→−∞lim(−2x3+5x2−7)=x→−∞lim(−2x3)=+∞, car x3→−∞ et −2<0.
b. Étudions f(x)=2x2+x−43x2−5x+1 en +∞. Pour x=0,
f(x)=x2(2+x1−x24)x2(3−x5+x21)=2+x1−x243−x5+x21x→+∞23.c. x→+∞limx3−2x2+1=x→+∞limx3x2=x→+∞limx1=0.
Les deux fonctions de référence sont x↦x2 et x↦x1. Voici leurs variations.
Plus généralement, pour n∈N∗, la fonction x↦xn est strictement croissante sur [0,+∞[ ; elle est paire si n est pair, impaire si n est impair. Sa dérivée est x↦nxn−1, et celle de x↦x1 est x↦−x21 (section 5).
La fonction racine carrée
Définition
Pour tout réel x⩾0, il existe un unique réel positif dont le carré vaut x : on l'appelle la racine carrée de x et on le note x. La fonction racine carrée est ainsi définie sur R+, à valeurs dans R+, et caractérisée par
∀x⩾0, ∀y⩾0,(y=x⟺y2=x).L'existence et l'unicité affirmées dans cette définition ne sont pas des évidences : elles se démontrent en appliquant le théorème de la bijection à x↦x2 sur R+, ce que nous ferons en sous-section 4.7.
Propriété
Soient a et b deux réels positifs.
- ab=ab, et ba=ba si b>0 ;
- pour tout réel x, x2=∣x∣ ; en particulier x2=x si et seulement si x⩾0 ;
- (a)2=a ;
- la fonction racine carrée est strictement croissante sur R+, donc a⩽b⟺a⩽b ;
- x→+∞limx=+∞.
Démonstration de la première égalité. Les réels ab et ab sont tous deux positifs, et leurs carrés valent respectivement (a)2(b)2=ab et ab. Par unicité de la racine carrée de ab, ils sont égaux. Pour x2=∣x∣ : le réel ∣x∣ est positif et son carré vaut ∣x∣2=x2, donc c'est la racine carrée de x2. □
Remarque
Il n'existe aucune formule pour a+b. L'égalité a+b=a+b est fausse en général : pour a=b=1, elle donnerait 2=2. On a en réalité a+b⩽a+b, car en élevant au carré les deux membres, qui sont positifs, on compare a+b à a+b+2ab.
La fonction racine carrée est définie en 0 mais n'y est pas dérivable : sa courbe y admet une demi-tangente verticale. Sur ]0,+∞[, sa dérivée vaut 2x1 (section 5).
Méthode
La quantité conjuguée. Dès qu'apparaît une différence de la forme A−B, avec A et B positifs non tous deux nuls, on multiplie et divise par la somme A+B :
A−B=A+B(A−B)(A+B)=A+BA−B.Les racines disparaissent du numérateur. C'est l'outil de référence pour lever les formes indéterminées du type ∞−∞ faisant intervenir des racines.
Exemple
Calcul de x→+∞lim(x2+3x−x). C'est une forme indéterminée ∞−∞. Pour x>0, on multiplie par la quantité conjuguée :
x2+3x−x=x2+3x+x(x2+3x)−x2=x2+3x+x3x.Comme x>0, on a x2+3x=x1+x3, donc en factorisant x au dénominateur,
x2+3x−x=x(1+x3+1)3x=1+x3+13x→+∞1+13=23.La valeur absolue
Définition
La valeur absolue d'un réel x est le réel positif
∣x∣={x−xsi x⩾0,si x<0.Pour deux réels x et y, le réel ∣x−y∣ s'appelle la distance de x à y.
Propriété
Pour tous réels x et y :
- ∣x∣⩾0, et ∣x∣=0⟺x=0 ;
- ∣−x∣=∣x∣, ∣xy∣=∣x∣∣y∣, et yx=∣y∣∣x∣ si y=0 ;
- ∣x∣2=x2 et ∣x∣=x2 ;
- −∣x∣⩽x⩽∣x∣ et ∣x∣=max(x,−x) ;
- inégalité triangulaire : ∣x+y∣⩽∣x∣+∣y∣ ;
- inégalité triangulaire renversée : ∣x∣−∣y∣⩽∣x−y∣.
Propriété
Caractérisation fondamentale. Soit a un réel positif. Pour tout réel x,
∣x∣⩽a⟺−a⩽x⩽a.En particulier, pour tous réels x0 et r>0,
∣x−x0∣⩽r⟺x0−r⩽x⩽x0+r⟺x∈[x0−r,x0+r].Démonstration. Supposons ∣x∣⩽a. Puisque x⩽∣x∣, on obtient x⩽a ; puisque −x⩽∣x∣, on obtient −x⩽a, soit −a⩽x. Réciproquement, si −a⩽x⩽a, alors x⩽a et −x⩽a, donc max(x,−x)⩽a, c'est-à-dire ∣x∣⩽a. La seconde équivalence s'obtient en appliquant la première à x−x0 puis en ajoutant x0 aux trois membres. □
Cette équivalence est la clé de lecture de toute la section 3 : « f(x) est à distance au plus ε de ℓ » et « f(x) appartient à l'intervalle [ℓ−ε,ℓ+ε] » disent exactement la même chose.
Méthode
Supprimer une valeur absolue. On ne calcule jamais avec des valeurs absolues : on s'en débarrasse d'abord.
- Repérer les points d'annulation de chaque expression figurant dans une valeur absolue.
- Découper R en intervalles délimités par ces points.
- Sur chaque intervalle, déterminer le signe de chaque expression et remplacer ∣u∣ par u ou par −u.
- Recoller et vérifier la cohérence aux points de raccordement, en évaluant les deux expressions.
Exemple
a. Une inéquation. Résolvons ∣2x−3∣⩽5. La caractérisation donne
−5⩽2x−3⩽5,soit−2⩽2x⩽8,soit−1⩽x⩽4.L'ensemble des solutions est [−1,4].
b. Une expression par morceaux. Écrivons f(x)=∣x−1∣+∣x+2∣ sans valeur absolue. Les points d'annulation sont 1 et −2.
Pour x<−2 : x−1<0 et x+2<0, donc f(x)=(1−x)+(−x−2)=−2x−1.
Pour −2⩽x<1 : x−1<0 et x+2⩾0, donc f(x)=(1−x)+(x+2)=3.
Pour x⩾1 : les deux quantités sont positives, donc f(x)=(x−1)+(x+2)=2x+1.
Vérification aux raccords. En x=−2 : −2×(−2)−1=3, ce qui coïncide avec la valeur 3 du deuxième morceau. En x=1 : 3 d'un côté, 2×1+1=3 de l'autre. Les morceaux se recollent, et l'on lit au passage que f admet 3 pour minimum global, atteint en tout point de [−2,1].
Remarque
La fonction valeur absolue est définie sur R et continue sur R, mais elle n'est pas dérivable en 0 : sa courbe y présente un point anguleux. Sur R∗, sa dérivée vaut ∣x∣x, c'est-à-dire 1 pour x>0 et −1 pour x<0 (section 5).
La partie entière
Définition
Soit x un réel. Il existe un unique entier relatif n tel que n⩽x<n+1. Cet entier s'appelle la partie entière de x et se note ⌊x⌋.
Propriété
Encadrement fondamental. Pour tout réel x,
⌊x⌋⩽x<⌊x⌋+1,ou de manieˋre eˊquivalentex−1<⌊x⌋⩽x.De plus :
- ⌊x⌋=n⟺n⩽x<n+1, pour n∈Z ;
- ⌊x⌋=x si et seulement si x∈Z ;
- pour tout n∈Z, ⌊x+n⌋=⌊x⌋+n ;
- la fonction partie entière est croissante au sens large sur R, constante sur chaque intervalle [n,n+1[ avec n∈Z.
Démonstration de la troisième propriété. Soit n∈Z. L'encadrement ⌊x⌋⩽x<⌊x⌋+1 donne, en ajoutant n,
⌊x⌋+n⩽x+n<(⌊x⌋+n)+1.Comme ⌊x⌋+n est un entier relatif, l'unicité dans la définition impose ⌊x+n⌋=⌊x⌋+n. □
La courbe est en escalier : sur chaque intervalle [n,n+1[, elle est constante égale à n, et elle « saute » d'une unité en chaque entier.
| Intervalle contenant x | [−2,−1[ | [−1,0[ | [0,1[ | [1,2[ | [2,3[ |
|---|---|---|---|---|---|
| ⌊x⌋ | −2 | −1 | 0 | 1 | 2 |
Exemple
⌊3,7⌋=3, ⌊5⌋=5, ⌊0,99⌋=0, et surtout ⌊−3,7⌋=−4 : la partie entière n'est pas obtenue en supprimant les décimales. Il faut le plus grand entier inférieur ou égal à x, et −3 est strictement supérieur à −3,7.
Attention également : ⌊x+y⌋ n'est pas ⌊x⌋+⌊y⌋ en général. Pour x=y=0,5, le membre de gauche vaut 1 et celui de droite 0.
Remarque
La fonction partie entière est le contre-exemple du chapitre. Elle n'est pas continue en un entier n : sa limite à gauche en n vaut n−1, sa limite à droite et sa valeur valent n (sous-sections 3.3 et 4.1). Elle est en revanche continue en tout point non entier, et constante donc de dérivée nulle sur chaque ]n,n+1[.
Exemple
Un encadrement utile. Pour tout réel x>0, l'encadrement fondamental donne x−1<⌊x⌋⩽x, donc en divisant par x>0,
1−x1<x⌊x⌋⩽1.Nous en déduirons en sous-section 3.7, par le théorème d'encadrement, que x⌊x⌋ tend vers 1 en +∞. Autrement dit, la partie entière est « asymptotiquement égale » à son argument, alors même qu'elle en diffère d'une quantité pouvant approcher 1.
La fonction exponentielle
Définition
On admet l'existence d'une unique fonction dérivable sur R, égale à sa propre dérivée et prenant la valeur 1 en 0. On l'appelle fonction exponentielle et on la note exp, ou x↦ex. On pose e=exp(1), dont une valeur approchée est 2,718.
La notion de dérivée intervenant dans cette caractérisation est reprise en section 5 ; on peut à ce stade se contenter de la définition du lycée.
Propriété
Pour tous réels x et y et tout entier relatif n :
- e0=1 et ex>0 : l'exponentielle ne s'annule jamais ;
- ex+y=exey, e−x=ex1, ex−y=eyex, (ex)n=enx ;
- exp est strictement croissante sur R, donc ex⩽ey⟺x⩽y et ex=ey⟺x=y ;
- x→−∞limex=0 et x→+∞limex=+∞ ;
- exp réalise une bijection de R sur ]0,+∞[ ;
- la dérivée de exp est exp (section 5).
Propriété
Inégalité fondamentale de l'exponentielle, admise ici. Pour tout réel x,
ex⩾1+x,avec égalité si et seulement si x=0. Autrement dit, la courbe de l'exponentielle est toujours située au-dessus de la droite d'équation y=x+1.
Cette inégalité se démontre en une ligne dès que l'on dispose de la dérivation : il suffit d'étudier les variations de x↦ex−x−1, dont la dérivée ex−1 est négative sur R− et positive sur R+ (voir la section 5). Nous l'admettons ici, et nous nous en servons librement.
Exemple
Résolvons l'équation e2x−3ex+2=0. Posons X=ex, qui parcourt ]0,+∞[ lorsque x parcourt R. Comme e2x=(ex)2=X2, l'équation devient
X2−3X+2=0.Le discriminant vaut Δ=9−8=1>0, et les racines sont 23−1=1 et 23+1=2. Ces deux valeurs sont strictement positives, donc toutes deux acceptables. On revient à x :
ex=1⟺x=0,ex=2⟺x=ln2.L'ensemble des solutions est {0,ln2}. Vérification pour x=ln2 : e2ln2=(eln2)2=4, et 4−3×2+2=0.
Le logarithme népérien
Définition
La fonction exponentielle réalisant une bijection de R sur ]0,+∞[, elle admet une fonction réciproque, définie sur ]0,+∞[ et à valeurs dans R : c'est le logarithme népérien, noté ln. Il est caractérisé par
∀x>0, ∀y∈R,(y=lnx⟺x=ey).En particulier elnx=x pour tout x>0, et ln(ey)=y pour tout réel y.
Propriété
Pour tous réels a>0 et b>0 et tout entier relatif n :
- ln1=0 et lne=1 ;
- ln(ab)=lna+lnb, ln(b1)=−lnb, ln(ba)=lna−lnb, ln(an)=nlna ;
- ln est strictement croissante sur ]0,+∞[, donc lna⩽lnb⟺a⩽b et lna=lnb⟺a=b ;
- lnx>0⟺x>1, et lnx<0⟺0<x<1 ;
- x→0+limlnx=−∞ et x→+∞limlnx=+∞ ;
- la dérivée de ln sur ]0,+∞[ est x↦x1 (section 5).
Démonstration de la relation fonctionnelle. Soient a>0 et b>0. Les réels lna et lnb existent, et
elna+lnb=elna×elnb=a×b.Ainsi lna+lnb est un réel dont l'exponentielle vaut ab ; par définition du logarithme comme réciproque de l'exponentielle, cela signifie exactement ln(ab)=lna+lnb. En appliquant ce résultat à b=a1, on obtient lna+ln(a1)=ln1=0, d'où ln(a1)=−lna, puis la formule du quotient. La formule ln(an)=nlna s'en déduit par récurrence sur n∈N, puis s'étend aux entiers négatifs par la formule de l'inverse. □
Propriété
Inégalité fondamentale, admise ici. Pour tout réel x>0,
lnx⩽x−1,avec égalité si et seulement si x=1. En particulier, ln(1+t)⩽t pour tout t>−1.
Cette inégalité est la traduction de eu⩾1+u par passage au logarithme : en posant u=lnx, l'inégalité eu⩾1+u s'écrit x⩾1+lnx. Elle se démontre aussi directement par l'étude de x↦x−1−lnx (section 5).
Méthode
Résoudre une équation ou une inéquation avec exp ou ln.
- Déterminer d'abord l'ensemble de définition : tous les arguments de logarithmes doivent être strictement positifs. Cette étape n'est pas facultative, elle élimine des solutions parasites.
- Regrouper les logarithmes en un seul, à l'aide des relations fonctionnelles, ou poser X=ex pour se ramener à une équation algébrique.
- Composer par la réciproque : l'équivalence lnu=lnv⟺u=v n'est valable que si u>0 et v>0. Pour une inéquation, la stricte croissance conserve le sens ; il n'y a jamais de changement de sens avec exp ou ln.
- Confronter les solutions trouvées à l'ensemble de définition de l'étape 1, et conclure.
Exemple
a. Une équation logarithmique. Résolvons lnx+ln(x−1)=ln6.
Ensemble de définition. Il faut x>0 et x−1>0, donc x>1.
Résolution. Pour x>1, l'équation s'écrit ln(x(x−1))=ln6, soit, par stricte croissance de ln, x2−x=6, c'est-à-dire x2−x−6=0. Le discriminant vaut Δ=1+24=25, et les racines sont 21−5=−2 et 21+5=3.
Conclusion. Seule 3 vérifie x>1. L'ensemble des solutions est {3}. Vérification : ln3+ln2=ln6.
b. Une inéquation exponentielle. Résolvons 2x>5. Comme 2x=exln2 (sous-section 2.7), l'inéquation équivaut à exln2>5, puis, par stricte croissance de ln, à xln2>ln5. Comme ln2>0, on divise sans changer le sens :
x>ln2ln5.L'ensemble des solutions est ]ln2ln5,+∞[. Une valeur approchée du seuil est 2,32, ce qui est cohérent avec 22=4<5<8=23.
Puissances réelles
Définition
Soient x>0 et α un réel. On pose
xα=eαlnx.Pour α fixé, la fonction x↦xα est ainsi définie sur ]0,+∞[, à valeurs strictement positives.
Soient a>0 et x un réel. On pose de même
ax=exlna.Pour a fixé, la fonction x↦ax est définie sur R tout entier.
Remarque
Ces deux notations coïncident avec celles du lycée : si α=n est un entier naturel, on retrouve bien xn=n facteursx×⋯×x, et x1/2=e21lnx=x, puisque le carré de e21lnx vaut elnx=x.
Le point de vigilance est le domaine. Pour α non entier, xα n'a de sens que pour x>0 : l'écriture (−8)1/3 est interdite dans ce cours, même si l'on « sait » que (−2)3=−8. En revanche xn pour n∈Z garde son sens usuel sur R ou R∗.
Propriété
Pour tous réels x>0, y>0 et tous réels α, β :
- xα+β=xαxβ, x−α=xα1, (xα)β=xαβ ;
- (xy)α=xαyα et (yx)α=yαxα ;
- ln(xα)=αlnx ;
- 1α=1 et x0=1 ;
- la dérivée de x↦xα sur ]0,+∞[ est x↦αxα−1, et celle de x↦ax sur R est x↦(lna)ax (section 5).
Démonstration de la première formule. Par définition et par la relation fonctionnelle de l'exponentielle,
xα+β=e(α+β)lnx=eαlnx+βlnx=eαlnx×eβlnx=xαxβ.Pour la formule de composition, (xα)β=eβln(xα)=eβαlnx=xαβ, en utilisant ln(xα)=ln(eαlnx)=αlnx. □
Propriété
Variations et limites de x↦xα sur ]0,+∞[.
- Si α>0 : strictement croissante, x→0+limxα=0 et x→+∞limxα=+∞.
- Si α<0 : strictement décroissante, x→0+limxα=+∞ et x→+∞limxα=0.
- Si α=0 : constante égale à 1.
Démonstration. La fonction x↦lnx est strictement croissante sur ]0,+∞[, la fonction t↦αt est strictement croissante si α>0 et strictement décroissante si α<0, enfin exp est strictement croissante. La règle des signes pour la composée (sous-section 1.3) donne immédiatement le sens de variation. Les limites s'obtiennent par composition à partir de celles de ln et de exp : par exemple, si α>0, alors αlnx→−∞ quand x→0+, donc eαlnx→0. □
Exemple
La fonction x↦2x est strictement croissante sur R, car 2x=exln2 et ln2>0. Ses limites sont 0 en −∞ et +∞ en +∞.
La fonction x↦(21)x=e−xln2 est au contraire strictement décroissante, puisque ln21=−ln2<0. Ses limites sont +∞ en −∞ et 0 en +∞. C'est le comportement des suites géométriques de raison 21, prolongé aux exposants réels.
Tableau récapitulatif
| Fonction | Ensemble de définition | Dérivée |
|---|---|---|
| x↦xn, n∈N∗ | R | nxn−1 |
| x↦x1 | R∗ | −x21 |
| x↦x | R+, dérivable sur R+∗ | 2x1 |
| x↦∣x∣ | R, dérivable sur R∗ | ∣x∣x |
| x↦⌊x⌋ | R, dérivable sur R∖Z | 0 |
| x↦ex | R | ex |
| x↦lnx | R+∗ | x1 |
| x↦xα, α∈R | R+∗ | αxα−1 |
| x↦ax, a>0 | R | (lna)ax |
Limites
Limite finie en un point
Dans toute cette section, f désigne une fonction et a un réel qui est soit un point de Df, soit une extrémité d'un intervalle contenu dans Df. Cette précision, un peu lourde, sert uniquement à garantir qu'il y a des points de Df aussi près de a que l'on veut : sans elle, la phrase « f(x) est proche de ℓ quand x est proche de a » serait vide de sens.
Définition
Soit ℓ un réel. On dit que f admet ℓ pour limite en a, et l'on écrit x→alimf(x)=ℓ, lorsque
∀ε>0, ∃η>0, ∀x∈Df,∣x−a∣⩽η⟹∣f(x)−ℓ∣⩽ε.Il faut lire cette phrase mot à mot, dans l'ordre, car l'ordre des quantificateurs est tout.
« Pour tout ε>0 » : on se donne une marge de tolérance sur l'image, aussi petite que l'on veut. C'est l'adversaire qui la choisit, et il peut être aussi exigeant qu'il le souhaite.
« il existe η>0 » : à cette exigence, on doit répondre par une marge de manœuvre sur la variable. Ce η dépend en général de ε, et c'est normal : plus la tolérance ε est petite, plus il faudra se rapprocher de a, donc plus η sera petit. En revanche η ne dépend pas de x, puisqu'il est choisi avant lui.
« pour tout x∈Df » : la conclusion doit valoir pour tous les points du domaine situés assez près de a, sans exception.
« ∣x−a∣⩽η⟹∣f(x)−ℓ∣⩽ε » : c'est le contrat. Dès que x est à distance au plus η de a, son image est à distance au plus ε de ℓ. Avec la caractérisation de la sous-section 2.3, cela s'écrit aussi : dès que x∈[a−η,a+η], on a f(x)∈[ℓ−ε,ℓ+ε].
Remarque
Deux conventions doivent être signalées.
D'une part, nous employons des inégalités larges (⩽η et ⩽ε), comme au chapitre sur les suites. Remplacer l'une ou l'autre par une inégalité stricte donne une définition équivalente : il suffit de remplacer ε par 2ε pour passer de l'une à l'autre.
D'autre part, la valeur x=a n'est pas exclue de l'implication. Par conséquent, si a∈Df et si f admet une limite ℓ en a, alors nécessairement ℓ=f(a) : en effet, l'implication appliquée à x=a donne ∣f(a)−ℓ∣⩽ε pour tout ε>0, donc f(a)=ℓ. Cette remarque, apparemment anodine, signifie que pour un point du domaine, « avoir une limite » et « être continue » sont la même chose (section 4).
Méthode
Démontrer une limite en revenant à la définition. C'est l'exercice de base, et la seule méthode disponible tant que l'on ne dispose pas des théorèmes des sous-sections suivantes.
- Se donner ε>0 quelconque : la rédaction commence par « Soit ε>0 ».
- Majorer ∣f(x)−ℓ∣ par une expression simple de ∣x−a∣, valable pour x assez proche de a ; on s'autorise pour cela à supposer d'emblée ∣x−a∣⩽1, par exemple.
- Résoudre l'inéquation « expression simple ⩽ε » et en déduire une valeur explicite de η.
- Rédiger dans le bon ordre : « Posons η=… Soit x∈Df tel que ∣x−a∣⩽η. Alors ∣f(x)−ℓ∣⩽…⩽ε. »
- Conclure : « donc f(x)→ℓ quand x→a ».
Exemple
Montrons que x→3lim(2x−1)=5.
Soit ε>0. Pour tout réel x,
(2x−1)−5=∣2x−6∣=2∣x−3∣.Posons η=2ε>0. Soit x∈R tel que ∣x−3∣⩽η. Alors
(2x−1)−5=2∣x−3∣⩽2η=ε.La définition est vérifiée, donc 2x−1→5 quand x→3.
Exemple
Montrons que x→2limx2=4.
Soit ε>0. Pour tout réel x, on a x2−4=∣x−2∣∣x+2∣. Le second facteur n'est pas constant : il faut le majorer. Supposons pour cela ∣x−2∣⩽1, c'est-à-dire 1⩽x⩽3 ; alors 3⩽x+2⩽5, donc ∣x+2∣⩽5 et
x2−4⩽5∣x−2∣.Posons η=min(1,5ε)>0. Soit x tel que ∣x−2∣⩽η. Comme η⩽1, la majoration ci-dessus s'applique, et comme η⩽5ε,
x2−4⩽5∣x−2∣⩽5η⩽ε.Donc x2→4 quand x→2. Le procédé consistant à prendre le minimum entre une contrainte de travail et la contrainte issue de ε est absolument standard.
Les autres cas de limite
Les huit autres définitions se déduisent de la précédente en remplaçant « être à distance au plus ε de ℓ » par « dépasser A », et « être à distance au plus η de a » par « dépasser B ». Il n'y a rien de plus à comprendre, mais tout à savoir écrire.
Limite infinie en un point a.
| Énoncé | Traduction quantifiée |
|---|---|
| x→alimf(x)=+∞ | ∀A>0, ∃η>0, ∀x∈Df, ∣x−a∣⩽η⟹f(x)⩾A |
| x→alimf(x)=−∞ | ∀A>0, ∃η>0, ∀x∈Df, ∣x−a∣⩽η⟹f(x)⩽−A |
Limite en +∞.
| Énoncé | Traduction quantifiée |
|---|---|
| x→+∞limf(x)=ℓ | ∀ε>0, ∃B∈R, ∀x∈Df, x⩾B⟹∣f(x)−ℓ∣⩽ε |
| x→+∞limf(x)=+∞ | ∀A>0, ∃B∈R, ∀x∈Df, x⩾B⟹f(x)⩾A |
| x→+∞limf(x)=−∞ | ∀A>0, ∃B∈R, ∀x∈Df, x⩾B⟹f(x)⩽−A |
Limite en −∞.
| Énoncé | Traduction quantifiée |
|---|---|
| x→−∞limf(x)=ℓ | ∀ε>0, ∃B∈R, ∀x∈Df, x⩽B⟹∣f(x)−ℓ∣⩽ε |
| x→−∞limf(x)=+∞ | ∀A>0, ∃B∈R, ∀x∈Df, x⩽B⟹f(x)⩾A |
| x→−∞limf(x)=−∞ | ∀A>0, ∃B∈R, ∀x∈Df, x⩽B⟹f(x)⩽−A |
Définition
Une fonction qui admet une limite finie en a est dite convergente en a. Dans tous les autres cas, y compris celui d'une limite infinie, on dit qu'elle diverge en a.
Exemple
Montrons que x→0+limx1=+∞, en revenant à la définition (adaptée à une limite à droite, voir la sous-section suivante).
Soit A>0. Posons η=A1>0. Soit x tel que 0<x⩽η. Par décroissance de la fonction inverse sur ]0,+∞[,
x1⩾η1=A.La définition est vérifiée. On notera que la traduction « x1 dépasse A » a été obtenue en résolvant l'inéquation x1⩾A, qui donne x⩽A1 pour x>0 : c'est toujours ainsi qu'on trouve le η.
Limite à droite, limite à gauche
Définition
Soit a un réel. On dit que f admet ℓ pour limite à droite en a, et l'on note x→a+limf(x)=ℓ, lorsque la restriction de f à Df∩]a,+∞[ admet ℓ pour limite en a, c'est-à-dire lorsque
∀ε>0, ∃η>0, ∀x∈Df,a<x⩽a+η⟹∣f(x)−ℓ∣⩽ε.On définit de même la limite à gauche, notée x→a−limf(x), en remplaçant la condition par a−η⩽x<a. Ces définitions s'adaptent au cas d'une limite infinie.
Propriété
Limite et limites latérales. Soit a un réel tel que f soit définie à gauche et à droite de a.
- Si a∈/Df, alors f admet ℓ pour limite en a si et seulement si f admet ℓ pour limite à droite en a et ℓ pour limite à gauche en a.
- Si a∈Df, alors f admet ℓ pour limite en a si et seulement si
Démonstration. Le sens direct est clair dans les deux cas : si l'implication de la définition vaut pour tous les x à distance au plus η de a, elle vaut en particulier pour ceux qui sont strictement à droite, pour ceux qui sont strictement à gauche, et pour x=a lui-même lorsque a∈Df, ce qui impose alors f(a)=ℓ comme on l'a vu en 3.1.
Réciproquement, plaçons-nous dans le cas 2 et soit ε>0. La limite à droite fournit η1>0 tel que a<x⩽a+η1⟹∣f(x)−ℓ∣⩽ε, et la limite à gauche fournit η2>0 tel que a−η2⩽x<a⟹∣f(x)−ℓ∣⩽ε. Posons η=min(η1,η2)>0 et soit x∈Df avec ∣x−a∣⩽η. Trois cas : si x>a, la première implication s'applique ; si x<a, c'est la seconde ; et si x=a, l'hypothèse f(a)=ℓ donne ∣f(a)−ℓ∣=0⩽ε. Dans tous les cas ∣f(x)−ℓ∣⩽ε. Le cas 1 se traite de même en supprimant le troisième cas. □
Exemple
a. Pour f(x)=x1, on a x→0+limf(x)=+∞ et x→0−limf(x)=−∞. Les deux limites latérales existent mais diffèrent : f n'a pas de limite en 0.
b. Pour la partie entière et a=2 : sur ]1,2[, on a ⌊x⌋=1, donc x→2−lim⌊x⌋=1. Sur [2,3[, on a ⌊x⌋=2, donc x→2+lim⌊x⌋=2, et ⌊2⌋=2. Les deux limites latérales existent, valent 1 et 2, donc diffèrent : la partie entière n'a pas de limite en 2.
c. Pour g(x)=x∣x∣, définie sur R∗ : g(x)=1 si x>0 et g(x)=−1 si x<0. Ainsi x→0+limg(x)=1 et x→0−limg(x)=−1 : pas de limite en 0.
Unicité de la limite
Propriété
Unicité de la limite. Si f admet une limite en a, alors cette limite est unique. On peut donc légitimement écrire x→alimf(x)=ℓ et parler de la limite de f en a.
Démonstration. Nous traitons le cas de deux limites finies en un réel a, les autres cas étant analogues. Raisonnons par l'absurde : supposons que f admette deux limites ℓ et ℓ′ en a, avec ℓ=ℓ′.
Le réel ∣ℓ−ℓ′∣ est alors strictement positif. Posons
ε=3∣ℓ−ℓ′∣>0.La définition de la limite ℓ appliquée à ce ε fournit η1>0 tel que, pour tout x∈Df,
∣x−a∣⩽η1⟹∣f(x)−ℓ∣⩽ε.La définition de la limite ℓ′ appliquée au même ε fournit η2>0 tel que, pour tout x∈Df,
∣x−a∣⩽η2⟹∣f(x)−ℓ′∣⩽ε.Posons η=min(η1,η2), qui est strictement positif. Puisque a appartient à Df ou en est une extrémité, il existe au moins un réel x0∈Df tel que ∣x0−a∣⩽η : c'est ici que sert l'hypothèse faite sur a au début de la section. Les deux implications s'appliquent à ce x0, et l'inégalité triangulaire donne
∣ℓ−ℓ′∣=(ℓ−f(x0))+(f(x0)−ℓ′)⩽∣ℓ−f(x0)∣+∣f(x0)−ℓ′∣⩽ε+ε=32∣ℓ−ℓ′∣.En soustrayant 32∣ℓ−ℓ′∣ aux deux membres, il vient 31∣ℓ−ℓ′∣⩽0, donc ∣ℓ−ℓ′∣⩽0, donc ∣ℓ−ℓ′∣=0, c'est-à-dire ℓ=ℓ′. C'est contradictoire avec l'hypothèse ℓ=ℓ′.
L'hypothèse de départ est donc absurde : la limite est unique. □
Remarque
Le choix de ε=3∣ℓ−ℓ′∣ n'a rien de magique : n'importe quel diviseur strictement supérieur à 2 convient, puisqu'il suffit d'aboutir à une inégalité ∣ℓ−ℓ′∣⩽k∣ℓ−ℓ′∣ avec k<1. Avec des inégalités strictes dans la définition, ε=2∣ℓ−ℓ′∣ suffirait.
Opérations sur les limites
Dans les tableaux qui suivent, ℓ et ℓ′ désignent des réels, et « FI » signale une forme indéterminée, c'est-à-dire un cas où aucune conclusion générale n'est possible : il faut alors transformer l'expression. Les résultats valent en un point a comme en ±∞.
Limite d'une somme f+g.
| limf \ limg | ℓ′ | +∞ | −∞ |
|---|---|---|---|
| ℓ | ℓ+ℓ′ | +∞ | −∞ |
| +∞ | +∞ | +∞ | FI |
| −∞ | −∞ | FI | −∞ |
Limite d'un produit fg.
| limf \ limg | ℓ′=0 | 0 | ±∞ |
|---|---|---|---|
| ℓ=0 | ℓℓ′ | 0 | ±∞ |
| 0 | 0 | 0 | FI |
| ±∞ | ±∞ | FI | ±∞ |
Dans ce tableau, les signes des limites infinies obéissent à la règle des signes du produit de deux réels.
Limite d'un quotient gf.
| limf \ limg | ℓ′=0 | 0+ ou 0− | ±∞ |
|---|---|---|---|
| ℓ=0 | ℓ′ℓ | ±∞ | 0 |
| 0 | 0 | FI | 0 |
| ±∞ | ±∞ | ±∞ | FI |
La notation 0+ signifie que g tend vers 0 en restant strictement positive au voisinage du point considéré, et 0− en restant strictement négative. Cette précision est indispensable : sans elle, on ne peut pas déterminer le signe de l'infini obtenu, et le quotient peut même n'avoir aucune limite.
Propriété
Les quatre formes indéterminées. Les quatre cas d'échec des tableaux précédents sont
∞−∞ (somme),0×∞ (produit),00 (quotient),∞∞ (quotient).Aucune de ces écritures n'est un calcul : chacune impose de transformer l'expression avant de pouvoir conclure.
Remarque
Les formes 1∞, 00 et ∞0, parfois mentionnées, ne sont pas nouvelles : elles se ramènent aux précédentes en écrivant, pour u>0,
uv=evlnu,ce qui transforme l'exposant en un produit vlnu de la forme 0×∞.
Méthode
Lever une forme indéterminée. Quatre techniques couvrent la quasi-totalité des cas de ce chapitre.
- Factoriser par le terme dominant, au numérateur et au dénominateur, puis simplifier. C'est la technique pour les fonctions rationnelles en ±∞.
- Factoriser puis simplifier la racine gênante : en un point a où numérateur et dénominateur s'annulent tous les deux, ils sont tous deux divisibles par (x−a).
- Multiplier par la quantité conjuguée dès qu'une différence de racines carrées apparaît.
- Invoquer les croissances comparées (sous-section 3.10) dès que se rencontrent une exponentielle, une puissance et un logarithme.
Exemple
a. Forme 00 par factorisation. Calculons x→2limx2−3x+2x2−4. Le numérateur et le dénominateur s'annulent en 2. On factorise :
x2−3x+2x2−4=(x−2)(x−1)(x−2)(x+2)=x−1x+2pour x=2.Le quotient obtenu n'est plus indéterminé et tend vers 14=4 quand x→2. Donc la limite cherchée vaut 4.
b. Forme 00 par la conjuguée. Calculons x→0limx1+x−1. Pour x=0 et x>−1,
x1+x−1=x(1+x+1)(1+x)−1=x(1+x+1)x=1+x+11.Cette dernière expression tend vers 1+11=21 quand x→0.
c. Un quotient avec signe à déterminer. Calculons x→1+limx−1x+2. Le numérateur tend vers 3>0, le dénominateur vers 0 en restant strictement positif puisque x>1. Le tableau donne donc +∞. À gauche, x−1→0−, et la limite vaut −∞.
Composition des limites
Propriété
Limite d'une composée. Soient f et g deux fonctions telles que g∘f soit définie au voisinage de a. Soient a, b et ℓ éléments de R ou égaux à +∞ ou −∞. Si
x→alimf(x)=bety→blimg(y)=ℓ,alors
x→alimg(f(x))=ℓ.Méthode
Rédiger un changement de variable dans une limite. La rédaction attendue tient en trois lignes.
- Poser explicitement la variable intermédiaire : « posons y=f(x) ».
- Établir sa limite : « quand x→a, on a y→b ».
- Conclure par le théorème de composition : « or g(y)→ℓ quand y→b, donc par composition g(f(x))→ℓ quand x→a ».
Exemple
a. Calculons x→+∞limln(x+32x+1). Posons y=x+32x+1. Quand x→+∞, cette fonction rationnelle a la même limite que x2x=2, donc y→2. Or lny→ln2 quand y→2. Par composition, la limite cherchée vaut ln2.
b. Calculons x→0+lime−1/x. Posons y=−x1. Quand x→0+, on a x1→+∞, donc y→−∞. Or ey→0 quand y→−∞. Par composition, la limite vaut 0.
c. Calculons x→+∞lim2x2−3x2+1. Posons y=2x2−3x2+1, qui tend vers 21. Or y→21=21 quand y→21. La limite vaut donc 21, que l'on écrit aussi 22.
Théorèmes de comparaison et théorème d'encadrement
On dira qu'une propriété est vraie au voisinage de a lorsqu'elle est vraie pour tous les x de Df situés à distance assez petite de a ; en +∞, cela signifie « pour tout x assez grand ». C'est une commodité de langage qui évite de répéter les quantificateurs.
Propriété
Théorème d'encadrement (dit « des gendarmes »). Soient f, g, h trois fonctions et ℓ un réel. Si
- g(x)⩽f(x)⩽h(x) au voisinage de a,
- x→alimg(x)=x→alimh(x)=ℓ,
alors f admet une limite en a et x→alimf(x)=ℓ.
Démonstration. Soit ε>0. Par hypothèse 2 appliquée à g, il existe η1>0 tel que, pour tout x∈Df vérifiant ∣x−a∣⩽η1, on ait ∣g(x)−ℓ∣⩽ε, et en particulier
ℓ−ε⩽g(x).De même, il existe η2>0 tel que ∣x−a∣⩽η2 entraîne ∣h(x)−ℓ∣⩽ε, et en particulier
h(x)⩽ℓ+ε.Enfin, l'hypothèse 1 fournit η3>0 tel que l'encadrement g(x)⩽f(x)⩽h(x) soit valable dès que ∣x−a∣⩽η3.
Posons η=min(η1,η2,η3), qui est strictement positif comme minimum de trois réels strictement positifs. Soit x∈Df tel que ∣x−a∣⩽η. Les trois conclusions précédentes s'appliquent simultanément, et en les enchaînant :
ℓ−ε⩽g(x)⩽f(x)⩽h(x)⩽ℓ+ε.Ainsi ℓ−ε⩽f(x)⩽ℓ+ε, c'est-à-dire ∣f(x)−ℓ∣⩽ε d'après la caractérisation de la sous-section 2.3.
Nous avons donc montré que pour tout ε>0 il existe η>0 tel que ∣x−a∣⩽η⟹∣f(x)−ℓ∣⩽ε : c'est exactement la définition de x→alimf(x)=ℓ. □
Propriété
Corollaire, très utilisé. S'il existe une fonction φ telle que
∣f(x)−ℓ∣⩽φ(x) au voisinage de aetx→alimφ(x)=0,alors x→alimf(x)=ℓ.
Démonstration. L'hypothèse s'écrit −φ(x)⩽f(x)−ℓ⩽φ(x), soit ℓ−φ(x)⩽f(x)⩽ℓ+φ(x). Les deux fonctions encadrantes tendent vers ℓ−0=ℓ et ℓ+0=ℓ : le théorème d'encadrement conclut. □
Propriété
Théorèmes de comparaison. Soient f et g deux fonctions telles que f(x)⩽g(x) au voisinage de a.
- Si x→alimf(x)=+∞, alors x→alimg(x)=+∞.
- Si x→alimg(x)=−∞, alors x→alimf(x)=−∞.
- Passage à la limite dans une inégalité. Si f et g admettent des limites finies ℓ et ℓ′ en a, alors ℓ⩽ℓ′.
Remarque
Le point 3 mérite une mise en garde : les inégalités strictes ne se conservent pas par passage à la limite. On a bien x1>0 pour tout x>0, et pourtant x→+∞limx1=0, qui n'est pas strictement positif. La conclusion d'un passage à la limite est toujours une inégalité large.
Exemple
a. Montrons que x→+∞limx⌊x⌋=1. Pour x>0, l'encadrement fondamental de la partie entière donne x−1<⌊x⌋⩽x, donc en divisant par x>0,
1−x1<x⌊x⌋⩽1.Les deux membres extrêmes tendent vers 1 quand x→+∞. Par le théorème d'encadrement, le quotient tend vers 1.
b. Montrons que x→+∞lim(x+lnx)=+∞ sans croissances comparées. Pour x⩾1, on a lnx⩾0, donc x+lnx⩾x. Comme x→+∞, le théorème de comparaison donne le résultat.
c. Un usage du corollaire. Soit f(x)=x2⌊x⌋ pour x>0. Comme 0⩽⌊x⌋⩽x pour x>0, on a
∣f(x)−0∣=x2⌊x⌋⩽x2x=x1,qui tend vers 0 en +∞. Donc f(x)→0.
Théorème de la limite monotone
Propriété
Théorème de la limite monotone (admis). Soient a et b deux éléments de R∪{−∞,+∞} avec a<b, et f une fonction croissante sur ]a,b[.
- Si f est majorée sur ]a,b[, alors f admet une limite finie en b−, et
- Si f n'est pas majorée sur ]a,b[, alors x→b−limf(x)=+∞.
Symétriquement, en a+, la limite vaut ]a,b[inff si f est minorée, et −∞ sinon.
Remarque
Ce théorème est le pendant exact, pour les fonctions, du théorème de la limite monotone démontré pour les suites. Sa portée est considérable : une fonction monotone admet toujours une limite en chacune des bornes de son intervalle, finie ou infinie. Il n'y a jamais de cas « pas de limite » pour une fonction monotone, contrairement à la partie fractionnaire ou à x↦x∣x∣.
Pour une fonction décroissante sur ]a,b[, on applique le théorème à −f, qui est croissante : la limite en b− vaut alors ]a,b[inff si f est minorée, et −∞ sinon.
Exemple
Soit f(x)=x+1x sur [0,+∞[. On a vu en 1.3 que f est strictement croissante. De plus, pour x⩾0,
f(x)=1−x+11<1,donc f est majorée par 1. Le théorème de la limite monotone garantit l'existence d'une limite finie en +∞, égale à [0,+∞[supf. Comme x+11→0, cette limite vaut 1, et l'on a bien supf=1 sans que ce supremum soit atteint : f n'a pas de maximum.
Caractérisation séquentielle de la limite
Propriété
Caractérisation séquentielle de la limite. Soit ℓ un élément de R∪{−∞,+∞}. On a x→alimf(x)=ℓ si et seulement si, pour toute suite (un) d'éléments de Df convergeant vers a, la suite (f(un)) tend vers ℓ.
Démonstration du sens direct. Supposons x→alimf(x)=ℓ fini, et soit (un) une suite d'éléments de Df convergeant vers a. Soit ε>0. La définition de la limite de f fournit η>0 tel que, pour tout x∈Df, ∣x−a∣⩽η⟹∣f(x)−ℓ∣⩽ε. Appliquons maintenant la définition de la limite de la suite (un) avec ce η dans le rôle du seuil : il existe un rang n0 tel que, pour tout n⩾n0, ∣un−a∣⩽η. Pour un tel n, l'implication donne ∣f(un)−ℓ∣⩽ε. Ainsi f(un)→ℓ. La réciproque est admise. □
Méthode
Montrer qu'une fonction n'admet PAS de limite en a. C'est l'usage principal de la caractérisation séquentielle, et il repose sur la contraposée.
- Construire deux suites (un) et (vn) d'éléments de Df, toutes deux convergeant vers a.
- Calculer f(un) et f(vn), et montrer que ces deux suites ont des limites différentes.
- Conclure : si f avait une limite ℓ en a, les deux suites images tendraient toutes deux vers ℓ, ce qui contredirait l'unicité de la limite d'une suite. Donc f n'a pas de limite en a.
Exemple
a. La partie entière en 2. Posons, pour n⩾1, un=2−n1 et vn=2+n1. Ces deux suites tendent vers 2. Pour n⩾2, on a 1<un<2, donc ⌊un⌋=1 ; et 2<vn<3, donc ⌊vn⌋=2. Ainsi ⌊un⌋→1 et ⌊vn⌋→2. Ces limites diffèrent, donc la partie entière n'a pas de limite en 2.
b. Une fonction bornée sans limite. Soit g(x)=x1−⌊x1⌋ pour x>0. Posons un=n1 et vn=n+211=2n+12 pour n⩾1 : ces deux suites sont strictement positives et tendent vers 0.
Pour la première, un1=n est entier, donc ⌊un1⌋=n et g(un)=n−n=0 : la suite (g(un)) tend vers 0.
Pour la seconde, vn1=n+21, dont la partie entière vaut n puisque n⩽n+21<n+1. Donc g(vn)=n+21−n=21 : la suite (g(vn)) tend vers 21.
Les deux limites diffèrent, donc g n'a pas de limite en 0+, bien qu'elle soit bornée : elle prend toutes les valeurs de [0,1[ dans tout voisinage de 0.
Remarque
La caractérisation séquentielle sert aussi dans l'autre sens, et c'est ainsi qu'on l'a rencontrée au chapitre sur les suites : elle autorise le passage à la limite dans une relation de récurrence. Si un+1=f(un), si un→ℓ et si f est continue en ℓ, alors f(un)→f(ℓ), donc ℓ=f(ℓ) par unicité de la limite. C'est l'argument qui identifie la limite d'une suite récurrente comme un point fixe de f.
Croissances comparées
Propriété
Croissances comparées (admises). Soit α un réel strictement positif.
- x→+∞limxαlnx=0 ;
- x→0+limxαlnx=0 ;
- x→+∞limxαex=+∞ ;
- x→−∞limxnex=0 pour tout n∈N.
La phrase à retenir résume les trois premières : l'exponentielle l'emporte sur toute puissance, qui l'emporte sur le logarithme. Peu importe la taille de l'exposant α : même x0,001lnx tend vers 0, et même x1000ex tend vers +∞.
Remarque
La dernière limite est énoncée avec un exposant entier parce que xα n'est défini que pour x>0 lorsque α n'est pas entier (sous-section 2.7) : l'écriture « xαex en −∞ » n'aurait aucun sens pour α=21. La version générale correcte est
x→−∞lim∣x∣αex=0pour tout α>0,que l'on obtient en posant y=−x, ce qui ramène à y→+∞limeyyα=0.
Propriété
Deux limites de taux d'accroissement (admises ici).
x→0limxex−1=1etx→0limxln(1+x)=1.Ces deux limites ne sont pas des croissances comparées : ce sont les taux d'accroissement en 0 des fonctions x↦ex et x↦ln(1+x), dont la limite est par définition le nombre dérivé en 0, qui vaut e0=1 dans le premier cas et 1+01=1 dans le second. Elles seront donc immédiates une fois la section 5 acquise ; on les admet ici pour pouvoir s'en servir dès maintenant.
Méthode
Utiliser les croissances comparées. Le réflexe est toujours le même : factoriser par le terme le plus fort de l'échelle (l'exponentielle si elle est présente, sinon la plus grande puissance), puis reconnaître, parmi les facteurs restants, des quotients qui tendent vers 0 d'après les limites ci-dessus. Une fois la factorisation faite, il ne reste aucune forme indéterminée.
Exemple
a. x→+∞limx(lnx)2=0. En effet, pour x>0,
x(lnx)2=(xlnx)2=(x1/2lnx)2,et la parenthèse tend vers 0 d'après la première croissance comparée avec α=21. Le carré tend donc vers 0.
b. x→+∞lim(x−lnx)=+∞. Pour x>0, on factorise x :
x−lnx=x(1−xlnx).Le premier facteur tend vers +∞, le second vers 1−0=1>0, donc le produit tend vers +∞.
c. x→+∞limex+x2ex−x3=1. On factorise ex au numérateur et au dénominateur :
ex+x2ex−x3=ex(1+exx2)ex(1−exx3)=1+exx21−exx3x→+∞1+01−0=1,puisque exx3 et exx2 tendent vers 0 comme inverses de quantités tendant vers +∞.
d. x→0+limx2lnx=0 : c'est la deuxième croissance comparée avec α=2. On retiendra que « xα l'emporte sur lnx » aussi bien en 0+ qu'en +∞.
Asymptotes
Définition
Soit Cf la courbe représentative de f.
- Asymptote verticale. Si x→a+limf(x) ou x→a−limf(x) vaut +∞ ou −∞, la droite d'équation x=a est asymptote verticale à Cf.
- Asymptote horizontale. Si x→+∞limf(x)=ℓ avec ℓ réel, la droite d'équation y=ℓ est asymptote horizontale à Cf en +∞. Même définition en −∞.
- Asymptote oblique. S'il existe deux réels a et b, avec a=0, tels que
la droite d'équation y=ax+b est asymptote oblique à Cf en +∞. Même définition en −∞.
Méthode
Rechercher une asymptote oblique en +∞. On procède en trois temps, puis on conclut sur la position.
- Coefficient directeur. Calculer x→+∞limxf(x). Si cette limite est un réel a non nul, poursuivre ; si elle vaut 0 ou ±∞, il n'y a pas d'asymptote oblique.
- Ordonnée à l'origine. Calculer x→+∞lim[f(x)−ax]. Si cette limite est un réel b, la droite y=ax+b est asymptote.
- Position relative. Étudier le signe de f(x)−(ax+b) : la courbe est au-dessus de l'asymptote là où cette différence est positive, au-dessous là où elle est négative.
Pour une fonction rationnelle, ces trois étapes se remplacent avantageusement par la division euclidienne du numérateur par le dénominateur, qui donne directement la forme f(x)=ax+b+q(x)r(x).
Exemple
Étude des asymptotes de f(x)=x−12x2−x+3, définie sur R∖{1}.
Division euclidienne. On écrit 2x2−x+3=(x−1)(2x+1)+4. En effet (x−1)(2x+1)=2x2+x−2x−1=2x2−x−1, et il reste bien 3−(−1)=4. Donc, pour x=1,
f(x)=2x+1+x−14.Asymptote verticale. Quand x→1+, on a x−14→+∞ et 2x+1→3, donc f(x)→+∞. De même f(x)→−∞ quand x→1−. La droite x=1 est asymptote verticale.
Asymptote oblique. Comme x−14→0 en +∞ comme en −∞, on a f(x)−(2x+1)→0 : la droite D d'équation y=2x+1 est asymptote oblique en +∞ et en −∞.
Position relative. La différence f(x)−(2x+1)=x−14 est du signe de x−1. La courbe est donc au-dessus de D sur ]1,+∞[ et au-dessous sur ]−∞,1[.
Contrôle par la méthode générale. On a xf(x)=x2−x2x2−x+3→2, puis
f(x)−2x=x−12x2−x+3−2x(x−1)=x−1x+3x→+∞1.On retrouve a=2 et b=1.
Exemple
Une asymptote oblique avec une racine. Soit g(x)=x2+x, définie pour x2+x⩾0, c'est-à-dire sur ]−∞,−1]∪[0,+∞[. En +∞, on a x>0 et
xg(x)=xx2+x=1+x1x→+∞1,donc a=1. Ensuite, par la quantité conjuguée,
g(x)−x=x2+x+xx2+x−x2=x(1+x1+1)x=1+x1+11x→+∞21.La droite d'équation y=x+21 est donc asymptote oblique à la courbe de g en +∞.
Continuité
Continuité en un point
Définition
Soit f une fonction définie sur un intervalle I et a∈I. On dit que f est continue en a lorsque f admet une limite en a, c'est-à-dire, d'après la remarque de la sous-section 3.1, lorsque
x→alimf(x)=f(a).De façon quantifiée :
∀ε>0, ∃η>0, ∀x∈I,∣x−a∣⩽η⟹∣f(x)−f(a)∣⩽ε.Définition
Avec les mêmes notations, on dit que f est continue à droite en a lorsque x→a+limf(x)=f(a), et continue à gauche en a lorsque x→a−limf(x)=f(a).
Propriété
Soit a un point intérieur à I. La fonction f est continue en a si et seulement si elle est continue à droite et à gauche en a.
C'est la traduction immédiate du théorème sur les limites latérales (sous-section 3.3), point 2.
Propriété
Caractérisation séquentielle de la continuité. Soit f définie sur I et a∈I. La fonction f est continue en a si et seulement si, pour toute suite (un) d'éléments de I convergeant vers a, la suite (f(un)) converge vers f(a).
C'est la caractérisation séquentielle de la limite (sous-section 3.9) appliquée à ℓ=f(a). On en retient la formule : une fonction continue échange la limite et l'image,
f(n→+∞limun)=n→+∞limf(un).Exemple
a. La fonction partie entière est continue à droite en tout entier n, puisque x→n+lim⌊x⌋=n=⌊n⌋, mais elle n'est pas continue à gauche, puisque x→n−lim⌊x⌋=n−1=n. Elle n'est donc pas continue en n, et elle est continue en tout point non entier.
b. La fonction f définie par f(x)=x∣x∣ pour x=0 et f(0)=0 n'est continue ni à droite ni à gauche en 0 : les limites latérales valent 1 et −1, aucune des deux n'est égale à f(0)=0.
Prolongement par continuité
Définition
Soit f définie sur I∖{a}, où a∈I, et supposons que f admette une limite finie ℓ en a. La fonction f~ définie sur I par
f~(x)={f(x)ℓsi x=a,si x=a,est continue en a. On l'appelle le prolongement par continuité de f en a.
Méthode
Prolonger une fonction par continuité.
- Vérifier que a n'appartient pas à Df mais qu'il en est une borne, et que f est définie de part et d'autre (ou du côté utile).
- Calculer x→alimf(x) et vérifier qu'elle est finie : si elle est infinie ou n'existe pas, aucun prolongement continu n'est possible.
- Poser f~(a)=ℓ et rédiger la conclusion : « f se prolonge par continuité en a en posant f~(a)=ℓ ».
- En pratique, on note souvent encore f la fonction prolongée, en le précisant.
Exemple
a. Le cas de référence : xlnx en 0. La fonction f:x↦xlnx est définie sur ]0,+∞[, mais pas en 0. Or, d'après les croissances comparées (sous-section 3.10, deuxième limite avec α=1),
x→0+limxlnx=0.Cette limite étant finie, f se prolonge par continuité en 0 en posant f(0)=0. Le prolongement est défini sur [0,+∞[ et continu en 0. C'est ce prolongement que l'on utilise implicitement chaque fois qu'on étudie xlnx « sur [0,+∞[ ».
b. La fonction g:x↦xex−1 est définie sur R∗. Comme x→0limxex−1=1 (sous-section 3.10), elle se prolonge par continuité en 0 en posant g(0)=1.
c. Un cas où c'est impossible. La fonction h:x↦x1 n'admet pas de limite finie en 0 : elle ne se prolonge pas par continuité en 0, quelle que soit la valeur qu'on lui attribue en ce point.
Continuité sur un intervalle
Définition
Soit f définie sur un intervalle I. On dit que f est continue sur I lorsqu'elle est continue en tout point de I. Aux extrémités de I qui appartiennent à I, la continuité s'entend au sens de la continuité à droite ou à gauche, selon le côté.
Propriété
Opérations. Soient f et g deux fonctions continues sur un intervalle I, et λ un réel. Alors :
- f+g, λf, fg et ∣f∣ sont continues sur I ;
- si g ne s'annule pas sur I, alors gf est continue sur I ;
- max(f,g) et min(f,g) sont continues sur I.
Propriété
Composition. Soient I et J deux intervalles, f:I→R continue sur I avec f(I)⊂J, et g:J→R continue sur J. Alors g∘f est continue sur I.
Propriété
Les fonctions usuelles sont continues sur leur ensemble de définition : fonctions polynomiales, fonctions rationnelles, racine carrée, valeur absolue, exponentielle, logarithme, puissances x↦xα et x↦ax.
La seule exception rencontrée dans ce cours est la partie entière, continue seulement sur R∖Z.
Méthode
Justifier la continuité d'une fonction. La rédaction attendue est brève, mais elle doit citer les théorèmes. On écrit par exemple : « La fonction x↦x2+1 est polynomiale donc continue sur R, à valeurs dans [1,+∞[⊂]0,+∞[ ; la fonction ln est continue sur ]0,+∞[ ; par composition, x↦ln(x2+1) est continue sur R. »
Trois réflexes : nommer la nature de chaque morceau, vérifier que l'image tombe bien dans le domaine de la fonction extérieure, et citer l'opération invoquée (somme, produit, quotient, composée).
Exemple
La fonction f:x↦ex+1x est continue sur [0,+∞[. En effet, la fonction racine carrée est continue sur [0,+∞[, la fonction exponentielle est continue sur R, donc x↦ex+1 est continue comme somme, et elle ne s'annule jamais puisque ex+1⩾1>0. Le quotient de deux fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas est continu.
Le théorème des valeurs intermédiaires
Propriété
Théorème des valeurs intermédiaires. Soit f une fonction continue sur un segment [a,b], avec a<b. Alors, pour tout réel y compris entre f(a) et f(b), il existe au moins un réel c∈[a,b] tel que
f(c)=y.La figure rappelle les deux points sur lesquels l'énoncé est avare : le théorème affirme l'existence d'au moins un antécédent, pas son unicité, et il ne dit rien de la façon de le calculer.
Démonstration. Quitte à remplacer f par −f et y par −y, ce qui ne change ni la continuité ni la conclusion, on peut supposer f(a)⩽y⩽f(b).
Construction de deux suites par dichotomie. On construit par récurrence deux suites (an) et (bn) vérifiant, pour tout n∈N, la propriété
P(n):a⩽an⩽bn⩽b,f(an)⩽y⩽f(bn),bn−an=2nb−a.On pose a0=a et b0=b : la propriété P(0) est vérifiée par hypothèse. Supposons an et bn construits et P(n) vraie. Posons m=2an+bn, milieu du segment [an,bn], et distinguons deux cas :
- si f(m)⩽y, on pose an+1=m et bn+1=bn ;
- si f(m)>y, on pose an+1=an et bn+1=m.
Dans les deux cas, [an+1,bn+1] est l'une des deux moitiés de [an,bn], donc il est inclus dans [a,b] et sa longueur vaut 2bn−an=2n+1b−a. De plus, on a bien f(an+1)⩽y⩽f(bn+1) : dans le premier cas parce que f(an+1)=f(m)⩽y et f(bn+1)=f(bn)⩾y ; dans le second parce que f(an+1)=f(an)⩽y et f(bn+1)=f(m)>y. Ainsi P(n+1) est vraie, et la construction se poursuit.
Les deux suites sont adjacentes. Par construction, an+1 vaut an ou m⩾an : la suite (an) est croissante. De même, bn+1 vaut bn ou m⩽bn : la suite (bn) est décroissante. Enfin
bn−an=2nb−an→+∞0,puisque 2n1 est une suite géométrique de raison 21∈]−1,1[. Les suites (an) et (bn) sont donc adjacentes : d'après le théorème correspondant du chapitre sur les suites, elles convergent vers une même limite, que l'on note c.
Le réel c appartient à [a,b]. Pour tout n, on a a⩽an⩽b. Par passage à la limite dans ces inégalités larges, a⩽c⩽b.
Passage à la limite par continuité. La fonction f est continue en c, et les suites (an) et (bn) sont à valeurs dans [a,b] et convergent vers c. La caractérisation séquentielle de la continuité (sous-section 4.1) donne donc
f(an)n→+∞f(c)etf(bn)n→+∞f(c).Or, pour tout n, on a f(an)⩽y. En passant à la limite dans cette inégalité, on obtient f(c)⩽y. De même, l'inégalité y⩽f(bn) donne à la limite y⩽f(c).
Les deux inégalités f(c)⩽y et y⩽f(c) entraînent f(c)=y par antisymétrie. Le réel c convient. □
Remarque
Cette démonstration n'est pas seulement une preuve d'existence : elle fournit un algorithme. À chaque étape, on coupe l'intervalle en deux et l'on garde la moitié qui contient une solution ; après n étapes, on connaît c à 2nb−a près. Dix étapes divisent l'incertitude par 1024 : c'est la méthode utilisée par les calculatrices pour résoudre numériquement une équation.
Deux hypothèses sont indispensables. Sans la continuité, le théorème tombe : la fonction partie entière sur [0,2] vérifie ⌊0⌋=0 et ⌊2⌋=2, mais ne prend jamais la valeur 21. Sans l'hypothèse d'intervalle, il tombe également.
Corollaires du théorème des valeurs intermédiaires
Propriété
Corollaire du changement de signe. Soit f continue sur [a,b] telle que f(a)f(b)<0, c'est-à-dire telle que f(a) et f(b) soient de signes stricts contraires. Alors il existe c∈]a,b[ tel que f(c)=0.
Démonstration. L'hypothèse f(a)f(b)<0 signifie que 0 est strictement compris entre f(a) et f(b). Le théorème des valeurs intermédiaires fournit c∈[a,b] tel que f(c)=0. Comme f(a)=0 et f(b)=0, ce c est distinct de a et de b : il appartient à ]a,b[. □
Propriété
Image d'un intervalle. L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle : si f est continue sur un intervalle I, alors f(I) est un intervalle.
Démonstration. Utilisons la caractérisation des intervalles vue au chapitre précédent : une partie A de R est un intervalle si et seulement si, dès qu'elle contient deux réels, elle contient tous les réels compris entre eux.
Soient donc y1 et y2 deux éléments de f(I), et y un réel tel que y1⩽y⩽y2. Par définition de l'image, il existe x1 et x2 dans I tels que y1=f(x1) et y2=f(x2). Le segment d'extrémités x1 et x2 est inclus dans I, puisque I est un intervalle, et f y est continue. Le réel y étant compris entre f(x1) et f(x2), le théorème des valeurs intermédiaires appliqué sur ce segment fournit un réel c, situé entre x1 et x2 donc dans I, tel que f(c)=y. Ainsi y∈f(I).
La partie f(I) vérifie donc la caractérisation : c'est un intervalle. □
Propriété
Théorème des valeurs intermédiaires, version stricte monotonie. Soit f continue et strictement monotone sur [a,b]. Alors, pour tout réel y compris entre f(a) et f(b), l'équation f(x)=y admet une unique solution dans [a,b].
Démonstration. L'existence est donnée par le théorème des valeurs intermédiaires. L'unicité vient de la stricte monotonie : celle-ci entraîne l'injectivité de f (sous-section 1.3), donc deux solutions distinctes auraient des images distinctes, ce qui est impossible puisque ces images valent toutes deux y. □
Méthode
Montrer qu'une équation admet une unique solution, et l'encadrer.
- Se ramener à f(x)=0 en passant tout dans le même membre, et nommer la fonction f.
- Justifier la continuité de f sur l'intervalle de travail, en citant les théorèmes d'opérations.
- Justifier la stricte monotonie, par composition ou par somme (ou par la dérivée, une fois la section 5 acquise).
- Calculer les valeurs aux bornes et vérifier qu'elles encadrent 0, ou plus généralement que 0 appartient à l'image de l'intervalle.
- Conclure en citant le théorème : « d'après le théorème des valeurs intermédiaires appliqué à une fonction continue et strictement croissante, l'équation admet une unique solution α dans… ».
- Encadrer α en calculant f en quelques valeurs bien choisies, et en utilisant la monotonie pour conclure.
Exemple
Montrons que l'équation x3+x−1=0 admet une unique solution réelle, et encadrons-la.
Posons f(x)=x3+x−1 pour x∈R.
Continuité. f est une fonction polynomiale, donc continue sur R.
Stricte monotonie. Les fonctions x↦x3 et x↦x sont strictement croissantes sur R, et x↦−1 est constante : f est strictement croissante sur R comme somme.
Valeurs aux bornes. f(0)=−1<0 et f(1)=1+1−1=1>0.
Conclusion. f est continue et strictement croissante sur [0,1], et 0 est compris entre f(0)=−1 et f(1)=1. L'équation f(x)=0 admet donc une unique solution α dans [0,1], et même dans ]0,1[ puisque f(0) et f(1) sont non nuls. De plus, f étant strictement croissante sur R tout entier, elle est injective : il ne peut y avoir d'autre solution ailleurs. L'unicité vaut donc sur R.
Encadrement. On calcule
f(0,6)=0,216+0,6−1=−0,184<0,f(0,7)=0,343+0,7−1=0,043>0.Par stricte croissance, α∈]0,6;0,7[. Une étape de dichotomie supplémentaire donnerait f(0,65)=0,274625+0,65−1=−0,075375<0, donc α∈]0,65;0,7[.
Le théorème des bornes atteintes
Propriété
Théorème des bornes atteintes (admis). Soit f une fonction continue sur un segment [a,b], avec a⩽b. Alors :
- f est bornée sur [a,b] ;
- f atteint ses bornes : il existe x1 et x2 dans [a,b] tels que
Propriété
Image d'un segment. Si f est continue sur le segment [a,b], alors
f([a,b])=[m,M],où m et M sont respectivement le minimum et le maximum de f sur [a,b]. L'image d'un segment par une fonction continue est un segment.
Démonstration. D'après le théorème des bornes atteintes, m et M existent et appartiennent à f([a,b]). Par définition du minimum et du maximum, tout élément de f([a,b]) est compris entre m et M, donc f([a,b])⊂[m,M]. Réciproquement, f([a,b]) est un intervalle (sous-section 4.5) qui contient m et M : il contient donc tout l'intervalle [m,M]. D'où l'égalité. □
Remarque
Ce théorème est le seul de ce chapitre qui garantisse l'existence d'un maximum sans le calculer. Il est d'un usage constant : en optimisation, on commence toujours par affirmer l'existence d'un extremum par ce théorème, avant de le chercher.
Attention à la formulation : « f([a,b])=[m,M] » ne signifie pas f([a,b])=[f(a),f(b)]. Cette dernière égalité n'est vraie que si f est croissante. En général, m et M sont atteints en des points intérieurs quelconques.
Les deux hypothèses, continuité et segment, sont indispensables. Voici les trois contre-exemples à connaître, chacun obtenu en retirant exactement une hypothèse.
Exemple
a. On retire « fermé ». Sur ]0,1], la fonction x↦x1 est continue, mais elle n'est pas majorée : elle tend vers +∞ en 0+. Il ne suffit donc pas que l'intervalle soit borné.
b. On retire « borné ». Sur [0,+∞[, la fonction x↦x+1x est continue et bornée (elle est comprise entre 0 et 1), mais elle n'atteint pas sa borne supérieure : sa borne supérieure vaut 1, et f(x)=1 n'a pas de solution. Il ne suffit donc pas que l'intervalle soit fermé.
c. On retire la continuité. Sur le segment [0,1], la fonction g définie par g(x)=x pour x∈[0,1[ et g(1)=0 est bornée, sa borne supérieure vaut 1, et pourtant elle ne l'atteint pas : g ne prend jamais la valeur 1. Le segment ne suffit donc pas sans la continuité.
Le théorème de la bijection
Propriété
Théorème de la bijection. Soit f une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle I. Alors :
- J=f(I) est un intervalle, et f réalise une bijection de I sur J ;
- la réciproque f−1:J→I est continue sur J ;
- f−1 est strictement monotone sur J, de même sens de variation que f ;
- dans un repère orthonormé, les courbes de f et de f−1 sont symétriques par rapport à la droite d'équation y=x, appelée première bissectrice.
Démonstration des points 1, 3 et 4. Le point 2, c'est-à-dire la continuité de la réciproque, est admis.
Point 1. L'ensemble J=f(I) est un intervalle d'après la sous-section 4.5. L'application f:I→J est surjective par construction, puisque J est précisément l'ensemble des images. Elle est injective d'après la sous-section 1.3, puisqu'elle est strictement monotone. Étant injective et surjective, elle est bijective.
Monotonie de f−1. Supposons f strictement croissante, et soient y1<y2 dans J. Notons x1=f−1(y1) et x2=f−1(y2). Si l'on avait x1⩾x2, la croissance de f donnerait y1=f(x1)⩾f(x2)=y2, ce qui contredit y1<y2. Donc x1<x2, c'est-à-dire f−1(y1)<f−1(y2) : la réciproque est strictement croissante.
Point 4. Le symétrique du point M(x,y) par rapport à la droite d'équation y=x est le point M′(y,x). Or, pour x∈I et y∈J,
y=f(x)⟺x=f−1(y).Donc M(x,y)∈Cf si et seulement si M′(y,x)∈Cf−1 : les deux courbes se déduisent l'une de l'autre par cette symétrie. □
L'exemple le plus familier est celui de l'exponentielle, bijection de R sur ]0,+∞[, et de sa réciproque le logarithme : le point (1,e) de la première courbe a pour symétrique le point (e,1) de la seconde.
Pour déterminer J=f(I), on utilise le tableau suivant, qui n'est qu'une lecture du tableau de variations. Les limites y remplacent les valeurs aux bornes lorsque celles-ci n'appartiennent pas à I.
Si f est continue et strictement croissante sur I.
| I | f(I) |
|---|---|
| [a,b] | [f(a), f(b)] |
| [a,b[ | [f(a), x→b−limf(x)[ |
| ]a,b] | ]x→a+limf(x), f(b)] |
| ]a,b[ | ]x→a+limf(x), x→b−limf(x)[ |
Si f est continue et strictement décroissante, les crochets s'échangent : l'image de ]a,b[ est ]x→b−limf(x), x→a+limf(x)[, et ainsi de suite. Les bornes a et b peuvent valoir −∞ et +∞, auquel cas les limites correspondantes se prennent en −∞ et +∞.
Méthode
Rédiger l'application du théorème de la bijection en quatre points. Toute copie doit faire apparaître ces quatre étapes, dans cet ordre, sans en sauter aucune.
- Continuité. « f est continue sur I », en justifiant par les théorèmes d'opérations et de composition.
- Stricte monotonie. « f est strictement croissante (ou décroissante) sur I », en justifiant par composition, par somme, ou par le signe de la dérivée (section 5).
- Image de l'intervalle. Calculer f(I) à l'aide des valeurs aux bornes ou des limites, et l'écrire explicitement.
- Conclusion. « Donc f réalise une bijection de I sur f(I)=… » Puis, si l'on résout une équation f(x)=k : « Comme k∈f(I), cette équation admet une unique solution dans I. »
Exemple
Étude de f:x↦x+lnx sur I=]0,+∞[.
Continuité. La fonction x↦x est continue sur I, et ln est continue sur ]0,+∞[ : leur somme f est continue sur I.
Stricte monotonie. Les deux fonctions x↦x et ln sont strictement croissantes sur I, donc f l'est aussi comme somme.
Image. En 0+ : x→0 et lnx→−∞, donc f(x)→−∞. En +∞ : les deux termes tendent vers +∞, donc f(x)→+∞. D'après le tableau ci-dessus, f(I)=R.
Conclusion. f réalise une bijection de ]0,+∞[ sur R. En particulier, pour tout réel k, l'équation x+lnx=k admet une unique solution strictement positive.
Application. Résolvons f(x)=0. Comme 0∈R=f(I), il existe un unique α>0 tel que α+lnα=0. Pour l'encadrer : f(1)=1+0=1>0, et f(0,5)=0,5+ln(0,5). Comme ln(0,5)=−ln2≈−0,693, on obtient f(0,5)≈−0,193<0. Par stricte croissance, α∈]0,5;1[.
Exemple
Deux réciproques déjà connues.
a. La fonction exp est continue et strictement croissante sur R, avec x→−∞limex=0 et x→+∞limex=+∞. Elle réalise donc une bijection de R sur ]0,+∞[, et sa réciproque est le logarithme népérien, continu et strictement croissant sur ]0,+∞[. Les courbes de exp et de ln sont symétriques par rapport à la première bissectrice.
b. La fonction g:x↦x2 est continue sur R+ et strictement croissante sur cet intervalle. Comme g(0)=0 et x→+∞limx2=+∞, on a g(R+)=[0,+∞[. Ainsi g réalise une bijection de R+ sur R+ : tout réel positif admet un unique antécédent positif par la fonction carré. C'est exactement l'énoncé d'existence et d'unicité qui définit la racine carrée (sous-section 2.2), et la fonction x est donc la réciproque de g. Elle est, comme elle, continue et strictement croissante.
Remarque
Le théorème de la bijection s'applique sur un intervalle. Lorsque la fonction n'est pas monotone sur tout son domaine, on découpe celui-ci en intervalles de monotonie et l'on applique le théorème sur chacun d'eux séparément. C'est ainsi que l'on compte les solutions d'une équation : autant d'intervalles de stricte monotonie, autant de solutions au plus, et l'on tranche sur chacun selon que la valeur cherchée appartient ou non à l'image de l'intervalle.
Dérivation
La continuité dit qu'une courbe se trace sans lever le crayon. La dérivation dit bien davantage : elle affirme que, vue de très près, la courbe ressemble à une droite, et elle donne la pente de cette droite. Tout le reste de la section en découle. Le nombre dérivé est d'abord un objet local, défini en un point par une limite ; le tour de force de la théorie, obtenu au prix d'un seul théorème (celui de Rolle), consiste à en tirer des renseignements globaux : le sens de variation sur un intervalle tout entier, les extremums, les inégalités du type lnx⩽x−1.
L'enchaînement logique de la section mérite d'être retenu, car il est demandé aux concours. Le théorème des bornes atteintes, démontré à la section 4, donne le théorème de Rolle. Le théorème de Rolle, appliqué à une fonction auxiliaire bien choisie, donne l'égalité des accroissements finis. L'égalité des accroissements finis donne l'inégalité des accroissements finis d'un côté, et le lien entre le signe de f′ et les variations de f de l'autre. Rien d'autre n'est nécessaire.
Dans toute cette section, I désigne un intervalle de R non réduit à un point, et f une fonction définie sur I et à valeurs réelles.
Dérivabilité en un point
Définition
Soient f une fonction définie sur un intervalle I et a∈I. Pour x∈I avec x=a, on appelle taux d'accroissement de f entre a et x le réel
τa(x)=x−af(x)−f(a).On dit que f est dérivable en a lorsque τa admet une limite finie en a. Cette limite est alors notée f′(a) et appelée nombre dérivé de f en a :
f′(a)=x→alimx−af(x)−f(a).Deux mots sur cette définition. D'abord, le taux d'accroissement n'est pas défini en a lui-même, puisque son dénominateur s'y annule : on étudie donc une limite en un point où la fonction τa n'existe pas, exactement comme dans les formes indéterminées 00 de la section 3. Ensuite, le mot finie est essentiel : si le taux d'accroissement tend vers +∞ ou vers −∞, la fonction n'est pas dérivable en a, même si la limite existe dans R.
En posant x=a+h, c'est-à-dire h=x−a, la condition « x→a » devient « h→0 ». On obtient une seconde écriture de la définition, souvent plus commode au calcul.
Propriété
Formulation avec h. La fonction f est dérivable en a si et seulement si le quotient hf(a+h)−f(a) admet une limite finie quand h tend vers 0, et l'on a alors
f′(a)=h→0limhf(a+h)−f(a).Interprétation géométrique. Notons Cf la courbe représentative de f, A le point de coordonnées (a,f(a)) et M le point de coordonnées (x,f(x)). Le taux d'accroissement τa(x) est exactement le coefficient directeur de la droite (AM), appelée sécante. Faire tendre x vers a, c'est faire glisser M vers A le long de la courbe : si les pentes des sécantes convergent, les sécantes prennent une position limite, qui est la tangente.
Définition
Soit f dérivable en a. La tangente à la courbe Cf au point d'abscisse a est la droite passant par le point (a,f(a)) et de coefficient directeur f′(a). Son équation est
y=f′(a)(x−a)+f(a).Cette équation se retient sans effort : c'est l'équation de la droite de pente f′(a) passant par le point (a,f(a)). La tangente est la droite qui épouse le mieux la courbe au voisinage de a ; sur un écran de calculatrice, un zoom suffisamment fort autour du point d'abscisse a rend la courbe et sa tangente indiscernables.
Méthode
Calculer un nombre dérivé en revenant à la définition. C'est la seule méthode disponible tant que les formules d'opérations ne sont pas établies, et c'est la méthode obligatoire aux points où ces formules ne s'appliquent pas.
- Écrire le taux d'accroissement x−af(x)−f(a), ou hf(a+h)−f(a).
- Simplifier l'expression de manière à faire disparaître le facteur x−a (ou h) du dénominateur : factorisation, réduction au même dénominateur, quantité conjuguée.
- Calculer la limite de l'expression simplifiée.
- Conclure : si la limite est un réel ℓ, alors f est dérivable en a et f′(a)=ℓ ; si la limite est infinie ou n'existe pas, f n'est pas dérivable en a.
Exemple
a. Fonction carré. Soit f(x)=x2 et a∈R. Pour x=a,
x−ax2−a2=x−a(x−a)(x+a)=x+ax→a2a.Donc f est dérivable en tout réel a, avec f′(a)=2a.
b. Fonction inverse. Soit f(x)=x1 et a=0. Pour x=a et x=0,
x−ax1−a1=xa(x−a)a−x=xa−1x→a−a21.Exemple
c. Racine carrée en un point strictement positif. Soit f(x)=x et a>0. Pour x>0 avec x=a, la quantité conjuguée donne
x−ax−a=(x−a)(x+a)(x−a)(x+a)=(x−a)(x+a)x−a=x+a1.Cette dernière expression tend vers 2a1 quand x→a. Donc x est dérivable en tout a>0 et f′(a)=2a1.
d. Une tangente. Pour f(x)=x2 et a=3, on a f(3)=9 et f′(3)=6 : la tangente au point d'abscisse 3 a pour équation y=6(x−3)+9, soit y=6x−9.
Dérivabilité à droite, à gauche, recollement
Lorsque le taux d'accroissement n'a pas de limite en a, il peut néanmoins en avoir une d'un seul côté. C'est le cas de figure des fonctions définies par morceaux, et des fonctions dont la courbe présente un « coin ».
Définition
Soient f définie sur I et a∈I.
- Si a n'est pas l'extrémité droite de I, on dit que f est dérivable à droite en a lorsque τa(x) admet une limite finie quand x→a+. Cette limite se note fd′(a).
- Si a n'est pas l'extrémité gauche de I, on dit que f est dérivable à gauche en a lorsque τa(x) admet une limite finie quand x→a−. Cette limite se note fg′(a).
Propriété
Théorème de recollement. Soit a un point intérieur à I, c'est-à-dire tel que I contienne un intervalle ouvert contenant a. Alors f est dérivable en a si et seulement si
f est deˊrivable aˋ droite et aˋ gauche en aetfd′(a)=fg′(a).Dans ce cas, f′(a)=fd′(a)=fg′(a).
Démonstration. C'est exactement la caractérisation d'une limite par ses limites à droite et à gauche, établie à la section 3, appliquée à la fonction τa au point a. □
Remarque
Lorsque a est une extrémité de I, par exemple I=[a,b], il n'y a qu'un seul côté disponible : « f est dérivable en a » signifie alors « f est dérivable à droite en a », et l'on note simplement f′(a). Cette convention est celle du programme, et c'est elle qui donne un sens à la phrase « f est dérivable sur le segment [a,b] ».
Exemple
Valeur absolue en 0 : un point anguleux. Soit f(x)=∣x∣ sur R. Pour h=0,
hf(0+h)−f(0)=h∣h∣={1−1si h>0,si h<0.Ainsi fd′(0)=1 et fg′(0)=−1 : les deux nombres dérivés existent mais diffèrent, donc f n'est pas dérivable en 0. La courbe admet en 0 deux demi-tangentes de pentes 1 et −1, qui forment un angle : on parle de point anguleux. La fonction est pourtant continue en 0.
Exemple
Racine carrée en 0 : une tangente verticale. Soit f(x)=x sur R+. Pour h>0,
hf(h)−f(0)=hh=h1h→0++∞.La limite est infinie : f n'est pas dérivable en 0. Géométriquement, les sécantes issues de l'origine ont une pente qui explose : la courbe admet en 0 une tangente verticale, d'équation x=0. Là encore, f est continue en 0.
Exemple
Deux fonctions définies par morceaux. Considérons
f(x)={x22x−1si x⩽1,si x>1,g(x)={x2xsi x⩽1,si x>1.Les deux fonctions sont continues en 1 (les deux morceaux y valent 1). Pour f : à gauche, x−1x2−1=x+1→2 ; à droite, x−1(2x−1)−1=x−12(x−1)=2. Les deux nombres coïncident, donc f est dérivable en 1 avec f′(1)=2.
Pour g : à gauche on trouve encore 2, mais à droite x−1x−1=1→1. Comme 2=1, la fonction g n'est pas dérivable en 1.
Dérivabilité et continuité
Propriété
Soit f définie sur I et a∈I. Si f est dérivable en a, alors f est continue en a.
Démonstration. Supposons f dérivable en a. Pour tout x∈I avec x=a, on peut écrire l'identité
f(x)−f(a)=x−af(x)−f(a)×(x−a),qui est licite puisque x−a=0. Le premier facteur tend vers f′(a) quand x→a, par hypothèse de dérivabilité ; le second tend vers 0. Par produit des limites, et parce que f′(a) est un réel (et non un infini, ce qui aurait donné une forme indéterminée),
x→alim(f(x)−f(a))=f′(a)×0=0,c'est-à-dire x→alimf(x)=f(a). C'est exactement la continuité de f en a. □
Remarque
La réciproque est fausse. La fonction x↦∣x∣ est continue en 0 mais n'y est pas dérivable (paragraphe 5.2) ; la fonction x↦x est continue en 0 mais n'y est pas dérivable non plus. La continuité est donc une condition nécessaire mais non suffisante de dérivabilité.
L'écart entre les deux notions est en réalité considérable : il existe des fonctions continues sur R tout entier et dérivables en aucun point. Leur construction dépasse le cadre du programme, mais leur existence interdit de considérer la continuité comme « presque » la dérivabilité.
Méthode
Démontrer qu'une fonction n'est pas dérivable en a. Trois voies, à essayer dans cet ordre.
- Montrer qu'elle n'est pas continue en a. Par contraposée du théorème ci-dessus, elle ne peut alors pas y être dérivable. C'est la voie la plus rapide quand elle s'applique.
- Montrer que les deux nombres dérivés à droite et à gauche existent mais diffèrent (point anguleux).
- Montrer que le taux d'accroissement tend vers +∞ ou −∞ (tangente verticale).
Exemple
Soit f définie sur R par f(x)=⌊x⌋. En a=2, la fonction n'est pas continue : f(x)→1 quand x→2− alors que f(2)=2. Elle n'y est donc pas dérivable. Sur l'intervalle ]2,3[, en revanche, f est constante égale à 2, donc dérivable de dérivée nulle.
Opérations sur les dérivées
Propriété
Soient f et g deux fonctions définies sur I et dérivables en a∈I, et soit λ un réel. Alors les fonctions f+g, λf et fg sont dérivables en a, et
(f+g)′(a)=f′(a)+g′(a),(λf)′(a)=λf′(a),(fg)′(a)=f′(a)g(a)+f(a)g′(a).Si de plus g(a)=0, alors g1 et gf sont dérivables en a, et
(g1)′(a)=−g(a)2g′(a),(gf)′(a)=g(a)2f′(a)g(a)−f(a)g′(a).Démonstration de la formule du produit. Posons p=fg. Pour x∈I avec x=a, écrivons le taux d'accroissement de p en faisant apparaître ceux de f et de g. L'astuce consiste à ajouter et retrancher le terme f(a)g(x) au numérateur :
x−ap(x)−p(a)=x−af(x)g(x)−f(a)g(a)=x−af(x)g(x)−f(a)g(x)+f(a)g(x)−f(a)g(a)=x−af(x)−f(a)g(x)+f(a)x−ag(x)−g(a).Examinons chacun des deux termes quand x→a. Dans le premier, le taux d'accroissement de f tend vers f′(a), et g(x) tend vers g(a) car g, étant dérivable en a, y est continue d'après le théorème du paragraphe 5.3 : ce point est le seul endroit délicat de la démonstration. Le premier terme tend donc vers f′(a)g(a). Dans le second, le facteur f(a) est une constante et le taux d'accroissement de g tend vers g′(a) : le second terme tend vers f(a)g′(a). Par somme des limites,
x→alimx−ap(x)−p(a)=f′(a)g(a)+f(a)g′(a),qui est un réel : p est dérivable en a, de nombre dérivé f′(a)g(a)+f(a)g′(a). □
Démonstration de la formule de l'inverse. Comme g est continue en a et que g(a)=0, la fonction g ne s'annule pas sur un intervalle ouvert contenant a (résultat de la section 4), de sorte que g1 y est bien définie. Pour x dans cet intervalle, x=a,
x−a1(g(x)1−g(a)1)=(x−a)g(x)g(a)g(a)−g(x)=−x−ag(x)−g(a)×g(x)g(a)1.Le premier facteur tend vers g′(a) et le second vers g(a)21 par continuité de g en a. D'où le résultat annoncé. La formule du quotient s'en déduit en écrivant gf=f×g1 et en appliquant la formule du produit. □
Propriété
Dérivée d'une composée (admis). Soient f définie sur I, dérivable en a∈I, et g définie sur un intervalle J contenant f(I), dérivable en f(a). Alors g∘f est dérivable en a et
(g∘f)′(a)=f′(a)×g′(f(a)).Autrement dit, si f est dérivable sur I et g dérivable sur J, alors g∘f est dérivable sur I et
(g∘f)′=f′×(g′∘f).L'ordre des facteurs n'a évidemment pas d'importance, mais l'ordre des arguments est capital : c'est bien g′ évaluée en f(a), et non g′(a). Le cas particulier de la composition par les fonctions usuelles fournit le tableau suivant, qui doit être connu par cœur. Dans tout ce tableau, u désigne une fonction dérivable sur I.
| Fonction | Dérivée | Condition |
|---|---|---|
| un, n∈N∗ | nu′un−1 | aucune |
| u1 | −u2u′ | u ne s'annule pas sur I |
| u | 2uu′ | u>0 sur I |
| eu | u′eu | aucune |
| lnu | uu′ | u>0 sur I |
| uα, α∈R | αu′uα−1 | u>0 sur I |
Méthode
Calculer une dérivée sans se tromper. Le calcul de dérivée est le seul endroit du programme où une erreur d'étourderie coûte tout l'exercice. Procéder en trois temps.
- Identifier la structure de l'expression : est-ce une somme, un produit, un quotient, une composée ? On regarde la dernière opération effectuée, celle qui « enveloppe » tout le reste.
- Appliquer la formule correspondante, en écrivant explicitement u et u′ au brouillon avant de dériver.
- Réduire au même dénominateur et factoriser le résultat. Une dérivée non factorisée est inutilisable : c'est son signe qui intéresse, jamais sa forme développée.
Un réflexe supplémentaire : toute expression de la forme uv avec un exposant variable se réécrit d'abord uv=evlnu, puis se dérive comme une exponentielle composée. Il n'existe aucune formule directe.
Exemple
a. f(x)=(3x2+1)5. C'est u5 avec u(x)=3x2+1 et u′(x)=6x, d'où
f′(x)=5×6x×(3x2+1)4=30x(3x2+1)4.b. f(x)=e−x2. C'est eu avec u(x)=−x2, donc f′(x)=−2xe−x2.
c. f(x)=ln(x2+1), définie sur R car x2+1>0. C'est lnu, donc f′(x)=x2+12x.
d. f(x)=x2+1. C'est u avec u>0, donc f′(x)=2x2+12x=x2+1x.
Exemple
e. f(x)=x2+1x. Quotient avec g(x)=x et h(x)=x2+1 :
f′(x)=(x2+1)21×(x2+1)−x×2x=(x2+1)21−x2=(x2+1)2(1−x)(1+x).La forme factorisée donne immédiatement le signe : f′>0 sur ]−1,1[ et f′<0 à l'extérieur.
f. f(x)=xx sur R+∗. On écrit f(x)=exlnx. La dérivée de xlnx vaut lnx+x×x1=lnx+1, donc
f′(x)=(lnx+1)exlnx=(lnx+1)xx.g. f(x)=ax avec a>0. On écrit f(x)=exlna, donc f′(x)=lna×ax.
Dérivée d'une fonction réciproque
Le théorème de la bijection (section 4) associe à toute fonction f continue et strictement monotone sur I une réciproque f−1 définie sur J=f(I), continue et de même monotonie. Reste à savoir si f−1 est dérivable, et à quelle condition.
Propriété
Soit f continue et strictement monotone sur un intervalle I, et soit J=f(I). Soient x0∈I et y0=f(x0). Si f est dérivable en x0 et si f′(x0)=0, alors f−1 est dérivable en y0 et
(f−1)′(y0)=f′(f−1(y0))1=f′(x0)1.Si f est dérivable sur I avec f′ ne s'annulant pas, alors f−1 est dérivable sur J et
(f−1)′=f′∘f−11.Démonstration (esquisse). Admettons d'abord que f−1 est dérivable en y0 ; la formule s'obtient alors en dérivant l'identité f(f−1(y))=y, valable pour tout y∈J. Le membre de gauche est une composée, dont la dérivée vaut (f−1)′(y)×f′(f−1(y)) ; le membre de droite a pour dérivée 1. En y=y0, il vient
(f−1)′(y0)×f′(x0)=1,d'où la formule après division par f′(x0)=0.
Pour la dérivabilité elle-même, on revient au taux d'accroissement. Soit y∈J, y=y0, et posons x=f−1(y), de sorte que x=x0 par injectivité. Alors
y−y0f−1(y)−f−1(y0)=f(x)−f(x0)x−x0= x−x0f(x)−f(x0) 1.Quand y→y0, la continuité de f−1 en y0 (théorème de la bijection) donne x→x0, donc le dénominateur tend vers f′(x0), qui est non nul : le quotient tend vers f′(x0)1, ce qui achève la démonstration. □
Remarque
Lecture géométrique. Les courbes de f et de f−1 sont symétriques par rapport à la droite d'équation y=x. Cette symétrie échange les tangentes : une tangente de pente p=0 devient une tangente de pente p1. Le cas f′(x0)=0 correspond à une tangente horizontale pour f, donc à une tangente verticale pour f−1 : la réciproque n'est alors pas dérivable en y0. C'est ce qui se passe pour f(x)=x3 en x0=0 : la réciproque y↦y1/3 n'est pas dérivable en 0.
Exemple
a. Le logarithme comme réciproque de l'exponentielle. La fonction exp est dérivable et strictement croissante sur R, avec exp′=exp qui ne s'annule jamais, et exp(R)=R+∗. Sa réciproque ln est donc dérivable sur R+∗ et, pour y>0,
ln′(y)=exp(lny)1=y1.On retrouve la dérivée du logarithme sans rien admettre d'autre que celle de l'exponentielle.
b. Racine carrée. Soit f(x)=x2 sur R+ : elle est continue, strictement croissante, et f(R+)=R+. Sa réciproque est y↦y. Comme f′(x)=2x s'annule en 0 seulement, x est dérivable sur R+∗ et (x)′(y)=2y1, ce qui confirme le calcul direct du paragraphe 5.1, et confirme aussi la non-dérivabilité en 0.
Exemple
c. Une réciproque non explicite. Soit f(x)=x+ex, définie sur R. Elle est dérivable avec f′(x)=1+ex>0, donc strictement croissante ; de plus f(x)→−∞ quand x→−∞ et f(x)→+∞ quand x→+∞. Le théorème de la bijection donne donc une bijection de R sur R, dont la réciproque f−1 ne s'exprime pas à l'aide des fonctions usuelles.
Cela n'empêche nullement de la dériver. Comme f(0)=0+e0=1, on a f−1(1)=0, donc
(f−1)′(1)=f′(f−1(1))1=f′(0)1=1+11=21.La tangente à la courbe de f−1 au point d'abscisse 1 a donc pour équation y=21(x−1).
Méthode
Étudier une fonction réciproque que l'on ne sait pas expliciter. Le schéma est toujours le même, et c'est un grand classique de concours.
- Étudier f : dérivabilité, signe de f′, stricte monotonie, limites aux bornes.
- Appliquer le théorème de la bijection pour obtenir f−1 sur J=f(I), et préciser J.
- Pour calculer (f−1)′(y0) : chercher d'abord l'antécédent x0 tel que f(x0)=y0, en général « à vue » sur des valeurs simples, puis appliquer la formule f′(x0)1.
- Ne jamais tenter d'expliciter f−1 si l'énoncé ne le demande pas : la formule suffit.
Fonction dérivée et fonctions de classe C1
Définition
Soit f définie sur I. On dit que f est dérivable sur I lorsqu'elle est dérivable en tout point de I. L'application
f′:x⟼f′(x)s'appelle alors la fonction dérivée de f sur I.
On dit que f est de classe C1 sur I lorsque f est dérivable sur I et que sa dérivée f′ est continue sur I.
Remarque
Toute fonction de classe C1 sur I est en particulier continue sur I, puisque dérivable. Toutes les fonctions construites à partir des fonctions usuelles par somme, produit, quotient et composition sont de classe C1 sur tout intervalle où elles sont définies et où les dénominateurs ne s'annulent pas : dans la pratique du programme, la vérification est immédiate et se rédige en une ligne. Il existe des fonctions dérivables dont la dérivée n'est pas continue, mais leur construction dépasse le cadre de ce chapitre.
L'hypothèse « de classe C1 » servira surtout en section 6 : c'est celle de l'intégration par parties et du changement de variable.
Voici le tableau des dérivées usuelles. Il est à connaître dans les deux sens : de la fonction vers sa dérivée pour dériver, de la dérivée vers la fonction pour intégrer (section 6).
| Fonction | Dérivée | Dérivable sur |
|---|---|---|
| x↦k (constante) | 0 | R |
| x↦x | 1 | R |
| x↦xn, n∈N∗ | nxn−1 | R |
| x↦x1 | −x21 | R∗ |
| x↦xn1, n∈N∗ | −xn+1n | R∗ |
| x↦x | 2x1 | R+∗ |
| x↦xα, α∈R | αxα−1 | R+∗ |
| x↦ex | ex | R |
| x↦lnx | x1 | R+∗ |
| x↦ln∣x∣ | x1 | R∗ |
| x↦ax, a>0 | axlna | R |
| x↦∣x∣ | x∣x∣ | R∗ |
Exemple
Une fonction dérivable dont la formule change. Soit f(x)=x∣x∣ sur R. Pour x>0, f(x)=x2 donc f′(x)=2x ; pour x<0, f(x)=−x2 donc f′(x)=−2x. En 0, le taux d'accroissement vaut hh∣h∣=∣h∣→0, donc f est dérivable en 0 avec f′(0)=0. En rassemblant, f′(x)=2∣x∣ pour tout réel x, qui est une fonction continue : f est de classe C1 sur R.
Extremum local et point critique
Définition
Soient f définie sur I et a∈I.
- f admet un maximum local en a s'il existe η>0 tel que, pour tout x∈I vérifiant ∣x−a∣⩽η, on ait f(x)⩽f(a).
- f admet un minimum local en a s'il existe η>0 tel que, pour tout x∈I vérifiant ∣x−a∣⩽η, on ait f(x)⩾f(a).
- Un extremum local est un maximum local ou un minimum local. Lorsque l'inégalité vaut pour tout x∈I, on parle d'extremum global.
Définition
Soit f dérivable sur I. On appelle point critique de f tout point a∈I tel que f′(a)=0.
Propriété
Soit f définie sur I, et soit a un point intérieur à I. Si f est dérivable en a et si f admet un extremum local en a, alors
f′(a)=0.Autrement dit, un extremum local en un point intérieur est nécessairement un point critique.
Démonstration. Traitons le cas d'un maximum local, l'autre s'en déduisant en remplaçant f par −f. Par hypothèse, il existe η>0 tel que ]a−η,a+η[⊂I (c'est là qu'intervient le caractère intérieur du point a) et tel que f(x)⩽f(a) pour tout x de cet intervalle.
Soit x∈]a,a+η[. Le numérateur f(x)−f(a) est négatif et le dénominateur x−a est strictement positif, donc
x−af(x)−f(a)⩽0.Cette inégalité étant vraie pour tout x>a proche de a, le passage à la limite quand x→a+ conserve l'inégalité large et donne f′(a)⩽0.
Soit maintenant x∈]a−η,a[. Le numérateur f(x)−f(a) est toujours négatif, mais le dénominateur x−a est cette fois strictement négatif, donc le quotient est positif :
x−af(x)−f(a)⩾0.Le passage à la limite quand x→a− donne f′(a)⩾0. Les deux inégalités réunies donnent f′(a)=0. □
Remarque
Deux mises en garde, sources d'erreurs classiques.
La réciproque est fausse. Un point critique n'est pas nécessairement un extremum. Pour f(x)=x3, on a f′(0)=0, pourtant f est strictement croissante sur R : il n'y a en 0 ni maximum ni minimum, même local. La tangente y est horizontale et traverse la courbe.
L'hypothèse « point intérieur » est indispensable. Sur I=[0,1], la fonction f(x)=x admet un minimum global en 0 et un maximum global en 1, alors que f′(x)=1 ne s'annule jamais. Les extremums d'une fonction sur un segment peuvent donc parfaitement se situer aux bornes, où le théorème ne dit rien.
Méthode
Chercher les extremums d'une fonction f sur un intervalle I.
- Déterminer les points critiques en résolvant l'équation f′(x)=0 : ce sont les seuls candidats à l'intérieur de I.
- Ajouter à la liste des candidats les extrémités de I qui appartiennent à I.
- Dresser le tableau de variations pour trancher : un point critique n'est un extremum que si f′ y change de signe.
- Comparer les valeurs de f en tous les candidats pour identifier les extremums globaux, sans oublier d'examiner les limites aux bornes ouvertes (une borne ouverte peut interdire l'existence d'un maximum).
Théorème de Rolle
Propriété
Théorème de Rolle. Soient a et b deux réels avec a<b, et soit f une fonction telle que :
- f est continue sur le segment [a,b] ;
- f est dérivable sur l'intervalle ouvert ]a,b[ ;
- f(a)=f(b).
Alors il existe (au moins) un réel c∈]a,b[ tel que f′(c)=0.
Démonstration. La fonction f est continue sur le segment [a,b] : d'après le théorème des bornes atteintes (section 4), elle est bornée et atteint ses bornes. Notons
m=[a,b]minf,M=[a,b]maxf,et choisissons xm et xM dans [a,b] tels que f(xm)=m et f(xM)=M.
Premier cas : m=M. La fonction f est alors constante sur [a,b], puisque m⩽f(x)⩽M pour tout x. Sa dérivée est nulle en tout point de ]a,b[, et n'importe quel c de cet intervalle convient.
Second cas : m<M. Posons k=f(a)=f(b). Comme m<M, ces deux valeurs ne peuvent pas être toutes les deux égales à k : au moins l'une d'elles en diffère.
Supposons par exemple M=k (si c'est m qui diffère de k, le raisonnement est identique en remplaçant xM par xm). Alors f(xM)=M=k=f(a)=f(b), donc xM=a et xM=b : le point xM appartient à l'intervalle ouvert ]a,b[. Il est donc intérieur à [a,b], et f y est dérivable par hypothèse.
Enfin, f admet en xM un maximum global sur [a,b], donc en particulier un maximum local. Le théorème du paragraphe 5.7 s'applique et donne f′(xM)=0. Le réel c=xM convient. □
Interprétation géométrique. Si une courbe continue, admettant une tangente en chacun de ses points intérieurs, part d'une certaine hauteur et y revient, alors elle possède au moins un point où la tangente est horizontale. Le dessin est convaincant : pour revenir à la même altitude, il faut bien « faire demi-tour » quelque part.
Remarque
Les trois hypothèses sont nécessaires, et le vérifier est un exercice classique.
- Sans la dérivabilité : f(x)=∣x∣ sur [−1,1] est continue, vérifie f(−1)=f(1)=1, et pourtant f′ vaut 1 ou −1 selon le signe de x et ne s'annule jamais là où elle existe. La conclusion tombe en défaut, à cause du seul point 0.
- Sans la continuité aux bornes : soit f définie sur [0,1] par f(x)=x si x<1 et f(1)=0. Elle est dérivable sur ]0,1[ et vérifie f(0)=f(1)=0, mais f′=1 sur ]0,1[. La discontinuité en 1 suffit à tout ruiner.
- Le réel c n'est pas unique en général : pour une fonction qui monte, descend, remonte et redescend, il y a plusieurs tangentes horizontales. Le théorème affirme une existence, jamais une unicité.
Égalité des accroissements finis
Le théorème de Rolle exige f(a)=f(b), ce qui est très restrictif. L'égalité des accroissements finis lève cette hypothèse : c'est le même énoncé, écrit dans un repère « penché ».
Propriété
Égalité des accroissements finis. Soient a et b deux réels avec a<b, et soit f continue sur [a,b] et dérivable sur ]a,b[. Alors il existe c∈]a,b[ tel que
f(b)−f(a)=f′(c)(b−a),c’est-aˋ-diref′(c)=b−af(b)−f(a).Géométriquement : il existe un point de la courbe où la tangente est parallèle à la corde joignant les deux extrémités.
Démonstration. L'idée consiste à se ramener au théorème de Rolle en retranchant à f la fonction affine dont le graphe est la corde joignant les points A=(a,f(a)) et B=(b,f(b)). Cette corde a pour coefficient directeur
p=b−af(b)−f(a),et son équation est y=p(x−a)+f(a). Posons donc, pour x∈[a,b],
φ(x)=f(x)−(p(x−a)+f(a))=f(x)−f(a)−b−af(b)−f(a)(x−a).Cette fonction φ mesure l'écart vertical entre la courbe et la corde. Vérifions qu'elle satisfait les trois hypothèses de Rolle.
Continuité. φ est la différence de f, continue sur [a,b], et d'une fonction affine, continue sur R : elle est continue sur [a,b].
Dérivabilité. Pour la même raison, φ est dérivable sur ]a,b[, avec
φ′(x)=f′(x)−b−af(b)−f(a).Valeurs aux bornes. D'une part φ(a)=f(a)−f(a)−0=0. D'autre part
φ(b)=f(b)−f(a)−b−af(b)−f(a)(b−a)=f(b)−f(a)−(f(b)−f(a))=0.Donc φ(a)=φ(b), et c'est précisément pour obtenir cette égalité que la fonction auxiliaire a été construite ainsi.
Le théorème de Rolle s'applique à φ : il existe c∈]a,b[ tel que φ′(c)=0, c'est-à-dire
f′(c)−b−af(b)−f(a)=0.En multipliant par b−a=0, on obtient f(b)−f(a)=f′(c)(b−a). □
Interprétation géométrique. Il existe au moins un point de la courbe où la tangente est parallèle à la corde [AB]. Dans le langage de la cinématique : si un trajet de b−a heures couvre f(b)−f(a) kilomètres, il y a au moins un instant où la vitesse instantanée est exactement égale à la vitesse moyenne.
Remarque
Le théorème de Rolle est le cas particulier f(a)=f(b) de l'égalité des accroissements finis. Les deux énoncés ont donc exactement la même force logique ; on démontre le second à partir du premier parce que c'est le premier qui se démontre directement à partir du théorème des bornes atteintes.
Attention : le réel c est inconnu. On ne le calcule jamais, on ne sait rien de lui sinon qu'il est strictement compris entre a et b. Toute la force de l'énoncé vient de là : c'est cet encadrement a<c<b que l'on exploite pour majorer ou minorer f′(c).
Méthode
Démontrer un encadrement avec l'égalité des accroissements finis.
- Choisir la fonction f et le segment [a,b] pertinents. Le plus souvent, l'énoncé à démontrer fait apparaître une différence f(b)−f(a), éventuellement déguisée.
- Vérifier explicitement les hypothèses (continuité sur le segment, dérivabilité sur l'ouvert).
- Écrire la conclusion : « il existe c∈]a,b[ tel que f(b)−f(a)=f′(c)(b−a) ».
- Encadrer f′(c) en utilisant uniquement a<c<b et la monotonie ou le signe de f′.
- Reporter cet encadrement dans l'égalité pour conclure.
Exemple
Un encadrement du logarithme. Démontrons que, pour tout réel x>1,
xx−1<lnx<x−1.La fonction ln est continue sur [1,x] et dérivable sur ]1,x[, de dérivée t↦t1. L'égalité des accroissements finis fournit un réel c∈]1,x[ tel que
lnx−ln1=c1(x−1),soitlnx=cx−1.Or 1<c<x, donc en passant à l'inverse (les trois nombres étant strictement positifs) x1<c1<1. Comme x−1>0, la multiplication par x−1 conserve les inégalités strictes :
xx−1<cx−1=lnx<x−1.Inégalité des accroissements finis
Propriété
Inégalité des accroissements finis. Soient a<b deux réels et f continue sur [a,b], dérivable sur ]a,b[.
- S'il existe un réel M⩾0 tel que ∣f′(t)∣⩽M pour tout t∈]a,b[, alors
- S'il existe deux réels m et M tels que m⩽f′(t)⩽M pour tout t∈]a,b[, alors
Démonstration. L'égalité des accroissements finis fournit c∈]a,b[ tel que f(b)−f(a)=f′(c)(b−a).
Pour le premier point, on passe à la valeur absolue :
f(b)−f(a)=∣f′(c)∣×∣b−a∣=∣f′(c)∣(b−a)⩽M(b−a),la dernière inégalité venant de l'hypothèse appliquée à t=c et du fait que b−a>0.
Pour le second point, on part de m⩽f′(c)⩽M et l'on multiplie par le réel strictement positif b−a, ce qui conserve le sens des inégalités :
m(b−a)⩽f′(c)(b−a)⩽M(b−a),et le terme du milieu vaut f(b)−f(a). □
Remarque
La forme la plus employée est la suivante, valable pour un intervalle I quelconque : si f est dérivable sur I et si ∣f′∣⩽M sur I, alors
∀(x,y)∈I2,f(x)−f(y)⩽M∣x−y∣.Il suffit d'appliquer l'inégalité au segment d'extrémités x et y, l'ordre de ces deux réels n'important plus grâce aux valeurs absolues. Une fonction vérifiant une telle inégalité est dite lipschitzienne de rapport M.
Méthode
Majorer ∣f(b)−f(a)∣. C'est le réflexe à avoir dès qu'un énoncé demande de contrôler l'écart entre deux valeurs d'une même fonction, ou la distance d'une suite récurrente à sa limite.
- Vérifier que f est continue sur le segment considéré et dérivable sur son intérieur.
- Calculer f′, puis majorer ∣f′∣ sur cet intervalle : c'est la seule étape qui demande du travail. On étudie le signe et les variations de f′, ou l'on majore brutalement chaque morceau (un dénominateur se minore, un numérateur se majore).
- Appliquer l'inégalité : ∣f(b)−f(a)∣⩽M(b−a).
- Cas des suites récurrentes un+1=f(un) de limite éventuelle ℓ vérifiant f(ℓ)=ℓ : écrire
puis, par récurrence, ∣un−ℓ∣⩽Mn∣u0−ℓ∣. Si M<1, cette majoration prouve la convergence vers ℓ et en donne la vitesse.
Exemple
a. Une majoration directe. Pour f(x)=x sur [1,+∞[, on a f′(x)=2x1. Comme x⩾1 entraîne x⩾1, il vient 0<f′(x)⩽21. Donc, pour tous réels x et y supérieurs ou égaux à 1,
x−y⩽21∣x−y∣.Par exemple 101−100⩽21, ce qui est très grossier, mais suffit dans bien des majorations.
Exemple
b. Une suite récurrente. Soit (un) définie par u0∈[0,3] et un+1=un+2. Posons f(x)=x+2 sur I=[0,3].
Stabilité. Si x∈[0,3], alors x+2∈[2,5], donc f(x)∈[2,5]⊂[0,3] car 5<3. Une récurrence immédiate donne un∈[0,3] pour tout n.
Point fixe. L'équation f(ℓ)=ℓ avec ℓ⩾0 équivaut à ℓ2=ℓ+2, soit ℓ2−ℓ−2=0, dont les racines sont 2 et −1. Seul ℓ=2 convient.
Majoration. Pour x∈I, f′(x)=2x+21 et x+2⩾2>1, donc 0<f′(x)<21. L'inégalité des accroissements finis donne
∣un+1−2∣=f(un)−f(2)⩽21∣un−2∣,puis, par récurrence, ∣un−2∣⩽2n1∣u0−2∣. Comme 2n1→0, le théorème d'encadrement donne un→2.
Dérivée et variations
Voici le résultat qui justifie, à lui seul, tout le travail précédent : il transforme une information ponctuelle (le signe de f′ en chaque point) en une information globale (le sens de variation sur l'intervalle).
Propriété
Soit f continue sur un intervalle I et dérivable sur l'intérieur de I.
- f est croissante sur I si et seulement si f′⩾0 sur l'intérieur de I.
- f est décroissante sur I si et seulement si f′⩽0 sur l'intérieur de I.
- f est constante sur I si et seulement si f′=0 sur l'intérieur de I.
- Si f′>0 sur l'intérieur de I, alors f est strictement croissante sur I (et de même avec f′<0 et la stricte décroissance).
Démonstration. Montrons le sens direct du point 1, les autres étant analogues. Supposons f′⩾0 et soient x<y deux points de I. La fonction f est continue sur [x,y] et dérivable sur ]x,y[, car ce segment est inclus dans I et cet intervalle ouvert dans l'intérieur de I. L'égalité des accroissements finis fournit c∈]x,y[ tel que
f(y)−f(x)=f′(c)(y−x).Le facteur f′(c) est positif par hypothèse et y−x>0, donc f(y)−f(x)⩾0, soit f(x)⩽f(y) : la fonction est croissante. Le point 4 s'obtient de la même façon, l'inégalité f′(c)>0 donnant cette fois f(y)−f(x)>0, donc une inégalité stricte. Le point 3 résulte des points 1 et 2 appliqués simultanément : f est à la fois croissante et décroissante, donc constante.
Réciproquement, supposons f croissante sur I et soit a un point intérieur à I. Pour x∈I avec x=a, le taux d'accroissement x−af(x)−f(a) est positif : numérateur et dénominateur sont de même signe, par croissance de f. En passant à la limite quand x→a, l'inégalité large est conservée et donne f′(a)⩾0. □
Remarque
Attention à la réciproque du point 4. L'implication n'est vraie que dans un sens : une fonction strictement croissante peut avoir une dérivée qui s'annule. Ainsi f(x)=x3 est strictement croissante sur R, pourtant f′(0)=0. On ne peut donc jamais écrire « f strictement croissante donc f′>0 ».
Le critère suivant est celui qu'on utilise en pratique dans les tableaux de variations, où la dérivée s'annule presque toujours en quelques points isolés.
Propriété
Critère de stricte monotonie. Soit f continue sur un intervalle I et dérivable sur l'intérieur de I. Si f′⩾0 sur l'intérieur de I et si f′ ne s'annule qu'en un nombre fini de points, alors f est strictement croissante sur I.
Démonstration. D'après le point 1 du théorème précédent, f est déjà croissante sur I. Soient x<y dans I ; il reste à exclure le cas f(x)=f(y). Supposons donc f(x)=f(y) et soit z∈[x,y]. Par croissance, f(x)⩽f(z)⩽f(y)=f(x), donc f(z)=f(x) : la fonction f est constante sur le segment [x,y].
Sa dérivée est alors nulle en tout point de ]x,y[, qui est un intervalle ouvert non vide, donc infini. Cela contredit l'hypothèse selon laquelle f′ ne s'annule qu'en un nombre fini de points. Par conséquent f(x)=f(y), et comme f(x)⩽f(y), on a bien f(x)<f(y). □
Remarque
L'hypothèse « I est un intervalle » est indispensable au point 3. Considérons la fonction f définie sur R∗=]−∞,0[∪]0,+∞[ par
f(x)={1−1si x>0,si x<0.Elle est dérivable sur R∗ de dérivée nulle partout, et pourtant elle n'est pas constante. Il n'y a aucune contradiction : R∗ n'est pas un intervalle, et l'égalité des accroissements finis ne peut pas être appliquée entre un point négatif et un point positif, puisque le segment qui les joint sort de l'ensemble de définition.
Conséquence pratique : une dérivée nulle donne une constante sur chaque intervalle du domaine, mais la constante peut changer d'un intervalle à l'autre. On le reverra pour les primitives au paragraphe 6.7.
Méthode
Démontrer une inégalité par étude de fonction. C'est l'application la plus fréquente du théorème.
- Tout ramener d'un seul côté : pour établir A(x)⩽B(x) sur I, on pose g(x)=B(x)−A(x) et l'on cherche à montrer g⩾0.
- Dériver g et étudier le signe de g′ (factoriser !).
- Dresser le tableau de variations de g et identifier son minimum sur I.
- Calculer ce minimum : s'il vaut 0, l'inégalité est démontrée, avec en prime son cas d'égalité.
Exemple
a. L'inégalité lnx⩽x−1. Posons g(x)=x−1−lnx sur R+∗. Alors
g′(x)=1−x1=xx−1.Comme x>0, le signe de g′(x) est celui de x−1 : la fonction g est décroissante sur ]0,1] et croissante sur [1,+∞[. Elle atteint donc son minimum en 1, et g(1)=1−1−0=0. Ainsi g⩾0 sur R+∗, c'est-à-dire
∀x>0,lnx⩽x−1,avec égalité si et seulement si x=1 (le minimum étant strict de part et d'autre).
b. L'inégalité ex⩾1+x. Posons h(x)=ex−1−x sur R, de dérivée h′(x)=ex−1, qui est négative pour x⩽0 et positive pour x⩾0. Le minimum de h est donc h(0)=0, d'où ex⩾1+x pour tout réel x.
Exemple
c. Stricte monotonie avec une dérivée qui s'annule. Soit f(x)=x3−3x2+3x. Alors
f′(x)=3x2−6x+3=3(x2−2x+1)=3(x−1)2⩾0,et f′ ne s'annule qu'en x=1, c'est-à-dire en un seul point. D'après le critère de stricte monotonie, f est strictement croissante sur R. Sa courbe possède en x=1 une tangente horizontale, qu'elle traverse sans que la monotonie soit rompue.
Plan d'une étude de fonction
Méthode
Étude complète d'une fonction, en sept étapes. L'ordre compte : chaque étape utilise les précédentes.
- Ensemble de définition Df. Traduire les contraintes : dénominateur non nul, expression sous une racine positive, argument d'un logarithme strictement positif. Écrire Df comme réunion d'intervalles.
- Symétries. Si Df est symétrique par rapport à 0, tester la parité : f(−x)=f(x) (courbe symétrique par rapport à l'axe des ordonnées) ou f(−x)=−f(x) (symétrie par rapport à l'origine). En cas de succès, l'étude se réduit à Df∩R+.
- Limites aux bornes de chaque intervalle de Df, en levant les formes indéterminées (croissances comparées, factorisation par le terme dominant, quantité conjuguée).
- Dérivabilité et calcul de f′. Justifier la dérivabilité en une phrase, puis calculer f′ et la factoriser.
- Signe de f′. Résoudre f′(x)>0, éventuellement à l'aide d'un tableau de signes auxiliaire.
- Tableau de variations, complété par les limites de l'étape 3 et les valeurs des extremums.
- Asymptotes, points remarquables et tracé. Asymptote verticale x=a si f tend vers l'infini en a ; asymptote horizontale y=ℓ si f(x)→ℓ en l'infini ; asymptote oblique y=px+q si f(x)−(px+q)→0. Ajouter la ou les tangentes remarquables et les intersections avec les axes.
Remarque
Pour une fonction rationnelle, l'étape 7 se prépare dès l'étape 1 : la division du numérateur par le dénominateur met l'expression sous la forme f(x)=px+q+d(x)r(x), où le reste tend vers 0 à l'infini. L'asymptote oblique se lit alors directement, ainsi que la position de la courbe par rapport à elle, donnée par le signe du reste.
Traitons un exemple complet, en suivant les sept étapes.
Exemple
Étude de f(x)=x−1x2+1, étapes 1 à 3.
Ensemble de définition. Le dénominateur s'annule pour x=1, donc
Df=]−∞,1[∪]1,+∞[.Symétries. L'ensemble Df n'est pas symétrique par rapport à 0 : aucune réduction du domaine n'est possible.
Forme réduite. La division donne, pour tout x=1,
f(x)=x+1+x−12,ce que l'on vérifie en réduisant au même dénominateur : (x+1)(x−1)+2=x2−1+2=x2+1.
Limites. Quand x→1−, le numérateur tend vers 2>0 et le dénominateur vers 0−, donc f(x)→−∞ ; quand x→1+, de même f(x)→+∞. Enfin, la forme réduite donne f(x)→−∞ quand x→−∞ et f(x)→+∞ quand x→+∞.
Exemple
Étude de f(x)=x−1x2+1, étapes 4 à 6.
Dérivée. La fonction f est un quotient de fonctions dérivables dont le dénominateur ne s'annule pas sur Df : elle est dérivable sur Df, et
f′(x)=(x−1)22x(x−1)−(x2+1)×1=(x−1)22x2−2x−x2−1=(x−1)2x2−2x−1.Signe. Le dénominateur est strictement positif sur Df, donc f′(x) a le signe du trinôme x2−2x−1, de discriminant Δ=4+4=8>0 et de racines
x1=22−22=1−2,x2=22+22=1+2.Le trinôme est positif à l'extérieur des racines et négatif entre elles.
Valeurs des extremums. En utilisant x2=2x+1 pour x∈{x1,x2}, on obtient f(xi)=xi−12xi+2. Pour x2=1+2 : f(x2)=24+22=22+2. Pour x1=1−2 : f(x1)=−24−22=−22+2.
Le tableau de variations rassemble ces informations.
Exemple
Étude de f(x)=x−1x2+1, étape 7.
Asymptote verticale. Puisque f(x)→±∞ quand x→1, la droite d'équation x=1 est asymptote verticale à Cf.
Asymptote oblique. La forme réduite donne
f(x)−(x+1)=x−12x→±∞0,donc la droite D d'équation y=x+1 est asymptote oblique à Cf en −∞ et en +∞.
Position relative. Le signe de f(x)−(x+1)=x−12 est celui de x−1. La courbe est donc au-dessus de D sur ]1,+∞[ et en dessous sur ]−∞,1[, sans point d'intersection puisque x−12 ne s'annule jamais.
Points remarquables. La courbe coupe l'axe des ordonnées en (0,−1), car f(0)=−11=−1. Elle ne coupe pas l'axe des abscisses, car x2+1>0 pour tout réel x. Le maximum local vaut 2−22≈−0,83 et le minimum local 2+22≈4,83 : la courbe est bien formée de deux branches disjointes.
Exemple
Une étude plus rapide : g(x)=xe−x sur R.
Définition et limites. Dg=R. Quand x→−∞, x→−∞ et e−x→+∞, donc g(x)→−∞. Quand x→+∞, g(x)=exx→0+ par croissances comparées : la droite d'équation y=0 est asymptote horizontale en +∞.
Dérivée. Produit de deux fonctions dérivables :
g′(x)=1×e−x+x×(−e−x)=(1−x)e−x.Comme e−x>0, le signe de g′ est celui de 1−x : positif pour x<1, négatif pour x>1.
Extremum. La fonction admet un maximum global en 1, de valeur g(1)=e−1=e1.
Intégration sur un segment
L'intégration répond à deux questions qui semblent étrangères l'une à l'autre. La première est géométrique : quelle est l'aire du domaine compris entre une courbe et l'axe des abscisses ? La seconde est algébrique : étant donnée une fonction f, existe-t-il une fonction F dont la dérivée soit f ? Le théorème fondamental de l'analyse (paragraphe 6.8) affirme que ces deux questions n'en font qu'une, et c'est de cette identification que vient toute la puissance du calcul intégral.
Une mise en garde de méthode avant de commencer. Dans les exercices de concours, il est fréquent que l'intégrale à étudier ne se calcule pas : aucune primitive n'est exprimable à l'aide des fonctions usuelles. Les résultats véritablement utiles de cette section ne sont donc pas seulement les techniques de calcul, mais aussi et surtout les inégalités : positivité, croissance, inégalité de la moyenne, inégalité triangulaire. Elles permettent d'encadrer une intégrale que l'on est incapable de calculer, et c'est très souvent ce que l'énoncé demande.
Dans toute cette section, les fonctions considérées sont continues sur le segment ou l'intervalle mentionné, et l'on intègre uniquement sur des segments [a,b], c'est-à-dire des intervalles fermés et bornés.
Intégrale d'une fonction continue sur un segment
Propriété
Existence de l'intégrale (admise). Soient a et b deux réels avec a⩽b, et soit f une fonction continue sur le segment [a,b]. Alors il existe un réel, noté
∫abf(t)dt,appelé intégrale de f entre a et b, qui vérifie les propriétés des paragraphes 6.2 à 6.6.
La construction de ce nombre est hors programme : elle repose sur l'approximation de f par des fonctions plus simples, et sa mise en place rigoureuse demanderait plusieurs pages. On l'admet donc entièrement, comme le programme y invite. En revanche, toutes les propriétés énoncées ensuite seront soit admises comme faisant partie de cette construction (linéarité, positivité, relation de Chasles), soit démontrées à partir d'elles.
Définition
Dans l'écriture ∫abf(t)dt, les réels a et b sont les bornes de l'intégrale, et la lettre t est la variable d'intégration. Cette variable est muette : elle n'existe pas en dehors du symbole, et peut être remplacée par n'importe quelle autre lettre non utilisée par ailleurs :
∫abf(t)dt=∫abf(x)dx=∫abf(u)du.Une intégrale est un nombre, pas une fonction.
Remarque
Deux fautes d'écriture à ne jamais commettre. La première consiste à réutiliser la variable muette hors de l'intégrale : l'écriture ∫axf(x)dx n'a aucun sens, il faut écrire ∫axf(t)dt. La seconde consiste à oublier le dt, qui ferme le symbole et indique par rapport à quelle variable on intègre : dans ∫01xtdt, la lettre x est une constante.
Interprétation en aire. Munissons le plan d'un repère orthogonal, et appelons unité d'aire l'aire du rectangle construit sur les deux vecteurs de base. Lorsque f est continue et positive sur [a,b] avec a⩽b, le nombre ∫abf(t)dt est l'aire, exprimée en unités d'aire, du domaine délimité par la courbe Cf, l'axe des abscisses et les droites d'équations x=a et x=b.
Lorsque f change de signe, l'intégrale est une aire algébrique : les portions situées au-dessus de l'axe des abscisses comptent positivement, celles situées en dessous comptent négativement. C'est pourquoi une intégrale peut être nulle sans que la fonction le soit.
Propriété
Deux valeurs immédiates. Pour a⩽b et λ réel,
∫abλdt=λ(b−a),ce qui correspond à l'aire algébrique du rectangle de largeur b−a et de hauteur λ. En particulier ∫ab0dt=0.
Exemple
a. ∫01tdt=21 : le domaine est le triangle rectangle de sommets (0,0), (1,0) et (1,1), d'aire 21×1.
b. ∫−11tdt=0 : les deux triangles, l'un sous l'axe sur [−1,0], l'autre au-dessus sur [0,1], ont la même aire 21 et se compensent. L'intégrale est nulle alors que la fonction ne l'est pas : elle change de signe.
c. ∫253dt=3×(5−2)=9.
Conventions d'orientation et relation de Chasles
Jusqu'ici la borne du bas était inférieure à celle du haut. Il est commode de lever cette restriction, au prix d'une convention de signe.
Définition
Soit f continue sur un intervalle I, et soient a et b deux points de I. On pose
∫aaf(t)dt=0et, si a>b,∫abf(t)dt=−∫baf(t)dt.Autrement dit, échanger les bornes change le signe de l'intégrale. Avec cette convention, l'écriture ∫abf a un sens pour tous a et b dans I, sans hypothèse sur leur ordre.
Propriété
Relation de Chasles. Soit f continue sur un intervalle I. Pour tous a, b, c dans I,
∫abf(t)dt=∫acf(t)dt+∫cbf(t)dt.Cette égalité est valable quel que soit l'ordre des trois réels, grâce à la convention ci-dessus.
Remarque
Le point c n'a aucune raison d'être compris entre a et b : c'est ce qui rend la relation si commode. On l'emploie dans les deux sens. De gauche à droite, elle découpe une intégrale pour traiter séparément deux morceaux, par exemple lorsque la fonction change de signe ou d'expression. De droite à gauche, elle recolle deux intégrales, ce qui sert notamment à faire apparaître la différence ∫axf−∫ax0f=∫x0xf dans la démonstration du théorème fondamental.
Exemple
Soit f définie sur [0,2] par f(t)=t si t⩽1 et f(t)=2−t si t>1. Cette fonction est continue en 1 car les deux expressions y valent 1. Par la relation de Chasles,
∫02f(t)dt=∫01tdt+∫12(2−t)dt=21+21=1,chacune des deux intégrales étant l'aire d'un triangle rectangle de côtés 1 et 1. Le domaine total est un triangle de base 2 et de hauteur 1, d'aire 22×1=1 : les deux calculs concordent.
Linéarité de l'intégrale
Propriété
Linéarité (admise). Soient f et g continues sur un intervalle I, soient a et b dans I, et soient λ et μ deux réels. Alors
∫ab(λf(t)+μg(t))dt=λ∫abf(t)dt+μ∫abg(t)dt.Remarque
Il n'existe aucune formule analogue pour un produit ou un quotient : en général
∫abf(t)g(t)dt=(∫abf(t)dt)(∫abg(t)dt).Un contre-exemple suffit : avec f=g=id sur [0,1], le membre de gauche vaut ∫01t2dt=31 et celui de droite 21×21=41. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre.
Exemple
En admettant ∫01tdt=21 et ∫01t2dt=31, la linéarité donne
∫01(6t2−4t+5)dt=6×31−4×21+5×1=2−2+5=5.Positivité, croissance et cas d'égalité
Propriété
Soient a⩽b et f, g continues sur [a,b].
- Positivité. Si f⩾0 sur [a,b], alors ∫abf(t)dt⩾0.
- Croissance. Si f⩽g sur [a,b], alors ∫abf(t)dt⩽∫abg(t)dt.
Démonstration du point 2 à partir du point 1. La fonction g−f est continue et positive sur [a,b], donc son intégrale est positive d'après le point 1. La linéarité donne
∫abg(t)dt−∫abf(t)dt=∫ab(g(t)−f(t))dt⩾0,d'où l'inégalité annoncée. □
Remarque
L'hypothèse a⩽b est indispensable. Si les bornes sont dans le désordre, les inégalités changent de sens, à cause de la convention d'orientation. Ainsi ∫10tdt=−21<0 bien que la fonction soit positive sur [0,1]. Avant d'appliquer la positivité ou la croissance, toujours vérifier que la borne du bas est la plus petite.
Le théorème suivant est le plus fin de la section : il affirme qu'une fonction continue positive d'intégrale nulle est identiquement nulle. Autrement dit, dès qu'une fonction continue positive est non nulle quelque part, elle « emporte » une aire strictement positive.
Propriété
Cas d'égalité. Soient a<b et f continue et positive sur [a,b]. Si
∫abf(t)dt=0,alors f est identiquement nulle sur [a,b].
Démonstration. Raisonnons par l'absurde et supposons qu'il existe x0∈[a,b] tel que f(x0)>0.
Utilisons la continuité en x0. Appliquons la définition de la continuité avec le réel strictement positif ε=2f(x0) : il existe η>0 tel que, pour tout t∈[a,b] vérifiant ∣t−x0∣⩽η,
f(t)−f(x0)⩽2f(x0),doncf(t)⩾f(x0)−2f(x0)=2f(x0).Fabriquons un segment non trivial. Posons η′=min(η,2b−a)>0. Si x0<b, posons α=x0 et β=min(x0+η′,b) ; si x0=b, posons β=b et α=b−η′, qui est bien supérieur à a puisque η′⩽2b−a<b−a. Dans les deux cas, [α,β]⊂[a,b], α<β, et tout t∈[α,β] vérifie ∣t−x0∣⩽η, donc f(t)⩾2f(x0).
Minorons l'intégrale. Par croissance de l'intégrale sur [α,β], comparée à la fonction constante 2f(x0),
∫αβf(t)dt⩾2f(x0)(β−α)>0.Par la relation de Chasles, puis par positivité de l'intégrale sur [a,α] et sur [β,b] (où f reste positive),
∫abf(t)dt=⩾0∫aαf+∫αβf+⩾0∫βbf⩾∫αβf(t)dt>0.Cela contredit l'hypothèse ∫abf=0. Donc f(x)=0 pour tout x∈[a,b]. □
Remarque
L'hypothèse de continuité est essentielle. Une fonction positive nulle partout sauf en un point a une aire nulle sous sa courbe, sans être la fonction nulle ; mais une telle fonction n'est pas continue, et sort du cadre de ce chapitre. De même, l'hypothèse a<b est nécessaire : si a=b, l'intégrale est nulle quelle que soit f.
Méthode
Démontrer qu'une fonction est nulle. Dès qu'un énoncé fournit une hypothèse du type « ∫abh(t)dt=0 », le réflexe est d'examiner si l'intégrande est continu et de signe constant.
- Vérifier la continuité de h sur [a,b] et son signe. Les carrés et les valeurs absolues sont les cas les plus fréquents : f2⩾0, ∣f∣⩾0.
- Si h⩽0, appliquer le théorème à −h.
- Conclure : h est identiquement nulle, puis en déduire ce que l'on cherche, par exemple f=0 à partir de f2=0.
Exemple
Soit f continue sur [0,1] telle que ∫01f(t)2dt=0. La fonction t↦f(t)2 est continue comme produit de fonctions continues, et positive. Le théorème du cas d'égalité s'applique : f(t)2=0 pour tout t∈[0,1], donc f est la fonction nulle.
En revanche, l'hypothèse ∫01f(t)dt=0 ne permet pas de conclure : la fonction f(t)=t−21 est continue, d'intégrale nulle sur [0,1], et pourtant non nulle. La positivité est indispensable.
Inégalité triangulaire intégrale
Propriété
Soient a⩽b et f continue sur [a,b]. Alors ∣f∣ est continue sur [a,b] et
∫abf(t)dt⩽∫abf(t)dt.Démonstration. La continuité de ∣f∣ résulte de la composition de f par la fonction valeur absolue, elle-même continue sur R (section 4) : l'intégrale de droite existe donc bien.
Pour tout t∈[a,b], on dispose de l'encadrement −∣f(t)∣⩽f(t)⩽∣f(t)∣. Comme a⩽b, la croissance de l'intégrale s'applique aux deux inégalités et donne, en utilisant la linéarité pour le membre de gauche,
−∫ab∣f(t)∣dt⩽∫abf(t)dt⩽∫ab∣f(t)∣dt.Un encadrement de la forme −A⩽X⩽A avec A⩾0 équivaut à ∣X∣⩽A, ce qui est exactement l'inégalité annoncée. □
Remarque
L'analogie avec l'inégalité triangulaire des sommes finies, ∣∑xk∣⩽∑∣xk∣, est complète : dans les deux cas, « la valeur absolue d'une somme est plus petite que la somme des valeurs absolues », parce que les compensations de signe ne peuvent que diminuer le résultat.
Si l'ordre des bornes n'est pas connu, la forme correcte est
∫abf(t)dt⩽∫ab∣f(t)∣dt.Valeur moyenne et inégalité de la moyenne
Définition
Soient a<b et f continue sur [a,b]. On appelle valeur moyenne de f sur [a,b] le réel
μ=b−a1∫abf(t)dt.Géométriquement, μ est la hauteur du rectangle de base [a,b] qui aurait la même aire algébrique que le domaine sous la courbe.
Propriété
Inégalité de la moyenne. Soient a⩽b et f continue sur [a,b]. S'il existe deux réels m et M tels que m⩽f(t)⩽M pour tout t∈[a,b], alors
m(b−a)⩽∫abf(t)dt⩽M(b−a).Démonstration. Il suffit d'appliquer la croissance de l'intégrale aux deux inégalités m⩽f(t) et f(t)⩽M, en se souvenant que l'intégrale d'une fonction constante λ sur [a,b] vaut λ(b−a). □
Propriété
Théorème de la moyenne. Soient a<b et f continue sur [a,b]. Il existe c∈[a,b] tel que
∫abf(t)dt=f(c)(b−a).Démonstration. La fonction f est continue sur un segment : d'après le théorème des bornes atteintes (section 4), elle admet un minimum m=f(xm) et un maximum M=f(xM). L'inégalité de la moyenne, divisée par b−a>0, donne
m⩽μ⩽M,ouˋ μ=b−a1∫abf(t)dt.Le réel μ est donc compris entre f(xm) et f(xM). Comme f est continue sur le segment d'extrémités xm et xM, le théorème des valeurs intermédiaires (section 4) fournit un réel c entre xm et xM, donc dans [a,b], tel que f(c)=μ. □
Méthode
Encadrer une intégrale que l'on ne sait pas calculer.
- Encadrer l'intégrande. Chercher deux constantes m et M telles que m⩽f(t)⩽M sur [a,b], en majorant et minorant chaque morceau de l'expression (un dénominateur positif se minore pour majorer le quotient), ou en étudiant les variations de f.
- Appliquer l'inégalité de la moyenne pour obtenir m(b−a)⩽∫abf⩽M(b−a).
- Affiner si nécessaire : découper [a,b] par la relation de Chasles en deux ou trois morceaux, et encadrer sur chacun. Plus les morceaux sont petits, plus l'encadrement est serré.
- Variante : comparer f non pas à des constantes, mais à une fonction dont on sait calculer l'intégrale.
Exemple
a. Un encadrement simple. Soit I=∫011+t3dt. Pour t∈[0,1], on a 0⩽t3⩽1, donc 1⩽1+t3⩽2, puis par passage à l'inverse
21⩽1+t31⩽1.L'inégalité de la moyenne, avec b−a=1, donne 21⩽I⩽1.
b. Le même encadrement, affiné. Découpons en deux avec Chasles. Sur [0,21] : 1⩽1+t3⩽89, donc 98⩽1+t31⩽1 et 94⩽∫01/2⩽21. Sur [21,1] : 89⩽1+t3⩽2, donc 21⩽1+t31⩽98 et 41⩽∫1/21⩽94. En additionnant,
3625⩽I⩽1817,soit environ 0,69⩽I⩽0,94, nettement plus précis que le premier encadrement.
Exemple
c. Une intégrale sans primitive usuelle. Soit J=∫01e−t2dt. Aucune primitive de t↦e−t2 ne s'exprime à l'aide des fonctions usuelles ; l'encadrement est donc la seule voie. Pour t∈[0,1], on a 0⩽t2⩽1, donc −1⩽−t2⩽0, et par croissance de l'exponentielle
e1⩽e−t2⩽1,d’ouˋe1⩽J⩽1.On peut faire mieux en comparant à une fonction intégrable : pour t∈[0,1], t2⩽t donc −t2⩾−t et e−t2⩾e−t. Nous verrons au paragraphe 6.9 que ∫01e−tdt=1−e1, ce qui donne la minoration J⩾1−e1≈0,63.
Primitives
Définition
Soient I un intervalle et f une fonction définie sur I. On appelle primitive de f sur I toute fonction F définie sur I, dérivable sur I, et telle que
∀x∈I,F′(x)=f(x).Propriété
Soit f définie sur un intervalle I et admettant une primitive F sur I. Alors les primitives de f sur I sont exactement les fonctions de la forme
x⟼F(x)+C,C∈R.Autrement dit, deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante.
Démonstration. Soit C un réel. La fonction G=F+C est dérivable sur I et G′=F′+0=f : c'est bien une primitive de f.
Réciproquement, soit G une primitive quelconque de f sur I. La fonction H=G−F est dérivable sur I et, pour tout x∈I,
H′(x)=G′(x)−F′(x)=f(x)−f(x)=0.Comme I est un intervalle, le théorème du paragraphe 5.11 affirme qu'une fonction de dérivée nulle sur un intervalle y est constante. Il existe donc un réel C tel que H=C, c'est-à-dire G=F+C. □
Remarque
L'hypothèse « I est un intervalle » ne peut pas être supprimée. Sur R∗, qui est une réunion de deux intervalles, la fonction x↦x1 admet pour primitives les fonctions de la forme
x⟼{lnx+C1ln(−x)+C2si x>0,si x<0,où C1 et C2 sont deux constantes indépendantes. C'est pourquoi on écrit « une primitive de x1 sur R+∗ est lnx » plutôt que la formule globale ln∣x∣, qui masque ce phénomène. En pratique, on précise toujours l'intervalle de travail.
Propriété
Primitive vérifiant une condition initiale. Soit f admettant des primitives sur un intervalle I, et soient x0∈I et y0∈R. Il existe une unique primitive G de f sur I telle que G(x0)=y0.
Démonstration. Soit F une primitive de f sur I. Les primitives de f sont les F+C ; la condition F(x0)+C=y0 détermine C=y0−F(x0) de manière unique, ce qui prouve à la fois l'existence et l'unicité de G=F+y0−F(x0). □
Exemple
Cherchons la primitive F de f:x↦3x2−x1 sur R+∗ vérifiant F(1)=2.
Les primitives de f sur R+∗ sont les fonctions x↦x3−lnx+C. La condition F(1)=2 s'écrit 1−0+C=2, soit C=1. Donc
F(x)=x3−lnx+1.Vérification : F′(x)=3x2−x1=f(x), et F(1)=1−0+1=2.
Théorème fondamental de l'analyse
Rien, jusqu'ici, ne garantit qu'une fonction continue admette une primitive, et rien ne relie l'intégrale (une aire) à la dérivation. Le théorème suivant règle les deux questions d'un coup.
Propriété
Théorème fondamental de l'analyse. Soit f continue sur un intervalle I, et soit a∈I. La fonction
F:x⟼∫axf(t)dtest définie sur I, dérivable sur I, et vérifie F′=f. C'est donc l'unique primitive de f sur I qui s'annule en a. En particulier, toute fonction continue sur un intervalle y admet des primitives, et F est de classe C1.
Démonstration. La fonction F est bien définie : pour tout x∈I, le segment d'extrémités a et x est inclus dans I, où f est continue.
Le taux d'accroissement. Fixons x0∈I et soit x∈I avec x=x0. La relation de Chasles donne
F(x)−F(x0)=∫axf(t)dt−∫ax0f(t)dt=∫x0xf(t)dt.Par ailleurs, ∫x0xf(x0)dt=f(x0)(x−x0), car f(x0) est une constante. En divisant par x−x0 et en retranchant f(x0), la linéarité donne
x−x0F(x)−F(x0)−f(x0)=x−x01∫x0x(f(t)−f(x0))dt.La continuité de f en x0. Soit ε>0. Il existe η>0 tel que, pour tout t∈I vérifiant ∣t−x0∣⩽η, on ait ∣f(t)−f(x0)∣⩽ε.
La majoration. Soit x∈I tel que 0<∣x−x0∣⩽η. Tout réel t compris entre x0 et x vérifie alors ∣t−x0∣⩽η, donc ∣f(t)−f(x0)∣⩽ε. Si x>x0, l'inégalité triangulaire intégrale puis l'inégalité de la moyenne donnent
∫x0x(f(t)−f(x0))dt⩽∫x0xf(t)−f(x0)dt⩽ε(x−x0).Si x<x0, le même calcul mené sur le segment [x,x0], puis la convention d'orientation, donnent une majoration par ε(x0−x). Dans les deux cas, la majoration s'écrit ε∣x−x0∣, donc
x−x0F(x)−F(x0)−f(x0)⩽∣x−x0∣ε∣x−x0∣=ε.Conclusion. Pour tout ε>0, il existe η>0 tel que 0<∣x−x0∣⩽η entraîne que le taux d'accroissement de F en x0 est à distance au plus ε de f(x0). C'est exactement la définition de
x→x0limx−x0F(x)−F(x0)=f(x0).Donc F est dérivable en x0 et F′(x0)=f(x0). Le point x0 étant quelconque dans I, on a F′=f sur I. Comme f est continue, F est de classe C1. Enfin F(a)=∫aaf=0, et l'unicité de la primitive s'annulant en a résulte du paragraphe 6.7. □
Propriété
Corollaire : calcul d'une intégrale par une primitive. Soit f continue sur un intervalle I et soit F une primitive quelconque de f sur I. Alors, pour tous a et b dans I,
∫abf(t)dt=F(b)−F(a)=[F(t)]ab.Démonstration. Posons G(x)=∫axf(t)dt. D'après le théorème, G est une primitive de f sur I, donc G et F diffèrent d'une constante : il existe C tel que G=F+C. En évaluant en a : 0=G(a)=F(a)+C, donc C=−F(a). En évaluant en b :
∫abf(t)dt=G(b)=F(b)−F(a).□Remarque
Le corollaire explique pourquoi le choix de la primitive est indifférent : la constante additive disparaît dans la soustraction F(b)−F(a). Dans la rédaction, on écrit systématiquement le crochet [F(t)]ab, qui signale au correcteur quelle primitive a été choisie.
Exemple
a. ∫12tdt=[lnt]12=ln2−ln1=ln2, le calcul ayant lieu sur R+∗ où ln est une primitive de t1.
b. ∫01etdt=[et]01=e−1.
c. ∫02(3t2−2t)dt=[t3−t2]02=(8−4)−0=4.
d. ∫01e−tdt=[−e−t]01=−e−1+1=1−e1, ce qui achève l'exemple c. du paragraphe 6.6.
Primitives usuelles et formes composées
Le tableau suivant se lit à l'envers du tableau des dérivées du paragraphe 5.6. La colonne de droite précise un intervalle sur lequel la primitive est valable ; ce n'est pas un détail de rédaction, c'est une condition de validité.
| Fonction f(x) | Une primitive F(x) | Sur |
|---|---|---|
| λ (constante) | λx | R |
| xn, n∈N | n+1xn+1 | R |
| xn1, n⩾2 | −(n−1)xn−11 | R+∗ ou R−∗ |
| xα, α=−1 | α+1xα+1 | R+∗ |
| x1 | lnx | R+∗ |
| x1 | 2x | R+∗ |
| x | 32xx | R+ |
| ex | ex | R |
| eλx, λ=0 | λ1eλx | R |
| ax+b1, a=0 | a1ln(ax+b) | tout intervalle où ax+b>0 |
| lnx | xlnx−x | R+∗ |
| ax, a>0, a=1 | lnaax | R |
Le tableau des formes composées se déduit du tableau des dérivées composées du paragraphe 5.4, lu à l'envers. Dans tout ce tableau, u désigne une fonction de classe C1 sur l'intervalle considéré.
| Fonction | Une primitive | Condition |
|---|---|---|
| u′un, n∈N | n+1un+1 | aucune |
| uu′ | lnu | u>0 sur l'intervalle |
| u2u′ | −u1 | u ne s'annule pas |
| u′eu | eu | aucune |
| uu′ | 2u | u>0 sur l'intervalle |
| u′uα, α=−1 | α+1uα+1 | u>0 sur l'intervalle |
Méthode
Reconnaître une forme composée. C'est la technique à essayer avant l'intégration par parties et avant le changement de variable, car elle est instantanée.
- Repérer dans l'expression une fonction u « emboîtée » : ce qui est sous une racine, en exposant de e, à l'intérieur d'un logarithme, ou élevé à une puissance.
- Calculer u′ et chercher u′ dans l'expression, au facteur constant près.
- Ajuster la constante : si l'expression contient 3u′ au lieu de u′, on met 3 en facteur ; s'il manque un facteur 2, on écrit l'intégrande sous la forme 21×2u′×….
- Écrire la primitive et vérifier en dérivant. Cette vérification coûte dix secondes et détecte toutes les erreurs de constante.
Exemple
a. ∫01t2+12tdt. Avec u(t)=t2+1>0, l'intégrande est uu′, donc
∫01t2+12tdt=[ln(t2+1)]01=ln2−ln1=ln2.b. ∫01tet2dt. Avec u(t)=t2, on a u′(t)=2t : il manque un facteur 2, que l'on compense.
∫01tet2dt=21∫012tet2dt=21[et2]01=2e−1.c. ∫01t2+1tdt=21[2t2+1]01=2−1.
Exemple
d. ∫12(2t+1)2dt. Avec u(t)=2t+1, qui ne s'annule pas sur [1,2], et u′=2 :
∫12(2t+1)2dt=21∫12(2t+1)22dt=21[−2t+11]12=21(−51+31)=21×152=151.e. ∫1etlntdt. Avec u(t)=lnt et u′(t)=t1, l'intégrande est u′u :
∫1etlntdt=[2(lnt)2]1e=21−0=21.Intégration par parties
Propriété
Intégration par parties. Soient u et v deux fonctions de classe C1 sur un intervalle I, et soient a et b dans I. Alors
∫abu′(t)v(t)dt=[u(t)v(t)]ab−∫abu(t)v′(t)dt.Démonstration. Les fonctions u et v étant dérivables sur I, leur produit l'est aussi et
(uv)′=u′v+uv′.Les fonctions u′, v, u et v′ étant continues (c'est le sens de l'hypothèse C1), la fonction u′v+uv′ est continue sur I, et uv en est une primitive. Le corollaire du théorème fondamental donne donc
∫ab(u′(t)v(t)+u(t)v′(t))dt=[u(t)v(t)]ab.Les deux fonctions u′v et uv′ étant continues, la linéarité de l'intégrale permet de séparer le membre de gauche en deux intégrales, puis de faire passer la seconde de l'autre côté. □
Méthode
Choisir u′ et v. L'intégration par parties remplace une intégrale par une autre : elle n'est utile que si la nouvelle est plus simple. Tout est donc dans le choix.
- v est le facteur que l'on veut dériver, parce que sa dérivée est plus simple que lui : un logarithme (dont la dérivée est une fraction rationnelle), un polynôme (dont le degré baisse).
- u′ est le facteur que l'on sait primitiver sans difficulté : une exponentielle, une puissance de t.
- Règle pratique : dès qu'un ln apparaît en facteur, prendre v=ln ; sinon, pour un produit « polynôme fois exponentielle », prendre v égal au polynôme.
- Écrire au brouillon les quatre fonctions u, u′, v, v′ avant d'appliquer la formule, et vérifier que u et v sont bien de classe C1 sur le segment d'intégration.
- Si la nouvelle intégrale est plus compliquée que la précédente, c'est que les rôles ont été inversés : recommencer avec l'autre choix.
Exemple
a. L'exemple de référence : ∫1elntdt. L'intégrande n'est pas un produit apparent ; on l'écrit 1×lnt. Posons
u′(t)=1,u(t)=t,v(t)=lnt,v′(t)=t1.Les fonctions u et v sont de classe C1 sur [1,e]⊂R+∗. La formule donne
∫1elntdt=[tlnt]1e−∫1et×t1dt=(e×1−1×0)−∫1e1dt=e−(e−1)=1.On retrouve au passage que t↦tlnt−t est une primitive de ln, comme annoncé dans le tableau du paragraphe 6.9.
Exemple
b. Polynôme fois exponentielle. Pour ∫01tetdt, on pose u′(t)=et, u(t)=et, v(t)=t et v′(t)=1 :
∫01tetdt=[tet]01−∫01etdt=e−(e−1)=1.c. Deux intégrations par parties successives. Pour ∫01t2etdt, le même choix (u′=et, v=t2) donne
∫01t2etdt=[t2et]01−∫012tetdt=e−2∫01tetdt=e−2×1=e−2.Le degré du polynôme a baissé d'une unité à chaque application : c'est le principe.
d. Avec un logarithme. Pour ∫12tlntdt, on pose u′(t)=t, u(t)=2t2, v(t)=lnt :
∫12tlntdt=[2t2lnt]12−∫122t2×t1dt=2ln2−21[2t2]12=2ln2−43.Changement de variable
Propriété
Changement de variable. Soient f continue sur un intervalle I et φ une fonction de classe C1 sur un segment [α,β], à valeurs dans I. Alors
∫αβf(φ(u))φ′(u)du=∫φ(α)φ(β)f(x)dx.Démonstration. La fonction f étant continue sur l'intervalle I, elle y admet une primitive F d'après le théorème fondamental. La composée F∘φ est dérivable sur [α,β], de dérivée
(F∘φ)′=φ′×(F′∘φ)=φ′×(f∘φ),qui est continue. Ainsi F∘φ est une primitive de u↦f(φ(u))φ′(u) sur [α,β], donc
∫αβf(φ(u))φ′(u)du=[F(φ(u))]αβ=F(φ(β))−F(φ(α))=∫φ(α)φ(β)f(x)dx.□Méthode
Effectuer un changement de variable, en quatre temps.
- Poser le changement, sous la forme x=φ(u) ou u=ψ(x), et vérifier que la fonction choisie est de classe C1 sur le segment concerné.
- Différentier : de x=φ(u) on tire dx=φ′(u)du. Cette écriture est une abréviation commode de l'énoncé du théorème ; elle sert à transformer mécaniquement l'intégrande.
- Changer les bornes, et c'est l'étape que l'on oublie : les nouvelles bornes sont les valeurs de la nouvelle variable, pas de l'ancienne. Les écrire explicitement, par exemple « pour t=1, u=1 ; pour t=4, u=2 ».
- Calculer la nouvelle intégrale, entièrement écrite dans la nouvelle variable : aucune trace de l'ancienne ne doit subsister.
Deux situations appellent un changement de variable : la présence d'une racine t que l'on veut faire disparaître (poser u=t), et la présence répétée d'une même expression, typiquement et (poser u=et).
Exemple
a. Poser u=et. Calculons K=∫011+etdt.
Changement. Posons u=φ(t)=et, fonction de classe C1 sur [0,1], avec du=etdt. Pour faire apparaître du, on écrit l'intégrande sous la forme voulue en multipliant et divisant par et :
1+et1=et(1+et)1×et.Les bornes deviennent u=e0=1 et u=e1=e. Donc
K=∫1eu(1+u)du.Calcul. Comme u1−1+u1=u(1+u)(1+u)−u=u(1+u)1, la linéarité donne
K=∫1e(u1−1+u1)du=[lnu−ln(1+u)]1e=(1−ln(1+e))−(0−ln2)=1+ln2−ln(1+e).Exemple
b. Poser u=t. Calculons L=∫141+tdt.
Changement. Posons t=φ(u)=u2, de classe C1 sur [1,2] et à valeurs dans [1,4], ce qui revient à poser u=t. Alors dt=2udu, et t=u puisque u⩾0. Pour t=1, u=1 ; pour t=4, u=2. Donc
L=∫121+u2udu.Calcul. La division donne 1+u2u=1+u2(1+u)−2=2−1+u2, d'où
L=[2u−2ln(1+u)]12=(4−2ln3)−(2−2ln2)=2−2ln3+2ln2=2−2ln23.Numériquement, L≈1,19.
Remarque
Le changement de variable affine u=at+b est si fréquent qu'on l'effectue de tête, en ajustant simplement une constante : c'est exactement ce que fait la reconnaissance des formes composées du paragraphe 6.9. On réserve la rédaction complète en quatre temps aux changements non affines.
Quelle technique pour quelle intégrale
Méthode
Synthèse : choisir sa méthode devant une intégrale. Les essais se font dans cet ordre, du moins coûteux au plus coûteux.
- L'intégrande est-il dans le tableau des primitives usuelles ? Alors calculer directement avec un crochet.
- Est-ce une forme composée u′un, uu′, u′eu, uu′, u2u′ ? Alors ajuster la constante et conclure. Repérer u comme « ce qui est emboîté ».
- Est-ce un produit dont un facteur se simplifie en dérivant (un ln, un polynôme) et dont l'autre se primitive facilement (une exponentielle, une puissance) ? Alors intégration par parties.
- Une racine ou une exponentielle revient-elle plusieurs fois dans l'expression ? Alors changement de variable, u=t ou u=et.
- L'intégrande est-il une fraction rationnelle ? Alors la découper en somme de fractions plus simples, par division ou par identification des coefficients, puis intégrer terme à terme.
- Aucune des techniques ne fonctionne ? C'est probablement voulu : passer aux encadrements du paragraphe 6.6, ou à une étude de la fonction définie par l'intégrale (paragraphe 6.13).
Exemple
Reconnaissons la méthode pour chacune des intégrales suivantes, sans les calculer.
a. ∫01t3+13t2dt : forme uu′ avec u(t)=t3+1>0. Résultat : ln2.
b. ∫01(2t+3)etdt : produit polynôme-exponentielle, intégration par parties avec v(t)=2t+3.
c. ∫14t(1+t)dt : la racine se répète, changement de variable u=t. Il vient ∫121+u2du=2ln23.
d. ∫011+t4dt : ni primitive usuelle, ni forme composée, ni produit se prêtant à une intégration par parties. On encadre : 1⩽1+t4⩽2 sur [0,1], donc l'intégrale est comprise entre 21 et 1.
Fonctions définies par une intégrale à bornes variables
Propriété
Soient f continue sur un intervalle I, et u, v deux fonctions dérivables sur un intervalle J, à valeurs dans I. Alors la fonction
G:x⟼∫u(x)v(x)f(t)dtest définie et dérivable sur J, et
G′(x)=v′(x)f(v(x))−u′(x)f(u(x)).Démonstration. Soit F une primitive de f sur I, qui existe d'après le théorème fondamental. Pour tout x∈J, le corollaire donne
G(x)=F(v(x))−F(u(x)).Les fonctions F∘v et F∘u sont dérivables sur J comme composées de fonctions dérivables, donc G l'est aussi, et la formule de dérivation d'une composée donne
G′(x)=v′(x)F′(v(x))−u′(x)F′(u(x))=v′(x)f(v(x))−u′(x)f(u(x)).□Méthode
Étudier une fonction définie par une intégrale. Ne jamais chercher à calculer l'intégrale en premier : le plus souvent, c'est impossible, et c'est inutile.
- Ensemble de définition : déterminer les x pour lesquels le segment d'extrémités u(x) et v(x) est inclus dans un intervalle où f est continue. C'est la seule difficulté réelle de l'exercice.
- Introduire une primitive F de f (sans chercher à l'expliciter) et écrire G=F∘v−F∘u.
- Dériver avec la formule ci-dessus, puis étudier le signe de G′ pour obtenir les variations.
- Signe et valeurs particulières : la positivité de l'intégrale donne le signe de G lorsque f est de signe constant et que les bornes sont dans le bon ordre ; les valeurs de x pour lesquelles u(x)=v(x) donnent G(x)=0.
Exemple
a. Un cas où l'on peut vérifier. Soit H(x)=∫0x2e−tdt pour x∈R. La fonction t↦e−t est continue sur R, et x↦x2 est dérivable : H est définie et dérivable sur R, avec
H′(x)=2xe−x2.Vérifions par le calcul direct : H(x)=[−e−t]0x2=1−e−x2, dont la dérivée est bien 2xe−x2. Le signe de H′ est celui de x : la fonction H décroît sur R− et croît sur R+, avec un minimum H(0)=0.
Exemple
b. Un cas où l'on ne peut pas calculer. Soit
G(x)=∫xx2lntdt,x∈]1,+∞[.Définition. La fonction t↦lnt1 est continue sur ]1,+∞[, puisque ln y est continue et ne s'y annule pas. Pour x>1, on a x2>x>1, donc le segment [x,x2] est inclus dans ]1,+∞[ : G est bien définie.
Dérivée. Avec u(x)=x et v(x)=x2, la formule donne
G′(x)=2x×ln(x2)1−1×lnx1=2lnx2x−lnx1=lnxx−1.Variations. Pour x>1, le numérateur et le dénominateur sont strictement positifs, donc G′>0 : la fonction G est strictement croissante sur ]1,+∞[. On obtient ce résultat sans disposer d'aucune expression de G, puisque t↦lnt1 n'a pas de primitive exprimable à l'aide des fonctions usuelles.
Exemple
c. Une intégrale constante. Soit Φ(x)=∫x2xtdt pour x>0. La fonction t↦t1 est continue sur R+∗ et [x,2x]⊂R+∗, donc Φ est définie et dérivable sur R+∗, avec
Φ′(x)=2×2x1−1×x1=x1−x1=0.Comme R+∗ est un intervalle, la fonction Φ est constante. Sa valeur s'obtient en un point quelconque, par exemple en x=1 : Φ(1)=∫12tdt=ln2. Ainsi Φ(x)=ln2 pour tout x>0, ce que confirme le calcul direct [lnt]x2x=ln(2x)−lnx=ln2.
Les exercices
37 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Ensembles de définition et premières lectures
Généralités : ensemble de définition, opérations, composition, monotonie, parité, fonctions bornéesFonctions usuelles : puissances, racine carrée, valeur absolue, partie entière, exponentielle, logarithme
On rappelle les trois conditions d'existence à surveiller systématiquement :
- un quotient exige un dénominateur non nul ;
- une racine carrée exige un radicande positif ou nul ;
- un logarithme népérien exige un argument strictement positif.
Lorsque plusieurs de ces conditions apparaissent dans une même expression, l'ensemble de définition est l'intersection des ensembles qu'elles décrivent.
1. Déterminer l'ensemble de définition de chacune des fonctions suivantes, définies par la formule indiquée.
a. f1(x)=x2−92x−1
b. f2(x)=3x−6
c. f3(x)=ln(5−2x)
d. f4(x)=x−3x+1
e. f5(x)=ln(x2−4)
f. f6(x)=lnx
g. f7(x)=x−11
h. f8(x)=ex−1ex
i. f9(x)=ln(x+2x−1)
j. f10(x)=x2−5x+6
2. Écrire chacune des fonctions suivantes comme composée de deux fonctions usuelles, en précisant l'ordre de composition.
a. h1(x)=e3x−1
b. h2(x)=lnx
c. h3(x)=ln(1+x2)
d. h4(x)=(2x+5)31
3. Dans chacun des deux cas suivants, expliciter f∘g et g∘f, puis déterminer Df∘g et Dg∘f.
a. f(x)=x et g(x)=4−x2.
b. f(x)=lnx et g(x)=x2−1.
4. Vrai ou faux, avec justification. « Pour toutes fonctions f et g, les ensembles Df∘g et Dg∘f sont égaux. »
Exercice 2 ★★★★ — Parité, monotonie et fonctions bornées
Généralités : ensemble de définition, opérations, composition, monotonie, parité, fonctions bornées
Les trois parties sont indépendantes.
Partie A. Parité
On rappelle qu'une fonction ne peut être dite paire ou impaire que si son ensemble de définition est symétrique par rapport à 0.
1. Pour chacune des fonctions suivantes, déterminer l'ensemble de définition, puis dire si la fonction est paire, impaire, ou ni l'une ni l'autre.
a. f1(x)=x4−3x2+1
b. f2(x)=x2+1x
c. f3(x)=ex+e−x
d. f4(x)=x2+lnx
e. f5(x)=x3−x+2
f. f6(x)=ln(1−x1+x)
g. f7(x)=∣x∣−x2
2. Question de cours. Soit f une fonction définie sur une partie de R symétrique par rapport à 0. Quelle propriété géométrique la courbe Cf possède-t-elle lorsque f est paire ? lorsque f est impaire ?
3. Existe-t-il une fonction définie sur R qui soit à la fois paire et impaire ? Les déterminer toutes.
Partie B. Monotonie par composition
Dans cette partie, aucune dérivée n'est autorisée : on raisonne uniquement à partir de la monotonie des fonctions usuelles et de la règle des signes de la composition.
4. Déterminer le sens de variation de chacune des fonctions suivantes sur l'intervalle indiqué, en détaillant la chaîne de composition utilisée.
a. g1(x)=2x+3 sur [−23,+∞[
b. g2(x)=x2+11 sur [0,+∞[
c. g3(x)=e−x2 sur [0,+∞[
d. g4(x)=ln(3−x) sur ]−∞,3[
5. Vrai ou faux, avec justification.
a. La somme de deux fonctions croissantes sur un intervalle I est croissante sur I.
b. Le produit de deux fonctions croissantes sur un intervalle I est croissant sur I.
Partie C. Fonctions bornées
6. Démontrer que chacune des fonctions suivantes est bornée sur R, en exhibant à chaque fois une majoration et une minoration explicites. Préciser si les bornes obtenues sont atteintes.
a. h1(x)=1+x2x
b. h2(x)=1+ex1
c. h3(x)=x2+12x2+1
Exercice 3 ★★★★ — Équations et inéquations avec exponentielle et logarithme
Fonctions usuelles : puissances, racine carrée, valeur absolue, partie entière, exponentielle, logarithme
On rappelle que, pour a>0 et x réel, ax=exlna, et que exp et ln sont deux bijections réciproques l'une de l'autre, strictement croissantes.
Consigne impérative pour tout l'exercice : commencer par déterminer le domaine de validité de l'équation ou de l'inéquation, c'est-à-dire l'ensemble des réels pour lesquels les deux membres ont un sens. Toute solution obtenue en dehors de ce domaine doit être écartée.
1. Résoudre dans R les équations et inéquations suivantes.
a. e2x−3ex+2=0
b. ln(x−1)+ln(x+1)=ln3
c. 2x=5
d. xlnx=e
e. e2x−4ex+3⩽0
f. ln(2x−1)<1
g. ex+1ex−2>0
h. 3x+1=7x
2. On s'intéresse à l'inéquation ex⩾2−x, d'inconnue x∈R. On pose φ(x)=ex+x−2.
a. Justifier, sans dériver, que φ est strictement croissante sur R.
b. Calculer φ(0) et φ(1). On admet qu'il existe un unique réel α tel que φ(α)=0 ; ce point sera établi plus loin dans le chapitre à l'aide du théorème des valeurs intermédiaires. Encadrer α par deux entiers consécutifs.
c. En déduire l'ensemble des solutions de l'inéquation ex⩾2−x.
3. Vrai ou faux, avec justification. « Pour tout réel x tel que les deux membres sont définis, ln(x2)=2lnx. »
Exercice 4 ★★★★ — Limites immédiates et opérations
Limite en un point et en l'infini : définitions quantifiées, limite à droite et à gauche, unicitéOpérations sur les limites, composition et formes indéterminées
On utilisera librement les limites usuelles du cours et les théorèmes d'opérations sur les limites (somme, produit, quotient, composition).
1. Déterminer, en justifiant brièvement par le théorème d'opération employé, chacune des limites suivantes.
a. x→+∞lim(2+x1−x23)
b. x→2limx−5x2+1
c. x→−∞lim(ex−4)
d. x→0+lim(x+lnx)
e. x→3+limx−3x+1
f. x→3−limx−3x+1
g. x→+∞limx(1+e−x)
h. x→+∞lim3−e−x2+e−x
i. x→0+lime1/x
j. x→0−lime1/x
k. x→1−limln(1−x)
l. x→−∞lim1−x
2. Pour chacune des trois expressions suivantes, nommer d'abord la forme indéterminée rencontrée, puis la lever et conclure.
a. x−1x2−1 quand x→1
b. xx quand x→+∞
c. x1−x21 quand x→0+
3. Question de cours. Citer les quatre formes indéterminées vues en cours.
4. Vrai ou faux, avec justification. « Si x→0+limf(x)=0 et x→0+limg(x)=+∞, alors x→0+limf(x)g(x)=0. »
Exercice 5 ★★★★ — Lever une indétermination par le terme dominant
Opérations sur les limites, composition et formes indéterminées
En +∞ et en −∞, une somme de puissances de x est dominée par son terme de plus haut degré. La méthode systématique consiste à factoriser ce terme dominant au numérateur et au dénominateur, puis à simplifier : l'indétermination disparaît.
On rappelle que pour tout réel x, x2=∣x∣, donc x2=x si x⩾0 et x2=−x si x⩽0.
1. Déterminer les limites suivantes en factorisant le terme dominant.
a. x→+∞lim2x2+x−73x2−5x+1
b. x→+∞limx2−14x3+x
c. x→−∞limx2−14x3+x
d. x→+∞limx3−2xx2+3
e. x→−∞lim(x3−5x2+2)
f. x→+∞limx+34x2+1
g. x→−∞limx+34x2+1
h. x→+∞lim(x−x)
2. Soit f la fonction définie sur R∖{−2} par f(x)=x3+8(2x+1)3. Déterminer x→+∞limf(x) et x→−∞limf(x).
3. Question de cours. Soient P et Q deux polynômes non nuls, de degrés respectifs p et q, de coefficients dominants ap et bq. Énoncer la règle donnant x→+∞limQ(x)P(x) selon la comparaison de p et q.
4. Un étudiant écrit : « pour tout réel x non nul, 9x2+1=3x1+9x21 ». Cette égalité est-elle correcte ? La corriger si nécessaire, et indiquer laquelle des questions 1.f et 1.g l'erreur ferait échouer.
Exercice 6 ★★★★ — Croissances comparées, le catalogue
Croissances comparées et limites usuelles de l'exponentielle et du logarithme
On rappelle le théorème des croissances comparées. Pour tous réels α>0 et β>0 :
xα(lnx)βx→+∞0,xαexx→+∞+∞,xαlnxx→0+0,xαe−xx→+∞0Toutes ces limites sont à savoir par cœur : dans une confrontation entre un logarithme, une puissance et une exponentielle, c'est toujours le plus « fort » des deux qui impose la conclusion.
1. Déterminer les limites suivantes, en précisant à chaque fois laquelle des quatre croissances comparées est utilisée.
a. x→+∞limxlnx
b. x→0+limxlnx
c. x→+∞limx5ex
d. x→+∞limx3e−x
e. x→+∞limxlnx
f. x→+∞limx(lnx)2
g. x→+∞limx2+1x2−lnx
h. x→+∞limex+1ex−x10
i. x→+∞limex+x4e2x
j. x→+∞limx1/x
Pour la question j, on commencera par écrire x1/x sous la forme eu(x).
2. Déterminer les limites suivantes, en factorisant d'abord le terme dominant.
a. x→0+limx2lnx
b. x→+∞lim(x−lnx)
c. x→+∞lim(lnx−x)
3. Classer les trois familles de fonctions x↦lnx, x↦xα (avec α>0) et x↦ex par « ordre de force » croissante au voisinage de +∞. Énoncer en une phrase la règle pratique qui permet de conclure sur un quotient dont le numérateur et le dénominateur appartiennent à cette liste.
Exercice 7 ★★★★ — Dérivées, opérations et fonction composée
Calcul de dérivées : opérations, fonction composée, fonction réciproque
1. Pour chacune des fonctions suivantes, préciser d'abord l'ensemble sur lequel elle est dérivable, puis calculer sa dérivée et simplifier le résultat autant que possible.
a. f1(x)=(3x2−1)ex
b. f2(x)=x−2x2+1
c. f3(x)=ex2−3x
d. f4(x)=ln(x2+1)
e. f5(x)=x2+4
f. f6(x)=(2x−5)7
g. f7(x)=x+1x
h. f8(x)=xx
i. f9(x)=ex+1ex−1
j. f10(x)=xlnx−x
k. f11(x)=ln(lnx)
l. f12(x)=2x+11
Pour la question h, on écrira au préalable xx sous la forme eu(x), la fonction étant considérée sur R+∗.
2. Question de cours. Soit u une fonction dérivable sur un intervalle I, et n∈N∗. Donner les dérivées de eu, de un, puis, sous l'hypothèse supplémentaire que u est strictement positive sur I, celles de lnu et de u.
3. Vrai ou faux, avec justification. « Pour tout x>0, la dérivée de x↦xx vaut x⋅xx−1. »
4. On reprend la fonction f9 de la question 1.i. Démontrer, sans utiliser sa dérivée, que f9 est strictement croissante sur R. On pourra commencer par écrire f9(x) sous la forme 1−ex+1c pour une constante c à déterminer.
Exercice 8 ★★★★ — Primitives usuelles et intégrales immédiates
Intégrale sur un segment, primitives et théorème fondamental de l'analyse
On rappelle les formes à reconnaître, u désignant une fonction dérivable sur l'intervalle considéré :
u′un ⟶ n+1un+1,uu′ ⟶ lnu (u>0),u′eu ⟶ eu,uu′ ⟶ 2u (u>0)Partie A. Reconnaître une primitive
1. Déterminer une primitive de chacune des fonctions suivantes sur l'intervalle indiqué, en nommant la forme reconnue.
a. f1(x)=3x2−4x+5 sur R
b. f2(x)=x21 sur ]0,+∞[
c. f3(x)=2x(x2+1)4 sur R
d. f4(x)=x2+32x sur R
e. f5(x)=xex2 sur R
f. f6(x)=2x+11 sur ]−21,+∞[
2. Déterminer l'unique primitive F de f4 sur R vérifiant F(0)=1.
Partie B. Intégrales immédiates
3. Calculer les intégrales suivantes. On donnera à chaque fois la valeur exacte, et l'on vérifiera au préalable que la fonction intégrée est bien continue sur le segment d'intégration.
a. ∫02(3x2−4x+5)dx
b. ∫13t2dt
c. ∫01xex2dx
d. ∫1etlntdt
e. ∫01x2+32xdx
f. ∫042x+1dx
4. Vrai ou faux, avec justification. Un étudiant écrit :
∫−11t2dt=[−t1]−11=−1−1=−2Deux arguments distincts permettent de repérer l'erreur : les donner tous les deux.
Exercice 9 ★★★★ — Signe de la dérivée et tableau de variations
Dérivée et variations, extremums, étude complète et asymptotesCalcul de dérivées : opérations, fonction composée, fonction réciproque
Les trois parties sont indépendantes. Dans chacune, on attend la même démarche : calcul de la dérivée, factorisation puis étude de son signe, limites aux bornes, tableau de variations complet, extremums.
Partie A. Une fonction polynomiale
Soit f la fonction définie sur R par f(x)=x3−3x2−9x+5.
1. Calculer f′(x) et le factoriser.
2. Déterminer x→−∞limf(x) et x→+∞limf(x).
3. Dresser le tableau de variations de f sur R, valeurs des extremums comprises.
4. La fonction f admet-elle un maximum sur R ? Préciser la nature, locale ou globale, de chacun des deux extremums trouvés.
Partie B. Une fonction rationnelle
Soit g la fonction définie sur R∖{1} par g(x)=x−1x2+3. On admet les quatre limites suivantes :
x→−∞limg(x)=−∞,x→1−limg(x)=−∞,x→1+limg(x)=+∞,x→+∞limg(x)=+∞5. Calculer g′(x) et vérifier que le signe de g′(x) est celui de (x−3)(x+1).
6. Dresser le tableau de variations de g sur R∖{1}.
7. Justifier que g admet un minimum sur l'intervalle ]1,+∞[ et en donner la valeur. La fonction g admet-elle un minimum sur R∖{1} tout entier ?
Partie C. Une fonction avec exponentielle
Soit h la fonction définie sur R par h(x)=(x−1)ex.
8. Calculer h′(x) et montrer que son signe est celui de x.
9. Déterminer x→−∞limh(x) et x→+∞limh(x). On justifiera la première par une croissance comparée.
10. Dresser le tableau de variations de h, puis en déduire que pour tout réel x, (x−1)ex⩾−1.
11. Combien l'équation h(x)=−1 admet-elle de solutions ? Les donner.
Exercice 10 ★★★★ — Lecture graphique, de la courbe de la dérivée aux variations
Dérivée et variations, extremums, étude complète et asymptotesDérivabilité en un point : taux d'accroissement, tangente, dérivabilité à droite et à gauche
Soit f une fonction dérivable sur [−3,2]. La courbe tracée ci-dessous est celle de sa dérivée f′, et non celle de f. On lira les valeurs remarquables sur la figure, et l'on utilisera en plus la seule donnée numérique de l'énoncé : f(−2)=−1.
1. Dresser le tableau de signes de f′(x) pour x parcourant [−3,2].
2. En déduire le tableau de variations de f sur [−3,2]. On y fera figurer la valeur f(−2), seule valeur de f connue.
3. En quels points la courbe de f admet-elle une tangente horizontale ? Pour chacun, préciser s'il s'agit d'un extremum local de f et de quelle nature.
4. Déterminer une équation de la tangente à la courbe de f au point d'abscisse −2.
5. Lire sur la figure les abscisses des points de la courbe de f en lesquels la tangente a pour coefficient directeur 1.
6. Chacune des affirmations suivantes est-elle vraie, fausse, ou impossible à trancher avec les seules informations données ? Justifier à chaque fois.
a. f(0)<f(1).
b. f est croissante sur [−2,1].
c. f admet un maximum local en −0,5.
d. f est négative sur [−2,0].
Exercice 11 ★★★★ — Limites à droite, à gauche et asymptotes verticales
Limite en un point et en l'infini : définitions quantifiées, limite à droite et à gauche, unicitéOpérations sur les limites, composition et formes indéterminées
On rappelle que la droite d'équation x=a est asymptote verticale à la courbe Cf lorsque f admet une limite infinie en a, à droite ou à gauche. Toute la difficulté consiste à déterminer le signe du dénominateur de part et d'autre de la valeur interdite : c'est lui, et lui seul, qui décide entre +∞ et −∞.
On considère les cinq fonctions suivantes.
a. f1(x)=x−3x+2
b. f2(x)=x2−41
c. f3(x)=x−1lnx
d. f4(x)=xe1/x
e. f5(x)=lnx1
1. Déterminer l'ensemble de définition de chacune de ces cinq fonctions.
2. Étude de f1 au voisinage de 3.
a. Préciser la limite de x+2 en 3, ainsi que le signe de x−3 selon que x<3 ou x>3.
b. En déduire x→3−limf1(x) et x→3+limf1(x), puis les asymptotes verticales de Cf1.
3. Étude de f2 au voisinage de −2 et de 2.
a. Factoriser x2−4 et dresser le tableau de signes de cette expression.
b. Déterminer les quatre limites de f2 en −2−, en −2+, en 2− et en 2+, puis conclure.
4. Étude de f3 au voisinage de 1. En écrivant f3(x)=x−1lnx−ln1, reconnaître un taux d'accroissement et en déduire x→1limf3(x). La droite d'équation x=1 est-elle asymptote à Cf3 ?
5. Étude de f4 au voisinage de 0.
a. En posant t=x1, déterminer x→0+limf4(x). On utilisera la croissance comparée t→+∞limtet=+∞.
b. Déterminer x→0−limf4(x). Y a-t-il, de ce côté, une forme indéterminée ?
c. Conclure quant aux asymptotes de Cf4.
6. Étude de f5. Déterminer x→1−limf5(x), x→1+limf5(x) et x→0+limf5(x), puis conclure.
7. Synthèse.
a. Dresser la liste des asymptotes verticales des cinq courbes.
b. Pour laquelle des cinq fonctions la valeur interdite donne-t-elle une limite finie de part et d'autre ? Que peut-on dire de l'allure de la courbe en ce point ?
c. Pour laquelle des cinq fonctions la droite obtenue n'est-elle asymptote que d'un seul côté de la courbe ?
Exercice 12 ★★★★ — Quantité conjuguée et limites avec des racines
Opérations sur les limites, composition et formes indéterminées
Toutes les limites de cet exercice conduisent à une forme indéterminée que l'on lèvera en multipliant et en divisant par la quantité conjuguée, à l'aide de l'identité (A−B)(A+B)=A2−B2.
1. Préliminaire, en vue de la limite 2. e.
a. Déterminer l'ensemble des réels x tels que x2+3x⩾0.
b. Démontrer que, pour tout réel x⩽−3, x2+3x=−x1+x3. On prendra garde au fait que x2=∣x∣.
2. Déterminer les six limites suivantes, en rédigeant intégralement.
a. x→+∞lim(x2+x−x)
b. x→+∞lim(x+1−x)
c. x→0limx1+x−1
d. x→4limx−4x−2
e. x→−∞lim(x2+3x+x)
f. x→+∞limx(x2+1−x)
3. Expliquer en quelques lignes pourquoi la multiplication par la quantité conjuguée lève l'indétermination. On précisera quelle forme indéterminée disparaît, et par quelle autre forme, connue, elle est remplacée.
4. Comparer les résultats de 2. a. et de 2. e. Pourquoi la limite en −∞ ne s'obtient-elle pas en changeant simplement x en −x dans le calcul fait en +∞ ?
5. Démontrer que x→+∞lim(x2+x−x−21)=0, puis interpréter ce résultat pour la courbe de la fonction x↦x2+x. Préciser la position de cette courbe par rapport à la droite d'équation y=x+21.
Exercice 13 ★★★★ — Encadrement et partie entière
Théorèmes de comparaison, théorème d'encadrement, théorème de la limite monotoneFonctions usuelles : puissances, racine carrée, valeur absolue, partie entière, exponentielle, logarithme
Partie A. La partie entière
On rappelle que, pour tout réel t, ⌊t⌋ désigne l'unique entier m vérifiant m⩽t<m+1.
1. Démontrer que, pour tout réel t, t−1<⌊t⌋⩽t.
2. Déterminer x→+∞limx⌊x⌋.
3. Déterminer x→0+limx⌊x1⌋.
4. On pose φ(x)=x⌊3x⌋ pour x=0.
a. Écrire l'encadrement de la question 1. appliqué à t=3x, puis le diviser par x>0. Expliquer pourquoi il ne permet pas de conclure quant à la limite de φ en 0+.
b. Démontrer que ⌊3x⌋=0 pour tout x∈]0,31[, puis en déduire x→0+limφ(x).
c. Par la même méthode, déterminer x→0−limφ(x). La fonction φ admet-elle une limite en 0 ?
Partie B. Encadrement par une fonction bornée
Soit g une fonction définie sur R∗ et bornée : il existe un réel M>0 tel que ∣g(x)∣⩽M pour tout x∈R∗.
5. a. Démontrer que x→0limx2g(x)=0.
b. Démontrer que x→+∞limxg(x)=0.
c. Ces deux résultats subsistent-ils si l'on suppose seulement que g est majorée ?
6. On pose {x}=x−⌊x⌋. Démontrer que 0⩽{x}<1 pour tout réel x, puis déterminer x→+∞limx2+1x+⌊x⌋.
7. Déterminer x→0limx2(⌊x1⌋−x1).
Exercice 14 ★★★★ — Recoller deux morceaux, continuité et dérivabilité
Continuité en un point, prolongement par continuité, caractérisation séquentielleDérivabilité en un point : taux d'accroissement, tangente, dérivabilité à droite et à gauche
Partie A. Une parabole et un logarithme
Soient a et b deux réels. On définit la fonction f sur R par
f(x)={x2+axblnx+3si x⩽1si x>11. Justifier que, quels que soient a et b, f est continue et dérivable sur ]−∞,1[ et sur ]1,+∞[. Quel est donc le seul point qui demande une étude ?
2. a. Calculer f(1) et x→1+limf(x).
b. En déduire la valeur de a pour laquelle f est continue en 1. Le réel b intervient-il ?
3. Dans toute la suite de la partie A, a prend la valeur trouvée à la question 2. On rappelle que x→1limx−1lnx=1.
a. Démontrer que x→1−limx−1f(x)−f(1)=4.
b. Exprimer x→1+limx−1f(x)−f(1) en fonction de b.
c. En déduire la valeur de b pour laquelle f est dérivable en 1, ainsi que f′(1).
4. Pour ces valeurs de a et de b, donner une équation de la tangente à Cf au point d'abscisse 1.
Partie B. Un recollement impossible
Soit c un réel. On définit la fonction g sur R par
g(x)=⎩⎨⎧x2+cx1si x⩽1si x>15. Déterminer l'unique valeur de c pour laquelle g est continue en 1.
6. Cette valeur de c étant désormais fixée :
a. calculer les limites à gauche et à droite en 1 du taux d'accroissement x−1g(x)−g(1) ;
b. la fonction g est-elle dérivable en 1 ? Justifier ;
c. donner les équations des deux demi-tangentes à Cg au point d'abscisse 1. On dit que la courbe présente en ce point un point anguleux : interpréter.
7. Une fonction peut-elle être dérivable en un point sans y être continue ? Justifier, et expliquer pourquoi la question de la continuité doit toujours être réglée avant celle de la dérivabilité.
Exercice 15 ★★★★ — Prolongement par continuité
Continuité en un point, prolongement par continuité, caractérisation séquentielleCroissances comparées et limites usuelles de l'exponentielle et du logarithme
On rappelle qu'une fonction f, continue sur I∖{a}, est prolongeable par continuité en a si et seulement si f admet en a une limite finie ℓ. Le prolongement f~ est alors défini par f~(x)=f(x) pour x=a et f~(a)=ℓ.
On considère les cinq fonctions suivantes, chacune accompagnée du point a en lequel on cherche à la prolonger.
a. f1(x)=xlnx, en a=0
b. f2(x)=xex−1, en a=0
c. f3(x)=x−1lnx, en a=1
d. f4(x)=x−2x2−4, en a=2
e. f5(x)=e1/x, en a=0
1. Pour chacune de ces cinq fonctions, préciser l'ensemble de définition et justifier brièvement la continuité sur cet ensemble.
2. Étudier la limite de f1 en 0 et conclure quant au prolongement. On citera la croissance comparée utilisée.
3. Les fonctions f2 et f3 font apparaître un taux d'accroissement, que l'on identifiera précisément. En déduire les limites de f2 en 0 et de f3 en 1, ainsi que les prolongements correspondants.
4. Simplifier l'expression de f4, puis conclure quant au prolongement en 2.
5. a. Déterminer séparément x→0−limf5(x) et x→0+limf5(x).
b. La fonction f5 est-elle prolongeable par continuité en 0 ? Justifier soigneusement.
c. La restriction de f5 à ]−∞,0[ est-elle, elle, prolongeable par continuité en 0 ? Si oui, préciser la valeur du prolongement.
6. Pour chacun des prolongements obtenus aux questions 2. à 4., préciser l'ensemble sur lequel la fonction prolongée est continue.
7. Synthèse. Énoncer en une phrase le critère qui décide de l'existence d'un prolongement par continuité, et expliquer pourquoi une limite infinie, même identique des deux côtés, ne permet jamais de prolonger.
Exercice 16 ★★★★ — Valeurs intermédiaires et dichotomie
Continuité sur un intervalle, théorème des valeurs intermédiaires
Partie A. Une équation avec une exponentielle
On s'intéresse à l'équation (E) : ex=3−x, d'inconnue x∈R.
1. Démontrer que (E) équivaut à f(x)=0, où f est définie sur R par f(x)=ex+x−3. Justifier que f est continue et strictement croissante sur R.
2. Déterminer x→−∞limf(x) et x→+∞limf(x). En déduire, en citant précisément le théorème utilisé, que (E) admet une unique solution réelle, notée α.
3. Calculer f(0) et f(1), et en déduire un premier encadrement de α.
4. On applique la méthode de dichotomie en partant de l'intervalle [0,1] : à chaque étape, on calcule le signe de f au milieu de l'intervalle courant, puis on conserve la moitié aux extrémités de laquelle f change de signe.
a. Reproduire et compléter le tableau ci-dessous jusqu'à obtenir un intervalle d'amplitude strictement inférieure à 10−1.
| borne gauche | borne droite | signe de f au milieu |
|---|---|---|
| 0 | 1 | f(0,5)<0 |
| … | … | … |
b. En déduire un encadrement de α d'amplitude strictement inférieure à 10−1, puis une valeur approchée de α à 10−1 près.
c. L'amplitude de l'intervalle obtenu après n étapes vaut 2−n. Combien d'étapes faudrait-il pour obtenir un encadrement d'amplitude inférieure à 10−3 ?
Partie B. Deux équations polynomiales
5. On pose g(x)=x3+x−5.
a. Étudier les variations de g sur R et déterminer ses limites en −∞ et en +∞.
b. Démontrer que l'équation g(x)=0 admet une unique solution réelle β, et que β∈]1,2[.
c. Déterminer un encadrement de β d'amplitude 10−1.
6. On pose h(x)=x3−3x+1.
a. Calculer h′(x), étudier son signe, puis dresser le tableau de variations complet de h, limites comprises.
b. En déduire que l'équation h(x)=0 admet exactement trois solutions réelles.
c. Déterminer, pour chacune de ces trois solutions, deux entiers consécutifs entre lesquels elle est comprise.
7. Expliquer pourquoi la stricte monotonie de f était indispensable, dans la partie A, pour conclure à l'unicité de la solution, alors que le théorème des valeurs intermédiaires n'en fournit que l'existence. Illustrer avec la fonction h de la question 6.
Exercice 17 ★★★★ — Théorème de la bijection, premier usage
Théorème de la bijection, fonction réciproque et son grapheContinuité sur un intervalle, théorème des valeurs intermédiaires
Partie A. Deux bijections sans expression explicite
1. On pose f(x)=x3+3x−1 pour x∈R.
a. Démontrer que f réalise une bijection de R sur un intervalle J que l'on déterminera.
b. En déduire que l'équation f(x)=0 admet une unique solution α, puis démontrer que α∈]0,3;0,4[.
c. Préciser l'ensemble de définition, le sens de variation et la continuité de f−1.
d. Calculer f−1(−1), f−1(3), et exprimer f−1(0).
2. On pose g(x)=lnx+x pour x∈R+∗.
a. Étudier les variations de g et déterminer ses limites en 0+ et en +∞.
b. En déduire que g réalise une bijection de R+∗ sur un intervalle J′ que l'on précisera.
c. Démontrer que l'équation g(x)=0 admet une unique solution β, et que 0,5<β<0,6.
d. Préciser l'ensemble de définition, le sens de variation et la continuité de g−1, puis calculer g−1(1) et g−1(e+1).
Partie B. Une réciproque que l'on sait calculer
On pose h(x)=x+32x−1.
3. Déterminer Dh, calculer h′(x) et étudier son signe.
4. Déterminer x→−3+limh(x) et x→+∞limh(x).
5. Démontrer que h réalise une bijection de I=]−3,+∞[ sur un intervalle J′′ que l'on précisera.
6. Soit y∈J′′. Résoudre l'équation h(x)=y, d'inconnue x∈I, et en déduire une expression de h−1(y).
7. Vérifier le résultat sur l'exemple x=1, préciser le sens de variation de h−1, et dire ce que l'on peut affirmer des courbes de h et de h−1 dans un repère orthonormé.
Exercice 18 ★★★★ — Tangente et position relative à la courbe
Dérivabilité en un point : taux d'accroissement, tangente, dérivabilité à droite et à gaucheDérivée et variations, extremums, étude complète et asymptotes
On rappelle que, pour comparer une courbe Cf et une droite d'équation y=ax+b, on étudie le signe de la différence f(x)−(ax+b) : la courbe est au-dessus de la droite là où cette différence est positive, en dessous là où elle est négative.
Partie A. La courbe du logarithme et sa tangente en 0
Soit f la fonction définie sur ]−1,+∞[ par f(x)=ln(1+x).
1. Calculer f(0) et f′(x), puis donner une équation de la tangente T à Cf au point d'abscisse 0.
2. On pose φ(x)=f(x)−x pour x∈]−1,+∞[.
a. Démontrer que φ′(x)=1+x−x, puis étudier le signe de φ′ sur ]−1,+∞[.
b. Déterminer x→−1+limφ(x). On admettra que x→+∞limφ(x)=−∞. Dresser le tableau de variations de φ.
c. En déduire le signe de φ sur ]−1,+∞[, puis la position de Cf par rapport à T. Préciser les points de contact.
d. Énoncer l'inégalité ainsi démontrée.
Partie B. La courbe de l'exponentielle et sa tangente en 0
3. Soit g la fonction x↦ex. Donner une équation de la tangente T′ à Cg au point d'abscisse 0.
4. En étudiant les variations de ψ(x)=ex−x−1 sur R, démontrer que Cg est située au-dessus de T′, et énoncer l'inégalité obtenue.
5. Retrouver l'inégalité de la partie A en appliquant celle de la partie B à un réel bien choisi.
Partie C. Une tangente astreinte à passer par un point donné
Soit p la fonction x↦x2 et soit A le point de coordonnées (1;−3).
6. Vérifier que A n'appartient pas à Cp.
7. Soit a un réel. Donner une équation de la tangente Ta à Cp au point d'abscisse a.
8. Déterminer tous les réels a pour lesquels Ta passe par A, et donner les équations des tangentes correspondantes.
9. Soit A0 un point de coordonnées (x0;y0). Discuter, selon la position de A0 par rapport à Cp, le nombre de tangentes à Cp passant par A0.
Exercice 19 ★★★★ — Taux d'accroissement et valeur absolue
Dérivabilité en un point : taux d'accroissement, tangente, dérivabilité à droite et à gaucheFonctions usuelles : puissances, racine carrée, valeur absolue, partie entière, exponentielle, logarithme
Dans tout cet exercice, l'étude de la dérivabilité au point considéré doit être menée par le taux d'accroissement, sans utiliser les formules de dérivation. On rappelle que f est dérivable en a lorsque x−af(x)−f(a) admet une limite finie quand x tend vers a, et que cette limite est alors f′(a).
1. Soit f1 la fonction définie sur R par f1(x)=x2−1.
a. Écrire f1(x) sans valeur absolue, en distinguant les cas ∣x∣⩽1 et ∣x∣⩾1.
b. Calculer x→1+limx−1f1(x)−f1(1) et x→1−limx−1f1(x)−f1(1). La fonction f1 est-elle dérivable en 1 ?
c. Reprendre la question b. au point −1.
d. Donner les équations des deux demi-tangentes à Cf1 au point d'abscisse 1.
2. Soit f2 la fonction définie sur R+ par f2(x)=x. Étudier la limite du taux d'accroissement de f2 en 0, conclure quant à la dérivabilité, et interpréter graphiquement.
3. Soit f3 la fonction définie sur R par f3(x)=x∣x∣. Étudier la dérivabilité de f3 en 0 et, le cas échéant, donner f3′(0) ainsi qu'une équation de la tangente correspondante.
4. Soit f4 la fonction définie sur R par f4(x)=∣x∣∣x∣, c'est-à-dire f4(x)=∣x∣3/2. Étudier la dérivabilité de f4 en 0.
5. Justifier que les quatre fonctions étudiées sont continues au point considéré. Qu'en conclure sur la réciproque de l'implication « f dérivable en a » ⟹ « f continue en a » ?
6. Synthèse. Classer les quatre situations rencontrées selon le comportement du taux d'accroissement : deux limites latérales finies distinctes, limite infinie, limite finie. Préciser dans chaque cas si Cf admet une tangente au point étudié, et laquelle.
Exercice 20 ★★★★ — Étude complète d'une fonction et asymptote oblique
Dérivée et variations, extremums, étude complète et asymptotesOpérations sur les limites, composition et formes indéterminées
Partie A. Une fraction rationnelle
On considère la fonction f définie par f(x)=x−1x2+x+1, et on note Cf sa courbe représentative dans un repère du plan.
1. Déterminer Df.
2. Déterminer trois réels a, b et c tels que, pour tout x∈Df, f(x)=ax+b+x−1c.
3. Déterminer les limites de f aux bornes de Df, en distinguant la limite à gauche et la limite à droite en 1. Interpréter graphiquement le résultat obtenu en 1.
4. Montrer que, pour tout x∈Df, f′(x)=(x−1)2(x−1)2−3, puis étudier le signe de f′(x).
5. Dresser le tableau de variations complet de f, en faisant apparaître les valeurs exactes des extremums locaux.
6. Montrer que la droite Δ d'équation y=x+2 est asymptote à Cf en −∞ et en +∞, puis étudier la position de Cf par rapport à Δ.
7. Déterminer les points de Cf en lesquels la tangente est horizontale. Écrire enfin une équation de la tangente à Cf au point d'abscisse 0.
Partie B. Une fonction avec une racine carrée
On considère la fonction g définie sur R par g(x)=x+x2+1, de courbe représentative Cg.
8. Justifier que g est définie et dérivable sur R, calculer g′(x) et démontrer que g est strictement croissante sur R.
9. Démontrer que, pour tout réel x, g(x)=x2+1−x1. En déduire x→−∞limg(x) et l'asymptote correspondante.
10. Déterminer x→+∞limg(x), puis démontrer que la droite D d'équation y=2x est asymptote à Cg en +∞. Préciser la position de Cg par rapport à D.
11. Dresser le tableau de variations de g et préciser l'ensemble g(R).
Exercice 21 ★★★★ — Intégration par parties, les trois modèles
Intégration par parties et changement de variable
On rappelle la formule d'intégration par parties : si u et v sont de classe C1 sur un segment [a,b], alors
∫abu(t)v′(t)dt=[u(t)v(t)]ab−∫abu′(t)v(t)dtDans chaque calcul, on précisera les fonctions u et v′ choisies et on vérifiera qu'elles sont de classe C1 sur le segment considéré.
Partie A. Le modèle « polynôme fois exponentielle »
1. Calculer les intégrales suivantes.
a. ∫01xexdx
b. ∫01(2x+1)e−xdx
c. ∫01x2exdx
Pour la question 1.c., deux intégrations par parties successives sont nécessaires ; on pourra réutiliser le résultat de la question 1.a.
Partie B. Le modèle « logarithme »
2. Calculer les intégrales suivantes.
a. ∫1elntdt
b. ∫1etlntdt
c. ∫12t2lntdt
Pour la question 2.a., on écrira lnt=1×lnt.
3. En déduire la valeur de ∫1e(lnt)2dt.
Partie C. Questions de méthode
4. Dans les six calculs précédents, préciser quel facteur a été pris pour u et lequel pour v′. Énoncer la règle de choix qui s'en dégage, en distinguant le cas où l'un des facteurs est un logarithme.
5. On reprend le calcul de ∫01xexdx avec le choix inverse : u(x)=ex et v′(x)=x. Écrire l'égalité obtenue. Est-elle fausse ? Pourquoi ce choix ne permet-il pas de conclure directement ?
6. Calculer ∫1etlntdt. Une intégration par parties est-elle ici la bonne méthode ?
Exercice 22 ★★★★ — Changements de variable usuels
Intégration par parties et changement de variable
Partie A. Le théorème
1. Énoncer le théorème de changement de variable pour une intégrale sur un segment, en précisant les hypothèses de régularité portant sur la fonction intégrée et sur le changement de variable, ainsi que la transformation subie par les bornes.
Partie B. Cinq changements de variable
2. Calculer les intégrales suivantes à l'aide du changement de variable indiqué.
a. ∫01(2t+1)4dt, avec u=2t+1
b. ∫14t(1+t)dt, avec u=t
c. ∫0ln21+etetdt, avec u=et
d. ∫1et(lnt)2dt, avec u=lnt
e. ∫01(1+t2)2tdt, avec u=1+t2
3. Pour les changements de variable des questions 2.b. et 2.c., vérifier explicitement que les hypothèses du théorème de la question 1. sont satisfaites.
Partie C. Ne pas oublier les bornes
4. Un étudiant rédige ainsi la question 2.a. : « on pose u=2t+1, donc du=2dt, d'où ∫01(2t+1)4dt=21∫01u4du ». Calculer la valeur qu'il obtient, la comparer à la valeur exacte, et expliquer l'erreur commise.
5. Retrouver le résultat de la question 2.c. sans changement de variable, en reconnaissant une expression de la forme φφ′. Faire de même pour la question 2.d. en reconnaissant une expression de la forme φ′φ2.
6. Calculer ∫13(2t−1)2dt en choisissant soi-même le changement de variable.
Exercice 23 ★★★★ — Positivité, croissance et valeur moyenne d'une intégrale
Positivité, croissance, inégalités et encadrements d'intégrales, valeur moyenne
Toutes les fonctions considérées sont continues sur le segment sur lequel on les intègre. On rappelle la valeur moyenne de f sur [a,b], avec a<b : c'est le réel μ=b−a1∫abf(t)dt.
Partie A. Comparer sans calculer
1. Comparer ∫01x2dx et ∫01x3dx sans calculer ces intégrales, en justifiant par la croissance de l'intégrale. Vérifier ensuite par le calcul.
2. Comparer de même ∫12tdt et ∫12t2dt, puis vérifier par le calcul.
Partie B. Encadrer par l'inégalité de la moyenne
3. Démontrer que 21⩽∫011+t3dt⩽1.
4.a. Encadrer ∫12tetdt en majorant et en minorant séparément et et t1 sur [1,2].
4.b. Étudier les variations de t↦tet sur [1,2], puis en déduire que e⩽∫12tetdt⩽2e2. Comparer l'amplitude des deux encadrements obtenus.
Partie C. Valeur moyenne
5. Calculer la valeur moyenne μ de t↦et sur [0,1], puis déterminer le réel c∈[0,1] tel que ec=μ.
6. Calculer la valeur moyenne ν de t↦t1 sur [1,e], puis déterminer le réel c∈[1,e] tel que c1=ν.
Partie D. Une intégrale nulle
7. Soit f continue et positive sur [a,b], avec a<b, telle que ∫abf(t)dt=0. Démontrer que f est la fonction nulle sur [a,b]. On raisonnera par l'absurde, en utilisant la continuité en un point où f ne s'annule pas.
8. En déduire que si f et g sont continues sur [a,b], avec f⩽g et ∫abf(t)dt=∫abg(t)dt, alors f=g. Justifier alors que l'inégalité obtenue à la question 1. est stricte.
Exercice 24 ★★★★ — Revenir à la définition quantifiée de la limite
Limite en un point et en l'infini : définitions quantifiées, limite à droite et à gauche, unicité
Dans tout l'exercice, on n'utilise aucun théorème d'opérations sur les limites : tout se démontre à partir des définitions quantifiées. On utilisera librement l'inégalité triangulaire ∣a+b∣⩽∣a∣+∣b∣.
Partie A. Une limite en +∞
1. Écrire, à l'aide de quantificateurs, la proposition « f(x) tend vers le réel ℓ quand x tend vers +∞ ».
2. Soit f définie sur [0,+∞[ par f(x)=x+32x+1.
a. Calculer f(x)−2, puis simplifier ∣f(x)−2∣.
b. Déterminer le plus petit entier A tel que, pour tout x⩾A, ∣f(x)−2∣⩽10−2.
c. Soit ε>0 quelconque. Exhiber un réel A, dépendant de ε, tel que pour tout x⩾A on ait ∣f(x)−2∣⩽ε. Conclure que f(x)→2 quand x→+∞.
Partie B. Une limite en un point
3. Écrire, à l'aide de quantificateurs et des lettres ε et η, la proposition « f(x) tend vers ℓ quand x tend vers a ».
4. Soit x un réel tel que ∣x−2∣⩽1. Encadrer x, en déduire ∣x+2∣⩽5, puis ∣x2−4∣⩽5∣x−2∣.
5. Soit ε>0. Exhiber un réel η>0 convenable et démontrer que x→2limx2=4. Expliquer pourquoi le η obtenu doit faire intervenir un minimum de deux quantités.
Partie C. Nier la définition
6. Écrire la négation quantifiée de la proposition de la question 3.
7. Soit s définie sur R∗ par s(x)=x∣x∣. Calculer s(x) selon le signe de x, puis démontrer, en utilisant la négation de la question 6., que s n'admet de limite finie en 0 pour aucun réel ℓ.
Partie D. Unicité de la limite
8. Soient I un intervalle non réduit à un point, a∈I, et f définie sur I∖{a}.
a. Justifier que, pour tout η>0, il existe x∈I∖{a} tel que ∣x−a∣⩽η.
b. Démontrer que si f admet en a une limite finie, alors cette limite est unique.
Exercice 25 ★★★★ — Caractérisation séquentielle, prouver qu'une limite n'existe pas
Continuité en un point, prolongement par continuité, caractérisation séquentielleLimite en un point et en l'infini : définitions quantifiées, limite à droite et à gauche, unicité
Partie A. Les énoncés
1. Énoncer la caractérisation séquentielle de la limite d'une fonction f en un point a, puis celle de la continuité de f en a.
2. En déduire le critère pratique suivant, dont on rédigera l'énoncé précis avant de le démontrer : s'il existe deux suites (un) et (vn) à valeurs dans Df, convergeant toutes deux vers a, telles que (f(un)) et (f(vn)) n'aient pas la même limite, alors f n'admet pas de limite en a.
Partie B. La partie entière en 1
3. Démontrer que, pour tout entier n⩾2, ⌊1+n1⌋=1 et ⌊1−n1⌋=0.
4. En déduire que la fonction x↦⌊x⌋ n'admet pas de limite en 1. Cette fonction est-elle continue en 1 ? Admet-elle une limite à droite en 1 ? une limite à gauche ?
Partie C. Une fonction bornée sans limite en 0
Soit g définie sur ]0,+∞[ par g(x)=⌊x1⌋−x1.
5. Démontrer que, pour tout x>0, −1<g(x)⩽0.
6. Calculer g(n1) pour n⩾1, puis g(2n+12) pour n⩾1.
7. En déduire que g n'admet pas de limite en 0+, bien qu'elle soit bornée.
Partie D. Le sens direct et ses applications
8. Démontrer directement, à l'aide des définitions quantifiées (avec ε et η), la propriété suivante : si f est continue en a et si (un) est une suite d'éléments de Df convergeant vers a, alors (f(un)) converge vers f(a).
9. Application. Déterminer, en précisant à chaque fois la fonction utilisée et le point où l'on invoque sa continuité, les limites des suites de termes généraux
a. an=1+n1, pour n⩾1
b. bn=en(−1)n, pour n⩾1
Exercice 26 ★★★★ — Les inégalités fondamentales sur l'exponentielle et le logarithme
Dérivée et variations, extremums, étude complète et asymptotesFonctions usuelles : puissances, racine carrée, valeur absolue, partie entière, exponentielle, logarithme
Partie A. L'inégalité fondamentale sur l'exponentielle
1. Soit φ la fonction définie sur R par φ(x)=ex−1−x. Étudier ses variations, déterminer ses limites en −∞ et en +∞, et dresser son tableau de variations.
2. En déduire que ex⩾1+x pour tout réel x, et démontrer que l'égalité a lieu si et seulement si x=0.
3. En appliquant la question 2. à −x, démontrer que ex⩽1−x1 pour tout x<1.
Partie B. Les deux inégalités sur le logarithme
4. Démontrer que ln(1+x)⩽x pour tout x>−1, en appliquant la question 2. à un réel bien choisi.
5. Soit ψ définie sur ]−1,+∞[ par ψ(x)=ln(1+x)−1+xx. Calculer ψ′(x) et le simplifier, puis en déduire que 1+xx⩽ln(1+x) pour tout x>−1.
6. Conclure : pour tout x>−1, 1+xx⩽ln(1+x)⩽x, avec égalité si et seulement si x=0.
Partie C. Applications numériques
7. Encadrer ln(1,1) à l'aide de la question 6., donner l'amplitude de l'encadrement obtenu et comparer avec la valeur ln(1,1)≈0,0953.
8. Encadrer e0,1 à l'aide des questions 2. et 3., puis comparer avec la valeur e0,1≈1,1052.
Partie D. La suite de terme général (1+n1)n
9. Démontrer que, pour tout entier n⩾1, n+1n⩽nln(1+n1)⩽1, puis que
en+1n⩽(1+n1)n⩽e10. En déduire la limite de la suite de terme général (1+n1)n.
11. Démontrer de même que (1+n1)n+1⩾e pour tout entier n⩾1.
Exercice 27 ★★★★ — Point fixe d'une fonction continue d'un segment dans lui-même
Continuité sur un intervalle, théorème des valeurs intermédiaires
On appelle point fixe d'une fonction f tout réel c de son ensemble de définition vérifiant f(c)=c.
Partie A. Existence
Soit f une fonction continue sur [0,1] et à valeurs dans [0,1].
1. On pose g(x)=f(x)−x pour x∈[0,1]. Justifier que g est continue sur [0,1], puis déterminer le signe de g(0) et celui de g(1).
2. En déduire que f admet au moins un point fixe dans [0,1].
3. Ce point fixe est-il nécessairement unique ? Donner une fonction continue de [0,1] dans [0,1] ayant une infinité de points fixes.
Partie B. Les hypothèses sont indispensables
4. Soit f définie sur [0,1] par f(x)=1 si x∈[0,21] et f(x)=0 si x∈]21,1]. Vérifier que f est à valeurs dans [0,1], préciser en quel point elle n'est pas continue, et démontrer qu'elle n'admet aucun point fixe.
5. Démontrer que h:x↦x+1, pourtant continue sur [0,1], n'admet aucun point fixe. Quelle hypothèse de la partie A n'est pas vérifiée ?
Partie C. Unicité pour une fonction décroissante
Soient a<b deux réels et f une fonction continue sur [a,b], à valeurs dans [a,b] et strictement décroissante.
6. En adaptant la partie A, démontrer que f admet au moins un point fixe dans [a,b].
7. Démontrer que ce point fixe est unique. On pourra supposer l'existence de deux points fixes distincts et utiliser la stricte décroissance de f.
Partie D. Application
8. Démontrer que la fonction x↦e−x vérifie sur [0,1] toutes les hypothèses de la partie C, et qu'elle y admet donc un unique point fixe, noté α.
9. Démontrer que α∈]0,5;0,6[, puis donner un encadrement de α d'amplitude 10−2. On utilisera les valeurs approchées e−0,5≈0,6065, e−0,6≈0,5488, e−0,56≈0,5712 et e−0,57≈0,5655.
Exercice 28 ★★★★ — Image d'un segment et bornes atteintes
Image d'un segment, théorème des bornes atteintesContinuité sur un intervalle, théorème des valeurs intermédiaires
Partie A. Le théorème et ses hypothèses
1. Énoncer le théorème des bornes atteintes, puis préciser ce qu'est l'image d'un segment par une fonction continue.
2. Donner trois contre-exemples montrant que chacune des hypothèses est indispensable : le premier sur un intervalle borné mais non fermé, le deuxième sur un intervalle fermé mais non borné, le troisième avec une fonction non continue sur un segment. Dans chaque cas, préciser si la fonction est bornée et si ses bornes sont atteintes.
Partie B. Une image explicite
Soit f définie sur R par f(x)=x3−3x.
3. Calculer f′(x), étudier son signe sur [−1,2] et dresser le tableau de variations de f sur ce segment.
4. Déterminer le maximum et le minimum de f sur [−1,2], en précisant en quels points ils sont atteints. En déduire f([−1,2]), en justifiant soigneusement les deux inclusions.
5. Déterminer de même l'ensemble f(]−1,2[). Est-ce un segment ? Commenter.
Partie C. Minorer une fonction strictement positive
6. Soit f continue et strictement positive sur un segment [a,b]. Démontrer qu'il existe un réel m>0 tel que f(x)⩾m pour tout x∈[a,b].
7. Démontrer que ce résultat tombe en défaut sur ]0,1] : exhiber une fonction continue et strictement positive sur ]0,1] qui n'est minorée par aucun réel strictement positif.
Partie D. Un maximum global sur R
Soit f continue sur R, de limite nulle en −∞ et en +∞, et telle que f(0)>0.
8. Démontrer qu'il existe deux réels A<0<B tels que ∣f(x)∣⩽2f(0) pour tout x⩽A et pour tout x⩾B.
9. En déduire que f admet un maximum global sur R, c'est-à-dire qu'il existe c∈R tel que f(x)⩽f(c) pour tout réel x.
10. Application. Justifier que la fonction x↦x2+1x+2 admet un maximum global sur R, sans chercher à le calculer.
Exercice 29 ★★★★ — Théorème de Rolle et racines de la dérivée
Théorème de Rolle, égalité et inégalité des accroissements finis
Le théorème de Rolle relie les zéros d'une fonction à ceux de sa dérivée. On en voit ici trois usages : compter les racines de la dérivée d'un polynôme, fabriquer une fonction auxiliaire, et majorer le nombre de solutions d'une équation.
Partie A. Le théorème.
1. Énoncer le théorème de Rolle en précisant toutes ses hypothèses.
2. Soit f définie sur [1,2] par f(x)=x2−3x+2. Vérifier que f en satisfait les hypothèses sur [1,2], puis déterminer tous les réels c∈]1,2[ tels que f′(c)=0.
Partie B. Racines de la dérivée d'un polynôme.
Soit n⩾2 et soit P une fonction polynomiale de degré n admettant n racines réelles deux à deux distinctes, notées a1<a2<⋯<an.
3. Montrer que, pour tout i∈{1,…,n−1}, il existe ci∈]ai,ai+1[ tel que P′(ci)=0, et que ces réels sont deux à deux distincts.
4. En utilisant le degré de P′, démontrer que P′ admet exactement n−1 racines réelles et préciser leur localisation.
5. Application : soit P(X)=X(X−1)(X−2)(X−3). Développer P, calculer P′, déterminer ses racines exactes et vérifier la localisation annoncée à la question 4.
Partie C. Une fonction auxiliaire.
Soit f une fonction dérivable sur [0,1] telle que f(0)=f(1)=0, et soit λ un réel fixé.
6. Justifier l'existence d'un réel c∈]0,1[ tel que f′(c)=0.
7. On pose g(x)=f(x)e−λx pour x∈[0,1]. Calculer g′(x), vérifier que g satisfait les hypothèses du théorème de Rolle sur [0,1], puis en déduire qu'il existe c∈]0,1[ tel que f′(c)=λf(c).
Partie D. Combien de solutions ?
Soit a un réel strictement positif. On pose ψ(x)=lnx−ax pour x>0.
8. Calculer ψ′(x) et montrer que ψ′ ne s'annule qu'en un unique point de ]0,+∞[. En raisonnant par l'absurde et en appliquant le théorème de Rolle, démontrer que l'équation lnx=ax admet au plus deux solutions sur ]0,+∞[.
9. Déterminer les limites de ψ en 0+ et en +∞, dresser son tableau de variations et calculer son maximum.
10. En déduire, en discutant selon la valeur de a, le nombre exact de solutions de l'équation lnx=ax sur ]0,+∞[.
Exercice 30 ★★★★ — Inégalité des accroissements finis et suite récurrente
Théorème de Rolle, égalité et inégalité des accroissements finisDérivée et variations, extremums, étude complète et asymptotes
L'inégalité des accroissements finis permet de contrôler l'écart entre deux valeurs d'une fonction. Appliquée à une suite récurrente, elle démontre la convergence et en donne la vitesse, là où le théorème de la limite monotone ne dit rien.
Partie A. Les accroissements finis.
1. Énoncer l'égalité des accroissements finis, puis l'inégalité des accroissements finis, en précisant les hypothèses de chacune.
2. Démontrer que, pour tous réels x⩾0 et y⩾0,
∣ln(1+x)−ln(1+y)∣⩽∣x−y∣.Partie B. Une suite récurrente.
On considère la fonction f définie sur [1,2] par f(x)=23+21lnx, ainsi que la suite (un) définie par
u0=1et∀n∈N,un+1=f(un).3. Montrer que f est croissante sur [1,2], puis que f([1,2])⊂[1,2]. En déduire par récurrence que un est bien défini et que un∈[1,2] pour tout n∈N.
4. On pose φ(x)=f(x)−x sur [1,2]. Étudier les variations de φ et en déduire que f admet un unique point fixe α, avec α∈]1,2[. Encadrer α à 10−1 près. (On ne cherchera pas à calculer α.)
5. Montrer que 41⩽f′(x)⩽21 pour tout x∈[1,2], puis que
∀x,y∈[1,2],∣f(x)−f(y)∣⩽21∣x−y∣.6. En déduire que ∣un+1−α∣⩽21∣un−α∣, puis, par récurrence, que
∀n∈N,∣un−α∣⩽(21)n∣u0−α∣.Conclure que (un) converge vers α.
Partie C. Précision.
7. Justifier que ∣u0−α∣⩽1, puis déterminer le plus petit entier n pour lequel la majoration de la question 6 garantit ∣un−α∣⩽10−3.
8. Calculer u1, u2 et u3 à 10−4 près. Ces valeurs sont-elles compatibles avec l'encadrement de α obtenu à la question 4 ?
Exercice 31 ★★★★ — Une bijection et la dérivée de sa réciproque
Théorème de la bijection, fonction réciproque et son grapheCalcul de dérivées : opérations, fonction composée, fonction réciproque
La fonction g étudiée ici n'a pas d'expression à l'aide des fonctions usuelles : on ne la connaît que par la relation f(g(y))=y. Tout l'exercice consiste à en tirer ses propriétés sans jamais disposer d'une formule.
Soit f la fonction définie sur [−1,+∞[ par f(x)=xex.
Partie A. Étude de f.
1. Calculer f′(x), étudier son signe sur [−1,+∞[, déterminer x→+∞limf(x) et dresser le tableau de variations de f.
2. En déduire que f réalise une bijection de [−1,+∞[ sur un intervalle J que l'on précisera.
Partie B. La réciproque.
On note g=f−1, définie sur J.
3. Justifier que g est continue et strictement croissante sur J.
4. Déterminer g(−e−1), g(0) et g(e).
5. Décrire la construction de la courbe de g à partir de celle de f.
Partie C. Dérivée de la réciproque.
6. Justifier que g est dérivable sur ]0,+∞[, et expliquer pourquoi le point y=−e−1 doit être écarté.
7. Montrer que, pour tout y>0, eg(y)=g(y)y, puis démontrer que
∀y>0,g′(y)=y(1+g(y))g(y).8. Calculer g′(e).
Partie D. Croissance de g.
9. Déterminer y→+∞limg(y).
10. Démontrer que, pour tout y⩾e,
lny−ln(lny)⩽g(y)⩽lny.11. En déduire y→+∞limlnyg(y), puis commenter : comment g croît-elle par rapport à ln ?
Exercice 32 ★★★★ — Une suite d'intégrales, le classique des concours
Positivité, croissance, inégalités et encadrements d'intégrales, valeur moyenneIntégration par parties et changement de variable
Voici le schéma le plus fréquent des épreuves écrites : une suite dont chaque terme est une intégrale, une relation de récurrence obtenue par intégration par parties, un encadrement obtenu par majoration de l'intégrande, et une limite qui en découle.
Pour tout entier naturel n, on pose
In=∫01xnexdx.Partie A. Premiers termes.
1. Calculer I0, puis I1 à l'aide d'une intégration par parties.
Partie B. Convergence.
2. Montrer que In⩾0 pour tout n∈N.
3. Montrer que la suite (In) est décroissante, et en déduire qu'elle converge.
Partie C. Une relation de récurrence.
4. À l'aide d'une intégration par parties, démontrer que
∀n∈N,In+1=e−(n+1)In.5. En déduire les valeurs exactes de I2 et I3, puis vérifier numériquement la décroissance sur I0, I1, I2, I3.
Partie D. Un encadrement.
6. Démontrer que, pour tout n∈N,
n+11⩽In⩽n+1e.7. En déduire n→+∞limIn.
8. Expliquer pourquoi l'encadrement de la question 6 ne suffit pas à déterminer n→+∞limnIn. Puis, à l'aide de la relation de la question 4, déterminer n→+∞lim(n+1)In et enfin n→+∞limnIn.
Partie E. Synthèse.
9. Démontrer que, pour tout n∈N, n+1e−In=n+1In+1.
10. En écrivant n2(n+1e−In)=(n+1)(n+2)n2×(n+2)In+1, déterminer n→+∞limn2(n+1e−In).
Exercice 33 ★★★★ — Suite définie implicitement par une équation
Théorème de la bijection, fonction réciproque et son grapheContinuité sur un intervalle, théorème des valeurs intermédiairesThéorèmes de comparaison, théorème d'encadrement, théorème de la limite monotone
Chaque terme de la suite étudiée ici est défini comme la solution d'une équation, sans qu'aucune formule ne le donne. L'existence, admise au chapitre sur les suites, est enfin démontrée : c'est le théorème de la bijection qui la fournit.
Pour tout entier n⩾1, on note fn la fonction définie sur [0,1] par fn(x)=xn+x−1.
Partie A. Existence et premiers termes.
1. Montrer que fn est continue et strictement croissante sur [0,1], puis que l'équation fn(x)=0 admet une unique solution un dans [0,1], et que un∈]0,1[.
2. Calculer u1, puis la valeur exacte de u2.
Partie B. Monotonie et convergence.
3. Soit n⩾1. Calculer fn+1(un) sous une forme ne faisant plus intervenir la fonction fn+1, et déterminer son signe.
4. En déduire que (un) est strictement croissante, puis qu'elle converge vers un réel ℓ vérifiant 21⩽ℓ⩽1.
Partie C. Identification de la limite.
On suppose dans cette partie, par l'absurde, que ℓ<1.
5. Montrer que 0<unn⩽ℓn pour tout n⩾1, puis que n→+∞limunn=0.
6. Calculer autrement cette limite à l'aide de l'équation vérifiée par un, et conclure que ℓ=1.
Partie D. Vitesse de convergence.
On pose vn=1−un pour n⩾1.
7. Montrer que 0<vn<1, que vn=unn=(1−vn)n, et que n→+∞limvn=0.
8. À l'aide de l'inégalité de Bernoulli (1+t)n⩾1+nt, valable pour t⩾−1 et n∈N, démontrer que vn⩾n+11.
9. À l'aide de l'inégalité ln(1+t)⩽t, valable pour t>−1, démontrer que nvn⩽−lnvn, puis, en utilisant la question 8, que vn⩽nln(n+1).
10. Conclure à l'encadrement n+11⩽vn⩽nln(n+1) et retrouver limun=1. En déduire enfin qu'il n'existe aucun réel q∈]0,1[ tel que vn⩽qn à partir d'un certain rang : la convergence de (un) vers 1 n'est pas géométrique.
Exercice 34 ★★★★ — La somme alternée des inverses et sa limite
Positivité, croissance, inégalités et encadrements d'intégrales, valeur moyenneIntégration par parties et changement de variable
La somme 1−21+31−41+⋯ arrêtée au rang n définit une suite dont la limite est un nombre remarquable. Une intégrale bien choisie va servir de terme de reste et permettre de l'identifier, puis de mesurer l'erreur commise.
Pour tout entier naturel n, on pose Jn=∫011+ttndt, et pour tout entier n⩾1,
Sn=k=1∑nk(−1)k−1=1−21+31−⋯+n(−1)n−1.Partie A. La suite (Jn).
1. Calculer J0.
2. Montrer que Jn⩾0 pour tout n, et que la suite (Jn) est décroissante.
Partie B. Une relation.
3. Démontrer que, pour tout n∈N, Jn+Jn+1=n+11. Retrouver J1 à partir de J0.
Partie C. Encadrement.
4. Démontrer que, pour tout n∈N,
2(n+1)1⩽Jn⩽n+11.5. En déduire n→+∞limJn.
Partie D. La limite de la suite (Sn).
Soit n⩾1.
6. Justifier que, pour tout t∈[0,1], k=0∑n−1(−t)k=1+t1−(−t)n, puis en déduire que
1+t1=k=0∑n−1(−1)ktk+1+t(−1)ntn.7. En intégrant cette égalité sur [0,1], démontrer que Sn=ln2+(−1)n−1Jn.
8. En déduire que ∣Sn−ln2∣⩽n+11, puis n→+∞limSn=ln2. Que dire de la position de Sn par rapport à ln2 selon la parité de n ?
Partie E. Précision numérique.
9. Déterminer un entier n pour lequel on est certain que ∣Sn−ln2∣⩽10−2.
10. Démontrer que n=40 ne permet pas d'atteindre cette précision. Que conclure sur la rapidité de convergence de la suite (Sn) ?
Exercice 35 ★★★★ — Une fonction définie par une intégrale à bornes variables
Intégrale sur un segment, primitives et théorème fondamental de l'analyseDérivée et variations, extremums, étude complète et asymptotes
La fonction étudiée ici n'est donnée par aucune formule explicite : ses deux bornes d'intégration dépendent de la variable, et l'intégrande t↦lnt1 n'a pas de primitive exprimable à l'aide des fonctions usuelles. On l'étudie pourtant complètement.
Pour tout réel x>1, on pose
F(x)=∫x2xlntdt.Partie A. Existence.
1. Soit x>1. Justifier que [x,2x]⊂]1,+∞[, que la fonction t↦lnt1 est continue sur ]1,+∞[, et en déduire que F(x) est bien défini.
Partie B. Dérivée et variations.
On note G la fonction définie sur ]1,+∞[ par G(x)=∫2xlntdt.
2. Justifier que G est dérivable sur ]1,+∞[ et préciser G′.
3. Exprimer F(x) à l'aide de G, puis montrer que F est dérivable sur ]1,+∞[ avec F′(x)=ln(2x)2−lnx1.
4. Démontrer que F′(x)=lnxln(2x)lnx−ln2, en déduire le signe de F′ puis le sens de variation de F.
Partie C. Comportement en +∞.
5. Montrer que, pour tout x>1 et tout t∈[x,2x], ln(2x)1⩽lnt1⩽lnx1.
6. En déduire l'encadrement ln(2x)x⩽F(x)⩽lnxx, puis déterminer x→+∞limF(x).
Partie D. Comportement en 1+.
7. Rappeler pourquoi lnt⩽t−1 pour tout t>0, et en déduire que lnt1⩾t−11 pour tout t>1.
8. Soit x∈]1,2[. Démontrer que F(x)⩾∫x2t−1dt, calculer cette dernière intégrale, puis déterminer x→1+limF(x).
9. Dresser le tableau de variations complet de F et encadrer son minimum F(2) à l'aide de la question 6.
Exercice 36 ★★★★ — Équation fonctionnelle et continuité
Continuité sur un intervalle, théorème des valeurs intermédiairesContinuité en un point, prolongement par continuité, caractérisation séquentielle
Une équation fonctionnelle est une équation dont l'inconnue est une fonction. On cherche ici toutes les fonctions continues sur R vérifiant une identité donnée. La méthode est toujours la même : obtenir le résultat sur N, puis sur Z, puis sur Q, et enfin l'étendre à R par densité et continuité.
Partie A. Premières propriétés.
Soit f:R→R une fonction continue telle que
∀x∈R,∀y∈R,f(x+y)=f(x)+f(y).1. Calculer f(0).
2. Démontrer que f est impaire.
Partie B. Du côté des rationnels.
3. Démontrer par récurrence que f(nx)=nf(x) pour tout n∈N et tout x∈R.
4. Étendre cette égalité à tout n∈Z.
5. Soit r=qp un rationnel, avec p∈Z et q∈N∗. En calculant f(qr) de deux façons, démontrer que f(r)=rf(1).
Partie C. Passage aux réels.
6. Soit x∈R. Pour n∈N, on pose rn=10n⌊10nx⌋. Justifier que rn est rationnel, que 0⩽x−rn<10−n, et en déduire que (rn) converge vers x.
7. À l'aide de la caractérisation séquentielle de la continuité, démontrer que f(x)=ax pour tout x∈R, où a=f(1).
8. Vérifier la réciproque et conclure : quelles sont exactement les fonctions continues sur R vérifiant l'équation de la Partie A ?
Partie D. L'équation multiplicative.
Soit g:R→R une fonction continue, non identiquement nulle, telle que
∀x∈R,∀y∈R,g(x+y)=g(x)g(y).9. Démontrer que g ne s'annule en aucun point, puis que g(x)>0 pour tout x∈R.
10. On pose h=ln∘g. Justifier que h est définie et continue sur R et qu'elle vérifie l'équation de la Partie A. En déduire qu'il existe un réel λ, que l'on précisera, tel que g(x)=eλx pour tout x∈R.
Exercice 37 ★★★★ — Une fonction, sa réciproque et une aire
Théorème de la bijection, fonction réciproque et son grapheIntégration par parties et changement de variableDérivée et variations, extremums, étude complète et asymptotes
Une fonction strictement croissante et sa réciproque ont des courbes symétriques par rapport à la droite d'équation y=x. Cette symétrie se traduit par une relation exacte entre leurs deux intégrales, que l'on va d'abord constater sur un exemple, puis démontrer en général, puis exploiter pour calculer une intégrale sans intégration par parties.
Partie A. Une bijection explicite.
Soit f la fonction définie sur [0,1] par f(x)=ex−1.
1. Montrer que f réalise une bijection de [0,1] sur [0,e−1].
2. Expliciter f−1(y) pour tout y∈[0,e−1].
Partie B. Deux aires.
3. Calculer ∫01f(t)dt.
4. Calculer ∫0e−1f−1(t)dt à l'aide d'une intégration par parties.
5. Vérifier que ∫01f(t)dt+∫0e−1f−1(t)dt=1×(e−1).
Partie C. Le cas général.
Soient a<b deux réels et φ une fonction de classe C1 sur [a,b] telle que φ′(u)>0 pour tout u∈[a,b]. On pose c=φ(a) et d=φ(b).
6. Justifier que φ réalise une bijection de [a,b] sur [c,d] et que φ−1 est continue sur [c,d] (de sorte que l'intégrale de φ−1 sur ce segment existe).
7. À l'aide du changement de variable t=φ(u), démontrer que
∫cdφ−1(t)dt=∫abuφ′(u)du.8. Par une intégration par parties, en déduire que
∫abφ(u)du+∫cdφ−1(t)dt=bd−ac.Partie D. Application et interprétation.
9. Appliquer la relation de la question 8 à la fonction φ:u↦eu sur [0,1] pour calculer ∫1elntdt, puis vérifier ce résultat par un calcul direct.
10. Interpréter géométriquement la relation de la question 8 en termes d'aires, dans le cas où 0⩽a et 0⩽c.
Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (4 points) — Une famille de fonctions dépendant d'un paramètre
Pour tout réel m>0, on considère la fonction fm définie sur ]0,+∞[ par
fm(x)=x−mlnx.On donne ln2≈0,693, ln3≈1,099 et ln5≈1,609.
1. Justifier que fm est dérivable sur ]0,+∞[, puis déterminer x→0+limfm(x). (0,25 point)
2. Démontrer que x→+∞limfm(x)=+∞. (0,5 point)
3. Calculer fm′(x) pour x>0, puis étudier son signe. (0,5 point)
4. Dresser le tableau de variations de fm sur ]0,+∞[ et démontrer que fm admet un minimum, atteint en un unique point, égal à m(1−lnm). (0,5 point)
5. Étudier, selon la valeur de m, le signe du réel m(1−lnm). (0,5 point)
6. En déduire, en discutant selon la valeur de m>0, le nombre de solutions de l'équation fm(x)=0, d'inconnue x∈]0,+∞[. Les trois cas seront soigneusement justifiés. (0,75 point)
7. On prend m=e. Déterminer l'unique solution de l'équation fe(x)=0, puis en déduire que pour tout x>0, lnx⩽ex. (0,5 point)
8. On prend désormais m=3. Justifier que l'équation f3(x)=0 admet exactement deux solutions α et β, vérifiant 0<α<3<β. (0,25 point)
9. Démontrer que α∈]1,2[ et que β∈]4,5[. (0,25 point)
Exercice 2 (4 points) — Coût moyen et coût marginal
Une entreprise produit q unités d'un bien, avec q>0. Son coût total de production, exprimé en milliers d'euros, est donné par
C(q)=q3−6q2+15q+32.On appelle coût moyen la fonction CM définie sur ]0,+∞[ par CM(q)=qC(q), et coût marginal la fonction Cm définie sur ]0,+∞[ par Cm(q)=C′(q).
1. Justifier que CM est dérivable sur ]0,+∞[ et démontrer que pour tout q>0, CM(q)=q2−6q+15+q32. (0,25 point)
2. Déterminer q→0+limCM(q) et q→+∞limCM(q), puis interpréter économiquement la première. (0,5 point)
3. Démontrer que pour tout q>0, CM′(q)=q22(q3−3q2−16). (0,5 point)
4. Vérifier que 4 est racine du polynôme q↦q3−3q2−16, en déduire la factorisation q3−3q2−16=(q−4)(q2+q+4), puis démontrer que q2+q+4>0 pour tout réel q. (0,5 point)
5. En déduire le signe de CM′, dresser le tableau de variations de CM sur ]0,+∞[, et donner la valeur du coût moyen minimal ainsi que la quantité qui le réalise. (0,5 point)
6. Calculer Cm(q) pour q>0, puis comparer Cm(4) et CM(4). (0,25 point)
7. On considère maintenant une fonction de coût total C quelconque, dérivable sur ]0,+∞[, et l'on garde les notations CM(q)=qC(q) et Cm(q)=C′(q). Démontrer que pour tout q>0, CM′(q)=qCm(q)−CM(q), puis en déduire que si CM admet un minimum en un point q0>0, alors Cm(q0)=CM(q0). (0,75 point)
8. On revient au coût de l'énoncé. Le bien est vendu 20 milliers d'euros l'unité. Démontrer que l'équation CM(q)=20 admet exactement deux solutions q1 et q2 sur ]0,+∞[, vérifiant q1<4<q2. (0,5 point)
9. Démontrer que q1∈]2,3[ et q2∈]5,6[, puis déterminer les quantités entières pour lesquelles l'entreprise réalise un bénéfice. (0,25 point)
Exercice 3 (4 points) — Accroissements finis et encadrements numériques
Les trois parties sont indépendantes.
Partie A — Encadrement du logarithme
1. Énoncer précisément l'égalité des accroissements finis. (0,25 point)
2. Soient a et b deux réels tels que 0<a<b. Démontrer que bb−a⩽lnb−lna⩽ab−a. (0,5 point)
3. En déduire que 211⩽ln(1,05)⩽201. Donner l'amplitude de cet encadrement sous forme de fraction, puis vérifier la cohérence avec la valeur ln(1,05)≈0,04879. (0,5 point)
Partie B — Encadrement d'une racine carrée
4. Soient a et b deux réels tels que 0<a⩽b. En appliquant l'inégalité des accroissements finis à la fonction x↦x sur [a,b], démontrer que b−a⩽2a∣b−a∣. (0,5 point)
5. En déduire que 102⩽10,1. (0,25 point)
6. Démontrer, à l'aide de l'égalité des accroissements finis, que pour 0<a<b on a aussi 2bb−a⩽b−a. En déduire que 102⩾1011020, puis conclure par un encadrement de 102 dont on vérifiera que l'amplitude est inférieure à 10−3. Comparer à 102≈10,0995. (0,75 point)
Partie C — Une fonction croissante
Soit f une fonction dérivable sur [0,+∞[ telle que f(0)=0 et dont la dérivée f′ est croissante sur [0,+∞[. On pose g(x)=xf(x) pour tout x>0.
7. Démontrer que pour tout x>0, il existe d∈]0,x[ tel que f(x)=xf′(d). (0,25 point)
8. Soient x et y tels que 0<x<y. Démontrer qu'il existe c∈]x,y[ et d∈]0,x[ tels que g(y)−g(x)=yy−x(f′(c)−f′(d)), puis en déduire que g est croissante sur ]0,+∞[. (0,75 point)
9. Application : démontrer que la fonction x↦xex−1 est croissante sur ]0,+∞[. (0,25 point)
Exercice 4 (4 points) — Techniques de calcul intégral
Les trois parties sont indépendantes. Toutes les valeurs demandées sont exactes.
Partie A — Intégrations par parties
On pose I=∫01(x2−x)e2xdx et J=∫01(2x−1)e2xdx.
1. a. Démontrer, par une intégration par parties, que I=−21J. (0,25 point)
b. Calculer J par une nouvelle intégration par parties, puis en déduire la valeur exacte de I. (0,5 point)
2. Calculer ∫1etlntdt. (0,5 point)
3. Calculer ∫1e2ln(t)tdt. On précisera la technique choisie et l'on justifiera ce choix. (0,5 point)
Partie B — Changements de variable
4. Calculer ∫01(1+et)2etdt à l'aide du changement de variable u=1+et. (0,5 point)
5. Calculer ∫14tln(t)dt à l'aide du changement de variable u=t. (0,5 point)
Partie C — Une aire
On note C la courbe représentative de x↦ex dans un repère orthonormé, A le point de C d'abscisse 0 et B le point de C d'abscisse 1.
6. Déterminer une équation de la droite (AB). (0,25 point)
7. On pose h(x)=1+(e−1)x−ex pour x∈[0,1]. Étudier les variations de h sur [0,1] et en déduire que h(x)⩾0 sur [0,1]. (0,5 point)
8. En déduire l'aire exacte, en unités d'aire, du domaine délimité par C et le segment [AB]. (0,5 point)
Exercice 5 (4 points) — La courbe logistique
Un produit est lancé sur un marché. On modélise la part de marché atteinte au bout de t mois par
p(t)=1+e−t1.Seules les valeurs t⩾0 ont un sens économique, mais les parties A et B étudient p sur R tout entier. On note Cp la courbe représentative de p dans un repère orthonormé, et l'on donne ln3≈1,099.
Partie A — Étude de la fonction
1. Justifier que Dp=R et que p est dérivable sur R. (0,25 point)
2. Déterminer les limites de p en −∞ et en +∞, puis interpréter graphiquement ces résultats. (0,25 point)
3. Démontrer que pour tout réel t, p′(t)=p(t)(1−p(t)). (0,5 point)
4. Démontrer que 0<p(t)<1 pour tout réel t, en déduire les variations de p et dresser son tableau de variations. (0,25 point)
5. Démontrer que pour tout réel t, p(t)+p(−t)=1. Quelle propriété géométrique de Cp cette égalité traduit-elle ? (0,25 point)
Partie B — Fonction réciproque
6. Démontrer que p réalise une bijection de R sur ]0,1[. (0,25 point)
7. Démontrer que pour tout y∈]0,1[, p−1(y)=ln(1−yy). (0,5 point)
Partie C — Franchissement d'un seuil
8. Démontrer qu'il existe un unique réel t0 tel que p(t0)=0,9, donner sa valeur exacte puis une valeur approchée à 10−2 près. En déduire au bout de combien de mois entiers la part de marché dépasse 90%. (0,5 point)
Partie D — Part de marché moyenne
Soit a>0.
9. Démontrer que ∫0ap(t)dt=ln(1+ea)−ln2. (0,5 point)
10. On note μ(a) la valeur moyenne de p sur [0,a]. Exprimer μ(a) en fonction de a, puis démontrer que 21⩽μ(a)⩽1. (0,25 point)
11. Démontrer que a→+∞limμ(a)=1. On pourra commencer par établir que ln(1+ea)=a+ln(1+e−a), puis conclure par le théorème d'encadrement. (0,5 point)
Bloqué sur « Fonctions réelles d'une variable réelle » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.