ECG approfondies · Chapitre 07 · Second semestre
Algèbre linéaire : espaces vectoriels et applications linéaires
1re année
Espaces vectoriels de dimension finie, applications linéaires, matrices d'applications linéaires, endomorphismes, matrices carrées.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Espaces vectoriels de dimension finie
- Applications linéaires
- Matrices d'applications linéaires
- Endomorphismes
- Matrices carrées
Le cours
Le premier semestre vous a donné des objets. Les matrices d'abord, avec leur arithmétique propre, leurs puissances et leurs inverses ; les systèmes linéaires ensuite, et la méthode du pivot de Gauss qui les résout tous ; puis, en fin de parcours, le vocabulaire des espaces vectoriels, des sous-espaces vectoriels et du sous-espace engendré Vect. À ce stade, vous savez reconnaître qu'un ensemble est un sous-espace vectoriel, et vous savez le décrire comme un Vect. Mais vous ne savez rien dire de sa taille. Le plan x+2y−z=0 et la droite engendrée par (1,2,3) sont tous deux des sous-espaces vectoriels de R3 ; rien, dans le langage du premier semestre, ne permet d'affirmer que le premier est « plus gros » que le second. C'est cette lacune que le présent chapitre comble.
Il apporte pour cela deux idées, et deux seulement. La première est la dimension. On observe qu'un sous-espace vectoriel peut être décrit par une famille de vecteurs minimale, appelée base, et que le nombre de vecteurs d'une telle famille ne dépend pas de la base choisie : ce nombre est la dimension. Il donne enfin une mesure aux objets de l'algèbre linéaire, et transforme des questions d'inclusion, réputées pénibles, en comparaisons d'entiers. La seconde idée est celle d'application linéaire : une fonction entre deux espaces vectoriels qui respecte l'addition et la multiplication par un réel. Ces applications relient les espaces entre eux, et chacune porte avec elle deux sous-espaces vectoriels, son noyau et son image, dont les dimensions sont liées par le résultat central de tout le programme d'algèbre linéaire, le théorème du rang. Les deux idées se rejoignent enfin dans un dictionnaire d'une efficacité redoutable : une fois choisies une base au départ et une base à l'arrivée, toute application linéaire se lit comme une matrice, la composition devient le produit matriciel, et la bijectivité devient l'inversibilité. Tout le calcul du premier semestre se met alors au service de la théorie.
Ce chapitre n'est donc pas un chapitre parmi d'autres : c'est le socle de la seconde année, et l'un des deux ou trois domaines les plus rentables aux concours. Les sujets d'EDHEC, d'EM Lyon, d'ECRICOME et d'HEC comportent presque tous un problème d'algèbre linéaire, et les questions d'ouverture y sont invariablement les mêmes : montrer qu'une famille est libre, déterminer un noyau et une image, appliquer le théorème du rang, écrire une matrice dans une base. Ce sont des points que l'on prend en dix minutes quand les gestes sont automatisés, et que l'on perd entièrement sinon. Le plan suit cet ordre. Les sections 1 à 5 construisent la théorie de la dimension, des familles génératrices jusqu'au rang d'une famille de vecteurs. La section 6 apprend à découper un espace en deux morceaux qui ne se chevauchent pas, avec la somme directe et les sous-espaces supplémentaires. Les sections 7 à 11 traitent les applications linéaires, du noyau et de l'image jusqu'au théorème du rang et à la caractérisation des isomorphismes. Les sections 12 à 14 établissent le dictionnaire avec les matrices. La section 15 étudie les endomorphismes vérifiant une relation, qui alimentent la moitié des problèmes de concours, et la section 16 rassemble les méthodes sous forme de fiches.
Voici enfin les notations en vigueur dans tout le chapitre. Les lettres E, F et G désignent des espaces vectoriels réels ; les vecteurs sont notés en minuscules latines, x, y, u, v, et les scalaires par des lettres grecques, λ, μ, α, β. L'ensemble des matrices à n lignes et p colonnes à coefficients réels est noté Mn,p(R), abrégé en Mn(R) lorsque n=p ; le coefficient d'indice (i,j) d'une matrice A est ai,j, l'identité d'ordre n est In, la matrice nulle est 0n,p et la transposée de A est tA. Le sous-espace engendré par des vecteurs x1,…,xp est Vect(x1,…,xp) ; le noyau et l'image d'une application linéaire f sont Kerf et Imf ; les rangs sont rg(f) et rg(A), la dimension est dimE. L'ensemble des applications linéaires de E dans F est L(E,F), abrégé en L(E) lorsque F=E ; l'application identité de E est idE, et l'on note f2=f∘f, puis fk de proche en proche. L'ensemble des polynômes de degré inférieur ou égal à n est Rn[X], de base canonique (1,X,…,Xn). La matrice de f de la base B au départ vers la base C à l'arrivée est MatB,C(f), notée MatB(f) pour un endomorphisme. Enfin, le symbole □ marque la fin d'une démonstration.
Familles de vecteurs et sous-espace engendré
Familles et combinaisons linéaires
Dans tout ce chapitre, E désigne un R-espace vectoriel. Une famille finie de vecteurs de E est une liste (x1,x2,…,xp) d'éléments de E, l'entier p étant le cardinal de la famille. Deux précisions valent la peine d'être faites tout de suite, car elles distinguent une famille d'un ensemble : l'ordre des vecteurs compte, et un même vecteur peut y figurer plusieurs fois. Cette souplesse est indispensable, car nous coderons bientôt les vecteurs par leurs coordonnées, et une liste de coordonnées est ordonnée.
Définition
Soient x1,…,xp des vecteurs de E. On appelle combinaison linéaire de la famille (x1,…,xp) tout vecteur de la forme
λ1x1+λ2x2+⋯+λpxp=k=1∑pλkxk,où λ1,…,λp sont des réels appelés coefficients de la combinaison.
Définition
On appelle sous-espace engendré par x1,…,xp, et l'on note Vect(x1,…,xp), l'ensemble de toutes les combinaisons linéaires de ces vecteurs :
Vect(x1,…,xp)={k=1∑pλkxk;(λ1,…,λp)∈Rp}.Par convention, Vect()={0E} pour la famille vide.
Ces deux définitions ont été introduites au premier semestre, et nous avons alors établi que Vect(x1,…,xp) est un sous-espace vectoriel de E contenant chacun des xk. Nous pouvons maintenant dire davantage : c'est le plus petit d'entre eux, au sens de l'inclusion.
Propriété
Le Vect est le plus petit sous-espace vectoriel contenant la famille. Soit F un sous-espace vectoriel de E. Alors
(x1∈F, …, xp∈F)⟺Vect(x1,…,xp)⊂F.Démonstration. Supposons d'abord que x1,…,xp appartiennent tous à F. Soit x un élément de Vect(x1,…,xp) : il existe des réels λ1,…,λp tels que x=λ1x1+⋯+λpxp. Comme F est un sous-espace vectoriel, il est stable par combinaison linéaire, donc, de proche en proche, λ1x1+λ2x2∈F, puis λ1x1+λ2x2+λ3x3∈F, et finalement x∈F. D'où l'inclusion annoncée.
Réciproquement, si Vect(x1,…,xp)⊂F, il suffit de remarquer que chaque xk appartient à Vect(x1,…,xp), en prenant le coefficient λk=1 et tous les autres nuls. Donc xk∈F. □
Cette équivalence est d'un usage constant : pour montrer une inclusion Vect(x1,…,xp)⊂F, on ne prend pas un élément quelconque du Vect, on vérifie seulement que les p générateurs appartiennent à F. C'est p vérifications, au lieu d'un raisonnement sur un vecteur générique.
Propriété
Un générateur redondant peut être supprimé. Si xp∈Vect(x1,…,xp−1), alors
Vect(x1,…,xp−1,xp)=Vect(x1,…,xp−1).Démonstration. L'inclusion de la droite vers la gauche est claire, puisque toute combinaison linéaire de x1,…,xp−1 en est une de x1,…,xp, avec λp=0. Pour l'autre inclusion, notons F=Vect(x1,…,xp−1), qui est un sous-espace vectoriel. Il contient x1,…,xp−1, et il contient xp par hypothèse. La propriété précédente donne alors Vect(x1,…,xp)⊂F. □
Familles génératrices
Définition
Soit F un sous-espace vectoriel de E. On dit que la famille finie (x1,…,xp) est génératrice de F, ou qu'elle engendre F, lorsque
F=Vect(x1,…,xp),autrement dit lorsque tout vecteur de F s'écrit d'au moins une façon comme combinaison linéaire de x1,…,xp.
Le mot « au moins » mérite d'être souligné : une famille génératrice garantit l'existence d'une écriture, pas son unicité. C'est précisément l'unicité qui manque encore, et c'est elle que les sections 2 et 3 vont apporter.
Exemple
Trois familles génératrices de référence.
a. Dans Rn, posons e1=(1,0,…,0), e2=(0,1,0,…,0), et plus généralement ek le n-uplet dont toutes les coordonnées sont nulles sauf la k-ième, égale à 1. Tout vecteur x=(x1,…,xn) s'écrit x=x1e1+⋯+xnen, donc (e1,…,en) engendre Rn.
b. Dans Rn[X], tout polynôme P de degré inférieur ou égal à n s'écrit P=a0+a1X+⋯+anXn. La famille (1,X,…,Xn), de cardinal n+1, engendre donc Rn[X].
c. Dans M2(R), toute matrice s'écrit
(acbd)=a(1000)+b(0010)+c(0100)+d(0001),si bien que ces quatre matrices engendrent M2(R).
Méthode
Montrer qu'une famille (x1,…,xp) engendre E. On prend un vecteur x quelconque de E, on écrit l'équation
λ1x1+⋯+λpxp=xd'inconnues λ1,…,λp, on la traduit en système linéaire, et l'on montre que ce système est compatible quel que soit le second membre. Trois remarques de rédaction. Il ne faut jamais partir d'un vecteur particulier. Il n'est pas nécessaire d'exhiber les coefficients, seule leur existence est en jeu, mais les exhiber ne coûte souvent rien de plus. Et si le système se révèle incompatible pour certains seconds membres, la famille n'est pas génératrice : les conditions de compatibilité obtenues décrivent alors exactement le sous-espace engendré.
Exemple
Montrons que la famille ((1,1,0), (0,1,1), (1,0,1)) engendre R3. Soit (x,y,z) un triplet quelconque. L'équation a(1,1,0)+b(0,1,1)+c(1,0,1)=(x,y,z) équivaut au système
⎩⎨⎧a+c=xa+b=yb+c=zEn additionnant les trois équations, on obtient 2(a+b+c)=x+y+z, donc a+b+c=2x+y+z. En soustrayant successivement la troisième, la première puis la deuxième équation de cette égalité, il vient
a=2x+y−z,b=2−x+y+z,c=2x−y+z.Ces trois réels existent quel que soit (x,y,z) : la famille est génératrice.
Contrôle. Pour (x,y,z)=(1,2,3), on trouve a=0, b=2 et c=1, et l'on vérifie que 0⋅(1,1,0)+2⋅(0,1,1)+1⋅(1,0,1)=(1,2,3).
Exemple
Une famille qui n'engendre pas. Dans R3, considérons u=(1,2,−1) et v=(0,1,1). L'équation au+bv=(x,y,z) donne a=x, puis 2a+b=y d'où b=y−2x, et la dernière équation impose −a+b=z, c'est-à-dire −x+y−2x=z, soit
3x−y+z=0.Le système n'est donc compatible que sous cette condition : la famille (u,v) n'engendre pas R3. Au passage, le calcul livre gratuitement une description par équation du sous-espace engendré :
Vect(u,v)={(x,y,z)∈R3;3x−y+z=0}.Ainsi (2,3,−3) appartient à Vect(u,v), car 6−3−3=0, alors que (2,3,−4) ne lui appartient pas.
Ce dernier exemple illustre un va-et-vient que le chapitre entier exploite. Un sous-espace vectoriel se décrit de deux façons : par équations, ce qui est commode pour tester l'appartenance d'un vecteur, ou par une famille génératrice, ce qui est commode pour produire des vecteurs. Passer d'une description à l'autre, c'est résoudre un système, dans un sens ou dans l'autre.
Familles libres, familles liées
Définition
Définition
Une famille (x1,…,xp) de vecteurs de E est dite libre, et ses vecteurs linéairement indépendants, lorsque la seule combinaison linéaire de ces vecteurs égale au vecteur nul est celle dont tous les coefficients sont nuls :
∀(λ1,…,λp)∈Rp,(λ1x1+⋯+λpxp=0E ⟹ λ1=⋯=λp=0).Dans le cas contraire, la famille est dite liée, et ses vecteurs linéairement dépendants : il existe alors des réels λ1,…,λp non tous nuls tels que λ1x1+⋯+λpxp=0E. Une telle égalité s'appelle une relation de dépendance linéaire.
Lisez bien le sens de l'implication. On ne demande pas que la combinaison nulle donne le vecteur nul, ce qui est toujours vrai et sans intérêt ; on demande la réciproque. Une faute de rédaction fréquente consiste à écrire « 0⋅x1+⋯+0⋅xp=0E, donc la famille est libre » : cette phrase ne démontre rien du tout. La rédaction correcte commence toujours par « soient λ1,…,λp des réels tels que λ1x1+⋯+λpxp=0E », et se termine par « donc λ1=⋯=λp=0 ».
Méthode
Montrer qu'une famille est libre. La rédaction comporte trois temps, toujours les mêmes.
- Poser : « soient λ1,…,λp des réels tels que λ1x1+⋯+λpxp=0E ».
- Traduire cette égalité vectorielle en un système linéaire homogène d'inconnues λ1,…,λp. Dans Rn, on identifie les coordonnées ; dans Rn[X], les coefficients des puissances de X ; dans Mn,p(R), les coefficients de la matrice.
- Résoudre par le pivot de Gauss et conclure : si l'unique solution est la solution nulle, la famille est libre ; s'il existe une solution non nulle, elle fournit une relation de dépendance explicite, que l'on écrit, et la famille est liée.
Les cas particuliers à connaître
Propriété
Petits cardinaux.
- La famille (x), réduite à un seul vecteur, est libre si et seulement si x=0E.
- La famille (x,y) est liée si et seulement si x et y sont colinéaires, c'est-à-dire si l'un des deux est un multiple de l'autre.
Démonstration. Pour le premier point, si x=0E et si λx=0E, la règle de calcul vue au premier semestre donne λ=0 ou x=0E, donc λ=0 : la famille est libre. Si x=0E, la relation 1⋅x=0E est une relation de dépendance à coefficient non nul, donc la famille est liée.
Pour le second, supposons (x,y) liée : il existe λ et μ non tous deux nuls avec λx+μy=0E. Si λ=0, alors x=−λμy ; sinon μ=0 et y=−μλx. Dans les deux cas, l'un des vecteurs est multiple de l'autre. Réciproquement, si par exemple x=αy, alors 1⋅x+(−α)y=0E est une relation de dépendance dont le premier coefficient vaut 1=0. □
Attention à ne pas étendre ce critère : à partir de trois vecteurs, « liée » ne signifie plus « deux d'entre eux sont colinéaires ». La famille ((1,0),(0,1),(1,1)) est liée, puisque le troisième vecteur est la somme des deux premiers, alors qu'aucun de ses vecteurs n'est multiple d'un autre. Confondre les deux notions est l'erreur la plus fréquente du chapitre.
Propriété
Trois faits utiles. Soit (x1,…,xp) une famille de vecteurs de E.
- Toute sous-famille d'une famille libre est libre. De façon équivalente, toute famille contenant une famille liée est liée.
- Une famille contenant le vecteur nul est liée. Une famille contenant deux fois le même vecteur est liée.
- La famille est liée si et seulement si l'un de ses vecteurs est combinaison linéaire des autres.
Démonstration. Point 1. Soit (x1,…,xp) libre, et considérons la sous-famille obtenue en ne gardant que certains indices. Toute relation de dépendance portant sur cette sous-famille se prolonge en une relation portant sur la famille entière, en affectant le coefficient 0 aux vecteurs supprimés. Comme la famille entière est libre, tous les coefficients sont nuls, en particulier ceux de la sous-famille.
Point 2. Si xk=0E, la relation 0⋅x1+⋯+1⋅xk+⋯+0⋅xp=0E a un coefficient non nul. Si xj=xk avec j=k, la relation 1⋅xj+(−1)⋅xk=0E, complétée par des zéros, convient.
Point 3. Supposons la famille liée : il existe des réels λ1,…,λp non tous nuls tels que ∑kλkxk=0E. Choisissons un indice j tel que λj=0. On peut alors isoler xj :
xj=−λj1k=j∑λkxk,et xj est bien combinaison linéaire des autres. Réciproquement, si xj=∑k=jαkxk, alors ∑k=jαkxk+(−1)xj=0E est une relation de dépendance dont le coefficient de xj vaut −1=0. □
Le point 1 s'utilise surtout dans le sens négatif : si l'on repère deux vecteurs colinéaires à l'intérieur d'une famille de cinq vecteurs, la famille entière est liée, et c'est terminé en une ligne. Le point 3, lui, est la traduction intuitive de la notion : une famille liée contient de la redondance, un de ses vecteurs n'apporte rien que les autres n'apportent déjà.
Propriété
Ajouter un vecteur extérieur au Vect. Si la famille (x1,…,xp) est libre et si x∈/Vect(x1,…,xp), alors la famille (x1,…,xp,x) est encore libre.
Démonstration. Soient λ1,…,λp et λ des réels tels que λ1x1+⋯+λpxp+λx=0E. Supposons λ=0. On pourrait alors écrire
x=−λ1(λ1x1+⋯+λpxp),ce qui placerait x dans Vect(x1,…,xp), contrairement à l'hypothèse. Donc λ=0, et la relation devient λ1x1+⋯+λpxp=0E. La liberté de (x1,…,xp) donne alors λ1=⋯=λp=0. Tous les coefficients sont nuls. □
Cette propriété d'apparence modeste est le moteur du théorème de la base incomplète, en section 4 : elle dit qu'une famille libre qui n'engendre pas encore tout l'espace peut toujours être agrandie.
Exemples
Exemple
Dans R3, une famille libre. Reprenons x1=(1,1,0), x2=(0,1,1) et x3=(1,0,1). Soient a, b, c des réels tels que ax1+bx2+cx3=(0,0,0). En identifiant les trois coordonnées,
⎩⎨⎧a+c=0a+b=0b+c=0La somme des trois équations donne 2(a+b+c)=0, donc a+b+c=0. En retranchant successivement chacune des équations, il vient b=0, c=0 et a=0. La famille est libre.
Exemple
Dans R3, une famille liée. Soient u=(1,2,−1), v=(2,1,3) et w=(4,5,1). Cherchons si w est combinaison linéaire de u et v : l'équation au+bv=w s'écrit a+2b=4, 2a+b=5 et −a+3b=1. Les deux premières équations donnent 3b=3 après avoir effectué 2L1−L2, donc b=1, puis a=2 ; et la troisième est bien vérifiée, car −2+3=1. On a donc la relation de dépendance
2u+v−w=0R3,dont les coefficients (2,1,−1) ne sont pas tous nuls : la famille (u,v,w) est liée. Notez que la rédaction attendue exhibe la relation ; écrire « la famille est liée » sans la produire ne vaut pas la moitié des points.
Exemple
Dans M2(R). La famille ((1001),(1011),(0010)) est liée, car la deuxième matrice est la somme des deux autres. En revanche, la famille formée des deux premières est libre : si aI2+b(1011)=02, le coefficient d'indice (1,2) donne b=0, puis celui d'indice (1,1) donne a=0.
Familles échelonnées en degré
Dans un espace de polynômes, il existe un argument spécifique, très économique, qu'il faut connaître par cœur : il évite un système à chaque fois.
Propriété
Famille échelonnée en degré. Soient P0,P1,…,Pp des polynômes non nuls de Rn[X] dont les degrés sont deux à deux distincts. Alors la famille (P0,P1,…,Pp) est libre.
Démonstration. Quitte à renuméroter les polynômes, on peut supposer degP0<degP1<⋯<degPp. Soient λ0,…,λp des réels tels que λ0P0+⋯+λpPp=0, et raisonnons par l'absurde en supposant que ces coefficients ne sont pas tous nuls. Notons j le plus grand indice tel que λj=0. La relation s'écrit alors
λjPj=−(λ0P0+⋯+λj−1Pj−1).Le membre de gauche est un polynôme de degré exactement degPj, puisque λj=0. Le membre de droite est une somme de polynômes de degrés strictement inférieurs à degPj, donc son degré est strictement inférieur à degPj. Deux polynômes égaux ayant le même degré, c'est absurde. Tous les coefficients sont donc nuls. □
Exemple
La famille (1, 1+X, 1+X+X2, X3−X) de R3[X] est formée de polynômes non nuls de degrés respectifs 0, 1, 2 et 3, deux à deux distincts : elle est libre, sans le moindre calcul. De même, la famille (X2−1, X+4) est libre. En revanche, l'argument ne dit rien de la famille (X+1, X−1), dont les deux polynômes ont le même degré ; ici, il faut revenir au système, qui montre d'ailleurs qu'elle est libre.
Bases et coordonnées
Définition
Définition
Une famille B=(e1,…,en) de vecteurs de E est une base de E lorsqu'elle est à la fois libre et génératrice de E.
Une base est donc une famille génératrice sans redondance : elle est assez grande pour produire tous les vecteurs de E, et assez petite pour qu'aucun de ses vecteurs ne soit superflu. C'est exactement le bon compromis, et le théorème suivant en donne la raison profonde.
Existence et unicité des coordonnées
Propriété
Théorème des coordonnées. Soit B=(e1,…,en) une famille de vecteurs de E. Cette famille est une base de E si et seulement si tout vecteur x de E s'écrit d'une unique façon sous la forme
x=x1e1+x2e2+⋯+xnen,(x1,…,xn)∈Rn.Les réels x1,…,xn sont alors appelés les coordonnées de x dans la base B.
Démonstration. Supposons d'abord que B soit une base.
Existence. La famille est génératrice de E, donc tout vecteur x de E s'écrit comme combinaison linéaire de e1,…,en : une écriture existe.
Unicité. Supposons que x admette deux écritures,
x=x1e1+⋯+xnenetx=x1′e1+⋯+xn′en.En soustrayant membre à membre et en rassemblant les termes de même indice, on obtient
(x1−x1′)e1+(x2−x2′)e2+⋯+(xn−xn′)en=0E.La famille B étant libre, tous les coefficients de cette combinaison sont nuls : xk−xk′=0 pour tout k, c'est-à-dire xk=xk′. Les deux écritures coïncident.
Réciproquement, supposons que tout vecteur de E s'écrive d'une unique façon comme combinaison linéaire de e1,…,en. L'existence de l'écriture pour tout x signifie exactement que la famille est génératrice. Pour la liberté, soient λ1,…,λn des réels tels que λ1e1+⋯+λnen=0E. Le vecteur 0E admet aussi l'écriture 0⋅e1+⋯+0⋅en. Par unicité de l'écriture appliquée au vecteur 0E, on conclut λ1=⋯=λn=0. La famille est libre, donc c'est une base. □
Ce théorème est le pivot de tout le chapitre : c'est lui qui autorise à coder un vecteur par une liste de n nombres. La partie « unicité » est la plus utile en pratique, et le geste à retenir de la démonstration est celui-ci : pour comparer deux écritures dans une base, on les soustrait et l'on utilise la liberté. Ce geste reviendra une dizaine de fois dans le chapitre.
Définition
Soit B=(e1,…,en) une base de E et soit x∈E, de coordonnées x1,…,xn dans B. On appelle matrice colonne des coordonnées de x dans B, notée MatB(x), la matrice
MatB(x)=x1x2⋮xn∈Mn,1(R).Insistons sur un point que les copies négligent : les coordonnées dépendent de la base et de l'ordre de ses vecteurs. Écrire « les coordonnées de x sont (2,1,0) » sans préciser la base est dépourvu de sens. Dès qu'un énoncé fait intervenir deux bases, il faut nommer chacune d'elles et ne jamais mélanger les colonnes.
Les bases canoniques
Propriété
Bases canoniques usuelles.
- Dans Rn : la famille (e1,…,en), où ek a toutes ses coordonnées nulles sauf la k-ième, égale à 1. Les coordonnées de x=(x1,…,xn) dans cette base sont x1,…,xn : elles coïncident avec le n-uplet lui-même.
- Dans Rn[X] : la famille (1,X,X2,…,Xn), de cardinal n+1. Les coordonnées de P=a0+a1X+⋯+anXn sont ses coefficients a0,…,an.
- Dans Mn,p(R) : la famille des matrices élémentaires Ei,j, où Ei,j est la matrice dont tous les coefficients sont nuls sauf celui d'indice (i,j), égal à 1. Elle compte np matrices, et les coordonnées de A=(ai,j) sont ses coefficients.
Démonstration dans le cas de Rn. La famille est génératrice, comme on l'a vu en section 1. Pour la liberté, soient λ1,…,λn des réels tels que λ1e1+⋯+λnen=0Rn. Le membre de gauche vaut (λ1,λ2,…,λn), et l'égalité de deux n-uplets est l'égalité de leurs coordonnées une à une : λ1=⋯=λn=0. Les deux autres cas se traitent de la même façon, en identifiant les coefficients des puissances de X pour Rn[X], et les coefficients de la matrice pour Mn,p(R). □
Exemple
Les matrices élémentaires de M2(R). Ce sont
E1,1=(1000),E1,2=(0010),E2,1=(0100),E2,2=(0001),et toute matrice de M2(R) s'écrit (acbd)=aE1,1+bE1,2+cE2,1+dE2,2, d'une seule façon.
Exemple
Une base non canonique de R3, et des coordonnées. La famille B=((1,1,0),(0,1,1),(1,0,1)) est génératrice de R3 (section 1) et libre (section 2) : c'est une base de R3. Les calculs de la section 1 donnent, pour tout (x,y,z),
(x,y,z)=2x+y−z(1,1,0)+2−x+y+z(0,1,1)+2x−y+z(1,0,1).Ainsi les coordonnées de u=(1,2,3) dans B sont 0, 2 et 1, et
MatB(u)=021,alors que ses coordonnées dans la base canonique sont 1, 2 et 3. Un même vecteur, deux colonnes différentes : voilà pourquoi la base doit toujours être nommée.
Dimension
Le théorème fondateur
Définition
Un espace vectoriel E est dit de dimension finie lorsqu'il admet une famille génératrice finie. Dans le cas contraire, il est dit de dimension infinie.
Les espaces au programme sont tous de dimension finie, à deux exceptions près : l'ensemble RN des suites réelles et l'ensemble F(R,R) des fonctions ne le sont pas. Ils resteront des espaces ambiants commodes, mais tous les résultats de cette section ne s'appliqueront qu'à leurs sous-espaces vectoriels de dimension finie.
Propriété
Lemme fondamental (admis). Soit E un espace vectoriel engendré par n vecteurs. Alors toute famille de n+1 vecteurs de E est liée.
Ce résultat est le seul point de la théorie que le programme laisse en dehors des démonstrations exigibles, et tout le reste en découle. Sa signification intuitive est simple : on ne peut pas loger plus de vecteurs indépendants dans un espace qu'il n'en faut pour l'engendrer. Dans R2, par exemple, trois vecteurs sont toujours liés, ce que la géométrie du plan rend évident.
Propriété
Théorème de la dimension. Soit E un espace vectoriel de dimension finie admettant une base de cardinal n. Alors toutes les bases de E ont le même cardinal n.
Démonstration. Soient B=(e1,…,en) et B′=(ε1,…,εm) deux bases de E.
Montrons d'abord m⩽n. La famille B est génératrice de E, donc E est engendré par n vecteurs. Si l'on avait m⩾n+1, la sous-famille (ε1,…,εn+1), formée de n+1 vecteurs, serait liée d'après le lemme fondamental ; or toute famille contenant une famille liée est liée, donc B′ serait liée, ce qui contredit le fait que B′ est une base. Ainsi m⩽n.
En échangeant les rôles de B et de B′, le même raisonnement donne n⩽m. Par double inégalité, m=n. □
Définition
Soit E un espace vectoriel de dimension finie, non réduit à {0E}. On appelle dimension de E, notée dimE, le cardinal commun à toutes ses bases. Par convention, la famille vide est une base de l'espace nul, et
dim{0E}=0.Propriété
Les dimensions à connaître par cœur.
dimRn=n,dimMn,p(R)=np,dimMn(R)=n2,dimRn[X]=n+1.Ces valeurs se lisent directement sur les bases canoniques de la section 3 : n vecteurs ek, np matrices élémentaires Ei,j, et n+1 monômes de 1 à Xn. Le seul piège est le dernier : Rn[X] est de dimension n+1, et non n, parce que le polynôme constant 1 compte. Cette erreur d'une unité coûte des points chaque année.
Base extraite, base incomplète
Propriété
Théorème de la base extraite. Soit E un espace vectoriel de dimension finie, non réduit à {0E}. De toute famille génératrice finie de E, on peut extraire une base de E.
Idée de la démonstration. Partons d'une famille génératrice (x1,…,xp). Si elle est libre, c'est une base et il n'y a rien à faire. Sinon, elle est liée, donc l'un de ses vecteurs est combinaison linéaire des autres ; en le supprimant, on ne change pas le sous-espace engendré, et la famille obtenue est encore génératrice, avec un vecteur de moins. On recommence. Le cardinal diminuant strictement à chaque étape et restant positif, le processus s'arrête : on aboutit à une famille génératrice et libre, c'est-à-dire à une base. □
Une conséquence immédiate mérite d'être isolée : tout espace vectoriel de dimension finie admet au moins une base. C'est ce qui donne un sens à la définition de la dimension.
Propriété
Théorème de la base incomplète. Soient E un espace vectoriel de dimension finie et (x1,…,xr) une famille libre de E. Alors on peut compléter cette famille en une base de E, en lui ajoutant des vecteurs choisis dans une famille génératrice donnée de E.
Idée de la démonstration. Si la famille libre engendre déjà E, c'est une base. Sinon, il existe un vecteur x de E qui n'appartient pas à Vect(x1,…,xr), et l'on peut même le choisir dans une famille génératrice fixée à l'avance : si tous les vecteurs de cette famille génératrice appartenaient au Vect, celui-ci contiendrait E tout entier. La propriété de la section 2 assure que (x1,…,xr,x) est encore libre, avec un vecteur de plus. On recommence. Le processus s'arrête, car le cardinal d'une famille libre est majoré par dimE d'après le lemme fondamental. La famille obtenue est libre et génératrice. □
Ces deux théorèmes se répondent : le premier retire des vecteurs à une famille trop grande, le second en ajoute à une famille trop petite ; dans les deux cas, on atterrit sur une base. Ils ne sont presque jamais utilisés pour construire effectivement une base dans un exercice numérique, mais ils sont des outils de démonstration constants, et le second est la clef de l'existence d'un supplémentaire en section 6, puis du théorème du rang en section 10.
Le théorème central de la dimension finie
Propriété
Cardinal, liberté et caractère générateur. Soit E un espace vectoriel de dimension finie n⩾1, et soit (x1,…,xp) une famille de vecteurs de E.
- Si la famille est libre, alors p⩽n.
- Si la famille est génératrice de E, alors p⩾n.
Démonstration. Point 1. L'espace E possède une base de cardinal n, donc il est engendré par n vecteurs. Si l'on avait p⩾n+1, la sous-famille formée des n+1 premiers vecteurs serait liée d'après le lemme fondamental, et la famille entière le serait aussi. C'est exclu, donc p⩽n.
Point 2. Si la famille est génératrice, le théorème de la base extraite permet d'en extraire une base de E, laquelle possède n vecteurs. Une sous-famille ayant au plus autant d'éléments que la famille, on obtient n⩽p. □
Propriété
Le théorème « libre ou génératrice, au bon cardinal ». Soit E un espace vectoriel de dimension finie n⩾1, et soit (x1,…,xn) une famille de exactement n vecteurs de E. Alors
((x1,…,xn) est une base)⟺(elle est libre)⟺(elle est geˊneˊratrice de E).Démonstration. Une base est libre et génératrice par définition : les deux implications de la gauche vers la droite sont acquises.
Supposons la famille libre. Le théorème de la base incomplète permet de la compléter en une base de E. Cette base contient les n vecteurs de départ, et son cardinal vaut dimE=n d'après le théorème de la dimension. Aucun vecteur n'a donc été ajouté : la famille de départ est elle-même une base.
Supposons maintenant la famille génératrice. Le théorème de la base extraite permet d'en extraire une base de E, dont le cardinal vaut n. Cette base est une sous-famille de n vecteurs d'une famille qui en compte n : c'est la famille tout entière. Elle est donc une base. □
Ce théorème est celui que vous utiliserez le plus souvent dans l'année, car il divise le travail par deux. Pour montrer qu'une famille est une base, il suffit de compter ses vecteurs, de vérifier que le compte tombe sur dimE, puis de démontrer une seule des deux propriétés, la liberté en général, qui se ramène à un système homogène. On ne vérifie jamais les deux.
Exemple
La famille ((1,1,0),(0,1,1),(1,0,1)) compte 3 vecteurs, et dimR3=3. On a montré en section 2 qu'elle est libre : c'est donc une base de R3, et il était inutile de vérifier en plus qu'elle est génératrice, comme nous l'avions fait en section 1.
De même, la famille (1, 1+X, 1+X+X2) compte 3 vecteurs et dimR2[X]=3. Ses polynômes sont non nuls et de degrés distincts, donc elle est libre : c'est une base de R2[X].
En revanche, la famille ((1,0,0),(0,1,0)) ne peut pas être une base de R3, quelle que soit sa liberté : elle ne compte que 2 vecteurs. Et la famille ((1,0,0),(0,1,0),(0,0,1),(1,1,1)) ne peut pas l'être non plus : elle en compte 4, donc elle est nécessairement liée.
Sous-espaces et dimension, rang d'une famille
Dimension d'un sous-espace vectoriel
Propriété
Dimension d'un sous-espace (admis pour la finitude). Soient E un espace vectoriel de dimension finie et F un sous-espace vectoriel de E. Alors F est de dimension finie et
dimF⩽dimE.Démonstration. On admet que F est de dimension finie. Il possède donc une base, disons de cardinal r=dimF. Cette famille est libre dans F ; comme les opérations de F sont celles de E, une combinaison linéaire de ses vecteurs se calcule de la même façon dans E, donc la famille est aussi libre en tant que famille de E. Le théorème du cardinal donne alors r⩽dimE. □
Propriété
Le critère d'égalité par les dimensions. Soient E un espace vectoriel de dimension finie et F un sous-espace vectoriel de E. Alors
(F=E)⟺(dimF=dimE).Démonstration. Si F=E, les dimensions sont évidemment égales.
Réciproquement, supposons dimF=dimE=n. Si n=0, alors F={0E}=E et c'est fini. Supposons n⩾1 et considérons une base B de F : elle compte n vecteurs, et l'argument ci-dessus montre qu'elle est libre en tant que famille de E. C'est donc une famille libre de E de cardinal n=dimE : d'après le théorème central de la section 4, c'est une base de E. Par conséquent
E=Vect(B)=F,la seconde égalité venant de ce que B est une base de F. □
Ce résultat est, à lui seul, l'une des raisons d'être de la notion de dimension. Montrer une égalité de deux sous-espaces vectoriels par double inclusion est souvent long ; ici, une inclusion et une égalité de dimensions suffisent. Le schéma de rédaction est immuable : on établit F⊂E, on calcule les deux dimensions, on constate qu'elles sont égales, on conclut F=E. Attention toutefois : l'inclusion est indispensable. Deux sous-espaces de même dimension n'ont aucune raison d'être égaux, comme le montrent deux droites distinctes du plan.
Rang d'une famille de vecteurs
Définition
Soit (x1,…,xp) une famille finie de vecteurs d'un espace vectoriel E. On appelle rang de cette famille, noté rg(x1,…,xp), la dimension du sous-espace vectoriel qu'elle engendre :
rg(x1,…,xp)=dimVect(x1,…,xp).Le rang mesure le nombre de vecteurs « réellement utiles » de la famille, une fois éliminées les redondances. Il fournit du même coup un critère numérique de liberté et de caractère générateur.
Propriété
Soit (x1,…,xp) une famille de vecteurs d'un espace vectoriel E de dimension finie, et soit r son rang. Alors
r⩽pavec eˊgaliteˊ si et seulement si la famille est libre,r⩽dimEavec eˊgaliteˊ si et seulement si la famille est geˊneˊratrice de E.Démonstration. Notons F=Vect(x1,…,xp). La famille engendre F, donc le point 2 du théorème du cardinal, appliqué dans F, donne dimF⩽p, c'est-à-dire r⩽p. Si r=p, la famille est une famille génératrice de F de cardinal dimF, donc une base de F, donc libre. Réciproquement, si la famille est libre, elle est libre et génératrice de F, donc c'est une base de F, et r=dimF=p.
Pour la seconde ligne, F est un sous-espace vectoriel de E, donc r=dimF⩽dimE ; et l'égalité dimF=dimE équivaut à F=E d'après le critère précédent, c'est-à-dire au fait que la famille engendre E. □
Calcul pratique d'un rang
Méthode
Calculer le rang d'une famille de vecteurs par échelonnement.
- Écrire les vecteurs en lignes dans une matrice, chacun par ses coordonnées dans une base fixée (la base canonique en général).
- Échelonner par le pivot de Gauss, en n'utilisant que les trois opérations élémentaires sur les lignes : échange de deux lignes, multiplication d'une ligne par un réel non nul, ajout à une ligne d'un multiple d'une autre ligne.
- Compter les lignes non nulles de la matrice échelonnée : ce nombre est le rang.
- Lire une base du sous-espace engendré : les lignes non nulles obtenues en conviennent, puisqu'elles engendrent le même sous-espace et forment une famille libre.
Cette méthode repose sur un point qu'il faut savoir justifier : les opérations élémentaires sur les lignes ne changent pas le sous-espace engendré. En effet, échanger deux vecteurs ne modifie pas l'ensemble de leurs combinaisons linéaires ; multiplier un vecteur par λ=0 non plus, puisque l'opération se défait en multipliant par λ1 ; enfin, remplacer xi par xi+λxj donne une famille dont tous les vecteurs sont dans le Vect initial, et l'opération inverse montre l'inclusion réciproque. Le Vect étant conservé, sa dimension l'est aussi.
Reste à savoir pourquoi les lignes non nulles d'une matrice échelonnée forment une famille libre. Supposons une combinaison linéaire de ces lignes égale à la ligne nulle, et considérons la colonne où se trouve le premier pivot, celui de la première ligne : toutes les autres lignes ont un coefficient nul dans cette colonne, donc le coefficient affecté à la première ligne est nul. On répète l'argument avec le deuxième pivot, puis le troisième, et ainsi de suite : tous les coefficients sont nuls.
Exemple
Un calcul de rang dans R4. Déterminons le rang de la famille
u1=(1,2,−1,3),u2=(2,4,1,0),u3=(3,6,0,3),u4=(1,2,2,−3).Écrivons ces vecteurs en lignes et échelonnons. Les opérations L2←L2−2L1, L3←L3−3L1 et L4←L4−L1 donnent
12312462−1102303−3⟶10002000−13333−6−6−6.Les trois dernières lignes sont identiques. Les opérations L3←L3−L2, L4←L4−L2 puis L2←31L2 conduisent à la matrice échelonnée
10002000−11003−200.Il reste deux lignes non nulles, donc
rg(u1,u2,u3,u4)=2,Vect(u1,u2,u3,u4)=Vect((1,2,−1,3), (0,0,1,−2)).La famille est liée, puisque son rang 2 est strictement inférieur à son cardinal 4, et elle n'engendre pas R4, puisque 2<4.
Contrôle. Les relations de dépendance se lisent sur les calculs : u3=u1+u2, car (1+2,2+4,−1+1,3+0)=(3,6,0,3), et u4=u2−u1, car (2−1,4−2,1+1,0−3)=(1,2,2,−3).
Somme, somme directe, sous-espaces supplémentaires
Les cinq premières sections savent mesurer un sous-espace vectoriel. Elles ne savent pas encore le décomposer, c'est-à-dire découper un espace en deux morceaux qui, mis bout à bout, le reconstituent exactement, sans manque et sans recouvrement. C'est l'objet de cette section. Le vocabulaire qu'elle installe, somme directe et sous-espaces supplémentaires, servira jusqu'à la fin du chapitre : c'est lui qui décrira les projecteurs et les symétries de la section 15.
Une précision d'emblée, pour que vous placiez votre effort au bon endroit. Le programme officiel indique qu'aucune démonstration de cette section n'est exigible. Les démonstrations qui suivent sont donc données pour que les énoncés ne tombent pas du ciel, et parce que leurs gestes, comparer deux décompositions et concaténer deux bases, sont exactement ceux que les exercices réclament. Mais ce que l'on attend de vous le jour du concours, c'est de savoir utiliser ces résultats vite et sans hésiter, pas de les redémontrer.
Somme de deux sous-espaces
Définition
Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E. On appelle somme de F et de G, et l'on note F+G, l'ensemble des vecteurs qui s'écrivent comme la somme d'un vecteur de F et d'un vecteur de G :
F+G={u+v;u∈F, v∈G}.Ne confondez pas cette somme avec la réunion F∪G. La réunion contient les vecteurs qui sont dans F ou dans G, et ce n'est presque jamais un sous-espace vectoriel : dans R2, la réunion des deux axes contient (1,0) et (0,1), mais pas leur somme (1,1). La somme F+G, elle, contient tous les vecteurs obtenus en additionnant, et c'est exactement ce qu'il faut ajouter à la réunion pour obtenir un sous-espace vectoriel.
Propriété
La somme est un sous-espace vectoriel, et c'est le plus petit contenant F et G. Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E. Alors F+G est un sous-espace vectoriel de E, il contient F et il contient G ; de plus, tout sous-espace vectoriel H de E contenant F et G contient F+G. On écrit cette dernière propriété
F+G=Vect(F∪G),en convenant que Vect d'une partie de E désigne le plus petit sous-espace vectoriel de E qui la contient, ce qui prolonge la notation de la section 1.
Démonstration. Montrons d'abord que F+G est un sous-espace vectoriel de E. Il est inclus dans E, puisque F et G le sont et que E est stable par addition. Il contient 0E, car 0E=0E+0E avec 0E∈F et 0E∈G : il n'est donc pas vide. Soient enfin w et w′ dans F+G et soient λ, μ deux réels. Il existe u, u′ dans F et v, v′ dans G tels que w=u+v et w′=u′+v′, d'où
λw+μw′=λ(u+v)+μ(u′+v′)=(λu+μu′)+(λv+μv′).Le premier terme appartient à F et le second à G, ces deux sous-espaces étant stables par combinaison linéaire ; donc λw+μw′∈F+G. La caractérisation des sous-espaces vectoriels s'applique.
Ensuite, F+G contient F, car tout u∈F s'écrit u=u+0E avec 0E∈G ; il contient G pour la même raison.
Enfin, soit H un sous-espace vectoriel de E contenant F et G. Pour u∈F et v∈G, les vecteurs u et v appartiennent tous deux à H, donc leur somme aussi, H étant stable par addition. Ainsi F+G⊂H. □
Propriété
Générateurs d'une somme. Si F=Vect(f1,…,fq) et G=Vect(g1,…,gr), alors
F+G=Vect(f1,…,fq,g1,…,gr).Démonstration. Notons H=Vect(f1,…,fq,g1,…,gr). C'est un sous-espace vectoriel qui contient chacun des fi, donc il contient F d'après la propriété du plus petit sous-espace vectoriel de la section 1 ; il contient de même G. La propriété précédente donne alors F+G⊂H.
Réciproquement, chaque fi appartient à F, donc à F+G, et chaque gj appartient à G, donc à F+G. Comme F+G est un sous-espace vectoriel contenant ces q+r vecteurs, il contient le sous-espace qu'ils engendrent, c'est-à-dire H. □
C'est sous cette forme que la somme se calcule en exercice : pour obtenir une famille génératrice de F+G, on met bout à bout une famille génératrice de F et une famille génératrice de G. Le rang de la famille obtenue, calculé au pivot comme en section 5, donne dim(F+G).
Exemple
Dans R3, soient F=Vect((1,1,0), (1,0,1)) et G=Vect((0,1,−1)). Alors F+G=Vect((1,1,0), (1,0,1), (0,1,−1)), et le rang de cette famille se calcule en écrivant les trois vecteurs en lignes. Les opérations L2←L2−L1 puis L3←L3+L2 donnent
11010101−1⟶1001−1101−1⟶1001−10010.Il reste deux lignes non nulles, donc dim(F+G)=2. Or dimF=2, puisque (1,1,0) et (1,0,1) ne sont pas colinéaires, et F⊂F+G : le critère d'égalité par les dimensions de la section 5 donne F+G=F. Autrement dit, G n'apportait rien, et l'on s'en assure directement, car (0,1,−1)=(1,1,0)−(1,0,1).
Somme directe
Définition
Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E. On dit que la somme F+G est directe lorsque tout vecteur w de F+G se décompose d'une unique façon sous la forme
w=u+v,u∈F,v∈G.On note alors cette somme F⊕G.
L'existence d'une telle écriture est acquise pour tout vecteur de F+G, par définition même de la somme ; c'est l'unicité qui est en jeu, exactement comme au théorème des coordonnées de la section 3. Et de même que la liberté d'une famille se lit sur la seule décomposition du vecteur nul, le caractère direct d'une somme se lit sur la seule intersection des deux sous-espaces. C'est le théorème suivant, et c'est le résultat le plus utilisé de la section.
Propriété
Caractérisation d'une somme directe. Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E. Alors
(la somme F+G est directe)⟺(F∩G={0E}).Démonstration. Supposons d'abord la somme directe, et soit x∈F∩G. Ce vecteur appartient à F+G, et il y admet les deux décompositions
x=x+0Eetx=0E+x,la première avec x∈F et 0E∈G, la seconde avec 0E∈F et x∈G. L'unicité de la décomposition force ces deux écritures à coïncider, donc x=0E. Ainsi F∩G⊂{0E}, et l'inclusion réciproque est claire, 0E appartenant à tout sous-espace vectoriel.
Réciproquement, supposons F∩G={0E}, et soit w∈F+G admettant deux décompositions
w=u+v=u′+v′,u,u′∈F,v,v′∈G.En regroupant d'un côté les termes de F et de l'autre ceux de G,
u−u′=v′−v.Le membre de gauche appartient à F, le membre de droite à G, ces deux sous-espaces étant stables par différence : ce vecteur commun appartient donc à F∩G={0E}. D'où u−u′=0E et v′−v=0E, c'est-à-dire u=u′ et v=v′. Les deux décompositions coïncident. □
Retenez le geste de la réciproque, car c'est celui que l'on rédige : on écrit deux décompositions, on fait passer d'un côté ce qui vit dans F et de l'autre ce qui vit dans G, et l'on conclut que le vecteur ainsi isolé est dans l'intersection. En pratique, montrer qu'une somme est directe ne demande donc jamais de manipuler des décompositions. On résout le système qui décrit F∩G, et l'on vérifie qu'il n'a que la solution nulle.
Sous-espaces supplémentaires
Définition
Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E. On dit que F et G sont supplémentaires dans E lorsque
E=F⊕G,c'est-à-dire lorsque tout vecteur de E s'écrit d'une unique façon comme la somme d'un vecteur de F et d'un vecteur de G. On dit aussi que G est un supplémentaire de F dans E.
Deux mises en garde de vocabulaire. D'abord, « supplémentaire » n'est pas « complémentaire » : le complémentaire de F dans E est l'ensemble des vecteurs qui ne sont pas dans F, et ce n'est jamais un sous-espace vectoriel, puisqu'il ne contient pas 0E. Ensuite, et l'article indéfini de la définition l'annonce, un supplémentaire n'est pas unique : on dit « un » supplémentaire, jamais « le » supplémentaire. L'exemple qui suit montre à quel point.
Exemple
Une droite du plan a une infinité de supplémentaires. Dans E=R2, soit F=Vect((1,0)), l'axe des abscisses. Pour tout réel a, posons Ga=Vect((a,1)), et montrons que F et Ga sont supplémentaires dans R2.
L'intersection est nulle. Soit x∈F∩Ga : il existe des réels λ et μ tels que x=λ(1,0) et x=μ(a,1). L'égalité des secondes coordonnées donne 0=μ, donc x=0R2.
La somme vaut R2. Soit (x,y)∈R2. Cherchons λ et μ tels que (x,y)=λ(1,0)+μ(a,1)=(λ+μa, μ). La seconde coordonnée impose μ=y, puis la première λ=x−ay. La décomposition existe donc, et elle s'écrit
(x,y)=(x−ay)(1,0)+y(a,1).Ainsi R2=F⊕Ga pour tout réel a. Une même droite admet donc une infinité de supplémentaires, deux à deux distincts, et il n'y a aucun sens à parler du supplémentaire de F. Géométriquement, décomposer un vecteur sur F et Ga, c'est le projeter sur l'axe des abscisses en suivant la direction de Ga : changer a, c'est changer la direction de projection.
Propriété
Existence d'un supplémentaire en dimension finie. Soient E un espace vectoriel de dimension finie et F un sous-espace vectoriel de E. Alors F admet au moins un supplémentaire dans E.
Démonstration. Posons n=dimE. Si F={0E}, le sous-espace G=E convient, car F+G=E et F∩G={0E} ; si F=E, c'est G={0E} qui convient, pour les mêmes raisons. Écartons ces deux cas et posons q=dimF, avec 1⩽q<n.
Soit (f1,…,fq) une base de F. C'est une famille libre de E, et le théorème de la base incomplète (section 4) permet de la compléter en une base de E,
B=(f1,…,fq,g1,…,gn−q).Posons G=Vect(g1,…,gn−q).
La somme vaut E. D'après la propriété des générateurs d'une somme,
F+G=Vect(f1,…,fq,g1,…,gn−q)=E,la dernière égalité venant de ce que B est une base de E, donc une famille génératrice.
L'intersection est nulle. Soit x∈F∩G. Comme x∈F, il existe des réels α1,…,αq tels que x=α1f1+⋯+αqfq ; comme x∈G, il existe des réels β1,…,βn−q tels que x=β1g1+⋯+βn−qgn−q. En soustrayant ces deux écritures,
α1f1+⋯+αqfq−β1g1−⋯−βn−qgn−q=0E.La famille B étant libre, tous ces coefficients sont nuls, et x=0E. La somme vaut E et son intersection est réduite au vecteur nul : d'après la caractérisation des sommes directes, E=F⊕G. □
Ce théorème est un résultat d'existence, non de construction imposée : sa démonstration fabrique bien un supplémentaire, mais l'exemple précédent rappelle qu'il en existe en général une infinité d'autres. En exercice, on n'écrit donc jamais « soit G le supplémentaire de F » ; on écrit « soit G un supplémentaire de F », et le plus souvent on en exhibe un explicitement.
Concaténation de bases
Propriété
Concaténation de bases. Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E, non réduits à {0E} et de dimension finie, soit BF=(f1,…,fq) une base de F et soit BG=(g1,…,gr) une base de G. Notons
B=(f1,…,fq,g1,…,gr)la famille obtenue en mettant BF et BG bout à bout. Alors
(E=F⊕G)⟺(B est une base de E).Démonstration. Supposons E=F⊕G.
La famille B engendre E. D'après la propriété des générateurs d'une somme, Vect(B)=F+G=E.
La famille B est libre. Soient α1,…,αq et β1,…,βr des réels tels que
α1f1+⋯+αqfq+β1g1+⋯+βrgr=0E.Posons u=α1f1+⋯+αqfq, qui appartient à F, et v=β1g1+⋯+βrgr, qui appartient à G. La relation s'écrit u+v=0E, donc u=−v : ce vecteur appartient à la fois à F et à G, donc à F∩G={0E}. Ainsi u=0E et v=0E. La liberté de BF donne alors α1=⋯=αq=0, et celle de BG donne β1=⋯=βr=0.
Réciproquement, supposons que B soit une base de E. Alors F+G=Vect(B)=E. Soit maintenant x∈F∩G : il existe des réels α1,…,αq et β1,…,βr tels que
x=α1f1+⋯+αqfqetx=β1g1+⋯+βrgr.En soustrayant, on obtient une combinaison linéaire nulle des vecteurs de B, dont la liberté annule tous les coefficients : x=0E. La somme vaut E et elle est directe, donc E=F⊕G. □
Cette équivalence matérialise la décomposition, et c'est l'outil de calcul de la section. Si l'on sait que E=F⊕G, on obtient une base de E en juxtaposant une base de F et une base de G ; réciproquement, pour prouver que deux sous-espaces sont supplémentaires, il suffit de constater que la juxtaposition de leurs bases est une base de E, ce qui, au bon cardinal, se ramène à une seule vérification de liberté (section 4).
Dimension d'une somme
Propriété
Dimension d'une somme de deux sous-espaces. Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de dimension finie d'un espace vectoriel E. Alors
dim(F+G)=dimF+dimG−dim(F∩G).Démonstration. Posons d=dim(F∩G), q=dimF et r=dimG. L'intersection F∩G est un sous-espace vectoriel de F et de G, donc d⩽q et d⩽r.
Choisissons une base (w1,…,wd) de F∩G, en convenant qu'il s'agit de la famille vide si d=0. C'est une famille libre de F, que le théorème de la base incomplète permet de compléter en une base
(w1,…,wd,u1,…,uq−d)de F;c'est aussi une famille libre de G, que l'on complète de même en une base
(w1,…,wd,v1,…,vr−d)de G.Montrons que la famille
F=(w1,…,wd,u1,…,uq−d,v1,…,vr−d),qui compte d+(q−d)+(r−d)=q+r−d vecteurs, est une base de F+G.
Elle engendre F+G. Les wi et les uj engendrent F, les wi et les vk engendrent G ; d'après la propriété des générateurs d'une somme, la famille F engendre F+G.
Elle est libre. Soient des réels α1,…,αd, β1,…,βq−d et γ1,…,γr−d tels que
i=1∑dαiwi+j=1∑q−dβjuj+k=1∑r−dγkvk=0E.Posons z=∑k=1r−dγkvk. La relation donne
z=−i=1∑dαiwi−j=1∑q−dβjuj.Le membre de droite est une combinaison linéaire de vecteurs de F, donc z∈F ; et z est par construction une combinaison linéaire de vecteurs de G, donc z∈G. Ainsi z∈F∩G, et z se décompose sur la base (w1,…,wd) de cette intersection : il existe des réels δ1,…,δd tels que z=∑i=1dδiwi. En comparant avec la définition de z,
k=1∑r−dγkvk−i=1∑dδiwi=0E.Cette combinaison porte sur les vecteurs de la base (w1,…,wd,v1,…,vr−d) de G, qui est libre : tous les γk sont nuls, et tous les δi aussi. La relation de départ se réduit alors à
i=1∑dαiwi+j=1∑q−dβjuj=0E,combinaison linéaire nulle des vecteurs de la base (w1,…,wd,u1,…,uq−d) de F, qui est libre elle aussi : tous les αi et tous les βj sont nuls.
La famille F est donc une base de F+G, et dim(F+G)=q+r−d. □
Cette formule se lit comme celle du cardinal d'une réunion d'ensembles finis : on additionne les deux dimensions, puis l'on retranche ce qui a été compté deux fois, à savoir la partie commune. Elle a une conséquence immédiate, et c'est elle que l'on utilise le plus.
Propriété
Dimension d'une somme directe, cas des supplémentaires. Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de dimension finie de E.
- Si la somme F+G est directe, alors dim(F⊕G)=dimF+dimG.
- Si E est de dimension finie et si F et G sont supplémentaires dans E, alors
Démonstration. Point 1. Si la somme est directe, alors F∩G={0E}, donc dim(F∩G)=0, et la formule précédente donne dim(F+G)=dimF+dimG.
Point 2. Si E=F⊕G, alors dimE=dim(F⊕G)=dimF+dimG d'après le point 1. □
La réciproque du point 2 est fausse, et c'est une erreur classique : l'égalité des dimensions ne suffit pas. Dans R2, les deux sous-espaces F=G=Vect((1,0)) vérifient dimF+dimG=1+1=2=dimR2, et pourtant ils ne sont pas supplémentaires : leur somme vaut F et non R2, et leur intersection vaut F et non {0R2}. C'est précisément pour cela que le théorème suivant réclame deux conditions, et non une seule.
Le théorème pratique : deux conditions sur trois
Propriété
Caractérisation des sous-espaces supplémentaires en dimension finie. Soient E un espace vectoriel de dimension finie et F, G deux sous-espaces vectoriels de E. Considérons les trois conditions
(i) F∩G={0E},(ii) F+G=E,(iii) dimF+dimG=dimE.Si deux de ces trois conditions sont vérifiées, alors la troisième l'est aussi, et E=F⊕G.
Démonstration. Si (i) et (ii) sont vérifiées, la somme vaut E d'après (ii), et elle est directe d'après (i) et la caractérisation des sommes directes : ainsi E=F⊕G, et (iii) découle alors de la propriété précédente.
Supposons (i) et (iii). Comme F∩G={0E}, la formule de la dimension d'une somme donne
dim(F+G)=dimF+dimG−0=dimE.Or F+G est un sous-espace vectoriel de E de même dimension que E : le critère d'égalité par les dimensions (section 5) donne F+G=E, c'est-à-dire (ii).
Supposons enfin (ii) et (iii). La formule de la dimension d'une somme s'écrit alors
dimE=dim(F+G)=dimF+dimG−dim(F∩G)=dimE−dim(F∩G),d'où dim(F∩G)=0, c'est-à-dire F∩G={0E}, ce qui est (i). □
Méthode
Montrer que deux sous-espaces F et G sont supplémentaires dans E. On vérifie deux choses sur trois, jamais les trois : l'intersection nulle, la somme égale à E, et l'addition des dimensions. Le couple le plus rapide est presque toujours le même.
- Compter les dimensions. Exhiber une base de F et une base de G, en déduire dimF et dimG, et vérifier que dimF+dimG=dimE. Si le compte ne tombe pas juste, les deux sous-espaces ne sont pas supplémentaires, et c'est terminé en trois lignes.
- Montrer que F∩G={0E}. Prendre x dans l'intersection, écrire les conditions d'appartenance à F et à G, résoudre le système obtenu, conclure que seule la solution nulle convient. Ne jamais se contenter de constater que les générateurs de F ne sont pas ceux de G : ce n'est pas un argument.
- Conclure en citant le théorème : « dimF+dimG=dimE et F∩G={0E}, donc E=F⊕G ».
Deux variantes utiles. Si dimE n'est pas connue, on établit à la place l'intersection nulle et la somme F+G=E, cette dernière par un calcul explicite de décomposition. Et si l'on dispose déjà d'une base de F et d'une base de G, il revient au même de montrer que leur juxtaposition est une base de E : au bon cardinal, une vérification de liberté suffit.
Deux exemples entièrement traités
Exemple
Un plan et une droite de R3. Soient
F={(x,y,z)∈R3;x+2y−z=0}etG=Vect((1,0,0)).Montrons que R3=F⊕G.
Les dimensions. L'équation de F donne z=x+2y, les paramètres étant x et y :
(x,y,z)=(x, y, x+2y)=x(1,0,1)+y(0,1,2),donc F=Vect((1,0,1), (0,1,2)). Ces deux vecteurs ne sont pas colinéaires, donc ils forment une base de F et dimF=2. Par ailleurs dimG=1, et
dimF+dimG=2+1=3=dimR3.L'intersection. Soit u∈F∩G. Comme u∈G, il existe un réel t tel que u=(t,0,0) ; comme u∈F, ses coordonnées vérifient l'équation de F, soit t+2×0−0=0, donc t=0 et u=(0,0,0). Ainsi F∩G={0R3}.
Deux conditions sur trois sont vérifiées : R3=F⊕G.
La décomposition explicite. Soit u=(x,y,z). On cherche le réel t tel que u−(t,0,0) appartienne à F, c'est-à-dire (x−t)+2y−z=0, soit t=x+2y−z. La décomposition de u est donc
(x,y,z)=(z−2y, y, z)+(x+2y−z, 0, 0),le premier terme appartenant à F, car (z−2y)+2y−z=0, et le second à G.
Contrôle numérique. Pour u=(1,2,3), on obtient t=1+4−3=2, donc la part dans G est (2,0,0) et la part dans F est (3−4, 2, 3)=(−1,2,3). Ce dernier vecteur est bien dans F, car −1+4−3=0, et la somme redonne (−1+2, 2, 3)=(1,2,3).
Une base par concaténation. La famille ((1,0,1), (0,1,2), (1,0,0)), formée d'une base de F suivie d'une base de G, est donc une base de R3.
Exemple
Une décomposition de R3[X]. Posons F=Vect(1,X) et G=Vect(X2,X3), deux sous-espaces vectoriels de E=R3[X]. Montrons que
R3[X]=F⊕G.Deux bases. Les polynômes 1 et X sont non nuls et de degrés distincts, donc la famille (1,X) est libre (section 2) : c'est une base de F, et dimF=2. De même, (X2,X3) est une base de G et dimG=2.
Par concaténation. La famille obtenue en mettant ces deux bases bout à bout est (1,X,X2,X3), c'est-à-dire la base canonique de R3[X]. C'est donc une base de E, et le théorème de concaténation donne immédiatement E=F⊕G.
Par l'autre voie. On peut aussi invoquer le théorème pratique. D'une part dimF+dimG=2+2=4=dimR3[X]. D'autre part, soit P∈F∩G : il existe des réels a, b, c, d tels que P=a+bX et P=cX2+dX3, d'où
a+bX−cX2−dX3=0.La famille (1,X,X2,X3) étant libre, a=b=c=d=0, donc P=0. Deux conditions sur trois : les deux sous-espaces sont supplémentaires.
La décomposition explicite. Elle consiste à couper le polynôme en deux selon les degrés. Pour P=a0+a1X+a2X2+a3X3,
P=(a0+a1X)+(a2X2+a3X3),le premier terme dans F, le second dans G. Ainsi 2−X+5X3 se décompose en (2−X)+5X3, et cette écriture est la seule possible.
Ces deux exemples donnent le mode d'emploi complet de la section. On reconnaît une somme directe en calculant une intersection, on la confirme par les dimensions, et l'on s'en sert pour décomposer les vecteurs, ce qui est le but recherché. La section 15 montrera que cette décomposition est exactement ce que réalise un projecteur, et le chapitre bouclera ainsi sur lui-même.
Applications linéaires
Définition et premières propriétés
Définition
Soient E et F deux R-espaces vectoriels. Une application f:E⟶F est dite linéaire lorsqu'elle vérifie les deux conditions suivantes :
∀(x,y)∈E2,f(x+y)=f(x)+f(y),et∀x∈E, ∀λ∈R,f(λx)=λf(x).L'ensemble des applications linéaires de E dans F est noté L(E,F).
Propriété
Caractérisation en une seule ligne. Une application f:E⟶F est linéaire si et seulement si
∀(x,y)∈E2, ∀(λ,μ)∈R2,f(λx+μy)=λf(x)+μf(y).Démonstration. Si f est linéaire, alors f(λx+μy)=f(λx)+f(μy)=λf(x)+μf(y), en utilisant successivement les deux conditions de la définition. Réciproquement, si la condition unique est vérifiée, il suffit de la spécialiser : avec λ=μ=1, on obtient f(x+y)=f(x)+f(y) ; avec μ=0, on obtient f(λx)=λf(x)+0⋅f(y)=λf(x). □
C'est cette forme condensée que l'on utilise systématiquement en exercice : elle traite les deux vérifications d'un coup, et c'est elle que le correcteur attend.
Propriété
Soit f∈L(E,F). Alors
f(0E)=0F,∀x∈E, f(−x)=−f(x),et, pour toute famille (x1,…,xp) de vecteurs de E et tous réels λ1,…,λp,
f(k=1∑pλkxk)=k=1∑pλkf(xk).Démonstration. Pour la première égalité, appliquons la linéarité avec λ=0 et x=0E : f(0E)=f(0⋅0E)=0⋅f(0E)=0F. Pour la deuxième, f(−x)=f((−1)x)=(−1)f(x)=−f(x). La troisième s'obtient par récurrence immédiate sur p, le cas p=2 étant la caractérisation ci-dessus. □
La relation f(0E)=0F fournit un test d'élimination très rapide : si l'on constate que f(0E)=0F, alors f n'est pas linéaire, et c'est démontré en une ligne. La troisième égalité, elle, est le cœur du chapitre : une application linéaire transporte les combinaisons linéaires, et c'est ce qui permettra de la connaître entièrement à partir de l'image d'une base.
Exemples et contre-exemples
Exemple
Cinq applications linéaires de référence.
a. f:R3⟶R2 définie par f(x,y,z)=(x+2y−z, 3x−y). Plus généralement, toute application dont les coordonnées de l'image sont des expressions du premier degré sans terme constant en les coordonnées de départ est linéaire.
b. L'application de dérivation D:Rn[X]⟶Rn[X], P⟼P′, car (λP+μQ)′=λP′+μQ′.
c. Pour A∈Mn(R) fixée, l'application ΦA:Mn(R)⟶Mn(R), M⟼AM, car A(λM+μN)=λAM+μAN par distributivité du produit matriciel.
d. L'application de décalage T:RN⟶RN qui à une suite u=(uk)k∈N associe la suite T(u)=(uk+1)k∈N. En effet, le terme d'indice k de T(λu+μv) vaut λuk+1+μvk+1, qui est le terme d'indice k de λT(u)+μT(v).
e. L'application φ:Rn[X]⟶R, P⟼P(1), car (λP+μQ)(1)=λP(1)+μQ(1).
Exemple
Trois contre-exemples.
a. f:R⟶R, x⟼x2, n'est pas linéaire : f(1+1)=4 alors que f(1)+f(1)=2.
b. g:R2⟶R2, (x,y)⟼(x+1,y), n'est pas linéaire : g(0,0)=(1,0)=(0,0). Le test du vecteur nul suffit.
c. h:Mn(R)⟶Mn(R), M⟼M2, n'est pas linéaire : h(2M)=4M2 alors que 2h(M)=2M2, et ces matrices diffèrent dès que M2=0.
Méthode
Montrer qu'une application est linéaire. Trois temps.
- Vérifier les ensembles de départ et d'arrivée : f est bien définie de E dans F, et E et F sont des espaces vectoriels. Ce point n'est pas cosmétique : lorsque f est définie sur Rn[X], il faut s'assurer que l'image reste de degré inférieur ou égal à n.
- Poser : « soient x et y dans E, et soient λ et μ deux réels ».
- Calculer f(λx+μy) en revenant à l'expression de f, et aboutir à λf(x)+μf(y). Conclure par une phrase.
Pour montrer qu'une application n'est pas linéaire, on donne un contre-exemple numérique explicite : le test f(0E)=0F en priorité, sinon deux vecteurs concrets et une inégalité chiffrée.
Vocabulaire
Définition
Soient E et F deux espaces vectoriels et f∈L(E,F).
- Si F=E, l'application f est un endomorphisme de E. On note L(E) l'ensemble des endomorphismes de E.
- Si f est bijective, c'est un isomorphisme de E sur F. Les espaces E et F sont alors dits isomorphes.
- Si f est à la fois un endomorphisme et bijective, c'est un automorphisme de E.
Les deux endomorphismes les plus simples sont l'application nulle, qui envoie tout vecteur sur 0E, et l'identité idE, définie par idE(x)=x. Plus généralement, pour α réel, l'application x⟼αx est un endomorphisme de E, appelé homothétie de rapport α ; c'est un automorphisme dès que α=0.
Opérations sur les applications linéaires
Propriété
L'espace vectoriel L(E,F). Soient f et g dans L(E,F) et soient λ, μ des réels. L'application λf+μg, définie par (λf+μg)(x)=λf(x)+μg(x), appartient encore à L(E,F). Ainsi L(E,F) est un sous-espace vectoriel de l'ensemble F(E,F) des applications de E dans F : c'est donc lui-même un espace vectoriel. En particulier, l'ensemble L(E) des endomorphismes de E est un espace vectoriel.
Démonstration. L'application nulle est linéaire, donc L(E,F) n'est pas vide. Soient f, g linéaires, λ, μ réels, et posons h=λf+μg. Pour x, y dans E et α, β réels,
h(αx+βy)=λf(αx+βy)+μg(αx+βy)=λ(αf(x)+βf(y))+μ(αg(x)+βg(y)),et en rassemblant les termes en α et ceux en β,
h(αx+βy)=α(λf(x)+μg(x))+β(λf(y)+μg(y))=αh(x)+βh(y).Donc h est linéaire. □
Ce résultat change le statut des applications linéaires : elles ne sont plus seulement des outils qui agissent sur des vecteurs, elles deviennent elles-mêmes des vecteurs, que l'on additionne et que l'on multiplie par un réel. On pourra donc parler d'une famille libre d'applications linéaires, du sous-espace engendré par deux endomorphismes, ou encore de la dimension de L(E,F), que la section 13 calculera en identifiant chaque application linéaire à sa matrice.
Propriété
Composée. Soient E, F, G trois espaces vectoriels, f∈L(E,F) et g∈L(F,G). Alors g∘f∈L(E,G).
Démonstration. Soient x, y dans E et λ, μ réels. En utilisant d'abord la linéarité de f, puis celle de g,
(g∘f)(λx+μy)=g(λf(x)+μf(y))=λg(f(x))+μg(f(y))=λ(g∘f)(x)+μ(g∘f)(y).Donc g∘f est linéaire. □
Pour un endomorphisme f de E, la composée f∘f a un sens, puisque l'espace d'arrivée est aussi l'espace de départ. Cela autorise à parler des puissances de f.
Définition
Puissances d'un endomorphisme. Soit f∈L(E). On note f2=f∘f, et l'on définit de proche en proche les puissances de f par
f0=idE,fk+1=fk∘fpour tout k∈N.Chaque fk est un endomorphisme de E, et fk∘fm=fk+m pour tous entiers naturels k et m.
Notez bien la convention f0=idE, qui joue pour les endomorphismes le rôle que A0=In joue pour les matrices carrées : sans elle, aucune formule sommatoire ne serait écrivable. La composition dans L(E) se comporte d'ailleurs exactement comme le produit matriciel du premier semestre, et hérite du même piège : elle n'est pas commutative. En général f∘g=g∘f, si bien que l'identité (f+g)2=f2+2f∘g+g2 est fausse ; le développement correct est f2+f∘g+g∘f+g2. En revanche, la composition est distributive sur l'addition : f∘(g+h)=f∘g+f∘h et (g+h)∘f=g∘f+h∘f.
Exemple
Prenons E=R2[X], l'endomorphisme de dérivation D, et l'endomorphisme M défini par M(a+bX+cX2)=aX+bX2, dont la linéarité se vérifie sans peine sur les coefficients. Alors
D(M(a+bX+cX2))=D(aX+bX2)=a+2bX,tandis que
M(D(a+bX+cX2))=M(b+2cX)=bX+2cX2.Ces deux résultats diffèrent, par exemple pour P=1 : on obtient 1 d'un côté, et 0 de l'autre. La composition n'est donc pas commutative.
Noyau et image
Deux sous-espaces vectoriels attachés à f
Définition
Soient E et F deux espaces vectoriels et f∈L(E,F).
- Le noyau de f est l'ensemble des vecteurs de E dont l'image est nulle :
- L'image de f est l'ensemble des images des vecteurs de E :
Retenez d'emblée où vivent ces deux ensembles, car les confondre est une faute grave : Kerf est une partie de l'espace de départ E, tandis que Imf est une partie de l'espace d'arrivée F. Une phrase telle que « Kerf est un sous-espace vectoriel de F » signale au correcteur que la notion n'est pas comprise.
Propriété
Soit f∈L(E,F). Alors Kerf est un sous-espace vectoriel de E, et Imf est un sous-espace vectoriel de F.
Démonstration. Traitons d'abord le noyau. Par définition, Kerf⊂E. Comme f(0E)=0F, le vecteur 0E appartient à Kerf, qui n'est donc pas vide. Soient maintenant x et y dans Kerf et soient λ, μ deux réels. La linéarité de f donne
f(λx+μy)=λf(x)+μf(y)=λ0F+μ0F=0F,donc λx+μy∈Kerf. La caractérisation des sous-espaces vectoriels s'applique.
Passons à l'image. Par définition, Imf⊂F. Comme 0F=f(0E), le vecteur 0F appartient à Imf. Soient y et y′ dans Imf et soient λ, μ deux réels : il existe x et x′ dans E tels que y=f(x) et y′=f(x′). Alors
λy+μy′=λf(x)+μf(x′)=f(λx+μx′),et ce vecteur est bien l'image d'un élément de E, à savoir λx+μx′. Donc λy+μy′∈Imf, et Imf est un sous-espace vectoriel de F. □
Cette propriété a une conséquence pratique que les exercices exploitent sans arrêt : pour montrer qu'un ensemble est un sous-espace vectoriel, il suffit parfois de le reconnaître comme le noyau d'une application linéaire bien choisie. L'ensemble des triplets vérifiant x+2y−z=0 est le noyau de (x,y,z)⟼x+2y−z ; l'ensemble des matrices qui commutent avec A est le noyau de M⟼AM−MA. Une ligne de rédaction remplace alors toute une vérification.
Injectivité et surjectivité
Propriété
Caractérisation de l'injectivité. Soit f∈L(E,F). Alors
f est injective⟺Kerf={0E}.Démonstration. Supposons f injective, et soit x∈Kerf. Alors f(x)=0F=f(0E), et l'injectivité donne x=0E. Ainsi Kerf⊂{0E} ; l'inclusion réciproque est acquise puisque f(0E)=0F. D'où l'égalité.
Réciproquement, supposons Kerf={0E}, et soient x et y dans E tels que f(x)=f(y). Alors f(x)−f(y)=0F, et la linéarité de f permet d'écrire
f(x−y)=f(x)−f(y)=0F.Le vecteur x−y appartient donc à Kerf, qui est réduit à {0E} : ainsi x−y=0E, c'est-à-dire x=y. L'application f est injective. □
Voilà l'un des théorèmes les plus rentables du programme. Prouver l'injectivité d'une application quelconque demande de manipuler deux antécédents ; pour une application linéaire, il suffit de résoudre un système homogène. Notez bien la rédaction attendue de la conclusion : on écrit Kerf={0E}, et non « Kerf=0 », ni « Kerf=∅ ». Cette dernière écriture est doublement fautive, puisque le noyau contient toujours le vecteur nul et n'est donc jamais vide.
Propriété
Caractérisation de la surjectivité. Soit f∈L(E,F). Alors
f est surjective⟺Imf=F.C'est ici la simple traduction de la définition de la surjectivité : tout vecteur de F admet un antécédent, c'est-à-dire appartient à Imf. L'inclusion Imf⊂F étant toujours vraie, seule l'inclusion réciproque est à établir. Et lorsque F est de dimension finie, le critère d'égalité par les dimensions de la section 5 ramène cette vérification à un calcul de dimension, ce qui est bien plus rapide.
Comment les calculer
Méthode
Déterminer Kerf et Imf.
Pour le noyau : on résout l'équation f(x)=0F d'inconnue x. Concrètement, on écrit x avec ses coordonnées, on traduit l'équation en système linéaire homogène, on le résout par le pivot, puis on met l'ensemble des solutions sous forme de Vect en séparant les paramètres. La famille obtenue est en général une base du noyau, ce qui donne dimKerf dans la foulée.
Pour l'image : on n'essaie jamais de décrire directement l'ensemble des f(x). On part d'une base (e1,…,en) de E et l'on utilise le fait que
Imf=Vect(f(e1),…,f(en)),établi à la section suivante. On calcule donc les n images f(ek), puis on extrait de cette famille génératrice une famille libre, par échelonnement : on obtient une base de Imf et son rang.
Contrôle systématique : la somme dimKerf+dimImf doit valoir dimE (théorème du rang, section 10). Si ce n'est pas le cas, il y a une erreur de calcul, et il est inutile d'aller plus loin.
Exemple
Un exemple entièrement traité. Soit f l'endomorphisme de R3 défini par
f(x,y,z)=(x+y−z, 2x−y+z, x−2y+2z).Sa linéarité est immédiate, chaque coordonnée de l'image étant du premier degré sans terme constant.
Le noyau. L'équation f(x,y,z)=(0,0,0) équivaut au système
⎩⎨⎧x+y−z=02x−y+z=0x−2y+2z=0Les opérations L2←L2−2L1 et L3←L3−L1 donnent toutes deux la même équation −3y+3z=0, c'est-à-dire y=z. En reportant dans la première équation, x=−y+z=0. Les solutions sont donc les triplets (0,t,t) avec t∈R, et
Kerf=Vect((0,1,1)),dimKerf=1.Comme le noyau n'est pas réduit au vecteur nul, f n'est pas injective.
L'image. Calculons les images des vecteurs de la base canonique :
f(e1)=(1,2,1),f(e2)=(1,−1,−2),f(e3)=(−1,1,2).On observe que f(e3)=−f(e2), ce troisième vecteur est donc superflu, et
Imf=Vect((1,2,1), (1,−1,−2)).Ces deux vecteurs ne sont pas colinéaires, car (1,2,1) n'est pas multiple de (1,−1,−2) : la famille est libre, c'est une base de l'image, et dimImf=2. Comme 2<3=dimR3, l'application f n'est pas surjective.
Contrôle. On a bien dimKerf+dimImf=1+2=3=dimR3. Vérifions de plus que (0,1,1) est bien dans le noyau : f(0,1,1)=(0+1−1, 0−1+1, 0−2+2)=(0,0,0).
Image d'une famille, application déterminée par l'image d'une base
Ce que f fait aux familles
Propriété
Image d'une famille génératrice. Soit f∈L(E,F) et soit (x1,…,xp) une famille génératrice de E. Alors
Imf=Vect(f(x1),…,f(xp)).Démonstration. Procédons par double inclusion.
Soit y∈Imf : il existe x∈E tel que y=f(x). La famille étant génératrice, il existe des réels λ1,…,λp tels que x=λ1x1+⋯+λpxp. La linéarité de f donne alors
y=f(k=1∑pλkxk)=k=1∑pλkf(xk),ce qui prouve que y appartient à Vect(f(x1),…,f(xp)).
Réciproquement, chaque f(xk) appartient à Imf, qui est un sous-espace vectoriel de F ; d'après la propriété du plus petit sous-espace contenant une famille (section 1), Vect(f(x1),…,f(xp))⊂Imf. □
C'est le résultat qui rend l'image calculable. En particulier, si B=(e1,…,en) est une base de E, alors Imf=Vect(f(e1),…,f(en)) : n calculs d'images suffisent à décrire l'image tout entière. Attention cependant, la famille (f(e1),…,f(en)) est génératrice de Imf, mais elle n'a aucune raison d'être libre : c'est exactement ce qui s'est produit dans l'exemple de la section 8, où le troisième vecteur était l'opposé du deuxième.
Propriété
Image d'une famille libre par une application injective. Soit f∈L(E,F) injective et soit (x1,…,xp) une famille libre de E. Alors la famille (f(x1),…,f(xp)) est libre dans F.
Démonstration. Soient λ1,…,λp des réels tels que λ1f(x1)+⋯+λpf(xp)=0F. Par linéarité de f, cette égalité s'écrit
f(λ1x1+⋯+λpxp)=0F,donc le vecteur λ1x1+⋯+λpxp appartient à Kerf. Or f est injective, donc Kerf={0E}, d'où
λ1x1+⋯+λpxp=0E.La famille (x1,…,xp) étant libre, tous les coefficients sont nuls. □
Propriété
Isomorphisme et bases. Soit f∈L(E,F) un isomorphisme et soit B=(e1,…,en) une base de E. Alors (f(e1),…,f(en)) est une base de F.
Démonstration. La famille B est génératrice de E, donc (f(e1),…,f(en)) engendre Imf ; et f étant surjective, Imf=F : la famille est génératrice de F. Elle est libre d'après la propriété précédente, puisque B est libre et f injective. Libre et génératrice, c'est une base de F. □
Une application linéaire est déterminée par l'image d'une base
Propriété
Théorème de détermination. Soient E un espace vectoriel de dimension finie, B=(e1,…,en) une base de E, F un espace vectoriel et (u1,…,un) une famille quelconque de n vecteurs de F. Alors il existe une unique application linéaire f∈L(E,F) telle que
∀k∈{1,…,n},f(ek)=uk.Démonstration. Montrons d'abord l'unicité. Soient f et g deux applications linéaires vérifiant f(ek)=g(ek)=uk pour tout k. Soit x∈E, de coordonnées x1,…,xn dans la base B. Alors
f(x)=f(k=1∑nxkek)=k=1∑nxkf(ek)=k=1∑nxkuk=k=1∑nxkg(ek)=g(k=1∑nxkek)=g(x).Les deux applications coïncident en tout point de E, donc f=g.
Montrons maintenant l'existence. Tout vecteur x de E possède des coordonnées x1,…,xn dans B, et celles-ci sont uniques d'après le théorème des coordonnées : on peut donc définir sans ambiguïté une application f:E⟶F en posant
f(x)=k=1∑nxkuk.Cette application vérifie f(ek)=uk, puisque les coordonnées de ek sont toutes nulles sauf la k-ième, égale à 1. Reste à vérifier qu'elle est linéaire. Soient x et y dans E, de coordonnées respectives (x1,…,xn) et (y1,…,yn), et soient λ, μ des réels. Alors
λx+μy=λk=1∑nxkek+μk=1∑nykek=k=1∑n(λxk+μyk)ek,et l'unicité des coordonnées assure que les réels λxk+μyk sont les coordonnées de λx+μy dans B. Par définition de f,
f(λx+μy)=k=1∑n(λxk+μyk)uk=λk=1∑nxkuk+μk=1∑nykuk=λf(x)+μf(y).□Ce théorème est plus profond qu'il n'y paraît, et il faut en mesurer les deux portées. D'un côté, la partie unicité signifie que deux applications linéaires qui coïncident sur une base sont égales : c'est la manière standard de démontrer une égalité entre applications linéaires, et nous nous en servirons en section 13. De l'autre, la partie existence dit que l'on peut fabriquer une application linéaire en décidant librement des n images, sans aucune contrainte sur les vecteurs uk, qui peuvent être égaux, nuls, ou quelconques. Une application linéaire, c'est donc exactement la donnée de n vecteurs de F, ce qui est précisément ce qu'une matrice va coder.
Exemple
Il existe une unique application linéaire f:R2⟶R2[X] telle que f(1,0)=1+X et f(0,1)=X2−3, puisque ((1,0),(0,1)) est une base de R2. Son expression s'obtient en décomposant un vecteur quelconque sur cette base : comme (x,y)=x(1,0)+y(0,1),
f(x,y)=x(1+X)+y(X2−3)=(x−3y)+xX+yX2.En revanche, il n'existe aucune application linéaire g:R2⟶R telle que g(1,0)=1, g(0,1)=2 et g(1,1)=5 : la famille ((1,0),(0,1),(1,1)) n'est pas une base, et la linéarité impose déjà g(1,1)=g(1,0)+g(0,1)=3.
Rang et théorème du rang
Définition
Définition
Soit f∈L(E,F), avec E de dimension finie. On appelle rang de f, noté rg(f), la dimension de son image :
rg(f)=dimImf.Cette définition est cohérente avec celle du rang d'une famille : si (e1,…,en) est une base de E, alors Imf est engendrée par les f(ek), donc
rg(f)=rg(f(e1),…,f(en)).Le rang de f est donc le rang de la famille des images d'une base, et il se calcule par échelonnement, exactement comme en section 5.
Le théorème du rang
Propriété
Théorème du rang. Soient E un espace vectoriel de dimension finie, F un espace vectoriel et f∈L(E,F). Alors Imf est de dimension finie et
dimE=dimKerf+rg(f).Démonstration. Posons n=dimE et k=dimKerf, licite car Kerf est un sous-espace vectoriel de E, donc de dimension finie et k⩽n.
Cas particuliers. Si k=n, le critère d'égalité par les dimensions donne Kerf=E, donc f est l'application nulle, Imf={0F} et rg(f)=0 : la formule est vérifiée. Écartons désormais ce cas, et supposons k<n.
Construction d'une base adaptée. Choisissons une base (e1,…,ek) de Kerf, en convenant qu'il s'agit de la famille vide si k=0. C'est une famille libre de E ; le théorème de la base incomplète permet de la compléter en une base de E,
B=(e1,…,ek,ek+1,…,en).Montrons que la famille G=(f(ek+1),…,f(en)), qui compte n−k vecteurs, est une base de Imf.
La famille G engendre Imf. Comme B est une base de E, la section 9 donne Imf=Vect(f(e1),…,f(en)). Or les k premiers vecteurs e1,…,ek appartiennent à Kerf, donc leurs images sont nulles et n'apportent rien au sous-espace engendré. Il reste
Imf=Vect(f(ek+1),…,f(en)).La famille G est libre. Soient μk+1,…,μn des réels tels que μk+1f(ek+1)+⋯+μnf(en)=0F. Par linéarité, en posant v=μk+1ek+1+⋯+μnen, cette égalité s'écrit f(v)=0F, c'est-à-dire v∈Kerf. Le vecteur v se décompose donc sur la base (e1,…,ek) du noyau : il existe des réels α1,…,αk tels que
μk+1ek+1+⋯+μnen=α1e1+⋯+αkek.En faisant passer tous les termes du même côté, on obtient une combinaison linéaire nulle des vecteurs de la base B :
α1e1+⋯+αkek−μk+1ek+1−⋯−μnen=0E.La famille B étant libre, tous les coefficients sont nuls, en particulier μk+1=⋯=μn=0. La famille G est donc libre.
Conclusion. G est une base de Imf, laquelle est donc de dimension finie, avec rg(f)=n−k, c'est-à-dire dimE=k+rg(f). □
Trois remarques sur ce théorème, qui est le résultat le plus utilisé de toute l'algèbre linéaire de première année. D'abord, la dimension qui apparaît à gauche est celle de l'espace de départ : dimF n'intervient nulle part. Écrire « dimF=dimKerf+rgf » est une faute qui invalide toute la suite du raisonnement. Ensuite, le théorème ne dit rien sur la manière dont Kerf et Imf se situent l'un par rapport à l'autre. En particulier, même pour un endomorphisme, il n'affirme pas que E=Kerf⊕Imf, égalité qui est fausse en général : sur R2[X], la dérivation D a pour noyau R0[X] et pour image R1[X], dont les dimensions se somment bien à 3, mais dont l'intersection vaut R0[X], et la somme n'est donc pas directe. Et dès que F=E, ces deux sous-espaces ne vivent même pas dans le même espace. Enfin, il est d'un usage économique : il permet d'obtenir une des deux dimensions quand on a calculé l'autre, ce qui divise le travail par deux dans presque tous les exercices.
Propriété
Conséquences immédiates. Soit f∈L(E,F) avec E et F de dimension finie.
- rg(f)⩽dimE et rg(f)⩽dimF.
- f est injective si et seulement si rg(f)=dimE.
- f est surjective si et seulement si rg(f)=dimF.
- Si dimE>dimF, alors f n'est pas injective. Si dimE<dimF, alors f n'est pas surjective.
Démonstration. Point 1. La première inégalité vient du théorème du rang, puisque dimKerf⩾0 ; la seconde du fait que Imf est un sous-espace vectoriel de F.
Point 2. L'application f est injective si et seulement si Kerf={0E}, c'est-à-dire dimKerf=0, ce qui équivaut à rg(f)=dimE par le théorème du rang.
Point 3. f est surjective si et seulement si Imf=F, ce qui, Imf étant un sous-espace vectoriel de F, équivaut à dimImf=dimF d'après le critère de la section 5.
Point 4. Si dimE>dimF, alors rg(f)⩽dimF<dimE, donc f n'est pas injective d'après le point 2. Si dimE<dimF, alors rg(f)⩽dimE<dimF, donc f n'est pas surjective. □
Le point 4 est un réflexe de contrôle : une application linéaire de R4 dans R3 n'est jamais injective, une application de R2[X] dans M2(R) n'est jamais surjective. Un candidat qui prétend démontrer le contraire s'est trompé quelque part, et cette vérification prend deux secondes.
Exemple
Reprenons f(x,y,z)=(x+y−z, 2x−y+z, x−2y+2z), étudiée en section 8. Nous avions calculé dimKerf=1 ; le théorème du rang donne alors, sans aucun autre calcul,
rg(f)=dimR3−dimKerf=3−1=2,ce qui confirme la valeur trouvée à la main. En pratique, on procède ainsi : on calcule le noyau, qui demande la résolution d'un système, et l'on déduit le rang. Il ne reste alors qu'à exhiber deux vecteurs indépendants de l'image pour en avoir une base, sans avoir à prouver qu'il n'y en a pas un troisième.
Application : formes linéaires et hyperplans
Le théorème du rang prend une forme particulièrement frappante lorsque l'espace d'arrivée est R lui-même, c'est-à-dire lorsqu'il est de dimension 1. Le rang n'a alors que deux valeurs possibles, et tout est déterminé.
Définition
Soit E un espace vectoriel. On appelle forme linéaire sur E toute application linéaire de E dans R. L'ensemble des formes linéaires sur E est donc L(E,R).
Définition
Soit E un espace vectoriel de dimension finie n⩾1. On appelle hyperplan de E tout sous-espace vectoriel de E de dimension n−1.
Le mot est plus impressionnant que la chose. Dans R2, un hyperplan est une droite vectorielle ; dans R3, c'est un plan vectoriel ; dans R3[X], c'est un sous-espace de dimension 3. Un hyperplan, c'est simplement un sous-espace aussi gros que possible sans être E tout entier.
Propriété
Le noyau d'une forme linéaire non nulle est un hyperplan. Soient E un espace vectoriel de dimension finie n⩾1 et φ une forme linéaire sur E, non nulle. Alors
rg(φ)=1etdimKerφ=n−1,c'est-à-dire que Kerφ est un hyperplan de E.
Démonstration. Commençons par déterminer les sous-espaces vectoriels de R. Si H est l'un d'eux, alors dimH⩽dimR=1, donc dimH vaut 0 ou 1 : dans le premier cas H={0}, dans le second le critère d'égalité par les dimensions (section 5) donne H=R. Il n'y a donc que deux sous-espaces vectoriels de R, à savoir {0} et R.
Or Imφ est un sous-espace vectoriel de R (section 8). Comme φ n'est pas l'application nulle, il existe x0∈E tel que φ(x0)=0, donc Imφ={0}. Il reste Imφ=R, c'est-à-dire rg(φ)=1. Le théorème du rang donne alors
dimKerφ=dimE−rg(φ)=n−1.□Retenez l'articulation du raisonnement, car elle sert de modèle : l'espace d'arrivée est de dimension 1, donc le rang ne peut valoir que 0 ou 1, et l'hypothèse « non nulle » élimine le cas 0. Une seule information, l'existence d'un vecteur d'image non nulle, suffit à connaître exactement la dimension du noyau. Ce théorème explique du même coup pourquoi une équation linéaire non triviale décrit toujours un hyperplan : l'ensemble de ses solutions est le noyau de la forme linéaire écrite au premier membre.
Exemple
Un plan de R3. Soit φ:R3⟶R définie par φ(x,y,z)=x+2y−z. Cette application est linéaire, son expression étant du premier degré sans terme constant, et elle n'est pas nulle, puisque φ(1,0,0)=1=0. Son noyau
Kerφ={(x,y,z)∈R3;x+2y−z=0}est donc un hyperplan de R3, c'est-à-dire un plan vectoriel, de dimension 3−1=2.
Contrôle par le calcul direct. La résolution menée en section 6 a donné Kerφ=Vect((1,0,1), (0,1,2)), sous-espace engendré par deux vecteurs non colinéaires, donc de dimension 2. Le théorème du rang livrait ce résultat sans résoudre le moindre système.
Isomorphismes en dimension finie
Un isomorphisme conserve la dimension
Propriété
Soient E et F deux espaces vectoriels, E étant de dimension finie. S'il existe un isomorphisme de E sur F, alors F est de dimension finie et
dimF=dimE.Démonstration. Soit f un isomorphisme de E sur F et soit B=(e1,…,en) une base de E. D'après la section 9, la famille (f(e1),…,f(en)) est une base de F. Elle est finie, de cardinal n, donc F est de dimension finie et dimF=n=dimE. □
On peut aussi le voir avec le théorème du rang : f injective donne Kerf={0E}, donc rg(f)=dimE ; et f surjective donne Imf=F, donc rg(f)=dimF. La conclusion suit. Cette remarque a une conséquence pratique immédiate : deux espaces de dimensions différentes ne sont jamais isomorphes, ce qui permet de répondre non à certaines questions sans le moindre calcul.
Le théorème central
Propriété
Injective, surjective, bijective : c'est pareil. Soient E et F deux espaces vectoriels de même dimension finie n, et soit f∈L(E,F). Alors les trois propositions suivantes sont équivalentes :
f est injective⟺f est surjective⟺f est bijective.Démonstration. Le théorème du rang s'écrit ici n=dimKerf+rg(f).
Supposons f injective. Alors Kerf={0E}, donc dimKerf=0 et rg(f)=n=dimF. Le sous-espace Imf de F a donc la même dimension que F : le critère de la section 5 donne Imf=F, c'est-à-dire f surjective.
Supposons f surjective. Alors Imf=F, donc rg(f)=dimF=n, et le théorème du rang donne dimKerf=n−n=0, c'est-à-dire Kerf={0E} : f est injective.
Les deux premières propositions sont donc équivalentes ; et lorsqu'elles sont vraies, f est à la fois injective et surjective, donc bijective. Réciproquement, une application bijective est en particulier injective. □
Voilà le résultat qui fait gagner le plus de temps en concours. Pour montrer qu'un endomorphisme d'un espace de dimension finie est un automorphisme, il suffit de démontrer une seule des deux propriétés, et l'on choisit évidemment la plus facile, c'est-à-dire presque toujours l'injectivité, qui se ramène à un système homogène. L'hypothèse est cependant essentielle sur deux points : les dimensions doivent être égales, et finies. Sur l'espace RN des suites, qui n'est pas de dimension finie, l'application de décalage T de la section 7 est surjective sans être injective : toute suite v est l'image de la suite (0,v0,v1,…), et pourtant la suite (1,0,0,…), non nulle, appartient à son noyau. Le théorème tombe en défaut dès que l'on quitte la dimension finie.
Réciproque et composée
Propriété
La réciproque d'un isomorphisme est un isomorphisme. Soit f un isomorphisme de E sur F. Alors l'application réciproque f−1:F⟶E est linéaire, et c'est un isomorphisme de F sur E.
Démonstration. L'application f−1 est bien définie et bijective, puisque f l'est. Montrons qu'elle est linéaire. Soient y et y′ dans F, et soient λ, μ deux réels. Appliquons f au vecteur λf−1(y)+μf−1(y′) : la linéarité de f donne
f(λf−1(y)+μf−1(y′))=λf(f−1(y))+μf(f−1(y′))=λy+μy′.En appliquant f−1 aux deux membres de cette égalité, on obtient
λf−1(y)+μf−1(y′)=f−1(λy+μy′),ce qui est exactement la linéarité de f−1. □
Propriété
Composée de deux isomorphismes. Si f est un isomorphisme de E sur F et g un isomorphisme de F sur G, alors g∘f est un isomorphisme de E sur G, et
(g∘f)−1=f−1∘g−1.Démonstration. La composée de deux applications linéaires est linéaire (section 7), et la composée de deux bijections est une bijection : g∘f est donc un isomorphisme. Pour la formule, calculons
(g∘f)∘(f−1∘g−1)=g∘(f∘f−1)∘g−1=g∘idF∘g−1=g∘g−1=idG,et de même (f−1∘g−1)∘(g∘f)=idE. □
Là encore, l'ordre est inversé dans la formule de la réciproque, exactement comme pour l'inverse d'un produit de matrices. Ce n'est pas une coïncidence : la section 13 montrera que la composition des applications linéaires se lit comme un produit matriciel, ce qui explique que les deux formules soient jumelles.
Matrice d'une application linéaire
Matrice d'une famille de vecteurs
Définition
Soient F un espace vectoriel de dimension n, C=(ε1,…,εn) une base de F, et (v1,…,vp) une famille de vecteurs de F. On appelle matrice de cette famille dans la base C la matrice de Mn,p(R) dont la j-ième colonne est la colonne des coordonnées de vj dans C.
Le principe est donc : un vecteur, une colonne. Il y a autant de colonnes que de vecteurs dans la famille, et autant de lignes que de vecteurs dans la base. C'est la convention qui gouverne tout ce qui suit, et l'inverser revient à travailler avec des matrices transposées, ce qui rend tous les calculs faux.
Exemple
Dans R3 muni de sa base canonique, la matrice de la famille ((1,2,−1), (0,1,1)) est
12−1011∈M3,2(R).Dans R2[X] muni de la base (1,X,X2), la matrice de la famille (1+X, X2−3) est
110−301.La matrice d'une application linéaire
Définition
Soient E un espace vectoriel de dimension p muni d'une base B=(e1,…,ep), et F un espace vectoriel de dimension n muni d'une base C=(ε1,…,εn). Soit f∈L(E,F). On appelle matrice de f dans les bases B et C, notée MatB,C(f), la matrice de la famille (f(e1),…,f(ep)) dans la base C.
Autrement dit, MatB,C(f)=(ai,j)∈Mn,p(R) est définie par
∀j∈{1,…,p},f(ej)=i=1∑nai,jεi.Trois points de vigilance, dans l'ordre où les copies se trompent.
D'abord, le format. La matrice a autant de lignes que la dimension de l'espace d'arrivée, et autant de colonnes que la dimension de l'espace de départ. Une application de R3 dans R2 a une matrice à 2 lignes et 3 colonnes. Ce n'est pas arbitraire : c'est ce qui rend le produit AX possible, la colonne X ayant autant de lignes que dimE.
Ensuite, les colonnes. La j-ième colonne contient les coordonnées de f(ej), image du j-ième vecteur de la base de départ. On écrit donc la matrice en colonnes, jamais en lignes, et l'erreur la plus fréquente du chapitre consiste à ranger les images horizontalement.
Enfin, la dépendance aux bases. La notation MatB,C(f) porte deux bases parce que la matrice change quand on change de base. Une phrase telle que « la matrice de f est A » n'est acceptable que si les bases ont été fixées explicitement juste avant.
Propriété
Relation fondamentale. Avec les notations ci-dessus, posons A=MatB,C(f). Soit x∈E, soit X=MatB(x) la colonne de ses coordonnées dans B, et soit Y=MatC(f(x)) la colonne des coordonnées de son image dans C. Alors
Y=AX.Démonstration. Notons x1,…,xp les coordonnées de x dans B, de sorte que x=∑j=1pxjej. La linéarité de f donne
f(x)=j=1∑pxjf(ej)=j=1∑pxj(i=1∑nai,jεi).En intervertissant les deux sommes finies et en mettant εi en facteur,
f(x)=i=1∑n(j=1∑pai,jxj)εi.Cette écriture est une décomposition de f(x) sur la base C ; par unicité des coordonnées, la i-ième coordonnée de f(x) dans C vaut donc ∑j=1pai,jxj. Or c'est exactement le coefficient de la i-ième ligne de la colonne AX, d'après la définition du produit matriciel. Les deux colonnes Y et AX ont les mêmes coefficients : elles sont égales. □
Cette relation est le dictionnaire annoncé en introduction. Une fois les bases fixées, calculer l'image d'un vecteur par f revient à multiplier une matrice par une colonne. Tout le calcul du premier semestre devient donc utilisable pour étudier f, et réciproquement, tout ce que nous savons de f éclaire la matrice A.
Exemple
Un exemple entièrement traité. Soit f:R3⟶R2 définie par f(x,y,z)=(x+2y−z, 3x−y), et prenons les bases canoniques B=(e1,e2,e3) de R3 et C=(ε1,ε2) de R2.
Calcul des images. On évalue f sur chaque vecteur de B :
f(e1)=f(1,0,0)=(1,3),f(e2)=f(0,1,0)=(2,−1),f(e3)=f(0,0,1)=(−1,0).Écriture de la matrice. Ces trois vecteurs deviennent les trois colonnes :
A=MatB,C(f)=(132−1−10)∈M2,3(R).Le format est conforme : 2 lignes car dimR2=2, et 3 colonnes car dimR3=3.
Vérification de la relation Y=AX. Prenons x=(1,2,3). D'une part, directement, f(1,2,3)=(1+4−3, 3−2)=(2,1). D'autre part,
A123=(1×1+2×2+(−1)×33×1+(−1)×2+0×3)=(21).Les deux résultats coïncident.
Cas d'un endomorphisme
Définition
Lorsque f est un endomorphisme de E et que l'on utilise la même base B au départ et à l'arrivée, on note simplement
MatB(f)=MatB,B(f)∈Mn(R),n=dimE.La matrice d'un endomorphisme dans une base est donc carrée, et c'est le seul cas où les puissances Ak ont un sens, ce qui fera le lien avec les endomorphismes de la section 15. Notez au passage que MatB(idE)=In, quelle que soit la base B : en effet idE(ej)=ej, dont la colonne de coordonnées n'a qu'un 1, en j-ième position.
Exemple
La dérivation sur R2[X]. Soit D:R2[X]⟶R2[X], P⟼P′, et soit B=(1,X,X2) la base canonique. On calcule
D(1)=0,D(X)=1,D(X2)=2X.Les colonnes de coordonnées de ces trois polynômes dans B sont respectivement (0,0,0), (1,0,0) et (0,2,0), écrites verticalement. D'où
MatB(D)=000100020.On lit sur cette matrice que la première colonne est nulle, ce qui traduit 1∈KerD, et l'on retrouvera en section 14 que son rang vaut 2, en accord avec dimKerD=1 et le théorème du rang.
Cas d'une forme linéaire
Propriété
La matrice d'une forme linéaire est une matrice ligne. Soient E un espace vectoriel de dimension p muni d'une base B=(e1,…,ep), et soit φ une forme linéaire sur E. En munissant R de sa base canonique (1), la matrice de φ est la matrice ligne
MatB,(1)(φ)=(φ(e1)φ(e2)⋯φ(ep))∈M1,p(R).Le format est conforme à la règle générale : autant de lignes que dimR=1, autant de colonnes que dimE=p. Chaque coefficient est directement l'image d'un vecteur de la base, sans aucune décomposition à faire, puisque les coordonnées d'un réel dans la base (1) sont ce réel lui-même. La relation fondamentale s'écrit ici φ(x)=LX, où L est cette ligne et X la colonne des coordonnées de x ; le produit est une matrice à une ligne et une colonne, que l'on identifie au réel qu'elle contient.
Exemple
Reprenons φ(x,y,z)=x+2y−z sur R3, muni de sa base canonique. Comme φ(e1)=1, φ(e2)=2 et φ(e3)=−1, la matrice de φ est
L=(12−1),et l'on retrouve bien l'expression de φ en effectuant le produit
(12−1)xyz=x+2y−z.Cette ligne n'est pas nulle, donc rg(φ)=1, et l'on retrouve que Kerφ est un hyperplan de R3 (section 10).
Matrice de passage
Jusqu'ici, une base a été fixée une fois pour toutes sur chaque espace. Mais un même vecteur possède des coordonnées différentes dans deux bases différentes, comme l'a montré l'exemple de la section 3, et il faut savoir passer des unes aux autres. C'est le rôle de la matrice de passage.
Définition
Soient E un espace vectoriel de dimension n, et B=(e1,…,en) et B′=(e1′,…,en′) deux bases de E. On appelle matrice de passage de B à B′, notée PB,B′, la matrice de la famille B′ dans la base B : sa j-ième colonne est la colonne des coordonnées de ej′ dans la base B. C'est une matrice carrée d'ordre n, et l'on a
PB,B′=MatB′,B(idE).Deux points de vigilance sur les indices, car c'est là que tout se joue. Les vecteurs mis en colonnes sont ceux de la nouvelle base B′, et ils sont exprimés dans l'ancienne base B : on écrit donc « les nouveaux dans les anciens ». Et lorsqu'on lit cette matrice comme la matrice de l'identité, les deux bases apparaissent dans l'ordre inverse, B′ au départ et B à l'arrivée, ce qui est cohérent puisque la matrice d'une application se remplit avec les images des vecteurs de la base de départ.
Propriété
Changement de coordonnées d'un vecteur. Soient B et B′ deux bases de E et soit P=PB,B′. Pour tout x∈E, en notant XB et XB′ les colonnes des coordonnées de x dans B et dans B′,
XB=PB,B′XB′.De plus, PB,B′ est inversible, et
(PB,B′)−1=PB′,B.Démonstration. La matrice P est celle de idE, de la base B′ au départ vers la base B à l'arrivée : sa j-ième colonne contient en effet les coordonnées de idE(ej′)=ej′ dans B. La relation fondamentale Y=AX, appliquée à idE et au vecteur x, s'écrit donc exactement
XB=PB,B′XB′,la colonne de départ étant celle de x dans B′, et la colonne d'arrivée celle de idE(x)=x dans B.
Posons maintenant Q=PB′,B. La même relation, les rôles des deux bases étant échangés, donne XB′=QXB pour tout x∈E. En reportant l'une dans l'autre,
XB=PQXBpour tout x∈E.Or toute colonne de Mn,1(R) est la colonne des coordonnées d'un vecteur de E dans B, à savoir celui qu'elle définit par décomposition sur cette base : l'égalité PQX=X vaut donc pour toute colonne X. Appliquons-la à la colonne dont tous les coefficients sont nuls sauf le j-ième, égal à 1 : le produit d'une matrice par une telle colonne en extrait la j-ième colonne, donc la j-ième colonne de PQ coïncide avec celle de In. Les deux matrices ayant les mêmes colonnes une à une, PQ=In. Le même calcul dans l'autre ordre donne QP=In, donc P est inversible d'inverse Q. □
Trois remarques d'usage. La formule surprend au premier abord : la matrice PB,B′, dont les colonnes sont écrites dans l'ancienne base, transforme les coordonnées nouvelles en coordonnées anciennes. C'est pourtant logique dès qu'on la lit comme la matrice de l'identité, de B′ vers B. Pour aller dans l'autre sens, on inverse, et XB′=P−1XB. Enfin, l'inversibilité est automatique : elle n'est jamais à vérifier, et l'inverse s'obtient sans calcul si l'on sait exprimer les anciens vecteurs de base en fonction des nouveaux.
Exemple
Un changement de base dans R3. Soit B=(e1,e2,e3) la base canonique de R3, et soit B′=((1,1,0), (0,1,1), (1,0,1)), dont la section 4 a établi que c'est une base de R3.
La matrice de passage. Ses colonnes sont les coordonnées des vecteurs de B′ dans la base canonique, c'est-à-dire ces vecteurs eux-mêmes écrits verticalement :
PB,B′=110011101.Le changement de coordonnées. Le vecteur u=(1,2,3) a pour coordonnées 0, 2 et 1 dans B′, comme la section 3 l'a calculé. La formule doit redonner ses coordonnées canoniques :
PB,B′021=1×0+0×2+1×11×0+1×2+0×10×0+1×2+1×1=123,ce qui est bien XB.
La matrice de passage inverse. Les calculs de la section 1 ont donné, pour tout (x,y,z), les coordonnées dans B′, à savoir 2x+y−z, 2−x+y+z et 2x−y+z. En rangeant ces trois expressions en lignes,
PB′,B=211−1111−1−111.Contrôle. Le produit des deux matrices doit valoir I3. La première ligne de PB,B′ est (101) ; multipliée par les trois colonnes de PB′,B, elle donne 21(1+0+1)=1, puis 21(1+0−1)=0, puis 21(−1+0+1)=0. Les deux autres lignes se traitent de même, et l'on obtient bien PB,B′PB′,B=I3.
Un mot pour finir, afin que vous sachiez exactement où s'arrête le programme de première année. La matrice de passage sert ici à une seule chose, changer les coordonnées d'un vecteur. La question qui vient naturellement ensuite, celle de savoir comment se transforme la matrice d'un endomorphisme lorsqu'on change de base, relève du programme de deuxième année, avec la notion de matrices semblables et toute la théorie de la réduction. Vous n'êtes donc pas lésé : cette seconde formule ne vous est pas demandée cette année, et vous la retrouverez en temps voulu, munis de la matrice de passage que vous savez déjà écrire.
Matrice d'une composée, matrice d'un isomorphisme
Linéarité du dictionnaire
Propriété
Le dictionnaire est linéaire et bijectif. Soient B une base de E (de dimension p) et C une base de F (de dimension n). Pour toutes f, g dans L(E,F) et tous réels λ, μ,
MatB,C(λf+μg)=λMatB,C(f)+μMatB,C(g).De plus, l'application f⟼MatB,C(f) est une bijection de L(E,F) sur Mn,p(R).
Démonstration. Pour la première égalité, il suffit de comparer les colonnes. La j-ième colonne du membre de gauche contient les coordonnées de (λf+μg)(ej)=λf(ej)+μg(ej). Or les coordonnées d'une combinaison linéaire sont la même combinaison linéaire des coordonnées, par unicité de l'écriture dans la base C. C'est exactement la j-ième colonne du membre de droite.
Pour la bijectivité, remarquons qu'une matrice A∈Mn,p(R) étant donnée, ses p colonnes définissent p vecteurs u1,…,up de F, à savoir ceux dont ce sont les coordonnées dans C. Le théorème de détermination de la section 9 affirme qu'il existe une unique application linéaire f telle que f(ej)=uj pour tout j, c'est-à-dire une unique f de matrice A. □
La bijectivité mérite d'être soulignée, car c'est elle qui autorise le raisonnement suivant, omniprésent en exercice : deux applications linéaires ayant la même matrice dans les mêmes bases sont égales. Pour démontrer une identité entre applications linéaires, il suffit donc de la vérifier sur les matrices, ce qui ramène un problème abstrait à un calcul. Cette bijection étant de plus linéaire, c'est un isomorphisme de L(E,F) sur Mn,p(R) ; comme un isomorphisme conserve la dimension (section 11), on obtient au passage la dimension de l'espace des applications linéaires, annoncée en section 7 :
dimL(E,F)=np=dimE×dimF,et en particulierdimL(E)=(dimE)2.Matrice d'une composée
Propriété
Matrice d'une composée. Soient E, F, G trois espaces vectoriels de dimension finie, munis respectivement des bases B, C et D. Soient f∈L(E,F) et g∈L(F,G). Alors
MatB,D(g∘f)=MatC,D(g)×MatB,C(f).Démonstration. Posons A=MatB,C(f), B=MatC,D(g) et C=MatB,D(g∘f). Soit x∈E, de colonne de coordonnées X dans B. La relation fondamentale appliquée à f montre que la colonne de f(x) dans C vaut AX ; appliquée ensuite à g, elle montre que la colonne de g(f(x)) dans D vaut B(AX)=(BA)X, par associativité du produit matriciel. Mais cette même colonne vaut aussi CX, par définition de C. Ainsi
∀X∈Mp,1(R),CX=(BA)X.Appliquons cette égalité à la colonne X dont tous les coefficients sont nuls sauf le j-ième, égal à 1 : le produit d'une matrice par une telle colonne en extrait précisément la j-ième colonne. Les matrices C et BA ont donc les mêmes colonnes, une à une : elles sont égales. □
Retenez l'ordre : la matrice de g∘f est le produit BA, dans lequel la matrice de g, appliquée en second, s'écrit à gauche. C'est cohérent avec la notation g∘f, où g figure aussi à gauche, et avec la lecture de B(AX), qui se fait de droite à gauche. Une conséquence immédiate, obtenue par récurrence, servira sans cesse en section 15 : pour un endomorphisme f de matrice A dans une base B,
MatB(fk)=Akpour tout k∈N.Exemple
Reprenons f:R3⟶R2, f(x,y,z)=(x+2y−z, 3x−y), de matrice A=(132−1−10), et soit g:R2⟶R2, g(u,v)=(u−v, 2u+v), de matrice B=(12−11) dans les bases canoniques. Le théorème donne
Mat(g∘f)=BA=(12−11)(132−1−10)=(1−32+32+14−1−1−0−2+0)=(−2533−1−2).Contrôle par le calcul direct. On a
(g∘f)(x,y,z)=g(x+2y−z, 3x−y)=((x+2y−z)−(3x−y), 2(x+2y−z)+(3x−y)),c'est-à-dire (g∘f)(x,y,z)=(−2x+3y−z, 5x+3y−2z). Les images des vecteurs de la base canonique sont (−2,5), (3,3) et (−1,−2), ce qui redonne bien la matrice BA ci-dessus.
Puissances et formule du binôme
La relation MatB(fk)=Ak permet de calculer les puissances d'un endomorphisme comme celles d'une matrice. Encore faut-il disposer des formules de calcul correspondantes, et la principale est la formule du binôme. Elle vaut ici comme dans R, mais à une condition, que le premier semestre avait déjà rencontrée pour les matrices.
Propriété
Formule du binôme. Soient f et g deux endomorphismes de E qui commutent, c'est-à-dire tels que f∘g=g∘f. Alors, pour tout entier naturel n,
(f+g)n=k=0∑n(kn)fk∘gn−k.De même, si A et B sont deux matrices de Mn(R) telles que AB=BA, alors pour tout entier naturel m,
(A+B)m=k=0∑m(km)AkBm−k.Démonstration. Observons d'abord que si f et g commutent, alors g commute avec toutes les puissances de f. C'est vrai pour f0=idE ; et si g∘fk=fk∘g, alors
g∘fk+1=(g∘fk)∘f=fk∘g∘f=fk∘f∘g=fk+1∘g.Montrons maintenant la formule par récurrence sur n. Pour n=0, les deux membres valent idE. Supposons-la vraie au rang n. Alors
(f+g)n+1=(f+g)∘(f+g)n=(f+g)∘k=0∑n(kn)fk∘gn−k,et en distribuant, puis en remplaçant g∘fk par fk∘g grâce à l'observation préliminaire,
(f+g)n+1=k=0∑n(kn)fk+1∘gn−k + k=0∑n(kn)fk∘gn+1−k.Dans la première somme, posons j=k+1 : elle devient ∑j=1n+1(j−1n)fj∘gn+1−j. En isolant le terme j=n+1 de celle-ci et le terme k=0 de la seconde, puis en regroupant les termes de même indice j,
(f+g)n+1=gn+1+j=1∑n[(j−1n)+(jn)]fj∘gn+1−j+fn+1.La formule de Pascal donne (j−1n)+(jn)=(jn+1), et les deux termes isolés sont exactement ceux d'indices j=0 et j=n+1 de la somme cherchée. La formule est donc vraie au rang n+1.
Le cas matriciel se démontre mot pour mot de la même façon, en remplaçant la composition par le produit et idE par In. □
L'hypothèse de commutation n'est pas une précaution de rédaction : sans elle, la formule est fausse dès le carré. Le développement correct de (f+g)2 est en effet f2+f∘g+g∘f+g2, que l'on ne peut condenser en f2+2f∘g+g2 que si f∘g=g∘f.
Exemple
Un contre-exemple, pour fixer les idées. Prenons dans M2(R)
A=(0010),B=(0100).On calcule
AB=(1000)etBA=(0001),qui diffèrent : les deux matrices ne commutent pas. On a par ailleurs A2=02 et B2=02.
D'un côté, A+B=(0110), donc
(A+B)2=(0110)(0110)=(1001)=I2.De l'autre, la formule du binôme donnerait
B2+2AB+A2=02+2(1000)+02=(2000),qui n'est pas I2. La formule tombe donc bel et bien en défaut sans l'hypothèse de commutation.
Le cas d'application le plus fréquent est celui où l'un des deux termes est un multiple de l'identité, laquelle commute avec tout : l'écriture (idE+f)n se développe toujours par la formule du binôme. Lorsque f est de plus nilpotent (section 15), la somme s'arrête dès que l'exposant de f atteint l'indice de nilpotence, et l'on obtient les puissances en une ligne. C'est le calcul qui donne les puissances de nombreuses matrices, en les écrivant sous la forme In+N avec N nilpotente.
Matrice d'un isomorphisme
Propriété
Isomorphisme et inversibilité. Soient E et F deux espaces vectoriels de même dimension n, munis de bases B et C, et soit f∈L(E,F) de matrice A=MatB,C(f)∈Mn(R). Alors
f est un isomorphisme⟺A est inversible,et dans ce cas
MatC,B(f−1)=A−1.Démonstration. Supposons f bijective. Son application réciproque f−1 est linéaire (section 11) ; notons A′=MatC,B(f−1). Les relations f−1∘f=idE et f∘f−1=idF, traduites par le théorème de la composée, donnent
A′A=MatB(idE)=InetAA′=MatC(idF)=In.Les deux égalités de la définition de l'inverse sont vérifiées : A est inversible et A−1=A′.
Réciproquement, supposons A inversible. Le dictionnaire étant bijectif, il existe une unique application linéaire g∈L(F,E) telle que MatC,B(g)=A−1. Alors
MatB(g∘f)=A−1A=In=MatB(idE),et deux applications linéaires de même matrice dans les mêmes bases étant égales, g∘f=idE. Le même calcul dans l'autre ordre donne f∘g=idF. Ainsi f est bijective, de réciproque g. □
Ce théorème boucle le dictionnaire, et il fournit une troisième méthode pour montrer qu'un endomorphisme est un automorphisme : écrire sa matrice et prouver qu'elle est inversible, par exemple par le pivot de Gauss ou par une relation polynomiale. Il fonctionne aussi dans l'autre sens, et c'est un usage à connaître : pour inverser une matrice A, on peut interpréter A comme la matrice d'une application linéaire, résoudre le système f(x)=y en exprimant x en fonction de y, et lire A−1 sur le résultat.
Exemple
Soit f l'endomorphisme de R3 défini par f(x,y,z)=(x+y, y+z, x+z). Sa matrice dans la base canonique est
A=101110011,puisque f(e1)=(1,0,1), f(e2)=(1,1,0) et f(e3)=(0,1,1). Cherchons les antécédents : le système f(x,y,z)=(a,b,c) s'écrit x+y=a, y+z=b et x+z=c. En additionnant les trois équations, 2(x+y+z)=a+b+c. En retranchant successivement chaque équation, il vient
z=2−a+b+c,x=2a−b+c,y=2a+b−c.Tout vecteur (a,b,c) possède donc un unique antécédent : f est bijective, c'est un automorphisme de R3, et
A−1=2111−1−1111−11.Vérification. La première ligne de A est (110) ; multipliée par les trois colonnes de A−1, elle donne 21(1+1+0)=1, puis 21(−1+1+0)=0, puis 21(1−1+0)=0. Les deux autres lignes se traitent de même, et l'on obtient bien AA−1=I3.
Rang d'une matrice
Définition et lien avec l'application linéaire associée
Définition
Soit A∈Mn,p(R), de colonnes C1,…,Cp, considérées comme des vecteurs de Mn,1(R). On appelle rang de A, noté rg(A), le rang de la famille de ses colonnes :
rg(A)=rg(C1,…,Cp)=dimVect(C1,…,Cp).Définition
Soit A∈Mn,p(R). On appelle application linéaire canoniquement associée à A l'unique application linéaire fA:Rp⟶Rn dont la matrice dans les bases canoniques est A. Elle est caractérisée par le fait que la colonne des coordonnées de fA(x) est AX, où X est celle de x.
Propriété
Soient E et F de dimension finie, munis de bases B et C, et soit f∈L(E,F). Alors
rg(MatB,C(f))=rg(f).En particulier, rg(A)=rg(fA) pour toute matrice A.
Démonstration. Notons B=(e1,…,ep), A=MatB,C(f) et C1,…,Cp ses colonnes, de sorte que Cj est la colonne des coordonnées de f(ej) dans C. Posons r=rg(f)=dimVect(f(e1),…,f(ep)).
Quitte à renuméroter les vecteurs, le théorème de la base extraite permet de supposer que (f(e1),…,f(er)) est une base de Imf. Montrons que (C1,…,Cr) est une base de Vect(C1,…,Cp).
Liberté. Si λ1C1+⋯+λrCr=0, alors, les coordonnées d'une combinaison linéaire étant la même combinaison des coordonnées, la colonne nulle est celle du vecteur λ1f(e1)+⋯+λrf(er) ; ce vecteur est donc nul, et la liberté de (f(e1),…,f(er)) donne λ1=⋯=λr=0.
Caractère générateur. Pour j quelconque, f(ej) s'écrit comme combinaison linéaire de f(e1),…,f(er) ; en passant aux colonnes de coordonnées, Cj est la même combinaison linéaire de C1,…,Cr. Donc Vect(C1,…,Cp)=Vect(C1,…,Cr).
Ainsi rg(A)=r=rg(f). □
Le rang est donc une notion unique, qui se lit indifféremment sur l'application ou sur sa matrice. C'est ce qui permet de transporter tous les résultats de la section 10 vers les matrices, et c'est aussi ce qui rend le rang calculable, car une matrice se manipule au pivot.
Lignes ou colonnes : le rang de la transposée
Propriété
Rang de la transposée (admis). Pour toute matrice A∈Mn,p(R),
rg(tA)=rg(A).Le programme admet ce résultat, dont la démonstration n'est pas exigible. Sa portée pratique, en revanche, est considérable, et il faut la formuler explicitement. Les colonnes de tA étant les lignes de A, l'égalité signifie que le rang d'une matrice se lit aussi bien sur ses lignes que sur ses colonnes : le rang de la famille des colonnes, celui de la famille des lignes et celui de l'application linéaire associée sont un seul et même nombre.
Deux conséquences. D'abord, rg(A)⩽min(n,p) : le rang est majoré par le nombre de colonnes, puisqu'il est le rang d'une famille de p vecteurs, et par le nombre de lignes, puisqu'il est aussi le rang d'une famille de n vecteurs. Ensuite, et c'est le point décisif pour la suite, on a le droit de calculer le rang en échelonnant les lignes, alors même que le rang a été défini par les colonnes. C'est exactement l'opération de la section 5, où l'on écrivait les vecteurs d'une famille en lignes avant de les échelonner, et c'est ce que la méthode ci-dessous exploite.
Calcul du rang par le pivot de Gauss
Propriété
Invariance du rang (admise). Les opérations élémentaires sur les lignes d'une matrice ne modifient pas son rang. Le rang d'une matrice échelonnée est égal à son nombre de lignes non nulles, c'est-à-dire à son nombre de pivots.
Méthode
Calculer rg(A).
- Échelonner A par la méthode du pivot de Gauss, en n'utilisant que les opérations élémentaires sur les lignes.
- Compter les lignes non nulles obtenues : c'est le rang.
- Contrôler la cohérence : rg(A)⩽min(n,p), où n est le nombre de lignes et p le nombre de colonnes.
Ce calcul livre en prime beaucoup d'informations sur fA : le rang donne dimImfA, et le théorème du rang donne aussitôt dimKerfA=p−rg(A), sans résoudre le système.
Exemple
Le rang d'une matrice d'ordre 3. Reprenons l'endomorphisme f(x,y,z)=(x+y−z, 2x−y+z, x−2y+2z) de la section 8. Sa matrice dans la base canonique est
A=1211−1−2−112.Les opérations L2←L2−2L1 et L3←L3−L1 donnent la même ligne (0−33) deux fois, puis L3←L3−L2 l'annule :
1211−1−2−112⟶1001−3−3−133⟶1001−30−130.Il reste deux pivots, donc rg(A)=2, ce qui confirme le calcul direct de rg(f) mené en section 8. Le théorème du rang donne alors dimKerf=3−2=1, sans résoudre le système.
Rang et inversibilité
Propriété
Caractérisation de l'inversibilité par le rang. Soit A∈Mn(R). Alors
A est inversible⟺rg(A)=n.Démonstration. Soit fA l'application linéaire canoniquement associée à A, endomorphisme de Rn. D'après la section 13, A est inversible si et seulement si fA est un automorphisme, donc si et seulement si fA est surjective, d'après le théorème d'équivalence en dimension finie. Or fA est surjective si et seulement si rg(fA)=dimRn=n, c'est-à-dire rg(A)=n. □
On dit qu'une matrice carrée d'ordre n et de rang n est de rang plein. Ce critère est souvent le plus rapide pour trancher l'inversibilité : on échelonne, et l'on compte les pivots. S'il en manque un, la matrice n'est pas inversible, et l'on connaît en prime la dimension du noyau.
Lien avec les systèmes linéaires
Le vocabulaire de ce chapitre éclaire rétrospectivement tout ce qui a été fait au premier semestre sur les systèmes. Soit A∈Mn,p(R) et soit B une colonne de Mn,1(R). Le système AX=B s'écrit fA(x)=b ; il est donc compatible si et seulement si b appartient à ImfA, ce qui explique pourquoi l'ensemble des seconds membres acceptables était toujours décrit par des équations linéaires. Quant au système homogène AX=0, son ensemble de solutions est exactement KerfA, dont la dimension vaut
dimKerfA=p−rg(A)d'après le théorème du rang. Ce nombre est précisément le nombre d'inconnues secondaires du système échelonné, ce que l'on constatait sans le nommer : le rang compte les inconnues principales, et le reste devient paramètre. Enfin, pour un système carré, l'unicité de la solution équivaut à KerfA={0}, donc à rg(A)=n, donc à l'inversibilité de A : nous venons de démontrer la caractérisation qui avait été admise au premier semestre.
Endomorphismes vérifiant une relation
Une bonne moitié des problèmes de concours démarre par une phrase du type « soit f un endomorphisme de E vérifiant f2=f », ou f2=idE, ou encore f3=f. On ne connaît alors rien de f, sinon cette relation ; tout l'exercice consiste à en extraire des informations sur Kerf, Imf et le rang. Cette section rassemble les trois situations les plus fréquentes et les gestes qui les résolvent.
Polynôme d'un endomorphisme
Avant d'entrer dans les cas particuliers, donnons un nom à l'objet que toutes ces relations mettent en jeu.
Définition
Soient f un endomorphisme de E et P=a0+a1X+⋯+apXp un polynôme à coefficients réels. On appelle polynôme d'endomorphisme, et l'on note P(f), l'endomorphisme de E défini par
P(f)=a0idE+a1f+a2f2+⋯+apfp.De même, pour une matrice carrée A∈Mn(R), on pose
P(A)=a0In+a1A+a2A2+⋯+apAp.Observez le traitement du terme constant : il devient a0idE, et non a0, faute de quoi la somme n'aurait aucun sens, puisqu'on n'additionne pas un réel et un endomorphisme. C'est la convention f0=idE de la section 7 qui rend l'écriture cohérente, et c'est parce que L(E) est un espace vectoriel que P(f) est bien un endomorphisme de E.
Ce vocabulaire ne fait que nommer ce que la section étudie. Les relations f2=f, f2=idE, f3=f et f2−3f+2idE=0 s'écrivent toutes P(f)=0, respectivement pour P=X2−X, P=X2−1, P=X3−X et P=X2−3X+2. Deux conséquences de calcul en découlent, et ce sont elles qui servent. D'une part, f commute avec toutes ses puissances, donc avec P(f) pour tout polynôme P : on peut ainsi factoriser une relation exactement comme on factorise un polynôme. D'autre part, en passant aux matrices dans une base B, la section 13 donne MatB(P(f))=P(MatB(f)), si bien que toute relation sur f se traduit à l'identique sur sa matrice, et réciproquement.
Un mot enfin sur les limites du programme, pour éviter un contresens fréquent. Toute théorie générale des polynômes annulateurs est hors programme : on ne vous demandera jamais de déterminer l'ensemble des polynômes qui annulent f, ni d'en tirer des conclusions de structure. Ce qui est attendu est beaucoup plus concret : une relation vous est donnée par l'énoncé, et vous devez l'exploiter. Les trois sous-sections qui suivent traitent les trois relations que les concours proposent presque toujours.
Projecteurs
Définition
Un endomorphisme p de E est appelé projecteur lorsque
p∘p=p,ce que l’on eˊcrit p2=p.Propriété
Soit p un projecteur de E. Alors l'image de p est exactement l'ensemble des vecteurs invariants par p :
Imp=Ker(p−idE)={x∈E;p(x)=x}.Démonstration. Procédons par double inclusion.
Soit x∈Imp : il existe y∈E tel que x=p(y). Alors
p(x)=p(p(y))=p2(y)=p(y)=x,donc (p−idE)(x)=p(x)−x=0E, c'est-à-dire x∈Ker(p−idE).
Réciproquement, soit x∈Ker(p−idE), c'est-à-dire p(x)=x. Alors x est l'image du vecteur x par p, donc x∈Imp. □
Ce résultat est remarquable, car il transforme une description par existence d'un antécédent, difficile à manipuler, en une description par équation, immédiate à tester. Pour montrer qu'un vecteur appartient à l'image d'un projecteur, on vérifie simplement qu'il est invariant, et c'est en général une ligne de calcul.
Propriété
Décomposition associée à un projecteur. Soit p un projecteur de E. Alors l'image et le noyau de p sont supplémentaires dans E :
E=Imp⊕Kerp.Plus précisément, tout vecteur u de E admet pour unique décomposition
u=p(u)+(u−p(u)),p(u)∈Imp,u−p(u)∈Kerp.Démonstration. Montrons d'abord que la somme vaut E. Soit u∈E. L'astuce, qu'il faut connaître par cœur, consiste à écrire l'identité
u=p(u)+(u−p(u)).Le premier terme appartient à Imp, par définition de l'image. Quant au second, son image par p vaut
p(u−p(u))=p(u)−p2(u)=p(u)−p(u)=0E,donc u−p(u)∈Kerp. Ainsi E⊂Imp+Kerp, et l'inclusion réciproque est immédiate, ces deux sous-espaces étant inclus dans E.
Montrons ensuite que la somme est directe. Soit x∈Imp∩Kerp. Puisque x∈Imp, la propriété précédente donne p(x)=x ; puisque x∈Kerp, on a p(x)=0E. En comparant les deux, x=0E. L'intersection est donc réduite au vecteur nul, et la caractérisation des sommes directes (section 6) permet de conclure. □
Ce théorème est le cœur de la sous-section. Il dit qu'un projecteur découpe l'espace en deux : la partie qu'il laisse fixe, son image, et la partie qu'il écrase, son noyau. Et il livre la décomposition par une formule explicite, u=p(u)+(u−p(u)), ce qui est remarquable : dans la section 6, décomposer un vecteur demandait de résoudre un système, ici le projecteur fait le travail tout seul. En dimension finie, la formule des dimensions d'une somme directe redonne dimImp+dimKerp=dimE, qui n'est autre que le théorème du rang appliqué à p : les deux lectures coïncident.
Le programme parle de « projecteur associé à deux sous-espaces supplémentaires », et c'est la lecture réciproque de ce qui précède : toute décomposition E=F⊕G fabrique un projecteur, et elle n'en fabrique qu'un.
Propriété
Projecteur associé à deux sous-espaces supplémentaires. Soient F et G deux sous-espaces supplémentaires de E, de sorte que E=F⊕G. Pour u∈E, notons u=uF+uG son unique décomposition, avec uF∈F et uG∈G, et posons
p(u)=uF.Alors p est un projecteur de E, et Imp=F, Kerp=G. On l'appelle le projecteur sur F parallèlement à G.
Démonstration. L'application p est bien définie, précisément parce que la décomposition de u est unique.
Elle est linéaire. Soient u, v dans E et λ, μ deux réels. En écrivant u=uF+uG et v=vF+vG,
λu+μv=(λuF+μvF)+(λuG+μvG),le premier terme appartenant à F et le second à G, ces sous-espaces étant stables par combinaison linéaire. Par unicité de la décomposition, c'est la décomposition de λu+μv, donc
p(λu+μv)=λuF+μvF=λp(u)+μp(v).C'est un projecteur. Soit u∈E. Le vecteur p(u)=uF appartient à F, donc sa propre décomposition est uF=uF+0E, et p(p(u))=uF=p(u). Ainsi p2=p.
Image et noyau. Tout vecteur p(u) appartient à F, donc Imp⊂F ; et tout u∈F se décompose en u=u+0E, donc p(u)=u et u∈Imp. D'où Imp=F. Enfin, p(u)=0E équivaut à uF=0E, c'est-à-dire à u=uG∈G, donc Kerp=G. □
Les deux théorèmes se répondent exactement : se donner un projecteur ou se donner une décomposition E=F⊕G, c'est la même chose. Cela explique aussi pourquoi l'ordre des deux sous-espaces compte dans l'expression « sur F parallèlement à G ». Le projecteur sur F parallèlement à G et le projecteur sur G parallèlement à F sont deux endomorphismes différents, dont la somme vaut idE, puisque uF+uG=u.
Exemple
Un projecteur de R2. Soit p(x,y)=(x+y, 0). L'application est linéaire, et
p2(x,y)=p(x+y, 0)=((x+y)+0, 0)=(x+y,0)=p(x,y),donc p est un projecteur. On calcule
Kerp={(x,y);x+y=0}=Vect((1,−1)),Imp=Vect((1,0)),deux droites vectorielles. Le théorème affirme que
R2=Imp⊕Kerp,ce que l'on retrouve sur les deux conditions du théorème pratique de la section 6 : les dimensions se somment, car 1+1=2=dimR2, et l'intersection est nulle, car un vecteur (t,0) de l'image qui appartient au noyau vérifie t+0=0, donc est nul. Autrement dit, p est le projecteur sur la droite Vect((1,0)) parallèlement à la droite Vect((1,−1)).
La base obtenue par concaténation. La famille B=((1,0),(1,−1)), formée d'une base de l'image suivie d'une base du noyau, est donc une base de R2. Comme p(1,0)=(1,0) et p(1,−1)=(0,0),
MatB(p)=(1000).C'est la forme la plus simple possible pour un projecteur, et le calcul se généralise : en concaténant une base de l'image et une base du noyau, on obtient une base dans laquelle la matrice du projecteur ne porte que des 1 puis des 0 sur sa diagonale, et des zéros partout ailleurs.
Une décomposition explicite. Pour u=(3,1), on obtient p(u)=(4,0) et u−p(u)=(−1,1), d'où
(3,1)=(4,0)+(−1,1),le premier terme dans l'image et le second dans le noyau, puisque −1+1=0.
Symétries
Définition
Un endomorphisme s de E est appelé symétrie lorsque
s∘s=idE,ce que l’on eˊcrit s2=idE.Propriété
Une symétrie est un automorphisme. Soit s une symétrie de E. Alors s est un automorphisme de E, et s−1=s.
Démonstration. La relation s∘s=idE signifie exactement que s est sa propre application réciproque : elle est donc bijective, et s−1=s. □
Propriété
Décomposition associée à une symétrie. Soit s un endomorphisme de E. Alors
(s2=idE)⟺(E=Ker(s−idE)⊕Ker(s+idE)).Une symétrie découpe donc l'espace en deux sous-espaces supplémentaires : celui des vecteurs qu'elle laisse fixes, et celui des vecteurs qu'elle change en leur opposé.
Démonstration. Notons F=Ker(s−idE), l'ensemble des vecteurs u tels que s(u)=u, et G=Ker(s+idE), l'ensemble des vecteurs u tels que s(u)=−u. Ce sont deux sous-espaces vectoriels de E, comme noyaux d'applications linéaires.
Supposons d'abord s2=idE.
La somme vaut E. Soit u∈E. L'astuce de décomposition, à connaître par cœur, consiste à écrire l'identité
u=2u+s(u)+2u−s(u),puis à poser uF=2u+s(u) et uG=2u−s(u). Par linéarité de s, et parce que s2(u)=u,
s(uF)=2s(u)+s2(u)=2s(u)+u=uF,s(uG)=2s(u)−s2(u)=2s(u)−u=−uG.Donc uF∈F et uG∈G, et u=uF+uG appartient à F+G.
La somme est directe. Soit x∈F∩G : on a à la fois s(x)=x et s(x)=−x, d'où x=−x, puis 2x=0E et x=0E.
Réciproquement, supposons E=F⊕G et soit u∈E, de décomposition u=uF+uG. Alors s(u)=s(uF)+s(uG)=uF−uG, puis, en appliquant s une seconde fois,
s2(u)=s(uF)−s(uG)=uF+uG=u.Ceci valant pour tout u de E, on obtient s2=idE. □
Propriété
Le pont entre symétries et projecteurs. Soit s une symétrie de E. Alors
p=21(s+idE)est un projecteur de E, et c'est précisément le projecteur sur Ker(s−idE) parallèlement à Ker(s+idE). Réciproquement, si p est un projecteur de E, alors s=2p−idE est une symétrie.
Démonstration. Calculons p2 en développant, ce qui est licite car s commute avec idE :
p2=41(s+idE)∘(s+idE)=41(s2+2s+idE)=41(idE+2s+idE)=21(s+idE)=p.Identifions maintenant son image et son noyau. Si u∈Imp, alors p(u)=u d'après la propriété des vecteurs invariants, c'est-à-dire 21(s(u)+u)=u, d'où s(u)=u et u∈Ker(s−idE). Réciproquement, si s(u)=u, alors p(u)=21(u+u)=u, donc u est invariant par p et appartient à son image. Ainsi Imp=Ker(s−idE). De même, p(u)=0E équivaut à s(u)+u=0E, c'est-à-dire à u∈Ker(s+idE), donc Kerp=Ker(s+idE).
Réciproquement, si p est un projecteur et si l'on pose s=2p−idE, alors, en développant et en utilisant p2=p,
s2=4p2−4p+idE=4p−4p+idE=idE,donc s est une symétrie. □
Ce pont est commode en exercice : toute question sur une symétrie se ramène à une question sur un projecteur, dont on connaît déjà l'image et le noyau, et réciproquement. Les deux notions décrivent au fond le même objet, une décomposition E=F⊕G ; simplement, le projecteur écrase la composante sur G, là où la symétrie la change en son opposée.
Exemple
Une symétrie de R2. Soit s(x,y)=(y,x). On a s2(x,y)=s(y,x)=(x,y), donc s2=idR2. Les deux sous-espaces caractéristiques sont
Ker(s−id)={(x,y);y=x}=Vect((1,1)),Ker(s+id)=Vect((1,−1)),et le théorème affirme que
R2=Vect((1,1))⊕Vect((1,−1)),ce que confirment les dimensions, 1+1=2=dimR2, et l'intersection, réduite au vecteur nul puisque la famille ((1,1),(1,−1)) est libre. Dans la base B=((1,1),(1,−1)) obtenue par concaténation, comme s(1,1)=(1,1) et s(1,−1)=(−1,1)=−(1,−1), on obtient
MatB(s)=(100−1).Une décomposition explicite. Elle se lit sur la formule de la démonstration. Pour u=(3,1), on a s(u)=(1,3), donc
uF=2(3,1)+(1,3)=(2,2)etuG=2(3,1)−(1,3)=(1,−1),et l'on vérifie que (2,2)+(1,−1)=(3,1), que s(2,2)=(2,2), et que s(1,−1)=(−1,1)=−(1,−1).
Endomorphismes nilpotents
Définition
Un endomorphisme f de E est dit nilpotent lorsqu'il existe un entier k⩾1 tel que fk=0, l'application nulle. Le plus petit tel entier est l'indice de nilpotence de f.
Propriété
Soit f un endomorphisme nilpotent d'un espace vectoriel E non réduit à {0E}. Alors f n'est pas injectif, donc ce n'est pas un automorphisme.
Démonstration. Soit k⩾1 tel que fk=0. Si f était injectif, la composée fk le serait aussi, comme composée d'applications injectives, donc son noyau serait réduit à {0E}. Or fk=0 a pour noyau E tout entier. On aurait E={0E}, ce qui est exclu par hypothèse. □
Propriété
Suite des noyaux itérés. Soit f un endomorphisme de E. Alors la suite des noyaux des puissances de f est croissante pour l'inclusion :
{0E}⊂Kerf⊂Kerf2⊂Kerf3⊂⋯Démonstration. Soit k∈N et soit x∈Kerfk, c'est-à-dire fk(x)=0E. Alors
fk+1(x)=f(fk(x))=f(0E)=0E,donc x∈Kerfk+1. □
En dimension finie, les dimensions de ces noyaux forment donc une suite croissante d'entiers majorée par dimE : elle finit par se stabiliser, et l'on montre que si deux noyaux consécutifs coïncident, tous les suivants leur sont égaux. C'est le mécanisme qui borne l'indice de nilpotence par dimE, résultat que l'on retrouve régulièrement en fin de problème.
Propriété
Soit f un endomorphisme de E tel que fk=0 pour un entier k⩾1. Alors idE−f est un automorphisme de E, et
(idE−f)−1=idE+f+f2+⋯+fk−1.Démonstration. Posons g=idE+f+⋯+fk−1. En développant par distributivité, et en observant que la somme se télescope,
(idE−f)∘g=(idE+f+⋯+fk−1)−(f+f2+⋯+fk)=idE−fk=idE.Comme f commute avec toutes ses puissances, le même calcul dans l'autre ordre donne g∘(idE−f)=idE. Ainsi idE−f est bijective, de réciproque g. □
Exemple
La dérivation est nilpotente. Soit D:R2[X]⟶R2[X], P⟼P′. Pour tout polynôme P de degré inférieur ou égal à 2, la dérivée troisième P′′′ est nulle, donc D3=0. En revanche D2(X2)=2=0, donc D2=0 : l'indice de nilpotence vaut 3, qui est bien dimR2[X]. Les noyaux itérés sont
KerD=R0[X],KerD2=R1[X],KerD3=R2[X],de dimensions 1, 2 et 3 : la suite est bien strictement croissante jusqu'à saturation. Par la propriété précédente, id−D est un automorphisme de R2[X], d'application réciproque id+D+D2, c'est-à-dire P⟼P+P′+P′′.
Méthode
Exploiter une relation vérifiée par un endomorphisme. Face à une hypothèse du type f2=f, f2=id, f3=f ou f2−3f+2id=0, trois réflexes, dans cet ordre.
- Factoriser la relation, comme on le ferait avec un polynôme, ce qui est licite car f commute avec ses propres puissances. Par exemple f3=f s'écrit f∘(f−id)∘(f+id)=0.
- Traduire un produit nul en inclusion de sous-espaces : de g∘h=0, on tire Imh⊂Kerg, car tout vecteur de la forme h(x) est envoyé sur 0 par g. C'est le geste central, et il faut savoir l'écrire seul.
- Chercher l'inversibilité en isolant id : de f2−3f+2id=0, on tire f∘(21(3id−f))=id, donc f est un automorphisme d'application réciproque 21(3id−f).
Ensuite seulement, on conclut avec le théorème du rang sur les dimensions.
Méthodes à connaître
Cette dernière section rassemble, sous forme de fiches, les gestes que l'on doit pouvoir exécuter sans réfléchir le jour du concours. Aucun n'est difficile ; ce qui se joue, c'est la rapidité et la propreté de la rédaction.
Méthode
Montrer qu'une famille est libre.
- Poser : « soient λ1,…,λp des réels tels que λ1x1+⋯+λpxp=0E ».
- Traduire en système homogène, en identifiant les coordonnées, les coefficients des puissances de X, ou les coefficients de la matrice selon l'espace ambiant.
- Résoudre au pivot et conclure que tous les λk sont nuls.
Raccourcis à connaître. Deux vecteurs : il suffit de vérifier qu'ils ne sont pas colinéaires. Polynômes de degrés deux à deux distincts et non nuls : la famille est libre sans calcul. Famille contenant 0E, ou deux vecteurs égaux : elle est liée, immédiatement.
Méthode
Montrer qu'une famille est une base de E. Quand dimE est connue, on ne vérifie jamais les deux propriétés.
- Compter les vecteurs de la famille et vérifier que ce cardinal vaut dimE. Si ce n'est pas le cas, la famille n'est pas une base, et c'est terminé.
- Démontrer une seule des deux propriétés, la liberté en pratique, car elle se ramène à un système homogène, plus rapide qu'un système avec second membre quelconque.
- Conclure en citant le théorème : « famille libre de cardinal dimE, donc base de E ».
Si la dimension de E n'est pas connue, il faut au contraire établir les deux propriétés séparément.
Méthode
Déterminer une base et la dimension d'un sous-espace donné par des équations.
- Résoudre le système formé par les équations, au pivot, en repérant les inconnues principales et les inconnues secondaires.
- Écrire le vecteur général en fonction des seuls paramètres, toutes coordonnées comprises.
- Séparer les paramètres : mettre chacun en facteur pour faire apparaître une combinaison linéaire de vecteurs fixes. Le sous-espace est alors le Vect de ces vecteurs.
- Vérifier que la famille obtenue est libre ; elle l'est presque toujours, par construction. C'est alors une base, et la dimension est le nombre de paramètres.
- Contrôler que chacun des vecteurs trouvés satisfait bien toutes les équations de départ.
Exemple
Soit F={(x,y,z,t)∈R4;x+y−z=0 et y+t=0}. Les deux équations donnent z=x+y et t=−y ; les paramètres sont x et y. Le vecteur général s'écrit
(x,y,z,t)=(x, y, x+y, −y)=x(1,0,1,0)+y(0,1,1,−1),donc F=Vect((1,0,1,0), (0,1,1,−1)). Ces deux vecteurs ne sont pas colinéaires, donc ils forment une base de F et dimF=2.
Contrôle. Pour (1,0,1,0) : 1+0−1=0 et 0+0=0. Pour (0,1,1,−1) : 0+1−1=0 et 1−1=0.
Méthode
Montrer que F et G sont supplémentaires dans E. On vérifie deux conditions sur trois, jamais les trois.
- Les dimensions. Exhiber une base de F et une base de G, en déduire dimF et dimG, et vérifier que dimF+dimG=dimE. Si le compte ne tombe pas juste, c'est terminé : les deux sous-espaces ne sont pas supplémentaires.
- L'intersection. Prendre x∈F∩G, écrire simultanément les conditions d'appartenance à F et à G, résoudre le système obtenu, et conclure que x=0E.
- Conclure en citant le théorème : « dimF+dimG=dimE et F∩G={0E}, donc E=F⊕G ».
Deux variantes. Si dimE n'est pas connue, établir l'intersection nulle et la somme F+G=E. Et si l'on dispose déjà d'une base de F et d'une base de G, montrer que leur concaténation est une base de E revient exactement au même, ce qui, au bon cardinal, se ramène à une vérification de liberté.
Méthode
Décomposer un vecteur sur une somme directe E=F⊕G.
- Poser l'inconnue : on cherche u=uF+uG avec uF∈F et uG∈G. Paramétrer uF sur une base de F et uG sur une base de G, avec des coefficients inconnus.
- Identifier les coordonnées dans une base de E, ce qui donne un système linéaire, puis le résoudre. Ce système possède toujours une solution et une seule : c'est précisément ce qu'affirme la somme directe, et c'est un bon contrôle de cohérence.
- Raccourci très fréquent : si F est décrit par une équation et G engendré par un seul vecteur g, écrire uG=tg et chercher l'unique réel t tel que u−tg satisfasse l'équation de F. Une inconnue, une équation.
- Contrôler que uF vérifie bien les équations de F, que uG appartient bien à G, et que la somme des deux redonne u.
Si l'on dispose du projecteur p d'image F et de noyau G, il n'y a plus rien à résoudre : uF=p(u) et uG=u−p(u).
Méthode
Construire le projecteur sur F parallèlement à G. On suppose E=F⊕G déjà établi.
- Décomposer un vecteur quelconque u par la méthode précédente, en gardant les coordonnées de u comme paramètres. Ne jamais partir d'un vecteur numérique.
- Poser p(u)=uF et écrire l'expression obtenue, coordonnée par coordonnée.
- Contrôler par trois vérifications : p2=p ; tout vecteur de F est invariant par p, ce qui donne Imp=F ; tout vecteur de G a une image nulle, ce qui donne Kerp=G.
- Écrire la matrice dans la base obtenue en concaténant une base de F et une base de G : elle porte autant de 1 que dimF au début de sa diagonale, et des 0 partout ailleurs. C'est le meilleur contrôle final.
Le projecteur sur G parallèlement à F est alors idE−p, et la symétrie associée à la même décomposition est 2p−idE.
Méthode
Montrer qu'une application f est linéaire.
- Vérifier que f va bien d'un espace vectoriel dans un espace vectoriel, et que l'image reste dans l'espace d'arrivée annoncé.
- Poser : « soient x, y dans E et λ, μ deux réels ».
- Calculer f(λx+μy) et aboutir à λf(x)+μf(y).
Pour montrer qu'une application n'est pas linéaire : tester d'abord f(0E)=0F, qui suffit très souvent ; sinon, exhiber deux vecteurs numériques et une inégalité chiffrée.
Méthode
Déterminer Kerf, Imf et rg(f).
- Le noyau : résoudre f(x)=0F, mettre l'ensemble des solutions sous forme de Vect en séparant les paramètres, en déduire une base et dimKerf.
- Le rang : l'obtenir par le théorème du rang, rg(f)=dimE−dimKerf. C'est plus rapide que de calculer l'image d'abord.
- L'image : calculer les f(ek) pour une base (e1,…,en) de E, ce qui donne une famille génératrice de Imf, puis en extraire exactement rg(f) vecteurs indépendants. Le rang étant déjà connu, il suffit d'exhiber ce nombre de vecteurs libres pour conclure.
- Contrôler que dimKerf+rg(f)=dimE, et que chaque vecteur annoncé dans le noyau a bien une image nulle.
Méthode
Reconnaître un hyperplan comme noyau d'une forme linéaire. Le déclencheur est un sous-espace décrit par une seule équation linéaire homogène, par exemple {(x,y,z)∈R3;ax+by+cz=0}.
- Nommer la forme linéaire dont le premier membre est l'expression, ici φ(x,y,z)=ax+by+cz. Justifier sa linéarité en une ligne, puis constater que le sous-espace étudié est Kerφ, ce qui prouve d'un seul coup que c'est un sous-espace vectoriel.
- Vérifier que φ n'est pas nulle, en exhibant un vecteur dont l'image est non nulle. C'est l'étape que les copies oublient, et sans elle le théorème ne s'applique pas.
- Conclure : Kerφ est un hyperplan, donc dimKerφ=dimE−1. Aucun système n'a été résolu.
- Si l'énoncé réclame une base, seulement alors, résoudre l'équation et séparer les paramètres. On doit trouver exactement dimE−1 vecteurs, ce qui contrôle le calcul.
Le même argument sert dans l'autre sens : une forme linéaire non nulle est toujours surjective, puisque son image est un sous-espace vectoriel de R différent de {0}.
Méthode
Montrer qu'un endomorphisme f de E est un automorphisme. Trois méthodes, à choisir selon les données de l'énoncé.
- Par le noyau. Montrer Kerf={0E}, donc f injective, donc bijective puisque E est de dimension finie. C'est la méthode par défaut : elle ne demande qu'un système homogène.
- Par une relation. Si f vérifie une relation du type f2+αf+βidE=0 avec β=0, factoriser pour faire apparaître f∘g=idE ; alors f est bijective et f−1=g. Cette méthode fournit en prime l'application réciproque.
- Par la matrice. Écrire A=MatB(f) et montrer que A est inversible, au pivot, ou en vérifiant rg(A)=dimE. On obtient alors MatB(f−1)=A−1.
Méthode
Écrire la matrice de f dans des bases données.
- Nommer la base de départ B=(e1,…,ep) et la base d'arrivée C, et annoncer le format attendu : dim(arriveˊe) lignes, dim(deˊpart) colonnes.
- Calculer les images f(e1),…,f(ep), une par une.
- Décomposer chaque image sur C, ce qui est immédiat si C est canonique, et demande un petit système sinon.
- Ranger les colonnes : la j-ième colonne contient les coordonnées de f(ej) dans C.
- Contrôler sur un vecteur test que Y=AX, en comparant le calcul direct de f(x) et le produit matriciel.
Méthode
Écrire une matrice de passage et changer les coordonnées d'un vecteur.
- Nommer les deux bases : B l'ancienne, B′ la nouvelle. Vérifier au passage que B′ est bien une base, au besoin par la liberté au bon cardinal.
- Remplir PB,B′ en colonnes : la j-ième colonne contient les coordonnées du j-ième vecteur de B′ exprimé dans B. La formule à retenir tient en cinq mots : les nouveaux, dans l'ancienne base. Lorsque B est la base canonique, il n'y a rien à calculer, on recopie les vecteurs de B′ en colonnes.
- Appliquer XB=PB,B′XB′ dans le bon sens : cette formule transforme les coordonnées nouvelles en coordonnées anciennes. Pour aller dans l'autre sens, utiliser XB′=(PB,B′)−1XB, l'inverse étant PB′,B.
- Contrôler sur un vecteur dont on connaît les deux jeux de coordonnées, par exemple un vecteur de B′ lui-même : sa colonne dans B′ ne comporte qu'un 1 et des 0, et le produit doit redonner ce vecteur écrit dans B.
Méthode
Calculer un rang par le pivot.
- Écrire une matrice : les vecteurs en lignes s'il s'agit d'une famille, la matrice elle-même s'il s'agit d'une matrice.
- Échelonner par les opérations élémentaires sur les lignes, qui ne changent pas le rang.
- Compter les lignes non nulles : c'est le rang. Les lignes non nulles obtenues forment de plus une base du sous-espace engendré.
- Interpréter : rang égal au nombre de vecteurs, la famille est libre ; rang égal à dimE, elle est génératrice ; pour une matrice carrée d'ordre n, rang égal à n, elle est inversible.
Trois erreurs reviennent chaque année, et il vaut la peine de les nommer une dernière fois. La première consiste à confondre les espaces : Kerf vit au départ, Imf vit à l'arrivée, et le théorème du rang fait intervenir dimE, jamais dimF. La deuxième consiste à écrire une matrice en lignes au lieu de la remplir en colonnes, ce qui donne la transposée et fausse tous les calculs qui suivent. La troisième, plus insidieuse, consiste à conclure qu'une famille est une base sans avoir compté ses vecteurs : le théorème central de la dimension finie ne s'applique qu'au bon cardinal, et une famille libre de 2 vecteurs dans R3 ne sera jamais une base, si soignée que soit la démonstration de sa liberté.
Les exercices
42 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Familles libres ou liées dans R3
Familles génératrices, familles libres et liées, bases
On rappelle la définition utilisée dans tout l'exercice. Une famille (u1,…,up) de vecteurs d'un espace vectoriel E est libre lorsque la seule combinaison linéaire nulle de ces vecteurs est celle dont tous les coefficients sont nuls, autrement dit lorsque
λ1u1+⋯+λpup=0 ⟹ λ1=⋯=λp=0.Dans le cas contraire la famille est liée, et toute égalité λ1u1+⋯+λpup=0 dont l'un au moins des coefficients est non nul s'appelle une relation de liaison.
Pour chacune des six familles suivantes, dire si elle est libre ou liée. Si elle est liée, écrire explicitement une relation de liaison.
a. F1=(u1,u2) dans R3, avec u1=(1,−1,2) et u2=(−3,3,−6).
b. F2=(v1,v2) dans R3, avec v1=(1,0,2) et v2=(0,1,3).
c. F3=(w1,w2,w3) dans R3, avec w1=(1,1,0), w2=(0,1,1) et w3=(1,0,−1).
d. F4=(x1,x2,x3) dans R3, avec x1=(1,0,1), x2=(1,1,0) et x3=(0,1,1).
e. F5=(y1,y2,y3) dans R2, avec y1=(1,2), y2=(3,−1) et y3=(1,9).
f. F6=(P1,P2,P3) dans R2[X], avec P1=1+X, P2=X+X2 et P3=1+2X+X2.
Exercice 2 ★★★★ — Coordonnées d'un vecteur dans une base de R3
Coordonnées d'un vecteur dans une baseFamilles génératrices, familles libres et liées, bases
Dans R3, on pose
e1=(1,1,1),e2=(1,1,0),e3=(1,0,0),B=(e1,e2,e3).1. Montrer que la famille B est libre, puis en déduire que B est une base de R3.
2. Déterminer les coordonnées du vecteur u=(3,5,2) dans la base B, et vérifier le résultat.
3. Déterminer les coordonnées du vecteur v=(−1,4,4) dans la base B.
4. Déterminer les coordonnées d'un vecteur quelconque (x,y,z) de R3 dans la base B. Retrouver les résultats des questions 2. et 3., et donner les coordonnées du deuxième vecteur ε2=(0,1,0) de la base canonique.
Exercice 3 ★★★★ — Reconnaître une application linéaire
Applications linéaires : définition, opérations, exemples
On rappelle qu'une application f d'un espace vectoriel E dans un espace vectoriel F est linéaire lorsque
∀(u,v)∈E2, ∀(λ,μ)∈R2,f(λu+μv)=λf(u)+μf(v).Pour chacune des six applications suivantes, dire si elle est linéaire. Si elle l'est, le démontrer ; sinon, le prouver par un contre-exemple chiffré. On note RN l'ensemble des suites réelles.
a. f1:R2⟶R3 définie par f1(x,y)=(x+y, 2x−3y, −y).
b. f2:R2⟶R3 définie par f2(x,y)=(x+1, y−x, 2y).
c. f3:R2[X]⟶R2[X] définie par f3(P)=2P−XP′.
d. f4:R2[X]⟶R définie par f4(P)=(P(1))2.
e. f5:M2(R)⟶R définie par f5(M)=a1,1+a2,2, où M=(ai,j).
f. f6:RN⟶RN qui, à une suite u=(un)n∈N, associe la suite v définie par vn=un+1−2un pour tout n∈N.
Exercice 4 ★★★★ — Noyau et image : premiers exemples
Noyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivitéApplications linéaires : définition, opérations, exemples
On admet que les trois applications suivantes sont linéaires. Pour chacune d'elles, on demande :
- de déterminer une base de son noyau et la dimension de ce noyau ;
- de déterminer une base de son image et la dimension de cette image ;
- de dire si elle est injective, et si elle est surjective.
On note (ε1,ε2,ε3) la base canonique de R3.
1. f:R3⟶R2 définie par f(x,y,z)=(x+y−z, 2x−y+z).
2. g:R3⟶R3 définie par g(x,y,z)=(x−y, y−z, z−x).
3. h:R3⟶R3 définie par h(x,y,z)=(x+y, y+z, x+z).
Exercice 5 ★★★★ — Base et dimension d'un sous-espace décrit par des équations
Dimension d'un sous-espace vectoriel, inclusion et égalité par les dimensionsFamilles génératrices, familles libres et liées, bases
Dans R4, on considère les deux ensembles
F={(x,y,z,t)∈R4;x+y−z+2t=0}et
G={(x,y,z,t)∈R4;x+y+z+t=0 et x−y+2z=0}.1. Montrer que F est un sous-espace vectoriel de R4, en donner une base et préciser dimF.
2. Mêmes questions pour G.
3. Le vecteur w=(1,2,3,0) appartient-il à F ? À G ? Lorsque la réponse est positive, donner ses coordonnées dans la base trouvée.
4. Justifier, sans nouveau calcul, que F=R4 et que G=F.
Exercice 6 ★★★★ — Somme de deux sous-espaces de R3
Somme de deux sous-espaces, somme directe, sous-espaces supplémentairesDimension d'un sous-espace vectoriel, inclusion et égalité par les dimensions
Dans R3, on considère les deux sous-espaces vectoriels
F=Vect(u1,u2)avecu1=(1,0,1) et u2=(0,1,1),et G=Vect(v), où v=(1,1,0).
On rappelle que la somme de deux sous-espaces vectoriels F et G d'un même espace vectoriel E est l'ensemble
F+G={a+b;a∈F et b∈G}.1. Montrer que (u1,u2) est une base de F et préciser dimF. Faire de même pour G.
2. Déterminer une équation cartésienne de F, c'est-à-dire une équation liant x, y et z dont les solutions sont exactement les éléments de F.
3. Déterminer F∩G.
4. Montrer que F+G=Vect(u1,u2,v), puis déterminer F+G et sa dimension.
5. Vérifier sur cet exemple la formule
dim(F+G)=dimF+dimG−dim(F∩G).Exercice 7 ★★★★ — Matrice d'une application linéaire dans les bases canoniques
Matrice d'une application linéaire dans un couple de bases
On rappelle que la matrice d'une application linéaire dans un couple de bases se construit colonne par colonne : la j-ième colonne est la colonne des coordonnées de l'image du j-ième vecteur de la base de départ, exprimée dans la base d'arrivée. Si X est la colonne des coordonnées de u et Y celle des coordonnées de f(u), alors Y=AX.
Les trois premières questions portent sur des applications linéaires (on admet leur linéarité). Dans chacune, on demande d'écrire la matrice de l'application dans les bases canoniques, puis de vérifier la relation Y=AX sur le vecteur indiqué.
1. f:R3⟶R2 définie par f(x,y,z)=(2x−y+3z, x+4y−z) ; vérification sur u=(1,2,−1).
2. g:R2⟶R3 définie par g(x,y)=(x+y, x−y, 2x) ; vérification sur u=(3,−2).
3. h:R2[X]⟶R2[X] définie par h(P)=P+P′, la base canonique de R2[X] étant (1,X,X2) ; vérification sur P=2X2−3X+1.
4. Lecture en sens inverse : déterminer l'application linéaire ℓ de R3 dans R3 dont la matrice dans la base canonique est
D=000100010.Exercice 8 ★★★★ — Rang d'une matrice par le pivot de Gauss
Rang d'une matrice, calcul par le pivot, lien avec l'application linéaire associée
On rappelle que les opérations élémentaires sur les lignes d'une matrice ne modifient pas son rang, et que le rang d'une matrice échelonnée est égal à son nombre de lignes non nulles.
Calculer le rang de chacune des quatre matrices suivantes par la méthode du pivot de Gauss, en écrivant les opérations effectuées. Pour les matrices carrées, conclure quant à leur inversibilité.
A=12−1211−112,B=121−11521−4, C=12−124−2012131,D=111212311360.Exercice 9 ★★★★ — Appliquer le théorème du rang
Rang d'une application linéaire et théorème du rangNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivité
On rappelle le théorème du rang : si E est un espace vectoriel de dimension finie et si f∈L(E,F), alors
dimE=dimKerf+rg(f),ouˋ rg(f)=dimImf.1. Soit f∈L(R5,R3) telle que dimKerf=2. Déterminer rg(f), puis dire si f est surjective.
2. Soit g∈L(R4,R7) telle que rg(g)=4. Déterminer dimKerg, puis dire si g est injective, si elle est surjective.
3. Une application linéaire de R4 dans R2 peut-elle être injective ? Justifier.
4. Une application linéaire de R2 dans R4 peut-elle être surjective ? Justifier.
5. On considère enfin l'application φ:R4⟶R3 définie par
φ(x,y,z,t)=(x+y+z+t, x−y+z−t, 2x+2z),dont on admet la linéarité. Déterminer une base de Kerφ, en déduire rg(φ) par le théorème du rang, puis donner une base de Imφ. L'application φ est-elle injective ? surjective ?
Exercice 10 ★★★★ — Extraire une base d'une famille génératrice
Rang d'une famille de vecteurs, base extraite, base complétéeFamilles génératrices, familles libres et liées, basesDimension d'un espace vectoriel de dimension finie, cardinal des familles libres et génératrices
Dans R4, on considère les cinq vecteurs
v1=(1,1,0,1),v2=(2,1,1,0),v3=(0,1,−1,2),v4=(1,0,2,1),v5=(3,1,3,1),et l'on pose F=Vect(v1,v2,v3,v4,v5).
1. Déterminer le rang de la famille (v1,v2,v3,v4,v5) par la méthode du pivot de Gauss.
2. Montrer que la famille (v1,v2,v4) est libre, et en déduire que c'est une base de F. Préciser dimF.
3. Exprimer v3 et v5 en fonction de v1, v2 et v4.
4. Montrer que tout vecteur (x,y,z,t) de F vérifie l'équation 3x−4y−2z+t=0.
5. En déduire que F={(x,y,z,t)∈R4;3x−4y−2z+t=0}, puis que F=R4.
Exercice 11 ★★★★ — Une base de R3[X] formée de puissances de X moins 1
Familles génératrices, familles libres et liées, basesCoordonnées d'un vecteur dans une baseApplications linéaires sur les espaces de polynômes, de matrices, de suites et de fonctions
Dans l'espace vectoriel R3[X] des polynômes de degré inférieur ou égal à 3, on pose
Q0=1,Q1=X−1,Q2=(X−1)2,Q3=(X−1)3,B=(Q0,Q1,Q2,Q3).1. Justifier que les quatre polynômes Q0, Q1, Q2, Q3 appartiennent bien à R3[X], et rappeler la dimension de R3[X].
2. Montrer que la famille B est libre, puis en déduire que c'est une base de R3[X].
3. Déterminer les coordonnées du polynôme P=X3−2X2+3X−1 dans la base B, et vérifier le résultat en développant.
4. Déterminer les coordonnées du polynôme R=X2−1 dans la base B.
5. Montrer que, pour tout polynôme S de R3[X], la première coordonnée de S dans la base B est égale à S(1).
Exercice 12 ★★★★ — La dérivation sur Rn[X] : noyau, image, rang
Applications linéaires sur les espaces de polynômes, de matrices, de suites et de fonctionsNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivitéRang d'une application linéaire et théorème du rang
Soit n un entier naturel non nul. On considère l'application
D:Rn[X]⟶Rn[X],P⟼P′.1. Montrer que D est bien définie, puis que D est un endomorphisme de Rn[X].
2. Déterminer KerD et sa dimension. L'application D est-elle injective ?
3. En déduire rg(D) par le théorème du rang, puis montrer que ImD=Rn−1[X]. L'application D est-elle surjective ?
4. Dans le cas n=3, écrire la matrice de D dans la base canonique (1,X,X2,X3) et vérifier que son rang est bien celui trouvé à la question 3.
5. Montrer que Dn+1=0, c'est-à-dire que Dn+1 est l'endomorphisme nul de Rn[X].
6. Montrer que Dn=0. Que peut-on dire de D ?
Exercice 13 ★★★★ — Une application linéaire définie par l'image d'une base
Application linéaire déterminée par l'image d'une baseMatrice d'une application linéaire dans un couple de bases
Dans R3, on pose
e1=(1,1,1),e2=(0,1,1),e3=(0,0,1),B=(e1,e2,e3),et l'on cherche une application linéaire f de R3 dans R3 vérifiant
f(e1)=(1,0,1),f(e2)=(1,1,2),f(e3)=(0,1,1).1. Montrer que B est une base de R3, puis justifier qu'il existe une unique application linéaire f vérifiant les trois égalités ci-dessus.
2. Déterminer les coordonnées d'un vecteur (x,y,z) de R3 dans la base B, puis en déduire l'expression de f(x,y,z). Vérifier le résultat sur e2.
3. Déterminer une base de Kerf et une base de Imf. L'application f est-elle injective ? surjective ?
4. Écrire la matrice A=MatB(f) de f dans la base B, puis vérifier la relation Y=AX sur le vecteur u=e1+2e2−e3.
Exercice 14 ★★★★ — Le sous-espace des matrices symétriques : base et dimension
Applications linéaires sur les espaces de polynômes, de matrices, de suites et de fonctionsDimension d'un sous-espace vectoriel, inclusion et égalité par les dimensionsSomme de deux sous-espaces, somme directe, sous-espaces supplémentaires
Pour 1⩽i⩽3 et 1⩽j⩽3, on note Ei,j la matrice de M3(R) dont le coefficient d'indice (i,j) vaut 1 et dont tous les autres coefficients sont nuls. On rappelle que la famille des neuf matrices Ei,j est la base canonique de M3(R), et donc que dimM3(R)=9.
Une matrice M∈M3(R) est dite symétrique lorsque tM=M, et antisymétrique lorsque tM=−M. On pose
S={M∈M3(R);tM=M},A={M∈M3(R);tM=−M}.1. Montrer que S est un sous-espace vectoriel de M3(R).
2. Soit M=(mi,j)∈M3(R). Traduire la condition tM=M par des égalités entre coefficients, puis écrire la forme générale d'un élément de S.
3. En déduire une famille génératrice de S formée de six matrices, montrer qu'elle est libre, et conclure que dimS=6.
4. Reprendre le raisonnement dans Mn(R) : montrer que le sous-espace Sn des matrices symétriques d'ordre n est de dimension 2n(n+1).
5. Montrer de même que A est un sous-espace vectoriel de M3(R), en donner une base et la dimension. Quelle est la dimension du sous-espace des matrices antisymétriques de Mn(R) ?
6. Déterminer S∩A.
7. Déduire des questions 3, 5 et 6 que S et A sont supplémentaires dans M3(R), c'est-à-dire que
M3(R)=S⊕A.Vérifier ensuite que toute matrice M∈M3(R) s'écrit
M=2M+tM+2M−tM,où le premier terme est symétrique et le second antisymétrique, puis effectuer cette décomposition pour
M=147258369.Exercice 15 ★★★★ — Injective, surjective : ce que les dimensions imposent
Noyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivitéRang d'une application linéaire et théorème du rangIsomorphismes, automorphismes et leurs caractérisations en dimension finie
Chacune des affirmations suivantes est soit vraie, soit fausse. Dans le premier cas, la démontrer ; dans le second, donner un contre-exemple explicite et vérifier qu'il convient.
1. Il existe une application linéaire injective de R5 dans R3.
2. Il existe une application linéaire surjective de R5 dans R3.
3. Il existe une application linéaire surjective de R2 dans R4.
4. Il existe une application linéaire injective de R2 dans R4.
5. Toute application linéaire injective de R3 dans R3 est bijective.
6. Toute application linéaire de R3 dans R3 est injective ou surjective.
7. Application. On pose f(x,y,z)=(x+y, y+z, x−z) pour tout (x,y,z)∈R3. Déterminer Kerf, puis rgf et Imf. L'application f est-elle injective ? surjective ?
Exercice 16 ★★★★ — Un plan et une droite supplémentaires dans R3
Somme de deux sous-espaces, somme directe, sous-espaces supplémentairesDimension d'un sous-espace vectoriel, inclusion et égalité par les dimensionsFamilles génératrices, familles libres et liées, bases
Dans R3, on considère le plan
P={(x,y,z)∈R3;x+y+z=0}et la droite D=Vect(u), où u=(1,1,1).
1. Montrer que P est un sous-espace vectoriel de R3, en donner une base et préciser sa dimension.
2. Vérifier que u∈/P, puis en déduire que P∩D={(0,0,0)} : la somme P+D est directe.
3. En déduire que R3=P⊕D, c'est-à-dire que P et D sont supplémentaires dans R3.
4. Montrer que la famille obtenue en concaténant la base de P trouvée à la question 1 et la base (u) de D est une base de R3.
5. Décomposer le vecteur w=(1,2,3) sous la forme w=a+b avec a∈P et b∈D, puis justifier que cette écriture est la seule possible.
6. On pose D′=Vect(e1), où e1=(1,0,0). Montrer que P et D′ sont eux aussi supplémentaires dans R3, et décomposer à nouveau w sur P et D′. Qu'en conclure sur l'unicité d'un supplémentaire ?
Exercice 17 ★★★★ — Matrice d'un endomorphisme dans une base non canonique
Matrice d'une application linéaire dans un couple de basesCoordonnées d'un vecteur dans une baseApplication linéaire déterminée par l'image d'une base
On note B0=(e1,e2,e3) la base canonique de R3 et on considère l'application
f:(x,y,z)⟼(2x−y, x+z, y+z).On pose enfin
u1=(1,1,1),u2=(1,1,0),u3=(1,0,0),B=(u1,u2,u3).1. Justifier que f est un endomorphisme de R3.
2. Déterminer A=MatB0(f), la matrice de f dans la base canonique.
3. Montrer que B est une base de R3.
4. Soit (a,b,c)∈R3. Déterminer les coordonnées de (a,b,c) dans la base B.
5. Calculer f(u1), f(u2) et f(u3), les exprimer dans la base B, puis écrire B=MatB(f).
6. Contrôle. Soit v=u1+u2+u3. Calculer f(v) de deux façons : à l'aide de B et des coordonnées de v dans B, puis directement avec la formule de f. Les deux résultats doivent coïncider.
Exercice 18 ★★★★ — Matrice de passage entre deux bases de R3
Matrice de passage, coordonnées d'un vecteur dans deux basesCoordonnées d'un vecteur dans une baseFamilles génératrices, familles libres et liées, bases
On note B=(e1,e2,e3) la base canonique de R3 et on pose
u1=(1,0,1),u2=(1,1,0),u3=(1,1,1),B′=(u1,u2,u3).On rappelle que la matrice de passage PB,B′ de la base B à la base B′ est la matrice dont les colonnes sont les colonnes de coordonnées des vecteurs de B′ exprimées dans la base B, et que pour tout vecteur w de R3,
XB=PB,B′XB′,où XB et XB′ désignent les colonnes de coordonnées de w dans B et dans B′.
1. Montrer que B′ est une base de R3.
2. Écrire la matrice de passage P=PB,B′.
3. Calculer P−1 par la méthode du pivot de Gauss, puis contrôler le résultat en calculant le produit PP−1.
4. Soit w=(2,3,1). Déterminer les coordonnées de w dans la base B′.
5. Vérifier ce résultat de deux façons : par le produit PXB′, puis en calculant directement la combinaison linéaire correspondante de u1, u2 et u3.
6. Que représente la matrice P−1 en termes de changement de base ? Le vérifier sur le vecteur e1.
Exercice 19 ★★★★ — Trois façons de prouver qu'une application est un isomorphisme
Isomorphismes, automorphismes et leurs caractérisations en dimension finieMatrice d'une composée, matrice d'un isomorphisme, inversibilité
On considère l'endomorphisme f de R3 défini par
f(x,y,z)=(x+y, y+z, x+z),et l'on note B0=(e1,e2,e3) la base canonique de R3.
Le but de l'exercice est d'établir de trois manières différentes que f est un isomorphisme de R3, puis de comparer ces trois méthodes.
1. Première méthode : par le noyau. Déterminer Kerf et en déduire que f est bijective.
2. Deuxième méthode : par la matrice. Écrire A=MatB0(f), montrer que A est inversible par la méthode du pivot de Gauss et calculer A−1. Conclure.
3. Troisième méthode : par la réciproque. Résoudre, pour (a,b,c)∈R3 fixé, l'équation f(x,y,z)=(a,b,c) d'inconnue (x,y,z). En déduire une application g telle que f∘g=g∘f=idR3.
4. Vérifier que la matrice de g dans la base canonique est bien la matrice A−1 trouvée à la question 2.
5. Déterminer l'unique antécédent de (2,4,6) par f.
6. Comparer les trois méthodes : que fournit chacune, et laquelle choisir selon la question posée ?
Exercice 20 ★★★★ — Composée de deux applications linéaires et produit des matrices
Matrice d'une composée, matrice d'un isomorphisme, inversibilitéApplications linéaires : définition, opérations, exemples
On note B3=(e1,e2,e3) la base canonique de R3 et B2=(ε1,ε2) celle de R2. On considère les deux applications linéaires
f:R3⟶R2,f(x,y,z)=(x+2y−z, 3y+z), g:R2⟶R3,g(s,t)=(s−4t, t, s−2t).1. Écrire A=MatB3,B2(f) et B=MatB2,B3(g), en précisant leur format.
2. Calculer (g∘f)(x,y,z) à partir des formules, en déduire MatB3(g∘f), puis vérifier que cette matrice est égale au produit BA.
3. Faire de même pour f∘g et le produit AB.
4. Déterminer rgf et rgg. Chacune de ces deux applications est-elle injective ? surjective ?
5. Déterminer le rang et le noyau de f∘g, puis le rang et le noyau de g∘f.
6. Que constate-t-on en comparant f∘g et g∘f ?
Exercice 21 ★★★★ — Rang d'une matrice dépendant d'un paramètre
Rang d'une matrice, calcul par le pivot, lien avec l'application linéaire associée
Pour tout réel m, on pose
Am=m111m111m∈M3(R).1. Échelonner Am par la méthode du pivot de Gauss, en n'utilisant que des opérations valables pour toute valeur de m.
2. En déduire le rang de Am en fonction de m.
3. Contrôler directement, sur la matrice Am elle-même, le rang obtenu dans chacun des deux cas particuliers.
4. Pour quelles valeurs de m la matrice Am est-elle inversible ?
5. Décrire, dans chacun des cas, l'ensemble des solutions du système homogène AmX=03,1 d'inconnue X∈M3,1(R) : dimension et base.
Exercice 22 ★★★★ — Deux sous-espaces de R4 : bases, dimensions, intersection
Dimension d'un sous-espace vectoriel, inclusion et égalité par les dimensionsFamilles génératrices, familles libres et liées, basesRang d'une famille de vecteurs, base extraite, base complétée
Dans R4, on considère
F={(x,y,z,t)∈R4;x+y+z+t=0 et x−y+z−t=0}et G=Vect(w1,w2,w3), où
w1=(1,1,0,0),w2=(0,1,−1,−2),w3=(2,3,−1,−2).1. Montrer que F est un sous-espace vectoriel de R4, en donner une base et préciser sa dimension.
2. Montrer que la famille (w1,w2,w3) est liée, déterminer son rang, puis en déduire une base de G et dimG.
3. Le vecteur w1 appartient-il à F ? Que peut-on en conclure sur les deux sous-espaces ?
4. Déterminer F∩G : en donner une base et la dimension.
5. Vérifier que la dimension trouvée est compatible avec les inclusions F∩G⊂F et F∩G⊂G.
6. Les vecteurs a=(3,4,−3,−4) et b=(2,4,−2,−4) appartiennent-ils à F ? à G ? à F∩G ?
Exercice 23 ★★★★ — Une forme linéaire sur R3 et son noyau
Formes linéaires, hyperplans, noyau d'une forme linéaire non nulleRang d'une application linéaire et théorème du rangNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivité
On appelle forme linéaire sur un espace vectoriel réel E toute application linéaire de E dans R, et hyperplan de E tout sous-espace vectoriel de dimension dimE−1, lorsque E est de dimension finie. Dans R3, un hyperplan est donc un plan.
On considère l'application
φ:R3⟶R,φ(x,y,z)=2x−y+3z.On note B0=(e1,e2,e3) la base canonique de R3 et C=(1) la base canonique de R.
1. Montrer que φ est une forme linéaire sur R3.
2. Écrire la matrice A=MatB0,C(φ). Quel est son format ?
3. Déterminer Imφ, puis rgφ.
4. En déduire, par le théorème du rang, la dimension de Kerφ. Pourquoi peut-on affirmer que Kerφ est un hyperplan de R3 ?
5. Déterminer une base de Kerφ et vérifier que les vecteurs obtenus annulent bien φ.
6. La réciproque, sur un exemple. On pose H=Vect(h1,h2) avec h1=(1,1,1) et h2=(1,0,−1). Déterminer une forme linéaire non nulle ψ sur R3 telle que Kerψ=H.
7. Soient φ1 et φ2 deux formes linéaires non nulles sur R3.
a. Montrer que s'il existe λ∈R∗ tel que φ2=λφ1, alors Kerφ1=Kerφ2.
b. Réciproquement, on suppose Kerφ1=Kerφ2, et on note H ce noyau commun. Justifier qu'il existe un vecteur u tel que R3=H⊕Vect(u), puis que φ1(u)=0. On pose λ=φ1(u)φ2(u) : montrer que φ2=λφ1.
c. Donner une forme linéaire distincte de φ ayant le même noyau que φ.
Exercice 24 ★★★★ — L'application P vers P(X+1) moins P(X)
Applications linéaires sur les espaces de polynômes, de matrices, de suites et de fonctionsNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivitéMatrice d'une application linéaire dans un couple de bases
On note R3[X] l'ensemble des polynômes de degré inférieur ou égal à 3, muni de sa base canonique C=(1,X,X2,X3), et l'on rappelle que dimR3[X]=4.
On considère l'application
Δ:P⟼P(X+1)−P(X).1. Montrer que Δ est un endomorphisme de R3[X].
2. Calculer Δ(1), Δ(X), Δ(X2) et Δ(X3), puis écrire la matrice D=MatC(Δ).
3. Soit P un polynôme de degré n avec 1⩽n⩽3. Montrer que Δ(P) est de degré n−1.
4. Déterminer KerΔ, en donner une base et la dimension.
5. En déduire rgΔ, puis montrer que ImΔ=R2[X].
6. Montrer que Δ4=Δ∘Δ∘Δ∘Δ est l'endomorphisme nul, de deux façons : par les degrés, puis en calculant les puissances de D.
Exercice 25 ★★★★ — Un endomorphisme de M2(R) : M vers AM
Applications linéaires sur les espaces de polynômes, de matrices, de suites et de fonctionsNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivitéMatrice d'une application linéaire dans un couple de bases
On pose
A=(1111)∈M2(R),Φ:M⟼AM.On rappelle que dimM2(R)=4 et que sa base canonique est E=(E1,1,E1,2,E2,1,E2,2), où
E1,1=(1000),E1,2=(0010),E2,1=(0100),E2,2=(0001).1. Montrer que Φ est un endomorphisme de M2(R).
2. Calculer Φ(M) pour M=(acbd), puis déterminer KerΦ : base et dimension.
3. Déterminer ImΦ : base et dimension. En déduire rgΦ et vérifier le théorème du rang.
4. Écrire la matrice N=MatE(Φ), et retrouver son rang par le pivot.
5. L'application Φ est-elle injective ? surjective ?
6. Que deviennent ces réponses si l'on remplace A par une matrice inversible de M2(R) ?
Exercice 26 ★★★★ — L'espace des suites vérifiant une récurrence d'ordre 2
Applications linéaires sur les espaces de polynômes, de matrices, de suites et de fonctionsFamilles génératrices, familles libres et liées, basesDimension d'un espace vectoriel de dimension finie, cardinal des familles libres et génératrices
On note RN l'espace vectoriel des suites réelles, et l'on considère
E={u∈RN;∀n∈N, un+2=5un+1−6un}.1. Montrer que E est un sous-espace vectoriel de RN.
2. On pose φ(u)=(u0,u1) pour toute suite u∈E. Montrer que φ est un isomorphisme de E sur R2, et en déduire que dimE=2.
3. Déterminer les réels q non nuls tels que la suite géométrique (qn)n∈N appartienne à E.
4. On note g la suite de terme général 2n et h celle de terme général 3n. Montrer que (g,h) est une base de E.
5. Déterminer le terme général de la suite u∈E vérifiant u0=1 et u1=4, puis contrôler le résultat sur u2 et u3.
6. Déterminer une base et la dimension de E0={u∈E;u0=0}.
Exercice 27 ★★★★ — Un projecteur : quand f composée avec elle-même redonne f
Endomorphismes vérifiant une relation, projecteurs, symétries, endomorphismes nilpotentsNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivitéRang d'une application linéaire et théorème du rangSomme de deux sous-espaces, somme directe, sous-espaces supplémentaires
Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie et p un endomorphisme de E vérifiant
p∘p=p.Un tel endomorphisme est appelé un projecteur de E.
1. Montrer que p(x)=x pour tout x∈Imp, puis que Imp est exactement l'ensemble des vecteurs invariants par p, autrement dit que Imp=Ker(p−idE).
2. Montrer que Kerp∩Imp={0E}.
3. Que donne le théorème du rang appliqué à p ? En déduire, avec la question 2, que Imp et Kerp sont supplémentaires dans E, c'est-à-dire que E=Imp⊕Kerp.
4. Soit x∈E. Montrer que x=p(x)+(x−p(x)) est une écriture de x comme somme d'un vecteur de Imp et d'un vecteur de Kerp, puis montrer qu'il n'y en a pas d'autre. On redémontre ainsi, sans passer par les dimensions, la somme directe de la question 3.
5. Exemple. On pose, pour tout (x,y,z)∈R3, p(x,y,z)=(x, y, x+y). Écrire la matrice P de p dans la base canonique, vérifier que P2=P, puis déterminer Kerp et Imp (base et dimension de chacun).
6. Vérifier sur cet exemple les résultats des questions 1 à 4, en décomposant explicitement le vecteur v=(1,2,0).
Exercice 28 ★★★★ — Le projecteur associé à une décomposition
Endomorphismes vérifiant une relation, projecteurs, symétries, endomorphismes nilpotentsSomme de deux sous-espaces, somme directe, sous-espaces supplémentairesMatrice d'une application linéaire dans un couple de bases
Dans R3, on considère le plan F=Vect(f1,f2) et la droite G=Vect(u), où
f1=(1,1,0),f2=(0,1,1),u=(1,1,1).Le but de l'exercice est de construire l'application qui, à un vecteur de R3, associe sa composante sur F dans la décomposition R3=F⊕G.
1. Montrer que (f1,f2) est une base de F, que F admet pour équation cartésienne x−y+z=0, et que u∈/F. En déduire que R3=F⊕G.
2. Soit (x,y,z)∈R3. Déterminer les uniques réels a, b et λ tels que
(x,y,z)=af1+bf2+λu.3. On note p(x,y,z)=af1+bf2 la composante sur F obtenue à la question précédente : par définition, p est le projecteur sur F parallèlement à G. Donner l'expression de p(x,y,z) et montrer que p est un endomorphisme de R3.
4. Écrire la matrice P de p dans la base canonique, puis vérifier par le calcul matriciel que P2=P.
5. Déterminer Imp et Kerp. Que constate-t-on ?
6. On pose q=idR3−p. Donner l'expression de q et sa matrice Q, montrer que q est le projecteur sur G parallèlement à F, et vérifier les relations
p+q=idR3,p∘q=q∘p=0.7. Décomposer explicitement le vecteur w=(1,2,3).
Exercice 29 ★★★★ — Un endomorphisme de carré nul
Endomorphismes vérifiant une relation, projecteurs, symétries, endomorphismes nilpotentsRang d'une application linéaire et théorème du rang
Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie n⩾1, et soit f un endomorphisme de E vérifiant
f∘f=0,où 0 désigne l'endomorphisme nul de E.
1. Montrer que Imf⊂Kerf.
2. En déduire que rgf⩽2n.
3. Montrer que f n'est pas bijective.
4. On suppose dans cette question que n=3. Quelles sont les valeurs possibles de rgf ? Caractériser le cas rgf=0.
5. Construire une matrice N∈M3(R) de rang 1 telle que N2=03. Déterminer le noyau et l'image de l'endomorphisme de R3 associé, et vérifier sur cet exemple les questions 1 et 2.
6. Montrer que idE−f est un automorphisme de E, de réciproque idE+f.
Exercice 30 ★★★★ — Une symétrie vectorielle
Endomorphismes vérifiant une relation, projecteurs, symétries, endomorphismes nilpotentsNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivitéSomme de deux sous-espaces, somme directe, sous-espaces supplémentaires
Soit E un espace vectoriel réel et soit s un endomorphisme de E vérifiant s∘s=idE. Un tel endomorphisme s'appelle une symétrie vectorielle de E. On pose
F=Ker(s−idE)etG=Ker(s+idE).1. Montrer que s est un automorphisme de E et que s−1=s.
2. Montrer que F et G sont des sous-espaces vectoriels de E, et que
F={x∈E;s(x)=x},G={x∈E;s(x)=−x}.3. Montrer que F∩G={0E}.
4. Soit x∈E. Vérifier l'identité x=2x+s(x)+2x−s(x), puis montrer que le premier terme appartient à F et le second à G. En déduire que F et G sont supplémentaires dans E, c'est-à-dire que
E=Ker(s−idE)⊕Ker(s+idE).5. On prend E=R3 et s(x,y,z)=(x,−y,2x−z). Justifier que s est linéaire, écrire sa matrice A dans la base canonique, et vérifier que A2=I3.
6. Déterminer F et G pour cette symétrie : une base et la dimension de chacun.
7. Décomposer le vecteur u=(1,2,3) comme à la question 4.
Exercice 31 ★★★★ — Deux endomorphismes tels que p plus q égale l'identité
Endomorphismes vérifiant une relation, projecteurs, symétries, endomorphismes nilpotentsSomme de deux sous-espaces, somme directe, sous-espaces supplémentairesNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivité
Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie, et soient p et q deux endomorphismes de E vérifiant les deux relations
p+q=idEetp∘q=0,où 0 désigne l'endomorphisme nul de E.
1. Justifier que q=idE−p, puis montrer que p∘q=q∘p. En déduire que q∘p=0.
2. Montrer que p∘p=p et que q∘q=q : les endomorphismes p et q sont des projecteurs.
3. Montrer que Imp=Kerq, puis que Imq=Kerp.
4. Montrer que E=Imp⊕Imq.
5. En déduire que rgp+rgq=dimE, puis retrouver ce résultat par le théorème du rang.
Exercice 32 ★★★★ — Une famille de polynômes échelonnée en degré est une base
Familles génératrices, familles libres et liées, basesApplications linéaires sur les espaces de polynômes, de matrices, de suites et de fonctionsDimension d'un espace vectoriel de dimension finie, cardinal des familles libres et génératrices
Soit n∈N et soient P0,P1,…,Pn des polynômes tels que degPk=k pour tout k∈{0,1,…,n}. On dit qu'une telle famille est échelonnée en degré. Le but de l'exercice est de démontrer que (P0,P1,…,Pn) est une base de Rn[X], puis de s'en servir.
1. Justifier que ces polynômes appartiennent tous à Rn[X], et rappeler la dimension de Rn[X].
2. Soient λ0,…,λn des réels non tous nuls tels que λ0P0+λ1P1+⋯+λnPn=0. On note m le plus grand indice tel que λm=0. Quel est le degré du polynôme λ0P0+⋯+λmPm ? Conclure à une contradiction.
3. En déduire que (P0,P1,…,Pn) est une base de Rn[X].
4. Première application. On pose P0=1, P1=X−1 et P2=(X−1)2. Justifier que (P0,P1,P2) est une base de R2[X], puis décomposer Q=X2+X+1 dans cette base.
5. Seconde application. On pose R0=1, R1=X, R2=X(X−1) et R3=X(X−1)(X−2). Justifier que (R0,R1,R2,R3) est une base de R3[X], puis décomposer X3 dans cette base. On pourra comparer les coefficients de X3, puis évaluer en 0, en 1 et en 2.
6. Les familles (1,1+X,1+X+X2) et (1,X+X2,X2) sont-elles des bases de R2[X] ? Que peut-on en conclure sur le critère démontré à la question 3 ?
Exercice 33 ★★★★ — L'endomorphisme P vers XP prime moins P
Applications linéaires sur les espaces de polynômes, de matrices, de suites et de fonctionsNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivitéMatrice d'une application linéaire dans un couple de basesRang d'une application linéaire et théorème du rang
Pour tout polynôme P∈R3[X], on pose φ(P)=XP′−P, où P′ désigne le polynôme dérivé de P.
1. Soit P=a+bX+cX2+dX3 un élément quelconque de R3[X]. Calculer φ(P) et vérifier que φ(P)∈R3[X]. Montrer que φ est un endomorphisme de R3[X].
2. Écrire la matrice A de φ dans la base canonique B=(1,X,X2,X3).
3. Déterminer Kerφ : en donner une base et la dimension.
4. En déduire rgφ par le théorème du rang, puis donner une base de Imφ.
5. L'endomorphisme φ est-il bijectif ? Montrer que l'équation φ(P)=X n'a aucune solution.
6. Résoudre l'équation φ(P)=1+3X2+4X3, d'inconnue P∈R3[X].
Exercice 34 ★★★★ — Inverser une matrice en passant par l'application linéaire
Matrice d'une composée, matrice d'un isomorphisme, inversibilitéIsomorphismes, automorphismes et leurs caractérisations en dimension finie
On pose
A=101211111et on note f l'endomorphisme de R3 dont la matrice dans la base canonique est A.
1. Expliciter f(x1,x2,x3).
2. Soit y=(y1,y2,y3) un vecteur quelconque de R3. Résoudre l'équation f(x)=y, d'inconnue x=(x1,x2,x3) : montrer qu'elle admet une unique solution et exprimer celle-ci en fonction de y1, y2, y3.
3. Qu'a-t-on ainsi démontré sur f ? En déduire f−1, puis A−1, sans nouveau calcul.
4. Vérifier le résultat en calculant le produit AA−1.
5. Retrouver A−1 par le pivot de Gauss appliqué à A et à I3 simultanément, et comparer les deux méthodes.
6. En déduire la solution du système AX=b, où b=433.
7. Que peut-on dire de la famille des trois colonnes de A ?
Exercice 35 ★★★★ — L'évaluation en trois points est un isomorphisme
Isomorphismes, automorphismes et leurs caractérisations en dimension finieApplications linéaires sur les espaces de polynômes, de matrices, de suites et de fonctionsRang d'une application linéaire et théorème du rang
On considère l'application
Φ:R2[X]⟶R3,P⟼(P(0),P(1),P(2)).1. Montrer que Φ est linéaire.
2. Soit P∈KerΦ. Combien P possède-t-il de racines ? En déduire KerΦ, puis que Φ est injective.
3. En déduire que Φ est un isomorphisme. Que vaut rgΦ ? Vérifier le théorème du rang.
4. Écrire la matrice M de Φ dans les bases canoniques (1,X,X2) de R2[X] et (e1,e2,e3) de R3. Que peut-on dire de M ?
5. Déterminer l'unique polynôme P de R2[X] tel que P(0)=1, P(1)=3 et P(2)=9. Vérifier le résultat.
6. On pose maintenant Ψ:R2[X]⟶R4, P⟼(P(0),P(1),P(2),P(3)). Montrer que Ψ est injective mais pas surjective, et exhiber un élément de R4 qui n'a pas d'antécédent par Ψ.
Exercice 36 ★★★★ — Noyaux itérés et rangs successifs
Endomorphismes vérifiant une relation, projecteurs, symétries, endomorphismes nilpotentsRang d'une application linéaire et théorème du rangNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivité
Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie n⩾1 et soit f un endomorphisme de E. On note f2=f∘f et f3=f∘f∘f.
1. Montrer que Kerf⊂Kerf2, puis que dimKerf⩽dimKerf2.
2. Montrer que Imf2⊂Imf, et en déduire que rgf2⩽rgf. Retrouver cette inégalité à partir de la question 1 et du théorème du rang.
3. On suppose dans cette question que Kerf=Kerf2. Montrer qu'alors Kerf2=Kerf3.
4. On prend E=R3 et on note f l'endomorphisme de matrice
A=000100010dans la base canonique. Calculer A2 et A3, en déduire rgf, rgf2 et rgf3, déterminer les trois noyaux et vérifier le théorème du rang pour chacun des trois endomorphismes.
5. On suppose maintenant f∘f=0. Montrer que 2rgf⩽n. Que devient cette inégalité pour n=3 ?
Exercice 37 ★★★★ — L'endomorphisme M vers AM moins MA
Applications linéaires sur les espaces de polynômes, de matrices, de suites et de fonctionsNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivitéRang d'une application linéaire et théorème du rangMatrice d'une application linéaire dans un couple de bases
On pose A=(1012) et, pour toute matrice M∈M2(R),
Ψ(M)=AM−MA.On note B=(E1,1,E1,2,E2,1,E2,2) la base canonique de M2(R), où Ei,j est la matrice dont tous les coefficients sont nuls sauf celui d'indice (i,j), égal à 1.
1. Montrer que Ψ est un endomorphisme de M2(R). Quelle est la dimension de cet espace ?
2. Calculer Ψ(M) pour M=(acbd).
3. Écrire la matrice B de Ψ dans la base B.
4. Déterminer KerΨ : en donner une base et la dimension. Vérifier que I2 et A appartiennent à ce noyau.
5. En déduire rgΨ par le théorème du rang, donner une base de ImΨ, et retrouver le rang directement sur les colonnes de B.
6. Soit désormais A une matrice quelconque de M2(R) et ΨA:M⟼AM−MA. Montrer que I2 et A appartiennent toujours à KerΨA. L'application ΨA peut-elle être bijective ?
Exercice 38 ★★★★ — Quand la composée est nulle : ce que cela impose aux rangs
Rang d'une application linéaire et théorème du rangNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivitéEndomorphismes vérifiant une relation, projecteurs, symétries, endomorphismes nilpotents
Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie n⩾1, et soient f et g deux endomorphismes de E vérifiant
f∘g=0,où 0 désigne l'endomorphisme nul.
1. Montrer que Img⊂Kerf.
2. En déduire que rgf+rgg⩽n.
3. Montrer que l'égalité rgf+rgg=n a lieu si et seulement si Img=Kerf.
4. On prend E=R3, et on note f et g les endomorphismes de matrices respectives
F=100100000etG=1−10001000dans la base canonique. Vérifier que f∘g=0, calculer les deux rangs, et dire dans quel cas de la question 3 on se trouve.
5. On remplace g par l'endomorphisme g′ de matrice G′=1−10000000. Vérifier que f∘g′=0 et montrer que l'inégalité de la question 2 est alors stricte.
6. Revenons au cas général. Montrer que si g est surjective, alors f=0 ; et que si f est injective, alors g=0.
Exercice 39 ★★★★ — Un endomorphisme nilpotent d'indice maximal
Endomorphismes vérifiant une relation, projecteurs, symétries, endomorphismes nilpotentsFamilles génératrices, familles libres et liées, basesMatrice d'une application linéaire dans un couple de basesApplication linéaire déterminée par l'image d'une base
Soit E un espace vectoriel réel de dimension 3 et soit f un endomorphisme de E vérifiant
f3=0etf2=0.1. Justifier l'existence d'un vecteur x∈E tel que f2(x)=0E. Justifier également que f4=0.
2. Montrer que la famille (x,f(x),f2(x)) est libre. On pourra appliquer successivement f2, puis f, à une combinaison linéaire nulle.
3. En déduire que B=(x,f(x),f2(x)) est une base de E.
4. Écrire la matrice T=MatB(f).
5. En déduire rgf, puis déterminer Kerf et Imf en fonction de x.
6. Exemple. On prend E=R3 et f l'endomorphisme de matrice
A=110−10110−1dans la base canonique. Vérifier que A2=03 et A3=03, exhiber la base B obtenue avec x=(1,0,0), et vérifier que rg(A)=2.
Exercice 40 ★★★★ — Un modèle de production à trois secteurs
Rang d'une matrice, calcul par le pivot, lien avec l'application linéaire associéeNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivitéIsomorphismes, automorphismes et leurs caractérisations en dimension finieMatrice d'une application linéaire dans un couple de bases
Une économie comporte trois secteurs : agriculture (1), industrie (2), services (3). Pour produire une unité (un million d'euros) du secteur j, il faut consommer ci,j unités du secteur i. Ces consommations intermédiaires sont données par
C=0,20,400,30,10,200,20,5.Si X est la matrice colonne des productions x1, x2, x3 des trois secteurs, la colonne CX donne ce que l'appareil productif consomme lui-même, et ce qui reste pour les ménages, la demande finale, est la colonne Y=X−CX. On note g l'endomorphisme de R3 canoniquement associé à la matrice I3−C.
1. Justifier que l'application qui, à une production, associe la demande finale correspondante est linéaire, et écrire la matrice I3−C.
2. Montrer que rg(I3−C)=3. On pourra remarquer que multiplier chaque colonne par 10 ne change pas le rang, et travailler sur D=10(I3−C).
3. Que vaut Kerg ? Quelle est son interprétation économique ?
4. En déduire que g est un automorphisme de R3, et traduire ce résultat en termes de production et de demande.
5. Calculer la production qui correspond à la demande finale Y=501080 (en millions d'euros).
6. Vérifier le résultat en calculant les consommations intermédiaires CX.
7. Si le rang de I3−C ne valait que 2, que pourrait-on dire du modèle ?
Exercice 41 ★★★★ — Dimension de l'ensemble des solutions d'un système homogène
Rang d'une application linéaire et théorème du rangRang d'une matrice, calcul par le pivot, lien avec l'application linéaire associéeDimension d'un sous-espace vectoriel, inclusion et égalité par les dimensions
On considère le système homogène de trois équations à cinq inconnues
(S)⎩⎨⎧x1+2x2−x3+3x4+x5=0,2x1+4x2−x3+7x4+4x5=0,x1+2x2−x3+4x4+3x5=0,A=121242−1−10374143,et on note S l'ensemble de ses solutions, ainsi que f l'application linéaire de R5 dans R3 canoniquement associée à A.
1. Montrer que S=Kerf, et en déduire que S est un sous-espace vectoriel de R5.
2. Calculer rg(A) par le pivot de Gauss.
3. Sans résoudre le système, prédire dimS.
4. Résoudre (S) et donner une base de S. La dimension annoncée est-elle confirmée ?
5. Déterminer Imf et en donner une base. L'application f est-elle surjective ?
6. Énoncer et démontrer le résultat général : pour un système homogène à p inconnues de matrice A, la dimension de l'ensemble des solutions vaut p−rg(A). En déduire qu'un système homogène ayant strictement plus d'inconnues que d'équations admet toujours une solution non nulle.
Exercice 42 ★★★★ — Synthèse : un endomorphisme de R3 dépendant d'un paramètre
Rang d'une matrice, calcul par le pivot, lien avec l'application linéaire associéeNoyau et image d'une application linéaire, injectivité et surjectivitéRang d'une application linéaire et théorème du rangIsomorphismes, automorphismes et leurs caractérisations en dimension finieMatrice d'une application linéaire dans un couple de bases
Pour tout réel m, on note fm l'endomorphisme de R3 dont la matrice dans la base canonique est
Am=11112m1m2.1. Expliciter fm(x,y,z).
2. Discuter le rang de Am selon les valeurs de m, à l'aide du pivot de Gauss.
3. Pour quelles valeurs de m l'endomorphisme fm est-il un automorphisme de R3 ? Vérifier le théorème du rang dans ce cas.
4. Cas m=2. Déterminer Kerf2 et Imf2 (une base et la dimension de chacun), puis vérifier le théorème du rang.
5. Cas m=0. Mêmes questions.
6. Cas m=1. Résoudre l'équation f1(x,y,z)=(a,b,c) pour un vecteur (a,b,c) quelconque, et en déduire A1−1. Contrôler le résultat.
7. En déduire la solution de l'équation f1(x,y,z)=(1,2,3), et la vérifier.
Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (4 points) — Un endomorphisme de R4
On munit R4 de sa base canonique C=(e1,e2,e3,e4) et l'on rappelle que dimR4=4. On considère l'application
f:R4⟶R4,f(x,y,z,t)=(x+y, y+z, z+t, t+x).Chaque coordonnée de l'image est donc la somme de deux coordonnées consécutives de u=(x,y,z,t), la dernière rebouclant sur la première.
1. Justifier que f est un endomorphisme de R4, puis écrire sa matrice A=MatC(f). (0,5 point)
2. Déterminer rg(A) par la méthode du pivot de Gauss, en écrivant les opérations effectuées. (0,75 point)
3. Déterminer Kerf : montrer qu'il s'agit de la droite engendrée par u0=(1,−1,1,−1), puis en donner une base et la dimension. (0,75 point)
4. Vérifier explicitement le théorème du rang pour f, puis dire si f est injective, surjective, bijective. (0,5 point)
5. Démontrer que Imf={(a,b,c,d)∈R4;a−b+c−d=0}, et préciser la dimension de ce sous-espace. (1 point)
6. Résoudre l'équation f(u)=(3,5,4,2), d'inconnue u∈R4, et décrire l'ensemble de ses solutions. (0,5 point)
Exercice 2 (4 points) — Les matrices magiques d'ordre 3
On dit qu'une matrice M∈M3(R) est magique lorsque ses trois sommes de lignes et ses trois sommes de colonnes sont toutes égales à un même réel, ce réel étant alors noté σ(M) et appelé somme commune de M. Rien n'est imposé aux diagonales.
On note G l'ensemble des matrices magiques de M3(R). On rappelle que dimM3(R)=9, et l'on admet que R est un espace vectoriel réel de dimension 1.
1. Démontrer que G est un sous-espace vectoriel de M3(R). (0,5 point)
2. En déduire que l'application σ:G⟶R, qui à une matrice magique associe sa somme commune, est linéaire. (0,5 point)
3. Soit M=adgbehcfk∈M3(R) et soit s∈R. Écrire les six équations traduisant « les trois sommes de lignes et les trois sommes de colonnes de M valent toutes s ». Résoudre ce système en exprimant c, f, g, h et k en fonction de a, b, d, e et s, et vérifier qu'alors l'une des six équations est automatiquement satisfaite. (1,25 point)
4. En déduire cinq matrices A1, A2, A3, A4, A5 telles que G=Vect(A1,A2,A3,A4,A5), puis démontrer que cette famille est une base de G et que dimG=5. (0,75 point)
5. Vérifier que la matrice N=294753618 appartient à G, préciser σ(N), et donner les coordonnées de N dans la base de la question 4. (0,5 point)
6. Déterminer Imσ et rgσ, puis en déduire dimKerσ par le théorème du rang. Donner enfin une base de Kerσ. (0,5 point)
Exercice 3 (4 points) — Reconstituer trois notes brutes
À l'issue d'un concours, chaque candidat a obtenu trois notes brutes : x en mathématiques, y en langue vivante et z à l'entretien. Le jury n'affiche pas ces notes ; il publie seulement trois totaux, calculés par la pondération suivante :
- total « profil scientifique » : T1=2x+y+z ;
- total « profil linguistique » : T2=x+2y+tz, où le coefficient t de l'entretien est fixé chaque année par le jury ;
- total général : T3=x+y+z.
On note C la base canonique de R3 et, pour t∈R, on considère l'application
ft:R3⟶R3,ft(x,y,z)=(2x+y+z, x+2y+tz, x+y+z).1. Justifier que ft est linéaire, puis écrire sa matrice Mt=MatC(ft). (0,5 point)
2. Déterminer Kerft en discutant selon la valeur de t. On détaillera les opérations du pivot de Gauss. (1 point)
3. En déduire rgft selon t, puis les valeurs de t pour lesquelles le jury est capable de reconstituer les trois notes brutes d'un candidat à partir de ses trois totaux. (0,5 point)
4. On suppose t=1. Résoudre le système M1X=Y d'inconnue X, pour Y=αβγ quelconque, en déduire M1−1, contrôler le résultat, puis reconstituer les notes brutes d'un candidat dont les totaux sont T1=49, T2=44 et T3=35. (1 point)
5. On suppose maintenant t=2. Donner une base et la dimension de Kerf2, puis interpréter concrètement le résultat en exhibant deux copies aux notes brutes différentes qui donnent exactement les mêmes totaux. (0,5 point)
6. Toujours pour t=2, démontrer que tout candidat vérifie T1+T2=3T3. En déduire Imf2, sa dimension, et un triplet de totaux qu'aucune copie ne peut produire. (0,5 point)
Exercice 4 (4 points) — Un espace de fonctions stable par dérivation
On note F(R,R) l'ensemble des fonctions de R dans R, dont on admet que c'est un espace vectoriel réel. On y considère les trois fonctions f0, f1 et f2 définies, pour tout x∈R, par
f0(x)=ex,f1(x)=xex,f2(x)=x2ex,et l'on pose F=Vect(f0,f1,f2).
1. Démontrer que la famille (f0,f1,f2) est libre. En déduire que B=(f0,f1,f2) est une base de F et préciser dimF. (0,75 point)
2. Calculer f0′, f1′ et f2′ en fonction de f0, f1 et f2. En déduire que toute fonction de F est dérivable sur R, de dérivée encore dans F, puis que l'application D:g⟼g′ est un endomorphisme de F. (0,75 point)
3. Écrire la matrice A=MatB(D). (0,5 point)
4. Déterminer KerD, puis en déduire que D est un automorphisme de F et préciser rgD. (0,75 point)
5. Calculer A−1 et dire quelle application elle représente. (0,5 point)
6. En déduire qu'il existe une unique fonction g∈F telle que g′=f2, la déterminer explicitement, et vérifier le résultat. (0,75 point)
Exercice 5 (4 points) — Les endomorphismes vérifiant f cube égale f
Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie et soit f∈L(E) vérifiant
f3=f,ouˋ f2=f∘f et f3=f∘f∘f.On pose
N0=Kerf,N1=Ker(f−idE),N−1=Ker(f+idE).1. Justifier que N0, N1 et N−1 sont des sous-espaces vectoriels de E, puis démontrer qu'ils sont deux à deux d'intersection nulle. (0,5 point)
2. Soit x∈E. On pose
u=x−f2(x),v=21(f2(x)+f(x)),w=21(f2(x)−f(x)).a. Vérifier que x=u+v+w. b. Démontrer que u∈N0, v∈N1 et w∈N−1. c. En déduire que la famille obtenue en accolant une base de N0, une base de N1 et une base de N−1 est génératrice de E. (0,75 point)
3. Démontrer que si u+v+w=0E avec u∈N0, v∈N1 et w∈N−1, alors u=v=w=0E. En déduire que la famille de la question 2.c est une base de E, puis que dimE=dimN0+dimN1+dimN−1. (0,5 point)
4. a. Démontrer que Imf=N1+N−1, puis que cette somme est directe, c'est-à-dire que Imf=N1⊕N−1. b. Démontrer que Kerf∩Imf={0E}, puis, à l'aide du théorème du rang, que Kerf et Imf sont supplémentaires dans E : E=Kerf⊕Imf. (0,5 point)
5. Démontrer que f est bijectif si et seulement si Kerf={0E}, et qu'alors f2=idE et f−1=f. (0,5 point)
6. On prend désormais E=R3 et l'on note g l'endomorphisme de R3 dont la matrice dans la base canonique est
A=212−2−1−2−1−1−1.Calculer A2, puis A3, et vérifier que A3=A. (0,5 point)
7. Déterminer les trois noyaux N0, N1 et N−1 de g, en donner une base et la dimension, contrôler la relation de la question 3, préciser rgg, puis décomposer le vecteur (1,0,0) à l'aide des formules de la question 2. (0,75 point)
Bloqué sur « Algèbre linéaire : espaces vectoriels et applications linéaires » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.