ECG appliquées · Chapitre 09 · Second semestre
Étude élémentaire des séries
1re année
Séries numériques à termes réels, convergence, séries géométriques, séries exponentielles, séries de Riemann.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Séries numériques à termes réels
- Convergence
- Séries géométriques
- Séries exponentielles
- Séries de Riemann
Le cours
Additionner deux nombres, ou trois, ou mille, ne pose aucune difficulté de principe. Mais que signifie additionner une infinité de nombres ? L'écriture
1+21+41+81+161+⋯n'a, telle quelle, aucun sens : aucune addition ne comporte une infinité d'étapes. Ce chapitre donne un sens précis à ce genre d'écriture, et il le donne de la seule manière rigoureuse possible : on additionne les termes un par un, ce qui produit une suite de résultats intermédiaires, puis on regarde si cette suite converge.
Voilà toute l'idée du chapitre, et il faut la retenir dès maintenant : une série n'est pas un objet nouveau, c'est une suite, celle de ses sommes partielles. Tout ce que vous savez sur les suites (limite, monotonie, théorème de la limite monotone, croissances comparées, suites extraites) s'applique donc immédiatement, sans rien avoir à réapprendre. Le premier réflexe, devant une série qui résiste, sera toujours de revenir à la suite (Sn).
Le programme est explicite sur le niveau attendu : « aucune technicité n'est exigible en première année ». Les techniques de comparaison entre séries à termes positifs seront vues en deuxième année. Ce que l'on demande ici, c'est de savoir reconnaître quatre ou cinq séries de référence, de savoir télescoper, et de rédiger proprement.
Une raison très concrète, enfin, de soigner ce chapitre : le chapitre suivant, consacré aux variables aléatoires discrètes, ne peut pas commencer sans lui. Une grandeur aléatoire qui prend une infinité de valeurs conduit à des sommes infinies, et il faut d'abord savoir quand une telle somme a un sens. Les deux applications économiques de la fin du chapitre, la valeur d'une rente perpétuelle et le multiplicateur keynésien, montrent que les séries ne servent pas qu'aux probabilités.
Notations fixées pour tout le chapitre. La lettre n désigne un entier naturel, (un) une suite réelle, q et x des réels. L'indice de départ, souvent 0 ou 1, est noté n0 et sera toujours précisé. Le symbole □ marque la fin d'une démonstration.
Séries et sommes partielles
Définition d'une série
Définition
Soit (un)n⩾n0 une suite réelle. Pour tout entier n⩾n0, on appelle somme partielle d'ordre n le nombre réel
Sn=k=n0∑nuk=un0+un0+1+⋯+unLa série de terme général un est la suite (Sn)n⩾n0 de ces sommes partielles. On la note ∑un, ou ∑n⩾n0un lorsqu'on veut rappeler l'indice de départ.
Insistons sur ce point, car c'est la clé de tout le chapitre : la série ∑un est la suite (Sn). Ce n'est pas une notation pour un nombre mystérieux, c'est une suite parfaitement ordinaire, dont le terme d'indice n se calcule par une somme finie de n−n0+1 termes. Étudier une série, c'est étudier cette suite.
Remarque
La somme partielle est une somme finie : toutes les règles de calcul des sommes finies (linéarité, changement d'indice, télescopage, relation de Chasles sur les indices) s'y appliquent sans précaution particulière. C'est précisément ce qui rend les séries accessibles : on ne manipule jamais l'infini directement, on manipule des sommes finies, et l'infini n'intervient qu'à la toute fin, par un passage à la limite.
Convergence, divergence, somme
Définition
Soit ∑n⩾n0un une série de sommes partielles (Sn).
La série converge si la suite (Sn) admet une limite finie S. Ce réel S s'appelle alors la somme de la série, et l'on note
S=n=n0∑+∞unLa série diverge dans tous les autres cas, c'est-à-dire si (Sn) tend vers +∞, vers −∞, ou n'a pas de limite.
Déterminer la nature d'une série, c'est dire si elle converge ou si elle diverge.
Trois écritures voisines désignent trois objets différents, et les confondre est la faute la plus fréquente du chapitre.
| Écriture | Ce que c'est |
|---|---|
| un | un nombre réel, le terme d'indice n |
| ∑un | une série, c'est-à-dire la suite (Sn) |
| ∑n=n0+∞un | un nombre réel, qui n'existe que si la série converge |
Méthode
Avertissement de rédaction, à lire deux fois. L'écriture ∑n=n0+∞un désigne un nombre réel. Elle n'a de sens qu'après avoir établi la convergence de la série. On ne peut donc jamais commencer une solution par « posons S=∑n=0+∞un » avant d'avoir prouvé que ce nombre existe.
L'ordre est toujours le même, sans exception :
1. on démontre que la série converge ; 2. on nomme sa somme et on la calcule.
Une copie qui manipule une somme infinie non justifiée perd les points de la question entière, même si le résultat numérique final est juste.
Méthode
Étudier une série à partir de la définition. Quand aucune série de référence n'est reconnaissable, on revient toujours à la même démarche en quatre temps.
1. Écrire la somme partielle Sn=∑k=n0nuk, en prenant garde à l'indice de départ et en utilisant une lettre d'indice muette (k) différente de la borne (n).
2. Calculer Sn sous forme close, c'est-à-dire sous forme d'une expression de n sans symbole de somme. C'est l'étape difficile, et il n'y a que deux techniques au programme de première année : la somme géométrique, et le télescopage.
3. Chercher la limite de Sn quand n tend vers +∞, avec les outils du chapitre sur les suites.
4. Conclure en une phrase qui nomme la nature de la série, puis donner la somme si elle converge.
Exemple
Deux exemples fondateurs, traités entièrement.
a. La série ∑n⩾0(21)n. Sa somme partielle d'ordre n est une somme géométrique de raison 21, que l'on sait calculer depuis le chapitre sur les suites :
Sn=k=0∑n(21)k=1−211−(21)n+1=2(1−(21)n+1)=2−(21)nComme 21<1, on sait que (21)n⟶0, donc Sn⟶2. La suite (Sn) converge vers 2 : la série converge, et
n=0∑+∞(21)n=2L'écriture informelle 1+21+41+⋯=2 de l'introduction a maintenant un sens précis, et ce résultat est démontré.
b. La série ∑n⩾1n(n+1)1. Ici la somme partielle ne ressemble à rien de connu, mais le terme général se décompose. Cherchons deux réels a et b tels que, pour tout n⩾1,
n(n+1)1=na+n+1bEn réduisant le membre de droite au dénominateur commun n(n+1), il vient n(n+1)a(n+1)+bn=n(n+1)(a+b)n+a. Deux fractions de même dénominateur sont égales pour tout n si, et seulement si leurs numérateurs coïncident en tant que polynômes en n, ce qui donne le système
a+b=0eta=1d'où a=1 et b=−1. Ainsi n(n+1)1=n1−n+11, et la somme partielle se télescope :
Sn=k=1∑nk(k+1)1=k=1∑n(k1−k+11)=(11−21)+(21−31)+⋯+(n1−n+11)=1−n+11Tous les termes intermédiaires se détruisent deux à deux, il ne reste que le premier et le dernier. Comme n+11⟶0, on obtient Sn⟶1, donc la série converge et
n=1∑+∞n(n+1)1=1La figure ci-dessous représente les sommes partielles de la série ∑(21)n. Chaque point est une somme partielle Sn ; on voit la suite grimper puis se stabiliser sous la valeur limite S=2, sans jamais l'atteindre.
Le reste d'une série convergente
Quand une série converge, la différence entre la somme exacte et une somme partielle mesure l'erreur que l'on commet en s'arrêtant au rang n. Cette quantité porte un nom.
Définition
Soit ∑n⩾n0un une série convergente de somme S. Pour tout n⩾n0, le reste d'ordre n est le réel
Rn=S−SnPropriété
Soit ∑n⩾n0un une série convergente de somme S et de restes (Rn). Alors, pour tout n⩾n0, la série ∑k⩾n+1uk converge et
Rn=k=n+1∑+∞uketn→+∞limRn=0Démonstration. Fixons n⩾n0 et notons, pour m>n, Tm=∑k=n+1muk la somme partielle de la série qui démarre au rang n+1. La relation de Chasles sur les indices d'une somme finie donne Sm=Sn+Tm, c'est-à-dire
Tm=Sm−SnQuand m tend vers +∞, le réel Sn est une constante et Sm⟶S, donc Tm⟶S−Sn. La suite (Tm) converge : la série ∑k⩾n+1uk converge, et sa somme vaut S−Sn=Rn.
Reste à voir que Rn⟶0. C'est immédiat : Rn=S−Sn, où S est une constante et Sn⟶S, donc Rn⟶S−S=0. □
Remarque
Cette propriété est le fondement de tout calcul approché de somme. Elle dit que la somme partielle Sn est une valeur approchée de S, dont l'erreur exacte est Rn, et que cette erreur devient aussi petite que l'on veut. Encore faut-il savoir majorer Rn pour garantir une précision donnée : nous le ferons pour les séries géométriques, où le reste se calcule exactement.
L'indice de départ
Propriété
Modifier l'indice de départ d'une série ne change pas sa nature. Précisément, si n1⩾n0, les séries ∑n⩾n0un et ∑n⩾n1un sont de même nature. En cas de convergence, les sommes sont reliées par
n=n0∑+∞un=n=n0∑n1−1un+n=n1∑+∞unDémonstration. Notons Sn et Tn les sommes partielles respectives, pour n⩾n1. La relation de Chasles donne Sn=C+Tn avec C=∑k=n0n1−1uk, un réel constant qui ne dépend pas de n. Deux suites qui diffèrent d'une constante sont de même nature, et en cas de convergence leurs limites diffèrent de cette même constante. □
Remarque
Retenez la distinction, elle est constamment source d'erreurs aux concours : changer l'indice de départ ne change pas la nature, mais change la somme. Écrire ∑n⩾1qn=1−q1 est une faute ; la bonne valeur est 1−qq.
Premières propriétés
Combinaison linéaire de séries convergentes
Propriété
Soient ∑n⩾n0un et ∑n⩾n0vn deux séries convergentes, de sommes respectives S et T, et soient λ et μ deux réels. Alors la série ∑n⩾n0(λun+μvn) converge et
n=n0∑+∞(λun+μvn)=λn=n0∑+∞un+μn=n0∑+∞vn=λS+μTDémonstration. Notons Sn, Tn et Wn les sommes partielles d'ordre n des trois séries. La linéarité de la somme finie donne, pour tout n⩾n0,
Wn=k=n0∑n(λuk+μvk)=λk=n0∑nuk+μk=n0∑nvk=λSn+μTnPar hypothèse Sn⟶S et Tn⟶T. Les théorèmes d'opérations sur les limites de suites donnent alors Wn⟶λS+μT, qui est un réel. La suite (Wn) converge, donc la série converge, et sa somme est λS+μT. □
Remarque
Toute la démonstration tient en une ligne parce que la linéarité est déjà connue pour les sommes finies. C'est le schéma de presque toutes les preuves de ce chapitre : on établit une identité sur la somme partielle, qui est finie, puis on passe à la limite. Ne cherchez jamais à raisonner directement sur la somme infinie.
Le piège : convergente plus divergente
Propriété
Si ∑un converge et si ∑vn diverge, alors ∑(un+vn) diverge.
Démonstration. Raisonnons par l'absurde et supposons que la série ∑(un+vn) converge. Posons wn=un+vn. Alors vn=wn−un, c'est-à-dire vn=1×wn+(−1)×un : c'est une combinaison linéaire des termes généraux de deux séries convergentes, à savoir ∑wn (supposée convergente) et ∑un (convergente par hypothèse). La propriété précédente s'applique et donne la convergence de ∑vn, ce qui contredit l'hypothèse. L'hypothèse de départ est donc fausse : la série ∑(un+vn) diverge. □
Propriété
Si ∑un et ∑vn divergent toutes les deux, on ne peut rien conclure sur la nature de ∑(un+vn).
Exemple
Deux contre-exemples suffisent à s'en convaincre, et il faut savoir les produire instantanément.
a. Prenons un=1 et vn=−1 pour tout n⩾0. Les sommes partielles valent Sn=n+1⟶+∞ et Tn=−(n+1)⟶−∞ : les deux séries divergent. Pourtant un+vn=0 pour tout n, donc les sommes partielles de la série somme sont toutes nulles : ∑(un+vn) converge, de somme 0.
b. Prenons maintenant un=1 et vn=1. Les deux séries divergent, et un+vn=2 donne des sommes partielles 2(n+1)⟶+∞ : la série somme diverge.
Les deux situations se produisent : aucune règle générale n'existe.
Méthode
Ce qu'il faut retenir pour rédiger. La linéarité s'utilise dans un seul sens, celui de la propriété : on part de séries dont on a déjà prouvé la convergence, et on en déduit celle de la combinaison. On ne l'utilise jamais à l'envers pour « couper » une série en deux morceaux dont on ignore la nature. Écrire
n⩾1∑(n1−n+11)=n⩾1∑n1−n⩾1∑n+11est une faute grave : la série de gauche converge (nous l'avons calculée), alors qu'aucune des deux séries de droite ne converge, comme nous le verrons. L'égalité met en jeu deux nombres qui n'existent pas.
Les premiers termes ne changent pas la nature
Propriété
Soient (un) et (vn) deux suites qui coïncident à partir d'un certain rang N, c'est-à-dire telles que un=vn pour tout n⩾N. Alors les séries ∑un et ∑vn sont de même nature.
Démonstration. Pour n⩾N, la différence des sommes partielles vaut
Sn−Tn=k=n0∑n(uk−vk)=k=n0∑N−1(uk−vk)puisque tous les termes d'indice supérieur ou égal à N sont nuls. Cette quantité est une constante c indépendante de n. On a donc Sn=Tn+c pour tout n⩾N, et deux suites qui diffèrent d'une constante sont de même nature. □
Remarque
Autrement dit, la convergence est une propriété du comportement au voisinage de l'infini : modifier, ajouter ou retirer un nombre fini de termes ne change rien à la nature de la série. En revanche, cela change la somme, exactement de la constante c ci-dessus. C'est pourquoi les énoncés se permettent de dire « la série de terme général n21 » sans préciser si l'on démarre à 1 ou à 5 tant qu'on parle seulement de nature, mais précisent toujours l'indice quand on demande la somme.
La condition nécessaire de convergence
Voici le premier vrai théorème du chapitre, et celui que l'on utilise le plus souvent, presque toujours par sa contraposée.
Propriété
Si la série ∑un converge, alors son terme général tend vers zéro :
∑un converge⟹n→+∞limun=0Démonstration. Supposons la série convergente, de somme S, et notons (Sn) ses sommes partielles, de sorte que Sn⟶S. Pour tout n⩾n0+1, la relation entre deux sommes partielles consécutives s'écrit
Sn=Sn−1+undoncun=Sn−Sn−1La suite (Sn−1) est une suite extraite de (Sn), ou plus simplement la même suite décalée d'un rang : elle converge donc aussi vers S. Par différence de limites,
un=Sn−Sn−1⟶S−S=0□Propriété
Divergence grossière (contraposée). Si le terme général un ne tend pas vers 0, alors la série ∑un diverge. On dit qu'elle diverge grossièrement.
Méthode
Le tout premier réflexe devant une série. Regardez la limite de un.
- Si un ne tend pas vers 0 (limite non nulle, limite infinie, ou pas de limite du tout), concluez immédiatement à la divergence grossière. C'est fini, en une ligne.
- Si un⟶0, ce test ne donne aucune information : il faut poursuivre l'étude par une autre méthode.
Ce réflexe coûte dix secondes et règle un grand nombre de questions.
Exemple
a. ∑n⩾1n+1n diverge grossièrement, car n+1n⟶1=0.
b. ∑n⩾0(−1)n diverge grossièrement : la suite ((−1)n) prend alternativement les valeurs 1 et −1, ses suites extraites de rangs pairs et impairs convergent vers des limites différentes, donc elle n'a pas de limite, et en particulier elle ne tend pas vers 0. On peut aussi le voir directement : Sn vaut 1 si n est pair et 0 si n est impair, donc (Sn) n'a pas de limite.
c. ∑n⩾02n diverge grossièrement, car 2n⟶+∞.
d. ∑n⩾1lnn diverge grossièrement, car lnn⟶+∞.
Méthode
La réciproque est FAUSSE, et c'est le piège central du chapitre. Le fait que un⟶0 n'entraîne pas la convergence de ∑un. Le contre-exemple de référence est la série harmonique ∑n⩾1n1 : son terme général tend vers 0, et pourtant elle diverge. Nous le démontrerons de deux manières indépendantes dans la partie consacrée aux séries de référence.
Rédigez donc toujours l'implication dans le bon sens. « un⟶0 donc la série converge » est une phrase fausse, et les correcteurs la sanctionnent lourdement parce qu'elle révèle une incompréhension du chapitre entier.
Séries télescopiques et lien avec les suites
Le programme demande explicitement de « souligner l'intérêt de la série de terme général un+1−un pour l'étude de la suite (un) ». Cette partie exploite le fait qu'une suite et la série de ses accroissements portent exactement la même information.
Le théorème du télescopage
Propriété
Soit (un)n⩾n0 une suite réelle. La série ∑n⩾n0(un+1−un) et la suite (un) sont de même nature : l'une converge si, et seulement si l'autre converge.
De plus, en cas de convergence, si ℓ=limn→+∞un, alors
n=n0∑+∞(un+1−un)=ℓ−un0Démonstration. Notons Sn la somme partielle d'ordre n de la série des accroissements et calculons-la. Pour tout n⩾n0,
Sn=k=n0∑n(uk+1−uk)=k=n0∑nuk+1−k=n0∑nuk=j=n0+1∑n+1uj−k=n0∑nuk=un+1−un0Le changement d'indice j=k+1 dans la première somme la transforme en la seconde, décalée d'un cran : tous les termes d'indice compris entre n0+1 et n apparaissent une fois avec le signe + et une fois avec le signe −, et se détruisent. Il ne subsiste que un+1, présent seulement dans la première, et −un0, présent seulement dans la seconde.
L'identité Sn=un+1−un0 conclut la démonstration. Le réel un0 est une constante, donc la suite (Sn) converge si, et seulement si la suite (un+1) converge, c'est-à-dire si, et seulement si la suite (un) converge. Et dans ce cas Sn⟶ℓ−un0. □
Remarque
Ce théorème se lit dans les deux sens, et les deux sont utiles.
- De la suite vers la série. Si l'on connaît la limite de (un), on obtient gratuitement la somme de la série des accroissements. C'est ainsi que l'on calcule la plupart des sommes exactes de ce chapitre en dehors des séries de référence.
- De la série vers la suite. Si l'on sait étudier la série ∑(un+1−un), on en déduit la nature de la suite (un). C'est l'usage annoncé par le programme : une suite définie par une récurrence additive un+1=un+an se ramène à l'étude de la série ∑an.
Reconnaître un télescopage
Méthode
Comment repérer une série télescopique. Trois formes reviennent constamment.
1. Un quotient dont le dénominateur est un produit de facteurs qui se déduisent l'un de l'autre par translation, du type n(n+1)1, n(n+2)1, (2n−1)(2n+1)1. On décompose en éléments simples : on cherche a et b tels que
(n+α)(n+β)1=n+αa+n+βbon réduit au même dénominateur, et on identifie les coefficients du polynôme obtenu au numérateur.
2. Un logarithme d'un quotient, du type ln(nn+1) ou ln(1+n1) : la propriété ln(ba)=lna−lnb fait apparaître la différence directement.
3. Une différence déjà écrite, un+1−un, qu'il suffit de reconnaître.
Une fois la différence obtenue, on écrit la somme partielle, on télescope, et on passe à la limite. Attention au décalage : si la différence est vn−vn+2 et non vn−vn+1, il reste deux termes à chaque bout et non un seul.
Exemple
a. Un télescopage avec décalage de deux crans : ∑n⩾1n(n+2)1.
Cherchons a et b réels tels que, pour tout n⩾1,
n(n+2)1=na+n+2bEn réduisant au dénominateur commun, le membre de droite vaut n(n+2)a(n+2)+bn=n(n+2)(a+b)n+2a. L'identification des numérateurs donne le système
a+b=0et2a=1d'où a=21 et b=−21. On a donc
n(n+2)1=21(n1−n+21)Calculons la somme partielle. Pour n⩾1, en séparant les deux sommes puis en effectuant le changement d'indice j=k+2 dans la seconde :
Sn=k=1∑nk(k+2)1=21(k=1∑nk1−k=1∑nk+21)=21(k=1∑nk1−j=3∑n+2j1)=21(1+21−n+11−n+21)À la dernière ligne, les deux sommes partagent les indices de 3 à n, qui se détruisent ; il reste les indices 1 et 2 de la première somme, et les indices n+1 et n+2 de la seconde, affectés du signe moins. Comme n+11⟶0 et n+21⟶0,
Sn⟶21×23=43La série converge et n=1∑+∞n(n+2)1=43.
b. Un télescopage logarithmique : ∑n⩾1ln(nn+1).
Le terme général s'écrit un=ln(n+1)−lnn, différence des termes consécutifs de la suite vn=lnn. La somme partielle se télescope :
Sn=k=1∑n(ln(k+1)−lnk)=ln(n+1)−ln1=ln(n+1)Or ln(n+1)⟶+∞, donc la série diverge.
Cet exemple mérite d'être médité : le terme général ln(1+n1) tend bien vers 0, et pourtant la série diverge. Voilà un second contre-exemple, entièrement démontré, à l'idée fausse selon laquelle « un⟶0 suffirait ».
c. De la série vers la suite. Soit (un)n⩾1 définie par u1=1 et, pour tout n⩾1,
un+1=un+n(n+1)1Cette récurrence ne se résout par aucune des formules du chapitre sur les suites : elle n'est ni arithmétique, ni géométrique, ni arithmético-géométrique. Mais la différence un+1−un=n(n+1)1 est le terme général d'une série que nous avons déjà étudiée, et dont nous savons qu'elle converge, de somme 1.
Par le théorème du télescopage, la suite (un) converge donc, et sa limite ℓ vérifie ℓ−u1=1, c'est-à-dire
ℓ=1+1=2On peut le retrouver directement : un=u1+∑k=1n−1k(k+1)1=1+1−n1=2−n1, qui tend bien vers 2. C'est exactement l'usage annoncé par le programme : la série a résolu un problème de suite.
Séries à termes positifs
Les séries dont tous les termes sont positifs se comportent beaucoup plus simplement que les autres, pour une raison très simple : leurs sommes partielles ne peuvent que croître.
Croissance des sommes partielles
Propriété
Soit ∑n⩾n0un une série dont le terme général vérifie un⩾0 pour tout n⩾n0. Alors la suite (Sn) de ses sommes partielles est croissante.
Démonstration. Pour tout n⩾n0, Sn+1−Sn=un+1⩾0. La suite (Sn) est donc croissante. □
Cette remarque, apparemment anodine, a une conséquence décisive lorsqu'on lui applique le théorème de la limite monotone du chapitre sur les suites.
Propriété
Théorème (séries à termes positifs). Soit ∑n⩾n0un une série à termes positifs, de sommes partielles (Sn). Alors une seule des deux situations suivantes se produit.
- Si la suite (Sn) est majorée, la série converge, et sa somme S vérifie Sn⩽S pour tout n.
- Si la suite (Sn) n'est pas majorée, alors Sn⟶+∞ et la série diverge.
En particulier : une série à termes positifs converge si, et seulement si la suite de ses sommes partielles est majorée.
Démonstration. La suite (Sn) est croissante d'après la propriété précédente. Le théorème de la limite monotone affirme exactement ceci : une suite croissante et majorée converge, et une suite croissante non majorée tend vers +∞. Il n'y a rien de plus à démontrer. La majoration Sn⩽S vient du fait qu'une suite croissante est toujours majorée par sa limite. □
Remarque
Une série à termes positifs n'a donc que deux comportements possibles : converger, ou tendre vers +∞. Le cas embarrassant d'une suite de sommes partielles qui oscille sans limite, comme pour ∑(−1)n, ne peut pas se produire. C'est pourquoi, pour une telle série, on dit indifféremment « la série diverge » et « la série tend vers +∞ ».
Notez aussi que le reste Rn=S−Sn d'une série convergente à termes positifs est toujours positif : la somme partielle est une valeur approchée par défaut de la somme.
Ce qui est au programme de première année, et ce qui ne l'est pas
Méthode
Frontière de programme, à connaître pour ne pas perdre son temps. Les techniques de comparaison entre séries à termes positifs, du type « si 0⩽un⩽vn et si ∑vn converge, alors ∑un converge », relèvent du programme de deuxième année. Il en va de même des comparaisons par équivalents ou par négligeabilité. Vous n'avez ni le droit ni le besoin de les invoquer cette année.
Ce que vous faites à la place, en première année : vous majorez à la main la somme partielle Sn, sur l'exemple précis proposé par l'énoncé, en écrivant explicitement les inégalités terme à terme puis en sommant. L'énoncé vous guide toujours vers la bonne majoration, souvent par une question préliminaire du type « montrer que pour tout k⩾2, ... ». L'exemple ci-dessous en est le modèle exact.
Exemple
La série ∑n⩾1n21 converge.
Ses termes sont positifs : d'après le théorème précédent, il suffit de majorer les sommes partielles par une constante.
Étape 1, la majoration terme à terme. Soit k⩾2. Comme k−1⩾1, on a k(k−1)⩽k×k=k2, et ces deux quantités sont strictement positives, donc en passant aux inverses (ce qui renverse l'inégalité) :
k21⩽k(k−1)1Étape 2, la décomposition du majorant. Le même calcul d'éléments simples que précédemment donne, pour k⩾2,
k(k−1)1=k−11−k1ce que l'on vérifie immédiatement en réduisant le membre de droite au même dénominateur : k(k−1)k−(k−1)=k(k−1)1.
Étape 3, la sommation. Pour n⩾2, on isole le terme d'indice 1 puis on somme les inégalités de l'étape 1 :
Sn=k=1∑nk21=1+k=2∑nk21⩽1+k=2∑n(k−11−k1)=1+(1−n1)=2−n1la somme du milieu s'étant télescopée. On en déduit Sn⩽2 pour tout n⩾1 (l'inégalité est immédiate pour n=1, puisque S1=1).
Conclusion. La suite (Sn) est croissante (termes positifs) et majorée par 2 : elle converge. La série ∑n⩾1n21 converge, et sa somme vérifie S⩽2.
Remarquez ce que cette méthode donne et ce qu'elle ne donne pas : elle établit la convergence et fournit un encadrement de la somme, mais elle ne calcule pas la somme. La valeur exacte de ∑n=1+∞n21 est connue depuis Euler, elle vaut 6π2, soit environ 1,6449, mais sa démonstration dépasse très largement le programme des deux années. Elle n'est jamais exigible : seule la convergence l'est.
Les séries de référence
Cette partie est le cœur pratique du chapitre. Les séries qui suivent doivent être reconnues instantanément, avec leur condition de convergence et leur somme.
La série géométrique
Propriété
Soit q un réel. La série ∑n⩾0qn converge si, et seulement si ∣q∣<1. Dans ce cas,
n=0∑+∞qn=1−q1Plus généralement, pour tout entier n0⩾0 et tout réel q tel que ∣q∣<1,
n=n0∑+∞qn=1−qqn0Démonstration. Traitons séparément les deux cas.
Cas ∣q∣⩾1. Alors ∣qn∣=∣q∣n⩾1 pour tout n, donc la suite (qn) ne tend pas vers 0. La série diverge grossièrement. Ce cas englobe q=1 (où Sn=n+1⟶+∞) et q=−1 (où (Sn) vaut alternativement 1 et 0).
Cas ∣q∣<1. Alors q=1, et la formule de la somme géométrique finie, connue depuis le chapitre sur les suites, donne pour tout n⩾0
Sn=k=0∑nqk=1−q1−qn+1Comme ∣q∣<1, on sait que qn⟶0, donc qn+1⟶0 et
Sn⟶1−q1−0=1−q1La série converge et sa somme vaut 1−q1.
Cas d'un indice de départ quelconque. Toujours pour ∣q∣<1, la somme partielle à partir de n0 se factorise :
k=n0∑nqk=qn0j=0∑n−n0qj=qn0×1−q1−qn−n0+1⟶1−qqn0□Méthode
La formule à retenir sous sa forme parlante. Pour ∣q∣<1,
somme=1−raisonpremier termeCette formulation évite l'erreur d'indice la plus fréquente du chapitre. Par exemple ∑n⩾3(21)n a pour premier terme (21)3=81 et pour raison 21, donc vaut 1/21/8=41.
Propriété
Reste d'une série géométrique. Pour ∣q∣<1 et n⩾0,
Rn=k=n+1∑+∞qk=1−qqn+1Démonstration. C'est la formule précédente appliquée à l'indice de départ n+1. On peut aussi la retrouver par soustraction :
Rn=S−Sn=1−q1−1−q1−qn+1=1−q1−(1−qn+1)=1−qqn+1□Remarque
C'est la seule série de ce chapitre dont on sache calculer le reste exactement. Cette formule est donc l'outil de tous les calculs approchés, et nous l'utiliserons dans la partie consacrée au calcul de sommes.
Les deux séries dérivées
Propriété
Soit q un réel tel que ∣q∣<1. Les deux séries suivantes convergent et
n=1∑+∞nqn−1=(1−q)21etn=2∑+∞n(n−1)qn−2=(1−q)32Le nom de « séries dérivées » vient de ce que nqn−1 est la dérivée de qn et n(n−1)qn−2 sa dérivée seconde : les deux formules s'obtiennent en dérivant une fois puis deux fois l'égalité ∑qn=1−q1 par rapport à q. Ce raisonnement, qui consiste à dériver terme à terme une somme infinie, n'est pas justifiable avec les outils de première année, et le programme se contente d'admettre les résultats. Mais on peut parfaitement les démontrer à la main, et c'est ce que nous faisons ici.
Démonstration de la première formule. Posons, pour n⩾1,
Tn=k=1∑nkqk−1L'idée est de multiplier par 1−q pour faire apparaître un télescopage. Écrivons
(1−q)Tn=k=1∑nkqk−1−k=1∑nkqkDans la seconde somme, effectuons le changement d'indice j=k+1, de sorte que k=j−1 et que j varie de 2 à n+1 :
k=1∑nkqk=j=2∑n+1(j−1)qj−1Les deux sommes portent maintenant sur la même puissance qk−1. En isolant le terme k=1 de la première et le terme k=n+1 de la seconde, il vient
(1−q)Tn=1×q0+k=2∑n(k−(k−1))qk−1−nqn=1+k=2∑nqk−1−nqn=k=1∑nqk−1−nqn=1−q1−qn−nqnen reconnaissant à la dernière ligne une somme géométrique finie de premier terme 1 et de raison q=1. En divisant par 1−q, qui est non nul,
Tn=(1−q)21−qn−1−qnqnIl ne reste qu'à passer à la limite. Comme ∣q∣<1, on a qn⟶0 ; et par croissances comparées, nqn⟶0 également (la puissance ∣q∣n, qui tend vers 0 géométriquement, l'emporte sur le facteur n). Donc
Tn⟶(1−q)21□Démonstration de la seconde formule. La technique est identique. Posons, pour n⩾2,
Un=k=2∑nk(k−1)qk−2et multiplions par 1−q. Le changement d'indice j=k+1 dans la seconde somme donne
(1−q)Un=k=2∑nk(k−1)qk−2−j=3∑n+1(j−1)(j−2)qj−2En isolant le terme k=2 de la première somme, qui vaut 2×1×q0=2, et le terme j=n+1 de la seconde, qui vaut n(n−1)qn−1, il reste des indices de 3 à n communs aux deux sommes, avec le coefficient
k(k−1)−(k−1)(k−2)=(k−1)(k−(k−2))=2(k−1)d'où
(1−q)Un=2+k=3∑n2(k−1)qk−2−n(n−1)qn−1=2k=2∑n(k−1)qk−2−n(n−1)qn−1=2Tn−1−n(n−1)qn−1la dernière égalité s'obtenant par le changement d'indice i=k−1, qui transforme ∑k=2n(k−1)qk−2 en ∑i=1n−1iqi−1=Tn−1.
On passe à la limite : Tn−1⟶(1−q)21 d'après la première partie, et n(n−1)qn−1⟶0 par croissances comparées (une puissance de n face à une suite géométrique de raison de valeur absolue strictement inférieure à 1). Donc
(1−q)Un⟶(1−q)22puisUn⟶(1−q)32□Méthode
Ramener une série au catalogue. Toute série de la forme ∑P(n)qn, où P est un polynôme, se ramène aux trois séries de référence en deux gestes.
1. Ajuster la puissance de q en factorisant. Les formules du cours portent sur qn−1 et qn−2, alors que les énoncés proposent presque toujours qn. On écrit donc qn=q×qn−1 et qn=q2×qn−2, ce qui donne les deux formules dérivées les plus utiles en pratique :
n=1∑+∞nqn=(1−q)2qetn=2∑+∞n(n−1)qn=(1−q)32q22. Décomposer le polynôme dans la base 1, n, n(n−1), plutôt que dans la base 1, n, n2. La décomposition clé est
n2=n(n−1)+nOn applique ensuite la linéarité, après avoir constaté que chacune des séries obtenues converge.
Vérifiez toujours l'indice de départ après ces manipulations : les termes d'indice 0 ou 1 sont souvent nuls, ce qui permet d'ajuster les bornes sans changer la somme.
Exemple
a. Calcul de ∑n⩾0n2qn pour ∣q∣<1.
Le terme d'indice 0 est nul, donc on peut aussi bien sommer à partir de n=1. Utilisons n2=n(n−1)+n :
n2qn=n(n−1)qn+nqnLes deux séries ∑n(n−1)qn et ∑nqn convergent d'après la propriété (le terme d'indice 1 de la première est nul, on peut la faire démarrer à n=1 sans rien changer). Par linéarité, la série ∑n2qn converge et
n=0∑+∞n2qn=n=2∑+∞n(n−1)qn+n=1∑+∞nqn=(1−q)32q2+(1−q)2q=(1−q)32q2+q(1−q)=(1−q)3q2+q=(1−q)3q(1+q)Appliquons cette formule à q=31 :
n=0∑+∞3nn2=(32)331×34=27894=94×827=23b. Une série du type ∑(an+b)qn : calcul de ∑n⩾0(2n+3)(21)n.
Les séries ∑n(21)n et ∑(21)n convergent, la seconde comme série géométrique de raison 21, la première comme série dérivée. Par linéarité, la série proposée converge et
n=0∑+∞(2n+3)(21)n=2n=1∑+∞n(21)n+3n=0∑+∞(21)n=2×(21)221+3×1−211=2×2+3×2=10La série exponentielle
Propriété
Résultat admis. Pour tout réel x, la série ∑n⩾0n!xn converge et
n=0∑+∞n!xn=exEn particulier, pour x=1,
n=0∑+∞n!1=eLe programme précise que la convergence et la valeur de la somme sont admises en première année. On peut toutefois vérifier que le résultat est plausible : le terme général n!xn tend bien vers 0 pour tout réel x, par croissances comparées, la factorielle l'emportant sur toute puissance. La condition nécessaire de convergence est donc satisfaite, ce qui ne prouve rien mais ne contredit rien.
Remarque
Cette série converge pour tout réel x, sans aucune condition, à la différence de la série géométrique. C'est ce qui la rend si commode. Notez aussi les premières valeurs, qui donnent une idée de la vitesse :
1+1+21+61+241+1201≈2,7167alors quee≈2,7183Six termes donnent déjà deux décimales exactes, et huit termes en donnent quatre : la factorielle au dénominateur fait chuter les termes très vite.
Méthode
Les deux simplifications à connaître par cœur. Elles servent chaque fois qu'un polynôme en n multiplie n!xn.
Pour n⩾1 : n!n=n×(n−1)!n=(n−1)!1
Pour n⩾2 : n!n(n−1)=n(n−1)×(n−2)!n(n−1)=(n−2)!1
La démarche pour traiter ∑P(n)n!xn est alors la suivante.
1. Décomposer P(n) dans la base 1, n, n(n−1), comme pour les séries dérivées. 2. Simplifier chaque quotient avec les deux formules ci-dessus, ce qui fait baisser l'indice de la factorielle. 3. Changer d'indice pour se ramener à ∑m⩾0m!xm, en sortant la puissance de x excédentaire. 4. Conclure par linéarité, chacune des séries obtenues étant convergente.
Exemple
Calcul de ∑n⩾0n!n2+1xn pour x réel.
Étape 1, la décomposition. On écrit n2+1=n(n−1)+n+1, ce que l'on vérifie en développant : n(n−1)+n+1=n2−n+n+1=n2+1.
Étape 2, les trois morceaux. Traitons-les séparément.
Le premier, en remarquant que les termes d'indice 0 et 1 sont nuls, puis avec le changement d'indice m=n−2 :
n⩾0∑n!n(n−1)xn=n⩾2∑(n−2)!xn=m⩾0∑m!xm+2=x2m⩾0∑m!xm=x2exLe deuxième, en remarquant que le terme d'indice 0 est nul, puis avec m=n−1 :
n⩾0∑n!nxn=n⩾1∑(n−1)!xn=m⩾0∑m!xm+1=xexLe troisième est la série exponentielle elle-même : n⩾0∑n!xn=ex.
Étape 3, la conclusion. Les trois séries convergent, donc par linéarité la série proposée converge et
n=0∑+∞n!n2+1xn=x2ex+xex+ex=(x2+x+1)exPour x=1, on obtient en particulier
n=0∑+∞n!n2+1=3e≈8,1548La série harmonique et les séries de Riemann
Définition
La série ∑n⩾1n1 s'appelle la série harmonique.
Propriété
La série harmonique diverge. Comme elle est à termes positifs, ses sommes partielles tendent vers +∞ :
Hn=k=1∑nk1⟶+∞Voici deux démonstrations indépendantes, toutes deux au programme des outils de première année. La première est la plus classique, la seconde donne en prime une minoration explicite.
Première démonstration, par la différence H2n−Hn. Soit n⩾1. Écrivons
H2n−Hn=k=n+1∑2nk1Cette somme comporte exactement n termes (les indices de n+1 à 2n). Chacun d'eux est minoré par le plus petit d'entre eux, qui est 2n1, puisque k⩽2n entraîne k1⩾2n1. Donc
H2n−Hn⩾n×2n1=21Supposons maintenant, par l'absurde, que la série converge, c'est-à-dire que Hn⟶ℓ pour un certain réel ℓ. La suite (H2n) est une suite extraite de (Hn), elle converge donc vers la même limite ℓ. Par différence,
H2n−Hn⟶ℓ−ℓ=0Or le passage à la limite dans l'inégalité H2n−Hn⩾21, valable pour tout n, donne 0⩾21, ce qui est absurde. La série harmonique diverge donc. □
Seconde démonstration, par télescopage logarithmique. Établissons d'abord l'inégalité auxiliaire
ln(1+t)⩽tpour tout t>−1La fonction ln est concave sur ]0,+∞[ (sa dérivée seconde −x21 est négative), donc sa courbe est située sous chacune de ses tangentes. La tangente au point d'abscisse 1 a pour équation y=x−1, d'où lnx⩽x−1 pour tout x>0. En posant x=1+t, on obtient l'inégalité annoncée.
Appliquons-la à t=k1 pour k⩾1 :
k1⩾ln(1+k1)=ln(kk+1)=ln(k+1)−lnkSommons ces inégalités pour k allant de 1 à n. Le membre de droite se télescope :
Hn=k=1∑nk1⩾k=1∑n(ln(k+1)−lnk)=ln(n+1)−ln1=ln(n+1)Comme ln(n+1)⟶+∞, le théorème de minoration donne Hn⟶+∞. La série harmonique diverge. □
Remarque
La seconde démonstration est plus riche que la première : elle fournit la minoration explicite Hn⩾ln(n+1), qui montre à quel point la divergence est lente. Pour dépasser 10, il faut environ n=12367 termes ; pour dépasser 20, il en faut plus de 250 millions. Une divergence peut être imperceptible sur les premiers milliers de termes, ce qui doit vous rendre très méfiant vis-à-vis des conclusions tirées d'un calcul numérique.
C'est exactement ce que montre la figure ci-dessous : les sommes partielles montent, mais de plus en plus lentement, et pourtant elles finissent par dépasser n'importe quelle valeur.
La série harmonique est le contre-exemple annoncé plus haut : son terme général n1 tend vers 0, et pourtant elle diverge. La condition nécessaire de convergence n'est donc pas suffisante.
Propriété
Séries de Riemann (résultat admis). Soit α un réel. La série
n⩾1∑nα1converge si, et seulement si α>1.
Ce critère est admis en première année : il sera démontré en deuxième année, à l'aide des techniques de comparaison entre séries à termes positifs. Trois cas particuliers sont toutefois à votre portée dès maintenant, et il est bon de les avoir vus.
a. α⩽0 : divergence grossière
b. α=1 : série harmonique, divergente
c. α=2 : convergente, S⩽2
Le premier cas se justifie en une ligne : pour α⩽0, le terme nα1=n−α ne tend pas vers 0. Le deuxième est la série harmonique, dont nous venons de démontrer la divergence de deux façons. Le troisième a été traité par majoration à la main dans la partie sur les séries à termes positifs.
Le cas 0<α⩽1 se traite aussi à la main sur cet exemple précis. Pour k⩾1, l'inégalité α⩽1 donne kα⩽k, donc kα1⩾k1, et en sommant ces inégalités puis en utilisant la minoration obtenue plus haut,
Sn=k=1∑nkα1⩾k=1∑nk1=Hn⩾ln(n+1)d'où Sn⟶+∞ et la divergence. Notez bien la nature de cet argument : c'est une minoration explicite de la somme partielle, écrite entièrement à la main sur cet exemple, et non l'invocation d'un théorème de comparaison, qui n'est pas au programme de première année. Seul le cas α>1 avec α=2 reste admis.
Convergence absolue
Jusqu'ici, les séries dont nous savons calculer la somme sont soit à termes positifs, soit géométriques. Comment traiter une série dont les termes changent de signe de manière quelconque ? Le programme introduit pour cela une notion, dont l'unique but en première année est de préparer la définition de l'espérance d'une variable aléatoire discrète au chapitre suivant.
Définition
Une série ∑un est dite absolument convergente si la série ∑∣un∣ converge.
Remarque
La série ∑∣un∣ est à termes positifs : tout ce que nous savons de ces séries s'y applique. En particulier, d'après le théorème des séries à termes positifs, ∑un converge absolument si, et seulement si la suite (∑k=n0n∣uk∣) est majorée. Étudier la convergence absolue d'une série revient donc toujours à étudier une série à termes positifs, c'est-à-dire un cas plus simple.
Propriété
Résultat admis. Toute série absolument convergente est convergente :
∑∣un∣ converge⟹∑un convergeDe plus, on a alors l'inégalité triangulaire
n=n0∑+∞un⩽n=n0∑+∞∣un∣L'implication est admise, conformément au programme. L'inégalité, en revanche, se démontre en une ligne une fois l'implication acquise.
Démonstration de l'inégalité. Notons Sn=∑k=n0nuk et An=∑k=n0n∣uk∣. L'inégalité triangulaire pour une somme finie donne, pour tout n,
∣Sn∣⩽AnPar hypothèse An converge vers A=∑n=n0+∞∣un∣, et par le résultat admis Sn converge vers S=∑n=n0+∞un. La fonction valeur absolue étant continue, ∣Sn∣⟶∣S∣. Le passage à la limite dans une inégalité large la conserve, donc ∣S∣⩽A. □
Méthode
Attention à la réciproque, et à la manière d'en parler. La réciproque est fausse : il existe des séries qui convergent sans converger absolument. L'exemple classique est ∑n⩾1n(−1)n, dont la série des valeurs absolues est la série harmonique, donc divergente, alors que la série elle-même converge.
Seulement, la convergence de cette série ne peut pas être établie avec les outils de première année : elle repose sur le critère spécial des séries alternées, qui n'est pas au programme. Retenez donc simplement, sans chercher à le justifier, que la convergence absolue est strictement plus forte que la convergence. Dans un devoir, n'affirmez jamais la convergence de ∑n(−1)n comme si elle allait de soi ; si un énoncé vous y conduit, il vous guidera par des questions intermédiaires.
Méthode
La démarche pour une série de signe quelconque. En première année, elle est unique.
1. Écrire ∣un∣ et l'identifier : c'est une série à termes positifs, en général géométrique, dérivée ou exponentielle. 2. Prouver la convergence de ∑∣un∣. 3. Conclure à la convergence de ∑un par le théorème admis. 4. Calculer alors la somme, en reconnaissant une série de référence de raison négative.
Le point 4 est souvent le plus rapide : les formules de la série géométrique et de ses dérivées sont valables pour tout q tel que ∣q∣<1, y compris q négatif. Il n'y a donc aucune formule nouvelle à apprendre.
Exemple
a. La série ∑n⩾02n(−1)n.
Son terme général s'écrit un=(−21)n. La série des valeurs absolues est ∑(21)n, série géométrique de raison 21 dans ]−1,1[ : elle converge. La série ∑un converge donc absolument, donc converge.
Sa somme se calcule par la formule géométrique avec q=−21, qui vérifie bien ∣q∣<1 :
n=0∑+∞(−21)n=1−(−21)1=231=32Vérifions l'inégalité triangulaire : 32=32, tandis que la somme des valeurs absolues vaut 1−1/21=2. On a bien 32⩽2.
b. La série ∑n⩾13n(−1)nn.
Son terme général s'écrit un=n(−31)n. La série des valeurs absolues est ∑n⩾13nn, qui converge comme série dérivée de raison 31, de somme
n=1∑+∞n(31)n=(1−31)231=9431=43La série ∑un converge donc absolument, donc converge. Sa somme s'obtient par la même formule appliquée à q=−31 :
n=1∑+∞n(−31)n=(1+31)2−31=916−31=−163L'inégalité triangulaire est bien vérifiée : −163=163⩽43.
Remarque
Pourquoi cette notion figure au programme de première année. Le programme le dit sans détour : la convergence absolue « est abordée uniquement pour permettre une définition de l'espérance d'une variable aléatoire discrète ». Au chapitre suivant, vous rencontrerez des sommes infinies dont les termes peuvent être de signes quelconques, et il faudra un critère qui garantisse que la somme a un sens sans dépendre de l'ordre dans lequel on additionne les termes. La convergence absolue est ce critère, et c'est la raison pour laquelle vous devez la connaître dès maintenant.
Calculer une somme, exactement ou approximativement
Les cinq réflexes
Méthode
Devant une série à étudier, parcourez cette liste dans l'ordre. Elle couvre l'intégralité de ce qui est exigible en première année.
1. Le terme général tend-il vers 0 ? S'il ne tend pas vers 0, la série diverge grossièrement et c'est terminé en une ligne. Ce test se fait de tête, toujours en premier.
2. Est-ce une géométrique ou l'une de ses dérivées ? Cherchez la forme qn, nqn, n(n−1)qn, ou un polynôme en n multipliant qn. Vérifiez ∣q∣<1, ajustez la puissance de q et l'indice de départ, décomposez le polynôme dans la base 1, n, n(n−1).
3. Est-ce une exponentielle ? La présence d'une factorielle au dénominateur est le signal. Simplifiez n!n et n!n(n−1), changez d'indice, sortez la puissance de x excédentaire.
4. Peut-on télescoper ? Le signal est un quotient dont le dénominateur est un produit de facteurs décalés, ou un logarithme de quotient. Décomposez en éléments simples, écrivez la somme partielle, comptez soigneusement les termes qui survivent à chaque bout.
5. Sinon, s'agit-il seulement de déterminer la nature ? Si la série est à termes positifs, majorez la somme partielle à la main en suivant les indications de l'énoncé, et concluez par le théorème de la limite monotone. Si les termes changent de signe, passez par la convergence absolue.
Si aucun de ces cinq réflexes n'aboutit, relisez l'énoncé : en première année, il contient nécessairement une indication que vous n'avez pas exploitée.
Le calcul approché d'une somme
Quand on ne sait pas calculer la somme exactement, ou quand on veut une valeur numérique, on remplace S par une somme partielle Sn. Encore faut-il savoir quelle erreur on commet. La règle est toujours la même : l'erreur est exactement le reste Rn, il faut donc le majorer.
Méthode
Obtenir une valeur approchée à ε près.
1. Établir la convergence de la série et exprimer, ou majorer, le reste Rn. 2. Résoudre l'inéquation ∣Rn∣⩽ε d'inconnue n, en passant au logarithme si nécessaire. 3. Choisir le plus petit entier n solution, et annoncer que Sn est une valeur approchée de S à ε près.
Pour une série à termes positifs, Rn⩾0 : la somme partielle est une valeur approchée par défaut, et l'on peut même encadrer S par Sn⩽S⩽Sn+ε.
Exemple
Une valeur approchée de ∑n⩾0(31)n à 10−3 près.
La série est géométrique de raison q=31, avec ∣q∣<1 : elle converge, et sa somme exacte vaut
S=1−311=23Ici la somme exacte est connue, ce qui permettra de vérifier la méthode, mais appliquons quand même la démarche générale. Le reste vaut
Rn=1−qqn+1=32(31)n+1=23×3n+11=2×3n1Cherchons les entiers n tels que Rn⩽10−3 :
2×3n1⩽10−3⟺2×3n⩾1000⟺3n⩾500Comme 35=243<500 et 36=729⩾500, et comme la suite (3n) est strictement croissante, la condition équivaut à n⩾6.
Le plus petit entier convenable est donc n=6, et
S6=1−311−(31)7=23(1−21871)=7291093≈1,499314Contrôlons : l'erreur réelle vaut S−S6=23−7291093=14581≈6,86×10−4, effectivement inférieure à 10−3. Et l'ordre 5 n'aurait pas suffi, puisque R5=4861≈2,06×10−3.
Un calcul en Python
Le programme prévoit l'usage de Python. Voici la fonction que l'on écrit pour approcher la somme d'une série en accumulant les termes jusqu'à ce qu'ils deviennent négligeables.
def somme_approchee(u, tol):
"""Somme les termes u(0), u(1), ... tant que |u(n)| >= tol.
u : fonction qui a un entier n associe le terme u(n)
tol : seuil d'arret sur la valeur absolue du terme
Renvoie le couple (somme partielle calculee, dernier indice somme).
"""
S = 0.0
n = 0
while abs(u(n)) >= tol:
S += u(n)
n += 1
return S, n - 1
# Serie geometrique de raison 1/3, dont la somme exacte vaut 3/2.
S, n = somme_approchee(lambda k: (1 / 3) ** k, 1e-3)
print(S, n) # 1.4993141289437586 6
print(3 / 2 - S) # 0.000685871056241405
Remarque
Ce que ce programme garantit, et ce qu'il ne garantit pas. Il garantit une seule chose : la boucle s'arrête au premier rang où le terme passe sous le seuil, et il renvoie la somme partielle correspondante.
Il ne garantit pas que l'erreur commise soit inférieure à tol. La confusion entre « le terme est petit » et « le reste est petit » est précisément l'erreur que la série harmonique dénonce : ses termes n1 deviennent aussi petits que l'on veut, et pourtant ses restes n'existent même pas, puisque la série diverge. Appliquée à cette série en démarrant à n=1, la fonction s'arrêterait au rang 1000 pour tol = 1e-3 et renverrait une valeur qui n'approche rien du tout.
La garantie ne peut venir que d'une majoration mathématique du reste, établie avant de lancer le calcul, comme nous l'avons fait pour la série géométrique. Le programme exécute le calcul, il ne le justifie pas. Une copie qui conclut à une précision à partir du seul comportement numérique commet une faute de raisonnement.
Deux applications économiques
Les séries géométriques ne sont pas un objet de curiosité : elles sont l'outil de base du calcul financier et de la macroéconomie élémentaire. Voici deux modèles que vous rencontrerez en économie et dans les sujets de concours.
Valeur actuelle d'une rente perpétuelle
Un euro disponible dans un an vaut moins qu'un euro disponible aujourd'hui, puisque l'euro d'aujourd'hui, placé au taux annuel r>0, deviendrait 1+r dans un an. Pour comparer des sommes disponibles à des dates différentes, on les ramène toutes à aujourd'hui : c'est l'actualisation. La valeur actuelle d'un flux F perçu dans n années est
(1+r)nFCas d'un flux constant. Considérons un actif qui verse un flux constant F>0 à la fin de chaque année, indéfiniment : un loyer, un coupon d'obligation perpétuelle, un dividende supposé stable. Sa valeur actuelle est la somme de toutes les valeurs actualisées :
V=n=1∑+∞(1+r)nFPosons q=1+r1. Comme r>0, on a 0<q<1, donc ∣q∣<1 : la série géométrique converge, et l'on peut écrire
V=Fn=1∑+∞qn=F×1−qq=F×1−1+r11+r1=F×1+rr1+r1=rFExemple
Un garage loué 100 euros par mois rapporte F=1200 euros par an. Avec un taux d'actualisation r=0,04, soit 4 pour cent, sa valeur actuelle est
V=0,041200=30000 eurosLa lecture économique est immédiate : au-delà de ce prix, l'achat du garage rapporte moins que le placement au taux r. Notez que la valeur est finie bien que les flux soient infinis en nombre, parce que l'actualisation les écrase géométriquement.
Cas d'un flux à croissance géométrique. Supposons maintenant que le flux croisse au taux annuel g, de sorte que le versement de l'année n vaut F(1+g)n−1, avec −1<g<r. La valeur actuelle est
V=n=1∑+∞(1+r)nF(1+g)n−1Factorisons pour faire apparaître une série géométrique. En écrivant (1+r)n=(1+r)×(1+r)n−1 :
V=1+rFn=1∑+∞(1+r1+g)n−1Posons q=1+r1+g. L'hypothèse g<r donne 1+g<1+r, donc q<1, et l'hypothèse g>−1 donne q>0 : la condition ∣q∣<1 est satisfaite, la série converge, et sa somme vaut 1−q1 puisqu'elle démarre à l'exposant 0. D'où
V=1+rF×1−1+r1+g1=1+rF×(1+r)−(1+g)1+r=r−gFRemarque
On retrouve la formule dite de Gordon et Shapiro, utilisée pour évaluer une action à partir de ses dividendes. La condition g<r n'est pas une commodité de calcul, c'est une condition économique : si les flux croissaient au moins aussi vite que le taux d'actualisation, la série divergerait et la valeur de l'actif serait infinie, ce qui n'a pas de sens. Le même garage, avec un loyer indexé à g=0,02, vaudrait 0,04−0,021200=60000 euros, soit le double.
Le multiplicateur keynésien
Un État injecte une dépense initiale D>0 dans l'économie, par exemple une commande publique. Cette somme devient un revenu pour ceux qui la reçoivent. Ils en consomment une fraction c∈]0,1[, appelée propension marginale à consommer, et épargnent le reste. Cette consommation devient à son tour le revenu d'autres agents, qui en consomment de nouveau la fraction c, et ainsi de suite.
Les dépenses engendrées par vagues successives sont donc
D,cD,c2D,c3D,…et l'effet total sur l'activité économique est la somme de la série géométrique de raison c :
E=n=0∑+∞cnD=Dn=0∑+∞cn=1−cDla série convergeant puisque 0<c<1 entraîne ∣c∣<1.
Exemple
Avec une propension marginale à consommer c=0,8, le coefficient 1−c1=0,21=5 s'appelle le multiplicateur : une dépense publique de 1 million d'euros engendre au total 5 millions d'euros d'activité.
Trois lectures économiques méritent d'être retenues.
a. Le multiplicateur est d'autant plus grand que c est proche de 1, c'est-à-dire que les agents consomment une part importante de leur revenu supplémentaire. Avec c=0,9, il vaut 10.
b. La quantité 1−c mesure les fuites du circuit économique à chaque tour, ici l'épargne. Plus les fuites sont importantes, plus l'effet s'éteint vite, et plus le multiplicateur est faible.
c. L'effet total est fini, alors que le nombre de vagues est infini. C'est exactement le phénomène de la série géométrique convergente.
Remarque
Le reste de cette série a lui aussi une interprétation. Après n vagues, l'activité cumulée vaut En=D1−c1−cn+1, et il reste à venir
Rn=1−cDcn+1Cette quantité mesure la part de l'effet qui ne s'est pas encore matérialisée : le quotient ERn vaut exactement cn+1. Pour c=0,8, après la vague de rang n=10, il reste c11≈0,086, soit environ 8,6 pour cent de l'effet total : l'essentiel du multiplicateur s'est déjà produit. C'est le même calcul de reste que dans la partie précédente, appliqué à une question de politique économique.
Erreurs classiques à ne pas commettre
Méthode
1. Écrire la somme avant d'avoir prouvé la convergence. L'écriture ∑n=0+∞un désigne un nombre, qui n'existe pas si la série diverge. Toute manipulation d'une somme non justifiée invalide la question entière, et conduit d'ailleurs souvent à des égalités fausses, comme nous l'avons vu en séparant ∑(n1−n+11) en deux morceaux divergents.
2. Croire que un⟶0 suffit. C'est la faute la plus fréquente, et la plus lourdement sanctionnée. La condition est nécessaire, jamais suffisante : la série harmonique et la série de terme général ln(1+n1) en fournissent deux contre-exemples entièrement démontrés dans ce cours. Utilisez ce test uniquement dans le sens de la contraposée, pour conclure à une divergence grossière.
3. Sommer deux séries dont l'une diverge. La linéarité exige la convergence des deux séries. Si l'une converge et l'autre diverge, la somme diverge. Si les deux divergent, on ne peut rien dire, comme le montrent les deux contre-exemples un=1 avec vn=−1, puis vn=1.
4. Oublier l'indice de départ dans la formule géométrique. La formule 1−q1 vaut pour une somme démarrant à n=0. À partir de n0, la somme est 1−qqn0. Pensez toujours à la forme parlante : premier terme divisé par 1 moins la raison. La même vigilance s'impose pour les séries dérivées, où l'exposant de q diffère de l'indice de sommation.
5. Confondre la série et la suite. La suite (n1) converge vers 0, mais la série ∑n1 diverge : ce sont deux objets différents, et deux questions différentes. Lisez l'énoncé avec attention, et n'écrivez jamais « la série tend vers 0 », qui ne veut rien dire. Une série converge ou diverge, un terme général tend vers une limite.
6. Appliquer une comparaison non exigible en première année. Les énoncés du type « 0⩽un⩽vn et ∑vn converge donc ∑un converge », les équivalents et les négligeabilités relèvent de la deuxième année. En première année, on majore la somme partielle à la main, sur l'exemple proposé, en suivant les indications de l'énoncé. Invoquer un théorème hors programme, c'est aussi risquer de l'appliquer de travers, par exemple en oubliant l'hypothèse de positivité.
7. Manipuler une somme infinie comme une somme finie. Regrouper des termes, les réordonner, intervertir deux sommations : toutes ces opérations demandent des justifications qui ne sont pas au programme. Travaillez toujours sur la somme partielle, qui est finie, et ne passez à la limite qu'à la fin.
Ce qu'il faut retenir
Le tableau ci-dessous rassemble les séries de référence du chapitre. Il doit être su par cœur, condition de convergence comprise.
| Série | Converge si et seulement si | Somme |
|---|---|---|
| ∑n⩾0qn | ∣q∣<1 | 1−q1 |
| ∑n⩾n0qn | ∣q∣<1 | 1−qqn0 |
| ∑n⩾1nqn−1 | ∣q∣<1 | (1−q)21 |
| ∑n⩾2n(n−1)qn−2 | ∣q∣<1 | (1−q)32 |
| ∑n⩾0n!xn | tout réel x | ex |
| ∑n⩾1nα1 | α>1 | non exigible |
Les quatre théorèmes à savoir énoncer sans hésiter sont les suivants.
- Condition nécessaire. Si ∑un converge, alors un⟶0. La réciproque est fausse, comme le montre la série harmonique.
- Séries à termes positifs. Une telle série converge si, et seulement si la suite de ses sommes partielles est majorée.
- Télescopage. La série ∑(un+1−un) et la suite (un) ont la même nature, et en cas de convergence la somme vaut ℓ−un0.
- Convergence absolue. Si ∑∣un∣ converge, alors ∑un converge, et ∣∑un∣⩽∑∣un∣.
Trois résultats de ce chapitre sont admis : la convergence et la somme de la série exponentielle, le critère de convergence des séries de Riemann pour α>1 (qui sera démontré en deuxième année), et l'implication « convergence absolue donc convergence ». Tout le reste a été démontré ici, et peut vous être redemandé.
Les exercices
34 exercices, difficulté croissante de ★ (application directe) à ★★★★ (défi). Les corrigés détaillés sont dans le PDF — cherchez d'abord, le corrigé ensuite : c'est là que ça progresse.
Exercice 1 ★★★★ — Sommes partielles et somme d'une série géométrique
Série de terme général u(n), sommes partielles, nature d'une sérieSéries géométriques : convergence et somme
On considère la série de terme général un=0,4n, définie pour n⩾0. Pour tout entier n⩾0, on note Sn=k=0∑nuk sa somme partielle de rang n.
1. Calculer S0, S1, S2 et S3, d'abord sous forme de fraction, puis en écriture décimale.
2. Donner l'expression de Sn en fonction de n.
3. En déduire la nature de la série, et sa somme en cas de convergence.
4. À partir de quel rang n a-t-on Sn>1,66 ?
Exercice 2 ★★★★ — Nature de six séries géométriques
Séries géométriques : convergence et sommeCondition nécessaire de convergence et divergence grossière
Pour chacun des six termes généraux suivants, définis pour n⩾0, préciser la nature de la série ∑un. Lorsqu'elle converge, calculer sa somme.
a. un=(31)n
b. un=(−52)n
c. un=(67)n
d. un=3×(0,9)n
e. un=(−1)n
f. un=2−3n
Exercice 3 ★★★★ — Divergence grossière : cinq séries à écarter
Condition nécessaire de convergence et divergence grossière
Pour chacun des cinq termes généraux suivants, définis pour n⩾1, déterminer n→+∞limun, puis dire si le critère de divergence grossière permet de conclure quant à la nature de la série ∑un.
a. un=n+23n+1
b. un=n2+5n2
c. un=ln(2+n1)
d. un=2n+12n
e. un=n+1−n
Exercice 4 ★★★★ — Somme d'une série géométrique à partir d'un rang quelconque
Séries géométriques : convergence et sommeConvergence, somme d'une série, reste et calcul approché
Justifier la convergence de chacune des séries suivantes, puis calculer sa somme.
1. n⩾3∑(21)n
2. n⩾1∑5×(41)n
3. n⩾2∑4n+13n
Exercice 5 ★★★★ — Combinaison linéaire de séries convergentes
Combinaison linéaire de séries convergentesSéries géométriques : convergence et somme
1. Justifier la convergence de la série n⩾0∑(2n3−5n2), puis calculer sa somme.
2. Même question pour la série n⩾0∑6n2n+3n.
3. Soient ∑un une série convergente et ∑vn une série divergente. Que peut-on dire de la série ∑(un+vn) ? Justifier.
Exercice 6 ★★★★ — Premier télescopage : la série des inverses de n(n+1)
Séries télescopiques et lien entre la série de terme général u(n+1) - u(n) et la suite (u(n))Convergence, somme d'une série, reste et calcul approché
On considère la série de terme général un=n(n+1)1, définie pour n⩾1. Pour tout n⩾1, on note Sn=k=1∑nuk.
1. Vérifier que, pour tout entier n⩾1, n(n+1)1=n1−n+11.
2. En déduire l'expression de Sn en fonction de n.
3. Conclure quant à la nature de la série et donner sa somme.
4. Combien de termes faut-il sommer pour approcher cette somme à 10−2 près ?
Exercice 7 ★★★★ — Sommes exponentielles immédiates
Série exponentielle : sommes faisant intervenir des factorielles
Justifier la convergence de chacune des séries suivantes, puis donner sa somme sous forme exacte et une valeur approchée à 10−3 près.
a. n⩾0∑n!2n
b. n⩾0∑n!(−1)n
c. n⩾0∑3nn!1
d. n⩾1∑n!1
e. n⩾0∑n!2n+1
Exercice 8 ★★★★ — Les deux séries dérivées de la géométrique
Séries dérivées de la géométrique : sommes avec un facteur n ou n(n-1)
Justifier la convergence de chacune des séries suivantes, puis calculer sa somme.
1. n⩾1∑n(31)n−1
2. n⩾2∑n(n−1)(21)n−2
3. n⩾1∑2n−1n
4. n⩾1∑n(0,9)n−1. Comparer le résultat à celui de la question 3. et commenter.
Exercice 9 ★★★★ — Convergence absolue : quatre séries de signe alterné
Convergence absolue et séries de signe quelconque
Étudier la nature de chacune des séries suivantes. Pour les questions 1. et 2., calculer de plus la somme.
1. n⩾0∑2n(−1)n
2. n⩾0∑n!(−1)n
3. n⩾1∑(−1)n3nn
4. n⩾1∑(−1)nn+1n
Exercice 10 ★★★★ — Une série dont le terme tend vers zéro et qui diverge
Séries télescopiques et lien entre la série de terme général u(n+1) - u(n) et la suite (u(n))Condition nécessaire de convergence et divergence grossièreSérie de terme général u(n), sommes partielles, nature d'une série
Pour tout entier n⩾1, on pose
un=ln(1+n1)etSn=k=1∑nuk.1. Montrer que un⟶0 lorsque n→+∞.
2. Montrer que, pour tout n⩾1, un=ln(n+1)−ln(n).
3. En déduire une expression simple de Sn, puis la nature de la série ∑un.
4. Que faut-il retenir de cet exemple concernant la réciproque de la condition nécessaire de convergence ?
Exercice 11 ★★★★ — Décomposition en éléments simples et télescopage avec décalage de deux rangs
Séries télescopiques et lien entre la série de terme général u(n+1) - u(n) et la suite (u(n))Convergence, somme d'une série, reste et calcul approché
On étudie la série n⩾1∑n(n+2)1 et on note Sn=k=1∑nk(k+2)1.
1. Déterminer deux réels a et b tels que, pour tout n⩾1,
n(n+2)1=na+n+2b.2. En déduire une expression explicite de Sn en fonction de n. On prendra garde au fait qu'il reste deux termes de chaque côté.
3. En déduire que la série converge et donner sa somme.
4. Calculer S10, puis l'écart R10=S−S10 entre la somme et cette somme partielle.
Exercice 12 ★★★★ — Télescopage sur les carrés
Séries télescopiques et lien entre la série de terme général u(n+1) - u(n) et la suite (u(n))Convergence, somme d'une série, reste et calcul approché
1. Vérifier que, pour tout entier n⩾1,
n2(n+1)22n+1=n21−(n+1)21.2. En déduire l'expression de Sn=k=1∑nk2(k+1)22k+1, puis la nature et la somme de la série n⩾1∑n2(n+1)22n+1.
3. On considère maintenant la série n⩾1∑n(n+1)2n+1. Montrer que son terme général tend vers 0.
4. Vérifier que n(n+1)2n+1=n1+n+11, puis, en exprimant la somme partielle à l'aide de Hn=k=1∑nk1, déterminer la nature de cette série.
Exercice 13 ★★★★ — La série harmonique diverge : la preuve par paquets
Série harmonique et séries de Riemann (séries de référence)Série de terme général u(n), sommes partielles, nature d'une sérieSéries à termes positifs : sommes partielles croissantes et majorées
Pour tout entier n⩾1, on pose Hn=k=1∑nk1.
1. Montrer que la suite (Hn)n⩾1 est croissante.
2. Montrer que, pour tout n⩾1, H2n−Hn⩾21.
3. En raisonnant par l'absurde, montrer que la suite (Hn) ne converge pas. En déduire que Hn→+∞, c'est-à-dire que la série harmonique diverge.
4. Montrer par récurrence que, pour tout entier p⩾0, H2p⩾1+2p. Combien de termes cette minoration garantit-elle suffisants pour dépasser 10 ?
Exercice 14 ★★★★ — Séries de Riemann : nature au premier coup d'oeil
Série harmonique et séries de Riemann (séries de référence)
On rappelle le résultat de référence du cours : pour α∈R, la série n⩾1∑nα1 converge si et seulement si α>1.
Pour chacun des termes généraux suivants (définis pour n⩾1), préciser la valeur de α et conclure quant à la nature de la série associée.
a. n31
b. n1
c. n1,011
d. nn1
e. n2/31
f. n25
g. n1
Exercice 15 ★★★★ — De la série dérivée à la somme de n q puissance n
Séries dérivées de la géométrique : sommes avec un facteur n ou n(n-1)Combinaison linéaire de séries convergentes
Soit q un réel tel que ∣q∣<1. On rappelle le résultat du cours :
n=1∑+∞nqn−1=(1−q)21.1. Montrer que la série n⩾1∑nqn converge et que
n=1∑+∞nqn=(1−q)2q.2. Calculer cette somme pour q=21, puis pour q=31, puis pour q=0,8.
3. La somme n=0∑+∞nqn (l'indice commence maintenant à 0) a-t-elle la même valeur ? Justifier.
Exercice 16 ★★★★ — Somme de n carré sur deux puissance n
Séries dérivées de la géométrique : sommes avec un facteur n ou n(n-1)Combinaison linéaire de séries convergentes
On étudie la série n⩾1∑2nn2. On rappelle que, pour ∣q∣<1,
n=1∑+∞nqn−1=(1−q)21etn=2∑+∞n(n−1)qn−2=(1−q)32.1. Vérifier que, pour tout entier n⩾1, n2=n(n−1)+n.
2. Calculer n=2∑+∞2nn(n−1) et n=1∑+∞2nn.
3. En déduire que la série n⩾1∑2nn2 converge et que sa somme vaut 6.
4. Calculer la somme partielle S6 et commenter l'écart avec la somme de la série.
Exercice 17 ★★★★ — Une somme affine sur une géométrique
Séries dérivées de la géométrique : sommes avec un facteur n ou n(n-1)Séries géométriques : convergence et somme
On étudie d'abord la série n⩾0∑3nn+2.
1. Justifier que les séries n⩾0∑3nn et n⩾0∑3n2 convergent et calculer leurs sommes.
2. En déduire que la série n⩾0∑3nn+2 converge et donner sa somme, en justifiant que la séparation en deux séries est licite.
3. Reprendre la même méthode pour la série n⩾1∑4n3n−1.
Exercice 18 ★★★★ — Sommes exponentielles avec un facteur n
Série exponentielle : sommes faisant intervenir des factorielles
On rappelle le résultat du cours : pour tout réel x, la série n⩾0∑n!xn converge et n=0∑+∞n!xn=ex.
1. Montrer que n!n=(n−1)!1 pour n⩾1, et que n!n(n−1)=(n−2)!1 pour n⩾2.
2. Calculer n=1∑+∞n!n.
3. Calculer n=0∑+∞n!n+1.
4. Calculer n=1∑+∞2nn!n.
5. Calculer n=2∑+∞n!n(n−1).
Exercice 19 ★★★★ — Reste d'une série géométrique et calcul approché
Convergence, somme d'une série, reste et calcul approchéSéries géométriques : convergence et somme
On considère la série n⩾0∑(53)n, dont on note Sn=k=0∑n(53)k la somme partielle de rang n.
1. Justifier la convergence de la série et calculer sa somme S.
2. Exprimer Sn en fonction de n, puis montrer que le reste Rn=S−Sn s'écrit sous la forme close Rn=25(53)n+1.
3. Déterminer le plus petit entier n tel que Rn⩽10−3. Vérifier numériquement en calculant Rn et Rn−1.
4. Reprendre les questions 1. à 3. pour la série n⩾0∑(0,95)n. Commenter le nombre de termes nécessaires lorsque la raison se rapproche de 1.
Exercice 20 ★★★★ — La série des inverses des carrés converge
Séries à termes positifs : sommes partielles croissantes et majoréesSérie harmonique et séries de Riemann (séries de référence)
On étudie la série k⩾1∑k21 et l'on note Sn=k=1∑nk21.
1. Montrer que pour tout entier k⩾2, k21⩽k(k−1)1.
2. Vérifier que k(k−1)1=k−11−k1, puis calculer k=2∑nk(k−1)1 par télescopage.
3. En déduire que pour tout n⩾1, Sn⩽2.
4. Conclure quant à la nature de la série.
5. Sachant que S10≈1,5498, donner un encadrement numérique de la somme S.
Exercice 21 ★★★★ — Convergence absolue : ce que l'on peut conclure et ce que l'on ne peut pas
Convergence absolue et séries de signe quelconqueCondition nécessaire de convergence et divergence grossière
Pour chacune des séries suivantes, étudier la convergence absolue, puis dire ce que l'on peut conclure sur sa nature avec les outils de première année.
1. n⩾1∑n2(−1)n
2. n⩾1∑2n(−1)nn
3. n⩾1∑(−1)nn2+1n2
4. n⩾1∑n(−1)n
5. Que retenir de la comparaison entre les questions 1. et 4. ?
Exercice 22 ★★★★ — Valeur actuelle d'une rente perpétuelle
Modélisation économique : actualisation, rentes perpétuelles, multiplicateur keynésienSéries géométriques : convergence et somme
Un placement verse F euros à la fin de chaque année, indéfiniment. Le taux d'actualisation annuel est r>0 : un euro reçu dans n années vaut aujourd'hui (1+r)n1 euro. La valeur actuelle de la rente est la somme de la série des flux actualisés :
V=n=1∑+∞(1+r)nF1. Montrer que cette série converge et que V=rF.
2. Application : calculer V pour F=1200 euros et r=0,04, puis pour r=0,02. Commenter l'effet du taux.
3. On note Vn=k=1∑n(1+r)kF la valeur actuelle des n premiers versements. Exprimer Vn en fonction de n, F et r.
4. À partir de combien d'années le cumul actualisé Vn dépasse-t-il 90% de la valeur totale V ? Traiter les deux taux de la question 2.
Exercice 23 ★★★★ — Télescopage double : les inverses de n(n+1)(n+2)
Séries télescopiques et lien entre la série de terme général u(n+1) - u(n) et la suite (u(n))Convergence, somme d'une série, reste et calcul approché
Partie A. On considère la série n⩾1∑n(n+1)(n+2)1.
1. Vérifier que pour tout entier n⩾1,
n(n+1)(n+2)1=21(n(n+1)1−(n+1)(n+2)1)2. En déduire la somme partielle SN=n=1∑Nn(n+1)(n+2)1, puis la nature de la série et sa somme.
Partie B. On considère maintenant n⩾1∑n(n+1)(n+2)(n+3)1.
3. Trouver, par la même méthode, une constante c telle que le terme général s'écrive c(n(n+1)(n+2)1−(n+1)(n+2)(n+3)1).
4. En déduire la convergence de la série et calculer sa somme.
Exercice 24 ★★★★ — Une série exponentielle avec un polynôme au numérateur
Série exponentielle : sommes faisant intervenir des factoriellesCombinaison linéaire de séries convergentes
On rappelle que pour tout réel x, la série n⩾0∑n!xn converge et que sa somme vaut ex.
1. On étudie n⩾0∑n!n2+n+1.
a. Vérifier que pour tout entier n, n2+n+1=n(n−1)+2n+1.
b. Calculer n=0∑+∞n!n(n−1) et n=0∑+∞n!n en effectuant les changements d'indice appropriés.
c. En déduire la convergence de la série étudiée et la valeur de sa somme.
2. Soit x un réel. Calculer n=0∑+∞n!n2xn.
Exercice 25 ★★★★ — Somme de n carré fois q puissance n, paramètre q
Séries dérivées de la géométrique : sommes avec un facteur n ou n(n-1)
Soit q∈]−1,1[. On rappelle les deux formules du cours :
n=1∑+∞nqn−1=(1−q)21etn=2∑+∞n(n−1)qn−2=(1−q)321. À l'aide de la première formule, exprimer n=1∑+∞nqn en fonction de q.
2. À l'aide de la seconde, exprimer n=2∑+∞n(n−1)qn en fonction de q.
3. En écrivant n2=n(n−1)+n, montrer que la série n⩾1∑n2qn converge et que
n=1∑+∞n2qn=(1−q)3q(1+q)4. Applications numériques : calculer cette somme pour q=21, puis pour q=31.
5. Que se passe-t-il si q=1 ? Si q=−1 ?
Exercice 26 ★★★★ — Le multiplicateur keynésien
Modélisation économique : actualisation, rentes perpétuelles, multiplicateur keynésienSéries géométriques : convergence et somme
L'État injecte D euros dans l'économie (commande publique). Ces D euros deviennent un revenu pour des ménages, qui en consomment une fraction c∈]0,1[ appelée propension marginale à consommer ; cette consommation devient à son tour un revenu pour d'autres agents, qui en consomment eux aussi la fraction c, et ainsi de suite. On note Rk le revenu distribué au k-ième tour, avec R1=D.
Partie A.
1. Exprimer Rk en fonction de D, c et k.
2. Montrer que la série k⩾1∑Rk converge et que son effet total vaut 1−cD.
3. Applications : on prend D=1 million d'euros. Calculer l'effet total pour c=0,8, puis pour c=0,6.
Partie B.
4. Exprimer l'effet cumulé Tn après n tours, puis la proportion TTn de l'effet total atteinte.
5. Calculer cette proportion au bout de 5 tours puis de 10 tours, pour c=0,8 et c=0,6. Donner une lecture économique en deux phrases.
Exercice 27 ★★★★ — Une somme alternée avec un facteur n
Convergence absolue et séries de signe quelconqueSéries dérivées de la géométrique : sommes avec un facteur n ou n(n-1)
1. On étudie n⩾1∑2n(−1)nn.
a. Montrer que cette série est absolument convergente, donc convergente.
b. Calculer sa somme en appliquant la formule n=1∑+∞nqn=(1−q)2q, valable pour ∣q∣<1.
2. On étudie n⩾1∑n3n(−1)n−1. Vérifier que pour tout k⩾1, k3k1⩽3k1 ; en déduire que les sommes partielles de k⩾1∑k3k1 sont majorées par 21, puis conclure sur la nature de la série étudiée. On ne demande pas sa somme.
3. Calculer n=0∑+∞3n(−1)nn(n−1).
Exercice 28 ★★★★ — Étudier une suite grâce à sa série télescopique
Séries télescopiques et lien entre la série de terme général u(n+1) - u(n) et la suite (u(n))Séries à termes positifs : sommes partielles croissantes et majorées
On considère la suite (un)n⩾1 définie par u1=1 et, pour tout entier n⩾1,
un+1=un+n(n+1)11. Montrer que la suite (un)n⩾1 est strictement croissante.
2. Exprimer un, pour n⩾1, comme la somme partielle d'une série télescopique, puis en déduire une expression explicite de un en fonction de n.
3. En déduire que la suite (un) converge et donner sa limite exacte.
4. Calculer u10 et l'écart entre u10 et la limite.
5. Question de méthode. Énoncer le principe général que cet exercice illustre et expliquer pourquoi il est particulièrement efficace ici.
Exercice 29 ★★★★ — Une somme exponentielle décalée
Série exponentielle : sommes faisant intervenir des factoriellesSéries télescopiques et lien entre la série de terme général u(n+1) - u(n) et la suite (u(n))
On rappelle que pour tout réel x, la série de terme général n!xn converge et que n=0∑+∞n!xn=ex. En particulier n=0∑+∞n!1=e.
1. Vérifier que pour tout entier n⩾1, (n+1)!n=n!1−(n+1)!1. En déduire la nature et la somme de la série n⩾1∑(n+1)!n.
2. Déterminer la nature et la somme de la série n⩾0∑(n+2)!n.
3. Déterminer la nature et la somme de la série n⩾1∑n!n2+1.
Exercice 30 ★★★★ — Calculer e à 10 puissance moins 6 près
Convergence, somme d'une série, reste et calcul approchéSérie exponentielle : sommes faisant intervenir des factorielles
On rappelle que k=0∑+∞k!1=e. Pour n∈N, on pose
Sn=k=0∑nk!1etRn=e−Sn1. Montrer que pour tous entiers n⩾1 et k⩾n+1, on a k!1⩽(n+1)!(n+1)k−n−11.
2. En déduire que pour tout n⩾1, 0⩽Rn⩽n!n1.
3. Déterminer le plus petit entier n pour lequel cette majoration garantit Rn⩽10−6.
4. Donner la valeur approchée de e obtenue pour cet entier n.
5. Écrire un programme Python qui calcule Sn en ajoutant les termes tant que le terme ajouté est supérieur à 10−12, et préciser ce que garantit ce test d'arrêt.
Exercice 31 ★★★★ — La constante d'Euler
Série harmonique et séries de Riemann (séries de référence)Séries télescopiques et lien entre la série de terme général u(n+1) - u(n) et la suite (u(n))Séries à termes positifs : sommes partielles croissantes et majorées
Pour n⩾1, on pose
Hn=k=1∑nk1,an=Hn−lnn,bn=Hn−ln(n+1)1. Montrer que pour tout entier n⩾1,
n+11⩽ln(n+1)−lnn⩽n12. En déduire que la suite (an) est décroissante et que la suite (bn) est croissante.
3. Montrer que an−bn→0 lorsque n→+∞.
4. Conclure que (an) et (bn) convergent vers une même limite, notée γ.
5. Encadrer γ en prenant n=10.
6. Que peut-on en déduire sur la nature de la série harmonique et sur la vitesse de croissance de Hn ?
Exercice 32 ★★★★ — Une famille de séries télescopiques dépendant d'un entier k
Séries télescopiques et lien entre la série de terme général u(n+1) - u(n) et la suite (u(n))Série harmonique et séries de Riemann (séries de référence)
Soit k un entier naturel non nul, fixé pour tout l'exercice. On s'intéresse à la série
n⩾1∑n(n+k)1On note Hk=i=1∑ki1.
1. Vérifier que pour tout entier n⩾1, n(n+k)1=k1(n1−n+k1).
2. Pour N⩾k, calculer la somme partielle SN=n=1∑Nn(n+k)1 et montrer qu'il subsiste exactement k termes au début et k termes à la fin.
3. En déduire que la série converge et que sa somme vaut kHk.
4. Vérifier le résultat pour k=1 et k=2.
5. Montrer que Hk⩽1+lnk, puis déterminer la limite de la somme lorsque k→+∞. Interpréter.
Exercice 33 ★★★★ — Le modèle de Gordon-Shapiro : valoriser un flux de dividendes croissants
Modélisation économique : actualisation, rentes perpétuelles, multiplicateur keynésienSéries dérivées de la géométrique : sommes avec un facteur n ou n(n-1)
Une entreprise versera, à la fin de chaque année n⩾1, un dividende Dn. Un euro perçu dans n années vaut aujourd'hui (1+r)n1 euro, où r>0 est le taux d'actualisation. La valeur actuelle du flux de dividendes est donc
V=n=1∑+∞(1+r)nDnPartie A — croissance géométrique (modèle de Gordon-Shapiro). On suppose ici Dn=D0(1+g)n, avec g∈]0,1[ le taux de croissance du dividende et D0>0.
1. Montrer que la série converge si et seulement si g<r, et qu'alors V=r−gD0(1+g).
2. Application numérique : D0=3 euros, g=0,02 et r=0,07.
3. Reprendre le calcul avec r=0,06 et commenter.
Partie B — croissance arithmétique. On suppose maintenant Dn=D0+na, avec a>0.
4. Montrer que la valeur actuelle du flux vaut W=rD0+r2a(1+r).
5. Application numérique avec D0=3 euros, a=0,06 euro et r=0,07.
6. Comparer les deux modèles en deux phrases.
Exercice 34 ★★★★ — Une suite récurrente dont la série diverge
Séries télescopiques et lien entre la série de terme général u(n+1) - u(n) et la suite (u(n))Série harmonique et séries de Riemann (séries de référence)Condition nécessaire de convergence et divergence grossière
On considère la suite (un)n⩾0 définie par u0=1 et, pour tout n∈N,
un+1=1+unun1. Montrer par récurrence que un>0 pour tout n∈N (on justifiera au passage que la suite est bien définie).
2. Montrer que la suite (un1) est arithmétique de raison 1.
3. En déduire l'expression de un en fonction de n, puis la limite de (un).
4. Déterminer la nature de la série n⩾0∑un.
5. Question de méthode. Quelle conclusion générale cet exemple permet-il de tirer ?
6. Déterminer la nature de la série n⩾0∑un2, puis la nature et la somme de la série n⩾0∑(un−un+1).
Le devoir surveillé
Sujet type DS — 240 min, barème sur 20 points. Faites-le en conditions réelles avant de regarder le corrigé (PDF).
Exercice 1 (3 points) — Nature de six séries
Déterminer la nature de chacune des six séries ci-dessous. Chaque réponse sera justifiée en deux ou trois lignes, en nommant explicitement l'outil du cours utilisé. Lorsque la somme se calcule immédiatement, on la donnera.
a. n⩾0∑4n3n+2n (0,5 point)
b. n⩾0∑2n+3n+1 (0,5 point)
c. n⩾1∑n5/21 (0,5 point)
d. n⩾0∑n!5n (0,5 point)
e. n⩾1∑2n3 (0,5 point)
f. n⩾1∑n3/2(−1)n (0,5 point)
Donnée numérique. e5≈148,413.
Exercice 2 (4 points) — Deux télescopages
Donnée numérique. ln2≈0,693147.
Partie A — La série n⩾1∑4n2−11.
1. Factoriser 4n2−1, puis déterminer deux réels a et b tels que, pour tout entier n⩾1,
4n2−11=2n−1a+2n+1b.(0,5 point)
2. Pour tout entier N⩾1, on pose SN=n=1∑N4n2−11. Calculer SN explicitement en fonction de N, en détaillant le télescopage. Vérifier le résultat obtenu sur S1 et S2. (0,75 point)
3. En déduire la nature de la série et, en cas de convergence, sa somme. (0,25 point)
4. On note RN le reste d'ordre N de cette série. Exprimer RN en fonction de N, puis déterminer le plus petit entier N tel que SN soit une valeur approchée de la somme à 10−2 près. (0,5 point)
Partie B — La série n⩾2∑ln(1−n21).
5. Vérifier que, pour tout entier n⩾2, 1−n21=n2(n−1)(n+1), puis en déduire que
ln(1−n21)=ln(nn−1)+ln(nn+1).(0,5 point)
6. Pour tout entier N⩾2, calculer séparément les deux sommes
TN=n=2∑Nln(nn−1)etUN=n=2∑Nln(nn+1),en détaillant chaque télescopage. (0,75 point)
7. En déduire l'expression de la somme partielle VN=n=2∑Nln(1−n21), puis la nature de la série et sa somme. (0,5 point)
8. En déduire la limite du produit PN=n=2∏N(1−n21) quand N tend vers +∞. Vérifier le résultat en calculant directement P2 et P3. (0,25 point)
Exercice 3 (4,5 points) — Un fonds de dotation à versements croissants
Un mécène crée un fonds de dotation destiné à financer des bourses d'études, chaque année et sans limite de durée. À la fin de chaque année n, avec n⩾1, le fonds verse une somme Vn exprimée en euros. Le premier versement, à la fin de l'année 1, s'élève à 20000 euros, et chaque versement dépasse le précédent de 800 euros : la progression est donc arithmétique.
Le capital est placé à un taux annuel constant r. Actualiser un euro reçu à la fin de l'année n consiste à le multiplier par (1+r)n1 : c'est le capital qu'il faut immobiliser aujourd'hui, au taux r, pour disposer d'un euro dans n années. Pour tout entier N⩾1, on note
AN=n=1∑N(1+r)nVnla valeur actuelle des N premiers versements, et A la limite de AN lorsqu'elle existe. Le réel A est le capital initial que le mécène doit apporter pour que le fonds tienne ses engagements indéfiniment.
1. Exprimer Vn sous la forme an+b, où a et b sont deux réels à déterminer. Calculer V1, V2 et V10. (0,25 point)
2. On suppose r>0 et l'on pose q=1+r1. Démontrer que q∈]0,1[, puis écrire AN sous la forme n=1∑N(an+b)qn. (0,5 point)
3. Le mécène envisage d'abord de laisser le capital sur un compte non rémunéré, c'est-à-dire de prendre r=0. Démontrer que la série n⩾1∑Vn diverge grossièrement, et interpréter ce résultat pour le fonds. (0,5 point)
4. On revient au cas r>0. Justifier que la série n⩾1∑(an+b)qn converge, en nommant précisément les deux séries de référence utilisées et le résultat qui permet de les combiner. (0,75 point)
5. Établir les deux égalités
n=1∑+∞qn=1−qqetn=1∑+∞nqn=(1−q)2q,puis en déduire que
A=ar21+r+rb.(1 point)
6. Le fonds est placé au taux r=4%. Calculer le capital initial A nécessaire, puis préciser quelle part de ce capital finance le socle des versements (le terme constant b) et quelle part finance leur croissance (le terme an). (0,75 point)
7. Le mécène craint que le taux effectivement obtenu ne soit pas celui qu'il espérait. Calculer le capital initial nécessaire pour r=5%, puis la variation relative par rapport à la question 6, arrondie au dixième de pour cent. Commenter en une ou deux phrases ce que cela implique pour le mécène. (0,75 point)
Exercice 4 (4 points) — Une série exponentielle à paramètre
Pour tout réel x, on s'intéresse à la série
n⩾0∑n!2n2−n+3xn,et l'on note S(x) sa somme lorsque cette série converge.
Données numériques. e≈2,718282 et e−1≈0,367879.
1. Vérifier que, pour tout entier naturel n, 2n2−n+3=2n(n−1)+n+3. (0,25 point)
2. Soit x un réel. Démontrer que la série n⩾0∑n!nxn converge et que sa somme vaut xex. (0,75 point)
3. Démontrer de même que la série n⩾0∑n!n(n−1)xn converge et que sa somme vaut x2ex. (0,75 point)
4. En déduire que la série de l'énoncé converge pour tout réel x, et déterminer les trois réels α, β et γ tels que
S(x)=(αx2+βx+γ)ex.(0,75 point)
5. Calculer les valeurs exactes de S(1) et de S(−1), puis en donner des valeurs approchées au millième. (0,5 point)
6. Vérification. Écrire les huit premiers termes de la série en x=1 (indices 0 à 7) sous forme de fractions, calculer la somme partielle correspondante et la comparer à S(1). Faire de même en x=−1. (0,5 point)
7. Démontrer que S(x)>0 pour tout réel x. (0,5 point)
Exercice 5 (4,5 points) — Une suite étudiée par sa série, et son calcul approché
On considère la suite (an)n⩾1 définie par a1=2 et, pour tout entier n⩾1,
an+1=an+(n+1)21.Données numériques. a10≈2,549768 et a100≈2,634984.
1. Calculer a2, a3, a4 et a5 sous forme de fractions irréductibles, puis en donner des valeurs approchées au millionième. (0,5 point)
2. Déterminer le sens de variation de la suite (an)n⩾1. (0,25 point)
3. Démontrer par récurrence que, pour tout entier n⩾1,
an=2+k=2∑nk21(la somme étant vide, donc nulle, lorsque n=1). (0,5 point)
4. a. Démontrer que, pour tout entier k⩾2, k21⩽k(k−1)1, puis vérifier que k(k−1)1=k−11−k1. b. En sommant ces inégalités pour k allant de 2 à n et en télescopant, démontrer que, pour tout entier n⩾1,
an⩽3−n1.(0,75 point)
5. En déduire que la suite (an)n⩾1 converge. On note ℓ sa limite ; justifier que 2⩽ℓ⩽3. (0,5 point)
6. Soit n un entier supérieur ou égal à 1. En reprenant la majoration de la question 4 entre les rangs n+1 et N, démontrer que, pour tout entier N>n, aN−an⩽n1, puis en déduire l'encadrement
an⩽ℓ⩽an+n1.Appliquer cet encadrement avec n=10. (0,75 point)
7. Déterminer, à l'aide de la question 6, le plus petit rang n garantissant que an est une valeur approchée de ℓ à 10−2 près, puis donner l'encadrement de ℓ correspondant. (0,5 point)
8. On propose le programme Python suivant, où tol désigne un réel strictement positif.
def valeur_approchee(tol):
n = 1
a = 2.0
increment = 1 / (n + 1) ** 2
while increment > tol:
a = a + increment
n = n + 1
increment = 1 / (n + 1) ** 2
return n, a
Expliquer ce que renvoie l'appel valeur_approchee(1e-4), en précisant la valeur de n obtenue. Ce programme garantit-il que la valeur renvoyée approche ℓ à 10−4 près ? Justifier soigneusement, et indiquer comment l'utiliser pour obtenir une garantie à 10−2 près. (0,75 point)
Bloqué sur « Étude élémentaire des séries » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.